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1

INTRODUCTION

Les affrontements qui se sont déroulés en violation flagrante des lois et coutumes de guerre
ont été accompagnés d’une longue série d’abus et atrocités imputés tant aux différents groupes
armés (nationaux et étrangers) qu’aux forces armées gouvernementales contre les populations
civiles. Parmi ces violations graves, l’on dénombre les massacres des populations civiles, les actes
de tortures, les pillages des biens tant privés que publics, les viols et autres formes de
violences sexuelles, etc.

Certains de ces abus ont fait l’objet des poursuites pénales tant devant la CPI que devant
les cours et tribunaux nationaux. Mais cette étude va porter sur les décisions judiciaires des
juridictions nationales ayant porté sur les « crimes de droit international », plus particulièrement
les crimes de guerre. On démontrera comment les juridictions militaires de Bukavu ont qualifié
ces crimes et comment il ont abordé la responsabilité des auteurs ainsi que les régimes répressifs
y attribués.

Par ce motif, nous allons analyser et critiquer à la lumière du cours de droit pénal spécial
tel qu’a été enseigné par le Chef des travaux Charles CUBAKA CICURA, trois décisions
judiciaires à savoir: l’Arrét de la Cours Militaire de Bukavu dans l’affaire MP et PC contre
KABALA MANDUMBA sous le RPA 230 rendu le 20 mai 2013, le Jugement du Tribunal
Militaire de Garnison de Bukavu dans l’affaire MP et PC contre PANTOVE MERIKE et Consorts
sous le RP 372 rendu le 02 octobre 2011 ainsi que le Jugement du Tribunal Militaire de Garnison
de Bukavu dans l'affaire MP et PC contre NDAYAMBAJE Gilbert et Consorts sous le RP 1215
rendu le 21 septembre 2018.
2

CHAPITRE I AFFAIRE KABALA ( RPA 239 AFFAIRE MP ET PC c/


KABALA)1

Section 1. Les faits de la cause

L’affaire KABALA et consorts, encore appelé affaire Mupoke, à la lumière des pièces
jointes aux dossiers, tire son origine d’une attaque des éléments des FARDC le 17 janvier 2010
contre une église et un marché du village de Mupoke, dans le Sud-Kivu.2

En effet , selon les faits, environ dix individus se réclamant être des FDLR,venaient
régulièrement chaque dimanche, jour du marché, rançonner la population et percevoir des taxes
illégales sur les marchands au marché de Mupoke. Pour mettre ces individus hors d’état de nuire,
deux compagnies militaires des FARDC, composées de près de 40 hommes et commandées par
quatre sous-officiers, ont été envoyées à Mupoke. 3

Cependant, à leur arrivée aux environs du marché de Mupoke, ces éléments des FARDC
ont ouvert le feu sur le marché sans avoir préalablement vérifié la présence au marché de ces
prétendus FDLR qui, néanmoins, ne s’étaient pas présentés ce jour-là. Lors de ces coups de feu,
une balle a touché une jeune fille de 18 ans à la poitrine et elle est décédée quelques minutes après.
Deux autres femmes ont été grièvement blessées. Les gens ainsi effrayés se sont sauvés en désordre,
abandonnant leurs marchandises et autres biens de valeurs.

Profitant de cette panique qu’ils ont eux-mêmes semée, les éléments des FARDC se sont
livrés au pillage des marchandises abandonnées et ont attaqué à la population jusque et y compris
dans l’Église de la 5éme CELPA, y pillant et y saccageant tout à leur passage. Ils ont ensuite
obligé certaines personnes débusquées à rassembler et à transporter les biens pillés sur des longs
trajets s’étalant même à 50 km à pieds.4

1
Cour Militaire de Bukavu, MP et PC c/ KABALA, « Arrêt », affaire RPA 239, 20 mai 2013.
2
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, MP et 107 PC c/ KABALA MANDUMBA et consorts,« jugement »,
affaire RP 708/12, 15 octobre 2012.
3
Cour Militaire de Bukavu, MP et PC c/ KABALA, «Arrêt», affaire RPA nº 239, 20 mai 2013, pp.21-23.
4
Ibidem.
3

Ils en ont tabassé d’autres qu’ils suspectaient être des FDLR simplement parce qu’ils
n’avaient pas avec eux leurs cartes d’électeurs faisant d'office de carte d’identité. Certains de ces
militaires se sont livrés au viol de près de six femmes débusquées ou brutalisées à Mupoke. En
outre, parmi les personnes contraintes à transporter les biens pillés, quatre autres femmes ont été
contraintes de passer la nuit avec les sous-officiers commandant ces éléments des FARDC au
village de Kaduku, situé sur le chemin de retour des éléments des FARDC et où ces derniers
avaient décidé de passer la nuit. 5

Section 2 De la qualification des faits par la juridiction

§1. La définition légale des faits

Le tribunal militaire de Garnison de Bukavu, après avoir été saisi de faits à la suite d'un
rapport confidentiel du CICR sur cette attaque, en vertu de la méthode de qualification successive
qui permet à l'autorité judiciaire d'adopter provisoirement une qualification légale qu'elle peut
abandonner pour une autre en vue d'engager des poursuites, 6 les quatre militaires qui
commandaient les compagnies militaires envoyées à Mupoke ont été poursuivis d’abord pour
crimes contre l’humanité en vertu de l’article 7 du Statut de Rome. Sur les quatre accusés, trois
étaient en fuite. Seul le sous-lieutenant KABALA Man MANDUMBAd a pu comparaître.7

Le tribunal a par la suite, trouvant que cette qualification ne répond pas aux exigences
requises par le Statut de Rome en matière de crime contre l'humanité, requalifié les faits en
crimes de guerre en vertu de l’article 8 du Statut de Rome, estimant que les faits ont été commis
« dans le contexte de guerre et donc de conflit armé interne » et constitue des violations graves
aux conventions de Genève de 1949. 8 À l’issue du procès au premier degré, tous les quatre
militaires ont été déclarés coupables de crimes de guerre.

Cela en application du principe de la spécialité d'une infraction, abandonnant la


qualification des meurtre, torture , viol , pillage et attaque contre les biens consacré à la religion
qui constituent des infractions générales, et qu’appelleraient le concours matériel ou idéal selon
le cas, comme se trouvant spécialement dans un contexte d'un conflit armé, le Tribunal Militaire

5
Cour Militaire de Bukavu , MP et PC c/ KABALA MANDUMBA, «Arrêt», affaire RPA 230, 20 mai 2013.
6
P. AKELE ADAU et alii , Cours de droit pénal spécial, Kinshasa, G3 Droit, 2003-2004, p.22. Inédit.
7
Cour Militaire de Bukavu, MP et PC c/ KABALA MANDUMBA, « Arrêt », affaire RPA 230, 20 mai 2013,p.10.
8
Ibidem p.25.
4

de Garnison de Bukavu a retenu en vertu du principe «Special generalibus derogant», 9 la


qualification de « Crimes de guères» pour les faits pendants par devant elle. Cette qualification a
ensuite été confirmé par la Cour militaire de Bukavu après que le prévenu M. KABALA a
interjecté l'appel.10

§2 Les éléments contextuels de crime de guerre retenu par les deux juridictions

Les crimes de guerre sont considérés comme des violations graves des règles du droit des
conflits armés. Dans le Statut de Rome, ils sont définis à l’article 8 sous quatre variantes. Les deux
premières (infractions graves aux quatre Conventions de Genève et les autres violations des lois et
coutumes applicables dans les conflits armés internationaux) ne concernent que des conflits
qualifiés d’internationaux. 11
En revanche, les deux dernières catégories (violations graves de l’article 3 commun aux
quatre Conventions de Genève et les autres violations graves des lois et coutumes applicables dans
les conflits armés non internationaux) ne visent que les conflits armés non internationaux. Il suit
de là que le critère central dans l’établissement d’un crime de guerre au regard du Statut de
Rome réside dans la preuve de l’existence préalable d’un conflit armé, qu’il soit international
ou non international.12

Ainsi la jurisprudence rendue dans l'affaire opposants le Ministre Public contre le prévenu
KABALA et consorts, sera confrontée aux quatre points principaux suivants : l’existence d’un
conflit armé, la connaissance de l'existence de ce conflit par les auteurs, lien de connexité
entre le conflit armé et le comportement criminel et la question des personnes ou des biens
protégés contre les crimes de guerre. 13

a. L'existence d'un conflit armé

9
Ch. CUBAKA CICURA, Droit pénal spécial, UOB, G2 Droit, notes de cours, 2020-2021. Inédit.
10
Cour Militaire de Bukavu , MP et PC c/ KABALA MANDUMBA « Arrêt », RPA 230, 20 mai 2013,p.32.
11
Article 8 du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, in Recueil des traités des Nations Unies, vol. 2187,
nº 38544, Rome , 17 juillet 1998.
12
S. VITÉ, « Typologie des conflits armés en droit international humanitaire : Concepts juridiques et réalités », in
RICR, vol. 91, nº 873,2009, pp.69-94.
13
CM/Bukavu, Op.cit. p.33
5

En effet, pour établir les crimes de guerre, l’argumentation du Tribunal Militaire de


Garnison, s'est basé aux exigences contextuelles des crimes de guerre, à savoir l’existence d’un
conflit armé de caractère non international. Le tribunal a ainsi rappelé que « les crimes de
guerre sont des violations graves aux Conventions de Genève qui sont un ensemble des règles
applicables dans les conflits armés ».

Ensuite, après avoir défini le conflit armé non international en s’appuyant aussi bien sur
l’article 1er du Protocole II que sur l’article 8 du Statut de Rome, le tribunal a conclu que l’assaut
de Mupoke s’est réalisé dans un contexte de conflits armés entre les FARDC et les FDLR, même
s’il a été avéré par la suite que ces derniers n’étaient pas présents au marché lors de ladite attaque. 14

b. La connaissance de l'existence d'un conflit armé, le lien de connexité ainsi que les
personnes et les biens protégés.

Le tribunal a également soutenu que la connaissance de ce conflit armé par les accusés était
établie dès lors qu’ils ont participé à la réunion préparatoire de l’attaque de Mupoke ; et que cette
attaque a porté sur des personnes et des biens protégés par les Conventions de Genève de 1949
compte tenu du fait que les personnes attaquées ne participaient pas aux hostilités qui sont des
civils et que l’Église attaquée n’était pas un objectif militaire. 15
L’argumentation relative à l’existence d’un conflit armé non international a été contestée
en appel par l’accusé KABALA (seul à avoir formé appel). M. KABALA a allégué que « le
premier juge n’a pas fait la démonstration d’une quelconque intensité des affrontements entre les
FARDC et les éléments des FDLR, encore moins d’une quelconque organisation des parties,
éléments indispensables pour l’existence d’un conflit armé au sens du droit international ». Selon
lui, « les agissements des éléments des FDLR (enlèvements des populations, diverses tracasseries)
s’apparentent plus à des activités terroristes ne relevant pas du droit international humanitaire. »16

14
Cour Militaire de Bukavu, MP et PC c/KABALA MANDUMBA, «Arrêt», affaire RPA nº 230 , 20 mai 2013,
p.37.
15
Ibidem.
16
Ibidem, p.38.
6

La Cour militaire de Bukavu n’a pas été convaincue par cet argument. Pour elle, l’existence
d’un conflit armé non international était bel et bien avérée dans l’incident de Mupoke. Pour établir
ce conflit armé, la Cour a commencé par tracer le cadre juridique. 17 Elle a d’abord rappelé le
fameux paragraphe 70 de l’arrêt TADIĆ où le concept de conflit armé était défini en ces termes :
« un conflit armé existe cahaque fois qu’il y a recours à la force armée entre États ou un conflit
armé prolongé entre les autorités gouvernementales et des groupes armés organisés ou entre de
tels groupes au sein d’un État…

Il s'en suit, que le droit international humanitaire s’applique dès l’ouverture de ces conflits
armés et s’étend au-delà de la cessation des hostilités jusqu’à la conclusion générale de la paix ;
ou, dans le cas de conflits internes, jusqu’à ce qu’un règlement pacifique soit atteint. Jusqu’alors,
le droit international humanitaire continue de s’appliquer sur l’ensemble du territoire des États
belligérants ou, dans le cas de conflits internes, sur l’ensemble du territoire sous le contrôle d’une
Partie, que des combats effectifs s’y déroulent ou non »18.

La Cour militaire a ensuite défini le conflit armé non international, par opposition auconflit
armé international en se fondant tant sur l’arrêt TADIĆ, que sur le jugement AKAYESU du TPIR
et sur l’étude (article) de M. Sylvain VITÉ, ancien conseiller juridique à la division juridique du
CICR.19 Ainsi, sur la base de ces diverses sources, il est apparu aux yeux de la Cour militaire que
deux caractères fondamentaux permettent de déterminer le conflit armé non international : c’est
l’intensité de la violence et l’organisation des parties.

Ainsi, pour la Cour, l’intensité d’un conflit armé renvoyait au « fait pour un État d’être
contraint à recourir à son armée, ses forces de police n’étant plus en mesure de faire face à la
situation et laisse présager que l’intensité du conflit armé non international a atteint le niveau requis
» ; et à la durée dudit conflit armé.

Pour préciser le sens de la « durée » d’un conflit, elle s’est appuyée sur la jurisprudence
Akayesu du TPIR pour déclarer que « la fréquence des actes de violence et les opérations militaires
décidées, la nature des armes utilisées, les déplacements des populations civiles, le nombre de

17
Ibidem, p.40.
18
TPIY, Affaire nº IT-94-1-A, « Arrêt », Le Procureur C/ DÛSKO TADIĆ, paragraphe 70.
19
S. VITÉ, Op.Cit.
7

victimes sont aussi des éléments qui peuvent être pris en compte dans l’appréciation de l’intensité
d’un conflit armé ».20

Confrontant les faits soumis à son examen sur base de ces cadres juridiques tracés, la cour
a commencé par affirmer que « depuis 1994, la République Démocratique du Congo est en proie
à des conflits armés successifs, notamment la guerre de 1996 dite de l’AFDL qui a abouti au
renversement du régime du Président Mobutu, la guerre dite du RCD (1998), les conflits armés
entre milices en Ituri, les conflits armés entre le Gouvernement de la République et le CNDP de
Laurent Nkunda puis entre le Gouvernement et le groupe armé dénommé M23, etc. ».

La Cour a ensuite déclaré que « les exactions commises sur la population civile et
l’occupation de certaines portions du territoire national par ces groupes armés, notamment les
zones minières, où se perçoivent des taxes illégales, ont poussé le Gouvernement de la République
à décréter des opérations militaires contre les ex-militaires Rwandais retranchés en RDC et
organisés sous l’appellation de FDLR (…)». 21

Quant au caractère organisé des groupes armés, la Cour a soutenu que cela exigeait de
prendre en compte « notamment l’existence d’un organigramme exprimant une structure de
commandement, le pouvoir de lancer des opérations coordonnant différentes unités, la capacité de
recruter, de former de nouveaux combattants ou l’existence d’un règlement interne » 22

Confrontant les faits soumis au caractère organisé des parties comme cadres juridiques, la
cour dans un passage destiné sans doute à établir le caractère organisé des FDLR, s’est contentée
d’affirmer que « les FDLR ont une direction politique et un commandement structuré » ; et que «
le Gouvernement de la République a dû engager d’importants moyens en hommes (plusieurs
brigades) et en matériel qu’il a déployé sur une grande échelle (deux provinces : Nord et Sud-Kivu)
23
dans le cadre des opérations militaires contre ces combattants des FDLR ».

Poursuivant son argumentation, la Cour a affirmé que « ces différentes opérations menées
par les FARDC contre ces groupes armés dans le Nord et Sud-Kivu dont les FDLR ont pris
successivement les dénominations de Kimia I, Kimia II et Amani Leo » ; qu’ « elles manifestent

20
Cour Militaire de Bukavu, MP et PC. c/ KABALA MANDUMBA, « Arrêt», affaire RPA 230, 20 mai 2013, p.37.
21
Cour Militaire de Bukavu, MP et PC c/ KABALA MANDUMBA, « Arrêt », affaire RPA 230, 20 mai 2013, p.37.
22
S. VITE, op. cit., p.77.
23
Cour Militaire de Bukavu, MP et PC c/ KABALA MANDUMBA, « Arrêt», affaire RPA 230, 20 mai 2013, p.22.
8

l’effectivité des hostilités engagées par l’armée gouvernementale dans les provinces du Nord et du
Sud-Kivu » ; et que « la présence de la deuxième et quatrième compagnie du 5112e bataillon sous
le commandement de quatre officiers prénommés dont notamment le prévenu KABALA dans la
localité de Mupoke, le dimanche 17 janvier 2010, est justifiée par lesdites opérations ».

Sur la base de ces éléments, la Cour militaire en a alors conclu qu’ « il y a eu effectivement
conflit armé réalisant la condition requise pour parler des crimes de guerre dans la mesure où
l’exécution de l’opération du 17 janvier 2010, à Mupoke a été réalisée en violation du droit
international humanitaire » ; et que « pour la Cour, l’attaque a été dirigée contre des personnes
ou des biens protégés ».

À la lumière de ce qui précède, la Cour retiendra que tous les actes reprochés au prévenu
ont été commis dans des circonstances telles qu’ils constituent des infractions graves aux
conventions de Genève du 12 août 1949 et leurs protocoles additionnels ».24

§3 Les éléments spécifiques

Les éléments spécifiques de crimes de guerre sont tous les actes infractionnels prévus à
l'article 8 du Statut de Rome. 25 Ainsi comme nous l'avons encore soulevé, le Tribunal Militaire de
Garnison de Bukavu, a pris comme éléments spécifiques, « le meurtre, la torture, le viol, pillage
et attaque contre les biens consacrés à la religion.» C'est ainsi qu'il déclara tous les quatre militaires
coupables de crimes de guerre (par meurtre, torture, viol, pillage et attaque contre les biens
consacrés à la religion).26

Section 3 La responsabilité et le régime répressif

§1. La personne responsible

La responsabilité pénale en matière de crimes relevant de la compétence de la cour pénale


internationale est engagée suivant deux dispositions. D'une part la responsabilité directe ou

24
Cour Militaire de Bukavu, MP et PC c/ KABALA MANDUMBA, « Arrêt », affaire RPA 230, 20 mai 2013, p.24.
25
Ch. CUBAKA CICURA, Op. cit.,
26
Cour Militaire de Bukavu, MP et PC c/ KABALA MANDUMBA, « Arrêt», affaire RPA 230, 20 mai 213, p.15.
9

individuelle sur pied de l'article 25 de Statut de Rome et la responsabilité des chefs militaires et
autres supérieurs hiérarchiques d'autre part. 27

Ainsi pour le cas d'espèce, le jugement rendu au premier degré a abordé la coaction et
affirmé « adopter l’approche subjective et a considéré que le prévenu KABALA doit, sans l’ombre
d’aucun doute, être considéré comme coauteur des actes répréhensibles qui ont été perpétrés le 17
janvier 2010 à Mupoke et à Katuku dans la mesure ou chaque acte par lui posé constituait une
contribution importante à la réalisation des crimes de guerre et de surcroît, il a agi de concert
avec le groupe » ; et qu’ « il en est ainsi des prévenus MONGA, NDAISABA et KASEREKA».

Cette argumentation est fondamentalement restée la même au niveau de la Cour militaire


siégeant en appel. Selon la Cour, « la même personne, au regard des mêmes faits, ne peut pas être
à la fois coauteur et complice, ou coauteur et supérieur hiérarchique au sens de l’article 28 du
Statut ». La conclusion de la Cour militaire est qu’ « au regard des dispositions du Statut de Rome
qu’elle a décidé à appliquer, le prévenu KABALA sera tenu responsable des faits mis à sa charge
pour en avoir personnellement commis certains (cas de pillage, de viol et d’atteintes à la dignité
humaine) et pour en avoir ordonné ou encouragé d’autres notamment par sa présence active et son
attitude devant les exactions de ses hommes». 28

§2. Le régime répressif

Conformément aux dispositions du Statut de Rome , les crimes de guerre sont punis de
mort.
Ainsi dans cette affaire au premier degré les trois accusés en fuite ont été condamnés à la
servitude pénale à perpétuité. En revanche, le prévenu KABALA a été condamné à 20 de servitude
pénale, le tribunal ayant retenu en sa faveur des circonstances atténuantes qu’il n’a cependant pas
expliquées. Cette condamnation a été confirmée en appel. La Cour militaire de Bukavu a, après
avoir confirmé la culpabilité du prévenu KABALA et constaté l’inexistence en sa faveur des
circonstances atténuantes, revu à la hausse sa peine et l’a ainsi condamné, comme les autres en

27
Articles 25 et 28 du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, in Recueil des traités des Nations Unies,
vol.2187, nº 38544, Rome, 17 juillet 1998.
28
Cour Militaire de Bukavu , MP et PC c/ KABALA MANDUMBA, «Arret», affaire RPA 230, 20 mai 2013, p. 50.
10

fuite, à la servitude pénale à perpétuité. Elle l’a en outre condamné, in solidum avec l’État
congolais, au paiement des dommages-intérêts en faveur des victimes.

CHAPITRE II AFFAIRE PANTOVE(RP 372 AFFAIRE MP ET PC c/ PANTOVE


MERIKE ET CONSORTS)29

Le Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu siégeant en matière répressive au premier


degré, en l'audience publique du jeudi 02 octobre 2011, a rendu le présent jugement.

Section 1 Les faits de la cause

Il ressort des pièces versées au dossier et des éléments recueillis au cours des débats en
audience publique, qu’en date du 09 septembre 2009 les prévenus PANTOVE MERIKE et BOSE
NIBAMWE BAZIRAKE respectivement du 2e bataillon, 3e Commendement basée à NInja dans
le cadre des opérations AMANI LEO d’avoir à Mupinda, localité de ce nom, dans la chefferie de
Ninja, territoire de Kabare par coopération directe donné la mort à une dame non autrement
identifiée habitant la même localité ;30
En effet, le 2e bataillon, 3eCie était engagé dans la localité susdite dans le cadre des
opérations de traque contre les éléments FDLR dont le prévenu PANTOVE MERIKE était le
commandant des opérations et le prévenu BOSE NIBAMWE comme Adjoint de Cie; Cependant
quand cette Cie était attaquée par les éléments FDLR, celle-ci avait réussi à les repousser et ces
derniers avaient trouvé refuge dans le village Mupinda. Comme ils ne cessaient de riposter à cette
attaque après s’être refugié dans ce village, le Commandant PANTOVE croyait que

29
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, MP et PC c/ PANTOVE MERIKE et Consort, «Jugement », R.P 372,
02 octobre 2011.
30
Ibidem, p.8.
11

nécessairement du fait que les coups de balles fusées de ce village, les villageois avaient déjà
fuit.31

C’est ainsi qu’il avait ordonné son Adjoint BOSE NIBAMWE et sa troupe à ce que ce
village soit attaqué afin de traquer les FDLR qui occupaient ledit village, les arrêter et les rapatrier.
Pendant qu’ils étaient en débandade les prévenus se sont rendus compte qu’une dame avait trouvé
la mort ainsi que cinq personnes autres blessés par balles. Les prévenus les ont acheminés à
l’hôpital pour les soins et faire rapport à la hiérarchie, plusieurs FDLR capturés et bien certains
ont succombé de leurs blessures.32

Néanmoins, leur Commandant hiérarchique voyant qu’il y avait mort d’un civil et plusieurs
autres blessés, il qualifia cela de meurtre et de tentative de meurtre et préférera les placer sous
garde à vue uniquement les deux prévenus comme responsable de ce crime en qualité des
commandants.33

Section 2 La qualification des faits par la juridiction

§ 1 La définition légale des faits

Pour les faits qui se sont déroulés à MUPINDA tels que présentés dans la section
précédente, ont été qualifiés de meurtre et tentative de meurtre dans les décisions de renvoi. 34

Interrogé, les prévenus chacun en ce qui le concerne sur les faits reprochés, le prévenu
PANTOVE MERIKE est resté constant en avouant avoir mené des opérations contre les FDLR
dans la localité de MUPINDA . Il déclara que l’assaut sur ce village a était ordonné par lui parce
que rassuré que la population l’avait vidé et que c’était par une surprise après avoir chassé les
FDLR , tués et plusieurs autres capturés dans ce village qu’ils se sont rendu compte qu’il y avait
un mort et cinq civils blessés mais ignorant à qui faudra-t-il attribuer cette responsabilité car tous

31
Ibidem. p.13
32
Ibidem.
33
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, MP et PC c/ PANTOVE MERIKE et Consorts, « Jugement», affaire nº
RP 372, 02 octobre 2011, p.10.
34
Ibidem.
12

les belligérants tiraient pour défendre sa cause et cela à toute les phases de l’instruction
préparatoire jusqu’à l’audience.35

Interrogé quant à ce le prévenu BOSE NIBAMWE sur les faits mis à sa charge, celui-ci est
resté constant en précisant avoir reçu l’ordre de son Commandant PANDOVE de poursuivre les
FDLR refugiés dans le village Mupinda, les déloger, les traquer et les arrêter afin de les rapatrier
par ce que rassuré que le village était vidé de sa population. Pour le Tribunal, cet argumentaire
parait un peu convainquant dans le sens d'une opération de grande envergure comme celle-là qu’on
qualifie de meurtre et de tentative de meurtre car il s’agit bel et bien de crime de guerre aux yeux
du Tribunal.36

En effet, comme on l'avait étudié dans le cours de droit pénal spécial avec le CT Charles
CUBAKA CICURA, en vertu du principe permettant la modification de la qualification au
cours d'un procès, lorsqu’il apparait au cours de l’instruction à l’audience que les faits pour
lesquels le prévenu est poursuivi sont susceptible d’une qualification plus grave (cas de
requalification) ou même moins sévère (cas de disqualification) que ce qui a été retenu dans
l’exploit, le juge doit le faire savoir pendant l’audience avant la clôture des débats pour que la
défense ne soit pas surprise et puisse être en mesure de faire face à la nouvelle qualification.37

Tribunal ne pouvait que procéder à la requalification des faits du MP datant du 07 avril


2011 au regard du rôle joué par chacun des prévenus dans l’opération lancée contre les FDLR dans
la localité de Mupinda, et donne lieu de retenir à leur charge la prévention « des crimes de guerre»
telle que prévue par l’article 173 à 175 CPM et l'article 8 du statut de Rome en lieu et place de
celles contenues dans les décisions de renvoi. 38

§2 Les éléments contextuels soutenus par le Tribunal

Comme nous l'avons encore soulevé ci-haut, les crimes de guerre suppose l'existence de
quatre éléments contextuels : l'existence d'un conflit armé à caractère international ou non
international, la connaissance de cet existence d'un conflit armé par les auteurs, le lien de connexité

35
Ibidem.
36
Ibidem. p.15.
37
Ch. CUBAKA CICURA, Op.cit.
38
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, MP et PC c/ PANTOVE MERIKE et Consorts, « Jugement», affaire nº
RP 372, 02 octobre 2011, p.20.
13

entre les actes infractionnels et le conflit armé ainsi que les personnes ou les biens protégés contre
les crimes de guerre. 39

a. L'existence d'un conflit armé

Concernant l'existence d'un conflit armé, le Tribunal s'est appuyé sur le fait que l’article
8.2 point (a) vise les personnes ou les biens protégés par les dispositions des conventions de
Genève du 12 août 1949, lesquels ne sont pas exclusives des conflits armés ne présentant pas un
caractère international ; De même que le point(c) de l’article 8.2 qui fait littéralement allusion au
conflit armé ne présentant pas un caractère international.

Pour définir le conflit armé à caractère non international, le Tribunal Militaire s'est appuyé
sur « le dictionnaire du droit international des conflits armés » de PIERO VERRI,40 selon lequel
par conflit armé international, « il faut entendre une confrontation armée entre entités étatiques, le
conflit armés international s’identifiant par la guerre » ; que sont également considérés comme
conflits armés internationaux, les guerres de libérations nationale dans lesquelles le peuple lutte
contre la domination coloniale, l’occupation étrangère qu’il y ait ou non résistance active ou un
régime raciste et, en général, les guerres qui peuvent survenir lorsque les peuples veulent exercer
leur droit à l’auto détermination.

Qu’en ce qui concerne le conflit armé non international, il est synonyme de guerre civile,
le conflit armé non international se caractérise par l’affrontement opposant les forces armées d’un
Etat à des forces armées dissidentes ou rebelles, ce qui implique l'application de l’article 3 commun
aux 4 conventions de Genève de 1949 ayant permis de dégager pour la première fois certains
principes devant être respectés durant des tels conflits.41

De l’analyse du meurtre selon l’article 8.2. c.i. du statut de Rome pour sa consommation,
ce crime exige la réunion des éléments constitutifs ci-après :

1) L’auteur tue une ou plusieurs personnes ;


2) Lesdites personnes étaient hors de combat ou des personnes civiles ou membres du

39
Ibidem.
40
P. VERRI, «Dictionnaire du droit international des conflits armés», in Comité International de la Croix Rouge,
Genève, 1988, pp.36-38.
41
S. VITÉ, Op. cit.
14

personnel sanitaire ou religieux ne prenant pas activement part aux hostilités ;


3) L’auteur avait connaissance des circonstances de faits établissant ce statut ;
4) Le comportement a eu lieu dans un contexte de guerre et était associé à un conflit armé
à caractère international ou non international;

5) L’auteur avait connaissance des circonstances de fait établissant l’existence d’un conflit
armé.42

Confortant les fais soumis à son examen, le Tribunal a soutenu que le commandant
PANTOVE MERIKE commandait des militaires à travers son adjudant de compagnie BOSE
NIBAMWE en pleine opération d’attaque contre les éléments FDLR dans le village Mupinda dans
la chefferie de Ninja territoire de Kabare, constitué bel et bien un conflit armé à caractère non
international lequel opposant de manière récurrente les FARDC aux éléments FDLR.43

b. Les personnes et des biens protégés

Répondant à cette question, le Tribunal a démontré que lors de cette opération, une dame
avait trouvé la mort ainsi que cinq autres civils blessés par balles tous non autrement identifiés, ce
qui justifie qu'ils étaient hors de combat et ne peuvent pas être considérés comme ayant pris part
plus ou moins active dans le conflit armé. 44

§ 3 Les éléments spécifiques

Dans l'affaire présente, l'élément spécifique retenu par le tribunal est le meurtre. C'est ainsi
qu'il requalifia en vertu du principe de spécialité de l'infraction,45 « crimes de guerre par meurtre
tel que prévu par l'article 8.2 a.i du Statut de Rome.»

42
Statut de Rome de la cour pénale internationale cité dans le jugement du TMG/Bukavu, MP et PC c/ PANTOVE
MERIKE et Consorts, « Jugement», affaire nº RP 372, 02 octobre 2011, p.18.
43
Ibidem.
44
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, MP et PC c/ PANTOVE MERIKE et Consorts, « Jugement », affaire
RP 372, 03 octobre 2011, p.20.
45
B. CHIZUNGU, Les infractions de A à Z, 1ière éd., Kinshasa, édition Laurent NYANGEZI, 2011, nº121.
15

Section 3 La responsabilité et le régime répressif

§1 La personne responsible
Concernant la responsabilité de l'auteur , dans l'affaire PANTOVE, le Tribunal en se
référant à l'article 28 du Statut de Rome, a retenu la responsabilité de crimes de geures dans le chef
des prévenus PANTOVE MERIKE et BOSE NIBAMWE, comme chefs militaires. Parce que
exerçant le commandement au cours des opérations.

§2. Le régime répressif

Comme nous l'avons encore dit dans l'affaire KABALA et consorts, les crimes de guerre
sont punis de mort.

Ainsi dans la présente cause, le Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu a dit établie en
fait comme en droit l’infraction de crime de guerre mise à charge des prévenus PANTOVE
MERIKE et BOSE NIBAMWE et Condamna en conséquence tous les prévenus chacun en ce qui
le concerne avec admission des larges circonstances atténuantes dues à leur bravoure et la
délinquance primaire à 2 ans de servitude pénale principale et au paiement des frais de la présente
instance fixés à 100.000Fc payable dans les 8 jours francs à défaut du paiement dans le délai à 3
mois de contrainte par corps avec la confirmation de leur détention. 46

CHAPITRE III. AFFAIRE NDAYAMBAJE GILBERT ET CONSORTS ( RP.


Nº1215/2017, MP/PC c/ LA RDC, PARTIE CIVILEMENT RESPONSABLE ET LE
PRÉVENU NDAYAMBAJE GILBERT ET CONSORTS)

Section 1. Les faits de la cause

Il ressort des pièces se trouvant au dossier qu'en date du 05 mai 2012 à Lumende et
Kamananga localité situées au groupement de Kalima, Chefferie de Bahavu, Territoire de Kalehe,

46
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, MP et PC c/ PANTOVE MERIKE et Consorts, « Jugement», affaire nº
RP 372, 02 octobre 2011, in fine.
16

les Prévenu NDAYAMBAJE Gilbert alias Castro et NIZEHIMANA Evariste Alias KIZITO
avaient mené une attaque contre ces localités et donné la mort de quarante-sept personnes.

Qu'avoir dans les mêmes circonstances de temps et de lieux que dessus , torturé d'autres
personnes desdits villages, dirigé des attaques contre la population civile qui ne participe pas
directement aux hostilités à savoir les populations civiles des villages Lumenje et Kamananga,
dans le seul souci de punir ces dernières qui étaient favorables aux FARDC et aux miliciens de
RAYA MUTOMBOKI, en représailles des attaques subies par la force gouvernementale que par
les miliciens sus identifiés.47

Avoir dans les mêmes circonstances de temps et de lieux, que dessus, dirigé
intentionnellement des attaques contre des bâtiments consacrés à la religion, à l'enseignement, à
l'art, à la science ou à l'action caritative, des monuments historiques, des hôpitaux et des lieux où
des malades et des blessés sont rassemblés, pour autant que ces bâtiments ne soient pas des
objectifs militaires.48 Et toujours dans les mêmes circonstances de temps et de lieux, commis des
pillages , viol, esclavage sexuel, prostitution forcée, grossesse forcée, stérilisation forcée et autre
forme de violence sexuelle constituant une violation grave de l'article 3 commun aux quatre
convention de Genève.49

Section 2 La qualification des faits

§1 Définition légales des faits

Comme le principe de qualification successive autorise l’autorité judiciaire d'adopter


provisoirement une qualification au-moins légale pour aurienter ses enquêtes, l'instruction,
rassembler les éléments de preuve et surtout engager les poursuites,50 le Ministre Public dans sa
décision de renvoi du 13 octobre 2017, du 22 juin 2018, et du 20 août 2018 avait défini les faits
sus mentionnés en crimes de guerre c'est-à-dire en violations graves aux quatre conventions de
Genève de 1949.

47
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu , MP et PC c/ la République Démocratique du Congo, partie civilement
responsable et le prévenu NDAYAMBAJE Gilbert et Consorts, « Jugement », affaire nº RP 1215/2017, 21
septembre 2018, p.26.
48
Ibidem p.42.
49
Ibidem.
50
P. AKELE ADAU et alii, Op. Cit., p. 23.
17

Le Ministre Public avait appuyé sa qualification aux dispositions suivantes : crimes de


guerre par meurtre prévus et punis par l'article 8.2.c.i du Statut de Rome et 223.3.a du Code pénal
congolais livre deuxième, par torture prévu et punis par les articles 8.2.e du Statut de Rome et
223.5.a CPLII, par attaque contre les populations civiles qui ne participent pas directement aux
hostilités faits prévus et punis par les articles 8.2.e.i du Statut de Rome et articles 223.5.a CPLII;

Crimes de guerre par attaque contre les biens consacrés à la religion, à l'enseignement, à
l'art, à la science ou à l'action caritative, des monuments historiques, des hôpitaux et des lieux où
des malades et des blessés sont rassemblés pour autant que ces bâtiments ne soient pas des objectifs
Militaires prévus et punis par l'article 8.2.e. IV du Statut de Rome et 223.5.d CPLII, par pillage
(article 8.2.e.v et 223.5.e), par viol, esclavage sexuel et toute autre forme de violence sexuelle
constituant une violation grave de l'article 3 Commun aux quatre conventions de Genève. 51 Cette
qualification a été maintenue par le Tribunal après le renvoi avant d’être disqualifiée par celui-ci.

§2 Éléments contextuels

Lors de l'instruction du dossier au Tribunal, le tribunal a essayé d'analyser tous les éléments
contextuels sous-jacents à la qualification de l'infraction des crimes de guerre. Ayant constaté
l’inefficacité des tous ces éléments, le tribunal à son audience du 1er septembre 2018 a dû
déqualifié et disqualifié les faits faute des éléments contextuels à savoir , l'existence d’un conflit
armé à caractère international ou non internacontextuel, le lien de connexité entre le conflit armé
et les actes criminels.52

Ainsi le tribunal a retenu singulièrement les crimes contre l’humanité par meurtre, par
torture prévus par l'article 7.1.a et f du Statut de Rome, les pillages prévus et punis par les articles

51
Tribunal Militaire de Bukavu, MP et PC c/ la République Démocratique du Congo, partie civilement responsable
et le prévenu NDAYAMBAJE Gilbert et Consorts , « Jugement », affaire nº RP 1215/2017, 21 septembre 2018,
p.42.
52
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, MP et PC c/ la République Démocratique du Congo partie civilement
responsable et le prévenu NDAYAMBAJE Gilbert et Consorts, « Jugement », affaire nº RP 1215/2017, 21
septembre 2018, p. 48.
18

63 et suivants du Code pénal Militaire, de l'incendie prévue et punie par les articles 103 et suivants
CPLll.53

§2 Question relative aux éléments spécifiques

Comme nous l’avons démontré ci-haut, sans analyser la question des éléments spécifiques
du crimes de guerre, le tribunal à plutôt déqualifié les faits en infractions de droit commun selon
la législation interne tel que nous l’évoquons dans la partie précédente sur les éléments
contextuels. 54 Toutefois, vu que le dossier est au degré d'appel, en vertu du principe de la
modification de la qualification au cours d’un procès, le juge d'appel pourra encore requalifier
les faits en crimes de guerre s'il l’estime conforme à la loi.

Section 3 La responsabilité des parties

Compte tenu des actes commis par chacun des prévenus sur les lieux de drames, le TMG
a retenu la participation criminelle à savoir la notion de coaction en relevant que les prévenus ont
réalisé leur forfait par concert des volontés.55 Le tribunal a donc pour retenir la responsabilité, dans
les faits sous examen tels que repris dans les actes d'accusation et après disqualification, relevé
que la responsabilité des prévenus peut être établie différemment selon que les faits sont soumis à
la législation interne qu’au Statut de Rome de la CPI.56

§ 1 La responsabilité pénale sous le droit interne

En droit interne la responsabilité pénale est régies par le principe de l'individualisation


des délits et des peines.57 Sur pied de ce principe, NDAYAMBAJE Gilbert et NIZEHIMANA
Evariste répondront chacun personnellement et individuellement pour les faits mis à sa charge. 58

53
Ibidem.
54
Ibidem, p.68.
55
Ibidem p.64.
56
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, MP et PC c/ la RDC partie civilement responsable et le prévenu
NDAYAMBAJE Gilbert et Consorts, « Jugement », affaire RP 1215/2017, 21 septembre 2018,p.74.
57
Article 17 alinéa 8 de la Constitution du 18 février 2006 telle que modifiée par la Loi nº 11/002 du 20 janvier
2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la République Démocratique du Congo , in JORDC,
52ème année, Numéro spécial, Kinshasa, 08 février 2011.
58
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, MP et PC c/ la RDC, partie civilement responsible et le prévenu
NDAYAMBAJE Gilbert et Consorts, « Jugement», affaire nº RP 1215/2017, 21 septembre 2018, p.75.
19

§2 Responsabilité pénale sous le statut de Rome de la CPI

Comme nous l'avons encore soulevé dans l'affaire KABALA et dans l'affaire
PANTOVE, la responsabilité pénale des crimes relevant de la compétence de la CPI est
réglée par les articles 25 et 28 dudit Statut. L'agent reconnu pénalement responsable peut
répondre personnellement de ses fautes ou des fautes commises par des personnes sous
sa direction.59
Dans le cas sous examen, pour l'infraction de crime contre l’humanité, le juge a
opposé aux prévenus la responsabilité prévu par l'article 25 du Statut dans la mesure où
leur coaction a été prouvée à suffisance de droit notamment en exécutant eux-mêmes.60

OBSERVATIONS CRITIQUES DES ÉTUDIANTS

A. AFFAIRE KABALA

L’affaire Kabala suscite notre observation concernant l’existence d’un conflit armé c’est-
à-dire si réellement le conflit opposait des parties biens organisées et sur une possible
requalification des faits encrimes contre l’humanité.

59
Articles 25 et 28 du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, in Recueil des traités des Nations Unies,
vol. 2187, nº 38544, Rome, 17 juillet 1998.
60
Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu,MP et PC c/ la RDC, partie civilement responsible et le prévenu
NDAYAMBAJE Gilbert et Consorts, « Jugement», affaire nº RP 1215/2017, 21 septembre 2018, p.75.
20

En effet, nulle part la Cour militaire a démontré un organigramme des FDLR, ni leur
pouvoir de lancer des opérations coordonnant différentes unités ni encore leur capacité de recruter,
de former de nouveaux combattants ou l’existence d’un règlement interne au sein des FDLR.
Pourtant, en invoquant l’article de M. Vité, on était en droit de s’attendre à une telle
démonstration de la part de la Cour militaire.

En fait, dans l’arrêt KABALA, la Cour se trouvait face à deux alternatives relatives au
caractère organisé du groupe armé : analyser ce caractère par rapport au groupe des dix
individus qui se pointaient régulièrement au marché de Mupoke pour rançonner la population, ou
établir ce caractère organisé par rapport aux FDLR dans l’ensemble, groupe armé auquel ces
dix individus étaient censés appartenir.

Devant cette situation, on constate que la Cour militaire a choisi la seconde alternative :
analyser ce caractère organisé par rapport aux FDLR en général et non par rapport au groupe
de dix individus. Cette alternative suppose que la Cour démontre que les dix individus du
marché de Mupoke faisaient effectivement partie des FDLR. Or, c’est là que réside tout le
problème puisque la Cour militaire s’est gardée de procéder à une telle démonstration.

Cependant rien dans l’arrêt KABALA ne permet de dire que ces individus étaient
effectivement des FDLR. On ne sait même pas sur quelle base on les considérait comme tels. Était-
ce parce qu’ils s’exprimaient peut-être en kinyarwanda ? Dans ce cas, n’importe quel bandit
s’exprimant dans cette langue-là pourrait se faire passer pour un membre des FDLR de sorte
que chaque fois qu’un tel bandit serait traqué par les FARDC, l’on parlerait d’un conflit armé
non international entre les FARDC et les FDLR.

Deuxième niveau d'observation réside dans la possibilité de requalifier les faits en crimes
contre l’humanité. Le Tribunal Militaire de Garnison ainsi que la Cour militaire auraient-ils dû
maintenir la qulification initiale des crimes contre l’humanité pour qualifier ces actes? Cette
question mérite d’être osée au regard du fait que ces actes étaient commis sur une pluralité des
victimes faisant partie d’une population civile.

En outre, le nombre des assaillants était important, puisque c’était près de 40 militaires.
L’existence d’un Etat ou d’une organisation ayant pour but une telle attaque est établie
puisqu’il s’agit d’une structure de l’armée congolaise, les deux compagnies militaires du 5112e
21

bataillon. Quant à l’existence d’un élément politique derrière ces crimes, il n’est pas évident
de l’établir. Certes, nul ne peut contester que l’attaque était préparée au niveau hiérarchique.
Mais, cette préparation ne concernait que levolet des affrontements contre les prétendus FDLR
qu’on croyait présents sur les lieux.

La préparation ne portait pas sur l’attaque des populations civiles et rien ne permet de
dire que ceux qui étaient dans cette réunion préparatoire étaient conscients du fait que cette
conséquence adviendrait dans le cours normal des événements. La décision d’ouvrir le feu sur
le marché a apparemment été prise sur place et dans la précipitation. Toutefois, il convient de
relever que cette attaque de la population civile de Mupoke a été ordonnée ; et que les chefs
militaires qui étaient sur place n’ont pas seulement encouragé cette attaque, mais ils y ont
pris une part active. Par ailleurs, l’arrêt semble insinuer que la population du marché de Mupoke
a été attaquée parce que les FARDC l’ont suspectée d’avoir sympathisé avec les FDLR.

Il était donc possible de soutenir que ces actes constituaient un « comportement qui
consiste en la commission multiple d’actes visés à l’article 7(1) du Statut de Rome à l’encontre
d’une population civile quelconque, en application ou dans la poursuite de la politique d’un État
ou d’une organisation ayant pour but une telle attaque », ainsi que l’exige l’article 7.2.a.du Statut
de Rome.

Finalement, si un doute légitime peut exister sur la pertinence de la qualification des crimes
de guerre faute d’avoir établi un conflit armé, la qualification des crimes contre l’humanité au
regard de l’article 7 du Statut de Rome semble plus appropriée à appliquer à ces faits.

B. AFFAIRE PANTOVE

Dans la présente affaire le juge semble avoir bien contré l’argument de la défense
qui prétendait que ni l’article 173 du code judiciaire militaire et moins encore le Statut de
Rome ne pouvaient s’appliquer à la situation du Sud-Kivu, du fait que cette province n’était
pas en guerre. Le raisonnement aurait néanmoins gagné en clarté si le Juge avait développé
d’avantage les critères contextuels nécessaires à la réalisation du crime de guerre.
22

En effet, pour que des faits soient considérés comme crimes de guerre, ils doivent
« avoir eu lieu dans le contexte et être associés à un conflit armé », qu’il soit
international ou non international61. L’établissement de ce type de crimes n’est pas toujours
un exercice aisé, surtout lorsque les conflits qui les génèrent se déroulent à l’intérieur d’un
Etat. Dans de nombreuses situations en effet, il peut ne pas s’agir véritablement de conflits
armés, mais plutôt « de situations de troubles et tensions internes telles que les émeutes,
les actes isolés et sporadiques de violence ou les actes de nature similaire ». 62

Pour mériter la qualification de crimes de guerre, ces faits doivent s’être déroulés
dans le cadre des affrontements armés opposant « de manière prolongée sur le territoire
d’un Etat les autorités du gouvernement de cet Etat et des groupes armés organisés ou des
groupes armés entre eux. »63

Le conflit armé interne se distinguera ainsi des troubles et émeutes par plusieurs
critères et notamment : l’organisation d’une chaîne de commandement des groupes en
conflit, l’effectif des forces mis en jeu, la durée des affrontements, leur intensité, le type
d’armes utilisées, la gravité des dégâts (pertes en vies humaines, destructions des
infrastructures, déplacements des populations)64, etc. Tel est assurément le cas en l’espèce,
le conflit opposant de manière récurrente les FARDC aux éléments FDLR répondant à tous
ces critères.

C. AFFAIRE NDAYAMBAJE

Notre observation dans ce dernier jugement, réside dans le respect du principe permettant
la modification de qualification au cours du procès.

En effet, des éléments contextuels de l'infraction des crimes de guerre ne sont pas vraiment
faciles à établir. Dans le cas d'espèce, il faudrait d'abord établir le contexte d’un conflit armé à

61
S. VITÉ, Op.cit.
62
Ibidem.
63
Article 8-2 Statut de Rome de la cour pénale internationale ,in Recueil des traités des Nations Unies, vol. 2187,
nº38544, Rome, 17 juillet 1998.
64
S. VITÉ, Op.cit.
23

caractère international ou non international, puis démontrer les caractéristiques nécessaires pour
tel ou tel crime selon le cas, et comme nous l'avons étudié dans l'affaire KABALA, pour le cas
d'un conflit armé à caractère non international, il serait question de démontrer l'intensité de la
violence et l'organisation des parties au conflit. Surtout qu'il n'est pas aisé de démontrer le lien
d'appartenance des prévenus sus présents aux groupes armés prévus par les conventions des
Genève. Cela n’étant pas facile dans l'affaire NDAYAMBAJE.

En fin , le Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu n'ayant pas constaté l'existence des
tous ces éléments pour asseoir les faits pendants à la qualification des crimes de guerre, a jugé bon
utile de déqualifier les faits d'une part et disqualifier d'autre part pour se conformer à la législation
aussi bien national qu'international qui semblerait correspondre au cas sous examen. Cela nous
motive en fin pour dire que sans préjudice de ce qui sera retenu au degré d'appel, le premier juge
a mené des investigations louables et loisibles dans la qualification des faits dans l'affaire
NDAYAMBAJE Gilbert et NIZEHIMANA Evariste.

CONCLUSION

En fin , l'analyse que nous avons faite sur les décisions présentées dans le corps de notre
travail en vue d'approfondir notre connaissance sur la manière dont les crimes de guerre sont
qualifiées ainsi que la question de la responsabilité des auteurs, nous permet d'en déduire une
certaine précision et connaissance.
24

Ainsi, il relève qu'en vertu des dispositions du statut de Rome, les crimes de guerre sont
définis comme une violation des lois et coutumes de guerre les plus fondamenetales, désignant
plus précisement les « infractions graves » aux quatre conventions de Génève de 1949 et à leur
premier Protocole Additionnel de 1977. Il s'agit des abus et des atrocités dirigés par les meneurs
de geurre en l’encontre des populations ne participant pas aux conflits armés. Cela nous fait
comprendre que la condition sine qua non pour asseoir l'infraction de crimes de guerre, est que les
actes soient commis dans un contexte d'un conflit armé à caractère international ou non
international.

Qu’à cela, les éléments contextuels de crimes de guerre sont notamment l'existence d'un
conflit armé, le lien de connexité entre les actes infractionnels et le conflit armé, la connaissance
par les auteurs de l’existence de ce conflit armé ainsi que l'existence des personnes ou biens
protégés contre les crimes de guerre. Il s’en suis que les éléments spécifiques sont les actes
infractionnels tels que prévus par l'article 8 du statut de Rome de la CPI ainsi que par le code pénal
congolais actuellement en vigueur.

Concernant la responsabilité des auteurs, la responsabilité pénale des faits infractionnels


relevant de la compétence de la CPI est principalement retenue de deux manières. Soit en se
fondant sur l’article 25 du statut de Rome c'est-à-dire la responsabilité individuelle lorsque l’agent
lui-même à participer directement aux activités infractionnelles en raison de la coréite, soit en se
fondant sur la base de l'article 28 du statut de Rome c'est-à-dire la responsabilité des chefs
militaires ou autres autorités hiérarchiques lorsque l’agent répond des actes commis par les
personnes mises à sa responsabilité ou sa direction.

BIBLIOGRAPHIE

I. TEXTE CONSTITUTIONNEL
1. Constitution de la République Démocratique du Congo du 18 février 2006 telle que
modifiée par la Loi nº 11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles
25

de la constitution de la République Démocratique du Congo, in JORDC, 52ième année,


numéro spécial, Kinshasa, 08 février 2011.
II. TEXTE INTERNATIONAL ET JURISPRUDENCES DE LA CPI
1. Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, in Recueil des traités des Nations
Unies, vol.2187, nº38544, Rome, 17 juillet 1998.
2. TPIY , affaire nº IT-94-1-A, « Arrêt», le Procureur C/ DÛSKO TADIĆ, du 15 juillet
1999, in Recueil de traités des Nations Unies, nº IT-94-1-A, 15 juillet 1999.
III. JURISPRUDENCES INTERNES
1. Cour Militaire de Bukavu, MP et PC c/ KABALA MANDUMBA, «Arrêt», affaire
RPA 239, 20 mai 2013.
2. Tribunal Militaire de Garnison de Bukavu, MP et PC c/ PANTOVE MERIKE et
consorts, « Jugement », affaire RP 372, 02 octobre 2011.
3. Tribunal Militaire de Garnison de BukavuBukavu, MP et PC c/ la RDC civilement
responsible et NDAYAMBAJE GILBERT et consorts, « Jugement », affaire RP
1215/2017, 21 septembre 2018.
IV. OUVRAGES
1. CHIZUNGU NYANGEZI B., Les infractions de A à Z, 1èr éd., Kinshasa, édition
Laurent NYANGEZI, 2011.
V. ARTICLES ET NOTES DE COURS
1. VITÉ C., « Typologie des conflits armés en droit international humanitaire : concepts
juridiques et réalités », in RICR, vol. 91, nº 873, 2009, pp.69-94.
2. VERRI P., « Dictionnaire du droit international de la croix rouge », in Comité
International de la Crois Rouge, Genève, 1988, pp.36-38.
3. AKELE ADAU et alii, Cours de droit pénal spécial, Kinshasa, G3 Droit, 2003-2004.
Inédit.
4. CUBAKA CICURA Ch., Cours de droit pénal spécial, UOB, G2 Droit, notes de cours,
2020-2021. Inédit.

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