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Les lettres de Kanaouenn

Comme sur les ailes d’un papillon

Bernard MARTIN
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Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tout pays.


Crédit photos © Bernard Martin sauf mentions spécifiques
A Loïc.

Que ce voyage aurait certainement


fait « Tripé » comme il disait souvent.
Les lettres de Kanaouenn

Lettre n°1 : La Rochelle - Les Canaries .......................................................................................... Page 5


Lettre n°2 : Sénégal ....................................................................................................................... Page 22
Lettre n°3 : Siné-Saloum avec VSF et Casamance ......................................................................... Page 41
Lettre n°4 : Transat ....................................................................................................................... Page 57
Lettre n°5 : Panama ...................................................................................................................... Page 72
Lettre n°6 : Les Galápagos ............................................................................................................. Page 87
Lettre n°7 : Les marquises (1 et 2) ................................................................................................ Page 105
Lettre n°8 : Tuamotu et Iles sous le vent ...................................................................................... Page 133
Lettre n°9 : Hawaï ......................................................................................................................... Page 156
Lettre n°10 : Colombie Britannique ................................................................................................ Page 181
Lettre n°11 : Californie 1/2 ............................................................................................................. Page 225
Lettre n°12 : Californie 2/2 ............................................................................................................. Page 248
Lettre n°13 : Mexique, Baja California ............................................................................................ Page 269
Lettre n°14 : Mexique, Mer de Cortés (1 et 2) ................................................................................ Page 291
Lettre n°15 : Mexique Nord ............................................................................................................ Page 322
Lettre n°16 : Mexico et Guadalajara (1 et 2) ................................................................................... Page 344
Lettre n°17 : Route du Mexique à Panama ..................................................................................... Page 382
Lettre n°18 : De Balboa à Santiago.................................................................................................. Page 407
Lettre n°19 : Cuba. (1 à 3) ............................................................................................................... Page 426
Lettre n°20 : Cuba les Açores .......................................................................................................... Page 494
Lettre n°21 : Les Açores .................................................................................................................. Page 513
Lettre n°22 : Etape Açores-Bretagne............................................................................................... Page 533
Lettre n°23 : Bretagne et La Rochelle.............................................................................................. Page 541
Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°1 – La Rochelle – Les Canaries
Aout - Octobre 2016
Dimanche 21 aout, Départ.
De bonne heure, dans le calme, c’est bien ainsi. Kanaouenn a reçu des marques d’attention
avec des consignes bien précises « A ouvrir à tel moment ou à tel occasion».
Il va falloir faire attention à la gestion des bouteilles et des paquets parfois
surprise ! Hier, Yves de Voiles Sans Frontières a eu même le temps de passer
sur La Rochelle pour une amicale visite à bord. Michèle rejoindra
Kanaouenn à Dakar, elle fait donc le reportage du quai (…). Beau temps
calme et personne sur l’eau à cette heure-ci, sortir du port les voiles hautes
est un plaisir qui ne se rate pas et cela rappel le temps de l’école de
croisière sans moteur. Coup de sifflet à tribord, c’est Dominique qui
s’est levé remarquablement tôt pour un dernier signe de la main du bout de la digue.
Xavier est normalement parti il y a une demi-heure sur Jim Howpkin, lui va vers les Açores.
Voilà la photo du départ, essayez donc de ne pas faire un contre-jour à cette heure-là,
juste pour voir !
Le cap n’est pas tenu, il manque au moins trente degrés. Un appel à la
VHF, c’est Xavier qui m’a bien repéré sur l’AIS, la discrétion c’est fini !
Comme vous pouvez le constater sur la photo de Jim, le temps est
vraiment très calme ! En s’approchant de l’Ile d’Oléron et du pertuis, la
houle se fait sentir. Le vent est contre le courant et donc la mer se
creuse. Tirer des bords là-dedans n’étant pas une partie de plaisir et cela
pourrait être plus que laborieux : Moteur pour sortir comme prévu avec
le jusant. Dehors, le vent revient mais la houle est là, heureusement pas
les deux mètres cinquante de la météo mais les voiles portent quand
même mal. Encore un peu de moteur pour se dégager puis c’est parti au
Sud-Ouest. Ce n’est pas le cap mais les voiles portent mieux à cette
allure, sans claquer. La météo annonce plus de vent dans le sud,
Kanaouenn le sentirait ? Au soir, appel à la VHF du voilier Fango. Je le
vois lui aussi sur l’AIS. Juste pour un bonsoir et bonne route, ils vont eux aussi à La Corogne. Toute la nuit sur
le même cap dans du petit temps. Au matin, Fango revient du sud, ils ont l’air d’avoir fait pas mal de moteur,
ils me demandent la météo et visiblement on l’air de vouloir filer directement sur Lisbonne en abandonnant
leur projet Galicien.
Tout de suite sans transition, le début de la série !

Coucher du soleil … Et son lever lendemain !


Comme vous pouvez le constater, pas un seul nuage !

Puisque c’est maintenant possible, cap au plein l’ouest pour ne pas trop me rapprocher
des côtes Espagnole s, surtout que la météo a annoncé pour demain un passage de vent
d’ouest. Séance bricolage : à dégripper le régulateur, l’inaction de lui va pas. Les cours du
Sorcier de Dompierre portent leurs fruits : Démontage dans la sérénité, sérieux nettoyage
et remontage à la graisse marine en changeant la pauvre rondelle pourrie par la corrosion

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°1 – La Rochelle – Les Canaries
Aout - Octobre 2016
par une toute belle en inox qui brille comme un sou neuf.
Une voile remonte visiblement vers la Bretagne sud, l’AIS en vrai concierge annonce Pen
Duick IV. Il a fier allure avec ses deux
voiles d’avant bien chargées et son
artimon dégagé. Appel à la VHF, entre
plan Mauric on pourrait se saluer, pas de réponse. Font-ils
les fiers ou veulent-ils maintenir la légende … ? Et tout
cas, quand le vent est là, sur cette mer plate, c’est un vrai
régal. Kanaouenn glisse en douceur comme il sait si bien
le faire. Quand le vent est moins là, avec le résidu de
houle, les voiles claqueraient, la basse latte de grand-voile
cognerait dans le bas hauban si je ne réduisais pas. C’est
un peu scabreux parce que bien sur le bateau en est
ralenti mais il faut absolument économiser le matériel, il a
de la route devant l’étrave.
Mardi, au matin, plus de vent du tout au point qu’il faut démarrer le moteur pour garder le bateau
manoeuvrant. Au bout d’une demi-heure, le vent revient directement du Nord-Ouest tout doux et permet de
faire presque le bon cap. Puis adonne en s’installant en cours de
journée. Pas de passage par la case sud ou Ouest comme annoncé,
youpi !
Et ensuite belle route tranquille, du grand largue au vent arrière dans
du force trois à six jusqu’à La Corogne. Arrivée le lendemain vers 19
heures, soit 3 jours et demi pile.
Je vais directement à la Marina Seca, comme son nom l’indique, c’est un port à sec avec un ensemble de
services techniques dont la fabrication
de haubans, dans sud de la rade.
L’objectif est d’en repartir avec un jeu de
rechange. Rendez-vous est pris au
lendemain (Mañana !) pour la prise de
mesures. Ce port, isolé derrière les
docks, est principalement voué à la
pêche et l’activité est assez intense.
Remarquez le thonier à l’entrée et
rappelez-vous la canicule en France à
cette époque ! Les mesures
étant prises, c’est bien plus sympa de l’autre côté, près de la ville. Déménagement
et bonjour La Corogne . Sur le front de mer, le boulevard est devenu souterrain,
plus une seule voiture en vue. On peut se promener le nez en l’air en toute
quiétude.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°1 – La Rochelle – Les Canaries
Aout - Octobre 2016
Petit tour vers La Tour (d’Hercule) et le bout du monde de l’antiquité.
Au premier plan, Breogan. Pour faire court car les légendes sont toujours
un peu alambiquée sinon ce serait un peu fade, ce chef celte local fit
construire la tour. Son fils, d’en haut, y vit l'Irlande (?) et voulu la
conquérir. Mal lui en a pris car il en est mort en route. MAIS, le neveu
reprend le flambeau (pas celui qui brulait en haut de la tour tout de
même) et écrabouille les Irlandais. Conclusion, les Irlandais ne sont pas
des Irlandais mais des Galiciens déguisés. Je vous laisse le soin de leur
expliquer l’affaire, cela risque de vous couter cher en Guinness. MAIS, il
y a une autre légende, oui, celle d'Hercule, son dixième travail. Après
trois jours et trois nuits (tout un symbole) de bien sûr très durs combats
(à vaincre sans périr on triomphe sans gloire) le héros des temps anciens
vainquit. La tête du méchant Géryon fut enterré là et on mit une torche
dessus certainement pour faire plus beau. Qui croire ? Je vous laisse
creuser le dilemme, je n’ai pas l’intention de revenir de balade
touristique avec un mal de tête. En tout cas le site est splendide bien que
le ticket pour la tour soit franchement exagéré.
De retour à la marina, je tombe, bouche bée devant cela. Vous y voyez la tour
(encore une, décidément) de contrôle du trafic local, immense. Et en premier
plan une lessive à couper le souffle. Je suis vraiment un petit joueur. Je ne sais
pas si je vais oser vous reparler des miennes après cela. Après quelques jours
et un petit accroc routinier (mauvaise terminaison sur le bas étai), les haubans
sont là. Le temps a été mis à profit pour différentes bricoles qui attendaient
patiemment et pour remplir la cambuse pour les traversées futures. Il est
temps de partir. Je ne peux pas quitter l’Espagne sans vous présenter
l’institution locale du bord : Les biscuits Maria . Ils sont encore plus courants
que les petits LU et les BN de chez nous réunis. Une infinité de choix dans
absolument toutes les boutiques. A goûter absolument à l’occasion. Surtout la
version Oro, un must que vous adoptez très probablement si vous avez la
bonne providence d’y goûter !
Pour terminer cet épisode, petite séquence IS (Information SuperImportanteEtSympaPourGagner-
DuTempsDansLintendanceEtSenDébarasserAuPlusvitePourPasserAautreChose) 1 !
Boutique de pêche bien achalandée : Pombo Nautica, avenue del general Primo de Rivera ; avec du matériel
nautique également. Boutique d’électronique pure rue Palomar , un peu au-dessus de l’auditorio Palacio da
Opéra. Pour les super marché, pour moi le mieux (prix et choix) est celui de le rue Paraderas, il est en sous -sol
face au numéro 23, c’est le pâté de maison en gros derrière le marché qui se trouve, lui, derrière l’église San
Jorge qui se trouve, elle, derrière la place de Maria Pita. Cela monte pas mal à l’aller mais chargé au retour
cela roule tout seul dans la descente ! Par contre pour trouver les petites boites de légumes que je recherche
pour prépare r le fond de cambuse, il faut aller dans celui qui est dans le haut de la rue Cabo Santiago Gomez,
l’entrée est encore moins visible car à côté d’une entrée de parking, sur le trottoir de gauche en montant. Ca,
c’est de l’info de première main, non ?
Vendredi 2 septembre.
Tout est prêt, le bateau bien rangé, la cambuse plus que faite donc. Les travaux sur le pont prévus sont faits.
Les haubans sont bien rangés, au prix qu’ils m’ont couté, il ne faudrait pas les rayer. Réveil à sept heures pour
partir tôt … Brume à couper au couteau et pas un poil de vent ! Le mieux est d’attendre. 13 heures 30, cela a
l’air de se lever enfin, j’y vais. Au sortir du musoir on ne voit pas à un quart de mille, demi -tour, pas envie de
me tresser pour rien. Tien, le voisin espagnol fait de même ! Retour au bercail tout doucement sous grand-
voile seule, à remettre les amarres et les pare battages. Au moment de descendre la grand-voile, super

1
Si vous voulez faire plus court, lisez IS = Info soizic !

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visibilité, deuxième demi-tour et l’espagnol qui fait de même ! Dehors, le vent qui était annoncé de Nord-
Nord Est est d’Ouest donc de face et très faible. Moteur. Pendant deux heures puis effectivement il vient du
Nord Est. Il doit avoir des effets de côtes importants dans cette grande baie de La Corogne-Betanzos. Comme
prévu, le nuit a été très occupée à contourner au vent un autre voilier puis à traverser le rail des cargos
jusqu’à cinq heures. Le nouvel AIS très lisible est vraiment bien confortable. Puis le vent faibli, avec la houle
les voiles claquent encore et encore, un lundi comme ça. Quand le vent est là il faut en profiter en réglant les
voiles au mieux, sinon, réduire pour ménager et attendre. Je lis beaucoup les guides touristiques pour
m’imprégner de l’ambiance des futures escales.
Dimanche soir, un vent d’Ouest arrive et chasse enfin le brouillard. Kanaouenn revit et voir les cargos qui
passent est plus agréable. La météo annonce un anticyclone entre Le cap Finisterre, juste sur la route !
Le lundi retour à l’Est et son brouillard. A Madère, un bateau m’a
dit être resté trois jours à barboter voiles affalées devant
Finisterre, je ne peux pas me plaindre. Kanaouenn double
(lentement !) un pétrolier à l’arrêt, c’est le troisième depuis La
Rochelle. Une nouvelle mode ? Le sieur a de l’humour ou cache
grossièrement son jeu sur l’AIS, ou alors il les a affalées !
Mardi, nos british s’amusent. J’ai pourtant bloqué les AvurNav pour être au calme (So shocking, les militaires
se donnent de drôles de droits.), mais le Natex annonce des opérations avec sous-marins et tirs réels,
heureusement chez eux (Scilly, Cap Lizard, Plymouth, Start Point). Pour plus de détails on peut appeler le
centre opérationnel au (44) (0) 1752 55 7550, je vous le donne au cas où vous en ayez besoin à l’avenir. IIs
n’ont pas donné de numéro en cas de dégâts
collatéraux, bon. En fin de matinée, le GPS fixe
n’en fait qu’à sa tête . Je sévi en ressortant le
portatif. Il lui faut un bon quart d’heure pour
qu’il retombe sur ses pattes. Il n’a pas servi
depuis si longtemps que la prise allume cigare
est corrodée : atelier « Top Contact » puis
plongeon dans la documentation pour
paramétrer les écrans à mon goût. Très
efficace pour remettre le fixe de meilleure
composition, coup double donc. Le soir, le
coucher de soleil que je vous épargne est
accompagné du passage d’un oiseau.
Etonnement, c’est le premier depuis La
Corogne. Il faut dire que depuis le départ de
La Rochelle je n’ai pas vu grand choses. Deux
très rapides passages de dauphins au sortir du
Pertuis et le matin de l’arrivée à La Corogne.
De très rares pétrels fulmar dans le Golfe.
Comme si l’absence de vent arrêtait l’activité
animale.
Le mercredi est le record de calme, voici l’ambiance du matin. Après un joli bord au petit largue en début
d’après-midi, plouf plouf, plus rien du tout ! A enrouler le génois, puisqu’il n’y a décidément rien à faire, je me
lance dans la cuisine et jette mon dévolu sur une Pizzare (Une pizza bizarre) … A l’usage, l’expérience est à
refaire !
Le jeudi a été la journée électricité. Mine de rien on avance quand
même et l’escale approche. Comme nous serons au mouillage, je
veux faire le plein d’électricité. L’hydro générateur est mis à l’eau. Du
coup j’inaugure un petit appareil magique, merci Sébastien. Avec la
petite pince de scarabée de l’engin, vous entourez un seul fil (Le plus
pour bien faire, et pas les deux sinon la bête reste muette là aussi) et vous savez le nombre d’ampères qui

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°1 – La Rochelle – Les Canaries
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passent. Merveilleux, j’ai enfin les réponses aux questions que je me pose depuis tant d’années. Qui produit
quoi, combien reçoit chacune de s batteries, etc. La réalité est éblouissante de
simplicité quand on la voit (phrase culte que je vous prie d’oublier tout de suite).
Les terriens peuvent rigoler tranquillement tout en allumant 36 appareils (plus ou
moins utiles) en même temps, mais en mer les ampères sont rares. Et ces petites bêtes ne se voient pas à
l’oeil nu. La gestion du bilan électrique d’un bateau est une difficulté pour tous. Sans rire, cet appareil est une
révolution à bord.
Et c’est comme cela, c’est-à-dire un peu plus intelligent (ou moins bête) qu’au départ, que , le lendemain,
Porto Santo pointe son nez devant légèrement sur tribord.

Bien qu’il n’y ait aucune relation entre les deux phénomènes, Kanaouenn - complètement étanche à ce genre
de considération -passe de l’aride pointe de San Lorenzo puis remonte dans la grande baie de porto Santo, en
arc de cercle et bordée de son immense plage. Arrivée Le vendredi 30 à 12 heures, le mouillage est comble,
après trois tours je trouve une place. Ce n’est pas facile car le vent tourbillonne et les bateaux n’évitent pas en
même temps. Finalement, le vent ayant encore tourné, je suis trop près du hollandais, à remonter l’ancre. Le
deuxième essai est mieux, parfois le catamaran n’est pas très loin mais cela passe. Les formalités faites , je
retourne à bord pour rallonger un peu et pouvoir partir en ville tranquille. Porto Santo est une petite ville
balnéaire maintenant. Les touristes sont presque tous Portugais et c’est très paisible. Un havre serein où on se
sent tout simplement bien. Quelques jours de pauses occupés à quelques visites sur l’ile et quelques travaux à
bord, l’éternelle liste est encore bien fournie, j’en avais gardé pour le début de route, je suis servi. Il faut aussi
perfectionner le régulateur Atoms, une tête de vis dépasse sur la tourelle et empêche les allures de trente
degrés de chaque côté du vent arrière, gênant pour les routes à venir ! Démontage, fraisages et meulages très
progressivement (je ne sais
pas ce qu’il y a derrière)
pour trouver le bon réglage
et remontage. Bien sur le
clip de bout d’axe saute
malgré mes précautions et
reste introuvable, histoire
banale que connait tout
bricoleur du dimanche. Tant pis, je remonte à la mode
débrouille en utilisant encore une fois le fils inox de Marc,
donné en 1984 ! Une si grosse bobine que, malgré les
multiples dons, il en reste les neuf dixièmes. J’en ai donc au

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°1 – La Rochelle – Les Canaries
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moins pour deux cent soixante-dix ans, il y a de la marge. Bon tout devrait aller, je range le chantier. Que vois-
je trôner en plein sur la plage arrière, un prodige, Mister Clip. Là c’est de la véritable provocation. Pour sévir
et montrer qui est le maître à bord, je le mets dare -dare à la poubelle ! En fait, ce n’est pas vrai, l’état du clip
est tel qu’il est inutilisable, sinon je l’aurais remis, cela aurait é té mieux tout de même.
Pour changer de sujet, vous en avez peut être assez du bricolage, un petit tour à Porto Santo ?

La fameuse Plage. L’ancienne Mairie.

Pour le plaisir des yeux.

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Un beau matin, je vois arriver dans le port le plus beau bateau du monde (véridique !). Le capitaine va prendre
une bouée près de la marina avec une classe magistrale qui n’a de pair que son embarcation. En débarquant,
je ne peux m’empêcher d’approcher et de dire à l’heureux propriétaire : «
Bonjour Monsieur. Vous avez un bien joli bateau ». Le maitre du bord me
répond doctement : « Jeune homme, je peux vous retourner le compliment
! ». Joël m’invite sur le champ à monter à bord et la conversation melodiste
s’engage bon train. Depuis 2002, il entame gaillardement sont cinquième
tour de l’Atlantique. On fait le tour du pont, du gréement, du régulateur (un
Atoms lui aussi, décidément), etc. Je fais le taxi pour ses formalités puis il
trouve une (la dernière ?) place au
ponton.
Porto Santo fait partie de la liste de
ces endroits où il faut se pousser pour en partir. Il y aurait toujours
une raison pour y rester un peu plus. Mais là, j’en ai une bonne pour
aller à Madère : Michèle vient y faire une escapade d’une semaine.
Mercredi 14 septembre
Superbe navigation, beau départ et bon vent. L’arrivée sur l’ile de
Madère a été saluée par un sportif et très sympa effet de cap. Le vent
a tenu sous son flanc sud jusqu’à a dernière pointe, une falaise
verticale derrière laquelle le vent n’avait plus accès. Pour les deux
derniers milles, cela ne valait pas de coup de batailler après une si belle navigation. Un petit peu de moteur et
voilà Funchal.
Le permanent de service est du type
descendu tout droit de la montagne,
mais me donne une place et m’aide très
professionnellement à m’amarrer nez au
quai sur pendille, merci bien. Formalités
à la Guarda rapides et aimables. Très
sympathique accueil au bureau de la
marina. Tout va bien. Puis sur le quai
(Mesdames, vous êtes priées de passer
directement au paragraphe suivant, ceci devient une conversation strictement masculine), alors là, jamais je
n’aurais imaginé cela. Quel accueil mes amis, mais quel accueil ! Bon je passe
vite, cela pourrait faire jaser.

La ville est très plaisante, un peu d’animation mais pas trop. Le calme portugais y
est pour beaucoup. Il y a du tourisme et très régulièrement de paquebots de
passage. Mais les gens des paquebots restent dans des endroits très ciblés et les
gens en villégiature sont de type âgé pour la plupart. Tout le reste est libre, dont
toute la montagne. Nous faisons ainsi de splendides randonnées, il y en a pour
tous les goûts. L’ile est d’une variété de paysages remarquable. Des bananiers,
orangers, vignes en bas jusque dans les hauts rocheux, en passant par les strates

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d’hortensias, eucalyptus, pins, pâturages. Assez de bavardage et place aux photos.
Les trottoirs
de la ville
sont,
encore plus
qu’au
Portugal si
c’est

possible, tous pavés en motifs blancs et noirs


incroyables. Le marché est magnifique avec toutes
sortes de fruits. Je ne savais pas qu’il y avait tant de
variétés de maracujas. Les bancs de poissons sont
phénoménaux, à des prix presque donnés.

La côte Nord. La cheminée est une ancienne usine de traitement de


la canne à sucre, entre autre pour le rhum.

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Camara de Lobo, côte sud…et les bananiers. En haut, dans le centre.

Pause presque tout en haut. Les célèbres Levadas, c’est parfois escarpé.

Et humide ! Beaucoup d’endroits ont été la proie des flammes.

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Et pour finir, parce


qu’il le faut bien,
un petit reflet à
Machico.
Retour à Funchal.

Pour revenir à la vie courante, voici une spécialité locale, le Bolo de caco. C’est un
pain plat. Avec, en partie, de la farine de patate douce. Le gout est délicieux et il
se conserve très bien en ne séchant pas. Ils le mettent à toutes les sauces un peu
façon « amburgé » dans des étals un peu partout, cela fait marcher le commerce,
mais tout simplement nature c’est un must.

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Et vous n’échapperez pas à la séance bricolage de l’escale. Il n’y a
pas de raison que vous profitiez des moments et qu’au moment
où il faut s’y mettre un peu, vous filiez à l’anglaise en nous
laissant les besognes sur les bras. Donc, commençons par le
problème : Comment peser le sucre de la confiture sans balance ?
Oui, parce que dans la montagne il y a des mures ! Voici la «
Solution Kanaouenn© ». Et en plus cela marche plutôt bien car la
sensibilité est largement suffisante. Michèle en a fait quatre pots
avant de reprendre l’avion. Sur une tranche de Bolo de caco, c’est
indescriptible : Les d’jeuns diraient « une véritable tuerie ».

Il est temps de partir pour avoir le temps de visiter l’ouest des Canaries avant le Sénégal. Joël est parti il y a
quelques jours déjà et Victor et Vivien partent eux aussi demain pour les Canaries avec un crochet par les
Désertas. Victor et Julie ont un beau projet avec leur « Nantes à l’eau » 1.

Madère ? C’est beau, sympa et on y fait de belles rencontres, quoi de mieux ? Je ne


peux pas partir sans vous présenter le cerbère du port. Avec lui, on se sentait en
sécurité absolue. On sent en lui la force tranquille de celui qui maitrise
parfaitement la situation. Une grande leçon de vie. Il avait son panier dehors
devant la porte avec un panneau demandant de ne pas lui donner d’os. Monsieur a
l’estomac fragile.

Mercredi 28

Pas besoin de partir de bonne heure, il n’y a que 250 milles à faire et, comme toujours, je préfère arriver de
jour. Je fais donc les formalités tranquillement et j’attends que le gros cata de « Day Charter » s’en aille pour
avoir de la place pour manoeuvrer. Les amarres sont larguées, il reste à décrocher la pendille. Tiens, Victor et
Vivien qui passent. On va partir tout juste en même temps,
on ne rate pas l’occasion de la séance photos. Le vent est
d’Ouest, départ au près. C’est probablement le dévent de
l’île qui fait cela. Effectivement, la direction des fumées
d’un feu de forêt (encore un) qui vient de se déclencher
dans les hauteurs partent bien vers le Sud-Ouest. La zone
de convection entre les deux vents est très étroite (Cent ou
deux cents mètres) et se voit très bien sur l’eau. Kanaouenn
part donc grand largue, poussé par un vent qui monte. Les
trois ris sont pris et le génois enroulé en équivalent foc
trois. Le bateaux avance à plus de sept noeuds en
permanence, c’est trop pour arriver de jour, j’affale la
grand-voile. Le lendemain, la voile est remontée et la toile est remise au fur et à mesure que le vent baisse.
Arrivée finalement très calme en milieu de matinée à Santa Cruz (S/C pour les intimes et sur les panneaux
routiers) de La Palma, au pied d’un petit cratère effondré. Le port est au trois quart vide et nous ne sommes
que trois bateaux de passage, étonnant. Il parait qu’au centre de l’île, il y a le plus grand cratère du monde (27
km de circonférence et 763 mètres de profondeur), cela doit valoir le déplacement. Tous les loueurs sont à

1
www.nantesaleau.com et sur Facebook

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l’aéroport, loin s et chers. En rentrant d’investigation, je m’arrête à une toute petite boutique juste à l’entrée
du port, l’homme très aimable me fait bon prix pour le lendemain, aubaine.

Place de l’église de S/C. L’ile est par endroit très verte.

Tout est très bien indiqué, mais 431 années


lumières, les nouvelles ne sont quand même pas
bien fraiches. A sud, la montagne est couverte de bananiers.
Pour voir la caldera, il faut s’inscrire car ils limitent les entrées et gèrent les places du parking du haut, c’est
gratuit. A mon avis, le mieux est de le faire à l’avance (sur Internet) pour prendre le premie r horaire du matin, là
où on a le plus de chance d’avoir moins de nuages. Une autre solution est d’y rester plusieurs mois s’il le faut
pour guetter la bonne météo si vous avez le temps, à vous de voir. Ou d’y aller à pied, il y a même un camping en
hauteur de l’autre côté ! Mais attention, les randonnées font vite 7-8 heures et on l’air assez engagées.

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Aout - Octobre 2016

Le temps gris gâche la photo, dommage !

Sur la crète, côté observatoire. Au dessus des nuages,à 2 426 m, grandiose.

Redescente, le sol est couvert d’une épaisse couche


d’aiguilles de pin. Sur le bord de la petite route, il y a
La mer de nuages, la crête à plus de deux mille plein de prises d’eau. Il y a effectivement de quoi

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mètres d’altitude, la mer (la vraie), craindre les incendies.
et derrière, le Teide à environ 140 Km !

Retour par la route des vins. Des fruits sur le bord de la route, juste comme cela.

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Il y a eu une séance bricolage à La Palma ? Et bien oui. Entre
autre la chaine qui a eu droit à une demi couche de minium. Une
demi car demi maillon par demi maillon cela prend vraiment
beaucoup de temps. Je vais voir ce que cela donne pour aller plus
loin. Pour ne pas faire désordre (On est dans une Marina !), le
mouillage est resté bien rangé sur le ponton.
Pendant ce temps-là, Kanaouenn fait le beau ! (Reflet n° 2)
Pour aller à La Gomera, le cap a donné un bon petit largue dans un 5-6 tonic. La capote a bien servie et à sept
noeuds on est vite arrivé à San Sébastien. Les derniers milles et les manoeuvres de pont pour préparer le
bateau ont été très sportifs avec la survente qui est bien connue des gens d’ici. En discutant avec les
marineros à l’arrivée, j’ai été étonnés qu’ils ne connaissaient ni l’un ni l’autre l’échelle de vent Beaufort … Le
monde change. Sans anémomètre, c’est pourtant ma seule référence, et les bulletins météo l’utilisent encore
quotidiennement.
La réputation de La Gomera n’est plus à faire. Pour le reportage, reportez -vous la lettre 3 de la saison 1 !
C’est peut-être un peu casse pied pour vous mais c’est simple et rapide pour moi. Pour la séance bricolage
locale, c’est la deuxième pale du régulateur (Gégé pour les intimes) qui est à l’honneur. Après découpage,
collage, ponçage, elle est prête pour le vernissage. Ce qui est fait dans la foulée, puis séchage avant la
deuxième couche. Jusque -là, tout ce passe comme prévu. Ce qui l’était un
peu moins est que, chargé des courses, en remontant à bord, regardant la
manoeuvre du catamaran qui arrivait, je bute sur je ne sais quoi. Patatras et
rattrapage sur … la pauvre pale qui n’y était pour rien et qui commence bien
mal une carrière pourtant prometteuse. Bienvenue à bord !
Sans transition et pour continuer de l’avant, le lendemain à l’aube, en route pour El Hierro, l’île la plus au sud-
ouest de l’archipel.
Jeudi 6 octobre
Je sors du port en même temps que la vedette du pilote, effectivement un petit paquebot arrive, je dois le
contourner avant de venir face au vent pour hisser la grand-voile. Le vent pousse bien le long de la côte, puis,
sans grande surprise, on arrive dans le dévent :
Vent faible de face. Deux heures de moteur ont
suffit pour retrouver un vent de travers 5-6 qui
fait filer Kanaouenn à plus de sept noeuds sous
deux ris. L’arrivée sur El Hierro est saluée par
une survente comme devant San Sébastien. La
mer se creuse, commence à blanchir et les
vagues sont nerveuses. Préparer le bateau
(amarres, pares battages) d’une main est
acrobatique. Juste devant le port la mer s’aplati
juste à temps pour affaler la grand-voile
confortablement.
Le port de La Restinga, tout au sud, est tout
petit. Les rares places au ponton sont prises et l’agent de service me désigne une place contre le quai, devant
une échelle. En première impression, c’est calme ici, vraiment très calme même, mais en fait c’est vraiment
sympa. L’île n’est pas atteinte par le tourisme, les villages sont petits et la vie locale à tous ses droits. Les gens
visiblement se connaissent et tout le monde se parle . Dans le bus, c’était presque une volière ! Petit
reportage :

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°1 – La Rochelle – Les Canaries
Aout - Octobre 2016

L’île est volcanique, il y a des champs de lave de toute


beauté et toute la campagne est striée de murettes.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°1 – La Rochelle – Les Canaries
Aout - Octobre 2016
Il se dit qu’on ne trouve rien ici, ce n’est pas franchement le cas. Il y a une petite superette sur le port et un
bon super marché à Valverde (il y a même des Maria Oro, c’est pour dire. Article introuvé depuis La Corogne,
un comble).
Un bateau pourrait très bien arriver ici la cambuse vide, décider d’y rester un mois - pourquoi pas – et d’y
préparer sa transat directe. Bien sûr pour Valverde il faut prendre le bus et il y a bien d’autres endroits
proches qui sont plus pratiques. Mais c’est faisable. Pour plus d’information, voir le blog rubrique « Infos
pratiques ».
Voilà, demain c’est le départ pour Dakar, pays de la Téranga, du « Il n’y a pas de problème », de la débrouille
sans limite. Mais pour cela il faut partir d’ici et c’est bien dommage. C’est ainsi, Pour voyager il faut partir *, et
ce n’est pas toujours le plus facile. Il faudra revenir ici.

A bientôt pour la suite,

En vous souhaitant un peu plus que le meilleur que vous vous souhaitez vous-même !

Bernard.

* Ça pourrait peut-être faire une petite phrase culte, non ? Ou alors « Pour arriver, il faut partir » à moins que
« Pour partir, il faut (y) arriver » face un peu plus sophistiqué. On y réfléchi d’ici la deuxième lettre et on en
reparle ?

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°2 – Sénégal
Nord Octobre – Novembre 2016
Samedi 8 Octobre.

Hier après-midi, je guettais le bureau de la Guarda. Le matin, lors du Check In (On dit partout comme cela
maintenant), l’homme de l’art m’avait dit de repasser à mon retour de Valverde par le bus, vers 14 heures 30
donc, pour payer. Il attendait de savoir le prix via Internet. Le bureau est toujours fermé et demain ce sera
pareil pour cause de week-end. J’avise un de ses collègues sur le quai qui se déclare incompétent pour toute
histoire d’argent. Lorsque je lui dis mon soucis, il s’exclame, « Mais pas de problème, vous partez demain, ce
n’est pas grave, allez-y ! ». Je n’ai pas l’habitude de payer avec la grande écoute. Beau pays, on paye si c’est
possible. Au El Refugio -mon annexe Wifi - le patron me tape déjà sur l’épaule quand j’arrive, belle ambiance !
Mais c’est l’heure du départ, vers neuf heures, il n’y a pas d’urgence. Juste le temps de faire un peu de
ménage à l’intérieur et sur le pont. Par contre pas fâché de quitter ce quai. Il y a une toute petite houle qui
rentre, presque rien, mais cela suffit à faire taper le liston sur les blocs de caoutchouc. Les chocs sont amortis
mais ce n’est jamais agréable de sentir le bateau cogner. Surtout que, bien évidemment, à chaque choc, le
cap’tain se réveille, normal ! J’ai gardé le deuxième ris de l’arrivée, la survente locale n’est pas une légende,
mais pas longtemps. Ensuite, pas de dévent cette fois-ci, départ direct donc.

Au soir, rituel du coucher de soleil puis relevé de la ligne de pêche : une petite dorade d’une quarantaine de
centimètres ! Elle se laisse remonter sans broncher. La croyant patraque, je la sors de l’eau directement.
Grossière erreur. La fourbe, certainement avec l’énergie
de l’instinct de survie, se décroche. Mais c’est la première
touche depuis trente ans au moins ! Jean-Loup, mon
conseiller technique es-pêche, est un véritable sorcier.
Pour te remercier, voilà l’ambiance du soir (mais les
autres peuvent regarder quand même !).

Dimanche.
La surveillance des bananes a déjà commencé. Ces
aimables fruits sont vraiment étranges. Ils paraissent bien
sous tous rapports et promis à une maturation sereine, et
le lendemain, alerte rouge, il faut les manger en urgence.
Heureusement, je n’en ai pas beaucoup, une vingtaine, prises dans quatre paquets bien différenciés pourtant.
Il ne devrait pas y avoir trop d’embouteillage, mais le menu du dimanche est tout décidé !
A bord, le team bricolage est opérationnel tous les jours, même aujourd’hui. Thème du jour ? La GoPro.
Objectif ? Mettre en place des supports. Pendant que le PI (Pôle Ingénierie) étudie les emplacements, l’E3
(Equipe Electricité-Electronique) recharge la caméra et la CAU (Cellule Assistance Utilisateurs) re potasse la
doc. Une vraie ruche, le rouleau compresseur est en route. Un premier résultat ne se fait pas attendre

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°2 – Sénégal
Nord Octobre – Novembre 2016
longtemps. L’ET (Equipe Technique) passe à l’action : 4 trous dans une planchette plastique à la vrille puis
poser 4 vis dans le support en bois de l’hydro. Ainsi, l’ASP (Arrière Stratégique Point) est opérationnel.
En visualisant le premier rush et en tombant par hasard sur un arrêt sur image, voici la parfaite illustration de
la réponse à la question de Michel.

On ne risque pas de s’atrophier en mer. Toutes ces acrobaties juste pour faire deux mètres et quelques pour
retoucher le régulateur. Une vraie vie de singe ! Et là, la mer est calme. Sans compter les multiples passages
dans la descente (quatre marches et le surbau à enjamber), les manœuvres et tout simplement se tenir à
l’intérieur. La vie au grand air est active.
Pendant ces quelques précisions, le PI a trouvé un CASP 1. Le trou de fixation à faire est cette fois-ci dans une
tôle en inox de deux millimètres. L’ET est en pause, c’est dimanche, je ne peux rien dire et prends donc le
relais - Un Cap’tain doit être sur tous les fronts. La perceuse et les accessoires sont sur le rouf en pied de mat.
Oups, j’ai oublié le pointeau en bas. Je descends. Et là, comme par hasard, splendide coup de roulis alors que
tout était assez calme depuis ce matin. Valdingue de deux-trois bricoles dans le carré et badaboum en haut.
Au bruit, je crains le pire. Le pire, que je pensais pourtant bien calé, est dans le rail de fargue. Je me suis fait
encore avoir, ne serions-nous que d’éternels débutants ?2 La situation ne serait pas fâcheuse si le pire n’avait
pas perdu sa batterie. En dehors du bilan écologique catastrophique (la batterie n’était pas bio), pour
l’instant, le trou est au quart percé à la main. Etant donné l’état de la mer, la suite est reportée à une date
ultérieure. Fin du rouleau compresseur.
Lundi 10 au matin.
Hier soir, brève visite de dauphins gris aux dos mouchetés, un groupe assez important. Un peu loin du bateau
quelques chandelles exceptionnelles, au moins un mètre cinquante de haut,
comme jamais vu. La nuit, l’eau est très fluorescente et il y a des masses
rondes de la taille d’un gros ballon de basket particulièrement
luminescentes. Elles font des reflets dans la palle aérienne de Gégène, non
pas par la perfection de son verni (j’en serais flatté !) mais par la rosée. Les
nuits sont très très humides. La mer s’est calmée en fin de nuit. Depuis hier
après-midi, le bateau a été pas mal secoué. Ma fidèle paire de lunette tombe
et se casse, belle occasion pour ouvrir l’atelier idoine à base de fil de fer
(toujours le même !) et de colle SuperGlue. Les clientes étant
nombreuses, le succès est immédiat !
Mardi 11.
Nuit calme, le vent a faibli et j’ai enroulé le génois pour abattre,
il était trop déventé. Ce matin, il y a un bon 6 et Kanaouenn
avance bien. Nous avons croisé plusieurs cargos et pétroliers
cette nuit, et ce matin j’ai l’impression de passer une ligne de
pétroliers. Depuis hier, le ciel est chargé, comme une espèce de
brume de chaleur. Probablement depuis qu’on est sous le vent
du Sahara. La visibilité n’est pas nette, les cargos ne se voient

1
CASP : Central Arrimage Stratégique Point.
2
Phrase qui pourrait peut-être servir plus tard … A creuser ?

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°2 – Sénégal
Nord Octobre – Novembre 2016
pas à plus de cinq à six milles. L’atmosphère est particulièrement humide, en plus les embruns éclaboussent
régulièrement. Je viens de mettre le panneau de descente, la table à carte était à la réception et les gouttes
d’eaux perlent sur les instruments. La mer est assez forte.
Jeudi.
Hier après-midi, joli répit. Le vent est descendu d’un bon cran : génois déroulé presque entièrement et plus
besoin de se tenir à bord. Belle occasion pour une cuisine plus
élaborée ! Mais cette nuit le force 6 est revenu. Les poissons volants
sont de retour depuis deux jours, Pas énormément mais de beaux
vols et quelques splendides crashs. Je suppose ces petites bêtes un
peu myopes pour si mal voir les crêtes des vagues. Quand ils en
prennent une bien sur le côté c’est le numéro de clown assuré. Faire
route au large, c’est fini. Il faut mettre cap à terre et croiser le défilé,
mais Vespy-Oeuil-de-lynx veille !
Vendredi 14.
Voilà Dakar, une journée plus tôt que statistiquement
prévu. Mon petit objectif personnel est atteint, elle
n’est pas belle la vie ? De la première pirogue
rencontré sort un « Soyez le bienvenu » traditionnel.
Ce n’est pas possible, comme s’ils étaient payés par
l’office du tourisme ! Pas besoin de vérifier la
navigation, Kanaouenn est bien au Sénégal.

Pour rentrer dans la baie, juste pour m’amuser, En arrière-plan, les deux Mamelles. Je ne dis plus rien là-dessus ...
j’allume l’ordinateur pour tracer la route. Voilà le Quoique ?
résultat ! Pendant une bonne heure et demie, MicroTruc, pour ne
pas le nommer, à décider de faire un schmilblick que je ne lui ai
jamais demandé de faire… Et si tu as besoin de ton ordi pendant ce
temps là … ben tu attends ! Imaginez le sketch sur le plateau
d’Albion en cas d’attaque intergalactique ! Mais bon, il fait beau et
on a mieux à faire.
Arrivé à Hann, je mouille très très soigneusement, je ne suis pas près
d’oublié le dérapage de la fois précédente. La Julianne est là, ils
viennent d’arrivé il y a quelques heures. Ils sont partis de La Restinga
le matin même de mon arrivée, on s’est donc
raté de peu. Ils ont longé la côte et n’ont pas
eu de vent. Débarquer au CVD est toujours le
même plaisir, surtout qu’on se connait
maintenant. Tient, je vous laisse méditer sur
ce qui orne l’entrée. Il y a plus de monde que
les fois précédentes, des voyageurs de toutes
sortes, de méthodes et d’objectifs très
différents, c’est étonnant et intéressant. Cela
va de jeunes à pied minimalistes aux voiliers
bien équipés. La différence d’enthousiasme,
de curiosité et de positivité est flagrante. La
critique facile et l’opprobre grincheuse
seraient-elles proportionnelles au porte-
monnaie et/ou à l’âge ?
Les quelques jours sont occupés à différentes
démarches pour préparer la mission VSF (Voiles Sans Frontières). Pour cela le téléphone est indispensable, je

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reprends donc ma bonne vieille puce avec toujours le même numéro. Tient les appels ne passent pas,
pourtant je reçois et envoie des SMS ! En Janvier j’avais entendu parler d’une vague histoire d’identification
sans y prêter d’importance. Mais là, c’est devenu sérieux. Toutes les puces achetées sur le marché informel
doivent être identifiées. Pour les étrangers, il faut aller à une agence officielle avec son passeport. Bon, j’y
vais, pas le choix. Grosse affluence ! En attendant, je profite du peu de monde au guichet internet pour lancer
l’affaire, il me fait prendre du crédit et m’explique, c’est tout simple, super … Grosse erreur, maintenant, pour
ne pas perdre tout mon crédit, je dois garder le même numéro et donc attendre ! Coup de téléphone de
Julien, T’es où ? Bon j’arrive ! Il prend la queue pour les nouvelles puces, et un quart d’heure plus tard repart
toutes affaires faites. Côté Indentification, j’attends … Cinq heures et demie juste pour présenter mon
passeport ! Elle n’est pas belle la vie quand son téléphone re-fonctionne ?
Dakar n’a pas changé, la circulation non plus, certains disent que c’est pire qu’avant, entre nous, au point où
cela en est, c’est très difficile à remarquer. Petite exemple : Départ vers 14 heures du
CVD, aller vers Liberté 6 (regardez sur un plan, ce n’est pas le bout du monde,
normalement 20 mn maxi), y déposer un livre (le temps de discuter avec l’assistante, 5
minutes), aller à Pompier (Normalement, encore une vingtaine de minutes), y acheter
les Mia Moké1 (le temps de discuter un peu, un quart d’heure maxi), retour au CVD
(normalement, env. 10 mn) et vous rentrez vers 18 heures 30 en remerciant le
taximan qui a su si bien faire l’anguille dans les embouteillages ! J’aime les grandes
villes.
Farba, l’enseignant de Siwo, futur ex correspondant de Sébastien (il a été muté), en attente de son nouveau
poste, s’avère être à Dakar, chez lui. Il est en fait originaire Goré. On
passe de bons moments ensemble à faire des courses et se balader en
ville. Je croise au CVD et fait la connaissance de Olivier Boussiron, un
vieux briscard du Saloum. On avait bien échangé par mail et le voici en
chair, en os et en humour. C’est lui qui m’a fait découvrir Mia Moké. Il
rentre du Saloum et reprend l’avion le lendemain. Je retrouve aussi
Ibrahima (Gaétan) qui se démène pour aider les Apprentis Nomades et
Salif (de Diogane) à trouver dans la grande ville ce qu’ils ont besoin à des
prix honnêtes. C’est étonnant comme avec certain le courant passe si
bien et si spontanément. Les affaires à peu prêt calées, le problème de
la durée du séjour de Kanaouenn globalement résolu dans le principe,
j’ai de temps et le loisir de faire l’escapade escompté dans le nord.
Donc plus tard que prévu, (les aléas locaux sont fréquents !) en route pour la gare routière. Au fait, pour ceux
qui prennent des notes (toujours les mêmes), on est le vendredi 21 octobre. Pour Saint Louis, il y a du trafic et
les sept places se remplissent vite, en route. Je me fais arrêter à Mpal, j’y ai rendez-vous avec Yatma Lo, un
enseignant rencontré il y a huit-neuf ans. Il était
directeur de l’école primaire d’un petit village en
brousse pas loin. Très actif et charismatique. Hélas,
l’homme était également actif politiquement. Un
jour, il s’est même permis, avec d’autres, d’arrêter
le convoi présidentiel qui passait sur la nationale
pour réclamer le branchement de l’eau (ou quelque
chose comme cela, je ne me rappelle plus
exactement) pour le village. Un beau matin, il avait
rendez-vous à Saint Louis, à l’académie. En fin de
matinée, il y croise son inspecteur dans un couloir

1
Mia Moké est la création de l’agence dakaroise Advise : Une héroïne locale dans laquelle les petits africains (et les
autres !) peuvent s’identifier. Elle n’est pas rose bonbon si vous voyez ce que je veux dire ! Elle est futée et sensible à
l’avenir de sa planète. Vous pouvez la retrouver sur Internet et sur une appli très sympa mais hélas uniquement sur Mac
pour l’instant.

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qui le salue comme d’habitude. Celui-ci rentrait du village où il avait constaté qu’il n’y était pas, et pour cause.
Ensuite il a été accusé d’abandon de poste, un grand coup de pied dans sa carrière et le voilà dans un placard,
pion au collège de Mpal. J’ai raconté l’histoire de la visite surprise sans évoquer l’activité politique à des
enseignants à Dagana qui n’ont pas eu l’air surpris, commentaire désabusé : « ce n’est pas très courant, mais
cela arrive ». C’est beau une hiérarchie.
On passe chez Ytama où il me
présente sa petite famille et
discutons le temps d’un thé. Dans
un coin de la cours, il y a une
quantité de chaudrons. En fait, un de
ses oncles est décédé récemment et
la famille commence à arriver pour
la cérémonie. Calculs faits il y a de
quoi faire cuire vingt kilos de riz d’un coup ! Ils attendent
effectivement du monde. La bienséance fait que nous passons
saluer les premiers arrivés et respecter la coutume vis-à-vis
de la veuve. Puis nous partons pour le village en charrette.

En route, La savane magnifique.


Le village est en fait quatre ou cinq concession (famille élargies) autour maintenant d’une petite mosquée.
L’accueil réservé à Yatma par les enfants et les adultes est impressionnant et lui est visiblement nostalgique.
On fait un rapide tour du village. On est vendredi après-midi (je pensais arriver plus tôt !) donc l’école est
fermée et les enseignants sont rentrés chez eux. Yatma me présente le président du comité de gestion de
l’école et un ancien, conversation impromptue sous un arbre.

A l’école, il y a depuis peu un robinet d’eau et des latrines. Je propose de revenir pour rencontrer les
enseignants. De retour à Mpal, finalement, une opportunité pour aller à Saint Louis (une trentaine de

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kilomètres) est vite trouvée. En route, panne de Gaz oïl. Le jeune chauffeur croyait pouvoir faire
tranquillement cent vingt kilomètres sur la réserve. La jeunesse est d’une confiance consternante. Donc, non
prévu au programme comme la future arrivée de nuit :

1) Cocher de soleil sur pas le plus bel endroit du 2) Vue imprenable sur les anciens rails de Dakar-St
Sénégal. Louis.
J’espere que le jeune homme n’était pas
subventionné par l’office du tourisme, un coup à se
faire renvoyer sur le champ. Bref du gaz oil fini par
arriver, les raleurs se détendent. Le chauffeur met le
contenu du bidon dans le réservoir, puis pompe pour
ré amorcer. La pompe était-elle défaillance ou lui
impatient, toujours est-il qu’il fini par debrancher le
tuyau pour aspirer à la bouche. La liquide arrrive très
vite et lui recrache la bonne goulée prise encore plus
vite. Bref, le moteur fini par redémarer et les raleurs
retrouvent le sourire. En fait, c’est un sept places
local, il ne va pas au garage mais directement en ville.
Il dépose les gens au fur et à mesure puis me signale
que sont terminus n’est pas loin.
3) Et record de décharge de matières plastique.
On s’arrange et il me conduit au nord de l’ile. Arrivé devant l’hôtel, je lui demande d’attendre que ce soit ok
avant de repartir. Au coup de sonnette, le compagnon de Awa ouvre, et l’accueil est comme toujours. Avant
d’entrée, je me retourne pour faire signe au taximan que tout est ok … Il a la tête dans le coffre en train de se
rincer abondamment la bouche.
Saint Louis n’est qu’une escale, mais le plaisir de flâner dans ses rues ne se rate pas.

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Matin au bord du fleuve. Collégiens embauchant par le bac à perche.

Fin de règne pour les R12 à bout de souffle. Le toujours aussi splendide lycée (Et ancien hôpital).

Si j’avais su, je n’aurais pas pris Orange Money ! La place Faidherbe, calme pour une fois.
Pour les lieux plus connus, je vous renvoie aux lettres précédentes. Hélas, le CRDS est toujours en réfection.
La route pour Richard Toll est bordée de militaires, un tous deux à quatre
cent mètres. Etant là incognito, cela ne peut pas être pour moi. Je pensais
donc que c’était à cause de la proximité de la frontière Mauritanienne. Que
nenni, en fait Son Excellence Macky Sall, président de la république va
passer par là. Dans chaque village, il est très attendu. En fait le convoi ne
s’arrête jamais, même à Richard Toll.
De chaque côté de la route, de grandes rizières dont certaines
d’organisation très industrielle. Le fleuve est là pour l’eau et le Sénégal rêve
d’être autosuffisant en riz (base de l’alimentation). Cela a été de mainte fois une promesse électorale, mais la
marche est haute, environ les deux tiers restent à franchir.

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La célébrité locale : « Folie » du baron Richard. Le port, la Mauritanie est juste en face.

Bibliothèque tenue et animée par Etienne. Plus dans les terres, l’état des 7 et 40 places.
La chaleur est très forte en milieu de journée. Yves m’avait dit « Tu vas dans le nord, ne prends pas froid ! ». Il
aurait mieux valu me dire de ne pas prendre chaud. L’hivernage tarde à finir cette année. Il a valu une petite
panique sur le mouillage sous un orage subit à Dakar, et là la chaleur est accablante en milieu de journée. Il y
a très peu de trafic sur le fleuve, pour ne pas dire aucun si ce n’est quelques rares travailleurs frontaliers.

A garage, je suis choyé, ils n’ont pas l’air d’avoir souvent des toubabs comme client. Le route est toute neuve,
financée par « Le peuple américain », c’est rappeler tous les
deux kilomètres environ, la modestie américaine
m’étonnera toujours. Arrivé au garage de Dagana, à peine
sortie de véhicule, un jeune en deux roues me presse pour
le prendre pour la course. Mais un homme de la voiture fait
barrage et me propose de plutôt partager la charrette avec
lui et la femme qui y est déjà. En route nous faisons
connaissance, c’est un enseignant (encore !), il se fait
déposer devant une belle maison qu’ils louent à plusieurs en
me proposant de passer les voir après ma balade en ville. La
femme se fait déposer plus loin et je négocie avec le cocher
pour le tour de la ville.

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Les quais sont splendides, il règne au bord du fleuve une ambiance si paisible, un endroit particulièrement
magique.

Le marché est très actif et bien achalandé.

La statue, parfois présentée comme étant une reine du Walo (la région d’ici), à priori ne serait qu’une noble.
Et sa célébrité vient plutôt de son acte de bravoure. Raflée lors d’une razzia avec quelques autres, elles ont
préféré s’enfermer dans une pièce et s’immoler que d’accepter la captivité. A droite, c’est ce que tout le
monde ici connait sous le nom de « La maison des enseignants ». J’y retourne donc et suis, comme toujours
au Sénégal, très gentiment accueilli. La conversation roule autour d’un café. Seck est en maternelle, les autres
sont au collège ou au lycée. Ils louent la maison à six et partagent tous les frais. Dagana, une ville de 25 000
habitants à Trois maternelles et une case des tous petits, trois ou quatre collèges et un lycée. Seck m’emmène

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faire une tournée en commençant bien sûr par sa maternelle. La commune suit ses établissement et
l’équipement et au-dessus du vu jusqu’à maintenant.

Les enfants de maternelle et du primaire prennent leurs repas à l’école. Les denrées non périssables (Riz,
sucre, huile, …) sont fournis par l’USAid. Il m’a été rapporté il y a peu d’années des cas ne malnutrition sévères
(voir pire) dans la région. Information peu relayée par les offices du tourisme et agences de voyages, et par le
gouvernement non plus d’ailleurs. En passant devant une très belle maison qui tranche franchement (étage,
façade carrelée, hauts murs), Seck me dit que c’est la maison d’un homme qui s’est lancé dans la politique. Il
est vrai que le Vieux (l’ex président Wade) se targuait fièrement et en toute impunité d’en avoir enrichi plus
d’un et rapidement. Ailleurs, il me présente le quartier de réfugiés. Le sanglant génocide de 1989 perpétré par
le régime Mauritanien de Ould Taya est bien encore présent dans les esprits.
La nationale 2 continue, dans un quarante places cette fois-ci. Ce sont des fourgons Mercedes réputés lents et
inconfortables. Il n’est rempli qu’à moitié et les arrêts possibles ici sont plutôt rares. Nous sommes dans la
région des Peuls et des Toucouleurs. En fait c’est un peu la même chose, ils parlent la même langue (le
pulaar1) et ont les mêmes coutumes. Les Peuls sont éleveurs et les toucouleurs des agriculteurs. Le paysage
est à mi-chemin entre la savane et le sahel. On est en fin d’hivernage, l’herbe est verte.

1
Le Sérère parlé dans le Saloum serait très proche. Les Sérères seraient en fait originaires de la région et auraient fuient
dans la région isolée de Saloum pour éviter les razzias esclavagistes et les enrôlements dans l’armé coloniale. Les amas
coquillers prouvent que l’implantation humaine dans le Saloum est bien plus ancienne.

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Arrêt à Taredji, c’est le carrefour entre la grande route qui continue vers Matam et Bakel et
la route vers Podor. Le quarante place en attente est loin d’être plein, j’ai temps de trouver
de quoi manger au marché et d’y fouiner. Il est particulièrement coloré.

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Podor

La rue principale. Au bord du fleuve, et toujours la Mauritanie en face.

Le ramassage scolaire arrive à la maternelle. Les anciennes maisons commerciales sur les quais.

La présence de cette péniche a intrigué tout le monde (à priori, les autorités aussi), il y a un vieux projet de
rétablir le fleuve navigable jusqu’au Mali qui traine dans les cartons depuis des années. A suivre ?
Dans une boucle du fleuve Sénégal, Podor est la ville la plus nord du pays. Aux portes du désert, il y règne une
atmosphère paisible et un peu magnétique. Manguiers immenses les pieds dans l’eau, potagers sur les rives
du fleuve nourricier qui n’a pas fini sa décru. Il alimente encore de d’immenses surfaces inondées qui seront
cultivées dès qu’il aura libéré l’espace. Toute cette eau douce dans cette aridité est surréaliste. Je vous
emmène en rando à pied le long de cette boucle. Le chemin est parait-il balisé mais je n’ai pas regretté de me
faire accompagner car lui-même l’a parfois trouvé qu’en demandant aux jardiniers des alentours.

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Potagers le long du fleuve. Digue pour contenir les crues.

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Le long du canal d’irrigation et les potagers. Village de Ngawlé, tout en banco.

En face, village Mauritanien. A un moment où j’admirais les immenses manguiers d’en face, mon compagnon
de route(à droite sur la photo), d’un air désolé, m’a répondu : « C’est nous qui les avons tous plantés ».

Rizière irriguée. Paysage du retour.


Heureusement qu’on et rentrée en charrette, probablement plus de quatre heures à pied dans cette
fournaise aurait été terrible ! Podor aussi célèbre pour son fort, ses poteries et ses teintures.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°2 – Sénégal
Nord Octobre – Novembre 2016

Pour les teintures, il parait qu’une spécialiste a fait des recherches, a


trouvé des traces de la technique locale au Mali. Et en remontant à la
source, ici, n’a plus rien trouvé. Il paraitrait que le savoir-faire ait été
perdu …
Pour aller à Guédé, normalement en vingt kilomètres de voiture, c’est
fait. Sauf que là, avec la crue pas finie, il faut faire le tour. Donc retour
au carrefour de Teridji, là trouver un deux roue pour aller sur le bord
d’un bras du fleuve. Coin perdu, je propose au conducteur de prendre
son numéro de téléphone, il est d’accord pour revenir me chercher.
Partout l'eau des crues est encore présente.
C’est bien pratique la communication moderne !

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°2 – Sénégal
Nord Octobre – Novembre 2016
Le bac est à corde et à bras. Il ne sert que pour le bétail et les véhicules. A côté il y a deux pirogues villageoises
en libre-service pour les personnes. N’étant pas d’ici, je ne me permets pas de les utiliser seul, j’attends (pas
longtemps) des locaux. L’objectif de tout cela : La moquée de style soudanais, extrêmement rare dans la
région. C’est tout ! Le village et le trajet valaient vraiment le coup aussi.

Pour terminer avec Podor, voilà le classique moyen de transport dans les régions reculées et à droite une
nature morte dite « Petit déjeuner au bord du fleuve ». Chez Mr et Mme Kane, j’étais vraiment aux petits
oignons. Mais il est temps de rentrer, les jours passent. Retour par Saint Louis (la route y passe).

On découvre toujours plein de choses à Saint Louis. Boutique dans le quartier nord de l’île.

Pour une fois, le bateau mythique est là : tapis rouge, musique live pour accueillir les clients, très chic. Pas
d’histoire d’argent entre nous je vous prie. Des jeunes regardent le spectacle médusés.

Petite pause près de Mpal pour aller voir l’école et les enseignants avec crochet aux puits si proches.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°2 – Sénégal
Nord Octobre – Novembre 2016

Puis bien lent retour en 40 places, repartant de Mpal, je n’avais pas le choix bien qu’il aurait été peut être plus
rapide, plus confortable et pas beaucoup plus cher de retourner à Saint Louis pour prendre une sept places.
En tout cas, c’est bon, maintenant je sais ce que veut dire circuler en 40 places ! Mais par contre l’ambiance
est garantie. A Dakar, Kanaouenn est là (bien évidement !) Tranquille. Aux bons soins de Tafa, je n’étais pas
inquiet. Il est temps de commencer à le préparer pour partir dans le sud. Mais vous n’échapperez pas aux
deux-trois choses que je voulais voir avant de partir.
Dans la saison un, ceux qui suivent pourront se rappeler que j’avais parlé de la mamelle de gauche d’une
façon un peu irrévérencieuse. Allons voir cela de plus près je vous prie.

Grandiose, 180 marches, la statue ne fait que 50 mètres de haut. Pour comparer, Che Guevara à Santa clara :
7 mètres (mais c’est du bronze). Lincoln à Washington est lui aussi bien plus petit (mais c’est du marbre
blanc). Par contre la tour Effel est plus haute, Cocorico ! (mais c’est de la ferraille …).

Le volontarisme exprimé par le bras tendu du chérubin qui normalement sait à peine sucer son pouce à cet
âge-là, par les muscles de Monsieur et par la poitrine de Madame dépasse largement ce qu’aucun artiste
stalinien n’avait osé faire. Le grand Sow en a rajouter quand même beaucoup. Et on se demande pourquoi
cette statue à fait jaser ! Cerise sur le gâteau, on peut monter dans le chapeau de Monsieur, vue certainement
imprenable. C’est payant, et cher. Normal, 35% du prix va dans la poche personnelle de Mr Wade. Pourquoi ?
Parce qu’il était le président de la république. Et aussi, parce qu’il n’y pas de raison que ce ne soit que ceux
qu’il a grassement corrompus et achetés, son fils et sa femme qui se gavent sur le dos du pays. Il parait que le
grand Sow regrette amèrement de s’être fait embarqué dans une affaire pareille. Nos dirigeants politiques

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°2 – Sénégal
Nord Octobre – Novembre 2016
ont un sens aigu de leurs responsabilités. Ne voulant pas remplir les poches du vieux, hors de question pour
moi d’entrer. Vous pouvez remarquer que le lieu n’attire pas les foules.

Je voulais aussi passer voir le camp de Thiaroye. Pour rappel, à la libération, l’état français ne sachant que
faire de ses tirailleurs (tout du moins ceux qui restaient car en général, les nazis ne leurs faisaient pas de
cadeaux, ou plutôt, en général le cadeau était de type très expéditif) les parqua là. Oubliant juste un peu de
payer leurs soldes au passage. C’est pourtant eux pour la grande majorité qui ont constitué l’armée de
libération au début des victoires. Ils étaient sur le carreau parce que De Gaulle avait décidé de « Blanchir
l’armée » : remplacer les tirailleurs par les résistants. Officiellement, c’était pour prendre en main les
résistants par crainte d’une insurrection... Bref, les tirailleurs parqués ont trouvé que ce n’était pas juste et
l’ont fait savoir. Je vous passe les détails mais le problème fut résolu le jour de l’an 44 à grands coups de
mitrailleuse. Ensuite les autorités ont essayé de faire croire qu’ils s’étaient révolté et que armés, ce n’était
que légitime défense. Hors ils ne l’étaient absolument pas et cela n’a été qu’une abjecte boucherie. Les
survivants ont même été condamnés. Puis quand même graciés en 1947. Il a fallu attendre tout de même
2014 pour une reconnaissance officielle de la France. L’histoire n’est pas toujours glorieuse. Le lieu est sobre
et bien entretenu, et il y a un intéressant petit musé qui rappel bien les faits.

Puisqu’on est dans les cimetières, je demande à Nango s’il peut pousser un peu plus loin, au cimetière des
naufragés du Joola. Ce n’est pas très loin.

Le site, avant complètement à l’abandon, a été restauré et présenté respectueusement (contrairement à


Ziguinchor). Les pseudos tombes sont là uniquement pour rendre l’endroit plus digne. En fait ce sont des
fosses communes. Mais comme l’a souligné Nango, les corps ont été bien alignés. Pour rappel, sur un bateau
de 500 places, 1 800 morts officiellement. En réalité le chiffre de 2 200 est souvent annoncé. Je ne suis pas un

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°2 – Sénégal
Nord Octobre – Novembre 2016
rat de cimetière, ne vous inquiétez pas. C’était juste pour savoir comment les faits et la mémoire des gens
étaient gérés.

Bon, on ne va pas se quitter là, sur le trottoir, devant un cimetière tout de même.

Donc sans transition, et pour changer de sujet avant de conclure, voici une des séances bricolage (cela faisait
longtemps) pour préparer Kanaouenn qui lui pense à sa future traversée. Chacun ses préoccupations certes,
mais il faut reconnaître que ce sera son « Job », et il faudra qu’il assure.

Réparation de la latte du haut de la grand-voile et couture d’une sangle de


protection.

Voilà, encore une fois, Kanaouenn est quasi prêt. La cambuse et peine ainsi que les réservoirs (et le gaz !) ;
Michèle arrive demain (ce qui veut dire que nous sommes le premier novembre). Quelques courses et ce sera
cap au sud.

Mais ce sera une autre histoire !

A Bientôt donc !
(Et bise au Filles).

En vous souhaitant le plus que le meilleur possible,

Bernard / Kanaouenn.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°3 – Siné-Saloum avec VSF et Casamance
Novembre 2016
Dakar, le jeudi 3 Novembre.

Life est parti ce matin de très bonne heure pour mouiller devant Djifère avant la nuit, on part en milieu
d’après-midi, avec le projet de se retrouver au petit matin à l’intérieur des passes du Siné-Saloum et de
naviguer ensemble jusqu’à Bassar. Très peu de vent jusqu’en milieu de nuit, aussi on arrive devant l’entrée
que vers dix heures passées. La nuit a été tranquille car très peu de pirogues. Il faut dire qu’on est resté très
au large, le plus possible. Life, sans surprise, ne nous a pas attendus pour respecter la marée. C’est un peu
juste mais il reste le temps de monter vers Mundé. Dans le bolong,
guidé sous OpenCPN par une trace et une route (une litanie de
points saisis laborieusement) fournis par Max, tout va bien. Devant le
bolong qui mène à Munde, on mouille… finalement, trop près du
bord. On remouille … encore une fois trop près du bord (les fonds
remontent très vite et avec le vent contre courant Kanaouenn évite
bizarrement). La troisième fois est quand même la bonne ! Bon,
Kayak à l’eau et en route pour Mundé. Comme de bien entendu,
puisqu’on est en retard sur la marée, le courant est contraire. Mais

en vingt minutes on arrive au petit


débarcadère, au nord du village.
Puis plus qu’une demi-heure de
marche pour le village et nous
déposons le matériel pour la Case Des
Tout Petits (crèche) à Fatou Sarr. En
nous raccompagnant elle nous explique
que la culture du mil a été abandonnée
au profit du maïs car les oiseaux
(justement appelés les « Mange
mil ») dévastent toutes les
récoltes, de 70 à 80 % ! Ils en ont
Greniers traditionnels.
marre de travailler pour ces
pestes pourtant si jolis qui vivent en bandes comme les étourneaux. Fatou a bien
voulu prendre la pagaie pour la photo mais a prudemment refusé d’essayer la
Kayak. « La prochaine fois » a-t-elle promis peu convaincue. C’est noté quand

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°3 – Siné-Saloum avec VSF et Casamance
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même !

Champ de mil. Récolte des arachides.


La nuit dans le bolong, entourés que de mangrove, est d’un silence total. Après Dakar, c’est fantastique. Le
lendemain, journée technique : Aller à Munde en suivant les points venus de je ne sais où et la trace
enregistrée en fait par un dériveur intégral. La quille de kanaouenn a-t-elle assez d’eau ? En route lentement.
Dans un beau virage avec un confluent, il y a un panneau explicatif, on regarde le panneau : premier plantage.
La vase est collante et la marche arrière ne donne rien mais
Kanaouenn fini par pivoter et c’est reparti. Autre virage avec
autre affluent. Deuxième plantage
? Non, l’évènement vient de
l’apparition d’une petite pirogue à
vive allure. C’est Salif et Ibe qui
ont vu le mat de loin et qui
viennent nous saluer ! Ils vont à Life et Kanaouenn devant Bassar sous pavillon VSF.
une réunion : à ce soir donc. Autre virage, cette fois-ci, c’est la vue de Life au
mouillage qui fait la (semi) surprise. Pause-café à leur bord. Océane et Nicolas
commence leur mission au poste de santé. Le papotage dure un peu trop et
la marée ne nous attend pas (vieil adage malouin), il est plus que temps. Un
gratouillage de quille et deux autres plantages plus loin, Diogane est en vue.
Avec la marée qui descend, il est temps. Mais le bolong nous a laissé passer.
La Julianne et Ty Baloo sont là depuis quelques jours. Retrouvailles avec
Julien, Théo et Norman accompagnés de Paul, et de Jacques. Le chantier de
construction de l’aire de jeux extérieurs bat son plein. Ils ont bien un peu de
peinture sur eux mais le reste est propre ! On reprend contact avec
Seynabou à la Case des Tous petits pour le reste du dépôt et avec Omar le
directeur de l’école qui a toujours ses problèmes électriques à la salle informatique et autres « détails »
d’intendance. Comme plus d’eau pour les latrines, la pompe du forage du village est cassée. Ibe et Salif sont
rentrés très tard (ou plutôt très tôt).

La Julianne des Apprentis Nomades :


Julien, Théo et Norman.

Ty Baloo de Jacques.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°3 – Siné-Saloum avec VSF et Casamance
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Le lendemain, nous allons comme prévu à Siwo. Petite navigation sans histoire, presque banale !
Dimanche 6 novembre.
Arrivée à Siwo en milieu d’après-midi, c’est dimanche et tout
est calme. Les deux Ousmane (Ndiaye et Dione), Ibra, Mbaye
(qui remplace Farba), Cheikhou et Issa sont là. Dix mois qu’on
s’était pas vu ! La reprise des cours a été tardive ici. Le jour
de la rentrée, l’hivernage pas fini, il y avait vingt centimètres
d’eau dans toute la cour.
Un nouveau bâtiment est
en construction. Pour
remplacer celui qui s’était
fait souffler le toit il y a un
an et demi par une
tornade. Ils sont contents
car l’inspecteur est enfin venu les voir (un évènement) et tous ont
leur diplômes validés. Et suite au bachotage intensif d’Ibra,
les CM2 ont eu de très bons résultats à l’examen de fin de cycle.
On met en place le programme au gré de la conversation et la
soirée passe vite. En nous raccompagnant au débarcadère sous la
pleine lune, j’ai l’impression d’être là depuis très longtemps,
comme si je n’en étais jamais parti. La
formation des femmes sur le
maraichage reprend dès le lundi. Le
formateur est assez bluffant.
Beaucoup de pratiques et
d’organisations ont été
améliorés ou rectifiés mais
l’insuffisance d’eau reste un problème.
La semaine passe à toute vitesse
entre les répétitions de musique et
de danse avec les enfants, les
réunions sur les différents points à
aborder : Mise en place d’une
association pour le jardin, lettre à
l’inspecteur, continuer le partenariat scolaire avec Mbaye, la
lecture. Apporter des livres n’est qu’un point de départ, le plus
difficile est de développer une pratique chez les enfants, un travail
de fourmis qui leur reste à faire. Tout cela avec un aller-retour à
Diogane en charrette pour cette fichue histoire d’électricité et un
voyage en pirogue à Bassoul. Ibra doit y récupérer des fournitures
scolaires et nous a proposé de venir avec lui. Sans oublier les
moments de pause pendant lesquels les échanges vont bon train.
Travaux au jardin, pêche à la ligne et à l’épervier, confection de confiture, apprendre à faire le thé. Déguster le
thé (le vrai !), les jus de Boué et de Dythare, le café Touba et les histoires et blagues des uns et des autres. On
a quand même le temps de rencontrer certain(e)s du village. La nouvelle cuisinière de l’équipe. Le fils de

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°3 – Siné-Saloum avec VSF et Casamance
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l’ancienne (décédée de mystérieux maux de tête), une tresseuse de cheveux (pas tout à fait par hasard !) et
quelques autres. On case in extremis une formation Word la dernière matinée.

En allant au jardin. Travaux pratiques.

Une toubab en train d’arroser. Puits extérieur, en haut pour éviter les remontés de
sel.

Formateur (Tara) en fin de formation réussie : Monsieur le Directeur, dimanche matin, par sa
heureux ! fenêtre …

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°3 – Siné-Saloum avec VSF et Casamance
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Premier thé, il y a encore du travail pour la mousse. Les apprentis confituriers à la manoeuvre.

Miss tresses et l’ancienne présidente du GIE de Siwo. A la pêche.

Le maitre et l’élève, deux styles assez différents ! Séance de chants avec les petits.

Il y a plus de photos de loisir que de travail, mais il ne


faut pas croire quand même. Tout simplement,
quand on travail on a moins le loisir de prendre des
photos !

Exemple : réunion tardive à la lampe torche.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°3 – Siné-Saloum avec VSF et Casamance
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Cette année il a quelques hommes au village, de tous âges, et on étend parler de untel « qui est en Lybie »,
plein d’espoir. On leur raconte la vie des clandestins en Europe et comment ils sont si inhumainement «
accueillis ». Le rêve d’Espagne est très fort chez quelque uns. Des pirogues sont parties pour les Canaries il y a
quelques temps déjà, certaines ne sont jamais arrivées. Comme celle dans laquelle se trouvait le frère de
Malick de Falia. Ou son beau-frère, je ne sais plus, mais la différence importe peu : Un mort, une veuve et
deux orphelins en bas âge.

Route pour Bassoul, en dérangeant des singes au Bassoul, le port.


passage.

L’eau douce va bientôt arriver1. Retour à Siwo, basse mer et fort coéfficient.

1
Remarquez l’ouvrier dans l’échafaudage, en haut à droite.

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Soirée à bord. Les maîtres à l’école.

Et tout ceci se termine en chansons et en danses.


La restitution finale a été une belle fête. Beaucoup de monde et une ambiance vraiment chaleureuse. Résultat
d’un travail collectif sympa. La musique est universelle et cette fois-ci, chacun son côté a apporté des
morceaux, un beau mélange. C’est en réalisant quelque chose ensemble, en cherchant simplement l’échange
et le faire ensemble, sans autres arrières pensées, que des relations solides se nouent.
Dimanche 13 novembre.
La marée nous fait partir de bonne heure et, sur notre trace de l’aller, on est vite à Diogane. Au revoir Siwo et
son accueil si attentionné.
A Diogane, les Apprentis Nomades ont bien avancé et le chantier est presque fini. Rendez-vous est pris le
lendemain à la pause avec l’équipe d’enseignants pour organiser les interventions. Le soir petit échange
saisissant : « Ici, les femmes ont facilement huit à dix enfants ». « Ca fait beaucoup ». « Non, c’est bien ». «
Mais si toutes les femmes avaient autant d’enfants, la planète croulerait ». « Pas de problème, avec la
technologie, il y aura toujours des solutions, et d’ici là on ira sur Mars. Tu es pessimiste ! ». Une telle foie en
l’avenir est superbe. Je ne me savais si pessimiste… Les lundi après-midi, les enfants n’ont pas classe, c’est
parti. Petit quiproquo, les enseignants ne sont pas là non plus ! Impossible de ne gérer qu’à deux le groupe à
faire travailler et tous les autres qui attendent, excités comme des puces face à la nouveauté de l’activité ! On
se réfugie dans une salle et des enseignants, alertés, finissent par arriver. On en parle le soir avec Omar, le
directeur, et le lendemain en collaboration avec toute
l’équipe, on fait un travail fantastique avec des enfants
qui répondent au quart de tour. Le lendemain on part
donc sereins pour N’dangane via Mundé pour
rencontrer l’informaticien local. Debout avant l’aube,
la charrette de Mundé tarde un peu. Probablement il
a, en fait, attendu le jour pour partir. Ce n’est pas
grave car Salif nous avait bien fait de nous conseiller
de prendre une charrette de Mundé pour qu’ils
sachent là-bas que quelqu’un viendra pour prendre la
pirogue. Et donc la pirogue a attendu. Dernier
chargement et c’est parti pour le fleuve. N’dangane
est sur le Siné, côté continent. Comme à Mar Lodj, en
face, le lieu est touristique et il y a une énorme
activité, beaucoup de boutiques (principalement des quincailleries), de la cohue, des voitures et leurs
poussières, du bruit. Un choc. On se rend d’un seul coup compte à qu’elle point on s’était fondu dans
l’ambiance des villages des îles, on s’y fait vite. On retrouve comme prévu Laïty, long point détaillé à propos
de chaque site, des solutions sont évoquées pour faire avancer les projets, dans le bon sens bien sûr ! Après la
visite de sa boutique, on passe le midi et l’après-midi ensemble. Etre si près de Mar Lodj et ne pas y passer

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°3 – Siné-Saloum avec VSF et Casamance
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serait franchement presque une hérésie. Un logement est réservé, trop peu d’occasion pour aller au
débarcadère à ce moment-là et on ratte la navette. La suivante nous fait arriver presque de nuit chez notre
logeur.

Pirogue de pêche hauturière à N’Dangane. Eglise de Mar Lodj.

A l’entrée de l’église, plaque affligeante. Il est vrai que le comportement de certains « voyageurs » est en
dessous de tout. Attitudes méprisantes, réflexions désobligeantes à haute voix en pleine rue. L’image du
toubab n’en ressort pas grandie. Comme si avoir de l’argent (et c’est si facile ici) donnait le droit à des
attitudes supérieures. Passons …

1ère case à impluvium, ici un campement. L’ancienne église.

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1er fromager, en attendant la Casamance là aussi. Mundé, retour dans les îles.
Retour tardif à Mundé, on est parti un plus tard que prévu et surtout, le pauvre quinze chevaux a eu bien du
mal contre le coutant. Mais Fatou Sarr est d’une disponibilité à toute épreuve. Malgré l’heure tardive, elle
nous fait rencontrer le responsable du GIE (groupement d’intérêt économique) des apiculteurs pour
l’interview demandé par Nathalie de VSF. Et nous rentrons à la nuit tombante à Diogane, à temps pour ne pas
rater la fin de la fête que les Apprentis Nomades ont organisée pour l’inauguration de l’aire de jeux. Il reste
même encore quelques crêpes !

La Case Des Tous Petits est prête et Seynabou peut investir les lieux et commencer les inscriptions.

Vendredi matin, répétition générale et l’après-midi, fête à l’école. Là aussi


beaucoup de monde et grosse ambiance. Beaucoup de mamans et pas mal
d’hommes aussi, gros succès donc. Les enfants présentent ce qu’ils ont
préparé et la fête se termine en danses locales aux rythmes que les enfants
improvisent magistralement sur des bidons.

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Voilà comment se termine une mission VSF. Il y avait encore à faire mais notre programme était de passer
quelques jours en Casamance où on nous attend à Niomoune, avant d’être obligatoirement à Ziguinchor pour
la fin du mois.
Samedi 19 novembre.
La marée nous laisse la matinée pour une dernière visite et vers midi le petit convoi se met en route : Jacques
sur Ty Baloo qui profite de l’occasion pour venir avec nous, Salif en pirogue qui
va nous guider car on a aucune information sur ce passage. Il y a, parait-il, des
bancs de sable pas évidents. Derniers moments de convivialité avec Salif tout
en dégustant le mil cuit au lait accompagné de lait caillé, cadeaux de Ibé.
Dehors c’est calme, il n’y a même pas de pêcheurs, plus qu’étonnant. La nuit
aurait été douce sans un passager clandestin inattendu : un grillon. L’individu
est dans le grand équipet sous la descente qui fait caisse de résonnance. Un
raffut infernal ! Dès le petit jour la chasse est ouverte et le gêneur est
rapidement exfiltré. Le balisage de l’entrée de la Casamance est tout neuf et par ce temps calme c’est un vrai
boulevard. Devant Karabane, contrôle militaire, pas très surprenant. Celui qui monte à bord est en tenue de
combat avec gilet pare-balle plus gilet de sauvetage, terriblement angonsé. Contrôle assez précis mais
aimable. En retournant dans le zodiac, sans mon intervention son fusil serait très probablement tombé à
l’eau. Après coup, en tant qu’ancien objecteur de conscience, j’ai quand même un léger regret ! Après tout
cela, contre le courant car on est encore en retard sur les prévisions, on mouille à la nuit tombante devant
Elinkine.

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Départ flamboyant pour la pêche. Semi-remorque de poisson séché.


On laisse les bateaux là pour un tour au Cap Skirring en passant par Oussouye, M’lomp et les environs.

Bien sûr, endroit magnifique. Avec des touristes mais pas trop, le plus gros de la troupe reste en villégiature
derrière les interminables hauts murs du célèbre établissement. Sans y rester trop, cela vaut vraiment le
déplacement.

Retour de pêche. Et marché bien achalandé du Cap.

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En piste pour Senghalen. Evelyne, la potière de Edioungou.

Un endroit qui donne envie de se poser. Premier contact avec une Djakarta, à suivre ?

Oussouye, et ses célèbres cases à étage. Et ses fabuleux fromagers.

Elinkine, côté jardin.


Pour respecter la marée et avoir de l’eau sur le seuil de l’entrée pour
Niomoune, nous partons avant le jour. Naviguer sur le bolong de nuit,
bien que sur nos traces de l’aller, est spécial. La nuit est noire et les
distances s’évaluent très mal.

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Niomoune, le retour !
Au campement Alouga.com (petite publicité au passage), Hyacinthe est là. Il y a aussi Marcel, de l’association
Anima, décidément, on doit être fait pour se rencontrer là ! A côté, Alain et Ndoya sont là aussi. Alain n’a plus
de bateau, il a vendu la vedette qu’il avait convoyée de La Rochelle (d’environ huit mètres, pas triste comme
périple) et Amelice2 s’est fait déchirer comme une vulgaire boite de conserve par l’angle d’un patin de chariot
de sortie d’eau : coulée à 20 mètres de la berge ! Impressionnant. Voilà, malgré tout, un petit reportage de
Niomoune et de ses environs.

Vue générale d’un quartier et un récupérateur d’eau de pluie, seule source d’eau douce. Au campement, aux
lavabos, l’eau est dans une petite bouteille plastique au bouchon percée de trois trous avec un mot expliquant
qu’il faut l’économiser.

Maison d’habitation. Salle des fêtes.

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Sur la digue. Enfants se baignant dans la marre.


Quand on voit la couleur de l’eau stagnante et sachant qu’ils en avalent fatalement en mettant si abondement
la tête sous l’eau, cela fait peur. La dame qui a une bassine d’eau sur la tête, juste à côté (c’est elle qui, ce
matin, nous a invités à la fête dans le quartier, pour récolter des fonds pour la commémoration des cinq ans
du décès de la reine du village) nous dit qu’elle vient deux fois par jour y puiser de l’eau, pour la vaisselle et le
linge. L’eau et son problème, partout et tout le temps. Et toutes ces femmes qui font parfois des kilomètres
chaque jour. Et pendant ce temps, dans nos sociétés « évoluées », on fait quoi ? On gâche tranquillement.
Quand on pense à l’eau du robinet qui coule à fond au moindre geste. Les quantités d’eau qu’on utilise pour
rien. On utilise même de l’eau potable pour laver les voitures, arroser les jardins - voir des pelouses, pour
nettoyer les wc, ... Sans vouloir insister lourdement mais dans le même style, une personne meure de faim
toute les dix secondes sur notre belle planète. Et nous, on fait quoi ? On gâche tranquillement (il parait qu’on
jette le tiers de notre nourriture). A l’heure de la mondialisation et d’internet, tout se sait ou tout va se savoir.
La comparaison risque d’être un peu « décalée ».

Vue générale de Kouba (Orthographe phonétique). Récolte de graines de palme, pour l’huile.

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Termitière. En passant par un raccourci dans la mangrove.


Là aussi, le temps est passé trop vite. Et il faut déjà
partir pour Ziguinchor. Juste une dernière de
Niomoune pour la route, avant de partir !
En partant avec la marée, pousser par le courant, la
remonté du fleuve, bien qu’au moteur, s’annonce
tranquille. Devant la Pointe Saint Georges, contrôle
militaire, pas surprenant. Cette fois-ci, l’homme de
service de monte pas à bord et reste dans son
embarcation. Il veut voir les papiers. Je les lui
donne. Quand il ouvre le document plastifié du
bateau, le vent fait vibrer le passavant qui est un
papier fin. L’homme sursaute comme s’il avait un
essaim de guêpes dans les mains et lâche tout !
Avec le vent, tous les documents sont à l’eau … Ils partent à leur recherche mais dans l’eau limoneuse c’est
fichu. Kanaouenn n’a plus de papiers. Ils finissent par revenir. Déconfit, je lui lâche « heureusement que j’ai
quand même une photocopie des papiers du bateau ». Il me répond « Heureusement, sinon vous m’auriez
bien embarrassé ». Par contre, je n’ai plus le passavant. Ils arrêtent là le contrôle, je prends les coordonnées
du héros de l’opération, puis ils partent en me disant que je n’aurais pas d’autre contrôle … Ils ne s’occupent
pas de Ty Baloo et rentre chez eux sans en rajouter. Fin du contrôle.

Ainsi, nous arrivons à Ziguinchor ! Mouillage juste devant le Perroquet qui a maintenant une belle terrasse de
sable fin presque les pieds dans l’eau. Idéal pour les
pauses.

La ville n’a pas beaucoup changé. L’animation est toujours


là mais sans trop. L’alliance française est toujours là,
l’entré du marché Saint Maur est entièrement repeint aux
couleurs de Tigo (le deuxième opérateur téléphonique), le
mémorial du Joola est en court de démolition … Là aussi le
temps passe vite, entre finir les compte rendus pour VSF, bien sûr profiter de la ville et préparer le bateau
pour la traversée. Nous faisons une escapade vers brin et Enampore.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°3 – Siné-Saloum avec VSF et Casamance
Novembre 2016

Sur la route, halte à la ferme de Djibelor. Le cadre est magnifique, avec un élevage de crocodiles, pour la chair
(vendue aux restaurants), le cuir et les dents. A droite, à Enampore, une des plus vieilles case à impluvium de
la région. Elle est toujours habitée. L’espace central est commun et chaque famille a son logement sur la
circonférence.

Le retour sera mémorable, la Djakarta à fond sur la piste, c’est vraiment stressant. Je n’arrêtais pas de faire
ralentir mon conducteur, mais Michèle est arrivée bonne première, presque cinq minutes avant !
A l’aéroport de Ziguinchor, cette fois-ci, le tampon est mis sur les passeports en moins de cinq minutes,
montre en main. Presque trop facile et même pas drôle ! En tout cas, à peine croyable après toutes les galères
de la fois précédente.
Jeudi 1er décembre
Les pleins sont faits, kanaouenn est prêt.

Michèle fait enregistrer ses bagages au Aline Sitoé, dernier petit café à la
gargote du coin.
Et il va falloir bientôt dire aussi au revoir au Sénégal.
Il y a presque tout à Ziguinchor, même
J’en profite pour vous quitter également, quelques oeufs !
En vous souhaitant plus que le meilleur du meilleur que vous puissiez imaginer, et un peu plus aussi !

A Bientôt donc !
(Et bise au Filles).

Bernard / Kanaouenn.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
Décembre 2016
Ziguinchor, le jeudi 1er Décembre.

C’est le jour des départs. Michèle est sur le Sitoé Diatta en partance pour Dakar. Dernière courses au passage
en rentrant à bord. Jacques qui va vers le Brésil, est paré. Tout est prêt, autan partir tout de suite. La marée
n’est pas bonne mais l’objectif est de descendre le fleuve le plus possible (à la voile ?) pour sortir au plus tôt
demain afin de se dégager de la côte de jour pour voir les pirogues et les filets. Le ferry nous double, grands
signes et même le Aline Sitoé corne pour répondre ! Grand moment.

Dernière pirogue de pêche hauturière. Ambiance « Out of Africa », non ?


Peu de vent, à la voile et au moteur donc, on arrive tout de même presque à la Pointe Saint Georges. Jacques
vient manger à bord et a bien du mal à rentrer à son bateau à la rame contre le courant. Puis il repasse bord à
bord quelques instants plus tard, en voilier cette fois-ci : magistral dérapage. Il remouille et la nuit est paisible.
Le lendemain (vendredi 2 donc !), c’est la lutte contre le
courant mais on avance quand même toujours à au moins
trois noeuds. Devant Diogué, la petite embarcation noire
maintenant bien connue approche à vive allure : Contrôle.
Bonjour ! On est là pour votre sécurité. Quelques questions
classiques : Nom du bateau, Immatriculation, Parcourt, etc.
Je réponds poliment mais sans en faire plus, attendant qu’il
en vienne lui-même au sujet qu’il ne faut pas. Combien à
bord ? Il embarque et inspecte le bateau complètement
mais prudemment, me laissant toujours passer devant. Tout
va bien. Vous avez des gilets ? Bien sûr. Il faut les mettre, ce
n’est pas prudent. Je lui explique l’utilisation du harnais
mais il insiste sur le gilet. Il est là pour ma sécurité. Bon
voyage. Merci. Et il part enfin, ouf. Ils avaient l’air moins
intéressés par les papiers que par d’éventuels clandestins.
Nuit infernale. Pas de vent du tout, donc au moteur en marche avant lente pour rester manoeuvrant et aussi
pour économiser le gaz oïl. Des pêcheurs partout, ce que j’ai supposé être des filets éclairés et toujours ces
pirogues éclairées ou pas. A un moment, lumière à moins de cent mètres, c’est une pirogue qui vient
d’allumer sa lampe torche. Pour se signaler ? C’est sans aucune importance, non, pour éclairer je ne sais quoi
sur lequel il travaille. Bruits de moteurs qui passent. Un petit chalutier en route de collision jusqu’à pas loin
pendant plus d’une heure et malgré plusieurs changements de cap de 20°. J’ai fini par faire demi-tour
quelques instants pour m’en débarrasser. Jusqu’au petit matin. La dernière pirogue vue était à quarante
milles de la côte, une petite de dix mètres au maximum, avec trois personnes à bord, et comme souvent, sans
aucun équipement. Il fait beau mais quand même, ils font bien frêles si loin.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
Décembre 2016
Le vent revient enfin, mais de face. Une catastrophe, les bords sont de
160° d’un bord sur l’autre. Heureusement que le Mélody est réputé
bon marcheur au près ! Sérieusement, ce n’est pas son habitude, il y a
probablement un courant sensible et hélas malencontreux. Dans
l’après-midi, Kanaouenn se de-scotche doucement à 60° du cap. Ce
n’est pas fameux, mais c’est déjà tellement mieux ! Et le soir le bon
vent annoncé par la météo arrive enfin. Le cap est tenu et la vitesse est
au rendez-vous. C’est parti pour de bon.
Dimanche 4.
Deux ris par vent de travers. Kanaouenn file bon train. Il doit y avoir du courant car, le connaissant, il n’avance
pas à plus de sept noeuds quand même. Les bananes commencent déjà à murir. La course avec le frais
commence bien tôt !
Lundi.
Au petit jour, largage du 2ème ris et à dérouler le génois de cinq tours. Pendant la manoeuvre, un paille en
queue vient tourner autour de la tête de mat. Vous êtes peut-être curieux de connaitre le menu ? Au déjeuner
: bananes écrasées avec la crème fraiche entamée hier car la date de péremption commençait à faire
beaucoup. Au dîner : bananes avec de la crème fraiche pour finir le pot et finir les bananes à moitié tournées.
Et c’est au tour des aubergines d’être dans le collimateur, elles sont en train de ramollir à toute vitesse. A
votre avis, le menu de demain ? A part cela premier message via l’Iridium en situation réelle.
Mardi 6.
Deuxième SMS avec l’Iridium. Le suivi conso n’a pas l’air de suivre grand-chose ou alors il y a de la promo dans
l’air. Mais je crains que la marotte des opérateurs Sénégalais (la promo) ne soit pas dans la culture Iridium. A
surveiller. Ce matin, petit point route. Depuis trois jours à bien avancer, le résultat devrait être sympa : 400
milles en quatre jours. A bon ? Ben oui, un premier jour à quarante milles, cela vous plombe une moyenne
pour un bon nombre de jours. Tant pis. La vie sous régulateur d’allure est un vrai bonheur électrique : tout est
rechargé (téléphone, appareil photo, liseuse, …), j’utilise l’ordinateur assez régulièrement et les batteries ont
l’air d’augmenter.
Mercredi.
Menu d’hier ? Aubergine midi et soir ! Il est temps de faire un point cambuse. Les carottes sont bien avancées
et deux oranges et une pomme sont pourris. Le tri est fait mais c’est à
surveiller. Menus d’aujourd’hui. Carottes midi et soir. Comme quoi, les menus
sont vite décidés à bord ! Ce serait trop bête de gâcher du frais … Tant qu’il y
en a. Et pendant ce temps-là, Kananaouen ? Il va bien. Il avance
tranquillement au travers avec un ou deux ris et plus ou moins enroulé, sans
forcer aux alentours des six noeuds. La vie est paisible et la lune commence à
grossir. Le jour où il sera possible de faire des photos de nuit, vous pourrez Tant qu'il y a des épluchures, c'est
constater comme c’est féérique. La nuit dernière, il y avait un grand halo de qu'il y a du frais !
lumière au vent, encore un pétrolier à la cape et aujourd’hui, il y a eu deux clients pour l’AIS. Il y a un peu de
monde aux alentours. Je viens de finir un livre intéressant à propos du génocide de 1989 en Mauritanie et sur
la vie des réfugiés aux Sénégal les années suivantes. Cela explique et illustre les impressions ressenties dans la
région de Podor et Dagana où, à n’en pas douter, la cicatrice est encore là. J’ai abandonné la longue litanie de
Jimmy Cornell à propos du bateau idéal, recherche absurde mais qui permet de déclencher des conversations
- de salon, de cockpit ou de bar de yacht club - sans fin. D’autant plus que son panel d’interviewés provient
principalement des clients de ses rallyes qui n’est pas du tout représentatif. Je serais aussi curieux de
connaitre la moyenne des revenus de son échantillon. Il y en a qui voyagent avec leur bateau et d’autres avec
leur argent, ce n’est pas tout à fait la même chose. Je ne dis pas cela pour les clients de Cornell, je ne les ai
jamais rencontrés de près, mais pour certains que j’ai croisé.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
Décembre 2016
Jeudi midi.
Changement d’ambiance. Il faut dire que depuis trois jours, je n’ai quasiment touché à rien ! Vent de travers,
un ris-génois, le bateau fonçait un peu dans les surventes mais sans forcer vraiment et était un peu lent quand
le vent baissait, mais tout allait bien. Juste à surveiller la drosse au vent du régulateur qui s’usait sur la poulie
de renvoi (le Melody est toujours un peu ardent). Et relâcher un peu chaque jour deux centimètres d’écoute
de génois pour qu’elle ne s’use pas dans le chariot. C’est tout. Là je viens d’abattre de 20-30 degrés et
l’ambiance devient Portant. Kanaouenn devient tout doux et un peu rouleur. La vitesse, évidement, a baissée
mais je garde le ris dans la grand-voile pour que la latte du bas ne claque pas dans les haubans. Voilà le ciel de
ce matin :

J’ai reculé l’heure « locale » du bord de une heure. Il y en a cinq à grignoter d’ici l’arrivée. En partant, le point
du soir (20 h TU - Temps Universel) était de nuit et celui du matin (8 h TU) de jour. Maintenant, c’est l’inverse.
La courgette donne des signes de faiblesse, ses heures sont comptées. Je l’ai faite un peu durer. Je ne sais pas
pourquoi, j’avais une envie de riz au lait. En fait, si, je sais pourquoi. J’ai, en réalité, une envie de Mil au lait,
mais je garde cela pour Dimanche ! Le riz est un substitut. Pas toujours facile la psychologie d’un solitaire ! Les
tomates ? Elles vont bien, merci.
Samedi 10.
Le vent a adonné dans la nuit, j’ai tangonné sous le vent. Encore une fois, on est entre le grand largue et le
vent arrière. Finalement, je change tout le bazar de côté en abattant un peu et les voiles tiennent. Le vent
apparent a chuté et la vitesse aussi, hélas. Après toutes ces manoeuvres et un petit déjeuner en conséquence
bien tardif, la lettre 2 est terminée. En fait, c’est vraiment limite pour les
voiles en ciseaux, mais de l’autre côté ce serait certainement pire. En
enroulant ce qu’il faut pour avoir le tangon et le point d’écoute vers l’avant
et en faisant déverser la voie pour qu’elle ne soit pas prise à contre, tout
tient. Ce n’est pas très académique mais l’objectif est atteint : avancer
sans abimer le matériel. Séquence bricolage : pendant ces manipulations
sur la plage avant, la mise en place de cette petite garcette dans le balcon
parait pas grand-chose, et pourtant est super efficace comme reposoir à

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
Décembre 2016
tangon. Le confort tient parfois à peu de chose ! Côté travaux routiniers, le plus important est la surveillance
du raguage, principalement l’écoute de génois dans l’avale tout, la retenue de bôme et les drosses du
régulateur que j’ai même fini par graisser.
Hier soir, j’ai veillé très tard plongé dans Une si longue lettre de Mariama Bâ. D’une
traite ! Le plus stupéfiant est lorsque, à peine veuve et pendant les obsèques de son
mari, elle est demandée (pour ne pas dire exigée) comme héritage par un de ses beaux-
frères. Le reste du livre est à l’avenant. La route est longue et toujours d’actualité pour
les filles et les femmes dans bien des familles traditionnelles.
Dimanche.
Belle occasion de placer la formule rituelle : Il fait beau et c’est dimanche. D’autant plus que c’est vrai ! Mais
hop-hop-hop : Douche et même taille de barbe ! Vraiment un grand jour. La bouillie de mil est une réussite
(Merci Ibe), bien qu’avec du lait caillé se soit meilleur qu’avec un yaourt uht mais bon. L’après-midi, un peu
par hasard, je vais dans le passavant sous le vent, retendre l’étai volant qui bat un peu. Machinalement je
soulève la protection des ridoirs. Retour par le côté au vent : Torons cassés sur le bas hauban tribord. La
grand-voile est mise au bas ris pour appuyer le moins possible et je mets une bonne heure pour trouver le
meilleur équilibre. Kanaouenn avance sans forcer à un paisible six noeuds. En tout cas, un arrêt technique au
Marin est devenu obligatoire.
Mardi.
L’inspection plus précise des haubans d’hier matin a révélé juste deux brins de cassés à tribord. L’espèce
d’amalgame que j’avais pris pour de la rouille est en fait une espèce de boue résiduelle de la poussière
africaine. A bâbord, tout est clair. Dans la soirée, il est bien tombé quelques gouttes éparses et les légers
nuages cotonneux avait bien un peu de gris mais je ne m’attendais pas à cela si tôt : La nuit s’est terminée
dans une succession de grains sans grand vent mais avec beaucoup d’eau. Du coup, le pont est bien rincé et
tout propre. En fin de nuit, alarme sur l’AIS. Ok, je valide. Deux minutes plus tard, même alarme sur l’AIS. Je
revalide donc. Un peu surpris, en zoomant, ce sont deux bateaux en convoi. Il n’y a que des militaires pour
faire cela ! Effectivement quand arrivent les informations sur les bâtiments, c’est bien cela. Pendant que je
surveillais les tribulations des impôts de je ne sais quel pays, troisième navire qui vient cette fois-ci en face !
Que de monde sur ce quarantième méridien (environ à mi-route de la Martinique).
Ce matin, bon six avec la mer qui s’est creusée et un vent qui a franchement adonné. Le système de grain de
cette fin de nuit était probablement la frontière avant ce changement. Kanaouenn est maintenant sous
voilure en ciseaux. Tout cela salué par un paille en queue un peu braillard. Hécatombe dans la cambuse, il va
falloir vérifier plus fréquemment, quatre oranges par-dessus bord et juste une pomme un peu tachée. Le chou
est dans la casserole et les tomates sont égales à elles même. J’ai quand même vérifié : non, elles ne sont pas
en plastique. Le frais va bientôt devenir très facile à gérer ! La vitesse oscille entre 5 et 7 noeuds. De telles
variations sont étonnantes. Puisque la balancine de tangon bâbord ne sert plus à rien depuis l’empannage du
génois, je la brèle en bastaque tribord, histoire d’avoir l’impression de faire quelque chose… L’ambiance est
maintenant de type roulis. Fini le pseudo grand largue qui appuyait quand même un peu les voiles. Tout ce qui
n’est pas calé dégage immédiatement et tout ce qui l’est risque quand même de suivre le même chemin tôt
ou tard. Et toujours se tenir malgré l’attitude apparemment paisible du bateau. Mais ceci n’empêche pas une
petite séquence bricolage du jour ! L’objectif, cette fois-ci, est de
fixer une barre de retenue arrière sur la gazinière. Mais pourquoi
aujourd’hui, tout simplement parce que j’ai remis la main sur les
serres câbles qui faisaient les timides dans un coin improbable
depuis Dakar. Mais pourquoi cette retenue arrière ? En fait c’est
très simple. Les concepteurs de cette gazinière de marque bien
connue ne peuvent qu’avoir une très grande expérience de ce
genre de produit et de son utilisation en mer. Il me parait évident
que depuis le temps qu’ils en fabriquent, certains concepteurs ont

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Décembre 2016
eu l’occasion de les essayer en mer et/ou d’avoir de multiples échos de leurs utilisations. Donc la seule
conclusion logique que je trouve à ce problème est que je dois être le seul à avoir des casseroles qui glissent
vers l’avant ET vers l’arrière. Deux solutions : acheter des casseroles comme eux, c’est à dire normales, qui ne
glissent que vers l’avant ou mettre une barre à l’arrière. La solution normale aurait été peut-être préférable
mais j’ai trouvé la deuxième solution plus rapide et plus simple : Une tige inox acheté à La Rochelle, un pliage
à la perfection par le ferronnier juste à côté du CVD et quatre serre câbles. Ne connaissant pas le prix des
casseroles normales qui ne glissent donc que vers l’avant, je ne sais pas si ma solution est plus économique.
Peut-être qu’une ménagère expérimentée pourrait m’en dire plus à ce sujet ?
Pour clôturer cette journée bien active, voici ce dont je rêve depuis si longtemps,
vous présenter une photo de nuit :

Voyez, c’est la pleine lune.


Je ne vais pas essayer de vous faire croire que j’ai fait exprès de bouger pour en faire un coeur,
mais c’est quand même un peu la classe et sacrément romantique !
Mercredi 14
La série « Pleine lune » continue. Ce matin le soleil a eu rendez-vous avec la lune. Devant la lune n’était pas
couchée et le soleil pointait derrière. Un spectacle rarissime. Voici deux photos prise à suivre. Il y a un film sur
le Blog et sur Facebook.

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Excusez ce retour brutal à
la vie quotidienne, mais
voici un avantage
insousonné de
l’amélioration de la
gazinière : le bol tient bien
droit maintenant : elle
n’est pas belle la vie ?

Mais retour à l’extérieur : C’est un peu comme un


Rembrandt sauf qu’on est pas devant le tableau mais
dedans ! Du vrai vécu en vraie 3D.

Superbe beau temps mais la moyenne s’en ressent. Les batteries sont à block et tous les appareils sont
rechargés, j’ai de l’électricité en trop ! C’est assez rigolo avec le régulateur, au moindre changement de
réglage de voile on change de cap (avec le GPS on le constate tout de suite) et faut rééquilibrer par un chouia
sur la tourelle ou parfois même juste sur une drosse. Il est vrai que la route est moins rectiligne qu’avec un
pilote, mais on arrive quand même à destination.
Reprendre un peu d’enrouleur, lâcher un poil d’écoute, reprendre du halebas pour aplatir la grand-voile. Faire
avancer le bateau au mieux sans forcer. Qu’il glisse le plus souplement possible. La retenue de tangon s’est
cassée au frottement dans la poulie. Je la passe par le taquet. Hier, c’était une drosse du régulateur.
Surveiller, entretenir…
Jeudi 15.
Le vent est devenu plus Est, pour ne pas dire pile Est. Plein vent arrière,
le bateau est poussé dans l’axe. Plus d’efforts latéraux donc (sur tribord,
côté hauban malade, bien sûr). La grand-voile à trois ris pousse peu. La
vitesse est toujours étonnamment instable et oscille de plus de deux
noeuds sans arrêt. La Lettre 3 est terminée elle aussi, le retard est
comblé. Cela va être les vraies vacances !

Vendredi 16.
Le vent est remonté au Nord-Est, cela fait du bien au cap qui
était trop Nord depuis belle lurette. Je laisse faire pour
redescendre et recaler la route. J’ai reçu la réponse du Marin
pour les haubans. C’est quand même incroyable de pouvoir
échanger des mails comme cela en pleine mer. Ils m’attendent
et feront les haubans dans la journée, Royal, non ? Au fait, et la
lessive ? J’en parle assez peu car depuis La Corogne (Cf Lettre 1)
je ne la ramène plus trop sur ce sujet mais aussi parce que j’ai
adopté la méthode « Nettoyer c’est bien, ne pas salir c’est
mieux ». Donc toute petite lessive et séchage à l’intérieur vue l’ambiance externe, avec une bonne odeur de
lessive propre dans le carré.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
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Encore une Et au fait,
amélioration : Comment va la pêche ?
Tout va bien,
La bouilloire n’ayant
cela suit son court,
plus besoin des
Merci.
serres casseroles,
c’est le bol qui s’en (Jean-Loup, je crains fort que tu aies donné de la
porte encore mieux ! confiture à un cochon …)

Lundi 19
Le week-end a été plutôt agité. La nuit de samedi à dimanche a été même assez agitée et j’ai même enroulé
entièrement le génois et hier on a été très secoué. Ce matin très fort grain, le bout de bôme traine parfois
dans l’eau. Mais là, c’est mieux. Cela sent le poisson volant du côté de la descente ou de la table à carte. A
tous les coups, un de ces idiots est venu se fourrer là. Dans les toilettes, le panneau n’était pourtant
entrouvert que de deux ou trois centimètres. Cela a suffi pour qu’un de ces énergumènes passe par là !
13 heures. Après un joli grain, la grand-voile vibre et fait vibrer tout le gréement et une belle vague nous
secoue bien. Ras le bol, j’affale la grand-voile. Ce n’est jamais une décision facile car après ce n’est pas évident
pour la ré-envoyer. Mais ce qui est évident là, c’est que le bateau est devenu tout calme et tout doux. J’ai
déroulé le génois en foc 2 et la vitesse est suffisante. Plus ne servirait à rien d’autre que d’arriver de nuit.
Dans l’après-midi, la pale immergée de l’Atoms1 casse. G II prend le relai. Je suis éberlué. Je ne comprends pas
le pourquoi de cette casse, il n’y a aucune raison apparente. Dans la nuit, j’étais à la table à carte à regarder je
ne sais quoi, une trombe d’eau passe par le centimètre qu’il y a entre le capot et la porte de descente. Le
cockpit est plein d’eau : une autre tombe d’eau entre dans la cabine arrière par le hublot resté ouvert. Puis
une deuxième au coup de roulis suivant avant que je ferme ce maudit hublot. Heureusement, l’ordinateur,
souvent là, n’y était pas et l’accordéon était depuis deux jours dans la cabine avant. Tout est archi trempé. Il
me faut deux heures pour écoper au pied de la descente et nettoyer. Toute la nuit est agitée et je dors peu.
Cela fait beaucoup pour une journée.
Mardi
Toute la matinée est nécessaire pour ranger un peu la
cabine arrière. Un coffre était plein d’eau et un autre en
avait juste un peu. La perceuse et la Dremel n’ont
apparemment rien mais la meuleuse d’angle a baignée.
Le temps s’est un peu calmé et je peux aérer quelque
temps. Ensuite, je change la planche de côté du coffre
sous la table du carré pour récupérer la plus haute des
deux pour avoir de quoi fabriquer 3 pales et le « Chantier
Atoms » s’ouvre.

1
Le régulateur, Gégène pour les intimes.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
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Mercredi.
Grosse journée « Chanter Atoms », le régulateur en état
de fonctionnement est stratégique, c’est pourquoi je fais
directement trois pales. Si elles cassent sans raison
apparente, cela devient du consommable.
Pendant ce temps, voilà l’ambiance dehors.

Beaucoup de vent toute l’après-midi avec beaucoup de pluie aussi.


Jeudi 22.
En fin de nuit, vers 7 heures ( En TU - Temps Universel - Il fait jour ici vers 10 heures), j’entends un énorme «
Chtak », suivit d’un deuxième et d’un bruit de glissement métallique sur le pont. Aucun doute possible. Le bas
hauban tribord pendouille et le mat fléchi à chaque rappel de roulis de façon impressionnante. Je tends le
plus possible la « Balancine-bastaque » avec un mouroir mais cela ne fait pas grand-chose. La force de l’effet
de balancier sur le mat est phénoménale. La chaine est encore là (voir les épisodes précédents, Saison 1 Lettre
15), vite, un bout frappé dessus et passé au winch via l’avale tout. L’effort de pompage sur le mat est tel que
l’écoute de 12 casse net immédiatement. Je fais un brêlage trois brins qui tient cette fois-ci et que je double
ensuite d’un autre à quatre brins. A chaque coup de roulis le mat fléchi et les bouts grincent de façon sinistre.
A sec de toile, on avance quand même à environ trois noeuds et demi. J’attends le jour ainsi en renforçant la
fixation d’un troisième brêlage en répartissant les points d’ancrages. Au jour, le moteur en avant lente
stabilise l’avance à quatre noeuds. Il y a une trentaine de milles à faire … Patience en croisant les doigts !
En fait, on est au moins quatre voiliers à arriver de l’Est, c’est bien la saison. Sous le vent de la pointe, à l’abri
de la houle, le mat n’est plus secoué, ouf. Il reste
juste à remonter la profonde baie contre un
Alyzé bien musclé.

Dans les passes


pour aller Au Marin.

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Le pauvre Lombardini mouline courageusement pour nous faire avancer entre 1,5 et 2,5 noeuds selon la force
du vent. Cela fait un peu drôle de se faire double par un catamaran de 57 pieds flambant neuf qui doit faire
tranquillement ses dix noeuds ! On n’est pas dans le même monde mais le salut est courtois, il faut juste lever
suffisamment la tête pour voir le barreur à son Flybridge (C’est comme cela que cela s’appelle, je l’ai lu dans
un magazine). Il y a des milliers de bateaux au mouillage, je me dirige du côté de la boîte de gréement et
tombe sur Joël (Cf. Madère). Je mouille pas loin et il m’apprend que Happy Squid est à la marina.
Heureusement, au Marin, il y a tout ce qu’il faut. Caraïbe Gréement refait les bas haubans pour le lendemain
et le chantier est ouvert. Je vais pour cela mouiller un peu plus au fond dans la baie pour être à l’abri du clapot
derrière la mangrove. Ce sera plus confortable pour monter travailler dans le mat. L’Alyzé est bien présent et
les grains fréquents, il parait que les locaux n’ont jamais vu cela. Au menu, préparer le chantier sur le mat,
ranger la cabine arrière et tout faire sécher malgré les grains, finir et vernir les trois pales immergées, monter
les nouveaux haubans. Pour ne pas en rester là à attendre une possible prochaine fois, je vais mettre en place
des bastaques plus sérieuses que les inefficaces balancines de tangon : Bouts en kevlar, palans sur manilles
(Comme tout le reste dans les Ships, les poulies sont hors de prix) et cadènes sur l’arrière des hiloires. Avec le
même principe sur le bas étai (qui entre nous a tenu le coup de La Havane à La Rochelle), je pourrais,
directement du pont et rapidement, mettre en place des bas haubans de secours qui devraient être capables
de garder le mat. En fait c’est la manille qui a cédé.

Le brêlage de fortune. La fautive, cassée nette.


En fait, ce n’est peut-être pas par hasard, mais il y a aucune photo du
chantier mis à part celle-ci à propos de la révision du vit mulet. C’est vrai
que la tête était surtout aux travaux et pendant plusieurs jours l’intérieur
du bateau était dans un état indescriptible. Souvent aussi, on trouve dans
les endroits où on passe rien d’autre que ce qu’on cherche. Au Marin, je
ne cherchais rien d’autre qu’avoir un bateau en état pour repartir. Mais
quand même, je suppose que ce n’est pas l’endroit le plus emblématique
pour découvrir La Martinique. Des milliers et des milliers de bateaux, à la
marina, au mouillage. Un ballet d’annexes frénétiques
(la mode est au 15-20 cv à fond). Ambiance villégiature
- Location.

Cela n’empêche pas quelques bons moments avec


Victor et Julie, et avec Joël et Lydie dont une soirée Ty
Punch mémorable et un déjeuner de Noël plus
qu’inattendu !

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
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Mais j’ai quand même regardé un peu autour de moi de temps en temps, et le dernier matin, avant de partir,
je suis allé marcher en haut d’un morne des alentours

Frégate en vol. L’église du Marin.

Vous cherchez le kayak


? Arrivé en premier il
s’est retrouvé sous le
ponton !

Pour changer des lessives, de la cuisine et du bricolage, voici un autre sujet


passionnant : Les ordures ménagères ! Voici ma poubelle de vingt et un jours, et
encore je n’ai pas compacté sinon elle prendrait probablement deux fois moins de
place, et sans aucune odeur. C’est comme l’eau, j’ai dû consommer à peu près vingt-
cinq litres. Mais je ne vais pas vous faire un beau discours écologique. D’abord parce
qu’en bateau c’est facile. Et le sujet est tellement galvaudé utilisé pour justifier tout et
son contraire, pour en vivre grassement et/ou utilisé à toutes les sauces à commencer par le marketing. C’est
un peu comme pour les filles tondues de 44, souvent ceux qui en affichent le plus sont ceux qui ont le plus
besoin de cacher quelque chose. Bref, fin de la séquence « Ecologie » !

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
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Les travaux sont terminés, les courses sont faites. C’est parti ! Mine de rien, il a fallu bien cinq jours pour
retrouver un bateau fiable. Victor et Julie sont partis ce matin, un coucou en passant à Lydie et Joël qui sort le
gros lambi pour faire le conque ou plutôt un coup de conque. J’ai voulu filmé car c’était bien sympa mais j’ai
cafouillé avec mon appareil. Voici la photo de la sortie par ambiance plus calme qu’à l’entrée, le Rocher du
Diamant est tout à droite.

Départ le soir, avant la nuit. L’objectif est d’être à un point situé à environ soixante miles, de jour également.
Donc avance lente sous trois ris ! A La Rochelle, pour le bénéfice de Voiles Sans Frontière, Kanaouenn à
embarqué deux balises scientifiques d’Ifremer pour les larguer en mer des Caraibes.
Jeudi 29 Décembre.
La nuit, à allure réduite, a été très calme. Et, au petit matin, la première balise est là où son destin l’attendait.

Procédure de mise en route, Exfiltration, Et au bain !


Cette balise a la durée de vie de ses batteries (3 à 6 ans) et va mesurer la température et la salinité de l’eau.
Elle va vivre sous l’eau et tous les dix jours fera surface pour transmettre les données collectées via satellite.
Environ quatre milles balises sont déployées de par le monde dans le cadre d’un programme fédéré par
l’UNESCO et géré pour la France par Ifremer et dautres partenaires instititionnels. Pour en savoir plus et
consulter les données qui sont publiques : www .argo.ucsd.edu.
Voilà, mission Balise 1 effectuée. Kanaouenn, quailifié de voilier d’opportunité dans la notice de déploiement
Ifremer, peut reprendre sa route sous régulateur. Cap vers le point de largage de la deuxième Miss à environ
cinq cent quatre vingt milles.
Samedi 31.
Il y a des cargos assez régulièrement sur l’AIS, en gros 4 à 5 par jour, surtout des pétroliers. Et des oiseaux
aussi, des pailles en queue, des petits fous de Bassan et des Petrels.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
Décembre 2016
Aller, cest le dernier de l’année, je ne peux pas vous en priver !

Je ne sais pas comment vous vous organisez chez vous, mais personnellement, je ne finis jamais l’année avec
du linge sale. C’est presque religieux. Faire sécher à
l’intérieur risque de la faire gouter et je n’avais pas envie de
faire l’acrobate sur le pont pour cela. Elle a finie au-dessus
du cockpit et ce n’est pas mal du tout (ceci n’engage que
moi, bien évidement).
En fin de journée, peu de vent, je largue donc le troisième
ris ! Comme vous pouvez le remarquer, je ne force pas sur la
grand-voile ! A vrai dire, pas encore bien remis de « l’effet
bas hauban », je suis encore un peu en phase de
réconciliation.

Là aussi, rassurez-vous, c’est la dernière de l’année, promis !


Le réveillon a été très sobre : riz au lait de luxe aux bananes bien avancées.
1er Janvier (2017 !).
Journée, pour ne pas dire année, qui commence bien. J’ai
l’honneur d’une visite d’une hirondelle (Si une hirondelle ne fait
pas le printemps, elle fait peut-être l’année, non ?) . Elle est à
l’intérieur du bateau comme chez elle et s’approche à moins de un
mètre sans appréhension. Elle finit par manger (elle a bien aimé le reste de riz), boire et Madame a fait sa
coquette pendant une longue toilette. Le vent monte, je vais prendre le troisième ris. Les bruits de harnais et
de préparatifs de manoeuvres font fuir Lolla (l’hirondelle, qui m’a l’air très hispanisante). En fait, au pied de
mat, là où les décisions importantes se prennent, trouvant le ciel bien nerveux depuis quelques heures,
j’affale la grand-voile. En déroulant un peu, Kanaouenn tient les six noeuds. Du coup, le cap qui était trop nord
se rectifie de lui-même. Merci le régulateur, à se demander si Gégène ne lit pas dans mes pensées. En plus s’il
faut abattre encore, il n’y aura plus besoin d’empanner la grand-voile !

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
Décembre 2016
Pour commencer l’année par une valeur sure, voici le repas de ce midi. Certains
pourraient objecter que les jaunes ne sont pas très jaunes. Soit, mais pour leur
défense, ils viennent de Ziguinchor et ont donc plus de un mois à bord.
Prudemment bien cuits, ils sont impeccables.
Lundi 2 Janvier.
Le temps est couvert, je mets l’hydro générateur en route au cas où car je trouve
le régulateur pas en grande forme. Je lui change la pale immergée pour remettre
une de taille standard. Pendant l’opération je me rends compte que la liaison de la clavette avec la colonne a
du jeu, c’était cela. C’est reparti avec un régulateur quasi neuf ! Des grains et du vent assez fort. Je ralenti
quand même suffisamment pour être avant la nuit au point de deuxième largage de balise. Enfin presque.
Après un gros grain, le ciel derrière n’est pas franc. Il faut en
profiter avant je ne sais quoi. C’est comme cela, dans une
ambiance un peu agitée que la deuxième Miss prend son
bain. Je la trouve un peu enfoncée dans l’eau. Pendant les
deux jours suivants je reste sans nouvelles et je ne suis pas
tranquille. Finalement le SMS arrive : Tout va bien, la
deuxième émet tout bien comme sa soeur. En tout cas les
deux jumelles étaient bien sympas mais cela ne les a pas
déranger de partir vivre leur vie et de me laisser tout le
Bazard à ranger : Insouciance de la jeunesse ! En tout cas, je
reprends possession du carré entier … Et c’est bien agréable.
4 janvier Après midi.
J’ai eu de la chance avant-hier pour la mise à l’eau de la balise. Toute la nuit a été assez forte sous équivalent
tourmentin. Il y a eu un répit hier, et la nuit dernière et
ce matin, on était sous équivalent petit foc 3. La vidéo
de ce matin est sympa. D’après les fichiers grib étudiés
en Martinique. Il y avait l’air d’avoir une zone venteuse
au large de la Colombie - ce qui a été le cas - et ensuite
le fond du golfe serait plus calme. A voir. L’eau n’a plus
cette couleur bleu profond habituelle, elle est devenue
verte. Je crois que les non daltoniens doivent appeler
cela turquoise. Pourtant on est toujours sur les grands
fonds, au large, à l’extérieure de la ligne des trois
milles mètres. L’ancien kayakiste reste toujours au
large s’il n’a pas besoin de se rapprocher des côtes !
Vendredi 6 janvier.
Hier le vent est devenu tout doux, à tel point que j’ai renvoyé la grand-voile haute. Cela faisait vraiment
longtemps ! Et ce matin, le vent a tellement adonné que j’ai détangonné. Une arrivé type belle plaisance de
week-end donc.
Voilà, trente-six jours pour traverser, arrêt compris. Soit pour les 3 764 milles théoriques, une moyenne de
4,35 noeuds. Si on enlève la pause, on monte quand même à 5,2. Ce qui n’est pas si mal pour ce type de
distance et un gréement malade quasiment la moitié du parcourt.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°4 – Transat
Décembre 2016
Voilà la première impression en arrivant à Portobello (Une vingtaine de milles avant Colon et le Canal de
Panama).

Et pour conclure par un classique :

Le dernier couché de soleil d’hier soir !


En vous souhaitant une année riche en bonnes choses pour tout, et plus que fabuleuse pour tout le reste !
A bientôt pour la suite,
(Et bise au Filles).
Bernard / Kanaouenn.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
Janvier 2017
Portobelo, Samedi 7 janvier.
Portobello, ville - si on peut dire, car c’est plutôt un gros village- chargée d’histoire. Notre incontournable
Christophe est bien sûr passé par ici (mais où n’est-il pas allé ?). Il a trouvé le site sympa au point de le
nommer ainsi. La baie est effectivement jolie. Et extrêmement protégée par les forts car, au début, tout l’or
récupéré en Amérique centrale et du sud, dans le bain de sang généralisé que tout le monde sait, arrivait là
pour partir en Espagne. Une telle concentration a attiré les convoitises et Portobello s’est fait piller et
massacrer plusieurs fois. La pire a été par le pirate anglais et particulièrement sanguinaire Morgan. Les
Espagnols ont fini par abandonner Portobello au profit de plusieurs endroits dispersés.

Ancien bâtiment des Douanes.

Mon premier contact avec l’Amérique du sud, l’ambiance dans les rues m’est particulièrement étonnante. La
végétation est d’une densité et d’une variété incroyable. Les gens, en dehors des touristes locaux ou

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
Janvier 2017
étrangers qui sont nombreux ici, paraissent pauvres et beaucoup de maisons sont dans un état proche de
l’abandon. Le métissage est important, entre les Indiens d’origine, les incontournables Espagnols, les Africains
qui ont été déportés ici comme dans toutes les Caraïbe et aux Etats-Unis, et les asiatiques qui actuellement
tiennent une grande partie des boutiques, il y a toutes les nuances. Ici les touristes font partie du paysage car
c’est la raison d’être de Portobello. Ainsi, de jour, l’ambiance est en mode décontractée. Le dimanche,
l’embouteillage des familles venant pique-niquer est quasi permanent.

Pirogues monoxydes. Place centrale.

Eglise avec un christ noir très vénéré. Présenté comme un symbole du métissage local (réussi
?).

Superette. Bus, ils sont tous fabuleusement décorés.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
Janvier 2017
Lundi 9.
La nuit au mouillage a été quasiment blanche. Le vent souffle plus que six et l’ancre tient limite. Dérapage sur
vingt-trente mètres en début de nuit mais dans la vase dure, la CQR a raccroché. Nuit de veille. Le vent est
donné pour se calmer en milieu de journée. J’attends donc car
dans plus de douze mètres d’eau et la ligne si tendue, cela doit
être guère possible de remonter l’ensemble au guideau manuel. En
milieu de journée le vent a à peine baissé et il est temps d’y aller si
possible. La remontée du mouillage se fait parfois 5 centimètres
par 5 centimètres et finalement l’ancre est enfin en haut. La
navigation est sportive dans une mer vraiment forte. Je suis
éreinté et ne suis probablement pas capable de remonter une
deuxième fois le mouillage dans ces mêmes conditions, je vais
donc me réfugier à la marina de Shelter baie. En mettant le pied à
terre, je me rends compte de mon état de fatigue et de l’ampleur Zone de mouillage extérieur pour les cargos à
de mon tour de rein ! Colon, sur l’AIS. Il y a du monde.

Pour passer le Canal, c’est très simple. L’agent avec lequel j’ai fait affaire à Portobello (Marcos, le fils de Tito)
étant contacté, il passe le mardi pour m’emmener en ville, à Colon, m’inscrire à la tour de contrôle du port.

Colon est avant tout un port avec d’immenses quais et zones de stockage de containers. La ville donne
l’impression de n’être que l’arrière-cour de ces docks. En dehors de la zone portuaire énorme, très fermée et
bien gardée, les quartiers sont dans un état de délabrement incroyable.

Marcos me dit que nombreux sont ceux sans aucune scolarité et sans travail. Le pays est loin d’être si pauvre
que cela avec le Canal qui est une vraie manne, la place financière très forte et une économie plutôt active. Ce
« paradis » fiscal n’est visiblement pas le pas paradis pour tout le monde. Mais revenons aux formalités. Il faut
ensuite passer pour demander (et payer) le Cruze permit, autorisation de naviguer dans les eaux

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
Janvier 2017
Panaméenne, sur le même principe qu’aux Etats unis, si ce n’est qu’il est ici plus de quatre fois plus cher !
Mais problème, je n’ai pas sous le coude le numéro du brave moteur de Kanaouenn. Impossible d’avoir un
Cruse permit ici sans cette information indispensable pour l’identification du bateau. L’agent devant revenir
prendre le permis le lendemain, je propose qu’il apporte le fameux numéro. La dame accepte. En sortant,
Marcos me dit qu’on a eu de la chance de tomber sur elle qui est bien plus conciliante que l’autre. Avec
l’autre il ne sait pas comment l’affaire aurait terminé… Le lendemain, un inspecteur du Canal doit venir pour
mesurer le bateau et vérifier tout un tas de choses plus procédurières les unes que les autres. Le lendemain,
personne : Demain. Pourquoi ? C’est comme cela. Le lendemain, un individu odieux, suffisant et prétentieux,
vient mesurer le bateau. Il mesure de l’étrave au mat, puis du mat à l’arrière. Puis de l’avant à l’arrière des
fois que j’aurais trafiqué le bateau je suppose. Puis le remesure une demi-heure plus tard peut-être des fois
que cela aurait changé de longueur entre temps je suppose là aussi. Opération indispensable également pour
connaitre le prix du passage qui est le même pour tous les bateaux de moins de 50 pieds (la copie de l’acte de
francisation est pourtant dans le dossier). Me demande sur parole s’il y a des toilettes, si les feux de
navigation fonctionnent mais veut voir la corne de brume… Pas de chance, je ne l’ai pas remplacée lorsque je
l’ai cassé la dernière fois. C’est vrai que dans le canal, s’il y a de la brume, c’est l’outil indispensable pour parer
les cargos. Pourtant le spécialiste en sécurité sait que Kanaouenn est équipé en AIS (Classe B a-t-il assuré très
doctement). Bref, gros problème, impossible de passer le Canal sans cela. Il le note sur le document en me
disant qu’il faudra que je montre patte blanche lorsque le pilote montera à bord. Je vous passe les charges
agressives à propos de questions du genre « acceptez-vous de passer le Canal amarré sur le côté de l’écluse »
etc. Il faut dire que Monsieur à chaud à cause de l’absence de clim, n’a pas assez de place sur la table du carré
(Monsieur est quelque peu volumineux) et ne supporte pas que je ne comprenne pas au quart de tour son
anglais qu’il doit probablement considérer comme parfait. Il me demande même si j’ai de la viande fraiche à
bord ! Bref tous papiers faits, il range son sac, me demande de le lui porter au ponton, petit détail pour vous
donner l’ambiance. Mon brave ami ayant oublié un livre à bord, je vais lui porter au bateau suivant, Monsieur
se déride et je lui montre la corne de brume empruntée à Louis pour l’occasion et tout se termine dans la joie
et l’allégresse la plus totale ! Bien. Après cela, le lendemain, il faut aller payer, dans La banque adéquate.
Après être allé retirer deux mille dollars dans un distributeur. Dans le quartier administratif le long de la zone
portuaire, le lieu a l’air calme, mais avec la réputation de la ville, l’opération n’est pas anodine tout de même,
ailleurs non plus d’ailleurs. Et le soir Kanaouenn a sa date de passage, Mardi. Le bateau qui a été mesuré en
même temps que moi (« Ju ») passe dimanche. Il ne faut pas chercher à comprendre, mais c’est mieux comme
cela, je vais profiter de ce temps pour faire sortir Kanaouenn et le caréner. Il faut qu’il soit propre pour les
Galapagos. Reste aussi à trouver les quatre équipiers obligatoires pour gérer les quatre amarres. Les jeunes
sont plus alertes que moi à ce genre de sport. J’ai un Polonais (Marcus) pour l’instant. Le voisin Brésilien
(Tassio), qui ne cherche plus qu’un seul équipier (Linehander dans le jargon du canal) me propose de me
l’échanger contre deux américains, Ok. Avec Louis et Charlotte qui sont d’accord pour venir, l’équipage est au
complet, tout va bien. Mais le lendemain, les américains me claquent dans les pattes. Le jour d’après, Tassio
passe très stressé au carénage où Kanaouenn est sortie pour la journée : Il devait passer l’après-midi même et
le canal vient de le prévenir que c’est reporté au lendemain. Deux de ses linehanders ne peuvent pas suivre,
Marcus que j’héberge depuis quelques jours et qui m’aide sur le chantier lui confirme que c’est bon pour lui.
En cherchant, il trouve quatre Suédois mais qui veulent passer ensemble. L’échange avec Louis et Charlotte
complète les deux bateaux d’un coup. J’espère que vous avez suivi !

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
Janvier 2017

Précision Spécial Zautorités Galapagos.

En fin d’après-midi, Kanaouenn est prêt pour la mise à l’eau. Le grutier me dit que c’est mieux d’attendre,
bon. Vers quatre heures, je les vois se changer : Ben oui, c’est trop tard maintenant. Le lendemain, au bureau,
ils me réclament un supplément car le mise à l’eau
n’a pas été le jour même : négociation ! Voilà à quoi
on joue ici. A Colon, la vie est trépidante. La marina
est à l’opposé de la ville, isolée de tout, dans un
espace gardé qui était une grande caserne de
l’armée US à l’époque et à la place des pontons, la
crique abritait les navires et même des sous-marins.
Pour aller en ville il faut faire tout le tour de la baie
en passant par les écluses du canal quand il n’y a pas
de trafic, c’est-à-dire pas souvent. Sinon, il faut
prendre un bac, de l’ordre d’une heure de route
quand il n’y a pas d’attente au bac. Dans ces
conditions les taxis sont hors de prix, heureusement la marina organise un système de navettes pour aller
faire des courses dans un centre commercial à côté de Colon. Mais tout cela prend bien une demi-journée.
Dimanche 15.
Après un petit relâchement, je reprends le Chronologie ! Dimanche donc, c’est jour de pause. Il y a un fortin
de l’autre côté de la pointe et les trottinettes doivent avoir les roues qui les démangent depuis le temps. Avec
Marcus, on ne part pas trop tard pour éviter le pic de chaleur.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
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On est dans une réserve naturelle. Gérée par l’Aéronavale, gardée et entretenue par des gens en treillis de
camouflage, ceux qui gardent le font fusil automatique à l’épaule. Il parait que le pays a décidé de ne pas avoir
d’armée. Qu’est-ce que ce serait sinon ! Car on voit souvent des gens faire de la surveillance en treillis plus ou
moins de camouflage, fortement armées avec gilets pare-balles. Il faut croire que ce ne sont pas des
militaires.

Une bonne heure plus tard d’une petite route dans la forêt, arrivée à Fort San Lorenzo.

Le promontoire surplombe l’estuaire du Chagres, une des grandes routes de l’or à travers l’isme et rivière qui
a été fermée pour remplir le lac de Gatun.

Contrairement à Portobello, ce qui lui a été fatal surtout avec Morgan, ici le site est protégé de tous côtés,
même côté terre.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
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Il a fait bien chaud au retour et la piscine de la marina, vide en plein midi et que je boycottais jusqu’à
maintenant, a finalement été bien agréable !
Mardi 17 janvier.
Hier donc, opération carénage. Finalement, les couacs d’organisation ont permis de passer une couche
d’antifooling, ce qui est une bonne chose. Mise à l’eau tout de même tôt et retour à la place sur le ponton
pour les préparatifs du Grand Jour. Les Suédois qui me cherchaient partout sont près. Les grosses amarres et
les pneus à la norme du canal arrivent un peu au dernier moment et après deux-trois appels téléphoniques
comme il se doit. Quelques bricolages pour attendre l’heure du départ et à 14 heures 30 un peu passé, en
route pour le FLAT, zone de mouillage d’attente à l’intérieur de la rade. Kanaouenn à rendez-vous avec le
pilote à 15h50. Yoyo de Tassio est parti il n’y a pas dix minutes, il a rendez-vous lui à 16 heures, c’est précis.
Arrivé sur place, Yoyo mouille avec les autres, j’attends en tournant lentement en rond. La précision de
l’organisation du canal fait que le pilote arrive à guère plus d’une heure et demie de retard. Il embarque,
salutations, il s’installe, échanges courtois, la consigne donnée à l’équipage avait a été «Respect, Courtoisie et
cordialité avec le pilote, et les trois en même temps SVP !», il donne ses directives que je suis à la lettre. La
conversation s’installe, un petit café ? Pas de doute, Kanaouenn est bien tombé, ce qui est de bon augure car
un mauvais relationnel entre le bateau et le pilote peut aller jusqu’à engager la sécurité dans les manoeuvres.
En s’approchant de la première écluse, Harold nous décrit la manoeuvre : nous formerons un radeau de trois
bateaux, Kanaouenn sera à droite et nous rentrerons dans le sas derrière le cargo blanc qui nous double en ce
moment. Un peu après le cargo en question arrivant trop tôt ou trop vite bat arrière toute juste devant nous
en chassant de travers malgré le remorqueur qui lui repousse l’étrave : marche arrière pour rester à distance.
Les quatre amarres sont bien lovées proprement sur le pont, ne connaissant pas bien mon équipage, je m’en
suis occupé personnellement. Les gardes sont prêtes. Le radeau se forme, en fait nous sommes à gauche. J’ai
l’impression que la coutume veut que ce soit le pilote du bateau du milieu qui dirige l’ensemble. Engagé dans
le début du canal, il n’y a presque plus de clapot et le voisin est calme et adroit, tout se passe parfaitement
bien. Les mats sont suffisamment décalés, les gardes bien souquées, c’est parti. Les pilotes donnent les ordres
: A tribord, droit ou bâbord, avant lente, plus de gaz, neutre. On approche du sas, la nuit commence à tomber.
Chez les voisins, l’ambiance est très détendue, à bord, mes suédois sont efficaces mais assez stressés. Je
comprends pourquoi ils voulaient une première expérience avant de traverser avec leur propre bateau. On
rentre dans le sas, le pilote, debout à l’arrière, la VHF à l’oreille synchronise avec le quai, il doit certainement
tout savoir d’où en est le cargo. Il cri « Attention les têtes », les lamaneurs envoient les toulines, les unes
après les autres, attendant que la précédente soit bien réceptionnée. Le radeau des trois voiliers avance
encore, les amarres sont filées à quai. On s’approche encore, puis « Marche arrière » pour arrêter l’ensemble,
les lamaneurs passent les amarres sur les bollards et nous voici arrêtés et bloqués entre le cargo et les portes
qui, sans transition, commencent à se fermer.

Les portes se ferment sur l’Atlantique. Les remous pendant le remplissage de la chambre.
Le pilote suit la manoeuvre de bout en bout. Le radeau se déplaçant latéralement dans les remous, il sufit de
reprendre le mou des amarres quand les bateaux se décalent de notre côté et de bien bloquer quand ils
partent de l’autre côté. « Bloquez, reprenez », on suit le pilote. Je n’ai rien à faire, juste à surveiller que tout

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
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se passe bien et n’ai presque pas eu à intervenir. L’eau montée, le cargo démarre. On attend que ses premiers
remous soient passés et c’est reparti pour la chambre suivante.

Michèle immortalise l’évènement à la live-caméra. Les lamaneurs nous rendent les amarres.
Trois sas ainsi à suivre, puis courte navigation pour s’amarrer à une bouée pour la nuit.

Petit matin sur le lac d’eau douce de Gatun, puis 5 heures de navigation pour le traverser.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
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On y croise bien sûr de grosses bêtes : un Panamax et une belle boite flottante. Mais aucun nous double, la
circulation est alternée sur le lac pour les cargos.

Lancé de touline dans San Miguel. Derrière, les


fameuses locos (las mulas) qui tiennent les cargos.
La tranchée gaillard, à vérifier mais il me semble 24 000 morts (maladies, fièvres, etc.) pour tailler la montagne
avec les moyens de l’époque. Et le pont du millénaire.
Et on arrive aux écluses de Miraflores. Les plus mythiques ? Les plus
spectaculaires ? L’équipage est rodé, l’ambiance reste détendu pendant les
manoeuvres, Arold ne dit presque plus rien. Le Pacifique n’est pas loin. Le
vieux rêve de tous ceux qui sont sur les bateaux est juste là, derrières ces
énormes portes. L’ambiance tourne à une douce euphorie assez
extraordinaire. Pour l’évènement on est juste deux bateaux amis, Yoyo sur
lequel se trouvent Louis, Charlotte et Marius venus aiser Tassio et Bella et
Kanaouenn. Cela tombe on ne peut pas mieux

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
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Miraflores, passage de la première à la deuxième et dernière chambre. La live-camera est sur le bâtiment blanc.

Tassio et Bella sur Yoyo. Arold, le pilote, visiblement content de l’accueil à


bord.

Sortie de Miraflores … Derrière, Et devant, le Pacifique.

Dans Miraflores, l’accordéon a été de la fête. Quelques morceaux


impromptus selon l’inspiration. Sauf le premier qui était le même que pour
l’accueil de l’Hermione à Yorktown. Il y a des traditions à bord !

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
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Champagne ! (Merci Denis !), avec l’équipage et devant le pont des Amériques. Le Pacifique a été dignement
fêté. L’équipe (Tuiga, Ingwar, Karl et Ulla) se font récupérer par la navette du Balboa Yacht Club et Arold près
de la bouée 10 par ses collègues. Je vais mouiller à Playaita. Journée historique bien remplie. Le soir, alors que
je ne l’attendais plus, Marcos passe à la Marina. Je lui rends les amarres (à mon avis c’est pour cela qu’il
passe) et me dit qu’il repasse pour les papiers « Don’t worry Cap ». Cette fois-ci j’aurais juste 6 jours pour
méditer sur les avantages et les inconvénients de « Worrier ou pas ». Juste pour un papier. Heureusement
qu’à Portobello, quand je lui en ai parlé, c’était « No Problem Cap ».

Arold nous a dit que, l’ami de la planète, Monsieur Trump a une (ou deux, je ne sais plus mais on n’est pas à
cela près) tour, plutôt vers la droite si vous regardez bien. Quand je pense à tous les soucis que cela doit lui
créer. Je comprends qu’il ait voulu être président. Cela doit lui changer les idées. Mais heureusement ce n’est
que très peu taxé (voir pas du tout si on se débrouille bien). Mais à Panama City, il y a aussi la vieille ville avec
son coeur historique.

L’immense station de bus de Albrook (vue très Le métro tout neuf.


partielle).

Grande rue piétonne et commerçante. Scène de rue.

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Rues adjacentes.

Le centre historique (Casco viejo).

La vieille église de La Merced. Vous voulez un chapeau ?


En dehors des célèbres Panama, il y un artisanat local, d’origine indienne, qui produits des objets de vraiment
très grande beauté.

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Bolivar le Libérateur,

d’un côté, version «


Marche victorieuse »

et de l’autre une
version plus
suggestive, pour
vous mesdames ?

Plazza de Francia. En bas, c’étaient des casemattes et L’office du tourisme, géré par par la police. A
des geoles. Il y a une sourde histoire de prisoniers l’intérieur, on est accueilli par un gradé sur une
enchainés à marée basse. Et qu’on laissait là … De 5 à estrade de au moins un mètre de haut. La hierarchie
6 mètres de marnage. entre les autorités et les gens ordinaires est
respectée.

Sur les quais. Avec vue sur la modernité.

Que les passionné(e)s de grattes ciel et autre spectaculaires constructions


modernes me pardonnent, mais je ne suis pas allé voir de près ni fait d’étude
comparative de ces énormes tas de béton, de fer et de verre. Mes centres

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
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d’intérêts sont tout autres. Et j’ai préféré, très concrètement, aller … faire des courses ! Mais, esthétiquement
parlant, ce n’était pas mieux.

Beaucoup de bâtiment sont en attende de restauration, un peu comme à Cuba, toute proportion gardée.

Pour le plaisir des yeux, en rentrant par le boulevard Causeway.

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Kanaouenn Saison 2 - Lettre n°5 – Panama
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Lundi 23 Janvier.
Il est 15 heures locale (20h en TU). Depuis ce matin, pour ne pas dire cinq jours, je cours après cette fichue
attestation de fulmination pour les Galapagos. Sans l’aide de Marc et Judith du voilier « JU » qui parlent bien
français et espagnol, qui ont un bon contact avec Marcos, lequel va même jusqu’à répondre au téléphone
quand c’est Judith qui appel, je ne sais pas combien de temps cela aurait duré. Enfin Marcos me la fournie. En
dehors du prix qui est quatre fois le prix convenu à l’origine et que le document ne mentionne pas les
caractéristiques demandées par les autorités Equatoriales (je l’avais pourtant bien précisé - j’espère qu’il sera
accepté à l’arrivée ...), je suis content car pour débarquer pour récupérer le papier, on est lundi, une nouvelle
semaine pour le Dinguy Dock : Cinquante dollars pour un seul débarquement de 10 minutes, non négociable.
Il est temps que je parte de ce pays de fous.

Aussi, je vous salue vite fait pour aller remonter l’ancre, depuis le temps, Kanaouenn est plus que prêt,

En vous souhaitant une vie douce, paisible et encore plus !

(Et bise aux Filles !).

A bientôt.

Bernard / Kanaouenn.

PS. : Il y a un juste peu de vent, juste un peu de face et juste un tantinet faiblard …

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°6 - Les Galapagos
Fin Janvier, début Février 2017
Lundi 23 Janvier.

Ca y est, j’ai cette fameuse attestation de fumigation, obligatoire pour les Galápagos. Cela fait quatre
jours que je l’attends. Mon bien très cher agent a, je le suppose, bien d’autres choses plus
importantes à faire. Heureusement que je lui en avais parlé dès le premier jour et rappelé plusieurs
fois. Qu’est-ce que cela aurait été sinon ! Donc après multiples appels téléphoniques sans réponse et
l’aide quasi miraculeuse de Judith et Marc (qui a fini par constater que Marcos ne répondait qu’à
Judith1 !) du bateau « Ju », Marcos (Mon bien très cher agent) m’en propose un à prix quatre fois
supérieur celui annoncé d’origine, décision à prendre immédiatement au téléphone car il est, d’un
seul coup, dans le bureau de l’entreprise idoine. Si ce n’est pas « mettre la pression » qu’est-ce que
c’est ? Il doit me l’apporter dans une heure tapante. Je vais donc au ponton des annexes pour le
retrouver. On est lundi, une
nouvelle semaine
commence, il faut prendre
l’abonnement pour cette
nouvelle période, non
négociable (on est à
Panama), 50$. Juste pour
prendre un papier ! Marcos
arrive normalement, c’est-à-
dire trois heures plus tard.
Et il faut le remercier
poliment car « c’est un bon gars quand même, lui est serviable et réglo » selon des habitués de la
région. En tout cas, l’attestation en question ne contient pas les précisions demandées … On verra
bien à l’arrivée. Après toutes ces péripéties, nous sommes en milieu d’après-midi. Depuis le temps,
Kanaouenn est plus que prêt, en dix minutes l’annexe et l’ancre sont remontés et en route au près
(tien donc) dans du petit temps (tien donc) à zigzaguer entre les cargos au mouillage. La nuit nous
trouve à louvoyer à deux nœuds entre la côte et au raz du rail des cargos qui défilent sans
discontinuer. A ce rythme-là, cela peut durer longtemps, le moteur est mis à contribution pour nous
dégager et passer l’île Bona. Puis les voiles sont remises, au près, toujours à longer le défilé de
cargos. Le mardi soir quatre-vingt milles ont été fait depuis le départ, la Ponta Mala est parée et les
cargos, libérés du rail s’éparpillent sur leurs routes.

Mercredi 25.

Dans la nuit, le vent est venu à prendre deux ris et la mer se forme vite. Pendant un empannage
sauvage, la dernière pièce métallique du hale bas en profite pour casser. Elle est remplacée par du
textile. Et ce matin, immense nouvelle : Le téléphone est retrouvé ! Il avait disparu, j’étais pourtant
certain qu’il était à bord car j’avais bidouillé les puces entre les deux téléphones récemment à bord
et je n’y avais pas touché ensuite. Depuis le départ je le cherchais ardemment car il contient la
cartographie Navionics et surtout la puce française qui marche si bien partout (et dont je tairais
l’opérateur, il m’a pas payé pour lui faire de la pub !). Les coups de roulis parfois très forts des
vedettes de passage devant le mouillage l’avait fait glisser derrière le vaigrage de la table à carte.
Ouf. Que d’heures passées à tout vider les équipets et chercher dans des endroits même parfois

1
Pour l’instant Panama a, très haut la main, la palme d’or du machisme. Les filles se prennent des réflexions
d’une crudité magistrale.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°6 - Les Galapagos
Fin Janvier, début Février 2017
complètement improbables voir absurdes ! Toujours beaucoup de cargos sur l’AIS, nous faisons
presque route commune avec certains.

Jeudi 26.

Journée d’anthologie. L’alizé, en pleine forme, traverse


l’isthme de Panama et nous pousse bien sur une mer peu
formée et un courant bien établi. Résultat, cent soixante-
huit miles dans les 24 heures ! Le rocher de Malpero a été
passé ce matin. Mais, comme prévu par la météo, le vent ne
dure pas. Je profite du largage du dernier ris pour affaler la
grand-voile et changer le coulisseau du haut, c’est le dernier
de rechange qui me reste. Peu après, le vent est si faible
que je mets des penons les plus légers possibles pour y voir
quelque chose quand même. Dans l’après-midi, il faut bien peaufiner les réglages juste pour gagner
0,3 nœuds ! On avance parfois plus vite génois semi enroulé et stable que déroulé et balloté par la
houle. Au près, le bateau dérive au vent de 10° : très fort le Mélody ! Y aurait-il, par hasard, un peu
de courant ? Nous sommes entrés dans la zone intertropicale joliment qualifiée de « Convergence »,
la « ZIC » pour les intimes. A partir de maintenant, les milles vont se mériter !

Vendredi 27

La nuit a été difficile mais longtemps accompagné par de dauphins. Elle a commencée par un grain
qui a duré longtemps suivi d’un vent mou et instable avec quelques éclairs au loin. Pas facile de gérer
les voiles par nuit sombre. Il faudrait de pennons fluos. Le pilote s’est perdu deux fois, quand le
bateau n’avance plus du tout, le safran devient inefficace et le pilote fini en butée d’un côté ou de
l’autre avec l’alarme de cap qui couine. Dans ce cas, je mets le moteur en avance lente (1200 tours)
pour rester manœuvrant. En fin de nuit, le vent est revenu du sud, 2 beaufort : au près bâbord dans
un temps gris, il manque 30°. Je ne voudrais pas faire de l’ouest mais plutôt gagner au sud. Je nous
suppose encore à l’abri du courant de Humboldt qui porte au nord mais lorsqu’il faudra le traverser,
avoir de la marge serait un plus.
Une jeune mouette vient se reposer à bord un
long moment. Elle reste dans le passavant ou
sur le pont non loin de la descente,
tranquillement. Vous pouvez constater sur la
photo comme le temps est calme. Les petites
vagues paraissent anodines, mais avec le peu
de vent, elles sont suffisantes pour secouer le
bateau et faire claquer les voiles qui elles
secouent le gréement. Ce petit clapot un peu
nerveux empêche aussi le bateau d’avancer car
il a peu d’élan.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°6 - Les Galapagos
Fin Janvier, début Février 2017

Les nuits sont noires. Il n’y a pas de lune, pas d’étoile et on ne distingue même pas l’horizon.

Samedi.
Mer plate. Plus ou moins cinq centimètres d’écoute pour essayer
de gagner un ou deux dixièmes de nœud et essayer de tenir les
deux nœuds. Les yeux sur les pennons. Dès que la vitesse
descend, on est dépalé vers le nord par le courant. Il faudrait
pourtant gagner au sud pour ensuite le traverser de travers si
possible. Sinon, l’arrivée contre le courant et statistiquement
contre le vent faible risque d’être rude.
Sans vent et donc sans air, le soleil est de plomb et le pont est
brulant, hors de question d’y poser un pied nu. Lorsqu’on est ainsi encalminé, on dérive vers le Nord-
Ouest cette fois-ci, justement là où je ne veux pas aller, pour garder la main la seule solution est de
re démarrer le moteur, en avant lente pour être manœuvrant sans consommer trop de gas-oil.
Pour vos décrire l’ambiance « Petit temps » : la séquence commence par un réglage pile poil au près
pour arriver à deux nœuds, tout va bien. Le vent n’est jamais parfaitement stable, c’est dans le petit
temps que c’est le plus remarquable, donc un virolo fini par
passer par là, le génois se dévente et masque. Vite (même de la
bannette, au bruit, on s’en rend rapidement compte) il faut
reprendre la barre pour abattre. Redémarrer le bateau et re
régler pile poil pour se retrouver à la case départ. Et ainsi
régulièrement, et ceci quand le bateau ne vire pas ! S’il vire, il
faut faire passer le génois en l’enroulant car l’étai volant est à
poste, relancer le bateau, revirer (en enroulant-déroulant),
reprendre le cap etc … !
En Fin de journée, grain de Sud-Ouest puis le vent passe à l’Est, j’en profite pour faire du Sud-Sud-
Ouest pour me recaler, puis je reste sous les grosses gouttes de pluie : Un bon rinçage à l’eau douce

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Fin Janvier, début Février 2017
après la journée à suer tant et plus est un
luxe royal. En calant le seau sous le bout de
bôme qui fait un peu gouttière, j’en récupère
une dizaine de litre, super pour de futurs
rinçages à l’eau de pluie !
Résultat de la journée : progression de
cinquante-six miles vers la destination et
trois heures de moteur.

Dimanche.
En début de nuit, tranquillement allongé sur la bannette (l’avantage du petit temps est qu’on n’a pas
besoin de se caller !), j’entends distinctement un souffle, puis un deuxième. Pas de doute, sans la voir
dans la nuit noire, le souffle à juste derrière sur tribord, peut-être à trente mètres. La mer est très
fluorescente mais elle ne fait aucun remous, elle n’a pas besoin de bouger beaucoup pour maintenir
le nœud et demi du bateau ! Puis elle souffle sur l’arrière bâbord. Elle nous suit. Depuis qu’une de ses
collègues est venue nager bord à bord presque à frôler la coque - j’aurais pu lui gratter le dos avec la
gaffe - j’aime bien ces grosses bêtes mais pas trop près tout de même. Ne connaissant ses intentions
et pour bien m’identifier au cas où j’aurais à faire à un bigleux, je démarre le moteur au ralenti. Fin
de l’épisode baleine, mais début d’un nouvel épisode oiseau. En fin de nuit, un oiseau noir de la taille
d’un petit merle vient se blottir dans le fond du cockpit. Il a l’air épuisé et mal en point.
Le près dans le tout petit temps est catastrophique. A moins de deux nœuds, le plan anti dérive est
inefficace, les bords sont de cent cinquante à cent soixante degrés d’un bord sur l’autre comme je
l’avais déjà constaté au sortir de la Casamance. Le deuxième paramètre est le vent - pour ne pas dire
les souffles d’airs épars - qui tourbillonne parfois à trente degrés près. Le régulateur qui pourrait
suivre ces évolutions est aux abonnés absents depuis
belle lurette. Comment faire pour avancer en tirant
des bords de cent soixante-dix à cent quatre-vingt
degrés à un nœud sur l’eau et parfois moins ? Et dire
que le Mélody est réputé pour son près ! Toute la
matinée à dégouliner de chaleur sur le pont pour
gagner quatre miles en six heures.
15h40. Le cap compas est au 190°, le GPS indique 300. Sur la photo, la ligne sombre n’est pas une
risée, c’est une veine de courant. Quand Kanaouenn traverse ce genre de chose, le cap est dévié
parfois jusqu’à quarante degrés. 16h30 nous trouve à 0,7 nœuds au 30, je me demande parfois
comment fait le pilote pour barrer dans ces conditions… Plus tard : le génois masque sans arrêt dès
que je confis le bateau au pilote. A 21h, depuis une demi-heure, le bateau est stable, vitesse 1 noeud
à 15° du cap, merveilleux. On a gagné un mile sur la route directe en deux heures !
Résultat de la journée : progression de cinquante-trois miles avec une heure trente de moteur.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°6 - Les Galapagos
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Lundi.

L’autre journée de record, mais inverse : 16 miles de réalisé ! Mais pas une minute de moteur. Le
courant déporte toujours au nord-ouest à se demander où il nous mènera ! Et encore, avec le GPS,
on sait précisément où on va. Du temps des outils de navigation aléatoire certains bateaux finissaient
par ne plus savoir où ils étaient.
Mardi.

Toute la matinée avec du vent d’Ouest, au près cap au sud on avance vers les quatre nœuds comme
pas vu depuis longtemps. Après avoir barboté pendant plusieurs jours, j’ai l’impression que le bateau
avance à une vitesse folle. Dans
plusieurs récits de navigation dans la
région il est fait état de « la longue
houle du Pacifique », il n’y a en ce
moment que des petits houles de
différentes directions, petites mais
suffisantes pour nous remuer. Dans
l’après-midi, grain sur grain avec
tonnerre. Le vent refait une valse de
360° en trois heures, puis …
Barbotage ! Au soir :
1) Le pilote barre
2) On est au cap
3) On avance (à un petit nœud mais quand même !)
Donc Tout va bien. Et 48 miles de gagnés avec juste deux heures de moteur.

Mercredi 1er février.

Cette nuit, un pétrolier quasiment sur la route. Ne voyant pas son feux blanc de proue, ce n’était pas
évident de le visualiser. Finalement il passe derrière, pas bien loin. Un vent léger de Nord-Est se
stabilise toute la journée. Je prends un ris pour éviter une fois de plus que la voile ne tape dans le
hauban. Avec moins de surface la grand-voile dévente moins le génois, et du coup on avance plus

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vite (ou moins lentement si vous préférez). Je pars en exploration derrière le bib pensant trouver
l’oiseau noir en mauvais état, il n’a rien mangé et rien bu. Personne. Il est reparti comme il est venu.

Jeudi 2 Février

J.e. m.e. s.u.i.s. f.a.i.t. a.v.o.i.r. c.o.m.m.e. u.n. b.l.e.u. !!!


Mes calculs me donnaient l’évènement pour le milieu de la
matinée… Je me lève sans me presser, jette un œil sur le GPS. Bon
sang, mais on n’est pas loin ! Mais cela augmente ! Sud ! On a
passé la ligne ! Kanaouenn a fait cela tout seul, en toute discrétion
comme un grand. Courant, erreur de calcul ou vitesse « bien
supérieure » à la prévision ? On a beau être si proche, je ne vais pas
faire demi-tour pour la repasser sous les feux de l’appareil photo tout
de même. Le résultat est là et c’est l’essentiel. La bouteille de Porto
qui attendait est tout de suite sortie pour arroser l’évènement !
Kanaouenn a eu sa part, Neptune (qui est chargé d’en transmettre à
Eole) aussi... Sans oublier le capitaine ! On partage, mais avec grande
modération à cette heure-ci. Après le petit déjeuner, un peu
d’accordéon, je suppose que c’est la première fois que l’hémisphère
sud entend la Valse Tonton Bernard et La Scottish Sitelle Torchepot. J’arrête, il fait trop chaud. Le
soleil est monté et je dégouline déjà. C’est parti pour la journée. Hier, j’ai relu Moitessier. Il a mis
neuf jours avec du vent quasiment tout le temps, une chance inouïe. Il parle de bateaux ayant mis
soixante jours, je préfère ne pas y penser ! Le Toumelin, à la voile pure, a mis vingt-cinq jours avec
son Kurun. Kanaouenn, toujours au près dans le petit temps, a gagné quarante-sept miles
aujourd’hui, sans une heure de moteur.
Vendredi.

La fin de nuit est saluée par un gros grain avec très forte pluie. Les
impacts sont fluorescents et la mer est comme toute lumineuse,
étrange vision féerique. En prenant le deuxième ris, je me fais
copieusement rincer par les embruns alors que j’étais rincé à l’eau
douce de la pluie. Tout est à refaire ! Mais ce vent ne dure pas. Dans
l’après-midi, virement de bord pour se rapprocher du cap. On en est
à 30 degrés, ce n’est pas si mal. Mais cela ne dure pas… Etc. Au final
Pour la séquence bricolage et
sept heures trente de moteur pour soixante-quatre miles de faits. comme quoi l'espoir d'arriver reste
bien présent quand même :
Samedi Confection du pavillon.

Apres avoir hésité entre forcer l’allure au moteur quitte à arriver dimanche pour abréger la
plaisanterie ou garder ce rythme qui devrait nous faire arriver lundi avec un peu de chance, j’avais
choisi la deuxième solution. Finalement le vent en a décidé autrement. Il bien donné une bonne
partie de la journée et nous a bien rapproché. L’étape s’est donc terminée par vingt et une heures de
moteur pour arriver de jour.

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Pour conclure, voici deux ciels et mers de Pot au noir :


Les photos ne sont pas retouchées et sont en couleurs, même celle de droite !
Treize jours fastidieux et par moment pénibles pour faire neuf cents miles, soit en moyenne moins de
soixante-dix miles par jour, moins de trois nœuds de moyenne. Si j’ai été un peu ennuyeux dans ce
récit, tant mieux, cela vous aura fait participer à l’ambiance !

Dimanche 5 février

L’ile de San Cristobal (Couramment appelée Chatham dans les récits) sort de la grisaille en matinée et
finalement contourner la pointe sud prend du temps. Kanaouenn se présente en milieu l’après-midi
devant la baie de Puerto Barquerizo Moreno (en fait, Wreck Baie). La pluie battante cesse et l’entrée
par bonne visibilité est parfaitement claire malgré deux bouées manquantes (la Ouest et sa voisine).
Il y a une dizaine de bateau à moteur type pêche au gros, trois gros yacht à moteur Equatorien (on
est le week-end) et cinq voiliers dont quatre de passage. L’ancre tombe dans l’eau limpide dans la
baie mythique. De tous petits poissons colorés inspectent les maillons de la chaine. Grand calme.
Déjà des otaries se font remarquer en rouspétant affalées dans l’annexe du voisin. Des frégates et
des pélicans tourbillonnent dans le ciel. Le village occupe toute la moitié ouest de la baie mais pas
d’immeubles.

Je pensais rester tranquille et attendre demain lundi pour me signaler et faire les formalités. Mais
une Lancha-taxi approche, une dame me demande si j’ai besoin d’un agent. Je lui réponds que non,
je suis déjà en contact avec Carmela Romero. C’est elle ! Elle m’attendait depuis plusieurs jours. Elle
monte à bord et me prépare à l’inspection. Elle insiste très lourdement sur l’état de la coque. Me
demande de ne rien dire pendant l’inspection et de la laisser faire et me prévient qu’elle dira que je

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prendrais un autografo (autorisation de me déplacer avec le bateau entre les trois ou quatre
mouillages autorisés dans l’archipel, bien sûr payant), sinon ils peuvent devenir obtus. Elle me
demande ce qui était convenu avec son frère, je lui réponds 250 dollars, le prix de base. J’omets
volontairement toutes les autres choses incompréhensibles évoquées dans son devis et pour lesquels
il n’y a jamais eu de réponses à mes demandes d’éclaississements (dont un très mystérieux 310$ de
« Consular fee »). Elle acquiesce sans rien dire. Soit elle n’est pas bien au courant, soit le fait de ne
pas avoir de client la rend conciliante. Après avoir pris avec une rapidité phénoménale les espèces
qui me restaient, elle téléphone pour prendre rendez-vous demain à 10 heures. A peine partie, je
gonfle tout de suite le kayak pour aller vérifier. Il y a des anatifes sur la voute arrière. Heureusement
que j’ai du temps pour les enlever ! Le voisin passe me voir et dans la conversation il plonge pour
vérifier la coque, tout est propre. Il me dit que deux bateaux français se sont fait refouler il y a une
semaine. Le lendemain, « ils » arrivent, sept en tout, plus Carméla, il y a des casquettes, des
uniformes blancs, des chaussures noires bien brillantes. Et tout ce petit monde s’engouffre dans le
carré. Coincé dans la table à carte j’assiste à un mélange de questions très sérieuses presque tendues
et à des séances de pauses photos type facebook pour collégiens : ahurissant. Un reste au moins cinq
minutes le nez dans la cabine avant, aucun regard dans les toilettes, la cabine arrière, les fonds etc…
pendant ce temps, sans que je m’en rende compte, un plongeur inspectait la coque 1. Il me demande
ce que j’ai en frais : 4 pommes de terre, 2 oignons et une pomme (en prévision, j’avais consommé
tout mon frais), ils me les laissent. Ils veulent voir les extincteurs, cela tourne à la risée générale. Un
veut voir les boites à pharmacie, inspecte très précisément la première et finalement ne regarde pas
la deuxième. Carmela, qui a l’air d’en connaitre certains très très bien, gère cette mascarade avec
calme, humour et bonhomie. Papiers, signatures, tampons et tout le monde débarque. Résultat,
kanaouenn est admis mais la fumigation est à refaire, le certificat n’est pas accepté bien que
« l’homme de la cabine avant » (j’ai su après à quoi servait son espèce de mini aspirateur portatif)
n’ai rien trouvé.

Poser le pied au Galapagos ! Moment très impressionnant. Le village est devenu très touristique, le
front de mer est un alignement de boutique de souvenirs et de fringues, et de comptoirs de tours
opérateurs. Il parait qu’à Isabela, l’implantation touristique est encore bien plus forte.

1
Qu’on vienne ici en faisant attention me parait évident et élémentaire. Mais cette fixation sur l’état de la
coque et le reste me parait plutôt exagéré et même discriminatoire. N’importe quel bois flotté ou autre
détritus (et ce n’est pas ce qui manque) apporte son lot d’algues et autres. Et n’importe quel touriste peut
apporter n’importe quel insecte ou autre dans son bagage, sans aucun contrôle.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°6 - Les Galapagos
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Mais autour de ce carnaval qui reste localisé, l’impression d’être dans un zoo en toute liberté est
incroyable. Le plus impressionnant est de ne pas ressentir de peurs de la part des animaux. Bien sûr
ils gardent une certaine distance de sécurité, parfois très faible, mais on ne sent pas de stress de leur
part. Les otaries (appelés lions de mer ici) sont un spectacle permanent. Elles sont parfois d’un sans
gêne absolu et semblent passer leur temps à s’amuser ou se pavaner.

Qu’est-ce qu’on peut faire aux Galapagos maintenant que tout ou presque est déclaré en parc ? La
réponse de Carmela a été qu’il y avait des tours opérators qui permettaient d’entrer dans les parcs et
visiter. Les prix sont très touristiques, niveau States. Les tiroirs caisse visiblement adorent la nature.
Je fini par découvrir qu’il y a un office de tourisme. Accueil aimable, sans plus, qu’est-ce qu’on peut
faire comme balade ? La grande route principale (25 Km qui relie les deux villes de l’ile - Ici et El
Progresso - puis qui pousse jusqu’à Puerto Chino). Les deux chemins de chaque côté de la ville si ce
n’est que celui de droite est barré par la caserne militaire et sans intérêt apparent et il y a le Centre
d’interprétation : point. Les routes secondaires ? Ce sont des chemins privés, interdit d’y aller.
Qu’est-ce qu’il y a comme logement sur l’ile de Santa Cruz ? Je ne sais pas, il faut demander à l’office
du tourisme en arrivant là-bas. On peut aller à l’ile de Santa Fé, Non. Cette difficulté pour obtenir des
informations est permanente. Je n’arrive pas comprendre si c’est le résultat d’un dilettantisme
palpable, si c’est une volonté de laisser le champ libre aux tours opérators ou si c’est culturel car déjà
en 1965 Auboiroux parlait de « Bouteille à encre » à propos des Galapagos. On pourrait avoir
l’impression qu’on a rien le droit de faire. En fait les chemins vont bien plus loin qu’indiqué, les
routes secondaires (des chemins de terre larges) sont ouvertes, des tours operators vont à Santa Fé,
Etc… Le bateau n’a pas le droit de bouger (sur un document, il a été même noté l’emplacement exact
de Kanaouenn pris du GPS du bord) mais on peut se déplacer à pied, louer des vélos, des kayaks en
toute autonomie. Donc, Visite.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°6 - Les Galapagos
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Le chemin qui longe la côte Est (dit précédemment « à droite ») est
très bien balisé, il faut montrer patte blanche pour traverser la
caserne et laisser une pièce d’identité au poste de garde (une
photocopie du passeport suffit). J’y vois un
premier iguane de mer noir. Je me transforme
en chasseur d’image en prenant mille
précautions pour m’approcher. La pauvre bête
a du me prendre pour un cinglé : plus loin, ils pullulent ! Certains fuient à dix
mètres, d’autres se laissent approcher à cinquante centimètres (je n’ai pas
insisté plus, j’essaye de les stresser le moins possible). Des panneaux indiquent
des lieux de nidification à respecter. Par endroit il faudrait presque faire
attention à ne pas marcher dessus.

Les belles plages de sable blanc que je voyais en


longeant la côte ne sont, de ce côté, que des plages à
marée haute. A marée basse des enrochements de
gros galets barrent l’accès à la mer. De retour à
l’annexe, les miss ont trouvé comment se
l’approprier. Au début, certaines m’ont bien amusé,
surprises par la relative étroitesse du kayak par
rapport aux classiques annexes, elles n’arrivaient pas
à monter à bord et allaient parfois jusqu’à le
retourner mais d’autres ont très vite trouvé une
solution !

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Pause de Star devant le soleil couchant, juste à l’embarcadère,


elle est sans aucun doute payée par l'office du tourisme !

A l’intérieur de l’ile, les hauteurs accrochent les nuages et la campagne est très verte et luxuriante. Le
contraste est moins fort que d’habitude car cette année, ici aussi inhabituelle, il a beaucoup plu (j’en
sais quelque chose !) et en bas c’est exceptionnellement vert, tranchant avec les récits des
témoignages antérieurs.

En bas : broussailles « vertes » et cactus. Plus haut : bananes, ananas, oranges, etc…

Des fermes y produisent fruits et légumes. Et tout en haut, la végétation devient rase.

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Lac de cratère. Superbe réservoir d’eau douce, une ressource exceptionnelle


pour la région. Contrairement aux autres iles, Chatham est donc bien pourvu
en eau. Des frégates, profitant des vents ascendants, planent
majestueusement dans ce décor où on n’entend que le vent. L’endroit est
majestueux, comment peut-on s’y « amuser » à les tirer au fusil, « juste pour
voir ». Le Toumelin avait parfois de drôles d’occupations.

La route passe près d’un centre d’étude et d’élevage de tortues. Il parait qu’il y en a environ six mille
dans le nord de l’île, dans la réserve. Là elles sont probablement sédentarisées par la présence de
points d’eau confortables et un centre incube les œufs pour maitriser les naissances. Les espèces
sont propres à chaque ile. Celles-ci vivent environ cent cinquante ans et les deux starlettes ci-dessous
ont environ soixante à soixante-dix ans.

Nous sommes à l’ombre d’une forêt de Mancenilliers dont elles mangent les fruits et les feuilles qui
ne sont pas toxiques pour elles. Là encore, quelques-unes n’appréciaient
pas qu’on s’approche trop mais la plupart le supportaient très bien sans
crainte. Voici un nid de tortue, ce n’est pas très « cocooning », les œufs
sont enterrés et recouvert d’excréments et d’urine pour être à l’abri des
prédateurs. Il y a plus douillet.

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Et voilà une plage mythique des Galápagos, un sable blanc éblouissant de soleil. Déserte à souhait …
probablement plus tout le temps maintenant mais bien calme quand même. Il y a un espace de
camping (un simple espace dégagé sur cinq-six mètres de côté sous les arbres et une table en bois)
pour les amateurs de robinsonnades.
Le retour en ville passe par une zone visiblement consacrée à la nurserie. Les jeunes tètent avec des
bruits de succion ni discrets ni bien distingués !

Derrière le front de mer touristique la vie locale est plus rustique. Les élections sont pour dans un
mois et la campagne est très animée. Il y a des officines un peu partout pour les différentes listes qui
ont l’air nombreuses. Souvent elles diffusent de la musique pour attirer l’attention. Le soir elles
organisent des réunions publiques. Et il y même de défilés dans la rue, voiture en tête et musique à
fond.

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La campagne électorale bat son plein.

Les deux plus grosses boutiques et le marché, Il manque la photo de la mairie, désolé.
Sur le côté de la ville, un « centre d’interprétation » raconte
l’histoire de l’archipel et de l’ile ; et présente la situation
actuelle. A l’époque, l’implantation de pionniers venant
chercher une vie simple près de la nature s’est soldé par de
belles réussites et quelques échecs sordides. Le site est
aménagé et débouche sur un splendide parcourt autour de la
pointe sud-ouest. Une falaise est une zone de nidification de
frégates et je me fais une bonne copine au détour d’un
rocher !

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Sieste dans l’eau : elles ont un art de vivre assez


Visiblement passionnée par ce que je raconte ! phénoménal, grande leçon de philosophie !

Darwin a sa statue qui surplombe l’ensemble.

Vous avez là une idée de la taille des cactus.

Pinsons locaux.

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Le retour à l’annexe réserve souvent des surprises,

Et une fois plutôt désagréable et malodorante.


En général, bonnes et sympathiques, Elle aurait, au moins, pu tirer la chasse d’eau !
Comme quoi la vie aux Galápagos a aussi des inconvenants ! Plus sérieusement, à côté de l’ambiance
bon enfant de cette nature si extraordinaire, il y a tous ces organisateurs de sortie dans le parc en
tout genre qui travaille avec un esprit mercantiliste affiché, assumé et outrancier. Pour eux, ici c’est
plutôt Pognon-land, grand parc d’attraction à nature ouverte. Encore une fois, les requins - privés et
publics - sont plus sur le quai que dans l’eau. Il en résulte une sélection par l’argent, encore une fois
élitiste et donc injuste. Et les relations avec les autorités, qui maintiennent un flou total sur les règles,
sont réellement malsaines. Par exemple, en arrivant à l’aéroport, Michèle a déclaré qu’elle était
simplement en transit, et n’ayant pas l’intention d’aller dans le parc, n’avait pas besoin de la carte
d’entrée (100$). Immédiatement, trois autres personnes l’ont entourée à lui dire qu’il fallait la
prendre de toute façon, ce qui n’est pas vrai. D’ailleurs, comme moi, elle n’a jamais vu la couleur de
la dite carte. Je n’ai jamais, non plus, eu le papier d’autorisation de rester avec le bateau. Au moment
de partir, il fallait faire tamponner les passeports, cela c’est fait sur le coin du bureau de Carmela ( ?).
Il fallait aussi le « Zarpé de sortie », le capitaine du port dit qu’il voulait voir le bateau. En route avec
Carmela qui encore une fois pilote l’opération. En fait l’objectif du galonné en costume blanc, est là
encore, de se faire prendre en photo à bord. Pour la pose, il fait semblant de consulter sérieusement
un papier : la facture du billet d’avion de Michèle ! Ensuite il y a un échange un peu tranché entre lui
et Carmela où elle refuse je ne sais quoi en disant non, pas eux, ce sont des français. Que voulait
encore ce Monsieur ? Et tout est comme cela. Je comprends pourquoi sur les blogs on entend tant de
sons de cloches différents : tout ce fait à la tête du client. C’est effectivement, de ce côté-là, une
belle bouteille à encre ! Dernier exemple, tous les agents demandent cinquante dollars rien que pour
avoir accès à du gaz oïl, Carmela (contrairement au devis) m’a fourni de l’eau et carburant au prix
local standard sans frais supplémentaires.

Le conditionnement n’était pas très pratique


mais, encore une fois, grâce au « tuyau » de
Guy de Utopie, le transvasement du gaz oïl a
été presque une plaisanterie. Quant à l’eau,
heureusement qu’il y a eu mieux qu’une
petite culière.
Pour revenir au positif qui fait vite oublier ces histoires terre à terre, voici un lien sur une vidéo plus
sympa que les tristes sires :

https://youtu.be/5pCjBjwllUc

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°6 - Les Galapagos
Fin Janvier, début Février 2017
Dimanche 12 février.

La chaine du mouillage se fait un peu prier pour regagner le bord, elle se coince un peu entre les
rochers, kanaouenn renâclerait-il pour partir ? Par chance il y a du vent et on s’éloigne vite de la baie.
L’objectif est de faire un détour pour aller reconnaitre la mythique petite baie où ont relâché Le
Toumelin et Moitessier, sur le Nord-Est de Barrington (Santa Fé). En théorie, on n’a pas le droit (c’est
simple, on a le droit d’aller nulle part !), mais on verra bien. Vent de travers force trois sur mer plate,
ambiance Belle Plaisance. Tout le trajet est ponctué de sauts de grandes raies de un à deux mètres
d’envergure. Dans le temps calme les bruits des plats qu’elles font s’entendent de loin. C’est un
festival de doubles saltos arrière fantastiques. On n’a pas réussi à prendre la moindre photo, comme
pour les tortues de mer : toujours trop loin ou trop tard. Tant pis pour vous !

L’ile de Barrington, peu élevée, est très désertique. On approche, aï, il y a du monde. Les pros du
coin, très jaloux de leur commerce sont réputés pour dénoncer. J’ai eu beau essayer d’avoir des
informations, mais je ne même pas réussi à savoir ce qu’on risque réellement. Un bateau est mouillé
à l‘intérieur juste après l’entrée qu’il bloque à moitié et un autre sur le côté à l’extérieur. On n’insiste
pas et passons juste devant.

Sur la photo de droite, l’entrée est à gauche. L’ilot protège effectivement la crique à merveille et à
droite on voit la plage qui se trouve tout au fond. A l’intérieur l’eau, lisse comme un lac, est d’un
turquoise très clair et la lumière est d’une éblouissante luminosité, l’endroit est merveilleusement
parfait. L’entrée est effectivement suffisamment assez large pour en ressortir en tirant des bords,
même avec les voiliers à quille longue de nos illustres prédécesseurs.

Vous pouvez constater le décalage de la carte.


Vue juste en face de l’entrée. L’entrée est en fait à peu près au plot sud.
Ce sera pour nous la dernière vision des Galápagos. J’aurais bien aimé aller à Post office baie et dans
deux, trois autres endroits, mais encore une fois il est difficile de tout voir, ce qui doit donner un

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°6 - Les Galapagos
Fin Janvier, début Février 2017
sentiment de Bonne satisfaction plutôt illusoire. Je mesure déjà l’immense chance que d’avoir pu
découvrir cette nature si vivante et si accessible … Pour ceux qui en ont le budget, hélas.
Pour conclure, voici quelques photos en bonus.

Barrington disparait dans le sillage et dans la lumière du soir qui baisse.

Le vent lui aussi baisse … Mais ce sera pour une autre histoire !

Je vous souhaite toujours plus que le meilleur du plus du meilleur pour vous tous !

A que Oui !

A Bientôt.

Bernard / Kanaouenn.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 1/2
Mars 2017
Lundi 13 Février.

Cap sur Les Marquises, un peu plus de trois milles en route directe. Le plus longue distance du parcours pour
traverser le grand Pacifique. On est prêt. Vous pouvez constater que le vent est calme, la météo n’est pas
fameuse. La Zone de Convergence Intertropicale (Le Pot au noir) descend bien sud. Dire que certains ont
crocheté l’Alizé dès le départ. Le voisin qui a fait deux fois ce trajet, à qui
je disais qu’il faudra aller au moins vers les cinq degrés sud, m’a dit
assurément que non, tu vas voir, au maximum vers le troisième degré ce
sera bon…Si le ciel pouvait l’entendre ! Le thon qui sèche est un premier
essai, on l’a pêché juste avant le départ.
Comme quoi, avec de la persévérance on arrive à tout, même au marché. Dans
la journée, un groupe de quatre ou cinq frégates tournent quelques instants
autour de Kanaouenn. Je prends cela comme un au revoir de cette faune des
Galápagos si familière. Est-ce un bon présage pour la suite ? Histoire de vérifier
et d’entretenir le matériel, le dé-salinisateur est sortie de sa boîte : Une demi-
heure pour un demi-litre d’une eau pure à cent pour cent. On ne sait jamais,
c’est confortable d’avoir cette solution de secours.
Mardi
Le petit temps est au rendez-vous, rengaine commencée à Malpéro, environ à cinq cents milles avant les
Galápagos. Avant de plier et ranger l’annexe, on se relai pour quelques coutures
d’entretien. Elle commence à fatiguer mais elle peut (doit !) durer encore. Je
profite de ce calme intense pour filmer des reflets pour en
faire je ne sais quoi.
Beau coucher de soleil. Ce temps calme serait bien paisible
si le bateau n’était pas
balloté sans arrêt. Il ne faut
pas grand-chose, parfois presque rien. Les voiles
claquent malgré les réductions et les sur-bordages,
le matériel soufre et s’use. Le génois qui est arrivé
encore parfaitement neuf à Panama a pris un
stupéfiant coup de vieux en 10 jours de calme. Le
vit-mulet encaisse les coups et s’use à vue d’œil.
Trente et un milles de fait dans la journée.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 1/2
Mars 2017
Jeudi
Hier, on était presque au cap puis le vent a viré pile de face. Cap plein sud. En quatre jours, on a gagné deux
cents milles sur la route directe. A ce rythme-là et avec le cap actuel, on n’est pas
arrivé. Michèle sort une occupation Passe temps très efficace … pour plus tard car
en ce moment la chaleur est implacable en milieu de journée ! L’après-midi, quand
le cap est de type Ouest, les voiles nous apportent une ombre attendue et la
douche nous fait un bien fou. En parlant de fou,
un oiseau de ce type est venu quelques heures
avec nous. Il n’a pas lâché le balcon avant avec ses pattes palmées bien qu’il
ait du mal à s’y tenir, son air gauche était plutôt comique. Il
avait l’air de se passionner pour l’enrouleur, peut-être pour se
donner une constance ?

Vendredi
Nuit de grains avec vents changeant sans arrêt de direction. Le résultat des manœuvres nocturnes est
minable, c’est-à-dire encore pire que d’habitude : Tout cela pour progresser de vingt milles dans le Ouest-
Nord-Ouest (pour ceux qui s’intéressent à la navigation, le cap normal est à l’Ouest-Sud-Ouest).

Ce matin le virement de bord a donné encore pire puis le cap est devenu complètement Est (courant ?) et on
a reculé sur la route de trois milles ! Et toujours ces voiles qui sont secouées. C’en est trop. Le Moteur est
embauché et cap au sud-ouest pour avancer dans une meilleure direction tout en gagnant du sud pour sortir
de cette fichue zone. Puis, grand première, avec l’Iridium, je prends une météo. Julien, des Apprentis
Nomades, à Diogane, m’avait expliqué comment il faisait et avec les photos d’écran des exemples qu’il
m’avait montré, tout s’est passé à merveille et très rapidement (Mis à part un mystérieux changement de
numéro de port com dans l’ordinateur). Une grande bande de calme nous barre la route avec sur son flanc
Ouest des vents très faibles et contraires. On ne peut guère faire pire ! Conclusion : Cap plein sud à régime de
croisière pour traverser au plus vite l’énorme bulle. Cette zone de pot au noir, souvent qualifiée de Pourrie

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 1/2
Mars 2017
l’est bien. Et encore, nos voiliers sont maniables et
réactifs dans le petit temps, nous sommes bien
équipés en instruments de navigation pour contrôler
la situation et notre cambuse est saine et
confortablement approvisionnée en produits qui se
conservent sans aucun problème. J’imagine les lourds
navires à phares carrés dont la carène devait se salir
très vite, les conditions de vies particulièrement rudes
et malsaines avec la chaleur, l’inquiétude et les
tensions qui devaient en résulter. On comprend que
certains séjours dans ce genre de zone se soient si
mal finis.
Lundi 20
Après les plus de trente heures de moteur, on a touché du vent de Sud-Est, faible mais dans La bonne
direction, celle de l’Alizé. Mais cela n’a pas duré, nous revoici dans un temps à grains, au près à un mauvais
cap avec le bateau qui est secoué à l’écœurement. Le vent passe au Nord-Ouest, on est aux environs de Sept
degré cinquante Sud. Jusqu’à quand le pot au noir va-t-il nous poursuivre ? Puis le vent passe plein Ouest avec
pluie. Bienvenus en Irlande ! Encore cap au sud pour se dégager.
Le nouveau passager clandestin
découvert ce matin est un très
joli petit échassier tout en
couleur. Il a fini par élire
domicile sur la plage arrière et a
un excellent appétit !

Là, il se cache derrière la colonne du


régulateur pour s'abriter de la pluie.

Mercredi 22
Retour du vent de Sud-Est, force trois. Avec les nuages de beau temps, on peut enfin espérer s’en être sortis
cette fois-ci pour de bon. On est presque par huit degré Sud, sachant que la plaisanterie dure depuis environ
les trois degrés Nord, cela fait un pot au noir de l’ordre de six cent milles de « hauteur ». La route générale
étant de type Sud-Ouest, la route en diagonale pour traverser la zone est donc d’environ huit cent cinquante
milles. A la voile pure, je ne sais pas combien de temps il aurait fallu … Il vaut sans doute mieux ne pas la
savoir ! Toujours est-il que sans moteur, on y serait encore et pour un bon bout de temps. Le réservoir d’eau
numéro un est vide. Très surprenant en dix jours. Jusqu’à maintenant, il a toujours tenu plus de vingt jours à
deux (il est sensé contenir quatre-vingt litres avec une consommation journalière inférieure à trois litres). Ce
n’est pas une fuite, j’ai imaginé une bulle d’air lors du remplissage mais à la réflexion, c’est concrètement
impossible. Mystère. Mais pas de soucis, il reste cent vingt litres répartis dans l’autre réservoir, un jerrican et
des bouteilles d’eau minérales. En théorie, de quoi tenir au moins quarante jours.
Jeudi
La nuit a été agitée mais Kanaouenn file bon train par vent presque de travers sous grand-voile à un ris et dix
tours dans le génois. Il faut parfois se tenir à l’intérieur mais quel plaisir de tailler enfin une bonne route. Un

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 1/2
Mars 2017
milieu de matinée, d’un seul coup, Kanaouenn talonne extrêmement durement, quatre à cinq coups
successifs. Il rebondi sur quelques chose de très dur. Les chocs terribles de la quille sont retransmis
verticalement dans toute la coque. Le gréement est, via l’épontille, plus que violement secoué. Comment le
bateau a-t-il tenu ? Aucun craquement, c’est costaud un Mélody. En bondissant dehors m’attendant à voir le
mat tomber je regarde dans le sillage : absolument rien de particulier. Tout est resté en place. Le calme
revient mais il nous faudra un bon bout de temps pour se remettre de cette émotion. Lilly-Ginette n’a pas
assisté à l’évènement, elle était repartie vers son destin au petit matin.
Samedi 25
Deux jours à bien avancer (134 et 143 milles) dans un alizé bien établi en ne touchant quasiment pas aux
écoutes. La vie coule doucement entre la lecture 1 et accordéon. Avec ce
vent enfin stable, Gégène, le régulateur, toujours aussi sobre et discret,
est aux commandes. Hier, séance de dissection de la pompe à pied d’eau
de mer de la cuisine qui fuyait. La qualité de cette pompe Whale MKII est
stupéfiante. Deux vis du boitier un peu grippées m’ont créé un quelques
soucis mais à l’intérieur tout est dans un état impeccable après presque
quarante ans de bons et loyaux services. Juste une petite fente dans une
des deux membranes. Remplacement de la membrane, remontage à la
graisse marine et l’eau recoule à flot à l’évier. Dans la nuit, le vent faibli Gégène, dont le contre poids est
encore un peu fort depuis que la pale aérienne est en Contre-plaqué, a besoin d’une pince à linge pour son
petit équilibre. J’étudie la mise en place d’une nouvelle échelle de vent spéciale petit temps (là où,
strictement entre nous, l’échelle beaufort est particulièrement imprécise et inadaptée au pot au noir soit dit
en passant !) : Il vente 2 pinces à linge ou une. Quand on dit cela sur Kanaouenn, on sait tout de suite de quoi
il en retourne. S’il vente zéro pince à linge il faut commencer à penser à prendre un ris. Alors il ventera peut-
être un ris ou cinq tours, etc. La navigation doit être bien triste avec un anémomètre.

1
Le must pour cette étape : Amkoullel, l’enfant Peul (Mémoires) de Amadou Hampâté Bâ. Très instructif après
« l’étrange destin de Wangrin » du même auteur qui était, en plus, truculent.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 1/2
Mars 2017
Lundi 27
Le temps est gris depuis hier soir. Le vent est toujours
variable. Il passe du vent arrière faible à presque travers (et
moins faible) selon la position des nuages. Et parfois une pluie
intense. Les deux nuits précédentes, avec un ciel clair et sans
lune, les étoiles scintillaient superbement dans une lumière
particulièrement douce. Partis à peu près à la pleine lune et
devrions arriver de même après avoir eu un cycle complet.
Mercredi 1er
Nuit vraiment pourrie avec peu de vent. La grand-voile claque très durement
malgré ses deux ris et qu’elle soit très bordée. Beaucoup de pluie. En journée,
dans la série bricolage, opération de couture sur la capote pour la mise en
place de la sangle préparée précédemment (Cf lettre XXX pour ceux qui
suivent !).
Jeudi 2
Le sextant et le mode d’emploi pour faire un point Astro sont ressortis.
C’est une reprise et le premier essai est pitoyable, entre autre, sur une
méridienne dont il vaut mieux ne pas divulguer le résultat. Disons, pour
trouver une très mauvaise excuse, que la mer était assez creuse !
Le vent est assez stable et soutenu. J’en profite pour sortir le foc deux.
Cela va lui faire du bien de prendre l’air et cela économise le génois.
Le lendemain, en reprenant tout cela sérieusement, les calculs sont
maitrisés et la droite est à cinq milles. Ouf. Puis le samedi, Michèle fait
une droite à 2 milles. Les nuages nous empêchent de faire la méridienne.
Pour nous consoler, un petit groupe de dauphins passent quelques
instants avec Kanaouenn, je suppose pour nous féliciter !
mardi 7
Le week-end a été très « Alizéen » mais depuis deux jours le vent est redevenu changeant. Quand il baisse on
se fait parfois bien brassé comme avant-hier soir où la mer était nerveuse et croisée suite au passage des
grains. Empannages de la grand-voile, changements de côté pour le génois et le tangon. Dérouler quand on
peut, enrouler quand la voile bat. Il faut suivre le vent pour
avancer au moins correctement. La séance astro est historique,
Michèle a fait un superbe relevé, avec cela on est sûr d’arriver au
bon endroit, plutôt sympa comme nouvelle ! Le mien a donné un
Intercept de Zéro, une grande première qui ne peut être imputée
qu’à la chance ou la mer calme. Mais plus sérieusement le point
est dans les deux milles. Ce qui est très correct et suffisant pour
ce type de navigation. Jean, le Gourou ès Astro, pourra être fier !
Sa méthode repose sur des tables permanentes. Il suffit de
quelques feuilles des tables en question et c’est tout. Aucun
achat d’abaques couteux, encombrants et pas toujours faciles à trouver. Il faut juste bien faire attention à la
procédure car l’étourderie guette à chaque opération !

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 1/2
Mars 2017
Hier, gros point à propos de la cambuse. Depuis quelques jours il faut déjà surveiller les
oignons et les pommes de terre. Pour les oignons, c’est peu surprenant car ils étaient lavés
et déjà un peu épluchés- ce qui n’est pas bon pour la conservation-, mais les pommes de
terre étaient apparemment très bien. En allant fouiner du côté des conserves, déjà parce
que je voulais connaitre les quantités réelles et on a découvert plein d’humidité dans le
coffre des légumes : Je ne l’avais pas rincé à l’eau douce après « l’invasion Atlantique » et
les étiquettes ont capté l’humidité. A tout vider, enlever les étiquettes, noté les contenus
et date de péremption au marqueur indélébile ; puis tout remettre bien propre et sec. Au
final, il y a environ trois mois de conserve de type Sardines-Maquereau-Thon et deux mois de conserve de
légumes, encore plus que je le supposais. Sans compter le reste (riz, pâtes, farine, purée, soupes, fruits et
compotes en boite, etc), il y a de quoi voir venir quelques temps !
Vendredi 10
Depuis plusieurs jours, il n’y a pas de doute, le brave océan
Pacifique cherche à se rattraper des misères qu’il nous a fait subir.
Mis à part une moitié de nuit avec grains, vents variables et
chahutages variés assortis, l’Alizé est bien là. Bon vent, quoiqu’il en
manque un peu pour faire de vraies belles moyennes (on reste
entre 115 et 125 milles par jours). Beau soleil et vie tranquille à bord. La pose de la sangle de renfort sur la
capote est finie
Vers vingt heures TU (temps universel) soit vers midi solaire local un Thonier
senneur passe à deux milles derrière nous. C’est le troisième qu’on voit sur l’AIS
en deux jours. Avant l’AIS a été totalement muet de tout le trajet. Puisqu’il ne
passe pas loin, on discute à la VHF, le bateau est basé en Equateur, le capitaine
est Espagnol de Bilbao, il est dépité car il est bredouille. Il va tenter sa chance vers
le Nord. J’ai oublié de lui parler du nom du bateau (Drennec1), l’armement était peut-être français.
Dimanche 12 Mars.
Après ces derniers jours paisibles, la dernière nuit a été d’encre avec du vent et de la pluie sans arrêt. Je
pensais voir l’ile dans la nuit proche de la pleine lune, rien. Il a fallu attendre le petit jour pour la voir à environ
deux milles ! Heureusement, les cartes électroniques sont fiables et précises ici.

Arrivée sur Fatu Hiva, accueillis par des fous et des Frégates, et le ciel qui s’éclairci enfin.

1
Nom d’une île de l’Archipel des Glénan

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 1/2
Mars 2017

Le contournement de Fatu-Hiva par le sud est absolument grandiose. En passant devant Omoa, le « grand
village », on comprend vite que l’ile est peu habitée et isolée. La montagne abrupt et découpée, les tombants
à pic, la végétation luxuriante, tout l’ensemble est majestueux.

Devant Omoa. Arrivée à Hanavave (Baie des vierges).


Le totalisateur du GPS indique trois mille cent cinquante milles, en vingt-huit jours et trois heures. Soit une
moyenne journalière de cent douze milles (4,666 Nœuds). Le moins que l’on puisse dire est que l’Alizé n’a pas
été franchement au rendez-vous. Je pensais que c’était lent mais en discutant avec d’autres navigateurs,
finalement c’est plutôt rapide par rapport à d’autres. Comme quoi tout est relatif ! J’avais lu différents
témoignages sur la Grande Houle du Pacifique, rien de ce côté-là ; sur la température de l’eau plus fraiche, là
non plus rien de remarquable. Par contre l’eau était d’un bleu très clair et profond, et particulièrement
lumineuse quand il faisait beau. Mais d’un sombre comme le ciel sous les grains justifiant bien le surnom de
Pot au noir. L’alizé a rarement atteint le force quatre, sur ce point le pacifique porte bien son nom. Par contre
pour ce qui est de secouer un bateau, je proposerais bien de le débaptiser !

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 1/2
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La mythique baie des vierges a été mille fois décrite. Le mouillage, aux pieds des tombants, est spectaculaires.
Les vagues brisent sur les roches et résonnent dans le site. La végétation exubérantes est accrochée sur les
pentes abruptes on ne sait comment. La vallée
échancrée prolonge la plage coupée par le torrent. Les
pitons, au loin ferment le décor. Grandiose. Les gens
sont d’une gentillesse incroyable. « Vous êtes du
bateau qui est arrivé ce matin ? » la moindre tête
nouvelle est repérée ! A la recherche de fruits, ils
préfèrent le troc à la vente, à quoi servirait de l’argent
quand il n’y a pas de boutique ! Ils cherchent
principalement du matériel de pêche, quelques-uns,
par contre cherchent plutôt à trafiquer mais la
négociation se fixe sur un paisible bout d’amarrage
pour le canot.

Rue principale de Hanavave. Exemple d’habitation.

L’église et … La mairie : la tradition est respectée !

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 1/2
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Les mogotes qui justifient le nom de la baie (sans le « i » à l’origine) et exemple de végétation.

Pendant la promenade de l’après-midi vers une cascade, il fallait demander le chemin (rien n’est indiqué), je
m’approche d’une maison isolée. La dame me renseigne et propose des bananes pour la route que je ne peux
finalement pas refuser, « Au retour, tu prendras le reste du régime » ! La nature est, elle aussi, extrêmement
généreuse mais tout de même ! C’est la semaine de la femme, trois jours de colloque étaient organisés qui se
terminent aujourd’hui à la polynésienne, c’est à dire avec des chants, des danses, sans oublier une fervente
prière.

Il y a un film là : https://youtu.be/cTfLTBMVmAc
Une des principales randonnées est d’aller de Hanavave à Omoa (ou l’inverse) par la seule route de l’ile qui
est plus souvent une piste. Le plus simple a été de se faire déposer en petite navette hors-bord à Omoa, d’en
faire la visite et de rentrer à Hanavave après. En route donc !

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 1/2
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A Omoa, le Taporo est sur rade, il passe régulièrement (Une fois par semaine je crois, si mes souvenirs sont
bons), pour le gaz et l’essence, les produits dangereux. L’Aranui, lui, est attendu pour demain, les sacs de
coprah (intérieurs de noix de coco séché) sont prêts pour l’embarquement. A Fatu-Hiva, il est le seul navire
ravitailleur et passe environ toutes les trois semaines. Entre temps, c’est l’autarcie. En dehors des objets très
courants présents à la petite boutique, il faut tout commander au coup par coup à Papeete et attendre la
livraison. Le sentiment d’insularité synonyme d’isolement est énorme ici.

L’église qualifiée de style gothique dans le guide … A l’intérieur, le tambour (pahu) est en bonne place.

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Belle maison avec belvédère. Pétroglyphes pas faciles à trouver sans indication !

Les maisons, c’est parfois comme cela aussi. Le petit musée de Omoa est intéressant.

Dont des plats et des armes (lances et casses têtes), superbement décorés.

Mais place à la rando :

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Omoa. Vue sur l’intérieur de l’île.

La route qui devient vite une piste peu carrossable.

Le temps se dégrade pendant la descente sur Hanavave où Kanaouenn attend tranquillement.

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La route et le temps continuent à se dégrader ! Et la cascade ratée la veille !


Puis, sans transition, en route pour Hiva Oa, une nuit de
navigation avec quelques grains, quelques passages de calmes
gérés au moteur et une fin de parcourt à la voile dans un vent
régulier, quand même. Direction la baie de traitres à Atuona, la
capitale de l’île. Il aurait fallu normalement commencer par ici
pour se signaler à la gendarmerie, puis ensuite retourner à Fatu
Hiva mais en ne disant rien tout se passe bien. Accueil chaleureux
avec conseils de bienvenue. « Pour les fruits, par principe, vous
demandez toujours avant de vous servir ! ». En pleine montagne
ce n’est même pas la peine et comme il y a des mangues partout, Ilot Motane au matin.
c’est l’orgie.

Arrivée dans la baie de Traitres.

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Hiva Oa est d’abord connu pour son cimetière où se trouvent les tombes de Gauguin et de Brel.
Autant Brel était très intégré à la vie locale et rendaient de grands
services avec son avion, autant Gaugin était le pestiféré. Ce n’était pas un
enfant de cœur mais les prêtres ne se sont pas gênés pour le calomnier à
outrance. Voilà la baie de Atuona et la ville en bas, vue de la tombe de
Brel. Un espace Gauguin et un autre pour Brel sont en ville.

Une grande quantité de reproduction. Copie de sa maison en matériaux traditionnels.

Première tombe de Gauguin. Espace Brel avec son avion restauré.

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Certains critiquent que les toiles de Gauguin ne soient que des copies. Au-delà du prix qu’elles valent
maintenant (l’art a été lui aussi très bien marchandisé), ce serait une lourde responsabilité de conserver un
original en climat tropical. Pareil pour Brel, certain trouvent le lieu simpliste. Je trouve que l’évocation est
bien faite. Ce n’est pas une encyclopédie sur sa vie mais un bon éclairage sur sa venue et sa vie aux
Marquises. La présentation est effectivement sobre, mais authentique et émouvante. Sonorisé par certaines
de ses chansons retraçant son parcours musical.
Pour visiter l’île, il y avait deux solutions. Louer une voiture et avoir des difficultés à trouver les sites ou passer
par un guide. La deuxième solution a été particulièrement heureuse car Jean, arrivé jeune presque par hasard
ici, s’y est plu et y a vécu. Il est passionné par l’histoire et le mode de vie locale. Une de ses grande idées est
que les Marquisiens ont perdu leur mode de vie à cause de la débauche
de subventions qui a croulé sur la Polynésie pour faire passer la pilule du
CEP (Centre d’Essai du Pacifique, doux euphémisme pour nommer les
essais nucléaires). C’était la vie facile, mais les essais terminés, l’argent est
en train de partir, crise aidant. Et maintenant, les Polynésiens doivent
trouver d’autres solutions. Aux Marquises tout
pousse alors que tout est importé à Tahiti, de
France, d’Australie et de l’Amérique du nord
ou du sud, souvent à des prix faramineux. Il y
a, pour lui un potentiel énorme ou tout du
moins suffisant pour que la population ai de quoi vivre tout du moins
correctement. Pour lui, le problème est essentiellement foncier car les terres sont soit en indivision (les
familles sont très nombreuses et je ne sais pas pourquoi les successions ne sont pas gérées) soit possédées
par le territoire qui ne les revend pas et ne les louent pas. Il n’est pas le seul à regretter que toutes les
décisions soient centralisées à Papeete (quand elles ne viennent pas de France ou de l’Europe), les
subventions aussi passent par-là et souvent y restent, tout du moins partiellement etc. Les Marquises sont en
bout de chaine. A côté du présent et de l’avenir, il parle aussi du passé. La culture orale s’est perdue à cause
de la violence de la rencontre des deux mondes. Les premiers occidentaux à fréquenter les lieux étaient des
baleiniers, aventuriers de tous ordres aux modes de vie et aux mœurs peu recommandables. Alcool, maladie
etc ont fait chuter la population de cent mille à deux mile en quelques décennies. Une hécatombe. Les prêtres
ont ensuite mené une rigide campagne pour interdire toutes autres activités que celles autorisés par leurs
préceptes. Jean nous emmène, bien sûr, au Tiki souriant, une originalité célèbre. C’est vrai que les Tikis, en
général, n’ont pas l’air commode ! A côté, il y a ce qu’il suppose être une sépulture et en dessous il y a des
plateformes. Tout est là, dans la forêt, presque à l’abandon. Il nous emmène ensuite sur la côte nord,
grandiose.

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Sur la route, un sculpteur sur pierre fini un Tiki de belle taille. A bout de la piste,
la vallée de Puamau renferme l‘un des plus grands sites archéologiques de
Polynésie. A l’époque, la tribu de cette vallée tenait le haut du pavé (d’où
l’importance du site). Il parait que toute la vallée regorge de Tiki et de trace de
site de vie. Inaccessibles car sur des terrains privés1. Alors que cette tribu mettait
encore une pattée à une autre voisine, il parait qu’ils auraient capturé le roi et
n’aurait pas eu d’autre idée que de l’immoler et ensuite, bien sûr, de le manger. C’en était trop, toutes les
tribus de l’île se seraient regrouper et auraient écrabouillé ceux de la vallée de Puamau. C’est ce qui
expliquerait les Tikis mutilés, planté à l’envers etc..

Les toits ont été mis récemment pour protéger la pierre de l’érosion. Certains souhaiterait que les pierres,
séchées et nettoyées, soient ensuite résinées pour les stabiliser, d’autres souhaiterait tout laisser en état
« Authentique »… Toujours les mêmes débats ! A droite, c’est une plate-forme religieuse (marae), lieu de
culte et des sacrifices

1
Tout du moins, c’est une raison invoqué. A Hanavave, en parlant du temps exceptionnellement pluvieux, une dame m’a
demandé : « Vous ne pensez pas que ce sont les ancêtres qui ne sont pas contents qu’on touche à la terre » (Il y a des
travaux sur le port avec une pelleteuse)… N’étant pas dans les petits papiers des ancêtres, je ne peux rien répondre. Mais
dire qu’ils ont perdu toutes leurs culture me parait un discourt bien officiel et un peu court.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°7 - Les marquises 2/2
Mars 2017

La statue de droite, finement ciselée (ce qui ne se voit pas bien sur la photo), est là, par terre, dans les cailloux
et les herbes folles. Comme un peu partout, aucune mise en valeur, aucune explication si ce n’est de vagues
suppositions. Pourtant, la quantité de sites, l’organisation sociale qui en résultait et la qualité de l’artisanat
qui est encore très présent témoignent de la richesse culturelle Maohi. Un tel degré de silence est étonnant,
comme si il y avait un tabou à divulguer les choses. Mais pour finir la balade, voici une carte postale :

Mais pendant ce temps, la coque de Kanaouenn est toujours aussi sale, entre les anatifes et les algues, le
dessus de la flottaison est dans un état comme jamais. Il y a également, sur
environ trente centimètres de haut, une espèce de gélatine translucide qui
ne part qu’après un brossage soutenu. Heureusement, sous la flottaison,
l’antifooling a été efficace. Après une nuit entière d’orage avec éclairs sans
arrêt, tonnerre et pluie diluvienne1 (les deux seaux ont été quasiment
remplis), profiter qu’une station-service soit juste au bord du quai pour faire

1
Partout aux Marquises, pendant chaque pluie un peu forte, les rivières se transforment immédiatement en torrents qui
charrient boues, morceaux de bois etc qui envahissent toutes les baies, coupent parfois les routes et font souvent des
éboulements et autres dégâts, rendent l’eau des robinets inutilisables même pour la douche, etc.

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le plein de gaz oïl et en route pour Ua Huka, René m’aillant vanté la baie dite Invisible. Il était temps, le
premier bateau de l’ARC est arrivé ce matin : Un Catamaran de plus de vingt-cinq mètres flambant neuf,
annexe semi-rigide avec un soixante chevaux et console centrale, équipage en chemise Lacoste assorties.
Après avoir contourné Hiva Oa par le sud via le canal du Bordelais, le vent se stabilise au près bon plein. Un
vrai plaisir de ne plus rouler et recevoir les grains capot de descente ouvert protégé par la capote. Toute une
nuit de vent stable, cela faisait si longtemps. En milieu de matinée, Kanaouenn mouille dans la baie déserte.

La végétation de l’ile est plus rase que dans les iles du sud, le relief est moins abrupt aussi. Bien qu’il y ait, à
peu près, autant d’habitants qu’à Fatu Hiva, dans relief plus doux, l’habitat est dispersé. La capitale de l’ile est
toute petite, ambiance vraiment monacale. A la seule petite boutique, j’apprends que le musée a déménagé
près de l’aéroport. Je me renseigne pour le jardin botanique, « On passe par là tout à l’heure, avance et on te
prendra en route ». J’allais aller voir l’église, ils passent. En route à 20 à l’heure sur la bonne route cimentée,
la voiture a l’air de n’être rien d’autre qu’un cheval mécanique. L’arboretum est désert, on est dimanche, mais
il suffit de pousser un peu la porte

Au passage, un beau séchoir à copra avec son toit coulissant. L’entrée du jardin botanique.
N’y connaissant rien, en l’absence d’explications je ne peux que gouter la quiétude du lieu… Et ramasser
quelques mangues et avocats au passage. J’ai toujours un sac avec moi. La nature est généreuse, ce serait

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dommage de ne pas en profiter. Plusieurs personnes m’ont dit que chaque ile avait sa variété de mangue. On
dirait bien car à Fatu Hiva elles sont très filandreuses et pas du tout ici. En tout cas excellentes partout !

Je fais quelques pas sur la route, prêt à faire le retour à pied. Belle occasion pour admirer le paysage pendant
une petite heure. Une voiture s’arrête, comment refuser quand c’est proposé si gentiment. Au moment de
monter dans la voiture, le conducteur a certainement remarqué mon sac : « Regarde, il y a une belle mangue
à cueillir juste là ». Chose faite nous voici en route (toujours à vingt à l’heure maxi) pour le port. Il s’avère que
c’est le maire et son épouse qui, visiblement, se rendent à une visite dominicale. Il me confirme le nombre
d’habitants (621) et parle un peu du pays puis me dépose, sans rien me demander, sur le quai, devant le
bateau. Un taxi n’aurait pas mieux fait. Après qu’ils soient partis, je remonte donc à l’église à pied, devant
laquelle je suis passé deux fois, mais en voiture !

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Dimanche après-midi, jour du match de foot, il faut vraiment être passionné par cette chaleur. Le soir, une
petite famille vient se doucher au tuyau d’eau sur le quai. Les gens en voiture, croisés à pied, disent bonjour.
Tout est paisible, à la nuit tombante on n’entend que les coqs, les chèvres sur la rive et le ressac qui claque
tout près dans les rochers. Les paroles de la chanson de Jacques Brel sont d’une justesse incroyable.
La journée de navigation pour Nuku Hiva a été, elle aussi paisible et régulière, et même sans un seul grain,
une première.

La remontée de la baie de Taiohae, large et calme, à la voile, face à cet immense cirque aux crêtes acérées -
probablement une caldera - a été un grand moment. La baie,
qualifiée le mouillage le plus sur des Marquises est effectivement
particulièrement paisible. La capitale de l’archipel est, comme
souvent décrite, très particulière. C’est la ville. Les gens ont l’air
« occupés », et ne disent pas bonjour. Mais en dehors de cela, on
est encore aux Marquises ! Internet, la poste et des boutiques pas
loin sont impeccables pour une escale « technique ». Il faudra
ensuite être autonome jusqu’à Tahiti. Kevin, de Yachting Service,
sur le quai est d’une serviabilité et d’une efficacité remarque ; bien
confortable. Une location de voiture permet de faire le tour de l’ile, ou plutôt un tour dans l’ile car les routes
et les pistes ne vont pas partout. Pour dire, la partie Ouest s’appelle Terre Déserte. Pour monter dans la
montagne, il faut commencer par monter dans la voiture car c’est un 4x4. J’ai l’intention de rester sur la route
mais Kevin m’explique comment gérer le 4x4, je comprendrais pourquoi. La route n’est pas toujours cimentée
et en cas de grosses pluies les conditions peuvent très vite changer. Je lui demande si je peux faire la route
nord qui est indiquée en route sur des brochures et en piste sur d’autres : « Surtout pas, la piste est parfois
pas plus large que la voiture avec des précipices de 300 mètres juste au ras, s’il te plait, ne vas pas au-delà de
Aakapa, mais par contre va y jusque-là et tu ne seras vraiment pas déçus ».
En route donc.

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Baie de Taiohae avec Oa Pou au fond. Baie du contrôleur, chère à Melville

Habitation Maohi. Baie Hooumi.

Maison construite sur une ancienne esplanade. Maison en matériaux traditionnels.

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Cascades. Baie de Hatiheu.

Magistral esplanade et non moins magistral banian. Site archéologique de Hatiheu. La taille de
l’esplanade (ce n’est pas la plus grande rencontrée)
donne une idée du faste des cérémonies.

Aiguilles de basalte. Baie de Hatiheu.

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Baie de Anaho, Sur la côte Nord.


pour certain la plus belle baie des Marquises. Cette photo s’est méritée, parti en rando sur une fausse piste,
j’ai été proche de me perdre. Retrouver son chemin, éviter les cochons sauvages - qui sont ici absolument
énormes, rien à voir avec les cochons corses - retrouver la bonne piste, patauger dans la gadoue presque
jusqu’aux chevilles, puis enfin : le graal ! Il y a du corail sur la rive, et il parait qu’il ne faut pas manger le
poisson de cette baie.

Grain en vue. La route est encore bonne.

On trouve de tout sur la route, chevaux, vaches, chèvres, en totale liberté et pas toujours bien pressés de
laisser le passage. Ils sont chez eux.

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A l’intérieur on se croirait dans les Alpes. Un des canyons de la côte Ouest.

Et retour à la case départ !


J’ai eu de la chance car le lendemain cela a été le déluge jusqu’en milieu de l’après-midi. La journée
d’intendance a donc été plutôt humide !
Dernières photos avant de quitter la capitale :

Le centre administratif (tribunal, etc.), beau bâtiment Tous les légumes poussent en fait : Tomate, laitue…
colonial. Pourquoi sont-ils si rares et si chers, ici comme à
Tahiti. Il y avait la même chose à l’arboretum de Ua
Huka, et chez un particulier je ne sais plus où.

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Peut-être le plus
grand Tiki de
l’archipel, certes
moderne.

Sans commentaire.

Côte sud de Nuku Hiva. Entrée de l’anse de Hakatea (baie de Taioa), avec

En face l’anse du village de Hakaui, Et sur la droite l’anse dite « Anse Daniel ».
Cette anse, qui fait un « L » par rapport à l’entrée, est le mouillage le plus paisible et le plus protégé parmi
ceux fait par Kanaouenn aux Marquises, elle se termine par une belle plage de sable avec une seule maison. Il
n’y a là aucun accès par la terre. Le calme absolu. La vallée de Hakaui est une des plus réputée et grandiose
de Nuku Hiva. La balade remonte la rivière en suivant une ancienne route royale, aux pieds de tombants qui
font, parait-il jusqu’à huit cents mètres de hauteur.

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Le village est assez dispersé, moins de 10 maisons. Certaines, rustiques.

Et d’autres bien aménagées. La chapelle avec ses fleurs fraiches et odorantes.

La « route » principale du village est aussi le début du Passage de la rivière. Il y a trois jours, avec les
chemin. grosses pluies, des randonneurs se sont retrouvés
bloqués.

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L’ancienne voie royale. La fameuse cascade au loin à travers les arbres.

On ne doit plus aller plus loin. Au retour, j’ai appris Au retour, des traces de sites avec un espèce de puits
qu’on pouvait quand même y aller. Il y a eu un ou de puisard.
incident il y a deux ans et la mairie a mis le panneau
juste pour se déresponsabiliser.

Les parois rocheuses. A droite, les traces de gouttières, en cas de grosse pluie, sont autant de cascades qui
dévalent de la montagne.

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A droite c’est « une main » de bananes, unité de mesure pour la vente.


Les gens du village cherchent à faire du commerce avec les voiliers de passage. Au moins pour vendre des
fruits. Après m’être fait offrir des pamplemousses un peu plus haut, je suis chez Kua et Teiki à qui j’avais
promis de m’arrêter au retour pour prendre des fruits. C’est l’heure du repas qu’ils préparent tout en
discutant. Du coup je reste manger avec eux : Jus de fruits de chez eux, chèvre sauvage grillée et glace
maison (Ils viennent tout juste de s’équiper d’un congélateur, avec les panneaux solaires qui vont avec !). Ils
m’expliquent comment ils vivent, entre les fruits et peut-être bientôt des légumes, un échec d’élevage de
cochons, le copra, la chasse et la pêche. Leurs fils de treize ans fait ses études à Papeete. Heureusement, il
est logé dans la famille. Il veut ensuite s’engager dans l’armée. Beaucoup de jeunes s’engagent … La vie en
métropole, militaire de surcroît, doit les changer ! Aux Marquises, presque tout le monde est tatoué et les
tatouages sur le visage ne sont pas rares. Ayant fait connaissance, je me permets de demander à Teiki si je
peux le prendre en photo, il accepte très volontiers. Ce sont, essentiellement, des tatouages de chasse et au
milieu, la croix, « Par ce que je suis catholique », précise-t-il d’un ton très assuré. Si vous voulez passer les
voir, c’est très simple, ils sont juste en dessous de la cabine téléphonique (qui pour une fois n’est pas près de
l’eau car ce n’est qu’une plage). D’ailleurs, quand la cabine sonne, c’est eux qui répondent. Ils vont chercher
l’interlocuteur pour un rendez-vous en général dix minutes plus tard ! C’est la vie des endroits isolés. Car ici,
pas de route, pas d’électricité, par de téléphone portable, pas de télévision.
En pleine montagne, le cocotier est bagué. Il est donc
exploité. Les cocos sont descendues à cheval. Et là
aussi, le copra est livré, en petite vedette, à l’Aranui
quand il passe à Taiohae.

Une dernière nuit dans cette si paisible baie Daniel,


juste pour le plaisir.

Et voilà comment se termine le séjour aux


Marquises !

Je vous souhaite le plus du mieux pour vous tous,


avec un bonus complémentaire parce qu’il n’y a pas de raison !
(… Et bise aux filles !)

A Bientôt1,
Bernard.

1
PS. Vous remarquerez que je n’ai absolument pas parlé des élections (trop tard, c’est fait !).

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
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Dimanche 26 Mars.

Départ tranquille de Nuku Hiva (baie de Hakatea), pas tard mais pas trop tôt non plus. Et ensuite, le temps
aussi a été tranquille, un peu comme souvent ici, c’est-à-dire un peu
trop et on se traine. En fin de journée les pitons de Ua Pou sont
encore sur bâbord. Puis au soir, un vent de travers bon trois accélère
l’allure. Kanaouenn glisse admirablement. Avec les vagues de face et
même de dos, la carène « bourre » toujours, ce qui ralenti. Mais pas
au travers. Et comme on n’est pas pressé, on avance sans forcer
dans un confort fantastique. Quand le bateau n’est pas ralenti par
les vagues, il ne faut pas beaucoup de toile pour avancer
correctement, je veux dire cinq à six nœuds. Pas de grains, vent
régulier : la belle vie. Quatre jours ainsi à chercher plutôt à ralentir. L’objectif est de se présenter devant la
passe de Kauehi à l’étale de basse mer. Cette passe n’est pas décrite comme difficile mais un mascaret qualifié
de parfois dangereux s’y forme à marée descendante. Donc : être à le l’heure ! Le fait le plus marquant de
cette étape est le croisement de l’Aranui. On pourrait qualifier la vue d’un cargo comme un peu banale. Oui
mais pas celui-ci. Il est une institution aux Marquises. Pour
presque toutes les iles il est le seul lien avec le monde extérieur
pour le fret, donc toujours un évènement. Par ailleurs, à chaque
fois, il débarque en escale deux à trois cents touristes, belles
occasions pour le commerce. La partie arrière du navire est
effectivement aménagée pour des passagers, façon paquebot
croisiériste. Une anecdote pour illustrer l’insularité, deux dames
papotent au café à Taiohae (avouez tout de même que c’est la
Câpitâle), l’une explique à l’autre que le 4x4 est en panne et irréparable ici, il va falloir transporter le véhicule
à Papeete pour le faire réparer là-bas, et bien sur le retour. Au prix du transport, le cout de la réparation va
être conséquent. Comme quoi, ma brave dame, même aux Marquises on a bien des soucis ! Et dire que les
gens qui viennent s’installer ici est pour retrouver une vie simple. Pas tout le monde.

Ainsi, quatre jours plus tard, kanaouenn se présente devant la passe de Kauehi.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
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Passe Arikitamiro, avec à gauche, le motu Patuuru et à droite le motu Toauau. Ces détails sont là juste pour
rappeler à ceux qui suivent qu’on n’est pas en Bretagne, dans ce cas ce serait probablement les pointes Bed
Ar Roc’h et Loc’h Maria ou Ker Ureck Draz’ch ou quelque chose
du même genre. A chaque lieux ses toponymes donc. Je suis pille
à marée basse, tout du moins en théorie, d’après le logiciel de
marées. Je me suis approché prudemment, sous le vent de l’atoll,
la mer est lisse et un mascaret se serait vu de loin. Tout est
calme. En fait c’est à l’intérieur qu’il y a un mascaret, une ligne
de brisants barre l’entrée. Il s’avère que la marée monte déjà. En
avançant doucement, cela n’a pas l’air méchant. En fait, pour ceux qui connaissent, c’est comme à l’entrée du
golfe du Morbihan. Le vent est contre le courant et les vagues sont courtes et nerveuses mais avec des gaz
pour rester manœuvrant dans le chahut, tout ce passe bien. Kanaouenn se rappel de deux sorties du
Morbihan bien plus sportive en plein jusant dans un vent de sud-ouest musclé. Ensuite, comme le vent est
pile de face, la remontée jusqu’au village se fait au moteur. Il fait gris et le vent plisse la surface de l’eau, ne
voyant pas les fonds, je mouille avant la remontée des fonds indiquée sur la carte, par dix mètres d’eau. Le
mouillage est superbement protégé des vents de tout le secteur Est. Kanaouenn dans un atoll des Tuamotu : à
peine croyable.

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Le lendemain, avec plus de soleil.

Sans attendre, quelques photos.

Le débarcadère. Sur le bord du lagon.

Tout de suite l’église, on ne peut pas la manquer, elle est juste devant le débarcadère. Et la mairie pour ne pas
être de reste, mais qui est plus loin.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
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Le village est, au premier abord, désert. C’est
encore plus calme qu’aux Marquises. Quelques
enfants se baignent, ils sont en vacances. En fait les
gens sont chez eux, ils disent bonjour de loin et
discutent facilement. Ils ont le temps. Il y a un peu
plus de trois cents habitants sur Kauehi et vivent de
la pêche et du copra. La dernière ferme perlière a
fermé l’année dernière, mais Kauehi reste réputée
pour son naissain qu’ils vendent aux autres atolls.
Ce n’est pas la saison mais de gros collecteurs sont
en attente par-ci par-là
Pas très menaçant.

Un ancien capitaine de goélette me raconte le courant dans les passes, il a rencontré jusqu’à neuf nœuds, un
navire de l’armée qui passait par là l’avait aidé pour l’en sortir. Il évoque le phénomène d’ensachage. Lorsque
la houle est forte, elle passe par-dessus la barrière de corail et rempli le lagon. Ce dernier se vidant par sa (ou
ses) passe(s), le courant s’accélère au point que parfois il n’y a plus de montant. Il dit que lorsqu’on entend
l’oiseau Kaveka (Sterne) pleurer, c’est que la houle passe par-dessus, elle inonde ses nids et tue ses oisillons.
On sait alors que le courant sera plus fort dans la passe. Il rappe de la noix de coco pour cuisiner du poisson
me dit-il avec une évidente gourmandise. Le gendarme à la retraite est l’ancien maire et cherche à reprendre
le poste. Il est du côté de Flosse. L’instituteur, celui qui est à la retraite, lui aussi, est de « l’autre côté ». Les
clichés sont en place.

Il n’y a pas de séchoirs à copra. Les noix coupées en deux sont juste posées à l’envers en de beaux murs
pendant quelques jours, puis épluchées. Comme aux marquises, le kilo se vend 1401 Fp. Une personne, en
travaillant tranquillement ou en faisant en même temps autre chose, produit facilement plus de une tonne à
la semaine. En travaillant une semaine sur deux, cela fait déjà un joli revenu, en travaillant à son rythme,
quand on veut. Le jeune de la photo de droite qui travaillait à un rythme soutenu m’a dit produire plus de
deux tonnes à la semaine et environ dix tonnes au mois. Calculez de revenu … Plus d’un aimerait bien gagner
cela en métropole. L’atoll est couvert de cocoteraient bien entretenues, bien plus faciles à exploiter qu’aux
Marquises où il faut aller chercher les noix dans la montagne escarpée à cheval. Cela se voit mal sur la photo
mais le jeune est assis sur une vertèbre de baleine en guise de tabouret. La baleine a été trouvée échouée sur

1
Un Euro vaut 120 Francs Pacifique. Donc, 140 Fp valent environ 1,15 Euro.

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le récif au vent.

Capteur de naissain. Belle maison rappelant le style colonial.

La plupart des maisons sont dans un état plutôt sommaire. Ce n’est pourtant pas la misère mais les gens
utilisent leur argent dans autres choses. Peut-être aussi que le risque cyclonique fait qu’il est inutile de trop
investir dans les maisons. A droite, vous voyez le carrefour du village, là par où passe toute la circulation : trois
vélos en même temps, c’est l’heure de pointe. La vie est calme ici, très calme même, dans un cadre
fantastique. Mais parfois trop calme aussi. Ceux qui le peuvent font régulièrement des escapades sur Papeete
pour changer d’ambiance. Et l’alcool est aussi très présent (et très recherché).

Bateau typique de Polynésie. Le conducteur est à l’avant, debout dans un puits. Ils sont stockés hors d’eau,
suspendus sous sangles (les bateaux, pas les conducteurs). Les grandes roues font tourner les bois autour

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desquels la sangle s’enroule. Pas besoin d’antifooling.

Un des critères du choix de Kauehi avait été


l’absence d’aéroport, je cherchais un atoll tranquille.
La septième édition du cher guide daté de 2015 n’en
faisait pas mention. Pourtant l’aéroport date de
2003-2004 ! Je suppose bien que de maintenir à jour
un guide est un gros travail mais là c’est grossier.
Surtout qu’il suffit d’aller sur Internet pour le savoir !

Si tout le reste du guide est comme cela…

Mais le trafic à l’air très faible : sept huit personnes à


descendre et quatre-cinq à monter. Et encore, ce
sont les vacances scolaires.

L’école primaire, deux classes. Certains parents


préfèrent scolariser leurs enfants à Papeete où le
niveau est dit meilleur…

Au nouveau cimetière, tout est blanc. Beaucoup de tombes d’enfants de quelques mois. La mortalité infantile
a dû être énorme à une époque.

Beaucoup d’atolls sont des réserves de biosphères. Des zones ont été organisées, certaines autorisent les
activités économiques et pas d’autres, certaines sont des réserves intégrales où toute présence est interdite.
Certains atolls sont ainsi. J’ai la chance de rencontrer le président de l’association qui gère Kauehi. Il est
encore réservé sur l’avenir car il trouve que les locaux ne bougent pas beaucoup. Il attend que le maire signe
des décrets pour officialiser la règlementation et donc pour pouvoir l’appliquer (Cf le port du casque ?). Il dit
également que les gens d’ici s’en fichent et disent que de toute façon, ils continueront à faire ce qu’ils veulent
car « ils sont chez eux ». Il dit également que, d’un autre côté, la sagesse traditionnelle se perd. Avant les gens
allaient ramasser les œufs de Kaveka mais c’était organisé. Sur chacune des deux pontes annuelles, on
ramassait une seule fois en ne prenant que les œufs frais. Maintenant n’importe qui y va n’importe quand en
prenant tout et en triant à l’arrivée, tant pis pour les œufs presque à maturité. Notre président a encore du
travail.

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Le poste de santé, avec beaucoup d’affiches sur l’alimentation. Il faut dire qu’ici le surpoids, apparemment,
atteint des sommets. Quelqu’un m’a dit que la base de l’alimentation était le poisson et la noix de coco. Je
veux bien le croire mais il ne doit pas y avoir que cela vu les résultats. Les hommes et les femmes ont l’air
atteints pareillement.

Mais ce n’est pas pour tout cela que certains viennent « se perdre » (ou peut-être plutôt « se retrouver »)
dans ce genre d’endroit :

Le village (Taeravero) vu du lagon. La piste dans les cocoteraies.

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Sur le lagon. Au loin, qui vous savez.

Le platier, côté extérieur. Une dernière carte postale, pour conclure.

Il y a aussi quelques photos sur Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=1836525382

Dimanche 2 Avril.

Il est temps de partir pour Ahé. Peu de vent et la traversée du lagon se fait encore au moteur. Deux heures
avant la basse mer, le courant descend à environ un nœud sept.

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Vent de secteur nord, au près pour passer au vent de Aratica. Dans la nuit le vent baisse au point que je mets
le moteur et au matin le vent revient et laisse espérer d’arriver à temps pour la marée, super. Deux heures
après on est sous équivalent foc trois maxi, grand-voile affalée, sous un bon sept, des cordes d’eau et les
embruns qui balayent le cockpit à l’horizontale. Je prends une météo avec l’iridium pour savoir ce qu’il se
passe : Vent d’Est cinq à dix nœuds sur toute la zone pour les jours à venir. Bouda lui-même ne serait pas aussi
placide. En discutant deux-trois fois avec des habitués de la région, nous avions convenu que la météo ne
voulait pas dire grand-chose. C’est encore le cas, mais si c’est une dépression locale le vent devrait refuser, j’ai
déjà abattu d’une trentaine de degrés. Le baromètre baisse. La pluie devient plus régulière, comme un front
qui passe. Effectivement le vent se calme un peu en refusant. Comme cela toute la journée sur presque deux
cent soixante degrés ! J’ai fini par viré, ce qui nous remet le cap vers Ahé. Le baromètre continu à baisser il a
fait deux marches de deux millibars, le temps est gris. Par beau temps les atolls sont paradisiaques mais sinon
c’est moins sympa et peuvent devenir de véritables pièges. La mort dans l’âme, après de longues hésitations,
je fini par décider de changer de cap et de descendre directement sur Tahiti. Le séjour dans les Tuamotu aura
été bien court. Pourquoi ne pas essayer d’y retourner en remontant ? On verra bien mais je ne vais tout de
même pas me plaindre et c’est peut-être bien d’avoir envie de revenir. Donc cap au sud dans un vent qui
continu à basculer. En fin de nuit, il n’y a presque plus rien, je remets encore le moteur pour ne pas trainer
entre Ranguiroa et Arutua. Il y a largement de la place mais il y a aussi tant d’histoires de gens qui ont fait
juste un petit somme et se sont réveillés sur le récif que je me méfie et reste à veiller. On a parlé souvent
également de courants étonnement forts et imprévisibles. J’ai bien surveillé la navigation et je n’ai rien
remarqué de semblable. Encore une fois, c’est peut-être une question de saison. Après le passage entre les
deux atolls, le vent revient… de face ! Mais le bord permet de parer la côte sud de Ranguiroa. Puis le vent
adonne progressivement, presque toute la matinée est passée à dormir par tranches de demies-heures : les
deux dernières nuits ont été bien courtes.

Puis Kanaouenn avance facilement sur mer plate


au petit largue. Dans ces conditions il
batifolerait plein pot si je ne le retenais pas une
fois de plus pour arriver de jour. Il y a une
longue houle pas très haute mais très longue, la
voilà peut-être la célèbre houle du Pacifique
sud. Il y a bien eu une petite voix qui voulait me
dire « Si tu étais resté à capeyer près de Ahé
toute la nuit tu y serais en ce moment et avec
du beau temps » mais c’est trop tard
maintenant et cela ne sert à rien de « refaire le
match », surtout avec des « si ». Il fait beau, la
lune a bien grossie et illumine les trois quart de la nuit et j’aurais plus de temps pour profiter des îles sous le
vent. La vie est belle et c’est tant mieux.

Jeudi 16 Avril.

Le jour se lève sur Tahiti, Kanaouenn est au sud de l’île à 3 miles de la côte, pourtant, en fin de nuit je n’ai vu
aucune lumière, pas âme qui vive. Les montagnes ont la tête dans les nuages et les pieds dans les rouleaux du
récif. Longer la côte à admirer le paysage en avançant doucement serait idyllique mais un gros grain de pluie
dense a bien duré ! Heureusement après la pluie, le beau temps et le récif défile à un mille environ.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
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Ces rouleaux qui brisent sont impressionnant, le guide nautique parle d’une passe de cent mètres de large.
Passer entre deux murs de déferlantes deux mètres à cinquante mètres de chaque côté m’inquiète un peu
bien que la passe soit qualifiée de praticable par tout
temps. En fait la passe est bien plus large, et même
très large, juste qu’après entrée, il faut tout de suite
tourner à droite pour éviter un récif qui est juste en
face, et là effectivement ce n’est pas large mais on est
à ce moment-là déjà à l’intérieur, sur eau plate, à
l’abri de la barrière de corail. Ensuite, toute la baie est
une merveille de protection. Je suis venu directement
ici, à Taravao, parce qu’il y a Marco, le fils de Michèle
et sa petite famille et aussi un chantier qui, contacté
par mail, m’a dit pouvoir refaire la pièce du vit de
mulet qui donne de sérieux signes de fatigue. Vous
allez donc rater Papeete. Pas moi, j’y suis déjà venu ! Mais vous ne ratez que la mairie qui vaut le coup d’œil,
le palais présidentiel et le marché qui sont vraiment beaux, la statue de Pouvanaa a Oupa qui mérite bien cet
hommage et la place Jacques Chirac qui prouve que Flosse a été toujours
particulièrement reconnaissant envers son indéfectible protecteur ! Les essais nucléaires
ont un prix. Bref. Je n’avais pas été emballé par le front de mer, la quatre voies avec
pourtant de splendides passages souterrains qui la longe doit y être pour beaucoup. En
dehors de tout cela, c’est la ville avec tout son bazar. Taravao est bien plus petite, mais La belle pièce toute neuve
venant de mer, des Marquises et des Tuamotu, le changement est fort. Retour à la « Civilisation » ! Mais il
faut reconnaitre que pouvoir refaire la cambuse dans un super marché et avoir de l’Internet pour recontacter
la tribu et gérer l’intendance, c’est bien confortable. Je n’irais pas jusqu’à vous faire la photo du Carrefour de
Taravao (vous avez la carte de fidélité ? Non, merci.) ni de La Poste (N’oubliez pas de prendre un ticket pour
faire la queue) où pourtant le spot Wifi était impeccable. Il y a tout de même des choses étranges ici. Le pays
est à la fois hyper subventionné et hyper taxé, allez y comprendre quelque chose. « La vie chère » pour
reprendre la formule rabâchée ne vient pas uniquement du cout du transport comme se plait à le dire
certains. Au prix du container en transport maritime, il n’intervient pas à ce point sur le prix final, cherchez
donc l’erreur... Pour le Coprah, une rapide recherche sur internet indique que son exploitation est
effectivement subventionnée. C’est d’ailleurs, parait-il, le seul point sur lequel il y a un consensus à
l’Assemblée Territoriale car cela limite l’exode des iliens vers Papeete qui est déjà très important (2 milliards
de Fp pour dix à onze mille exploitants, soit env. 1500 Euros par « Exploitant », ne sachant pas si un exploitant
est un individu ou une exploitation). Le Coprah est obligatoirement acheté par la S.A. Huilerie de Tahiti (98%

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
Avril 2017
de capital public) qui traite et vend les produits sur le marché international, bien sûr à perte. Il est évident
qu’il est économiquement plus efficace et humainement plus valorisant de subventionner du travail que de
l’oisiveté. Mais les critiques lues sont que certains en profitent (effectivement le retraité de la police, avec ses
revenus de base, n’a pas besoin d’être subventionné) mais c’est marginal en fait ; et plus sérieuse, que le
système est monoculture, tout comme la production de l’huilerie qui est mono produit. Ceci rend le système
très fragile. Cela rejoint le discourt de Jean aux Marquises. Il est effectivement aberrant de trouvé au super
marché des tomates (exemple concret) d’importation, qui plus est tellement vertes qu’elles ne muriront
jamais alors que tout pousse dans la région. Presque toute la viande vient de Nouvelle Zélande alors qu’on
voit de splendides vaches au bord de la route, des cochons et des poules. En fait tout est d’importation,
d’Australie-Nouvelle Zélande, des USA ou de Métropole. La politique de consommation atteint des sommets
quand on voit (j’aurais dû prendre la photo tout de suite car quelques jours après il n’y en avait plus en rayon)
une assiette de six huitres ouvertes présentée sous cellophane avec une belle étiquette « Par Avion », ne
parlons pas de prix ! Les Iles ont pourtant la possibilité de produire et même certainement d’exporter. Mais
les subventions ont été distribuées « à gogo » juste pour acheter la paix sociale, sans aucune politique de
développement et vision d’avenir. Mais peut-être que de maintenir le pays dans une dépendance maximale
n’est peut-être pas par hasard : Dépendance/Indépendance, on arrive au cœur d’un grand débat local ! Je les
laisse débattre… Mais toujours est-il que maintenant que l’afflux d’argent diminue avec la fin des essais
nucléaires puis la crise, il va bien falloir trouver des solutions de gestion plus efficaces et pérennes. Excusez
cette parenthèse mais c’est le cœur d’un débat permanent et fondamental ici. L’autre point remarquable (et
plus léger !) est la coquetterie féminine, porter une fleur à l’oreille ou une couronne de fleurs (fraiches) n’est
ni du folklore ni exceptionnel, souvent avec le tenue tahitienne qui va avec, à tout âge. Un dimanche matin à
Taravao, je ne sais pas s’il y avait un évènement particulier mais c’était un festival, jeunes, plus âgés, hommes,
femmes. Un régal pour les yeux. En parlant de Taravao (et recentrer le discourt !) voici deux vues de la baie
Phaéton où Kanaouenn (sans se poser beaucoup de question, lui !) s’y est bien reposé, même pendant les
grains parfois copieux.

Côté Marina, chantier, écoles de plongée et de voile. Côté lagon.

Je reste un jour de plus pour ceci, puis un autre de plus pour cela puis au moment de partir l’alternateur se
met en grève, je reste donc un jour de plus pour voir si c’est réparable, en fait pour rien. J’en ai profité pour
faire de l’entretien : Nettoyer un peu mieux (pour ne pas dire moins mal) la coque, matelotage sur le pont,
graisser les winchs et diverses poulies qui en avaient bien besoin, astiquer les pièces en inox qui elles aussi
faisaient grise mine, etc. Mais il est temps de partir.

Vendredi (ce n’est qu’une petite étape) 14 avril.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
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Départ Phaéton à la voile puis avec un appui moteur. La route nous fait longer la côte sud de Tahiti.

Dégagé de la pointe, en fait, la route est contre le vent, c’est parti pour du près ! Le vent monte et la mer est
extraordinairement hachée. Le bateau tape comme jamais, je suis obligé de ralentir pour éviter les chocs
impressionnants, le Mélody pourtant passe plutôt pas mal en général
mais là, c’est infernal. N’ayant pas toute sa puissance le cap est
dégradé. Avec 150° d’un bord sur l’autre la route va être longue. Je
fais une croix sur Mooréa où j’arriverais de nuit. J’avais le projet de
juste y passer pour un simple coup d’œil donc ce n’est pas une
grosse perte. Par contre, j’ai bien le temps de contempler Maiao, ce Moorea sous un grain.
qui n’était pas du tout prévu au programme. Nuit difficile, puis le
vent tombe presque d’un coup, mais pas la mer, puis il revient d’ouest quelques heures plus tard… Voilà
comment, après plus de cinquante heures pour faire - en théorie - cent vingt-cinq milles, Kanaouenn se
présente devant Faré, la capitale de Huahine. Des dauphins sont dans la passe en mode « comité d’accueil »,
c’est dimanche et ils ont l’air de trainasser mollement. L’ile est balnéaire mais calme et il y a très peu de
monde. Aller, c’est parti pour le mode « Visite ».

Vue du mouillage de Faré. Devinez comment Faré, le cœur de la rue principale, juste derrière le
s’appelle le bateau qui est par hasard juste au quai.
centre de la photo.

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Marae de Maeva, au bord du lac alimenté par le Intérieur du Fare Pote’e restauré, lieu d’une belle
lagon. exposition sur la vie maohi, géré par l’association
Õpunui. .

Sur Huahine, un gros travail archéologique a été réalisé. Quand on entend dire que tout s’est perdu et
qu’on ne sait plus rien (rengaine rabâchée aux Marquises), j’ai
impression que c’est une façon élégante et rapide de botter en
touche. Entre les travaux scientifiques et les témoignages des
premiers européens qui ont abordé les îles, il y a de quoi avoir
une idée assez précise de la vie au temps Maohi. Soit les interdits
imposés par les missionnaires sont encore intégrés soit les popa’a
(européens) n’ont pas à être dans les confidences car on sent
bien, malgré une gentillesse parfois incroyable, un certain
clivage. Il y a peut-être un peu des deux. Il est vrai que la vie à
l’air d’avoir été plus chaotique aux Marquises avec d’incessantes
guerres entre vallées. Ici, des royaumes plus vastes ont l’air
d’avoir établis des structures et des politiques plus organisés.

Le Fare Pote'e (Grande fare communautaire


ovale) de Maeva en 1925.

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Anguilles sacrée aux yeux bleus de Faie. Je ne sais Pièges à poissons multi centenaires et toujours en
pas si elles sont encore très sacrées mais elles sont activité.
sacrément apprivoisées, bien nourries et raffolent
de … maquereaux en boite !

Tombe des marins de l’Uranie … C’est une colle !


Pirogue « Classique » en état éclatant.

Deux vues sur le lagon, juste pour le plaisir des yeux.

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François au milieu de ses pieds de vanille. Les


gousses sont encore vertes. A l’heure du rafraichissant bain de fin de journée.

A ce propos : quelques regards sous l’eau.


Et un autre vers le ciel.

Et deux dernières juste pour donner une ambiance. Huahine ? Encore un endroit (très) difficile à quitter.

Jeudi 20.

Raiatea (ex Havaii) est juste en face, à moins de vingt milles. Kanaouenn embouque la passe Te Ava Moa, la
« Passe Sacrée », celle qu’empruntaient les grandes pirogues doubles venues des quatre coins de Polynésie
pour aller au centre religieux de Taputapuatea, le plus grand de toute la région. Il y a un petit quai pas loin,
belle aubaine pour une nuit tranquille.

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En fait c’est un ensemble de Marae(s ?). C’était le Marae central et le plus grand, consacré au premier
cœur du système religieux polynésien avec très d’entre eux, Hiro, dieu de la guerre. (attention, pas
probablement des ramifications politiques. de confusion SVP, les brouettes ne sont pas
d’époque).

Marae tout au bord de l’eau, comme à Maeva.

Aux marquises, les sites religieux et communautaires sont dans les vallées, loin du rivage d’où des attaques
pouvaient venir plus dangereusement. Donc moins visibles et souvent envahis par la végétation. Ici ils sont sur
le rivage, probablement pour être plus accessibles. Cela sous-entend très probablement une stabilité sociale
et politique plus établie.

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En poussant un peu sur la route.

Le lendemain, belle navigation à la voile dans le lagon, au portant sous génois seul pour remonter jusqu’à
Tahaa.

Côté Montagne (Entrée de la baie de Faaroa). Côté lagon, un motu.

Stage de Kite Surf bien organisé ! Au passage Est Teruaheve (16°42,44 - 151°27,73).

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Entrée de la profonde baie de Haamane. Au fond de la baie.

La baie est dans l’axe des vents dominants, il parait qu’il y a parfois un effet venturi mais les fonds sont de
vase assez ferme par 6-7 mètres, un luxe rare dans la région où les
mouillages par moins de quinze mètres d’eau (quand ce n’est pas vingt à
vingt-cinq mètres) sont très rares. Impossible avec un guideau à main.

Haamene est en fait un village très bien équipé, superette, poste, il y a


même un collège… Et une mairie en effervescence : le bureau de vote1 est
ouvert ! Le territoire vote avant la métropole pour que tout soit fait le
dimanche soir, heure de Paris. Ce samedi est donc très animé. Je voulais
voir l’association qui sauvegarde les tortues : site fermé. Des tortues en
soin étaient volées pour être
mangées. Je me renseigne pour une balade, la piste traversière
est très belle, oui mais fermée. Elle passait sur une propriété
(c’est quasiment toujours comme cela en Polynésie), le
propriétaire qui a subi des vols a mis des barrières et des chiens.
On dirait qu’il y a comme un petit problème dans le quartier. Mais
l’ambiance est très accueillante et gentille comme partout en
Polynésie. A la maison de la vanille, j’y arrive en plein dimanche
midi, un peu tôt ou un peu tard comme vous voulez. Mais
François, à Huahine m’a déjà bien expliqué. Des pieds, pour la
visite, sont exploités de façon très naturelle comme ils disent mais
cela n’empêche pas les classiques abris.

1
Moins de trente pour cent de participation et résultats atypiques : Fillon largement en tête.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
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Vanilles grimpant sur des espèces de Yukas, joli. Abri à vanille, plus efficace.

L’ile est plus basse que ses voisines, les paysages sont plus doux et il y a plus de surfaces cultivables.

Raiatea vue de Tahaa.

Pour finir cette visite des Iles sous le vent, en route pour Bora Bora, la célèbre.

L’alizé est en forme et deux ris de sont pas de trop.


Dans la passe.

J’avais le projet de mouiller dans cette baie qui, sur la


carte, paraissait assez sympa. Je ne sais pas pourquoi,
La montagne de Bora Bora derrière le motu Toopua.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
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j’ai fait demi-tour pour m’arrêter dans celle d’à côté. J’ai découvert ensuite que ce n’était que le Hilton, j’ai
bien fait.

A côté de ces implantations incongrus dans une région dont les gens, bien que convertis au confort moderne,
conservent une culture de vie simple, le lagon est d’une beauté fantastique. Ce tourisme de luxe, déjà
rencontré en République Dominicaine, à Cuba, à Panama et ailleurs est un tourisme international qui
fonctionne en circuit fermé et profite très peu au pays. Bora Bora est réputé aussi pour sa délinquance,
certainement un hasard. Dans les autres iles, le tourisme est intégré : Hébergement en pension gérées par les
locaux, prestataires locaux etc. Notre argent de voyageur va ainsi dans le pays visité, ce qui me parait la
moindre des choses. Encore une fois, nos actes ne sont pas anodins. C’est
aussi pour cela que vous n’aurez pas de photos de superbes raies et requins
nourris facticement pour faire marcher le commerce. Car il est vrai qu’ici le
commerce fonctionne bien, les jets skis et hors-bords en tout genre aussi.
Motus privés, interdiction de débarquer, etc. Mais cela a ses surprises aussi :
On voit de tout !

Mais, qu’est-ce que le lagon est beau : (Désolé pour la photo penchée)

Mardi 25 Avril

Il était prévu que ce soit le jour du départ … mais j’ai bien envie
de faire durer encore un peu et d’aller faire un tour de l’autre
côté du lagon et aussi si je pouvais trouver un endroit ou poser
l’ancre pour débarquer et visiter l’île. En route, pas trop tôt le
temps que le soleil monte suffisamment pour voir la couleur des
fonds. Surtout qu’ici la carte
est fausse. C’est étonnant

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
Avril 2017
car dans les autres îles elle était d’une précision impeccable mais bon … Comme quoi un œil sur le pilotage est
toujours indispensable. Il y a beaucoup de vent, je suppose des rabattants de la montagne. Sur le plan d’eau
principal il y a une multitude de petits bateaux de promenade qui vont dans tous les sens. Surprise, le voilà de
près et de jour : l’Aranui V, la vedette des îles. Un peu plus loin, un monstre déjà vu à Madère ou La Corogne il
me semble : Emerald Princess, on change d’échelle ! Je passe devant la ville (Vaitape) et remonte au nord.
Devant le Bora Bora Yach Club (BBYC), de loin, on dirait qu’il y a des coffres, aubaine car sinon, dans le
secteur, le tarif, c’est quasiment trente mètres (de fond). Et comme le tarif du BBYC est raisonnable, voici une
halte toute trouvée. Sans transition, en route avec la trottinette pour aller en ville.

« 1893-1941 - Alain GERBAULT, seul sur le Fire Crest1 a fait le tour du monde 25 Avril 1923 - 26 Juillet 1929 »2.

En ville, c’est un peu la folie. S’il n’y avait eu que l’Aranui cela aurait été, mais le monstre a déversé une
horde incroyable. Tout est pris d’assaut, à commencer par l’office du tourisme. Heureusement, à force de
demander, je fini par trouvé un local qui sait où se trouve le mémorial de Alain Gerbault. A l’origine, il devait
être en bonne place sur le quai, mais maintenant il est coincé sur le côté du marché artisanal, devant il y a un
grand parking en terre battue avec des travaux… Un américain utilise les palmiers qui entourent le mémorial
comme arrière-plan pour prendre sa femme en photo sans remarquer le monument3, ces touristes-
consommateurs ne respectent rien. Le navigateur a régulièrement tenu des propos assez ahurissants mais
naviguer sur le Firecrest a dû être un tour de force phénoménal. Chapeau bas et grand respect envers
l’illustre pionnier. Nous sommes des petits rigolos avec tout notre équipement moderne. Je pousse un peu
plus loin. Le « un peu plus loin » se termine sans transition en un tour de l’île, trente-deux kilomètres.

1
De mémoire, je ne suis pas sûr qu’il y ai un espace entre Fire et Crest. Au musée vu plus loin, il n’y en avait pas non plus.
2
Le ou La propriétaire (travaillant probablement au marché artisanal) de la Renault Twingo immatriculée 163707 P est
prié(e) de se garer dans un endroit plus respectueux, Merci.
3
Alain Gerbault n’est pas mort à Bora Bora mais à Timor, ses cendres ont été rapportées quelques années plus tard ici où
il avait vécu assez longtemps.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
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Les célères plages au sud de l’île. Couleurs dans le lagon, au fond Tahaa (à 20 milles).

Les non moins célèbres hotels-les-pieds-dans-l’eau. La montagne pour une fois dégagée et pas en
contrejour, un quasi exploit !
Vu de près cela ne me fait pas rêver du tout.

Sur le bord de la route, un petit musée. En fait, cela doit être un passionné de maquettes qui expose ses
œuvres. Le choix est judicieux : les bateaux de Gerbault, Joshua, Kurun, Pen Duick, un Optimist, un Vaurien et

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°8 - Tuamotu et Iles sous le vent
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un Muscadet, les navires de Cook, La Pérouse, des pirogues de différents types, etc. Personne dans la salle,
une musique d’ambiance, quelques explications et un tronc et un cahier à la sortie. Simple mais très sympa.

Voilà, il est temps de se quitter car, encore une fois, le fichier grossi.

Et aussi, bien que le temps soit court, il ne nous attend pas (à méditer ?). Et les saisons non plus, donc en
route vers le nord. Kanouenn a touché le point le plus sud du trajet prévu, mine de rien des pages se tournent.

Mais ceci est une autre Histoire !

Je vous souhaite un mois de Mai radieux à tout point de vue.

… Et plus encore !

(… Et sans oublier : bise aux filles1 !)

A Bientôt,

Bernard.

1
Les filles, préparez-vous : la prochaine fois, cela devrait être Soleil, Plages, Vagues et Beaux Beach-Boy !

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
Mai 2017
Mercredi 26 Avril.
Aller, Bye Bye Bora.
On dit comme cela ici, c’est comme Saint Trop, plus c’est court et
plus c’est classe. Le lagon et le site sont vraiment grandioses et
magnifiques, heureusement vu le prix que les gens payent en
général pour venir ici. Mais contrairement à ce que prétendent les
brochures publicitaires, le marketing et la pression commerciale
locale, sincèrement, les couchers de soleil ne sont pas plus beaux
qu’ailleurs. Ce n’est pas le lieu qui fait le coucher de soleil mais … le soleil ! Ou plutôt l’état du ciel à ce
moment-là. Donc, après avoir largué la bouée du charmant et efficace Bora Bora Yacht Club et contourné le
récif par l’Ouest, cap au Nord Nord-Est. Le bateau est prêt, la
cambuse est archi pleine (je vais chez les Ricains), j’ai même mangé
les boites de légumes Cassegrain pour les faire disparaitre du bord :
pas de risques inutiles1. L’Alyzée est là, deux ris dix tours au près le
plus serré possible. L’objectif est de gagner le plus possible dans
l’Est pour être bien placé quand, dans l’hémisphère Nord, l’Alysée
passera Nord-Est. Pour reprendre la célèbre et fort juste phrase du
Nouveau Cours de Navigation des Glénans2 : « Le près est un
compromis entre le cap et la vitesse » (page 248). Cette fois-ci je
privilégie le cap et on avance donc lentement - quatre nœuds maximum pour ne pas taper - en dansant
copieusement. Il faut bien se tenir à l’intérieur et le cap souhaité (33°) est tout juste tenu.
Samedi.
En trois jours, le vent a faibli progressivement. Cette nuit, plus rien avec de la pluie battante et des éclairs.
Puis le vent est revenu d’un coup en refusant de quarante degrés, pour ensuite revenir comme avant ! Il
manque dix degrés mais la mer est calme et l’allure confortable. Je prends une météo laborieusement. Il faut
m’y reprendre plusieurs fois avec des messages d’erreur que je n’explique pas. La quatrième est la bonne,
mais pendant ce temps-là les unités se perdent. J’interviewerais le fournisseur à l’escale pour en savoir plus.
Dimanche 30
Encore une nuit et une journée à manœuvrer sans arrêt,
en moyenne toutes les heures. Certains réglages ne
tiennent qu’une demie heure, un quart d’heure ou
parfois moins. Le pire a été une saute de vent alors que
la manœuvre précédente n’était même pas terminée.
Sous ces grains incessants la peau des mains commence
à se dissoudre ! Dans la journée le vent refuse et faut
virer. Est-on parti pour du louvoyage ? La météo
annonçait du vent de Sud-Est et c’est l’inverse qui vient !
Dans les 30 000 possibilités, la prévision annoncée ne
sert qu’à enlever la possibilité présentée. Il n’en reste

1
Regardez dans un magasin une boite Cassegrain et vous comprendrez.
2
La deuxième édition, celle de 1976. Pour moi, pour la base, elle reste encore la meilleure malgré l’absence des
techniques modernes.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
Mai 2017
donc que 29 999 possibilités. En appliquant la méthode Shadock implacable d’efficacité dans ces cas-là, il
suffirait d’interroger la météo 29 999 fois pour au final savoir ce qui va se passer. Hélas, je n’ai pas assez
d’unités sur le forfait et la météo, en plus d’être farfelue elle est en plus particulièrement bornée et radote
toujours la même chose. Donc même cette méthode est inefficace. En tout cas il fait gris et cette nuit les
éclairs étaient bien proches. Dans l’après-midi, d’un coup, plus de vent. Le bateau barbotte, le safran ne
répond plus et le pilote bip en alarme. Moteur. Pendant deux heures puis le vent revient au Est-Nord-Est.
Mardi 2 Mai.
Trente-six heures de calme, c’est-à-dire un bon vent régulier qui même parfois adonne au point d’être au bon
plein à dix degrés de plus que le cap, en général on est depuis le départ plutôt à dix-quinze degrés en dessous.
Beau ciel et mer peu agité comme on dit dans les bulletins. En fin d’après-midi, à l’heure de la douche, le ciel
est tout gris foncé au vent, un très gros grain en perspective. Je bâcle la douche. Une frégate plane très haut
dans le ciel, c’est la première fois que j’en vois une si loin de terre, on est à environ trois cent milles des
Tuamotu et quatre des Marquises. Le deuxième ris est pris tout de suite et le vent arrive. A enrouler le génois
et c’est parti pour une succession de grains jusqu’à deux-trois heures du matin. Impossible de savoir si on est
plutôt à l’avant de celui-ci ou sur la traine de celui-là car en général (je dis bien « en général ») le vent forci en
refusant sur l’avant du grain et faibli en adonnant sur l’arrière. Ensuite le vent redevient stable et faible. Au
matin, le jour est salué par deux paille en queue qui tournoient au-dessus
de la tête de mat. Puis je vous passe les détails : les sautes de vent de plus
de cinquante degrés, le génois qui refuse, les manœuvres qui parfois (pour
ne pas dire souvent) finalement n’apportent pas grand-chose, la routine ! En tout cas, le cap
n’est pas bon du tout, autour du 350, mais il faut bien faire avancer le bateau.
Jeudi 4.
La nuit a été bercée par le ronron du moteur … Pour les amateurs de musique, cela tient de la
valscotpolk à mille cinq cent temps, pas facile à compter et la mélodie devient vite lassante.
En beau milieu de nuit, un souffle d’air me fait essayer les voiles … en vain. Redémarrage moteur : rien. Avec
les pinces sur la batterie deux faiblarde, le redémarrage pourtant à chaud a été bien poussif. L’hydro
générateur malgré la faible vitesse est mis en action et un des panneaux solaire est branché sur la batterie
moteur pour tout à l’heure1. A quatre heures le vent revient et on fait même du quatre nœuds, un exploit !
Mais cela ne dure pas et l’infernal temps à grains reprend. En début d’après-midi, le boulon du vit de mulet
s’envole ( ?) et la bôme pend à vingt centimètres de pont retenue par le
lazy bag. J’affale la grand-voile pour réparer. J’en profite pour resserrer
encore une fois la ferrure sur le mat et réparer le coulisseau de têtière.
Au bout de deux heures (dont une sous des cordes) à se faire ballotter à
sec de toile, tout est en ordre de « marche ». Cinquante milles fait en
vingt-quatre heures. Record de manœuvres et record de lenteur.
Dans le guide de navigation, mon cher ami dit que très souvent, dans
ces longitudes, l’alizée du Sud-Est passe au Nord-Est sans transition au
passage de l’équateur. Encore faut-il avoir du Sud-Ouest au sud! Le cap
se dégrade encore et on fait du nord-nord-ouest, pas plus. J’espère qu’il

1
Pour ceux que cela intéresse : l’hydro générateur ne recharge que les deux batteries de servitude et le beau panneau
solaire qui devrait bichonner la batterie moteur est en panne pour la deuxième fois. Ce dernier est un modèle souple
d’une super marque américaine alors que les autres sont des basics Chinois ou coréens achetés sur internet et qui se font
oublier. Cherchez l’erreur. Rappel pour ceux qui lisent en diagonale : l’alternateur est en congés.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
Mai 2017
y aura une amélioration sinon cela va être sportif là-haut Je vous passe la litanie des manœuvres sous grains,
vous devez avoir votre dose.
Le 5.
La nuit a été finalement régulière. Le génois a masqué qu’une seule fois en début de nuit, avec donc un beau
trois cent soixante degrés à la clé pour reprendre le cap qui n’est toujours pas suffisant mais stable. Au lever
du jour le vent adonne et quelques dauphins viennent dire bonjour. Le ciel est clair et les nuages ne sont plus
gris et lourds mais petits, blancs et cotonneux. L’air est presque frais, la température est passée en dessous
des trente :

Quelque chose a changé.

Je mets Gégène - le régulateur - en service. Le bateau accélère d’un bon demi-nœud et lofe de plus de dix
degré en suivant mieux le vent tout en ayant un comportement plus doux. Nous sommes par six degré sud.

Le 6.
Hier on a eu droit à du beau vent, navigation tranquille. La nuit, sous un ciel limpide, l’air était frais, pas au
point de mettre un T-sheart mais la température en descendu à vingt-huit degrés. Des dauphins sont venu
nager à l’étrave, pas nombreux mais ils ont accompagné Kanaouenn pendant une petite heure, moments
toujours féériques. Au lever du jour le vent baisse progressivement pour s’évanouir complètement. Le bon
vent a tenu une trentaine d’heures … On est dans les standards locaux ! Le
génois est enroulé pour l’épargner et le soleil est déjà de plomb, il n’est que neuf
heures trente. Dans la journée une superbe frégate fait sa curieuse autour de
Kanaouenn, une grande première.
Dimanche 7.
Les bureaux du vent viennent de fermer ! On a pourtant bien marché toute la nuit sous deux ris. Hier après-
midi, sous les grains le régulateur a très bien suivi les sautes de vent. Je n’ai eu à ne gérer que les voiles.
Mardi 9.
Deux jours sous régulateur et bon vent régulier. Coté consommation électrique, seuls le GPS et l’AIS veillent.
Les panneaux ont chargé les batteries à bloc et on est en surproduction, ça c’est du luxe ! De la navigation de
rêve. Côté lessive, vous constatez que j’en parle peu, en pour cause, je n’ai rien à dire à ce sujet sinon que
laver c’est bien mais ne pas salir c’est mieux ! Mais pour me
défouler, j’ai sorti la bouteille de Miror dénichée à Taravao.
L’ersatz de produit concurrent a été immédiatement et
impitoyablement débarqué et le Vrai Brillant a repris ses droits
à bord. Ce n’est pas encore le coup d’Arc mais j’ai de l’ambition
… A suivre.

Hier en fin de journée l’AIS s’est réveillé. Il dormait depuis le


départ si ce n’est le Emrald Princess (encore lui !) qui nous a
doublé deux jours après le départ. Vu sa route, le petit cargo va
au Chili en venant du Japon ou Corée-Russie-Chine, bref
quelque part de par là-haut. Aucune information sur lui, même pas son nom, Monsieur ne se donne même
pas la peine de se présenter. La correction n’est pas une notion universelle.

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Mai 2017
Cette nuit, le régulateur a manqué, le vent ayant bien faibli j’ai cru que c’était pour cela et j’ai mis le pilote. Et
ce matin le vent a continué à faiblir, on avance tout doux tout doux mais les voiles bien que ballotées ne
raguent pas. En fait, pour le régulateur, la drosse au vent est rompue. Je n’ai pas vu le ragage venir car tout se
passe à l’intérieur de la poulie et si on ne regarde pas assez attentivement, de l’extérieur on ne voit rien. Le
bout en question est juste une section d’usure qui se remplace rapidement maintenant, sans gâcher toute la
longueur de la drosse.
Je papote sur des futilités en oubliant le plus important qui a été hier midi (heure locale) le repassage de la
ligne. Ce coup-ci je ne me suis pas fait avoir et j’ai eu le GPS à l’œil ! Sans rire, c’est
assez émouvant. Bien que rien ne soit visible, le sentiment de passer une frontière
est vraiment fort. J’aimerais bien que la météo, dans l’hémisphère nord, soit plus
stable que dans les « Mers du Sud » car de ce côté-là, ce n’était pas idyllique ! ... A
suivre ! On a passé la ligne au raz du cent quarante cinquième méridien. Limite
limite. La fenêtre visée théorique est entre le cent quarante et cent quarante-cinq. Je visais le cent quarante
deuxième Ouest. Il ne faut rien lâcher car si le vent de Sud-Est n’a pas été au rendez-vous, celui de Nord-Est
sera très certainement là, plus haut, et en théorie il peut être en forme, donc tout faire pour le recevoir au
débridé.
10 Mai
Hier, très peu de vent et cette nuit quasiment plus rien, j’ai mis le moteur vers une heure. Le vent s’est levé au
petit jour … Sud-Sud-Est et maintenant il est quasiment sud, incroyable. En début de nuit, c’était évident, le
compas indiquait plein nord et la lune par le travers confirmait bien le cap mais le GSP indiquait un nœud au
quatre-vingt et maintenant quand on avance on est au nord et dès qu’on ralenti le cap passe au cinquante-
soixante : on a un courant portant à l’Est contrairement à ce qu’on pourrait s’attendre, presque un nœud.
C’est vraiment le monde à l’envers.

Voiles en ciseaux, dans l’alizé de Cap compas 335, Et, malgré les quatre nœuds,
Nord Est (Normalement !) cap vrai plein Nord !
Puis la pétole revient dans la mer qui reste
avec des grains sans arrêt. Un peu de vent,
pas de vent, etc. La seule amélioration est
que le vent oscille entre le grand largue et le
vent de travers donc côté voiles s’est plus
tranquille car plus d’empannages ni de génois
à contre. Puis le vent revient Nord-Est, au
près donc.

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Il y en a qui parlent de rayon vert …

Dimanche 14 mai.
Enfin une belle journée. Les trois derniers jours ont été vraiment
pénibles. Grain sur grain sans arrêt. Toujours à la manœuvre
pour tenir le près serré pour gagner le plus vers l’Est, ou plutôt,
perdre le moins vers l’Ouest, sans faire taper le bateau pour ne
pas martyriser le gréement. Tout cela sous un ciel gris et
pluvieux. Le bateau est tellement secoué que l’hydro
générateur fonctionne mal et si près du vent le régulateur n’est
pas assez précis.
Mais ce matin, ciel sans nuages et un vent régulier sans grains.
On commence à être relativement haut (6° Nord), je débride le
bateau et cela change la vie : le bateau va plus vite en tapant
nettement moins, le régulateur est à la barre donc plus de
soucis d’électricité, et plus besoin de se cramponner sans arrêt
pour se déplacer. Il faut encore bien se tenir mais ce n’est plus
l’escalade pour aller au vent. Et comme un bonheur vient Les mers du sud
rarement tout seul, j’ai l’impression de m’être enfin débarrassé (Photos prises en couleur mais hors catalogue)
des puces et/ou nonos qui avaient eu la mauvaise idée de s’installer à bord. Dans la série passagers
clandestins, j’ai entre aperçu dans le cockpit, par deux fois, un petit gecko. Je ne sais pas ce qu’il est devenu.
Mercredi 17.
Le beau temps d’avant-hier1 n’a duré qu’une dizaine
d’heures une fois de plus. Depuis il fait gris, cela doit être
les exotiques mers du nord ! Des grains plus ou moins
forts mais on progresse ! Hier, j’ai enfin abattu de dix
degrés et vous connaissez tous maintenant les
conséquences : Le bateau tape moins et avance plus !
Dans les grains le vent adonne et le régulateur suit bien
mais comme, du coup, on se retrouve plus face aux
vagues et à la houle, si je ne réduis pas le bateau se remet

1
On pourrait rectifier « Avant avant-hier », mais c’est un peu compliqué car le changement de jour se fait à 14 heures à
l’heure du bord (Heure de Polynésie française que j’ai gardée). Donc cela dépend si on considère le matin ou l’après-midi,
du dimanche ou du mercredi … Je vais chercher un cachet d’aspirine et on en reparle.

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à taper. J’ai revu le gecko, il est rentré dans le carré - au plafond comme tout gecko qui se respecte - et cela
vaut mieux pour lui (D’être à l’intérieur car s’il préfère rester la tête en bas, c’est son problème). C’est peut-
être pour cela que je n’ai plus les petites bêtes qui m’agaçaient. Au point, à l’instant, on est enfin sur la route
tracée au départ, et même un peu à l’Est. Je continue comme cela, prendre un peu de marge ne mange pas de
pain. Il y a de l’eau qui entre dans le bateau. Je pensais qu’elle rentrait par le coffre qui est copieusement
arrosé : c’est lui qui prend de pleine face les embruns qui balayent le cockpit régulièrement, mais non. A ce
propos (et pour revenir à un sujet de « la vie quotidienne à bord »), il y a deux jours, après une douche prise
difficilement derrière la capote, j’avais mis des habits tous propres. Jusque-là rien d’extraordinaire. Je sors
juste pour récupérer je ne sais plus quoi et juste à ce moment, vlan, une bonne vague éclate et me voilà
trempé et bon à déjà me changer, avec un séchage de linge à la clé. Trop c’est trop, depuis la seule stratégie
qui vaille à bord : Sortir à poil, au moins je garde mes habit secs !
Vendredi 19.
Mercredi en fin d’après-midi, pour calmer le jeu et me faire moins secouer -
au moins pour la nuit - j’ai pris le troisième ris. Bien m’en a pris : deux jours de
bon six avec grains sérieux, tenus avec le génois en équivalent petit foc trois à
petit tourmentin. Les embruns coiffent le pont régulièrement avec parfois une
cascade dans la descente. L’eau frape si fort qu’elle passe sous la chicane du
capot coulissant, idem par l’aérateur de la coursive dont la boite dorade ne
suffit pas, je l’ai bouchée depuis. La plage arrière, elle aussi est tellement balayée que l’eau rentre dans le
coqueron. Il se rempli et l’eau monte et atterri dans la gatte
moteur, voilà la fuite que je cherchais l’autre jour. J’écope
régulièrement les fonds et pompe le coqueron tous les matins.
L’intérieur est trempé, heureusement, tribord amure, c’est
(encore !) la cuisine qui prend. Sur la table à cartes, avec
l’électronique, cela aurait été plus gênant. Le vent s’est un peu
calmé maintenant et on est sous équivalent foc 2 mais toujours
avec trois ris. Le bateau est beaucoup moins aspergé. Il y a même
un soleil blafard, c’est bon pour les batteries. Je fais du ménage -
séchage à gogo.
Samedi 20.
Vous ne me croirez peut-être pas mais aujourd’hui, grand soleil !
Ciel bleu lumineux sur mer bleue intense. Le vent s’est calmé et on
avance grand confort sous deux ris, foc un ; j’ai ressorti l’accordéon
depuis bien des jours. Le drap sous lui était humide et il y avait du
moisi sur les sangles, de prendre l’air doit lui faire le plus grand
bien. Il n’y a plus d’eau qui rentre dans le bateau, donc, après la
musique et le petit déjeuner, opération « fonds et planchers secs ».
L’hydro générateur, que j’avais mis dans la mer plus calme pour
donner un petit coup de fouet avant la montée du soleil, perd une clavette et l’arbre en fibre de verre est
fendu à son extrémité. La détérioration du bout d’arbre est peut-être survenue lors de l’échappée de la
clavette mais, finalement, je décide de tout coller à la Cyanolite en plus de remplacer la clavette par un
boulon. Je découvre, par hasard, que l’arbre, sans sa tête, peut entièrement rentrer dans le tube ! Je fixe un
collier pour éviter le gag et tout en haut pour, en même temps, tenir la fente longitudinale de l’arbre. La colle
est en séchage, suite au prochain numéro ! Je ne sais plus quand car la précision importe peu après 24 jours

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de mer et tant de coups de butoir, mais mine de rien on est à moins de cinq
cents milles de Hilo et les distances journalières s’améliorent : On avance !
Lundi 22.
Le beau temps tient. On est sous génois déroulé et un ris au vent de travers, 134 milles dans la journée. Cela
sent l’arrivée à bord : l’opération grand ménage est en cours comme à chaque fois. Non pas pour donner
bonne impression aux autorités si elles venaient à bord (quoique ce soit un plus) mais pour
me débarrasser le plus possible de l’intendance pour être disponible pour l’escale.
D’autant plus qu’elle va être active vu la liste des travaux à réaliser. La lessive d’hier est
sèche. Oui, parce ce que depuis une semaine, la mode vestimentaire et redevenue le T-
sheart. Nous sommes plus au nord et la température à baissée, entre vingt-quatre et
vingt-six et en fin de nuit il fait frais. Ce n’est pas un mal car la chaleur lourde équatoriale
est parfois fatigante quand, par exemple, vous vous réveillez, que vous n’avez pas encore
bougé la moindre phalange d’aucun orteil et que Bientôt, faudra-t-il mettre les lunettes de soleil avant d'entrer ?
vous êtes déjà en nage de la tête au pied. Donc : Il fait beau ! Autre conséquence, les jours rallongent, fini les
12 heures/12 heures, il fait maintenant jour environ de cinq heures à dix-sept heures trente. Et j’ai même
l’impression que les mouvements du baromètre seraient en adéquation avec l’évolution du temps. Le foc
deux est à sécher sur la plage avant sur laquelle pas une seule goutte d’eau n’arrive, une grande première
depuis le départ. Je ne vous donne pas la liste des travaux mais chose promise, chose due. La lampe
commence à briller comme avant ! Car le produit infâme laissait un film, probablement pour faire vieux laiton,
qui a été difficile à enlever, mais « Avec Miror, on s’en sort ! ». Un dragon de plus de vaincu !
Plus sérieusement, si le temps pouvait continuer comme cela, ce serait tellement bien … Inch Allah.
Mardi 23 Mai.
Petit jour a une grosse dizaine de milles de la grande Havai’i (de fait, appelée aussi Big Island par les esprits
simples et pratiques). En fait cela n’a pas l’air très stable, l’archipel est appelé en général Hawaï chez nous
mais ici c’est plutôt Havaii. Big Island est appelée en général Hawai’i mais j’ai plusieurs fois (bien que
rarement quand même) vu là aussi Hawaii … Comme l’archipel. Certain ont l’air fâchés avec le tréma et
l’apostrophe. Bref, cela n’a pas empêché le temps de rester clément, et l’arrivé a été en douceur au travers
avec un vent qui faiblissait progressivement à l’approche de l’île qui, une fois de plus, s’est dévoilée
progressivement.

Dernier levé de soleil, profitez-en ! Au petit jour.

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Dernier bord face au point culminant, Mauna Kea. Centre de Hilo, ville quasiment sans immeubles.

Deux milles sept cent milles en vingt-huit jours (Environ deux mille deux cents en route
directe), soit environ guère plus que quatre nœuds de moyenne. Ce peut paraitre peu
mais le près dans la mer formée impose de lever le pied pour ménager le matériel … et
l’équipage aussi ! Un bateau qui tape durement est terrible pour les nerfs, en tout cas
les miens.
Ce qui m’a surpris le plus en débarquant, ce sont les odeurs végétales et les chants
d’oiseaux. La ville, comme souvent aux Etats Unis, est très étalée avec beaucoup de
parc. Le cocotier n’est plus omniprésent, il partage l’espace avec d’autres espèces
grandioses dont je ne connais pas le nom, en tout cas c’est très vert. En voyage dans un
endroit qu’on ne connait pas, on est un peu à la merci de la personne à qui on demande
le renseignement ! Donc renseignement pris auprès de la seule âme qui vive dans le
mouillage, pour faire les formalités il faut attendre l’ouverture du bureau après-demain. Bon, donc deux jours
sur le sol américain sans papiers, je ne suis pas à Calais mais la situation est étrange. Surtout aux States où ils
ont la réputation d’être très sourcilleux avec leur sécurité. J’explore la ville, m’arrête à la célébrissime et
incontournable (pire que MacDo !) chaine de distribution de café et de thé pour prendre le pou d’Internet et
me renseigne des possibilités de transport pour aller visiter le volcan. En fait, je suis vraiment fatigué, l’étape
a été par moment plutôt rude et faire une coupure bateau apparait comme une priorité. Donc le lendemain,
sans transition mais en bus, cap sur le Kilauea, un des rares volcans en activité permanente de par le monde.
En ce moment, Monsieur est en mode plutôt calme. En fait le Kilauea est un cratère secondaire sur le versant
presque sud du volcan principal Mauna Loa, et l’activité se résume localement, en ce moment, à un lac de
lave dans un troisième petit cratère. On ne s’y approche qu’à la distance règlementée par les normes de
sécurités très américaines, la route qui passait au raz du cratère de troisième niveau est maintenant interdite,
ils ont peur des émanations de soufre... Mais c’est, pour le moins, extraordinaire. Au point de vue, il y avait
des jumelles pour mieux voir mais l’appareil photo n’a pas réussi à faire sa mise au point à travers l’œilleton.
Cette lave qui bouillonne est impressionnante.

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En regardant vers le nord, le Mauna Loa. Demi-tour sud, le Kilauea.

Troisième niveau. Le lac forme un quatrième niveau.

Mais au « Visitor Center » il y a des films sur des activités très récentes assez spectaculaires. On a (ou plutôt,
j’ai) l’image mythique de l’activité volcanique de type explosive comme pour le Vésuve et la Montagne Pelée
mais l’activité est souvent plus calme sous la forme de coulée de lave, vague visqueuse qui avance lentement
mais en détruisant tout sur son passage … et pour longtemps ! Ces images sont récentes (2014-2015).

La suivante est plus ancienne (1960). Une autre photo que je n’ai pas eu le temps de prendre montre le

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résultat quelques jours après : Un lac de lave figée, propre et bien lisse, il ne reste rien du charmant village.

Hawai’i (Big Island) étant l’ile la plus au Sud-Est, est l’ile la plus jeune. A quand la prochaine ? Les cartes
marines font état de montagnes sous-marines au Sud-Est de Hawai’i. En tout cas, avis aux terriens qui se
croient confortablement installés sur « la terre ferme » : La croute terrestre est bien mince et n’est qu’un
vulgaire radeau sur un lit de pate en fusion. Une histoire à faire des cauchemars !

De l’autre côté du Kilauea, on peut descendre dans le cratère. Mais « Stop »,


avant il faut s’essuyer les pieds, il ne faut pas salir. Du haut on dirait une plaine de
scories. En fait, avec les chaussures bien propres, on se rend compte que c’est
une plaque de lave solidifiée lisse comme une immense
dalle de béton avec des bosses, des creux et des fissures :
cela a bougé et peut-être que cela bouge encore.

A droite le Mauna Loa, au fond on voit la fumée. La « dalle », pas loin il y a le « Devastation Trail » !

Quand la lave est solidifiée en surface par la pluie, elle peut passer en dessous et créant parfois des tunnels :

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Au débouché du tunnel, on est un peu plus bas en altitude, et c’est - je crois mais pas sur - la forêt humide
(Rain forest). Une cathédrale de verdure remplie d’oiseaux, endroit extraordinairement paisible.
Il y a aussi une coulée de lave active, au pied du volcan, qui avance dans la mer. L’endroit doit être assez
extraordinaire si la sécurité autorise de s’approcher suffisamment, ce qui, d’après la carte, n’est pas sûr. En
tout cas la descente fait plus de soixante kilomètres avec plus de mille cent mètres de dénivelé : Infaisable en
trottinette ! Aux Etats Unis, tout est grand parait-il.
Le tourisme n’a qu’un temps car Kanaouenn réclame quelques
travaux. Je ne vous fais pas la liste, ce serait fastidieux mais les plus
gros postes sont : Nettoyage de la coque, rangement intérieur,
repasser le nerf de chute de grand-voile sur trois-quatre mètres qui a
eu la mauvaise idée de se décrocher quand j’ai voulu le retendre au
départ de Bora-Bora, cela a été long car qu’est-ce que c’est raide la
toile à voile ! Et finalement pas mal de travail de couture sur la grand-voile et le lazy bag. La grand-voile est
encore en très bon état mais au moindre frottement
(hauban, bastaque, etc.), il faut réparer et/ou au moins
mettre un renfort. Et toujours l’intendance comme par
exemple bidonner le gaz oïl en trottinette à la station,
trois quart d’heure par bidon. Et le jour convenu, je me
présente donc au dit CNLR ! En fait c’est un organisme
qui ne gère que le mouillage, j’avais pourtant bien parlé
de Coast Guard et de Custom à mon sous équipé du
cerveau de voisin. Bref, en fait, la douane est juste de
l’autre côté du port et s’occupe aussi de l’immigration. J’y
arrive sur la pointe des pieds en expliquant que j’avais
été mal renseigné, que j’avais appelé à la VHF en arrivant
sans réponse et que j’arbore le pavillon jaune1. Le brave homme ne prend pas ombrage, m’explique la
procédure, rempli tous les formulaires pour moi. Pas de fruits à bord, pas d’arme, pas d’animaux ? Je ne parle

1
Le pavillon jaune, que j’arbore sous le pavillon de courtoisie (pavillon national du pays visité, à tribord) - bien que
normalement l’étiquette demande de ne pas mettre deux pavillons sur la même drisse et que de toute façon le pavillon
jaune devrait être à bâbord, mais je mets à tribord les « informations pays visité » pour garder à bâbord les
« informations du bord » - indique que le bateau est « Sous douane », c’est-à-dire qu’il n’a pas fait ses formalités
d’entrée et qu’accessoirement il demande la venue des autorités.

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pas de mon gecko ni des quelques insectes. Cela prend quand même une bonne heure et demie, mais je
ressors tous papiers fait, ponctué de l’incontournable « You are Welcome » du douanier super heureux que
j’ai aimé la visite de Kilauea ! Les Etats Unis ne sont plus ce qu’ils étaient, il y a du laissé aller chez les
(désormais ancien ?) champions de l’esprit retord.
Mais comme il n’y a pas que le travail dans la vie, (mes transitions type Ping-Pong sont assez bidons) visite de
Hilo. J’aurais bien aimé aller plus loin mais il n’y a pas de loueur de véhicule ici. Tout le tourisme et les services
associés sont de l’autre côté de l’ile et sans moyen de locomotion cela devient un peu compliqué. Pour vous
donner une idée, l’ile fait quatre-vingt milles (nautiques) de long. A côté la grande Tahiti de la Polynésie
française fait presque figure de tête d’épingle !

Hilo, ancienne capitale de l’archipel et située sur la plus grande ile, présente un front de mer et un centre-ville
presque de bourgade. La ville moderne s’étend derrière et le tourisme de villégiature est de l’autre côté de
l’ile, sous le vent. Le centre-ville est très touristique (tourisme de passage), en plus des habituelles boutiques
de fringue et de souvenirs, j’ai vu deux boutiques de tatouage très actives.

Voilà les arbres et les parcs dont je parlais à l’arrivée. J’ai été également étonné par le nombre de clochards
en ville. Tous avec cadis de supermarché transportant une quantité de choses
étonnante, des hommes bien sûr mais des femmes aussi dont une avec un
enfant d’environ huit à dix ans. Hawaii n’est pas un paradis pour tout le monde.
Heureusement le climat est doux toute l’année et à l’abri des cyclones. Pendant
que je suis dans les revers de médailles, Hawaii est aussi le paradis des
pesticides et herbicides de toutes sortes. Les grandes entreprises du secteur (la
déjà tristement célèbre Monsanto et le suisse Syngenta en tête mais aussi
Dupont-Pionner, Dow Chemical (tout un programme) et BASF) ont trouvé bien

Pendant que je suis dans les aspects d’étiquettes, pour les terriens béotiens, il est important, dans ce contexte de savoir
que le bord Tribord est le bord « noble » du bateau, le bord d’apparat, honorifique ou de respect, selon les situations.
Par exemple, faire embarquer quelqu’un sur bâbord est pour le moins discourtois pouvant aller jusqu’à injurieux. Autre
exemple, la table à carte est en général à tribord, au détriment de la cuisine qui se retrouve à bâbord, Etc.

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pratique de venir faire leurs essais là, un peu comme pour Mururoa. C’est vrai que le Pacifique c’est grand et
loin donc c’est plus tranquille pour travailler discrètement. En plus le climat permet plusieurs essais par an, on
peut étudier plus vite. Ainsi, ces grands philanthropes, qui essayent de nous faire croire qu’ils travaillent pour
l’avenir car il faudra bien nourrir tout le monde quand la population de la planète aura augmenté (ben oui, à
entreprise mondiale, problème mondial), sèment des champs de plantes OGM et les aspergent des tous les
machins possibles pour voir ce que cela donne. Sans aucune protection, prévention ou quoique ce soit. Au ras
des villages et des écoles si par malheur il y en a au bord du champ. Les problèmes sanitaires sur les
populations étant prouvés, les habitants (surtout sur Kauai et Hawai’i) se sont organisés et ont réussi à faire
voter une loi pour encadrer ces essais. Mais les juristes des grandes entreprises ont fait appel, argumentant
que la décision ne peut être prise au niveau local mais uniquement fédérale. Tel que c’est parti la bataille
juridique risque d’être longue et comme l’appel est suspensif, les traitements à gogo continuent. Comme quoi
le bonheur n’est pas forcément dans le pré mais l’argent n’a effectivement pas d’odeur. Pour en savoir plus,
un tour sur la toile donne vite des précisions1.
Mais Hawai’i n’est pas célèbre uniquement pour ces pesticides et ses sites balnéaires. C’est le lieu de
naissance (dans le nord de l’île) de Kamelamela 1er, dit Le Grand et surnommé parfois le « Napoléon du
Pacifique ». Homme de guerre il conquit par le sang tout l’archipel et de fait l’unifia en lui donnant une
dynastie. Pour vous donner une idée, la conquête dure de 1782 à 91 ou 95 selon les sources. Cook est venu en
78 et 79, La Pérouse en 85. 1785 est aussi la date retenue pour l’arrivée du premier commerçant. Les
baleiniers ne tarderont pas, suivis d’aventuriers de tout poil. Puis viendront les colons qui eux s’intéresseront
à la terre. Les missionnaires arrivent vers 1820 et en convainquant la reine, l’archipel suit à une vitesse
impressionnante. Pourtant les hommes d’église interdisent tout : bien sur les idoles mais aussi le chant, la
danse, le surf, les colliers de fleurs, etc.

1
http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/06/03/poisons-de-paradis_4646102_3244.html

http://www.enezgreen.com/fr/actualite/hawa%C3%AF-le-plus-grand-labo-%C3%A0-ciel-ouvert-de-tests-ogm

Et bien d’autres si vous cherchez.

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Au-dessus, on voit Kamelamela 1er en tenu de guerrier et à droite, plus agé, en tenue occidentale, la mutation
a été rapide et (presque) totale. En haut à droite, remarquez le canon sur la pirogue de guerre, Kamelamela
s’est fait aider et conseiller par des aventuriers européens.
Le petit musée de Hilo (Musée Lyman) est très bien fait. La faune et la flore y sont présentés ainsi que le
Kilauea. Une très belle collection de coquillages et une histoire de l’immigration. Les champs de canne à sucre
avaient besoin de main d’œuvre après l’hécatombe des hawaïens. Les chinois non plus n’ont pas résistés aux
conditions de travails, ont donc suivi les japonais et philippins puis les portugais (principalement des Açores et
de Madère) qui ont apportés leurs braginhas … Qui devint le célèbre ukulélé !

L’ambiance dans la rue ? Très américaine. La ville est très étalée avec
beaucoup de parcs, de grandes avenues ou la voiture est reine mais la
circulation prudente. Les motos
sont quasiment toute des Harley,
conduites sans casque, en
échappements libres. Cela fait
drôle au début, surtout sur les
rares super sports. Le pire : Deux
super sports à vive allure sur
l’autoroute, sans casque et torse
nu ! A droite, deux spécimens typiques : Echappement et

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admission totalement libres, c’est une évidence ici. Mesdames, si vous souhaitiez jouer les amazones à
l’arrière, passez votre chemin, les selles sont monoplaces.
L’organisation des piques niques est assez phénoménale : Tables, chaises, Tivoli, table barbecue à gaz,
énormes glacières. De vrais déménagements !

Mardi 30.
Départ de Hilo, finalement dehors il y a du vent, le baie est vraiment bien
abritée. Le lendemain matin, à longer la côte sud de Maui, le vent accélère
franchement le long des montagnes. J’ai fait le détour par là pour voir
l’ilot Molokini, un petit cratère semi immergé. Il y a du monde, la petite
zone de mouillage est occupée
par des Day-charter (sur la photo,
ils sont tous rentrés pour midi !),
de toute façon, mouiller au raz de la roche avec le vent dans le
mauvais sens ne me disait trop rien, je n’y ai donc fait juste qu’un
demi-tour à l’intérieur, en plein milieu. L’endroit est vraiment
étonnant. Ensuite, j’ai continué ma route dans le dévent de Maui, au
près, tout juste pour parer Kaho’Olawe puis à longer Lana’i et
Moloka’i. Deuxième nuit paisible en retenant un peu Kanaouenn pour arriver de jour à Honolulu, sur l’île de
O’hau.
L’arrivée est typique States : Survolé par un avion-cargo militaire ! Le chenal d’approche au mouillage près de
Sand Island n’est pas loin de l’aéroport, et le trafic est intense. Un 474 au décollage fait déjà un
raffut impressionnant mais lorsque trois chasseurs bombardiers s’y mettent avec montée en
chandelle, tout l’air vibre et c’est assourdissant. Et l’exercice peut durer deux à trois bonnes
heures. Mais bon, le chenal est tout droit et bien balisé, restons concentré sur l’essentiel ! Pour
mouiller, j’applique la « méthode States » également : en face de la marina. Comme l’indique d’ailleurs la
carte marine. Juste un détail, en face de la marina, ils ont implanté des coffres. Tant pis, je mouille juste
devant les coffres au raz du chenal. L’ancre doit tenir, c’est impératif.
Honolulu est la capitale et donc une grande ville, les
immeubles qui grattent presque le ciel sont nombreux. Je
consacre ma première visite au musée Bishop,
probablement le clou du lieu et c’est également le lieu le
plus proche du mouillage. Le fond est phénoménal, il y
aurait de quoi y passer la journée entière. Vie quotidienne, la pêche, la religion, la médecine, les pirogues,
l’histoire ancienne et récente, la guerre, les sports, la musique, la faune et la flore, l’activité volcanique, le surf
et je ne sais plus quoi, tout y passe. On y trouve même les résultats des fouilles de Y. Sinoto à Huahine. Entre
nous soit dit, les français, maintenant qui ne sont plus occupés par Mururoa, pourrait bien mettre en valeur
l’immense patrimoine qui reste encore en Polynésie avant que tout disparaisse et s’efface complètement des
mémoires, aux Marquises entre autres. Et il a de quoi faire car je ne suis pas près d’oublier l’intense silence de
Teiki à Hakaui quand j’ai voulu lancer la conversation sur la période des rois.

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Galerie des portrais royaux. La pièce principale, fabuleuse.

Détail d’une arme à base de dents de requin. Chaque jour de lune a son nom. Il y a je ne sais plus
combien de noms pour la pluie, pour les vagues, etc.

Cours de navigation. Version modernisé d’un compas stellaire.

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La fin de la monarchie.
Le terrible lance pierres décrit par David Porter1.

Pour finir par un pur anachronisme : « Self portrait


Tout pour aller à la pêche, si le cœur vous en dit. with scooter © » à la Andy Warhol dans la galerie
scientifique ! (Scooter = Trottinette en étasunien)

Cette fois-ci, pas de transition de type Travaux bateau (mais il y en a eu), allons directement en ville.

1
Journal d’un corsaire américain aux iles Marquises - Nikuhiva 1813-1814. Un des tous premiers récits de rencontre
entre les occidentaux et les Marquisiens (les premiers récits ont l’air de dater de 1797-99, de capitaines de baleiniers) :
«Les frondes … faites avec une adresse et un soin incroyable…les pierres sont soigneusement polies …force et précision
…leur effet est presque égal à de la mousqueterie… membres cassés, crânes fracturés… ». Edition Haere Po, page 63.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
Mai 2017

Pour resituer le contexte : On est à Honolulu. Les vitraux de la Cathédrale.

Washintown Place, lieu de résidence de la dernière reine, Lili’uokalani. C’est elle qui a composé la célèbre
chanson Aloha’Oe, remarquez les colliers de fleurs fraiches (Lei), la reine est toujours honorée. La monarchie a
cherché à développer l’archipel tout en essayant de contenir les appétits féroces les colons blancs
propriétaires de la terre1 (curieusement, parmi eux beaucoup sont les missionnaires et les fils des
missionnaires) et soutenus par les Etats Unis. Cette dernière souveraine, en 1893, promus des lois qui
affaiblissait l’influence les colons, levée de boucliers, manifestations violentes, intervention des Etats Unis
pour soit disant sauvegarder la paix. Pour éviter un bain de sang, Lili’uokalini ne fait pas intervenir ses troupes
et est renversée. Les colons prennent le pouvoir, se revendent les terres royales. Un an plus tard, certains de
ses partisans se révoltes, la révolte est matée, on retrouve des armes dans le jardin de la reine (cela me
rappelle Pouvanaa a oopa qui gênait l’implantation du Centre de Mururoa à qui il est arrivé exactement la
même chose, cela doit être une coutume régionale), elle est condamnée. Quelques années plus tard, les Etats
unis annexeront Hawaii qui deviendra le quarante neuvième état. Fin de l’épisode.

1
Quand en 1848, la terre a été partagée en instituant donc le principe de propriété de la terre, les hawaïens n’y
souscrivent pas car pour eux, comme ailleurs en Polynésie, le principe est absurde, la terre n’est pas appropriable.
Principe qu’on retrouve ailleurs comme par exemple chez les Indiens d’Amérique et en Afrique de l’Ouest, entre autres.
« La Terre est trop sacrée pour être possédée par qui que ce soit », Hampaté Bâ, Mémoires tome I, page 121. Ainsi les
colons ont quasiment tout grignoté progressivement.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
Mai 2017

Palais Royal, le seul des USA selon les brochures. Tout est bien sûr somptueux.

Dans le salon et la salle à manger, il y a, respectivement, un portrait de Louis-Philippe et de Napoléon III.


Preuve que la monarchie essayait de diversifier ses alliances pour sortir de la pression des Etats-Unis.

Mais … On approche !

On approche de Waikiki Beach.


Parait-il la plage la plus célèbre
du monde ! Hawaï, l’hyper
mythique spot de surf.
En Hiver sur la côte Nord
En fait les grands spots sont sur
la côte nord et les fabuleuses
vagues sont en hiver En été sur la côte Sud

Sur Facebook, j’ai essayé de


faire croire que c’était moi près
du tube mais je crains de n’avoir abusé personne.
Au risque de me retrouver avec un aileron de longboard planté entre les deux omoplates, je vous avoue que
je ne suis pas allé jusqu’à la statue de Duke Kahanamoku et que je ne suis donc pas allé ni me prosterner
devant lui, ni lui baiser les pieds. Car la plage de Waikiki, c’est cela :

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
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Les immeubles au pied de la plage bondée de transats et de parasols. Les quelques cocotiers n’arrivent pas à
relever l’ensemble. Sans parler du bruit, des odeurs de crème à bronzer, etc. En plus, beaucoup d’immeubles
sont des hôtels luxueux. Le boulevard suit la côte, entre le boulevard et la plage se trouve les immeubles et
dessous, sur deux étages, ce ne sont que des galeries marchandes de luxe avec toutes les grandes enseignes
internationales. Sur les anciennes photos le lieu était magique mais bien saboté maintenant. Heureusement il
reste tout le reste de l’ile qui reste à la hauteur du mythe.

La plage, Le boulevard, les boutiques,


Avec heureusement aussi
quelques beaux endroits.

Donc, demi-tour pour retrouver des endroits plus calmes, je n’adhère pas à ce rêve américain.
Mais quand même, pour essayer de me faire pardonner (avec l’espoir de conserver mes omoplates) voici une
photo (récupérée donc) de la
statue de Duke idolâtré et une
photo de lui réellement (prise au
musée Bishop et qui date des
années trente). En fait il a
commencé par être un grand
champion olympique de natation
et a énormément fait pour le
renouveau du surf traditionnel et moderne. Je n’y connais pas
grand-chose, mais je trouve que les planches (c’est vraiment le cas de le dire) traditionnelles sont assez
impressionnantes de rusticité.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
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Le musée maritime est fermé, il y a du travail mais Le mouillage le soir avec la montagne derrière.
aussi de la matière apparemment.

Sur O’ahu, il y a aussi le célèbre et historique site de Pearl Harbour. Incontournable. Mais un peu loin en
trottinette, mais le bus est là, avec de la monnaie en poche comme il se doit.
Il n’y a aucun doute, pour la commémoration militaire, les américains savent faire et font très fort. Une fois de
plus ils y ont mis le paquet. C’est un des trois sites les plus fréquentés des Etats Unis. Un monde, une
organisation et une richesse d’information étonnante.

Voici le site côté baie, les bâtiments du mémorial sont derrière. Les deux navires à gauche sont des …
japonais, en simple visite ! Au fond, c’est le Missouri sur lequel a été signée, en baie de Tokyo, la reddition
japonaise en septembre 1945 et le bâtiment blanc est le mémorial de l’Arizona qui surplombe l’épave.

Ce jour-là, la surprise a été totale. Un peu avant, le code de l’armée japonaise avait été partiellement
déchiffré. Le service savait que les japonais préparaient une attaque aérienne mais ne savait pas où. Le matin,
le radar du nord de l’ile, installé depuis seulement deux mois, détecte une masse énorme d’échos au nord. Les
opérateurs commencent par douter des leurs réglages et de l’appareil (la technologie est toute récente et mal
maitrisée) puis préviennent le commandement. Celui-ci, attendant pour la même journée une escadre de B17
en provenance de Californie et pensant que ce sont eux (malgré la position improbable), répond qu’il ne faut
pas s’inquiéter. La première vague arrive sur la base navale alors que celle-ci se réveille doucement suite à
une grande fête la veille. La surprise est totale et massive : en plus de la base navale, tous les aéroports de l’île
et stations de radar sont visés. L’objectif est de nettoyer le terrain pour préparer la deuxième vague. Mais ce

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
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premier bombardement est déjà très destructeur. Les avions à terre sont presque tous détruits, les aéroports
sont quasiment hors d’usage et plusieurs navires sont déjà coulés. Une bombe perforante atteint la soute à
munitions de l’Arizona qui explose (photo de droite) : 1177 morts dont 900 n’ont pas été repêchés et sont
supposés être encore à l’intérieur. A l’issu de cette première vague les dégâts sont déjà énormes et les
japonais n’ont que 9 victimes (ou 9 avions perdus, je ne sais plus mais en tout cas pratiquement rien). La
deuxième vague est constituée de lanceurs de torpilles qui doivent approcher en rase motte pour être
efficace et les américains ont eu le temps de réagir cette fois-ci. Les japonais ont comparativement moins de
réussite, mais en tout une soixantaine de morts pour plus de deux mille pour les américains. Le choc est
immense d’autant plus qui les américains attendaient une attaque navale et considérait O’ahu comme une
véritable forteresse. L’escadre japonaise rentre tranquillement chez elle. L’opinion américaine qui était
jusque-là très mitigée sur la question d’une intervention se retourne entièrement.

Ambiance de chapelle ardente.

Le Missouri. Le pont et la cabine du commandant, c’est plus sobre sur Kanaouenn !

La visite du Missouri n’est pas extraordinaire. Déjà les


bateaux gris souris ne sont pas ma tasse de thé, mais il est
en travaux, on ne visite que le pont rapidement en groupe et
la guide parlait tellement vite que je n’ai pas compris un seul
mot ! Mon anglais n’est pas top mais quand même. On y voit
des photos de la reddition, une copie du stylo ayant servi
aux signatures, etc. Cela dégouline de patriotisme

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
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Par contre, les sous-marins m’impressionnent toujours. J’ai du mal à imaginer le mental nécessaire pour
supporter la vie à bord, surtout en temps de guerre.

Il y a une grande section sur l’histoire des sous-marins. Des débuts qui paraissent un peu désuets maintenant
jusqu’aux derniers lanceurs de missiles nucléaires multi têtes. Dans l’audioguide, une voix très douce et
maternelle explique que l’arsenal nucléaire actuel permet de détruire plusieurs fois la planète, c’est le
principe de la dissuasion : Que le potentiel destructeur soit tellement énorme qu’il en devient inutilisable …
Comprendre la logique qui pourra. En tout cas la voix douce et maternelle conclu que cela a très bien
fonctionné, l’histoire le prouve. Bon. Pourvu que cela dure.
Six heures de visite et je n’ai pas tout vu ni pas lu le dixième des explications !
En ville, du point de vue de l’ambiance dans les rues, la palme revient à Chinatown : une foule active, des
commerces partout et plusieurs marchés. C’est très vivant.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
Mai 2017

Il y a aussi beaucoup de clochards, bien plus qu’à Hilo, vivant sur le trottoir avec souvent un bric à brac
invraisemblable ou parfois presque rien, certains doivent récupérer les bouteilles et canettes vides. A droite,
le chauffeur du camion, pourtant sur la file de gauche sur la quatre voies, s’est arrêté pour aider l’homme qui
n’arrivait pas à monter son caddie sur le trottoir. On croise dans la rue (pas du côté de Waikiki bien sûr, ni
dans le centre historique, mais dans les autres quartiers) beaucoup de gens dans un état sanitaire limite et
des gens psychiquement fatigués, qui parlent tout seuls ou qui ont un comportement dérangé.

Mais pour en revenir à Chinatown, sa grosse activité commerciale.

Ses temples, ici le Kuan Ying, là, la mission Izomo Taisha.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°9 - Hawaï
Mai 2017

Et l’ambiance générale, Joueurs de cartes (beaucoup de billets en mains).


Voilà, sur cette note asiatique, il est temps de se quitter.
Mais avant cela, Mesdames, à la fin de la lettre précédente, je vous avais promis Beach Boys etc. Mais halte
aux clichés. Et vous supposant pour la
libération de la femme, pour l’égalité des
sexes et donc contre la femme objet, vous
devez être aussi contre l’homme objet (ben
oui, une égalité cela fonctionne dans les deux
sens, comme disait quelqu’un, c’est
mathématique) donc voici un homme
heureux allant tranquillement à la plage à
Hawaii !
(Il m’a demandé pourquoi je le prenais en
photo, quand je lui ai expliqué il a bien
rigolé).
Quant à moi, je ne vais pas à la plage mais je
retourne au bateau pour le préparer pour la prochaine étape. Sans surprise quoique un peu agacé par ce
comportement bizarre, mes voisins qui m’ont totalement ignoré pendant tout le séjour, voyant mes
préparatifs de départ, deviennent d’un coup très chaleureux. Le voisin de derrière est même français (il s’est
bien acclimaté aux coutumes locales !), et après des coucous amicaux de loin, en passant près du bord,
m’apostrophe très joyeusement, sa première phrase est tout de même : « Vous partez quand ? » et c’est à
peu près la seule question qu’il me posera, bon. Les autres voisins, des jeunes qui viennent d’acheter le
bateau, arrivent avec des bières pour discuter. Mais c’est toujours au moment de partir. Les américains, dans
leurs relations, sont d’un profond mystère pour moi…
Bref, demain, en route !
Mais ceci est une autre Histoire…
Je vous souhaite de beaux temps, des bons temps et … encore plus !

(… Et en n’oubliant toujours pas : bise aux filles !)

A Bientôt,

Bernard.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°10 - Colombie Britannique
Juillet-Aout 2017
Mardi 6 Juin.
C’est parti ! Sortie du lagon par beau temps et mer belle bien à l’abri de l’île … au début car le bord de
dégagement devient vite laborieux. La mer est confuse Kanaouenn peine. Plus dégagé, la mer s’organise et le
bateau peut avancer à quatre nœuds, voire quatre nœuds cinq. Peu avant le virement de bord pour prendre
le cap, le vent adonne … et après le virement c’est
tout juste pour passer la pointe Makapu’u, à l’est
d’O’ahu. La lumière de soir fait ressortir les versants
grandioses de cette côte Nord-Est. Mais, je suis
désolé, je ne peux pas vous faire partager la vue car
les photos en contre-jour ne donnent vraiment rien.
Nuit au vent de la côte à veiller par tranche de une
heure. Le cratère de Diamond Head et à gauche le début de Waikiki Beach

Mercredi 7.
Journée de rêve. Le vent a baissé très progressivement et la mer en même temps. Vent force quatre sur une
mer calme et sous un ciel bleu. Kanaouenn fait des pointes à six nœuds, du pas vu depuis longtemps ! Le
bateau bouge peu, grosse séance d’accordéon.
Jeudi 8.
En fin de nuit le vent est remonté, le foc est enroulé …. Et l’avance
devient laborieuse. Le tangage devient plus nerveux et le pauvre fou
de bassan qui, cette nuit, était venu se reposer accroché au bord du
panneau solaire, à bout de pattes, a bien été obligé de décamper. Le
temps est gris.

Le régulateur (Gégène pour être précis) suit le vent et la trace est parfois
surprenante. Et je vous assure que Kanaouenn ne boit pas.
Vendredi 9
En début de nuit, le vent est encore monté d’un cran. Le deuxième ris est pris et le génois est enroulé en petit
foc trois. Bien bordé, l’écoute rague contre le hauban, à surveiller. Le nuit a été très secouée et on avance
peu, dès les quatre nœuds dépassés le bateau tape lourdement. Au jour, je peux constater une houle de
Nord-Ouest qui croise les vagues du vent de Nord-Est. Le temps est très gris. Le près est vraiment très
laborieux. Une vague après l’autre, Kanaouenn tangue et passe. Trouver le bon réglage entre la vitesse et
l’absence de chocs est très précis, c’est parfois à vingt centimètres près sur les
bouts.
Séquence « Anti corrosion sur les plots des boutons pression de l’accordéon » :
démontage, ponçage passage à l’anti rouille, séchage, graissage de l’autre côté
(côté sangle), puis remontage.
Première prise de météo, l’Alyzé devrait rester comme cela jusqu’à
lundi. Après, on devrait approcher le flanc Ouest de l’anticyclone et
le vent devrait commencer à adonner. Le ciel est nuageux donc
toujours pas de coucher de soleil (désolé pour ceux qui réclament !),
à défaut voici l’ambiance du soir.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°10 - Colombie Britannique
Juillet-Aout 2017
Samedi.
Nuit pénible, le bateau n’avance pas et tangue énormément en se
faisant copieusement arroser. On n’a pas beaucoup progressé. En
fin de nuit le ciel s’est dégagé et le vent a adonné un peu. J’en
profite pour débrider le bateau. On gagne en confort mais pas
autant que je l’espérais en vitesse car il a fallu encore calmer le
jeu. Quand le bateau tape au vent, sur tribord, la coque seule est
ébranlée ; mais les chocs sous le vent se répercutent dans le
gréement. Les haubans sous le vent se détendent comme des
ressorts, surtout le bas hauban. Coucher de soleil "électrique" !

Mardi 13.
Depuis deux jours, on est sorti des Alyzés, progressivement. Je n’ai pas voulu y croire au début, le mauvais œil
peut toujours traîner dans les parages. Le plus super est que la mer a commencer à se calmer la première.
Avant-hier, elle s’est « aplatie » dans une forte hausse du baromètre, plus ces vagues courtes et hachées qui
faisaient butter et taper le bateau durement dès qu’il dépassait les quatre nœuds. Le vent a un peu baissé au
début, puis franchement dans la nuit jusqu’à quatre-cinq. Hier, très belle journée, mer type « belle plaisance »
et vent trois-quatre. Kanaouenn a retrouvé son rythme de près à six nœuds et plus, joyeusement. En fin de
nuit, le vent est devenu vraiment calme : tout dessus et on avance doucement. La moyenne ne va pas
progresser mais de toute façon on avance déjà plus qu’à se faire brasser comme les jours passés, donc c’est le
bonheur.
Ce matin gros ménage et séchage de la cabine avant. Il y avait, en fait, une petite fuite tout à l’avant par la
trappe vers la baille à mouillage. Séchage, nettoyage de la coupable, Sika, et tout devrait être étanche
maintenant. Puis belle séance d’accordéon. Quelques nappes de brouillard éparses passent et le baromètre
continue à monter. « Normalement » (c’est-à-dire d’après la météo), l’anticyclone devrait rester « à sa place »
et ne pas monter hyper haut comme il y a deux à trois semaines quand j’observais la météo. Dans trois jours,
il devrait y avoir de Sud-Ouest soutenu.

Les soirs sont nuageux, mais en voilà un quand même !

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°10 - Colombie Britannique
Juillet-Aout 2017
Jeudi 15.

Sans transition, paf ! Un lever.


Deux jours de portant en ciseaux dans un vent de force deux parfois bon trois après une nuit de moteur. Le
temps est couvert et ce matin il fait vingt degré avec une très forte rosée. A la météo de midi (c’est-à-dire
0heures TU !), ils annoncent du force huit devant pour demain midi : Cap plein Est pour
rester sur la frange du sept et du coup je prépare le pont. A l’intérieur, c’est un peu le
souk. La cabine avant est encore cent dessus dessous pour chasser l’humidité. La cabine
arrière héberge à presque déborder les mousses, couettes, etc de la cabine avant, mais le
carré est bien.
Hier, séance Mirror. L’évolution est flagrante, si si, regardez bien !
Dimanche 18
Le force sept de la météo n’a pas été au rendez-vous. Tant mieux finalement. On était depuis deux jours sous
trois ris et foc 2-3, et depuis ce matin sous équivalent foc un. Il fait par contre frais. Le thermomètre est passé
en dessous des vingt degré et l’air est très humide. Le vent portant rentre dans la cabine, ce qui n’arrange
rien.
Journée ménage et lessive, le soleil y a incité car globalement, le temps est gris. Hier, par curiosité, j’ai allumé
le Navtex et ce matin j’ai la météo de toute la côte Ouest, de Queen Charlotte à la frontière Mexicaine sur
trois messages. Et ceci à plus de mille deux cent milles1 !

1
Le Navtex est donné pour une portée d’environ quatre à cinq cents milles.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°10 - Colombie Britannique
Juillet-Aout 2017
Petite séquence « Vie à bord » :

Remplacement du bout de l’hydro générateur. Consultation de la météo et de la route.

Je remonte au Nord-Est depuis hier car l’anticyclone devrait, lui aussi remonter ; et à une vitesse assez
phénoménale. Je voudrais essayer de ne pas avoir de vents trop faibles et - si possible ! - rester à son Nord
pour éviter les vents contraires-.
Lundi 19.
J’attendais la saute de vent au nord en matinée, elle est arrivée vers minuit … avec la pluie. J’ai tenté une
météo « large » ce midi pour avoir une vue plus globale. Quand la réception est bonne (Cinq barrettes) cela
reste rapide. La réponse est passée du premier coup et cela a coûté deux unités, pas plus que la fois d’avant
avec un fichier Grib deux fois plus petit (pour une surface quatre fois plus petite, ce n’est pas proportionnel).
La fois précédente, avec deux essais infructueux et une surface quatre fois plus petite là aussi, cela a
consommé six unités ! La qualité de réception est fondamentale mais reste aléatoire. L’anticyclone est en
train de remonter à toute vitesse, en nous passant dessus, pour se placer ensuite sur notre route. Si j’avais su
que le force sept n’en serait pas, j’aurais continué au Nord-Est. C’est comme çà.
Depuis midi, « pétole », cela commence. Ben oui, maintenant je suis trop sud.
Il a fallu mettre le moteur, puis le vent est revenu. Du nord, faible. Et la mer
ne se calme toujours pas, donc on est bien secoué et on n’avance pas. Mais,
ce qui m’épate à chaque fois que cela arrive, cela n’empêche pas le pilote de
tenir le cap malgré une vitesse d’un demi nœud, pas plus.
Mardi 20.
La mer ne s’est calmée que vers minuit où j’ai pu enfin établir les voiles correctement et on avance à environ
deux nœuds. Le vérin numéro un (le plus ancien) du pilote automatique a lâché. Le moteur n’entraine plus
l’axe qui est devenu libre dans le corps du pilote. J’avais mis GIII à la rescousse (avec le vérin numéro deux) car
la prise de GII était bizarre et dans la nuit, je n’ai pas voulu faire de bêtise mais en fait, elle était tout
simplement un peu dure et au jour j’ai remis G II en route avec le vérin numéro 3, le plus récent donc, (si vous
voulez des précisions plus claires, vous pouvez m’envoyer un mail !).
Journée intense, fin de la lessive (oui, encore une lessive ! En fait je la fais par petites doses car le rinçage,
c’est long, et vous avez tous en tête la fondamentale remarque de la mère Denis qui a tant révolutionné le
monde … de la lessive), aération des coussins de la cabine avant rangement complet de celle-ci, Kanaouenn
est tout beau ! Le vent est bien revenu et on file. Pour ne pas forcer sur le pilote ni sur les batteries on reste
sous les six nœuds cinq mais le trait s’allonge sur la carte. La fixation du Vit de mulet sur le mat s’est encore

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Juillet-Aout 2017
desserrée : à affaler la grand-voile pour reprendre les vis à la « Loctite » rouge en espérant que cela tienne
maintenant. L’opération a été plus rapide cette fois-ci, je commence à avoir la méthode ! Mais il faut aussi
avouer que le bateau bougeait nettement moins, ce qui facilite bien la tâche.
Mercredi 21.
Le vent Sud Sud-Est donne bien. J’ai pris un ris puis quelques tours ce matin, on avance aussi bien et on gagne
en confort. L’anticyclone nous a doublé si rapidement que la calmasse n’a pas durée. Je suis impressionné par
la vitesse de ses déplacements. Nous sommes donc revenus sur son flanc Ouest Sud-Ouest. Il est allé se
camper sur sa place « Normale » quoique un peu Nord tout de même hélas et il faudrait passer au nord. Pas
trop pour ne pas se faire cueillir par une dépression de passage mais suffisamment pour avoir du vent. Pour
l’instant on file bien, au Nord-Est et on reste comme cela jusqu’à la météo de demain midi.
Ce matin il a fait jour avant quatre heures, entre l’avance vers l’Est et les jours qui rallongent en remontant
vers le nord, l’évolution est spectaculaire. Mais le thermomètre continue à baisser : 18° hier matin et petit 17
ce matin. C’est maintenant ambiance un à deux T-sheart plus polaire toute la journée et je commence à
penser au bonnet. L’eau de mer refroidi aussi et la dernière douche était un peu tonique. La lettre 9 est
terminée : Bye bye Hawaï ! Dans l’après-midi, le bout de l’hydro cède (le stock de boulons en nylon achetés à
Honolulu ne valent rien, ils sont trop souples et cassent en moins de deux
heures, mais finalement un bon bout fait très bien l’affaire. Il tient au moins
trente heures. C’est suffisant et j’ai du change). Pas de problème donc pour
le changer. Tout ce passe rapidement sans aucuns soucis. J’avais quasiment
terminé, voilà t-y pas - alors que le cockpit est archi sec depuis ce matin - qu’une vague monte sur la plage
arrière : pantalon mouillé ! Décidément, au-delà de force trois il ne faut présager de rien. En fin de journée le
temps se couvre et j’ai pris le deuxième ris (en m’habillant avant de sortir !) en déroulant un peu pour
compenser afin d’avoir un bateau plus stable. Le pilote et moi en somment ravis.
Vendredi 23.
Avant-hier, le ciel était si gris et si bas, avec l’air vif, j’avais l’impression que c’était un temps à neige. Mais
hier : rayon de soleil en fin d’après-midi. J’en profite pour me doucher, l’eau est un peu tonique au début mais
cela s’est bien passé. Par hazard, j’ai laissé le reste de l’eau 1 dans le seau (en plastique noir) et au bout de
deux heures elle avait bien chauffée : à retenir pour la prochaine fois. Le vent de Sud-Est tient, faible mais on
avance sur une mer lisse entre quatre et parfois
cinq nœuds. L’anticyclone est vraiment hiératique.
Il est pour l’instant à notre Est Sud-Est mais tout
petit. Est-ce lui ou simplement une bulle ? Je ne
prends pas la météo assez large pour le savoir, le
fichier serait trop lourd.
Depuis deux jours, l’AIS pointe plusieurs cargos au
loin à destination du Japon, de Hong Kong, etc.
Quasiment tous de plus de trois cent mètres et
filant à plus de dix-neuf nœuds. L’eau a perdu sa
couleur bleu intense, elle est presque verte.

1
Il est loin le temps où il me fallait deux seaux pour une douche ! (CF Saison Un). Ensuite cela a été un seau d’eau sale et
un seau d’eau qui restait propre et maintenant un demi-seau suffit largement. Les séjours au Sénégal où l’eau
s’économise ont portés leurs fruits.

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Juillet-Aout 2017

C’est un véritable défilé permanent de méduses à voile. La mer en est tapissée comme un champ de
pâquerettes à perte de vue.

Dimanche 25.
Comme prévu, le vent a tourné Nord Nord-Est dans la nuit, avec le ciel qui se couvre. Il fait quatorze dans le
bateau en pleine journée, j’en suis à quatre couches ! Au près au début puis le vent à adonné en journée.
J’abas pour prendre le cap. Une dépression se profile à l’Ouest pour dans trois jours et ce n’est peut-être pas
la peine de trop monter. La météo de demain me le précisera.
Lundi 26.
Au près dans la mer formée, donc avance pénible. La météo de ce
midi annonce la même chose pour les deux jours prochains mais, par
contre, pas de mauvais temps particulier pour les jours à venir pour le
large, par contre cela souffle fort le long de la côte. Il fait gris, froid,
sombre, triste.
Mercredi 28.
Toujours au près, bon plein, très bon plein même. Hier soir j’ai débridé pour avancer mieux. Le cap est un peu
juste mais, normalement, je devrais avoir de la marge. Le ciel est un peu plus clair. Avant-hier, il était gris
sombre, hier il était un peu moins sombre et aujourd’hui, sans être gris clair, tout doucement l’évolution est
sensible. Autre évolution à laquelle je deviens de plus en plus sensible, c’est la température : douze
maintenant ! Depuis quatre-cinq jours je ne quitte plus la salopette ni la veste de quart ni le bonnet ! Où sont
les mers du Sud ?
Vendredi 30.
Je ne vais pas disserter des heures sur les nuances des gris locaux1, mais
ce matin le temps est gris « Plus clair ». Le petit jour est salué par un
cargo qui ne passe pas loin. L’AIS commence à annoncer l’arrivée, c’est un
défilé de cargo près de la côte. A midi, un avion double kanaouenn en
rase motte très près de l’arrière. Il fait demi-tour pour repasser en rase
motte sur le côté. Puis refait encore demi-tour pour passer
en dessus. J’allume la VHF : Ce sont les gardes côtes qui
m’appellent. Contrôle classique : Nom et indenté du bateau, trajet, etc. Mais question
surprenante : « Vous naviguez seul ? » sur le ton de la confirmation, les nouvelles vont vite et ils

1
Le ciel gris du Pacifique Nord est à la météo ce que sont les carottes Vichy à la « Gastronomie française » !

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sont bien renseignés !

Samedi 1er
Il y a eu une éclaircie cette nuit et la lune et quelques étoiles ont pointé le nez mais pas
longtemps et ce matin, c’est comme d’habitude, mais le vent a bien baissé. L’accalmie sur
la côte annoncée par le Navtex depuis trois jours est bien là, heureusement. Je profite du
rayon de soleil de cette après-midi pour prendre vite fait enfin une douche
La mer est verte avec beaucoup d’algues. Un gros phoque faisant la bouteille passe pas loin
du bord, drôle d’endroit pour faire la sieste. Après avoir contourné par le nord le point rencontre des
différents rails de cargo, je longe la côte nord du passage Juan da Fuca
(Qui est la côte sud de l’Ile de Vancouver, côté Canadien donc). La
visibilité est moyenne mais les montagnes finissent par sortir de la brume.
Par trois fois une groupe de phoques
viennent suivre le bateau quelques
instants, puis leur curiosité assouvie
retournent probablement vaquer à leurs
occupations
Deux baleines vont vers le large en sautant
régulièrement, peut-être à un quart de milles, la
photo est petite car elles sont quand même assez
loin (mais de près cela doit être assez impressionnant) et je n’ai donc pas vu leurs blancs
des yeux ! Bienvenue dans les mers froides. La côte est très boisée, les pins denses font
l’effet d’un mur végétal.
Comme prévu, nuit blanche entre la côte et les pêcheurs d’un côté et le rail très chargé des cargos de l’autre.
L’AIS fait merveille car parfois on se croise à pas loin et ils sont bien gros de si près. Au matin, je suis très
probablement un peu tôt pour passer le cap de Race Rocks. Pour gagner un
peu de temps je prends le troisième ris. Mais le vent monte et Kanaouenn
file plus que bon train, on arrive à fond sur le passage et encore plus tôt
que prévu, le GPS indiquant quatre à cinq nœuds, pas plus. La marée contre
le vent creuse la mer qui devient nerveuse. J’arrondi le plus possible en
espérant moins de courant en passant au raz du rail, et même un peu dedans obligeant un cargo à me
contourner. Le pilote a du mal à tenir le bateau et je prends la barre harnaché dans le cockpit pour négocier la
remonté sur Victoria. En entrant dans la baie de
Victoria qui est très profonde, le temps se calme
et l’entrée est paisible.
De l’autre côté, la côte sud est majestueuse, de
grandes montagnes enneigées, je ne m’attendais
vraiment pas à voir cela !
Les formalités d’entrée sont d’une simplicité
incroyable. A l’entrée de port, il y a un ponton
bien indiqué par des panneaux. Il y a un
téléphone sans cadran, vous décrochez,
choisissez entre l’anglais et le français et, après

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Juillet-Aout 2017
les demandes d’usage de l’opératrice sur le bateau et l’équipage, la seule vraie question a été : « Vous avez de
quoi vivre au Canada ? » - « Oui », « Vous pouvez rester six mois ». Et voilà, vous obtenez un numéro
d’identification, c’est tout.
2587 milles en 25 Jours, soit 103,5 milles par jour et une moyenne de
4.3noeuds. Le creux dans la courbe vient du détour pour laisser passer une
dépression (merci l’Iridium). Entre le près dans l’Alyzée du départ, le petit
temps près de l’anticyclone et la carène pas très propre, il ne faut pas se
plaindre, Kanaouenn a été bien vaillant … et Dame Météo bienveillante.
Le port est en effervescence et il y a un monde fou. Pour s’arrêter à la marina
(il est impossible de poser une ancre dans la baie), il faut avant appeler à la VHF sur le canal 66A … que je n’ai
pas. Je fais signe à un bateau de la police maritime qui patrouille : Contrôle d’identité ! Je ne les appelais pas
pour cela ! Heureusement que j’étais en règle avec Check-in fait, cela aurait mal commencé ! Mais finalement,
ils appellent pour moi très aimablement et j’obtiens rapidement une place. En débarquant, il y a une foule
énorme partout.

Sans transition après vingt-cinq jours de mer, c’est surprenant. Il y a même une manifestation de soutien aux
« Natives » spoliés.
En fait c’est la fête nationale exceptionnelle, ils fêtent les
cent cinquante ans. Mon voisin de ponton me dit que je suis
ultra privilégié et n’en revient que j’ai eu une place, ils ont
refusé plus de cent cinquante bateau dans la journée. La
police a des arguments qui lui sont propre. Probablement
que ma mine fatiguée après presque deux nuits sans dormir
et mon arrivée de Hawaï qui étonne un peu les ont motivés.
Le soir, grandiose feu d’artifice (Victoria est la Capitale de la
Colombie Britannique) tiré juste en face du bateau. Du
cockpit, je suis aux premières loges.
Le dimanche est d’évidence férié mais le lundi aussi, probablement pour récupérer. L’intendance attendra
donc, et place à la visite. Victoria n’est pas une «très grande ville », 80 000 habitants de style un peu vieille
Angleterre avec un centre aux immeubles d’époque.

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Le parlement, Le mythique hôtel Impress, une institution…de luxe !

Le quartier Chinois. Lanternes et articles spéciaux à gogo.

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Vues générales, au premier plan un carillon de 62 cloches. L’hydravion est une autre spécialité locale.

Une des incontournables de Victoria est le Royal BC Museum. Je n’y suis resté que quatre et demie, juste le
temps d’en voir assez rapidement la moitié.

Salle des totems. Habitat reconstitué. Entièrement enterré.

De l’extérieur on ne voyait que le dôme du toit en terre.

Têtes de harpons. Des voiles sur les « Canoës » !

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Le musée est très didactique. Les modes de vie et de


fabrications sont expliqués et réalisé avec les outils de
l’époque. Passionnant.

Pièces en argile d’une splendide finesse.

Masque. Il y a d’autres photos sur Facebook.

Retour en ville : Totem à l’air libre.

Une section présente les différents écosystèmes de la région et une autre évoque l’époque européenne. Je
n’ai que parcouru rapidement la première et entraperçu la
seconde. Pour tout voir, il faut soit venir tôt le matin ou prendre
un ticket pour deux jours, une bonne option qui doit éviter la
saturation. Une exposition (permanente ?) présente la traversée
du Canada par le jeune Terry Fox (1958-81), en course à pied
malgré une jambe mécanique au profit des enfants victimes du
cancer (qu’il considère en situation pire que lui), un tour de force
physique, mental et moral qui scotche.

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Mardi, tout est ouvert et rendez-vous est pris le jour même pour qu’un technicien vienne voir l’absence de
charge de l’alternateur bien que celui-ci soit en pleine forme. Il détecte un disfonctionnement dans
l’excitation et comme il ne veut pas fouiner dans le boitier électronique, pique un 12 volts sur le tableau de
commande et tout fonctionne à merveille après avoir aussi shunté un faut contact sur le fil de commande du
démarreur. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, Bernard, un des piliers historique de Voiles Sans
Frontière vivant en alternance à Victoria, me rappel. Il rentre de balade avec son voilier et m’invite illico le soir
même. Super soirée, tout en goutant différents vins, Philippe son beau-frère nous dévoile son secret pour
réussir son rizotto, mais comme tout secret qui se respecte je ne vous lâche donc rien ! Même avec
marmiton.com et tous les autres cela m’étonnerais bien que vous arriviez à la cheville de Philippe. Au retour,
finalement, je ne titube pas plus que les jours précédents. Bernard m’aillant proposé une place à son ponton,
à son ancienne maison au nord de Victoria, départ le lendemain. Démarrage du moteur : Rien. Je rappel mes
amis. Un autre technicien vient en fin d’après-midi. La batterie a été vidée car l’excitation restait toujours
active … Il coupe le fil posé la veille par son collègue et en passe un autre par ailleurs. Tout fonctionne bien et
il m’assure que tout va bien aller maintenant. Super, on coupe le moteur … qui ne s’arrête plus,
heureusement qu’il y a un étouffoir ! Après une autre laborieuse consultation du schéma électrique de
l’installation il me dit qu’il revient demain matin pour finir car il lui faut des pièces. Le lendemain il revient
avec un bel interrupteur qu’il ne pose pas car je préfère qu’il utilise celui de l’éclairage de tableau qui est déjà
là et que ne me sert à rien. Repasse le fils autrement et via l’interrupteur. Tout a l’air de fonctionner et même
que le moteur s’arrête. Le bonheur, mais avec la marée, il est trop tard pour partir aujourd’hui.
Jeudi 6 juillet.
En route pour Deep Cove dans de petits airs et les courants. Le tour de la presqu’ile de Victoria fait passer
devant des criques et entre des iles avec des effets de courants type golfe du Morbihan sous un beau soleil.

Arrivée à Deep Cove. Voyage et Kanaouenn au ponton.

Sans transition, on part le lendemain pour Vancouver. Bernard va y accueillir sa fille et sa petite famille qui
viennent en vacances.

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Premier mouillage à Clam Bay. Passage de Porlier Pass à la voile et pile à renverse !

Arrivée à Vancouver, ville moderne aérée et verte.

Avec quelques vieux quartiers. Le front de mer, la rade et la montagne juste derrière.

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Certains bateaux sont bien coucounés. Et lui bien motorisé : 1400 Ch, peut-être un peu juste.

La ville est très agréable, et pourtant je n’aime pas trop les villes en général. En fait elle est assez récente, est
restée longtemps un simple village et l’urbanisme y est jeune. Un ancien maire en fauteuil a énormément fait
pour l’accessibilité. Il y a également des pistes cyclables presque partout. Elle a comme objectif de devenir la
ville la plus verte du monde.

Kanaouenn joue au citadin à False Creek. Ambiance du soir.

Un des incontournable à Vancouver est le musée anthropologique qui se trouve tout à l’ouest sur le campus
de l’université. Ceux qui connaissent le « plus grand campus de France », celui de bordeaux, ici doivent
changer d’échelle. Le musée aussi est incroyable. Une quantité d’objet présenté dans un espace vaste et clair.

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Des milliers d’objets en vitrine. Il y a une publication dédiée sur Facebook qui reste un tout petit échantillon
de la richesse du fond et un minuscule témoignage de l’extraordinaire qualité de fabrication et de la fabuleuse
imagination, surtout pour les masques.
Il y a aussi un grand musée des arts avec une grande exposition temporaire sur … Monet !
Un étage complet de tableaux avec quelques photos dont plusieurs de l’artiste dans son
atelier et des photos de Giverny, dont la fameuse tonnelle et le pont. Une grande et belle
exposition de photos des années 70-80 pour l’essentiel et le dernier étage est réservé à la
peintre locale : Emily Carr (on aime ou pas) intitulée « Into the Forest ».

Le musée maritime bien que pas bien grand en apparence est très intéressant. En pièce centrale, il y a le Sant
Roch, navire de la Police Montée Canadienne qui patrouillait dans le grand nord (Vingt et un été et douze
hivers) et qui a traversé deux fois le passage du Nord-Ouest en 40 et 42. Comme ensuite il a fait un autre aller-
retour à Québec via le canal de Panama, il est présenté comme étant le premier navire ayant fait le tour du
Canada ! Est évoqué aussi la dramatique expédition de l’Anglais Franklin vers 1850. Il est intéressant de noter
qu’une des expéditions de secours, au contact des Inuits, se mettent à adopter leurs modes de vie. Ce qui leur
a très probablement sauvé la vie. Quelques beaux objets usuels Inuits.

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Horloge de marine (1867), la longitude maitrisée. Machine permettant de prévoir les phases de la lune.

L’histoire de l’immigration japonaise est bien illustrée. Population de pêcheurs ostracisée et cantonnée
pendant la guerre.

Pour finir parce qu’il faut bien arrêter et aussi parce que demain, c’est le départ, deux dernières : Vancouver
vue du Lions Gate Bridge et, détail So British, le canon de Stanley Park qui tonne imperturbablement tous les
jours à neuf heures du soir.

Jeudi 13 Juillet.
Départ de bonne heure pour faire un arrêt Gaz oïl en passant sous le pont St Burrard. Avec Bernard, on s’est
donné rendez-vous demain à Secret Cove. J’y vais directement pour profiter du lieu, lui fait une petite étape
pour mettre son jeune équipage en route progressivement. Navigation tranquille au portant dans un vent de
Sud-Ouest.

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Rencontre hiératique, il y a pire. Entrée de Secret Cove.

Le lendemain, rando jusqu’à Smuggler Cove. Et premier contact avec la forêt.

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Pendant ce temps, Voyage est arrivé et, presque sans transition on part pour Pender Harbour.

Sur la route, « petit » train de bois flotté, la photo est mal cadrée et il en manque presque la moitié. Le
lendemain je pars directement pour Lund pour profiter du vent de sud qui doit tenir encore ce jour. Belle
navigation au portant puis au travers dans un vent en forme, Kanaouenn file bon train.

Sur la route. Comme c’est écrit : Kanaouenn au brise lame de Lund.

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Le lendemain, matinée louvoyage en mode belle plaisance, j’étais parti tôt en prévision et reste à la barre
pour optimiser le cap. En début d’après-midi, à la pointe Sarah, un voilier à Tribord au raz de la côte, c’est bien
Voyage. On aurait voulu le faire exprès qu’on n’y serait pas arrivé ! On vire donc ensemble dans Malaspina
Inlet pour Grace Harbour.

Voyage dans Malaspina Inlet (pour une fois derrière !) Mouillage au fond de Grace Harbour.

A droite un Pin Douglas (très juvénile) et au centre


deux Red Cedar de taille moyenne. Au bout de la balade, le lac.

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Dans Desolation Sound, en route pour Prideaux. Je vais mouiller dans Melanie Cove .(Prideaux Haven)
où il y a moins d’eau. Un tour en kayak vous dit ?

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Mardi 18 Juillet 2017. Kanaouenn dans Desolation Sound.

Le cabotage continue, et pas de programme à faire, Bernard connait tellement de coin qu’il sélectionne à
merveille. En montant vers le nord, on quitte progressivement la civilisation et on approche des montagnes.

Le paysage donne l’impression de naviguer dans un immense lac Alpin, îles et criques à foison et fiords
immenses. Depuis Porlier Pass les courants restent faibles et la navigation est facile sous la bonne garde de
Navionics et l’œil du pilote aux aguets car les entrées sont parfois particulièrement étroites.

On fait juste une pause à Refuge Cove. L’endroit est étonnant, quatre-cinq maisons accrochées à la rive,
reliées par des chemins en bois, le tout sur pilotis. Quelques maisons flottantes plus loin dans la baie, pas de
chemin qui pénètre à terre, il y a juste de quoi aller à la pointe juste à côté avec une petite plage. C’est tout.

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A Refuge Cove, tout est sur pilotis ou flottant (ici la maison du port).

L’endroit doit être bien isolé l’hiver, mais devenu très touristique l’été et vit des bateaux de passage.
Quelques courses de passage, les prix n’ont d’égal que les multiples sourires de la caissières qui essaye
hypocritement de faire avaler la pilule ! Puis je pars devant pour Squirrel Cove pour ne pas être encore à la
traine. Dans la baie je cherche le quai et la boutique pour mouiller pas trop loin, il parait qu’il y a même du
Wifi. Rien. Je reprends le guide et comprends que toute « l’activité » est au village, en dehors de la baie. Mon
anglais ne lit pas mais déchiffre et du coup, hélas, je lis parfois en diagonale. L’endroit est hyper protégé et
d’un calme absolu.

J’en profite pour affaler le génois pour le vérifier : la sangle du point d’amure est un peu usée. Celle du point
de drisse est impeccable mais du coup je préfère la renforcer par une deuxième sangle par-dessus. La couture
dans toutes les épaisseurs du renfort est ardue : Trois aiguilles cassée et une magistrale ampoule dans la
paume de la main mais le génois est re hissé le soir même.

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Le lendemain, le projet est d’aller explorer Teakerne Arm où il y a une belle cascade et une belle balade à
faire. Le mouillage est profond mais Bernard insiste, ce sera notre dernière halte
ensemble car ils repartiront ensuite vers Victoria. On sort ensemble de la baie. Dans
la passe, ce n’est pas un phoque mais un cerf qui traverse entre les deux bateaux !
A Teakerne Arm, le vent n’est pas très fort mais dans le mauvais sens, il porte à
terre. Bernard - qui est arrivé comme toujours avant moi - a trouvé un mouillage
dans douze mètres d’eau (mon maxi), mais au raz des cailloux. Tout seul avec le
guindeau à main, il n’y a aucune marge. Je préfère ne pas jouer avec le feu et on se
quitte en queue de poisson. Bye Bye Bernard. Je peux vous
certifier que la solidarité n’est pas un vain mot à Voiles Sans
Frontière. Il me dira après coup être resté à bord pour veiller en
laissant les jeunes visiter seuls. Pas de remords donc. Le vent est
bon, la mer plate, je hisse les voiles et remonte Teakerne Arm au
louvoyage tranquillement. Au sortir du bras il faut virer à gauche
à plus de quatre-vingt-dix degrés. Naïf, je m’imagine déjà au
travers dans Lewis Chanel. Pas du tout ! Le vent suit les vallées et
le louvoyage continue. Je retourne à Squirrel Cove et mouille
cette fois-ci près de la
La Cascade de Teakerne Arm est déjà sur Facebook, voici le trop plein du lac de Squirrel Cove.
sortie. Je peux aller au
village en une heure (Un quart d’heure de kayak et trois à pied car la trottinette n’est pas tout terrain). Il y a
du wifi (très hésitant) et l’accueil à la boutique est bien plus naturel et sympa (les prix et le choix aussi). Le
village fait partie d’une réserve. La météo pour franchir Johnstone Strait n’est pas favorable. Le vent fort du
Nord contre le courant - fort lui aussi - rend le passage infranchissable. Au bout de deux jours je vais à Gorge
Harbour, de l’autre côté de l’île. Histoire de changer et le lieu a l’air plus confortable pour un stand-by : plus
central pour explorer, un camping avec douches (douces et chaudes !) et Wifi correct bien qu’à durée limitée ;
car la météo a l’air bien stable.

Entrée de Gorge Harbour. Route dans la forêt pour aller à Whaletown.

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Ile de Vancouver vue de Whaletown. Ma cabane au Canada !

Un jour, je pars pour le sud de l’île en trottinette, attiré par le musée local. Après deux-trois kilomètres, une
voiture s’arrête et me propose de me prendre. En fait c’est mon voisin, il habite la maison qui est juste au-
dessus du bateau. Il m’a reconnu et me précise même : « Je vous ai vu partir ce matin, vous avez fait demi-
tour car vous aviez oublié votre chapeau ». C’est ça les coins calmes, les nouvelles vont vite ! Il m’indique les
endroits intéressants à voir de ce côté de l’île et me dépose devant le
musée. Ce n’est pas la première fois, près de Secret Cove, sur la
nationale, pour confirmation, je demande ma route à un père de
famille qui, avec son fils, mangent un sandwich sur l’arrière de son
truck (pick-up 4x4). Il me répond dans un français impeccable : « Vous
préférez peut-être qu’on parle français ? ». Il est effectivement français
d’origine et a fait sa vie ici. Il me raconte la région, me donne des
tuyaux de promenades. Je reprends la route. Quelques minutes plus
tard, il me rattrape et me propose de me déposer, c’est en fait loin
mais il me dit que le stop marchera pour le retour. Au retour, fait au
trois quart en stop, je pense faire la balade dont le départ est là où était garé le français, le truck est là. Tout à
l’heure, il a très probablement fait l’aller-retour uniquement pour me déposer. Je le retrouve à la cascade, on
rediscute et il m’indique un chemin différent pour retrouver la
nationale. Heureusement qu’il m’avait à l’œil car j’étais parti sur un
autre chemin, il m’appel et me remets sur le bon en me disant de faire
attention car : « Ici, ce n’est pas comme en France, on peut vraiment
se perdre ». La majorité des gens sont particulièrement prévenants,
un peu comme aux Marquises bien que le contexte ne soit
absolument pas comparable. Mais revenons au musée, en fait une
grande partie du musée raconte l’histoire de Refuge Cove. Des
exploitants forestiers se sont installés là. L’évènement fondateur a été
l’ouverture de la boutique qui, à l’époque, vendait des ustensiles de
première nécessité. Ensuite l’ouverture d’une école a fixé les gens. La
photo de classe fleure typiquement les années 70. En fait ces évènements sont récents et le passage de la vie
forestière au tourisme l’est encore plus.

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La petite rondelle de Pin Douglas (dit aussi Pin d’Oregon) qui trône dans le jardin fait deux mètres soixante-dix
de diamètre. Je me suis amusé à compter les spires et en suis arrivé à plus de trois cents cinquante ans. Puis
au musée je demande, verdict : cinq cents quatre-vingt. J’en ai loupé plus de deux cents ! Ce qui veut dire que
tous les arbres dont les troncs sont - grosso modo - de la taille du notre font dans les cents ans et ceux de la
taille de nos épaules environ cent cinquante. Ce qui est commun en forêt.

Mansons Landing sur Cortes Island. Et lac à côté.

Partout en campagne et près de la forêt, l’ambiance est très particulière. Les sons portent très loin et du coup
le silence est d’une intensité exceptionnelle et parfois étrange. L’air est cristallin comme pas croyable. Pris
entre les paysages de toute beauté et cette atmosphère qui vous entoure et vous imprègne, on est comme
transporté d’une façon un peu bizarre. Une sensation difficile à décrire et qui est très particulière.

Pendant ce temps, le temps ne change pas. Mais Bernard, encore lui, sauve la donne en m’envoyant un lien
vers un site qui explique que dans cette situation, en fait très classique en été, la solution est de passer à
l’intérieur, par les rapides. Je pensais que c’était plus technique, pas du tout car c’est en fait plus abrité … Ce
qui est d’ailleurs expliqué dans le guide, à une page que je n’avais pas repéré. Surtout pour les bateaux
faiblement motorisés, comme ils disent. Car ici les trois quart des bateaux sont à moteur et la majorité des
voiliers font plus de douze mètres. Donc :
Dimanche 30 Juillet.

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Départ aux premières lueurs du jour. Objectif : être à l’heure pour passer les rapides (Yuculta Rapids, Gillard
Passage et Dent Rapids). Pas de vent, au moteur donc, qu’il faut forcer. Le timing est tout juste,
heureusement deux vallées laissent passer le vent et j’arrive tout juste au premier passage (le guide parle d’y
être avant le premier passage une heure avant l’étale, j’y suis une demie heure avant). Cette route fait passer
au pied des montagnes qu’on voyait au loin les jours précédents. Grandiose.

Arrivée à Cordero Lodge. Le lieu est totalement désert :

Ambiance type « Il était une fois dans l’Ouest », au tout début du film ! Le lieu donne l’impression d’être
abandonné et totalement déglingué, des objets et outils qui trainent partout comme si tout un tas de travaux
étaient laissés en plan. Tout est sur ponton flottant et même la passerelle qui permet d’aller sur le chemin à
terre est cassée. Moi qui espérais rencontrer des gens dans cette halte centrale, de ce côté-là c’est un flop. En
fin d’après-midi, deux types arrivent sur un petit hors-bord. Présentation, me font payer et vont bricoler sur le
brise lame avec musique country à fond. Ils repartent et celui qui a l’air d’être le boss revient seul. Il doit vivre
là …
Lundi.
Départ vers dix heures pour être à la renverse dans Greene Point Rapids. Arrivée une petite heure en avance,
le courant est bien contre et la remontée laisse largement le temps d’admirer le paysage. Il y a bien quelques
remous mais rien de méchant. Le vent se lève dans Chancellor Channel, bien sûr de face et l’avance devient
laborieuse. Du chenal on voit des pans de collines entiers défrichés « à blanc ». Là, sur les photos, les zones
sont petites, plus dans le nord ce sont parfois des collines entières qui sont rasées de la sorte. Le déboisement

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industriel moderne est en train de devenir un problème sérieux. On est très loin de la mythique épopée des
trappeurs !

Coupe fraiche. Coupe plus ancienne.

Exemple de zone de stockage et panneau à l’embouchure de Salmon River, près de Kelsey Bay.

Puis, arrivé dans le fameux Johnstone Strait, l’avance devient plus que laborieuse. L’étrave plonge dans les
vagues hachées et aidé par les voiles j’arrive à Kelsey Bay. L’entrée est très étroite avec des courants et
contre-courants traversiers. Le port est tout petit et encombré
mais, ouf, il y reste une place. C’est un port à « Honor Box » :
on y fait les formalités soit même. Pour ne pas me faire brasser
avec le moteur à fond, je décide de ne naviguer que le matin,
avant que le thermique ne se lève. Demain, je n’ai qu’une
heure de navigation de jour avant la renverse, trop court pour
aller au prochain mouillage. Je reste donc là pour la journée.
Au matin, la porte du bureau est entrouverte. L’homme du
port est de passage pour travaux sur son ordinateur. Il me

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donne la météo, mon téléphone ne captant toujours pas le réseau. Avis de coup de vent pour deux jours !
Cela continue. Il y a une collecte d’huile juste en haut de la passerelle, une aubaine rarissime, j’en profite pour
faire la vidange du moteur qui le mérite bien. Sur le quai, les pêcheurs remontent des saumons. A un moment
quelque uns (des saumons, pas des pêcheurs) sautent autour de la ligne de mon voisin bredouille. Le pauvre
maugréé contre ses leurres qui ne doivent pas être de la bonne couleur, éternel
débat des pêcheurs ! Il me dit que l’homme en train de nettoyer un poisson, au
robinet prévu pour cela, parle français. On discute, il me dit, entre autre, qu’il y
avant des Indiens sur l’autre rive de la rivière (Salmon River) et dans la vallée mais
qu’ils ont déménagé il y a deux-trois ans. Les indiens auraient tendance à se
regrouper dans les grandes réserves en abandonnant les petites. Regroupement voulu ou incité/forcé ? Des
dauphins passent dans le Strait, des paquebots aussi.
J’en ai un peu marre de ces stand-by, de ces vents contraires, de ces courants à respecter, de ces avis de coup
de vent, du moteur à marche forcée. A ce rythme-là je ne suis pas en haut. Il y a un petit centre d’information
bien que - entre nous - l’endroit soit vraiment perdu. La dame est, encore une fois, particulièrement serviable.
Me laisse à disposition l’ordinateur avec Internet, le téléphone et je me retrouve avec un billet de bus et une
réservation BC Ferries pour Prince Rupert et une autre pour Queen Charlotte City. En plus de trois heures tout
de même ! Le stop pour rejoindre la grand-route fonctionne bien. Sur la voie rapide, comme me l’avait dit
mon francophone d’hier, cela ne fonctionne pas. Je l’ai testé hier pendant deux heures et demi, mais là j’ai un
billet pour LE bus quotidien pour Port Hardy.
Jeudi.
Hier, en rentrant du point d’information, j’ai remarqué une trace de rouille à la jonction entre le galhauban
tribord et la cadène, à l’intérieur, côté axe et je trouve que la cadène a
un peu joué. J’ai aussi l’habitude de vérifier le grippage des ridoirs tous
les ans, donc, au travail. Je desserre, brosse à la carde pour nettoyer et
jette un seau d’eau pour chasser les cochonneries. La cadène fuit et est
fendue sur le côté. Démontage de la cadène pour la remonter au Sika :
La cadène est fendue d’un côté sur toute sa longueur. Pour l’instant, il
n’y a rien d’autre à faire que de remonter proprement et il est temps de
prendre mon sac et être à l’heure pour le bus. La première voiture me
prend et j’arrive donc très en avance au carrefour de la voie rapide où j’ai le temps de rattraper mon retard
sur cette lettre ! A l’heure prévue, je me mets à l’endroit indiqué par la dame de la station-service. Le bus
s’arrête un peu loin et le chauffeur (qui savait que quelqu’un montait là) m’enguirlande car je ne suis pas à la
bonne place et m’explique où sont les arrêts. En fait, sous un abord plutôt bourru il est très sympa, il donne
des explications en route et est très à l’écoute des passagers. Un peu avant l’arrivée, ma voisine de devant
l’interpelle pour lui demander les moyens de
locomotion pour le terminal du ferry qui est
visiblement loin. A l’arrivée, je lui demande donc où
est le terminal, elle me le montre sur son téléphone
(elle a internet elle !) et constate à la volée qu’il y a un
camping un peu avant. Bonne nouvelle car je
m’apprêtais à dormir au terminal, je ne sais pas trop
comment dans ce coin désert. Pour les autochtones
qui font tout en voiture, la route m’est indiquée
comme très longue et infaisable à pied. Au bout d’une
heure et demie j’arrive au camping. L’emplacement

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pour les gens à pied ou en vélo, c’est-à-dire pour les petites tentes (ce qui est mon cas puisque le mienne fait
zéro centimètres, je suis parti léger), est dans un coin superbe, dans les arbres. Je choisi un emplacement
comme convenu et retourne à l’accueil pour le déclarer au gérant, faire les formalités et payer. Sur ces
entrefaites ma voisine de car arrive, elle aussi à pied. Elle va, elle aussi, dans l’archipel de Haïda Gaii (Ex Iles
Queen Charlotte) pour y suivre un stage dans le cadre d’une formation pour être institutrice. Je pars faire une
balade sur la côte, du côté d’un ponton avec vue sur la baie de Port Hardy. Peu de temps après mon retour,
Leah arrive en disant qu’elle vient de voir un ours qui est descendu sur le rivage et est parti dans l’eau ; juste à
côté du ponton. Je l’ai raté à cinq minutes ! On ne sait pas trop la distance pour aller au terminal du ferry où il
faut y être à six heures. On part donc très tôt, avant l’aube. Au bout de dix minutes de marche, alors qu’on ne
faisait pas de stop, une voiture nous prend. On arrive donc encore largement en avance. Puis, en route pour
seize heures de navigation dans les « Inlet » pour Prince Rupert. Matinée dans la brume à couper au couteau.
Le ferry corne régulièrement, puis à midi, d’un seul coup, on sort du coton.

En plus du paysage, orques, baleines et dauphins sont au menu. A vingt nœuds et avec plus de quinze mètres
de franc bord on voit la mer différemment ! Tous les voiliers vus sont au moteur, soit pas de vent soit de face.

Arrivée nocturne à Prince Rupert mais il y a un camping à dix minutes et demain le ferry n’est qu’à dix heures.
Le lendemain, la sortie du dédale devant Prince Rupert est grandiose.

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En mer, le brouillard côtier ne dure pas et on voit l’Alaska au Nord, puis c’est l’arrivée dans la baie de Queen
Charlotte City.

Léah a trouvé des allemands pour nous emmener en ville, Christian qui « Ride » (sic) entre le Canada et le
nord des USA depuis quelques mois et ses parents qui l’ont rejoint pour trois semaines. BC Ferries à l’art de
mettre ses terminaux dans des coins paumés. On va tous ensemble en ville, au centre d’information puis
Wolfgang (le père) nous dépose au camping qui est tout à l’autre bout de la baie (et de l’autre côté bien sûr,
sinon ce ne serait pas drôle) avant de rejoindre leur location. Tous les emplacements du camping sont
occupés sauf un juste au bord de la route. On trouve un petit coin tranquille à côté, sur la plage. Soirée
bivouac magique, type rando Kayak. Ceux qui connaissent savent de quoi je parle. Des aigles pêcheurs à tête
blanches sont installés juste au-dessus à la cime des arbres.

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Juillet-Aout 2017

Le lendemain, j’essaye de réserver pour aller tout au sud de l’archipel, sur l’île Sgaang où le village de Ninsting
est référencé au patrimoine de l’Unesco, mais le seul prestataire qui répond est complet. On est dimanche et
demain est également un jour férié. L’idée tombe à l’eau. Je pars pour le musée de Skidegate et Léah reste à
Queen Charlotte City en attente de son rendez-vous qui le mènera à son lieu de stage près de Masset. Le
musée a une importance et une valeur particulière car il a été fait en collaboration avec la population locale.
Les photos sont, hélas pour vous, interdites. Il y a tellement de panneaux partout que je ne peux vraiment pas
vous monter des deux-trois que j’ai volées discrètement. Il y a, entre autres, trois totems superbement
sculptés, un grand coffre avec des têtes d’oiseaux en « haut relief » étonnant et une chronologie claire et
détaillée de la Colombie Britannique. Si cela vous intéresse, en annexe de cette lettre, il y a un résumé. A la
boutique, il y a -entre autres - deux livres qui racontent l’extermination des indiens (Haïda etc) lors de la
Smallpox War (Guerre de la Variole). Au final en cinquante ans il ne restera plus que cinq pourcent de la
population. Peut-être l’extermination la plus efficace de l’histoire, peut-être encore plus qu’en Patagonie et
en Australie.

Le musée. Site Haïda d’époque.

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Détail d’un totem. Canoë monoxyde.

La dernière photo est de « Balance Rock », une curiosité locale à quelques kilomètres du musée. Merci
d’admirer la photo, elle pèse plus de deux heures de marche avec armes et bagages, heureusement légers. En
repassant devant le terminal de BC Ferries, les horaires indiquent que je peux passer une paire d’heures sur
Moresby Island. Pas suffisant pour aller jusqu’à Sandspit mais le début de route qui serpente le long de la côte
et les alentours valent le détour. De retour vers 17 heures 30, plutôt que de retraverser encore une fois toute
la baie (Trois heures de marches ?) je pars vers le Nord. C’est effectivement un peu audacieux à cette heure-ci
car le camping indiqué est vraiment tout au Nord de l’ile. Je refuse une première voiture qui ne va pas jusqu’à
Masset mais prends la seconde qui va je ne sais où. Le conductrice me dit que je peux dormir où je veux sur la
plage qui longe la route, malgré les multiple panneaux d’interdiction. Puis un couple me prends un peu plus
loin, il y a déjà un « collègue » à bord. Ils nous déposent là où ils vont à la pêche à pied. Mon collègue va
s’arrêter dans une ferme à deux kilomètres, des gens qu’il a rencontrés il y a quelques jours. Je continue
environ encore deux autres kilomètres avant qu’un couple me prenne. Ils vont à Port Cléments, environ les
deux tiers de la route. Ils me disent qu’il y a un camping, vue l’heure, il vaudra mieux s’arrêter là. On s’arrête
chez eux pour y déposer les courses et ensuite il devait me déposer au camping mais finalement il me propose
la cabane derrière la maison. A mi-chemin entre l’atelier de bricolage (avec tout de même deux perceuses à
colonne) et le studio d’ami, me voilà logé ! Plus tard, il revient discuter. C’est lui qui a construit les deux
maisons en troncs d’arbre, au rythme de un tronc par jour de travaille possible, c’est-à-dire quand il ne pleut
pas. La sienne, en pin, est un peu abimée (traces de moisissure), mais l’autre en Red Cedar est impeccable.

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Petit cours de construction où j’apprends que la maison au bout d’un moment perd de la hauteur car elle se
tasse : le bois fini de sécher et les clins se verrouillent. Son chat miaule autour d’une grande caisse bâchée, il
soulève la bâche : c’est un séchoir à poisson en grillage à poules. Le poisson est découpé en très fines lamelles
et sèche directement comme cela. Il me propose une douche et me demande si j’ai faim : j’aurais même pu
me faire inviter à manger ! Je pars tôt le lendemain sans attendre le lever de mes hôtes qui m’avaient
pourtant proposé le café. Le musée local n’ouvre qu’à quinze heures, donc pas de regret et en regardant par
la fenêtre je pense pas rater grand-chose. Mais à l’extérieur, les quelques machines pour l’exploitation du bois
sont spectaculaires.
De bonne heure sur la route, c’est l’heure de biches. Il y en avait un peu déjà hier, et j’avais été surpris de la
totale absence de réaction du couple : un total non-évènement. Je comprends ce matin tellement il y en a.
Une dame finit par me prendre. Elle va tout au Nord, faire une conférence pour un groupe de jeunes
stagiaires, le monde est petit ! Spécialiste en environnement et sécurité alimentaire, elle est native et vit à
Skategate et est très au fait de la situation locale. Universitaire, elle intervient jusqu’en Norvège et
régulièrement à Montpelier. Conversation très intéressante pendant laquelle elle m’apprend -entre autre -
que les biches ont été importées par les colons, comme garde-manger. C’est une pollution car elles détruisent
les plantes locales dont les plantes médicinales traditionnelles. Elle me dépose au pied de Tow Hill en me
disant qu’elle repasse dans deux heures car elle a une autre conférence à faire au musée de Stadegate. Si je
veux elle me reprendra. Bonne idée car les occasions sont très rare dans ce bout de bout et les touristes ne
prennent pas.

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Tow Hill et la plage sont le lieu de plusieurs légendes fondatrices du peuple Haïda. Toute la pointe Nord est
chargée de ces mythes fondamentaux et hautement symboliques.

Je marche sur la route de terre, prenant des photos de la forêt primaire. Coup de klaxon. C’est ma conductrice
sur le retour ! Je la questionne sur la vie dans les réserves. Barbara me dit que c’est très compliqué de vivre
traditionnellement et de se vider de la culture coloniale (sic), car la culture traditionnelle est « respectueuse »
et « responsable » (2ème sic). Les deux mots fondamentaux sont lâchés. Un jour, l’homme occidental
comprendra peut être que ses actes ont des conséquences (autre que la satisfaction de ses envies ou
« besoins » ou intérêts immédiats) et apprendra peut-être à respecter sa planète et les gens qui y vivent ?
Bon, d’ici là on peut toujours allumer un cierge… Barbara m’explique aussi que les femmes utilisent des fibres
qu’elles récoltent dans la forêt et filent pour faire des chapeaux. Elles mettent deux ans pour faire un seul
chapeau. Il y en a eu peut-être déjà en photo mais je vous en montrerais d’autres plus tard. Elle me montre
aussi la « grande oreille » sur le côté de la route. La base militaire locale s’occupe de cette immense antenne
dont le but est d’écouter tout ce qui passe par les ondes de par le monde.

Elle me dépose à Masset qui s’avère être un village plutôt banal mis à part ses magasins et un café bien
agréable pour faire une pause.
A Masset, le stop est très bien organisé ! Le banc est confortable. Merci. En moins de cinq minutes, une grand-
mère et ses deux petites-filles me prennent. Avant-hier soir, en rentrant
chez elle de nuit, elle a vu une ourse avec son petit traverser la route.
Elle a une chambre d’hôte et me dit qu’il ne fait beau que depuis
quelques jours, le début de saison a été horrible. Elle me laisse à l’entrée

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de Port Clements. Une dame allant à la pêche à pied, accompagné d’un jeune peu bavard, me fait avancer
d’une vingtaine de kilomètres. Elle me dépose à côté d’un café me disant que ce sera plus confortable pour
moi mais je préfère marcher sur la route. Au bout d’une demi-heure, d’une maison isolée, le jeune qui était
dans la voiture me fait signe. Il est en train de trainer une biche morte et vidée. Il l’a tirée à l’arbalète la nuit
dernière, ils ont droit a pas plus de cinq par jour et quinze par an. On m’avait dit que le stop marchait moins
bien à partir de quatre-six heures. Il n’est que trois heure et je marche plus d’une heure avant qu’une dame
me prenne. Au bout d’un moment elle me dit qu’elle va s’arrêter à la prochaine aire et ajoute en éclatant de
rire qu’il ne faut pas que je m’inquiète, c’est juste pour se rouler un joint. Je pense que c’est une blague, mais
non. Elle fait son mélange, roule son pétard et en route ! Elle l’allume et effectivement cela ne sent ni les
herbes de Provence ni le Amsterdamer. Elle travaille à Tlell. Je ne vous en dis pas plus car elle serait vite
repérable et la loi Canadienne est drastique parait-il. Je lui demande de ma laisser devant le musée ou je
voudrais revoir deux-trois choses à la boutique. Le nez dans un livre je vois au dernier moment Barbara qui
vient me saluer. Elle sort de sa conférence et a l’air très émue de constater mon intérêt pour les Haïdas au
point de revenir au musée et m’en remercie. Je retrouverais cette sollicitude à Alert Bay. La femme qui me
prend pour retourner à Quenn Charlotte City vient d’arriver de Vancouver par avion et me dit que toutes les
vallées sont envahies de la fumée des incendies monstrueux qui sévissent depuis des semaines sur le
continent. Des villages entiers déplacés et même l’autoroute a été coupée pendant plusieurs jours.
Le campeur s’est embourgeoisé ce soir. Du camping au terminal, tous ces
kilomètres à faire demain matin à l’aube pour être à six heures pour les
procédures d’embarquement m’ont rebutés et j’ai réservé dans un hôtel en
ville qui d’après le guide fait auberge de jeunesse. Au final j’ai une petite
chambre et je vais dormir dans des draps ! L’hôtesse m’emmène voir la
chambre. Dans le couloir décoré à foison de vieilles photos et de vieux
bibelots - So kitch et so british - on croise un homme. Elle me dit qu’il est lui
aussi français et la conversation s’engage. C’est un globe-trotter photographe professionnel, spécialiste des
ours. On parle donc d’ours et il finit par me montrer et me donner cette photo d’une ourse allaitante. Photo
prise à cinq mètres ! Je lui demande comment il a fait pour s’approcher si près. Il m’explique qu’en fait c’est
l’ourse qui est venue vers lui. Plus tard il a demandé à des scientifiques s’ils avaient une explication, ils ont
supposé qu’il devait y avoir des grands grizzlys noirs dans les environs. Le grand grizzly noir n’approche jamais
l’homme et cette maman serait venue chercher protection. Quinze minutes de sa vie qu’Alain n’est pas près
d’oublier. Si vous avez le temps de fouiner sur faune-explo.com vous ne serez pas déçus.
Mardi
Départ de bonne heure pour une bonne heure de marche. Cap sur le terminal de BC Ferries, ça réveille !

Puis navigation dans le brouillard, vent de travers force six … Au chaud derrière les hublots du ferry qui roule à
peine, cela change ! Je rencontre un couple de Québécois, ils descendent d’Alaska en vélo avec leurs deux
enfants. Ils racontent là-haut, fascinant. Les glaciers qu’on sent avant de voir (chose que j’ai déjà entendue
par ailleurs), les ours. Ils ont été impressionnés par l’intelligence qui ressort de cet animal. Le père de famille
de Secret Cove m’en avait parlé aussi. Une fois, en VTT, dans un raidillon où il ne pouvait rien faire d’autre, il
est passé entre une mère et son petit et m’avait dit avoir eu la peur de sa vie. Il en a vu aussi un courir et
disait que c’était très impressionnant car l’ours parait balourd mais court avec
une souplesse de félin sans aucun bruit. A priori, l’ours n’est pas un animal
dangereux et attaque très rarement, sauf les femelles qui, quand elles sont
avec des petits, sont parait-il très dangereuses. Avec les québécois, on discute
aussi point de chute, pas évident car on arrivera en pleine nuit. Ils me disent

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avoir repéré un parking à quatre ou cinq cents mètres du terminal, sinon ils espèrent trouver un petit coin au
terminal même. Très intriqué par ce système de récupération de seringues (Désolé de vous parler de ce qui ce
passe dans les toilettes !) et par des messages de prudence comme quoi on pourrait se faire piquer par des
seringues usagées cachées dans les rouleaux de « PQ », puis, plus tard, par de longs reportages aux
informations télévisées et radio, j’en ai parlé à Bernard qui m’a confirmé que ce n’était pas une toquade
médiatique, il m’a parlé de cinq cent morts au mois de Mai, je ne sais plus si c’est au Canada ou Colombie
Britannique mais peu importe. J’ai fait une trop rapide recherche sur Internet dont le résultat est insuffisant
car les chiffres ne sont pas tous de 2016 et l’évolution a l’air d’une rapidité phénoménale mais quand même :
8 000 morts (2015) en Europe (Env 1,5/100 000 habitants), dont 2 600 (2015) en Angleterre (4/100 000), de
très loin le record, quasiment le double des autres pays Européen même si l’article évoque une certaine très
forte sous déclaration de la réalité de part et d’autres. 52 000 (2016) aux USA (16/100 000), 2 000 (2015) au
Canada (5,5/100 000) et 914 (2016) en Colombie Britannique (21/100 000) qui a plus a doublé en un an ce qui
donne une idée de l’évolution de phénomène. Vancouver a l’air d’en être l’épicentre, et le gouvernement a
déclenché un plan d’urgence. Sur le ferry, je recroise (Ailleurs que dans les Gogs !) le gars rencontré dans la
voiture en montant à Masset. Il me dit avoir changé de programme car le temps va se détériorer
prochainement et il me dit lui aussi que j’ai eu de la chance, surtout sans tente. J’y retrouve aussi la petite
famille allemande, Christian est en train de remplir son cahier de route. On en discute, échange intéressant.
En débarquant, vue l’ambiance un peu glauque du terminal, je décide de marcher jusqu’au camping même s’il
est probablement assez loin. Je double une étudiante de Saint Maur des Fossés (Val de marne, ville jumelée
avec Ziguinchor et dont le lycée Marcelin Berthelot m’a laissé quelques bons souvenirs), elle aussi cherche un
coin pour dormir. On avance jusqu’au parking évoqué par les québécois, un policier appuyé au capot de sa
voiture attend négligemment les clients à côté du panneau « No Camping » ! Jeanne essaye de faire du stop,
elle m’appel - j’étais un peu devant - en me disant qu’elle trouve le chauffeur de taxi un peu bizarre. Une
rapide et courtoise discussion avec le chauffeur le fait repartir, j’y apprends que le camping n’est en fait pas
loin du tout. A l’aller, discutant dans la voiture, je ne m’étais rendu compte de rien. Mon montage de tente
même dans la nuit est d’une rapidité exemplaire et, comme prévu, le lendemain, je pars de bonne heure pour
Port Hardy. Je laisse à côté de jeanne qui dort encore ma part de l’emplacement du camping et marche dans
le petit matin pour contourner toute la baie qui se réveille doucement. Le guichet de la compagnie de bus
n’ouvre qu’à neuf heures. Un café est le bienvenu. Un groupe de motard californiens sont déjà dans la salle,
dehors trône - entre autres - une BMW 650, bien sûr la conversation s’engage. Pour la petite histoire, la
mienne a passé les cents mille kilomètres l’année dernière en rentrant de Côte d’Azur. Il y a du Wifi au café et
j’ai encore un peu de batterie : la météo annonce un coup de vent pour cette nuit et demain, la série
continue ! Plutôt que d’attendre à Kelsey Bay où il n’y a pas grand-chose à faire, je prends un billet de bus
pour Port Mc Neil, juste à côté, point de départ des ferries pour Cormoran Island et Alert Bay où il y a une Big
House et des totems encore originaux, un musée qui parait-il vaut vraiment le déplacement et un centre
culturel. Alert bay a été aussi un des deux points de départ de la SmallPox War. Le bus part dans une heure et
demie, j’en profite pour aller faire quelques courses. Au retour, Jeanne est là, elle a changé d’idée et vient
prendre le bus en abandonnant son idée de stop. Elle me rend mes dix dollars, elle n’a vu personne en partant
du camping et en bonne française, le principe de l’ honor box lui passe complètement à côté ! Elle veut aller à
Tofino, elle voyage beaucoup en Wwoofing. Je descends donc au premier arrêt. Bye bye Jeanne, elle rentre en
France dans quinze jours, cela va lui faire drôle. En attendant le départ du ferry je tourne dans le petit port, la
première voiture de la file d’attente est une rutilante petite Fiat cabriolet des années quatre-vingt. A l’office
du tourisme, j’apprends qu’il y a une présentation de danses traditionnelles à la Big House à quatorze heures.
Sur le ferry, mon voisin est un monsieur très digne, la conversation s’engage. Il me dit qu’à Alert bay, il y avait
une de ces écoles où tous les jeunes indiens étaient internés de force. Il va ensuite sur l’ile d’à côté. A
Sointuna - qui veut dire Harmonie en finlandais - Il y a eu une expérience de communauté égalitaire qui,

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m’avait-on dit plusieurs fois, avait mal tourné au début du vingtième siècle. Lui me dit que non et que la
communauté existe toujours, il y va justement pour cela. Visiblement plus qu’intéressé, il a les yeux qui
brillent en me disant que c’est une expérience « socialiste ». En débarquant, la Fiat me double, petit signe
courtois du conducteur. Le vieux monsieur très digne a vraiment la classe.

Arrivée à Alert Bay. Ancienne fabrique de filets.

L’école du sinistre Residential School System. Big House (lieu communautaire et de cérémonie) et,
à côté, le totem le plus grand du monde.
La photo du bas date de 2013, le bâtiment est
aujourd’hui démoli.

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A l’intérieur de la Big House. Un Canoë encore en utilisation courante.

Et les fameux chapeaux en écorce de Red Cedar qui demandent tant de travail.

Là encore, les photos étaient interdites. Les objets présentés étaient là aussi, d’une exceptionnelle beauté. Un
espace de convivialité, ou on pouvait se servir un café, permettait de regarder un film d’une grande
cérémonie récente se déroulant dans la Big House et où on pouvait prendre les objets présentés pour les
toucher, les regarder sous toutes leurs coutures. Les approcher et les appréhender mieux que cloitrés dans
des vitrines, une bien heureuse et trop rare initiative.
Le lendemain, levé de bonne heure, j’espérais un café ouvert avant le départ du ferry. Tant pis, un bout de
pain fera l’affaire. Bus, et retour au point de jonction pour
Kelsey Bay, quelques courses à la boutique de la station
essence et je pars à pied pour m’avancer dans le stop. Encore
une fois, à pied on voit beaucoup plus de chose qu’en voiture.
Je suis passé trois fois sans voir cette curiosité locale : la
maison faite en câbles. Je ne sais pas s’ils viennent de
l’ancienne ligne télégraphique ou des exploitations forestières
mais c’est étonnant.
Une voiture finie par me prendre. Le conducteur a l’air intéressé par le bateau.
A l’arrivée, il me demande s’il peut descendre sur le ponton pour le voir. J’avais
un petit doute en cours de route, mais là il n’y a plus de doute possible : ce

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n’est pas le bateau qui l’intéresse mais moi. « Je reviens ce soir avec de la Marijuana ». « Non Merci ». « Bon
ben je reviens avec de quoi manger ». « Non Merci ». « Mais ma femme fait très bien la cuisine ! ». « Non
merci ». Et le bonhomme s’en va. Je vais sans attendre à l’espace d’information pour remercier la dame et
retourne à bord ranger et bouclé le chantier de la cadène. Toc Toc Toc, c’est l’homme du port qui visiblement
se posait des questions sur mon absence. Je lui propose de payer de suite. Il accepte avec enthousiasme, ce
qui m’arrange car je paierais ainsi par carte bancaire et garderais mes espèces. Le soir, un peu fatigué, je
mange de bonne heure et extinction de feux pour dormir en fermant le bateau. Pas de nouvelle de mon
entreprenant chauffeur. Il n’y a pas que les filles qui doivent faire attention en faisant du stop ! Fin de la
séquence «Routard ».
Samedi 12 Aout.
Une heure avant la renverse, départ de Kersey Bay. Incroyable, contrairement à la météo, le vent est Sud,
donc de face ! Un vrai gag. Moteur et avance laborieuse encore une fois. Du coup cela risque d’être un peu
juste pour aller comme prévu à Kanish Bay. Un grand voilier me rattrape, il arbore un immense pavillon
breton ! Je me rapproche du milieu du chenal et ils voient mon pavillon français. IIs sont de Rennes et de
Perros et vont près de Victoria pour y hiverner le bateau. Ils me disent grand bien du chantier, je note.
Dimanche 13
Le mouillage de Turn Island est annoncé par le guide comme de bonne tenue et bien abrité. Le soir des
phoques tournent sous le bateau. Le lendemain, le vent a tourné et la protection par secteur Nord est nulle.
J’ai juste trois fois le fond, au raz des cailloux. La renverse est en début d’après-midi et la thermique devrait
monter. Je ne suis pas tranquille. En fin de matinée, loin dans Johnstone Strait, je vois un voilier passer suivit
d’un bateau à moteur. Il est grand mais s’il passe, Kanaouenn doit passer aussi. Je relève l’ancre à vitesse
record, force le moteur pour vite m’éloigner des cailloux et en route. Avec le bon vent, Kanaouenn remonte le
courant facilement et d’ailleurs, d’autres voiliers arrivent
derrière. Les conseils de prudence du guide, longs comme le
bras, sont parfois franchement exagérés. Et du coup, je suis au
bon timing pour le passage des Seymours Narrows (il vaut mieux
car le courant peut atteindre ici les 12-16 nœuds !), pas besoin
de faire halte à Brown Bay. Quelques remous à l’entrée des
Narrows, faibles mais qui baladent kanaouenn tout de même, la
barge du remorqueur se balade franchement et le remorqueur,
qui a pourtant raccourci le câble au maximum, a bien du mal à
garder le convoi au milieu. La renverse a lieu au sud de Maud
Island, à la sortie du passage, puis on passe devant Campbell
River. Devant cette « Grande ville », j’ai du téléphone et de
l’Internet, belle aubaine pour envoyer des messages dont
certains stratégiques puis cap au sud. A la sortie de Quadra
Island, la vue sur les montagnes, au loin, est grandiose.

Nuit au portant dans un vent faible, pile sur la route des paquebots, puis arrivée au petit jour à Tribune Bay

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sur Hornby Island : grande baie avec une grande plage au fond. Pause bannette le matin, puis débarquement.
Il y a un peu de monde sur la plage, ambiance freesby et châteaux de sable, balnéaire mais familial, calme.

L’île est assez plate avec des prés verdoyants, des haies, des mures excellentes à point, camping, boutique
bio. On est dans le sud. Le Nord plus rugueux et plus austère est déjà loin.
Mardi 15 Aout.
Départ à l’aube car il y a de la route. Finalement, avec un bon cinq-six, j’arrive bien plus tôt que prévu sur
Nanaimo. J’en profite pour passer devant la ville, histoire de voir. Dans le passage étroit entre l’ile et la côte,
je vois un grand panneau jaune sur la gauche : certainement encore une interdiction ou recommandation
quelconque, mais illisible de loin. Puis, en haut du panneau, une puissante lampe flash s’allume. Je suis
pourtant sur mes garde mais vois qu’au dernier moment l’hydravion qui amerri en me doublant, juste à côté
de Kanaouenn, à moins de vingt mètres, sûr ! Tellement étonné que j’en oublie la photo. Puis un autre passe
devant et, à dix mètres sur le côté, met plein gaz et décolle entre Kanaouenn et la vedette à moteur qui suit.
Ils sont immensément chez eux. A Mark Bay, il y a des coffres tout près du rivage. Je mets toute l’équipe
préposée au mouillage en vacances et les laptots du bord sont eux aussi bien contents : Ambiance vacances
donc car, cerise sur le gâteau, au fond de la baie, l’eau est lisse comme un lac. L’île de Newcatle est aménagée
en parc depuis bien longtemps et entretenue à merveille. La forêt défrichée laisse bien voir les arbres.

A droite, baie de Kanaka. J’espère que ce n’est pas le John de la chanson car celui-ci a mal tourné : meurtres,
condamnation, enterrement anonyme.
Mercredi 16.

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Départ tranquille à onze heures après une nuit paisible et une bonne grasse matinée, j’avais accumulé
quelques heures de retard. Courte étape mais finalement au louvoyage qui « Double la route et triple la
peine » comme dit le dicton. Contre le courant et le clapot bien formé il a fallu cinq heures pour faire les dix
milles. Bien plus long que le saut de puce prévu ! Silva Bay est très encombrée, toute la partie sud est occupée
par de coffres privés, mais il reste de la place au milieu, c’est moins protégé mais il fait beau.
Jeudi 17.
Je pensais repasser par Porlier à la renverse du début
d’après-midi, mais en partant à l’aube j’ai le temps de passer
par Gabriola. Je devrais ensuite avoir le courant contraire
mais le passage à l’air joli. En route donc de bonne heure,
Gabriola Passage est effectivement largement à la hauteur de
mes attentes et en fait il y a eu un courant négligeable le long
de Valdes et Galiano Islands. Le thermique se lève et le
courant contraire se fait bien sentir dans Captain Passage.
Finalement je ne m’arrête pas à Ganges et continue au
louvoyage sur mer plate pour Canoë Cove, là où les Bretons doivent hiverner. Je suis à la lutte avec un
trimaran, il a de la chance que Kanaouenn soit sale car sinon je pense que je l’aurais tenu ! Je me paye un
petit plaisir entre Knapp et Pym Islands puis Canoë Cove est juste après. Là aussi toute la baie est pleine de
coffres privés et il reste juste une place devant, à côté de l’Américain déjà là. Les bureaux sont fermés mais Jef
est déjà à terre en train de désarmer. On fait tambouille commune, Jef est un pur constructeur amateur. Il est
toujours membre de L’UA (L’Unité Amateur) dont je faisais également partie du temps du chantier de
Chouchen … Au tout début des années quatre-vingt, vieux souvenir ! Le lendemain, contact pris avec le
chantier, Kanaouenn est sorti en milieu d’après-midi, il en avait particulièrement besoin !

La famille Phoque en mode pause. Les grands hangars à bateaux sont en fait flottants et
de structure donc très légère.

Mardi 22.
Kanaouenn tout propre et cadènes refaites à neuf, je
retourne au ponton de Bernard à Deep Cove, derrière
Sydney. Quatre journées d’intendance et de
préparation. Changement de la batterie moteur
transportée en voiture prêtée par Bernard
(nettement plus confortable que dix kilomètres

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chargée sur la trottinette), des courses en ville et à Canoë Cove qui ne sont pas bien loin en Trottinette. Une
journée à Victoria en bus pour d’autres courses, dont une nouvelle antenne GPS pour l’ordinateur car la prise
de la précédente est toute corrodée. La sortie de territoire est faite au téléphone de la Marina de Sydney. Le
colis de Catherine est arrivé et le nouveau contacteur du moteur fonctionne bien et les batteries rechargent
donc. Et miracle, la météo à l’air calme pour sortir de Juan de Fuca puis n’a pas l’air mauvaise dehors pour les
deux trois jours suivants. Ce genre de fenêtre est si rare que cela ne se rate pas. J’avais une envie d’escapade
à Seattle mais la météo, c’est comme la marée, elle n’attend pas et il est hors de question de retrouver Juan
de Fuca comme je l’ai eu à l’aller, surtout que là ce serait de face !
Donc, Dimanche 27 Aout, départ de Victoria,
Bye Bye Colombie Britannique, tellement extraordinaire. Et en route pour les States :
Mais …. Ceci est une autre histoire !
Donc à bientôt,
Je vous souhaite la crème du meilleur, et encore plus,
Et sans oublier de faire la bise aux filles !
Bernard.
PS. Youpi, il reste de la place. J’en profite pour caser 2 photos en bonus et quelques beautés Haïda :

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°10 - Colombie Britannique
Juillet-Aout 2017

Deep Cove.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°10 - Colombie Britannique
Juillet-Aout 2017
Annexe : Rapide résumé de l’histoire de la Colombie Britannique.
1774 - Première « Visite » : Juan Perez avec le navire « Santiago ».
1778 - Cook passe par là. Il est presque passé partout dans la région cet homme-là. Avec des navires si peu
manouvrants, je me demande comment. Il y fait du commerce de peaux de loutre qui étaient très prisées en
Chine.
1787 - Georges Dixon arrive en Haïda Gaii et nomme l’Archipel « Queen Charlotte Islands ». A lui seul il fait
négoce de 1 800 peaux de loutres.
1791 - Massacre de 40 Haïdas par le Capitaine Kendrick.
1802 - Une compagnie de Boston, en un été, fait à elle seule le négoce de quinze milles peaux.
Vers 1840 - La loutre en quasiment en voie d’extinction.
1862 - Arrivée provoquée de la Variole : Dix milles morts en deux décennies. Aux manettes, le gouverneur
James Douglas et sa petite main le Général George Cary. Je « balance » les noms des coupables car il n’y a pas
de raison de les cacher et aussi histoire dire que ce n’est pas Hitler qui a inventé le concept d’extermination
programmée (ce qui ne retire rien de ses propres responsabilités).
1867 - Création de Canada.
1871 - La Colombie Britannique rejoint le Canada.
1872 - La Compagnie de la Baie de Hudson créé un comptoir à Masset.
1875 - La Loi provinciale de la Colombie Britannique exclut les indiens des listes électorales.
1884 - Mise en place de « L’Indian Act » : Interdiction de toute activité et acte traditionnels.
1892 - Mise en place du « Residential School System » : Déportation de tous les enfants dans des internats
avec apprentissage à l’occidental.
1900 - Résultat de « l’épidémie » de variole : passage de la population indienne de trente mille à six cents en
cinquante ans.
1908 - « Copper Rush », ruée de chercheurs d’or. En même temps le gouvernement vend les terres indiennes
un dollar l’acre aux « pionniers ».
1951 - Modification (assouplissement) de l’Indian Act.
1974 - Création du Conseil de la Nation Haïda.
1982 - La reconnaissance du « droit arborigène » est inclus dans la constitution du Canada.
1986 - Création de la Nation Haïda.
2002 - Ratification de la constitution Haïda par le Canada.
Les Haïda ont obtenus du gouvernement Canadien bien plus de droits que les Indiens d’Amérique de la part
des USA. Les Haïdas sont mieux organisés et plus combatifs. Par exemple, ils ont refusé le passage sur leur
territoire d’un pipeline qui devait relier l’Alaska aux USA il y a déjà quelques années et ont recommencé tout
récemment, provoquant la fureur de l’Amérique de Trump. Mais ils n’ont rien lâché. Comme quoi, avec une
bonne détermination on peut faire beaucoup de chose et un « petit » (petit par le nombre mais très grand par
l’esprit) peuple peut faire plier même les USA… Nos dirigeants, s’ils le voulaient, pourraient en prendre de la
graine.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°11 - Californie 1/2.
Septembre - Octobre 2017
Dimanche 27 Aout.
Une escapade à Seattle était bien tentante, le bateau est prêt et j’ai du temps. Mais la météo est vraiment
exceptionnelle autant dans Juan de Fuca où c’est quasiment toujours du vent de face soutenu que dehors où
le flux de Nord est annoncé ne depassant que rarement le sept,
ce qui est rare aussi. Une telle fenêtre météo ne se ratte pas.
Donc départ à la marée, c’est-à-dire en milieu de matinée.
Descente tranquille le long de la presqu’ile de Victoria, au loin on
voit ce qui doit être le Mont Rainier de Seattle. Calme plat total
l’après midi, contrairement à d’habitude, le thermique ne se lève
pas. Du coup, je ne m’arrête pas à Esquimault, une baie sur le
côté de la grande ville et continue directement vers le détroit de
Juan da Fuca. Au passage de Race Rock, il faut remonter un courant de plus de deux nœuds alors que
Navionics, pourtant en général plutôt juste, prédit un fin de jusant à environ un nœud …

Voilà la sortie de Juan da Fuca au matin après une nuit de moteur. Je ne suis pas un passionné de la navigation
au moteur mais c’est tellement mieux que tirer des bords entre la côte et le défilé de cargos au milieu des
pêcheurs et dans un vent souvent soutenu, sans parler des courants. Les pêcheurs draguaient dans le même
sens que la route de Kanaouenn, donc doublaient très lentement, faciles à veiller et comme j’étais près de la
côte, les cargos à plus de trois milles paraissaient bien loin. Une bonne chose de faites. Il faut juste mettre cap
au sud maintenant et pour cela « traverser la route ». Je choisi un moment plus calme où le rail entrant est
vide et hop ! Je me glisse entre deux sortants. A moins de un mille de d’étrave d’un Panamax il y a toujours
quelques minutes désagréables. Juste à l’ouvert du détroit, le vent se lève et la mer devient confuse.
Certainement une zone de convection car cela ne dure pas. On se dégage ensuite doucement de la côte dans
du petit temps sur mer lisse. Voilà le point de plus au Nord du périple est derrière, le point le plus sud était
Tahiti et le plus Ouest était Hawaï. Toute la matinée des baleines soufflent autour du bateau plus ou moins
loin. Elles sont très calmes, à croire qu’elles sont en train de brouter le plancton comme des normandes dans
le bocage. La nuit a été ensuite bien occupée car il y a beaucoup de petits pêcheurs sans AIS.
Mardi 29.
Le vent de Sud Sud-Ouest annoncé par la météo est hélas bien là. Vraiment atypique pour la saison
heureusement pas fort mais c’est quand même du louvoyage. Le lendemain, une petite éclaircie dans le ciel
qui ne dure pas. Depuis le départ, le temps est gris, voilé et froid pour ne pas dire glacial la nuit. Le vent se
lève et la mer suit rapidement. Je lève le pied pour ne pas laisser le bateau taper. Crachin, la météo annonce

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°11 - Californie 1/2.
Septembre - Octobre 2017
le passage d’un front froid mais le retour du vent de Nord devrait être pour cette nuit.
Le 31 du mois d’Aout.
Le vent est repassé Nord. Pas vu de Frégate d’Angleterre comme dans la chanson mais encore beaucoup de
bateaux de pêche sans AIS qu’il faut garder à l’œil. Pourtant je suis loin de la côte. Le vent est calme pour
l’instant mais du vent fort est annoncé pour les deux jours à venir. Pour cela je me suis décalé vers l’Ouest
pour me rapprocher de l’anticyclone. D’autant plus que sur les fichiers Grib on voyait bien une accélération au
niveau du cap Blanco qui fait comme un croche pied au flux. Ce matin le Navtex n’annonce, maintenant, pas
plus de vingt à trente nœuds. Tant mieux. A midi je recale le cap quasiment plein sud en empannant pour
mettre les voiles en ciseaux. Le soleil revient et je relève l’hydro-générateur qui fonctionnait depuis trois
jours. Les panneaux solaires prennent le relai. Pendant la manœuvre il fait un peu frais mais je n’ai plus
qu’une polaire. Depuis le départ je n’avais pas quitté les deux t-shirts, les deux polaires, la salopette et la
veste de quart, le bonnet et les gants (…et même des chaussures !). On va bien vers le sud.
Le Navtex fait merveille. Les Américains, en trois stations, envoient deux météos par jours pour toutes les
côtes de l’Alaska jusqu’au Mexique. Avec une très précise (et donc parfois très longue !) description de la
situation puis les prévisions sur cinq jours pour chaque jour et chaque nuit. Quand Météo France osera
dépasser les vingt-quatre heures ?
Samedi 2 Septembre.
Avant-hier soir, j’avais pris le deuxième ris pour la nuit et hier matin il a fallu prendre le troisième. Le force
sept annoncé est bien là. Mais sans durer, cette nuit j’ai largué le troisième et le deuxième vient de suivre. On
avance mieux maintenant. J’ai soupçonné un courant contraire mais peut-être qu’on avançait mal car les
voiles portaient mal avec la mer qui n’était pas encore calmée. Par erreur Navionics traçait la route et par
hasard j’ai découvert qu’il donnait des statistiques sur les traces
(il faut avouer que j’utilise l’électronique de façon très basique,
cela me suffit largement et c’est déjà tellement fabuleux) :
Moyenne de sept nœuds et demi sur la période avec des pointes
à plus de dix nœuds. Quand même pas mal pour un vintage servi
avec ménagement. Le ciel est absolument sans aucun nuage mais
entièrement voilé, genre Harmattan Sénégalais. Ce matin belle
séance de dauphins comme il y a bien longtemps. Ils sont restés
le plus souvent dans l’eau en
surfant les vagues. Quelques
rares sauts mais de très beaux mouvements d’ensemble.
Il fait encore froid bien que la route soit plein sud. L’air est glacial,
pourtant il fait seize dans le bateau, ce n’est pas si froid que cela. J’ai les
pieds et les mains gelés à mettre des chaussures et des gants. L’hydro est à poste depuis une paire d’heure
après deux jours de vacances.
Dimanche 3.
Puis le vent se calme … J’avais encore une fois fait des pronostics d’arrivée qui, encore une fois, sont à l’eau !
Cette nuit il a fait froid mais pas glacial et ce midi je manœuvre en t-shirt. Une première depuis bien
longtemps. La matinée a été consacrée au ménage. Mais je n’ai pas utilisé la belle balayette en plastic que
Kanaouenn a reçu en cadeau. Déjà, je ne vois pas pourquoi je ferais cet affront à l’historique balayette du
bord, mais aussi parce qu’elle est trop belle et je ne voudrais pas la salir ! La cuisine et les fonds (qui ont eu
droit à de l’eau douce) au Cif, je recommande. C’est efficace et cela sent vraiment bon ! C’est la chronique

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°11 - Californie 1/2.
Septembre - Octobre 2017
« vie à bord » chapitre « ménage ». Cela faisait longtemps1. Je vous promets une séance Miror pour bientôt -
Très important cela aussi. Pendant ce temps, à l’étage au dessus c’est génois tangonné à cinq tours pour ne
pas battre et grande voile à un ris pour ne pas taper contre les haubans, à peine trois nœuds cinq sous un ciel
toujours immaculé mais entièrement voilé. La lettre avance doucement au rythme
du roulis. Ce soir, au menu, œufs durs. Les six œufs (je cuits par série) sont sur le
réchaud et je m’occupe d’autre choses. Paf, tout par terre ! Pourtant le bateau ne
bouge pas tant que cela, j’ai du mal poser la casserole. Bref, le beau projet se
transforme en omelette. Heureusement tout tombe sur la serpillère, le ménage en
est simplifié et les fonds ne sont pas touchés. Au menu de ce soir donc, une boite
de thon ! Il faut dire que le réchaud est quand même instable avec un centre de gravité bien rehaussé avec ce
nouvel étage. Par ici il est impossible de faire remplir une bouteille de butane...En attendant mieux.
Mardi 5.
Le vent est passé Sud Est hier, de face. Ce n’était pas du tout prévu au programme. Au près cap au sud pour
tirer un grand bord et atterrir par le rail sud. Pour arriver de jour j’ai du temps, j’en profite pour prolonger de
ce côté pour avoir de la marge sur l’autre bord. Puis je vire, deux-trois
heures après le vent tourne juste ce qu’il faut pour ne plus pourvoir
tenir le cap, décidément ! Finalement le vent adonne franchement et le
chenal d’arrivée sur San Francisco est géré finalement confortablement
au largue.
Et la vedette fait son coquet, se fait attendre dans la brume et fini par apparaitre à deux milles.

Il y a une corne de brume sur la côte à bâbord, une énorme qui fait vibrer tout l’air de la baie et qui signale la
pile et une troisième, aigue, qui indique le milieu de l’arche, là où il faut passer : ambiance. Je tourne tout de
suite après le pont à gauche pour mouiller de l’autre côté de la baie, à Sausalito.
Jeudi 7 Septembre.
Après une fin de journée et une nuit de repos. Première journée aux States. Première chose à faire dans le
plus grand pays du monde : faire son entrée auprès de Z’authorités. Aux Etats Unis, tout est grand, même
l’administration. A Sausalito, au commissariat, ils me donnent l’adresse de la douane à San Francisco. Un ferry
fait la navette, en route pour une croisière dans la baie.

1
J’entends une petite voix au fond qui demande si c’est la chronique ou le ménage qui « faisait longtemps ».

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La route fait passer juste à côté d’Alcatraz. De loin on voit bien ces grandes
avenues qui descendent droit vers la mer, puis c’est le premier contact avec
La Ville. L’adresse en question est en fait le grand centre administratif. Soit dit
en passant, un bâtiment splendide, intérieur tout en marbre mais ils ne savent
même pas où je dois aller… Une pause internet m’indique une autre adresse
pas très loin. Ce n’est pas là non plus mais cette fois-ci à l’accueil, il appel un
vrai douanier en uniforme qui se renseigne et me donne la marche à suivre : il
faut aller à l’autre bout de la ville, en pleine zone portuaire et y arriver avant seize heure trente. Il faut appeler
avant, ce qu’il fait aimablement pour moi et me photographie tous mes papiers « au cas où » me dit-il (on est
bien aux Etats Unis). Et le jeu de piste contre la montre commence. Dans une ville qu’on ne connait pas, c’est
sportif. Heureusement, un chauffeur de bus me renseigne bien et m’emmène même à la correspondance sans
me faire payer et une dame qui va dans le quartier me drive. Ensuite marche à pied dans le quartier des docks
où je n’irais à aucun prix de nuit. Je recale ma route grâce à un wifi de rencontre et le temps passe. Je
demande mon chemin deux fois, ce sont des chauffeurs qui ne sont pas d’ici et qui ne connaissent pas. Seize
heures quinze, je demande à un gars qui enfin connaît : c’est derrière ! Je suis passé à côté sans voir. Je fini en
courant pour arriver en sueur à Seize vingt cinq. Porte fermée avec panneau indiquant que cela ferme à seize
heures ! ll va falloir tout refaire demain ! Rageant. Puis, miracle, la porte s’ouvre toute seule. « Bonjour, je
viens pour le Check In », « C’est vous le français qui arrive du Canada », « Oui », « Ok, entrez, on s’occupe de
vous ». En fait ils débauchent bien plus tard mais les entrées sont très filtrées. Visiblement, vu l’embarras des
deux qui triment pendant trois quart d’heure sur le document à remplir, ils ne doivent pas faire cela souvent.
Mais ils sont serviables et j’ai un nouveau Cruze Permit (contrairement à ce que m’avait dit leur collègue de
Honolulu, et ce qui c’était passé il y a deux ans, le Permit valable un an n’est plus valide dès qu’on sort du
territoire) et ils me donnent six mois sur le passeport : « You are Welcome ». Il me reste juste à faire le chemin
inverse, reprendre le bus, attraper le dernier ferry et arriver à la nuit à bord. Plus de dix heures pour un papier
et un tampon.
Sausalito est maintenant une ville très balnéaire.

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Un vrai artiste. Le brouillard n’est pas une légende.


Elle est connue, entre autre, pour ses marinas autogérées où les gens vivent à bord. Dans certaines il y a des
bateaux mais en majorité ce sont des maisons flottantes. A l’origine, c’étaient des barges de récupération de
l’armée (Il y avait des chantiers navals, qui ont construit des Liberty Ship à l’époque). Maintenant il y a de
tout, du « Folklorique » à la maison d’architecte, avec de plus en plus une ambiance plus Bobo que Baba. Les
gens vivent aussi à bord sur bouée ou sur ancre dans la baie. Dans le dernier cas, c’est le seul endroit protégé
et gratuit de la baie et il y a vraiment de tout. Certains bateaux, c’est à se demander comment ils flottent.

Le bus va en ville, tout de suite, voici les premières impressions :

Le quartier des affaires. La pendule du quai des ferries.

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Immeubles modernes ou plus classiques. Rue en pente « Ordinaire».

Périphérie du quartier chinois. En face le quartier italien.

Le Saloon (1861), recommandé par un connaisseur !


Le Trieste qui parait-il a été l’annexe de Coppola. Une des rares constructions ayant résisté au séisme
de 1906.

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Dans le quartier, se trouve le « Beat Museum ». Musée consacré principalement
au trio Kerouac-Ginsberg-Cassidy, présentés comme les écrivains
emblématiques de la « beat génération », début du mouvement de contestation
de la société traditionnelle d’où émergera ensuite
les mouvements Beatnik puis Hippy. Ginsberg a
travaillé également ensuite avec
Bob Dylan mais j’ai été surpris du
disque présenté au tout début du
musée. En fait c’est un disque
pirate anachronique (« On the Ce n’est pas moi qui le dis, là.
road » de 2012) qui d’ailleurs a été Mémère est ici avec la sœur (militariste) de Kerouac, il avait de mauvaises
interdit de vente par les gardiens relations avec elle et son beau frère à l'époque.
Le titre français est
"Sur ma route". du temple Dylanien. Si Neal
Cassidy est le type même de l’ange maudit qui a mal fini (Madame Cassidy a l’air d’avoir une
vision différente du mythe). Ginsberg a été un actif militant des idées « Côte Ouest ». J’utilise un terme un
peu vague et global pour ne pas rentrer dans le détail, sur cette pente là on se retrouverait certainement très
rapidement à refaire le monde ! Quand à Jean-Louis Lebris, que les bretons me pardonnent, mais je ne suis
jamais arrivé à terminer un de ses livres. J’ai encore essayé il y a deux-trois mois « Les clochards célestes ».
J’en ai eu vite mare des décisions contradictoires justifiées avec une
mauvaise foi évidente par des préceptes Zens bidons. Un texte purement
factuel avec un niveau de réflexion de type poisson rouge. Il est vrai que
dans la société traditionaliste de l’époque, les sujets qu’il a abordé était
des bombes mais il a mal tourné lui aussi, d’une autre manière : Toujours
chez maman à finalement défendre la guerre du Vietnam et condamner le
mouvement beatnik puis hippy naissant qui étaient dans le prolongement
mais par contre politisés.
Pendant leur période à San Francisco ils ont l’air d’avoir activement fait la
promotion du LSD. Les ravages n’ont pas été à la hauteur actuelle des drogues
chimiques modernes mais quand même.
La boutique du musée recel plein d’objets d’époque années Soixante-Soixante dix :
La madeleine de Proust n’est pas loin !

La fois suivante, j’ai pris la trottinette pour être plus mobile, en descendant du bus plus dans le haut de la
ville. J’ai une commande à, honorer (en fait j’y serais allé quand même), au 3 841 de la 18ème rue, là encore je
parle d’un temps que les moins de quarante ans (voir cinquante !) n’ont pas trop connu :

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C’est une maison bleue, accrochée à la colline. La petite histoire raconte qu’avec le temps la maison était
devenue verte et je suppose que le responsable de l’entreprise « marchande de couleurs et décoration »
devait être un fan de Maxime Leforestier car c’est elle qui a financé la restauration en bleu. Ceux qui vivent là
n’ont toujours pas de clé … Mais il y a un digicode, encore une fois, les temps ont changé !
La maison est à peu près entre les quartiers Castro et Mission. Mission est sur ma route. La Mission Dolores
est le bâtiment le plus vieux de San Francisco1, un des rares à avoir résisté au tremblement de terre de 1906,
suivi du gigantesque incendie.

Etat actuel. En 1850. En 1906, juste après le séisme.


Il y a dans le cimetière un mémorial à propos des cinq mille Ohlones et Miwoks morts de la rougeole. Partout
la même histoire. Dans le musée, il y a une vocation de leur vie à l’époque.

Je descends vers le front de mer pour en même temps traverser le quartier des
célèbres pentes de San Francisco. Par hasard, je passe
devant la bibliothèque centrale : un immense bâtiment
moderne de quatre étages. La dame interviewée
m’annonce trois millions cinq cents mille, rien que

1
1776. Pour donner quelques repères : l’Espagne colonise la région jusqu’en 1821, le Mexique devenu indépendant en
prend possession jusqu’en 1848, à la fin de la guerre perdue contre les Etats Unis. La Californie devient de 31 ème état en
1850.

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pour les livres ! A droite, ce ne sont que des livres audio. La dame m’explique, qu’elle est en relation avec
d’autres grandes villes des Etats-Unis et qu’ils échangent les audio-livres entre eux pour faire tourner les
fonds. Impressionnant.
Et voilà l’image d’Epinal de San Francisco : ses « Cable car » et ses pentes :

Les pentes sont effectivement impressionnantes et certaine sont réellement dures à monter, même à pied.
Avec la trottinette, n’en parlons même pas. Dans les descentes c’est tout simplement impossible. Même avec
un vélo, à certains endroits, ce n’est pas sûr que les freins soient suffisants ! Les cable car sont rigolos avec
leur côté un peu désuets et bringuebalants. Entre le bruit des roues sur les rails et les coups de cloche (Les
deux machinistes, l’un à l’avant et l’autre à l’arrière se synchronisent ainsi) c’est vraiment pittoresque. Sur le
trottoir on entant bien et on sent bien, par endroits, les vibrations du câble qui passe dans les goulottes.

C‘est le seul endroit on ils ont ressenti de besoin de faire des virages. L’endroit est hyper visité et hyper
photographié : voici donc la version Kanaouenn de la célèbre section de Lombart Street ! Au fond on voit la
Coit Tower. J’ai monté plusieurs fois la rue de la photo de droite, à froid le matin les passages plats aux
croisements des chaussées sont bien agréables ! Remarquez Alcatraz au fond et les grands voiliers à
l’entrainement. Tout en bas se trouve le Musée Maritime avec une darse bien protégée où il y a de la place. Je
voulais vérifier cela au passage. A terre, il y a une exposition de photos du port au début du 20 ème siècle.

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Premières machines à vapeur pour aider au Dynamitage du seul rocher de la baie, chantier naval
déchargement. à terre (1900). Les photos sont pales, mais Zoomez.

Bateaux de pêche de la communauté Italiano-


portugaise.
Les fameuses barges à voile et à étraves carrées.
Et bien sûr, l’épopée des grands voiliers passant par le Cap Horn est abordée.

Il y a des témoignages et des films d’époques saisissants


Dont un extrait est là https://youtu.be/hunppd_460U.

Philippe Lacour (que certains connaissent à La Rochelle et ailleurs) m’a fait part du témoignage de son grand
père sur un voyage au Chili (Un grand merci au passage). Dix-neuf jours de louvoyage pour faire les 150-200
milles qui permettent de parer le Cap. C’est-à-dire de huit à dix milles de gagnés par vingt-quatre heures
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(Moyenne de 0,3 à 0,4 nœuds). En fait le bateau avançait quasiment à la cape. N’ayant pas assez d’erre pour
virer vent devant, les virements se faisaient vent arrière (avec le dangereux passage au vent de travers). Si le
virement n’était pas assez rapide, le bateau perdait plus de route que ce qu’il avait gagné pendant le quart
(les virements ne se faisaient qu’aux changements de quart pour avoir tout l’équipage sur le pont). Arrivé au
chili, au mouillage, déchargement du charbon en vrac entièrement à la main par l’équipage. Personne n’a
débarqué mis à part le capitaine pour les affaires. Puis retour. Un récit simple et vraiment impressionnant.
Les guides et des gens de rencontre disaient tous qu’il y a un énorme délai pour réserver la visite d’Alcatraz,
j’ai eu un billet pour trois jours plus tard … Donc, petit séjour en prison ! La visite commentée par audio guide
en français raconte la vie et l’organisation de cette prison de haute sécurité qui a « hébergé » des célébrités, à
commencer par Al Capone qui a été un des tous premiers à bénéficier du nouvel établissement.

Un des trois couloirs. Environ 300 clients en tout, que


Au bout, qui prend les couloirs en enfilade : le mur de
des cellules individuelles.
feu. Là haut les gardiens sont armés.

Cellules d’isolement. Dans le noir 24/24,


contrairement au règlement.
Une cellule, choisie pas tout à fait par hasard.
Le lieu le plus dangereux de la prison était le réfectoire. Là les détenus y mangeaient tous ensemble. Avec
distribution de cuillères, fourchettes et couteaux. Qu’il fallait rendre à chaque fois bien évidement. Malgré
l’organisation rigoureuse, des objets ont disparus. Il y a eu même un meurtre avec un couteau de cuisine volé.
La salle était équipée de diffuseurs lacrymogènes qui n’ont jamais été utilisés. Le commentateur a ajouté :
« heureusement car l’espérance de vie de trois gardiens qui étaient avec les condamnés aurait disparue
immédiatement ». Il y a eu 14 tentatives d’évasion dont deux célèbres. La première « frontale » : escalade du
mur de feu, écartement des barreaux, neutralisation du gardien en haut. Recherche infructueuse des clés,
prise d’otages que se finie en bain de sang (Otages et évadés). L’autre, creusement de la bouche d’aération,
sortie pas les toits et nage avec des flotteurs rustiques fait avec des manteaux imperméables. Il se dit que
personne ne s’est échappé vivant de la prison, mais on a retrouvé aucun des trois corps dont on dit qu’ils se
sont noyés car la distance est trop grande et l’eau trop froide. Bizarre. En tout cas, l’ile est à deux kilomètres
et demi de la côte, l’eau n’est pas si froide et tous les ans une course célèbre et bon enfant mène les nageurs
amateurs de l’ile à la plage où est mouillée Kanaouenn. Cela s’est passé le week-end dernier et en arrivant les

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participants n’étaient nullement épuisés. L’administration pénitentiaire a bien réussi son opération d’intox. En
tout cas, dans cet univers hyper contrôlé, mettre en œuvre ce genre de projet relève de l’exploit incroyable.

Les insurgés ont été anéantis à l’aide de bombes Tête postiche pour tromper la vigilance des gardiens.
lancées des toits.

Ouverte en tant que prison civile en 1934, Alcatraz ferme en 1963. L’île est abandonnée. Les indiens y
manifeste une première fois en 1964 et y sont délogés quatre heures plus tard. Ils retournent en Novembre
1969, rapidement rejoint par des membres de plusieurs tributs, ils revendiquent l’ile au nom des « Indiens de
toutes les tribus ». Pleins d’humour ils déclarent l’endroit convenir pour une réserve indienne car le sol est
stérile, rocailleux et sans gibier. Et pour l’acquisition, ils proposent des colliers de perles, des tissus etc, pour
une valeur de vingt quatre Dollars : ce qui avait été donné pour l’ile de Manhattan. Ils tiennent dix neufs mois
sur l’île. Ils finissent par être délogés mais l’opération au retentissement international a eu un gros soutien
populaire et médiatique et a été le point de départ d’une prise de conscience de la situation des indiens ;
d’une amélioration de leur situation et d’une reconnaissance.

Pour reprendre de la hauteur, la Coit Tower fait partie des classiques de la ville. Le nom de la tour vient du
nom de Madame Lillie Coit (Comme disait Brassens, tout le monde ne peut pas s’appeler Durant). Sauvée d’un
incendie jeune, elle devint, à vie, la mascotte des pompiers et fit ériger cette tour en leur honneur sur un des
points hauts de la ville (Telegraph Hill), qualifiée de « projectile Art déco » par le guide. Vue imprenable sur
San Francisco sur 360°. L’intérieur est décoré de fresques qui firent grand scandale à l’époque. Le livre que
prend l’homme (photo de droite) est Le Capital de Marx, en dessous il y a Hegel. Peut-être pas par hasard !

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La renommée de San Francisco en tant que ville d’avant-garde vient aussi de la lutte contre la discrimination
qu’y a menée Harvey Milk. Après plusieurs échecs électoraux, le très populaire dans le quartier du Castro
Harvey Milk est élu au conseil municipal de la ville fin 1977, représentant le
secteur dont faisait parti le Castro, le quartier gay. Il est assassiné le 27
novembre 78 par Dan White. Le LGBT Museum est en fait assez petit. Trois
murs, l’un évoque les débuts, très souterrains de l’activité gay, le deuxième
présente l’intense activité nocturne de bars et boites gay du quartier du Castro
et Dolores à la grande époque, et le troisième est en hommage à Harvey Milk.
Je regrette un peu que Harvey Milk n’y soit présenté qu’en martyr alors qu’il a
été un polémiste et un homme de campagne très brillant au charisme évident.
Ses slogans, parfois autour de son nom, étaient percutants.
Par contre, se sachant menacé car l’époque étaient
politiquement très violente et le sujet très sensible, il avait enregistré des cassettes à
écouter à titre posthume. Dans l’une d’elle il y a la célèbre phrase « Si une balle devait
traverser mon cerveau, laissez la aussi briser les portes des placards » (Coming out = Sortie
du placard). Un extrait des cassettes accompagne l’évocation et l’endroit est assez émouvant. Pour donner un
peu l’ambiance de l’époque : ce jour là, White, armé d’un pistolet et de beaucoup de balles, entre par la
fenêtre dans la mairie (ancien conseillé municipal, il est connu et connait bien les lieux), demande une
audience au maire Georges Moscone (qui soutenait l’activité de Milk), lui tire dessus puis l’achève de deux
bales dans la tête. Puis il se débrouille pour demander une entrevue avec Milk et là, même scénario : plusieurs
bales dans la poitrine puis deux bales dans la tête pour l’achever. Verdict du jury populaire : Ce n’est pas un
meurtre avec préméditation, moins de huit ans de prison. Son avocat ayant plaidé la dépression et une
mauvaise alimentation, trop sucrée !

On voit ici dans la rue, assez souvent des couples hommes ou femmes se tenir par la main ou être ensemble,
très naturellement. Chose qu’il me semble reste plutôt rare ailleurs. L’ambiance dans les rues est réellement
détendue. La variété des comportements et des habillements alliés à la variété des
quartiers qu’on traverse dès qu’on circule un peu est vraiment sympa. Bien sûr la
majorité des gens sont habillés de façon assez classique mais, par exemple, des
cheveux bleu fluo ou autre ne sont pas rares ou certaines tenues féminines vont des
robes à pois type 1950 du style de Sofia Loren sur la couverture de Maris match de
19581 à des tenues vraiment très légères, et certains sont
vraiment excentriques. Aussi, une jeune fille habillée été et
court, je ne sais plus comment, peu importe : avec une jambe mécanique, là aussi très
naturellement ou un couple faisant sa gym dans un square. Pour finir voici un couple
en habit style tyrolien ou quelque chose comme cela. Pourquoi pas ? Le plus étonnant
est que tout cela a l’air de ne surprendre personne. C’est cela aussi Frisco !
La Trottinette toute révisée, toute huilée et graissée de neuf n’avait qu’une idée en tête : traverser le Golden
Gate. Il y a un beau soleil, l’occasion est trop belle.

1
Numéro 501 - Aucun rapport avec les Jeans - du 15 Novembre, pour être précis. Mais on aura probablement l’occasion
d’en reparler ultérieurement …

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La voie de côté de gauche (en allant vers le nord) est pour les vélos, celle de droite pour les piétons (Pour ne
perdre votre Nord : Les deux photos sont prises vers le Sud !). D’un côté comme de l’autre, le pont est une
grande attraction et la voie des piétons est noire de monde ! Combiens de photos sont prises ici ? Dingue. Le
pont est en structure métallique rivetée construit en quatre ans et fini en 1937. La vue sur la baie et les
alentours est splendide.
Je passerais rapidement le Musée « Legion of Honor ». La publicité vantait une exposition sur Degas et le
guide en disait grand bien. Tout le premier étage est consacré à l’exposition temporaire qui est en fait axée,
en ce moment, sur « Les Chapeaux » ( !). L’expérience confirme sans surprise que je n’ai pas une grande
passion pour la mode parisienne ni pour les précieuses endimanchées. Beaucoup de tableaux sont de seconds
rangs. Ils ont beau être de Degas, Renoir et autres, ce n’est pas parce ce qu’il représente une femme à
chapeau qu’il est une réussite et cela prouve aussi que les grands maitres n’ont pas fait que des chefs
d’œuvre. Dans le lot, heureusement, ils y a quand même de belles choses. Mais le tarif de l’entrée m’est resté
en travers de la gorge1. A l’autre étage, l’exposition permanente est une affligeante et rapide rétrospective de
la peinture. Là non plus, je n’ai pas une grande passion pour les tableaux pieux, pour la peinture naturaliste
flamande, ni pour du classicisme Napoléonien. Là aussi j’ai eu l’impression d’avoir à faire à beaucoup
d’œuvres secondaires. Et rien de ce qui était annoncé dans le guide. Mais pour amortir le ticket d’entrée voici
une sélection et évitant les croutes :
Là, un Renoir. il y
avait un Caillebotte
qui passait par là,
mais pas
fantastique. Au
risque d’en choquer
certains, les Degas
ne m’ont pas fait
sauter au plafond.

Moment de réflexion dans la cour.

1
Je ne suis pas allé au Moma, sans regret car plus tard, Cathy du voilier Manevaï l’a qualifié d’escroquerie. Ce qui
confirme ce que je pense : On est loin des musées de la côte Est. Ce qui ne les empêche d’y aller très fort sur les tarifs.

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On The road Again !

Une étonnante momie en état d’origine.

En parlant de Route, authentique, c’est-à-dire sans Maman, un petit détour


vers le numéro 615 de la Troisième rue. La plaque est en fait sur le 605 car à
côté c’est un grillage de la cour d’une entreprise. C’est là qu’est né Jack
London. La maison a été détruite par le tremblement de terre mais le lieu de
mémoire a été maintenu.

A voir régulièrement les Cable Car dans les rues, cela donne envie de voir l’envers du décor. Ceux et celles que
la mécanique dégoute, passez vite ! Pour ceux qui restent, l’inventeur de ce système est … un fabricant de
câbles. Son père faisait déjà cela en Grande Bretagne. Lui est venu ici lors de la ruée vers l’or et, comme
beaucoup, n’a rien trouvé et à fini sans un sou. Il s’est donc mis à fabriquer des câbles. Cela lui a mieux réussi,
il ensuite conçu des téléphériques pour les mines et en est arrivé là. Le musée se trouve à un point de traction
central qui gère trois câbles dans le même atelier. Les câbles sont des boucles de trois à sept kilomètres selon
les lignes et avance à neuf miles et demi (env. quinze kilomètres/heure).

Vu le poids des wagons, des pentes et de tous les frottements dans les goulottes et contre les galets de
guidage, je trouve les moteurs plutôt petits, preuve de l’efficacité d’un système bien conçu. Le machiniste, via
le grand levier, pince le câble pour y accrocher le wagon. A mi vitesse il fait patiner la pince sur le câble, ce qui
l’use beaucoup. Un câble dure entre soixante quinze et deux cent cinquante jours. Pour le remplacer et le
« boucler », il faut faire une épissure qui n’augmente pas le diamètre du câble, une prouesse. Pour faire cette
épissure sur câble acier (ceux qui connaissent savent la difficulté) de trente mètres de long, il faut environ
cinq heures. Les Cable Car ont bien failli disparaitre. Voué à la démolition, ils ont été sauvés par une
mobilisation in-extremis. Heureusement, c’est le seul système de ce type qui reste encore au monde et ils

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doivent être bien rentables car très utilisés … Par les touristes. Les locaux préfèrent les transports plus
modernes et plus rapides.

Voilà un autre moyen de transport tout aussi électrique et un autre tout aussi touristique que les Cable Car.

Sur le mini bus : Jimmy Hendrix et Janis Joplin, mais qui est le troisième ? Merci à celui - ou celle ou ceux - qui
éclaireront ma lanterne ! (encore une fois, Zoomez).

Le mini bus joue à fond la carte du Summer of Love, dont se sont les cinquante ans pile cette année (le temps
passe vite ma pauvre dame !). Il faut dire que la ville est très touristique. Le quartier de Haight-Asbury est
resté dans le ton. On y sent encore un peu le patchouli et d’autres effluves caractéristiques et est resté
fortement marqué « Hippie » (les boutiques aussi !). Les évènements du printemps-été 1967, dont les images
et la musique ont fait le tour monde, se sont déroulés ici, dans ce quartier et aussi beaucoup dans le Golden
Gate Parc en fait (Cf l’affiche de l’historique Human Be-In présenté en page 7).

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Le célèbre carrefour.
Et la pendule toujours à la même heure.

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De l’autre côté (au Nord donc), se trouve un parc avec des Séquoias. Pour y aller, très simple, guère plus d’une
heure de trottinette en passant matinalement le Golden Gate pour
rejoindre Sausalito. Là attendre la navette très en retard - les
« congestions » ont l’air très fréquentes dans la région - et se
laisser conduire tranquillement jusqu’à Muir Woods. Le bois de
Séquoia, très coloré à l’air bien plus dur que le Red Cedar. La
rondelle, qui fait à peut prêt la même taille que celle de Pin
d’Oregon de cinq cent quatre-vingt ans vue en Colombie
Britannique, a ici plus de mille ans ! Pour illustrer, le trait blanc
extérieur correspond à l’indépendance des Etats Unis, plus à
l’intérieur c’est Columbus qui débarque il ne sait pas encore bien où, ensuite (1325) les Aztèques construisant
Mexico ne dira peut-être pas grand-chose disons plutôt le fin fond du moyen âge, perdu entre Saint Louis et
Jeanne d’Arc pour simplifier, le petit cercle est marque l’an 1100 et le centre 903 (c’est très précis !). Si vous
voulez planter un arbre pour les générations futures et voulez qu’elles en profitent, le Séquoia est donc une
valeur sure : http://www.sequoias.eu/Pages/culture.htm .Si vous avez assez de place ! Pour ceux que cela
intéresse, les conditions de reproduction du Séquoia sont assez originales, entre les graines qui se libèrent ou
pas, les feux de broussailles bénéfiques (pas les grands feux de foret !) et les écureuils libérateurs. Ils en
parlent sur la toile (http://www.sequoias.eu/Pages/sequoia_geant.htm ).

Couleur de bois.

En général et si possible, j’évite de faire apparaitre des gens sur les photos mais là
sans « échelle » il serait difficile de se rendre compte de la taille. Donc merci aux
promeneurs de gauche et à Madame de droite que Monsieur prenait. Je ne sais
pas quels âges ont ces géants, la documentation parle d’arbres de deux à trois
mille ans. Cette vieille photo est éloquente (arbres coupés à la scie à mains).

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En arrivant, j’ai été surpris par le nombre de gens qui parlent espagnol dans la rue, c’est vraiment fréquent.
Au West Marine, le vendeur du rayon électronique était en grande conversation avec son client, en espagnol.
Il y a aussi, avec moins de surprise, beaucoup d’asiatique. Le quartier chinois est immense.
Un musée retrace l’histoire de la communauté chinoise dont le sous-titre est éloquent : « Inclusion-
Exclusion ». Les chinois ont été victime d’un racisme énorme. Le journal « The
Wasp » y était bien en
pointe. Ils ont été le
défouloir pendant des
décennies.
Du « Chinese Exclusion
act » de 1882 à la guerre toute
immigration était interdite. Seuls les
regroupements familiaux étaient
autorisés. Beaucoup (tout est relatif)
ont utilisés cette possibilité mais les
interrogatoires pour détecter les
combinards étaient terribles. Par
contre pendant la seconde guerre
mondiale, la Chine étant l’ennemi
héréditaire du Japon, ils sont devenus
très sympathiques. Mais problème,
comment reconnaitre dans le rue un
chinois d’un japonais ? La propagande a
tenté une réponse … Une étude de
faciès assez surréaliste.
Il y avait aussi de très belles aquarelles évoquant les secteurs d’activité où la main d’œuvre (pas chère)
chinoise a été fondamentale, à commencer par la dangereuse construction des voix de chemins de fer.

L’histoire moderne est plus connue.

Mais tout cela est du passé …

En tout cas le quartier est vraiment sympa. Dans la rue principale, ce


n’est qu’une succession de boutique de type Bazard qui sont des
cavernes d’Alli Baba de trucs les plus hétéroclite qu’on puisse imaginer.
Mais ma rue préférée est la rue d’à côté, la rue Stockton, où il y a
toutes les boutiques d’alimentation. Ambiance, couleurs, odeurs et
animation garanties. Quand mon chemin le permet, quitte à faire un
détour, je la remonte avec toujours le même plaisir.

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Il y a aussi le quartier Japonais, le quartier hispanique (le seul où on trouve des fruits vraiment pas chers et
vraiment bien murs), le quartier des dealeurs, etc. Et il y a aussi le quartier des sans abris (en centre ville, ils
sont traqués par la police), c’est là où a déménagé la poste restante qui est ici
la poste des sans domiciles. Et là on est dans un tout autre monde. Les trottoirs
sont remplis de gens dans un état sanitaire et bien souvent psychique effarants.
Certaines scènes vues sont totalement irracontables en public, sincèrement, je
n’ai jamais vu choses pareilles. Le blog d’un autre bateau en parlait déjà en
utilisant le terme de « Barrière sociale ». Effectivement les choses sont très
tranchées. Vous marchez trois « Blocks » plus loin et vous vous retrouvez dans La photo est prise à la sauvette.
un beau quartier, belles boutiques, des gens qui rigolent. La vie est belle. Pour
ceux que cela pourrait inquiéter, cela n’empêche pas les beaux cabriolets allemands de rouler à foison, ni
même les pas rares Ferrari, Lamborghini etc. Je ne sais pas ce qu’il en est en Europe, mais ici les Tesla ont l’air
de faire fureur. Des mondes pourtant si proches … Géographiquement parlant.
En redescendant au bateau, par hasard, je rentre dans le SFAI (San Francisco Art Institute)

Le patio fait penser à un ancien monastère.

Une salle présente des centaines de carnets d’esquisses des étudiants, où trône une fresque de Diego Rivera,
rien que cela. On pourrait y rester des heures (Petite précision au passage : en bas, les deux portes, l’escalier
et les poutres verticales dans le mur sont vrais et ne font pas partis de la fresque !).
Au fait, il est temps de vous parler de mes voisins. Car après une semaine à Sausalito, Kanaouenn est en fait
mouillé maintenant dans le bassin du Maritime National Parc, juste devant les bateaux historiques

Un remorqueur à roues à aubes. Autre remorqueur à vapeur.

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L’Eureka, bac à roues à aubes, remarquez la finesse


Les fameuses barques à voile à avant carré. de la coque.

Salons intérieurs de l’Eureka. La machine à vapeur était monocylindre. Remarquez


le balancier qui dépasse de la structure du bateau, cela donne une idée de la taille. Détail cocasse, mais qui ne
devait pas faire rire quand cela arrivait, si la machine s’arrêtait vilebrequin en position haute ou basse, il
fallait, avec une grande barre faire tourner tout le bazar pour que le système puisse ensuite redémarrer.

La pièce maitresse est le Balclutha, voilier Cap


Hornier, hélas absent car en chantier de restauration.
Pour compenser voici le trois mats barque. Entre nous avec Kanaoeunn devant, cela compense bien.
Non ? A bon.

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Mais derrière ces bateaux il y a des hommes ! L’équipe de Maritime National Park a été
plus qu’accueillante pour Kanaouenn. David Pelfrey, le responsable, me sachant intéressé,
m’a mis en relation avec Peter Kasin, le responsable du groupe de chant de marins qui m’a
accueilli grandiosement en interprétant « Le Capitaine de Saint Malo » et en français !
(https://youtu.be/srEZ-U4bL18). J’ai ensuite été invité à la session mensuelle du groupe.
Moment extraordinaire. Les chants de marin sont chantés essentiellement a capella avec Peter Kasin

un chanteur qui chante les couplets et le groupe qui reprend les


refrains. Sur la côte Est, c’était pareil. Le fonctionnement du groupe était
intéressant lui aussi, chacun était invité à chanter. Ainsi, même si les meilleurs
intervenaient plus souvent, tous pouvaient intervenir. Comme chacun chante
d’une façon différente, il y avait une variété d’interprétation bien sympa en dehors
David Pelfrey du côté convivial de cette organisation.
En discutant avec un des participants, il m’a dit : « Je viens de la côte Est. Je suis arrivé là, il y avait des gens
qui venaient du monde entier. Cela m’a plu, je suis resté. ». C’est cela, surtout, Frisco.
Samedi 14 Octobre (2017 !)
Et oui, une date quand même de temps en temps. Grand déménagement : Kanaouenn
retraverse la baie pour retourner à Sausalito. Vu la taille de la bestiole rencontrée dans la
baie, cette fois-ci je suis sur, c’est bien un lion de mer. Le guide nautique sur le Mexique
que je cherche à commander depuis trois semaines devrait enfin être en route. A Sausalito
il y a un super Shipchandler, une station service tout près, un super marché moins cher
pour le fond de cambuse, un robinet d’eau. De quoi donc faire tous les La chaine du mouillage après presque un mois !

pleins pour la suite. Côté intendance, je ne m’étends pas sur les miracles de l’électricité et de l’électronique
qui font qu’une batterie et un régulateur de panneau solaires ont
mystérieusement ressuscités, ni des travaux plus courants type
nettoyage du préfiltre à gaz-oïl, changement du rotor de pompe à
eau ou pose de cadènes supplémentaires. Mais côté miracle, il a la
réparation du vérin que j’avais pourtant déclaré mort : ce n’était
qu’une clavette de décrochée. Le miracle est en fait que lors du démontage-
remontage (Chose que jusque là je considérais comme infaisable), il n’a perdu que deux ou trois billes ! Et,
cerise sur le gâteau, l’ordinateur est enfin remis tout bien après avoir été bien déstabilisé par un virus
sournois.

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A Sausalito, il n’y a pas que des bateaux-maisons « Baba-Bobo ». La pauvre Porche flambant neuve qui est
derrière fait un peu minable je trouve. Vous pouvez aussi y faire correctement entretenir votre Swan : Il y a
une agence. Entre nous, c’est tout de même la moindre de choses. Les quatre gros bébés de droite ne sont
pas les Beatles réincarnés mais sont certainement des neveux plus ou moins éloignés des malotrus qui m’ont
parfois réveillé la nuit par leurs chamailleries nocturnes. Dans la baie, il n’y a plus de chantier naval mais
l’armée a toujours un grand centre apparemment d’entretien. Elle y a fait une gigantesque maquette de la
baie pour étudier l’hydraulique.

Ils faisaient ici des Liberty Ship Tanquer.


Sur la photo de droite, remarquez l’homme à droite. Il donne l’échelle ! On ne voit là qu’au maximum le quart
du hangar. Il y a tout un système de pompe pour simuler les marées. Un film explique que la baie (de la taille
de l’état du Rode Island) a été au trois quart envasée par les poussières et gravas générés par l’activité
aurifère en amont. Depuis la simulation par ordinateur, tout ce dispositif est maintenant obsolète mais
conservé pour une utilisation pédagogique. Impressionnant.
Le Vendredi 20.
Kanaouenn est de retour dans le bassin du Maritime Park. Tout est près, il reste juste à recevoir ce maudit
guide de navigation après lequel je cours depuis plus de trois semaines. Je n’ai rien d’autre à faire qu’à me
promener dans la ville, luxe rare. J’en profite pour faire un peu le ménage dans l’ordinateur. Un tour au
musée de la diaspora africaine, pas grand choses. Décidément. Il fait de plus en plus froid. Le poêle est en
grève. Après investigation, il a probablement le pointeau ou le gicleur gommé mais ne connaissant pas la bête
je ne veux pas démonter plus au risque de faire des bêtises. Ce poêle est tellement simple qu’on ne trouve
rien sur internet et le fabricant, bien qu’il dise qu’il faut l’entretenir soigneusement, ne dit pas coment ! Hélas
pour moi mais tant mieux pour lui, Dominique de Kéa qui a exactement le même ( !), n’a jamais eu à
intervenir dessus et n’a donc pas de tuyau (sans mauvais jeu de mot) à me donner. La lampe pétrole apporte
un peu de tiédeur le soir mais il est temps de descendre plus vers le sud.
Le 24 Octobre.
Ca y est, le livre est arrivé ! Un grand merci à David Pelfrey qui s’est chargé de la réception. Il est temps de
dire au revoir à San Francisco, à l’équipe du Maritime Park et à vous aussi. Quelques dernières courses et un
peu d’eau. Je ne vous ai pas parlé d’une escapade en voiture à l’intérieur par manque de place mais ce sera
pour le prochain épisode donc !
Je vous souhaite plus que le meilleur et un peu plus aussi !
A Bientôt,
Bernard / Kanaouenn.

PS. Et … Bises aux filles !


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Avant tout, il faut commencer par rattraper le retard et tenir mes promesses. A San Francisco, j’ai loué une
voiture pour faire une escapade à l’intérieur. Franchement, je suis bien loin de la Fiat de Nicolas Bouvier et
même de mon fidèle Berligo de plus de vingt ans maintenant. J’avais réservé une voiture ordinaire, il ne devait
plus en avoir et je me retrouve avec un machin énorme. Le gars me donne les clés sans un mot et je me
retrouve dans un parking sombre avec une bête toute automatique et de l’électronique dans tous les sens. Au
bout de presque un quart d’heure, ca y est ! Tout est très simple … quand on connait : Pour démarrer il faut
freiner, bien sur il n’y a plus de clé dans une voiture du vingt et unième siècle qui se respecte, camera de
recul, bing bing, le frein à main est au pied, dong dong, mets ta ceinture, Etc… Pour enfin sortir dans la rue, les
premières minutes sont un peu stressantes surtout qu’au premier freinage, en bonne européen, j’écrase la
pédale de gauche pour débrayer … sur le frein. Bon, il faut impérativement maintenir ce maudit pied gauche
bien sagement sur le côté, il n’a plus le droit de bouger sous aucun prétexte. Heureusement mon téléphone a
une application GPS et la brave dame me guide en français « A 300 pieds, tournez à gauche dans la rue
machinchouette », de ce côté-là tout va bien. Le lundi matin, le centre-ville est très calme, et aussi, les
américains roulent doucement et sont d’une patience et d’une courtoisie au volant phénoménale.
Cap au sud, en route pour la Silicon Valley. L’autoroute à deux fois six voies traverse une mégapole immense.
La circulation est très dense. Je ne vais pas faire la tournée des Grands Ducs, ce serait trop long tellement il y
en a (Apple, E-bay, Facebook, Oracle pour les plus connues, etc..) et finalement pas bien intéressant. Ce ne
sont que de « beaux » bâtiments d’entreprises dans des zones industrielles en général plutôt cossues. Mais je
m’arrête tout de même chez Intel. Pour moi, c’est grâce au microprocesseur 8080 (puis les suivants) que tout
a véritablement décollé. Ceux qui à l’époque ont fait joujou avec son populaire conçurent, le Z80, doivent eux
aussi en garder un souvenir ému. Non, je ne me suis pas prosterné devant la porte du bâtiment mais il y a un
musée très technologique avec un grand hommage à Robert Noyce.

Puis retour à Dame Nature. En l’occurrence la terrible Faille de San Andréas. Elle est « visible » à la mission
San Juan Bautista.

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La faille se présente ici comme un anodin talus. Elle est plus spectaculaire dans le sud de
la Californie, plus à l’intérieur, du côté de Los Angeles-San Diego. En tout cas les deux
plaques ne font pas bon ménage, les Mexicains en savent (encore) quelque chose tout
récemment. La Miss cache sont jeu car les scientifiques ont l’air de s’accorder pour
prédire de forts séismes prochains… San Juan Bautista fait partie de la chaine de missions
que les Espagnols avaient établie du sud au nord de la Californie. La route qui les reliait
(Le Camino réal) passe donc par là. Et une des routes des plaines de l’Ouest arrivait
également ici.
Mais peut-être que la faille, c'est juste cette fissure sur le chemin en haut du talus ?

A droite, vous voyez la grande plaine de Californie, le verger-potager des Etats Unis. Le paysage est

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extrêmement aride et tout est arrosé. L’eau est plus que stratégique et économiquement vitale … Et manque
cruellement. La Californie a été en manque d’eau pendant cinq ans. L’hiver dernier a été pluvieux et le niveau
des nappes et des lacs a parait-il bien remonté. Il y a des panneaux partout sur la route avec des slogans pour
économiser l’eau ou plus politique pour soutenir l’activité agricole via la gestion de l’eau, sans arrosage rien
ne pousserait. Même les vignes sont arrosées, c’est pour dire.

L’arrosage est partout du micro arrosage. Avec de très rares exceptions.


Ensuite la route traverse des montagnes désertiques.

Et comme cela jusqu’à minuit. La route est étroite, sinueuse, avec souvent pas de bas côté pour s’arrêter. La
nuit, aucune lumière, aucune ville, rien pendant des heures. Apparemment je suis dans la montagne.
Heureusement le GPS me guide. Finalement je trouve des lumières à ce qui a l’air d’être un des centres de la
Death Valley : Un parking avec quelques bungalows de location, un petit bureau du Park. En face une station
essence et une boutique. La seule chose à faire pour
l’instant est de dormir.

Au lever du jour,
le paysage se
dévoile !

Vite un coup de réchaud pour le thé puis profiter du


lever de soleil.

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Là on est à environ moins trente-cinq mètres. Le sel a été exploité pendant un temps, et qui y travaillait là
dans des conditions difficiles à imager ? Les chinois ! Les trains de chariots étaient tirés par les célèbres
attelages de vingt mules.

Là, on est au fond, presque par moins soixante mètres. Pas de masque ni tuba, encore moins de bouteille ou
autre : trop facile ! A droite, au premier plan, les collines très claires et extrêmement découpées par l’érosion
sont un mélange de sable et de graviers. On peut, en tapant avec le pied, y faire des petites marches pour les
escalader tout de même prudemment car cela glisserai facilement. A l’intérieur, il y a une ambiance de
dédale, et le matin le soleil oblique donne une l’ombre bien agréable dans ces défilés étroits, car dès dix
heures la chaleur commence à monter.

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A gauche, sur la route du retour, une vallée plus à l’ouest que la Death Valley. Et, bien plus loin, d’un coup, à
la sortie d’un virage, la Sierra Nevada apparait. Une barrière minérale phénoménale. La photo brumeuse ne
rend pas l’énormité du volume. Je ne pense pas que la vallée soit à mille mètres d’altitude. La Sierra Nevada,
elle, monte sans transition à plus de quatre mille mètres. J’imagine le désarroi des pauvres immigrants qui
après avoir traversé les grandes plaines centrales, les rocheuses, les vallées désertiques tel la Death Valey et
les suivantes, et qui tombe sur cette barrière absolument infranchissable. J’avais idée d’aller dans le Sequoia
Park mais il faut tout contourner par le sud, encore beaucoup de route, donc cap au nord pour Le Yosemite
Park.

Le versant Est est très minéral, par contre le versant Ouest est plus boisé.

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Nuit à plus de deux mille cinq cent mètres d’altitude, dans un camping
rustique : des emplacements, un robinet d’eau non potable et des gros
caissons en fer pour mettre la nourriture à l’abri des ours. Quelques tables
et bancs déglingués. Il a fait vraiment froid et je n’étais pas assez équipé.
Les voisins, qui connaissent la région et bien que bien équipés, font des
feux de bois pour se réchauffer. C’est le paradis des randonneurs. Le
projet était de faire une balade le lendemain matin, mais est-ce la fatigue,
la brutale montée en altitude (à au moins trois mille mètres) ou la nuit à
n’avoir pas chaud, en tout cas le matelot n’est pas bien ce matin : mal à la tête et des nausées. Et je n’ai
qu’une envie : Redescendre ! En route donc, bien doucement au début, puis tout est vite rentré en ordre. En
bas, l’idée est d’aller vers le nord, dans la région des mines d’or.
Je m’habitue bien à ces fameux carrefours à quatre stops. C’est un peu déroutant au début, mais à l’usage
c’est génial. A l’arrivée sur le carrefour, la première chose à faire est impérativement de s’arrêter. Tant que
vous ne vous êtes pas arrêté celui qui est arrivé avant vous de prendra aucune décision et ne redémarrera que
lorsque vous aurez respecté la procédure. Le jeu consiste à, en arrivant, bien repérer qui est avant vous et qui
est après (et donc arrêté, sinon il faut attendre). Ensuite chacun passe selon son tour d’arrivée. Et cela marche
parfaitement bien, même s’il y a plusieurs voitures qui se suivent sur différentes routes. Bien sûr, en bon
français, je ne maitrise pas toujours tout encore, même si au fil du temps les progrès ont été nets. Donc si un
conducteur vous fait signe de passer, c’est qu’il estime que c’est votre tour (ce qui doit être le cas), là surtout,
vous passez car la règle est faite pour être respectée : on est aux States ! Le collègue y perdrait son latin et de
toute façon ne passera pas si ce n’est pas son tour. A l’usage, c’est très confortable et très paisible car cela
repose, encore une fois, sur la courtoisie, notion bien absente sur les routes de France. A pied, en ville, c’est
pareil : quand la voiture tourne à droite elle doit laisser passer les piétons. En général, ce n’est pas la peine de

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°12 - Californie 2/2.
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faire signe à la voiture de passer avant, elle refusera de ne pas respecter la règle. Vous avez une chance
qu’elle accepte si vous êtes encore un peu loin du bord du trottoir, mais là encore si vous avez un pied sur la
chaussée, c’est fini, la règle redevient incontournable. Vous aurez beau insister, rien n’y fera.
Mais pour revenir aux mines d’or, le Sieur James Wilson Marshall était un entrepreneur qui, avec son associé
John Sutter, avait une entreprise d’exploitation forestière. Ils avaient eu la bonne idée d’essayer de mettre au
point une machine pour découper le bois à l’aide d’une roue style moulin
à eau. La machine, comme tout bon moulin à eau qui se respecte était
alimentée par un canal de dérivation. Par le beau lundi matin du 24
Janvier 1848, Monsieur Marshall décide d’inspecter le canal de dérivation
… Et tombe sur une pépite d’or ! Il cherche à taire sa découverte mais le
secret ne tient pas. Et la rumeur devient ce que vous savez. Elle couvre la
planète en s’amplifiant et se magnifiant. Un véritable cas d’école.
Combien de pauvres bougres ont dépensé des fortunes pour faire un long
voyage périlleux par terre ou mer et qui au final n’ont rien trouvé. Exploité par des escrocs qui les attendaient
à l’arrivée. J’ai entendu parler de l’œuf - il me semble bien que c’était l’unité, mais je n’en suis pas archi sûr - à
cinq dollars ! Epuisés, déçus, combien ont finis dans l’alcool ou la folie ? Heureusement d’autres en ont trouvé
ou se sont recyclés. Le mouvement et le mythe étaient lancés et perdure encore avec la Silicon Valley.
Comment un « petit » évènement change l’histoire !

Voilà la riante rivière responsable du Rush mondial. L’arrière-plan est voilé non pas par de la brume mais par
la fumée des gigantesques feux qui, pendant ce temps-là, dévastent le nord de la Californie.

La fameuse machine. Sur la route : De la vigne, arrosée elle aussi.


L’exploitation de l’or s’est industrialisée comme ici à Empire Mine, une des plus grandes de la région.

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C’est une vraie mine qui descend très profondément (plus de trois mille trois cents mètres) avec plus de six
cent kilomètres de galeries où les conditions de travail étaient « d’époque » (Taille à la main dans une roche
très dure, les enfants et les mulets, les wagonnets etc…). Beaucoup d’immigrant écossais ont travaillés là. Le
minerai était concassé par quatre-vingt broyeurs comme celui de la photo de droite. Le bruit s’entendait à de
milles à la ronde. Ensuite il était traité au Cyanure etc…

Car l’or se trouve en fait rarement à l’état de pépites visible à l’œil nu, contrairement à la légende. Mais en
voici quand même !

L’appareil photo a fait la mise au point sur ma main


mais vous avez sous les yeux 7 000 Dollars.
En haut à droite, des pépites dans du gravier : le rêve des orpailleurs. Et en bas, parait-il quelque chose de très
rare, des pépites amalgamées dans la roche.

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Mais retour sur terre pour rentrer au
bateau, en passant par Sacramento. A
l’ombre de San Francisco et de Los
Angeles, et dans une moindre mesure San
Diego, Sacramento est tout de même la
capitale de la Californie, donc avec un
capitole !
Puis retour à San Francisco, sans passer
par la case prison de Saint Quentin (pas
uniquement célèbre par le concert de
Johny Cash). En fin de journée la
circulation est dense en ville et les
embouteillages sont nombreux. Le plus
souvent provoqués par les nombreux
piétons. Eh oui, ils sont archi prioritaires donc les files qui tournent à droite dans grandes artères sont
arrêtées par ces nombreux piétons qui traversent … Et tout se bloque.
Voilà, le retard est rattrapé ! Kanaouenn, une fois de plus, a sagement attendu au mouillage dans le « Cove »
du Musée Maritime.
Le Mercredi 25 Octobre.

Tout est prêt, les adieux (ou peut-être de simples au revoir …) à l’équipe du Maritime Park ont été faits. Cette
institution (Les parcs nationaux) est d’une efficacité
remarquable. Elle ne s’occupe pas seulement de gérer,
d’entretenir et de présenter, elle anime les sites à merveille.
Partout les équipes de Rangers accueillent les visiteurs et leur
expliquent le lieu et la vie de l’époque. Par exemple, à bord des
bateaux du musée, les groupes d’enfants était accueillis dans un
simulacre de discipline de fer vraiment crédible et qui donnait
bien l’ambiance à bord des grands voiliers. L’entretien se fait
devant le public et à l’ancienne. Aux forges de la mine, ils étaient
deux à m’expliquer la technique du traitement du minerai et la
vie sur place, etc. Il est vrai que de si bonne heure il n’y avait quasiment personne
mais quand même. La volonté de conserver la mémoire pour les générations futures
est un objectif très fort aux Etats Unis. Ce matin, la marée est haute à environ sept
heures, donc levé de l’ancre de bonne heure. Je voulais aller saluer Kéa au passage,
quitte à les réveiller un peu, mais les « Deux Dominique » sont déjà sur le pont pour
assister à la manœuvre. Ils ont l’intention de partir dans une semaine, on devrait
donc se revoir bientôt. Peu de vent ce matin, classique. En général, c’est cela ou du
vent d’ouest qui rentre dans la baie avec parfois un thermique soutenu en après-midi.
Dernier passage du Golden Gate, je me dégage de la côte, espérant du vent plus au
large. Il vient effectivement, du Nord, et fini par bien pousser. Des baleines grises
passent près du bateau. Les deux premières, au vent sentent nettement … une odeur
pas très distinguée ! Plusieurs passent très près, moins d’une trentaine de mètres.
Elles avancent à environ 5-6 nœuds et sont énormes. Leurs souffles et leurs masses donnent une impression
de puissance comme jamais ressenti. Une passe devant l’étrave à presque devoir me dérouter. Je prends un
ris, Kanaouenn file bon train à plus de sept nœuds et demi et caracole bien sur les vagues mais le pilote
travaille beaucoup et je préfère ralentir au milieu de ces grosses bêtes. Manœuvre terminée, assis en haut de

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la descente, place classique pour la veille, je vois d’un seul coup une baleine pile face à face à vingt mètres ! La
bête me donne l’impression de plonger précipitamment. Les secondes passent dans un espèce de blanc. Je
surveille derrière : enfin un énorme remous dans le sillage me signale que la bestiole est passée et poursuit
son chemin. La plaisanterie commence à ne plus être très drôle. Combien de temps le festival va durer ? Et
cette nuit ? Mais progressivement le calme revient et il n’y a plus que quelques souffles au loin. A la sortie de
Juan Da Fuca déjà il y avait comme un rassemblement de baleines. Est-ce que les baleines grises vivent en
groupe ? Ce serait intéressant de le savoir.

Ca faisait vraiment trop longtemps !

Puis le vent aussi se calme, le lendemain, Big Sur est par le travers, de grandes falaises au loin. Je suis juste à
l’intérieur de la route des cargos donc assez au large et il n’y a aucun bateau sans AIS dans les alentours. Le
grand calme.
Vendredi 27.
Peu de vent, la mer est fluorescente comme jamais. Le régulateur est éclairée par le sillage et le bas du génois
par la vague d’étrave. Les moutons, quand il y en a, sont d’une
blancheur presque irréelle. Il y a des plaques claires par moment,
des bancs de poissons ou des effets de courant ? Il y a aussi de
grandes plaques noires. En fait ce sont de gros bancs d’algues
très denses, presque des iles flottantes. Dans la nuit, le bateau
s’arrête travers au vent, l’hydro générateur est pris dans un de
ces paquets. Il y a un amalgame d’algues et un filet à très grosse
mailles. Je sors le couteau de plongée et essaye de relever l’hydro
générateur. Centimètre par centimètre tout le bazar sort
lentement de l’eau et d’un seul coup tout se décroche, ouf. La
barre répond mal mais le bateau fini par se remettre en route. En fin de nuit, j’avais comme un gros doute, le
petit jour le confirme : Il y a une brume à couper au couteau, à ne voir que le premier train de houle, pas plus.
Heureusement que le secteur est calme et que l’AIS veille. Le soir suivant le brume est moins dense et dans la
nuit j’entraperçois les lumières d’un paquebot à plus de un mille. Le gag de la journée s’appelle « purée ».
Qu’est-ce qui s’est passé, la casserole encore mal posée ou un malencontreux coup de coude ? Toujours est-il
qu’il y en a partout, jusque dans la table à carte ! Et essayez si la curiosité vous en dit : la purée cela colle bien
et cela encrasse bien l’éponge. C’est franchement la galère à nettoyer. Encore une fois, le GPS, c’est bien
sympa car la route fait passer entre une ile et des hauts fonds. Il y a largement de la place (cinq milles) mais
avec le temps gris (et froid !) depuis le départ et une estime de plus de trois jours ce ne serait pas aussi serein.

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Dimanche 29.
La visibilité se dégage pendant que le vent tombe et c’est au moteur que se finie l’étape. Sous ce ciel bas et
gris l’iles parait presque hostile. Impression vite dissipée dès le premier débarquement à terre.

L’ile est aride au point qu’il est interdit de fumer dans la campagne sous peine d’amende voir de prison ! Ca
ne rigole pas. Mais il y a quand même des barbecues (autre sacro-sainte institution Etasunienne) à disposition
dans les campings. L’eau est rare au point que les voitures ne sont pas lavées, normalement une hérésie aux
States.
Après les lumières de Jean par mail et une opération chirurgicale chanceuse, le poêle a rendu gorge et
fonctionne au quart de poêle (Ouaf Ouaf, vraiment trop facile celle-là). Cela
tombe bien car la température est devenue douce et, en allant plus vers le
sud, va continuer à monter. Mais c’est quand même mieux comme cela.
Pendant ce temps le câble d’inverseur grippé est en soin intensif. Ce n’est
pas croyable à quel point un si petit bricolage peut mettre comme bazar
dans le bateau. Il a fallu vider toute la cabine arrière et sous le cockpit pour
atteindre le passage du câble. Il y en a partout dans le carré. Mais c’est bien
de mettre son nez et d’aérer de temps en temps dans ce genre d’endroit peu accessible.
Un beau jour, belle idée : aller à la « Capitale » en stop. En partant un gars parait un peu étonné du projet. Il y
est allé à pied et a mis … Trois jours ! Mais il me dit que la navette prend en route, bonne sécurité. L’idée, un
dimanche, est fabuleuse : Pas un chat sur la route. Au bout d’une heure, LA voiture qui passe me prend
directement pour Avalon. La ville de tout de même deux à trois milles habitants - je ne m’attendais pas à si
grand - est hyper balnéaire et a été par moment l’arrière-cour de Hollywood.

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Vue générale. Le Club Nautique et le Casino.

Fresques du Casino dont la célèbre sirène qui est un peu l’emblème de la ville,
Comme quoi l’Amérique n’est pas toujours aussi pudique qu’il se dit.
J’en repars de bonne heure pour garder du temps devant moi. La première voiture qui passe s’arrête, le
conducteur me dit qu’il n’a pas le droit de prendre des gens mais m’avertit que j’ai raté la seule navette de la
journée et que la seule solution est de prendre un taxi et qu’il y en a pour environ trois cents dollars ! A ce
prix-là, cela vaut le coup (… et le coût, ouaf-ouaf N°2) de tenter la chance. La deuxième voiture est une petite
famille au complet, mais pour m’avancer me prends dans le coffre. En fait ils vont à l’aéroport ce qui est à plus
de la moitié de la route. Le reste se fait à pied, la seule voiture qui me double est le Shérif en maraude. Il n’a
pas l’air inquiet de me savoir en route pour Two Harbour, ce qui doit donc être faisable. Effectivement j’y
arrive juste à la nuit tombante. Avec de belles rencontres en route.

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Il y a beaucoup d’animaux, je n’ai pas vu de daims qui sont parait-il communs mais des aigles pêcheurs en
pleine action et une otarie (cela change des phoques !). Voici mes voisins quotidiens de mouillage.

Mardi 7.
Avant de partir, j’avais envie de passer une nuit dans une des criques de la côte Est. En passant à pied, l’eau y
était cristalline et il y a avait une ambiance de calanque bien
sympa. A Catalina harbor, le fond de la baie se termine en
vasière et l’eau y est un peu trouble. Je choisi une petite
crique qui a l’air bien abritée ou il n’y a personne.
Effectivement, par sept mètres d’eau les fonds sont d’une
netteté incroyable. Le ressac claque un peu dans les rochers.
Deux oiseaux qui ressemblent et qui pêchent exactement
comme des martins pêcheurs sont juste à côté. Dans de l’eau
salée je doute quand même que cela en soit ( ?). Il y a un espèce de campement juste là. Soirée et nuit bien
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paisible
Le lendemain, je pars avant midi pour éviter toute discussion éventuelle et j’ai donc largement le temps pour
arriver de jour à San Diego. Plan de route : Moins de quatre nœuds. Navigation à deux ris dans un force deux,
rarement plus, ça c’est de la vraie navigation tranquille ! Au petit jour, encore une fois, plus de vent et le
contournement de la dernière pointe se fait au moteur dans un dédale de petits flotteurs de pêcheurs. Dans
le chenal, les bouées affichent toutes « Complet ». Ces messieurs-dames sont aux premières loges. Je ne sais
pas s’ils râlent d’être dérangés par le passage ou s’ils font des commentaires de concierges peu amènes mais
ce n’est pas très gracieux.
Certains détails
m’échappent un peu :
Dans la baie plus au Nord,
la marée est en début de
descendant. Dans le
chenal on est dans la
deuxième partie du
montant et le coutant sort
de la baie de San Diego
pendant qu’il remonte le
début du chenal. Pas
facile d’y comprendre
quelque chose !
Heureusement, ici, les
Là, c’est Monsieur qui fait le beau. courants restent faibles.
San Diego, c’est une vraie ville, au sens américain du terme, c’est-à-dire une ville étendue avec des voitures,
des boulevards avec des voitures, des axes rapides avec des voitures, des autoroutes urbaines chargées… de
voitures, des parkings avec encore et toujours des voitures. Venant des iles Catalina semi désertiques et de
San Francisco qui a une organisation très européenne, l’ambiance redevient un peu comme dans « Un indien
dans la ville ». Depuis l’attaque japonaise de Pearl Harbour, l’aéronavale s’est implantée ici. Donc vous ajoutez
les hélicoptères en entrainement quasi permanent quand ce n’est pas un chasseur bombardier lourd qui
décolle en déchirant le ciel. Sans oublier les vedettes rapides qui patrouillent sans arrêt. Le mouillage est juste
à côté de l’aéroport international, longé par une voie rapide. Voilà, le décor est posé, quelque peu bruyant
donc.

Première journée en ville : trouver ses repères, dénicher un magasin d’alimentation et récupérer un plan de la
ville. Tout cela me mène dans le balboa Park qui est présenté comme la perle de San Diego. Ce parc immense
a été le cadre de plusieurs expositions internationales. Pas toujours bien entretenu (il a servi de camp
d’entrainement militaire pendant les deux guerres mondiales), il a été restauré à merveille.

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Le site abrite plus d’une douzaine de musées, il n’y en a pour tous les goûts (Aviation - L’aventure de Ch.
Lindbergh a commencée là et le Spirit of Saint Louis y a été construit-, Zoo, Art moderne, Musée de l’homme,
Histoire naturelle, etc.). Ne vous inquiétez pas, je ne les pas tous fait ! Juste rapidement, le Timken Muséum
qui n’est pas très grand mais de qualité. De plus, la famille Tutnam a la décence, elle, d’étaler sa fortune sans
faire payer au passage.

L’éclairage naturel des salles met bien en valeur les tableaux.


Une autre attraction de la ville est le porte avion Midway. Ce n’est pas
très poétique mais cette machine de guerre et de mort est vraiment
impressionnante. C’est curieux, pour ce genre de machin les états et
les gouvernements trouvent toujours de l’argent. Mais passons à la
visite. Là encore j’ai eu la bonne idée d’y aller un samedi, qui plus est
Onze novembre, jour férié du « Veterants day ». Le navire était donc
noir de monde !

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Hangar central : Environ 200 mètres de long. Stock des bombes, munitions et autres missiles en
tous genres.

Pont d’atterrissage, immense. Et pont d’envol.

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Trois à quatre milles membres d’équipage à gérer, faire manger, dormir, blanchir, etc. Le pont est rempli
d’hélicoptères et d’avions de toutes sortes, tous présentés comme les héros de dernières guerres (Corée,
Vietnam, Guerres du Golfe et Tempête du désert). Une débauche de technologie, d’armement, d’organisation
et d’efficacité. C’est d’autant plus impressionnant que c’est de l’histoire récente. « With God on our side »
comme disait Bob Dylan.
San Diego a été aussi le cadre le luttes plus pacifiques. Dennis Conner y a faite venir la
coupe de l’America en 87. Là comme à Newport, les défis français n’y ont fait que de
la figuration mais comme il parait que l’essentiel est de participer, les fils spirituels de
Pierre de Coubertin sont toujours revenus l’honneur sauf. Mais c’est aussi de San
Diego que la coupe a quitté la première fois de son histoire le sol des States.
Par le beau mardi quatorze en milieu d’après-midi, je rentre à bord : il y a encore un « Violation Warning »
accroché à la filière. La première fois je pensais que c’était parce que j’étais un peu en dehors de l’espace
alloué et balisé par des bouées jaunes. Pour essayer de comprendre je passe voir le voisin qui vient juste
d’arriver. Il appel pour moi la police du port car je n’ai plus de téléphone, je n’ai pas renouvelé mon forfait
pour juste une grosse semaine et c’est finalement un gros handicap. En fait il faut un permis pour mouiller à
San Diego ! La police décide de venir sur place pour faire le contrôle
obligatoire avant l’obtention du permis. Et là je vis en réel ce que c’est
que de ne pas être en règle face à la police américaine. Je les avais déjà
vus à l’œuvre avec d’autres, mais là c’est colossal. A partir du moment où
vous n’êtes pas en règle, vous perdez tous vos droits et vous avez tort sur
tout. Mes arguments d’ignorance et de bonne foi n’ont aucune valeur. Je
suis d’autant plus effaré que je suis présenté deux fois aux Coast Guard et
une fois au bureau de la police du port justement, pour leur dire où j’étais
et demander les formalités à faire ici, la réponse a été « Rien ». Je me retrouve devant un autoritarisme borné
fantastique. Ils décident qu’il faut que j’aille à leur quai pour le contrôle. Au moment de relever l’ancre ils
changent d’avis et m’ordonne avec menaces d’aller à l’autre bout du port, dans un coin complètement perdu,
avec autorisation de n’y rester que trois jours. Je demande pourquoi : « Parce que vous être en faute ». On est
bien face à un abus de pouvoir caractérisé et sans état d’âme. Je pars donc en saluant mon voisin qui m’avait
aidé : Grand sourire et grand « Good Luck ». On est aux states. J’arrive de nuit sur les lieux et mouille après la
ligne de bouées. Le lendemain matin, je me rends compte que les bouées sont blanches. Je suis dans une zone
interdite ! Je décampe immédiatement et trouve l’emplacement un peu plus loin. Heureusement car moins de
une heure après, une vedette de police du port tourne autour du bateau. A bord c’est justement le type du
bureau qui m’avait dit que je n’avais rien à faire. Je re-parlemente, « Téléphonez dans deux heures au bureau
pour savoir si vous pouvez revenir ». Je ne téléphone pas (ce qui sans téléphone n’est pas un exploit !), je vais
directement au quai de la police qui se trouve juste à côté de la Douane avec la ferme intention de quitter le
pays s’ils ne m’autorisent pas à mouiller devant la ville. Je raconte mon histoire au policier de service il prend
les papiers pour en faire des copies et revient avec le formulaire d’inspection, me demande si j’ai des gilets,
une cuve à eaux noires sans rien vérifier, mais veut voir un extincteur, de loin cela lui suffit, inspection très
légère donc. Mais regarde bien si j’ai une ancre (c’est dans la liste).
Heureusement que la police est là pour éviter que des inconscients
viennent mouiller chez eux sans ancre, il est beau le service publique !
Bref, la procédure étant respectée, je repars donc avec un beau papier
m’autorisant à rester … Un an ! Tout ce quetsche pour absolument rien.
Il ne faut pas chercher à comprendre mais si pour certains San Diego est
le pays de Zorro, pour le coup c’est aussi celui du Sergent Garcia. Mais
bon, retour en ville en mouillant de l’autre côté de l’espace car mon
voisin, qui a certainement l’esprit pratique, en a profité pour prendre mon ancienne place. Ce petit
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déménagement m’a permis de voir la base navale qui se trouve après le pont Coronado. Il me sembla avoir lu
que San Diego est la plus grande base des Etats Unis. C’est probable si on ajoute la base navale et
l’aéronavale, mais j’ai l’impression que la base navale de Norfolk, en baie de Chesapeake, était plus
importante … Par contre la statue (toujours la même, elle y était aussi Pearl Harbour et à Norfolk) est ici bien
plus grande.

Retour en ville donc, le musée d’art contemporain expose des


œuvres minimalistes qui portaient leurs noms : il n’y avait rien pour
cause de travaux, du grand art. Heureusement une exposition
temporaire « Mémoires du sous-développement » présente des
artistes d’Amérique Latine de 1960 à 1985. Bien sur les
monumentales répressions Chiliennes et Argentines sont
largement évoquée. La région Poitou Charente y fait parler d’elle !

La compagnie Shell est largement vilipendée mais c’est curieux, aucune évocation de l’United Fruit Compagny.

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La vieille ville n’est pas en ville, bon. C’est pourtant le lieu d’implantation de la première communauté
hispanique. Avec LA première Mission de Californie dite « The Mother Mission », qui n’est plus là, elle non
plus, elle a déménagée entre temps. C’est un peu compliqué tout cela et j’ai arrêté de lui courir après en
trottinette quand j’ai relu dans mon guide qu’il ne restait qu’un pan de mur. Tout ce que j’ai vu de la vieille
ville est tellement aseptisé par l’activité touristiquo-commerçante, autant passer directement au Musée
Maritime : Une valeur sure et juste à côté !

Salon d’un motor yacth de 1904,


J’y pense pour le carré de Kanaouenn
La réplique du San salvador, le premier à avoir exploré la côté Californienne, en 1542. Et le premier d’une
longue série (de deux siècles) à être passé devant San Francisco sans rien voir à cause de la brume ! Le sous-
marin soviétique est d’une rusticité étonnante en comparaison de celui de Lorient pourtant plus ancien.

Torpilles communistes, comme vous pouvez le


constater, très différentes des torpilles capitalistes.
La frégate Surprise fait un peu pale figure par rapport à l’Hermione. Elle est bien plus petite et de conception
bien plus ancienne et … britannique.

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Le « Star of India » est splendide. Ce trois mats barque a fait la route des indes, a transporté des immigrants
via le Cap Horn et a fini sa carrière entre la côte Ouest et l’Alaska.

Carré des officiers et des passagers VIP. « Carré » des immigrants.

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Octobre - Novembre 2017
Une petite escapade du côté de Tiruana, juste à la frontière : Côté USA, il n’y a rien, la
campagne est vide et la végétation très rase. Juste une autoroute et un centre
commercial. Côté Mexique, la ville occupe toutes les collines à perte de vue. Entre les
deux, une double barrière avec projecteurs, caméras, etc …

Juste un contrôleur de billets dans le tram ... Quelque peu équipé tout de même.

Mais à quelques milles au large, Kanaouenn va-t-il pouvoir passer la frontière sans difficultés ?
… A suivre !
Et à Bientôt Donc.
En vous souhaitant que du bon et bien plus encore !
(… Et de ne pas trop vous faire envahir par le mercantilisme des fêtes de fin d’année qui a l’air de déjà pointer son nez.)

Et toujours la bise aux filles bien sûr !


Bernard.

PS. Puisqu’il reste un peu de place, je profite pour finir


sur une note plus légère. Voici une publicité à l’arrière
d’un bus dans Chinatown à San Francisco. Avec cette
image de la France, comment voulez-vous que notre
fringant président soit pris au sérieux dans les instances
internationales ? En tout cas, je ne suis pas sûr que
toutes les ménagères asiatiques ou non du quartier sachent décoder le jeu de mots ou le clin d’œil historique
du slogan.
https://www.facebook.com/photo.php?fbid=10208816064719051&set=pcb.10208816071479220&type=3&t
heater

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°13 - Mexique, Baja California.
Novembre-Décembre 2017
Lundi 20 Novembre.
L’objectif est de quitter San Diego en milieu d’après-midi. La journée, de bonne heure, commence par un
Lavomatic, ben oui, la lessive à bord est en mode « Pause ». Dans ces contrées parfois fraiches et humides,
avoir le linge tout propre, tout sec et tout chaud au bout d’une
grosse heure, c’est bien sympa. Et à l’eau douce en plus, un vrai
luxe. Mes « Quarters » (pièces de 25c) écoulés, place à quelques
préparatifs de départ dont le remontage de l’hydro générateur.
Son hélice était au trois quart grippée, elle a fait un bain de
plusieurs jours dans du WD40. Avec les deux Dominiques de Kéa,
on s’est donné rendez-vous à deux heures au quai de la Douane.
Le vent étant contraire, je pars vers douze heures trente pour un
louvoyage tranquille sur eau plate. Aidé par un bon courant j’arrive
tôt. Les douaniers sont en train de faire la sortie d’un voilier américain. La conversation s’engage, ils partent
bien pour le Mexique. « Les formalités sont longues ? », « Non, après une demi-heure, le temps qu’ils arrivent,
le reste est rapide ». Bien. Le douanier m’accoste. Avant de continuer, petite précision. Partout (dans les
guides et sur les blogs et aussi au bureau de la police il n’y a pas plus tard que quelques jours) il est dit que les
formalités de sortie se fond au quai de la douane. Mananaï, un voilier français, il y a moins de deux semaines,
les ont faites simplement à la borne qui se trouve en haut du quai. Mais le Douanier me dit qu’il faut que
j’aille en ville. Je lui demande si c’est loin, il me dit que non (rien n’est jamais loin pour un Américain) mais il
faut y aller en voiture. Là, pourtant je sais qu’il faut rester zen, calme et aimable - mais là pas trop, juste ce
qu’il faut, c’est très précis !- patient en toutes circonstance et quoi qu’il arrive avec les Zauthorités, surtout les
Douaniers, mais là, c’est plus fort que moi, je lui sorts mi-narquois, mi-méprisant, « Vous savez, je n’ai pas de
voiture à bord ». Grosse erreur ! Il me répond de préparer mes papiers et d’attendre. Sur ces entrefaits, Kéa
est arrivé. Dominique essaye de discuter, visiblement le douanier ne veut plus m’adresser la parole,
conclusion : il faut aller en ville sans laisser le bateau au quai. On essaye à la borne, même réponse. Il faut
vraiment retourner en ville avec le bateau et vite fait car le bureau ferme à seize heures trente. En route voile
et moteur pour forcer l’allure. A peine mouillé (toujours au même endroit !) Kéa, qui est arrivé avant et qui a
son annexe prête, m’attrape au vol et en route pour le bureau guidé par Maps. Au bureau, accueil aimable, on
remplit le formulaire (en fait, toujours plus ou moins le même partout : Identité de bateau et de l’équipage),
un coup de tampon, une photocopie et voilà. La porte de sortie est ouverte ! Encore une fois : tout ça pour ça.
Départ tardif donc et la nuit arrive dès les premières bouées du chenal. L’obscurité n’empêche pas les
concierges des bouées de râler copieusement. Navigation dans du tout petit temps, avec du trafic. Comme
par hasard, un navire est stationnaire juste avant la frontière dont on voit très bien la ligne de projecteurs qui
court sur les collines. Tenez, pour votre collection :

Dernier matin US à San Diego. Premier matin devant les côtes Mexicaines.
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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°13 - Mexique, Baja California.
Novembre-Décembre 2017
Mais si vous voulez quelques choses de plus orienté bateau :

Le petit remous, à gauche de l’étrave est un dauphin, peut-être affrété par l’office du tourisme du Mexique.
Après une nuit blanche à cause des nombreux bateaux, Ensenada approche. Le moteur est sollicité pour
arriver en milieu de journée : le guide dit qu’on peut y faire les formalités rapidement en quatre heures grâce
au regroupement de tous les services dans un même lieu. Il parait qu’ailleurs cela peut prendre jusqu’à une
journée. Si tout pouvait être fait avant ce soir, j’en serais bien débarrassé.

Ensenada, la ville haute. Le front de mer, en entrant dans le port. Les


Américains, qui aiment bien les drapeaux, sont
accueillis avec les honneurs !
A l’arrivée, Dominique est à bord et vient m’accueillir. Dominique (pas facile de les différencier par écrit, s’ils
avaient voulu garder le même prénom, Paule et Paul, ou Jeanne et Jean aurait été plus simple, mais bon, il
faut faire avec) Dominique donc, est parti faire les formalités. Avant de passer par la case « Bureau Marina »,
je fais un crochet en ville, histoire de prendre une première température et aussi trouver un distributeur, il
faudra des espèces pour les formalités. On est manifestement plus du tout aux Etats-Unis où tout est archi
propre, organisé, avec partout des panneaux d’interdiction de ceci ou de mise en garde de cela. Ouf, Mon
chromosome Gaulois se remet à respirer.

Dans les dix premières minutes au Mexique, une Une avenue, à l’intérieur de la ville.
rencontre de bon augure !
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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°13 - Mexique, Baja California.
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D’un autre côté, les noms des rues sont indiquées de temps en temps et les explications ont l’air parfois un
peu floues mais les gens sont gentils. Juste qu’ils m’agacent un peu à me parler américain. « Soy Frances, no
comprendo Ingles, Habla Espagnol pour Favor … ». Ce qui ne les empêchent pas de continuer encore trois-
quatre voir cinq fois, avant d’enfin revenir à l’espagnol. Me faire prendre pour un gringo est quand même
scabreux ! Le front de mer est touristique, il y a un paquebot dans le port. Beaucoup de boutiques de souvenir
et d’artisanat bariolées mais sans aucune pression et de la musique. Deux pâtés de maisons plus loin, la vie
locale reprend ses droits. Mais la visite sera pour plus tard, cap sur les formalités. Je croise Dominique à qui il
manque un papier qu’il doit retrouver sur Internet : c’est fichu pour lui pour aujourd’hui. Au bureau de la
Marina, la secrétaire prépare tous les formulaires, fait les photocopies et me donne la marche à suite et la
liasse de documents correspondants pour chaque étape : 1) l’immigration (payer en Cash uniquement), 2) le
Port (inscrire son tour sur le cahier et attendre qu’on vous appel) (payable en Cash ou carte), 3) L’importation
temporaire du bateau (payable que en carte) après être allé en 2bis faire telle photocopie d’un des papiers
qui sera rempli en étape deux et enfin en 4) la douane classique (le coup de tampon est gratuit !). Beaucoup
d’américains prennent un agent pour s’en sortir. En route avec conviction et optimisme. A l’immigration, la
jeune est très sympa, je lui demande où il y a un distributeur car je n’en avais pas trouvé en ville qui fournisse
des Pesos ET qui fonctionne. C’est presque en face (mais pas indiqué et bien caché, mais en demandant
quatre fois en deux cent mètres c’est trouvable). Bon, je retourne, la dame est occupée. Un de ses collègues
vient tout de suite à la rescousse et m’aide à remplir vite fait le formulaire. Puis la dame saisi tout sur
l’ordinateur et me donne la carte touristique qu’il ne faut surtout pas perdre sous peine de ne pas pouvoir
sortir du pays. Passage à l’étape deux. Je m’inscris sur la liste et attends… une demi-heure. Le jeune est
sérieux et efficace : Papiers, règlement de la taxe (conséquente tout de même !), tout est ok. Photocopies et
étape trois. Oups, la Miss se la joue sérieux, pour ne pas dire plus. Elle rejette d’autorité les photocopies de
l’acte de francisation parce qu’elles ne sont pas bien cadrées. Retour à la case photocopie et tout est
finalement accepté (même le paiement par CB !) par Miss pète-sec. Un monsieur très gentil m’a d’ailleurs
assisté sur la fin. Je suppose qu’il était un peu désolé du manque d’amabilité injustifié de l’agente. Puis
passage à la déclaration à la Douane hyper rapide (normal, je n’ai rien à bord, bien sûr pas d’arme ni de
drogue ni de chien, mais pas de fruits ni de légumes, de plantes. Rien de rien, s’il me l’avait demandé, je
n’aurais pas eu de nourriture du tout, pas d’habits, aucun produit à base de papier, non je n’ai rien du tout à
bord. A me demander si j’y suis aussi d’ailleurs moi-même). Bref, coup de tampon avec grands sourires des
trois douaniers débonnaires à la manœuvre et voilà. En à peine plus de deux heures et demie, probablement
un record. J’en ressorts quand même un peu abasourdi et une liasse de deux centimètres de papiers en tout
genres et en vrac. Et voilà comment on a le droit de circuler ensuite en toute liberté au Mexique. J’ai droit à
six mois. Kanaouenn est mieux loti, il a droit à dix ans ! Je me demande s’il n’aurait pas fait un peu de l’œil à
Miss pète-sec celui-là… Mais, c’est son affaire après tout (bien que, sans me mêler de ce qui ne me regarde
pas, je trouve qu’il pourrait choisir mieux).
Du coup j’ai largement le temps d’aller chez Telcel, le grand opérateur de téléphone. Grand bâtiment tout
moderne tout neuf avec showroom : Le grand jeu ! Un ticket pour faire la queue et là, malgré une quinzaine
de guichets ouverts, j’attends une heure et demie. A certains guichets, c’est toujours le même client ! Bref
mon tour fini par arriver et pour le prix d’un forfait au Canada ou au States je me paye, en plus, un petit
téléphone. J’aime de moins en moins trimbaler partout mon téléphone français avec sa précieuse puce,
Navionics si confortable en navigation et tous les utilitaires qui m’aident bien au quotidien. Les deux missions
accomplies, retour à la case Marina ou la secrétaire se jette avidement sur l’un des papiers pour en faire une
photocopie pour son dossier.
Il y avait en ville plein de Gargotes et des roulotes. Après un apéro à bord avec les Dominiques, je vais faire un
tour espérant de ce côté-là : Plus rien ! Tout est fermé, il n’y a quasiment plus un chat et toute l’animation
s’est envolée. Ils ne restent d’ouverts que des restaurants finalement assez classiques. Je retourne donc
manger à bord en me promettant d’y aller demain midi.
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Mercredi 22.
Objectif prioritaire de la journée : trouver un dentiste. Je traine cela depuis San Diego car Kéa m’avait dit que
c’était hors de prix aux states et bien moins cher au Mexique et que les dentistes Mexicains sont de très bon
niveau, pour preuve beaucoup d’Américains viennent se faire soigner ici. La secrétaire de la Marina n’a aucun
avis sur la question, j’hésite entre deux et finalement vais au plus proche.

En chemin : Une carène étonnante. Les restaurants sont déjà prêts.

Le marché aux poissons. Splendide.


Je suis pris de suite. Radio. Pas de gros bobo en fait. On peut vous faire ceci-cela. A quel prix ? La dame se
tourne vers « Le Chef » qui officie à côté (les deux sièges sont dans deux sales pas isolées) : Cent dollars ! Le
voisin qui accompagne celle qui est sous la lampe d’à côté tombe presque de sa chaise mais bon puisque je
suis là, autant tout faire jusqu’au bout. La dame me prend en charge et à l’air très gênée : « Surtout s’il y a
quoique que ce soit, revenez demain, ce sera gratuit » insiste-t-elle. Môsieur m’a pris pour un Américain et ne
m’a pas loupé mais au final c’est mieux que d’avoir des soucis plus sérieux, non ?

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Puisque la journée commence bien, malgré tout (ma grand-mère disait très justement que plaie d’argent n’est
pas mortelle), petit tour à l’office de tourisme : Plan de la ville,
explications sympas de ce qu’il y a à voir. J’achète une carte de
la Basse Californie pour comprendre où je suis, et tombe sur
une affiche sur la Vallée de Guadelupe dite aussi Vallée du vin.
A vrai dire, de bonne heure et peut-être mal réveillé, j’ai
trouvé la ville bruyante. Après les tonnes de décibels de San
Diego et le moteur pendant la route, cela commence à faire
beaucoup. Et aussi, j’ai du mal à prendre la mesure d’ici et
aller à la campagne pour avoir des points de comparaison me
semble une bonne aide pour prendre quelques repères : « Il y
a un car pour y aller ? ». Explications sur la vallée et d’où l’autocar part et me voilà en route. Ensenada
attendra. « Vous prenez l’avenue à l’angle du MacDo (désolé, même ici !), 4 ou 5 blocs, c’est à gauche ».
Quatre ou cinq blocs plus loin, je redemande : « C’est à quatre ou cinq blocs, sur la droite ». Bon. Mais à
l’endroit indiqué il n’y a qu’une entreprise de réparation d’autobus, quiproquo. Retour plus bas. Là je
demande à un vendeur de rue de forfait de téléphone qui … téléphone ! Trois-quatre coups de téléphone plus
tard pour se renseigner tout en me disant d’attendre : « c’est là, à droite juste avant la maison bleue que vous
voyez là-bas ». Sympa le jeune de se décarcasser de la sorte. Il n’y a aucun panneau, mais il y a effectivement
un passage à peine plus large qu’une voiture qui donne sur une cour. Des postes de départ, un guichet, des
gens qui attendent. C’est bien là. Les autobus ont des horaires qui ont l’air d’être respectés, un trajet fixe,
mais pas d’arrêts officiels. Ils s’arrêtent partout à la demande. Cela doit être l’heure car il y a beaucoup de
scolaires. Certains passagers font des trajets assez long, d’autres très courts, parfois même d’un bout d’un
village à l’autre. Ayant demandé au chauffeur de m’arrêter au musée historique communautaire, à Francisco
Zarco, il me dépose devant un bâtiment en me confirmant que je peux reprendre l’autobus ici. Je suis sur une
grande route bordée de rares maisons. Visiblement ce n’est pas là. Pas de signe de village. J’avance sur la
route et trouve une espèce d’auberge.

La dame me dit que le musée n’est pas là mais de l’autre côté de la vallée (en gros au pied les montagnes de la
photo de gauche). « Y aller à pied ? Mais c’est loin et sous cette chaleur ! Mais il y a un chemin, là, qui
raccourci si vous voulez ». Effectivement, le musée étant sur la
route de retour du bus autant l’attendre, et ce sera plus simple
et plus rapide. Je retourne à la case départ, c’est en fait le
musée « Ruso », qui est fermé. L’attente n’est pas très longue
et le bus me dépose à l’autre musée qui lui est celui du vin !
Encore mauvaise pioche, décidément. Beau musée tout neuf,
architecture moderne, complètement isolé. Quitte à être là,

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autant entrer. En fait, il n’est pas spécialement intéressant. J’y apprends quand même que les premiers à
avoir planté de la vigne dans la région sont les missionnaires (jésuites puis dominicains), vers 1760.
Essentiellement pour le vin de messe car le vin était trop cher pour la population. Ceux qui ont réellement et
commercialement développé la vigne, à partir de 1917, sont des russes (!), arrivés là vers 1906 D’où le musée
« Ruso ». En tout cas le vin d’ici est très réputé et a eu des prix lors de grands concours internationaux.

Pour le musée historique, il faudrait encore retourner de l’autre côté (en gros au pied les montagnes de la
photo, cette fois-ci, de droite !), n’ayant pas une âme de yoyo je laisse tomber et me poste au bord de la route
pour attraper le prochain bus. Pas un arbre dans une chaleur de plomb, sèche, venteuse et poussiéreuse.
Quasiment aucunes voitures, je voulais être à la campagne, je suis servi. Puis un bus arrive, c’est le même
chauffeur qu’à l’allé ! Pour venir, j’étais resté devant pour bien voir le paysage et pour rester près du
chauffeur, là, pour observer un peu la vie dans le bus je vais vers l’arrière. Il y a du monde et je ne trouve une
place que tout au fond. Vue en enfilade, le car tangue franchement, les amortisseurs sont visiblement
fatigués. Pas très étonnant vu l’état des pneus et les deux goujons qui manquent à la roue avant, mais les
chauffeurs conduisent très bien et sont très serviables envers les passagers. Les deux très jeunes amoureux
devant moi se racontent des blagues d’une puérilité et d’une bêtise irracontables. Mon voisin a un très gros
sac poubelle. Au bout d’un moment il l’ouvre. Il est rempli de chapeaux de paille et m’en propose un :
cinquante Pesos. Cela tombe bien, j’en cherchais un. J’ai déjà un chapeau de soleil, très bien même, mais
typique Canada. Pour quelqu’un qui ne veut surtout pas être pris pour un gringo, il n’est pas très portable ici.
Le gars est sympa, son prix parait honnête et c’est le genre
de chapeau que portent les locaux, affaire conclue. Il est
tout content et même très joyeux (j’ai déduis qu’il a du faire
une bonne affaire), et fini par faire des commentaires très
ironiques que je ne comprends pas trop sur sa voisine de
devant très affairée entre son téléphone portable bruyant
et tout le bric à brac de son volumineux sac à main. Bref, le
retour à Ensenada est rapide.
En ville, il est temps de manger. J’avise au coin d’une rue
Il est parfois un peu encombrant mais la protection est
une gargote dont les prix sont affichés. Les célèbres et fabuleuse La tête bien sûr, mais aussi les épaules et les
incontournables Tacos sont en fait des petites galettes de yeux, adopté !
maïs (et maintenant de plus en plus de blé) d’environ vingt
centimètres de diamètre (Tortillas) fourrées un peu à tout. C’est le même principe que la galette bretonne ou
la pizza, la variété du contenu n’a comme limite que l’imagination. Deux tacos poissons font un bon en cas de
midi. Il faut juste un peu de technique car la tortilla est juste pliée en gouttière, donc attention que le contenu
ne tombe pas par l’autre côté d’où on croque ! Est-ce grâce à mon beau chapeau tout neuf, mais je suis
gratifié d’un « Gracia caballero » et en tout cas on ne m’a pas adressé la parole en anglais. L’estomac plein,

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petit détour vers le « Parque Revolucion », on est au Mexique, oui ou non ? C’est un peu une hérésie car ceux
qui ont fait la révolution avaient plutôt l’estomac vide, mais que voulez-vous, l’époque a changée, et je ne suis
là qu’en simple visite, c’est d’ailleurs indiqué sur les papiers de l’immigration.

Au passage : un
magasin presque uniquement de bottes de toutes les
couleurs ! Et une grande église que je n’ai pas le
temps de visiter.

Le square est très paisible, les gens s’y promènent ou s’y repose en prenant le frais. Une dame chante une
mélopée sur de la musique préenregistrée et deux jeunes y esquissent des pas de dance. Les trois têtes sur la
droite sont : à gauche avec une casquette, Francisco Villa que je ne présente pas1 ; au centre Francisco I
Madero, l’homme de la révolution et à droite le célébrissime Emiliano Zapata. Ils sont bien une douzaine en
arc de cercle, ici. On les retrouve en plus grands au cœur du front de mer (à la « Paza Civica de la Patria »),
Vincent Idalgo, l’icône de la guerre d’indépendance, est aussi en bonne place dans ces mémorandum. Rapide
visite au super marché pour information et achat de deux trois bricoles, dont une bouteille de Tequila,
normal ! Je suis étonné des prix. Je n’arrive pas à comprendre comment des articles courants strictement
identiques (pain longue conservation, confiture, de même marque, exactement le même emballage sauf que
c’est écrit en espagnol) se retrouvent trois à quatre fois moins chers que cent kilomètre plus au nord, même
avec une frontière. J’aimerais bien qu’on m’explique. Ce n’est pas une éventuelle différence de taxes qui
génère de tels écarts. Les lois du marketing dépassent mon sens commun. J’arrive au musée de la ville un peu
tard, il ferme dans trois quarts d’heure, mais le Monsieur insiste en disant que j’ai le temps. Effectivement, le
musée n’est pas très grand mais très joliment bien présenté. Les indiens d’origine, l’époque des Missions, la
découverte d’or dans la région qui est à l’origine de la création de la ville, puis l’évolution plus moderne. Le
contenu est clair et très bien illustré dans un cadre un peu intime particulièrement agréable. Le Monsieur de
l’accueil discute très volontiers. Un de ses ancêtres était allemand et me dit très intéressé par l’Europe. J’en
sors largement après l’heure de fermeture.

1
Pour en savoir plus, la toile est toujours là, et Wikipedia, encore une fois, une bonne première approche.

La Basse Californie n’a pas l’air d’avoir été très concernée par la révolution et les luttes qui ont suivies mais a été en
première ligne à propos de la guerre contre les Etats-Unis.

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Des Tongs autochtones, faites en fibre d’Agave.


Comme quoi l’Agave ne sert pas qu’à faire de la
Tequila.

Retour à la nuit à la Marina où l’apéro est cette fois sur Kéa et on goute donc la Tequila qu’ils ont achetée.
Difficile ensuite de trouver un resto sympa à cette heure tardive et le retour nous
réserve une surprise un peu kitch mais amusante. Dominique a attendu plus de
deux heures et demie à l’officine du port pour faire sa sortie. Pas à faire la queue,
mais en plus, le temps qu’une procédure se fasse ou que l’homme de la situation
soit disponible … Il a également repayé comme pour l’entrée, glups.

Jeudi 23.
Je resterais bien plus longtemps ici, c’est bien sympa mais le ticket quotidien de la
Marina n’est pas négociable et pas donné. Donc : faire de l’eau et du gaz oïl et bien sur les formalités de
sortie. A l’origine je pensais commencer par les formalités et faire le gaz oïl pendant le temps d’attente.
Finalement, considérant le gaz oïl comme prioritaire je pars de bonne heure avec bidon sur trottinette. La
station repérée au fond de la darse ne vend que de l’essence, comme aux States. « Il y en a une, première à
droite puis à quatre blocs ». Ok. Je ne trouve rien. Retourne vers le centre-ville, demande à un passant : « Plus
loin sur ce boulevard à quatre ou cinq blocs ». C’est curieux, c’est toujours à « quatre ou cinq blocs » ! Mais
c’est vrai, il y a encore une belle station, qui ne vend que de l’essence. « Pour du gaz oïl, vous prenez ce
boulevard, au deuxième feu à droite et c’est au feu d’après ». C’est reparti. Au deuxième feu - il n’y en a
rarement aux carrefours, donc assez loin - je suis sur le front de mer, quasiment devant la Marina. Je suis
retourné à la case départ après un joli tour de ville et la station dont il m’a parlé est la première visitée. Pour
ne pas tourner en rond je tourne à gauche et tente ma chance sur la grande artère qui sort de la ville. Une
station à l’horizon. Elle aussi ne vend que de l’essence mais il me dit que c’est sûr, la suivante vend du gaz oïl.
Heureusement, c’est vrai. Ouf. Retour à bord avec mon précieux butin bien mérité. Je me chronomètre pour
estimer le temps d’une deuxième navette, un gros quart d’heure mais tout de même une heure et demie pour
ce premier bidon. En arrivant je croise les Dominiques : Il n’y a pas de gaz oïl au port contrairement à ce qui
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est affirmé partout. Il faut qu’ils aillent à une autre marina à cinq milles d’ici. On se donne rendez-vous au
mouillage des iles en face. Deuxième tour de gaz oïl et plein d’eau puis opération «Sortie ». Au bureau de la
marina, la secrétaire fait tout un tas de papiers. Je fini par comprendre qu’une fois de plus elle est en train de
tout préparer pour les Zauthorités. Deux liasses, une pour l’immigration et l’autre pour le port. C’est reparti !
Je m’inscris tout de suite sur la liste d’attente du guichet du port et vais à l’immigration. C’est la même jeune,
sympa, elle est enchantée de voir que j’ai solidement scotché le précieux papier au passeport pour ne pas
l’égarer. Tout est vite fait et j’attends devant le guichet du port. J’y retrouve le monsieur d’avant-hier qui
m’avait épaulé avec Miss pète-sec. En fait c’est un agent, il est en papotage avec ses clients (un couple
d’Américains et un couple de Canadiens) en attendant. C’est leur tour. C’est rapide puis restent là. C’est mon
tour. L’agent fait gentiment le traducteur. « Vous allez payer et ensuite vous reviendrez à douze heures trente
au bureau qui est au fond de la cour » (il est onze heures), je ne suis pas surpris, Kea m’avait prévenu. Le
jeune du guichet - C’est le même que l’autre fois et on s’est bien reconnu mutuellement au moment des
salutations - interrompt l’agent. Non je n’ai rien à payer, juste à revenir. Et ils discutent très brièvement et
l’agent me dit d’attendre là, juste dix minutes. Bon. Je me rassois. Au bout de quelques instants, le jeune
quitte son poste puis reviens un peu après avec ce qui est manifestement son supérieur. Ils s’arrêtent devant
mon voisin qui était là depuis le début, visiblement un professionnel local et la conversation s’engage.
J’observe discrètement, au moins cela occupe. Une liasse de billets passe rapidement de la main de mon
voisin à celle du gradé qui, avec une dextérité et une rapidité parfaite, la mets dans sa poche. Nos regards se
croisent … La conversation continue et l’agent se joint au groupe. A un moment l’agent parle de moi du style
« Et pour lui comment cela se passe ? ». Immédiatement je fais celui qui est à mille lieux dans ses pensées,
puis tout le petit groupe se sépare et chacun retourne à sa place. L’agent à ses clients, le jeune à son guichet
et mon voisin à son siège. Cinq minutes plus tard, le chef revient, donne une liasse de papiers à mon voisin qui
le remercie chaleureusement tandis que le chef le remercie encore plus chaleureusement. Puis ce dernier
s’approche rapidement vers moi, me tend une liasse de papier en me disant que c’est bon pour moi. Je lui
demande (un peu surpris mais en essayant de surtout ne pas le montrer) si c’est tout : « Oui, c’est bon, tout
est fait ». Je le remercie fort aimablement mais quitte rapidement les lieux en saluant tout de même l’agent et
ses clients avec lesquels j’avais un peu discuté. A peine plus d’une demi-heure et pas un centime déboursé :
complètement surréaliste. Je soupçonne que d’être français et de parler - même très mal - espagnol soit un
détail important.
Deux trois courses rapides dont une carte postale qui doit partir impérativement d’ici. Je voulais, pour le Fun,
qu’elle parte du Mexique bien que ce soit, vu les délais, très en retard. Il est plus que temps donc, d’autant
plus que je ne sais pas où je trouverais une poste plus au sud. Sur le perron, un écrivain public avec une vieille
machine mécanique est à l’œuvre. L’intérieur est plein comme un œuf.

La file de gauche est pour les expéditions. Les gens envois des cartons énormes d’habits. C’est long car ils
doivent faire la queue deux fois, la première est juste pour présenter le carton ouvert pour que la postière

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vérifie le contenu. Ce qu’elle fait soigneusement en fouillant entre les habits. Une affiche précise la liste des
objets interdits : Produit dangereux, armes, drogue, bouteilles sous pression (gaz et sprays), huiles, etc. Je
prends délibérément la queue de droite, celle des réceptions. Mon tour arrive donc vite. La postière demande
à sa voisine des expéditions, complètement débordée, ce qu’il faut pour ma lettre, me fait payer. Ouf, c’est
parfois pratique d’être étranger !

Retour à la Marina où je dois rendre le badge d’accès au ponton. La secrétaire est bien obligée ensuite de
m’accompagner pour m’ouvrir la porte, en chemin elle m’explique qu’un de ses arrières grands-pères était
français et qu’elle s’intéresse donc à la France. Le Mexique a bien été, à une époque,
une terre immigration. Cette secrétaire est une perle, tous ses dossiers sont passés à
tous les guichets à la perfection. Je la remercie en conséquence et en route pour les îles
de « Todos Santos », juste en face.
Au départ il y a un peu de vent au petit largue mais qui ne dure pas. Le moteur est
sollicité pour arriver avant la nuit. Kéa n’est pas sur un des deux mouillages indiqués
mais bien plus au sud. A la VHF, Dominique me dit que les deux autres anses sont pleines de cages à poissons.
Il est mouillé au milieu des rochers dans très peu de place et dans beaucoup d’eau. Pour couronné le tout,
mon sondeur est en grève et mon orin est curieusement trop court. Il n’a pourtant pas rétréci au soleil. Un
peu trop scabreux à mon goût, je préfère continuer, au moteur pour me dégager un peu pour la nuit. Puis
après je verrais bien mais je n’ai pas l’intention de descendre tout l’isme au moteur. Je mets donc en panne
dans un calme blanc. Puis un vent léger nous mène le lendemain matin jusqu’à devant San Jose. C’est un
mouillage le nez au raz d’une falaise verticale, sans protection de la houle : Je continue. Journée de vent très

léger. Pendant un autre calme blanc et donc une


autre mise en panne, la trace montre un courant
contraire. L’autre mouillage possible, au Cabo
Colonet, est passé de nuit et un brouillard à
couper au couteau tombe. Heureusement le trafic
Comment
est faible mais un pêcheur passe très près.
voir trois fois le paysage ?
J’entends sa vague d’étrave (ou les turbulences de Virement de bord héroïque !
son l’hélice), bon, il passe, c’est l’essentiel. Un
mécanicien aurait sans doute trouvé qu’un des culbuteurs claquait mais je ne peux pas vous dire lequel,
désolé pour ces imprécisions. Le vent tombe complètement, pour avancer avec un cap régulier et garder ainsi
un comportement cohérent et compréhensible pour les autres, je mets le moteur en route. La veille auditive
devient plus aléatoire. Le lendemain, le soleil de milieu de matinée dissipe le brouillard et j’arrive finalement
le surlendemain matin à San Quintin. Deux jours et demi pour faire une
centaine de milles, cela donne une honnête moyenne de plus de un nœud
et demie quand même ! A cause des hauts fonds et de la houle, le guide
recommande de mouiller dans plus de six mètres d’eau. C’est à dire à plus
de un mille de la plage, un peu loin pour pagayer dans le vent qui s’est
levé. De toute façon l’endroit est désert et j’ai plutôt envie de me reposer
après ces deux nuits quasiment blanches.

Le lendemain matin, le vent est bien soutenu. Dans un optimisme béat et


contrairement au plan de route prévu, je lève l’ancre dès le matin, La pêche est bonne, Merci.
espérant arriver avant le lendemain soir. Bien sûr, le vent si parfait ne
dure pas et je gagne, sans transition, deux nuits quasiment blanches de plus pour arriver à Bahia Tortugas le …

Mercredi 29 novembre.

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Paysage sur la route :

Sans oublier les lever de soleil, désolé mais j’ai eu des demandes, pour ne pas dire des réclamations sous
forme de reproches à peine voilés !

Bahia Tortugas est un village de pêcheur tout de même assez important, en plein désert, desservi par une
route goudronnée. Plusieurs boutiques d’alimentation, une pompe à essence, un poste de santé et un autre
de police et deux bar-restaurants sur la plage.

Le comité d’accueil est à l’œuvre. Le centre culturel, chez Maria.

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Dans l’église, première rencontre avec Nuestra


La rue principale. Señora de Guadelupe … et pas la dernière.

Moyen de transport pour charger le chalutier voisin.


Les roues avant font gouvernail : La trajectoire est
très zigzagante !
De la musique Mexicaine sort de quelques maisons, je m’arrête parfois pour écouter. Il y a peu de monde
dans les rues. Le cimetière est étonnant, ce sont de vraies petites maisons. Une a même une pièce avec des
sièges.

En route pour la Bahia Magdalena. Deux cents cinquante-cinq milles en trois jours, soit une moyenne de trois
nœuds cinq, de quoi affoler les statistiques. Le passager clandestin a
élu cette fois-ci domicile en tête de mat. Je ne sais pas comment ce
fou tient là-haut avec ses pattes palmées, mais il a l’air bien parti
pour la nuit. En milieu de nuit, je vois les feux de deux pêcheurs
devant et réalise soudain que le voisin du dessus masque le feu de
tête de mât sur la moitié de l’horizon. Justement en direction des
pêcheurs. L’affaire perd de son charme et entre la sécurité du
Pour vous faire livrer votre prochaine voiture,
prévoyez si possible une météo calme.
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bateau et les caprices de Môssieu (Kanaouenn a bien fait du AirBandB pendant un temps, ce n’est pas une
raison), le choix est vite fait. Je démarre le moteur pour faire un 360° dans le petit temps. Après trois tours
comprenant à chaque fois deux passages houle de travers, le squatter est toujours là. Il se cramponne comme
un fou (ouaf-ouaf) en battant des ailes au besoin mais ne lâche rien. A se demander s’il n’a pas une patte
coincée dans un capelage … Le quatrième tour en insistant bien houle de travers est le bon. Désolé l’ami mais
tu étais au mauvais endroit au mauvais moment. Le lendemain, en allant manœuvrer sur la plage avant, le
pont est maculé de fientes : Merci ! L’entrée de la baie de Magdalena est étonnante. Une porte entre les
montagnes et … plus rien. En entrant on ne voit aucune rive tellement c’est grand. Au bout d’un moment je
vois qu’au fond l’horizon n’est pas plat, probablement des sortes de dunes. Comme à Bahia Tortugas et
beaucoup d’autres endroits sur cette côte, cette grande baie , à la saison, sert de refuge aux baleines grises
pour mettre leurs petits au monde. La nature est riche ici. Des poissons de toutes sortes qui font le bonheur
des pêcheurs au gros (Baracudas, espadons, etc). Etrangement, il n’y a pas de pêche industrielle au Mexique.
Pour les oiseaux, c’est pareil : Fous (donc !), pélicans, cormorans, hérons et aigrettes, différentes sortes de
petits pingouins, aigles dont des pêcheurs à tête blanche et bien d’autres que je ne connais pas et même de
oies bernaches, je croyais que c’était un animal de pays froids. Depuis hier, des frégates planent
majestueusement dans un ballet toujours aussi merveilleux. La nature est encore chez elle ici et l’UNESCO a
bien fait de protéger presque toute la Basse Californie.

Puerto Magdalena, le phare et le poste militaire. Maisons locales.

Vue générale de la moitié du village. Bulle et Kanaouenn au mouillage.


En rentrant de balade, il y a quelqu’un cette fois-ci à la petite paillotte. Ils sont très affairés à remplir des
papiers avec deux agents officiels de je ne sais quel service. Une histoire de panga (barque équivalente aux
Lanchas dans d’autres régions, cf la photo avec la voiture). Je commande un café histoire de prendre un peu
de temps. Je l’ai attendu trois quart d’heure … et ai fini par comprendre que c’est parce qu’elle a dû aller
chercher de l’eau. Une denrée qui a l’air très rare. Il y a des citernes à côté ou sur toutes les maisons.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°13 - Mexique, Baja California.
Novembre-Décembre 2017
Jeudi 7 décembre.
La météo annonce un vent portant, bon cinq : le rêve. Dans la baie il est Sud-Est, un petit contre bord est
nécessaire. Dans le passage il n’y a plus rien. Je me dégage au moteur et dehors un petit Nord force trois fait
avancer tranquillement. Grand beau temps et la vraie chaleur du sud est revenue. Toutes les conditions sont
remplies pour lancer une lessive ! Depuis si longtemps, l’occasion est trop belle. Mais pour reprendre
doucement, je la laisse tremper. Le jour suivant se lève sur Kanaouenn qui caracole devant un force sept en
pleine forme. Au soir, en arrivant sur le cap San Lucas, rapidement le vent tombe et deux heures après la mer
ne s’est pas calmée d’un pouce. Je soupçonne un courant contraire qui creuse la mer. Les vagues paraissent
d’autant plus verticales que Kanaouenn immobile ne peut plus se défendre. D’habitude dans ce genre de mer,
avec le vent qui va avec, c’est-à-dire au moins force six, Kanaouenn glisse tranquillement sur la vague avec la
petite accélération qui va bien et s’il y a un mouton, il reste inoffensif. Là, immobile, il plonge franchement de
l’avant et le mouton claque sur l’arrière. Pas agréable, je mets le moteur pour calmer le jeu. Le cap franchi, le
vent qui le contourne est maintenant de face, toujours aussi fort. Il est trop tard pour aller mouiller dans la
baie de San Lucas, de toute façon elle est grande ouverte sur l’Est. Je réduis en conséquence mais la mer est
très courte, creuse et hachée. Kanaouenn bute très fortement dans les vagues. Les haubans sous le vent se
détendent comme des arcs et se retendent en claquant
terriblement. A force de réduire et ralentir pour éviter que le
bateau souffre je me retrouve dans une espèce de cape courante
et cale les réglages ainsi : Génois à deux-trois mètres carrés bordé
plat dans l’axe avec les deux écoutes, la grand-voile à trois ris
bordée en petit largue et la barre amarrée sous le vent à trente
degrés environ. Kanaouenn redevient tout doux. Il est calé
immobile à vingt degrés de gite en latéral et tangue doucement
en suivant les vagues. A l’intérieur c’est d’un calme et d’un silence
à se croire au port, juste reste le vent qui siffle. Kanaouenn Le louvoyage n’empêche nullement le soleil de se
avance en apparent à un nœud cinq au petit largue. Je me repose lever
tranquillement en veillant très Désolé mais pour les couchers il va falloir attendre
régulièrement même si les environs paraissentuntrèspeu calmes.
: en Mer de
EnCortés,
milieule de
soleil se couche
nuit, je fixe la
derrière les montagnes !
barre à l’identique de l’autre côté et Kanaouenn vire vent arrière pour gentiment se caler
sur l’autre bord à l’identique, tout seul comme un grand. C’est la première fois que je
Quatrième passage du
tropique du cancer. mets vraiment le Melody à la cape, il est magistral. Le cap réel est de deux cent degrés
d’un bord sur l’autre avec la dérive. La perte de route reste faible. En fin de nuit le vent
se calme un peu et je remets en route en déroulant très progressivement. Puis suivent quatre jours de
louvoyage très laborieux dans une mer courte, plus creuse que le vent et un courant contraire. Il y a plus de
courant près de terre. Luc sur Bulle me confirmera la présence du courant à l’arrivée, il l’a estimé à un nœud
cinq, voir parfois deux nœuds. Dans ces conditions les bords sont sacrément carrés. Il n’y a pourtant « que »
cent vingt milles, soit trente de gagnés par jours. L’accueil de la Mer de Cortés est plutôt rude. Et comme
souvent dans ces cas-là, le dernier jour le vent se calme comme s’il voulait se faire pardonner et la traversée
de la baie de La Paz se fait dans une ambiance « belle plaisance estivale » un peu surréaliste. J’en profite pour
prendre une douche, finir la lessive qui traine toujours dans le seau. Il n’y a plus d’eau dans le seau depuis
belle lurette, les coups de gîte s’en sont chargé, mais la phase de trempage est validée quand même ! Au
mouillage, Kéa et Bulle sont là … depuis pas mal de temps ! De toutes façons le moteur de Kanaouenn n’aurait
pas étalé une mer comme cela et même si je suis crevé par cinq nuit à trois heures de sommeil car je n’arrive
pas à dormir beaucoup près de terre, au moins mes oreilles sont en parfait état. Et Kanaouenn, en voilier qu’il
est, a fait le job. Son job.

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La Paz est l’actuelle capitale de la péninsule de Basse Californie. C’est une ville qui reste à taille humaine, la
circulation reste supportable et les distances ne sont pas trop grandes. Tout le centre-ville est gérable à pied
et la trottinette est suffisante pour aller faire des courses un peu plus loin. La ville est touristique mais là aussi
pas trop. Les touristes sont dissouts dans la vie locale qui est très animée. D’autant plus que la préparation de
noël bat son plein.
Le front de mer est en plein aménagement :

Monsieur Sébastien Vizcaino, lui-même. Une sirène très aérienne.

Evocation de la grande période de la pêche des perles Le kiosque à musique au petit matin.

La belle façade du musée de la baleine. Et le non moins intéressant intérieur.

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Dents de requins, en
bas des dents
de Megalodons
de plus de vingt
centimètres !

Et quelques beaux coquillages.

Un tour en ville ?

La maison de la culture. La cour intérieure.

La place centrale, au fond la mairie et devant la


reproduction du célèbre rocher de Balandra.

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La cathédrale, à l’emplacement de l’ancienne mission A l’intérieur.


de La Paz.

La Guadelupe, très décorée. C’était sa fête le 12, pas


moins de 12 messes dans la journée. Le marché municipal,

et ses restaurants attenants. Une boutique d’alimentation générale.

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Je suis entré dans cette dernière boutique, sur la devanture était


indiqué « Articulos musicales ». Il s’y vendait effectivement des
guitares et deux livres de musique (un livre de paroles et une
méthode de guitare) mais pour le reste je n’ai pas été déçu ! Une
vraie boutique pour ranchero : Selles, éperons et toutes sortes
d’accessoires, sans oublier les indispensables chapeaux qui vont
avec. Avec dans un coin des chapeaux un peu plus
« folkloriques ».

Attiré par la présence d’un musée de la musique, je pars un beau matin pour El Triunfo, un village à une heure
de demie de route. Le bus est un grand de route très confortable avec toilettes, film, et places numérotées.
Sur la route, le paysage est très aride avec à des moments de véritables champs de cactus, ce n’est pas une
légende ! Le village est petit mais il y a de superbes maisons. Et fait, il y a eu ici des mines d’or et d’argent
importantes et le village a eu une époque très faste.

El triunfo, avec derrière une des cheminées des Pour le plaisir des yeux.
anciennes mines.

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Il y a pêle-mêle des
instruments « dans leur
jus » pour le moins. Le
fond est intéressant mais
mériterait une
présentation et une mise
en valeur. Il y a des traces d’anciens
panneaux d’explication. C’est
dommage
car il y a
plein de
choses
sympas.
Et voilà le musée.

L’église vue du site des mines. Et sa façade.

Elle est exclusivement consacrée à La Guadelupe ! Qui est, là aussi, très décorée.

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Boutique d’alimentation plus modeste qu’en ville. Végetation alentour, avec les fameux cactus !
Une autre escapade m’a mené à Todos Santos. Village réputé comme joli. Beaucoup de maisons et grands
bâtiments ont été restaurés pour en faire des hôtels et des boutiques. Le lieu est très touristique, San Jose del
Cabo et sa grande zone touristique n’est pas loin.

La Mission de Todos Santos, Bâtiments restaurés.


Santa Rosa de las Palmas, pour être précis.

Le théâtre. Hôtel dans un ancien bâtiment rénové.

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Dans la rue. La place centrale et l’incontournable kiosque.


Mon tour de ville est quasiment terminé, je regarde l’heure sur mon téléphone, il doit être temps de se
rapprocher doucement de la station de bus pour prendre celui de treize heures, je ne veux pas le louper car le
suivant est tard et arriverait de nuit et je veux renter pas trop tard pour préparer le bateau pour le coup de
vent annoncé. Douze heures cinquante ! Je n’ai pas vu le temps passer à ce point-là ? Je cours à la station.
Tout est très calme. Je demande à la dame à quelle heure est le bus : douze heures trente me dit-elle
banalement … Interloqué par sa placidité, je lui demande l’heure : « Douze heures » ! Mon téléphone (ou
Telcel) se trompe de fuseau horaire ! Il vaut quand même mieux cela et heureusement sinon je ratais le bus.
Déjà pour El Triumfo, cela avait été impossible de savoir précisément au départ les horaires de retour et là les
informations étaient fausses. J’aurais dû vérifier les horaires de retour dès l’arrivée.
Le coup de vent annoncé ne devrait pas être plus méchant qu’un autre et Kanaouenn est dans cinq mètres
d’eau sur un fond de vase qui devrait bien tenir. Malgré ses bonnes conditions je ne suis pas tranquille car je
suis juste devant un bon quai en belles pierres qui serait de très mauvais accueil. Plutôt que de déménager de
l’autre côté de la baie pour avoir de la place et être plus abrité j’empennèle en laissant pour l’instant la
deuxième ancre juste à pic avec la chaine et le bout prêt au cas où.
Dimanche 25 Décembre.
Le coup de vent a mis du temps pour s’évacué mais la météo est redevenue calme, ce sera mieux pour monter
très probablement au louvoyage. Je ne vous raconte pas les divers bricolages de l’escale, ce serait fastidieux
et il est plutôt temps de préparer le bateau et partir demain. En route pour la mer de Cortés.
Et il me reste donc à vous dire à bientôt pour la suite !

En vous souhaitant que du bon pour vous et bien sûr un peu plus aussi !
Bernard.

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Lundi 25 Décembre.
Départ de La Paz de bonne heure mais pas aux aurores. Les Bullots sont sur le pont, ils partiront demain et on
devrait se revoir en route. Par contre sur Kéa rien ne bouge, Dominique doit faire une grasse matinée. Je n’ai
pas eu le courage d’aller à la messe de minuit. Il faut déjà remonter tout le chenal au moteur avec le vent de
face. Eh oui, le vent aime bien suivre la côte dans la région. Juste avant la sortie, arrive un bateau en face. Un
ketch, coque en acier à bouchains, pas de tonture, cockpit central. Certainement un Français. Gagné ! Et avec
une coque rouge, je parierais bien sur adepte de Bernard Moitessier. Il est à la voile sous grand-voile seule à
un ris dans le petit temps et donne l’impression d’arriver de loin. C’est un solitaire qui est tout content de me
montrer son pavillon. Nos routes se recroiseront peut-être plus loin. Puis le louvoyage dans le petit temps
commence. Je ne vais pas loin, juste vingt milles. Mais en début d’après-midi il n’y a plus de vent du tout et je
fini au moteur pour arriver sur l’ile Partida, dans l’anse Cardonal. Baie profonde et parfaitement abritée. Est-
ce parce que je viens de la ville mais je trouve l’endroit d’un calme incroyable. L’eau est particulièrement
limpide et le silence saisissant. Une plage au fond. Idyllique, c’est décidé, je reste là demain.

L’endroit est désert. Enfin, presque.

Il y a quand même une trace humaine. Au bout de la vallée qui coupe presque l’ile en deux.

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Les cactus font comme une haie d’honneur. Là, pas une seule trace de pas.
Comment ne pas se baigner des un site et une eau pareille ? Mais il faut bien partir quand même ! Surtout
que c’est pour aller juste à côté, à pas un mille à vol d’oiseau mais quand même plus de trois en faisant le
détour de la pointe. Bulle y est allé un week-end et ils ont trouvé la balade à pied superbe. Ensanada Grande
est, comme son nom le suggère, bien plus vaste et plus ouverte donc moins intime mais les rochers y sont
superbes et effectivement le chemin est bien plus long et bien plus beau. Par contre, revers de la médaille,
des Pangas y amènent des touristes.

Roches à Ensanada Grande. Au bout du « Chemin », la côte Est de l’ile.


Au retour de la balade, Bulle arrive et mouille un peu devant, puis sans transition passe à bord : « On va sur
l’ilot voir les lions de mer, tu viens ? ». Je saute sur mon appareil photo puis dans leur annexe et c’est parti !

Arrivée sur les lieux, rien que le site vaut le Un jeune male fait le guet. Les plus gros n’ont pas l’air
déplacement. commode du tout !

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Par contre les jeunes


approchent et viennent jouer. Elles mordillent les
palmes, se laisse toucher, font des cabrioles. Luc tire
l’annexe, quatre-cinq prennent l’amarre comme pour
l’aider. Le spectacle est fantastique. Ceux qui sont à Une maman attend patiemment que son Tanguy soit
l’eau, aux premières loges, sont émerveillés. rassasié.

Des Fous à pieds bleus, des cormorans, des pélicans Pause au soleil du soir.
et des frégates occupent aussi les lieux, un festival.

Au retour Les roches prennent de belles couleurs.


Moments magiques. Un grand merci à Luc et Julie de m’en avoir fait profiter.
Jeudi 28.
Là aussi il n’y a que vingt milles pour l’Ile San Francisco mais je pars de bonne heure dans l’espoir de tout faire
à la voile. Le petit vent du matin se renforce progressivement et on arrive, toujours au louvoyage comme il se
doit, sous deux ris dans la grande baie du sud.

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L’anse s’appelle « Le crochet », on voit pourquoi. Sur la côte les montagnes deviennent majestueuses. Ensuite
c’est une petite étape de trois heures pour San Evaristo, un village de pêcheurs sur la côte.

Kanaouenn dans la baie de San Evaristo. Le village et les Pangas de pêche.


A la porte d’entrée de la maison. Les fleurs ne sont pas du tout en
plastique. L’apparition date de 1531. Lourdes et Fatima ne sont
que de très tardives copies. La Vierge de Guadelupe est typée,
c’est-à-dire pas blanche à l’Européenne
(comprenez pas Espagnole), détail
fondamental. Elle a été la bannière du
méga héro national M. Hidalgo, l’initiateur
du mouvement pour l’indépendance. Pareil
pour l’ultra mythique Zapata. La Guadelupe
est donc loin de n’avoir qu’une simple
connotation religieuse. Elle a une
connotation très identitaire et porteuse de
tous les espoirs de
Miguel Hidalgo et sa bannière. Il y en avait
beaucoup de Mexicains. un exemplaire au Musée Anthropologique
de La Paz.

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Derrière la colline, du côté des salines. Une autre maison de pêcheur.


Samedi 30.
L’objectif est de passer le Canal San Jose qui se présente un peu comme un entonnoir. Le guide parle de vents
forts et de courants contraires pouvant aller jusqu’à trois nœuds et conseil
aux bateaux de petite taille ou faiblement motorisés de passer par
l’extérieur. Aujourd’hui, c’est calme blanc et il n’y a pas la moindre trace de
courant. Au-delà de la navigation au moteur, tout va bien donc. Je m’arrête
dans la baie de Tembabichi. Une grande plage en arc de cercle au milieu de
rien et le lendemain de continue jusqu’à Agua Verde. Navigation moitié à la
voile quand il y a du vent et le reste au moteur. La route longe la côte, à
Raie en plein vol.
l’intérieur du chapelet d’iles qui la borde et passe devant les montagnes
qui prennent progressivement de l’ampleur.

Agua Verde est un autre village de pêcheur enfoui dans les arbres. Là non plus pas la moindre boutique mais
un petit restaurant-paillote est ouvert sur la plage. A côté d’une aire de camping où trônent une tente et un
petit camping-car.

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« Vue » générale du village de Aqua Verde. La rue principale.

Le puits avec une pompe, et un abreuvoir derrière. Le confort tient parfois à peu de chose.

Pyramid Rock et derrière Roca Solitaria, comme un Exactement le même rocher qu’à Balandra. Mais
menhir posé sur l’eau. celui-ci, loin des touristes, n’a pas droit à être relevé
ni re-scellé.

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Un trou dans la roche, juste à côté. Et Kanaouenn faisant le beau dans le soleil couchant.
Et nous sommes donc le 31 décembre ! Soirée magique dans cet endroit fantastique. Dame nature s’est mise
en quatre pour l’évènement. Dans le village il n’y a quasiment aucune lumière.

31 Décembre 2017, la lune est presque pleine. 1er Janvier 2018, au milieu c’est un lion de mer en
plongeon canard durant sa promenade matinale.
1er janvier 2018.
Cette fois-ci, il y a presque vingt-cinq milles à faire. L’année commence bien, après un dégagement au moteur
dans un calme plat, le vent vient, léger au début, monte jusqu’à force trois. J’en profite pour faire prendre l’air
à l’inter endraillé et donc le vérifier. Les mousquetons ont besoin des quelques petits soins : une ligne de plus
sur l’éternelle liste !

Au détour d’un virement de bord, regardez bien :


Autres rochers caractéristiques.
Ce qui est nommé « La main de Dieu ».

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Je prends de la marge en montant un peu plus pour passer entre les rochers de Candeleros au débridé. Et,
après le dévent de l’ile Danzante, le louvoyage reprend sur mer plate. Je passe devant l’entrée de Puerto
Escondido et pousse jusqu’à Honeymoon Cove. L’endroit à l’air bien tranquille. La toute petite anse au Nord
est effectivement superbe et d’un calme extraordinaire mais vraiment très étroite. Kanaouenn n’a même pas
la place d’y éviter, et les rochers sont en purs cailloux véritables. Ailleurs il y a trop d’eau : Demi-tour et retour
sous génois seul à Puerto Escondido. Là c’est le luxe, il y a des bouées et l’équipage est donc mis en congé.
2 Janvier.
Et oui, nous sommes bien le deux janvier ! Je vous entends tous dire «Bon sang. Un an déjà ! ». Et vous tous,
lecteurs fidèles, n’avez qu’une question à la bouche qui résonne dans toutes les montagnes environnantes :

« Que sont-elles devenues ? ».

Je vous rassure tout de suite : Elles1 vont bien ! Et même très bien. La première, un peu fêtarde sur les bords,
barbotte un peu en rond sous le vent des Caraïbes car je la soupçonne ne pas vouloir s’éloigner trop de sa
source d’approvisionnement en Rhum. Par contre la deuxième, dans une ambiance plus Pataugaz-Sac à dos,
arpente le Bassin Colombien dans tous les sens. Noé de l’Ifremer - leur vrai Papa donc - m’a donné de leurs
nouvelles. Elles travaillent très bien et communiquent régulièrement leurs données. Tonton Kanaouenn en est
très fier ! Noé m’a donné ces liens pour les suivre :

Pour la première : http://www.ifremer.fr/argoMonitoring/float/6902713


Pour la deuxième : http://www.ifremer.fr/argoMonitoring/float/6902712

Et cet autre lien qui présente les courants dans la région en animation : http://map.argo-france.fr/ . Cela
nécessite un bon débit internet, ce que je n’ai pas. J’ai juste réussi à voir une seule fois, c’est extrêmement
étonnant. Les courants tourbillonnent comme dans un torrent de montagne entre les rochers. D’où les trajets
des deux jumelles. J’imaginais les courants océaniques comme de longs fleuves tranquilles, pas du tout. Je
comprends mieux les contre-courants rencontrés dans le Gulf Stream au départ de New York. Allez voir, c’est
passionnant.
Puerto Escondido est parfaitement bien abrité. La baie, totalement fermée, est surplombée par la montagne
de La Giganta qui portent bien son nom. L’endroit est grandiose mais totalement isolé. Au bureau de la
marina, ils disent que les deux seuls moyens de transport sont la location d’une voiture ou le taxi
(j’apprendrais plus tard qu’il y a effectivement quand même quelques bus qui passent sur la nationale N°1,
l’artère de toute la péninsule !). Un aller-retour en taxi-requin à Loreto (25 Km) coute plus cher qu’une
journée de location. Je vais donc tout concentrer et regrouper la visite et l’intendance. Mais mon Capitaine
pique une crise d’autorité et exige que les travaux importants soient faits avant. Il faut reconnaitre qu’en
général c’est plutôt l’inverse, que la fuite du réservoir d’eau Babord est critique, que la panne des feux de
route peut être gênante et que l’inter étant déballé, autant réviser les mousquetons tout de suite avant de le
replier. Fin des vacances pour l’équipage !
Vendredi 5 Janvier.

Mon téléphone est un peu stressant, il change d’heure sans arrêt. Il ne sait pas sur quel fuseau horaire se
positionner. Un coup il est huit heures, deux minutes après c’est neuf heures puis pendant trois secondes à
huit heures, etc. Cela ne serait que comique si je n’avais pas rendez-vous pour la voiture. Mais tout fini bien et
en route pour Loreto. Déjà pour découvrir mais aussi pour défricher le coté intendance.

1
Pour les têtes en l’air, ceux qui lisent en diagonale ou ceux qui ne retrouvent plus la lettre 4 : je parle des Deux Jumelles.

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Vue d’ensemble du centre-ville de Loreto, l’ancienne La belle Mairie. Désolé pour les décors de noël un
capitale de la Basse Californie. peu kitchs ! C’est la saison qui veut cela.

Et voilà la Mission de Nuestra Señora de Loreto Concho.


Au risque d’en chagriner certains, la vraie et la seule « Mother Mission »,
c’est elle (1697). Et non le pan de mur (pour ne pas dire le tas de cailloux) de
1769 qui traine près de San Diego. Toutes les missions de Basse Californie
sont plus anciennes. Et toutes les missions s’égrainent progressivement d’ici
au nord de San Francisco le long du Camino Real (et vers le sud jusqu’au
Cabo). Les dates suivent parfaitement la progression vers le nord. Les
Américains, plutôt que d’acèner des mensonges par omission, auraient
beaucoup à apprendre à regarder derrière le double mur qu’ils ont construit
sur la frontière. Il y existe tout un monde en dehors du leur et pourraient y
découvrir plein de choses intéressantes. Les Mexicains ont su conserver leur
Mother Mission en parfait état.

Le musée des missions attenant retrace toute l’histoire. Le point de vue est très « Missions ». Les Indiens sont
présentés comme ne sachant rien faire. La présentation du musée de Ensenada était toute autre, en montrant
tout un tas d’outils, d’artisanat, leur alimentation variée etc… Les missions en apportant l’agriculture leurs
auraient presque appris à manger bien que sur un panneau est expliqué une méthode de conservation des
Pitahayas (fruits d’une variété de Cactus) que je n’ai pas bien comprise et qui avait l’air assez sophistiquée, en
tout cas pas un simple séchage. Les missions ont mis en place des cultures de production comme l’olive et la
canne à sucre et produisaient de l’huile et du sucre. Mais au fur et à mesure que les missions s’étendaient, la
population régressait, toujours à cause des maladies importées, à priori ici totalement involontairement
(Population estimé en 1697 : 41 500 et en 1778 : 3 972, c’est précis). Les missions ont donc fermées en 1833
faute d’impétrants. Sur les photos, vous voyez une barque (si je peux utiliser ce terme) monoxyde d’une taille
incroyable. Les plus grands bateaux monoxydes que j’ai vus jusqu’à maintenant sont les fabuleux « Canoës »
de guerre des Haïdas, fait dans les grands Red Cedar. Là le bateau est plus court mais autrement plus creux. Le

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monsieur du musée a précisé qu’il était fait en Huanacastle un arbre fourrager dont le tronc peut être
effectivement très large, il m’a montré une photo d’Internet sur son téléphone. Si j’ai bien compris on
l’appellerait aussi « La Parota » et serait l’Enterolobium cyclocarpum. Le bateau servait à la pêche aux huitres
perlières et au transport le long de la côte car il n’y avait pas de routes à l’époque.

La Casa de Piedra, là où fut signé l’acte d’adhésion de Juste pour le plaisir des yeux…
la Basse Californie à la République Fédérale (1824). Mais en route pour La mission de San Javier :

La route serpente et s’enfonce dans la montagne. Plusieurs passages de gués.

Qu’est-ce que sont allé faire les missionnaires dans


Course avec des chevaux typique western ! Cela un coin aussi perdu ? La réponse est simple. Elle m’a
change des vaches (dont une crevée), chèvres, ânes été donné par le monsieur rencontré dans les jardins
qui traînent sur les bords des routes ! derrière et j’aurais dû m’en douter en venant : L’eau.
Il y a de l’eau dans cette vallée.

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Mission de San Francisco Javier Viggé Biaundo. L’intérieur est digne des plus beaux musées.

Derrière la mission : Des hectares de culture irriguée !


Le monsieur qui se trouve là m’explique qu’à la fermeture de la mission, les terres ont été partagées entre les
gens qui étaient là. Maintenant tout est privé et on ne peut plus entrer.

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Un olivier d’époque : plus de trois cents ans. On parle d’oasis, c’est vraiment cela.
L’idée était de traverser pour aller du côté de Comondo et La Purisima mais en fait les belles routes de la carte
ne sont que des chemins de pierres dans la montagne et on me déconseille fortement d’y aller en voiture
ordinaire. Et avec la voiture de location, je n’ai pas trop envie d’y laisser le beau bas de caisse avant en joli
plastique qui pourtant brille comme un sou neuf. Il faut faire tout le tour … C’est parti !

Beau chargement. Des Cactus à perte de vue. Des ailes à sécher.


Le paysage est semi désertique et la route parfaitement droite. Des panneaux mettent en garde contre la
somnolence. Ca roule vite, étant à cent dix alors que c’est limité à quatre-vingt et souvent soixante, tout le
monde me double, sauf quelques voitures de « campesinos ». Comme si les panneaux n’existaient pas. Les
lignes jaunes continues n’existent pas non plus ! Par contre en ville, tout le monde conduit très doucement.
Les ralentisseurs très marqués et limités à dix à l’heure y sont peut-être pour quelque chose. Le thermomètre
monte à trente-deux. Ce matin il annonçait huit. Arrivée à Ciudad Insurgentes, j’aimerais bien trouvé un
chapeau plus petit. L’actuel est vraiment très efficace, il protège bien, la tête bien sûr mais aussi les épaules et
les yeux. Par contre il est parfois un peu encombrant. A la campagne il est parfait mais en ville un plus
maniable serait plus pratique. Une mercerie en vend et j’en trouve un à ma taille. Affaire conclue. Au moment
de payer, la dame se tourne vers le fond de la boutique, se signe et remercie le Seigneur car c’est la première
vente de la journée.

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La route … toujours bien droite. « La Rue » de Ciudad Insurgentes.

Pause-café. Une bougie dans un verre brule devant Monument en l’honneur des colonisateurs du désert.
une image et une statue pieuse.
Je fais un crochet vers la côte Pacifique, à Puerto Adolpho Lopez Mateos. Un des lieux d’observation des
baleines. La côte est une multitude de lagunes sur presque cent kilomètres.

Ce panneau fait-il partie du code de la route ? Au bord de la lagune.

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Les oiseaux ont l’air bien sereins. Pourquoi donner un nom à une rue si elle n’en a pas ?
Retour sur la grande route pour continuer vers le Nord jusqu’à Franscisco Vila, un village indiqué sur la carte
et carrefour pour deux autres missions : Une quinzaine de maisons dont plus de la moitié abandonnées mais
une école primaire. En tournant à droite, une voiture est sur le bord de la route et les gens me font signe. Le
monsieur me dit que sa voiture va mal, qu’il va rejoindre son travail à San Miguel, il est policier là-bas dit-il en
me montrant son revolver à la ceinture. Tout parait clair et ils ont l’air sympas. On charge le barda dans le
coffre (sac de graines type Quinoa, rouleau de fil de fer, etc) et en voiture. A peine assis, mon voisin se signe
et baise sa main. Je mets ma ceinture. Ignacio fait de même, ce qui prouve qu’en homme prudent il ne met
pas tous ses œufs dans le même panier. La route (toujours aussi droite) s’engage dans un canyon. Même les
cactus deviennent rares. Ignacio me dit préférer la calme de la campagne aux soucis de la ville. Pour un
policier Mexicain, c’est sûr. Et là, il y a pas à dire, pour être calme, c’est vraiment très calme. Mais au fond de
la vallée, l’oasis apparait. Je laisse Ignacio à San Miguel, il m’indique la route pour San Jose, heureusement car
dans le village il n’y a aucun panneau.

L’entrée dans le Canyon. Puis la piste pour monter à San Jose de Comondu.

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La mission de San Jose de Comondu. C’est écrit dessus (zoomez s’il le faut !).

Là aussi, un système d’irrigation, sous des orangers. Et encore un olivier tricentenaire.


Des peintures rupesques sont annoncées pas loin. En me trompant de chemin je me retrouve sur une piste
très caillouteuse qui grimpe fort à flanc de montagne. Il s’avère que c’est la route pour aller directement à
Sans Javier. Effectivement, c’est loin d’être évident de passer en voiture ordinaire. Retour à la case départ
pour trouver la bonne piste. Un quart d’heure sur un sentier de chèvres en pleine chaleur. Ignacio m’a dit
qu’elle était exceptionnelle cette année et que cela fait quatre ans que les températures d’hiver sont plus
hautes que d’habitude.

Le site. Ce ne sont pas les immenses dessins de près de


Mulegé, mais combien de siècles nous contemplent ?
Au retour, petite pause à San Miguel.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°14 - 1/2 - Mexique, Mer de Cortés.
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Il ne manque que les chevaux. La petite Mission.


L’idée était de monter jusqu’à La Purisima mais la route se dégrade, la moyenne s’en ressent et il y a toute la
route de retour à faire. Avec la chaleur, la fatigue se fait sentir. Demi-tour.

A croire qu’en dehors de la Nationale N°1 et des Sur le bord de la route, des aigles blancs.
routes qui mènent aux grands points touristiques, les
routes ne soient pas très roulantes.

Une vache trouve un peu d’ombre derrière le poteau. Après avoir retraversé les montagnes.

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Détour par Ensenada Blanca, au bout d’un chemin de Non loin, l’entrée d’un domaine résidentiel très privé.
terre chaotique. C’est la fête au village. Ne cherchez à entrer !
Re passage par Loreto. Je n’en reviens encore pas de la
splendeur des aménagements du carrefour d’entrée de la
ville, magnifiques et franchement grandioses. Je ne me
permettrais pas de faire remarquer que pendant ce temps-
là des villages pas loin sont sans eau et sans électricité car
les étrangers n’ont pas le droit de critiquer le
gouvernement (c’est inscrit dans la constitution), et loin de
moi ce genre d’idée. Sur la route de Mulegé, pas loin au
Nord de Loreto, un poste militaire barre la route : Contrôle.
Les militaires sont très sérieux, inspectent très
minutieusement la voiture, me demande où je vais et pas
plus. Aucun contrôle de papier. Celui qui inspecte mon sac fouille partout très précisément puis remet tout
méticuleusement en place. Après l’avoir consulté, ré enroule la carte routière parfaitement avec grand soin.
Ils n’ont manifestement pas envie de rigoler mais sont d’une correction et d’une prévenance
impressionnante.
Un peu plus haut, un panneau indique des peintures rupesques à soixante-deux kilomètres, la route de terre
est roulante à environ cinquante à l’heure, tout va bien… Puis se dégrade vite et impose de ne pas dépasser
les quinze à l’heure. A ce rythme-là j’en ai presque pour la journée ! Et pour ne pas savoir en fait ce que je vais
trouver : autre demi-tour pour aller directement à Mulegé.

Dans le Nord de la Baya Conception, il y a de très beau sites et de très belles plages. Avec parfois des
campings aux aménagements sommaires qui ont l’air de faire le bonheur de camping-cars et de quelques
motards.

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Mulegé ! L’accueil de ce haut lieu de la résistance lors de l’invasion Nord-américaine est grandiose.

Le héros. Les deux


octobre sont fêtés ici. Et ce jour-là Mulegé se déclare
capitale de l’état.
Surtout, ne me
demandez pas
pourquoi j’ai tourné
dans cette rue ! C’est
donc tout à fait par
hasard que je suis
tombé sur cet ancien
fort qui mériterait
d’héberger le
Sergent Garcia.

Le musée qui surplombe la ville est fermé pour le mois Une des rues principales. Comme ses voisines, à
de janvier. sens unique. Comment le savoir ? Débrouillez-
vous !

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Mission de Nuestra Señora de Santa Rosalia de Mulegé. Pour le plaisir des yeux.

Je profite de l’occasion
pour vous présenter
Santa Rosalia, …

Que je ne connaissais
point.

Voilà qui est fait.

Le fleuve. Mulegé aussi est une oasis.

Voilà le lieux du fait d’arme. Hélas en entrée interdite : Sur le bord de la route.
Terrain militaire. (Zoomez, à mon avis cela vaut le coup).
Pause à Santa Rosalia, d’autant plus rapide que le musée est fermé (décidément !) et qu’il est temps de
rentrer.

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En arrivant à Santa Rosalia. La célèbre locomotive (celle qui est en bas de la ville).
La ville vit autour des mines, principalement de cuivre. La société française Boleo a exploité le gisement de
1885 à 1958 (avec un arrêt de je ne sais combien de temps à partir 1938). L’activité a été ensuite reprise par
une structure gouvernementale jusqu’en 1984. Puis après donc un nouvel arrêt, a redémarré en 2011 avec
des Canadiens.

L’église locale à structure métallique que certains attribuent aux établissements Effel et d’autres non. En tout
cas vient de France elle aussi (commandée par les Ets Boleo). Remarquez, l’extérieur est à angles vifs et
l’intérieur est courbe. L’espace entre les deux isole de la chaleur et évite la condensation.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°14 - 2/2 - Mexique, Mer de Cortés.
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La bibliothèque publique. L’ancienne direction de Boleo, devenue un musée.


Nous sommes Dimanche et … le musée est fermé ! Mais vous avez déjà les hauts lieux en quelques photos.
L’ambiance dans la ville, qui logeait les mineurs et où toutes les maisons sont en bois, est vraiment sympa.
Cette trop rapide halte ne fait que renforcer ma motivation à revenir en bateau.
Le lendemain, je rends la voiture à Loreto et un gars de l’agence me ramène à Puerto Escondido. En tant que
local il roule normalement, c’est-à-dire avec des pointes à cent quarante. Les panneaux à quatre-vingt et
soixante sont très probablement pour les vaches, chevaux, mulets qui trainent au bord de la route (et
rarement dessus). Il doit certainement aussi y avoir des panneaux pour leurs dire de ne pas traverser. Il me dit
gagner sept mille Pesos par mois. Ignacio m’a dit qu’un maitre d’école primaire gagnait environ dix mille
Pesos1, cela me parait cohérent. Mon chauffeur me dit qu’à côté de son travail à l’agence, en tant que
mécanicien il intervient pour des particuliers et qu’il va, le matin à trois heures, à la pêche aux requins deux à
trois fois par semaine quand le temps le permet. C’est le cas en ce moment et il parait effectivement assez
fatigué.
Dimanche 14 Janvier.
J’avais prévu de partir Mercredi, mais le vent fort - dont je ne vous dis pas la direction - annoncé pour Jeudi et
Vendredi a fait des heures supplémentaires Samedi matin. La journée de pause c’est transformée en cinq
jours de Stand-by. Kanaouenn a bien changé : Coque déjaunie et Pavois passé au polish, Pareil pour les Inox ,
Vernis extérieurs refaits, Pont briqué, Parre battages nickels. Un vrai nettoyage de printemps !

Voilà les alentours du chantier :

1
Un Euro vaut en gros vingt Pesos. Soit 350 Euros pour l’employé de l’agence et 500 Euros pour l’instituteur.

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Départ donc aux premières lueurs du jour. Puisque le vent s’est calmé, il n’y en a donc plus du tout et le
moteur ronronne. Ainsi jusqu’à midi, au sortir passage de l’ile Coronados.

Puis le vent se lève, bon six, et la mer se creuse tout de suite. Impossible de dépasser les quatre nœuds sans
taper. Je sais qu’il n’est pas de bonne stratégie de faire de longs bords mais pour mon confort personnel, je
tire au large en début de nuit. Un peu avant le virement prévu le vent adonne de plus de vingt degrés ! Déjà
que contre ces vagues courtes le cap est mauvais mais avec vingt degré en moins, la route du deuxième bord
et presque parallèle au premier : de la route pour quasiment rien ! Au soir, il a fallu tenir la casserole à la main
pour qu’elle accepte de rester sur le réchaud. C’est très rare à bord, et prouve que le bateau danse bien.
Pendant le bord à terre, je ne sais pas ce qui s’est passé bien que cela ne peut être que je n’ai pas ou mal
réenclenché le compte minute, toujours est-il que j’ai dormir pendant plus de deux heures. Il y avait encore
deux heures de marges mais cela fait partie des « fautes graves ». Même « relativement » loin de terre,
toujours mettre deux alarmes. Le compte minute toutes les dix, quinze, vingt ou trente minutes selon les
circonstances et le réveil toutes les heures ou demi-heure en arrière-plan. A bord, certaines règles de sécurité
ne supportent aucun manquement... Le matin donc nous amène juste devant San Juanico.

Une anse qui m’a été plusieurs fois vantée chaudement. Mais le vent s’est calmé et la mer aussi. C’est la
première fois que les conditions de navigations sont réellement bonnes depuis le début de la remonter de la
Mer de Cortés. Difficile de ne pas en profiter, et je vire donc de bord pour continuer sur Santa Rosalia pour y

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°14 - 2/2 - Mexique, Mer de Cortés.
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arriver le lendemain midi après une belle navigation. Le vent ne s’est relevé que la dernière heure, en
arrivant.

Là, tout va bien. Oups !


Au passage, voilà une petite excentricité de Navionics qui positionne parfois l’Ile de la Tortue (devant Santa
Rosalia) un peu bizarrement. Tandis que CM93 est décalé comme jamais. Déjà à Puerto Escodido, kanaouenn
était soi-disant sur la côte, à environ cinq mètres de hauteur et probablement entre deux cactus mais là le
décalage monte à un demi-mille et bien à l’extérieur du port. Cela commence à faire beaucoup. Je vous
rassure, le bateau est tranquillement amarré au ponton et la ville est juste à côté.
Le musée ? Il est fermé ! Ben oui, il est quinze heures passé. Mais la ville est là.

La Mairie

Maisons des mineurs, en centre-ville.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°14 - 2/2 - Mexique, Mer de Cortés.
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Je suppose que
le syndicat
n’existait pas à
l’époque
évoquée ci-
dessous.

De l’extérieur, Santa Rosalia était vue comme un El dorado. Il y avait du travail. L’organisation de la mine était
très moderne pour l’époque et la ville a été la deuxième ville du pays (après Mexico) à bénéficier de
l’électricité (venant de la mine). Mais en interne, c’était l’enfer, des conditions de travail terribles et de graves
problèmes de santé. Une source parle de plus de mille quatre cent morts de Silicose cumulés en 1903. Une
autre1 parle de mille deux cents morts en trois ans vers la même époque de Typhoïde, de Cholera,
Tuberculose et autres joyeusetés. La direction de la mine a fini par créer un service médical. Pour illustrer la
situation, au début, l’eau était rationnée à un seau par famille et par jour. On est à l’époque du dictateur Diaz.

1
Wikipedia, j’ai perdu l’adresse mais vous la retrouverez en cherchant « Compagnie du Boléo ».

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Un peu comme dans le


système des
haciendas, les
boutiques, à l’origine,
appartenaient à Boleo.
Le bâtiment est devenu la Maison de la Culture.

Le marché, que j’ai toujours vu fermé. Tacos de pescado y camaron, Si !


En haut, sur la colline qui surplombe et à côté du bâtiment de la Direction, ce qui est très probablement le
quartier des cadres

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Juste en dessous, de l’autre côté, la friche industrielle des installations d’origine. Je ne vous ai pas montré la
locomotive à l’autre bout de la rue de la direction et qui est presque la même que celle deux photos au-
dessus, mais voici celle qui est dans la friche. Un panneau indique qu’il y en avait cinq. Il en manque donc une.
Jeu : Où se trouve la cinquième ? Je départagerais les victorieux par la question subsidiaire rituelle.
Le lendemain je prends le bus pour San Ignacio qui est réputé. De bon matin, la route traverse les montagnes
quasi désertiques.

Le centre-ville, en fait plutôt le village, est à deux kilomètres de la nationale où le bus s’arrête. Je décline
l’offre du taximan en maraude et vais à pied. A la fraiche, la traversée de l’oasis est fantastique, dans un calme
surréaliste et accompagné par la célèbre chanson de Violetta Parra qui me trotte dans la tête.

Le village apparait au détour d’un virage.

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Mission San Ignacio Kadakaaman.

Le fronton est de Là, c’est du niveau de


grande beauté. San Javier.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°14 - 2/2 - Mexique, Mer de Cortés.
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Et voici San Ignacio, La Guadeloupe est


vous allez bientôt bien là. La statue
connaitre toute la serait presque aussi
famille ! belle que celle de
Les broderies sont Santa Rosalia, mais
en fil d’or d’environ comme cette
un millimètre de dernière est ma
diamètre. chouchoute, j’ai du
mal à l’avouer.

Pour rester dans le même sujet, voici la maxime


Pour le plaisir des yeux. affichée dans la gargote sur la place.
J’ai du temps, le bus est à midi. Et je flâne tranquillement dans le village, puis retourne doucement vers la
station de bus. Arrivant sur la nationale, le bus passe devant mon nez ! A la station je demande si le bus qui
est passé est celui de Santa Rosalia. « Eh oui, il faut faire attention, les bus sont toujours à l’heure ! » me
répond négligemment la dame en me montrant la pendule qui indique midi moins dix ! L’apprentissage du
Mexique réserve parfois quelques surprises. Le prochain est dans trois heures, ce sera donc trop tard pour le
musée de la mine. Décidément, et pour rallonger la sauce celui-ci, par contre, a presque une heure de retard.
J’ai le temps d’observer les lieux !

Ce n’est pas l’aisance pour


tout le monde. Des militaires viennent se mettre en faction quelques
temps, puis s’en vont.

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Le
chapeau
mexicain
n’est pas
une
légende et
est
toujours
d’actualité.

La gestion des carcasses de voitures à l’air d’être un


réel problème.
Jeudi 18.
Le musée ouvre à 8 heures. Suite à une nouvelle erreur d’heure, j’y arrive à neuf heures moins dix. Tout est
effectivement ouvert, portes et fenêtres, mais pas la grille. Il faut juste patienter à peine plus d’une demi-
heure. Une dame fini par arriver et … Le musée ouvre, elle n’est pas belle la vie ?

Un système de communication
entre les sites ultra-moderne.

Le service comptabilité, déjà en Open Space ?

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°14 - 2/2 - Mexique, Mer de Cortés.
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L’ancetre de nos calculettes et sa mécanique.

Et l’ancetre de nos micro-ordinateurs ! Sur Le bureau de Monsieur le Directeur.


l’étiquette Dymo il est ecrit : Programme de
comptabilité…

Et la célèbre photo qui illustre bien les conditions de


Un lingot de cuivre estampillé. travail.
Pour finir la visite, un tour du côté de la friche industrielle. Tout est là, accessible, on peut se promener sur les
planchers pourris et les escaliers tordus en toute liberté. Venant des Etats Unis, c’est totalement sidérant.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°14 - 2/2 - Mexique, Mer de Cortés.
Janvier 2018

Le silo pour le chargement des bateaux.

La Météo annonce du vent fort pour dimanche et lundi avec du sud pour
vendredi. Cela a l’air classique, un coup de vent (bien sûr) de Nord est
souvent précédé un petit passage au sud. Je préfère partir tout de suite
pour arriver avant cette période perturbée. Surtout que la météo est
fiable dans la région mais le timing n’est pas toujours sûr.
Il est donc temps de se quitter et de dire « Bye bye Baja California ».
On se retrouve de l’autre côté, sur le continent ?
Je vous souhaite la crème du meilleur d’ici là, et si possible bien plus ! Les fermetures ont du faire des dégâts.

A Bientôt,

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°14 - 2/2 - Mexique, Mer de Cortés.
Janvier 2018
Bernard.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°15 – Mexique Nord.
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Lundi 18 Janvier.
Quelques courses après la visite du musée, le vent - que je prends pour du thermique - est en pleine forme. Je
profite du calme de la darse pour hisser la grand-voile à deux ris et dès les musoirs passés, en route au près.
La mer n’est pas si forte et Kanaouenn passe bien. Heureusement. Ainsi le cap est tenu et l’ile de la Tortue est
parée. Le soir - c’est curieux, en début et fin de journée il se passe toujours quelque chose - le vent baisse
d’un cran et la mer suit rapidement. Nuit confortable d’autant plus que le vent adonne. Je laisse les ris à
Kanouenn qui accélère quand même sur la mer aplatie. Au matin, le vent tombe presque en tournant Est : La
météo avait bien annoncé du Sud mais pas cette rotation !

Les râleries de lions de mer résonnent dans les criques du Cabo Haro.

Je pensais arriver en milieu de matinée, finalement on arrive en fin d’après -midi après un louvoyage
laborieux. Guaymas est une ville industrielle, des usines, des cargos, de la poussière. Mais la petite marina
Fonatur (un demi-ponton, l’autre a été détruit par un cyclone) est tout au fond, près du centre-ville.

L’église.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°15 – Mexique Nord.
Janvier-Février 2018
Guaymas,
elle aussi
est une
« Ville
Héroïque ».
Mais cette
fois-ci
contre les
Français
qui
« Prétendirent s’approprier » (Sic) la ville. Encore un
lieu où Napoléon III (Le petit, comme disait Victor
Hugo) a brillé par sa prétention et sa bêtise. La mairie (Palacio Municipal).

Cour intérieure du Palacio Municipal. Pour le plaisir des yeux.

Dans le marché municipal, comme à La Paz, il y a, en fait, très peu d’alimentaire, mais des restaurants
attenants. La ville n’est pas touristique et très vivante. Pas trop grande, tout est faisable à pied.

Monument aux
morts durant la
pitoyable mais
brève invasion
française.
Maximilien a fini
comme d’habitude
au Mexique :
Fusillé.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°15 – Mexique Nord.
Janvier-Février 2018
La maison de la culture.

Un des innombrables « Camiones » de transports


Si seulement j’avais de chaussures en cuir ! urbains, 7 Pesos pour celui-là, cela monte jusqu’à 10.

Encore un beau
kiosque,
en fer donc
immédiatement
attribué à Eiffel,
… soit disant.

Les deux seuls voisins de ponton pendant le séjour.

Dans la cour, statue


du président Huerta,
un enfant de la ville. Il
est présenté comme
un des initiateurs de
la révolution (dès
1906). Pas un mot sur
sa trahison et
l’assassinat de
Madero.

Ancienne prison municipale.

Mercredi 24.
Hier, il y avait un bon coup de vent de Nord. La marina est protégée mais les pontons paraissent fragiles et je
n’ai pas voulu laisser Kanaouenn seul en posture si agitée. Mais tout est calme aujourd’hui : Cap sur la station
de bus. L’objectif est d’aller à Los Mochis pour prendre le seul train de passagers qui reste en activité dans le
pays. Il remonte une vallée superbe, parait-il. Le bus est à dix heures, juste une heure d’attente. Pas de
pendule ni la moindre indication pour les bus qui passent. Heureusement, la femme de ménage m’a repéré et
s’assure que je prenne bien mon « Camion ». On m’avait dit trois heures de route, il en a fallu presque six. Je
n’ai donc pas le temps de visiter ne serait-ce qu’un peu d’autant que la ville est déjà à une bonne heure à pied
du terminal de bus. Il est temps de trouver un hôtel et Map me raconte n’importe quoi. Je commence par
accuser mon téléphone bas de gamme qui est effectivement un peu approximatif et très lent mais fini par me
rendre compte que les questions que je lui pose concernent El Fuerte. Le pauvre a donc un peu de mal ! De

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Janvier-Février 2018
lassitude après deux autres heures de marche, j’avise un hôtel un peu au-dessus de mes habitudes mais fin de
la quête infernale.

Non, ce n’est pas la cinquième locomotive que Voici la version moderne et de jour.
certains cherchent encore !
« ChePe » est le diminutif de Chihuahua-Pacifique. Aux terminus, les billets se prennent à un guichet comme
partout. Ailleurs, ils se prennent dans le train. J’ai oublié
de prendre en photo, dans le wagon, la pancarte qui
l’explique et concluant en précisant bien que si personne
ne passe, le trajet devient gratuit, c’est écrit en gros. Beau
pays. Tout le personnel dans le train est d’une amabilité
que je vais finir par qualifier de Mexicaine. Sauf les quatre
loulous armés qui sont fatalement quelque peu distants.
Le trajet est court pour arriver à El Fuerte vers neuf
heures. Je décline, comme d’habitude, l’offre du taximan
local puis me rend compte que la ville est à une heure et
demie à pied. En demandant le chemin aux ouvriers qui
sont en train de faire une gare toute neuve, l’un me dit
qu’il y a un camion (le seul) qui passe dans une heure. Pause. A une petite buvette vide, la dame me fait un
café. Le prix ? Ce que je veux. Le Monsieur est pensionné de l’armé, c’est un ancien combattant de la guerre
du Vietnam. En fait, beaucoup de Mexicains ont été enrôlés pour aller là-bas, et il me dit aussi que beaucoup
n’en sont pas revenus. Le camion arrive. Je ne sais pas, entre le car et le chauffeur, qui est le plus vieux, mais
avec une Guadelupe de chaque côté du poste de conduite et un Jésus devant, tout ne peut être que pour le
mieux. De toute façon, à moins de trente à l’heure, même en bringuebalant, on ne risque pas grand-chose.
El Fuerte est une petite ville particulièrement agréable

Avec un centre-ville superbe :

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Autour de la Place d’Armes.

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Grandiose cour intérieure d’une ancienne belle demeure devenue la Mairie, avec encore des fresques
historiques. Mais une des raisons de la halte à El Fuerte n’est pas là. La voici !

Quel cavalier va-t-il surgir de la nuit ? Don Diego de la Vega en personne, alias Zorro !
Eh oui, et là ce n’est absolument pas une blague. Toutes les insinuations entendues à San Diego sont de la pire
foutaise et je retire humblement mes allusions ridicules faites à La Paz et Mulere. Car c’est ICI et nul par
ailleurs. Le panneau d’information explique qu’à l’origine, c’était un petit fort en pierres, le premier de la ville.
Quand les Espagnols ont bâti le deuxième fort, plus haut, un certain Don Alejendro de La Vega en pris
possession et le rénova… Et eu un fils, pour être précis et si vous voulez tout savoir en 1775, qu’il baptisa
« Diego ! ». En parallèle, une histoire (ou une légende précise le panneau) a couru autour de El Fuerte qu’un
héros venait défendre les pauvres contre l’occupation espagnole. Comment la sauce a prise entre cette
histoire et les De La Vega et comment le cinéma a mis le pied dedans ( ?), toujours est-il que c’est ici que tout
a commencé : « Il signe, de la pointe de l’épée, un Z, qui veut dire Zorro », Tagada !
Le nouveau fort est juste au-dessus, et là l’ambiance change complètement.

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A l’entrée, est présenté un certain Rodolfo Fierro, né dans la région et général de Villa. Qualifié d’audacieux,
vaillant et loyal mais aussi de cruel et sanguinaire. Quand on sait le niveau de cruauté les combats, cela fait
froid dans le dos. Par exemple, tous les prisonniers étaient systématiquement exterminés. Ceci dans tous les
camps. Zapata qui était considéré comme « soft » de ce côté-là, lorsqu’il apprit qu’un de ses généraux avait
cherché à le trahir, a fait attaquer son village d’origine ; exécuter tout le monde, hommes, femmes, enfants ;
violer toutes les femmes ; et anéantir toutes les maisons. Circulez, il n’y a qu’à bien se tenir.

Quelques photos un peu passées de Francisco « Pancho » Villa, qui a su si bien se médiatiser. Et de Zapata
Et les voilà ensemble.

Certaines photos sont connues, surtout celle de droite. Mais là elle est complète et la légende d’époque est
lisible : « Villa en la villa presidential ». Pas un mot sur Zapata qui a l’air visiblement en retrait. Il est sûr que
Villa a beaucoup plus guerroyé et sur un plus vaste territoire que Zapata. Par contre il me semble que le
mythe de Zapata dans l’imagerie populaire soit plus grand. Parce qu’il a été moins cruel ? Parce qu’il a plus
politiquement organisé les zones conquises et mettant plus en place la redistribution des terres ? Parce qu’il a
combattu jusqu’au bout alors que Villa a négocié une fin de vie paisible à Chihuahua ? En tout cas les deux ont
finis de la même manière : Assassinés. Comme tant de leaders Mexicains.

Intéressante évocation de la période

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précolombienne, Et de la période plus moderne.
Ce soir, il y a une fête dans les environs, et la parade traverse la ville.

Tout petit, déjà.


Les crinières sont peignées, frisées, tressées. Incroyable. De ce que j’ai pu constater, tout du moins ici à El
Fuerte, le cheval est archi prioritaire sur les voitures.

Des tortillas de maïs, toutes fraiches, un régal. Ca y est, j’ai enfin trouvé le marché.
Le lendemain, le train passe de bonne heure. Une longue journée pour remonter dans les canyons jusqu’à
Creel. C’est ce tronçon qui est si réputé.

Une « Gare ». Sur un pont (ne cherchez pas le parapet).

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°15 – Mexique Nord.
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Et on monte comme cela pendant sept-huit heures, les yeux grands ouverts, rivés sur le paysage.

Halte au célèbre promontoire, devant des canyons de 1 600 à 1 800 mètres de profondeur.

Pour arriver à
Creel.

Les femmes
Terahumaras sont
habillées
superbement.

Petit bug d’intendance. J’ai pris trois t-shearts et une petite polaire « au cas où » ! A Creel en plein hiver c’est
pire qu’un gag. Le loueur de scooter me parle de moins cinq à moins six le matin.
Heureusement qu’il me prête un blouson, mais en short et « tout dessus », à dix
heures du matin, impossible de dépasser les quarante à l’heure sous peine d’être
congeler raide au guidon sur le champ. Le loueur est très sympa mais les conditions
de location sont rudes : absolument aucune assurance. Il m’a montré les tarifs des petites bricoles facilement
cassables, m’a donné les consignes contre le vol (sinon la balade finirait par couter un peu cher !) et tout un
tas de conseil de sécurité à n’en plus finir. Tout cela incite bigrement à la prudence. A la première pause, je
lance un caillou de la taille d’un œuf sur la rivière gelée, il rebondi. Un autre de la taille d’une grosse boule de
pétanque casse quand même la glace, verdict : environ trois centimètres.

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Mais malgré tout, en route ! Les chemins sont en pierres très dures, peu roulants.

Je ne suis pas le seul à ne pas avoir chaud. La cascade, au trois quarts gelée.

Elle m’a dit que sa fille avait seize mois et elle dix-
Sur le retour de la cascade. neuf ans. J’en doute un peu. Il y a beaucoup de filles
très très jeunes avec des enfants.

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Cela fait chaud au cœur de constater que de par le


monde, certains pensent un peu comme vous.
La mission de Loyola.

Le marché de Loyola. Jaune comme cela, ils sont élevés au maïs, pour sûr.

Dans la vallée de Los Monjes.

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Une fresque à l’école primaire. Linge qui sèche artistiquement, lui aussi en couleurs.

Maisons (chauffage) et très probablement un grenier. Attention, chutes de pierres.

Les ralentisseurs sont parfois redoutables pour les


deux-roues. Les motards apprécieront.
Une vendeuse en train de coudre.
Je rends le scooter un bon état (ouf) et le lendemain en route pour Chihuahua après un bon et vrai petit
déjeuner Mexicain : Un bol de gruau aux fruits sec, Café - Viennoiseries (un peu l’équivalent de trois croissants
pour vous donner une idée), puis pour finir, une bonne omelette avec purée de haricots ! Après cela, vous ne
pensez pas une seule seconde à manger de toute la journée.

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On est sur l’altiplano, toujours à plus de 2 000m. La place d’armes de Chihuahua. Le Monsieur, c’est
Parfois de grandes cultures et des usines. C’est actif. Don Antonio Deza y Ulloa qui fonda El Real de Minas
de San Francisco de Cuellar, qui devint ensuite, plus
simplement, Chihuahua.

C’est Dimanche et il y a de l’ambiance.

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La cathédrale. Là aussi, beaucoup de gens en prière.

Palais du Gouvernement. C’est écrit dessus.

Il est temps de le dire tellement c’est incontournable à Chihuahua : C’est ici


que Michel Hidalgo a été jugé et fusillé. Il est partout dans la ville. Au Palais
du gouvernement, il est dit que c’est dans ses murs que cela c’est passé. Le
Palacio Fédéral, avant, était un fort. Une de ses tours faisait office de prison
et c’est dans les vestiges de cette tour (ou une reconstitution) que Hidalgo
était enfermé et a été Sacrifié (sic). Comme souvent, il y a plusieurs versions.
Certains disent qu’il a été enterré dans une chapelle de l’église San Francisco
d’autre disent que son corps a disparu. Qui croire …

Puisqu’on est dans les célébrités locales : C’est aussi ici que Pancho Villa vivait lorsqu’il a été gouverneur de la
région qu’il maitrisait au début de la guerre civile. Il a également finit sa vie dans les environs, presque
paisiblement, comme Ranchero rangé des affaires. Presque car sa voiture a finie criblée de balles et on a
jamais su vraiment qui avait commandité l’affaire car plusieurs personne ont revendiqué l’acte. A sa mort, au
moins une vingtaine de femmes réclamèrent la succession du loustic, se disant mariées avec lui (certaines

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sources parlent de soixante-quinze mariages). L’état a mis des mois, voire des années pour démêler le sac de
nœuds et fini par trancher au profit de la Miss Luz Coral. Donc la
maison s’appelle la Quinta Luz. Mais il parait que le congrès
aurait reconnu, plus de vingt ans plus tard la Señora Soledad
Holguin. Ce qui est bien au Mexique, c’est que l’histoire, tout du
moins cette période, n’est jamais fade. Bien que souvent terrible.
Encore un bug d’intendance. J’aurais dû prévoir que le lendemain
du dimanche, c’est lundi. Jour de fermeture de certains musées
(vieille rengaine Kanaouenniene !). Au lieu de musarder au gré
des musiques de rue, j’aurais mieux fait de visiter la Quita Luz le
dimanche et le musée de la ville le lundi. J’ai fait l’inverse ! Donc Quinta Luz
vous n’aurez pas droit au cadre de vie de Villa qui n’a tout de
même pas été qu’un chef de guerre, mais aussi un des acteurs politique de la guerre civile. Bien que plus
habile dirait-on au pistolet que sur le tapis vert. Pour compenser, petit tour au grand Musée « Casa de
chihuahua » :
Ancêtre du criquet
ou plutôt d’un
espèce de polo à
pied. Un film
montre une partie,
cela joue très très
vite ! Ils jouaient
aussi avec une balle
au pied.
Certainement un
des ancêtres du
Football.

Le bâtiment à lui seul vaut la visite.


Une grande partie présente les coutumes et les rites précolombiens avec des films recents car encore en
vigueur dans beaucoup d’endroits. Bien sûr la période des missions est là aussi évoquée. Dans un sous-sol, le
lieu de dernière détention et d’execution (très probable) de Idalgo, avec un film explicatif. Il y a de très belles
photos panoramiques du desert de Chihuahua et une sequence de film d’une attaque des troupes de Villa.
Très probablement celle de la ville de Columbus aux Etats-Unis en represaille du lachage de Villa par les
Américains1. Ce qui prouve que le 11 septembre, contrairement a ce qu’ont dit bon nombre de journalistes en
mal de superlatifs, ce n’était pas la première fois que les USA étaient touchés sur leur sol. L’histoire a retenu
17 morts et peu de dégats à Columbus. Le film montre des combats intenses (dont un classique et habituel
enlevement de femme) et les photos ne sont que champs de ruines. Les Américains ont-ils minimisé
l’évenement par fièreté ou les Mexicains par diplomacie ?

1
Pendant le Révolution et la guerre civile, les Etats-Unis ont sans arrêt tiré les ficelles en alimentant ou pas en armes et
autres denrées stratégiques (Charbon, etc) tel ou tel camp. Et en s’alliant avec celui qui leur paraissait servir au mieux
leurs intérêts ou le lâchant quand leurs impressions changeaient. Tout en faisant de juteuses affaires. Comme dit le
dicton local : « Le Mexique, si loin de Dieu et si près des Etats-Unis ».

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Antonio Rodolfo Quinn Oaxaca (Anthony Quinn ) est


natif de Chihuahua (1915), de père Irlandais et de
mère Mexicaine. Le cinéma Mexicain a été très
Photo d’un habitat semi-troglodyte. productif.
Le lendemain, je vais quand même fouiner du côté de la Quinta Luz.

Au musée Tarike, un peu le musée municipal. Une


photo des « Enfants de la révolution ». Une de plus
Au passage, la Quinta Gameros. grandes avenues de Chuhuahua s’appelle « Niños
Heroes ». Ils ont eux aussi payés un très lourd tribut.

Le train a été
fondamental à Villa,
pour le transport des
troupes et surtout
l’approvisionnement en
munitions.

Et voila la photo complète, d’où a été tiré le célèbre


portrait équestre de Villa.

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Une évocation des Apaches. A l’origine ils habitaient
là. A l’arrivée de Espagnols, eux ont fuient vers le
Nord. Quand Geronimo a fait ses raids jusque dans la
région, en fait, il était en terre d’origine Apache.

Tout a fait par hasard, je rentre dans le palais du


gouvernement par une porte secondaire. Une
superbe cour intérieure avec toute l’histoire du
Mexique en fresque :

Avec « Terre et Liberté », un des plus fréquents Ce qui n’empêche pas la vie quotidienne de suivre
slogan de la révolution. son cour.
Finalement, je n’ai pas trop envie de rester une journée de plus juste pour le Musée de F. Villa. Le temps
commence à presser. A Guaymas, en discutant avec Patrick qui a des documents, je me suis rendu compte
que, contrairement à mon idée d’origine, il est impossible de descendre la côte en visitant jusqu’à Panama en
deux mois. Les distances sont trop longues, surtout avec les moyennes minables faites dans la région. Entre
les temps de navigations, d’intendances, de formalités et de visites, c’est impossible. D’autant qu’en côtière il
faut aussi passer les terriblement célèbres Golfe de Tehuantepec et de Papagayo un peu plus bas. C’est la
saison et la porte est bien plus souvent fermée qu’ouverte générant des Stand-by de plusieurs jours quand ce
n’est pas plusieurs semaines. Les saisons, comme la marée, n’attendent pas et en voilier, il est de bonne
prudence de les respecter. La solution est de tailler au large après avoir visiter au mieux possible le Mexique.
Tant pis pour l’Amérique Centrale et surtout le Chapias, terre des Mayas, de Zapata et du Sous-Commandant
Marcos, et de la foret Sub tropicale. Encore une fois : Le Mexique est un grand pays. Il faudrait des mois et des

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mois pour en faire le tour. Il faudra revenir, j’espère dans cette vie-ci. Donc cap sur la gare routière pour juste
huit heures d’attente puis quelques dix-huit heures de routes pour illustrer les propos précédents et aussi
pour rentrer à Guaymas ! La route retraverse les montagnes où elle est juste à deux voies et il y a beaucoup
de travaux.
Le guide nautique pour la suite, commandé aux States, devrait être arrivé depuis plusieurs jours. A l’agence de
transport que je fini par dénicher, ils en trouvent la trace. Il est en Douane
à Hermosillo. Combien de temps pour les formalités ? « Plusieurs jours à
plusieurs semaines, voire deux à trois mois ». Bon, il n’y a rien de mieux à
faire que de le laisser au bon soin du Monsieur de la marina. Adviendra ce
que pourra. Au-delà de l’argent certainement envolé pour rien, comme de
toute façon la suite est très écourtée, je ne perds pas tant que cela.
Quelques courses et derniers tours en ville. Le voisin passe à bord pour
discuter routes et guides. Il voit l’accordéon et me dit que sa femme en
joue aussi en m’invitant pour le soir. Belle session d’autant plus qu’on est à peu près du même niveau. Si on
avait su plus tôt, avec un peu de préparation on aurait pu jouer des choses sympas et plus abouties. Mais
voyager, c’est savoir partir ! Dernières photos de Guaymas :

La photo du pêcheur, au début du Malecon. Guaymas Etait, car ici aussi les ressources s’épuisent et
a été un très grand centre de pêche à la Gambas. beaucoup de bateaux restent à quai, en rouillant.

Et il est temps de vous présenter « Tia Rosa ».


Carrrramba ! Tia Rosa est à la tortilla ce que Maria est
au gâteau sec. Je ne peux pas mieux dire !
Le port de commerce, très actif. Contrairement aux tortillas artisanales, celle-ci se
conservent très bien : Une des bases de la cambuse !
La météo n’est pas fameuse mais pas de coup de vent de Nord en vue donc, en route.

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Vendredi 2 Février, 12 heures.
Après vingt-quatre heures de route, 35 milles de fait ! Cela commence bien. Je vous
présente l’ile dont j’ai publié le nom. Je suppose que vous n’en avez pas grand-chose à
faire, du nom comme du caillou d’ailleurs. Mais j’ai eu le toute la journée pour l’admirer,
alors je vous en fais profiter. C’est l’avantage d’avancer lentement : on profite tellement
plus du paysage.
Mardi 6.
Le vent était portant depuis le départ, ce qui est tout à fait standard dans le secteur. Mais la Mer de Cortès
n’en fait qu’à sa tête et cette nuit il est gentiment passé au … Sud-Sud-Est. Au près donc. Je fini en appui
moteur pour arriver avant la nuit à Mazatlan. Cinq jours pour faire trois cents soixante-sept milles. Soit la
magnifique moyenne de deux nœuds neuf. La carène n’est pas très propre mais quand même.

Au Nord, ce n’est pas le centre du front de mer. L’entrée est assez étroite.
Il reste juste une place à la marina Fonatur (marina publique). La voisine me regarde faire ma manœuvre
tranquillement sans bouger. Puis quelques instants plus tard, alors que suis en train de finaliser l’amarrage,
elle passe devant le bateau et me demande si tout va bien. Mon anglais n’est pas suffisant pour lui envoyer la
subtile vanne qu’elle mérite. Vous l’aurez certainement deviné vous-même : c’est un Américaine. Ils ont
envahi les lieux. Ne naviguent pas, mon voisin est là depuis cinq ans et l’autre n’a même pas sont mat. Ils font
leur jogging dans l’enceinte de la marina, vont au golfe, etc. Bref, ils vivent leurs vies d’Américains en se
fichant majestueusement de tous ceux qui les entourent et qui n’ont pas les dents aussi blanches qu’eux.
Heureusement, il y a aussi des Canadiens et évidement le personnel de la marina est Mexicain.
Comme prévu, Mazatlan est très balnéaire. La marina est de l’autre côté de la baie, à l’opposé de la vieille ville
et faut à chaque fois traverser cette zone totalement inintéressante. Au fond ce n’est pas bien important car
je ne suis pas venu ici pour Mazatlan en fait, mais pour m’approcher de Mexico et puis ensuite faire ma sortie
de territoire.
Mais le centre de la vieille ville est très bien sympa. Et avant tout le marché, ce n’est pas le plus grand mais
c’est le plus agréable de tous ceux que j’ai vus.

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Dit aussi « Mercado Jose Maria Pino Suarez ». De tout et beaucoup d’alimentaire.

Souriez, vous êtes filmés.

Attention travaux, un pas de trop et c’est l’étage


Au premier, les restaurants, classique. d’au-dessous, directement !

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Jus de fruits à gogo. La « Plaza revolucion » !

La Cathédrale de style relativement moderne.


Je me renseigne à la marina pour éventuellement caréner le bateau. Dans la prochaine étape il y aura
certainement du petit temps et pour optimiser la vitesse dans le canal ce serait aussi une bonne chose. J’avais
initialement l’idée de le faire à Panama mais serait finalement mieux ici. La dame du bureau me donne le prix
pour l’aller-retour et le stationnement et me demande si c’est juste pour nettoyer ou pour aussi peindre. Car
j’ai le droit de nettoyer mais pas de peindre. Je lui demande pourquoi : « C’est pour protéger les emplois, il y a
trois entreprises devant que vous pouvez consulter ». La première propose huit cents Dollars US et l’autre
neuf cents. Sachant qu’il me faut trois heures pour peindre la coque, en comptant une heure de préparation,
ce qui est un maximum, cela fait de deux cent à deux cent vingt-cinq Dollars US de l’heure ! Une vrai paye
d’ingénieur voir plutôt de trader. Quand on connait le coût de la main d’œuvre locale, c’est de l’escroquerie
pure. Au deuxième, le chef m’a demandé très docte s’il y avait des cloques. J’ai bien sur dit que non, sinon j’y
avais droit. A Patrick, à Guaymas, ils lui ont fait le coup des cloques et lui ont pelé le bateau illico. Ensuite, ils
lui ont gentiment demandé dix milles dollars pour refaire la coque à l’enduit ! Ils attendent le gogo de pied
ferme ici. Si des gogos acceptent, ce sont leurs affaires. A ce prix-là, je le ferais moi-même, comme
d’habitude, et à Panama donc. Kanaouenn patientera … Et moi aussi dans le petit temps. Conclusion, si vous
avez des travaux à faire sur votre bateau, pour votre porte-monnaie, programmez les avant ou après le
Mexique. Ce n’est pas avec ce genre de pratique qu’on protège les emplois.
Vendredi 9 Février.
La dame de la marina m’a gentiment imprimé mon billet et appelé un taxi. En route pour l’aéroport,
destination Mexico. Pour ce genre de distance et en choisissant bien, l’avion est moins cher que le car. Et
tellement plus rapide, sans parler du confort. Ce n’est pas excellent pour le bilan carbone mais je ne vais pas
non plus y aller en vélo pour autant. Le chauffeur me parle de Victor Hugo dont il a lu Les Misérables. Il me

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raconte aussi qu’il prend quotidiennement des cours d’anglais. Il a acheté un terrain en bord de mer près de
San Lucas où il espère bien faire construire puis y vivre avec sa famille en accueillant des touristes. La France
est à priori très bien vue au Mexique. Voici des photos de nuages vus « de l’autre » côté, c’est-à-dire, pour
une fois, vus de dessus. Cela change !

Accrochez vos ceintures ! Ne vous inquiétez pas,

J’ai fait bien attention à ne pas mettre mes pieds sur Redescente sur terre.
le réacteur.

La cuvette entourée de montagnes, le brouillard de pollution,


l’immense ville et l’eau :
Tout y est, le décor est planté.
On peut donc atterrir.

Mais ceci sera, encore une fois, une autre histoire !


Il me reste à vous souhaiter le top du meilleur, et si possible bien plus !.

A Bientôt,
Bernard.

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Vendredi 9 Février.
Vol particulièrement confortable, atterrissage parfait sur le tarmac de Mexico. Normal c’est un Airbus ! C’est
la très très grande ville ici, mais le métro est facile à gérer et très rapide. Il y a des plans bien clairs où chaque
ligne a son numéro et sa couleur et dans chaque station il y a un plan du quartier. A cinq Pesos (25 centimes
d’Euro) le ticket, il faudrait être fou pour dépenser plus. L’auberge de jeunesse réservée en plein centre-ville
est superbe et l’accueil est très sympa. Brève installation puis premier tour en centre-ville … Après avoir laissé
passer l’énorme averse !

Partout au Mexique, ici comme à


Guaymas et ailleurs, il faut toujours
garder un œil sur où on met les pieds. Ce
genre de « Détail » n’est pas rare.
Et voilà le « Zocalo » (place centrale) et la
Cathédrale, dans toutes leurs énormités.
Les bus et camions donnent l’échelle.

L’affichette annonce
« Le Christ fatigué ».
Il a l’air effectivement
bien las, voir désespéré.

Aurait-il vu ce qu’ont fait


les conquistadors ? Ou
Bartolomé de Las Casas
lui en aurait-il touché
deux mots ?

J’ai mis des traits verticaux pour vous donner une


idée. Ce n’est pas évident car l’éffet de perspective
de l’appareil photo est important mais la Cathédrale
penche vraiment, on le voit entre le deuxième et
troisième trait, à partir de la gauche. Il parrait que,
malgré les tonnes de béton injectés pour la redresser,
elle s’enfoncerait encore de un centimètre par an.
Elle n’est pas la seule, à Mexico, à être penchée et/ou
à s’enfoncer.

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Le Zocalo by night. Attiré par des rytmes de tambours, non loin, un groupe d’amateurs dansent des danses
Aztèques et pratique un rite de benediction dans une ambiance très « bon enfant ».
Mais, « A tout seigneur, tout honneur ». La première visite est pour le musée
anthropologique. Je pars de bonne heure et, pour éviter un changement de
plus, je vais à une station de métro un peu plus loin. L’avenue qui mène à la
grande artère est complètement bouchée. Malgré le feu vert, la police
continue à faire passer les voitures sur l’artère. Dans l’avenue les gens
klaxonnent. Arrivé sur l’artère, les trottoirs sont noirs de monde. Un flot
compact avance très lentement. A cette heure matinale, ils ne peuvent
qu’aller au travail. C’est la première fois que j’assiste à un embouteillage de
piétons. Il n’y a rien d’autre à faire que de prendre et suivre le flux. Dans le métro, l’ambiance est du genre
« Boite de sardines ». Pour sortir de la rame, il faut jouer des coudes et surtout forcer façon rugbyman pour
contrer le flot de ceux qui veulent tout de suite rentrer sans attendre que tout le monde soit sorti. Le métro
de Mexico est réputé pour son affluence. A certaines heures, ce n’est pas une légende !
Le musée est immense, je n’y suis resté que quatre heures. Toute la période Mésoaméricaine occupe le rez de
chaussée et le premier étage, que j’ai parcouru plus rapidement, est consacré aux cultures indiennes
contemporaines par régions. Un groupe de français en voyage culturel organisé visite aussi, en laissant trainer
une oreille discrète, j’apprends des choses bien intéressantes de la guide très érudite.

Dans la cour intérieure, l’immense parapluie renversé Décoration d’un mur d’entrée de maison. Déjà à
de 4 400 m² posé sur juste un poteau central et qui a l’époque, les murs étaient peints.
parfaitement résisté au tristement célèbre séisme de
1985.

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Etonnante flute multiple. Peintures murales.

La célèbre pierre du cinquième soleil (dit aussi Et la version colorisée comme à l’époque, tel que
« calendrier Aztèque »), 24 Tonnes tout de même. l’imaginent les spécialistes.

Pierre sacrificielle. C’est là qu’étaient déposés en Reconstitution d’une sépulture, je suppose d’un
offrandes les cœurs encore palpitants. Je vous personnage important. Et toujours ces couleurs aux
rassure tout de suite, les prêtres y déposaient les murs.
cœurs des autres, pas les leurs ! il parait que pour
une grande fête, vingt milles d’un coup y sont passés.
Cela devait être vraiment une très belle fête !
La terre mexicaine est probablement l’une de celles qui ont reçues le plus de sang. Entre les Aztèques, les
Conquistadores, la guerre civile et les autres, et maintenant la guerre des cartels.

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Un des rares Codises, manuscrit d’époque, ayant Bijoux.


échappé à la folie destructrice de Cortés et consorts.

A la boutique du
musée, une revue
sur Frida Kalho « Je
me peins car je suis
ce que je connais le
mieux ».
Vaste programme.

Poteries, etc.
Je passe sur le premier étage car il faudrait tellement de place et la lettre n’est pas un catalogue. Mais la
beauté des objets est impressionnante, avec tout le temps ces couleurs vives omniprésentes.

De l’autre côté de l’immense parc, en haut d’un promontoire de type nid d’aigle qui surplombe la ville : Le
château de Chapultepec qui abrita en son temps l’empereur Maximilien, puis certains présidents dont le
dictateur Porfirio Diaz.

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Un tableau qui donne une bonne idée sur la pratique


des sacrifices (encore une fois : Zoomez pour mieux
voir. Par exemple, la colonne délicatement décorée Fresque à la gloire de la guerre d’indépendance.
de crânes.). Remarque pour les âmes sensibles : les Par Juan O’Gorman.
heureux élus étaient tout de même drogués avant.

Tableau sur la bataille de Puebla du 5 mai 1862. Benito Suarez restaurant la république après la
défaite Française.

Emiliano et à droite, son frère, Eufemio Zapata. Fresque sur l’entrée de Madero à Mexico.

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Sur le dôme au-dessus de l’escalier central. Carrosse de Maximilien, symbole de sa mégalomanie.

Salle à manger de Monsieur. Vue du balcon de sa chambre : perspective sur le


Paseo de la Reforma, une des plus grandes avenue
de Mexico (et probablement du monde).
Retour au Zocalo, en plein jour les danseurs Azthèques « Professionnels » qui travaillent au chapeau sont là.
Ceux d’hier qui dansaient pour eux étaient plus engagés mais les costumes, l’ambiance et le spectacle sont là.

Sur la photo de gauche remarquez le monde dans la rue en, arrière-plan. A droite, derrière, c’est la Palacio
Nacional. Juste une demi-heure de queue et une pièce d’identité en otage pour y entrer.

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La photo n’est pas prise avec un grand angle : les Grande exposition sur Benito Juares. Le seul Président
façades sont bien courbes. Les angles sont-ils du Mexique d’origine indienne. Illettré et ne parlant
enfoncés ? même pas l’espagnol à l’origine.
Il est surtout célèbre car il était en poste quand les Français ont débarqué. Il a pris la fuite dans le Nord du
pays et participé à la lutte, aidé par les Etats-Unis qui ne voyaient pas d’un bon œil qu’un autre pays vienne
jouer dans son arrière-cour. Les Français ayant réembarqués -enfin, ceux qui restaient- il redevint président,
restaura l’état et la république. Avec ses lois dites « de la réforme » il créa les bases du Mexique moderne, ce
qui déclencha également la Guerre de la réforme. Hélas pour le Mexique, Diaz était déjà en embuscade. Il est
mort dans ce palais.

La splendide chambre des débats, avec au plafond « L’œil de Dieu », Juares était Franc-Maçon. Il y a
également toute une exposition sur la période préhispanique et une autre sur les arts populaires avec
beaucoup de musiques traditionnelles que j’ai bien sûr écoutées avec grand intérêt.

Il y avait aussi d’étonnantes guitares à cinq cordes, à


huit et même dix cordes. Messieurs les guitaristes,
quand vous aurez usé vos manches à ce point, on en
reparle ?

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Et dans le palais, trône l’une des plus célèbres D’un côté, le passé préhispanique et de l’autre,
fresques de Rivera, au centre, l’histoire de Mexique. l’avenir bien évidement radieux car guidé par Marx.
Retour dans la rue et son ambiance :

Beaucoup d’artistes au chapeau.

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Il y a même un quartier chinois. Pour arriver là ! L’extérieur a changé depuis.

Mais d’après les photos au mur, pas l’intérieur. C’est là que Fidel et Ernesto se sont rencontrés.
Mais, grosse déception, je ne les ai pas vus, désolé.
Dimanche 11.
Métro jusqu’à presque le bout de la ligne, « Camione » ensuite et nous voici au centre-ville de Coyoacan,
Frida, Diego et Léon méritent bien le détour. A l’époque, c’était déjà un village cossu de grande banlieue,
depuis la ville s’est agrandie et a englobé la région, mais le quartier est resté chic.

L’église est grandiose (chut, c’est la messe). Avec de splendides fresques aux voutes du plafond.

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La mairie et une étonnante plaque, que fait-elle ici ? Le marché tout en couleur, lui aussi.
Tout cela pour arriver là, à la maison bleue. C’est dimanche, il n’y a donc pas que des touristes étrangers et il y
a deux heures de queue en plein soleil car les entrée sont limitées pour pouvoir quand même circuler à
l’intérieur. Et c’est tout juste !

Il est dit que Frida était issue de la classe moyenne. Vue la taille de la propriété de famille, c’est plutôt la
classe moyenne très supérieure. Mais quelqu’un de présenté comme une vraie militante communiste ne peut
pas venir d’un milieu aisé, ce ne serait pas convenable. Le site est magnétiquement paisible. Les tableaux vont
de portraits de famille à des petites scénettes de style populaire façon exvoto en passant par les plus connus.

Papa Kalho et son


appareil photo.

Frida a beaucoup
peint d’après
photos.

Diego, très présent dans la maison.

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Toujours ce terrible rapport à son corps et à sa non Beaucoup d’autoportraits dont l’étonnant « Le
maternité. marxisme donnant la santé aux infirmes ».

L’extraordinaire soi-disante nature morte. Tableau dédié à Diego, lorsqu’elle apprit la liaison de
celui-ci avec sa propre sœur, peu de temps après leur
premier mariage.
Ensuite, le couple donne l’impression qu’ils ont fait un concourt à celui qui aurait le plus d’amant(e)s. Fridha
avait l’air d’avoir un faible pour les photographes. D’où la quantité de photos d’elle. … A moins que ce soit
l’inverse … ou plutôt le contraire. Bref, je vous laisse étudier l’affaire si d’aventure cela vous intéressait.

En tout cas,
cette photo
signée
Nickolas
Murray est
magnifique

La cuisine en style Mexicain, comme la salle à


manger. Fridha a abandonné le style « Classique à la
Française » hérité de ses parents.

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Fridha et Trotsky lorsqu’il était hébergé là. Une toile de Diego Rivera.

La chambre de Monsieur. Vue partielle de son atelier.

Avec au mur,
l’immanquable et
célèbre planche
médicale.

Sa chambre où elle expira


Dans une dépendance, au fond des jardins, il y a une présentation de ses robes et bijoux (fort nombreux) et
de son impressionnante collection de corsets, attelles etc ; tous plus terribles les uns que les autres. Avec, là
aussi de nombreux, portraits d’elle.

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A quelques pâtés de maison : le musée de la maison de Léon Trotsky. Là, un peu de monde mais pas de
queue. La façade de l’entrée fait certainement partie d’une extension
moderne au lieu d’origine. Dans ce premier espace, l’exposition présente de
nombreuses photos de Trotsky dans les lieux ; un peu pêle-mêle, des
éléments un peu décousus sur la IVème internationale ; des livres ouverts
dont certains en français où on peut constater la violence des propos de
Trotsky sur Staline ; et tout un panneau sur l’assassinat.

A droite, avec sa femme et un petit-fils. Ramon Mercadier del Rio faisant sa déposition aux
autorités, et pendant la reconstitution.

Les funérailles, à Mexico.

Sur le mur du couloir qui mène à la maison d’origine,


une grande chronologie de 1900 à 1950 met en
parallèle les grands évènements en Russie, dans le
Monde et au Mexique. Puis, il est sûr que j’ai fait la
visite à l’envers, mais au fond peu importe.

Le jardin et la maison des gardes. Hauts murs et Sa chambre : fenêtres blindés, portes blindées.
miradors. Sa maison est plus sur la droite mais Ambiance de bunker.
l’extérieur n’est pas ce qu’il y a de plus intéressant.

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Son bureau, lieu de l’assassinat. La salle à manger, on retrouve les mêmes couleurs
C’est curieux, tous les gens qui visitent sont en sens que chez Fridha. Auraient-ils partagé quelques pots
inverse, se croiser ainsi entre les portes n’est pas très de peinture ?
pratique. Les gens sont quand même surprenants : Ils
ne pourraient pas faire les choses normalement ?
Dans la maison des gardes, est retracé tout son parcourt, de sa jeunesse à son exil en passant par sa période
au pouvoir. Voici quelques extraits, donc dans le désordre puisque je n’ai vu le sens de la visite qu’en sortant.

A Barbizon, la maison s’appelle « Ker Monique ».


Je vous passe la période gouvernementale, elle est connue. Sur celle de l’exil, il y a beaucoup de photo de
pique-nique, de scènes de canotage et autres moments de loisirs où il parait souriant et détendu. Pourtant cet
homme est pourchassé, toute sa famille a déjà été décimée par Staline, le seul survivant est le petit-fils de la
photo au-dessus. Une lutte à mort est engagée entre lui et Staline. Ce dernier, avec tous les sbires qu’il a lâché
à ses trousses et lui avec ses féroces écrits au vitriol pur. Et il semble détendu, quoique moins sur la fin, il me
semble. Cet homme devait avoir un mental en acier trempé.

Membres du Comité Central du parti Bolchevique en Trotsky en 1013 et le 29 avril 1897 (photo de police).

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1917 : A part Lénine, tous éliminés par Staline.
Il parait que Staline disait que s’il y a un problème avec
quelqu’un, en supprimant la personne, vous supprimiez de fait
le problème. Il est vrai qu’il a été un très grand et excellent
résolveur de problèmes. Mais pour finir sur une note plus
légère : Vous ne trouvez pas que sur la dernière photo, il y a un
air de ressemblance avec Alain Krivine ?

Oups, cette remarque risquant de ne pas être du goût de tout le


monde, je retourne vite au centre-ville de Coyoacan. Je serais
bien allé aussi à la maison de Diego Rivera mais elle est à San
Angel, la ville d’à côté, ce n’est si loin que cela, mais ces deux Ne cherchez pas les aiguilles sur le tableau de bord.
longues visites m’ont un peu fatigué. Je reprends donc un
Camione pour la station de Métro la plus proche et retour au Zocalo.

C’est dimanche, donc là aussi il y a beaucoup de monde. Pourquoi ne pas aller visiter le temple Mayor, il est
juste devant ? En fait le temple n’est qu’une toute petite partie encore existante de l’immense site religieux
qui englobait en plus tout le Zocalo, la cathédrale, le Palacio Nacional et plusieurs pâtés de maisons
environnants, impressionnant.

Malgré tout le respect que je dois à la civilisation Grecque qui est une des origines de notre culture, force est
de constater que les grecques font vraiment très très petits joueurs à l’échelle de la planète !

A vrai dire, malgré les efforts de présentation et d’explication, j’ai trouvé le site très délabré et moyennement
« Parlant » (Merci Cortés ?). Par contre le musée qui présente ce qui a été trouvé sur le site, parfois par le plus
incroyable des hasards, est extraordinaire.

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Une brochette de crânes : Vous en prendrez bien une


petite pour la route !

Un serpent à sonnette. Peut-être pas d’un intérêt


particulier pour beaucoup mais c’est pour répondre à
une question personnelle.

Objets en obsidienne aux reflets si étranges.

Le 12 Février.

C’est lundi, comme certains musées sont fermés à CDMX (Cuidad de Mexico) aussi, et comme certaines leçons
finissent par porter leurs fruits : cap sur le site de Teotihuacan qui lui est ouvert tous les jours. Je pars de
bonne heure pour y être pas trop tard malgré plus de une heure et demie de route (Métro, autobus). Mettez
vos basquets car le site, sans compter la périphérie ni les annexes, fait plus de deux kilomètres de long sur
environ un kilomètre de large et soixante-quinze mètres de haut, sans ascenseurs. Le bus s’arrêtant au sud et
voulant commencer la visite par le Nord, je commence par une première traversée matinale du site en
remontant la « chaussée des Morts ».

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Pour commencer la visite par la pyramide de la Lune. Vue d’en haut, vers le sud : La chaussée des Morts et
la pyramide du Soleil.
Derrière la pyramide de la Lune, il y a le musée Beatriz de la Fuente, une universitaire spécialiste de la
période. Entre autre, elle a beaucoup étudié les couleurs. En analysant les techniques de pigmentation et les
techniques de peinture, elle a réussi à dater les fresques, les explications sont étonnantes.

Quelques exemples au Musée B. de la Fuente. Certainement un quartier de dignitaires,

Sur le côté de la Chaussée des Morts, peu avant la


pyramide du Soleil, cette fresque n’a été découverte
Cette partie a été restaurée. qu’en 1963.
En fait, il faut imaginer tout le site en couleur. Tout était peint de couleurs vives, de celles que vous avez pu
voir sur certaines photos précédentes ; les intérieurs, les extérieurs, tout. Le site actuel n’est probablement
que la partie religieuse de la ville dont l’ensemble couvrait vingt kilomètres carrés pour cent mille habitants.
Un système de drainage de l’eau de pluie et stockage pour les mois secs, etc. Certainement toute une
organisation et une vie très intense.

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En haut de la pyramide du Soleil, belle grimpette ! Détails au temple de Quetzalcoati.


Je ne rentre pas très tard à Mexico et suis qu’à quelques stations de métro de l’Insigne et National basilica de
Santa Maria de la Guadalupe, incontournable. L’avenue qui y mène et l’esplanade sont noirs de monde.

Vue d’ensemble, avec la basilique moderne, l’ancienne qui n’est pas la première, et à droite sur la colline, la
chapelle du lieu historique. Dans les deux basiliques, il y a une messe toutes les heures. Autant dire que c’est
la messe en continue, et on n’est qu’un lundi très ordinaire. Au fond des églises, certains suivent la messe à
genoux. Vous êtes là au cœur de l’âme Mexicaine.

Des pèlerins en bout de route. La tunique de Juan Diego.


Le tapis roulant fait passer les gens devant et les empêche de stationner. La tunique date donc de 1531.
Aucune trace de dégradation par le temps. Il parait que des scientifiques ont étudié les pigments et de savent
pas de quoi il s’agit…

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Statue qui résume bien le miracle. Voute de l’ancien temple, au pied de la colline.

Temple qui penche comme l’ancienne basilique. En haut, la ferveur est totale. Devant, une seule
position : tout le monde est à genoux.

Sur les murs de très belles peintures murales, Vue sur la ville et son nuage de pollution. A l’œil, on
protégées par des vitres, désolé pour les reflets. devine quand même les montagnes au fond de la
cuvette.

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Sur le parvis l’ambiance est très musicale. En dessous, le marché est totalement délirant. Les musiques de
toutes boutiques d’objets pieux, à touche-touche, se mélangent dans une cacophonie incroyable.

Densité dans les allées couvertes digne du métro. Les tortillas sont faites sur place, c’est bon signe.
Toujours dans le même quartier, à quelques stations de métro, il y a la place des trois cultures. Pensant
qu’elle n’était pas loin de la station, j’y vais au pif et
me perds dans un quartier d’immeubles de type
« quartier populaire ». J’accoste une dame pour
demander mon chemin. La dame a un premier
mouvement de méfiance mais dès qu’elle comprend
pourquoi je l’aborde elle devient tout de suite très
aimable, me renseigne et on se quitte avec un
échange de politesse cordial. On est loin des Etats
Unis, où les gens ne répondaient même pas toujours.
Le pire a été à Hawaï, c’est simple, les gens ne
répondaient pas, ne cherchaient pas à savoir et
fuyaient ! Impossible d’avoir le moindre
La place des trois cultures. renseignement. Une fois, c’en était comique :
Toujours à Hawaï, je m’approche d’un chauffeur de
camion qui descend de sa cabine. Il fait une tête de plus que moi et le gabarit qui va avec. Me voyant, à dix
mètres, il me dit tout de suite, « Je n’ai rien ! ». Mais en insistant il a quand même fini par oser (ou daigner)
m’adresser la parole et quand même me renseigner. Rien de tout cela ici : on est au Mexique, Caramba. La
place s’appelle ainsi car, comme vous le constatez sur la photo, il y a les vestiges d’un site précolombien, une
église hispanique et des bâtiments modernes. La place recherchée est précisément juste à gauche de l’église,
derrière le site Aztèque.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°16 – 2/2 - Mexico et Guadalajara.
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Sur cette place, on pourrait dire une dalle entre les immeubles, pourtant pas si grande que cela, en 1968, une
manifestation principalement d’étudiants c’est terminée dans un bain de sang : La police a tiré, plusieurs
centaines de morts. C’était pendant la grande époque du PRI, qui tenait le pays si solidement.

En fouinant du côté de l’église qui penche


énormément et dont toute la nef est entièrement
étayée, je tombe sur ce grand panneau :
C’est là aussi qu’en 1521 ont eu lieu les derniers
combats - désespérés - entre l’armée de Cortés et
celle - exsangue après plusieurs mois d’un siège
implacable - du chef Aztèque Cuauhtemoc.
Le site est vraiment maudit.
« Ce fut la douloureuse naissance du métissage qui
est le Mexique d’aujourd’hui » précise le panneau.

Sur le retour, au feu rouge d’un grand boulevard, des jeunes font une manche joyeuse et acrobatique. Il y en
avait un peu en Basse Californie et sur la côte, mais ici il y en
a énormément. Il y a tous les styles, l’infirme mendiant sur le
perron d’une église, le petit vieux qui joue de l’harmonica
d’une main, l’autre cramponné à sa canne, des groupes de
musiciens bien organisés, ces jeunes qui jouent la carte de la
rigolade, etc… La première fois que j’ai été confronté au
phénomène était dans le bus entre La Paz et El Triumfo. Un
vieux qui était assis devant se lève, raconte longuement son
histoire. Je ne comprends pas tout mais, en gros, il est
nécessiteux et a des problèmes de santé et n’a pas les
moyens de payer les soins. Puis il chante trois chansons a
capela, assez jolies. Ce sont très probablement des chansons traditionnelles. J’ai été étonné à quel point les
gens ont donné, il y avait même des billets, c’est-à-dire au moins vingt Pesos. Heureusement que j’avais
donné, sinon cela aurait été un peu la honte pour le seul « Néo-Gringo » du bus et certainement celui qui a le
meilleur niveau de vie. Les gens donnent aussi très facilement des pourboires, c’est dans la coutume. Par
exemple, au supermarché, des gens sont derrière les caisses pour mettre les achats dans les sacs. Combien
sont-ils payés … s’ils le sont ? Au début, j’ai eu du mal, cela me mettais mal à l’aise, considérant que c’était
plutôt déshonorant. Mais en fait c’est plutôt vécu comme une marque de reconnaissance du service ou de la
musique jouée. Donc je m’y suis mis : Au super marché, dans la rue, dans les bus. Pas besoin de donner

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beaucoup, cinq pesos suffisent sachant que d’autres donnent aussi et qu’un repas dans une gargote en vaut
vingt. Il n’y a pas de raison que le touriste étranger, et donc globalement plus riche que les locaux, soit moins
reconnaissant et moins solidaire. Encore une fois, la solidarité (ou la non solidarité) n’a pas de frontière.
Mardi 13.
C’est ma dernière journée à Mexico, il y a des dizaines et des dizaines de lieux à voir en ville mais, sur les
conseils d’un voisin de chambrée Colombien, je vais plus au sud, me mettre un peu au vert. Après Tasqueña,
le terminus du Métro, il y a Xochimilco, toute une zone lagunaire. Du temps des Aztèques elle était couverte
de jardins flottants et était la grosse zone de production maraichère qui alimentait la capitale. Pour ceux qui
connaissent, le site ressemble un peu à la Venise Verte, entre La Rochelle et Niort. Les Mexicains y viennent
en famille pour passer une journée pique-nique en louant une des nombreuses plates à perche (dite
« Pigouille » dans le marais poitevin !). L’endroit est bien sûr charmant. Les extrêmement rares privilégiés qui
ont eu l’insigne bonheur de faire du canoë sur le petit bras de la Marne 1 du temps où la région n’était pas
bétonnée savent de quoi je parle.

No comment. Les gens vivent là et se délacent ainsi.

Il y a des travaux dans l’air, derrière, une boutique


Il reste de très rares exploitations. horticole.

1
Si vous voulez tout savoir : dans le quartier dit de Polangis à Joinville le pont. Là où Marcel Bardiaux a eu, pendant un
temps, son entreprise, mais lui était plutôt du côté de l’Ile Fanac.

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Je me suis amusé à tester la perche… Et Juan en a Toutes les plates au grand embarcadère « officiel ».
profité pour tester la camera : échange des rôles !
En fait, j’ai juste fait un petit tour. L’endroit est particulièrement agréable mais je pense que c’est suffisant et
qu’il y a mieux à faire que jouer les nababs. D’autant plus que j’ai un remords pour Diego, ce n’est vraiment
pas loin en plus. Je retraverse donc Tasqueña qui est une ville très populaire et très animée car c’est la fête.

Vélo-taxi. Le traditionnel défilé.


San Angel, comme Coyoacan, est un quartier très résidentiel. La maison de Diego forme deux cubes de
couleur, classique mexicain. Par contre les rez de chaussée ne sont pas habitables et on accède aux étages par
des escaliers en collimasson étroits comme pour monter dans une tour de château fort. Les deux terrasses
sont reliées par une passerelle et un escalier extérieur à flanc de mur descend vers la salle de séjour de Frida.

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Le côté bleu (et plus petit) est le côté Frida bien sûr. L’atelier de Diego Rivera.

Diego Rivera.
De formation très classique, Diego (étrangement absent du Mexique durant toute la révolution) a découvert
le fauvisme et le cubisme à Paris. Les relations n’étaient pas toujours excellentes 1, pour le moins. Au point que
la Miss Frida, qui ne devait pas avoir sa langue dans sa poche et devait avoir un vocabulaire riche, coloré et
franc à traité de façon très charmante Breton et ses acolytes de «Tas de fils de putes lunatiques et tarés »
(sic). Ce qui n’empêcha pas Diego, plus tard, de co-signer avec André Breton le « Manifeste pour un art
révolutionnaire indépendant ». A l’origine, ce texte avait été travaillé entre Breton et Trotsky. Il a été dit que
Trotsky ne l’a pas signé pour des raisons stratégiques. Je suis tombé par chance sur une étude comparative
entre le texte publié et une version retrouvée dans les archives de Trotsky 2. Les points de vue y sont
totalement opposés. Il y est évident que les positions n’étaient pas conciliables. Tous les paragraphes sur
l’indépendance de l’artiste par rapport aux mouvements politiques de la version publiée sont tous absents
dans la version de Trotsky. Et à la place de Léon, c’est Diego qui a co-signé.
Dans la maison de Diego on y voit sa chambre qui est à l’étage au-dessus, de plein pied
avec la terrasse. C’est tout. L’exposition annoncée à l’entrée se trouve dans la maison
bleue. Chez Frida, c’est très étrange. Il n’y a rien de personnel, murs blancs, ambiance
hôpital. Tout est vide, on est à des années-lumière de l’explosion de couleurs et de décoration de la maison de
Coyoacan. Toutes les pièces sont occupées par l’exposition sur Diego en URSS en 1927 lors du dixième
anniversaire de la révolution, avec pas mal de choses qui en fait couvre aussi les années suivantes, certaines

1
Merci à François de m’avoir mis sur la piste en m’envoyant un article du Monde sur une exposition à Lyon. Pour en
savoir plus, si le lien est toujours actif : http://www.lemonde.fr/arts/article/2018/02/12/exposition-entre-le-mexique-et-
l-europe-des-echanges-vifs_5255383_1655012.html#1O5wEUkxXoVpEJzK.99 Sinon une copie est là.
2
https://www.marxisme.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/07/lt19380725c.htm

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°16 – 2/2 - Mexico et Guadalajara.
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choses sont datées de mille neuf cent quarante-cinq.

Rideaux à toutes les fenêtres. Défilé du dixième anniversaire sur la Il travaillait, lui aussi, beaucoup
Place Rouge. d’après photos.

Kolkhozienne sur son tracteur. Article sur Staline illustré par Diego. Splendide série de photos sur verre
offertes par l’URSS à Diego à propos de scènes de vie pour lui donner de la matière pour ses fresques.
A la billetterie, ils font une grosse publicité sur le musée « Mural Diego Rivera » à Mexico disant qu’il est dans
le prolongement et complète la visite d’ici. J’ai le temps, en route. J’ai même tellement le temps que je me
trompe de musée, ce qui me fait découvrir la belle poste centrale. Puis, comme ce n’est pas trop loin, je vais à
pied en traversant le grand parc « Alameda Central » :

La poste centrale. L’Alameda Central.


La pièce maitresse du musée est la fresque « Songe d’une soirée dominicale dans l’Alameda Central ».

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Plus de quinze mètres sur quatre. Spectaculaire. La composition et les couleurs sont impressionnantes. Mais
en s’approchant et en étudiant plus précisément le contenu qui est très bien expliqué, il est assez déroutant. Il
est clair que Rivera fait dans le contre-pied : les grands dictateurs sont là (Diaz, Maximilien de Habsbourg,
Cortés) mais pas Hidalgo, Zapata, etc. Madero et Marti sont présentés presque à la Charlot. Il y a sa deuxième
femme avec les enfants, sa principale maitresse qui trône en centre. Frida arborant un paradoxal Ying-Yang …
il se représente en enfant et le tableau a effectivement une
dimension assez puérile. Peut-être qu’il saturait un peu des
commandes institutionnelles sur l’histoire et la propagande.
L’exposition, ensuite, en consacrée à sa deuxième période en URSS,
en 1956.
En me trompant, je prends un
escalier en cul de sac qui descend
vers des communs. Dans la cage
d’escalier, que fait-elle là ? Il y a une
photo impressionnante. Déjà par sa
taille, au moins trois mètres de haut,
ce qui atteste de sa qualité, mais le
contraste physique entre les deux
personnages est également
saisissant.
La marche du peuple – 1956.

A l’étage, en prenant donc l’autre escalier, celui qui monte, le reste de l’exposition est consternant.
Diego et sa nouvelle épouse (Frida est décédée en 1954), dans les rues
de Moscou. Légendée par les propos de Diego :
« Estoy viviendo dentro una sociedad nueva, compuesta de seres que
si son realmente seres humanos. !! Que fineza, que claridad en el
pensar, que delicadeza en el sentir, y que amabilidad y que bondad
sencilla y constante !! ».
Je ne traduis pas, ce n’est pas la peine et mon espagnol n’est pas assez
précis pour bien traduire, mais c’est globalement compréhensible
même sans être expert en Espagnol.
Le Sieur a un sens aigu de la flagornerie.

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Le refuge de Hitler et les ruines de la chancellerie de


Travaux de déneigement - 1956. Berlin - 1956.

Légende de la photo : « Diego avec Emma Hurtado et Silvia Pinal lors


de l’exposition … le vingt Novembre mil neuf cent cinquante-six. ».
Soit pile dix jours après la fin de l’écrasement de Budapest. Pendant
ce temps-là, Monsieur est tous sourires à Moscou. Faut-il en
conclure, pour reprendre ses termes, que les Soviétiques ont fait
cela par humanisme, par finesse, par clarté, par délicatesse,
amabilité et bonté ? Comment l’ancien ami de Trotsky, signataire du
manifeste de Breton clairement antistalinien peut-il en arriver là ? Je crains
que lorsque la Miss Frida a utilisé son vocabulaire si riche en couleur, elle se
soit trompée de destinataire.
Mais retournons dans la rue avec ses paisibles joueurs de dominos, d’échecs
et autres jeux que je ne connais pas.
Mercredi 14.
L’avion n’est qu’à midi, je traine donc à la cuisine de l’auberge. L’Argentin de chambrée est
là. Il a le légendaire moque avec la cuillère-filtre qui va avec, avec juste un sac de un kilo de
Mate ! Est-ce que je me balade partout avec un béret et une baguette ? Il me fait gouter,
c’est effectivement un peu comme du thé. On discute un peu, encore un pays qui doit être
très intéressant. A l’aéroport, à l’embarquement, une affiche du gouvernement fait une mise
au point tout de même un peu surprenante. Messieurs-Dames : Les pilotes de ligne
justifieraient les retards à cause des mouvements de l’avion présidentiel, ceci est
complètement faux, statistiques à l’appui. A Guadalajara, l’aéroport est très très loin de la
ville. Il y a un système de navette, parait-il très bien organisé et efficace, qui mène au
terminal de camiones et taxis. Je prends donc un billet pour une navette qui doit partir dans
dix minutes, puis … attends. Allés-retours diplomatiques au guichet … Je soupçonne
fortement le chauffeur d’attendre d’autres opportunités car je suis le seul client. C’est
compréhensible. Mais on finit enfin par partir. Certainement pour compenser le retard, il conduit comme un
vrai Fangio. Faire des zig-zag entre les voitures sur la quatre-voies et les boulevards avec un minibus est assez
spectaculaire, mais comme je suis tout seul, du coup il me dépose directement à ma destination, sympa.
Je dépose rapidement mes affaires à l’auberge et file en ville. Je commence par la visite du palais du
Gouvernement. C’est quand même étonnant de pouvoir visiter librement et gratuitement alors que le
bâtiment est en fonction. En tout cas les services sont bien logés !

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Il y a une très belle exposition sur l’histoire de l’Agave et de la production de Tequila. Et, encore une fois, sur
l’histoire du pays. Villa y est présenté comme très instable, impulsif et peu maitre de lui. Ce n’est pas la
première fois que ce genre d’appréciation tourne autour du personnage. Celui qui tenait militairement la plus
grande partie du pays était, apparemment, un piètre politique et il devait être impossible de faire un accord
stable avec lui. Le contraste avec le plus organisé et méthodique Zapata est évident. Villa a sa part dans le
côté Tragique de la décennie qui a suivi la révolution1. Il y a aussi tout un panneau sur Jose Clemente Orozco :

Sur la voute de l’escalier central : Au-dessus des turpitudes humaines, Hidalgo éclaire le chemin.

1
Certains parlent de « La Révolution » à propos de la période 1910-1920. Mais beaucoup considèrent que la révolution a
pris fin avec l’assassinat de Madero et que la suite n’est qu’une guerre civile qui ne dit pas son nom. Et qui est souvent
appelée : la « décennie tragique ».

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Plaza Liberacion, le soir tombe sur la Cathédrale, et le théâtre.

Hidalgo brisant les chaînes de l’esclavage. Ce fut un La Jeanne d’Arc locale.


de ses premiers décrets : Dix jours pour obtempérer, Je n’ai pas compris l’explication. Il faut vraiment que
sous peine de mort. On ne rigole pas avec la loi. je fasse des progrès en Espagnol.

L’intérieur de la cathédrale. Il y a trop de queue à confesse, tant pis !

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Place des Mariachis. Certains disent qu’ils ont perdus A l’église San Juan de Dios, les cloches sonnent
beaucoup de leur superbe. Je confirme. encore à la main.

Plusieurs boutiques pour Rancheros. Certaines boutiques sont sous étroite surveillance.

Partout, du monde Et des choses à voir.

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Guadalajara by night. Heureux hasard, c’est l’anniversaire de la ville. Pour l’occasion, très beau spectacle de
danses traditionnelles, hélas court. Puis très vite suivi d’un fantastique feu d’artifice avec énormément de
pyrotechnie sur une musique techno à tout casser ! Il y a des milliers de gens sur la place, grosse ambiance.

Le lendemain, je pars tôt pour faire quelques photos tranquillement avant que les rues se remplissent.

Moins diluées dans la foule, certaines situations se


voient plus. Pas si loin des Olvidados de Buñuel.

L’entrée principale du palais du gouvernement.

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Je passe par le marché. immense, Vous n’en voyez pas le dixième, incroyable.

Vous préférez une selle ou une paire de bottes ? Pour arriver à l’Hospice Cabañas.
C’est un ancien orphelinat, il parait qu’il y a vingt-trois patios. Rassurez-vous je ne vais pas les passer en revue,
par contre voici le résultat (très partiel) des deux ans de travail du Sieur Orozco.

Sous la coupole principale : L’homme de feu. Le moine peint sur une voute est pourtant bien droit.

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Orozco à l’œuvre.

L’exhumation du conquistador - J.G. Camarena 1964. Une fontaine amusante pour finir.

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Puis cap sur la gare routière. Au carrefour indiqué, j’attends le camione du numéro prévu. Pas de numéro en
question au bout d’une demi-heure. Ce n’est pas normal. Heureusement, à chaque grand arrêt, il y a
quelqu’un qui doit faire office de contrôleur. J’avise l’homme qui prend notes sur une feuille. Avec lui (ou elle)
la qualité des renseignements est garantie. En fait, il faut en prendre un autre, qui passe sur le trottoir d’en
face. Le chauffeur me dépose au carrefour à côté du terminal des autobus en m’indiquant le chemin et je me
mets en quête. Je ne trouve, à une compagnie que je ne connais pas, qu’un bus pour seize heures qui arrivera
en pleine nuit. C’est déjà cela mais cherche la compagnie Tufesa, j’avais vu sur internet plusieurs départs en
milieu de journée. En fait c’est un peu compliqué à Guadalajara car il y a deux terminaux, l’ancien et le
nouveau. Là, je suis à l’ancien. Le nouveau est assez loin mais Tufesa a ses propres terminaux (souvent en
commun avec Futura pour ceux que cela intéresse), et, par chance, est juste à côté. Il n’y a qu’un bus en
journée en fait, mais il part dans une heure, j’ai tranquillement le temps de manger avant le départ.
Le bus traverse la région de Tequila. Des champs d’Agave bleu à perte de vue. Dans Tequila, il passe même
devant les établissements « Cuervo », fournisseur officiel de Kanaouenn.

Désolé pour les photos floues, elles sont prisent du bus qui hélas ne s’arrête pas à tempérament.
Encore un endroit où il faudrait revenir avec plus d’autonomie.
Le soir tombe, le bus sort des montagnes et arrive sur la bande littorale. Au lieu de prendre la grande route
pour Mazatlan, il prend une toute petite route sur le côté. Il a des gens à déposer dans un village. Et c’est
comme cela (plus les travaux) que les cinq heures prévues et annoncées au départ sont en fait huit. Normal.
On arrive donc de nuit à Mazatlan, des taxis sont là et l’un m’emmène toutes fenêtres ouvertes à la marina. Il
faut que je le guide un peu sur la fin puis l’entrée dans la marina est toute joyeuse : Le gardien m’a reconnu !
On passe la porte du veilleur en s’arrêtant à peine. Fin de l’escapade.
C’est étonnant, en arrivant du Nord, j’avais trouvé la ville grande et désagréable. En arrivant de Mexico et
Guadalajara elle me parait bien plus paisible et agréable. Les impressions sont toujours très subjectives.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°16 – 2/2 - Mexico et Guadalajara.
Février 2018
Vendredi 16.
J’avais un peu l’idée d’aller à Durango. Mais il faudrait repartir rapidement et le temps est un peu court car il y
a aussi quelques travaux d’intendance pour préparer le départ prévu pour mardi. Certainement plus de vingt
jours de mer avec le petit temps prévisible, cela nécessite tout de même un peu de concentration. Je reste
donc à Mazatlan pour préparer et faire le tour du bateau.

Au pied de la rampe du ponton, Pourquoi aller au Galápagos !


Déjà, il faut nettoyer sérieusement le pont car la grasse de Guaymas est toujours là. Je fais également un
sérieux inventaire de la cambuse et vidant et en profitant de nettoyer les coffres de fond de cambuse.

Horreur, tout au fond, il restait encore une de ses


Les fameuses petites boîtes de légume, plusieurs fois damnées boites Cassegrain de malheur. Vite
déjà évoquées. exfiltrée.
Je préfère prévoir tout de suite l’escale de Cuba où, si cela n’a pas changé, on ne trouve pas de tout, loin s’en
faut ... Pour cela je fais un très gros plein, ici c’est très facile, il y a un très grand supermarché à prix très
intéressants à vingt minutes à pieds. D’habitude je fais plusieurs aller-retours avec la trottinette qui porte
tout, mais là je fais un seul tour avec retour en taxi. Au prix où est la course, c’est beaucoup de temps et
d’énergie gagnés. Là encore, il faut que je guide le taximan sur la fin, la marina Fonatur, bien plus petite que
les autres, n’a pas l’air bien connue. Il me dépose avec tout mon barda au plus près possible du ponton. Le
gardien sur le quai me propose de m’aider. C’est vraiment sympa de sa part mais je n’en profite pas. Je décide
de tout noter ce que je consomme pour avoir une idée précise de ce qu’il faudra compléter à Panama car il
faudra ensuite être autonome jusqu’au Açores. Je n’ai pas envie de m’arrêter aux Bahamas, ce sera pour une
autre fois. Didier, consulté par mail, m’a confirmé qu’un arrêt aux iles Turks and Caicos n’est pas judicieux,
surtout avec le tirant d’eau de Kanaouenn. Et je n’ai pas envie de monter jusqu’aux Bermudes, le détour est
énorme.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°16 – 2/2 - Mexico et Guadalajara.
Février 2018
A l’occasion d’une course en ville, voilà encore des peintures
murales. Il y en a partout, sur les boutiques pour faire de la
publicité et ici pour des concerts. Il y a toujours eu des murs
peints au Mexique et beaucoup de couleurs partout, du temps
des précolombiens, sur murs et les voutes des églises, et bien sûr
celles plus mises en avant dans les édifices publiques. Les
peintures murales font partie de l’ADN du Mexique. Je suis
étonné qu’on parle d’un « Mouvement muraliste » comme si toutes les fresques venaient d’un mouvement
ou d’une volonté artistique. Elles ne sont que le résultat de multiples commandes des institutions, à
commencer –détail loin d’être anodin- par le ministère de l’éducation nationale. L’objectif clairement affiché
était de ressouder le peuple, analphabète, sur l’idée de Pays, en l’exaltant son histoire en images, après le
traumatisme de la guerre civile. L’opération a par ailleurs été recommencée au moment de la Réforme. Je suis
également très étonné quand je lis que Diego Rivera a été le père du Muralisme ou des fois plus simplement
le chef de file. Même de doctes universitaires profèrent des choses pareil (par exemple à Limoges). Diego
Rivera est rentré au Mexique pour honorer ces commandes, sont seul mérite est d’avoir bien saisi
l’opportunité car il devait bien savoir se vendre (comme il l’a fait auprès de Rockefeller - son « ennemi de
classe » - et les autorités Soviétiques). Ceci n’enlève absolument rien à l’énorme travail fourni et la
remarquable qualité artistique des œuvres produites par tous ces hommes et femmes qui se sont
magnifiquement exprimés, sur le fond et sur la forme, mais cette mystification, pour moi relève du mensonge
historique. Désolé, je vais peut-être encore me faire des ennemis, mais - comme disait Béranger – cela fait du
bien de dire ce qu’on pense ! Fin de la digression.
Je m’arrête au seul endroit sympa du front de mer : Le coin des pêcheurs.

Au fait, voilà le Mazatlan touristique, comme partout De l’autre côté c’est plus paisible.
ailleurs.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°16 – 2/2 - Mexico et Guadalajara.
Février 2018

Les frégates utilisent leur fabuleuse agilité pour chiper Tandis que les pélicans restent patiemment aux
à la volée quelques miettes. aguets à proximité.

Le 18 Février.

C’est dimanche. A Mazatlan il y a une célèbre statue d’une


sirène1. Elle est de l’autre côté de la ville, pas loin de la
Capitainerie du port de commerce où je dois aller pour les
formalités. Ce sera l’occasion d’y faire un détour …

Mais ceci est pour demain,


Et ce sera donc une autre histoire ! (plutôt rocambolesque.)
Bonus : Autoportrait cette fois-ci sur sable. Cela
change des miroirs.

Il me reste donc à vous souhaiter le top du meilleur,


Et si possible un peu plus en ce printemps qui doit commencer à pointer son nez !
(Le temps que vous receviez la lettre).

A Bientôt,

Et …Bises aux Filles !

Bernard.

1
Méfiez-vous des sirènes : un concours sur le sujet risque bien de sortir incessamment sous peu. Ceux qui lisent en
diagonale risque d’être pris à contre-pied !

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°17 - Route du Mexique à Panama.
Février-Avril 2018
Lundi 19 Février.
Il est huit heures cinq, j’arrive au service de l’immigration. Les épisodes précédents sont les suivants :
En arrivant à la marina, la secrétaire m’a dit que pour faire la sortie du territoire il faut passer par un agent.
Point. Certainement là encore pour protéger les emplois (sans commentaires).
Avant de partir pour Mexico, je suis déjà venu ici. Ils m’ont dit qu’il valait mieux passer par un agent. Seul un
agent a - parait-il - le document administratif qui va bien, eux non (deuxième absence de commentaire). Sur
mon insistance et un peu excédé Monsieur M (appelons-le comme cela, c’est plus court et plus discret) a fini
par m’envoyer par mail un document Word et un autre Excel à remplir et lui renvoyer. Puis de revenir ensuite.
Et me voilà.
A l’accueil, la préposée m’envoie cette fois-ci directement au service des bateaux, c’est rapide. Monsieur M
est là, il n’a pas reçu les documents en retour (j’ai pourtant fait « répondre »…). Je lui propose de le refaire en
lui demandant où je peux le faire : « Juste à côté » et il me précise qu’il lui faut juste renvoyer le document
Excel. Pour le Word il faut le modifier comme ceci-cela (entre autre changer les noms des autorités signataires
et rajouter celles du port) et de l’imprimer en trois exemplaires, un pour eux, un pour la Capitainerie du port
et un pour moi. Heureusement que Word n’est pas un problème pour moi. Juste à côté, c’est une agence …
qui s’occupe de tout ! Mais plus loin il y a un cyber où je peux tout faire. J’imprime aussi la preuve que j’ai
bien envoyé le message (ainsi que le message précèdent) et retour chez Monsieur M. Après avoir regardé la
preuve de l’envoi, il trouve la réponse dans sa messagerie, puis me dit qu’il manque quelque chose sur le
document Word. Pas de problème, retour au Cyber et cette fois-ci le document est validé par Monsieur, signé
et tamponné. Il me dit que pour le passeport, ils passeront au bateau demain à 10 heures. Bon. En route pour
la Capitainerie du port de commerce. Là, Monsieur « C » (toujours pour faire plus court et surtout par
diplomatie) me dit qu’il faut passer par un agent. Je lui dis que pour juste signer un document et un coup de
tampon, je ne vois pas la nécessité. Il insiste et moi aussi. Il finit par me dire d’attendre. Je suppose qu’il est
allé voir son chef. Puis vient un type au guichet qui discute un peu avec Monsieur C (je ne
comprends pas ce qu’ils disent) et repart. Un peu après le type revient et m’explique que je
dois prendre un agent. Je redis que c’est juste une signature et un coup de tampon et que
je pense que n’importe qui doit pourvoir faire les démarches administratives demandées
par l’administration (entre nous, je suis désolé mais je viens d’un pays où le citoyen n’est
pas (encore) une marchandise et où il a encore des droits). Il insiste, je lui dis que je Un agent.
comprends bien qu’il faille un agent pour un cargo mais que mon bateau est tout petit, dix
mètres, et qu’il n’y a rien dedans, aucune cargaison, donc il n’y a rien à faire. Il repart. Monsieur C me redit
d’attendre. Puis finit par revenir en me disant qu’il a besoin d’un document de la marina attestant que j’ai
tout payé et que je n’ai aucune dette. Je lui demande si en revenant avec cela il me signe le papier, il me dit
oui. Je lui demande s’il y a quelque chose à payer, il me dit non. En route pour la marina, à l’autre bout de la
ville. En entrant dans le bureau, à peine les formules de politesses échangées, la secrétaire, mi affolée, me dit
avoir reçu un appel de la Capitainerie disant que je ne peux pas faire la sortie du territoire à Mazatlan et qu’il
faut que j’aille à un port près de la frontière. Je lui réponds que je les ai vus trois fois et qu’au final ils me
demandent une attestation de payement de la marina. Je lui propose donc de tout payer. Vous avez utilisé
l’électricité ? Non. Vous avez pris de l’eau ? Je déclare que je vais prendre au maximum soixante litres. Non, ce
n’est pas possible : Vous prenez l’eau et un agent ira contrôler le compteur, ensuite vous pourrez payer,
revenez à treize heures. Je lui dis que je reviendrais donc dès treize heures car la Capitainerie ferme à quinze.
Je n’ai en fait besoin que de trente litres. A l’heure dite je paye, elle me fait l’attestation et retour à la
Capitainerie. Monsieur C prends les documents, pianote sur son ordi puis finit par me dire qu’il faut que je
paye deux cent quatre-vingt Pesos et pour cela il faut que j’aille au guichet d’à côté. A ce nouveau guichet, la
dame pianote sur son ordi, longuement et bien embarrassée car l’ordi lui parle de cent vingt Pesos. Demande

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°17 - Route du Mexique à Panama.
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plusieurs fois de l’aide à Monsieur C. Puis fini par déclarer que je dois payer deux cent quatre-vingt pesos. Je
sors mon argent : Non, paiement uniquement en carte. C’est vrai qu’à Ensenada, c’était pareil. J’aurais dû
prévoir car je n’ai pas ma carte sur moi. Monsieur C parle vaguement d’aller payer à une banque mais de
toute façon il est trop tard, je leurs propose de revenir demain avec ma carte bancaire, à l’ouverture car j’ai
rendez-vous à dix heures à bord avec la « Migracion ». Retour au bateau. Je fais le plein de frais au super
marché en me débrouillant pour dépenser mes Pesos et ne gardant que ce qu’il faut pour les aller-retour de
demain (plus un peu de marge quand même !).
Mardi 20 Février, jour de l’appareillage déclaré et prévu pour douze heures 1 …
Je suis, bien sûr, devant les bureaux de la Capitainerie en avance. Un monsieur arrive un peu après avec des
dossiers, on discute un peu : Vous êtes Français ? Ce n’est pas la première fois qu’on me pose cette question,
mon accent doit être caractéristique. Son grand-père était Allemand, lors de la première guerre et pas
pendant la deuxième précise-t-il. Son grand-père a immigré entre les deux guerres, son père a fait un tour du
monde en voilier dans les années cinquante. Il m’en montre une photo. Lui a une flottille de Lanchas (tiens, il
ne dit pas « Panga » ?) et a un quai pas loin. Il me propose d’y venir, mais, normalement, si les Zautorités le
veuillent bien, je pars tout à l’heure ! Il est allé en Allemagne et en Normandie, sur les lieux du débarquement.
Mais le bureau ouvre et les affaires reprennent. Je présente donc ma carte bancaire à la préposée au
paiement. Plus de vingt minutes de tripatouillage angoissé sur l’ordinateur avec plusieurs appels au secours à
Monsieur C. Le temps passe et j’ai ce rendez-vous à dix heures. Je commence à bouillir avec d’étranges envies
de tordre un cou, voire deux. Puis enfin tout devient clair, je donne ma carte bancaire. Encore une série de
tripatouillages d’ordinateur. Re appel à l’aide à Monsieur C qui n’a pas quitté son air excédé de la veille. Puis
au bout d’un moment il me demande : « Votre banque est bien la Banque Postale ? » d’un air presque de
dégout. Le système ne la connait pas, on ne peut pas vous faire payer. Je lui réponds que je ne comprends
pas, cette carte à toujours très bien fonctionné partout au Mexique et que j’ai même payé avec à la
Capitainerie de Ensenada lors de l’entrée sur le territoire. Bien évidemment, ils me demandent une preuve de
ce que j’avance. J’aime cette mauvaise foi et cette méfiance systématique des bureaucrates lorsqu’ils veulent
être désagréables ! Par miracle j’ai tout gardé et peux montrer le paiement fait à Ensenada. Puis elle se ravise
et déclare que le système a changé depuis et que c’est pourquoi ce n’est plus possible. Je leur demande
comment faire alors car l’heure d’appareillage est douze heures. Il faut que j’aille à une des deux banques
près de la cathédrale avec leur papier, payer, puis revenir avec l’attestation de paiement. Je ne serais pas à dix
heures au bateau, je leur demande de téléphoner à la Migracion pour les prévenir. A la première banque, au
guichet la dame à l’air bien rodée à ce genre de procédure. Elle remplit le papier et au moment de payer :
« Non, on ne prend pas les cartes bancaires » … Dans une banque ! Mais l’autre a des distributeurs, j’y suis
allé déjà deux fois. Je file donc à l’autre banque. Je fais la procédure classique : « On ne peut pas traiter votre
opération en ce moment. ». Je réessaye avec la même carte, avec l’autre (par prudence j’avais pris les deux),
je change le montant, je change de distributeur. Tout cela avec chaque carte. Rien y fait. Cela commence à
devenir scabreux, sans argent je ne peux pas sortir du pays. Je rentre dans l’agence pour faire la queue au
guichet et essayer de débloquer la situation, puis me ravise et réessaye une dernière fois avec la deuxième
carte. Ne me demandez pas pourquoi, mais l’opération aboutie. Je ne cherche pas à comprendre et retourne
à la première banque pour finaliser l’opération. Puis retour à la case « Capitainerie ». Après deux attentes,
Monsieur C me donne enfin mon Zarpe tamponné et signé en me disant « Adios amigo ». Je lui réponds
« Merci pour tout » … sans préciser quoi et cap sur le service des Migrations. Là je suis accueilli par l’équipe

1
Cette notion d’heure précise de départ peut en étonner certains mais les autorités en générale et portuaires en
particulier ne pensent pas « Plaisance » du tout mais que « Cargo ». Et une sortie de port d’un cargo est très planifiée : il
faut que les gestionnaire du trafic le sachent et soient d’accord, il faut que les rendez-vous soient pris avec les pilotes et
les lamaneurs, etc. Une heure de départ est donc chose très importante en fait.

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°17 - Route du Mexique à Panama.
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renforcée, ils sont trois : Monsieur M, celui que je suppose être son chef et qui est plus ouvert, j’ai discuté une
fois un peu avec lui, et un troisième larron que j’ai croisé une fois aussi. Je montre le Zarpé de la Capitainerie
entièrement rempli à Monsieur M. Il le prend et le pose sur son bureau. Je garde un œil sur le précieux
document mais Monsieur M pose négligemment sa main dessus. Et rempli le Zarpe de la Migracion.
Passeport, coup de tampon. Tout va bien. Je fais mine de récupérer le Zarpe du port, il me dit clairement
« Non, il fallait trois exemplaires, je vous l’avais dit ». Là, au lieu faire la réponse logique et évidente en
expliquant qu’effectivement il y avait trois exemplaires : Le sien qu’il a gardé hier, celui de la Capitainerie
qu’ils ont gardé et que celui-ci est le mien, je le regarde bien dans les yeux et lui demande sèchement :
« Comment voulez-vous que je le sache si on ne me le dit pas ». Silence de glace du côté des trois compères.
L’attaque frontale est visiblement prise en pleine poire. Encore une fois, je n’ai pas suivi les sages conseils de
Madame Chiche de Ziguinchor, la fatigue sans doute ? Ou la limite qui vient d’être franchie ? Il faut sortir de
là. Je pars dans une longue diatribe sur le fait qu’à l’étranger un individu qui fatalement ne peut pas être au
courant de tout du pays, et avec le handicap de la langue ne peut pas tout comprendre, n’a pas d’autre
solution que de faire un minimum confiance aux personnes des administrations auxquels il a affaire. Je
conclus que ceci est valable pour tous les pays même en France. Je suppose que ces Mexicains du Nord, tous
fonctionnaires de la migration qu’ils soient, ont tous, proche d’eux, quelqu’un avec ce genre de problème -
présent ou passé - avec les Etats-Unis. A la fin, dans un silence un peu gêné (réciproque), Monsieur M tend le
Zarpe de la Capitainerie à son collègue en lui demandant d’en faire une photocopie. C’est très vite fait.
Monsieur M me donne le premier papier : « Ça, c’est le Zarpe de la Migracion ». Il me donne le deuxième
papier : « Et ça, le Zarpe de la Capitainerie ». Je lui demande si maintenant je peux sortir du port. Il me répond
dans l’affirmative. Je remercie et serre rapidement la main aux trois individus et ne reste pas plus dans ce
maudit bureau.
Et me voilà dans la rue avec tous les papiers pour arriver à Panama. Car en fait pour moi l’enjeu est plutôt là
car, à partir du moment où je n’ai rien fait d’illégal - et c’est le cas - personne ne peut m’empêcher de sortir
du port de Mazatlan avec mon bateau. Remarquez que pendant tout ce temps-là, je n’ai jamais prononcé une
seule fois le mot de « Douane » ! Sinon, je crains fort qu’il y aurait eu une couche de plus à la plaisanterie. Il
me reste de l’argent du dernier retrait d’espèces. Je vais les dépenser au supermarché du centre-ville, en
traversant le marché si sympa. Il n’y a pas de raison de bouder son plaisir. Je n’ai plus besoin de rien mais je
trouve de la nourriture valable jusqu’en deux mille vingt : Il y a de la marge !
Retour à la marina. Dernière douche et je rends la clef au
bureau. Elle fait une photocopie du Zarpe de la
Capitainerie et me souhaite bon voyage. En faisant un peu
de ménage dans le bateau, je tombe sur le plan de la ville
de La Paz que donnait la Marina. Je ne m’en rappelais plus
mais il y a dessus un encart qui explique la procédure de
sortie du territoire. Tout est clairement expliqué et il n’y a
aucune mention d’agent. Le guide n’en parle pas non plus
à la frontière sud du pays et à Ensenada ce n’était
absolument pas obligatoire. A Mazatlan, ils ont pris de bien mauvaises habitudes, mais la preuve est faite que
c’est faisable malgré la mauvaise foi évidente des acteurs de l’opération. Faudrait-il en conclure qu’une partie
des sommes versées à l’agent servirait à quelques « pourboires » coutumiers ? Car, au risque d’insister et de
me répéter, je n’ai, par ailleurs, au Mexique (exceptée Miss Pète-sec à Ensenada), rencontré que des gens
aimables et serviables comme peut-être nul part ailleurs.
14 heures. Départ, enfin !

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Kanaouenn Saison 2, Lettre n°17 - Route du Mexique à Panama.
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Avant de prendre le chenal assez long et plutôt étroit, sur la droite, arrive un américain. Certainement plus
motorisé que moi, je lui fais signe de passer devant. Le chenal passe devant une petite marina. Je ne sais pas
ce que veut faire l’américain, mais le voilà en marche arrière et en travers du chenal. Il recule
dangereusement près du quai puis repart en marche avant. Visiblement il fait demi-tour. Je lui fais signe de
me dire ses intentions. On se croise de très près. Il est hyper stressé et je ne comprends rien de ce qu’il me
hurle à moitié. Fin de l'épisode Américain. Juste avant le musoir, un pêcheur rentre. Il est en train de rejeter
par-dessus bord des poissons que je suppose non vendables. Des pélicans profitent de l’aubaine en plongeant
dans le sillage. Deux ont même atterris sur le garde-fou arrière du pêcheur. Ces animaux sont bien plus agiles
qu’ils le paraissent en premier abord. Dehors, le vent est frais et la mer formée, je ne regrette pas le ris pris
avant le départ. Il faut rester au près pour passer l’Ile Pajaros avant de pouvoir abattre. Un trimaran de Day-

charter rentre lui aussi. En se croisant les mains s’agitent et j’entends un « Vive la France ! ». Le dernier
contact avec le Mexique est bien sympa.
L’ile passée, au grand largue, toute la baie de Mazatlan défile sur Bâbord. Un bon vent portant, il n’y a que
cela de vrai ! Kanaouenn file devant un bon cinq bien établi. C’est ce qu’il faut pour espérer nettoyer un peu la
carène. L’eau sur la coque fait comme un bruit de papier de verre.
Mercredi 21.
La nuit a été un peu plus calme. On a croisé un pêcheur et un cargo nous a doublé pas loin. Il était très haut
sur l’eau. Certainement encore un de ses caissons de R-on R-off. L’idée était de m’arrêter sur l’ile Santa
Isabella qui est un sanctuaire pour les Frégates … Si possible. Le guide parle de mouillage de beau temps et
Patrick m’a dit que le mouillage sud était petit et mauvais. Celui à l’Est est meilleur mais pas abrité. Par ce
force cinq bon poids les frégates resteront où elles sont. Je passe donc directement entre Santa Isabella et les
autres iles. Sans trop me rapprocher de ces dernières car il faut parait-il passer à plus de vingt milles de ces
iles prisons.
Peu après, la sortie de la Mer de Cortés est particulièrement franche. Les fonds tombent d’un coup de trois à
quatre cents mètres à plus de trois mille mètres. Une vraie falaise sous-marine. Avec en plein milieu du
passage, une bute de vase à moins de quarante mètres. Un dépôt du à un tourbillon comme dans les belons
Sénégalais ou la Laïta ? Aller, on commence la série ? Deux pour le même soir, ça commence fort !

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Jeudi 22.
Nuit agité, il faut tout caler, tout tenir … et se tenir ! Le cap a presque tourné tout seul dans la nuit, il doit y
avoir un courant, probablement le courant général qui descend le long de la Basse Californie. Le génois était
en ciseau et très à contre. Je le tangonne sous le vent, bien bridé à plat. On perd un peu en vitesse mais au
diable les performances. L’eau sur la coque fait moins un bruit de papier de verre. A croire que la carène se
soit un peu nettoyée. Avec de l’auto- érodable il faut de l’action !
Vendredi 23.
Hier soir, deux Fous de Bassan se sont installé sur l’arrière pour passer une nuit tranquille. Je ne suis pas du
genre à refuser l’hospitalité. Les nouvelles doivent aller bon train sur Radio Fous car le lendemain les copains
sont arrivés progressivement, puis de plus en plus : Quinze, puis vingt. Ils ont finis à trente-deux ! Quel succès.
Certains « anciens » n’accueillent pas les nouveaux de gaité de cœur ! Mais en fait ils sont plutot pacifique

s, ils s’impressionnent à coup d’ouvertures de bec mais ne se donnent pas de coups. Ils ne sont vraiment pas
sauvages et se laissent approcher de très près et je pourrais même les toucher si je voulais.

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Coup double !
Samedi 24.
Le jour se lève sur la petite colonie. C’est un véritable
champ de bataille : Du guano partout. Tout le cockpit est
maculé et l’odeur est infernale. En juste une nuit ! Je
préfère ne pas imaginer le désastre au bout d’une
semaine car ces Messieurs-Dames ont l’air bien installés.
C’en est trop. Changement radical de politique et la
chasse est ouverte. Mais ils sont sacrément têtus et
insiste lourdement. Je sors de la cabine arrière un bout de
latte de grand-voile pour les pousser dehors et ils râlent
d’indignation. Je fini par installer un lassis avec des
garcettes pour les inciter à passer leur chemin mais des
acrobates et des intrépides tentent quand même leur
chance. Il faut sans arrêt veiller. J’ai décrassé le cockpit
pour avoir un espace de vie qui ne ressemble pas une porcherie, ce n’est pas pour qu’ils y passent une
deuxième couche.

L’ordinateur se prendrait-il pour un hérisson ? Ce n’est pas une séance d’acuponcture non plus. Il y a des
problèmes de contact dans le clavier. J’ai bien essayé de le démonter pour y accéder de près mais celui qui a
dit que les ordinateurs portables sont plus faciles à entretenir qu’une tour n’a pas dû en ouvrir souvent. J’ai
bien changé des disques durs de portables et des batteries il y a bien longtemps déjà. Entre temps la
miniaturisation a continuée. J’ai à peine touché une prise minuscule que, tellement fine, je l’ai à moitié
cassée. Heureusement sans dégât. Les portables sont en train de devenir comme les Smartphones et les
Tablettes : Tellement intégrés qu’il n’y a plus rien à faire. J’ai donc attaqué le problème par l’avant en
soulevant les touches pour injecter de la bombe contact électronique … On en est à la phase séchage. Après

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remontage du malade, j’ai retrouvé ces trois bouts de plastic sur la table de travail … cela ne devait pas servir
à grand-chose !
Le 25.
Nuit très calme, GV très bordée pour ne pas cogner dans le bas hauban. Le vent remonte un peu en milieu de
matinée, changement l’amure GV et Génois : manœuvre classique de petit temps. C’est incroyable comme le
vent apparent est versatile : un changement de cap de cinq degrés déclenche souvent un changement de
largement plus de trente degrés de vent apparent. Et chaque risée a elle aussi ce genre de conséquence.
La grand-voile ne claque que de temps en temps mais assez durement, je fini par la sur-border encore plus.
On dépasse de temps en temps les 4 nœuds.
J’en ai par-dessus la tête de cette chasse aux oiseaux et je suis passé à la phase deux : Avant je les poussais de
la perche vers l’extérieur, maintenant ils reçoivent un coup, là où je peux. Et l’effet est impressionnant,
rapidement il n’y a quasiment plus de clients à tenter sa chance. Ces bestioles comprennent très vite.
Le 26.
Plus de vent cette nuit. On barbotte à moins de un nœud mais le pilote tient. Vers trois heures le vent revient
tout doucement. A midi, après le point, je lofe franchement pour avoir un meilleur vent apparent. Au petit
largue, on gagne tout de suite de l’ordre de deux nœuds ! Cela fait couper plus, mais aux dernières nouvelles,
certes plus très fraiches, Tehuantepec a l’air plutôt calme en ce moment. Le guide des routes recommande de
passer à plus de cinq cents milles, je pense que le pingouin exagère franchement. On gagne aussi d’être plus à
l’ombre et ce vent est bien agréable. Au petit jour il faisait déjà vingt-huit à l’intérieur et à midi, il fait comme
hier soir : trente-deux. Cette nuit j’avais donc relevé l’hydro qui ne servait à rien. Cela tombe bien, il avait
besoin d’un petit entretien. La liaison réparée il y a quelques temps déjà (un an ?) a pris du jeu. Perçage d’un
nouveau trou et passage d’un deuxième boulon-clavette et tout redevient bien opérationnel. L’ordinateur
continu à faire des siennes, c’est Word qui ne fonctionne plus. Je fini par le réinstaller mais bug : Pour le faire
fonctionner il fait l’activer et sans internet ni téléphone c’est impossible. Ces dégénérés d’analystes chez
Microsoft sont devenus incapables d’imaginer que quelqu’un n’ai pas Internet et ne puisse pas appeler
n’importe où dans le monde n’importe quand. Une partie de la population du globe ne doit pas exister pour
eux. Certainement parce qu’elle ne doit pas rapporter assez d’argent. Heureusement, l’antique mais fidèle
ancien ordinateur est là pour prendre le relai.
Il reste un irréductible sur la plate-forme arrière. Je le laisse tranquille mais lui n’a pas l’air de l’être vraiment.
Il me surveille toujours du coin de l’œil. Ils ne viennent plus à l’arrière, j’en ai chassé juste deux à la tombée de
la nuit. Ils ont tenté leur chance pour passer une nuit paisible, mais je veille ! J’ai amélioré ma badine en y
collant du scotch, elle était pleine d’échardes de fibre de verre un peu pénibles. Au fait, j’ai oublié de vous
dire : le plagiste arrière s’appelle Guanoltepech. On s’est mis à causer un peu et il m’a montré son arbre
généalogique et il a des ancêtres Toltech. Je lui fais travailler ses cervicales pour le détendre un peu.
L’avant affiche toujours complet. Hier soir quelques-uns se sont enfin essayé sur le tangon mais leurs
acrobaties n’ont pas été à la hauteur.

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Février-Avril 2018

A un moment, trois avaient réussi à tenir la position mais ils n’ont pas pu y rester longtemps.
Il doit y a voir des facéties de courants car on marche plutôt pas mal cette après-midi mais le GPS reste en-
dessous de deux nœuds cinq. Les nuages ont, même s’ils n’en ont pas la forme, une vague organisation type
Alyzée.
28 Février
L’autre nuit, alors que je dormais, un choc énorme ébranle tout le bateau. En sortant, j’ai juste le temps de
voir une forme disparaitre dans la nuit noire, la lune est juste couchée, il ne reste qu’une vague lueur à
l’horizon. Un ofni à la dérive, probablement de type Panga. Kanaouenn n’en sera quitte que d’une joue de
davier cassée. Hier, lors d’une manœuvre, il s’avère que l’enrouleur est bloqué, ce qui n’a rien à voir avec
l’évènement précèdent car il était un peu dur les dernières fois. Je profite du temps maniable pour tout de
suite affalé le génois pour ne pas risquer une galère, et le foc est mis à poste. Pour le petit temps il manque de
la surface, pour sûr ! Mais le pire est le courant. Il n’y a plus aucun doute possible, depuis le temps de l’Ecole
de Voile j’ai l’habitude d’estimer la vitesse du bateau et celle du Melody m’est familière. Il y a un courant de
deux bons nœuds de face. Dans l’après-midi Kanaouenn filait bien ses quatre nœuds et le GPS restait en
dessous des deux nœuds, et le soir il filait bon train avec la moustache des grands jours et le sillage bien blanc
tandis que le GPS frôle à peine les quatre nœuds. C’est comme cela depuis au moins hier. Combien de temps
cela va durer ? Car cela fait dans les cinquante milles de perdus par jours. Ce n’est pas une plaisanterie,
surtout pour un bateau sous-toilé. Les nuages commençaient hier à avoir une forme Alizéenne.
La nuit a été pénible, un peu après minuit, la pluie est venue avec des vents tournant
sous les nuages. Beaucoup de manœuvres pour suivre les évènements. Voilà la
trace ! Le cap compas était toujours dans les cent quarante environ (Env. Sud-Est,
pour les non-initiés). On a fait, par moment, jusqu’à un nœud-sept dans le trois cents
vingt (Nord-Ouest). Le courant est instable car le cap réel change parfois
brusquement de plus de quarante degrés. Un regard sur le guide des routes le
confirme : le beau courant portant au Sud tout le long des côtes des Californies part
ensuite plus vers l’ouest, avec un contre-courant qui remonte le long des côtes de
l’Amérique centrale : j’en ai pour un bon bout
de temps donc. En fin de nuit, grosse pluie intense avec vent de Sud-Est,
comme un petit front qui passe, le pont et les bouts sont bien rincés.
Puis le vent est redevenu portant.
Ce matin, quelques dauphins nous font un petit bout de route, cela
faisait si longtemps ! Et un petit poisson volant est sur le passavant. Les
« zailés » de services sont toujours là. Le cockpit est si bien rincé que je

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surveille et chasse toute tentative d’installation de ce côté-là. Deux-trois, ce matin, essayaient de coloniser la
tête de mat, mais cela bouge fort là-haut. Guanoltepech, le seul que je tolère à condition qu’il reste à
l’extérieur (plate-forme arrière, bouée couronne ou support de l’hydro générateur), est un petit teigneux en
fait. Quand un autre approche, très souvent il râle, ce qui me prévient et en fait un allié assez efficace. Mais
cette nuit, pour remonter l’hydro dans le petit temps, il a fallu que je me fâche car Monsieur n’était pas
content et voulait donner de réels coups de bec.
En fin d’après-midi le vent tombe. On est au près, cap compas environ 70°, à petite vitesse. Le GPS annonce
un nœud au 282 : on avance en marche arrière… Puis le vent revient et on retourne sur le cap, largement à
moins de deux nœuds. Je fais quelques films de la colonie du balcon avant. Avec la main gauche je fais des
mouvements pour les faire bouger un peu et là encore leur faire travailler leur cervicales. C’est très important
pour le Fou de Bassan. Les spécialistes le savent bien, c’est leur problème et leur point faible : Trop de raideur
sur les cervicales. Je fais donc les gestes appropriés, c’est d’ailleurs écris dans le scénario ! Un nerveux me
donne un coup de bec et le pouce saigne. Il se prend une baffe qu’il ne
devrait pas oublier tout de suite. Tout ceci ne dérange nullement les
autres. Mais je commence à en avoir marre d’eux, le guano sur l’avant me
gêne moins mais quand même, Kanaouenn mérite un peu plus de respect.
La guerre du cockpit est étendue au balcon avant.
Fin du pain hier. Mais Tia Rosa est là ! Voici toute la gamme : En haut à
gauche, le modèle historique et classique, une valeur sure. En haut à
droite, la version « Pur beurre ». En bas la « complète » et enfin les
allégées, pour le régime. Vous n’avez que l’embarras du choix ! Aujourd’hui c’est la fin des avocats.

Jeudi 1er Mars 2018.


Nuit sans vent. Trois fois le pilote s’est mis en alarme de cap et deux fois cela a été très long pour redémarrer
le bateau. Le cap compas est au cent vingt et le GPS indique cent quatre-vingt mais la vitesse correspond à la
réalité. Ce courant de face a mystérieusement disparu : Bonne nouvelle. Au lever du jour, mis à part à
l’horizon, le ciel est sans aucun nuage. Il va certainement faire très chaud, je prends tout de suite une douche
pour profiter de la température encore douce. On avance toujours vers le sud, même un peu plus, à environ
un nœud cinq dans le tout petit temps. Je m’étais juré de ne plus y toucher après un affalage très sportif et

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limite mais il faut plus de toile. Je remets donc l’espèce d’inter lourd. Suivant la méthode « Moitessier », je ne
de-endraille pas le foc et le ferle dans la filière. Chaque voile ayant ses propres écoutes, le prochain
changement sera plus simple. On a gagné un demi-nœud dans l’affaire et le bateau est plus équilibré. En
allant sur l’avant pour la manœuvre, contrairement à d’habitude, les squatteurs au balcon s’en vont d’eux
même. D’habitude je manœuvre à dix-vingt centimètres d’eux sans que personne ne bouge. Juste quelques
râleries car ces messieurs-dames ont l’air de se sentir chez eux. On dérive de soixante degrés, il y a encore du
courant dans l’air, même si à cette vitesse là le plan antidérive - pourtant généreux du Melody - est peu
efficace. Vers neuf heures le vent monte d’un cran en refusant, dans le bon force deux sur mer plate,
Kanaouenn file quatre nœud cinq. Pas parfaitement propre et sous toilé, le Melody se défend quand même
pas mal. Dommage que le cap soit toujours au plein sud. La dérive est de trente degrés alors que dans ces
conditions-là Kanaouenn ne dérive normalement que de dix degrés, voir quinze au plus. Normalement,
l’Iridium (le Téléphone satellite) devrait être activé aujourd’hui mais l’essai est négatif, à suivre.
Vendredi 2.
La nuit a été très agitée. Le vent a progressivement monté à bon cinq. Il a fallu prendre un ris en début de nuit
puis changer l’inter pour le foc. La manœuvre s’est très bien passée. La drisse qui était tout le temps raide et
faisait sans arrêt des coques comme un bout trop neuf s’est assouplie à l’usage et l’organisation sur la plage
avant prend forme. C’était encore un peu long car il y a encore quelques améliorations d’intendance à faire,
mais c’est en bonne voie. Le bateau a tapé toute la nuit, heureusement pas trop fort : uniquement l’avant,
sans transmettre les chocs dans le gréement. Ce matin deuxième essai avec l’Iridium. Il fonctionne. J’envoie
un petit SMS à Sébastien qui répond de suite : bien sympa. Je fais quelques tests de qualité de réception. Au
début ce n’est pas fameux puis mieux ensuite. De toute façon il est inutile de prendre une météo car il n’y a
pas d’alternative à la route actuelle. En regardant la météo avant de partir, il m’a semblé qu’il y avait souvent
un flux d’Est le long du dixième parallèle. Je dois être dedans. Il faut le passer, peut-être en allant comme cela
(Cap au 140 au lieu de 110) jusqu’au environ du huitième parallèle ? Après, ce serait bien que le vent tourne
car je ne me vois pas louvoyer jusqu’à Balboa ! Quoique certains jours, sur la carte météo, il n’y aurait pas
d’autre solution …
En milieu de matinée le vent baisse très légèrement. Suffisamment pour que le bateau ne tape plus. En en
début d’après-midi je largue le ris, puis en fin de journée changement de voile d’avant, puis je remets le foc
vers minuit. Bref les manœuvres pour suivre le vent. Ce midi, petite cérémonie pour féliciter la dernière
banane qui a résisté jusqu’à aujourd’hui. Elle est bien avancée et déjà en compote mais elle est encore
parfaitement mangeable.
Samedi 3.
Aux premières lueurs, il faut prendre le deuxième ris
pour calmer le jeu. Dans cette configuration, le
bateau n’est pas bien équilibré mais je n’ai pas le
choix. Avec l’enrouleur on peut régler précisément
mais il faut faire avec ce qu’il y a .En tout cas il ne
faut pas que le vent monte trop car je n’ai pas plus
petit pour devant, si ce n’est le tourmentin, mais
dans ce cas adieu cap au près. Je relis le guide des
routes, notre champion du remplissage arrive à
pondre une demi-page pour ne rien dire d’autre
qu’en hivers il y a plus de vent de secteur Nord et
que l’ile Coco est sur la route. A si, au détour d’une
phrase, on apprend que pour atterrir à Balboa, il

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faut passer la Punta Mala. Il doit écrire pour ceux qui ne savent pas lire une carte marine. Pour essayer d’en
savoir plus, je refais une rétrospective avec les trois anciens fichiers météo que j’ai : la probabilité de vent de
face est en fait très importante… Il vaut mieux s’y réparer psychologiquement car le dicton dit « Double route
et triple peine », mais au large, avec la mer formée, c’est bien plus que double route. En milieu de matinée,
après avoir largué le deuxième ris, Kanaouenn marche bien mieux, en vitesse et en cap.
Lundi 5.
J’en suis, en moyenne à deux changements de voile d’avant par jour. Hier en fin d’après-midi, j’avais remis le
foc. Vers minuit, j’ai largué le ris et en fin de nuit j’ai remis l’Inter. La drisse s’assouplit à force et la manœuvre
se rôde. Hier après-midi il y avait, en plus des vagues du vent et de la petite houle, des vaguelettes très
courtes et creuses qui blanchissaient presque, très probablement un courant. Hier, j’ai pris une météo avec
l’Iridium. Sur les trois jours, chaque test de qualité de connexion a donné les cinq barrettes, du jamais vu. J’ai
donc récupéré le fichier rapidement pour deux unités. Depuis que je suis au près, il manque toujours vingt à
trente degré au cap. Le cap est meilleur depuis hier mais entre-temps, l’objectif, lui aussi est devenu plus
nord ! La question est de savoir s’il faut virer ou espérer que le vent tourne. Il va bien tourner Nord, mais dans
deux jours et plus à l’Est et je n’y serais pas. Normalement, aujourd’hui Lundi il est annoncé plus Est que
d’habitude. A vrai dire je n’ai pas constaté grand-chose. Le cap était moins bon cette nuit et au jour j’ai pu
gagner dix degrés. Je reste encore sur ce bord, on ne sait jamais. Je fais tout pour éviter de virer car ce sera
une catastrophe de cap mais il faudra bien que quelque chose se passe sinon je fini aux Galápagos ! C’est un
peu la guerre du cap à bord : Surveiller les penons, essayer cinq degré de moins, ok c’est bon, non il faut
remettre les cinq degrés, vérifier le réglage de la grand-voile, gagner en cap mais avoir ce qu’il faut de
puissance pour passer les vagues … Etc. Ce n’est quand même pas une ambiance régate mais ce n’est pas la
peine de gâcher de la route. Cette nuit, à vol d’oiseau j’ai passé la mi- parcourt, avec les détours ce n’est pas
vrai mais quand même, c’est sympa de voir cette évolution sur le GPS.
Hier, Dimanche, pour marquer le coup, j’ai sorti un fromage. Le pauvre, il
transpire à très grosses gouttes et baigne dans son jus ! Je l’ai mis à sécher
en mode liposuccion pour le rendre plus appétissant. Je n’achète plus de
fromage depuis belle lurette car c’est cher et pas bon en général. J’en ai pris
deux, « pour le moral de la troupe », bien mal m’en a pris. Il faut dire qu’il
fait chaud. Le thermomètre reste entre les vingt-sept et les trente-deux
degrés. Si je peux, j’évite les changements de focs en plein midi.
Mercredi 7.
La fin de nuit a été plus calme, j’ai largué les deux ris presque coup sur coup. Ne plus se cramponner pour se
déplacer dans le bateau change la vie, j’en ai mal aux articulations des mains. Le bateau tangue toujours de
vague en vague mais sans taper. Il y avait un fou de bassan sur la bouée couronne cette nuit. Tant qu’il ne
rameute pas tous ces copains il peut rester se reposer le temps qu’il veut. Ce matin il a disparu. Très bien. Je
pense qu’en fait, ils n’ont pas besoin de Kanaouenn pour se reposer. Ils le font très bien en se posant sur
l’eau. Par contre être sur un support et au sec doit être bien agréable pour se lisser les plumes. Comme pour
les canards, c’est certainement une activité très importante pour eux pour conserver les plumes étanches. Le
cap ? Il manque toujours plus ou moins une dizaine de degrés. C’est en progrès mais il va bien falloir faire
quelque chose à un moment, mais tant qu’on est sur le bord favorable …
Jeudi 8
Le bateau a bien marché hier et cette nuit, bonne vitesse et surtout très bon cap. Pour la première fois il était
cap au but, et même un peu plus parfois. Mais ce matin, impossible de le faire avancer correctement. Il y
pourtant du vent, il ne tape pas mais je pense qu’il y a un peu plus de mer, et courte, et il n’arrive pas à se

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lancer … Ou je n’arrive pas à trouver le réglage qui va bien. Dans l’après-midi, le vent baisse un peu, je mets
l’inter. La mer se calme et on se remet à avancer correctement mais il manque encore dix degrés au cap. Le
ciel est un peu plus couvert et il fait très chaud. J’aère le bateau comme je peux car il n’est pas question
d’ouvrir le panneau avant. Même pendant les moments calmes, une vague sur le pont n’est pas exclue. La
cabine avant est « sanctuarisée », déjà parce que c’est ma cabine à l’arrêt et que le sel ne l’a toujours pas
envahi mais aussi, en mer, elle abrite l’accordéon. J’ai pris une douche mais rien n’y fait. Même à ne pas
bouger il fait vraiment chaud.

Un coucher de soleil bien sur l’arrière : Kanaouenn est enfin au cap à l’Est.
Vendredi 9.
La fin de journée d’hier s’est terminée sous la pluie. Ce que j’avais pris plus une simple ligne de grains a duré
quatre heures sous des pluies plus ou moins fortes et du vent faible et très instable qu’il a fallu veiller. Puis
séance de barbotage avec les voiles qui claquent. Le vent est revenu vers trois heures doucement et en ayant
bien refusé, puis au matin, progressivement le cap est redevenu correct. Tout du moins à peu près. L’objectif
est de passé au Nord de l’Ile Coco. Déjà parce que c’est psychologiquement la route, mais aussi car je suppose
des calmes au sud et le mauvais souvenir de la route vers la Galápagos rôde. La grande question est de savoir
si je vais l’arrêter à l’Ile Coco. A priori, la baie est grande ouverte au Nord, d’où vient la houle et le vent. Est-ce
que cela vaut le coup de se détourner en perdant des degrés grignotés patiemment pour ne pas pouvoir
s’arrêter ? Pour l’instant la question ne se pose pas car le cap est à peine dessus.
Samedi 10.
Hier midi, le bateau avançait à merveille : bonne
vitesse et bon cap sur mer calme. A midi pile, le
vent monte un peu et je sors prendre un ris. Il y a
un gros grain sur Bâbord et un autre pile devant.
Celui du côté passe très rapidement et celui de
devant, avec Coriolis plutôt faiblard dans ces
latitudes, passe sur le côté. On le longe durant
tout l’après-midi et je reste sur le pont à le
veiller. D’un seul coup, l’Inter masque. Je fais un
trois cent soixante degrés vent arrière pour

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reprendre le près Bâbord amure. Le cap qui était de l’ordre de quatre-vingt-cinq est devenu plus de deux cent
dix. Il faut virer. Et là, c’est la catastrophe, pile face aux vague du vent précèdent, Kanaouenn ne passe pas. Le
vent est très faible et tourne sans arrêt. A la barre, je n’arrive pas à savoir d’où il vient : Un souffle sur Tribord,
un autre sur Bâbord, de l’arrière … On n’avance absolument pas et la barre est dure et donne des coups
comme un bateau qui cule. Au bout de trois quart d’heure à espérer que le vent revienne, je commence à en
avoir marre. Deux solutions, amarrer la barre et affaler à l’avant pour attendre ou démarrer le moteur pour
redevenir manœuvrant. Au bout d’un moment, je tourne la clé du moteur : Rien. Je mets les pinces pour
coupler avec la batterie numéro un. Rien. Je teste les deux batteries, elles ont l’air bonnes. Je teste en mettant
le contact et donc le préchauffage. Les batteries ne bougent absolument pas. Il n’y a pas de contact du tout.
Je vérifie le coupe batterie moteur, il est bon. Je reprends la barre et le vent, aussi rapidement qu’il était parti,
revient. La barre redevient normale. Kanaouenn redémarre progressivement. Je remets le pilote et c’est
reparti. Je refouine du côté des batteries, des câbles et des contacts du côté alimentation du démarreur. Tout
parait correct. Je range le chantier et m’occupe du repas du soir. On avance correctement, c’est déjà cela.
Ce matin, Kanaouenn marche vraiment bien, comme toute la nuit d’ailleurs. La mer est calme avec un petit
trois. Je n’avais pas bordé complètement l’inter hier pour garder de la puissance dans le bazar et on est
toujours quasiment au bon plein. Même si peu débridé le bateau est déjà beaucoup plus souple, le confort et
la vitesse s’en ressentent. Bien sûr cette histoire de moteur m’a tourné dans la tête cette nuit et ce matin je
regarde côté tableau de commande du moteur. Un fil est débranché sur le contacteur de la clé mais sans
surprise cela ne change rien. Je remets l’ancien contacteur avec lequel l’alternateur ne chargeait plus, mais là
aussi, sans grande surprise, cela ne change toujours rien. Je regarde un peu avec le multimètre. Je ne trouve
rien mais il est clair que rien n’est alimenté. Je repars de ce que je suppose est le point de départ de
l’alimentation du système mais cela passe par le boîtier électronique qui pour moi n’est qu’une boite noire qui
garde tous ses mystères. Fin des investigations. J’avais un gros doute sur le fait de m’arrêter à l’Ile Coco car la
baie Chatham est grande ouverte au Nord donc au vent, aux vagues et à la houle du moment. Mais là, sans
moteur, mouiller au vent de la côte avec en face un fetch de plusieurs centaines de milles, ce n’est même pas
la peine d’y penser. Le vent adonne, je garde la même allure en lofant pour profiter de cette aubaine. Sur les
cartes météo, toujours les mêmes, j’ai plusieurs fois vu du vent plus favorable dans cette région. Il vaut mieux
en profiter pour se recaler plus nord pour arriver mieux positionner sur la Punta Mala. Il est possible aussi de
rencontré du courant portant également à l’Est. Le même qui remonte devant les côtes de l’Amérique
centrale et que j’ai rencontré de face là-haut. Il était là hier soir car Kanaouenn, par rapport au cap compas,
dérivait au vent de plus de dix degrés. Et là ce n’est pas une blague ! Autant en profiter car après la Pointe
Mala, statistiquement parlant, cela devrait être vent et courant contraire. L’Ile Coco gardera donc tous ses
mystères. C’est peut-être mieux ainsi. Une vie sans mystère doit être bien triste (Quoique pour le moteur, ce
serait mieux sans mystère !). Fin de la deuxième partie.
Durant la matinée, j’ai repris du cap cinq degrés par cinq degré au fur et à mesure que le vent adonnait. Mais
là, à midi, je garde le cap et choque un peu. Une grande première depuis si longtemps ! Et Kanaouenn gagne
presque un nœud.
Dimanche 11.
Tout doucement, le vent a baissé durant tout l’après-midi d’hier et le soir, on a barboté ainsi que toute la nuit.
Ce matin, à la fraiche, je sors le plan de câblage du moteur. A la fraiche, c’est à six heures. Il fait jour
maintenant à cinq heures à l’heure du bord qui n’a pas changée depuis
Mazatlán. Le matin, il fait bon. Et à partir de midi jusqu’à cinq heures,
c’est la fournaise à dégouliner sans bouger. Hier il faisait trente-deux à
l’intérieur et aujourd’hui trente-quatre. Aujourd’hui le ciel est un peu
nuageux donc c’est sortable maintenant qu’il y a de l’air mais hier il n’était

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pas question de poser un pied nu sur le pont tellement il était brulant. Donc à l’étude du plan, qui hélas de dit
pas grand-chose sur les éléments reliés, il y a deux fusibles : à vérifier. Et il est sûr qu’il doit y avoir du courant
à l’arrivée de la clé de contact. Le fusible du tableau de commande est claqué. Je le change plein d’espoir, rien
de nouveau. Il n’y a pas de jus au contact. Je remonte la piste. Il y en a à la prise du boiter électronique. Je
démonte la prise pour tester si cela viendrait d’elle. Je vous passe les détails de la vis grippée. La prise est
bonne, c’est donc le câble. En tripotant le câble pour voir si je ne pourrais pas piquer le jus plus en amont sur
celui-ci, le courant arrive au contacteur de la clé … Miracle. Mais toujours rien. En fait, dès que je mets le
contact le courant tombe à zéro au contacteur alors que la batterie est toujours stoïque à treize volts. Soit il y
a un problème dans le tableau de bord, soit dans le système de préchauffage qui se met automatiquement en
route dès le contact mis … ou autre chose de plus mystérieux. Au bout de trois heures, je range le chantier.
Fin de la troisième partie. Pendant ce temps, quelques rides sont venues et la vitesse à fait un bon jusqu’à
presque un nœud huit. Mais la calmasse est revenue. En milieu d’après-midi, très progressivement, le vent
revient. Plein Nord. On avance un peu au vent du cap pour se recaler, voiles au petit largue, sur mer
totalement plate.
Lundi 12.
Toute la nuit sous des éclairs incessants, en général un toutes les dix secondes, au mieux parfois vingt. Ils ont
l’air assez loin mais quand même, ce n’est pas agréable. Les jeunes rencontrés aux Galápagos et qui venaient
d’Amérique centrale – je ne sais plus exactement d’où – m’avaient dit que cette région était la plus
bombardée du Monde. Au sortir de la Mer de Cortés, j’avais mis la chaine à tremper derrière, bien enroulée
autour du pataras. Il y avait un bon vent régulier sur une mer belle. En fin de nuit, le vent a baisé un peu mais
Kanaouenn reste encore dans les cinq nœuds. Au lever du jour, plus rien … et on barbotte. Il pleut.
Je relance le chantier du moteur. L’idée est de tirer un fil directement du boitier électronique (Borne B2 pour
ceux qui suivent) au contacteur à clé car l’accusation porte sur ce
fils. Je prépare un câble volant pour valider l’opération. Je le
branche sur le boitier avec une pince que Sébastien m’a donné et
qui est bien pratique. Avant de sortir le câble par la descente
pour le mettre au tableau de bord (il ne pleut plus). Je le test :
Rien. Tient donc ! Je teste la broche (B2) : Pareil. Cette broche est
pourtant directement alimentée par la batterie via la prise du
démarreur qui, elle, est bien alimentée et via le fusible de
quatre-vingt ampères du boitier. C’est bien d’avoir un schéma !
Le chef d’atelier de chez Sécodi me l’avait passé à l’occasion de
je ne sais quel soucis. Je ne l’avais jamais regardé de près, mais heureusement gardé. Il faut donc ouvrir ce
boitier pour tester le fusible : Lui aussi est bon ! Ce n’est pas possible, je teste la continuité du fils : rien. Il
passe par dessous le moteur, il faut le sortir pour le vérifier. En tirant à peine dessus, il vient tout seul, coupé
en plein milieu par les frottements contre le bloc moteur. Ne dirait-on pas que le vrai coupable serait plutôt
lui et qu’il vient enfin d’avouer ? Heureusement, j’ai quelques très gros dominos car le fils est de belle section.
J’enlève la section mâchouillée et refais tout propre en passant le fils cette fois-ci devant le bloc moteur, bien
en vue et loin de tout frottement. A la clé, le contact est là. Très bien. Je ne démarre pas car tout est ouvert en
bas et rien n’est fixé. Ce n’est pas le moment de faire une bêtise avec les vibrations du moteur. Le quatrième
round a l’air d’avoir été décisif. Je range le chantier pendant que le pilote se met en alarme une fois de plus.
On avance à moins de un nœud et la barre est inopérante. Si le moteur redémarre, cela va être trois fois bien.
Dans l’immédiat, s’il n’y a ni vent ni soleil, c’est-à-dire ni hydro générateur ni panneau solaire pour fournir les
ampères nécessaires, le moteur peut être de bon secours. Ensuite, évidement, pour faire les manœuvres et
passer le canal, il est archi indispensable. Mais aussi, ne pas avoir à faire intervenir un Panaméen est rassurant
car c’est là que j’ai entendu les pires histoires d’arnaques. A faire vraiment peur.

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Février-Avril 2018
Encore un bipbip. Cette fois c’est le réveil, il est midi. Le point n’est pas si mauvais quand même : Quatre-
vingt-onze milles en vingt-quatre heures. Je ne comprends pas tout. Les deux compas - le magnétique et
l’électronique du pilote - indiquent plus ou moins plein Nord et le GPS indique zéro nœud huit au cent vingt.
Et le calme peut durer …
Mardi 13.
Nuit sans vent, mais sans éclairs non-plus mis à part deux-trois en fin de nuit, à se faire durement braser.
Depuis trois jours, il y a une petite houle de Sud-Sud-Ouest, toute petite, mais courte. Associée aux vagues de
Nord, petites mais courtes aussi. C’est le shaker à bord. L’objectif était juste de terminer la mise au net dans le
moteur. Hier, il faisait tellement sombre en milieu d’après-midi que je voyais mal et comme il n’y avait pas
d’urgence. Le coup d’œil du matin : c’est le champ de bataille sur le mat. Cette nuit, je trouvais qu’il y avait
beaucoup de bruit à l’étage du dessus : Deux coulisseaux de latte de grand-voile cassés et le vit mulet
quasiment défait.

Début de matinée bricolage donc, heureusement il me reste juste deux coulisseaux en bon état,
probablement ceux qui ont été refaits à Taravao. J’en profite pour affaler entièrement la grand-voile pour
vérifier la drisse. Tout va bien de ce côté-là. Le moteur démarre joyeusement, parfait. Un grain passe, il
apporte du vent de Sud, pas longtemps. Puis le bateau est secoué encore plus. Le matériel souffre
terriblement, bien plus que par bon vent. Au point de midi, quarante-cinq milles de faits. L’après-midi n’a été
qu’une succession de grains orageux avec souvent de gros coups de tonnerre qui roulent sur l’horizon avec de
très grosses pluies. Le vent, bien sûr, est très changeant et en fin d’après-midi la mer est dans tous les sens,
chaotique, et le bateau est tellement secoué qu’il n’avance pas.

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Mercredi 14
Quelle journée. Jusqu’à trois heures du matin, le bateau est resté barre amarrée et grand-voile dans l’axe.
Suivi de deux heures à trois nœuds à trente degré plus Nord que la route, puis …
retour à la case barbotage. Ce matin, petite cérémonie a l’occasion de la sortie de
cambuse de la dernière orange. La voilà en photo. Même si cela n’intéresse pas
forcement tout le monde, c’est important pour moi de vous la montrer. C’est ça
aussi la vie à bord. Avant-hier soir, c’était le tour de la dernière tomate. Il reste en
frais un poivron et, curieusement, quatre kiwis. Sur les dix au départ, six ont muris comme murissent
généralement tout bon kiwi qui vit sa vie de kiwi. Mais ces quatre-là, Non. Ils ont peut-être été piqués au
formol. Dans cet inventaire, il ne faut pas oublier les
oignons qui, comme d’habitude, restent fidèles à eux
même. Il y a un grain très noir sur l’avant, au vent. Et
sous le grain, un point très blanc. C’est un bateau de
pêche, il vient sur nous. Il s’approche et j’enfile un short
histoire qu’être plus présentable car je n’ai pas une
tenue très citadine. Un petit signe, il ne répond pas, il
passe derrière et retourne vaquer à ses occupations. Il
est juste venu voir si tout était normal. Le pilote se met
encore en alarme, je prends la barre pour « relancer » le
bateau sous un soleil de plomb. Au point de midi, cinquante et un milles de gagnés sur la route. Ce ne serait
pas si mal si on n’était pas si Nord. Peut-être encore un courant, il faut, en tout cas, arrêter de monter. Puis un
gros grain passe derrière avec des cordes d’eau. Un autre passe devant. Kanaouenn étale sous grand-voile et
inter. Un deuxième passe encore devant. Cette fois-ci le vent monte plus. Je fais déverser au maximum la
grand-voile mais ce n’est pas suffisant : à affaler l’inter. J’attends dix minutes pour voir comment tournent les
évènements puis envoie le foc suivi rapidement d’un ris car la mer se creuse et Kanaouenn commence à
forcer dans les vagues. On marche bien si ce n’est qu’on est cap au quarante. Pour un bateau qui ne devrait
plus faire du Nord ! C’est plus qu’un grain mais le ciel fini par s’éclaircir devant. A larguer le ris puis … remettre
l’inter. Il ne manque plus que dix degrés au cap. Ces manœuvres sous la pluie m’ont rincées à l’eau douce et
c’est un vrai bonheur d’être dessalé.
Jeudi 15, matin.
J’espérais une nuit plus calme. Au moment de me coucher,
Kanaouenn avançait à trois nœuds cinq, parfois un peu plus. Au
cap. Un fou de bassan s’installe sur une barre de flèche, c’est la
première fois qu’un arrive à se poser là. Son copain veut faire de
même mais le premier arrivé défend « sa » place à coups de bec. Il
n’arrête pas de me regarder avec méfiance. Serait-il de la bande de
ceux de l’autre jour et me connaitrait-il? Deux heures plus tard,
Kanaouenn n’avance plus qu’à deux nœuds et une heure plus tard,
plus rien. La fête est finie. Quand le pilote se met en alarme, ce qui
arrive très régulièrement, maintenant, je l’arrête, remets le vérin
dans l’axe et redémarre le pilote. Cela ne change pas grand-chose car on dérive plus qu’on avance. Dans la
nuit, les étoiles se reflètent dans l’eau. C’est très joli et même féérique mais, avec les voiles qui claquent dans
le roulis, je goute moyennement la poésie.

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Ce matin, le pilote se met en alarme trois fois coup sur coup : progressivement on a fait demi-tour… Et
pendant ce temps le cap GPS est resté le même : environ zéro nœud sept au cent dix. Certainement un
courant heureusement favorable. Je prends la barre pour remettre le bateau au cap, ce qu’il fait assez
rapidement. Résultat : un nœud six dans le cent dix. Ce qui prouve que le bateau avance. Vers huit heures, un
léger air arrive, à peine de quoi rider l’eau. Pile d’Est, on part donc au cap compas plein sud. Ce qui fait dans
les cent cinquante au GPS et nous rapproche de la route du cargo qui lui
aussi va au canal de Panama. A quatorze nœuds en route directe, va-t-il
arriver avant nous ? Peu de temps après, l’Inter masque et on vire. Le vent
a tourné brutalement et on se retrouve au cap sur l’autre bord à deux-trois
nœuds sur la mer parfaitement lisse si ce n’est une longue et faible houle
de Sud-Ouest. Il y a juste ce qu’il faut pour appuyer les voiles et on avance
dans un silence total. Il fait vraiment très chaud. Les jours précédents ce
n’était rien. Hors de question de sortir et d’être au soleil. Le bateau est
aéré au maximum et je me mouille régulièrement avec l’eau de pluie pour me « Rafraichir ». Sans bouger c’est
le bain de sueur permanent. Des nouvelles des clandestins ? Finalement celui qui n’arrivait pas se poser sur la
barre de flèche a passé la nuit sur le balcon avant, au matin le «Barre de Flêcheux » est parti et la nuit
dernière ils étaient tous les deux sur le balcon avant.
Vendredi 16.
Jusqu’à minuit le bateau a continué à avancer en silence comme sur un lac, puis de très nets signes de
ralentissement se sont fait entendre… A deux heures c’est le calme blanc. Le soleil à peine levé la chaleur
monte immédiatement. Aujourd’hui je rentre tout de suite le seau d’eau de pluie récoltée pendant les grains
avant qu’elle ne chauffe. Sur la fin de nuit, on a dérivé que de quatre milles au sud. Il y a un peu d’air qui
semble venir. Le pilote étant en « Stand-By », on peut manœuvrer le vérin. Je « barre » ainsi de l’intérieur et
arrive à faire avancer le bateau un tout petit peu. Ce n’est pas grand-chose mais cela occupe et tout ce qui est
pris est pris. Un pétrolier passe à environ cinq milles, il doit aller à Panama. Détail fâcheux, il n’a pas d’AIS. Il y
a deux jours, c’était le pêcheur : il va falloir reprendre la veille plus précisément. Depuis belle lurette le réveil
sonne toutes les heures et le tour d’inspection est parfois très rapide. Comme hier matin, le vent tourne,
virement, mais cette fois-ci le cap n’est pas tenu, il manque trente degrés mais, même à moins de deux
nœuds, je ne vais pas me plaindre d’avancer !

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Samedi 17.
Au point de midi, record de lenteur battu sur les dernières vingt-quatre heures. Hier après-midi n’a été qu’une
succession de virements de bord. A chaque fois que l’inter masquait, je virais. Tout cela pour perdre un mille
dans la matinée. En fin d’après-midi le peu d’air nous fait quand même avancer et en début de nuit le mille
perdu est regagné. Au grand largue, les voiles ne sont pas appuyées et tout claque là-haut. En fin de nuit, au
Nord, un orage monte. Mais il finit par passer derrière. Toute la matinée, on est entouré de grains dont un,
orageux, nous passe dessus : des cordes d’eau sans vent avec éclairs et tonnerre. Pendant ce grain, on avance
en marche arrière, belle figure de style ! Et là, on est reparti cahin-caha au milieu des grincements à plus de
un nœud. On a fait quand même vingt-huit milles1, comment ? C’est un peu le mystère. Ce matin, on est passé
en dessous des deux cents milles du prochain Waypoint qui se trouve, en gros, près de la Pointe Mala.
Normalement, dans ces parages on devrait être sortis de cette zone pourrie et on devrait retrouver le régime
des alizés (que le ciel m’entende...). Vers les quatre-vingt-un degrés cinquante Ouest, il y a une chaîne de
montagne sous-marines orientée Sud-Nord, peut-être une frontière ? Combien de temps pour y arriver ?
Comme l’autre jour, sans vent et sans soleil, le bord est en restriction électrique. On a croisé deux pêcheurs ce
matin. La manille de point d’amure de grand-voile est cassée. Je n’en n’ai pas à bord de cette taille, elles sont
toutes trop grosses. Sauf une qui ne sert pas à grand-chose sur le pont, mais qui est par contre bien fine. Va-t-
elle tenir ? Sinon j’amurerais l’anneau de la grand-voile à un croc de ris. Je trouve que le bateau n’avance pas.
C’est vrai qu’il y a peu de vent mais j’espère que les anatifes ne sont pas en train de s’installer. On est dans la
région. A moins qu’à force de comparer « une faible brise » à « un peu d’air » et à juger à la hauteur des frises
de l’eau je me mette à surestimer le vent.
Dimanche 18.
La nuit a été assez paisible et pour une fois sans avoir trop chaud, avec des éclairs incessants au Sud. En fin de
nuit, on avance un peu mieux et on dépasse parfois les trois nœuds. Je mets l’hydro générateur. Au matin,
gros grain devant. L’inter masque et on vire, cap au Nord, plein pot, surtoilé. Puis, plus rien du tout. Il y a des
grains partout autour. Je ne peux pas dire « devant » ou « derrière » car il n’y a plus de repère. Le bateau, non
manœuvrant, tourne sur lui-même et avance parfois à reculons, cela se voit en comparant le cap compas et le
cap GPS. J’ai l’impression de revivre la matinée d’hier. Combien de temps encore dans ce coin pourri. J’aurais
été curieux de savoir comment la Miss Frida aurait qualifié l’endroit. Avec son vocabulaire riche et chaleureux
le résultat aurait pu être sympathique ! Un cargo passe au loin puis le vent revient, change, etc. … Toute la
matinée à veiller pour régler les voiles. Cinquante-deux milles faits en vingt-quatre heures, c’est une bonne
journée. L’après-midi, après un passage, au Nord, d’un grain particulièrement noir avec tonnerre, le ciel
devient gris mais lisse et le vent est régulier. On avance à « Bonne vitesse », c’est-à-dire parfois à deux nœuds.
En fin de journée, après une belle séance de barbotage avec courant portant au Sud, le vent, agréablement
frais, monte à force deux. Au soir, le mince filet du tout premier quartier de lune accompagne l’arrivée de la
nuit.

1
Points de midi à midi, heure locale du bord, c’est-à-dire heure Mexicaine de Mazatlan, TU-7.

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Lundi 19.
La nuit s’annonçait belle et agréable. J’espérais passer les cent milles du Waypoint, plein d’espoirs. A la nuit
tombée, le vent fait de même et les voiles claques durement. Mes beaux espoirs sont anéantis, fracassés. A
partir de minuit, les éclairs presque continus réapparaissent au Sud. En fin de nuit le vent se lève et devient
bon mais au lever du jour, le grain qui est juste devant est énorme, d’encre, avec éclairs et gros tonnerre.

Petit jour, avant le grain du matin.


Je lofe tout de suite de vingt degrés pour la passer au Nord, puis encore deux fois. Le vent, d’un coup, vire de
cent quatre-vingt degrés et la cavalcade commence, cap au Nord, à fond,
avec la grand-voile entièrement déventée sous un déluge record. Cette
fois-ci, cela dure presque une heure, avec des coups de tonnerre pas loin.
Puis, vous commencez à connaitre la chanson : Plus rien. Le tonnerre
roule sur l’arrière encore longtemps. Curieusement, cette fois-ci, la mer
est restée lisse. En tout cas, par ici, c’est super : Quand on avance, on
n’est pas au cap ; et quand on est au cap, on n’avance pas, belle région !
Sur l’AIS, il y a une ligne de cargos qui longent la côte. Celui qui nous
double en ce moment est un beau monstre. Le rail de Panama approche. Trace classique d'un passage de grain
par le Nord. La montée est faite à fond,
Vingt-huit milles de gagnés. Il fut un temps, dans une vie antérieure, une sur toilé, et le segment cap au sud est
journée en dessous de cent milles était rare. Maintenant, c’est-à-dire une lente dérive dans la calmasse.
depuis des mois, une journée à plus de cent milles est exceptionnelle et il
faut se réjouir de cinquante milles. Tout est relatif.
Les séances à répétitions continuent : début de matinée à barboter. Le bateau n’est pas manœuvrant. Un
cargo passe, je prends la barre pour essayer de le remettre au cap. Impossible de le faire lofer (le bateau, pas
le cargo !). J’affale l’inter qui pendait lamentablement sur la plage avant, pour voir. Le bateau redevient
manœuvrant et même redémarre sous grand-voile seule. Des risées reviennent comme par facétie, du coup,
j’envoie le foc. C’est reparti aux environs de deux nœuds, cap tenu. On va bientôt couper la route des cargos
qui longent l’Amérique du Sud sans rentrer dans le golfe de Panama. Ce serait bien d’avancer un minimum.
Mardi 20.

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Quatre semaines aujourd’hui. La nuit a été sympa, c’est-à-dire pas voiles quoi claquent, pas de pilote en butée
ni en alarme. Du petit temps bien évidement. Les cargos défilent près de la côte. Au petit jour, un énorme
grain est juste devant. Cela devient un rituel. Cette fois-ci, il est impossible de l’éviter, même partiellement. Il
est juste pile devant. Il y a bien eu un peu de vent à l’abord mais pas longtemps, par contre les cordes d’eau
étaient bien là ! La plaisanterie a durée plus de deux heures car il y en avait deux autres à suivre. Sous le
troisième grain, le tonnerre était proche. Puis, puisque le scénario bien rôdé est en mode comique de
répétition : Plus rien du tout et le bateau n’est plus manœuvrant. Plusieurs fois je prends la barre pour le
remettre sur le bon cap mais rien n’y fait. Combien de tour sur lui-même a-t-il fait ? Et tous ces efforts pour
rien. A onze heures, il finit par venir un peu de vent. En remettant l’inter on gagne un demi-nœud mais on se