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POSITION CAMEROUNAISE SUR LES DISCUSSIONS

INTERNATIONALES CONCERNANT LES CC (Nov 2009)

INTRODUCTION

Le défi du changement climatique interpelle les efforts de toute la communauté internationale.


Le Cameroun, conscient des enjeux de ce phénomène, est résolument engagé à soutenir le
développement durable. C’est ainsi que dans le cadre des négociations de Copenhague pour
l’avènement d’un nouveau traité de lutte contre le changement climatique, le Cameroun
soutient la position de la COMIFAC qui s’insère harmonieusement dans la position africaine.
Mais il affirme qu’en raison de sa spécificité certains points de négociation méritent une
grande attention.

Si dans le contexte du Cameroun, il est difficile de limiter les émissions de carbone (pays en
développement qui a besoin de la croissance), il est alors plus opportun d’augmenter les
capacités à les absorber, d’où la pertinence de limiter la déforestation, d’encourager le
reboisement et la gestion durable des terres et d’élaborer un plan national d’adaptation
approprié qui prend en compte tous les impacts des changements climatiques dans les
différent secteurs socioéconomiques.

En effet, l’accroissement des puits de carbone passe par la gestion durable, la conservation et
le reboisement des écosystèmes forestiers mais également la restauration des pertes subies
par la déforestation et la promotion d’une agriculture durable.

Le Cameroun soutient qu’il est important que les négociations de Copenhague soient guidées
par le principe de responsabilité commune mais différenciée. Et que par ailleurs les pays
développés ont une responsabilité historique de la situation actuelle. Dans cette logique, ce
sont les pays industrialisés qui sont d’abord interpellés par les objectifs de réduction qui
seront fixés lors de cette rencontre. En effet, du fait de l’usage excessif des énergies fossiles
par ces pays, ils sont en premier considérés comme responsables des perturbations climatiques
actuelles. Par conséquent, réduire les émissions actuelles passe d’abord par eux et ensuite par
l’assurance aux pays en développement d’un soutien financier, technologique et un appui en
formation pour s’adapter aux effets néfastes des changements climatiques.

Le Cameroun affirme qu’il y a lieu d’encourager la mise en place des projets techniques et
énergétiques (hydroélectricité)orientés entre autre vers la valorisation des énergies
renouvelables ou encore des projets biologiques ou forestier basés sur la séquestration du
Carbone, et d’autre part de consolider les acquis pour les projets de réduction des émissions
en cours de réalisation.

Tout en reconnaissant qu’une solution au problème du climat ne sera possible que si elle est
entreprise en tenant compte de la nécessité d’un espace de développement pour les pays en
développement, le Cameroun soutient que la mobilisation de l’appui financier,
technologique et le renforcement de capacité par les pays développés en vue de l’adaptation
dans les pays en développement est un engagement pris dans le cadre de la convention, et qui
doit être respecté. Car les changements climatiques constituent une menace à la réalisation
des objectifs du millénaire pour le développement.

Les principes de la position du Cameroun se fondent sur : le plan d’action de Bali, les
différentes rencontres de négociation de Bali en décembre 2007 à Barcelone en novembre
2009, le sommet de Ouagadougou sur le développement durable, le sommet des Chefs d’Etats
de la CEEAC et la position du groupe africain adoptée à Addis-Abeba en octobre 2009.

Ainsi, pour chaque axe stratégique du plan d’action de Bali ; la position du Cameroun se
décline ainsi qu’il suit :

I ATTENUATION

Parce que les pays industrialisés sont responsables des émissions passées de GES, qu’ils
restent aujourd’hui de grands émetteurs et qu’ils possèdent des ressources financières et
technologiques, ils doivent être les premiers à réduire massivement leurs émissions de GES.
Ils doivent aussi aider les pays du Sud, dont le Cameroun, à réduire leurs vulnérabilités et à
s’adapter aux impacts présents et à venir des changements climatiques.

Le Cameroun adhère au principe de responsabilité commune mais différenciée. A cet effet, il


soutient que les pays développés prennent des engagements de réduction de 40% pour 2020
par rapport au niveau d’émission de 1990.

Le Cameroun encourage les pays en développement et particulièrement les pays émergeants à


prendre des engagements volontaires de réduction des émissions des GES. Il sollicite à cet
effet que les pays développés apportent un soutien financier et technologique afin de
permettre à ces pays d’atteindre leurs objectifs de réduction volontaire.

Tout en soutenant la position africaine, le Cameroun propose qu’en raison de la spécificité de


son contexte marqué par son appartenance à la zone forestière et à la zone sahélienne, que le
REDD tout comme le MDP intègrent cette préoccupation.

1.1 – REDD : Réduction des Emissions des gaz à effet de serre dues à la Déforestation et
à la Dégradation

Dans le cadre de la réduction des Emissions des gaz à effet de serre dues de la déforestation à
la Dégradation des forêts et de l’amélioration de la séquestration du carbone par la
conservation, la gestion durable des forêts et l’augmentation de la couverture végétale
(reboisement), le REDD se présente comme une activité d’incitation et de promotion de la
gestion durable des formations naturelles.
Le REDD est d’une grande importance pour le Cameroun dans le cadre de la réunion de
Copenhague. Ainsi le Cameroun soutient le REDD+ c'est-à-dire la déforestation évitée, la
dégradation évitée, la conservation, la gestion durable et le reboisement.

Considérant que le REDD+ est une approche nouvelle qui permet de pérenniser et de
développer les puits de carbone forestiers, le Cameroun soutient l’approche phasée dans la
mise en œuvre du REDD +. Une phase préparatoire et de renforcement de capacités, financée
par des fonds fournis par les pays développés et une phase de mise en œuvre financée par le
marché global du carbone ou le marché et le fonds.

En ce qui concerne le niveau de référence dans le cadre du REDD, le Cameroun relève que
compte tenu de ses efforts historiques de conservation et de gestion durable des forêts, il est
nécessaire que ces efforts soient récompensés et pris en compte à travers un facteur
d’ajustement pour les évaluations futures des émissions évitées.

Compte tenu de la diversité de ses écosystèmes, le Cameroun opte pour une expérimentation
des approches de mise en œuvre infranationale et nationale pendant la période préparatoire.

En matière du REDD

Le Cameroun :

Soutient l’initiative de la réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation et


demande que les efforts de conservation et de gestion durable des forêts soient pris en
compte. A cet effet un facteur d’ajustement devra être défini et pris en compte dans le calcul
de la réduction des émissions de carbone ;

Prend position pour la mise en place d’un mécanisme de marché où tous les efforts de
réduction pourraient être évalués en crédit de carbone commercialisable dans un marché de
carbone. Cette option permettrait d’impliquer non seulement le secteur public, mais
également le secteur privé et les petits ruraux.

Le secteur forestier du Cameroun comprend le domaine permanent et le domaine non


permanent :

- Le domaine permanent qui fait l’objet de la conservation comprend les aires protégées et les
forêts de production. Le maintien des aires protégées (parcs nationaux, réserves
forestières…) contribue à la stabilisation du climat à travers la séquestration et le stockage du
carbone. Dans les forêts de production, notamment les UFA, les mesures de gestion durable
(plan d’aménagement forestier, études d’impact environnementales, certificats forestiers…)
en vigueur permettent d’assurer la pérennité de ces espaces et de la même manière
contribuent à la réduction des émissions des GES. Parmi les efforts de gestion durable, le
Cameroun s’est fixé pour objectif d’ériger 30% de son territoire en aires protégées. A ce jour,
le Cameroun se trouve à 20% de son territoire érigé en aire protégées par rapport à 11% en
1992. Cette augmentation vers la cible de 30% apporte des services climatiques à la planète.
Pour cela, le Cameroun demande que les efforts ainsi entrepris soient récompensés.

-Dans le domaine forestier non permanent, où le niveau de dégradation est avancé, le


Cameroun recommande que la restauration de ces espaces par le reboisement en cours soit
compensée.

le Cameroun propose que

• les projets REDD soient préfinancés;


• que le REDD soit appliqué aux zones sèches ;
• de prendre en compte, de valoriser et de promouvoir les connaissances endogènes
dans les mécanismes REDD ;
• d’adapter le REDD à la problématique de la foresterie communautaire ;
• de renforcer les capacités relatives à l’évaluation du carbone dans le cadre du REDD.

1.2 Accroissement des puits de carbone

La désertification est une réalité dans notre pays. Elle affecte particulièrement la région
septentrionale du Cameroun où le déficit pluviométrique et la sécheresse compliquent le
phénomène. Etant partie à la convention pour la lutte contre la désertification, le Cameroun
est entrain de mettre en œuvre son Plan d’Action National de lutte contre la désertification à
travers le reboisement (opération sahel vert) et la vulgarisation des foyers améliorés.

Comme ces activités contribuent à la stabilisation du climat,

le Cameroun demande que :

• d’une part un fonds d’appui pour les activités de reboisement à l’échelle internationale
soit mis en place afin de permettre de soutenir les activités de reboisement ;
• et d’autre part les projets de reboisement intégrant les populations locales soient
également éligibles comme initiative de réduction des émissions de Gaz à Effet de
Serre.
• le développement des énergies de substitution au bois (fours solaires, foyers
améliorés…) soit soutenu et encouragé.

1.3 Le NAMA (Mesures d’Atténuations Appropriées au Plan national)

Les NAMAs sont des Mesures d’Atténuations Appropriées au Plan national qui visent à
réduire les gaz à effet de Serre. Les documents y relatifs présentent les sources des émissions
GES, les volumes d’émissions par sources, les activités chiffrées pour réduire les émissions.

S’agissant des mesures d’atténuation appropriées au plan national,

Le Cameroun soutient que les pays développés prennent des engagements concrets pour
appuyer financièrement la mise en œuvre des projets d’atténuation dans le domaine de
transport, d’énergie, conservation et utilisation durable des terres dans les pays en
développement.

1.4 Le MDP (Mécanismes pour un Développement Propre)

C’est l’un des mécanismes de flexibilité du Protocole de Kyoto qui permet aux pays
développés d’obtenir des certificats d’émissions réduites dans les pays en voie de
développement à travers des activités développées soit dans le secteur d’énergie, soit dans le
reboisement. Il constitue une opportunité d’investissement direct pour les économies des pays
en voie de développement.

Le Cameroun dispose d’un important réseau hydrographique à haut potentiel


hydroélectrique. De même que sa partie sud appartient au deuxième plus grand bassin
forestier du monde après l’Amazonie, son étirement en latitude le positionne dans la zone
soudano-sahélienne, le dotant ainsi d’un potentiel solaire important. Tous ces atouts offrent
la possibilité à notre pays de développer des technologies en matière d’énergies propres, gage
de lutte contre le changement climatique.

Le Cameroun soutient :

• une meilleure distribution géographique des projets MDP ;


• l’allègement des procédures relatives aux projets MDP ;
• que le MDP finance des projets de construction des micro-barrages, de vulgarisation
de l’énergie solaire et éolienne et la production d’énergie à partir des déchets
biodégradables.
• que les opérations de reboisement initiées dans les pays en développement soient
éligibles aux financements MDP,
• mettre sur pied une instance Afrique du crédit carbone
• préfinancement des projets MDP.

II L’ADAPTATION

Dans le cadre de l’adaptation au changement climatique, la conversion de l’outil de


production par l’intégration des technologies existantes et l’accès à un fonds pour l’adaptation
constituent les priorités.

Le Cameroun soutient que pour l’adaptation aux Changements climatiques, soient mobilisés
des fonds d’adaptation fournis par des prélèvements sur toutes les transactions de carbone et
des taxes sur l’utilisation des énergies fossiles (taxe carbone)

Les différents fonds d’adaptation doivent soutenir la mise en œuvre des activités retenues
dans les PANAs à savoir :

• Apprécier la vulnérabilité des exploitants en identifiant et hiérarchisant les différentes


catastrophes et risques climatiques régulièrement enregistrées au Cameroun
(inondations, sécheresse…) ;
• Faciliter l’accès à l’information (radio rurale) en intégrant les savoirs traditionnels ;
• Sélectionner et améliorer les variétés culturales en fonction de leur résistance à la
sécheresse ;
• Valoriser les dimensions culturelles des connaissances locales liées aux contraintes
environnementales ;
• Créer des comités locaux d’observation et de gestion des risques (pré-alerte, alerte…)
climatiques.

Toutes ces actions requièrent des fonds important.


En matière d’adaptation, le Cameroun soutient que le fonds d’adaptation en direction des
PANA (Plan d’Action Nationale d’Adaptation) soit élargi à tous les pays sous-développés.

Il recommande en outre que ce fonds soit destiné non seulement à la mise en œuvre des
activités du PANA dans les pays en développement, mais aussi aux autres actions
d’adaptation.

Le Cameroun soutient enfin la valorisation des dimensions culturelles des connaissances


endogènes liées aux contraintes environnementales.

III - LE TRANSFERT DE TECHNOLOGIE

Le transfert de technologie porte sur les technologies telles que la construction des
infrastructures, les pratiques agricoles, les procédés industriels les plus courants, la production
des biens de consommation courante. Ces besoins de transfert de technologie consistent
essentiellement en la formation professionnelle ou en l’organisation des professions et des
dispositions administratives favorables à l’implantation d’équipementiers. Une telle approche
nécessite non seulement un appui financier important, mais aussi et surtout la volonté des
pays industrialisés.

Le Cameroun soutient donc qu’il soit procédé au transfert de technologie selon le


programme stratégique de Poznan sur les transferts de technologie. Ce transfert de
technologie doit se traduire par :

• Le renforcement de capacité dans le domaine de la collecte des données pour


l’évaluation de la vulnérabilité ;
• L’appui à la mise en œuvre du plan d’adaptation ;
• L’appui à la mise en œuvre de la stratégie nationale de limitation de risques ;
• L’appui au développement de la résilience climatique à travers la diversification
économique ;
• La promotion de la recherche et la vulgarisation des technologies adaptées ;
• La promotion de l’éducation, la formation et le renforcement des connaissances ;
• L’appui à l’établissement d’un mécanisme d’évaluation et de monitoring.

Dans le même ordre d’idées le Cameroun adhère aussi à la création d’un fonds multilatéral
sur la reconversion technologique.

En matière de transfert de technologie le Cameroun soutient

• Le transfert de technologie;

et demande que dans ce cadre soient crées les centres d’excellence au niveau régional, afin
de promouvoir la coopération entre pays de climats similaires (coopérations Sud-Sud) et
que l’accent soit mis sur le niveau local et les populations les plus vulnérables (éducation…) ;

• que les transferts de technologies se distinguent des aides publiques au


développement (APD) et des aides financières nouvelles et additionnelles, car
il n’est point question que les transferts de technologies viennent se substituer à
un soutien financier.
• la création d’un fonds multilatéral pour le soutien à la reconversion technologique et
transfert de technologie des pays en développement.

IV - LA VISION PARTAGEE

La vision partagée fait référence aux engagements chiffrés des pays de l’annexe 1
(industrialisés) à réduire leurs émissions des GES selon les prévisions du GIEC.

Dans ce cadre, le Cameroun demande à ces derniers de réduire leurs émissions de GES d’au
moins 40 % d’ici 2020 et de 80% d’ici 2050 en prenant pour référence de base l’année 1990.

V - LES MECANISMES DE FINANCEMENT

En ce qui concerne le financement des actions de lutte contre les changements climatiques, le
Cameroun soutient :

5.1 Le mécanisme de marché (marché carbone)

Le Cameroun demande la mise en place d’un mécanisme de marché clair et transparent où


tous les efforts de réduction pourraient être évalués en crédit de carbone commercialisable
dans un marché de carbone. Cette option permettrait d’impliquer non seulement le secteur
public, mais également le secteur privé, les petits porteurs (les petits propriétaires de
plantations d’arbres).

5.2 Le Mécanisme de Fonds

Dans cette catégorie, 3 types principaux sont proposés : le fonds spécial des changements
climatiques, le fonds d’adaptation (Pays en voie de développement, Pays les moins avancés)
et le fonds Carbone (issu des financements de la banque mondiale, du PNUE, et du Bassin du
Congo).

Le fonds carbone devra récompenser les efforts de réduction des émissions. Il ya lieu de
relever que cette approche suppose qu’il faille définir les mécanismes de renflouement du
fonds d’une part, et d’autre part les mécanismes de mise à disposition de ces fonds qui sont
souvent très lourds et compliqués, dont les règles d’action devraient être allégées.

Le Cameroun demande la création :

• D’un fonds spécial pour les activités de reboisement à l’échelle internationale ;


• D’un fonds spécial pour gérer les catastrophes liées aux changements climatiques
(inondations, glissement de terrain, sécheresse…).
• D’un fonds spécial de stabilisation des prix de carbone.

5.3 Les soutiens bilatéraux


Le Cameroun demande que :

les financements bilatéraux et multilatéraux, qui ne doivent pas se substituer à l’Aide


Publique au Développement (APD), soient encouragés afin de renforcer les capacités et la
reconversion technologique ;

tous les financements destinés à la stabilisation du climat soient placés sous l’autorité de la
Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques