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et au-delà pour leur travail d’information et de


documentation sur l’occupation, la colonisation, et les
Interdiction d’ONG palestiniennes : la
violations des droits humains et du droit international
manœuvre ratée d’Israël pour convaincre par Israël, ces ONG reçoivent depuis des années une
les Occidentaux aide financière de l’Union européenne (UE) et, sous
PAR RENÉ BACKMANN
ARTICLE PUBLIÉ LE MARDI 23 NOVEMBRE 2021 forme bilatérale, d’une dizaine de pays européens dont
la France. Pour la plupart, elles militent en faveur
de la comparution d’Israël devant la Cour pénale
internationale (CPI).
Toutes ces ONG sont accusées d’appartenir à un
réseau contrôlé par le Front populaire de libération
de la Palestine (FPLP), mouvement marxiste et
nationaliste arabe créé en 1967 par feu Georges
Jérusalem, le 2 septembre 2021. Le ministre de la défense Benny Gantz, le ministre des Habache et de financer les activités terroristes de la
affaires étrangères Yaïr Lapid et le premier ministre israélien Naftali Bennett lors d’une
séance plénière sur le budget de l'État, à la Knesset. © Photo Ahmad Gharabli / AFP
branche militaire de ce mouvement en détournant les
Pour justifier sa décision d’interdire six ONG fonds fournis par les Européens.
palestiniennes, le gouvernement israélien avait Accusation d’autant plus troublante que l’UE comme
communiqué aux capitales européennes un rapport les États-Unis et la plupart des capitales impliquées
des services de sécurité intérieure destiné à démontrer tiennent depuis près de vingt ans le FPLP pour
leurs liens avec le terrorisme. Ce document, que publie un groupe terroriste et se montrent particulièrement
Mediapart, était si peu crédible qu’il a eu l’effet vigilants sur la destination et l’usage de leurs fonds.
inverse: les Européens ont confirmé leur soutien aux Voix discordante au gouvernement
défenseurs des droits humains palestiniens.
Avant même la confirmation de la décision
Surprise et réprobation parmi les diplomates, ministérielle par le général Fuks, Amnesty
condamnation indignée chez les défenseurs des droits International et Human Rights Watch, connues
humains : c’est une réaction globalement hostile pour leur rigueur, avaient immédiatement
qu’avait provoquée Benny Gantz, ministre israélien manifesté leur solidarité avec leurs «partenaires
de la défense, en désignant, le 22octobre, six palestiniens». Même en Israël où la décision de Benny
organisations de la société civile palestinienne Gantz avait été quasi unanimement approuvée à la
comme «groupes terroristes». Knesset, il s’est trouvé au gouvernement une voix
Le 7 novembre, le général Yehuda Fuks, chef discordante, celle de la ministre des transports Merav
du commandement central israélien qui contrôle Michaeli, présidente du parti travailliste, pour déplorer
la Cisjordanie, a signé un ordre interdisant à ces les «dommages que cette décision pouvait provoquer
organisations «illégales» d’exercer leur activité en parmi nos plus grands amis, au détriment des intérêts
«Judée-Samarie» – nom biblique de la Cisjordanie israéliens».
utilisé par le régime israélien. Cet ordre permettait à Merav Michaeli n’avait pas tort. Non seulement
l’armée d’agir à sa guise avec ces organisations. C’est- les partenaires européens d’Israël ont pour la
à-dire d’arrêter leurs membres ou collaborateurs, de plupart désapprouvé l’initiative de Benny Gantz,
perquisitionner leurs locaux et de saisir leurs archives, manifestement destinée à priver de moyens
dossiers et ordinateurs. d’existence des ONG jugées utiles et respectueuses
À ce jour, les locaux de trois des six ONG ont du droit, mais nombre d’entre eux ont contesté et
d’ailleurs été perquisitionnés par la police ou l’armée critiqué la campagne d’intox et de désinformation
israélienne. Connues et respectées au Proche-Orient

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du ministère israélien des affaires étrangères qui a reposait essentiellement sur la distribution aux
précédé et accompagné l’annonce faite par le ministre diplomates européens en poste en Israël d’un «dossier
de la défense. Sur le fond et sur la forme. confidentiel et réservé» préparé par l’Agence de
sécurité d’Israël (ISA), autrefois appelée Shin Bet,
dont l’activité couvre Israël et les territoires occupés
palestiniens.
Ce document de 74 pages était censé convaincre les
États européens que les ONG bénéficiaires de leurs
contributions n’étaient en fait que des intermédiaires
complices ou imprudents chargés de collecter des
Jérusalem, le 2 septembre 2021. Le ministre de la défense Benny Gantz, le ministre des
affaires étrangères Yaïr Lapid et le premier ministre israélien Naftali Bennett lors d’une
fonds destinés à financer les opérations terroristes
séance plénière sur le budget de l'État, à la Knesset. © Photo Ahmad Gharabli / AFP du FPLP. Dans l’esprit de ses auteurs, de ses
Selon des diplomates européens en Israël, cinq pays commanditaires et des conseillers du ministre des
de l’UE au moins ont demandé des précisions ou affaires étrangères qui en ont assuré la discrète
des informations complémentaires – en vain. Plusieurs distribution aux ambassades, ce document devait
d’entre eux ont reproché à leurs interlocuteurs inciter les gouvernements européens à couper toute
israéliens ce silence ou le caractère grossièrement aide financière à ces ONG.
mensonger des arguments utilisés. Mediapart a pu se procurer un exemplaire de ce
Car cette campagne contre les ONG s’inscrit dans document, frappé du logo de l’ISA, et qui porte la
une stratégie diplomatique et politique désormais mention «confidentiel» (lire ci-dessous).
clairement assumée. Et tout aussi clairement décryptée La lecture de ce document effarant, mélange
par la majorité des représentations diplomatiques dans d’affirmations sans preuves, de déductions trompeuses
le pays. et d’approximations grossières, qui se présente comme
Israël, qui a nettement les moyens militaires d’assurer un exposé « Power Point» plutôt simpliste, explique
sa sécurité et de garantir sa survie, semble depuis pourquoi l’opération israélienne s’est soldée par un
quelques années redouter surtout une défaite morale échec. Et pourquoi cinq États européens ont, à ce jour,
et politique en cas de comparution de certains de ses informé le gouvernement israélien que le dossier ne
responsables devant la CPI. Et ne recule devant rien contenait aucune «preuve concrète» des accusations
pour tenter de l’éviter ou au moins de retarder autant avancées et qu’ils avaient donc décidé de continuer de
que possible un tel risque. financer et de soutenir les organisations citées.
Couper les vivres à ceux qui ont pour mission de Le document, qui n’apporte aucune information
nourrir le dossier de l’accusation en recherchant et nouvelle ou inconnue sur les six ONG, et qui
documentant les violations du droit international par fournit sur le FPLP des renseignements disponibles
l’État d’Israël, ses dirigeants, ses policiers et ses depuis longtemps dans la presse israélienne et
soldats est donc depuis des années une stratégie internationale, est en réalité fondé sur les réponses
prioritaire des dirigeants israéliens. aux interrogatoires par les agents de l’ISA de deux
comptables palestiniens, Saïd Abdat et Amro Hamuda.
Offensive de déstabilisation
Anciens employés des Comités de travail de la
Selon les médias en ligne israéliens +972 et Local
santé (HWC), ONG spécialisée dans l’aide médicale,
Call, ainsi que le site d’investigation The Intercept,
interdite en 2020, et qui ne figure pas dans la liste
dès le printemps dernier, le ministère israélien
de Benny Gantz, ils ont été congédiés en 2019 en
des affaires étrangères avait lancé une offensive
raison des malversations financières qui leur étaient
de déstabilisation des six ONG palestiniennes, qui

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reprochées et sont actuellement détenus en Israël. subies, selon leurs avocats, par les deux comptables,
Aucun des deux n’a travaillé dans l’une des six ONG ils n’ont pu livrer la moindre information permettant
désormais interdites par le ministère de la défense. d’incriminer les six ONG.
Mais, au cours de leurs interrogatoires, entre mars Fiasco diplomatique
et mai dernier, ils ont été sollicités à de nombreuses Le résultat de cette manœuvre ratée a été désastreux
reprises par les agents de l’ISA pour fournir des pour le gouvernement israélien.
«témoignages» si possible accablants sur les six ONG.
Avec des résultats plus que modestes. Car lorsqu’ils Washington, protecteur historique d’Israël, loin de
sont interrogés sur les sources de leurs accusations – manifester un soutien spontané, a demandé des
d’ailleurs disparates et vagues –, contre les six ONG, «informations supplémentaires» avant de définir sa
ils se contentent le plus souvent de répondre que leurs position.
informations «étaient de notoriété publique» ou qu’ils En Europe, la plupart des partenaires d’Israël n’ont
ne font que répéter «ce que tout le monde savait». pas «acheté» la thèse des six ONG liées au FPLP
Et aux questions sur les neuf faux reçus qu’il reconnaît ou à des actions terroristes contre Israël. «Le
avoir fabriqués lorsqu’il travaillait pour HWC – et qui document israélien n’était pas convaincant du tout,
sont à l’origine de son licenciement –, Amro Hamuda déclarait il y a quelques semaines un diplomate de
répond qu’ils étaient destinés à «combler les dettes du l’UE. Nous avons donc demandé des informations
Comité» sans évoquer le moindre détournement dans supplémentaires que nous attendons toujours.» En
le but de financer des opérations terroristes. Belgique, après avoir conduit sa propre enquête,
la ministre de la coopération Meryame Kitir a
Il déclare même le 29 mars, alors que le policier déclaré qu’il n’y avait « pas la moindre preuve de
l’interroge sur son « jeu avec les factures » pour détournement de fonds par les six ONG dans le
financer le FPLP, que ces détournements servaient à document israélien » et qu’il n’y avait donc « aucune
«régler ses dettes de jeu et non à financer le FPLP». raison de geler le financement de ces organisations ».
Quant aux fausses factures ou faux reçus mentionnés
dans le rapport, ils proviennent exclusivement du Aux Pays-Bas, où la diplomatie est traditionnellement
HWC. favorable à Israël, le ministère des Affaires étrangères
estime que le document israélien ne fournit aucune
Aucun n’évoque non plus le moindre lien avec preuve concrète d’un lien entre les ONG et le FPLP.
les activités «militaires» du FPLP. En revanche, L’Italie, le Danemark le Royaume Uni ont décidé de
lorsque les deux comptables interrogés confient que maintenir leur aide.
leurs détournements ont pu alimenter des activités
«éducatives, humanitaires, ou des cours de danse En France, le Quai d’Orsay a « réaffirmé son
folklorique du FPLP», la comparaison entre le texte attachement au rôle indispensable de la société civile
intégral de leurs interrogatoires – obtenu par +972 dans la vie démocratique » et indiqué - message
et Local Call – et le rapport de l’ISA montre que, discret au gouvernement israélien - qu’il « est de la
dans le document transmis aux ambassades, la nature responsabilité des États de créer et de maintenir un
des «activités» a disparu. On y lit seulement que environnement propice à leur travail ».
«les détournements ont pu alimenter des activités du En d’autres termes, après avoir ouvert et perdu une
FPLP». bataille diplomatique contre les ONG palestiniennes,
Aucun des témoignages cités par l’ISA n’est corroboré Israël a tenté d’entamer une épreuve de force politique
par une preuve concrète ou par un document. Et malgré pour l’instant mal engagée. Tout en mettant à rude
les fortes pressions psychologiques et physiques épreuve sa crédibilité sécuritaire internationale. On a
vu des stratégies de politique étrangère plus habiles.

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Boite noire
L’article a été modifié mardi 22 novembre à
11h00 pour indiquer qu’il s’agit de la Cour pénale
internationale et non de la Cour internationale de
justice.

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