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294 DE L'ESPRIT DES TRADUCTIONS .

On devrait conclure de cette façon de s'exprimer, veloppement n'a pas besoin des charmes du style.
que , traitant Notre-Seigneur comme un homme Mais il en était résulté cependant que plusieurs des
et comme un homme ordinaire , je lui fais un mé- richesses des Italiens , en ce genre , leur étaient in
rite de ne s'être pas tué. Quel ridicule et quelle connues à eux-mêmes , parce que la généralité des
impiété tout ensemble ! lecteurs ne comprenait que l'idiome du pays. Il
La critique littéraire n'est point consciencieuse faut d'ailleurs , pour écrire en latin sur les sciences
en France, et par conséquent elle n'est d'aucune et sur la philosophie , créer des mots qui n'exis
utilité ; car il n'y a que la vérité qui serve à quel- tent pas dans les auteurs anciens. Ainsi , les sa
que chose. L'extrait d'un ouvrage , en Angleterre vants se sont servis d'une langue tout à la fois
et en Allemagne, est fait avec tant de profondeur morte et factice, tandis que les poëtes s'astrei
et d'exactitude , qu'on reconnaît les droits de juge gnaient aux expressions purement classiques; et
dans le talent et les connaissances que ces écri- l'Italie , où le latin retentissait encore sur les bords
vains manifestent. Chez nous , toute la critique lit- du Tibre , a possédé des écrivains tels que Fra
téraire consiste dans l'art de citer quelques phra- Castor,Politien, Sannazar, qui s'approchaient, dit
ses , d'ordinaire altérées , et que l'on sépare avec on , du style de Virgile et d'Horace ; mais si leur
soin de la chaîne de raisonnements qui les motive. réputation dure , leurs ouvrages ne se lisent plus
C'est un jeu de mauvais enfants qu'un tel travail ; hors du siècle des érudits ; et c'est une triste gloire
mais s'il amuse quelques lecteurs , il ne faut pas littéraire que celle dont l'imitation doit être la
s'en fâcher; la véritable réputation se tire toujours base. Ces poëtes latins du moyen âge ont été tra
de semblables attaques , et il ne vaudrait pas la duits en italien dans leur propre patrie : tant il est
peine d'écrire si ce n'était au public entier qu'on naturel de préférer la langue qui vous rappelle les
s'adressåt. Néanmoins quand il s'agit de la reli- émotions de votre propre vie, à celle qu'on ne peut
gion , et par conséquent de la morale ; quand il se retracer que par l'étude !
s'agit de tout ce qu'il y a de plus sacré dans l'hé- La meilleure manière , j'en conviens , pour se
ritage qu'on a reçu et dans celui qu'on doit trans- passer des traductions , serait de savoir toutes les
mettre , on a le droit de prier messieurs les faiseurs langues dans lesquelles les ouvrages des grands
d'extraits d’être moins légers que de coutume dans poëtes ont été composés; le grec , le latin , l'italien ,
leur manière de lire et de rendre compte de ce le français , l'anglais , l'espagnol , le portugais ,
qu'ils prétendent avoir lu. l'allemand : mais un tel travail exige beaucoup de
temps , beaucoup de secours , et jamais on ne peut
se flatter que des connaissances si difficiles à ac
quérir soient universelles. Or , c'est à l'universel
DE L'ESPRIT qu'il faut tendre , lorsqu'on veut faire du bien aux
DES TRADUCTIONS " . hommes. Je dirai plus : lors même qu'on enten
drait bien les langues étrangères , on pourrait
goûter encore , par une traduction bien faite dans
sa propre langue, un plaisir plus familier et plus
Il n'y a pas de plus éminent service à rendre à intime. Ces beautés naturalisées donnent au style
la littérature , que de transporter d'une langue à | national des tournures nouvelles et des expres
l'autre les chefs -d'oeuvre de l'esprit humain. Ilsions plus originales. Les traductions des poëtes
cxiste si peu de productions du premier rang ; le étrangers peuvent , plus efficacement que tout au
génie , dans quelque genre que ce soit , est un phé- tre moyen , préserver la littérature d'un pays de
no le
nomène tellement rare , que si chaque nation mo- ces tournures banales qui sont les signes les plus
derne en était réduite à ses propres trésors , elle certains de sa décadence.
. Mais , pour tirer de ce travail un véritable avan
des idées est , de tous les genres de commerce , tage , il ne faut pas , comme les Français , donner
celui dont les avantages sont les plus certains. sa propre couleur à tout ce qu'on traduit ; quand
Les savants et même les poëtes avaient imaginé, même on devrait par là changer en or tout ce que
lors de la reuaissance des lettres , d'écrire tous
l'on touche, il n'en résulterait pas moins que l'on
dans une même langue, le latin , afin de n'avoir ne pourrait pas s'en nourrir ; on n'y trouverait
pas besoin d'être traduits pour être entendus . Cela pas des aliments nouveaux pour sa pensée, et l'on
pouvait être avantageux aux sciences , dont le dé- reverrait toujours le même visage avec des parures
" Article inséré dans un journal italien , en 1810 . à peine différentes. Ce reproche, justement mérité
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par les Français , tient aux entraves de toute es- En Allemagne, plusieurs savants ont prétendu
pèce imposées, dans leur langue , à l'art d'écrire que les æuvres d'Homère n'avaient pas été compo
en vers . La rareté de la rime, l'uniformité de vers, sées par un seul homme, et qu'on devait considé
la difficulté des inversions , renferment le poëterer l'Iliade , et même l'Odyssée, comme une réu
dans un certain cercle qui ramène nécessairement, nion de chants héroïques, pour célébrer en Grèce
si ce n'est les mêmes pensées, au moins des hémis- la conquête de Troie et le retour des vainqueurs.
tiches semblables , et je ne sais quelle monotonie Il me semble qu'il est facile de combattre cette
dans le langage poétique, à laquelle le génie échappe, opinion , et que l'unité de l'Iliade surtout ne per
quand il s'élève très-haut,mais dont ilne peut s'af- met pas de l'adopter. Pourquoi s'en serait-on tenu
franchir dans les transitions , dans les développe- au récit de la colère d'Achille ? Les événements
ments, enfin, dans tout ce qui prépare et réunit les subsequents , la prise de Troie qui les termine ,
grands effets. auraient dů naturellement faire partie de la col
On trouverait donc difficilement , dans la litté- lection des rapsodies qu’on suppose appartenir à
rature française , une bonne traduction en vers , divers auteurs. La conception de l'unité d'un évé
excepté celle des Géorgiques par l'abbé Delille. Il nement, la colère d'Achille , ne peut être que le
y a de belles imitations, des conquêtes à jamais plan formé par un seul homme. Sans vouloir toute
confondues avec les richesses nationales ; mais on fois discuter ici un système , pour et contre lequel
ne saurait citer un ouvrage en vers qui portât d'au- on doit être armé d'une érudition effrayante, au
cune manière le caractère étranger , et même je ne moins faut-il avouer que la principale grandeur
crois pas qu'un tel essai pût jamais réussir. Si les d'Homère tient à son siècle , puisqu'on a cru que
Géorgiques de l'abbé Delille ont été justement ad- les poëtes d'alors, ou du moins un très-grand nom
mirées , c'est parce que la langue française peut bre d'entre eux , avaient travaillé à l'Iliade. C'est
s'assimiler plus facilement à la langue latine qu'à une preuve de plus que ce poëme est l'image de la
toute autre ; elle en dérive , et elle en conserve la société humaine, à tel degré de la civilisation , et
pompe et la majesté; mais les langues modernes qu'il porte encore plus l'empreinte du temps que
ont tant de diversités , que la poésie française ne celle d'un homme.
saurait s'y plier avec grâce. Les Allemands ne se sont point bornés à ces
Les Anglais , dont la langue admet les inver- recherches savantes sur l'existence d'Homère ; ils
sions , et dont la versification est soumise à des ont tâché de le faire revivre chez eux, et la traduc
règles beaucoup moins sévères que celle des Fran- tion de Voss est reconnue pour la plus exacte qui
çais , auraient pu enrichir leur littérature de tra- existe dans aucune langue. Il s'est servi du rhythme
ductions exactes et naturelles tout ensemble ; mais des anciens, et l'on assure que son hexamètre alle
leurs grands auteurs n'ont point entrepris ce tra- mand suit presque mot à mot l'hexamètre grec.
vail ; et Pope , le seul qui s'y soit consacré , a fait Une telle traduction sert efficacementà la connais
deux beaux poëmes de l’Iliade et de l'Odyssée ; sance précise du poëme ancien ; mais est-il certain
mais il n'y a point conservé cette antique simplicité que le charme, pour lequel il ne suffit ni des règles
qui nous fait sentir le secret de la supériorité ni des études , soit entièrement transporté dans la
d'Homère . langue allemande ? Les quantités syllabiques sont
En effet, il n'est pas vraisemblable que le génie conservées; mais l'harmonie des sons ne saurait
d'un homme ait surpassé depuis trois mille ans être la même. La poésie allemande perd de son na
celui de tous les autres poëtes ; mais il y avait quel- turel , en suivant pas à pas les traces du grec, sans
que chose de primitif dans les traditions , dans les pouvoir acquérir la beauté du langage musical qui
mæurs , dans les opinions, dans l'air de cette épo- se chantait sur la lyre.
que, dont le charme est inépuisable; et c'est ce dé- L'italien est de toutes les langues modernes celle
but du genre humain , cette jeunesse du temps , qui se prête le plus à nous rendre toutes les sen
qui renouvelle dans notre âme, en lisant Homère , sations produites par l'Homère grec. Il n'a pas ,
une sorte d'émotion pareille à celle que nous éprou- est vrai , le même rhythme que l'original ; l'hexa
vons par les souvenirs de notre propre enfance : mètre ne peut guère s'introduire dans nos idiomes
cette émotion se confondant avec ses rêves de l'âge modernes; les longues et les brèves n'y sont pas
d'or , nous fait donner au plus ancien des poëtes la assez marquées pour que l'on puisse égaler les an
préférence sur tous ses successeurs. Si vous ôtez ciens à cet égard . Mais les paroles italiennes ont
si sa composition la simplicité des premiers jours une harmonie qui peut se passer de la symétrie
du monde , ce qu'elle a d'unique disparait. des dactyles et des spondées , et la construction
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grammaticale en italien se prête à l'imitation par- | auteurs dramatiques français se rapprochent autant
faite des inversions du grec : les versi sciolti, étant du goût des Italiens que Shakspeare de celui des
dégagés de la rime , ne gênent pas plus la pensée Allemands , et peut- être pourrait- on représenter
que la prose, tout en conservant la grâce et la me- Athalie avec succès sur le beau théâtre de Milan ,
sure du vers. en donnant aux chœurs l'accompagnement de l'ad
La traduction d'Homère par Monti est sûrement mirable musique italienne. On a beau dire que l'on
de toutes celles qui existent en Europe celle qui ne va pas au spectacle en Italie pour écouter, mais
approche le plus du plaisir que l'original même pour causer,et se réunir dans les loges avec sa
pourrait causer. Elle a de la pompe et de la simpli- société intime ; il n'en est pas moins certain que
cité tout ensemble ; les usages les plus ordinaires d'entendre tous les jours, pendant cinq heures,
de la vie , les vêtements , les festins sont relevés plus ou moins, ce qu'on est convenu d'appeler des
par la dignité naturelle des expressions ; et les plus paroles dans la plupart des opéras italiens , c'est , à
grandes circonstances sont mises à notre portée la longue , une manière sûre de diminuer les fa
par la vérité des tableaux et la facilité du style. cultés intellectuelles d'une nation. Lorsque Casti
Personne, en Italie , ne traduira plus désormais faisait des opéras comiques , lorsque Métastase
l'Iliade ; Homère y a pris pour jamais le costume adaptait si bien à la musique des pensées pleines
de Monti, et il me semble que , même dans les au- de charme et d'élévation , l'amusement n'y perdait
tres pays de l'Europe, quiconque ne peut s'élever rien , et la raison y gagnait beaucoup. Au inilieu
jusqu'à lire Homère dans l'original, aura l'idée du de la frivolité habituelle de la société, lorsque chacun
plaisir qu'il peut causer , par la traduction ita- cherche à se débarrasser de soi par le secours des
lienne. Traduire un poëte , ce n'est pas prendre un autres , si vous pouvez faire arriver quelques idées
compas , et copier les dimensions de l'édifice; c'est et quelques sentiments à travers les plaisirs, vous
animer du même souffle de vie un instrument dif- formez l'esprit à quelque chose de sérieux qui peut
férent. On demande encore plus une jouissance lui donner enfin une véritable valeur.
du même genre que des traits parfaitement sem- La littérature italienne est partagée maintenant
blables. entre les érudits qui sassent et ressassent les cendres
Il serait fort à désirer , ce me semble , que les du passé , pour tâcher d'y retrouver encore quel
Italiens s'occupassent de traduire avec soin di- ques paillettes d'or, et les écrivains qui se fient à
verses poésies nouvelles des Anglais et des Alle- | l'harmonie de leur langue pour faire des accords
mands; ils feraient ainsi connaître un genre nou- sans idées, pour mettre ensemble des exclamations,
veau à leurs compatriotes , qui s'en tiennent , pour des déclamations , des invocations où il n'y a pas
la plupart, aux images tirées de la mythologie an- un mot qui parte du cour et qui y arrive. Ne se
cienne : or, elles commencent à s'épuiser , et le pa rait-il donc pas possible qu'une émulation active ,
ganisme de la poésie ne subsiste presque plus dans celle des succès au théâtre, ramenât par degrés
le reste de l'Europe. Il importe aux progrès de la l'originalité d'esprit et la vérité de style , sans les
pensée , dans la belle Italie , de regarder souvent au quelles il n'y a point de littérature , ni peut-être
delà des Alpes, non pour emprunter , mais pour même aucune des qualités qu'il faudrait pour en
connaître ; non pour imiter, mais pour s'affranchir avoir une ?
de certaines formes convenues qui se maintiennent Le goût du drame sentimental s'est emparé de la
en littérature comme les phrases officielles dans la scène italienne , et au lieu de cette gaieté piquante
société , et qui en bannissent de même toute vérité qu'on y voyait régner autrefois, au lieu de ces
naturelle . personnages de comédie qui sont classiques dans
Si les traductions des poëmes enrichissent les toute l'Europe , on voit représenter, dès les pre
belles-lettres, celles des pièces de théâtre pour- mières scènes de ces drames , les assassinats les
raient exercer encore une plus grande influence ; plus insipides , si l'on peut s'exprimer ainsi , dont
car le théâtre est vraiment le pouvoir exécutif de on puisse donner le misérable spectacle. N'est -ce
la littérature. A. W. Schlegel a fait une traduction pas une pauvre éducation pour un nombre très
de Shakspeare, qui, réunissant l'exactitude à considérable de personnes , que de tels plaisirs si
l'inspiration, est tout à fait nationale en Allemagne. souvent répétés ? Le goût des Italiens , dans les
Les pièces anglaises ainsi transmises sont jouées beaux-arts , est aussi simple que noble ; mais la
sur le théâtre allemand , et Shakspeare et Schiller parole est aussi un des beaux-arts , et il faudrait
y sont devenus compatriotes. Il serait possible en lui donner le même caractère ; elle tient de plus
Italie d'obtenir un résultat du même genre ; les près à tout ce qui constitue l'homme, et l'on se
ARTICLES INSERES DANS LA BIOGRAPHIE UNIVERSELLE . 297

passe plutôt de tableaux et de monuments que Quand l'ordre social est injuste, les individus sur
des sentiments auxquels ils doivent être consacrés. lesquels il pèse s'affranchissent souvent de toutes
Les Italiens sont très - enthousiastes de leur les barrières , irrités qu'ils sont de n'avoir pas été
langue ; de grands hommes l'ont fait valoir, et les protégés par elles. Dans les monarchies , on se
distinctions de l'esprit ont été les seules jouis- sent une sorte d'éloignement pour les femmes qui
sances , et souvent aussi les seules consolations se mêlent des affaires publiques ; il semble qu'elles
de la nation italienne. Afin que chaque homme ca- deviennent les rivales des hommes , en usurpant
pable de penser se sente un motif pour se déve- la carrière dans laquelle ils peuvent se mouvoir ;
lopper lui-même, il faut que toutes les nations mais dans une république , la politique étant le
aient un principe actif d'intérêt : les unes sont mi- premier intérêt de tous les hommes, ils ne seraient
litaires , les autres politiques. Les Italiens doivent point associés du fond de l'âme avec les femmes
se faire remarquer par la littérature et les beaux qui ne partageraient pas cet intérêt. Aspasie s'oc
arts ; sinon leur pays tomberait dans une sorte cupa donc d'une manière remarquable de l'art des
d'apathie dont le soleil même pourrait à peine le gouvernements , et en particulier de l'éloquence ,
réveiller. l'arme la plus puissante des pays libres. Platon ,
dans son dialogue de Menexène , cite une très belle
harangue d'Aspasie , en l'honneur des Athéniens
ARTICLES morts à Léchée. Il dit qu'elle avait enseigné l'art
oratoire à Périclès. Le poëte élégiaque Hermésia
DE MADAME DE STAEL , nax nous peint Socrate comme amoureux d'Aspa
INSÉRES DANS LA BIOGRAPHIE UNIVERSELLE , sie : « Vénus , dit-il , se vengea sur lui de son aus
a tère sagesse , en l'enflammant pour Aspasie ; son
TOMES II , VI ET IX , 1811 A 1813 .
« esprit profond n'était plus occupé que des frivo
« les inquiétudes de l'amour. Toujours il inventait
a de nouveaux prétextes pour retourner chez As
ASPASIE. Lorsqu'on est appelé à caractériser pasie ; et lui qui avait démêlé la vérité dans les
C
les femmes de l'antiquité , et surtout de la Grèce , sophismes les plus tortueux , ne pouvait trouver
on éprouve un genre d'embarras très - pénible ; on « d'issue aux détours de son propre cæur. » Aspa
est séduit par leurs talents , et repoussé par leur sie elle - même adressa des vers à Socrate , pour le
conduite. Rarement les femmes illustres , à cette consoler de l'amour malheureux qu'il ressentait ;
époque de la civilisation , méritaient tout à la fois mais il est permis de penser qu'elle s'enorgueillis
l'admiration et l'estime ; et parmi les bienfaits sans sait un peu d'un empire dont Socrate pouvait tou
nombre de la religion chrétienne , il faut compter jours se dégager à son gré. La gloire de la vie d'As
l'introduction de ces mæurs sociales et pures qui pasie, ce fut le sentimentsincère et durable qu'elle
permettent aux femmes de se montrer sans s'avi- sut inspirer à Périclès, à ce grand homme, qui sa
lir , et de manifester leur âme sans souiller leur vait être à la fois citoyen et roi d'une république.
réputation. Aspasie naquit à Milet , en Ionie ; elle On l'avait surnommé Jupiter Olympien, et sa com
était fille d'Axiochus. On prétend que les femmes pagne , Aspasie , fut appelée Junon : il avait d'elle
de l'Asie Mineure étaient plus belles que celles un fils naturel . Toutefois , l'égarement de la pas
d'Athènes . L'Asie a quelque chose de merveilleux sion ne suffit point à son bonheur ; il voulut con
qu'on retrouve sous mille formes diverses. Une tracter des liens plus intimes avec elle, et se sépara
autre beauté d'Ionie , Thargélie , avait , avant As- de sa femme pour épouser Aspasie. Plutarque ra:
pasie, donné l'exemple de la singulière réunion des conte qu'il avait pour elle la tendresse conjugale
talents politiques et littéraires , avec toutes les la plus parfaite : un tel sentiment peut-il être ins
grâces de son sexe. Il paraît qu'Aspasie la prit | piré par une femme dépravée ? Aspasie fut accusée
pour modèle, quoiqu'elle ne consacrât pas, comme d'avoir été la cause de deux guerres entre les Athé
Thargélie , ses moyens de plaire à faire des parti- niens et les Samiens , à cause de Milet , sa patrie ;
sans au roi de Perse. Les femmes étrangères et entre les Athéniens et les Lacédémoniens , à
étaient , pour ainsi dire , proscrites par les lois l'occasion de la ville de Mégare. Plutarque la jus
d'Athènes , puisque leurs enfants, nés dans le ma- tifie de ce tort , et Thucydide ne prononce pas son
riage , ne pouvaient être considérés comme légiti- nom , en racontant avec détail toutes les causes
mes : peut-être cette situation contribua - t -elle à de la longue guerre du Péloponèse. Le seul Aris
placer Aspasie dans la classe des courtisanes. I tophane désigne Aspasie comme en étant la cause ;

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