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Annexe 5:

Le financement externe et les marchés ont pour fonction de


transformer les risques et de mieux permettre leur gestion

Commentaire du schéma intitulé « gestion et transformation des


risques»:

- En l’absence de financement par les marchés, l’entrepreneur assume


seul le risque lié à ses projets d’investissement, de développement… :
il s’agit d’un risque de faillite personnelle (si l’entreprise est une
société de personnes) et/ou d’insolvabilité de son entreprise si sa
responsabilité est limitée à son apport (société de capitaux). Le risque
est alors très élevé, car il est concentré entre les mains d’un seul agent
économique (l’entrepreneur). Ce qui, par ailleurs, empêche le
développement de l’entreprise (insuffisances de ressources).

- Si l’entreprise est une société par actions, le risque est partagé


entre les divers actionnaires ; les actionnaires peuvent « céder
leurs risques » en re-vendant leurs actions sur le marché
financier si elles sont cotées (« à la Bourse »), puisque les
actions sont négociables sur le marché secondaire.

- Si l’entreprise émet par ailleurs des obligations (titres de


créance), le risque est à nouveau fractionné : entre actionnaires
et désormais entre créanciers. La nature du risque (et les
objectifs) des créanciers et des actionnaires sont d’ailleurs
différents (en raison de droits de propriété différents, de
possibilité de gains et de pertes différents…)

- Si l’entreprise se finance également par crédit bancaire (la banque


devient créancier de l’entreprise, comme les détenteurs d’obligations),
il y a à nouveau partage du risque et changement de la nature de celui-
ci :
 Le risque d’insolvabilité existe toujours, mais il est désormais
pris en charge pour partie par la banque qui a prêté à
l’entrepreneur : on parle d’un risque de (défaillance de la)
contrepartie. Pour majeure partie, la banque s’est financée à
court terme (auprès des déposants, en émettant des certificats de
dépôt sur le marché monétaire, ou grâce à des emprunts entre
banques, interbancaires) alors qu’elle octroie souvent davantage
de crédits à plus long terme :
elle doit alors gérer un risque de transformation des échéances
(lié au fait que l’échéance moyenne du passif et de l’actif du
bilan bancaire sont différentes). Quelle forme peut prendre ce
risque : soit un risque de taux d’intérêt, soit un risque de
liquidité :
 Le risque de taux d’intérêt provient notamment du fait que si les
taux d’intérêt à court terme augmentent sur le marché monétaire,
le coût des ressources de la banque augmentera aussi (car elle
lève des fonds, se finance, sur ce marché). En revanche, si les
crédits qu’elle a octroyés à plus long terme sont à taux d’intérêt
fixe, les revenus qu’elle retirera de ces crédits n’augmenteront
pas. Le coût de ses ressources (passif du bilan) augmentera, mais
les revenus qu’elle tire de son activité de crédit (emplois, actif du
bilan) n’augmenteront pas. Ce risque de taux d’intérêt est géré
sur les marchés, grâce à divers produits financiers (obligations,
contrats à terme…) – risque non étudié dans ce cours, ce serait
l’objet d’un cours de gestion « actif-passif »
 Le risque d’illiquidité provient du fait que les créances, les
crédits octroyés par la banque ne sont pas « mobilisables à court
terme » (c’est-à-dire que la banque ne peut en obtenir le
remboursement immédiat ou à très court terme) ; en revanche,
une grosse partie des dettes de la banque est potentiellement
remboursable à très courte terme (c’est le cas si l’ensemble des
déposants venait retirer ses dépôts simultanément, ou si les
créanciers interbancaires venaient à ne plus renouveler à la
banque leurs prêts à court terme). Le risque d’illiquidité est
donc le risque que la banque ne puisse « faire face à ses
échéances de court terme » (c’est-à-dire ses dettes à court
terme) : soit pour des raisons conjoncturelles, soit en raison
du risque de contrepartie, c’est-à-dire parce qu’une partie
des crédits qu’elle a octroyés est non recouvrable.
 De fait, les déposants subissent in fine ce risque d’illiquidité (cf :
ruée aux guichets de la Northern Rock Bank en G.B en 2007, et
plus récemment, les problèmes rencontrés par les banques
islandaises) : quand des déposants prêtent à une banque (qui
pourra octroyer des crédits) le risque est mutualisé entre eux,
mais en contrepartie, ils courent potentiellement le risque que la
banque ne puisse les rembourser (risque d’illiquidité). D’où la
nécessité d’une réglementation adéquate (système d’assurance
des dépôts, garantie d’Etat , cf. déclaration récente de plusieurs
chefs d’Etat ou gouvernement)
 Enfin, les banques peuvent depuis quelques années se couvrir
contre le risque de contrepartie, en « cédant le risque de
défaillance du client » (c’est-à-dire de la contrepartie) :
- en sortant les créances risquées de son bilan (technique de
titrisation « cash »)
- en gardant le crédit octroyé dans son bilan. Pour ce faire, elle va
intervenir sur le marché des « dérivés de crédit » (assimilables à
une technique d’assurance, mais reposant sur des instruments
financiers cotés et négociables sur un marché).

Ces marchés de la titrisation et des dérivés de crédit étaient en


pleine expansion jusqu’à l’éclatement de la crise des « sub-
primes ».

- - Par ailleurs, le marché financier peut également permettre le


transfert de ressources "dans l'espace" mais aussi "dans le
temps" :

→ Un individu A veut mettre en « réserve » des ressources pour sa


retraite. Il acquiert des obl° émises par une E (sur le marché
primaire), remboursables dans 20 ans : il y a transfert de
ressources vers l'E, et dans le temps pour lui et l'Entreprise. Il peut
s’il le désire revendre ses obligations (sur le marché secondaire) à
un autre souscripteur potentiel et récupérer du « cash » (en
acceptant néanmoins un risque de perte en capital
On le voit, le marché du crédit, comme les divers marchés de capitaux
ou les marchés « dérivés » permettent de fractionner les risques entre
plusieurs agents, d’en changer la nature, et contribuent en théorie à
mieux les gérer…même si l’histoire récente montre qu’il ne suffit pas
de fractionner les risques ou de les diluer pour les rendre inexistants !