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Fondations des éoliennes de grande hauteur

Conference Paper · October 2013


DOI: 10.13140/2.1.2352.6405

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3 authors, including:

Keang Se Pouv Pantet Anne


Université de Caen Normandie Université du Havre
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PhD work - Rhéologie et formulation des géosuspension: evaluation des conditions d'extrudabilité View project

Numerical Analysis of Mechanical Behaviour and Internal Stability of Granular Materials: Application to Suffusion and Internal Erosion View project

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Fondations des éoliennes de grande hauteur

Keang Sè POUV1, Ahcène SAIDI1, Anne PANTET1


1LOMC, UMR CNRS 6294, Université du Havre
75 rue Bellot, 76058 Le Havre, France

anne.pantet@univ-lehavre.fr

Foundations of tall onshore wind turbines

Abstract
Within the framework of the EOLIFT project concerning the study of tall onshore wind
turbines, we are responsible for the groundwork related to the design of foundations.
This project is accompanied by ADEME and led by FREYSSINET International in
partnership with INSA de Rouen (LOFIMS) and Université du Havre (LOMC). This
paper presents an early step of our contribution to the project. We focus on a few
commonly used methods for the design of shallow foundations and apply them with a
simple case of an isolated square footing. The effect of soil shear strength parameters
on the bearing capacity is also analyzed. An outline of the tasks to be accomplished
for this project is shown in the end.

1 Introduction
Actuellement, les demandes croissantes en énergies renouvelables ouvrent un
nouveau champ de recherche dans le domaine des éoliennes. Afin de rendre
l’énergie éolienne compétitive vis-à-vis des énergies fossiles, les innovations
technologiques de ces dernières années visent à augmenter la puissance et la
rentabilité des turbines. Cela implique des turbines de plus grandes tailles, situées sur
des tours plus hautes pour aller chercher des vents plus importants et plus réguliers.
Il est aussi à considérer que les champs d’éoliennes peuvent être installés dans de
nombreux sites aux configurations géologiques et géotechniques complexes.
Selon l'Eurocode 7 [1], les éoliennes de grande hauteur correspondent à des
ouvrages de catégorie 3, à savoir des ouvrages construits dans des conditions de sol
ou de chargement anormales. Pour ce type d’ouvrage, il y a lieu de définir les
conditions du chargement qui s'appliquent aux sols, à savoir le spectre des vibrations,
principalement l'amplitude et la fréquence. Il n'existe pas de solutions précises du
problème de l'interaction entre l'ouvrage et le sol. Les déplacements de composantes
inconnues sous l'effet des vibrations doivent être définis et comprendre la fatigue ou
l'amortissement dans le terrain [2], et le situer par rapport au critère de rupture définie
en déformation maximale.
2 Pouv et al.

Différents modes de fondations sont envisageables pour ces ouvrages suivant les
performances des sols du site de construction. Si la solution par fondations
superficielles avec une semelle isolée de grandes dimensions ou radier semble
adaptée, elle se caractérise par une interface sol-structure particulièrement nette
caractérisée par une différence de raideur forte entre les deux sous systèmes et il
semble légitime de s’interroger sur la transmission des vibrations entre les deux. Une
autre solution utilisant le traitement de sol offre une alternative, en créant une
interface plus complexe caractérisée par une distribution des efforts plus diffuse et
par une profondeur d’ancrage plus importante qu’un radier. Le renforcement de sol ne
constitue pas une fondation, mais un support de fondation. Il constitue un milieu
intermédiaire de raideur intermédiaire entre la dalle béton et le sol. Les réactions du
sol le long de l’inclusion de sol renforcé peuvent s’apparenter à celle le long d’un
pieu, où intervient la raideur à la flexion de ces inclusions verticales, qui est un des
points à approfondir. Dans des sols difficiles, la solution par fondations profondes est
nécessaire. L’étude des fondations profondes doit intégrer le fait qu’elles sont
chargées latéralement, avec des inversions de charge ou un chargement cyclique.
Dans les documents réglementaires usuels, l’Eurocode 7 [1] et le fascicule 62-V
[3], les règles de calcul classiques des fondations des ouvrages en génie civil de
classe 2 reposent sur la théorie de l’équilibre limite, avec les paramètres
géotechniques de sols (mesurés en laboratoire ou in situ). Il s’agit essentiellement de
prendre les combinaisons aux états limites ultimes (ELU) et aux états limites de
services (ELS) et de vérifier les différents critères de stabilité des fondations.
Récemment, le CFMS (Comité Français de Mécanique des Sols et de Géotechnique)
[4] a fait spécifiquement les recommandations sur la conception, le calcul, l’exécution
et le contrôle des fondations d’éoliennes en s’appuyant en premier lieu sur les règles
en vigueur.
L’étude des éoliennes terrestres de grande hauteur (> 100 m) s’inscrit également
dans le cadre du projet EOLIFT qui est accompagné par l’ADEME et piloté par
FREYSSINET International, en partenariat avec l’INSA de Rouen (LOFIMS) et
l’Université du Havre (LOMC). La construction de structures de grande hauteur, pour
supporter des turbines de forte puissance nécessite plusieurs innovations
technologiques. Ainsi, l’objectif principal de ce projet EOLIFT est de concevoir et de
réaliser des tours en béton précontraint de grande hauteur (une alternative à la
construction de mat en acier) et de développer un outil d’assemblage et de levage de
la nacelle, en s’affranchissant de l’utilisation d’une grue de forte capacité.
La contribution du LOMC consiste notamment en trois points : une analyse du
problème de la transmission des efforts cycliques de la superstructure au terrain, la
définition des conditions de dimensionnement afin d’établir un programme
d'investigations adaptées associant des techniques de reconnaissance in-situ et de
laboratoire, et enfin le suivi des équipements métrologiques sur cet ouvrage
prototype. A ce stade préliminaire du projet, on s’est intéressé aux méthodes de
calcul usuelles des fondations superficielles de type « semelle isolée ». On y expose
les critères de dimensionnement des fondations superficielles par les normes
classiques (Eurocode 7 et fascicule 62-V) au travers d’une application avec un cas
simple (à 3 composantes : une charge verticale, une horizontale et un moment)
Fondations des éoliennes de grande hauteur 3

permettant ainsi une étude de sensibilité des paramètres de cisaillement de sol.


L’usage des méthodes exposées montre des limites importantes, notamment celle de
décrire la complexité des sols et des interfaces sol-substratum.

2 Dimensionnement des fondations superficielles


2.1 Méthodes analytique et empirique
Par définition, la fondation superficielle est une fondation qui repose sur le sol ou
qui n’y est que faiblement encastrée (profondeur d’ancrage est inférieure à 1,5 fois sa
largeur). Pour dimensionner les fondations superficielles, il existe des normes très
connues, telles que l’Eurocode 7 [1] et le fascicule 62-V [3]. Chaque norme a ses
valeurs spécifiques pour les facteurs de sécurité concernant les charges et les
paramètres des matériaux, ses propres critères et d’autres règles et régulations
gouvernant le dimensionnement.
Dans la norme européenne Eurocode 7 [1], on peut trouver la méthode de calcul
analytique à partir de paramètres géotechniques des essais de laboratoire (e.g.,
essais à la boîte de cisaillement et essais triaxiaux). Les situations de calcul de court
terme et de long terme doivent être prises en compte, en particulier dans le cas des
sols fins. Elles prennent en compte l’inclinaison de la base de la fondation, la forme
de la fondation (rectangulaire, carrée ou circulaire) et l’inclinaison de la charge due à
la charge horizontale.
Des méthodes à partir d’essais en place (e.g., essais au pressiomètre et au
pénétromètre statique) utilisent directement la grandeur mesurée en se basant sur les
résultats d’essais de chargement ou d’observations du comportement des fondations.
Ces approches tiennent compte implicitement des conditions de saturation et de
drainage du sol [5].
Il importe de noter que ces méthodes sont souvent applicables à des massifs de
sols homogènes et que la vérification se fait au niveau de l’interface sol-fondations.
Les conditions géologiques complexes (stratification, variation latérale de l’épaisseur
des couches, les interfaces entre couches….), mais réalistes sont difficilement
représentées.

2.2 Méthode des éléments finis


Pour étudier l’impact des conditions du milieu géologique, c’est la méthode des
éléments finis qui a été choisie. Cependant, elle nécessite une bonne détermination
des lois de comportement des géomatériaux. Pour la résolution pratique des
problèmes d’interaction sol-fondation-structure, cette méthode présente de nombreux
avantages. En générale, elle permet de :
- étudier le problème dans le cas des configurations géométriques plus
compliquées ;
- étudier le problème dans le cas de sol multicouche ou hétérogène d’ordre
macroscopique ;
4 Pouv et al.

- prendre en compte les déformations selon les deux ou les trois dimensions
du problème ;
- représenter la surface de contact sol-fondation avec les caractéristiques
physiques variées (contact parfait, lisse, frottant, …) ;
- prendre en compte des géométries de chargement quelconques ;
- prendre en compte le phasage des travaux ou l’application progressive du
chargement ;
- étudier l’interaction entre structures voisines.
C’est le code Plaxis 3D, un logiciel d’éléments finis adapté dans l’ingénierie
géotechnique qui a été sélectionné. Par ailleurs, plusieurs modèles sont disponibles
pour étudier le comportement mécanique des sols (e.g., Mohr-Coulomb et Cam-Clay
modifié) [6].
Quelle que soit la méthode utilisée, on doit garder à l’esprit que la simulation de la
réalité reste une approximation. En outre, l’aspect général du calcul des éléments et
des structures est de déterminer les dimensions et les types de structures qui sont
convenables et sécurisées pour la situation réelle et qui permettent de les maintenir
pendant une durée spécifiée.

3 Vérification des critères de dimensionnement des


fondations superficielles par la méthode analytique
3.1 Les principes généraux
Pour la vérification des ouvrages, plusieurs états limites sont à considérer suivant
les situations examinées. Le principe général est que les actions pondérées ou non et
éventuellement combinées soient inférieures aux résistances des sols. Pour le
fascicule 62-V [3], les facteurs de combinaison d’actions (combinaisons
fondamentales et accidentelles pour les ELU et combinaisons rares pour les ELS)
sont donnés selon les cas de charges.
L'interaction entre l'ouvrage et le sol se traduit par la nécessité de garantir une
portance suffisante pour ne pas générer la rupture et la compatibilité des
déformations des matériaux sollicités. Les actions répétitives doivent être identifiées
et être traitées en considérant les effets dynamiques et les conséquences par rapport
à la modification de la raideur du sol, à la liquéfaction des sols et à la poursuite des
mouvements. La prise en compte de la différence de la rigidité de l'ouvrage et de
celle du sol dans ce cas est particulièrement importante dans le cas où une rupture
combinée pourrait se produire. La raideur des sols est influencée par les effets du
temps et de la vitesse de déformation, les conditions de drainage, l'histoire des
contraintes et des déformations, le niveau de contrainte de cisaillement induite par
rapport à la résistance au cisaillement à la rupture.
Fondations des éoliennes de grande hauteur 5

3.2 Définition des cas de charges dans la conception des


éoliennes
La définition des charges est dépendante de plusieurs paramètres. Dans le
domaine de l’éolien, une vingtaine de cas de charges, notés DLC (Design Load Case)
[8], est définie suivant plusieurs scénarii dans sept situations de fonctionnement.

3.2.1 Pourcentage de surface comprimée


Selon [4], on doit vérifier que les pourcentages de surface comprimée (A’) par
rapport à la surface de la semelle (A) sont supérieurs ou égaux à ceux du tableau 1.
Cas de charge Etats Limites A’/A (%)
ELU Fond 50(*)
DLCQP
ELS Perm 100
ELU Fond 50(*)
DLCRare
ELS Rare 75
DLCAcc ELU Acc 50(*)

Tableau 1 : Pourcentage de surface comprimée après pondération [4].

(*) Cette valeur est ramenée à 30 % dans les types de sol suivants : craies (B+ +
C), Marno et Marno calcaires (A+ + B) et Roches (A+ + B).

3.2.2 Critère de rotation à long terme (LT)


D’après [4], ce critère doit être vérifié pour le dimensionnement des fondations
des éoliennes.
Le constructeur fournit une valeur de critère de rotation limite (en mm/m) à l’ELS
qui ne doit jamais être dépassée durant la vie de l’ouvrage. Elle prend en compte les
déformations permanentes sous l’effet du vent normal (valeurs issues de la
combinaison DLCQP avec des caractéristiques « long terme »), mais aussi des effets
« court terme » correspondant à des vents plus importants issus des cas de charge
DLCrare ou DLCAcc.

3.2.3 Critère de raideur en rotation Kφ,dyn


D’après [4], ce critère doit être vérifié pour le dimensionnement des fondations
des éoliennes.
Les constructeurs imposent une valeur minimale de la raideur en rotation à petite
déformation (entre 10-5 et 10-3) Kφ,dyn pour éviter les phénomènes de couplage avec
les parties mécaniques de la machine. Les informations plus détaillées peuvent être
trouvées dans [4].
Les raideurs en rotations sont usuellement qualifiées comme « statiques » pour
des distorsions γ de l’ordre de 10-2 à 10-3, et comme « dynamiques » pour des
6 Pouv et al.

distorsions de l’ordre de 10-6 à 10-4. Selon [4], les raideurs statiques sont à utiliser
pour la vérification des tassements et des déformations, et les raideurs dynamiques
permettent de s’assurer l’absence de phénomène de couplage entre le sol, la
fondation et la machine.

3.2.4 Critères de raideur en déplacement


D’après [4], les critères de raideur en déplacement sont parfois fixés par le
constructeur, et sont liés aux raideurs horizontales (Kx, Ky) et verticales Kz. Le
coefficient de raideur vertical ou horizontal (en N/m) est le rapport entre la force
verticale Fz ou horizontale H appliquée à la fondation sur le déplacement vertical ou
horizontal w de celle-ci. Les raideurs calculées doivent être supérieures aux valeurs
imposées par le constructeur.

3.3 Vérification des fondations superficielles


3.3.1 Critère de portance
Selon l’Eurocode 7 [1], pour la vérification des états limites ultimes, les valeurs
de charges utilisées doivent être obtenues (ouvrage géotechnique classe 2) par le
choix de l’une des trois approches suivantes :
- Approche de calcul 1 : Combinaison (1) A1 + M1 + R1 et (2) A2 + M2 + R1
- Approche de calcul 2 : Combinaison A1 + M1 + R2
- Approche de calcul 3 : Combinaison A1 ou A2 + M2 + R3
A1 et A2 sont les coefficients pour les actions (γF) ou les effets des actions (γE).
M1 et M2 sont les coefficients pour les paramètres du sol (γM). R1, R2 et R3 sont les
coefficients de résistance pour les fondations superficielles (γR).
Pour la vérification par rapport aux états limites de service dans le terrain
(tassements), il convient normalement de donner aux facteurs partiels une valeur de
1,0 [1].
On doit vérifier que Vd charge verticale ou composante normale de la résultante
des actions appliquées à la base de la fondation est inférieure à la valeur de calcul de
la capacité portante d’une fondation pour tous les états limites. La condition suivante
doit être vérifiée :

Équation 1

Selon le fascicule 62-V [3], on doit vérifier la contrainte de référence qref appliquée
par la structure au sol par rapport à la contrainte admissible du sol, souvent appelée
la capacité portante qu, aux ELU et aux ELS. La condition suivante doit être vérifiée :
Fondations des éoliennes de grande hauteur 7

( )
Équation 2

Le coefficient de sécurité γq est égal à 2 pour les ELU et 3 pour les ELS. Le
coefficient minorateur iδβ, tenant compte de l’inclinaison δ de la charge et de la
géométrie du sol (fondation sur pente d’angle β avec l’horizontale), peut être évalué
selon les indications dans l’annexe F.1 du fascicule 62-V [3] (iδβ =1 si δ = 0 et β = 0).

Contrainte de référence
La contrainte qref peut être déterminée suivant le modèle de Navier (répartition
triangulaire de la contrainte pour une semelle partiellement comprimée ou répartition
trapézoïdale pour une semelle entièrement comprimée) ou le modèle de Meyerhof
(contrainte homogène appliquée sur une partie seulement de la surface). Pour une
surface circulaire, on utilise le modèle de la « lunule » [4].
Pour le modèle de Navier, qref vaut en fonction des contraintes minimum qmin et
maximum qmax sous la semelle :

Équation 3

avec :

- ( ) ( ) ; pour e < B/6


- ( ) ; pour B/6 ≤ e < B/2

Fz est l’effort vertical. B et L sont la largeur et la longueur de la semelle. e est


l’excentricité de l’effort vertical dans l’axe de B.
L’approche de Meyerhof prend en compte une section réduite pour le calcul de la
contrainte de référence :

( )( )
Équation 4

e et e’ sont les composantes de l’excentricité de l’effort vertical dans l’axe de B et


dans l’axe de L, respectivement.
Pour une surface circulaire de rayon R, la contrainte de référence peut être
calculée à partir de la surface de référence A’ en utilisant le modèle de la lunule [4] :

Équation 5
8 Pouv et al.

avec [ ( ) √ ]

Capacité portante
D’après l’Eurocode 7 [1] et le fascicule 62-V [3], on doit considérer le calcul à
court terme en conditions non drainées (en contraintes totales) et le calcul à long
terme en conditions drainées (en contraintes effectives) en utilisant les paramètres du
sol obtenus à partir d’essais de laboratoire, tels que : la cohésion non drainée cu, la
cohésion drainée c’ et l’angle de frottement interne effectif φ’.
Les capacités portantes en conditions non drainées et drainées sont déterminées
respectivement par les expressions suivantes :

( )
Équation 6

Équation 7

q et q’ sont respectivement la contrainte et la contrainte effective due au poids


des terres au niveau de la base de la fondation. Nc, Nq et Nγ sont les facteurs de
capacité portante. bc, bq et bγ sont les facteurs pour l’inclinaison de la base de la
fondation. sc, sq et sγ sont les facteurs de forme de la base de la fondation. ic, iq et iγ
sont les facteurs d’inclinaison de la charge.
Il est également possible de déterminer la capacité portante à partir d’essais in-
situ. Les expressions pour les essais au pénétromètre statique et au pressiomètre
Ménard sont données respectivement ci-dessous [3] :

Équation 8

Équation 9

kc et kp sont respectivement les facteurs de portance liés à l’essai au


pénétromètre statique et à l’essai pressiométrique. Ils dépendent du type de sol, de la
profondeur d’encastrement et de la forme de la fondation. qce est la résistance de
pointe équivalente. ple* est la pression limite nette équivalente. σv,0 est la contrainte
totale verticale au niveau de la base de la fondation.
Fondations des éoliennes de grande hauteur 9

3.3.2 Vérification au glissement

Il consiste à assurer que l’effort horizontal H appliqué à la fondation ne provoque


pas un glissement sur la base. On doit vérifier à l’ELU. Si l’on ne prend pas en
compte la butée du sol ni la cohésion du sol, la condition s’écrit [4] :

Équation 10

Fz,min est le minimum de compression transmis au sol par la semelle et γs est un


coefficient de sécurité valant 1,2 sous combinaisons fondamentales et 1,1 sous
combinaisons accidentelles.

4 Exemple d’un cas simple


4.1 Hypothèse d’études
Pour cette étude, on considère une fondation superficielle isolée en béton armé (γ
= 25 kN/m3) et de forme carrée de côté de 18 m et d’épaisseur de 2 m. La base de la
semelle est horizontale (inclinaison β = 0°). La profondeur d’ancrage D est fixée à 4
m. Le diamètre du poteau est de 4,5 m.
On suppose que le sol homogène support a les propriétés initiales suivantes :
- épaisseur initiale du sol : z0 = 15 m
- poids volumique du sol : γ' = 18 kN/m3
- poids volumique humide du sol : γh = 20 kN/m3
- cohésion non drainée : cu = 30 kPa
- cohésion drainée : c’ = 25 kPa
- angle de frottement interne : φ’ = 30°
On utilise les valeurs des charges extrêmes (moment de flexion extrême M =
84500 kN.m, charge horizontale H = 721 kN et charge verticale Fz = 5250 kN) pour
une éolienne de type V112-3.0 MW de 119 m de hauteur [7] qui sont obtenues selon
la norme IEC 61400-1 [8]. Ces charges sont déterminées pour une vitesse de
génération de 1540 tours par minute. Les facteurs partiels de charge ne sont pas
inclus. Dans notre étude, on considère que ces charges sont obtenues à la surface
du terrain. Pour le calcul de la fondation, on doit calculer les charges appliquées au
niveau de la base de la fondation en prenant en compte les poids propres des
matériaux. On obtient alors : M = 87384 kN.m, H = 721 kN et Fz = 33338 kN. On
considère le cas de charges statiques et on utilise les méthodes analytiques de
l’Eurocode 7 et du fascicule 62-V.
10 Pouv et al.

4.2 Résultats
Comme on n’a pas les valeurs des constructeurs concernant la rotation limite à
l’ELS, les raideurs en rotation et en déplacement, on ne vérifie que la capacité
portante, le glissement et le pourcentage de surface comprimée.
Eurocode 7 Fascicule 62-V
Approche
C1a C1b C2 C3 ELUFond ELUAcc ELSRare
Conditions drainées
qref (kPa) 206 288 206 206 382 163 148

qu (kPa) 3539 1337 2528 1384 1701 1834 1235

Vérification √ √ √ √ √ √ √
Conditions non drainées
qref (kPa) 206 288 206 206 382 163 148

qu (kPa) 217 165 155 164 127 130 100

Vérification √      
Tableau 2 : Vérification à la portance. Pour l’Eurocode 7, les combinaisons à
l’ELU C1a, C1b, C2 et C3 correspondent respectivement aux combinaisons
« A1 + M1 + R1 », « A2 + M2 + R2 », « A1 + M1 + R2 » et « A1 + M2 + R3 ».

Le tableau 2 montre que la portance est toute vérifiée en conditions drainées


quelle que soit la méthode de calcul utilisée. En conditions non drainées, seul le cas
de la combinaison C1a à l’ELU de l’Eurocode 7 est vérifié. Cela suggère que les
propriétés du sol ne sont pas suffisamment bonnes pour assurer la stabilité de la
fondation à court terme et qu’il faut reconcevoir une fondation adaptée.
La condition au glissement à l’ELU est vérifiée (tableau 3).
Approche ELUFond ELUAcc
H (kN) 1298 793
Fz,mintanφ’/γs (kN) 21654 19248
Vérification √ √
Tableau 3 : Vérification au glissement à l’ELU.

Le pourcentage de surface comprimée est vérifié pour les combinaisons de


charges à l’ELU (A’/A > 50%) mais il n’est pas le cas pour la combinaison à l’ELSrare
(A’/A < 75%) (tableau 4).
Fondations des éoliennes de grande hauteur 11

Approche ELUFond ELUAcc ELSrare


A (m²) 324 324 324

A’ (m²) 198 230 230

A’/A (%) 61 71 71

Vérification √ √ 
Tableau 4 : Vérification du pourcentage de surface comprimée.

4.3 Etude paramétrique


On tente d’étudier dans cette partie l’effet des paramètres de la résistance au
cisaillement sur la capacité portante du sol. Pour cela, il est possible de déterminer
les valeurs critiques de c’ et φ’ (c’c et φ’c), en conditions drainées, et de cu (cuc), en
conditions non drainées, qui correspondent à l’égalité entre qu et qref.
En conditions non drainées, le critère de portance est vérifié si la cohésion du sol
est supérieure à la valeur critique cuc (tableau 5).
Eurocode 7 Fascicule 62-V
Approche
C1a C1b C2 C3 ELUFond ELUAcc ELSRare
cuc (kPa) 28 58 42 40 113 41 54

Tableau 5 : Valeurs critiques de la cohésion non drainée du sol.

Figure 1 : Courbes caractéristiques de φ’c en fonction de c’c pour différentes combinaisons


d’actions. Les symboles représentent les résultats de l’Eurocode 7 et les traits représentent
ceux du Fascicule 62-V. La capacité portante est vérifiée (qref < qu) pour les points situés au-
dessus de chaque courbe.

En conditions drainées, le tracé de φ’c en fonction de c’c (figure 1) permet de


séparer, pour chaque combinaison d’actions, la zone où la portance est vérifiée
(partie au-dessus de chaque courbe) et celle où la portance n’est pas vérifiée (partie
12 Pouv et al.

au-dessous de chaque courbe). Pour toutes les combinaisons sauf les C1b et C3, la
variable φ’c diminue globalement d’une manière linéaire avec c’c. Pour les C1b et C3,
φ’c diminue rapidement pour les faibles valeurs de c’c (< 50 kPa, environ) puis tend à
se stabiliser, ce qui approche à la loi logarithmique. En outre, on remarque que les
profils obtenus avec la C2 (Eurocode 7) et l’ELUAcc (Fascicule 62-V) sont quasiment
superposés. Il semble que les profils des combinaisons les plus critiques de
l’Eurocode 7 (C1b) et du fascicule 62-V (ELUFond) sont croisés au point : c’c ≈ 50 kPa
et φ’c ≈ 11°. Cela veut dire que la combinaison du fascicule 62-V est plus critique que
celle de l’Eurocode 7 seulement pour les faibles valeurs de c’ ou les grandes valeurs
de φ’.
Remarque : l’annexe nationale de juin 2013 introduit désormais la contrainte qnet
[9], qui n’a pas été considérée dans la présente étude (ouvrage classe 2) – la
modification est considérée mineure, si on considère les limites de la méthode pour
des ouvrages de classe 3.

5 Perspectives
Les éoliennes de grande hauteur correspondent à des ouvrages de classe 3, tels
qu'ils sont définis dans l'Eurocode 7, à savoir des ouvrages construits dans des
conditions de sol ou de chargement anormales. Pour ces ouvrages, les règles de
calcul usuelles ici présentées sont insuffisantes et conduisent à un ensemble
couvrant un large spectre de solutions. Les choix sont alors difficiles.
A ce titre, on rappelle les préconisations de l'Eurocode 7 concernant la mise en
œuvre de différentes approches pour satisfaire les exigences de vérification des états
limites : (1) utiliser des méthodes de calcul adaptées et performantes, (2) adopter des
mesures prescriptives, (3) développer des modèles expérimentaux (modèle réduit) et
des essais de chargement sur des éléments du prototype, (4) prendre en
considération les principes de la méthode observationnelle.
Suite à ces constats, l’option a été de choisir une représentation du massif de
sols et des efforts de l’ouvrage sur la fondation avec un code aux éléments finis et
d’explorer les effets de conditions géologiques détaillées sans être exceptionnelles
(stratification des sols, variation latérale, alternances sol tendre /sol induré, surface
stratigraphique inclinée, etc.).
Les points suivants seront également examinés :
(1) L'analyse de la rupture des sols est souvent associée à l'excès de charge,
plus rarement à celui du fait des mouvements de la fondation et de leur cumul,
notamment la rupture par glissement provoqué par une composante horizontale et les
distorsions. Les actions induites par la superstructure par les déplacements
horizontaux au niveau de la fondation doivent être évaluées, car l'excès de
déplacements peut entrainer la rupture par glissement et la rupture du sol.
(2) L'analyse du comportement non linéaire du sol et anélastique doit rendre
compte des déformations permanentes et également les déformations cumulées à
cause de sollicitations cycliques. L'augmentation de la pression interstitielle sous
Fondations des éoliennes de grande hauteur 13

chargement cyclique doit être considérée soit sous la forme d'une résistance non
drainée, soit comme une pression interstitielle dans le calcul en contraintes effectives.
(3) L'action vibratoire transmise par la structure au terrain peut entrainer aussi
la consolidation et la densification des sols et initier des mécanismes de liquéfaction.
Ainsi les mécanismes de fatigue des sols peuvent entrainer des modifications des
propriétés initiales. Ces effets sont encore mal connus et maitrisés. Une approche
couplée entre les comportements mécaniques des sols à l’échelle macroscopique
(analyse avec le logiciel PLAXIS 3D) et à l’échelle microscopique (analyse avec le
logiciel PFC 3D) sera examinée.

Remerciements
Ce travail inscrit dans le projet EOLIFT bénéficie du soutien de l’ADEME. Nous
tenons à y associer Benoit Melen (FREYSSINET International) et Didier Lemosse
(INSA de Rouen).

Bibliographie
[1] Eurocode 7, Calcul géotechnique. AFNOR ; 1996.
[2] Murtagh PJ, Basu B, Broderick BM. « Response of wind turbines including soil-
structure interaction », Proceedings of the 10th International Conference on Civil,
Structural and Environmental Engineering Computing, 1-17; 2005.
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