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Université Mohammed V

Faculté des sciences juridiques,


Economiques et sociales
Rabat - Agdal

Filière : Droit privé (Section francophone S6)

Eléments de procédure pénale (Version actualisée)

• Chapitre I : Les magistrats

• Chapitre II : Les organes auxiliaires de la justice pénale

Pr. Abdelaziz EL HILA

1
Introduction

Il s’agit dans cette introduction de présenter la matière (PP) eu égard aux disciplines

voisines (I), d’en rehausser l’importance et l’enjeu (II), d’en esquisser à grands traits

l’évolution historique (III) et d’en indiquer les sources (IV).

I – Présentation de la matière

La procédure pénale a trait à tout ce qui concerne la constatation des infractions et la

recherche et le jugement de leurs auteurs. Elle peut être définie comme l’ensemble des règles

qui fixent l’organisation et la compétence des juridictions et des organes répressifs et qui

déterminent les formalités à observer, les actes à accomplir et les garanties de la défense à

respecter tant aux trois stades successifs de l’enquête policière, de la poursuite et de

l’instruction, qu’en ce qui concerne le jugement, les voies de recours et l’application des

peines.

Cette matière comprend, ainsi, l’ensemble des règles relatives à la conduite de l’enquête

policière (enquête dite de flagrance et enquête dite préliminaire ou ordinaire), au déroulement

du procès pénal, (poursuite, instruction, jugement, voies de recours, droits de la défense,

administration de la preuve…), à l’organisation et à la compétence juridictionnelles

(juridictions répressives de Droit commun et juridictions spéciales), aux statuts et attributions

des organes judiciaires (magistrats du parquet, d’instruction et de jugement) et des organes

auxiliaires de la justice pénale (officiers de police judiciaire, greffiers, experts, avocats) ainsi

qu’à certaines mesures liées à l’application des peines (casier judiciaire, exécution de la peine

de mort, réhabilitation…). Ces règles sont domiciliées principalement dans le code de

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procédure pénale et dans divers textes particuliers maintes fois remaniés (Voir, IV sources de

la PP marocaine).

Ainsi présentée, la procédure pénale constitue la troisième composante (à côté du

Droit pénal général et du Droit pénal spécial) du Droit pénal ou Droit criminel qui se

définit comme la branche du Droit qui s’assigne pour objet la lutte contre la criminalité sous

toutes ses formes et manifestations en réglementant le recours de la puissance publique attitrée

à la sanction pénale à travers des règles de fond (ou matérielles) et de forme (ou procédurales).

Le Droit pénal Général (DPG), matière de fond et de synthèse du Droit criminel,

s’attache à l’étude des règles communes à toutes les infractions pénales, aux conditions de la

responsabilité et aux sanctions.

Ces règles sont énoncées essentiellement dans le livre I (Art 13 à 109) et dans le livre II

(Art 110 à 162) du code pénal. Ainsi pour l’essentiel, le DPG détermine les éléments

constitutifs généraux des infractions pénales, les conditions générales sur la base desquelles la

responsabilité de l’auteur (et du complice, le cas échéant) peut être engagée, exclue ou atténuée

et les formes et typologies des sanctions, les modalités de leur individualisation par le juge ,

aussi que les causes de leur suspension ou de leur extinction avec ou sans effacement de la

condamnation.

Le Droit pénal spécial (DPS), autre matière de fond, mais d’analyse du Droit criminel

a trait au régime d’incrimination et de répression propre à chaque type d’infraction (meurtre,

infraction terroriste, infanticide, escroquerie, …)

Il s’agit donc d’un catalogue des incriminations prévues par la loi, chacune étant

envisagée isolément quant à ses éléments constitutifs et sa sanction, mais aussi quant aux

conditions spécifiques, s’il y a lieu, de mise en œuvre de la responsabilité et même, dans

3
certains cas, quant aux spécificités procédurales à observer. Le DPS puise ainsi, ses règles

dans le livre III (Art 163 à 612) du code pénal et dans divers textes particuliers.

Mais bien qu’ayant une large surface propre , la PP a des interférence avec les autres

composantes du Droit criminel et particulièrement avec le DPS dont elle constitue le

complément indispensable, étant entendu que toute infraction figurant dans le catalogue des

incriminations légales, donc dans le DPS, suppose dès sa commission la mise en oeuvre de

règles et de mécanismes de forme pour sa constatation et, le cas échéant, pour la recherche , la

poursuite et le jugement de son auteur (ou supposé tel).

Dans le même ordre d’idées, tout en étant distincte en tant que discipline normative, la PP a

une aire commune avec certaines disciplines relevant des sciences criminelles dénommées à

juste titre « sciences auxiliaires du Droit pénal ». Il s’agit d’abord de la criminologie qui

étudie le phénomène criminel dans ses causes, ses manifestations et ses conséquences et dont

les analyses et les conclusions intéressent à bien des égards la procédure pénale , notamment

pour ce qui a trait à l’évolution (statistique et géographique) de la criminalité qui devrait

normalement inspirer une adaptation conséquente du dispositif organique et juridictionnel en

place (étant entendu que l’accroissement de la criminalité entraîne la multiplication des procès

et donc l’engorgement des tribunaux…) ; mais aussi pour ce qui a trait par exemple aux

recherches ponctuelles sur la justice d’exception ou la délinquance catégorielle (mineurs,

militaires, crimes financiers…), questions auxquelles le Droit procédural consacre des

dispositions ou des institutions particulières (justice militaire, juridictions pour mineurs,

juridictions financières…).

Il s’agit , ensuite, de la criminalistique dite aussi police scientifique qui comprend les

différents procédés techniques et policiers utilisés dans l’analyse de la matérialité des

infractions et dans la recherche de leurs auteurs telles que l’anthropométrie (qui a pour objet
4
l’examen des empreintes digitales en vue d’identifier les suspects), la police technique (qui

s’emploie à rechercher et à analyser les indices et les traces laissés par les malfaiteurs ainsi

que les instruments et objets utilisés dans la commission de l’infraction), la médecine légale

(qui permet de préciser les causes et les circonstances d’un décès au moyen notamment de

l’autopsie) et la toxicologie (qui renseigne par exemple sur la substance toxique utilisée en

cas de crime d’empoisonnement). Ainsi, à la faveur de ces procédés scientifiques et

techniques, la criminalistique apporte un concours précieux dans la mise en œuvre de la

procédure pénale, particulièrement aux stades de l’enquête policière et de l’instruction

préparatoire.

Il s’agit, enfin, de la science pénitentiaire ou pénologie qui se focalise sur l’étude des

diverses mesures pénales (peines et mesures de sûreté) sous l’angle de leurs natures et leurs

finalités, mais aussi sous l’angle de leur valeur pratique et leur efficacité sociale. A ce titre elle

offre, assurément, une matière riche d’analyses et d’enseignements dont la procédure pénale

gagnerait à tirer bénéfice dans son élaboration et dans son application, sachant qu’elle

s’intéresse aussi à l’exécution de la peine et à la réadaptation de la personne condamnée à

travers la réglementation de diverses institutions et mesures (juge d’application des peines,

casier judiciaire, libération conditionnelle, réhabilitation, prescription de la peine ; exécution

de la peine de mort, de la détention préventive, des peines privatives de liberté, des peines

pécuniaires et de la contrainte par corps).

II – Importance et enjeu de la matière

C’est un lieu commun de dire qu’une bonne procédure pénale est celle qui

s’efforce de concilier au mieux la sécurité avec l’équité, les droits de la société avec ceux de

l’individu; celle qui parvient donc à « tenir compte de la double nécessité d’assurer l’efficacité

de la répression et de garantir les libertés des citoyens ». Cet axiome, déjà, expressément
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énoncé dans la note de présentation du premier code de procédure pénale du Maroc

indépendant(1), est aujourd’hui on ne peut plus clairement formulé dans le préambule du

nouveau code entré en vigueur depuis le premier octobre 2003(2). Ainsi, la révision accomplie

y est justifiée par le double souci « d’assurer les conditions d’un procès équitable et de

respecter les libertés et les droits individuels conformément aux normes internationales d’une

part, et de préserver l’intérêt général et l’ordre public , d’autre part»( 3).

L’enjeu est de taille et le défi est considérable quand on sait que la question des droits

de l’Homme – et particulièrement des droits de l’Homme aux prises avec la justice- est plus

que jamais à l’ordre du jour et que le Maroc s’est résolument inscrit dans une dynamique de

promotion et de protection de ces droits, mais aussi quand on sait que l’insécurité gagne du

terrain au point de franchir la cote d’alarme sous le poids d’une criminalité galopante et

protéiforme contre laquelle il est impératif de doubler de vigilance et de réagir efficacement.

De là, à peine est-il besoin de dire qu’il ne s’agit pas de raisonner en termes de dilemme

ou de priorité, mais d’équilibre et de juste mesure tant il est vrai que le couple « sécurité -

équité » ou « ordre public- droits de l’Homme » peut faire bon ménage. Equilibre et juste

mesure qui sont tout l’art du législateur qui doit s’y employer au moyen d’un dispositif

procédural judicieusement ajusté et aussi complet et minutieux que possible.

En somme, ce double souci de protéger la société et de préserver les droits et libertés

individuels implique essentiellement l’obligation pour l’autorité judiciaire de s’assurer de la

culpabilité de tout prévenu ou accusé et donc de ne condamner que les coupables , jamais les

innocents ; ce qui passe par le respect scrupuleux, et à tous les stades du procès pénal, de la

(1 )Code du 10 février 1959 (abrogé).


(2 ) Code de procédure pénale issu de la loi n° 22-01 promulguée par le dahir n°1-02-255 du 3 octobre 2002 (Bo n°5078 du 30
janvier 2003, p. 315 et s).
(3 ) Préambule- trad libre.
6
règle de « la présomption d’innocence » et son corollaire « le doute profite à l’accusé » ;

mais aussi par la protection de la liberté individuelle et la garantie de tous les droits de la

défense (droits de ne pas témoigner contre soi même, d’être assisté par un avocat, de produire

les preuves à décharge, d’exercer les voies de recours…).

En ce sens, on peut affirmer, dans le sillage d’autres pénalistes et défenseurs des droits

de l’Homme , que si le code pénal peut être considéré comme « un code des malfaiteurs»

puisqu’il s’agit essentiellement d’un catalogue des incriminations et des sanctions applicables

aux délinquants, le code de procédure pénale, doit normalement être considéré comme « un

code des honnêtes gens »( 1) puisqu’il est censé constituer principalement, un ensemble de

règles à suivre, de précautions à prendre et de garanties à respecter de manière à ne pas

accabler, par erreur ou par abus, les personnes innocentes (les honnêtes gens), donc pour ne

condamner que les véritables coupables. Cette assertion est confortée par deux maximes : la

première considérant que « la procédure pénale est la sœur jumelle de la liberté » ; la

seconde décrétant que dans la doute « mieux vaut laisser courir cent coupables que

condamner un seul innocent »(2).

De là à dire que la procédure pénale peut être considérée comme une matière protectrice

des droits de l’Homme il n’y pas à hésiter, étant entendu que sous cet angle de vue l’impératif

des droits de l’Homme implique le respect des droits de la personne aux prises avec la police

ou la justice sans pour autant sacrifier le droit de la société et de chacun à la quiétude et à la

sécurité.

(1 )- Voir en ce sens :
- (Marc) Ancel, La défense sociale nouvelle , édit cujas 1981 , p. 222.
- (Mohamed Jalal ) Essaid , La présomption d’innocence, édit La porte , 1971, n° XXII.
- (Mohieddine) Amzazi, Précis de Droit criminel , Pub, A.P.R.E.J 1994, p. 171.
(2 )Maxime fortement significative qui s’inspire , d’ailleurs, de l’affirmation de voltaire : « Il vaut mieux hasarder de sauver un
coupable que de condamner un innocent ».
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Dans quelle mesure le régime de procédure pénale en vigueur au Maroc permet –il de

réaliser cette conciliation ? Pour pouvoir répondre à cette question, il faut, à l’évidence, passer

en revue l’ensemble dudit régime, ce qui constitue, justement, l’objet de ce cours. Mais d’ores

et déjà force est de souligner qu’en dépit du dispositif de protection de l’innocence et des

droits de la défense, fruit d’une évolution graduelle et de réformes audacieuses, on aura à

constater à travers différents développements que, malheureusement, la chaîne de précautions

et de garanties reste encore fragilisée par bien des maillons faibles qui laissent visiblement

planer le risque d’abus ou d’erreurs judiciaires et qui semblent , du reste, traduire le primat de

l’impératif de la sécurité et de l’ordre public sur les exigences des droits de l’Homme.

III- Aperçu historique

A cet égard, il convient de formuler d’emblée une précision essentielle : Hormis

quelques règles mises en évidence de-ci de-là par le Fiqh musulman, généralement sur la base

de la Charia et qui ont trait à l’exigence de l’équité, au rôle majeur du juge, à la présomption

d’innocence et à l’administration de la preuve(1), le Droit musulman ne renferme pas de

réglementation d’ensemble d’ordre procédural et de là ou ne saurait en retrouver l’empreinte

dans notre régime de procédure. En fait, dans son esprit comme dans sa matière, la PP

marocaine s’inspire sensiblement du système procédural français et constitue ainsi le fruit de

l’évolution historique qui s’est opérée au niveau de ce système . Dès lors, il n’est pas inutile

de retracer sommairement cette évolution qui a été marquée par la succession de trois

systèmes, la procédure ayant été d’abord accusatoire, puis inquisitoire avant de devenir mixte.

1°) Le système accusatoire

(1 ) A l’exemple de la règle en vertu de laquelle la charge de la preuve d’un acte ou d’un fait incombe au demandeur : « ‫اﻟﺒﯿﻨﺔ ﻋﻠﻰ‬
‫ واﻟﯿﻤﯿﻦ ﻋﻠﻰ ﻣﻦ أﻧﻜﺮ‬،‫» اﻟﻤﺪﻋﻲ‬
8
C’est la forme la plus ancienne de procédure pénale qui était en vigueur en Grèce et à

Rome pendant la période antique et dans l’ancien Droit français. Ce système qui se distingue

par son caractère populaire présente les traits saillants suivants : - Le procès ne peut être

engagé que s’il y a une accusation, laquelle peut émaner soit de la victime ou ses parents soit

de tout autre individu ; - Le juge n’est pas un professionnel, c’est un simple particulier qui est

accepté par les parties et qui ne peut donc se saisir d’office ; son rôle consiste à arbitrer les

débats entre les parties qui se livrent à un véritable duel judiciaire dans lequel elles se font

assister par des groupes de défenseurs aux moyens de témoignages et de serments (les

cojureurs). - Ainsi organisée, la procédure est publique (elle peut même se transformer en

véritable clans de supporters), orale et contradictoire (c-a -d que la présence des parties est

obligatoire) ; - Pour rendre sa sentence, le juge se fonde sur son intime conviction, constituée

sur la base des preuves rapportées par les parties.

Le système accusatoire présente l’avantage de garantir plus largement les droits de la

défense du fait que les citoyens participent eux-mêmes à l’administration de la justice. Mais il

comporte aussi des inconvénients majeurs notamment le fait de laisser de nombreux crimes

impunis en l’absence d’accusateur attitré (ce qui est nuisible à l’ordre social) et le fait que le

rôle d’investigation du juge se limite à tirer les conclusions des preuves rapportées par les

parties sans pouvoir prendre l’initiative d’une véritable instruction pour corroborer sa

conviction. C’est d’ailleurs, ce qui a favorisé l’apparition du système inquisitoire.

2°) Le système inquisitoire

Ce système, pratiqué surtout au moyen âge en réaction contre les faiblesses de la

procédure accusatoire, tendait à assurer une répression rigoureuse et efficace et pour ce faire,

conférait aux organes judiciaires des pouvoirs excessifs de manière à leur permettre de trouver

9
coûte que coûte des « coupables », serait-ce au dépens de l’équité et du respect de la liberté

individuelle.

Dès lors, ses caractéristiques et ses principes en matière d’administration de la justice

sont foncièrement différents de ceux du système accusatoire. - En effet, l’accusation est

l’œuvre de certains fonctionnaires de l’Etat, en l’occurrence des magistrats de carrière qui

représentent la société et qui sont à l’origine de notre ministère public actuel. - Ces magistrats

agissent comme partie au procès. - Quant au juge de jugement, il n’est pas désigné par les

parties ; c’est un fonctionnaire public qui exerce sa fonction de manière permanente et qui a

un rôle actif dans la constatation des infractions, la découverte des auteurs et la recherche des

preuves. - Enfin, la procédure est secrète, écrite et non contradictoire.

Dans son esprit et sa finalité, le système inquisitoire tendait ainsi à privilégier le souci

de l’ordre étatique et de la sécurité sur les droits et les intérêts des particuliers ; ce qui favorisait

le recours à la torture et aux séquestrations arbitraires pour extorquer des aveux et engendrait

la multiplication des condamnations injustes et des erreurs judiciaires. C’est pourquoi au

lendemain de la révolution française de 1789, sous la pression conjuguée des revendications

des promoteurs de la déclaration française des droits de l’Homme et du citoyen et des

remontrances d’éminents penseurs et pénalistes, il a été remplacé par un système de procédure

accusatoire assouplie c-à-d en définitive ayant un caractère mixte.

3°) Le système mixte

C’est le système institué par le code français d’instruction criminelle de 1808. Il

consacre à la fois certains aspects de la procédure d’accusation et certains aspects de la

procédure d’inquisition. Au cours de l’instruction préparatoire, la procédure est inquisitoire

c-a-d secrète, écrite et non contradictoire. Toutefois, le caractère inquisitoire a été atténué par

une réforme (introduite par la loi du 8 décembre 1897) qui autorisait l’inculpé à se faire assister
10
par un avocat lors de sa première comparution devant le juge d’instruction et qui permettait

également à ce dernier de convoquer ou se faire présenter les parties pour d’éventuelles

confrontations. Au niveau du jugement, la procédure est accusatoire, les débats sont en

principe publics, oraux et contradictoires.

Ce système de procédure mixte a été introduit au Maroc au début du protectorat, un

dahir du 12 Août 1913 ayant rendu applicable devant les tribunaux modernes (en zone du

protectorat français) à la fois le code d’instruction criminelle de 1808 et la loi susvisée de

1897. La même procédure mixte a été reprise avec quelques aménagements par le code de

procédure pénale du 24 octobre 1953 puis par le code de procédure pénale du 10 février 1959.

Le nouveau code de procédure pénale actuellement en vigueur maintient le même système

procédural.

IV – Sources de la procédure pénale marocaine

1°) Les sources historiques antérieures au code de procédure actuel

- Avant l’avènement du protectorat, c’étaient le pâcha et le Caïd qui étaient compétents

en matière pénale. En l’absence de code et devant les rares règles de forme prévues par le Droit

musulman, ils appliquaient une procédure empirique où le respect (même approximatif) des

garanties de la défense était fonction de leur conscience voire parfois de leur caprice.

- Pendant le protectorat, des textes différents étaient appliqués selon la zone

d’influence :

*Dans la zone du protectorat français, pour les instances pénales où un français ou un

étranger était en cause, c’était le code français d’instruction criminelle de 1808 qui était

appliqué par des tribunaux dits modernes dont l’organisation et la structure hiérarchique

étaient identiques à celles des juridictions répressives françaises. Pour les procès entre

marocains, les tribunaux dits « makhzen » (Pâcha et Caïd) continuaient d’être compétents pour
11
les infractions qualifiées délits. Flanqués d’un commissaire du gouvernement, organe français

de surveillance générale et d’exercice de l’action publique, ils pouvaient prononcer jusqu’à

des peines d’emprisonnement d’une durée maximum de deux ans, conformément au dahir du

4 Août 1918. Quand aux infractions plus graves, elles relevaient du Haut tribunal chérifien qui

rendait la justice conformément à un autre dahir de même date que celui précité.

* Dans la zone du protectorat espagnol, c’était le code de procédure pénale espagnol de

1914 qui était en vigueur .

* Dans la zone internationale de Tanger, un code de procédure pénale spécial en date de

1925 était appliqué.

Alors que dans la zone du protectorat français, le code de 1808 a été remplacé par un

code de procédure pénale en date du 24 octobre 1953, les autres textes sont restés en vigueur

jusqu'en 1957, date à laquelle le code de 1953 a vu son application étendue à toutes les zones

décolonisées du pays avant d’être lui-même abrogé par le premier code de procédure pénale

adopté au lendemain de l’indépendance.

- Après l’indépendance, le Maroc s’est doté d’un code de procédure pénale (dahir du 10

février 1959) qui, d’après la note de présentation, entendait « répondre aux impératifs de l’Etat

et aux aspirations profondes du peuple marocain » et qui s’inspirait « des réformes

législatives les plus modernes accomplies ou envisagées…par certains Etats étrangers ».

Au cours de son application (jusqu’en 2003), il a été à maintes reprises retouché et parfois

sensiblement remanié et complété, notamment par les deux dahirs portant loi du 15 juillet 1974

relatifs à l’organisation judiciaire et à l’institution de juridictions communales et

d’arrondissement et par le dahir portant loi du 28 septembre 1974 édictant des mesures

transitoires en matière de procédure pénale. Ayant fait son temps, ce code a été récemment

abrogé et remplacé par un nouveau code entré en vigueur en 2003 (Voir ci - dessous).
12
2°) Les sources du Droit positif

Il convient de mettre l’accent sur des sources d’ordre extralégal (a) avant d’indiquer les

sources d’ordre légal (b).

a) Les sources extralégales

Il s’agit de la Constitution et du Droit international.

En effet, la Constitution marocaine actuelle1 - à l’instar des précédentes - renferme diverses

dispositions d’ordre procédural. Elle proclame des garanties essentielles telles que

l’interdiction de toute arrestation, détention, poursuite ou condamnation non conformes aux

conditions et formes prévues par la loi (art 23), la présomption d’innocence et le droit à un

procès équitable (art 23), l’indépendance du pouvoir judiciaire (art 107). La Constitution

énonce, par ailleurs, le principe de l’inviolabilité du domicile en précisant que les perquisitions

ne peuvent intervenir que dans les conditions et les formes prévues par la loi ; Tout comme

elle proclame le principe du secret des communications privées en précisant que seule la justice

peut y déroger dans les conditions et selon les formes prévues par la loi (art 24).

A côté de la Constitution, il y a lieu de relever l’importance du Droit international en tant

que source de la procédure pénale au Maroc. On sait que notre pays qui souligne dans le

préambule de la Constitution son attachement aux droits de l’Homme tels qu’ils sont

universellement reconnus, a souscrit à de nombreux instruments juridiques internationaux

relatifs aux droits de la personne humaine dont certains recèlent bien des dispositions ayant

trait à la procédure pénale. On sait également que ces textes internationaux constituent en

principe, après leur ratification par le Maroc et leur publication au BO, partie intégrante du

1
Adoptée par voie de référendum, le 1er Juillet 2011, et promulguée par le dahir n°1-11-91 du 29 Juillet 2011 (B.O Edition de
traduction officielle n°5964 Bis du 30/07/2011).
13
Droit interne1. A titre d’illustration, on peut mentionner le pacte international relatif aux

droits civils et politiques (ratifié par le Maroc le 3 mai 1979 et publié au BO n° 3524 du 21

mai 1980) qui énonce notamment, dans son article 14, une série de garanties de procédure en

faveur de l’individu inculpé d’infraction : présomption d’innocence; droits à la préparation de

sa défense, à être assisté d’un avocat et le cas échéant d’un interprète, à être jugé sans retard

excessif, à ne pas être forcé de témoigner contre soi-même ou de s’avouer coupable, à exercer

les voies de recours. On peut également faire mention de la convention relative à l’interdiction

de la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (ratifiée par le

Maroc le 21 juin 1993 et publiée au BO n° 4440 du 19 décembre 1996) qui prévoit des règles

de compétence étatique en matière d’actes de torture et certaines règles à suivre par la

juridiction pénale connaissant de ces infractions (art 5 et s).

Outre les conventions internationales, le Maroc a conclu avec de nombreux pays comme la

France, l’Espagne et la Tunisie, des conventions bilatérales d’entraide judiciaire où sont

présents certains aspects de procédure pénale (notamment en matière de jugement et

d’extradition des délinquants étrangers).

b) Les sources légales

Il s’agit essentiellement du code de procédure pénale issu de la loi n° 22-01 promulguée

par le dahir n°1-02-255 du 3 octobre 2002 (B.O n°5078 du 30 janvier 2003, p. 315 -Version

arabe-) et modifiée et complétée notamment par la loi n° 03-03 relative à la lutte contre le

terrorisme promulguée par le dahir n° 01-03-140 du 28 mai 2003 (BO n° 5114 du 5 juin 2003,

p 416- Version française).

1
Il ressort clairement du préambule de la Constitution qu’en cas de disharmonie, les conventions internationales dûment ratifiées et
publiées dans le respect de la Constitution, de la loi et de l’identité nationale immuable, ont la primauté sur le droit interne du pays.
14
Outre le code de procédure pénale entré en vigueur le 1er octobre 2003, il existe de nombreux

textes particuliers également en vigueur et dont certains ont été maintes fois modifiés et

complétés comme le dahir du 15 juillet 1974 fixant l’organisation judiciaire du Royaume, la

loi n°108-13 relative à la justice militaire (entrée en vigueur le 1er juillet 2015), la loi organique

n°100-13-relative au conseil supérieur du pouvoir judiciaire (promulguée par le dahir n°1-16-

40 du 24 mars 2016 et la loi organique n°106-13 portant statut des magistrats (promulguée par

le dahir n°1-16-41 du 24 mars 2016).

Chapitre I

15
Les magistrats

Il s’agit d’organes investis de fonctions d’ordre judiciaire au sein des juridictions

instituées à cet effet. A l’exception du tribunal militaire qui comprends des juges officiers

militaires (aux côtés de juges civils), les juridictions sont composées de magistrats

professionnels c'est-à-dire de juges de carrière relevant du statut de la magistrature. Ce statut

issu à l’origine du dahir portant loi du 11 novembre 1974, (maintes fois modifié et complété

avant d’être abrogé), est, depuis 2016, constitué par la loi organique n°106-13 promulguée par

le dahir n°1-16-41 du 24 mars 2016. Les magistrats soumis à ce statut sont tous des ex-lauréats

de l’Institut supérieur de la magistrature (I.S.M). Après avoir passé avec succès le concours

des attachés de justice et effectué pendant deux années un stage de formation juridique,

théorique et pratique, à l’ISM, dans des cours d’appel et des tribunaux de première instance et

dans des établissements pénitentiaires et des entreprises publiques et privées ; et après avoir

subi avec succès l’examen de fin de stage, les lauréats sont nommés magistrats par le conseil

supérieur du pouvoir judiciaire1. Dès lors, le magistrat jouit des droits liés à son statut, mais

se trouve aussi soumis à des obligations déterminées : obligation de réserve et de dignité,

éloignement de toute activité ou démonstration de nature politique, secret des délibérations,

secret professionnel…

Les présents développements sont donc axés sur les magistrats en distinguant, sous

l’angle notamment de leurs statuts et rôles respectifs, les magistrats du ministère public, qui

présentent l’originalité d’être des organes du pouvoir judiciaire représentant la société et

veillant à la protection de l’ordre public (Section I) et les magistrats du siège qui exercent soit

1
Nomination soumise à approbation par dahir royal (article 57 de la Constitution).
16
en qualité de juges d’instruction, soit en qualité de juges de jugement (section II). Mais

d’emblée, il faut apporter deux précisions; d’une part cette distinction ne repose sur aucun

critère de spécialisation. Il s’agit plutôt d’une répartition des tâches dans le souci d’une bonne

administration de la justice. D’autre part, certains magistrats professionnels affectés à

l’administration centrale ou à l’ISM pour y exercer des fonctions administratives

(généralement après avoir exercé, pendant une certaine période, en qualité de magistrats du

ministère public ou du siège) sont justiciables d’un statut administratif particulier dont l’étude

ne relève pas de la sphère de ce cours.

Section I- Les magistrats du ministère public

Dénommés aussi magistrats du parquet ou encore magistrats debout (vu qu’ils présentent leur

réquisitoire en étant debout), ces organes judiciaires n’ont pas la mission de mener une

instruction ni de juger. Il ne leur appartient pas de décider de la culpabilité ou de l’innocence

de l’inculpé. Ils ont plutôt pour mission essentielle de veiller à préserver l’ordre public et à

lutter contre la criminalité notamment en exerçant des poursuites contre les auteurs soupçonnés

d’infractions. Avant de préciser ce rôle dans le cadre des attributions du parquet ( §3), il

importe de fixer l’attention sur la composition de ce corps au sein des diverses juridictions

(§1) et sur son statut particulier (§2).

§1- Composition du parquet au sein des juridictions

A l’exception des sections des juridictions de proximité, le ministère public est

représenté au sein des diverses juridictions pénales du Royaume, tant celles de Droit commun

(I) que celle militaire (II).

I – Au niveau des juridictions de Droit commun

-Devant le tribunal de première instance, le ministère public comprend un procureur

du Roi et un ou plusieurs substituts- dont un premier substitut- qui exercent l’action pénale
17
sous le contrôle du procureur général du Roi près la Cour d’appel du même ressort judiciaire.

Ce corps dispose d’un secrétariat du parquet.

- Devant la Cour d’appel, le parquet est constitué d’un procureur général du Roi et

de substituts dont le nombre est variable selon l’importance de la Cour et dont l’un d’eux est

désigné premier substitut. Dans l’exercice de leurs fonctions, ces magistrats disposent d’un

secrétariat du parquet général.

-Devant la Cour de Cassation, le parquet comprend un procureur général du Roi

assisté des avocats généraux – dont un premier avocat général- (dénommés ainsi vu leur

qualité de défenseurs de la société et de l’intérêt général). Dans la structure de la Cour de

Cassation, ils disposent d’un secrétariat du parquet général.

II – Auprès du tribunal militaire (juridiction spécialisée qui connaît notamment en premier

ressort et en appel des infractions à l’organisation et à la discipline militaires commises par les

militaires et assimilés), le ministère public est représenté devant la chambre criminelle

militaire de 1ère instance, la chambre délictuelle militaire d’appel, la chambre criminelle

militaire d’appel et la chambre correctionnelle militaire, par un procureur général du Roi, chef

du parquet général, et des substituts du procureur général du Roi.

Devant la chambre délictuelle militaire (compétente en matière d’infractions qualifiées de

délits ou de contraventions) le ministère public est représenté par un procureur du Roi et ses

substituts qui exercent l’action publique sous le contrôle du procureur général du Roi.

A noter que les membres du ministère public auprès du tribunal militaire sont nommés par le

Roi parmi les magistrats militaires (voir article 26 et 27 de la loi n°108-13 relative à la justice

militaire)1.

1
Loi promulguée par le dahir n°1-14-187 du 10 décembre 2014 (B.O n°6410 du 05/11/2015 – Edition traduction officielle).
18
§2 – Statut particulier du ministère public

Tout en relevant du statut commun de la magistrature, les magistrats du ministère public

obéissent, dans l’exercice de leurs fonctions, à un régime particulier, distinct à bien des égards

de celui gouvernant les magistrats du siège. En effet, de par leur qualité de représentants de la

société et de protecteurs de l’ordre public, ces magistrats forment un corps hiérarchisé,

indivisible, indépendant, irrécusable et irresponsable.

1°) Le caractère hiérarchisé du ministère public

Les magistrats du parquet sont placés sous l’autorité et le contrôle de leurs supérieurs

hiérarchiques (Ainsi, le procureur général du Roi est le supérieur hiérarchique du procureur

du Roi qui est le supérieur hiérarchique des substituts) leur chef hiérarchique commun étant le

procureur général du Roi près la cour de cassation qui peut leur adresser des instructions ou

des injonctions écrites telle que l’injonction d’exercer des poursuites dans l’intérêt de la Loi.

En tant que membre d’un corps hiérarchisé, ces magistrats sont donc en principe tenus dans

l’exercice de leurs fonctions, de se plier aux ordres et injonctions conformes à la loi émanant

de l’autorité dont ils relèvent. Ce qui n’est pas le cas des magistrats du siège qui ne sont

assujettis à aucune subordination hiérarchique et doivent statuer uniquement suivant leur

intime conviction. Toutefois, l’obligation pour les magistrats du parquet d’obéir à leurs

supérieurs est assortie d’une limite importante selon laquelle ils peuvent dans l’intérêt de la

justice développer oralement (c-à-d à l’audience) un point de vue autre que celui qu’ils ont

développé par écrit (dans leur réquisitoire) conformément aux ordres reçus du supérieur

hiérarchique (art 38 CPP). Cette prérogative qui semble plus théorique que réelle est tirée d’un

ancien adage : « la plume est serve, mais la parole est libre ».

19
Le principe de la subordination des magistrats du parquet a pour conséquence

notamment qu’ils sont amovibles, contrairement aux magistrats du siège qui sont inamovibles

conformément à l’article 108 de la Constitution (Voir plus loin les développements concernant

les magistrats du siège, principes communs).

2°) l’indivisibilité du ministère public

Les membres d’un même parquet sont considérés comme constituant un même et unique

défenseur de l’ordre public. Aussi, sont–ils admis à se remplacer au cours de la même instance

sans pour autant entacher la régularité de la procédure. Or tel n’est pas le cas pour les

magistrats du siège qui ne peuvent au cours du jugement d’une affaire se remplacer, sous peine

de nullité de la procédure.

3°) L’indépendance du ministère public

Vis à vis, d’abord, des juridictions d’instruction et de jugement, le parquer est indépendant en

ce sens que celles-ci ne sauraient lui donner des instructions ni encore moins lui adresser des

injonctions. Au contraire, ces juridictions ne peuvent, en principe se saisir d’office d’une

affaire ; elles doivent attendre les réquisitions du ministère public (exercice de l’action

publique).

Vis-à-vis, ensuite, des parties privées au procès, le parquet est indépendant car, conformément

au principe de l’opportunité des poursuites (voir 2ème partie), d’une part il n’est pas tenu

d’exercer l’action publique sur simple plainte de la victime, et quand bien même il reste

possible à celle-ci d’acculer le parquet à mettre en mouvement l’action publique en se

constituant partie civile, celui-ci n’est pas tenu de soutenir l’accusation. D’autre part, et sauf

exceptions, le parquet reste libre d’engager des poursuites même en l’absence de plainte de la

victime, tout comme il reste libre de requérir la condamnation de l’inculpé même en cas de

retrait de la plainte par la victime ou de transaction passée entre celle-ci et l’inculpé.


20
Enfin, le parquet est indépendant non seulement vis-à-vis des autorités parlementaires, mais

aussi, depuis l’entrée en vigueur en 2016 de la loi organique n°106-13 portant statut des

magistrats, vis-à-vis des autorités administratives ; ce corps de magistrats, rappelant le, étant

désormais placé sous l’autorité et le contrôle du procureur général du Roi près la cour de

cassation (et non plus, comme ce fût le cas auparavant, sous celles du ministre de la justice).

Par conséquent, les membres du ministère public ne sont tenus d’obtempérer qu’aux

injonctions et instructions conformes à la loi émanant de ce haut magistrat du parquet ou de

leurs supérieurs hiérarchiques relevant du même corps et ne peuvent donc recevoir d’ordre, ni

subir de pression de quelque autorité que ce soit.

4°) L’irrécusabilité du ministère public

La récusation est la procédure par laquelle une partie au procès (l’inculpé, le civilement

responsable ou la partie civile) demande à ce qu’un magistrat soit écarté de la formation de

jugement car elle a des raisons d’en suspecter la partialité à son égard (en raison par exemple

d’un lien de parenté ou d’intérêt avec la partie adverse). Or, contrairement aux magistrats du

siège qui peuvent faire l’objet d’une procédure de récusation, les magistrats du ministère

public sont irrécusables (art 274 CPP). Cela s’explique par le fait que le parquet est une partie

principale au procès pénal agissant au nom et dans l’intérêt de la société et qu’il est donc

impossible de récuser son propre adversaire . Mais cela reste difficilement défendable, car il

ne faut pas confondre l’institution du parquet, partie publique au procès censée agir de manière

objective, avec le magistrat qui la représente(1) et qui comme tout être humain peut céder au

(1 )V, M.J. Essaid , le procès équitable, op. cit, p. 128.


21
subjectivisme et au parti pris sous l’influence des liens de famille, d’alliance , d’amitié, de

subordination ou d’intérêt ; Sachant, du reste, que le poids du parquet dans la marche de

l’instance, voire dans son dénouement est particulièrement lourd. De là à dire que le principe

de l’irrécusabilité du ministère public demande à être reconsidéré dans l’intérêt d’une bonne

justice, il n’y a guère témérité. (sur la récusation des magistrats du siège, voir les articles 273

et 275 et s du CPP et cf infra Section II).

5°) L’irresponsabilité du ministère public

A la différence des parties privées, le parquet ne peut être condamné ni aux frais du

procès, ni à des dommages - intérêts lorsque ses accusations se sont révélées non fondées suite

à l’acquittement de l’inculpé. Autrement dit, ce dernier n’est pas admis à réclamer une

réparation du fait qu’il a été poursuivi à tort et éventuellement incarcéré en attendant son

jugement (par son placement sous mandat de dépôt ou sa mise en détention préventive ( 1).

Cette sorte d’immunité instituée au profit du parquet s’expliquerait par le fait que celui-

ci agit au nom de la société dont il défend les intérêts et qu’à cet effet, il importerait de lui

laisser les mains libres. Reste cependant à préciser que cette irresponsabilité n’est pas sans

limite : le magistrat du parquet qui commet une fraude ou une faute volontaire (tout comme,

d’ailleurs, les magistrats d’instruction et de jugement) engage sa responsabilité civile selon la

procédure de « la prise à partie » (2)(V Art 391 et s du code de procédure civile).

(1 ) Ce qui est déplorable au regard des droits de l’Homme et particulièrement de la protection de la liberté individuelle. Notons
qu’à cet égard, l’ancien Conseil consultatif des droits de l’Homme (remplacé en 2011 par le Conseil National des droits de l’Homme)
a eu l’audace et la sagesse de préconiser l’institution (à la charge de l’Etat) du droit à indemnisation au profit de la personne acquittée
ayant fait l’objet d’une incarcération avant jugement : Voir CCDH Rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme au Maroc
2003, p 53-54. Aussi une réforme en ce sens du CPP est-elle plus que souhaitable au regard du double souci de justice et du respect
de la liberté individuelle ; D’autant plus que la victime d’une erreur judiciaire (c-à-d suite à un jugement définitif la condamnant par
erreur) a, quant à elle, droit à une réparation à la charge de l’Etat conformément aux articles 122 de la Constitution et 573 du CPP.
(2) - Voie de recours extraordinaire (exercée devant la cour de Cassation) permettant à un plaignant d’attaquer un magistrat afin
d’obtenir une réparation pécuniaire lorsqu’il prétend avoir été victime d’un dol, d’une fraude d’une concussion ou d’une faute
professionnelle.
22
§3- Attributions du ministère public

Le ministère public exerce plusieurs fonctions : Ayant la haute main sur la police

judiciaire, le procureur général du Roi et le procureur du Roi assurent la direction et la

supervision de l’activité des membres de la police judiciaire relevant de leur ressort et peuvent

ainsi, leur donner des ordres et des instructions concernant la constatation des infractions et la

recherche des auteurs. Il leur appartient d’ailleurs d’apprécier souverainement la suite à donner

aux procès-verbaux qu’ils reçoivent à cet effet. Le magistrat du parquet peut, en sa qualité

d’officier supérieur de police judiciaire (V. infra chap II, Section I), accomplir lui même des

actes d’enquête et recevoir des plaintes et des dénonciations dont il apprécié la suite à donner.

Il peut aussi placer sous mandat de dépôt la personne inculpée d’une infraction punissable

d’emprisonnement lorsqu’il s’agit d’une infraction flagrante ou si l’inculpé ne présente pas de

garanties suffisantes de représentation ou s’il est jugé dangereux (art 47 et 74 CPP). Le parquet

est également chargé de l’exécution des décisions de justice, y compris les ordonnances des

juges d’instruction et exerce, le cas échéant, contre les décisions rendues les voies de recours

légales.

Bien d’autres prérogatives constituent des innovations de l’actuel code de procédure.

Ainsi, en cas de crime ou de délit punissable d’un emprisonnement d’une durée égale ou

supérieure à 2 ans, le procureur général du Roi et le procureur du Roi sont habilités à ordonner,

pour les besoins de l’enquête préliminaire, le retrait du passeport de la personne soupçonnée

et le blocage des frontières à l’encontre de celle-ci( 1) (en principe , pour une durée ne

Aux termes de l’article 400 (CPC) al 2 : « L’Etat est civilement responsable des condamnations à des dommages- intérêts
prononcées à raison des faits ayant motivé la prise à partie contre les magistrats, sauf son recours contre ces derniers »..
(1 ) En fait le code a légalisé une pratique existante.
23
dépassant pas un mois, mais susceptible d’être prolongée jusqu’à la clôture de l’enquête)(1),

tout comme ils sont en droit de délivrer des mandats d’arrêt internationaux pour les besoins de

la procédure d’extradition (Art 40 et 49). Le procureur général du Roi est également admis,

pour certaines infractions graves expressément déterminées par l’article 108 (notamment:

atteinte à la sûreté de l’Etat, infraction terroriste, trafic de drogue, enlèvement, prise

d’otages…), à requérir le premier président de la cour d’appel d’ordonner, pour les besoins de

l’enquête préliminaire, des écoutes téléphoniques, l’enregistrement de communications et

l’interception de courriers ; tout comme, il peut ordonner lui-même ces procédés dans les

conditions prévues par le texte susvisé notamment en cas d’urgence, prérogative certes

exceptionnelle(2) mais qui n’en demeure pas moins critiquable( 3). D’autre part, le procureur

(1 ) Les articles 40 et 49 du CPP précisent que cette prolongation a lieu lorsque le retard dans la clôture de l’enquête est imputable
à l’intéressé et qu’en tout cas il est mis fin à cette mesure dès le renvoi de l’affaire devant la juridiction d’instruction ou de jugement
ou la prise d’une décision de classement sans suite.
Dans le préambule du code , cette mesure est justifiée par plus d’une considération : non seulement elle offre aux organes chargés
de lutter contre le crime, l’opportunité de procéder suffisamment aux vérifications et à la recherche des preuves, mais aussi elle est
de nature à assurer la présence de l’intéressé sans recourir à sa garde à vue et à lui permettre de disposer de plus de temps pour
préparer sa défense.
Si on s’en tenant à ces considérations, on ne peut qu’y souscrire et se dispenser d’épiloguer sur l’opportunité de la mesure,
on se doit, en revanche, d’opposer deux séries d’objections à la réglementation qui préside à sa mise en œuvre : il y a lieu de relever
d’abord, qu’outre qu’elle n’est pas circonscrite dans un délai strict (non susceptible de prolongation), ladite mesure n’est pas limitée
à des infractions déterminées revêtant , de par leur nature, une gravité particulière, de sorte qu’elle peut être utilisée à l’occasion
d’infractions qui n’ont rien de crapuleux comme les délits de presse et les infractions politiques. Mais il y a lieu de relever, surtout,
que la faculté accordée au parquet de prendre une telle mesure n’est ni subordonnée à l’autorisation de la magistrature assise, ni
soumise au contrôle de celle-ci (en tant que gardienne naturelle de la liberté individuelle), ni même susceptible d’un recours
quelconque.
Notons que le Conseil Consultatif des droits de l’Homme (CCDH) avait recommandé de soumettre impérativement cette
mesure à l’autorisation préalable et au contrôle de la magistrature assise (Voir, Note sur le projet du CPP, in Actes de la journée
d’étude organisée par la Chambre des représentants le 29 mars 2002 , Pub de la Chambre des représentants, 2002 p 268).
(2 )Suivant l’article 108 du CPP, cette mesure (qui peut également être ordonnée par le juge d’instruction) est en principe interdite,
et ne peut avoir lieu que dans les conditions édictées.
(3 ) Il s’agit d’un procédé de preuve malsain et immoral dans la mesure où il suppose le recours à l’artifice pour piéger la personne
visée et l’amener à témoigner contre elle-même et qu’il risque de faire tâche d’huile et d’être ainsi utilisé au-delà des restrictions
légales.
Sans doute peut-on admettre que cette mesure est de nature à faciliter la manifestation de la vérité et à éviter le recours à
d’autres procédés « d’investigation » encore plus immoraux et plus fâcheux comme la torture, mais encore faut-il qu’elle soit
entourée de garanties et de précautions suffisantes. Or, dans sa réglementation actuelle, elle accuse au moins deux faiblesses de
taille qui laissent planer le risque d’abus : - D’abord, aucun recours n’est prévu au profit des personnes dont les communications ou
les courriers ont été interceptés et qui auraient des raisons de croire qu’elles ont été victimes d’abus ou d’irrégularité de procédure ;
- Ensuite, aucune précision n’est donnée sur les personnes susceptibles d’être soumises à la mesure d’interception ; ce qui laisse
entendre que celle-ci est applicable non seulement aux suspects mais aussi à tout individu jugé susceptible de détenir des
renseignements utiles à « la manifestation de la vérité » (proches du suspect, son avocat, expert, témoins…). Qui pis est, aucune
garantie spécifique n’est prévue compte tenu de la qualité particulière de certaines personnes pouvant fait l’objet de ladite mesure
tels que les avocats et autres professionnels tenus au secret et les parlementaires (En France, par exemple, la mise sur écoute d’un
avocat ou d’un parlementaire doit donner lieu à une information préalable du bâtonnier, dans le premier cas, et du président de
l’assemblée d’appartenance, dans le second cas).
24
du Roi peut décider de ne pas engager l’action publique en cas de conciliation entre les parties

dûment homologuée par le président du tribunal de première instance et ce lorsque l’infraction

commise est punissable d’une peine d’emprisonnement inférieure ou égale à 2 ans ou d’une

amende ne dépassant pas 5000 DH ; ce procédé assurément de bonne justice, est de nature à

décongestionner les tribunaux.

Hormis ces prérogatives, la fonction première du parquet consiste à lancer des

poursuites et à exercer l’action publique, et à ce titre, il joue à la fois le rôle de partie principale

(I) et de demandeur privilégié au procès pénal (II).

I - La ministère public : partie principale au procès pénal

Alors que dans les instances civiles, le ministère public fait le plus souvent figure de

partie jointe (V art 6 à 10 du Code de procédure civile), dans les procès pénaux, il joue en

principe le rôle de partie principale et nécessaire. Certes, ce principe n’est pas absolu puisque

devant la Cour de Cassation, le parquet intervient souvent comme partie jointe au pourvoi

formé par les parties .Cependant, même devant cette haute juridiction, le parquet peut agir

comme partie principale notamment lorsqu’il introduit un pourvoi dans l’intérêt de la loi, soit

d’office, soit sur ordre du procureur général du Roi près la Cour de Cassation.

En tant que partie principale agissant au nom et dans l’intérêt de la société, le parquet

exerce l’action publique même au cas où celle-ci a été mise en mouvement par suite d’une

constitution de partie civile. (On reviendra plus amplement sur ce point dans la 2ème partie du

cours).

II –Le ministère public : demandeur privilégié au procès pénal

Par rapport aux autres parties au procès pénal, c'est-à-dire l’inculpé et la partie civile

(voire, le cas échéant, le civilement responsable), le parquet dispose de prérogatives

particulières et extrêmement importantes à différents stades de la procédure.


25
1°) Au stade de l’instruction préparatoire, c’est le parquet (plus précisément le

procureur général du Roi ou le procureur du Roi selon les cas) qui répartit librement (selon

ses préférences !) les dossiers à instruire entre les juges d’instruction (en cas de pluralité) et

saisit le juge choisi par un réquisitoire introductif. D’ailleurs, même lorsque le magistrat

instructeur est directement saisi d’une plainte de la partie civile, il doit la communiquer au

chef du parquet pour qu’il prenne ses réquisitions. De même lorsque le juge d’instruction

dépiste, à la faveur de ses investigations, de nouveaux éléments ou de nouveaux suspects qu’il

entend inculper, il doit en référer au parquet pour que celui-ci prenne de nouvelles réquisitions

ou un réquisitoire supplétif.

D’autres prérogatives sont dévolues au parquet en cours d’instruction : il peut à tout

instant demander communication du dossier d’instruction à charge de le restituer au juge dans

les 24 heures (art 89 CPP) ; il donne son avis (décisif) sur la délivrance par le juge

d’instruction d’un mandat d’arrêt et sur la mise en liberté provisoire de l’inculpé ; à

l’exception de l’ordonnance concernant le recours à une expertise, il a le droit d’interjeter

appel de toute ordonnance du juge d’instruction devant la chambre correctionnelle de la Cour

d’appel (art 222 CPP), et ce à la différence des autres parties au procès pénal qui ne peuvent

interjeter appel que de certaines ordonnances limitativement déterminées (art 223 et 224

CPP).( 1)

De là à dire que le parquet a un pouvoir de direction et de supervision sur l’instruction,

il n’y a pas à hésiter bien que le juge soit, en principe, en droit de mener librement ses

(1 ) A cela s’ajoute la prérogative, reconnue également à l’inculpé, par laquelle le parquet est admis, soit de sa propre initiative, soit
à la demande de la partie civile, à saisir la chambre correctionnelle de la Cour d’appel, par une ordonnance motivée tendant à retirer
l’affaire des mains du juge d’instruction pour la confier à un autre dans le souci de la bonne marche de la justice (art 91 CPP).
Par ailleurs, de par son rôle de direction et de surveillance de la police judiciaire, le parquet a la haute main sur le juge d’instruction,
lorsque celui-ci entreprend des opérations de police judiciaire en sa qualité d’officier supérieur de police judiciaire, de sorte que le
parquet est en droit de le requérir ou lui donner des instructions concernant la constatation des infractions et la recherche des
auteurs.
26
investigations et de refuser de donner suite aux mesures requises par le parquet (par exemple

délivrance d’un mandat d’arrêt ou de dépôt) en rendant à cet effet dans un délais déterminé (5

jours ou 24 heures selon les cas) une ordonnance motivée (art 89 et 134 CPP) .

2°) A l’audience, le ministère public exerce en tant que demandeur particulier au procès

pénal, trois attributions : - il développe ses conclusions dans un réquisitoire oral ; - il présente

les preuves de ses allégations ; - il requiert selon les cas, soit la condamnation de l’inculpé et

l’application de la peine prévue par la loi, soit l’acquittement de celui-ci (possibilité sans doute

rare en pratique puisque même en l’absence de preuves à charge suffisantes, le parquet préfère

généralement ne pas requérir expressément l’acquittement et se contente de s’en remettre à la

décision du juge).

3°) Après le jugement, le ministère public assure l’exécution de la décision rendue. Il

peut, par ailleurs, s’il le juge utile, exercer les voies de recours contre cette décision (appel ou

pourvoi en cassation, selon les cas) et à cet effet, il dispose de délais de recours particuliers

(Voir 2ème partie).

A la lumière de cette présentation qui n’est pas exhaustive, on ne peut manquer d’être

frappé par la place privilégiée voire envahissante du parquet au sein du système judiciaire de

par les pouvoirs exorbitants qui sont conférés à ce corps, non seulement aux différents stades

du procès pénal, mais aussi lors de la phase préparatoire (enquête policière). Or cette

superpuissance, ne risque t-elle pas de tourner à l’omnipotence et d’être nuisible à une bonne

administration de la justice soucieuse à la fois de la sauvegarde des droits de la société et du

respect des droits de la défense ?

27
Tout comme bien des auteurs et des défenseurs des droits de l’Homme, on ne peut

hésiter à répondre par l’affirmative (1). En fait, avant même l’élargissement de ses attributions

par le code de procédure entré en vigueur en 2003, l’institution du parquet n’a guère été

ménagée par les critiques doctrinales portant qui sur son utilité même au sein du système

judiciaire marocain( 2) ; qui sur la qualité d’officier supérieur de policier judiciaire conférée

aux membres du ministère public; qui sur le pouvoir dévolu au chef du parquet de désigner

pour chaque affaire le magistrat instructeur qui en sera chargé et son droit de regard démesuré

sur le déroulement de l’instruction préparatoire ; qui enfin sur le délai d’appel excessif ( 30

jours avant la réforme et 60 jours actuellement) qui lui est réservé (à la différence du délai

étriqué de 10 jours fixé aux autres parties au procès pénal)( 3)..

Or curieusement, le législateur s’est obstiné à faire la sourde oreille à ces critiques non

seulement lors des réformes ponctuelles de l’ancien code, mais aussi à l’occasion de la refonte

concrétisée par l’adoption du nouveau code. Bien plus, ce dernier est venu renforcer et élargir

de manière parfois injustifiée et menaçante les attributions du parquet, de sorte que le

déséquilibre se creuse davantage au détriment non seulement des autres organes judiciaires,

mais aussi des autres parties au procès pénal (4). Ce qui n’est guère de nature à favoriser les

conditions d’un procès équitable et d’une application correcte du Droit.

(1 )Voir Notamment :
- Conseil Consultatif des droits de l’Homme , Rapport annuel sur les droits de l’homme au Maroc, 2003 (Version arabe),
Imp Cadra, p 53 et 54 ;
- (Mohammed –Jalal) Essaid, Le procès équitable dans le code de procédure pénale de 2002, Imp Najah EL Jadida
Casablanca , édt. 2008 , p 36 et s et 80 et s ;
- (El Habib) Bihi, commentaire du nouveau Code de procédure pénale (en arabe) T 1, édit Dar Nach Al Maghrbia, 2006 , p
144 et s ;
- (Mohieddine) Amzazi, le minitère public en question : à propos de l’ouvrage de procédure pénale de Drisi Alami
Machichi, Rev. Juridique, politique et économique du Maroc, (RJPEM), n°15 , 1984 , p 117 et s.
- (Mohamed) Jawhar, le rôle stratégique du ministère public dans un Etat de droit (en arabe) in mélanges en hommagé au
Pr M.J. Essaid, T2 , Imp CANAPRINT , 2006 p 145 ets.
(2 )(Mohamed Drissi) Alami Machichi, Procédure pénale. Imp Kamar, Casablanca, 1981, p 73 et 184.
(3 ) Voir les références cité dans les deux notes précédentes.
(4 ) Voir (M-J) Essaid , Ibid.
28
Aussi, persiste t-on à en appeler à une réforme de nature à établir un certain équilibre

entre les attributions des différents organes judiciaires et entre toutes les parties au procès ( 1),

réforme qui devrait notamment s’orienter dans le sens de la redéfinition des rapports entre les

différentes autorités judiciaires , le rattachement de la police judiciaire à l’autorité du juge

d’instruction, l’élargissement du domaine de l’instruction préparatoire et la soustraction du

magistrat instructeur à toutes formes de tutelle de la part du parquet , la suppression de tout

privilège à même de nuire aux droits de la défense et aux intérêts de la victime….

Section II - Les magistrats du siège

Il s’agit des juges d’instruction et des juges de jugement. Ils sont dénommés

« magistrats du siège » ou « magistrats assis » parce qu’ils accomplissent leur mission en

étant assis, à la différence des magistrats du parquet qui présentent leur réquisitoire en étant

debout. De même, à la différence de ces derniers qui agissent en tant que partie au procès pénal

défendant l’ordre public et l’intérêt de la société, les magistrats du siège ne représentent que

l’intérêt de la justice et de l’équité. Etant au dessus des parties au procès, ils doivent œuvrer à

la recherche de la vérité dans le respect des droits de la défense et de l’intérêt de la victime et

s’employer à prendre leurs décisions en se fiant uniquement à leur conscience et à leur

conviction constituée sur la base des éléments du dossier et des preuves en présence.

C’est pourquoi au cas où leur indépendance ou leur impartialité sont sujettes à caution,

la loi à prévu la possibilité de les dessaisir de l’affaire en question au moyen notamment du

renvoi pour cause de suspicion légitime ( 2) et de la procédure de récusation ( 3).

(1 ) Cette réforme réclamée il y a longtemps (V notamment M. Amzazi, étude précitée in RJPEM) est plus que jamais souhaitable.
(2 ) Voir : chap III , Section III, §1 , II, E.
(3 ) L’article 273 du CPP qui pose que « tout magistrat du siège peut être récusé », énumère les différentes causes qui peuvent
justifier la demande de récusation, notamment: au cas où le juge ou sa femme a un intérêt personnel au jugement de l’affaire;
lorsqu’il y a parenté ou alliance entre lui ou sa femme et l’une de parties jusqu’au degré de cousin germain inclusivement; Lorsqu’il
y a un procès en cours ou terminé depuis moins de deux ans opposant l’une des parties et le magistrat ou son conjoint ou leurs
ascendants ou descendants; s’il y a un lien de subordination entre le juge ou son conjoint et l’une des parties; si le juge est débiteur
29
C’est pourquoi aussi, ces magistrat sont gouvernés par des principes communs qu’il faut

souligner (§1) avant de dégager certaines particularités tenant aux fonctions respectives de

juge de jugement ( §2) et de juge d’instruction (§3), étant entendu que l’étude des juridictions

d’instruction et de jugement sous le double angle de leur organisation et de leur compétence

fera l’objet de développements ultérieurs (chap III).

§ 1- Principes communs

Trois principes essentiels régissent le corps de la magistrature assise :

-L’indépendance, - l’inamovibilité, - la séparation des fonctions d’instruction et de jugement.

1°) L’indépendance

L’indépendance des magistrats du siège s’entend aussi bien à l’égard des pouvoirs

exécutif et législatif que vis-à-vis du ministère public et des justiciables.

a- A l’égard des pouvoirs exécutif et législatif, l’indépendance des magistrats

constitue un corollaire du principe de la séparation des pouvoirs et signifie qu’ils doivent, dans

l’exercice de leurs fonctions, être à l’abri de toute immixtion (ou ingérence) de la part des

autorités parlementaires et administratives et qu’ils ne peuvent recevoir d’injonctions, ni subir

de pressions. Ce principe d’indépendance trouve sa consécration expresse dans la Constitution

qui proclame dans son article 107 que « le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir

législatif et du pouvoir exécutif. Le Roi est le garant de l’indépendance du pouvoir

judiciaire ». Cette disposition est confortée par d’autres, notamment l’article 109 qui dispose :

« Est proscrite toute intervention dans les affaires soumises à la justice. Dans sa fonction

ou créancier de l’une des parties; s’il a un lien d’amitié ou un sentiment d’inimitié notoires avec l’une des parties; s’il est l’auteur
de la plainte…
Le droit de récusation appartient à l’inculpé, au civilement responsable et à la partie civile (art 276).
La demande de récusation est adressée par écrit au premier président de la Cour d’appel lorsqu’elle concerne un magistrat du ressort
de cette Cour, ou au premier président de la Cour de Cassation lorsqu’elle vise un magistrat de cette haute juridiction (art 278).
Seulement, sans préjudice des peines susceptibles d’être encourue, le cas échéant, du chef d’outrage à magistrat, l’auteur de la
demande de récusation est condamné, en cas d’ordonnance de rejet, à une amende de 1.200 à 2.500 dirhams (art 285).
30
judiciaire le juge ne saurait recevoir d’injonctions ou instructions, ni être soumis à une

quelconque pression. Chaque fois qu’il estime que son indépendance est menacée, le juge doit

en saisir le conseil supérieur du pouvoir judiciaire. Tout manquement de la part du juge à ces

devoirs d’indépendance et d’impartialité, constitue une faute professionnelle grave, sans

préjudice des conséquences judiciaires éventuelles. La loi sanctionne toute personne qui tente

d’influencer le juge de manière illicite » 1.

Dans ce sens, le code pénal incrimine les actes, paroles ou écrits publics qui ont pour

objet de faire pression sur les décisions des magistrats ou qui tendent à jeter un discrédit sur

les décisions juridictionnelles et qui sont de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice

ou à son indépendance, la peine prévue étant l’emprisonnement d’un mois à un an et l’amende

de 250 à 5000 dirhams, plus éventuellement l’affichage et la publication de la décision aux

frais du condamné (art 266 CP).

b – Vis-à-vis du parquet et des justiciables, l’indépendance des magistrats du siège se

traduit par le fait que le juge n’est pas nécessairement tenu de déférer ni aux réquisitions du

parquet, ni aux demandes de l’inculpé ou de la partie civile et que sa décision ne peut donc

être dictée que par sa conscience et son intime conviction sur la base des éléments du dossier

et des preuves rapportées. L’indépendance du juge trouve ainsi appui sur diverses dispositions

légales. On peut faire mention de la garantie qui lui est assurée au moyen de l’incrimination

déjà signalée, de toute pression ou atteinte à l’autorité de la justice ou à son indépendance (Art

266 CP), ainsi que de l’incrimination de l’outrage à magistrat (art 263 et 264 CP)( 2). On peut

1
Voir aussi les articles 108, 110, 115, 124 de la Constitution ; Et voir les articles 39, 42, 48 de la loi organique portant statut de
magistrat.
(2 ) Art 263 CP : « Est puni de l’emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 250 à 5000 dirhams, quiconque dans
l’intention de porter atteinte à leur honneur, leur délicatesse ou au respect dû à leur autorité, outrage dans l’exercice de leurs
fonctions où à l’occasion de cet exercice, un magistrat , un fonctionnaire public, un commandant ou agent de la force publique, soit
par paroles, gestes, menaces, envoi ou remise d’objet quelconque, soit par écrit ou dessin non rendus publics… »
31
aussi rappeler la faculté accordée aux justiciables qui ont des raisons de suspecter la partialité

d’un magistrat (notamment pour cause de parenté, d’alliance, de communauté ou de

contradiction d’intérêts avec l’une des parties au procès) de demander, au moyen de la

procédure de récusation, qu’il soit écarté de l’instruction ou du jugement de l’affaire (Art 273

à 285 du CPP).

2°) L’inamovibilité

Cette règle fondamentale est consacrée, par l’article 108 de la Constitution. Elle signifie

que les magistrats du siège ne peuvent être déplacés, suspendus ou révoqués que selon une

procédure exorbitante du droit commun disciplinaire. Cette procédure prévue par le statut des

magistrats (dahir de 11 novembre 1974 tel que modifié et complété) est du ressort du Conseil

supérieur du pouvoir judiciaire. La règle de l’inamovibilité constitue à la fois une garantie

essentielle tendant à assurer l’indépendance du juge en le mettant à l’abri des pressions et une

condition nécessaire pour une bonne administration de la justice.

3°) La séparation des fonctions d’instruction et de jugement

Elle se traduit par la règle énoncée à l’article 52 du CPP aux termes duquel les juges

d’instruction « ne peuvent, à peine de nullité, participer au jugement des affaires pénales

dont ils ont connu en leur qualité de magistrats chargés de l’instruction ».

Ce principe de la séparation des fonctions d’instruction et de jugement est loin de faire

l’unanimité au sein de la doctrine(1). Les partisans y voient une garantie supplémentaire

d’impartialité et d’indépendance de la juridiction de jugement dans la mesure où le juge

Art 264 CP : « est considéré comme outrage et puni comme tel, le fait par une personne de dénoncer aux autorités publiques
une infraction qu’elle sait ne pas avoir existé ou de produire une fausse preuve relative à une infraction imaginaire, ou de déclarer
devant l’autorité être l’auteur d’une infraction qu’elle n’a ni commise , ni concouru à commettre ».
(1 ) Voir notamment :
- M.D. Alami Machichi, procédure pénale, Imp. Kamar, Rabat 1981, p 23-24.
- M. Ancel, La défense sociale nouvelle, éd Cujas 1981, p 221.
- E. Bihi opcit, T1 p 146-147.
32
d’instruction, qui s’est déjà formé une opinion, aurait tendance, s’il est admis à participer au

jugement, de peser lourd dans la balance au moment des délibérations et de la prise de la

décision. Autrement dit, en l’absence du juge d’instruction parmi la formation du jugement,

celle-ci serait libre de toute gêne ou influence et serait donc mieux à même de statuer sans

s’aligner nécessairement sur les vues et les conclusions du magistrat instructeur.

Quant aux adversaires de la séparation, ils y voient une complication inutile de la

procédure au détriment de l’efficacité et de la qualité dans l’administration de la justice, car le

juge d’instruction, estiment-ils, connaît l’affaire mieux que quiconque de sorte que le double

souci de vérité et d’équité recommanderait de ne pas se priver, lors du jugement, de ses

ampliations et ses explications de vive voix et lors des délibérations, de sa contribution dans

la prise de la décision.

§2 – Fonction de juge du jugement

Dans la perspective qui nous occupe présentement, on se bornera à souligner que sous

réserve des juges militaires qui siègent au sein du tribunal miliaire, les juges de jugement sont

des magistrats professionnels c-à-d des juges de carrière qui exercent au sein d’une juridiction

et qui ont pour fonction de dire le Droit et de trancher les litiges en se prononçant sur

l’innocence ou la culpabilité de tout inculpé et en cas de condamnation sur la sanction

applicable. Ils prennent leurs décisions, soit à titre de juge unique, soit dans le cadre d’une

formation collégiale selon les cas, conformément à leur intime conviction constituée sur la

base des éléments du dossier et des preuves produites.

A la différence des magistrats du parquet qui, on l’a vu, sont indivisibles et des juges

d’instruction qui, pour des actes d’instruction déterminés, peuvent se faire remplacer par un

33
autre juge, voire par un officier de police judiciaire (au moyen des commissions rogatoires( 1)),

les juges de jugement ne sont pas interchangeables. En effet, aux termes de l’article 297 du

CPP les jugements ou arrêts « doivent être rendus, à peine de nullité, par des juges ayant

participé à toutes les audiences de la cause ».

§3 Fonction de juge d’instruction

Mis à part les organes instructeurs au niveau des juridictions spéciales qui sont affectés

à cette fonction suivant des modalités particulières, les juges d’instruction exerçant au sein des

tribunaux de première instance et des cours d’appel, sont nommés en cette qualité pour 3 ans

renouvelables parmi les magistrats du siège desdites juridictions. La nomination se fait par le

conseil supérieur du pouvoir judiciaire sur proposition, selon les cas, du président du tribunal

de première instance ou du premier président de la Cour d’appel. Il peut être mis fin à leur

fonction de juge d’instruction dans les mêmes formes (auquel cas, ils gardent bien entendu

leur qualité de magistrats du siège).

Quant à la désignation, pour chaque affaire, du juge d’instruction qui en sera chargé

lorsque la même juridiction comprend plus d’un magistrat instructeur, rappelons qu’elle relève

des attributions du parquet (Art 90 CPP), le juge choisi étant alors saisi par un réquisitoire à

fin d’informer (dit aussi réquisitoire introductif d’instance). Or, pour sa part, cette prérogative

de désignation dévolue au parquet n’échappe pas à la critique doctrinale puisqu’elle est jugée

de nature à amoindrir davantage l’indépendance du juge d’instruction et à ébranler les

garanties d’un procès équitable, le parquet pouvant avoir tendance à choisir (tout au moins

pour les affaires graves ou ayant un certain enjeu au regard de l’ordre public notamment) le

magistrat instructeur qu’il estime le plus « docile » c'est-à-dire le plus à même de s’aligner sur

(1 )Voir 2ème partie, Chap II, Section III : l’instruction préparatoire.


34
ses vues et ses orientations(1). C’est pourquoi la meilleure proposition de réforme à formuler

à cet égard, consisterait dans le retour à la solution initialement prévue par le code de

procédure pénale de 1959 (avant d’être modifié en 1962) en vertu de laquelle c’était le juge

d’instruction doyen (c-à-d le plus ancien) au sein de la juridiction qui procédait à la répartition

des dossiers entre les magistrats instructeurs.

Le magistrat instructeur chargé d’une affaire fait figure de juridiction d’instruction dont

les ordonnances sont susceptibles d’appel devant la Chambre correctionnelle de la Cour

d’appel. Bien que l’instruction préparatoire ne soit obligatoire que pour certains crimes et

délits déterminés(Cf Chap III, Section I), le rôle du juge d’instruction est extrêmement

important : il consiste à procéder à des opérations d’information en rassemblant des

renseignements, en recherchant des éléments de preuve, à charge et à décharge, et en prenant

à cet effet (ou par suite) des actes sous forme de mandats et des décisions juridictionnelles par

voie d’ordonnances.

Le juge d’instruction, tout comme les autres magistrats, dispose dans l’exercice de sa

mission du concours d’autres organes, auxiliaires de la justice pénale.

CHAPITRE II
Les auxiliaires de la justice pénale

(1 ) Voir sur ce point : - M.J. Essaid, op.cit ; p 81 ; -E.Bihi, op.cit. T1 (en arabe) p.145.
35
Ce sont des personnes attitrées ou des corps professionnels qui apportent, à des niveaux

différents, leurs concours pour assurer le bon fonctionnement de la justice pénale. Certains

relèvent dans l’exercice de leur mission, de la direction et du contrôle de l’autorité judiciaire

(section I), d’autres sont des collaborateurs indépendants de l’autorité judiciaire (section II).

Section I - Les auxiliaires relevant de la direction et du contrôle de l’autorité

judiciaire

Il s’agit d’une part, de la police judiciaire qui occupe une place particulière et importante

dans l’administration de la justice pénale et qui mérite, dès lors, de retenir longuement notre

attention (§1). Il s’agit, d’autre part, des greffiers qui sont également nantis d’un rôle important

mais qui n’est pas spécifique à la procédure pénale de sorte que leur étude est généralement

abandonnée au Droit judiciaire privé (ou procédure civile). Pour notre part, nous ne leur

consacrerons que des développements laconiques pour illustrer leurs principales attributions

dans le cadre de la procédure pénale (§2).

§1- La police judiciaire (PJ)

Il faut d’abord la distinguer de la police administrative. Alors que cette dernière a un

rôle essentiellement préventif consistant à veiller au maintien (et le cas échéant au

rétablissement) de la paix et de la sécurité publiques, donc à prévenir les désordres et à

empêcher les infractions et en tant quel telle elle relève de la direction et du contrôle de

l’autorité administrative (en l’occurrence le ministère de l’intérieur), la police judiciaire joue

un rôle répressif en ce sens qu’elle n’intervient que lorsqu’une infraction est commise pour

entreprendre des actes de constatation et de recherche et à ce titre elle est placée sous la

direction et le contrôle de l’autorité judiciaire. Toutefois, si les deux ordres de police se

36
distinguent théoriquement par leurs rôles respectifs et par l’autorité de direction et de contrôle,

dans la pratique les différentes tâches susvisées sont souvent assurées par les mêmes

fonctionnaires. Ainsi l’agent de police ou le gendarme qui règle la circulation (opération de

police administrative) peut être amené à constater les infractions (contraventions routières ou

autres délits ou crimes) au cas où elles viennent à se produire (opération de police judiciaire).

Sous le bénéfice de ces précisions, il y a lieu de s’arrêter aux divers titulaires des

fonctions de police judiciaire (I) avant de mettre l’accent sur les attributions (II) et sur le

contrôle et la responsabilité de la police judiciaire (III).

I – Les divers titulaires des fonctions de police judiciaire

Partant de l’article 19 du CPP, il convient de distinguer les organes investis d’une

mission habituelle de police judiciaire (A) et les fonctionnaires et agents auxquels la loi

attribue certains pouvoirs de police judiciaire (B) ( 1).

A –Les organes investis d’une mission habituelle de police judiciaire

Ces organes peuvent être répartis en trois catégories :

1- Les officiers supérieurs de police judiciaire (OSPJ)

Cette catégorie est composée d’organes ayant tous la qualité de magistrat. Il s’agit ainsi

des magistrats du ministère public (Procureur général du Roi, procureur du Roi et leurs

substituts) et des juges d’instruction.

(1 ) Les présents développements ayant trait à la police judiciaire de « droit commun », il convient de signaler au passage la
composition particulière de la police judiciaire en ce qui concerne la justice militaire. Ainsi, outre les magistrats du ministère public
auprès du tribunal militaire (procureur général du Roi et ses substituts et procureur du Roi et ses substituts) et le juge d’instruction
militaire qui ont qualité d’officiers supérieurs de PJ, elle comprend en qualité d’officiers de PJ : 1- Les officiers, sous-officiers et
commandants de brigade de la gendarmerie ; 2- Les chefs de postes militaires ; 3- les officiers d’administration assermentés des
divers services de l’armée ; 4- les officiers de la gendarmerie militaire ainsi que les sous-officiers et les gendarmes exerçant sous
leurs ordres dans les cas prévus à l’article 149 de la loi 108-13 relative à la justice militaire (notamment en temps de guerre ou sur
les lieux d’opérations militaires). Voir l’article 40 de la loi susvisée qui précise en outre que la PJ militaire est placée sous l’autorité
du procureur général du Roi près le tribunal militaire.
D’autres responsables militaires (commandants de garnisons ou d’unités et chefs de services militaires) sans avoir la qualité d’OPJ
sont admis à effectuer certains actes déterminés de PJ (article 41).
37
Alors que les magistrats du parquet exercent un pouvoir de direction sur les membres

de la police judiciaire et peuvent accomplir eux-mêmes les divers actes relevant des

attributions de celle-ci, les juges d’instruction, sans avoir ce même pouvoir, peuvent

néanmoins leur donner des ordres, sous forme de mandats, ou leur déléguer certains actes

d’instruction par commissions rogatoires (art 18 et 87 CPP). De même, à la différence des

magistrats du parquet, ils ne peuvent accomplir eux-mêmes les actes de police judiciaire qu’en

cas de crimes ou délits flagrants, à charge d’en référer au chef du parquet compétent pour qu’il

prenne ses réquisitions (art 75 et 85 CPP) .

En tout état de cause, l’attribution au juge d’instruction de la qualité d’OSPJ est depuis

longtemps sujette à des critiques aussi virulentes que pertinentes(1) ; car non seulement elle

pourrait l’acculer à privilégier la logique policière de l’efficacité et du primat de l’ordre public

et de la sécurité au dépens des préoccupations judiciaires de l’impartialité et de la recherche

de la vérité, mais aussi et surtout elle conduit à placer directement ce magistrat instructeur en

tant qu’organe de police judiciaire sous l’autorité et la direction du parquet, ce qui compromet

davantage son indépendance déjà sérieusement entamée(2).

2- Les officiers de police judiciaire (OPJ)

Ce sont des fonctionnaires qui relèvent statutairement(administrativement) soit du

ministère de l’intérieur, soit du département chargé de la défense nationale. Le code (art 20)

en distingue deux ordres : les OPJ de plein droit et les OPJ désignés.

(1 ) Voir à ce sujet : - E.Bihi op.cit., p 82 ; - CCDH, rapport précité (année 2003), p 53, - Omar Abou Tayeb, La magistrature
d’instruction et ses attributions, in Code de procédure pénale, (Travaux de la journée d’étude organisée par la Chambre des
représentants, édit de la chambre des représentant 2002 (en arabe), p 119 et s.
(2 ) C’est pourquoi certaines législations, à l’exemple du code de procédure pénale français, ont fini par retirer au juge d’instruction
cette qualité d’officier de police judiciaire (pour le soustraire à la direction et au contrôle du parquet), sans pour autant le dépouiller
des pouvoirs de police Judiciaire en cas d’infraction flagrante.
38
a – Les OPJ de plein droit sont : - Le directeur général de la sûreté nationale ; - Les

préfets de police ; - Les contrôleurs généraux de la police ; -Les commissaires de police ; - Les

officiers de police ; - Les officiers et les gradés de la gendarmerie ; - Les gendarmes ayant le

commandement d’une brigade ou d’un poste de gendarmerie pendant la durée de ce

commandement ; - Les pachas et les caïds ; - Le directeur général de l’administration de la

surveillance du territoire national ainsi que les préfets de police, les contrôleurs généraux de

la police, les commissaires de police et les officiers de police relevant de cette administration

en ce qui concerne les infractions prévues à l’article 108 du code de procédure pénale (atteinte

à sûreté de l’Etat, infractions terroristes, meurtre, prises d’otage…).

On se doit de souligner au passage, qu’autant on peut difficilement s’expliquer l’utilité

pratique à continuer, aujourd’hui, à attribuer la qualité d’OPJ aux agents d’autorité susvisés

(pachas et caïds)(1), autant on a du mal à comprendre pourquoi le nouveau code de procédure

pénale a omis de conférer cette qualité à une catégorie de fonctionnaires relevant du ministère

de l’intérieur et chargés de veiller directement à l’ordre et à la sécurité publics, en l’occurrence

les officiers et les gradés des Forces auxiliaires.

b- les OPJ désignés sont : - les inspecteurs de police ayant 3 ans de service en cette

qualité et qui sont désignés par arrêté conjoint des ministres de la justice et de l’intérieur ; -

les gendarmes ayant 3 ans de service et qui sont désignés par arrêté conjoint du ministre de la

justice et de l’autorité gouvernementale chargée de la défense nationale.

(1 ) Voir : Miloud Hamdouchi, La police judiciaire et ses attributions (en arabe), in code de procédure pénale, travaux de la
journée d’étude organisée par la Chambre des représentants, précité , p 107 et s.

39
3- Les officiers de police judiciaire chargés des mineurs

Bien que le code les envisage en tant que catégorie à part dans l’énumération des

membres de la police judiciaire (art 19), il s’agit en fait de fonctionnaires faisant partie

des OPJ susmentionnés et qui sont désignés pour enquêter spécialement sur les infractions

commises par des mineurs ( V . Art 460 CPP)( 1). Il reste que le code fait preuve d’innovation

louable qui s’inscrit en droite ligne dans la dynamique nationale et internationale de protection

de l’enfance et plus particulièrement dans la logique d’une réaction appropriée contre le

phénomène dit de l’enfance délinquante. Mais, encore faut-il que les OPJ chargés des mineurs

soient réellement formés pour les besoins de la cause, notamment en matière psycho-

pédagogique.

B –Les fonctionnaires et agents investis de certains pouvoirs de police judiciaire

Sans avoir la qualité d’OPJ, certains fonctionnaires et agents se voient assigner, sous

des conditions déterminées, des attributions limitées en matière de police judiciaire. Il s’agit

d’abord de ceux que le code appelle les agents de police judiciaire (APJ) ; ensuite, des Wali et

gouverneur ; enfin, de certains fonctionnaires et agents publics nommément visés par des

textes particuliers.

1- Les agents de police judiciaire (APJ)

Tels qu’ils sont énumérés par l’article 25 du CPP, ce sont d’une part tous les

fonctionnaires des services actifs de la police et les gendarmes qui n’ont pas la qualité

d’officiers de police judiciaire ; et d’autre part les Khalifas de pachas et les Khalifas de caïds.

Leur rôle se limite à seconder les OPJ dans l’exercice de leurs fonctions, à rendre compte

à leur chef hiérarchique des infractions dont ils ont connaissance et à recueillir tous

(1 ) En dépit du silence du code , cette désignation se fait logiquement par le procureur général du Roi dans le ressort de sa
compétence sous l’autorité duquel la police judiciaire exerce ses fonctions (art 17 et 49 CPP).
40
renseignements utiles à la découverte des auteurs conformément aux ordres de leurs chefs et à

la réglementation du corps auquel ils appartiennent (art 26). En revanche, ils ne sont pas admis

à prendre l’initiative d’une enquête et à entreprendre des actes qui s’y rattachent telles que les

auditions, les perquisitions et la rédaction des procès-verbaux.

2- Le Wali et le gouverneur

En tant que représentants du pouvoir central à l’échelle de la Wilaya, de la province ou

de la préfecture, ils ont, entre autres fonctions, de veiller au maintien de l’ordre et de prévenir

les infractions et à ce titre ils font normalement partie de la police administrative. Or, en delà

de cette mission habituelle, le CPP leur confrère le pouvoir d’accomplir personnellement tous

actes nécessaires à l’effet de constater les infractions parvenues à leur connaissance ou de

requérir par écrit à cet effet les OPJ compétents. Certes, on peut y voir une atteinte au principe

de la séparation des pouvoirs et une menace pour la liberté individuelle. C’est pourquoi, tout

en conférant au Wali et au gouverneur ce genre d’attribution, l’article 28 du CPP y apporte

des limites strictes tenant à la nature des infractions pour lesquelles ils peuvent agir, à la notion

d’urgence et à la durée des pouvoirs du Wali ou gouverneur à cet égard.

a -Quant à la nature de l’infraction, le Wali ou le gouverneur ne se voit reconnaître des

pouvoirs de police judiciaire qu’en cas de crime ou de délit contre la sûreté intérieure ou

extérieure de l’Etat.

b-Quant à la notion d’urgence, le Wali ou le gouverneur n’est habilité à constater les

infractions susvisées ou à requérir par écrit à cet effet les OPJ compétents que si son

intervention revêt un caractère urgent. Le code ne définit pas la notion d’urgence, mais on

admet généralement qu’il y a urgence chaque fois que les circonstances justifient une action

rapide et énergique, chose qui relève, en définitive de l’appréciation souveraine du Wali ou

41
gouverneur. En tout cas, l’article 28 interdit à ces autorités administratives d’agir lorsqu’elles

ont connaissance que l’autorité judiciaire est déjà saisie de l’affaire.

c- Quant à la durée des pouvoirs du Wali ou du gouverneur à cet égard , elle est

également soumise à une limite stricte en ce sens que lorsque cet organe local de

l’administration centrale fait usage de ces pouvoirs, il est tenu d’en aviser immédiatement le

représentant du parquet auprès de la juridiction compétente et dans les vingt quatre heures qui

suivent l’ouverture des opérations, de se dessaisir au profit de celui–ci en lui transmettant les

pièces et en lui présentant toutes les personnes appréhendées. C’est alors à ce dernier qu’il

incombera de poursuivre la procédure.

3- Les fonctionnaires et agents de certaines administrations ou services publics

Au vu de leur spécialisation dans le domaine où ils exercent et dans un souci d’efficacité,

ces fonctionnaires et agents sont désignés par des textes spéciaux pour exercer des pouvoirs

de police judiciaire dans des conditions et des limites déterminées (Art 27 CPP). Ils

appartiennent à des administration ou services publics différents (Impôts, douane, chemins de

fer, pêche maritime, régie des tabacs, réseau routier…).

Les pouvoirs de police judiciaire de ces fonctionnaires et agents se limitent à la

recherche et à la constatation des infractions commises au préjudice de leur propre

administration ou service. A cet effet, ils peuvent notamment requérir la force publique,

effectuer des saisies et procéder, en présence d’un OPJ, à des visites domiciliaires et des

perquisitions, tout comme ils peuvent rédiger des procès-verbaux qu’ils adressent à leur

supérieur hiérarchique qui décidera de la suite à y donner (saisie de la juridiction pénale

compétente ou communication préalable du dossier à l’organe disciplinaire…).

II – Les attributions de la police judiciaire

42
Sous réserve des limitations et des spécificités signalées à propos des APJ et des

fonctionnaires investis de certains pouvoirs de PJ, diverses attributions sont dévolues à la

police judiciaire. Outre qu’elle exécute les mandats et les délégations des juridictions

d’instruction et défère aux ordres de celles-ci et du parquet 1, elle a des attributions générales

qui consistent à constater les infractions à la loi pénale, à en rassembler les éléments de preuve

et à en rechercher les auteurs (art 18). A cet effet, elle est investie d’une fonction spécifique

qui consiste à procéder à des enquêtes soit d’office soit sur les instructions du parquet. L’étude

des différents actes de l’enquête (préliminaire ou de flagrance) faisant l’objet de

développement particuliers dans la deuxième partie du cours, on se limitera ici à quelques

indications au sujet des attributions générales de la police judiciaire.

a-En ce qui concerne la réunion des éléments de preuve et la recherche des auteurs

d’infractions, la tâche de la police judiciaire consiste en fait à rassembler des indices comme

des traces ou des empreintes, à recueillir des témoignages, à recevoir des aveux, des

dénonciations et des plaintes. La dénonciation émane d’une personne étrangère à l’infraction

et consiste à porter cette infraction à la connaissance de la polie judiciaire (ou devant toute

autorité judiciaire, administrative ou militaire). Elle est souvent spontanée mais dans certains

cas, elle constitue une obligation assortie d’une sanction pénale (V par exemple l’art 209 du

Code pénal qui incrimine et punit la non- révélation d’attentat contre la sûreté de l’Etat).

La plainte est également une dénonciation, mais qui émane de la victime de l’infraction.

Elle peut être portée soit devant un OPJ soit directement devant le ministère public ou le juge

d’instruction, soit encore devant toute autre autorité spécialement désignée à cet effet par la

loi.

1
Article 128 de la Constitution : « La police judiciaire agit sous l’autorité du ministère public et des juges d’instructions ».
43
b-En ce qui concerne la constatation des infractions, elle est matérialisée dans des procès

verbaux qui sont en réalité des actes écrits soumis à un formalisme rigoureux dont dépend leur

validité. Ils doivent ainsi comporter certaines énonciations, notamment la qualité du rédacteur

et sa signature, l’identité du suspect, les fait constatés et leurs dates, la date et l’heure de la

rédaction et celles des actes effectués , la mention, le cas échéant, du refus de signature ou

d’apposition de l’empreinte digitale du déclarant avec l’indication des causes….(Art 24 CPP).

La valeur probante des procès –verbaux est fonction de la gravité des faits constatés : ainsi

si en cas de crime, le p-v ne vaut que comme simple renseignement, le juge ayant par

conséquent toute liberté d’appréciation, lorsque l’infraction est qualifiée de délit ou de

contravention, le p-v fait foi jusqu’à à preuve du contraire.

Bien plus, en matière d’infractions douanières et d’infractions à la législation relative

aux eaux et forêts ou à la pêche maritime (dont la constatation est confiée à des

fonctionnaires ou agents investis de certains pouvoirs de police judiciaire), les p-v établis

font foi jusqu’à inscription de faux (V. art 575 et s CPP).

De fait, la force probante ainsi attribuée aux p-v , se révèle bien souvent quasi

inattaquable tant il est extrêmement difficile d’établir la preuve contraire des énonciations

à charge. Et du reste, elle est à juste titre fustigée par la doctrine et les défenseurs des droits

de l’Homme qui y voient non seulement une entorse de taille au principe de la liberté du

juge dans l’appréciation des preuves conformément à son intime conviction, mais aussi une

atteinte grave au principe de la présomption d’innocence notamment lorsque les

énonciations des p-v sont de nature à accabler le suspect (Voir développements relatifs à la

présomption d’innocence en 2ème partie du cours).

III- Contrôle et responsabilité de la polie judiciaire

44
La police judiciaire est soumise au contrôle de l’autorité judiciaire. Ses membres fautifs

s’exposent donc à des sanctions disciplinaires. Ils peuvent, par ailleurs, engager leur

responsabilité pénale et civile.

A – Le contrôle disciplinaire

Les membres de la police judiciaire exercent leur mission sous la direction du procureur

du Roi et sont placés dans chaque ressort de cour d’appel sous l’autorité du procureur

général du Roi et sous le contrôle de la chambre correctionnelle de la cour d’appel (art 16

et 17), contrôle qui s’étend , d’ailleurs, même aux fonctionnaires et agents investis

spécialement de pouvoirs de police judiciaire (Art 35).

Ainsi, tout manquement relevé à l’encontre d’un OPJ ou d’un fonctionnaire ou agent

susvisé dans l’exercice de ses attributions de police judiciaire est déféré à la Chambre

correctionnelle de la cour d’appel par le procureur général du Roi près ladite Cour. Après

enquête et audition du mis en cause (qui peut se faire assister par un avocat) si les faits se

révèlent fondés, la Chambre correctionnelle peut, sans préjudice d’autres sanctions relevant

du pouvoir disciplinaire du supérieur hiérarchique, adresser au membre fautif de la police

judiciaire des observations ou prononcer sa suspension temporaire (pour une durée ne

dépassant pas une année) ou sa déchéance définitive de sa fonction. La décision prononcée

peut faire l’objet d’un pourvoi en cassation dans les conditions du Droit commun. Au cas

où la Chambre correctionnelle estime que l’OPJ a commis une infraction pénale, elle

ordonne en outre la transmission du dossier au chef du parquet général à toutes fins qu’il

appartiendra (voir les articles 29 à 35 CPP).

B – La responsabilité pénale et civile

1- Au regard de la responsabilité pénale, le membre de la police judiciaire qui commet

une infraction, engage sa responsabilité pénale et s’expose par conséquent aux sanctions
45
prévues à cet égard(1) . Mais dans les conditions édictées par les articles 268 et suivants du

CPP, il est poursuivi et jugé suivant des règles de compétence exceptionnelles aménagées

en fonction de la qualité de l’inculpé, de la gravité de l’infraction (crime ou délit) et de sa

commission dans l’exercice ou non des fonctions de police judiciaire.

- Ainsi, lorsque l’imputation vise un procureur général du roi près la cour d’appel (qui

est un officier supérieur de PJ), un Wali ou un gouverneur (investis, on le sait, de certains

pouvoirs de PJ) pour un crime ou délit commis dans l’exercice ou hors de l’exercice de

leurs fonctions, ou lorsque l’imputation vise un OPJ habilité à exercer ses fonctions sur

tout le territoire marocain (tel que le directeur général de la sûreté nationale) pour un crime

ou délit commis dans l’exercice de ses fonctions (V. art 268 al 3), c’est la Chambre

pénale de la Cour de Cassation qui est compétente pour juger l’affaire suite à sa saisine

par le procureur général près ladite Cour et, s’il y a lieu sur réquisition de celui-ci, après

une instruction effectuée par un ou plusieurs de ses membres. L’arrêt rendu est susceptible

d’appel (dans un délai de 8 jours) et c’est la cour de Cassation toutes Chambres réunies, à

l’exclusion de la Chambre pénale qui a rendu l’arrêt, qui statue sur cet appel. L’article 265

précise, par ailleurs, qu’aucune constitution de partie civile n’est recevable devant la Cour

de Cassation, la victime qui entend réclamer une réparation étant alors acculée à saisir la

juridiction civile compétente.

-Lorsque l’imputation vise un juge d’instruction auprès de la Cour d’appel, un substitut du

procureur général du roi près cette Cour ou un procureur du roi près le tribunal de première

instance (tous des OSPJ) pour un crime ou un délit commis dans l’exercice ou en dehors

(1 ) Voir code pénal, notamment les articles 224 à 232 (des abus d’autorité commis par des fonctionnaires contre les particuliers et
de la pratique de la torture) ; les articles 237 à 240 (de l’empiétement des autorité administratives et judiciaires et du déni de
justice) ; les articles 241 à 247 (des détournements et des concussions commis par des fonctionnaires publics) ; les articles 248 à
256 (de la corruption et du trafic d’influence) et les articles 257 à 260 (des abus d’autorité commis par des fonctionnaires contre
l’ordre public).
46
de l’exercice de leurs fonctions, la Chambre pénale de la Cour de Cassation, saisie par le

procureur général du roi près ladite Cour, décide s’il y a lieu d’informer et dans

l’affirmative désigne une Cour d’appel autre que celle dans le ressort de laquelle le mis en

cause exerce ses fonctions. Si le juge d’instruction ou le conseiller commis pour instruire

par le premier président de ladite Cour d’appel décide à l’issue de ses investigations qu’il

y a lieu à suivre l’affaire, il rend une ordonnance de renvoi soit devant la chambre criminelle

de la cour d’appel lorsqu’il s’agit d’un crime, soit devant la chambre délictuelle d’appel

lorsqu’il s’agit d’un délit.

- Lorsque l’imputation vise un juge d’instruction ou un substitut du procureur du roi près

le tribunal de première instance (les deux étant des OSPJ) pour un crime ou un délit

commis dans l’exercice ou hors de l’exercice des fonctions , il appartient au procureur

général du roi près la cour d’appel de saisir le premier président de cette Cour ; lequel

décide s’il y a lieu d’informer et dans l’affirmative, commet à cet effet un juge d’instruction

ou un conseiller de sa Cour. Si l’instruction est clôturée par une ordonnance de renvoi,

l’affaire est alors déférée pour jugement (comme pour l’hypothèse précédente) soit à la

chambre criminelle de la Cour d’appel lorsqu’il s’agit d’un crime, soit à la chambre

délictuelle d’appel en cas de délit.

- Lorsque l’imputation vise un OPJ autre que ceux visés ci- haut, pour un crime ou un

délit commis dans l’exercice de ses fonctions, il appartient également au procureur

général du roi près la cour d’appel de saisir le premier président de ladite cour qui désigne,

s’il y a lieu à informer, un conseiller chargé de l’instruction. Celui-ci peut, au terme de ses

investigations, ordonner le renvoi de l’affaire soit à la Chambre criminelle s’il s’agit d’un

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crime, soit à un tribunal de première instance en dehors du ressort où l’inculpé exerce ses

fonctions, s’il s’agit d’un délit.

A cet égard , on est en droit de se demander pourquoi l’OPJ qui commet un crime ou un

délit hors de l’exercice de ses fonctions n’est pas soumis à ces règles exceptionnelles de

compétence et reste ainsi justiciable du régime de droit commun, étant entendu que dans

l’esprit du législateur, ce particularisme de procédure constitue une garantie d’impartialité

et de bonne justice tendant notamment à éviter toute éventuelle influence ou complaisance

dans la poursuite, l’instruction et le jugement des inculpés visés.

2- Au regard de la responsabilité civile, il n’y a pas de particularité de procédure.

Toute personne qui s’estime être victime d’un dommage causé par un membre de la police

judiciaire, peut mettre celui-ci en cause pour lui réclamer une réparation dans les conditions

du droit commun soit en engageant une action civile devant la juridiction civile (V. Art

10 CPP), soit – sous réserve du cas susvisé où la compétence est dévolue à la Cour de

Cassation - en se constituant partie civile devant la juridiction pénale conformément aux

articles 266, 268 , 350 et 351 du CPP.

§2- Les greffiers

Les greffiers sont des fonctionnaires publics relevant de l’administration de la justice et

régis par un texte particulier (Décret royal du 2 février 1967 maintes fois modifié). Présents

auprès de chaque juridiction dans le cadre d’un secrétariat du greffe, l’importance de leur

mission s’illustre particulièrement en matière de procédure pénale. Ainsi, en tant que

secrétaire de la juridiction, le greffier en est le scribe (écrivain à la main) : Il veille à la

rédaction et à la notification des convocations ; il établit les mandats de justice et transcrit

les diverses opérations des autorités judiciaires. A l’audience, il prend note sous forme

d’un procès verbal d’audience (dit aussi plumitif) des requêtes et moyens de défense des
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parties ou de leurs avocats, des déclarations des témoins, des principaux faits qui ont

émaillé les débats ainsi que du dispositif de la décision rendue; procès-verbal qu’il cosigne,

tout comme le jugement ou l’arrêt rendu, avec le président de la formation de jugement (V

notamment les art 305 et 308 CPP) . Une fois la décision rendue, il veille notamment à sa

notification aux intéressés, tout comme il prend acte, le cas échéant, de l’exercice des voies

de recours et en assure le suivi.

Ces tâches auxquelles s’ajoutent bien d’autres (telle que la tenue du casier judiciaire des

personnes condamnées) donnent une idée sur l’ampleur et la gravité du rôle des greffiers,

au regard notamment du double souci de la bonne administration de la procédure et de la

protection des droits de la défense. Ce qui explique, d’ailleurs que le secrétariat – greffe au

sein de chaque juridiction soit souvent divisé en plusieurs services ou sections, coiffés par

un chef du secrétariat –greffe.

Section II-Les collaborateurs indépendants de l’autorité judiciaire

Outre les organes de recherche, de poursuite, d’instruction, de jugement et de greffe,

l’œuvre de justice pénale suppose la collaboration d’auxiliaires indépendants du pouvoir

judiciaire dont le rôle et de contribuer au bon déroulement de la procédure pénale dans le

triple souci de la vérité, de l’efficacité et de l’équité. Il s’agit d’une part, de l’expert qui, le cas

échéant, fait œuvre « d’éclaireur » de l’autorité judiciaire (§1) et d’autre part de l’avocat qui

concrétise le droit à la défense, condition essentielle d’un procès équitable (§2).

§1 –L’expert

L’expert exerce une profession libérale au sein d’un corps considéré comme

indépendant des pouvoirs publics. Lorsqu’il est commis par la juridiction qui entend être

éclairée sur des questions à caractère technique ou médical, l’expert apporte normalement son

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concours en dehors de toute influence des autorités judiciaires, des parties et des témoins. Sans

s’appesantir sur le régime juridique de l’expertise (V les art 194 à 209 CPP) on se limitera à

quelques indications concernant la désignation de l’expert (I) et sa mission (II).

I - La désignation de l’expert

Toute juridiction d’instruction ou de jugement saisie d’une question technique peut

ordonner une expertise soit d’office, soit à la demande du ministère public ou des autres

parties au procès( 1).

L’expert désigné figure en principe sur un tableau d’experts judiciaires. Mais la

juridiction peut, au besoin, désigner un expert non inscrit à ce tableau. Dans ce cas, l’homme

de l’art commis prête serment devant la juridiction de donner son concours à la justice en son

honneur et conscience (Art 195 et 345 CPP).

II- La mission de l’expert

Cette mission qui doit être précisée dans la décision de la juridiction ordonnant

l’expertise ne peut porter que sur des questions à caractère technique et doit en principe être

accomplie dans le délai fixé par ladite juridiction. L’inobservation injustifiée du délai imparti

peut entraîner, non seulement le remplacement de l’expert qui devra alors restituer les objets

et documents qui lui ont été confiés, mais aussi éventuellement sa condamnation à des

sanctions disciplinaires et sa radiation provisoire ou définitive du tableau des experts agrées.

Dans l’accomplissement de sa mission, l’expert travaille en liaison avec le juge

d’instruction ou le magistrat délégué à cet effet par la juridiction ordonnant l’expertise. A sa

demande et conformément à certaines conditions et règles de forme, tous les moyens à même

de faciliter sa tâche, peuvent être mis à sa disposition, notamment la consultation des pièces

(1 ) Au stade de l’enquête préliminaire, l’OPJ et le représentant du parquet peuvent recourir à l’expertise dans les conditions
particulières prévues par les art 64 et 77 du CPP.
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du dossier, l’accès aux scellés et l’audition de l’inculpé et des tiers en vue de recueillir des

renseignements utiles. Au terme de sa mission, l’expert rédige un rapport précisant les

recherches effectuées et ses conclusions. Le code de procédure pénale est muet sur la valeur

probante du rapport d’expertise. Par contre, il est établi en jurisprudence comme en doctrine

que les conclusions de ce rapport ne s’imposent pas à la juridiction qui peut, en vertu de son

pouvoir d’appréciation, en tenir compte ou non, tout comme elle peut, d’ailleurs, ordonner un

complément d’expertise ou une contre-expertise. Bien plus, suivant l’article 66 dernier alinéa

du code de procédure civile : « le juge n’est pas obligé de suivre l’avis de l’expert désigné… »

Cette solution applicable en matière civile doit l’être à fortiori en matière pénale. Cela dit, en

pratique, et à moins qu’il ordonne un complément d’expertise ou une contre- expertise, on voit

mal, un juge qui est embarrassé par des difficultés techniques se détourner purement et

simplement de l’avis de l’experts commis et se contenter de juger à la lumière d’autres

éléments du dossier. En tout cas, il est tenu de motiver sa décision lorsqu’il entend écarter les

conclusions du rapport expertal.

§2 – L’avocat

L’organisation et l’exercice de la profession d’avocat sont régis par le Dahir portant loi

du 10 septembre 1993 tel que modifié et complété par la loi n° 39-96 promulguée par le dahir

du 10 Août 19961. Aux termes de l’article 1er « les avocats font partie de la famille judiciaire,

leur profession est une profession libérale et indépendante ». Il ne s’agit pas ici de présenter le

statut de l’avocat, ses diverses attributions et sa responsabilité, aspects dont l’étude relève

essentiellement du droit judiciaire privé. On se bornera plutôt à envisager sous l’angle de la

1
Ainsi que par la loi n°28-08 promulguée par le dahir n°1-08-101 du 20 octobre 2008 (B.O édition en langue arabe n°5680 du 06
novembre 2008).
51
procédure pénale ses deux principales missions, à savoir celle d’assistance (I)et celle de

représentation du client (II).

I –La mission d’assistance

Elle consiste pour l’avocat à défendre son client et à plaider sa cause dans le respect des

règles légales et de l’intérêt de la société. Ainsi, contrairement à une opinion répandue, l’avocat

n’est pas un défenseur inconditionnel de son client. Certes, il doit s’employer à établir

l’innocence de son client inculpé ne serait ce qu’à la faveur du bénéfice du doute et ce en

s’efforçant de réfuter les preuves produites contre celui-ci ou de remettre en cause la régularité

de la procédure. Mais lorsqu’il est lui même convaincu de la culpabilité de son client et que

les preuves à l’encontre de celui-ci sont irréfutables (aveu sincère, témoignages

indiscutables…), il ne s’agit pas de faire « l’avocat du diable » au risque de nuire à son client.

Mieux vaut dans ce cas plaider coupable et solliciter conformément à la loi l’atténuation

maximale de la peine applicable à l’espèce.

Dans l’accomplissement de sa mission d’assistance, l’avocat bénéficie du monopole de

plaider oralement et par écrit pour le compte de son client et du privilège de l’indépendance

vis-à-vis des juridictions et du client (qui ne peut par exemple imposer à l’avocat la démarche

à suivre ni refuser une mesure demandée dans son intérêt par ce dernier).

Lorsqu’un justiciable est admis au bénéficie de l’assistance judiciaire, un avocat est

commis d’office pour lui prêter ses services gratuitement, c’est-à-dire assurer sa défense et

accomplir tous actes de procédure appropriés.

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II –La mission de représentation

Etant le mandataire légal de son client, l’avocat est habilité à effectuer de plein droit

tous les actes de la procédure à moins qu’il s’agisse de dénier l’écriture ou de déférer ou référer

le serment, actes pour lesquels l’article 29 du dahir susvisé de 1993 exige un mandat écrit

spécial. L’avocat est ainsi habilité à accomplir diverses formalités judiciaires tels que le dépôt

de mémoires et de pièces et à exercer les voies de recours ordinaires et extraordinaires. Mais

il ne peut continuer à assister son client devant la cour de Cassation que s’il est agréé près cette

cour.

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