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COURS DE GESTION DES RESSOURCES NATURELLES

M. BERTHEDAOUDA, Ingénieur en Qualité et Science de l’environnement, chargé de


cours en Environnement au groupe ITA-Ingénierie SA, consultant environnement et contrôle
qualité.
berthedaouda1@gmail.com
+ 225 57 24 02 79.
I- Définition des ressources naturelles

Il existe une diversité de ressources naturelles tels que le charbon, le bois, le pétrole,
l’or… Ce qu’il faut cependant retenir c’est que « ressource » renvoie à quelque chose d’utile à
l’homme et « naturel » au milieu dont elle cette chose provient. Pour que quelque chose
existant dans la nature puisse être utile à l’homme, il faut que ce dernier en soit conscient et
avoir les moyens de s’en servir. Une ressource naturelle n’a d’existence donc que par rapport
à la technologie d’utilisation donnée. A cette technologie, il faut ajouter aussi les conditions
favorables vis-à-vis du marché. En résumé, on parlera de ressources naturelles au sens
économique quand celle-ci est utilisable avec la technologie existante et exploitable avec les
prix actuels.

1- Les différents types de ressources naturelles

On divise les ressources naturelles en deux groupes, selon qu’elles se régénèrent ou pas :

- les ressources renouvelables (poissons, etc.) ;

- les ressources non renouvelables (pétrole, charbon, etc.).

La distinction est affaire d’échelle de temps. Une ressource renouvelable est telle qu’il est
possible de l’exploiter sans réduire sa disponibilité future. Néanmoins, il est possible
d’épuiser une ressource renouvelable par une mauvaise utilisation. Une ressource épuisable
est telle que tout prélèvement réduit irrémédiablement sa disponibilité future. La prise en
compte du temps implique de considérer et gérer les ressources comme un capital. Ainsi,
laisser une ressource renouvelable se régénérer est vu comme un investissement ; extraire un
minerai est un désinvestissement. Il existe une liaison étroite entre la gestion des ressources et
l’environnement, du fait des lois physiques de conservation. Extraire et utiliser une ressource,
c’est la faire changer d’état : par exemple, la combustion des énergies fossiles.

1-1- Les ressources naturelles épuisables (non renouvelables)

Les ressources naturelles épuisables sont les ressources naturelles qui se présentent sous
forme de stock fini d’un point de vue physique. En général, l’estimation de ce stock est
incertain et cela pose tout le problème de l’utilisation de ces ressources dans 10 ans 50 ans
100 ans etc. Néanmoins, l’estimation des stocks de ressources naturelles épuisables, quoique
délicate, est un élément important de l’appréciation du système de production.
1-2- Les ressources naturelles renouvelables

Une ressource naturelle est renouvelable si elle a une capacité de reproduction propre,
indépendamment de l’intervention de l’homme. Contrairement aux ressources naturelles
épuisables, les ressources naturelles renouvelables sont liées à un écosystème qui constitue
l’élément clé de sa reconstitution. Il s’agit généralement d’espèces vivants (poissons) ou
d’espèces naturelles forêts, eau etc. Dans un écosystème donné, une ressource naturelle croit à
un taux égal à la différence entre son taux de natalité et son taux de mortalité. Ce taux n’est
pas constant et dépend de l’importance de la population elle-même étant fonction de
l’écosystème dans lequel elle évolue.

2- Appropriation des ressources naturelles

On distingue quatre modes d’appropriation des ressources naturelles:


- appropriation par l’Etat : forêts domaniales, parcs naturels, etc. ;
- appropriation privée ;
- appropriation commune : cas des ressources gérées en groupe ;
- accès libre : chaque individu exploite librement la ressource et personne n’a droit d’exclure
un autre.
La question des droits de propriété sur la ressource est essentielle. Elle implique des gestions
aux propriétés opposées du point de vue de la conservation de la ressource, comme nous le
verrons.

II- GESTION DES RESSOURCES NATURELLES

1- Les instruments économiques

L’exploitation économique des ressources naturelles épuisables (non renouvelables) est


centrée sur l’examen des prix et des couts de production. Elle se fonde sur la règle de Harold
Hotelling qui a pour objet de construire un indicateur de rareté économique afin d’aboutir à
une utilisation/gestion rationnelle des ressources naturelles épuisables qui détermine la valeur
d’un stock de ressources épuisable, l’évolution de cette valeur et le rythme d’extraction de la
ressource en fonction du régime économique en vigueur (concurrence, gestion centralisée,
monopole). En effet, un stock de ressources épuisable peut être considéré comme un actif
particulier produisant un revenu dans le temps. L’extraction puis la consommation d’une unité
de ressources au temps t implique l’impossibilité d’extraire et de consommer cette même unité
à un temps t+1 puisque le stock (supposé fini et connu avec exactitude) est réduit de cette
unité suite à cette décision. Extraire aujourd’hui implique donc la perte demain du revenu
qu’aurait procuré cette unité que l’on vient d’extraire. Une entreprise qui cherche à maximiser
la valeur actuelle de ses profits est de ce fait placée devant un cout d’opportunité qui est la
conséquence de l’arbitrage entre extraire et vendre aujourd’hui contre perdre demain le
revenu qu’elle aurait tiré de la ressource si elle n’avait pas été extraite.

1- Si l’entreprise décide d’extraire une unité, la valeur de cette unité extraite (VE), c'est-à-
dire sa valeur d’extraction est égale à son prix de vente (P) diminué du coût
d’extraction (CE) : VE = P-CE. P=27000000 VE= 26900000.
2- Valeur d’extraction de l’or VE=24000000.

2- Si elle décide de ne pas extraire, c’est que la valeur de la ressource en terre (in situe)
(VIS) est pour elle plus importante que la valeur d’extraction (VE) au moment de la décision :
VIS>VNE. Cette valeur de non extraction (VNE) qui est la valeur in situ (VIS =VNE) est le
coût d’opportunité d’épuisement de la ressource. Et, le cout marginal d’extraction de la
dernière unité, doit être égal à la valeur d’extraction. (cmE = VE. Tant que VE>cmE),
l’entreprise a intérêt à extraire et elle s’arrête juste avant que cmE>VE.

En somme, si l’entreprise veut maximiser son profit actualisé, pour l’extraction des ressources
renouvelable, elle doit tenir compte de la perte future de recettes du à l’extraction présente de
la ressource, ce qui l’amène à faire une comparaison à chaque fois entre la valeur d’extraction
de la ressource et sa valeur en terre.

 Schématisation de la règle d’hotelling

Elle suppose que le coût d’extraction d’une unité de la ressource renouvelable est nul. Soit un
actif de rendement ρ(t) sur l’intervalle de temps [t, t+1] et soit p (t) le prix de marché unitaire
de la ressource en t. Un agent qui possède des actifs d’une valeur de p(t) est assuré d’avoir un
revenu de p(t) (1+ ρ(t)) en t+1 où elle vaut p(t+1). Alternativement, elle peut acheter (extraire
une unité de ressources en t et la revendre en t+1 où elle vaut p (t+1).

(pt)

t t+1
t
2- Les mécanismes et instruments institutionnels

Dans la gestion des ressources naturelles, que la gouvernance locale soit un objectif juste au
plan social ne fait aucun doute. Par contre, ce qui est moins évident, c’est de savoir les
arrangements institutionnels qui offrent les meilleures possibilités de promouvoir ou
d'améliorer la concertation et la collaboration entre les différentes parties prenantes dans le
domaine de la gestion des ressources naturelles et de l’environnement notamment dans un
contexte de décentralisation. Trouver une ou plusieurs réponses justes à cette question
fondamentale s’avère d’autant plus préoccupante qu’il apparait qu’actuellement ni les
populations locales, ni l'Etat, ni les partenaires au développement (ONG/Projet de
développement) ne semblent être, à eux seuls, en mesure de gérer, de manière équitable et
durable, les besoins antagonistes des différents groupes d'utilisateurs des ressources naturelles
(Ostrom, 1990 ; Berkes, 1989 ; Ribot, 2007). Cela nécessite alors l’urgente adoption de
meilleurs schémas de collaboration entre tous les acteurs clés. La revue de la littérature
enseigne que cette situation résulte, en grande partie, d'un héritage historique caractérisé, entre
autres, par les aspects que sont : l’inadaptation des cadres et mécanismes institutionnels, c'est-
à-dire l’environnement politique et le mauvais schéma d'assistance et d’accompagnement
au développement rural. Il convient ainsi de s'attaquer à ces deux grandes contraintes si l'on
veut que les populations locales et les différentes parties prenantes gèrent véritablement les
ressources naturelles et l’environnement de manière équitable et durable.

2-1- L'environnement politique

Le constat a déjà été fait dans de nombreux pays comme le Burkina Faso et repris dans la
littérature. Il n’est pas judicieux de vouloir appliquer des lois normatives, élaborées
unilatéralement au niveau du gouvernement central et détaillant la manière dont les
ressources doivent être gérées au niveau local (Thoyer S. and al., 2004).. Comme, le
retracent les lignes suivantes, bien que ces dernières années, il y ait eu des avancées
significatives sur le sujet, de nombreux autres efforts restent à consentir.

 Les signes positifs

Dans la plupart des pays sahéliens, les mécanismes et cadres institutionnels actuels subissent
de profonds changements qui, s'ils sont convenablement mis en œuvre, peuvent permettre
aux populations locales de jouer un rôle central dans la régulation des pratiques d'utilisation
des terres et de l’ensemble des ressources en eau par exemple qui se font concurrence. En
plus des Programmes d’Ajustement Structurel (exécutés dans les années 1990) qui ont
favorisé l'émergence d'une vaste gamme d'organisations au sein de la société civile,
l'engagement actuel du pouvoir central dans les processus de démocratisation et de
décentralisation offre également l'occasion de mener des discussions plus ouvertes avec les
communautés bénéficiaires à la base. Une telle situation peut encourager les groupes de la
société civile, les associations locales et les ONG, le gouvernement et les populations locales
à rentrer en concertation directe et efficace (Dupar & Badenoch, 2002). En effet, dans des
pays comme le Burkina Faso et le Mali, la communalisation intégrale du territoire ainsi que
l’adoption et la mise en œuvre des textes et lois régissant la gestion de l’environnement et
des ressources naturelles sont présentement effectives et suscitent un dynamisme au niveau
des acteurs locaux pour une réponse efficace aux besoins des communautés locales.

 Des contraintes persistantes

En dépit des processus de réformes en cours, on note un faible niveau d’atteinte des objectifs
principalement dû à la réticence des décideurs à adapter aux réalités locales, le cadre
institutionnel dans lequel s’inscrit la gestion des ressources naturelles au niveau décentralisé.
De façon générale, ces réformes du cadre institutionnel ne prennent pas suffisamment en
compte les trois (03) aspects connexes suivants :

- Garantir la représentation, la responsabilité et la participation

En soi, la décentralisation ne constitue pas une parfaite garantie de bonne gouvernance


locale. Pour parvenir à une bonne gouvernance à travers la décentralisation, il est
fondamental de pouvoir assurer l'équilibre du pouvoir entre les nombreuses parties prenantes
de manière à ce que tous les intérêts locaux, y compris ceux des groupes minoritaires, soient
pris en considération. Cette approche fait souvent défaut dans la mise en inter action des
différents niveaux d’instance de concertation et de gestion des ressources naturelles.

En effet, des institutions “ modernes ” créées plus récemment ont souvent eu tendance à
favoriser des arrangements moins flexibles, fixant les limites et les droits d'exclusion. Tel est
le constat fait au Burkina Faso concernant par exemple les plans d’eau qui sont exclusivement
dédiés à usages prédéfinis (hydroélectriques, agricoles, tourisme, etc.) ou pire encore des
exclusions directes de certains utilisateurs (les femmes, les visiteurs saisonniers, les pasteurs
éleveurs) dues peut être à leur faible poids politique au sein des organes de gestion ; allant
ainsi à l’encontre d’un des principes fondamentaux de gestion des ressources naturelles à
savoir, la non exclusion. Il est vrai qu’en générale, le contrôle de l'accès aux ressources
naturelles au moyen de l'exclusion fait nécessairement partie de la gestion des ressources
d’appropriation commune, mais cela était tempéré dans les systèmes traditionnels par des
accords réciproques en fonction des exigences locales et des conditions sociales et
écologiques. Par ailleurs, l'absence de négociation ou de concertation entre les différents
groupes d’utilisateurs, lors de la définition des règles détériore la force d’impact des
mécanismes institutionnels sur la gestion optimale des ressources naturelles. A l’analyse, on
pourrait finalement se demander si ces institutions sont véritablement représentatives d’un
point de vue de la satisfaction des attentes des communautés de base. En théorie, des
responsables vis-à-vis des populations locales concernées. Ceci suppose un accès équitable à
l’information, à la fois sur l'état de la ressource en question et sur le processus de sa gestion.
Dans les zones où le taux d'alphabétisation est généralement très faible et les canaux de
communication modernes difficiles d’accès, cet aspect demeure un grand défi pour les
institutions institutions ne sont représentatives que lorsqu'elles sont consultatives,
transparentes et locales et même pour les agences de développement qui les soutiennent.

Même au Mali ou au Burkina où le processus de décentralisation est allé jusqu'à l'élection


des conseils municipaux ruraux, la grande majorité de la population - y compris celle qui est
relativement impliquée dans la gestion des ressources naturelles et de la faune ne
comprennent pas encore bien le processus de décentralisation et de réformes y afférentes, ou
leur implication pour la gestion durable et équitable de ces ressources. C’est un tel état
d’esprit qui anime certains leaders locaux et explique en partie le manque d’appropriation
des politiques de gestion locale. C’est pourquoi, indépendamment de la nécessité de mettre
en place des institutions représentatives, le renforcement des capacités de gestion effective
des ressources naturelles doit être une autre priorité au niveau.

- Renforcer la gestion effective des ressources naturelles au niveau local

Comme il a été vu précédemment, les avantages attendus d’une gestion décentralisée des
ressources naturelles reposent sur trois éléments: l’information, la responsabilisation, la
légitimité. En adoptant une échelle de gestion locale, plus proche des réalités du terrain, la
décentralisation permet de décider à partir d’une base d’information plus précise sur la
ressource, ses disponibilités, ses aléas, et sur les acteurs, leurs préférences, leurs contraintes.
Elle introduit donc plus de souplesse dans le choix des instruments de gestion et une
meilleure adaptation aux conditions locales. Les principes de subsidiarité et d’action
collective qui sont généralement associés à la décentralisation sont garants d’une gestion
plus autonome et mieux coordonnée, dans laquelle les acteurs se sentent impliqués et
responsabilisés par leur participation au processus de décision et de mise en œuvre. Enfin, la
recherche d’un consensus entre les acteurs locaux par le dialogue et la consultation favorise
les processus d’apprentissage collectif et d’information mutuelle : elle permet de renforcer la
légitimité des décisions prises collectivement et donc de les rendre socialement plus
acceptables. Cependant, dans bon nombre de cas, il n'existe pas au niveau local des
compétences techniques permettant de mener à bien ces tâches et les activités connexes.

C’est pourquoi au Burkina tout comme dans bien d’autres pays sahéliens, depuis longtemps
jusqu’à une période récente, la gestion des ressources naturelles a été dominée par
l’intervention des spécialistes extérieurs, utilisant des approches technocratiques, non
participatives, allant du sommet vers la base. Pourtant, les populations locales ont besoin
d'outils de planification et de gestion, adaptés à leur contexte, leur niveau d'instruction et
leur situation financière. Alors que les approches technocratiques généralement importées
exigent des compétences qui ne sont pas facilement disponibles au sein des communautés
locales ou qui ne reflètent nécessairement pas leurs priorités. Dans une véritable approche
participative les problèmes à résoudre ne sont pas présumés d'avance mais définis ensemble.
L’apprentissage (actif) au lieu de l’enseignement (passif) est vu comme le moteur du
renforcement des capacités des acteurs locaux. Cela a souvent inspiré certains projets (Projet
CEDRES/CRDI/PARCODIEau) mais leur influence reste relativement modeste à l’échelle
nationale.

- Légitimer les règlements fonciers locaux

Même dans les pays où on évolue vers la décentralisation, il subsiste, au niveau de l'Etat, un
profond désir d'édicter un ensemble de règles nationales pour réglementer la gestion des
ressources naturelles au niveau local. Cette approche juridique, qui part du sommet vers la
base, ne prend pas en compte la diversité des pratiques foncières au niveau local et le
caractère dynamique des écosystèmes sahéliens. Le rôle du gouvernement doit consister à
fournir un cadre global qui définit les conditions dans lesquelles des règles locales sur la
gestion des ressources naturelles peuvent être élaborées et respectées, en veillant à leur
équité et à leur durabilité. Ainsi, il est essentiel de créer un cadre législatif pour fournir des
mécanismes d'appel et d'arbitrage visant à prévenir la marginalisation des groupes
minoritaires.
2-2- Améliorer les approches des partenaires au développement en matière de GRN
décentralisée

La gestion décentralisée des ressources naturelles nécessite que les populations locales et
les institutions gouvernementales et l’ensemble des partenaires au développement
participent activement et équitablement aux processus de prise de décision. Le défi majeur
auquel doivent faire face les organisations qui interviennent dans le développement est la
suivante : comment soutenir ce processus pour qu'il soit à la fois durable et équitable ?

 Les signes positifs

Des progrès ont été réalisés dans la conception des moyens pratiques de mise en œuvre
d'une gestion participative et décentralisée des ressources naturelles. Alors que, dans le
passé, la recherche participative (MARP) était considérée comme un outil permettant aux
projets externes de mieux comprendre les priorités et systèmes locaux, elle constitue
désormais un moyen (Modèles de Gestion de Terroirs) permettant aux populations locales
d'identifier et de traiter leurs priorités de développement. Le processus de démocratisation et
de décentralisation actuellement en cours attribuent maintenant à la question une plus grande
importance.

 Les contraintes persistantes

En dépit de l'engagement général en faveur de la gestion participative et inclusive, et


l'existence d'une vaste gamme d'outils pour sa mise en œuvre, la participation locale au
processus de prise de décision demeure ambiguë. Malgré la rhétorique, il n'y a pas vraiment
eu beaucoup de tentatives visant à créer un environnement dans lequel toutes les parties
prenantes peuvent discuter de ce qu'on entend exactement par “ participation ” et veiller à ce
qu'elle se fasse. En soi, l'utilisation des outils participatifs ne suffit pas à garantir que les
populations locales prennent un rôle actif dans la gestion de leurs propres affaires. Pour que
les populations investissent leur temps et leurs efforts dans la participation, elles doivent se
sentir en confiance et entrevoir des possibilités de retombées positives dans l'avenir. Outre
une collection d’outils, la participation a besoin d'un environnement favorable pour arriver à
des résultats. Les organisations de développement doivent changer radicalement leur attitude
et leurs pratiques professionnelles pour que les populations locales puissent travailler avec
elles sur un même pied d'égalité, contrairement à ce qui se faisait jusqu'à présent. En effet,
les organisations de développement doivent modifier leur propre cadre de fonctionnement
pour pouvoir travailler de manière ouverte, démocratique et participative avec leur propre
personnel et leurs partenaires (les populations locales et les services de l'Etat).

Il ne s'agit pas simplement de mettre au point des outils participatifs et de les transférer aux
autres. Il est essentiel d'avoir une philosophie de travail et un mode de fonctionnement
interne qui soient compatibles avec un processus de développement participatif. Il doit y
avoir, au niveau institutionnel, une culture de respect pour les connaissances, les
compétences et les priorités locales.

3- Les instruments sociaux/communautaires

L’échec des démarches antérieures dans la gestion des ressources naturelles et de


l’environnement est dû à des erreurs d’analyse sur la volonté et la capacité que peut avoir les
populations rurales à devenir de véritables acteurs dans la prévention et la gestion des conflits
liés aux ressources naturelles de leur ressort. D’un côté, les territoires ruraux ne sont pas
seulement des espaces physiques avec des caractéristiques biologiques et biophysiques. Ils
sont également des espaces sur lesquels s’établissent historiquement des relations sociales et
de pouvoir qui se reflètent bien évidemment sur la gestion des ressources naturelles. C’est
pourquoi, la gestion durable des ressources naturelles ne saurait ignorer cette dimension
sociale et culturelle et passe obligatoirement par l’implication de la population dans la
définition de nouvelles règles, normes et pratiques qui permettent de résoudre les conflits liés
aux ressources naturelles. C’est ainsi que par rapport à la gestion des conflits liés aux
ressources naturelles, Tara GOETZE (2006) suppose que « s’il n’y a pas une seule formule
valable pour régler un conflit lié aux ressources naturelles, il existe de nombreux règlements
auxquels les spécialistes font appel. Il faut bien examiner le contexte qui entoure le conflit
avant de pouvoir réagir globalement. Il ne suffit pas de considérer le problème des ressources
naturelles qui sont à l’origine du conflit, il faut analyser la situation dans laquelle se
manifeste le conflit... »

Stephen TYLER (2005) quand à lui suppose que « tout règlement d’une situation conflictuelle
doit s’appuyer sur une compréhension fine des particularités et de la singularité du contexte.
Toutefois, une telle connaissance demande un temps considérable et est généralement plus
compliqué que prévue ; Dans tous les cas, il faut écouter ceux qui vivent l’expérience, c’est à
dire le conflit… »

Il faut tenir compte des mécanismes de la communication qui permettent de stimuler les
négociations dans la gestion des ressources naturelles et de l’environnement. Les méthodes de
gestion qui sont proches des méthodes de négociation d’un accord de gestion participative
expriment les mêmes valeurs (dialogue, transparence, pluralisme (diversité), équité…et seront
privilégiés.

3-1- La gestion communautaire des ressources naturelles

Elle est basée sur une approche qui intègre des groupes de communautés disposant des
terres qui leur sont reconnues par la tradition. (Approche gestion des terroirs).

Cette approche appui les communautés (à travers les ONG, projets et programmes), dans
l’acquisition d’aptitudes pertinentes et dans l’établissement d’institutions locales
traditionnelles aptes à répondre en cas de désaccords dans la gestion des ressources naturelles.
Sa particularité est qu’elle s’adapte à la situation des communautés de base aux savoirs et
besoins locaux.

En effet, la gestion communautaire peut être considérée comme un cas particulier de


dévolution dans la mesure où elle repose sur le transfert de gestion à des communautés
locales. Mais, tout en étant une modalité particulière de la dévolution, elle s’en distingue de
deux manières : d’une part, les contours des communautés sont souvent mal définis du point
de vue légal et d’autres parts, ces communautés revendiquent souvent et à juste titre leur droit
d’usage sur les ressources souvent antérieurs à la création des Etats postcoloniaux Elles
possèdent leur propres règles d’attribution et de gestion de conflits plus ou moins
traditionnels.

3-2-La gouvernance en matière de gestion des ressources naturelles.

La gouvernance est un concept d’actualité en Afrique dans plusieurs domaines notamment le


droit, l’économie et les ressources naturelles. Elle peut faciliter la résolution des conflits entre
plusieurs communautés et au sein d’une même communauté. Dans le domaine foncier, elle
peut porter sur des questions telles que la détermination des terres de culture, des limites des
terres, des aires de pâturage, de couloirs de passage pour animaux … autant de situations qui
peuvent alimenter les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Elle peut également augmenter
rapidement la capacité des communautés à négocier avec le sommet et avec l’extérieur. Elle
suppose l’existence d’une représentation locale légitime et légalement responsable ainsi que
des domaines de prise de décision spécifiques.
Les processus démocratiques ainsi que la décentralisation en cours un peu partout en
Afrique sont favorables à une gouvernance en matière de gestion des conflits liés aux
ressources naturelles. Toutefois, la coexistence d’une multitude et d’une diversité de règles de
procédures et d’instances qui relèvent de légitimités différentes contribue à créer une
confusion et une incertitude. En effet, d’un côté, nous avons les autorités coutumières et les
instances traditionnelles de gestion des ressources naturelles (chefs de terre, chefs coutumiers
confréries de chasseurs, de pêcheurs…) et de l’autre côté, les administrations publiques, les
politiques, tous impliqués dans la gestion des ressources naturelles.

Dans tous les cas, dans la gouvernance en matière de gestion des ressources naturelles, il
faut :

1- Identifier et reconnaître par une analyse des différentes interventions, les groupes ayant des
intérêts légitimes dans la ressource.

2- renforcer les capacités des groupes faibles ou laissés pour compte afin qu’ils puissent faire
valoir leurs intérêt et prendre part aux négociations

3- Sensibiliser le public sur les questions en litige afin de permettre aux différents
intervenants d’assouplir leur position avant qu’il ne soit trop tard

4- Par une approche pragmatique et empirique, trouver le juste milieu entre les stratégies
locales et extérieures et déterminer les tribunes les plus appropriées pour la médiation et la
négociation

5- Inciter les gouvernements à adopter des politiques et des cadres législatifs qui puissent
s’adapter au mode de gouvernance locale et amener des groupes qui en avaient été exclu à
participer à la prise de décision.

3-3- La promotion des systèmes de décision qui impliquent une large


représentativité des différents groupes concernés

Selon Pillot (1998) « dans les contextes sahéliens, la superposition dans le temps et sur un
même espace de plusieurs usages relevant de communautés différentes conduit à considérer
l’accès aux ressources naturelles et à leur gestion comme un produit social ,objet d’intérêts
divergents ».

Il s’agit notamment :
- Des usages autour des PE surtout en zone pastorale
- Des zones de pâturages de couloirs de passage des animaux (en zone
agropastorale)
- De cueillette de fruits ou feuilles des parcs arborés
- De pêche sur les lacs et cours d’eau
- De partage des ressources naturelles dans les limites frontalières entre
nations
- Etc.

Pour cela, la gestion des ressources naturelles demeure sans conteste une priorité de
développement au sahel. Elle relève d’un ensemble assez complexe de règles et de
mécanismes établis par les sociétés, règles qu’elles ont construites au fil du temps, dans le
souci de répondre à divers problèmes de régulation de l’accès à l’eau, à la terre, au pâturage
et aux produits de cueillette. On retient néanmoins qu’il faut promouvoir des systèmes de
décision qui impliquent une large représentativité des différents groupes concernés. Dans le
contexte sahélien, la gestion communautaire des ressources naturelles est privilégiée dans la
mesure où elle suscite les mécanismes ci après :

 Une vision patrimoniale des ressources

En plus de se baser sur les mécanismes et les pouvoirs endogènes de gestion des ressources
naturelles, elle induit une double idée. Celle de la recherche de l’intérêt commun à différents
groupes et celle de la gestion rationnelle relative à l’évolution dans le temps

 La recherche de consensus comme système de décision

Elle admet la promotion des systèmes de décision impliquant une large représentativité des
différents groupes d’intérêt concernés. Il s’agit de faciliter des prises de décision
consensuelles qui rassemblent des acteurs aux logiques souvent potentiellement conflictuelles.

 l’analyse mutli-usager

L’enjeu ici est d’aider à la prise en compte négociée des intérêts de groupes sociaux
minoritaires au sein de la société locale (éleveurs, femmes, jeunes…).

USAGES de la ressource Groupes sociaux INTERETS SPECIFIQUES


(terre, eau, forêt, sous-sol…)
Economique/ind Socio-
Exemple de ressource : Eau Environnementaux
sriel culturel
Non (peut-être de
Culture, maraîchage Agriculteurs oui
façon indirecte…)
Abreuvement des animaux Eleveurs
Eau pour la maison (besoins
domestiques) Activités Femmes oui non Non
génératrices de revenus
Activités génératrices de
jeunes Non
revenu, maraîchage
Hydroélectricité, travaux
publics, conservation de la Etat Oui
biodiversité

Cela suppose en premier lieu d’analyser :

- Qui sont les différents groupes qui sont concernés par les usages ?
- Quels sont leurs intérêts spécifiques ?
- Quelle valeur (importance économique, social et culturelle) les différents
groupes accordent à la ressource

L’analyse multi-usager répond à une préoccupation en recherche développement qui est de


tenir compte des différentes composantes de la société avec ses caractéristiques spécifiques.
Elle permet d’optimiser les décisions à prendre en fonction de la spécificité de chaque
catégorie d’usager de la ressource. Elle permet enfin d’évaluer les conséquences et la réaction
possible des divers usagers aux différentes décisions possibles qui pourraient affecter les
ressources naturelles. C’est une méthode très utile pour les chercheurs et les experts

 la négociation patrimoniale

Elle intervient lorsque le conflit éclate déjà (conflit ouvert). La négociation patrimoniale
préconise une « gestion patrimoniale négociée » à travers laquelle il sera demandé au
négociateur d’animer un processus de dialogue dont le résultat doit être constitué de :

1 : d’objectifs de très long terme (sur une ou plusieurs décennies)

2 : de (scénarii scénarios) de gestion à moyen terme assortis d’une évaluation de faisabilité
écologique, économique, social, institutionnelle.

3: d’une structure de gestion bien élaborée et négociée

III- LES OUTILS D’ANALYSE ET DE GESTION DES RESSOURCES


NATURELLES
1- La négociation

C’est un processus de résolution des conflits qui a pour but de parvenir à un accord grâce à
un processus de communication entre représentants de parties en conflits (parties prenantes).

La négociation comporte un certain nombre d’étapes :

i) la phase préparatoire : (identification des moyens et des objectifs, identification


des acteurs, formulation des arguments, identification des forces et faiblesses de
chaque partie)

ii) la phase de réalisation (organisation matérielle et partage de la parole)

iii) la phase d’évaluation de la séance de négociation

iv) la phase de suivi des discussions

v) la phase d’évaluation du processus

2- La « négociation raisonnée »...

Fisher, Ury et Patton (1994) et Ury (1993) ont introduit le concept de « négociation
raisonnée » pour présenter une approche de résolution de conflits permettant de passer de
l’affrontement à la concertation, d’adversaire à partenaire, d’attaque des personnes à l’attaque
des problèmes. Ces auteurs mentionnent que, dans une approche concertée de résolution d’un
conflit, les acteurs cherchent à résoudre le problème : ils veulent un accord efficace, traitent
séparément la relation entre les personnes du problème, mettent l’accent sur les intérêts et non
sur les positions, explorent des solutions à avantages réciproques et, finalement, évaluent
toutes les options selon des critères convenus. Cette démarche concertée s’applique à toutes
les formes de conflits entre pays et nations, dans le développement d’une région, d’une
organisation, dans une équipe et entre des personnes.

3-La médiation

Le médiateur ne se donne pas l’obligation d’avoir un résultat définitif. Il amène les


personnes ou groupes de personne en conflit à déclancher un dialogue favorable à la
résolution du conflit. Le médiateur offre ses savoirs, ses savoir-faire et son savoir être pour
favoriser le dialogue.

4- L’arbitrage
L’arbitrage est le recours à une personne ou une institution neutre pour prendre une
décision à la place des différents acteurs directs en vue de régler le conflit. C’est par exemple
le recours à l’institution judiciaire pour appliquer la loi dans le cadre de la résolution du
conflit.

5- La réconciliation

Elle est le résultat d’un processus de négociation réussite. La réconciliation est l’acte
d’aboutissement du processus de recherche de la compatibilité entre les objectifs et les
comportements et les comportements des différentes parties (c’est la recherche de la PAIX).
C’est une étape du confit pendant laquelle les différentes parties prenantes acceptent de
matérialiser l’aboutissement positif de la négociation.

6- La conciliation

Le conciliateur n’au aucun pouvoir de contrainte. Il aide les personnes ou les groupes de
personne en conflit à abaisser la tension pour aller vers une solution durable. Le conciliateur
intervient souvent au moment où la communication est bloquée entre les différentes parties.

7- L’arbre du conflit

C’est un outil qui permet d’analyser profondément le conflit en faisant la distinction entre
les conséquences, les causes superficielles et la cause principale/profonde. Il faut veiller à
faire la distinction entre les causes superficielles et la cause profonde.

8- La ligne du temps

C’est une ligne qui permet de suivre le conflit dans sa chronologie tout en notant les
évènements majeurs qui le caractérisent. Cet outil est utile pour le négociateur parce qu’il lui
permet de remonter dans le temps et de noter les différents évènements qui ont marqué le
conflit

PARTIE A : Eleveurs PARTIE B : Agriculteurs

Installation de Amadou depuis 1980 1980 Arrivée de Amadou Dicko et on lui a donné une
terre
9- Le tableau d’analyse des sources de pouvoir

C’est un tableau qui permet de mettre en relation les acteurs et les différents niveaux de
pouvoir auxquels ils s’identifient. Il est utile pour le négociateur car il permet de savoir quel
acteur approcher avant quel autre en fonction de son degré d’influence sur la décision finale.

Acteurs ACTEURS (les différents acteurs du conflit)


Pouvoir A B C D D
H=hiérarchie xxxx xxx X 0 xx
E=expertise X
R=réseau relationnel xx 0
C=connaissance du 0 Xxxx
contexte
U=utilisation de xxxx
l’information
L=légitimité ou légalité xx X
E=expertise stratégique X
Légende  : xxxx = très élevé  ; xxx = élevé ; xx = moyennement élevé ; x = peu élevé ;
0 = Aucune influence

Le remplissage du tableau nécessite que l’on pose des questions à chaque acteur en relation
avec le type de pouvoir :

Les différentes questions susceptibles d’être posées pour le remplissage du tableau:

 H : Comment êtes vous organisés pour prendre en charge la gestion des conflits ?
Ou bien Quelle est votre place/rôle dans la gestion (résolution des conflits
fonciers ?
 E : Quelles sont les connaissances acquises dans le domaine de la gestion
foncière ? Ou bien Avez-vous déjà été sollicité sur des questions foncières de votre
localité ?
 R : Quelles sont les relations que vous avez avec les différents acteurs qui sont
concernés par ce conflit.
 C : Depuis combien de temps travaillez vous dans la gestion des conflits liés au
foncier ?
 U : Comment les informations sont –elles restituées à la base ?
 L : Selon vous, qui est responsable des questions foncières dans votre village ?
Quelle analyse faites-vous du travail de la commission de gestion des terres ?
 E : Quelles sont vos techniques de travail ? Quelles sont vos techniques endogènes
(en rapport avec le contexte) de gestion.

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