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La pisciculture africaine :

enjeux et problèmes de recherche


Jérôme Lazard, Marc Legendre

pour l'approvisionnement en intrants et

L
a production de la pisciculture œuvre, qualifiées d'extensives, correspon-
africaine au sud du Sahara est dent à un faible niveau de technicité; la commercialisation du poisson ;
estimée à 3 4 0 0 0 t en 1989 c'est la forme de pisciculture la plus - la pisciculture de type ((filière))
(tableau 1) sur une produc- ancienne et la plus largement répandue; caractérisée par la segmentation des dif-
tion mondiale (poissons seuls) de - la pisciculture artisanale de petite férentes phases d'élevage, principalement
7 300 O00 t. production marchande, qui se développe en cages et en enclos;
Cette production est essentiellement essentiellement en zone périurbaine et - la pisciculture industrielle, caracté-
constituée de tilapias (15 O00 t), de Ckz- qui offre le meilleur environnement risée par des unités de production de
rias (10 000 t) et de carpes communes
(5 000 t). Il s'agit donc d'une activité
encore embryonnaire et qui cherche sa
voie sur le plan du développement
depuis environ un demi-siècle.
L'aquaculture ne contribue encore que
très marginalement à l'approvisionne-
ment en protéines d'origine aquatique
du continent africain où la production
halieutique totale (maritime et conti-
nentale) était évaluée en 1989 à
5 OOO 000 t. La part du poisson dans
l'approvisionnement en protéines y est
néanmoins très élevée (23,l %), légère-
ment moins qu'en Asie (entre 25,2 et
29,3 %), mais loin devant l'Amérique
du Nord (63 Yo) ou l'Europe occiden-
tale (9,4 Yo), la moyenne mondiale étant
de 16,5%.
Une typologie des piscicultures africai-
nes a conduit à les classer en quatre
catégories, sur la base de critères socio-
économiques et non du niveau d'inten- Photo 1. L'acadja-enclos. La méthode d'élevage est dérivée de la très productive pêche-
sification de la production [Il : rie traditionnelle en acadjas développée dans les lagunes du Bénin. Les acadjas, sortes
- la pisciculture d'autoconsommation de récifs artificiels, sont des amas organisés de branchages installés en zones peu pro-
fondes. Dans I'acadja-enclos, pour des raisons pratiques, les branchages sont rempla-
(dont le produit est destiné à l'appro- cés par des bambous piqués verticalement dans le sédiment lagunaire. Ils servent de
visionnement du pisciculteur et de sa support pour le développement de périphytons puis d'épibiontes, sources de nourriture
famille), où les techniques mises en pour les tilapias. L'empoissonnement de l'enclos ainsi aménagé peut être naturel ou arti-
ficiel. La production atteint 3 à 8 t/ha/an dans la lagune Ebrié (Côte-d'Ivoire), sans aucun
apport d'aliment exogène (d'après Hem et ai. [71 et Hem [321)(cliché JB Amon Kothias).

J. Lazard : Programme aquaculture et Plate 1. The acadja pen.


pêche, Cirad-Emvt. The culture systern is derived frorn the traditional and very productive fishing technique used in Benin
coasJal lagoons called acadja Acadjas, like artificial reefs, are made of bundles of branches set in
M.Legendre : Département eaux continen- shallow waters. In acadja pen, the bundles of branches are replaced by bamboo rods stuck vertically
tales, Orstom. into the sediment. This leads to a significant increase in surface area upon which natural fish food
J. Lazard, M. Legendre : Gamet, BP 5095, such as micro-fauna and periphyton develop. Stocking of fish in the pen can be natural or artificial.
34033 Montpellier cedex 1, France. With no artificial feed being added, the production of fish in the Ebrie lagoon reaches 3 to 8 tons
Tirés à part: J. Lazard. per year and per ha.

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B
Production piscicole en Afrique subsaharienne (tonnes) (FAO, 19911

Poissons 1986 1988 1989 Principaux pays


d'aquaculture producteurs en 1989
Espèces Genres Espèces Genres Espèces Genres (production > 500 t)

O. niloticus 2 098 2 545


o. spp.
O. andersonii
3519]
625
6242 4 297
964
7 806 9:ai]
960
14449
Côte-d'Ivoire, Zaïre
Nigeria
Zambie
CI. anguillaris O
CI. gariepinus
CI. spp.
1403)
1504
1647 144
3 361
3 505 12J
9 969
10117
11 Nigeria

1. 50 1
Ch. spp. 207 -
Ch. nigrodigitatuç 170
164 334 58 265 210 260
C. Carpio 487 487 3 199 3 199 5014 ~ Nigeria
H. niloticus 1 O9 1 O9 127 127 130 -
Autres poissons 1260 - - - 3 751 -

Total tous poissons 10 079 14 902 33721 1


O : Oreochromis; CI: Clarias; Ch. : Chrysichthys; H. : Heterotis

Fish production in sub-Saharan Africa (tons)

grande dimension dont l'objectif est d'importantes économies d'échelle en


strictement économique, voire financier, termes de services, tout en sauvegardant
Les programmes de
par opposition aux trois formes précé-
dentes où la pisciculture constitue non
une gestion individuelle de l'exploita-
tion. Cette forme d'organisation permet
recherche aquacole :
seulement un outil de production, mais en outre de mettre en œuvre des tech- conditions de mise
également un outil de développement. niques d'élevage intensives et peut ser-
Dans un tel contexte, les notions vir de support et de véhicule à la néces- en œuvre en
d'intensif et d'extensif prennent une saire privatisation des outils de produc-
signification particulière. Ainsi la pis- tion, le paysan ou le pêcheur devenu Afrique
ciculture industrielle, longtemps consi- pisciculteur étant l'opérateur privé par
dérée comme un moyen privilégié de excellence. Le continent africain a une longue his-
concentrer géographiquement les fac- Les techniques extensives de production toire de recherche en aquaculture, car
teurs de production et de réaliser des piscicole, recouvrant la gestion des petits de nombreux pays y ont entrepris des
économies d'échelle, est généralement borages, des mares, des écosystèmes travaux dans ce domaine dès avant les
assimilée à la notion d'intensif et la pri- .,aquacoles tels que les étangs ou les indépendances. Parmi les nombreuses
vatisation semble ne pouvoir passer que ";entlos-acadjas
4' (photo I), apparaissent en stations de recherche construites sut le
par son intermédiaire. Il apparaît définitive comme celles requérant un continent, très peu ont pu poursuivre
aujourd'hui que tous les projets de ce niveau intensif de connaissances et leurs travaux sans interruption. La sta-
type mis en place jusqu'à présent sur posant le plys de problèmes de repro- tion de recherche piscicole de Bouaké
le continent africain ont échoué par ductibilité. A l'opposé, les techniques (Côte-d'Ivoire) créée en 1957 (devenue
rapport à leur objectif initial, à savoir . qualifiées d'intensives (alevinage con- Centre piscicole de l'institut des
produire un poisson à un coût inférieur trôlé, apport normalisé d'aliments de savanes-Idessa) fait partie de ces excep-
au prix de vente. composition standardisée) apparaissent tions. Les autres stations ont été le siège
La pisciculture artisanale est, quant à comme les plus simples à mettre en de recherches plus ou moins ponctuel-
elle, de type familial extensif ou semi- œuvre par les pisciculteurs, à condition les et ciblées à l'occasion de projets de
intensif, et généralement très dispersée de bénéficier d'un encadrement techni- développement incluant un volet de
géographiquement. Diverses approches que qualifié. Dans les deux cas, la tech- recherche d'accompagnement. Tel est le
menées depuis une dizaine d'années nicité constitue la condition de base à cas, par exemple, de l'important travail
montrent que ce type d'aquaculture une bonne mise en œuvre des différents mené sur Clarias gariepinus à la station
peut, tout en conservant sa dimension modèles d'élevage. de la Landjia (République centrafri-
artisanale au niveau de l'exploitation, C'est dans ce contexte et face à ces caine) par les chercheurs de l'université
être concentré géographiquement (dans enjeux que se développe, en Afrique Agronomique de Wageningen dans le
un bas-fond, une vallée irriguée par des subsaharienne, une recherche en aqua- cadre d'un projet de développement mis
étangs, un lac ou un tronçon de cours culture dont les principaux programmes en œuvre par la FAO. Pardèlement,
d'eau pour des cages...) et induire et résultats sont décrits ici. des recherches plus fondamentales

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technologie ? La recherche fondamentale
ne peut guère se concevoir hors du
cadre de laboratoires bien équipés et de
programmes s'inscrivant dans la durée,
et elle doit être menée par des cher-
cheurs formés pour cette tâche et en
prise directe avec la communauté scien-
tifique internationale.
Enfin, on notera qu'il y a une forte
corrélation entre recherche et produc-
tion: le pays d'Afrique noire franco-
phone ayant aujourd'hui la plus forte
production aquacole est celui où l'effort
de recherche dans ce domaine ne s'est
jamais interrompu et s'est même inten-
sifié ces dernières années : il s'agit de
la Côte-d'Ivoire.

Biologie des
espèces aquacoles
Espèces nouvelles et
espèces d'intérêt potentiel
pour l'élevage
La production aquacole africaine repose
pour l'essentiel, on l'a vu, sur deux
groupes d'espèces autochtones, les tila-
pias qui regroupent trois genres: Tila-
pia (macrophyrophage et pondeur sur
substrat), Oreocbromis et Sarotberodon
(microphages et incubateurs buc-
caux) [2],ainsi que Clarias spp. et une
espèce exotique, la carpe commune.
Historiquement, ce sont les tilapias qui
ont fait l'objet des premiers travaux
d'expérimentation aquacole en Afrique
(principalement au Zaïre à la station de
la Kipopo et au Congo à la station de
la Djoumouna) du fait, notamment, de
leur capacité à se reproduire spontané-
ment et à fréquence élevée en captivité.
Ce trait biologique induira rapidement,
du reste, un point de blocage impor-
étaient menées sur cette espèce aux Quoi qu'il en soit, force est de cons- tant pour le développement des éleva-
Pays-Bas et, du reste, une production tater qu'en Afrique subsaharienne, à ges en étang du fait de la surpopula-
de Clarias fut lancée dans ce pays, dans quelques exceptions près, peu de cen- tion et du nanisme en résultant. Les
des eaux réchauffées. La station de tres de recherche aquacole sont réelle- tilapias d'intérêt aquacole étudiés dans
recherche aquacole du Centre de ment opérationnels, capables d'alimen- les stations africaines appartenaient au
recherches océanologiques d'Abidjan ter le développement en véritables inno- genre Tilapia qui s'est révélé peu per-
(CRO) en Côte-d'Ivoire, créée à la fin vations scientifiques ettou techniques. formant dans l'optique d'une piscicul-
des années 70, a connu un développe- Le problème de la pérennité de cette ture intensive ou semi-intensive.
ment croissant de ses activités au ser- recherche est le problème majeur qui L'option Oreocbromis a été prise, para-
vice du développement de l'aquaculture se pose aujourd'hui en Afrique: elle doxalement, après que des essais fruc-
lagunaire dans ce pays. Parmi les autres coûte cher et les chercheurs sont peu tueux (hybridations fournissant des des-
stations en activité, à des degrés divers, nombreux. Autre problème: quel type cendances monosexes d'intérêt bio-
on peut citer la station de recherche de de recherche mener en Afrique? Une technico-économique à des fins d'aqua-
Foumban au Cameroun et la station de recherche fondamentale, une recherche culture) eurent été réalisés en Malai-

m
la Djoumouna au Congo. appliquée, ou un simple transfert de sie [ 3 ] , essais repris puis développés à

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Poids corporel (9) la station de recherche piscicole de
800 Bouaké. La première démarche $iden-
tification d’espèces visant à déterminer
celles ayant un potentiel intéressant
700 pour l’aquaculture a été menée en
République centrafricaine dans le cadre
d’un projet régional mené conjointe-
Figure 1. Croissan-
ce comparée de ment par le Centre technique forestier
600 Clarias gariepinus tropical et la FA0 [4].Ce travail a mis
(CxC) et de Hetero- en évidence le fort potentiel aquacole
branchus longifilis d‘un silure africain, Clarias laara mis
500
(HxH) en bassins depuis en synonymie avec Claria garie-
cimentés, avec un
aliment granulé à pinus [Y,sur lequel d‘importants tra-
45% de protéines vaux de recherche ont été menés [61.
brutes et une den- Une démarche similaire, reposant cette
400 sité d’empoisson-
nement de 20 in- fois sur un travail hydrobiologique de
dividus par m3 base sur les lagunes ivoiriennes (environ-
(d‘après Legendre nement abiotique et biotique, écologie
300 et al. [26]).Les bar- des peuplements de poissons) a permis
res verticales indi-
quent les écarts de sélectionner de nouveaux poissons
entre répétitions. d‘intérêt aquacole. Les espèces sélection-
200 nées ont fait l’objet de travaux de
Figure 1. Cornpari- recherche de nature biologique, écolo-
son of growth bet-
ween Clarias gariepi-
gique et zootechnique, réalisés conjoin-
1oc nus (CxC) and Hete- tement par 1’Orstom et le Centre de
robranchus longifilis recherches océanologiques (CRO)
(HxH) in concrete
tanks with a 45%- d’Abidjan [7].Il s’agit principalement du
protein pelieted food tilapia lagunaire (Sarotherodon meluno-
” and stocking-density
1 1 of 20 fishes per rn3. theron), d‘un carangidé (Trachinotus
to 28 56 84 112 140 168 196 224 254 Vertical bars repre- teraia) et de siluriformes (Chrysichthys
sent range of re-
Jours plicates.
spp. et Heterobranchus hng$Lis). L‘un
des intérêts de cette démarche,
lorsqu’elle s’inscrit dans la durée, est de
mettre en évidence des espèces négligées
et mal connues révélant un potentiel
aquacole supérieur à celui d’une espèce
sœur ou d’un genre très voisin utilisé
jusqu’alors. Tel est le cas, par exemple,
de Chrysichthys nigrodigiatus par rapport
à Cb. maurus ou celui d‘Heterobrancbu5
long$li~ par rapport à Clarias gariepi-
nus (fzgure 1) [8].
Dans le même esprit, la domestication
de nouvelles espèces d’eau douce
autochtones africaines a été entreprise
à l’Institut des savanes (Idessa) de
Bouaké pour diversifier les élevages exis-
tant à l’heure actuelle, notamment en
pisciculture extensive dans les petites
retenues à vocation hydro-agricole et
agropastorale. Il s’agit d‘espèces aussi
variées que Lates nilotias, Parachanna
obscura, Schilbe mandibularis ou Labeo
coubie.
L’attrait, particulièrement fort, manifesté
par de nombreuses populations africai-
nes pour la consommation de poisson
Photo2. Élevage d’oreochromis niloficus en cage flottante dans le fleuve Niger au Niger
(voir tableaux 2 et 3 pour les données biotechniques et économiques) (cliché J. Lazard). provenant des eaux continentales doit
inciter à oursuivre ce travail d’identi-
fication 1 s espèces d’intérêt a uacole.
Plate 2. Floating-cage culture of Oreochromis niloticus in the Niger River in Niger (for biotechnical
and economic data, see tables 2 & 3). B
Les connaissances sur les bases iologi-

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ques et écologiques des espèces déjà nidés et les Cbanos chanos avec une pro- espèces d'élevage (Oreocbronis mossam-
identifiées doivent aussi être renforcées duction estimée à 400 O00 t) continue bicus et O. niloticus) [il]. Ce travail a
pour parvenir à une optimisation bio- de faire actuellement l'objet d'actifs tra- été récemment fait en Afrique, en com-
technique et socio-économique des dif- vaux de recherche de nature biologique parant les principales populations natu-
férents systèmes aquacoles actuellement s u le continent africain, dont il est ori- relles et les stocks d'élevage afin de per-
mis en place sur le continent. Il con- ginaire, même si l'essentiel de sa pro- mettre l'identification précise de ces sou-
vient de noter, pour replacer ce qui duction est actuellement assurée par les ches, de faire l'état de la diversité géné-
précède dans un contexte plus vaste, pays asiatiques. tique existante et de rechercher d'éven-
qu'une démarche analogue est envisa- tuels cas d'introgression [ 121. Cette
Génétique recherche est rendue nécessaire par le
gée pour les espèces autochtones du
Depuis le début des années 80, un tra- fait que ces populations indigènes ont
bassin du Mékong : l'aquaculture dans
vail de caractérisation des différentes souvent été fondées à partir d'un petit
les pays de la péninsule indochinoise est
souches et populations naturelles de tila- nombre de géniteurs prélevés dans des
encore pratiquée à partir d'alevins cap-
pias a été entrepris dans les principaux sites géographiques restreints et, de plus,
turés dans leur milieu naturel et sans
bassins hydrographiques africains, essen- certains stocks autochtones ont fait
véritables bases biologiques. Dans cette
tiellement à des fins de biogéographie l'objet de nombreux transferts, multi-
région, les principales espèces dont le
et de phylogénie des groupes d'espèces pliant ainsi les risques d'apparition de
cycle biologique est totalement maîtrisé
étudiés [9,10]. Les travaux de caracté- goulets d'étranglement.
sont des espèces exotiques (carpes chi-
risation des espèces indigènes ont ini- Des travaux d'hybridation interspécifi-
noises et indiennes, tilapias).
tialement été effectués dans des pays que ont par ailleurs été conduits à des
éloignés des ressources génétiques (Phi- fins de production de descendance
Les tilapias lippines notamment) afin d'évaluer le monosexe [13] mais, aujourd'hui, du
Ce groupe de poissons (au 4erang degré de variabilité génétique et le fait d'une dérive souvent importante
mondial derrière les carpes, les salmo- niveau d'introgression des principales dans les sex-ratios attendus, cette tech-

% de mâles

Figure 2. Efficacité de masculinisation chez Oreochromis niioticus :


A) d'un traitement d'inversion hormonale à l'aide d'une hormone naturelle (1IB-hydroxy-androstenedionei comparée à un stéroïde
artificiel (17a-méthyltestostérone) (d'après Baroiller et a/. [17]) ;
B) de la température d'élevage (d'après Baroiller et ai. [181). Les familles d'alevins sont issues de la reproduction de néomâles XX
par des femelles classiques XX ; dans des conditions classiques (27 C), de telles descendances sont majoritairement composées de
O

femelles et permettent une meilleure mise en évidence des effets masculinisants des facteurs testés.

Figure 2. Masculinisation efficiency in Oreochromis niloticm o f :


A) a hormonal sex-reversal treatment using a natural hormone (1IR-hydroxy-androstenedione) compared with a synthetic steroid (17cc-methyltestosterone) ;
B) of rearing temperature. The fty used were offspring of XX neomale and XX classical female crosses under standard conditions. The phenotype of

m
these fry is mainly fernale, thus allowing a clearer demonstration of the masculinisation effects tested.

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nique cède le pas à d‘autres, plus faci- portent en majorité sur l’utilisation ainsi le travail des aquaculteurs. La
les à mettre en œuvre et plus perfor- d’aliments bruts ou composés, consti- génétique des populations de silurifor-
mantes. La production d’hybrides tués à partir de sous-produits agricoles mes a jusqu’à présent été étudiée essen-
interspécifiques, voire intergénériques, et agro-industriels disponibles en zone tiellement à des fins de connaissance de
reste en revanche couramment utilisée tropicale [ 191. Depuis peu, les études la biogéo raphie et de la phylogénie des
pour développer l’aquaculture dans les s’orientent également vers une meilleure espèces a! ricaines [25]. Les travaux sont
eaux salées [14]. La production de des- détermination des besoins énergétiques actuellement poursuivis par le CRO et
cendance monosexe mâle, à partir de de ces espèces et sur les moyens de les I’Orstom avec pour objectif aquacole la
génotypes nouveaux fabriqués grâce aux satisfaire [2O]. mise en évidence de populations natu-
techniques d’inversion hormonale, peut Des résultats prometteurs ont en outre relles fortement différenciées susceptibles
également constituer une voie été obtenus avec S. melanotheron en de constituer des souches d’intérêt
prometteuse [ 151. condition d’élevage extensif en enclos- potentiel pour l’élevage.
Reproduction, monosexage acdja (photo 1) sans aucun apport d‘aii- En Asie, l‘hybridation interspécifique de
Les tilapias se reproduisent spontané- ment exogène [7,211. L‘alimentation Clarias est couramment pratiquée en
ment et à un rythme soutenu en cap- naturelle des poissons, stimulée ou non aquaculture, l’hybride le plus fréquem-
tivité, mais ils présentent une faible dans le milieu d‘élevage, constitue une ment rencontré aujourd’hui est Cl.
fécondité (quelques centaines d‘œufs par autre possibilité qui sera abordée ci- macrocephalus x Cl, gariepinus, ce der-
ponte chez les Sarotherodon et les après dans le cadre de la gestion des nier provenant d’Afrique. Les hybrides
Oreochromis). Le contrôle de la repro- écosystèmes aquacoles. de silures produits à titre expérimental
duction de ces poissons a pour objec- Enfin, des travaux visant à étudier le en Afrique sont intergénériques (Clarias
tif, d’une part, de parvenir à la déterminisme du dimorphisme de crois- gariepinus x Heterobrunchus long$lis).
synchronisation des pontes des femel- sance chez les tilapias devraient permet- Toutefois, dans ce dernier cas, aucun
les dans le cadre d’une production mas- tre de préciser les facteurs indissocia- avantage clair ne s’est jusqu’à présent
sive d’alevins de même âge et, d’autre bles de la masculinisation dans l’avan- manifesté en faveur de l’utilisation
part, d’empêcher la reproduction anar- tage de croissance observé chez les aquacole des hybrides dont la croissance
chique des poissons en phase de gros- mâles. reste voisine de celle de H. longijlis, la
sissement. Pour ce dernier aspect, l’une plus performante des deux espèces
Adaptation et pathologie parentales [26].
des voies est la production de popula-
Peu de travaux relatifs à la pathologie
tions monosexes de mâles, dont la crois- Reproduction,
des tilapias en élevage sont actuellement
sance est plus rapide que celle des élevage larvaire
femelles. Aujourd’hui, l’essentiel des tra- entrepris en Afrique. Les principaux
accidents d’ordre sanitaire qui se sont Contrairement aux tilapias, la reproduc-
vaux visant à la production de popu- tion en captivité des siluriformes doit
produits concernent des systèmes hyper-
lations monosexes mâles repose sur deux être stimulée par la mise en place de
approches : l’une hormonale (inversion intensifs ou des élevages pratiqués dans
des milieux autres que ceux d‘origine substrats de ponte dans les structures
de sexe par des stéroïdes incorporés dans d’élevage et/ou par le recours à l’induc-
l’alimentation) et l’autre génétique (4 des espèces, notamment dans les eaux
salées. Des essais d’adaptation des tila- tion de l’ovulation par des traitements
ci-dessus). Seule la première approche hormonaux, suivis ou non de féconda-
est actuellement fiable et utilisée à pias en eaux de diverses salinités sont
conduits, depuis la fin des années 70, tion artificielle.
grande échelle [16] avec, toutefois, des
selon une méthodologie privilégiant le Chez Clarias gariepinus, la reproduction
conséquences encore mai connues sur est aujourd‘hui parfaitement maîtrisée
l’environnement et un niveau de risque testage [14]. Une démarche de nature
plus explicative a démarré depuis peu ; selon les différentes approches décrites
élevé lié à la manipulation massive de
elle fait appel à l’histologie et à l’endo- ci-dessus. Il en est de même pour l’éle-
telles substances. Face à ces défis, deux
crinologie avec, notamment, une analyse vage larvaire, mis en œuvre soit de
orientations sont aujourd’hui privilé-
approfondie du rôle des prolactines dans façon intensive et contrôlée en utilisant
giées : l’utilisation d’hormones naturel-
l’adaptation à l’eau salée [22]. des nauplii d’Artemiu comme aliment
les impliquées dans le processus de la de départ puis un aliment composé à
différenciation sexuelle [17] et la ther-
mosensibilité de la différenciation gona- Les siluriformes haute teneur protéique, soit de façon
extensive en étang fertilisé [6, 271.
dique, dont la récente mise en évidence Les premiers siluriformes africains ayant
peut laisser envisager la production de fait l’objet de travaux en vue de leur Partant des résultats acquis sur Chrias,
populations à fort taux de mâles par domestication aquacole appartiennent la maîtrise du cycle biologique d’Hete-
l’application de températures élevées lors au genre Clarias. D’autres ont suivi, robranchus longifrlis a été obtenue, de
de la phase de différenciation appartenant aux genres Chiysichthys et la reproduction à la production d’indi-
sexuelle [ 181 figure 2). Heterobranchus principalement. vidus de taille marchande (> 1 kg) [7,
8, 281. Les méthodes d‘induction de
Nutrition, alimentation Génétique, systématique l’ovulation, de fécondation artificielle et
et croissance De nombreuses révisions systématiques d’incubation des Geufs sont à présent
De très nombreux travaux sont menés ont permis une clarification au sein de bien établies. Un problème qui demeure
depuis longtemps sur la nutrition et ce groupe de poissons, notamment dans est toutefois celui du sacrifice des mâles,
l’alimentation des tilapias, du genre les genres Clarias [ 5 ] , Heterobran- pratiqué pour la récolte du sperme.
Oreochromis principalement. Ces travaux chus [23] et Chrysichthys [24], facilitant Ceci oblige à l’entretien d’un nombre

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de mâles plus élevé que nécessaire et ves disposent d'importantes réserves poissons sont couverts par l'apport
pourrait s'opposer, à l'avenir, à l'utili- vitellines et leur élevage ne pose pas de d'une alimentation exogène), il n'en est
sation répétée de mâles génétiquement problème particulier du fait de leur pas de même dans les systèmes aqua-
sélectionnés. Les solutions semblent pas- capacité à utiliser efficacement les ali- coles extensifs ou semi-intensifs. Prin-
ser, d'une part, par une optimisation ments composés classiques dès leur cipalement représentés par les étangs de
de l'utilisation de la semence collectée entrée en phase trophique. pisciculture classiques en terre, ces systè-
(mise au point de milieux de féconda- Pour cette espèce, les travaux s'orientent mes s'enrichissent aujourd'hui de nou-
tion spécifiques, techniques de cryocon- actuellement, d'une part, vers l'identi- veaux modèles tels que les enclos-
servation) et, d'autre part, par la sti- fication des facteurs de l'environnement acadjas [32] (photo 1), ou les petites
mulation hormonale, qui pourrait per- impliqués dans le contrôle de la gamé- retenues à vocation hydro-agro-pastorale,
mettre une collecte du sperme par mas- togenèse en vue d'un étalement de la par exemple.
sage abdominal sans avoir recours au saison de reproduction et, d'autre part, Le fonctionnement des réseaux trophi-
sacrifice des mâles. vers une synchronisation des pontes par ques dans ce type de milieu a long-
L'élevage larvaire reste la phase la plus traitement hormonal des femelles. temps constitué la boite noire des
(( ))

contraignante de la filière d'élevage de élevages et les premières tentatives de


Nutrition, alimentation
H. bng$lis. De bons résultats de crois- et croissance
quantification des &verses voies alimen-
sance et de survie sont obtenus avec les taires des poissons en étang enrichi ont
Les premiers élevages de siluriformes
nauplii d'drtemia comme premier ali- été réalisées en Israël [33].Elles ont per-
implantés en Afrique ont été réalisés
ment, mais des solutions plus autono- m i s de mieux comprendre les rôles rela-
avec Clarias sp. en étang de piscicul-
mes sont à rechercher dans le contexte tifs joués par une fertilisation organi-
ture, avec une alimentation basée sur
de nombreux pays africains où ces que, minérale, ou l'apport d'aliments
l'utilisation d'engrais organique
proies doivent être importées. L'utilisa- artificiels dans l'alimentation directe et
(effluents d'élevage), de sous-produits
tion des proies planctoniques disponi- indirecte (uia les voies autotrophe et
agricoles bruts ou composés, ou sur la
bles localement peut également s'avérer hétérotrophe) des poissons.
capacité prédatrice de cette espèce en
satisfaisante, que celles-ci soient produi- L'étude des processus et de la régula-
association avec des tilapias pour en
tes dans des élevages associés (Moina) tion des transferts de matière et d'éner-
contrôler la reproduction. Ils ont mis
ou utilisées in situ dans les étangs de gie entre les niveaux trophiques succes-
en évidence la souplesse du régime ali-
pisciculture (méthode dalevinage en sifs au sein d'écosystèmes à vocation
mentaire de ces poissons avec, cepen-
ca e) [SI. Les élevages associés sont tou- aquacole tels que les étangs et les
B
te ois assez contraignants et l'utilisation
in situ, sur le plan pratique, conduit à
dant, un optimum de croissance pour
une alimentation riche en protéines enclos-acdja lagunaires fait l'objet d'un
important travail de recherche en Côte-
(notamment d'origine animale) [4, 61.
des résultats aléatoires; le succès de d'Ivoire, dans le cadre du CRO [34].
La seconde génération d'élevages de
cette méthode demanderait une connais- Nul doute que la poursuite et I'inten-
siluriformes ( Chysichthys et Heterobran-
sance plus approfondie et un meilleur sification de ce travail de recherche per-
chus) en Afrique a mis en œuvre des
contrôle de l'écosystème étang. Une voie mettront, par une meilleure compréhen-
modalités de production plus intensi-
qui paraît prometteuse est celle de l'uti- sion des mécanismes trophiques au sein
ves, dans le cadre desquelles des étu-
lisation d'aliments composés à base de des écosystèmes aquacoles, d'en optimi-
des plus fines des besoins nutritionnels
levures et de foie de bœuf [28]. Les ser la gestion biotechnique et économi-
et des modalités optimales de nourris-
résultats obtenus ont démontré une que. Ce travail constitue de toute évi-
sage ont été réalisées [28, 311.
bonne survie, mais une croissance plus dence une priorité pour l'avenir du
Pour ces espèces, comme pour les tila-
faible qu'avec l'Artemia durant les deux développement de la pisciculture sur un
pias, d'importantes avancées restent à
premières semaines d'élevage, indiquant continent où les intrants nécessaires à
faire pour alléger le poste alimentation,
une couverture encore imparfaite des l'alimentation des poissons et la tréso-
le plus important en élevage intensif.
besoins nutritionnels des larves de H. rerie, donc le crédit pour les acquérir,
Long$lis. L'amélioration de ces aliments Dans ce sens, les recherches doivent être
poursuivies pour parvenir à une meil- se font rares [35].
composés constitue donc une voie de
leure couverture des besoins alimentai-
recherche à approfondir.
res en tenant compte du contexte éco-
Pour Chysicbtbys nigrodiptam, pendant nomique et des composés disponibles Techniques
la période de reproduction, les couples localement.
nidifient dans des anfractuosités pour et systèmes
y déposer leurs œufs. Les parents res-
tent généralement dans le nid avec les Fontionnement d'élevage aquacole
larves jusqu'à la résorption de la vési-
cule vitelline. et gestion Deux aspects des techniques et systè-
mes d'élevage aquacole seront traités en
La méthode d'obtention des pontes en
captivité s'appuie sur une simulation de
des écosystèmes fonction de leurs enjeux et de leurs pro-
ces conditions naturelles de reproduc- aquacoles blématiques : la production d'alevins et
la production de poissons marchands.
tion. A cet effet, les couples matures
sont maintenus en confinement jusqu'à Si, en élevage intensif, l'eau ne consti-
Les écloseries

m
la ponte dans des tubes de PVC pla- tue qu'un support à la production
cés en bassin cimenté [29, 301. Les lar- aquacole (les besoins alimentaires des L'attrait des pionniers de l'aquaculture

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africaine pour les tilapias est principa- indispensables dans un schéma mettant cipalement selon le mode d’alimentation
lement lié à la capacité de ces poissons en œuvre des techniques relativement des poissons : aliment disponible in situ
à se reproduire spontanément en cap- sophistiquées (production d’hybrides (étangs en terre, enclos-acaajas) ou éle-
tivité. Leur faible fécondité et les pon- monosexes ou de souches sélectionnées, vage hors sol (cage, enclos, raceways).
(( ))

tes asynchrones nécessitent cependant de pratique de l’inversion hormonale...), Aujourd‘hui, l’étang reste de très loin
disposer d‘un nombre élevé de géniteurs elles se révèlent rapidement très coûteu- l’outil de production aquacole le plus
pour produire des quantités significa- ses et ne survivent généralement pas aux ré andu sur le continent africain car il
tives d’alevins. Les options retenues projets qui leur ont donné naissance. f
O fre une très grande souplesse d‘utili-
pour la production d’alevins ont varié Le problème ne se pose pas du tout sation, allant de l’extensif à l’intensif.
en fonction des différentes opérations dans les mêmes termes lorsqu’il con- Il pose cependant un certain nombre
de développement. Sur le plan des cerne les siluriformes. Pour ces poissons de problèmes et de contraintes tant en
infrastructures, l’étang a prouvé sa supé- à fécondité élevée (15 O00 à terme d’implantation (source perma-
riorité économique par rapport aux 150 O00 œufs par kg de femelle selon nente d’eau, topographie favorable,
structures inertes (raceways ou bacs en les espèces), le recours à un système investissement élevé...) qu’en terme de
béton, bacs en plastique...) et l’inten- d’écloserie paraît nécessaire pour y pra- gestion (risques de surpopulation en éle-
sification peut y être pratiquée par tiquer, dans de bonnes conditions tech- vage de tilapias, suivi de la qualité de
l’implantation, par exemple, de hapas niques, l’induction de la ponte, la l’eau ...) qu’il convient de prendre en
(cages en toile moustiquaire où se font fécondation artificielle et l’élevage lar- compte pour chaque situation. D’autres
la reproduction et le prégrossissement). vaire. Pour ces espèces, il semble du infrastructures d’élevage sont utilisées
Sur le plan des stratégies de dévelop- reste que le coût de l’alevin reste cons- lorsque l’environnement, au sens large,
pement, deux options ont longtemps tant, qu’il soit produit en conditions s’y prête : enclos en milieu lagunaire,
cohabité : les stations d’alevinage, ou extensives ou intensives. La question de cages flottantes dans les lacs ou les
écloseries, destinées à approvisionner les la pérennité des écloseries de silures, en cours d’eau. Les résultats biotechniques
pisciculteurs et la production d’alevins termes de charges récurrentes, reste tou- et économiques de l’élevage d’Oreoch-
par les pisciculteurs eux-mêmes (ou tefois posée, au même titre que pour romis niloticus en cage flottante dans le
autaalevinage). Si les premières sont les tilapias. fleuve Niger sont présentés dans les
tableaux2 et 3 respectivement, à titre
La production de poissons d’exemple (photo 2).
De nombreuses références biotechniques
marchands et économiques sont disponibles sur ces
Moyenne des performances La phase de grossissement des princi- différents élevages [7,361 qui semblent
biotechniques d’élevage paux poissons africains d’aquaculture se heurter, pour leur développement à
s’effectue dans différents types d’infra- grande échelle, à des obstacles d’ordre
d’oreochromis niloticus en structures que l’on peut distinguer prin- social, économique et commercial.
cages flottantes de 20 m3 dans
le fleuve Niger (Niger) (d‘après
Lazard et al. 1361)

Durée du cycle d’élevage Compte d’exploitation moyen d‘une cage d’élevage d’oreochro-
(jours)* 225 mis niloticus (20m3) des aquaculteurs artisans nigériens, en F
Densité d’élevage CFA-1990 (d‘après Lazard et al, 1361)
( in dividus/m3) 135
Poids moyen
individuel initial (9) 35,70 Rubriques Par cage Par kg %
Poids moyen individuel final
Charges
(9) 2 17,90 - fixes:
Taux de survie (%) 90,70 investissements (remboursernent
Croissance journalière principal + intérêts)* 39 100 102 11,6
individ ue II e (g/j) 0,81 - variables:
Taux de conversion alevins 55 300 144 î6,3
de l’aliment** 3,OO aliment poisson 132 750 345 39,2
Rendement (kg/m3/cycie) 2 1,80 divers 1 O00 3 03
Intérêts crédit court terme** 17 450 45 52
* Le cycle d’élevage se déroule pour les 213 en sai- Total charges 245 600 639 72,6
son chaude (T > 2 4 ” C) et pour 1/3 en saison
froide (16OC < T 24°C). Produits 338 350 880 100,o
** Correspondant au poids d‘aliment nécessaire
à la production d‘l kg de poisson. L‘aliment uti-
lisé contient 31 % de protéines dont 1/3 d‘origine Résultat net bénéficiaire 92 750 241 27,4
animale.
* Les investissements sont subventionnés pour 50 % et financés pour 50 % par un crédit à 6 % par an
sur 4 ans.
Mean biotechnical performance for ** Crédit de campagne il an) au taux de 6 % .
Oreochrornis niloticus growth in
floating-cages in the Niger River Financial analysis of an average Oreochromis niloticus cage (20 m3) for small-
(Niger) scale Niger fish-farmers (in francs CFA, 1990)

Cahiers Agricultures 1994 ; 3 : 83-92


des bailleurs de fonds en matière d‘inci- lisés dépasse donc largement les limi-
Sciences sociales tations diverses. tes du continent africain et justifie leur
et économiques La deuxième voie pourrait être une poursuite et leur renforcement, notam-
ment dans les domaines suivants:
analyse bio-économique de quelques
La recherche en sociologie et en éco- aquacultures existantes ou en gestation. - la démarche consistant à valoriser la
nomie de l’aquaculture en Afrique est Cette analyse, interdisciplinaire par diversité biologique par la mise en évi-
quasiment inexistante. Cette situation essence, devrait permettre de dégager les dence d’espèces nouvelles (( pour
))

peut s’expliquer, entre autres, par conditions optimales de rentabilité de l’aquaculture devrait être poursuivie
l’impact négligeable de l’aquaculture sur l’aquaculture considérée. Elle nécessite parallèlement à celle menée dans
les économies africaines et par une un suivi très rapproché des coûts d‘autres grands bassins hydrographiques
conscience tardive de la part des pla- d’investissement, et surtout de fonction- (Amazonie, Mékong), où les connais-
nificateurs ou responsables de projets nement, des unités aquacoles ainsi que sances de la biologie des espèces autoch-
aquacoles, à la suite de nombreux l’adéquation de ces coûts aux paramè- tones demeurent limitées. Cette démar-
échecs, à intégrer la dimension sociale tres biotechniques (taille et poids, repro- che inclut la caractérisation génétique
ou économique, très sous-estimée. Deux duction, etc.). A terme, cette recherche des populations naturelles et d’élevage
exempIes de prise en compte de cette devrait fournir des éléments sur la ren- dont l’intérêt aquacole est établi ;
dimension socio-économique sont tabilité optimale et les coûts unitaires - des études approfondies sont encore
cependant fournis par la Côte-d’Ivoire. réels. nécessaires pour optimiser les techniques
Le projet de développement de la pis- La troisième voie aurait pour objectif, de contrôle de la reproduction chez les
ciculture en milieu rural s’est attaché en référence à des situations locales spé- tilapias et parvenir à une meilleure maî-
à déterminer la rentabilité économique cifiques, d‘analyser l’insertion d‘activi- trise des cycles biologiques chez les silu-
et financière des différents systèmes de tés aquacoles dans le système de pro- riformes, notamment pour ce qui con-
production aquacole mis en place, fai- duction agricole ou halieutique. En cerne la gestion des gamètes et la phase
sant ressortir notamment le rôle de la effet, le développement de la piscicul- d’élevage larvaire ;
technique d‘élevage mise .en œuvre et ture artisanale, pratiquée comme acti- - d‘importantes avancées restent à
celui de la qualité de l’encadre- vité unique ou non, s’inscrit dans un faire dans le,domaine de l‘alimentation
ment [35]. Le projet de développement système de production agraire ou et de la nutrition pour parvenir à une
de l’aquaculture lagunaire, quant à lui, halieutique déjà existant. Dès lors, les meilleure couverture des besoins alimen-
a confié à un économiste une étude sur nouvelles allocations des facteurs de pro- taires des poissons d’élevage en tenant
la commercialisation du poisson d’aqua- duction nécessaires au développement compte du contexte économique et des
culture, avec pour objectifs la forma- de l’activité aquacole se font par rap- composés disponibles localement ;
tion des prix, un descriptif des circuits port à l’ancienne activité. L‘enjeu est - une meiiieure connaissance du fonc-
commerciaux et la mise en évidence des la réussite de la greffe aquacole sur une tionnement des écosystèmes aquacoles
stratégies commerciales mises en œuvre organisation sociale et économique qui devrait permettre une optimisation de
par les différents acteurs opérant à cha- a ses propres règles de fonctionnement leur gestion au niveau, notamment, du
que étape de ces circuits [37]. (distribution des terres et des différents flux d‘intrants qui constitue aujourd’hui
En matière de sciences sociales relati- intrants, force de travail, capital dispo- l’un des goulets d’étranglement du déve-
ves à l’aquaculture en Afrique, trois nible). Encore une fois, sous peine de loppement de l’aquaculture africaine ;
voies de recherche pourraient être explo- conclusions erronées liées à une problé- - enfin, il apparaît qu’une approche
rées qui devraient permettre une con- matique ou à une méthodologie inadé- scientifique de la composante économi-
naissance de nature et d’intérêt diffé- quate, ce genre de recherche requiert que et sociale de l’aquaculture, trop
rents de celle acquise par le passé qui des compétences en sciences sociales qui négligée jusqu’ici, est devenue indis-
reposait principalement sur des exper- ne peuvent être le fait des seuls biolo- pensable.
tises rapides et superficielles. gistes ou techniciens. Aujourd’hui, pluridisciplinarité et fécon-
La première voie pourrait être une dation croisée des approches militent
analyse macro-économique, menée à . fortement pour la création de réseaux
l’échelle régionale, de l’aquaculture par Conclusion Nord-Sud-Sud pour la mise en œuvre
rapport à l’ensemble de la filière halieu- de programmes de recherche scientifi-
tique (en ce .sens, elle dépasse le cadre Les résultats et orientations de recher- que en aquaculture tropicale
aquacole). Cette analyse permettrait che décrits ici concernent principale-
d’identifier les principaux éléments ment deux groupes de poissons. Le pre-
quantitatifs et les différents agents de mier, constitué par les tilapias, est endé-
la filière susceptibles d’être impliqués mique du continent africain qui repré-
dans une activité aquacole avec, en par- sente donc le réservoir génétique pour Références
ticulier, un descriptif du rôle et de la les élevages réalisés sur les autres con-
1. Lazard J, Lecomte Y , Stomal B, Weigel J Y .
structuration des producteurs et des tinents. Le second, composé des siluri- Pisciculture en Afrique subsaharienne. Situations
commerçants. Mais cette étude permet- formes, avec notamment les Clariidés, et projets dans des pays francophones. Propo-
trait également un repérage des insti- voit certaines des espèces africaines uti- sitions d‘action. Paris : ministère d e la Coopéra-
tion et du Développement, CID/DOC 1991 ; 155 p.
tutions financières susceptibles d’être lisées sous forme pure ou d‘hybride
impliquées ainsi qu’un jalonnement des dans de nombreux pays hors d‘Afrique. 2. Trewavas E. Tilapine fishes of the genra Saro-
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m
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Cahiers Agricultures 1994 ; 3 : 83-92


La salmoniculture marine

A n d r é Fauré

La pisciculture africaine :
enjeux e t problèmes de recherche
J é r ô m e Lazard, M a r c Legendre

Ménages, activité agricole


et utilisation d u territoire : du local au global
à travers les recensements généraux de l'agriculture
Catherine Laurent, A l a i n Langlet, Claude Chevallier, e t al.

La revitalisation rurale à travers l'action partenariale :


le programme canadien de développement des collectivités
A n d r é Joya/, B r u n o J e a n

Les limites de la modernisation agricole


dans le développement local d'un canton d u Larzac
Tahani A b d e l Hakim, A l a i n Bourbouze

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