Vous êtes sur la page 1sur 246

D EN IS E P O T H IE R 2e édition

actualisée et enrichie
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Presses de l’Université du Québec


Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2
Téléphone: 418 657-4399 - Télécopieur: 418 657-2096
Courriel : puq@puq.ca - Internet : www.puq.ca

Diffusion/Distribution :
Canada et autres pays : Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand, Boisbriand (Québec) J7H 1N7 - Tél. : 450 434-0306/1 800 363-2864
France: Sodis, 128, av. du Maréchal de Lattre de Tassigny, 77403 Lagny, France - Tél. : 01 60 07 82 99
Afrique: Action pédagogique pour l’éducation et la formation, Angle des rues Jilali Taj Eddine et El Ghadfa, Maârif 20100, Casablanca, Maroc
Tél.: 212(0) 22-23-12-22
Belgique: Patrimoine SPRL, 168, rue du Noyer, 1030 Bruxelles, Belgique-Tél. : 02 7366847
Suisse : Servidis SA, Chemin des Chalets, 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse - Tél. : 022 960.95.32

La Loi sur le droit d ’auteur interdit la reproduction des oeuvres sans autorisation des titulaires de droits. Or, la photocopie non autorisée - le
« photocopillage» - s’est généralisée, provoquant une baisse des ventes de livres et compromettant la rédaction et la production de nouveaux
ouvrages par des professionnels. L’objet du logo apparaissant ci-contre est d’alerter le lecteur sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit
le développement massif du «photocopillage».
DENISE POTHIER

Guide pratique

PODOLOGIE
Annoté pour la personne diabétique

2eédition
actualisée et enrichie

Presses de l'Université du Québec


Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Pothier, Denise
Guide pratique de podologie: annoté pour la personne diabétique
2e éd.
Comprend des réf. bibliogr. et un index.
ISBN 978-2-7605-2655-6
1. Podologie. 2. Pied - Maladies. 3. Pied-Soins et hygiène. 4. Pied - Maladies-Traitement.
5. Diabète - Complications et séquelles. I. Titre.
RD563.P66 2011 617.5’85 C2011-940058-8
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Les Presses de l’Université du Québec reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise
du Fonds du livre du Canada et du Conseil des Arts du Canada pour leurs activités d’édition.

Elles remercient également la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour son soutien financier.

Couverture Conception : R ichard Hodgson


Photographie: D enise Pothier
Intérieur Conception de la grille intérieure: Norman D upuis
Photographies: D enise Pothier
Retouche des photographies: Langis C lavet
Illustrations monochromes: Nadjejda Gilbert
Illustrations couleurs: Netter I mages
Mise en pages: I nterscript

2011-2.1 - Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés- ©2011, Presses de l’Université du Québec
Dépôt légal - 3 etrimestre 2011 - Bibliothèque et Archives nationales du Québec/Bibliothèque et Archives Canada
Imprimé au Canada
À Lauralie, ma petite-fille adorée,
et à ma mère dont la force de vie
ma plus d ’une fois inspirée.

Le pied assure la première libération de l’enfant


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

et la dernière liberté du vieillard.


fean-Paul Desbiens
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
R e m e r c ie m e n t s

Je suis profondément reconnaissante à mes patients et à mes étudiants qui ont


toujours été pour moi une source inépuisable d’inspiration et de motivation et qui
par-dessus tout se sont révélés mes meilleurs maîtres.
Je tiens à remercier tout particulièrement madame Danielle Gilbert, stomo-
thérapeute et clinicienne en soins de plaies, qui a révisé les textes sur le traitement
des plaies présentés dans le dernier chapitre de l’ouvrage. Un merci spécial à
madame Louise Tremblay, infirmière et M.Ed., directrice du service d’e nseigne­
ment Diabétaide de Diabète Québec, pour ses commentaires judicieux qui ont
enrichi la version finale de mon manuscrit.
Merci à Norman Dupuis, concepteur graphique, qui a investi son talent à
mettre en valeur le contenu de cet ouvrage et qui, surtout, a su me soutenir et
m’encourager lorsque la tâche m’apparaissait insurmontable.
Enfin, merci à l’équipe des Presses de l’Université du Québec, qui m’a accom­
pagnée tout au long de la réalisation de ce projet colossal.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
A va n t -p r o po s

En 1993, je publiais un premier ouvrage en podologie intitulé Le soin du pied.


Approche pratique et globale dans lequel je rassemblais les connaissances de base
nécessaires à une meilleure compréhension des problèmes rencontrés en podolo­
gie. Ce livre résultait d’une recherche journalistique menée auprès de spécialistes
de la santé de 11 disciplines différentes. Depuis, je n’ai eu cle cesse d ’accroître
ma propre expertise dans le domaine, ce qui m’amène à présenter aujourd’hui
un contenu renouvelé et surtout enrichi par une expérience clinique et pédago­
gique significative. Guidée par 1objectif d’a pporter ma contribution à parfaire les
connaissances et les compétences en podologie des équipes multidisciplinaires
qui participent aux programmes de prévention et d ’intervention précoce au regard
des complications du pied diabétique, j ’espère que le présent ouvrage dans sa
version renouvelée aidera à rehausser la qualité des soins et des services offerts à
la population en général.
Les besoins en matière cle soins podologiques croissent en raison du vieillis­
sement de la population et du nombre croissant de personnes diabétiques qui
risquent davantage de souffrir de complications au niveau des pieds. La plupart
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

des soignants voudraient accorder plus d’attention aux pieds de leurs patients en
dehors des situations d’urgence où la douleur est inquiétante, vive et invalidante.
Lorce est de constater, cependant, que tant le public en général que les soignants
du milieu de la santé sont peu renseignés sur les mesures destinées à prévenir les
maux de pieds. Cet ouvrage, d’une part, est conçu pour appuyer la formation des
étudiants dans le domaine de la santé et, d’autre part, constitue une référence
pour les cliniciens qui, chaque jour, rencontrent des personnes qui présentent
des problèmes aux pieds ou qui sont susceptibles d ’en être victimes, comme les
personnes diabétiques.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
Ta b le des m a t iè r e s

Remerciements.............................................................................................................. IX
Avant-propos.................................................................................................................. XI
Présentation..................................................................................................................... 1

Partie I

La douleur....................................................................................................................... 3
Mécanismes à l’origine de la d o u le u r...................................................................... 3
Caractéristiques de la douleur................................................................................... 4
Principales causes des douleurs aux pieds................................................................ 7
Profil du client .............................................................................................................. 8
Les problèmes de santé actuels ou potentiels......................................................... 8
La structure et la fonction du pied................................................................................ 11
Rappel anatomo-physiologique................................................................................. 11
Paramètres du pied norm al....................................................................................... 29
Hygiène de la peau au quotidien................................................................................... 34
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Rappel anatomo-physiologique................................................................................. 34
Produits et accessoires en vente lib r e ...................................................................... 39
Hygiène des ongles au quotidien................................................................................... 42
Rappel anatomo-physiologique................................................................................. 42
Produits en vente libre............................................................................................... 45
Chaussure....................................................................................................................... 46
Les caractéristiques d’une bonne chaussure........................................................... 46
Les talons h a u ts ........................................................................................................ 49
Les pantoufles............................................................................................................ 49
La marche pieds n u s ................................................................................................. 50
Les bas ou chaussettes............................................................................................. 50
Les orthèses plantaires............................................................................................. 51
Produits en vente libre............................................................................................... 52
XIV Guide pratique de podologie

Partie I I
LES AFFECTIONS COURANTES DU P I E D ....................................................... 55
Affections cutanées courantes....................................................................................... 57
Xérose......................................................................................................................... 59
Hyperkératose de protection (callosités, cors, durillons, crevasses)....................... 65
Hyperhidrose et bromhidrose................................................................................... 77
Phlyctène (ampoule)..................................................................................................... 81
Mycose cutanée (pied d’athlète/tinea pedis)........................................................... 85
Verrue plantaire.......................................................................................................... 92
Affections unguéales courantes..................................................................................... 99
Ongle incarné............................................................................................................... 101
Onychomycose............................................................................................................. 105
Onychogryphose........................................................................................................... 110
Hématome sous-unguéal.............................................................................................. 113
Onychoptose (chute de l’ongle).................................................................................... 116
Déformations courantes et affections diverses.............................................. 119
H alluxvalgus............................................................................................................... 121
Chevauchement des orteils et quintus varus.............................................................. 125
Orteil en g riffe .......................................................................................................... 128
Pied arthritique............................................................................................................. 132
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Fasciite plantaire........................................................................................................... 137


Névrome de M orton.................................................................................................... 141
Exostose rétro-calcanéenne (déformation de Haglund).......................................... 144
Entorse de la cheville.................................................................................................. 147

Partie I I I
LE PIED DIABÉTIQUE................................................................................................ 151
Épidémiologie................................................................................................................... 151
D éfinition.......................................................................................................................... 152
Physiopathologie............................................................................................................... 152
Composante neuropathique........................................................................................ 152
Neuropathie vasomotrice..................................................................................... 154
Dysrégulation de la sud atio n ............................................................................... 154
Neuropathie sensorimotrice................................................................................. 154
L’ulcère neuropathique ou mal perforant plantaire............................................... 156
Le pied de Charcot ................................................................................................ 157
Table des matières XV

Tests neurosensitifs.................................................................................................... 158


Composante ischémique........................................................................................... 159
Le pied ischémique............................................................................................... 159
Examens vasculaires non effractifs...................................................................... 161
Examens vasculaires complémentaires................................................................ 162
La cellulite............................................................................................................ 163
L’ostéomyélite........................................................................................................ 164
Bilan de santé du pied diabétique............................................................................ 164
Facteurs contributifs, précipitants ou aggravants
de l’ulcération et de l’am putation........................................................................ 166
Système de catégorisation des risques.................................................................. 168
Traitement des plaies................................................................................................. 172
Principes directeurs pour le traitement des p la ie s............................................ 172
Méthodes de débridement des plaies.................................................................. 173
Systèmes de classification des plaies.................................................................... 174
Principales phases de la cicatrisation.................................................................. 176
Les technologies nouvelles pour le traitement
des ulcères du pied diabétique............................................................................ 180
Annexes........................................................................................................................... 191
Annexe A - Questionnaire DN4.............................................................................. 192
Annexe B - Les auxiliaires de m arch e.................................................................... 193
Annexe C - Exercices pour prévenir la fasciite plantaire........................................ 196
Annexe D - Exercices pour renforcer les chevilles.................................................
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

198
Annexe E - Technique d’utilisation du monofilament 5.07 (10 g )......................... 200
Annexe F - Indice de pression systolique cheville-bras.......................................... 202
Annexe G - Evaluation clinique de la chaussure..................................................... 206
Annexe H - Bilan de santé du pied.......................................................................... 207
Bibliographie.................................................................................................................. 209
Glossaire......................................................................................................................... 213
Index............................................................................................................................... 219
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
P r é s e n t a t io n

Dans la p r e m i è r e p a r t i e de l’ouvrage, le lecteur trouvera les principales causes


des douleurs aux pieds ainsi que les caractéristiques de ces douleurs afin de pou­
voir cerner rapidement le problème qui amène la personne à consulter. La théorie
nécessaire à une meilleure compréhension du pied et de ses fonctions y est abon­
damment illustrée. Les notions sur l’anatomophysiologie de la peau et des ongles
fournissent les fondements théoriques et les principes directeurs de plusieurs des
mesures d’hygiène préconisées pour le soin des pieds. Par ailleurs, les critères de
sélection pour choisir les produits et les accessoires en vente libre constitueront une
aide précieuse pour le soignant qui souhaite fournir un encadrement individualisé
à sa clientèle selon une approche préventive.
La d e u x i è m e p a r t i e du livre est consacrée aux affections les plus courantes
du pied, qui y sont traitées selon un plan classique et bien structuré. Une multi­
tude de photographies cliniques illustrent les aspects les plus divers de chaque
pathologie. Les méthodes thérapeutiques les plus récentes sont énumérées et les
traitements sans ordonnance sont décrits et commentés dans le détail. Le lecteur
y trouvera également des indications pour savoir quand adresser la personne à un
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

médecin. Enfin des conseils au client pour la prévention et le soulagement des


symptômes ainsi qu’une note à la personne diabétique mettant en relief certaines
précautions à prendre pour éviter les complications auxquelles sa condition l’expose
sont détaillées.
La t r o i s i è m e p a r t i e traite de la problématique du pied diabétique. Des données
y sont réunies qui tiennent compte des plus récentes percées dans le domaine. On
y trouve notamment des directives claires pour établir le risque de complications
du pied auquel la personne diabétique est exposé, de même que des indications à
suivre pour une intervention personnalisée et précoce réalisée selon une approche
multidisciplinaire. Enfin, les principes directeurs pour le traitement des plaies et
les descriptions des différentes catégories de pansements, avec leurs propriétés,
caractéristiques, mécanismes d’action, modes d’utilisation, indications et contre-
indications, sont présentés pour favoriser une intervention rapide et judicieuse de
la part des professionnels de la santé soucieux de favoriser et d’accélérer la guérison
des ulcères du pied diabétique.
2 Guide pratique de podologie

C ham p d ’ e x e r c ic e et a c t iv it é s r é ser v ée s 1

La refonte du Code des professions dans le À la lumière de ce qui précède, les appellations
dom aine de la santé accorde plus de latitude «professionnel de la santé formé en podologie»
aux infirm ières dans l’exercice de leurs fonc­ et «soignant» sont le plus souvent utilisées dans
tions, notamment au chapitre des soins podo- cet ouvrage et englobent les infirmières et les
logiques. Cette activité réservée est partagée infirm ières auxiliaires. Par ailleurs, lorsque la
entre le m édecin, le physiothérapeute, l’ergo­ complexité des situations et l’état de santé du
thérapeute, l’infirmière et les infirmières auxi­ client l’exigent, et afin de respecter les paramètres
liaires. Cependant, elle n’a pas la même portée fixés par chaque ordre professionnel, l’appellation
pour chacun d’eux, puisqu’elle doit s’inscrire dans privilégiée est « infirmière formée en podologie».
les paramètres fixés par leur cham p d’exercice Pour dissiper la confusion qui prévaut au sein
respectif. Par exemple, dans le dom aine de la du public et des professionnels de la santé qui, l’un
podologie, l’infirmière peut décider des traite­ comme l’autre, ont encore de la difficulté à diffé­
ments requis et les administrer selon le plan de rencier les niveaux de soins et services offerts par la
traitement qu’elle a déterminé à la suite de son multitude de fournisseurs dans ce secteur d’activité,
évaluation. Une infirmière auxiliaire, elle, peut ajoutons que tous les autres intervenants non pro­
administrer de tels traitements à condition qu’il fessionnels tels que les pédicures, les podologues,
y ait une ordonnance ou un plan de traitement les esthéticiennes et les hygiénistes du pied sont
déterminé par une infirmière. tenus d’offrir des «soins de pieds» dans une pers­
Il va sans dire que les professionnels de la pective esthétique et non thérapeutique, et que
santé qui exercent en podologie sont tenus par toutes les anomalies unguéales et cutanées notées
leurs ordres respectifs d’avoir suivi une formation lors d’un soin de pieds devraient faire l’objet d’une
reconnue dans le domaine afin d’assurer des soins référence à une infirmière formée en podologie.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

selon les règles en vigueur et dans le respect des


1. Seuls les membres d’un ordre professionnel peuvent exercer une activité
paramètres fixés par leur champ d’exercice propre. réservée.

L’autonomie accordée à l’infirmière est non seu­ Références


- Code des professions, L.R.Q., c. C-26.
lement tributaire de ses connaissances et de ses - Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans
habiletés dans le domaine des soins podologiques, le domaine de la santé, L.Q. 2002, c. 33.
- Loi modifiant le Code des professions et d'autres dispositions législatives dans
mais également de la complexité des situations, le domaine de la santé mentale et des relations humaines, L.Q. 2009, c. 28.
- Loi sur les infirmières et les infirmiers [LII], L.R.Q., c. I-8.
de l’état de santé du client, de l’utilisation de - Office des professions du Québec (2003). Loi 90 (2002, chapitre 33), Loi modi­
produits médicamenteux selon une ordonnance fiant le Code des professions et d’autres dispositions législatives dans le domaine
de la santé (sanctionnée le 14juin 2002): cahier explicatif, Québec, OPQ.
ainsi que des règles de soins infirmiers en vigueur. - Office des professions du Québec (2005). Modernisation de la pratique pro­
fessionnelle en santé mentale et en relations humaines: rapport du Comité
C’est pourquoi l’infirmière doit, dans certains cas, d’experts, Rapport Trudeau, Québec, OPQ.
consulter d’autres professionnels de la santé ainsi
que travailler en étroite collaboration avec le
médecin traitant et l’équipe multidisciplinaire.

N ote au lecteur
Pour en savoir plus sur les services offerts par l’auteure, consulter le site
w w w .d e n is e p o t h ie r .c o m
Partie I

FONDEMENTS
LA DOULEUR
La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréa­
ble liée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle ou décrite en des
termes évoquant une telle lésion (International Association for the
Study of Pain (TASP)). Parmi les raisons qui incitent une personne à
consulter un professionnel de la santé en podologie, la douleur arrive
bonne première. Pour assurer une évaluation optimale de la douleur
et permettre d évaluer l’efficacité des interventions, le soignant est
encouragé à utiliser les outils appropriés pour mesurer l’intensité de
la douleur et faciliter la communication des résultats.
Ci-après sont décrits les mécanismes physiopathologiques à l’ori­
gine de la douleur, les types de douleurs et les différentes caracté­
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

ristiques des douleurs susceptibles d’être évoquées par la personne.


Pour faciliter le repérage des sites douloureux aux pieds, un schéma
anatomique est présenté et les échelles d ’intensité de la douleur
les plus utilisées sont décrites. Enfin, les facteurs d’incidence des
maux de pieds qui doivent être considérés en priorité lors du premier
contact avec la personne sont énumérés.

Mécanismes à l'origine de la douleur


La douleur nociceptive naît de la stimulation d ’un récepteur qui
transmet au cerveau un message interprété comme étant une dou­
leur. Les douleurs nociceptives sont déclenchées par la mobilisation
ou par un mécanisme inflammatoire entraînant la production de
nombreuses substances chimiques, dont les prostaglandines, qui à
leur tour viennent sensibiliser les milliers de nocicepteurs présents
dans la région. Les douleurs sont bien localisées et elles se pré­
sentent la plupart du temps sous forme d’élancements. Limitée dans
4 Guide pratique de podologie

le temps, la douleur nociceptive est le plus souvent aiguë. Un grand


nombre de maladies, des traumatismes mécaniques, des lésions
causées par une brûlure chimique ou thermique sont des causes
pouvant provoquer une douleur nociceptive.
La douleur neurogène, égalem ent appelée neuropathique, est
causée par des lésions/agressions des voies nerveuses périphériques
(nerfs) ou centrales (moelle épinière, système nerveux central). La
plupart du temps chronique, la douleur neuropathique affecte la
qualité de vie des personnes atteintes. Parmi les causes les plus
connues, on trouve les douleurs après amputation et la polyneuro-
pathie diabétique, la fibromyalgie, les myélopathies et les douleurs
radiculaires. La douleur neuropathique peut prendre la forme de
brûlements, d une sensation de froid douloureux, de décharges élec­
triques, de fourmillements, de picotements, d’engourdissements, de
démangeaisons, dallodynies, d’hypo- ou d’hyperesthésie au toucher
et de paresthésies inconfortables. Les douleurs neuropathiques des
sujets âgés sont peu diagnostiquées ; or la prévalence des affections
neurologiques augmente avec l’âge. Le questionnaire DN4 présenté
à l’annexe A est une aide au diagnostic des douleurs neuropathiques ;
il a été validé par des spécialistes travaillant dans des centres de
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

traitement de la douleur (Bouhassira, Attal, AlChaar et al., 2005).


La douleur psychogène existe en l’absence de lésion. C ’est une
douleur réellement ressentie par l’individu et dont les mécanismes
physiologiques ne sont pas clairement définis. Dans ce type de dou­
leur, l’utilisation d’antalgiques semble inefficace. Ces manifestations
douloureuses sont liées à la somatisation des problèmes psycholo­
giques, psychiques ou sociaux de l’individu, et c’est en traitant ces
problèmes que l’on peut atténuer ces douleurs.

Caractéristiques de la douleur
Lors du premier contact avec la personne, le soignant doit considérer
les principales caractéristiques de la douleur suivantes :
TYPES DE DOULEUR - La douleur est-elle aiguë ou chronique r La
douleur aiguë est une douleur vive, immédiate et généralement
brève, ressentie depuis moins de trois mois. Elle est causée par une
Fondements 5

stimulation nociceptive de l’organisme, par exemple une lésion


tissulaire, pouvant se produire sous la forme d ’un stimulus ther­
mique (contact de la peau avec du feu) ou mécanique (un pincement,
un coup).
Quant à la douleur chronique, elle se caractérise par des douleurs
prolongées dans le temps, des douleurs qui se font sentir depuis plus
de trois mois. Les douleurs chroniques sont insupportables tant par
leur chronicité que par leur intensité.
LA LOCALISATION - Où se situe la douleur? La douleur est-elle ressen­
tie toujours au même endroit? Les deux pieds sont-ils atteints? La
douleur se présente-t-elle de la même façon aux deux pieds? Quelle
partie du pied est touchée?

POINTS ANATOMIQUES POUR ^IDENTIFICATION DES SITES DOULOUREUX


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
6 Guide pratique de podologie

LIN TEN SITÉ DE LA DOULEUR - Pour assurer une évaluation optimale


de la douleur, lautoévaluation du client est la mesure la plus fiable.
Par conséquent, il est important d utiliser une échelle valide d ’in­
tensité de la douleur qui permet d ’évaluer 1efficacité des interven­
tions et de faciliter la communication des résultats aux membres
de l’équipe soignante s’il y a lieu.
On trouvera ci-dessous une brève description des échelles d’inten­
sité de la douleur les plus couramment utilisées en soins infirmiers
chez les personnes en possession de leurs facultés cognitives.
Léchelle numérique. Avec l’échelle numérique, le client choisit une
note de 0 à 10 ou (0 à 100) pour exprimer l’intensité de la dou­
leur, 0 étant l’absence de douleur et 10 (100), la douleur insup­
portable. Comme pour les deux autres échelles, la réponse peut
être verbale ou écrite. Cette échelle est simple et rapide à utiliser
en toutes circonstances, car elle ne demande aucun outil et est
bien adaptée à la personne âgée.
Léchelle visuelle analogique (EVA). L’échelle visuelle analogique se
présente sous la forme d’une ligne droite de 100 mm. À l’une des
extrémités est indiqué «absence de douleur» et à l’autre «douleur
insupportable». Le client place une marque entre ces deux extré­
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

mités en fonction de l’intensité de sa douleur à un temps donné.


En pratique, il s’agit d ’une réglette en plastique munie, sur une
face, d ’un curseur mobilisé par la personne et sur l’autre, de
graduations millimétrées lues par le soignant.
Léchelle verbale simple (EVS). L’échelle verbale simple est parfois
plus accessible à la personne, du fait qu’elle est moins abstraite.
Elle lui propose une série de qualificatifs hiérarchisés allant de
douleur absente à douleur intense, en passant par douleur faible
et douleur modérée.
Ces trois échelles ne mesurent que l’intensité de la douleur. En
pathologie aiguë, elles sont suffisantes. Dans les cas de douleur chro­
nique, il est suggéré de recourir à des échelles plus complexes per­
mettant de tenir compte des autres composantes de la douleur. En
présence d’une personne atteinte de troubles cognitifs ou d’une altéra­
tion du niveau de conscience, il faut procéder par observation afin de
déceler la présence de zones douloureuses en palpant avec les doigts
Fondements 7

toutes les surfaces du pied. Durant ces manœuvres, le soignant sera


attentif à toute réaction non verbale (expression du visage, mimiques)
ou à tout mouvement de retrait susceptible d ’indiquer la présence
d’une douleur. Il existe plusieurs instruments d’hétéroévaluation com­
portementale, dont le plus connu est le Doloplus 21.
L à SÉVÉRITÉ DE LA DOULEUR - Les termes utilisés par la personne
pour décrire sa douleur et le niveau d ’incapacité fonctionnelle qui
y est associé sont des indices importants pour établir le degré de
sévérité de la douleur. Par exemple, si une douleur est qualifiée de
vive, d’aiguë, évoquant un coup de poignard ou un choc électrique et
quelle limite les activités de la vie quotidienne de la personne, on dira
de cette douleur quelle est sévère ; par contre, si la personne éprouve
une sensation de brûlure, de picotement, de lourdeur, on qualifiera
cette douleur de modérée ou de légère, surtout si elle n’entraîne pas
d’incapacité fonctionnelle.
L e MOMENT D’APPARITION DE LA DOULEUR ET LA CHRONOLOGIE - Depuis
quand la douleur est-elle présente? Est-elle apparue graduellement?
soudainement? à la suite d’un traumatisme? en même temps qu’une
maladie systémique? A quel moment survient-elle? le matin? au
repos ? durant la marche ? en tout temps ? La personne a-t-elle déjà
ressenti ce type de douleur ou de malaise ?
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

LES FACTEURS AGGRAVANTS OU ATTÉNUANTS -L e s douleurs ou les malaises


sont-ils aggravés ou atténués par le port de certaines chaussures ?
par la prise de médicaments? par certains traitements ou approches
alternatives? Le sont-ils par la m arche? le repos? des activités
sportives particulières ? le port d’orthèses plantaires ?

Principales causes des douleurs aux pieds


La plupart des affections touchant le pied se développent graduelle­
ment et sont associées à divers facteurs liés entre autres à la sollicitation
importante des pieds et au port de chaussures mal ajustées et non
1. Cette échelle se présente sous la forme
d’une fiche d’observation comportant adaptées au type d’activité pratiquée. Ainsi, les personnes qui portent
10 items répartis en trois sous-groupes.
Chaque item est coté de 0 à 3 (cotation des chaussures inappropriées sont plus exposées à des déformations
à quatre niveaux exclusifs et progressifs),
ce qui conduit à un score global compris
et à des affections souvent douloureuses comme l’hallux valgus, l’or­
entre 0 et 30. La douleur est clairement teil en griffe, l’exostose rétro-calcanéenne et le névrome de Morton.
affirmée pour un score supérieur ou égal
â 5 sur 30 [http://www.doloplus.com]. L’hvperkératose de protection (callosité, cor, durillon) et la phlyctène
8 Guide pratique de podologie

de friction (ampoule) se développent habituellement en présence de


problèmes biomécaniques ou d’un conflit pied/chaussure. Les sportifs
pratiquant des activités à arrêts et départs brusques et les randon­
neurs en terrain accidenté sont plus sujets à la fasciite plantaire et
aux entorses de la cheville. En outre, les personnes atteintes d ’a r­
throse, d’arthrite inflammatoire ou de goutte peuvent être affligées de
douleurs aiguës et invalidantes. Les affections cutanées et unguéales,
telles que la verrue plantaire, l’hyperhidrose, la bromhidrose, l’ongle
incarné et lbnychomycose, qui sont source d’inconfort et de douleurs
pour la personne qui en est atteinte, sont toutes liées de près ou de
loin à des habitudes d’hygiène et d’entretien des pieds inadéquates.

PROFIL DU CLIENT
Les problèmes de santé actuels ou potentiels
Afin de déterminer l’intervention appropriée, le soignant doit tenir
compte des problèmes de santé actuels ou potentiels de la personne.
Les facteurs responsables de l’apparition, du développement ou de
laggravation des maux de pieds doivent être activement recherchés.
Ces facteurs sont nombreux, mais certains devraient être considérés
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

en priorité lors du premier contact avec le client.


L’ÂGE - L’âge est directement lié à l’incidence de plusieurs affections
du pied. Ainsi, les enfants, les adolescents et les jeunes adultes sont
plus exposés aux verrues plantaires, aux ongles incarnés, ainsi qu’à
l’hyperhydiose et au pied d ’athlète souvent associés aux mauvaises
odeurs. Les adultes qui travaillent et qui pratiquent plusieurs sports
sont plus vulnérables aux douleurs liées à l’hyperkératose, à la phlyc-
tène de friction, à la fasciite plantaire, à la fracture de stress et au
névrome de Morton. Les 55 ans et plus sont plus affectés par les
déformations du pied, l’affaissement des arches plantaires ainsi
que par la fragilité cutanée et unguéale associée au processus normal
de dégénérescence et aux séquelles de maladies systémiques,
telles que l’a rthrite inflammatoire, l’arthrose, le diabète ou l’insuffi­
sance vasculaire.
Fondements 9

LE S ANTÉCÉDENTS MÉDICAUX - Plusieurs maladies, comme le diabète,


l’arthrite, l’arthrose et l’insuffisance vasculaire périphérique, les
problèmes dermatologiques, comme le psoriasis, l’eczéma, le pied
d’athlète, et enfin toute pathologie affectant le système immunitaire
peuvent altérer directement ou indirectement l’état de santé des
pieds et des ongles de la personne. Aussi faut-il porter une grande
attention à toute information sur des diagnostics déjà posés sur les
antécédents médicaux du client, susceptibles d’affecter la condition
de ses pieds.
L E DO SSIER PHARMACOLOGIQUE - Le dossier pharm acologique
contient généralement suffisamment d ’informations précieuses
pour perm ettre au soignant d ’établir un rapport entre la condi­
tion de santé du client, l’état de ses pieds et les manifestations
possibles d ’effets secondaires liés à la prise de certains m édi­
caments. Par exemple, les bêtabloquants, les antihypertenseurs
antiangineux, certains antidiabétiques oraux peuvent entraîner un
œdème périphérique au niveau des pieds ou de la partie inférieure
des jambes, accompagné d ’engourdissements ou de picotements
associés ou non à une sensation de froideur aux pieds. La prise
d ’un glucoside cardiotonique, comme LanoxinvlD, peut mettre en
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

relief un problème d ’insuffisance cardiaque dont l’une des mani­


festations est un œdème plus ou moins marqué aux jambes. De
plus, la prise d’un anti-coagulant peut être responsable de l’appa­
rition aux membres inferieurs d’ecchymoses et d ’hématomes sous-
unguéaux inexpliquées autrement.
Enfin, différentes catégories de médicaments peuvent entraîner
des altérations unguéales. Les changements surviennent aux ongles
des mains et des pieds et coïncident avec la prise d’un médicament
par voie systémique. Les manifestations les plus fréquemment obser­
vées sont le ralentissement de la croissance unguéale, la perte du
lustre de la plaque unguéale, l’onycholyse, qui peut provoquer une
infection sous-unguéale et conduire à la chute des ongles. Les médi­
caments les plus connus pour entraîner des anomalies unguéales sont
les agents utilisés en chimiothérapie, les psoralènes, qui contiennent
du méthoxsalène, les rétinoïdes, les tétracyclines et ceux de la même
famille, les antimalariens ainsi que la zidovudine (AZT).
10 Guide pratique de podologie

LE S ALLERGIES CONNUES - Avant de recommander des produits en


vente libre ou de prodiguer divers conseils, le soignant devrait tou­
jours s’assurer de l’absence d’allergie connue ou de réaction allergène
antérieure. Ainsi, les pansements adhésifs et les produits contenant
des ingrédients actifs reconnus pour leur potentiel allergique, tels
que la lanoline et la vitamine E, doivent être recommandés avec
précaution.
L e s CHAUSSURES ET LES ORTHÈSES PLANTAIRES - Le type de chaussures,
la hauteur et la largeur du talon ainsi que l’état et le mode d’usure
des chaussures sont de précieuses sources de renseignements
pour connaître les contraintes auxquelles les pieds sont soumis. Par
exemple, si la personne porte des orthèses plantaires, il est important
de savoir si celles-ci sont fonctionnelles et en bon état, et de s’en­
quérir de la date du dernier ajustement qui, normalement, ne doit
pas remonter à plus de 18 à 24 mois.
L a PROFESSION ET LES ACTIVITÉS HABITUELLES - Il importe de tenir
compte du stress et des facteurs d’agression auxquels sont exposés
les pieds au travail ou durant une activité donnée. La personne
qui, dans le cadre de son travail, doit se tenir en position debout
pendant de longues heures ou encore qui marche longtemps (de six à
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

huit heures par jour) sur une surface dure (béton, céramique ou
autre) est susceptible d’éprouver des douleurs aux pieds en raison
du très grand stress imposé à ses membres. Il en va de même pour
les personnes qui pratiquent le jogging et certaines activités spor­
tives à départs et arrêts brusques, ce qui agresse considérablement
les pieds.
LA CAPACITÉ D’AUTOSOINS - Les personnes qui souffrent d ’obésité,
ont une vision déficiente, sont atteintes de limitations articulaires
diminuant leur dextérité manuelle ou présentent des troubles cogni­
tifs ou, encore, celles qui ne savent guère comment prendre soin de
leurs pieds de façon adéquate et sécuritaire ou qui n’ont pas l’intérêt
ni la motivation pour le faire devraient être encouragées à faire
appel à un professionnel de la santé qualifié pour dispenser des
soins podologiques.
Fondements 11

LE S AUXILIAIRES DE MARCHE - L’utilisation d’un auxiliaire de marche


peut avoir des répercussions sur le déroulement normal du pied
et sur la répartition harmonieuse des charges aux points d ’appui
plantaires. Par exemple, chez une personne qui utilise un auxiliaire
de marche, on observeN
habituellement une modification des points
d ’appui plantaires. A l’annexe B sont décrites les directives pour
un usage adéquat et sécuritaire des auxiliaires de marche les plus
couramment utilisés.
Il est impératif que les soignants qui travaillent auprès de per­
sonnes souffrant de maux de pieds ou susceptibles d ’en développer
possèdent les notions de base essentielles à la compréhension du
fonctionnement normal du pied. À cet égard, nous présentons,
dans les pages suivantes, des données précieuses sur l’anatomie des
différentes structures composant le pied et des informations sur
les caractéristiques du pied normal qui favorisent une démarche
harmonieuse et efficace.

LA STRUCTURE ET LA FONCTION DU PIED


Rappel anatomo-physiologique
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Le pied, qui s’articule avec la jambe, comprend 28 os, 29 articu­


lations, 42 muscles et une multitude de ligaments et de tendons.
L’alignement des os conjugué au travail de la masse musculo-
ligamentaire de la jambe et du pied assure une répartition de la
charge corporelle au niveau des appuis plantaires lors des différentes
phases de la marche.

Système osseux
À l’arrière-pied, les sept os tarsiens participent au mouvement de la
cheville. Le talus (astragale) est le seul os du pied qui s’articule avec
le tibia et le péroné ; il est entouré cl’un côté par la malléole interne
du tibia et de l’autre, par la malléole externe du péroné. Au cours
de la marche, c’est d ’abord le talus qui supporte la masse entière du
membre ; par la suite, environ la moitié de cette masse est trans­
mise au calcanéum, qui est l’os le plus gros et le plus fort du pied.
J 2 Guide pratique de podologie

Les autres os tarsiens, soit le naviculaire (scaphoïde), le cuboïde et


les trois cunéiformes, appelés latéral, intermédiaire et médial, se
partagent le reste de la masse.
Le métatarse comprend cinq os, numérotés de un à cinq de l’inté­
rieur vers l’extérieur. Chaque os métatarsien comprend une base proxi­
male, un corps et une tête distale. Le premier métatarsien est plus
épais que les autres, car il doit supporter une masse plus importante.
Les orteils, au nombre de cinq, sont constitués de phalanges.
Le gros orteil compte deux phalanges (une proximale et une
distale), tandis que les autres orteils comptent trois phalanges (une
proximale, une moyenne et une distale).
LES OS DU PIED

Vue dorsale Vue plantaire

Calcanéus

Calcanéus
Talus
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Naviculaire
(scaphoïde)
Cuboïde Naviculaire Cuboïde

Latéral
Tubérosité du Tubérosité du
Intermédiaire\ Os Latéral
5e os métatarsien M é d ia l/ cunéiformes Intermédiaire 5eos métatarsien
cunéiformes\ Médial
Base
Os métatarsiens
Articulation
tarso-métatarsienne métatarsiens
Corps

Os Médial
Tête
Phalanges
Base
Phalanges Proximales

Moyennes

Tubérosité
Fondements 13

Sous la tête du premier métatarsien, on trouve deux os sésamoïdes


dont Iun est positionné en médial et l’autre en latéral. La formation des
os sésamoïdes est différente de celle des autres os, puisque ce sont des
vestiges de ligaments calcifiés. C ’est pourquoi ces os ne sont pas toujours
considérés comme faisant partie intégrante du squelette humain. Les os
sésamoïdes se mobilisent sur la tête métatarsienne lors des mouvements
de flexion-extension de l’orteil, jouant ainsi un rôle d’amortisseur au cours
de la marche. Toute perturbation positionnelle des os sésamoïdes, de
l’angle d’attaque du pied avec le sol lors de la marche, toute surcharge
_____ pondérale permanente ou le port de chaussures à talons hauts, ainsi que
2. Maurice Bouysset, (2003). P a th o lo g ie o sté o - [e s arthropathies telles que l’arthrose, l’arthrite rhumatoïde et la goutte,
a rticu la ire d u p ie d et d e la c h e ville , Toronto. 1 . * , . y ,
Springer, p. 264, peuvent entraîner des altérations au niveau des sésamoïdes-.

Vue latérale
Articulation transverse du tarse
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Vue médiale

Articulation transverse du tarse


Talus
Naviculaire

Os cunéiformes Intermédiaire

Os métatarsiens
Calcanéus

Articulation tarso-métatarsienne

Phalanges Os sésamoïde latéral


14 Guide pratique de podologie

Système m usculo-ligam entaire


La structure osseuse du pied est disposée en trois arches (deux
arches longitudinales, une interne et une externe, et une arche
transversale antérieure) qui perm ettent au pied de supporter la
masse corporelle et d’assurer une certaine prise lors de la marche. La
forme des os du pied et le système musculo-ligamentaire contribuent
à maintenir les os solidement en place. L’élasticité et la souplesse des
ligaments et des tendons permettent aux arches de s’affaisser sous le
poids et de se relever une fois libérées de la charge corporelle. Les
arches plantaires, qui forment en quelque sorte la voûte plantaire,
répartissent uniformément le poids du corps entre le talon et la tête
des métatarsiens, en station debout ou lors de la marche.
De nombreux facteurs tant intrinsèques qu’extrinsèques peuvent
entraîner un affaissement des arches plantaires, par exemple l’obé­
sité, la station debout prolongée, la course sur un terrain dur sans
port de chaussures adaptées, une faiblesse musculo-ligamentaire,
une chute de la tête du talus (astragale) ou une pronation exagérée
du pied. Il est possible qu’un facteur héréditaire soit en cause.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

LES ARCHES DU PIED

Arche transversale antérieure

Arches longitunales (interne et externe)


Fondements 15

Le pied plat est normal chez les enfants jusqu a 1âge de 2 ans envi­
ron, en raison de I immaturité de leur système musculo-ligamentaire
et de la présence d’un coussinet graisseux vis-à-vis de l’a rche longi­
tudinale. Quant au pied creux, il peut être congénital et prendre sa
source dans une maladie d ’origine neurologique, comme le spina-
bifida et la poliomyélite; il peut aussi
résulter de la présence d ’un pied bot ou
d’un déséquilibre musculo-ligamentaire.
Comme le pied plat, le pied creux peut
avoir une composante héréditaire.
Les mouvements du pied et de la che­
ville font souvent intervenir plus d ’une
articulation ; ils sont limités par la ten­
sion des muscles et des ligaments et par
la structure des os adjacents. Les articu­
lations du pied étant de type synovial,
Pied plot elles sont dotées d’une cavité articulaire,
d’une capsule articulaire et de ligaments
accessoires. La capsule articulaire rem­
plie de liquide synovial située autour de
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

l’articulation joue le rôle d’un amortisseur


et d’un lubrifiant lorsque les tendons et
les muscles se déplacent sur les os. En
présence d ’une arthropathie, les arti­
culations sont souvent peu mobiles et
peuvent même devenir ankylosées ; une
douleur au site articulaire accompagnée
d ’un gonflement et de rougeurs est une
manifestation courante associée. Lorsque
Pied creux les articulations du pied sont touchées, la
dégénérescence articulaire entraîne souvent des déformations impor­
tantes qui modifient la répartition des charges aux points d ’appui
plantaires et multiplient les zones possibles de conflit pied/chaussure.
Les ligaments sont des bandelettes fibreuses qui servent à
tenir les articulations en place en gardant les tendons contre les
structures osseuses. A la cheville, les articulations sont maintenues
J 6 Guide pratique de podologie

ARTICULATION SYNOVIALE

Périoste

Ligament

Cavité articulaire
(contient le liquide synovial)

Cartilage articulaire (hyalin)

Membrane synoviale
Capsule articulaire
Capsule fibreuse

principalem ent par le rétinaculum supérieur des extenseurs


(ligament transverse de la jambe), le rétinaculum inférieur des
extenseurs (annulaire antérieur du tarse) et le rétinaculum fibulaire
inférieur et supérieur (ligament péronéo-calcanéen). A la suite d ’un
traumatisme, une luxation peut survenir, entraînant une perte de
contact totale des surfaces articulaires. Lorsque la perte de contact
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

n’est pas totale, on parle de subluxation. Le tendon est un prolonge­


ment du tissu conjonctif qui attache le muscle au périoste de l’os. A
la face dorsale du pied, les rayons tendineux du long extenseur des
orteils et de l’hallux sont visibles et palpables. Certains tendons de
la cheville sont enveloppés de tissu conjonctif fibreux ; cette enve­
loppe est appelée gaine tendineuse et sa structure ressemble à celle
des bourses séreuses. La gaine est formée d ’une couche interne,
appelée couche viscérale, qui tapisse la surface des tendons, et d ’une
couche externe, appelée couche pariétale ; entre ces deux couches
se trouve une cavité contenant du liquide synovial. Les gaines des
tendons assurent le parfait glissement des tendons et les empêchent
de se détacher de leurs points d’insertion. L’inflammation des gaines
des tendons provoque ce qu’on appelle une ténosynovite ; les gaines
atteintes restent alors sèches ou enflent sous l’effet d’une accumula­
tion de liquide synovial. La tendinite au niveau du tendon d’Achille
est une affection très courante. Le tendon d ’Achille étant le tendon
le plus solide du corps humain, il peut supporter de lourdes masses
Fondements 17

sans se déchirer. Chez les sportifs, sa rupture résulte généralement


de son utilisation fonctionnelle excessive et d’une élongation brusque,
surtout dans le saut et la course.

PRINCIPAUX LIGAMENTS ET TENDONS DU PIED

Vue antérieure

Rétinaculum supérieur des extenseurs


(ligament transverse de la jambe)

Rétinaculum inférieur des extenseurs


(ligament annulaire antérieur du tarse)
Tendon du tibial antérieur
Tendons du long extenseur des orteils

Tendon du long extenseur de l’hallux


Tendon du troisième fibulaire (péronier)

Tendons du court extenseur des orteils Tendon du court extenseur de l’hallux


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Vue latérale

Tendon du long extenseur des orteils


Tendon du long fibulaire (péronier)
Rétinaculum supérieur des extenseurs
Tendon du court fibulaire (péronier)
(ligament transverse de la jambe)

Tendon calcanéen (d’Achille) Rétinaculum inférieur des extenseurs


(ligament annulaire antérieur du tarse)
Bourse du tendon calcanéen
Tendon du long extenseur de l’hallux
(subtendineuse)

Rétinaculum fibulaire supérieur Tendons du long extenseur des orteils


(péronéo-calcanéen)

Rétinaculum fibulaire inférieur


(péronéo-calcanéen)

Tendon du long fibulaire (péronier) Tendon du troisième fibulaire (péronier)

Tendon du court fibulaire (péronier)


18 Guide pratique de podologie

MUSCLES EXTRINSÈQUES DU PIED

Vue antérieure Vue latérale

Muscle long fibulaire Muscle Muscle Muscle tibial antérieur


(péronier) gastrocnémien gastrocnémien

Muscle soléaire Muscle soléaire Muscle long extenseur


Muscle tibial antérieur
des orteils
Muscle long
fibulaire (péronier)
Muscle court fibulaire
(péronier)
Muscle long extenseur
Muscle court Muscle long extenseur
de l’hallux
Muscle extenseur fibulaire (péronier) de l’hallux
des orteils
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Muscle court extenseur


des orteils

Les articulations et les os ne peuvent produire le mouvement


sans la contribution essentielle des muscles striés volontaires ou
squelettiques. Sur les membres inférieurs, ces muscles sont disposés
en deux ensembles, les extrinsèques et les intrinsèques.
Les muscles extrinsèques sont les plus puissants et ils sont répartis
en trois groupes : lantérieur, qui comprend le tibial (jambier) antérieur,
le long extenseur des orteils et le long extenseur de l’hallux; le latéral,
Fondements 19

constitué du long fibulaire (péronier) et du court fibulaire (péronier) ;


le postérieur, formé du gastrocnémien appelé communément le mollet,
qui comporte deux chefs, un chef latéral ou externe (muscle soléaire)
et un chef médial ou interne, anciennement appelés muscles jumeaux
du triceps sural.
Les muscles intrinsèques, en dehors du court extenseur des orteils
qui est dorsal, sont situés en face plantaire dans trois loges : la loge
plantaire moyenne qui est composée du court fléchisseur des orteils,
du muscle carré plantaire, des lombricaux et des interosseux; la loge
plantaire latérale qui inclut l’abducteur du petit orteil et le court
fléchisseur des orteils ; et, enfin, la loge plantaire médiale constituée
du court fléchisseur de l’hallux, de l’abducteur et de l’adducteur
de l’hallux.

MUSCLES INTRINSÈQUES DU PIED

Première couche Deuxième couche

iRfFJ
/tuh: rAV
.M i\U âk
U
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

çm
M *M
ILMl MM
Muscle abducteur S
de l’hallux
Muscle court ii\ v
fléchisseur de Thallux Muscle court fléchisseur
m
du petit orteil
m m
Muscle abducteur e t
du petit orteil -y *
Muscle abducteur ■
de l’hallux Muscle carré plantaire U
Muscle abducteur
du petit orteil

Muscle court
fléchisseur des orteils
20 Guide pratique de podologie

MUSCLES EXTRINSÈQUES Actions sur les m ouvem ents du pied

G a stro cn é m ie n (m ollet) F le xio n p la n ta ire


■ S o lé a ire
■ Ju m e a u x du trice p s

F ib u la ire (péro n ier) an té rieu r, F le xio n p la n ta ire et éversio n du pied


lo n g p é ro n ie r et co u rt p é ro n ie r

T ib ia l (ja m b ie r) a n té rie u r F le xio n d o rsa le et in ve rsio n du pied

T ib ia l (ja m b ie r) p o sté rie u r F le xio n p la n ta ire et in ve rsio n du pied

M uscle lo n g flé c h isse u r d es o rte ils F le xio n d es o rte ils, fle x io n p la n ta ire
et in ve rsio n du pied

M uscle lo n g e xte n se u r d es o rte ils E xte n sio n d es o rte ils, d o rsifle x io n ,


et l’éversio n du pied

M uscle lo n g e xte n se u r de l’h a llu x E xte n sio n d es d e u x a rtic u la tio n s


du p re m ie r orteil et fle x io n du pied
su r la ja m b e

MUSCLES INTRINSÈQU ES Actions sur les m ouvem ents du pied

M uscle carré p la n ta ire Fle xio n des o rte ils


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

M uscles lo m b ric a u x Fle xio n de la p re m iè re p h a la n g e


et e xten sio n des d e u x au tre s

M uscles in te ro sse u x d o rsa u x Fle xio n de la p re m iè re p h a la n g e


su r le m é ta ta rsie n co rre sp o n d a n t
et é ca rte m e n t des tro isiè m e
et q u a triè m e o rte ils de l’axe du pied

C o u rt flé c h iss e u r du gro s o rteil Fle xio n du g ro s orteil

C o u rt flé c h isse u r d es o rte ils Fle xio n de la d e u x iè m e p h a la n g e


su r la p re m iè re et de la p re m iè re
su r le m é tatarse co rre sp o n d a n t

A d d u c te u r de l’h a llu x A d d u c tio n du g ro s orteil

A b d u c te u r de l’h a llu x A b d u c tio n de l’h a llu x

C o u rt flé c h isse u r du c in q u iè m e orteil Fle xio n du c in q u iè m e orteil

A b d u c te u r du c in q u iè m e orteil A b d u c tio n et fle xio n


du c in q u iè m e orteil
Fondements 21

MOUVEMENTS DES ORTEILS ET DE LA CHEVILLE

Mouvement des orteils

Articulation métatarso-phalangienne

Mouvements de la cheville

Articulation tibio-tarsienne Articulation astragalo-calcanéenne


Flexion plantaire
X
45°

Dorsiflexion
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Articulation astragalo-calcanéenne et médio-tarsienne

Éversion Inversion
22 Guide pratique de podologie

Les muscles de la plante du pied sont maintenus ensemble et pro­


tégés des chocs extérieurs par le fascia plantaire, qui est un tendon
large et plat appelé aponévrose. La fasciite plantaire est l’inflamma­
tion de l’aponévrose plantaire causée par l'étirement ou le déchire­
ment du fascia à son point d’insertion avec le calcanéum.

FASCIA PLANTAIRE

Ligaments métatarsiens
transverses superficiels Branche superficielle de
l’artère plantaire médiale

Artères et nerfs digitaux


plantaires propres
Faisceaux transverses

Lames digitales
Fascia plantaire latéral
de l’aponévrose plantaire
Fascia plantaire médial
Rameaux cutanés de l’artère
Rameaux cutanés de l’artère
et du nerf plantaires latéraux
et du nerf plantaires médiaux
Aponévrose plantaire
Bande latérale de l’aponévrose plantaire
(ligament calcanéo-métatarsien)
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Rameaux calanéens médiaux


du nerf tibial et de i’artère
Tubérosité du calcanéus tibiale postérieure
recouverte d’un coussin graisseux
(partiellement réséqué]

Système circu latoire


Le système sanguin irrigue les membres inférieurs par l’intermé­
diaire de nombreux réseaux et ramifications. La circulation artérielle
est assurée par l’artère iliaque externe qui se divise et devient l’artère
fémorale jusqu’à barrière de l’articulation du genou où elle prend
l’appellation d ’artère poplitée. Divisée à nouveau, cette dernière
prend alors les noms d ’artère tibiale antérieure et d ’artère tibiale
Fondements 23

postérieure. Sous le genou, l’artère tibiale postérieure devient l’artère


péronière et irrigue les structures de la face médiane du péroné et
du calcanéum. A la hauteur de la cheville, l’artère tibiale antérieure
devient l’artère pédieuse, tandis que l’artère tibiale postérieure se
divise pour former l’artère plantaire médiane et l’artère plantaire
latérale, lesquelles s’anastomosent avec l’artère pédieuse et irriguent
le pied.
L’artériosclérose et l’athérosclérose sont des m aladies qui
conduisent à l’insuffisance artérielle. Les affections artérielles
occlusives des membres inférieurs peuvent toucher l’ensemble
de l’arbre artériel (depuis les gros vaisseaux, qui présentent des
lésions athéromateuses, aux artères de moyen et de petit calibre
qui sont atteintes par des plaques athéromateuses) et conduire à
une dégénérescence calcifiante de la média. Chez les personnes
diabétiques, ce sont les moyens et les petits vaisseaux qui sont
principalement touchés. La douleur vasculaire d ’origine artérielle
est de type crampiforme ; elle est ressentie le plus souvent lorsque
la personne est en position couchée la nuit et elle est atténuée
lorsque les jambes sont en déclive. La claudication intermittente
peut également survenir après quelques minutes de marche ; la
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

personne éprouve alors de l’e ngourdissement douloureux et de la


raideur du membre qui la forcent à s’arrêter et disparaissent avec
le repos. L’érythrose de déclivité est également un symptôme évo­
cateur de troubles vasculaires périphériques artériels. La rougeur
est particulièrement apparente à l’avant-pied lorsque la personne
est debout et elle disparaît lors de la surélévation du membre. Le
pouls artériel peut être pris à quatre sites au niveau des membres
inférieurs, soit aux artères fémorale, poplitée, tibiale et pédieuse.
Le sang provenant des membres inférieurs est retourné au cœur
par les veines superficielles et les veines profondes. Du pied vers le
bassin, les veines prennent le nom de la région quelles drainent;
ainsi, l’arcade veineuse se divise en saphène interne et saphène
externe, toutes deux drainant principalement les tissus superficiels
du pied, de la jambe et de la cuisse. En couche profonde, les veines
tibiales antérieure et postérieure ainsi que les veines péronière et
poplitée drainent les structures correspondantes.
24 Guide pratique de podologie

ARTÈRES DE LA JAMBE ET DU PIED

Jambe - Vue antérieure Jambe - Vue postérieure


Artère supéro-médiale Artère supéro-médiale Artère supéro-latérale
du genou du genou du genou

Artère poplitée
Artère inféro-latérale Artère inféro-médiale Artère inféro-latérale
du genou du genou Artère du genou
du genou

Artère tibiale antérieure Artère tibiale antérieure


Artère tibiale postérieure

Artère fibulaire
(péronière)

Artère tibiale antérieure

Artère fibulaire (péronière)


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Branche perforante
Artère malléolaire
de l’artère fibulaire (péronière) Rameau perforant
antéro-latérale
de l’artère fibulaire (péronière)
Artère dorsale (pédieuse)
Artère tarsale latérale du pied

Artère plantaire profonde


Muscles interosseux Rameau communicant
de l’artère fibulaire (péronière)
Artères digitales dorsales
Artère plantaire médiale

Artère plantaire latérale

Rameaux dorsaux des artères


digitales propres plantaires

Les veines situées près de la surface de la peau des jambes sont


beaucoup plus sujettes aux varices que les veines profondes, lesquelles
sont protégées par les muscles squelettiques qui les entourent, empê­
chant ainsi la distension excessive des parois veineuses. La présence
de valvules à certains points du système veineux évite un reflux et
empêche le sang de stagner dans les membres inférieurs. En ce
Fondements 25

VEINES SUPERFICIELLES DU MEMBRE INFÉRIEUR

Vue antérieure Vue postérieure

i
y
k Veine fémorale

Veine saphène accessoire

Grande veine saphène

Veine saphène accessoire

Veine poplitée

Grande veine saphène

Petite veine saphène


Veine péronière
Grande veine saphène
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Veine tibiale

Petite veine saphène


dorsale latérale Arcade veineuse dorsale

Veines digitales dorsales Veine du gros orteil

qui concerne les douleurs liées à une insuffisance veineuse, elles


surviennent généralement en fin de journée et se caractérisent par
une sensation de lourdeur et de picotements très inconfortable. Très
souvent, un œdème plus ou moins important, plus visible en fin de
journée, accompagne l'insuffisance vasculaire veineuse.
26 Guide pratique de podologie

Système lym p h a tiq u e


Aux membres inférieurs, le système lymphatique, à l’instar du système
sanguin, comprend un impressionnant réseau de vaisseaux et de capil­
laires. Les vaisseaux lymphatiques de la peau et du tissu conjonctif
sous-cutané cheminent avec les grosses veines cutanées, tandis que
les vaisseaux lymphatiques plus profonds accompagnent les grosses
artères. La lymphe, transportée par les vaisseaux lymphatiques depuis
les espaces tissulaires jusqu’à l’appareil cardiovasculaire, est filtrée par
les ganglions lymphatiques qui la débarrassent des substances étran­
gères. Aux membres inférieurs, les ganglions inguinaux et poplités
recueillent et filtrent la lymphe des tissus profonds et superficiels. Lors
d’infections de la peau et en présence d’une cellulite, les vaisseaux
lymphatiques sous-cutanés peuvent apparaître comme des traînées
rouges; les ganglions lymphatiques régionaux peuvent devenir volu­
mineux et douloureux à cause de la tension capsulaire. Au niveau du
pied, la cellulite plantaire est rarement primitive ; elle fait suite à une
infection de proximité par drainage lymphatique.

Système nerveux
Les muscles de la jambe et du pied sont innervés par le grand
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

sciatique, qui prend naissance dans le plexus sacré. Le nerf scia­


tique, dont l’appellation change selon la région qu’il innerve, perd
son nom de nerf poplité lorsqu’il quitte la région du genou pour
bifurquer vers le tibia où on l’appelle alors nerf tibial ; lorsqu’il se
divise à son tour au-dessous de la malléole interne en deux branches
terminales, il porte les noms de nerf plantaire médial et de nerf plan­
taire latéral. Le nerf plantaire médial innerve le muscle abducteur
du gros orteil, le muscle court fléchisseur du gros orteil et celui des
orteils. Le nerf plantaire latéral se ramifie superficiellement pour
donner les nerfs digitaux communs plantaires et les nerfs digitaux
propres plantaires pour la peau de la région du cinquième orteil.
Différentes affections comme le diabète peuvent causer des lésions
du système nerveux périphérique, qui entraînent entre autres des
troubles de la sensibilité des pieds.
Fondements 27

VAISSEAUX ET NŒUDS LYMPHATIQUES DU MEMBRE INFÉRIEUR


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
28 Guide pratique de podologie

NERFS TIBIAL ET CUTANÉS DE LA JAMBE ET DU PIED

Jambe - Vue antérieure Jambe - Vue postérieure

Nerf tibial

Nerf fibulaire commun Nerf fibulaire commun


(péronier) Nerf articulaire récurrent (péronier)

Nerf fibulaire superficiel Nerf poplité


(péronier) Nerf fibulaire profond
(péronier)

Rameau du nerf cutané Nerf tibial


sural latéral

Rameau latéral du nerf


Nerf cutané dorsal médial fibulaire profond (péronier)

Court extenseur de l’hallux

Nerf cutané
dorsal intermédiaire Court extenseur des orteils
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Nerf plantaire médial


Nerf cutané dorsal latéral Branche médiale du nerf
fibulaire profond (péronier) Nerf plantaire latéral

Nerfs digitaux dorsaux

Pied - Vue plantaire

Nerf plantaire médial

Nerfs digitaux plantaires communs

Nerfs digitaux plantaires propres


Fondements 29

Param ètres du pied normal


La jambe et le pied agissent toujours ensemble pour assurer la pro­
pulsion et le support du corps. Le pied, par le nombre dos qu’il
comprend et par sa morphologie, confère flexibilité et stabilité à la
charpente humaine. Ces fonctions sont remplies en tout confort,
dans une perspective de dépense énergétique minimale qui se
traduit par une démarche harmonieuse.

________________ A pparen ce du p ie d n o r m a l ________________

Le pied compte cinq orteils droits et parallèles entre eux (dési­


gnés par un nombre de un à cinq de l’intérieur vers l’extérieur).
En position debout, la pulpe des orteils touche le sol ; l’apparence
des orteils ainsi que leur longueur les uns par rapport aux autres
varient selon les individus. L’avant-pied est aligné avec le talon, qui
est beaucoup plus étroit. En position debout, l’arche longitudinale
interne plus ou moins prononcée s’étend de la partie antérieure
du pied à la partie postérieure. Par rapport à la jambe, le talon est
en position neutre.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

MORPHOLOGIE COURANTE DU PIED


30 Guide pratique de podologie

TYPES MORPHOLOGIQUES DE PIEDS SELON LELIÈVRE ET LELIÈVRE

Types m orphologiques de pieds


La classification de Lelièvre et Lelièvre distingue différents types
morphologiques de pieds ; certains sont plus exposés aux problèmes
liés à lajustement de la chaussure. Par exemple, le pied égyptien,
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

présent chez près de la moitié de la population en général, a le


premier orteil plus long que le second, ce qui le rend plus suscep­
tible de développer un hallux valgus. Le pied égalité, que l’on trouve
chez environ 25 % de la population, et le pied carré beaucoup plus
rare ont un premier orteil égal au deuxième et sont beaucoup
plus agressés par une chaussure à bout pointu. Enfin, le pied grec,
que l’on observe chez plus ou moins 13% de la population, s’adapte
assez bien à une chaussure à bout étroit et est moins sujet aux
déformations. Cependant, il tolère mal une chaussure à talon haut,
qui provoque souvent une griffe du deuxième orteil.

D éro ulem en t du p ie d à la m arche


Le pied normal, au cours de la marche, se déroule invariablement
selon trois phases distinctes : l’a ttaque du talon, la phase d’appui et la
phase de propulsion ; durant ces phases, les points d ’appui plantaires
se déplacent de façon prévisible et constante.
Fondements 31

PRINCIPALES PHASES ODE LA MARCHE

Attaque du talon Appui plantaire Propulsion

Le port de chaussures inadéquates, l’affaissement ou la cam ­


brure exagérée des arches plantaires, les déformations du pied,
les mécanismes de compensation à la suite d ’un traumatisme et
la neuropathie périphérique chez la personne diabétique sont les
facteurs les plus courants qui nuisent à la répartition normale des
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

charges sur la surface plantaire.


Selon les caractéristiques du pied, on pourra observer, à la phase
d’appui plantaire, certaines variations au niveau des empreintes plan­
taires selon que les arches du pied sont affaissées ou cambrées, ou
qu’une déviation tournée vers l'intérieur (varus) ou vers l’extérieur
(valgus) affecte le pied.

EMPREINTE PLANTAIRE SELON DIFFÉRENTES CARACTÉRISTIQUES DU PIED

Pied plat Déviation en valgus Déviation en varus Pied creux


32 Guide pratique de podologie

Une démarche anormale affecte inévitablement la répartition des


charges à la face plantaire du pied lors du déroulement du pas et
expose le pied à des stress et à des contraintes très souvent à l’origine
des maux de pieds. Plusieurs facteurs peuvent altérer la démarche,
tels qu’une blessure antérieure ou actuelle, une maladie dégénérative
du système nerveux ou une malformation congénitale.
CH EZ LE JEUNE ENFANT - Chez le trottineur (3 ans), la démarche
est irrégulière et l’équilibre est instable: les jambes sont écartées,
le ventre est projeté en avant et les bras tendus de chaque côté du
corps pour maintenir l’équilibre et faciliter la marche. A l’âge pré­
scolaire (5 ans), déjà les jambes de l’enfant sont plus rapprochées;
vers l’âge de 7 ans, la démarche devient beaucoup plus gracieuse et
équilibrée. L’enfant, tout comme le sportif, élimine après des années
d’expérience tous les gestes inutiles et disgracieux qui ralentissent
et gênent sa performance.
CH EZ L’A DULTE - La démarche de l’adulte est normalement har­
monieuse et se déroule avec aisance. Elle se caractérise par des
balancements alternatifs du corps, d ’un membre sur l’autre, qui
s’accompagnent d ’ajustements répétés d ’extensions et de flexions
du membre. Les bras s’associent de façon naturelle aux mouve­
ments. De tous les mammifères, l’homme adulte est celui chez qui
l’activité de la marche nécessite la plus faible dépense énergétique.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

L’harmonie et la synchronisation se présentent avec des caractéris­


tiques individuelles qui nous permettent d’identifier une personne
selon son pattern de marche.
CHEZ LA PERSONNE AÎNÉE - La démarche de la personne aînée se earac-
térise très souvent par un élargissement du polygone de sustentation,
e’est-à-dire que la marche se déroule avec les pieds plus écartés. Les
enjambées sont également plus petites, les déplacements plus lents et le
balancement des bras est habituellement moins prononcé. Les caracté­
ristiques de la démarche observées chez le jeune enfant ressurgissent...
Pour faciliter les échanges entre les professionnels de la santé,
la terminologie utilisée doit être compréhensible et faire référence
aux mêmes caractéristiques. Voici donc quelques définitions pour
qualifier les différents types de démarches.
Fondements 33

Q u elq u es a n o m a lies de la d ém arch e

Démarche antalgique - La démarche est dite antalgique lorsqu’elle vise à atténuer la douleur chez
la personne. Cette démarche est habituellement utilisée pour protéger un genou, une hanche ou
un pied douloureux. Dans la démarche antalgique, la phase d’appui sur le membre affecté est de
plus courte durée que celle sur le membre sain, la personne cherchant ainsi à libérer le membre
atteint le plus vite possible. Pour les mêmes raisons, la personne a tendance à éviter de poser son
pied du côté de la zone atteinte, de façon à éviter de solliciter ses articulations. Dans ces cas-là,
plus la douleur est grande, plus la démarche est accentuée.

Démarche arthropatique - La démarche est arthropathique lorsque la personne y a recours pour


compenser le manque d’amplitude articulaire d’une articulation du membre inférieur. La m odifi­
cation de la marche est alors proportionnelle à la sévérité de l’atteinte articulaire et à l’articulation
en cause.

Démarche de la jambe courte ou boiterie - La démarche dite de la jam be courte ou boiterie se


caractérise par un pas plus court du côté atteint et par un bassin plus incliné du même côté. On
observe également une déviation latérale vers le côté affecté, ce qui entraîne une boiterie. La
personne atteinte a également tendance à compenser la différence de longueur de ses jambes
en marchant sur la pointe des pieds.

Démarche sénile- Cette démarche qui s’observe chez plusieurs personnes aînées se caractérise par un
élargissement de la base de sustentation, une flexion des hanches et des genoux, une diminution
du balancement des bras et une attitude courbée due à une cyphose dorsale. Dans la plupart
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

des cas, la tête demeure penchée vers l’avant. Ces caractéristiques varient en intensité selon
les personnes.

Démarche paralytique- La démarche paralytique varie selon l’affection dont est atteinte la per­
sonne. Par exemple, la personne souffrant d’une paraplégie spasm odique a tendance à mar­
cher en maintenant ses genoux très rapprochés l’un de l’autre, alors que celle atteinte d’une
paralysie flasque lève exagérément le genou au moment de la marche afin de compenser son
pied tombant.

Démarche parkinsonienne - La démarche parkinsonienne est caractéristique. La personne avance


d’un seul bloc, le tronc incliné en avant, les membres en légère flexion, les bras - ou l’un des
deux bras - ayant perdu leur balancement habituel. À un stade plus avancé, on observe la marche
à petits pas avec frottement des pieds et demi-tour décomposé.
34 Guide pratique de podologie

HYGIÈNE DE LA PEAU AU QUOTIDIEN


Les notions qui suivent sur l’anatomo-physiologie de la peau et des
ongles fournissent les fondements théoriques et les principes direc­
teurs de plusieurs des mesures d’hygiène préconisées pour le soin des
pieds. Par ailleurs, les critères de sélection pour choisir les produits
et accessoires en vente libre constituent une aide précieuse pour le
soignant qui souhaite apporter à sa clientèle un encadrement indivi­
dualisé selon une approche préventive. Enfin, les informations sur
les rôles et les caractéristiques d’une bonne chaussure ainsi que les
points de repère pour son ajustement sont détaillés. Les différentes
directives pour guider l’achat, entre autres, des semelles de confort et
des bas viennent étoffer les conseils au client.

Rappel anatomo-physiologique
La peau, constituée de l’épiderme et du derme, joue un rôle de
premier plan dans la protection de l’organisme contre les agressions
externes, tant mécaniques que thermiques, et dans la conservation
des fluides. Elle agit comme une barrière contre les micro-organismes
et possède une fonction sensorielle, en plus de jouer un rôle dans
la synthèse de la vitamine D et dans l’excrétion des déchets. La
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

structure et les fonctions de la peau varient considérablement selon


la région du corps. Par exemple, il existe deux types de peaux:
glabre et pileuse. Ainsi, la peau qui recouvre la surface de la paume
des mains et de la plante des pieds se caractérise par une épaisse
couche de kératine et par l’absence de poils. Les glandes sébacées,
nombreuses au visage, sont totalement absentes à la paume des
mains et à la plante des pieds, ces dernières surfaces étant très bien
pourvues en glandes sudoripares eccrines.

Épiderm e
L’épiderme est un épithélium stratifié, kératinisé et avasculaire qui
repose sur le derme. D’une épaisseur approximative de 0,4 mm,
l’épiderme est généralement plus épais à la paume des mains et
à la plante des pieds. Les lésions mineures, comme des éraflures, des
phlyctènes ou des zones d’hvperkératose, sont limitées à l’épiderme.
Fondements 35

COUPE THÉORIQUE DE LA PEAU

ÉPIDERME

Couche cornée

Couche transparente

Couche granuleuse

Couche épineuse

Couche basale
Tige du poil
Couche cornée
Pore sudorifique
Épiderme
Terminaisons nerveuses
libres
Corpuscule tactile ca "
(de Meisner)

Glande sébacée Derme

Fibres élastiques

Nerf sensitif

Follicule pileux

Glande sudoripare Tissu sous-cutané

Artériole sous-cutanée
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Nerf moteur autonome

Veinule sous-cutanée
Tissu adipeux

Sur le plan histologique, hépiderme eomprend quatre types de


cellules : les kératinocytes, les mélanocytes, les cellules de Merkel
et les cellules de Langerhans. Il compte également quatre couches :
la couche cornée (stratum corneum), la couche granuleuse (stratum
granulosum), la couche épineuse (stratum spinosum) et la couche
basale (stratum basale). La paume des mains et la plante des pieds
possèdent une cinquième couche transparente (stratum lucidum)
située entre la couche granuleuse et la couche cornée.
La couche cornée, qui est la couche superficielle de l’épiderme,
est constituée de cellules kératinisées accolées les unes aux autres
pour former une membrane souple et résistante qui desquame en
permanence. Les lipides présents entre les cellules cornées retiennent
36 Guide pratique de podologie

les liquides corporels en empêchant une hydratation cutanée excessive


d’origine externe. C ’est à partir de la couche basale de l’épiderme que se
divisent les kératinocytes participant au renouvellement épidermique.

_____________________________________ L a k é r a t in is a t io n ________________________________________

Dans le processus de kératinisation, les cellules nouvellement produites dans la couche basale de
lepiderm e sont repoussées vers les couches supérieures ; ce transit épiderm ique s’échelonne sur
environ 30 jours. Pendant leur ascension, les cellules perdent leur noyau, s’aplatissent et meurent.

À la plante des pieds et à la paume des mains, l’hyperkératose apparaît par suite d’une réaction
défensive de l’épiderme qui consiste en l’accélération du processus de kératinisation afin de protéger
la peau des pressions et des frictions excessives.

D erm e
Le derme, situé immédiatement sous l’épiderme, est en continuité
avec le tissu sous-cutané ; c’est un tissu conjonctif formé de fibres de
collagène et de fibres élastiques élaborées par les fibroblastes et qui
donnent au derme sa stabilité structurale et son élasticité. Ces fibres
baignent dans une substance fondamentale amorphe également pro­
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

duite par les fibroblastes et qui consiste en un gel actif permettant


les échanges chimiques entre les différents constituants conjonctifs
du derme. Le derme comprend aussi les annexes épidermiques, un
réseau vasculo-nerveux et une composante cellulaire qui comporte
des fibroblastes et divers leucocytes. J

Le RÉSEAU VASCULAIRE CUTANÉ - Les vaisseaux sanguins, particuliè­


rement abondants dans le derme, prennent leur source dans l’hypo-
derme. La plus grande partie du réseau capillaire est destinée à
satisfaire les besoins métaboliques de l’épiderme et de ses annexes.
Le flux sanguin cutané, conjugué à l’action du système nerveux
autonome et à l’activité sudorale, module la température corporelle.
Le derme comprend également un réseau lymphatique étroitement
lié aux vaisseaux sanguins.
LE RÉSEAU NERVEUX CUTANÉ - Des récepteurs sensoriels et des terminai­
sons nerveuses et motrices se trouvent aussi dans le derme. Les récep­
teurs sensoriels captent entre autres les sensations tactiles, thermiques
Fondements 37

et douloureuses. Les neurones efférents, gérés par le système nerveux


autonome sympathique, contrôlent les glandes sudoripares, les artérioles
et les muscles lisses de la peau, ces derniers étant par ailleurs respon­
sables de la chair de poule.
Si les nerfs sensoriels, parce quils sont lésés, sont incapables de
transmettre les influx nerveux, il est possible que la personne ne per­
çoive pas les signaux d ’alarme lui indiquant qu’il faut, par exemple,
réduire la pression. C ’est d ’ailleurs souvent ce qui se passe chez la
personne atteinte d’une neuropathie diabétique.

_____________ L es b a r r iè r e s de p r o te c t io n n a tu r elles de la p eau _____________

Les barrières chimiques de l’épiderme ont pour fonctions principales de protéger la peau contre les
agents extérieurs et d’assurer le contrôle de son hydratation. Ainsi, en présence d’une peau au pH
légèrement acide (5,8 à 6,6), la flore bactérienne empêche certains micro-organismes de se transfor­
mer en agents pathogènes et bloque leur entrée dans l’organisme. Le film lipidique de surface, qui
est une mince couche huileuse sur la peau, formée par la sueur, le sébum et les débris cellulaires,
repousse l’eau et les substances hydrosolubles. La kératine et les graisses remplissant les cellules de
la couche cornée constituent une véritable membrane à la fois imperméable, souple et solide qui
assure l’hydratation superficielle de la peau.

La barrière de Blank, située au tiers inférieur de l’épiderme, assure l’hydratation profonde de la


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

peau grâce à la présence d’un facteur d’hydratation naturelle et de cholestérol qui capte l’eau et
la retient dans les tissus. Cette barrière est influencée par la quantité d’eau que l’on boit, le milieu
environnant ainsi que les médicaments consommés, comme les diurétiques. Enfin, les mélanocytes
produisant le pigment mélanique revêtent une importance considérable dans la protection de la
peau contre les ultraviolets.

Pour ne pas entraver les barrières naturelles de la peau lors du lavage des pieds, il faut utiliser
un nettoyant doté d’un faible potentiel d ’irritabilité, avec un pH physiologique, sans colorant ni
parfum. Les nettoyants exempts de savon et vendus sous forme de pain, de gel, de crème ou de
lotion sont idéaux, car ils se rincent facilement sans laisser de pellicule résiduelle. Les nettoyages
répétés et excessifs assèchent la peau en la privant de ses huiles naturelles protectrices. De même,
le contact prolongé de la peau avec l’eau, lors du trempage des pieds, assèche, fragilise et augmente
la vulnérabilité de la peau aux microlésions.

Selon l’âge, l’état de santé de la personne et les conditions auxquelles la peau est exposée, un
produit hydratant peut être indiqué pour pallier le manque d’hydratation naturelle et empêcher
l’assèchement de la peau.
38 Guide pratique de podologie

Tissu sous-cutané
Le tissu sous-cutané est une couche de tissu intermédiaire qui relie
le derme aux structures sous-jacentes, comme les os et les muscles ;
il contient du tissu conjonctif et supporte les vaisseaux sanguins et
les vaisseaux lymphatiques ainsi que les fibres nerveuses issues du
muscle sous-jacent qui se poursuivent dans le derme. Sy trouvent
aussi les follicules des poils longs et les glandes sudoripares.
C ’est dans le tissu sous-cutané que sont formées et entreposées
les graisses. Le tissu adipeux isole de la chaleur et du froid ; il cous-
sine les aponévroses, les muscles et les os sous-jacents afin de les
protéger. Au niveau des points d ’appui plantaires, le tissu adipeux
est beaucoup plus épais que sur le reste du corps : environ 1 cm
sous les têtes métatarsiennes et jusqu’à 2 cm aux talons. Ce tissu
adipeux, appelé aussi « capiton plantaire », est constitué de nombreux
lobules graisseux. Ces lobules sont contenus dans des loges de tissu
conjonctif évoquant un nid d’abeilles. Sous l’action d ’une pression,
ces lobules de consistance gélatineuse se déforment, s’étalent et
permettent ainsi de répartir équitablement les pressions. De nom­
breux facteurs, tels que l’âge, la station debout prolongée associée à
certains métiers, la pratique de sports sollicitant l’avant-pied ou les
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

départs et arrêts brusques à répétition, peuvent altérer le capiton


plantaire en modifiant le tissu conjonctif qui ne va plus être en
mesure de maintenir les lobules graisseux en réseau qui fuiront
alors en dehors des zones d’appui. Les conséquences sur la qualité
du capiton peuvent entraîner des douleurs sous forme de sensation
de brûlure ou d echauffement sous l’avant-pied, vis-à-vis des têtes
métatarsiennes.

Annexes de la peau
La peau contient trois types de glandes qui, selon leur emplacement
et leurs caractéristiques, jouent un rôle spécifique.
L E S GLANDES SÉBACÉES, q u e l ’o n t r o u v e p a r t o u t s o u s la p e a u , s a u f
à la p a u m e d e s m a i n s e t à la p l a n t e d e s p i e d s , s é c r è t e n t le s é b u m
q u i c o n trib u e à i m p e r m é a b i l i s e r la c o u c h e c o r n é e e t à c o n t r ô l e r le s
p e r t e s h y d r i q u e s d e l ’é p id e r m e .
Fondements 39

LE S GLANDES S ü DORALES APOCRINES siègent essentiellement clans les


régions axillaires et anogénitales. Elles participent à la formation des
odeurs corporelles souvent mal tolérées par l’homme contemporain.
Jusqu’à maintenant, la science n’a pas encore reconnu à ces glandes
de rôle physiologique certain.
LE S GLANDES SÜDORALES ECCRINES sont présentes sur toute la surface
cutanée, mais elles sont particulièrement abondantes au front, aux
aisselles, à la paume des mains et à la plante des pieds. Dépendantes
du système sympathique qui déclenche l’activité sudorale par suite
de stimuli thermiques, psychiques et plus rarement gustatifs, les
glandes sudorales eccrines jouent un rôle essentiel de thermorégu­
lation. Elles sécrètent la sueur qui contient de l’eau, du sodium, du
chlore, du potassium, de l’urée et des lactates.
L E FOLLICULE PILEUX , responsable de la production des cheveux et
des poils, se développe à partir d ’une excroissance de l’épiderme
qui rejoint le derme profond ou hvpoderme. Les poils recouvrent
toute la surface cutanée, sauf la paume des mains et la plante des
pieds, le gland, la face interne du prépuce et les organes génitaux
externes féminins.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

______________________ A p pa r en c e de la peau n o rm ale _________________________

La peau normale des pieds est douce, lisse et exempte de lésions. À la face dorsale du pied, la peau
est fine et mince, tandis qu’à la plante elle est glabre, nettement plus épaisse, avec un coussin adipeux
plus dense au talon et vis-à-vis des têtes métatarsiennes. La coloration et la température de la peau
du pied sont uniformes et similaires à celles du reste du corps. Une odeur corporelle naturelle due
à l’enfermement du pied dans la chaussure est souvent perceptible.

Produits et accessoires en vente libre


Dans le cas d’une peau normale, les soins d ’hygiène et d’entretien
n’exigent qu’un nettoyant doux à faible potentiel d’irritabilité, un pro­
duit hydratant au besoin pour maintenir la souplesse de la peau et,
à l’occasion, une pierre ponce pour adoucir aux endroits accessibles
sur le pied l’hyperkératose superficielle qui s’y développe. Pour les
40 Guide pratique de podologie

personnes qui ont de la difficulté à se pencher pour atteindre leurs


pieds et assécher les espaces interdigitaux, une brosse à long manche
comme celle présentée ci-après peut être très utile. Peu coûteux, cet
accessoire est également conçu pour y adapter un miroir afin de per­
mettre un auto-examen de la face plantaire du pied,
il est vendu dans les centres spécialisés d’ortbèses et
prothèses du pied.
L e s AGENTS NETTOYANTS - Les personnes dont la
peau est sèche ou sensible devraient utiliser des net­
toyants avec un pH physiologique, sans parfum, savon
ou colorant. Ces nettoyants, vendus sous (orme de
pain, gel, crème ou lotion, sont commercialisés sous
différentes marques, comme DoveMD non parfumé,
Aveenov,D, LowilaMD, CetaphilVID, etc. Les personnes
qui préfèrent encore les nettoyants contenant du savon
peuvent se procurer des produits sans colorant recon­
nus pour leur faible potentiel d ’irritabilité, tels que
AllenburysMD, NeutrogenaMD et KeriMD.
LE S AGENTS HYDRATANTS - Lorsque la peau a tendance
à s’assécher, l’utilisation quotidienne d ’un produit
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

hydratant est recommandée. Tout comme pour les


Brosse à pied pour assécher
agents nettoyants, il est préférable de privilégier les
les espaces interdigitaux produits sans colorant ni parfum avec un pH phy­
siologique ou neutre. La consistance et la texture du
produit doivent en faciliter l’application sans rendre
la surface du pied glissante. Il faut éviter d’appliquer
un produit hydratant aux espaces interdigitaux pour
empêcher la macération cutanée. Voir le tableau 1 à la
page 62 qui présente différentes catégories de produits
hydratants.
L a PIERRE PONCE - Pour élim iner l’hyperkératose
superficielle et adoucir la peau aux endroits acces­
sibles sur le pied, il est recommandé d utiliser une
pierre ponce après le bain ou la douche, une à deux
fois par semaine au besoin. Le pouvoir décapant
Différents modèles de pierre ponce d ’une pierre ponce est proportionnel à la finesse de
Fondements 41

sa finition : plus le grain de la pierre ponce est gros, plus son action
décapante est grande. Pour empêcher le cisaillement des tissus qui
stimulent la production de kératine, il faut exécuter des mouvements
continus avec la pierre ponce en évitant les mouvements de va-et-
vient. La dimension et la forme de la pierre ponce choisie dépendent
de la localisation de l’hyperkératose et de son accessibilité; ainsi, une
pierre ponce à long manche peut être pratique pour les personnes à
mobilité restreinte.

C o n s e il s a u c l ie n t

Pour la prévention des affections cutanées courantes des pieds


■ Se laver les pieds quotidiennement et au besoin avec un nettoyant doux et bien rincer.
■ Effectuer avec réserve le trempage des pieds et ne jamais excéder 10 minutes.
■ Assécher méticuleusement les espaces interdigitaux après le bain ou la douche et éviter
l’application de crème ou de lotion hydratante à ces endroits.
■ Utiliser au besoin la pierre ponce après la douche ou le bain. Faire glisser la pierre ponce
sur la peau avec des mouvements continus, sans va-et-vient.
■ Utiliser avec prudence les produits et les accessoires en vente libre pour le soin des pieds.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Note à la personne diabétique


C h e z les p e rso n n e s d ia b é tiq u e s , u n b ila n d e s a n té d u p ie d d e v ra it être s y s té m a tiq u e m e n t d re ssé p a r u n e in firm iè re

a fin d ’é t a b lir u n p la n d e tr a ite m e n t f o n d é s u r le s a n té c é d e n ts m é d ic a u x e t s u r u n e x a m e n c lin iq u e rig o u re u x .


C e tte m e s u re e st d e lo in la m e ille u r e stra té g ie p ré v e n tiv e p o u r d im in u e r le s ris q u e s d e c o m p lic a t io n s lié e s à la
c o n d it io n d ia b é tiq u e . L a p e r s o n n e d ia b é t iq u e q u i s o u ffre d ’u n p ie d n e u r o p a t h iq u e d o it p r o c é d e r à u n e x a m e n

q u o tid ie n d e ses p ie d s a la re c h e rc h e d e lé sio n s o u d e ro u g e u rs (et a v is e r im m é d ia t e m e n t l ’in fir m iè re s i e lle d é te cte

u n e a lté ra tio n d e la p e a u ).
42 Guide PRATIQUE DE PODOLOGIE

■ HYGIÈNE DES ONGLES AU QUOTIDIEN


Afin que les ongles jouent leur rôle de protection pour les phalanges
distales et qu’ils conservent la forme harmonieuse de la partie dis­
tale des doigts et des orteils, il faut les tailler selon la forme de la
phalange distale à une longueur qui protège le sillon antérieur tout
en réduisant, s’il y a lieu, les angles vifs.
Taille adéquate
de l ’ongle
Rappel anatomo-physiologique
L’ongle est formé de plusieurs couches de kératine épaisses et très
cohérentes qui font de la tablette unguéale une structure à la fois
souple, flexible et très résistante. La kératine est composée d ’un
assemblage d acides aminés dont la cohésion de l’ensemble est assurée
par des liaisons spécifiques entre acides aminés soufrés (méthionine
et cystéine). La silice, qui est un oligoélément caractéristique des
ongles, y est présente sous forme colloïdale et joue un rôle important
de liant, tel un ciment, entre les molécules de kératine. Lorsque nous
sommes carencés en silice, nos ongles deviennent fragiles et cassants.
Sur le plan anatomique, l’ongle comprend quatre parties distinctes :
la matrice, le lit unguéal, la tablette et le périonychium, c’est-à-dire
l’ensemble des tissus entourant l’ongle (replis latéraux et repli sous-
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

unguéal). La tablette unguéale comprend une partie visible, le corps,


et une partie non visible, la racine.

PARTIES DE L’ONGLE

Replis sous-unguéal
Racine
Matrice

Lit de l'ongle

Hyponychium

Sillon antérieur
Fondements 43

La lunule est un croissant pâle à l’e xtrémité proximale de l’ongle


qui correspond à la portion la plus distale de la matrice unguéale; en
règle générale, cette zone n’est visible que sur l’ongle du pouce. La
racine est partiellement recouverte par le repli sous-unguéal dont le
prolongement est la cuticule, mince couche de peau qui ferme l’e space
situé entre la tablette et ce repli. Pour diminuer les risques d ’invasion
bactérienne à cet endroit, il faut préserver l’intégrité de la cuticule et
ne jam ais tenter de la repousser ou de leliminer.

Les replis latéraux, pour leur part, favorisent en quelque sorte


la croissance harmonieuse de la plaque unguéale; si les tissus des
replis latéraux sont relâchés ou qu’une pression externe les com ­
prime, la croissance unguéale s’en trouve gênée et un éperon, à
l’origine de l’ongle incarné, peut alors se former. Si la peau des replis
péri-unguéaux est sèche et dure, il peut être indiqué d ’appliquer
une crème hydratante afin de diminuer l’inconfort et les risques de
microlésions propices à l’infection.

La tablette repose sur le lit unguéal, un épithélium richement


vascularisé qui s’étend de la lunule à l’hyponychium, lui-même
recouvert par la portion distale (bord libre) de la tablette unguéale.
Le sillon antérieur est la zone cutanée qui lui fait immédiatement
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

suite. Lorsque les ongles sont taillés trop court, faisant que le sillon
antérieur est dégagé, l’hyponychium n’est plus protégé et devient
source de douleur. La tablette et le lit unguéal sont deux structures
très fermement unies et solidaires ; toutefois, si un décollement de
la plaque, le plus souvent en distolatéral, survenait, l’espace entre
l’ongle et le lit unguéal pourrait se remplir rapidement de débris pro­
pices à la colonisation des champignons, d ’où l’importance de ne pas
nettoyer de façon acharnée et intempestive le dessous des ongles. Ce
décollement de la plaque unguéale étant irréversible, le lit unguéal
pourrait ainsi devenir plus vulnérable aux infections fongiques.

L’épaisseu r normale des ongles des m ains est d ’environ 0,5 à


0,75 mm et celle des ongles des pieds de 0,5 à 1 mm ; toutefois, des
traumatismes répétés, des états pathologiques, comme le psoriasis,
les infections fongiques et les troubles vasculaires périphériques,
peuvent contribuer à épaissir les ongles. ïl en va de m ême chez
44 Guide pratique de podologie

la personne aînée où le processus de sénescence normal favorise


l’épaississement et la fragilité des ongles. Le rythme de croissance
de l’ongle est en moyenne de 1,8 à 4,8 mm par mois aux doigts et de
1,3 à 1,8 mm par mois aux orteils. Par conséquent, l’ongle du pouce
fournit des informations sur les six derniers mois, celui du premier
orteil sur la dernière année. La croissance unguéale a tendance à
diminuer avec 1 âge et peut notamment être ralentie par la présence
d ’un psoriasis, d ’une onychomycose ou encore de troubles vasculaires
périphériques.

L’ongle normal contient environ 18% d ’eau, m ais cette valeur


s’accroît après une immersion prolongée qui entraîne le ram ollisse­
ment de la tablette. Bien qu’il soit parfois indiqué de faire tremper
les pieds pour faciliter la taille des ongles durs, il est déconseillé
d ’encourager les trem pages répétés et continus des pieds, qui
fragilisent la plaque unguéale et entraînent un relâchement des replis
latéraux, favorisant ainsi la formation d ’ongles incarnés. Si la teneur
en eau de l’o ngle est très faible, celui-ci devient cassant. Certains
agents chim iques, com m e les vernis à ongles et les dissolvants
à vernis, peuvent également affecter la consistance de l’ongle. Enfin,
certaines carences nutritionnelles, comme le manque de vitamines A,
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

C et B6, et de minéraux, tel le soufre, peuvent influencer la consis­


tance des ongles ; dans ce cas, tous les ongles, ceux des doigts et
ceux des orteils, seront affectés. L’opinion populaire voulant que la
dureté des ongles soit affectée par le manque d ’o ligoéléments et de
vitamines ne tient donc pas si les ongles des doigts et des orteils ne
sont pas affectés également.

_______________________ A ppa r en c e de l*o n g le no rm al __________________________

L’ongle normal est convexe, lisse, transparent, souple et non friable; le lit unguéal, rosé, est ferme
et exempt de taches. Avec l’âge, des ridules longitudinales apparaissent sur la plaque unguéale. La
cuticule est souple et adhère bien à la plaque de l’ongle. Les replis latéraux sont fermes, plus ou
moins charnus et de couleur uniforme.
Fondements 45

Produits en vente libre


La taille et l’entretien des ongles norm aux ne requièrent qu ’un
coupe-ongles ou une paire de ciseaux de format adapté, une lime
d ’émeri et un bâton d ’oranger.

Les coupe-ongles qui gênent la vue de l’ongle pendant la taille


sont à utiliser avec prudence ; chez les personnes dont la dextérité ou
la vision est réduite, ils sont à proscrire ; on recomman­
dera alors à ces personnes d ’utiliser les services d ’un pro­
fessionnel ou de solliciter l’aide d ’un tiers pour effectuer
l’entretien de leurs ongles. De même, 1utilisation d ’a cces­
soires à bouts pointus ou à rebords incisifs peut entraîner
des blessures et doit être réservée à l’usage exclusif des

I professionnels. On optera pour la lime d ’émeri rigide de


bonne qualité pour limer les coins en une forme arrondie
suivant celle du bout de l’orteil. Pour nettoyer le dessous
du bord libre de l’ongle et les replis péri-unguéaux, le
bâton d ’o ranger est recommandé.

Enfin, on ne doit pas encourager l’utilisation de pro­


duits cosm étiques à des fins esthétiques, com m e les
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

vernis à ongles ou les ensem bles pour la pose d ’o ngles


Instruments et accessoires
pour la taille et l ’entretien artificiels susceptibles d ’altérer la plaque des ongles. La
des ongles plupart des produits vendus pour augmenter la dureté et
la croissance des ongles ont des effets limités et ne sauraient être
conseillés en l’a bsence d ’habitudes de vie saines.

C o n s e il s au c l ie n t

P o u r la p ré ve n tio n des a ffe ctio n s u n g u é a le s co u ra n te s


■ Tailler les ongles selon la forme du bout des phalanges distales à une longueur qui protège
le sillon antérieur et limer, au besoin, les angles vifs.
■ Nettoyer délicatement le dessous des ongles et éviter de décoller la plaque.
■ Maintenir les cuticules et les replis péri-unguéaux intacts, souples et bien hydratés ; utiliser,
au besoin, une crème hydratante.
46 Guide pratique de podologie

■ Éviter les trempages de pieds répétés et prolongés (jamais plus de 10 minutes) qui amènent
un relâchement des tissus péri-unguéaux et favorisent la formation d’ongles incarnés.
■ Protéger les ongles des microtraumatismes, des coups et des blessures en portant des
chaussures appropriées à la taille et à la forme des pieds et adaptées à l’activité pratiquée.
■ Éviter de porter des chaussures à talons hauts ou trop serrées à l’avant-pied qui compriment
les replis péri-unguéaux.
■ Éviter l’usage régulier de produits cosmétiques comme les vernis à ongles, qui altèrent
et déshydratent la plaque unguéale.
■ En présence de douleur ou de changement de coloration de un ou plusieurs ongles,
consulter rapidement une infirmière formée en podologie.

Note à la personne diabétique


Le s p e r s o n n e s d ia b é tiq u e s q u i p ré s e n te n t d e s ris q u e s é le v é s d e c o m p lic a t io n s d e v ra ie n t f a ir e a p p e l ré g u liè re m e n t

a u x se rv ic e s d 'u n e in f ir m iè re f o r m é e e n p o d o lo g ie p o u r é v a lu e r l'é ta t d e s a n té d e le u rs o n g le s e t re c e v o ir les s o in s

n é ce ssa ire s, s 'il y a lie u . L a p e r s o n n e d ia b é t iq u e q u i s o u ffre d ’u n p ie d n e u r o p a t h iq u e d o it p r o c é d e r à u n e x a m e n


q u o t id ie n d e ses p ie d s à la re c h e rc h e d 'u n e a lté ra tio n d e s o n g le s o u d e s tissu s p é r i-u n g u é a u x .

CHAUSSURE
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

L a chaussure sert avant tout à protéger le pied, à le stabiliser et à


assurer son confort au moment de la marche ; par conséquent, elle
doit respecter la morphologie du piecl et être adaptée à l’activité
pratiquée. Bon nombre des problèmes qui amènent les personnes à
consulter un professionnel de la santé formé en podologie découlent
directem ent ou indirectem ent du port de ch au ssu res inappro­
priées. C es ch au ssu res présentent des déficiences au regard de
leur conception ou des m atériaux de fabrication, qui ne corres­
pondent pas aux caractéristiques du pied de la personne ni au type
d ’activité pratiquée.

Les caractéristiques d'une bonne chaussure


Toute chaussure, quelle soit destinée à un adulte ou à un enfant, doit
avant tout protéger le pied, assurer le confort et une stabilité opti­
male pendant la marche. Dans le cas d ’un enfant, la chaussure doit
être munie d ’a ttaches pour empêcher le pied d ’en sortir facilement.
Fondements 47

PRINCIPALES PARTIES D'UNE CHAUSSURE

Collet

Languette
Contrefort

Renfort
Empeigne

Talon
Semelle

Cambrion

Pour que la chaussure joue sort rôle de protection, elle doit couvrir
toutes les surfaces susceptibles d etre blessées lors de la marche, au
repos ou à l’occasion d ’activités sportives.

Généralem ent, les matériaux utilisés dans la fabrication d ’une


bonne chaussure sont souples et non occlusifs afin de favoriser l’éva­
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

cuation de la transpiration ; la semelle offre une traction suffisante, ni


glissante, ni trop antidérapante, d ’une épaisseur suffisante pour pro­
téger la plante du pied des irrégularités du sol et amortir les chocs sur
une surface dure, et suffisamment flexible pour permettre le déroule­
ment complet du pied à la marche. Le talon devrait être antidérapant,
assez large pour assurer la stabilité de la cheville, et sa hauteur ne
devrait pas excéder 4 cm pour empêcher le déplacement des charges
vers les points d ’appui plantaires à lavant-pied. Le revêtement interne
de la chaussure devrait être lisse, sans aspérités et sans coutures.

La largeur des chaussures est indiquée par les lettres AAA, AA,
A, B, C, D, E, EE, EEE et plus; la lettre A indique une chaussure
étroite, tandis que la lettre E correspond à une chaussure plus large
que les standards habituels. Généralement, les largeurs combinées
(AA à lavant-pied et C à larrière-pied par exemple) ou non courantes
(comme D et E) ne sont vendues que dans des boutiques spécialisées.
Selon les fabricants, les correspondances peuvent toutefois varier.
48 Guide pratique de podologie

_______ Q u elq u es po in ts de r e p è r e po u r l’a ju stem en t de la ch a u ssu re _______

Au moment de l’achat des chaussures, qui devrait toujours se faire alors que le pied est à son m axi­
mum de volume, il faut considérer les aspects suivants :

■ L’ajustement de la chaussure doit être fait pendant que la personne est en position debout.

■ Si la personne planifie de porter des orthèses dans ses chaussures, elle doit les apporter chez le
marchand au moment d’essayer la chaussure afin d’obtenir un meilleur ajustement.

■ La pointure de la chaussure est déterminée d’après le pied le plus long (du talon à l’extrémité de
l’orteil le plus long), et d’après la largeur et la longueur de la voûte plantaire (du talon au premier
métatarsien). Une pointure appropriée loge la première articulation métatarso-phalangienne
(la partie la plus large du pied) dans la partie la plus large de la chaussure.

■ Lorsque le talon est bien appuyé au contrefort de la chaussure, il faut réserver un espace libre
de 1 à 1,5 cm entre l’orteil le plus long et le bout de la chaussure.

■ L’empeigne doit être souple et suffisamment profonde (hauteur) pour éviter les zones de friction
ou de pression sur la face dorsale des orteils.

■ La semelle devrait offrir une traction suffisante, ni glissante ni trop antidérapante, d’une épais­
seur suffisante pour protéger la plante du pied des irrégularités du sol et amortir les chocs sur
une surface dure, et suffisamment flexible pour permettre le déroulement complet du pied à
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

la marche.

■ Le talon devrait être antidérapant, assez large pour assurer la stabilité de la cheville, et sa hau­
teur ne devrait pas excéder 4 cm pour empêcher le déplacement des points d’appui plantaires
à l’avant-pied. Le revêtement interne de la chaussure devrait être lisse, sans aspérités et sans
coutures.

■ Le talon ne doit pas sortir de la chaussure au moment de la marche.

■ D’emblée, on doit se sentir bien dans une chaussure neuve; si la chaussure blesse ou cause de
l’inconfort dès le premier essai, cela ne laisse augurer rien de bon !
Fondements 49

Les talons hauts


L es im pératifs de la mode relèguent égalem ent au
second plan les objectifs primordiaux de la chaussure
et la femme en est la première victime en privilégiant
l’esthétique au détriment du confort. Le port de talons
hauts en est un exemple probant.

Le port de chaussures à talons hauts entraîne un


déplacement du centre de gravité vers lavant, créant
Vue d ’un pied dans ainsi une hyperpression vis-à-vis des têtes m étatarsiennes et une
une chaussure à talon haut dorsiflexion permanente des orteils. En raison de l’étroitesse de ce
type de chaussure à l’avant-pied, les zones potentielles de conflit
pied/chaussure sont plus nombreuses et constituent des sites pri­
vilégiés pour la formation d ’hyperkératoses. Le port de chaussures
à talons hauts entraîne une déstabilisation au niveau de la cheville
et une rétractation du tendon d ’A chille, qui est alors sous-utilisé.

Les pantoufles
Les pantouf les devraient être réservées aux
activités entourant le lever matinal et la pré­
paration au coucher, car elles offrent peu
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

ou pas de protection et de stabilité pour le


pied lors de la marche. Chez les personnes
aînées, les pantoufles, souvent surutilisées,
devraient faire l’objet d ’une inspection au
Pantoufles inadéquates même titre que la chaussure. Une attention
particulière doit être apportée à la semelle
de la pantoufle, qui doit offrir une traction
suffisante, ni glissante ni trop antidéra­
pante pour prévenir les chutes. Des pan­
toufles conçues pour s’e nfiler et se retirer
facilement sont vendues dans les boutiques
spécialisées dorthèses et prothèses.

Pantoufles adéquates
50 Guide pratique de podologie

La marche pieds nus


S an s ch au ssu re, le pied est vulnérable face à l’environnem ent
externe. Aussi, avant de marcher pieds nus, il est recommandé de
s’assurer de la sécurité de la surface afin d ’éviter des blessures ou
des traum atism es quelconques.

L a marche pieds nus sur des surfaces naturelles, telles que le


sable ou l’herbe, constitue un véritable m assage pour la plante du
pied. Toutefois, une marche prolongée en terrain accidenté exige du
pied qu’il exécute des mouvements inhabituels pouvant déclencher,
entre autres, une fasciite plantaire.

Enfin, marcher fréquemment pieds nus à l’intérieur de la maison


sur des surfaces dures et uniformes peut précipiter l’a ffaissement des
arches plantaires en raison de l’utilisation excessive du système de
suspension du pied. Lorsque l’e nvironnement est sécuritaire, c’est-à-
dire sans risque de blessure ou de contamination, on peut laisser
occasionnellement l’e nfant marcher pieds nus.

Les bas ou chaussettes


ïl faut toujours porter des chaussettes ou des bas dans les chaus­
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

sures pour diminuer la transpiration, favoriser l’absorption du sur­


plus d ’humidité et réduire la friction de la peau sur le revêtement
interne des chaussures. Les bas doivent être suffisam m ent larges
et longs pour que les orteils puissent bouger librem ent: des bas
trop petits favorisent le chevauchement des orteils ou la formation
Traces de couture d ’une chaus­
sette sur le bout des orteils d ’o rteils en griffe, et contribuent à l’apparition d ’ongles incarnés.

Il est préférable de recom m ander le port de ch au ssettes qui


gardent les pieds au sec, fabriqués d ’un mélange de fibres synthé­
tiques ou naturelles (acrylique, polypropylène, Orlon, Coolmax, bambou,
mohair, etc.); les personnes qui transpirent abondamment devraient
éviter de porter des chaussettes contenant du nylon. Les chaussettes
qui ont déjà été raccommodées ou dont les coutures sont susceptibles
de créer des zones d ’hyperfrottement ou d ’hyperpression sont à éviter.
Enlin, les bas et les chaussettes dont les élastiques sont mal ajustés
Chaussette avec couture plate
aux orteils peuvent entraver la circulation sanguine.
Fondements 51

Les orthèses plantaires


L’o rthèse plantaire sert entre autres à compenser les anomalies du
pied, à soulager les appuis plantaires douloureux, à corriger une
anomalie de relief plantaire et à normaliser la fonction d ’a ppui et
Orthèse partielle (en haut) de propulsion du pied. Un traitement orthésique efficace contribue
et orthèses pleines
(au centre et en bas) à atténuer et stabiliser les problèmes biom écaniques, à diminuer
considérablement l’hyperkératose su s­
ceptible de se développer aux points
d ’appui plantaires et à soulager les dou­
leurs à la marche. Les orthèses peuvent
être pleines ou partielles et conçues à
partir de différents m atériaux choisis
en fonction de divers critères com m e
la nature de l’affection, l ’im portance
de la correction à effectuer et le poids
de la personne. Les orthèses plantaires
doivent être prescrites par un médecin
pour qu’un orthésiste puisse procéder
à leur conception et à leur ajustement.

Les éléments correcteurs les plus cou­


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

rants utilisés sur l’o rthèse plantaire sont


le support d ’arche interne, qui offre un
support additionnel pour la voûte plan­
taire longitudinale interne, le dôme méta­
tarsien, qui réduit la pression m étatar­
sienne, et, enfin, la barre métatarsienne,
qui est plus grande que le dôme et qui
procure un soulagement plus important
de la pression sur les têtes et les diaphyses
métatarsiennes.
Éléments correcteurs. De gauche à droite:
barre métatarsienne, dômes métatarsiens, support d ’arche interne
52 Guide pratique de podologie

Produits en vente libre


LE S SEM ELLES DE CONFORT — Divers types de sem elles et de
coussinets peuvent être insérés dans la chaussure afin d ’en améliorer
le confort ou d ’en corriger l’ajustement. Certaines semelles prémou­
lées dites de confort sont vendues en pharmacie, dans des boutiques
Différents modèles
de semelles de confort de sports ou encore dans les magasins de chaussures. Souvent, ces
semelles et ces coussinets peuvent être
utiles pour combler une déficience de
la chaussure sur le plan de l’ajustement,
mais ils sont peu efficaces pour corriger
ou stabiliser des points d ’appui plantaires
par suite de problèmes biomécaniques
consécutifs à des déformations ou à une
déficience musculo-ligamentaire.

L e s s e m e l l e s in t é r ie u r e s p o u r la
CHAUSSURE - Lorsque l’esp ace d isp o ­
nible dan s la ch au ssu re le perm et,
des sem elles de propreté peuvent être
utilisées pour protéger le revêtement
interne de la ch au ssu re. C e type de
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

sem elle, la plupart du tem ps en tissu


éponge com m e la ratin e, est facile
d ’entretien et prolonge la durée de vie
de la chaussure. L es semelles en fibres
de coco, les filtres de charbon actif ou
encore les fibres synthétiques comme le
Sudex se révèlent efficaces pour absor­
ber le surplus d ’humidité et contrôler
les m auvaises odeurs. Par ailleurs, les
semelles isolantes en matériaux comme
Différents modèles l’alu m in iu m et le feu tre de m ohair
de semelles intérieures
sont très efficaces pour isoler du froid. Pour assurer l’e fficacité des
semelles intérieures, la partie qui contient les fibres actives de la
semelle doit être placée du bon côté de la chaussure. A cette fin,
il est recom m andé de suivre les directives du fabricant inscrites
sur l’emballage.
Fondements 53

MOLESKINE ET FEUTRINES AUTOCOLLANTES - L o r s q u e le r e v ê t e m e n t


i n t e r n e d e la c h a u s s u r e p r é s e n t e d e s i m p e r f e c t i o n s o u q u ’u n a j u s t e ­
m e n t m in e u r e s t s o u h a ita b le p o u r d im in u e r u n e z o n e d e fric tio n e t
p r o t é g e r la p e a u , u n e b a n d e t a i ll é e s u r m e s u r e d e m o le s k in e o u d e
f e u t r i n e p e u t ê t r e e f f i c a c e ; il f a u t c e p e n d a n t p r e n d r e s o in d ’a p p l i ­
q u e r l ’a d h é s i f d u c ô té d e la c h a u s s u r e e t n o n s u r la p e a u !

Moleskine et feutrines
autocollantes

Feutrine appliquée
vis-à-vis contrefort

C o n s e il s au c l ie n t
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

P o u r la p ré ve n tio n des m a u x de pieds


■ De préférence, acheter la chaussure en fin de journée au moment où le pied est à son
maximum de volume.
■ Porter des chaussures qui respectent la morphologie (taille et forme) des pieds et qui sont
adaptées au type d’activité pratiquée.
■ Choisir la pointure de la chaussure en fonction du pied et de l’orteil les plus longs, de la largeur
de l’avant-pied et du talon et, enfin, de la hauteur de l’empeigne.
■ Sélectionner une chaussure dont le talon est assez large pour assurer la stabilité de la cheville
et dont la hauteur n’excède pas 4 cm pour empêcher le déplacement des points d’appui
plantaires à l’avant-pied.
■ Privilégier une semelle offrant une traction suffisante, ni glissante, ni trop antidérapante, d’une
épaisseur adéquate pour protéger la plante du pied des irrégularités du sol et amortir les chocs
sur une surface dure, et suffisamment flexible pour permettre le déroulement complet du pied
à la marche.
54 Guide pratique de podologie

■ Privilégier des chaussures dont les matériaux sont souples et non occlusifs afin de favoriser
l’évacuation de la transpiration.
■ Voir à ce que le revêtement interne soit lisse, sans aspérités et sans coutures.
■ Porter les chaussures neuves progressivement pour prévenir les phlyctènes ou les blessures
causées par les matériaux neufs.
■ S’assurer que l’espace libre dans la chaussure est suffisant avant d’utiliser des semelles
intérieures de propreté ou de confort.
■ Retirer les semelles intérieures des chaussures en fin de journée pour éliminer complètement
l’humidité résiduelle qui favorise le développement et la croissance des micro-organismes
responsables des mauvaises odeurs et des infections cutanées; les nettoyer au besoin.
■ Porter des chaussettes ou des bas dans les chaussures pour diminuer la transpiration, favoriser
l’absorption du surplus d’humidité et réduire la friction de la peau sur le revêtement interne
des chaussures.
■ Changer de bas ou de chaussettes chaque jour (et plus souvent si c’est nécessaire) pour diminuer
les risques de prolifération des bactéries et des champignons responsables des mauvaises odeurs
et des infections cutanées.

Note à la personne diabétique


L a p e r s o n n e q u i so u ffre d ’u n e n e u r o p a th ie d ia b é tiq u e d o it in s p e c te r q u o tid ie n n e m e n t l ’in t é rie u r d e ses ch a u s su re s
à la re c h e rc h e d ’a sp é rité s o u d e z o n e s d e c o n flit a v e c le p ie d . Le s c h a u sse tte s e t les b a s d o iv e n t être e x a m in é s p o u r
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

d é te c te r la p ré s e n c e d e tro u s o u d e tra ce s d e sa n g . D u s a n g s u r u n e c h a u s s e tte p e u t in d iq u e r I n f o r m a t io n d ’u n e


a m p o u le o u d ’u n u lcè re . Le s c h a u s s e tte s q u i o n t d é jà été r a c c o m m o d é e s o u d o n t le s c o u tu re s s o n t s u s c e p tib le s

d e c ré e r d e s z o n e s d ’h y p e rfro tte m e n t o u d ’h y p e rp re s s io n s o n t à éviter. Le s ch a u s s e tte s d o n t les é la s tiq u e s p e u v e n t


e n t ra v e r la c ir c u la t io n s a n g u in e s o n t à p ro scrire .

Il e st f o r t e m e n t d é c o n s e illé a u x p e r s o n n e s d ia b é tiq u e s s o u ffr a n t d ’u n p ie d in s e n s ib le d e m a r c h e r p ie d s n u s , n o n


s e u le m e n t à c a u s e d e s ris q u e s d e tra u m a tis m e s , m a is a u s s i p a r c e q u e la p re s s io n e x e rcé e s u r la p la n t e d u p ie d

e st très élevée, s a n s la p ro t e c t io n d ’u n e c h a u s s u re à s e m e lle co u ssin é e .


Partie II

LES AFFECTIONS
COURANTES DU PIED
La deuxième partie du livre est consacrée aux affections les plus
courantes du pied. Pour en simplifier 1 etude, elles sont regroupées
selon leur origine sous trois sections différentes et traitées en suivant
un plan classique et structuré. Les pathologies retenues sont accom­
pagnées de photographies cliniques illustrant les symptômes les plus
évocateurs. Les facteurs prédisposants ou susceptibles d ’aggraver
chacune des affections y sont également énumérés. Les approches
thérapeutiques diverses et les traitem ents sans ordonnance sont
décrits et commentés dans le détail.

Enfin, on y retrouve les indications pour savoir quand adresser le


client au médecin pour la prévention et le soulagement des symptômes
ainsi qu’une note à la personne diabétique mettant en relief certaines
précautions pour éviter les com plications auxquelles son état de
santé l’expose.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
8 S
S
S
Si
S
. Olv
ffc
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
A ffections cutanées courantes 59

XÉROSE

DÉFINITION
La xérose est une sécheresse anormale de la peau attribuable à
des facteurs endogènes et exogènes. Lépiderme normal contient
,
entre 13 et 15% d ’e au; si ce pourcentage est inférieur des signes
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

évidents de sécheresse cutanée apparaissent. La peau xérotique


est très vulnérable aux irritants extérieurs et aux infections ; par
,
ailleurs Vhyperkératose de protection a tendance à se développer
plus facilement sur une peau sèche.

ÉTIOLOGIE
La xérose est le plus souvent associée au phénomène de vieillissement
naturel. D es désordres épidermiques comme le psoriasis, 1eczéma
atopique et la dermatite, caractérisés par une anomalie de la kérati­
nisation, accompagnent fréquemment la xérose. Chez certaines per­
sonnes diabétiques, l’absence ou la diminution du fonctionnement
des glandes sudoripares peut entraîner une sécheresse importante de
la peau appelée anhidrose. Les personnes atteintes d ’hypothyroïdie
non stabilisée par la médication sont sujettes à la xérose.
60 Guide pratique de podologie

_________________ S IG N E S E T S Y M P T Ô M E S _________________
L a p e a u s è c h e e s t t e r n e e t r u g u e u s e ; d ’a s p e c t é c a illé , d e f i n e s s q u a m e s p o u d r e u s e s
r e c o u v r e n t s o u v e n t la s u r f a c e c u t a n é e . S e lo n le s s y m p t ô m e s e n p r é s e n c e ,
la x é r o s e e s t q u a l i f i é e d e lé g è re , m o d é r é e , s é v è r e o u e x t r ê m e m e n t s é v è r e .
L a x é ro s e s é v è re e t e x t rê m e m e n t s é v è re e st s o u v e n t a c c o m p a g n é e d e p r u r it
e t d e s c re v a s s e s s o n t s o u v e n t p ré se n te s.

FACTEU RS P R ÉD ISPO SA N TS OU AGGRAVANTS A PPR O CH ES TH É R A P E U TIQ U ES D IV ERSES

■ Im m e rsio n p ro lo n g é e de la peau ; la vages Il n’e xiste a u cu n tra ite m e n t ra d ica l de la xé ro se, si ce


fré q u e n ts; u sage a b u s if de savo ns. n’est l’a d o p tio n d ’h a b itu d e s de vie qui a tté n u e n t les

■ C o n tact de la peau a v e c des ag e n ts irrita n ts, fa cte u rs p ré d isp o sa n ts ou a g g ra v a n ts. A in si, la per­

c o m m e ce rta in s p a rfu m s et co lo ra n ts co n te n u s so n n e su je tte à la xérose d e vrait a p p liq u e r q u o tid ie n ­

d a n s les p ro d u its n etto yan ts. n e m en t un h yd ra ta n t su r sa peau, cesser l’u tilisa tio n
d es sa vo ns, en p lu s d ’é viter sy sté m a tiq u e m e n t les
■ E xp o sitio n de la peau à la ch ale u r, au fro id , au
tre m p a g e s de p ied s p ro lo n g é s et les b a in s m o u ssa n ts.
so leil et au vent. P lu s l’h u m id ité a tm o sp h é riq u e
P o u r un so u la g e m e n t d es d é m a n g e a iso n s a sso cié e s
est basse, p lu s la peau a te n d a n ce à s é c h e r; c ’est
à la peau très sè ch e, les p ro d u its h y d ra ta n ts sans
p a rtic u liè re m e n t le cas l’hiver, lo rsq u e le clim a t
sté ro ïd e s à base d ’a v o in e c o llo ïd a le n atu re lle et à l’e x­
est fro id et sec.
trait de b eu rre de karité avec ou sa n s m e n th o l ra fra î­
■ P ro b lè m e s de n u tritio n et de d é sh y d ra ta tio n . ch issa n t so n t e ffic a c e s et d e v ra ie n t être p riv ilé g ié s.
■ P résen ce d ’h yp o th y ro ïd ie non co n trô lé e Les co rtic o sté ro ïd e s to p iq u e s su sce p tib le s d ’e n tra în e r
p ar la m é d ica tio n . des effets se c o n d a ire s tels q u e se n sa tio n de b rû lu re,

■ U sage de ré tin o ïd e s c o m m e l’iso tré tin o ïd e irrita tio n lo ca le, a m in c is se m e n t de la p eau , d é c o lo ­

(A ccu ta n e MD). ration de la peau et su rin fe c tio n ne d e v ra ie n t être


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

re c o m m a n d é s q u ’en d e rn ie r reco u rs et u tilisé s so u s


■ Âge avan cé .
su p e rv isio n m é d ica le .

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


L es préparations hydratantes que I on trouve clans le com m erce
contiennent généralement une combinaison d ’agents actifs. Pour
identifier la catégorie à laquelle appartient un hydratant, il faut
connaître la concentration des ingrédients actifs, lesquels sont énu­
m érés dans la m onographie du produit par ordre décroissant de
concentration. La concentration en eau et en huile détermine le pou­
voir hydratant de la solution ; en général, les crèmes ont une teneur
en huile plus élevée que les lotions. Pour être efficaces, les produits
hydratants doivent être appliqués quotidiennement et régulièrement ;
l’arrêt de cette routine ramène inévitablement les sym ptôm es de
sécheresse cutanée.
A ffections cutanées courantes 61

Il existe trois principales catégories de produits hydratants: les


hydratants hygroscopiques, les antidéshydratants et les hydratants
kératolytiques/exfoliants.

LE S HYDRATANTS HYGROSCOPIQUES, aussi appelés humectants, captent


l’eau des couches inférieures de la peau et l’attirent vers la couche
cornée. Les principaux ingrédients actifs contenus dans les produits
de cette catégorie sont la glycérine, le miel, la gélatine, l’urée, la
lécithine, le propylène glycol, le sorbitol, les phospholipides et l’a cide
pvrrolidone carboxylique. A noter que plusieurs produits comm er­
cialisés sont classés à la fois comm e préparation hum ectante et
préparation ayant des propriétés occlusives.

LE S ANTIDÉSHYDRATANTS, désignés fréquem m ent sous l’appellation


préparations occlusives, réduisent ou empêchent l’évaporation de
l’eau contenue dans la couche cornée de lepiderme. Les ingrédients
actifs les plus populaires que l’on trouve dans cette catégorie de
produits sont la gelée de pétrole, les huiles minérales, les huiles végé­
tales, la farine d ’avoine colloïdale, le diméthicone, le cyclométhicone,
le beurre de cacao, la lanoline, la cire de carnauba, l’a cide stéarique,
l’alcool cétylique, le silicone, la paraffine et la cire d ’abeille. C es
ingrédients actifs forment une pellicule plus ou moins occlusive
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

à la surface de la peau qui non seulement empêche l’eau de s’éva­


porer, m ais contrecarre les effets desséchants de l’eau en créant
un film protecteur imperméable. Grâce à leur qualité occlusive, les
antidéshydratants peuvent rendre la surface de la peau glissante. Il
est donc préférable d ’appliquer ces produits le soir, au coucher, et
d ’enlever l’excédent qui n’a pas été absorbé par la peau afin d ’éviter
la macération cutanée.

L e s h y d r a t a n t s a v e c d e s p r o p r ié t é s k é r a t o l y t iq u e s /e x f o l ia n t e s
soulagent la peau très sèche et hyperkératosique ; ces produits sont
conçus pour dissoudre les liaisons entre les cellules de la couche
cornée afin d ’en accélérer la chute et le renouvellement. Parmi les
agents actifs des produits de cette catégorie, on trouve l’urée, l’acide
lactique, l’a cide salicylique, les acides alpha-hydroxy (AHA), l’acide
citrique, l’a cide malique, les acides bêta-hvdroxy et l’allantoïne.
62 Guide pratique de podologie

Pour sélectionner le produit convenant le mieux aux besoins spé­


cifiques de la personne, il faut tenir compte de la condition de sa
peau et de son état de santé général, de la présence d ’un terrain aller­
gène ou d ’une affection dermatologique, ainsi que de ses ressources
financières, de ses préférences et de ses habitudes.

Tableau 1
QUELQUES EXEM PLES DE PRO DUITS HYDRATANTS EN VENTE LIBRE
Exemples
Propriétés//ngrédients actifs de noms commerciaux Commentaires
H yd ra ta n ts h y g ro sco p iq u e s
Propriétés
■ C ap te n t l’eau des c o u ch e s A q u a ta in MD (crèm e et lotion), ■ P o u r o p tim ise r les effets
in fé rie u re s de la peau et la C o m p le x-1 5 MD (crèm e et lotion), du p ro d u it, l’a p p liq u e r su r
d ra in e n t ve rs la co u ch e co rnée. D e rm a l T h e ra p y MD, une peau h u m id e , a p rè s le bain
■ A d o u cisse n t la peau et atté n u e n t G laxal B a se MD, ou la d o u ch e .
les fin e s rid u le s. N iv e a MD, ■ Faire p én étre r l’h yd ra ta n t
C e ta p h ilMD, en e ffe ctu a n t de petits
Ingrédients actifs L u b rid e rm MD (lotion), m o u v e m e n ts de m assag e.
G lycérin e, m iel, gé latin e , A v e e n o MD (lotion),
■ E nlever to u t e xcéd en t de crèm e
lé cith in e , p ro p ylè n e glyco l, K e riMD (lotion),
q ui n’a p as été a b so rb é par
so rb ito l, p h o sp h o lip id e s , V a se lin e so in s in te n sifsMD,
la peau.
a c id e p yrro lid o n e c a rb o x y liq u e , etc.
a c id e h ya lu ro n iq u e . ■ Ne p as a p p liq u e r d ’h y d ra ta n ts
entre les o rteils.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

A n tid é sh y d ra ta n ts
Propriétés
■ R é d u ise n t ou e m p ê c h e n t G lyc e ro d e rm in e MD, ■ Ces p ro d u its d o n n e n t de
l’é v a p o ra tio n de l’eau en fo rm a n t M o isture lMD, m e ille u rs ré su ltats s’ils sont
une p e llicu le p lus L u b rid e rm MD (lotion), a p p liq u é s su r u ne peau h u m id e
ou m o in s o cclu sive à la su rfa ce A v e e n o MD (lotion), ■ C e rta in s de ces p ro d u its sont
de la peau. K e riMD (lotion), à éviter su r les p ied s, ca r ils
V a se lin e so in s in te n sifsMD, ren de n t la su rfa ce de la peau
Ingrédients actifs
N e u tro g e n a MD, tro p glissan te .
V a se lin e (gelée de pétrole), A q u a p h o rMD,
h u ile s vé gé ta le s, fa rin e d ’a v o in e ■ Si u ne tro p g ra n d e q u a n tité
P ré v e xMD,
co llo ïd a le , d im é th ic o n e , de ces p ro d u its est a p p liq u é e ,
B a rrie r C re m e MD de Restore,
c y c lo m é th ic o n e , beu rre u ne m a cé ra tio n c u ta n é e et
A k ild ia MD,
de caca o , la n o lin e , cire de u ne m o d ific a tio n de la flo re
C u re lMD,
c a rn a u b a , a c id e sté a riq u e , alco o l b acté rie n n e de la peau p eu ve nt
E u c e rin MD,
cé tyliq u e , silico n e , p a ra ffin e s’e nsuivre .
EltaMD,
et cire d ’a b e ille . etc. ■ La la n o lin e a un potentiel
a lle rg è n e co n n u .
A ffections cutanées courantes 63

QUELQUES EXEM PLES DE PRO DUITS HYDRATANTS EN VENTE LIB R E [suite]


Exem ples
Propriétés/lngrédients actifs de nom s com m erciaux Com m entaires
H yd ra ta n ts a u x p ro p rié té s k é ra to ly tiq u e s et e xfo lia n te s
Propriétés
■ A ccé lè ren t la ch ute d es c e llu le s U re m o l-1 0 MD, ■ Les h y d ra ta n ts co n te n a n t un
m o rte s de la co u ch e co rn é e et U re m o l-2 0 MD, ké ra to ly tiq u e /e xfo lia n t a id e n t
en fa cilite n t le re n o u v e lle m e n t. D e rm a l T h e ra p y MD 2 5 % d ’urée, à réd u ire la d e sq u a m a tio n en
■ A m é lio re n t la te xtu re cu tan é e , L a c tic a re MD (lotion), p ré se nce d ’h yp e rké rato se s.
ré d u ise n t la ru go sité et a tté n u e n t L a c -H y d rin MD (lotion), ■ Selo n les co n ce n tra tio n s, l’urée
l’a p p a re n c e d es fin e s rid u les. E u c e rin MD 10% , est h y g ro sco p iq u e (3 à 10% )
UrisecMD (huile m inérale et urée), ou k é ra to lytiq u e /e xfo lia n te
Ingrédients actifs etc. (su p é rieu re à 10% ).
Urée, a cid e la ctiq u e , a cid e
■ L’urée peut p ro v o q u e r une
sa lic y liq u e , a cid e s a lp h a -h y d ro x y
se n sa tio n de b rû lu re ou de
(AHA), a cid e citriq u e , a cid e
p ico te m e n t su r u ne peau sè ch e
m a liq u e , a cid e s b ê ta -h yd ro xy,
et lésée. P o ur p ré ve n ir ce
a lla n to ïn e .
m a la ise , il fau t a p p liq u e r l’urée
su r une peau h u m id e .

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin en m esure de pousser
plus loin l’investigation sur l’origine du problème et de déterminer
le traitement en eonséquence dans les cas suivants :
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ En présence de problèmes dermatologiques associés, comme


le psoriasis, l’eczéma, le pied d ’athlète, et lorsque la xérose est
accom pagnée de prurit sévère et de lésions par grattage.
■ Lorsque les symptômes de sécheresse cutanée persistent après
plus de quatre sem aines de traitement selon l’une ou l’autre des
approches thérapeutiques mentionnées plus haut.
■ Lorsque le client est réputé atteint d ’hypothyroïdie et qu’aucun
contrôle médical n’a été fait depuis plusieurs mois.
64 Guide pratique de podologie

C o n s e il s a u c l ie n t

P o u r la p ré ve n tio n de la xéro se
■ Utiliser de préférence des agents nettoyants sans savon à faible potentiel d’irritabilité
(avec un pH neutre ou physiologique, sans colorant ni parfum).
■ Éviter les bains de pieds répétés et prolongés.
■ Appliquer quotidiennement une crème hydratante pour les pieds, idéalement au coucher,
après le bain ou la douche. Faire pénétrer l’hydratant en exécutant des petits mouvements
de massage. Éviter l’application d’hydratant entre les orteils pour empêcher la macération
cutanée ; le surplus de produit qui n’a pas été absorbé par la peau doit être essuyé.
■ Utiliser une huile de bain pour réduire l’effet asséchant de l’eau sur la peau.
■ Protéger la peau lors d’expositions prolongées au soleil.
■ Boire au moins un litre d’eau par jour pour maintenir la souplesse de la peau.

P o u r le so u la g e m e n t des sym p tô m e s
■ Utiliser un produit hydratant ayant des propriétés antidéshydratantes ou kératolytiques et
exfoliantes et l’appliquer régulièrement, au moins une fois par jour, idéalement au coucher
après le bain ou la douche. Répéter l’application au besoin.
■ Éviter systématiquement les savons, les trempages de pieds prolongés et les bains moussants.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Pour soulager les démangeaisons associées à la peau très sèche, privilégier les produits
hydratants sans stéroïdes à base d’avoine colloïdale naturelle et à l’extrait de beurre de karité
avec ou sans menthol rafraîchissant.
■ Suivre rigoureusement les mesures préventives mentionnées ci-dessus et les intégrer dans la
routine quotidienne.

Note à la personne diabétique


Chez la personne diabétique, les risques d ’infection cutanée et d ’ulcération augmentent lorsque la peau est sèche.
Il est donc im portant que cette personne adopte en priorité les mesures préventives mentionnées plus haut afin
de dim inuer les risques de complications liées à son état de santé.
A ffections cutanées courantes 65

HYPERKÉRATOSE DE PROTECTION (callosités, cors, durillons, crevasses)

DÉFINITION
L’hyperkératose de protection consiste en l ’épaississement de
la couche cornée de l ’épiderme qui se développe à la faveur
d ’agressions répétées de type hyperpression et hyperfriction. En
,
podologie ce type de réaction cutanée est décrite en précisant
l ’endroit où Vhyperkératose apparaît (face plantaire, dorsale ou
latérale du pied, partie distale des orteils et pourtour du talon)
(
et les caractéristiques que cette réaction présente superficielle,
diffuse, circonscrite, épaisse ou crevassée).

ÉTIOLOGIE
Le mécanisme de formation de l’hyperkératose de protection est une
réaction défensive de l’épiderme dont les trois couches les plus pro­
fondes (corps muqueux de Malpighi) vont réagir à la faveur d ’a gres­
sions m écaniques en accélérant le processus de kératinisation. Les
cellules de kératine vont mourir prématurément et s’a ccumuler au
niveau de la couche cornée qui va s’épaissir de façon caractéristique
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

selon les zones affectées. Tl arrive qu’un épaississement excessif de


la couche cornée apparaisse sans qu’il y ait eu agression externe ; il
s’agit alors d ’hyperkératose non mécanique souvent palmo-plantaire,
dont l’étiologie la plus courante est dermatologique: psoriasis, eczéma
ou lichen plan. Cette hyperkératose s’étend de façon plus ou moins
importante sur toute la surface plantaire du pied et pas seulement
sur les points d ’appui classiques du pied.
66 Guide pratique de podologie

HYPERKÉRATOSE SUPERFICIELLE (callosité)

________________ S IG N E S E T S Y M P T Ô M E S _______________
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

L a c a ll o s i t é e s t tr è s f r é q u e n t e ; e l le a p p a r a î t le p l u s s o u v e n t a u t a lo n ,
d e m ê m e q u 'à la f a c e la t é r a l e in t e r n e d u p r e m i e r o r t e il e t d e la p r e m i è r e tê te
m é t a t a r s ie n n e . L e s r e b o r d s d e la c a ll o s i t é s o n t d i f f u s e t d e s d e r m a t o g ly p h e s
t é m o i g n a n t d e la s u p e r f i c i a l i t é d e l'a t t e in t e s o n t s o u v e n t v i s ib le s .
B ie n q u 'e lle s o i t h a b i t u e l l e m e n t i n d o lo r e , la c a ll o s i t é e n g e n d r e u n c e r t a i n
i n c o n f o r t c h e z la p e r s o n n e , q u i s e p l a i n t d 'u n e p e a u r u g u e u s e e t in e s t h é t iq u e .

FACTEURS PRÉDISPOSANTS OU AGGRAVANTS_________________________________


■ Des défo rm atio n s du pied, qui m o difien t les points d ’ap pu i plantaires, telles q u ’un orteil en griffe
(orteil en m arteau), un hallu x valgus, une arche affaissée (pied plat) ou cam b rée (pied creux).

■ Un m a u v a is a ju ste m e n t de la ch au ssu re , qui p ro v o q u e d es zo n e s de frictio n et de pressio n


e xcessive.

■ Une d é m a rc h e a n o rm a le , q ui m o d ifie les ch a rg e s a u x p o in ts d ’a p p u i p la n ta ire s.

■ U ne peau xé ro tiq u e (sèche).

■ Une su rch a rg e p o n d é ra le , qui a u g m e n te la p re ssio n a u x p o in ts d ’a p p u i p la n ta ire s.


A ffections cutanées courantes 67

HYPERKÉRATOSE CIRCONSCRITE ET LOCALISÉE AUX ORTEILS (cor)

Cor à
la partie
distale
(pulpaire)
du quatrième
orteil

________________S IG N E S E T S Y M P T Ô M E S _______________
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

À la f a c e d o r s a l e d e s o r t e ils , le c o r e s t h a b i t u e l l e m e n t c ir c o n s c r it , d ’é p a i s s e u r
v a r ié e e t i l s e d é v e l o p p e v is - à - v is d e s a r t i c u l a t i o n s i n t e r p h a l a n g i e n n e s .
I l a r r iv e q u e d e s n o y a u x h y p e r k é r a t o s iq u e s s ’i n c r u s t e n t s u r la s u r f a c e a t t e in t e ,
p r o v o q u a n t d e s d o u l e u r s v iv e s à la p r e s s io n e t e x a c e r b é e s p a r le f r o t t e m e n t
e t la p r e s s io n d e la c h a u s s u r e s u r la z o n e d e c o n f lit . L e c o r p e u t é g a l e m e n t
s e f o r m e r à la p a r t i e d is t a le d e s o r t e il s e n g r if fe .

À la f a c e la t é r a le in t e r n e o u e x t e r n e d e s o r t e ils , le c o r e s t f r é q u e m m e n t
a c c o m p a g n é d ’u n e m a c é r a t io n d e s t is s u s a v o i s in a n t s , e t u n e p r e s s io n e x e r c é e
d ir e c t e m e n t s u r la z o n e a t t e in t e p r o v o q u e u n e v iv e d o u le u r .
C e t y p e d e c o r, a p p e l é a u s s i œ il - d e - p e r d r i x o u c o r m o u , s e p r é s e n t e
le p l u s s o u v e n t a u x f a c e s la t é r a le s e x t e r n e e t in t e r n e d u q u a t r i è m e o r t e il
o u à la f a c e la t é r a le i n t e r n e d u c i n q u i è m e o r t e il. L e c o r lo g é à c e s e n d r o it s
e s t c o n s é c u t i f à la c o m p r e s s i o n d e s o r t e il s le s u n s c o n t r e le s a u t r e s .
68 Guide pratique de podologie

Cor interdigital à la face latérale


externe du quatrième orteil

FACTEURS PRÉDISPOSANTS OU AGGRAVANTS_________________________________


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ O rte ils en g riffe et c h e v a u c h e m e n t d es o rte ils.


■ Port de ch a u ssu re s in a p p ro p rié e s, par e xe m p le des so u lie rs à ta lo n s h au ts ou des ch au ssu re s
trop étroites à l’a v a n t-p ie d qui c o m p rim e n t les o rte ils les u ns su r les au tres, ou, encore,
d es ch a u ssu re s d o n t la p ro fo n d e u r (h au te u r de l’e m p eig n e ) est in su ffisa n te p o u r loger
les o rte ils d éfo rm és.
■ T aille trop sévère d es o n g le s qui e xp o se la p artie d ista le des o rte ils a u x a g re ssio n s de typ e
h yp e rp re ssio n et h yp e rfric tio n .
A ffections cutanées courantes 69

HYPERKÉRATOSE PLANTAIRE (durillon)

___________________ S IG N E S E T S Y M P T Ô M E S __________________
L e d u r illo n s e f o r m e t y p iq u e m e n t à la f a c e p la n t a ir e d u p ie d , v is -à -v is d 'u n e
a r t ic u la t io n o u d 'u n e a s p é r it é o s s e u s e . I l e s t d 'a p p a r e n c e e t d 'é t e n d u e v a r ié e s ; s a
p a r t ie c e n t r a le e s t le p lu s s o u v e n t e n c h â s s é e d a n s la p e a u , t a n d is q u e s e s r e b o r d s s e
c o n f o n d e n t a v e c la c a llo s it é q u i l ’e n t o u re . U n o u p lu s ie u r s n o y a u x h y p e r k é r a t o s iq u e s
p e u v e n t s e r e t r o u v e r s u r le d u r illo n p lu s o u m o in s é p a is e t c ir c o n s c r it .
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

L a p e a u s u r le s z o n e s a f f e c t é e s e s t s o u v e n t j a u n â t r e o u b r u n â t r e . L e d u r i l l o n
p r o v o q u e à la m a r c h e u n e s e n s a t io n a l l a n t d e l 'i n c o n f o r t à la b r û lu r e .
O n c o n f o n d p a r f o i s le d u r i l l o n a v e c la v e r r u e p la n t a ir e , q u i e s t r e c o u v e r t e
d 'u n e p e t it e c o u c h e c o r n é e j a u n â t r e ; c e t t e d e r n iè r e s e d is t in g u e t o u t e f o is d u
d u r i l l o n p a r la p r é s e n c e d e p e t it s p o i n t s n o ir s à s a s u r f a c e e t p a r s a f a c i l i t é
a s a ig n e r l o r s q u e l ’o n t e n t e d e r é d u ir e la c o u c h e c o r n é e q u i la r e c o u v r e . L a
v e r r u e p r o v o q u e u n e d o u l e u r v iv e s u r t o u t le m a t in , lo r s q u e le p i e d e s t p o s é p a r
t e r r e la p r e m i è r e f o i s ; e lle s u s c it e é g a l e m e n t u n e v iv e d o u l e u r a u p in c e m e n t ,
c o n t r a ir e m e n t a u d u r i l l o n q u i n 'e s t d o u l o u r e u x q u e lo r s q u 'o n e x e r c e u n e
p r e s s io n v e r t ic a le d ir e c t e . P a r a ill e u r s , la v e r r u e p l a n t a i r e p e u t a p p a r a î t r e
a i l l e u r s q u e s u r le s p o i n t s d e p r e s s io n d u p ie d .

FACTEURS PRÉDISPOSANTS OU AGGRAVANTS________________________________


■ Port de c h a u ssu re s in a p p ro p rié e s, c o m m e des so u lie rs à ta lo n s h au ts, ou d o n t les se m e lle s
so n t tro p m in ce s ou tro p rigid es.
■ D ive rse s d é fo rm a tio n s, c o m m e l’o rte il en griffe, l’h a llu x v a lg u s, la ca m b ru re e xagé rée ou
l’a ffa isse m e n t des a rch e s qui m o d ifie n t les p o in ts d ’a p p u i p la n ta ire s.
70 Guide pratique de podologie

CREVASSE

___________________ S IG N E S E T S Y M P T Ô M E S ________________
L e s c r e v a s s e s s e d é v e l o p p e n t g é n é r a le m e n t s u r u n e p e a u s è c h e o ù s iè g e n t
d é j à d e s c a llo s it é s . C e s t a u p o u r t o u r d e s t a lo n s q u e le s c a llo s it é s s e f e n d i l l e n t
le p l u s s o u v e n t S e lo n l'é p a is s e u r d e ï h y p e r k é r a t o s e , le s c r e v a s s e s s o n t p l u s
o u m o i n s p r o f o n d e s e t d o u lo u r e u s e s e t e lle s p e u v e n t s a ig n e r .
L o r s q u e la s é c h e r e s s e c u t a n é e e s t p a r t i c u l i è r e m e n t p r o n o n c é e ,
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

d e s c r e v a s s e s p e u v e n t s e f o r m e r s u r d 'a u t r e s p a r t i e s d u p ie d .

FACTEURS PRÉDISPOSANTS OU AGGRAVANTS______________________________


■ Peau xé ro tiq u e (sèche).

* In cid e n ce a ccru e des cre v a sse s en été et en hiver.


■ Po rt de sa n d a le s à co u rro ie u n iq u e à l’av a n t-p ie d q ui e xp o se n t le ta lo n
à d es a g re ssio n s répétées.
A ffections cutanées courantes 71

APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES________________________


Le p ro fe ssio n n e l de la santé fo rm é e en p o d o lo g ie p o u rra réd u ire et é lim in e r
l’h yp e rké rato se de faço n sé c u rita ire au m oyen d ’in stru m e n ts sp é c ifiq u e s,
tout en ch e rc h a n t à id e n tifie r les fa cte u rs qui o nt c o n trib u é à son a p p a ritio n .
P o ur co rrig e r la ré p a rtitio n des ch a rg e s a u x p o in ts d ’a p p u i p la n ta ire s où
se d é v e lo p p e l’h yp e rké rato se , il peut s'avérer n é ce ssaire de co n su lte r un
m é d e c in p o u r é v a lu e r la p e rtin e n ce d ’in sta u re r un tra ite m e n t o rth é siq u e
ou une c h iru rg ie co rre ctive des d é fo rm a tio n s. Enfin, le p o rt d ’u ne ch a u ssu re
co n v e n a n t à la fo rm e et à la ta ille du pied réduit co n sid é ra b le m e n t l’in cid en ce
de l’hyperkératose et ses récidives. Afin d ’éviter les zo n e s de conflit
p ied/chaussure, la ch au ssu re d oit être ad ap tée le m ie u x p o ssib le a u x ca ra cté ris­
tiq u e s de ch a q u e p erso n n e (voir l’e n cad ré de la page 48).

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Il existe une foule de produits et d ’a ccessoires en vente libre pour sou­
lager les symptômes douloureux associés à la callosité, aux cors, aux
durillons et aux crevasses ; malheureusement, même s’ils réussissent
à éliminer temporairement l’hyperkératose, ils n’agissent pas sur les
causes qui ont contribué à son développement. Par ailleurs, l’usage
non supervisé par un professionnel de la santé de ces produits peut
entraîner de graves conséquences sur la santé de l’utilisateur, en parti­
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

culier lorsque ce dernier fait partie d ’un groupe à risques de complica­


tions, comme les personnes diabétiques ou les personnes présentant
une déficience immunitaire et des troubles vasculaires périphériques.
En fin, les individus dont la vision est déficiente, qui souffrent
cl’obésité ou qui sont atteints de limitations articulaires diminuant
leur dextérité manuelle, de même que les personnes présentant des
troubles cognitifs, devraient avoir recours aux services d ’un profes­
sionnel de la santé formé en podologie pour l’utilisation sécuritaire
de tous les accessoires et produits en vente libre.

PRODUITS HYDRATANTS L’hyperkératose se développe plus facilement


-

sur une peau sè ch e ; en conséquence, l’application régulière de


crème hydratante est recommandée pour maintenir la peau souple et
hydratée. Pour être efficace, le produit hydratant doit être appliqué
tous les jours ; l’interruption de cette routine ramène inévitablement
les symptômes de sécheresse cutanée.
72 Guide pratique de podologie

Pour choisir le produit adapté aux besoins spécifiques de la per­


sonne, on doit considérer les aspects suivants : la condition de la
peau et l’état de santé général de la personne, la présence d ’un
terrain allergène ou d ’une affection dermatologique ainsi que les
ressources financières, les préférences et les habitudes. En présence
de crevasses, les produits contenant des antidéshydratants, comme
la vaseline (gelée de pétrole) et les huiles végétales, donnent de bons
résultats en application régulière au coucher1.

PIERRE PONCE - Pour éliminer les callosités, l’utilisation d ’une pierre


ponce après le bain ou la douche une ou deux fois par semaine est
efficace; afin d ’empêcher le cisaillement des tissus qui stimule la
production de kératine, il faut exécuter des mouvements continus
toujours dans le même sens. Le choix de la dimension et de la forme
de la pierre ponce dépendent de la localisation et de l’a ccessibilité de
la callosité ; les modèles avec un long manche peuvent convenir aux
personnes à mobilité restreinte. On se rappellera que plus le grain
de la pierre ponce est gros, plus son action décapante est grande.
11 est préférable, pour simplement adoucir la peau, de choisir une
pierre ponce à texture fine. Voir les différents m odèles de pierre
ponce présentés à la page 40.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

RÂPE DE MÉTAL ET CRÉDO - Bien qu’on les trouve facilement en vente


libre, la râpe de métal et le crédo (manche plastifié au bout duquel est
fixée une lame effilée et incurvée en acier inoxydable) sont des acces­
soires au pouvoir effractif dont le potentiel de dangerosité est grand ;
aussi est-il fortement déconseillé de les utiliser. D ’ailleurs, ces acces­
soires sont contre-indiqués chez les personnes à risque, telles que les
personnes diabétiques, les individus présentant une déficience immu­
nitaire et ceux qui sont atteints de troubles vasculaires périphériques.
L COUSSINETS PROTECTEURS Il existe de multiples coussinets pro­
-

Râpe de métal et crédo tecteurs en gel de polymère et mousse synthétique dont la taille et
la forme varient selon les distributeurs. C es coussinets sont conçus
1. Pour optimiser l’effet de la crème occlu­ pour protéger la peau des zones de conflit pied/chaussure et pour
sive, il est conseillé de couvrir les zones
crevassées d’une pellicule de plastique atténuer les douleurs provoquées par l’hyperkératose de protection qui
transparente et de porter des chaussettes
pour maintenir la pellicule en place toute
se développe sur le site des déformations. S ’ils sont utilisés à mauvais
la nuit. Pour être efficace, la procédure escient ou encore choisis sans tenir compte de certains facteurs, les
doit être complétée aux moins trois jours
consécutifs et répétée au besoin. coussinets peuvent aggraver le problème, voire en créer de nouveaux.
A ffections cutanées courantes 73
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Variétés de coussinets protecteurs


en gel de polymère

Séparateur d ’orteils en mousse


synthétique (à gauche)

Coussinets en forme de beignet


(à droite)
74 Guide pratique de podologie

Pour aider le client à choisir le type de coussinet approprié, il


est important de s’assurer qu’il y a suffisam m ent d ’e space dans la
chaussure pour en permettre l’ajout. Si la chaussure est déjà trop
serrée, ajouter un coussinet ne ferait qu’a ugmenter la pression sur la
zone atteinte. L’utilisation des coussinets en gel de polymère doit être
étroitement supervisée chez les personnes faisant partie d ’un groupe
à risque. De plus, il faut prendre le temps de lire attentivement
les directives du fabricant sur le mode d ’utilisation et d ’entretien
des coussinets. Les séparateurs d ’orteils utilisés pour atténuer les
douleurs associées au cor se développant à la face latérale des orteils
doivent être de taille appropriée et en matériau non occlusif, comme
la m ousse synthétique et le gel de polymère.

Les coussinets en forme de beignet sont à éviter, car ils rendent


la peau turgescente au centre du beignet, l’exposant encore plus aux
agressions de type pression et friction.

KÉRA TO LYTIQ U ES - L’usage des kératolytiques, qui ont la propriété de


dissoudre la kératine de la couche cornée de l’épiderme, devrait être
limité à des situations exceptionnelles. De fait, les kératolytiques
devraient être utilisés uniquement sous la supervision d ’un profes­
sionnel de la santé. En effet, ces agents thérapeutiques topiques en
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

vente libre, à différents pourcentages de concentration (de 10% à


40% ) et sous différentes formes et préparations magistrales, ont un
pouvoir de détruire non seulement l’hyperkératose, mais également
la peau saine qui l’entoure.

L’usage de kératolytiques peut entraîner des effets secondaires,


tels que des sensations de brûlure intenses ou de l’irritation. Si la
peau saine entourant l’hyperkératose est endommagée par le m au­
vais usage d ’une préparation à base d ’acide salicylique, la personne
doit interrompre le traitement jusqu’à ce que la peau lésée guérisse.
Trop souvent, ce type de produit est à l’origine d ’infections majeures
qui peuvent m ettre en danger la santé de la personne qui l’uti­
lise. L es kératolytiques sont contre-indiqués sur une peau irri­
tée, enflam m ée ou infectée. De plus, ils sont à proscrire chez les
personnes diabétiques, les aîn és, les personnes qui présentent
une déficience im m unitaire et celles qui souffrent de troubles
vasculaires périphériques.
A ffections cutanées courantes 75

Le pansem ent imprégné d ’acide salicylique est de loin le plus


utilisé en raison de sa facilité d ’application ; toutefois, s’il n’est pas
taillé aux dimensions exactes du cor ou encore si le frottement sur
la chaussure le fait glisser, il peut endommager la peau saine avoisi­
nante. De même, lorsqu’une préparation liquide est utilisée, on doit
protéger la peau entourant le cor avec un produit occlusif, tel que
la gelée de pétrole ou du vernis à ongles, ou encore en utilisant un
pansement avec une ouverture qui permet l’application du produit.
Si la peau saine entourant l’hyperkératose est endommagée par le
mauvais usage d ’une préparation à base d ’a cide salicylique, le client
doit interrompre le traitement jusqu’à ce que la peau lésée guérisse.
Selon la taille du cor et la concentration du kératolytique utilisé, le
traitement peut durer jusqu’à 14 jours, à raison d ’une ou de deux fois
par jour, le soir au coucher de préférence. Lorsque l’a cide salicylique
en concentration de 40% est utilisé, une application aux 48 heures
est généralement suffisante.

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


La personne doit être dirigée vers un médecin en mesure de pousser
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

plus loin l’investigation sur l’o rigine du problème et de déterminer


le traitement en conséquence dans les cas suivants :
■ Lorsque des déformations du pied ou de possibles problèmes
biomécaniques sont en cause. Le médecin pourra évaluer la
pertinence de prescrire un traitement orthésique ou autre.
76 Guide pratique de podologie

C o n s e il s a u c l ie n t

Pour la prévention de Phyperkératose de protection


(callosités, cors, durillons, crevasses)
■ Veiller à ce que la chaussure soit bien adaptée à la taille et à la forme des pieds et qu’elle
convienne au type d’activité pratiquée.
■ Maintenir la peau souple et bien hydratée en utilisant tous les jours si nécessaire une crème
hydratante pour les pieds.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Faire appel à un professionnel de la santé formé en podologie pour éliminer de façon sécuritaire
l’hyperkératose de protection et rechercher les causes à l’origine du problème.
■ Éliminer toute zone de conflit pied/chaussure ; au besoin, recourir à un spécialiste de la
chaussure ou à un cordonnier pour faire distendre la chaussure vis-à-vis de la zone concernée.
■ Utiliser la pierre ponce pour éliminer les callosités qui se trouvent à des endroits accessibles.
Exécuter des mouvements continus toujours dirigés dans le même sens.
■ S’assurer avant tout qu’il y a suffisamment d’espace disponible dans la chaussure avant
d’utiliser des coussinets protecteurs, des séparateurs d’orteils ou tout autre accessoire.
Suivre les directives du fabricant pour l’utilisation et l’entretien de ces accessoires.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Ne jamais tenter d’enlever l’hyperkératose soi-même avec un instrument quelconque, par


exemple la râpe de métal et le crédo. Demander l’aide d’un professionnel de la santé si l’on
désire utiliser des kératolytiques en vente libre afin de connaître les contre-indications, les
effets secondaires et les directives à suivre pour diminuer les risques de complications.

Note à la personne diabétique


Les personnes diabétiques ne devraient jamais tenter de réduire elles-mêmes l’hyperkératose, que ce soit au moyen
d ’instruments particuliers ou d ’agents chimiques sous différentes formes, telles que des solutions et des pansements
imprégnés d ’acide salicylique. Les causes à l ’origine de l ’hyperkératose doivent être activement recherchées afin de
diminuer les risques de récidive et surtout les complications; à cette fin, la consultation d ’une infirmière formée
en podologie est vivement recommandée.
A ffections cutanées courantes 77

H Y P E R H ID R O S E E T B R O M H ID R O S E

Fissures interdigitales sanguinolentes


avec rebords macérés

Peau d ’a pparence macérée associée à de l ’hyperhidrose chez un adolescent

DÉFINITION
Lhyperhidrose est une sécrétion excessive de sueur qui entraîne
souvent une macération et un ramollissement de la couche
cornée. Lhy'perhidrose localisée aux pieds constitue un milieu
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

propice au développement de la mycose cutanée (pied d ’athlète),


des phlyctènes (ampoules) et des engelures chez les sportifs prati­
quant des sports d ’hiver. Une odeur fétide, appelée hromhidrose,
est souvent associée à l ’hyperhidrose.

ÉTIOLOGIE
L’hyperhidrose résulte d ’une hyperactivité des glandes sudorales
qui sont sous la dépendance du système nerveux sympathique. La
sudation excessive commence généralement à la puberté. L’origine
de lhyperhidrose localisée aux pieds est indéterminée ; des stimulus
thermiques et psychiques semblent être en cause. La forte odeur qui
accompagne souvent l’hyperhidrose est principalement causée par la
décomposition des matières organiques contenues dans la sueur et
par la présence de champignons ou de bactéries qui se développent
plus facilement dans un milieu humide.
78 Guide pratique de podologie

_________________S I G N E S E T S Y M P T Ô M E S _________________
L'excès de sudation aux pieds présente des signes très clairs. La sueur peut
littéralement m ouiller les bas ou les chaussettes et laisser des traces humides sur
le sol. La sécrétion surabondante de sueur provoque l'érosion et une macération
de la peau, qui blanchit et s'enlève souvent par lambeaux. Une odeur
nauséabonde accompagne souvent l'hyperhidrose. Aux espaces interdigitaux,
des fissures linéaires plus ou moins profondes et douloureuses peuvent se
former, créant ainsi un m ilieu propice au développement d'une infection
bactérienne ou fongique.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ Po rt de c h a u ssu re s h e rm é ­ En p lu s d es m e su re s v isa n t le co n trô le d e s fa c te u rs p ré ­
tiq u e s et fa b riq u é e s d an s d isp o sa n ts ou a g g ra v a n ts m e n tio n n é s c i-d e ssu s q ui fo n t
un m até riau occlu sif. p a rtie in té g ra n te du tra ite m e n t de l’h y p e rh id ro se et de la

■ Port de bas ou de c h a u s­ b ro m h id ro se , d iffé re n ts p ro d u its, c o m m e les p o u d re s et

settes en fib re s de nylon les s o lu tio n s a strin g e n te s à b ase de fo rm a ld é h y d e , et les

ou a u tre s m atiè re s qui a n tis u d o rifiq u e s co n te n a n t du c h lo rh y d ra te et du c h lo ru re

fa v o rise n t la tra n sp ira tio n . d ’a lu m in iu m et de la m é th é n a m in e so n t e ffica ce s. Les a g e n ts


a n tib a c té rie n s et les fo n g ic id e s so n t é g a le m e n t u tile s p o u r
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ H ygiène inadéquate et
ch a sse r les m a u v a is e s o d e u rs.
m an qu e d ’entretien des bas
ou chaussettes et des ch au s­ Le traite m e n t p ar Botox so u s o rd o n n a n ce m é d ica le est

sures, qui favorisent la p ro ­ rarem e n t u tilisé p o u r so u la g e r l’h y p e rh id ro se p lan taire . Les

lifération et la persistance in je ctio n s de to xin e b o tu liq u e (Botox) so n t e ffica ce s p ou r les

des m au vaises odeurs. pieds, m ais p osent des p ro b lè m e s qui ren de n t leur u tilisatio n
d ifficile . La d o u le u r p ro vo q u ée par les in je ctio n s rend n éce s­
■ Le p ro b lè m e est p lus fré­
sa ire s des a n e sth é sie s d é licate s qui d oive n t se faire en clin iq u e
q ue nt ch e z les ad o le sce nts,
et a u g m e n te n t le co û t du traitem e n t, déjà élevé. La su rface
les je u n e s ad u lte s et les
à traiter im p liq u e des d o ses im p o rta n te s qui ren den t le prix
sportifs.
dissuasif. Le tra ite m e n t p ro vo q u e ensuite fré q u e m m e n t une
* En p ré se nce d ’in fectio n fa ib le sse m u scu la ire qui peut être gênante.
fo n g iq u e , il y a a g g ra v a ­
tio n de la b ro m h id ro se .
A ffections cutanées courantes 79

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Il existe une gam m e très variée de produits en vente libre pour
com b attre les p roblèm es d ’h yperhidrose et de brom h idrose.
Toutefois, aucun de ces produits n’est e fficace en l’absence de
m esures d ’hygiène préventives. Les poudres et les solutions astrin­
gentes, com m e Buro-SolMD, les produits antisudorifiques conte­
nant du chlorhydrate d ’a luminium, tels que M itchum MD, DrysolVID
et BylyMD, ceux qui contiennent de la m éth énam ine, com m e
DehydralMD, et enfin le chlorure d ’alum inium 15% clans un sel
salicylé (HydrosalMD) sont des traitements de soutien efficaces. Les
solutions de trempage avec un antibactérien, comme TersasepticMD,
et les produits à base de bicarbonate de soude avec ou sans oxyde
de zinc peuvent aussi neutraliser les odeurs. Lorsque l’espace dispo­
nible clans la chaussure le permet, des semelles de propreté faites
de matériaux en tissu éponge comme la ratine ainsi que les semelles
en fibres de coco, les filtres de charbon actif ou encore les fibres
synthétiques comme le Sudex se révèlent efficaces pour absorber
le surplus d ’humidité et contrôler les mauvaises odeurs. Les agents
désodorisants sont populaires, mais ils n’agissent pas sur la cause du
problème et leurs effets sont de courte durée. On conseille, en pré­
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

vention et pour contrer les récidives, d ’utiliser quotidiennement clans


les chaussettes et les chaussures une poudre asséchante dotée de
propriétés antifongiques, par exemple TinactinMD et Dr. Scholl’sMD.

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


La personne doit être dirigée vers un médecin en mesure de pousser
plus loin l’investigation sur l’o rigine du problème et de déterminer
le traitement en conséquence dans les cas suivants :
■ Lorsque l’hyperhidrose ou la bromhidrose perturbent la vie cou­
rante de la personne et que les symptômes persistent après six à
huit sem aines de traitement selon l’une ou l’autre des approches
thérapeutiques mentionnées plus haut.
80 Guide pratique de podologie

C o n s e il s a u c l ie n t

Pour la prévention de l’hyperhidrose et de la bromhidrose


■ Se laver les pieds quotidiennement et plus souvent au besoin ; bien assécher les espaces
interdigitaux.
■ Changer de bas ou de chaussettes tous les jours et plus fréquemment au besoin.
■ Éviter de porter des bas ou des chaussettes qui contiennent du nylon ; privilégier les fibres
synthétiques, telles que le lycra, le spandex, le polyester et le polypropylène, qui gardent la
peau au sec.
■ Éviter les chaussures faites de matériaux étanches qui rendent les pieds moites en empêchant
l’évaporation de la transpiration.
■ Utiliser des semelles intérieures de propreté avec des propriétés absorbantes, que l’on retire
en fin de journée pour leur permettre de sécher complètement ; les laver au besoin.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Combiner l’utilisation de produits pour contrôler la sudation excessive et les mauvaises
odeurs avec les mesures d’hygiène préventives mentionnées ci-dessus. Observer la durée du
traitement et poursuivre un traitement de soutien même si les symptômes ont disparu.
■ Utiliser, lorsque l’espace disponible dans la chaussure le permet, des semelles de propreté
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

faites de matériaux en tissu éponge comme la ratine, les fibres de coco, les filtres de charbon
actif ou encore les fibres synthétiques comme le sudex, conçues pour absorber le surplus
d’humidité et contrôler les mauvaises odeurs.
■ Intégrer dans la routine quotidienne l’utilisation d’une poudre asséchante dotée de propriétés
antifongiques, comme TinactinMD et Dr. Scholl’sMD, dans les bas ou les chaussettes et
les chaussures.
■ Éviter d’utiliser des agents désodorisants qui masquent les odeurs sans agir sur les causes
du problème.

Note à la personne d ia b é tiq ue


Les personnes diabétiques étant particulièrement vulnérables aux infections cutanées, elles doivent tout mettre en
œuvre pour contrôler l ’hyperhidrose, qui fragilise davantage la peau et accroît les risques d ’invasion bactérienne
et fongique. Le respect des mesures de prévention est à intégrer dans leur routine de vie.
A ffections cutanées courantes 81

P H L Y C T È N E (ampoule)

Phlyctène dont la peau de recouvrement est


intacte et drainée de son contenu vis-à-vis de la face
plantaire de la première tête métatarsienne
Phlyctène ouverte à la région rétro-calcanéenne du talon

l DÉFINITION
La phlyctène de friction consiste en un détachement de la
couche superficielle de la peau remplie d'un liquide interstitiel
,
clair causé par une f riction répétée et continue.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ ÉTIOLOGIE
Au niveau du pied, la phlyctène dite de friction survient le plus
fréquemment par suite d ’un frottement excessif de la peau contre la
chaussure qui, en l’occurrence, est mal ajustée; toutefois, une phlyc­
tène peut également apparaître à la suite d ’une réaction allergique,
d ’une exposition prolongée au froid ou à la chaleur ou, encore, d ’un
contact avec une substance chimique corrosive.
82 Guide pratique de podologie

________________ S I G N E S E T S Y M P T Ô M E S ________________
La phlyctène de friction se présente habituellement sous la form e d'une petite
bulle de peau ronde ou ovoïde, d'au moins 0,5 cm de diamètre, surélevée et
remplie d'un liquide cla ir Habituellement douloureuse au toucher, la phlyctène
de friction apparaît le plus souvent aux orteils et à l'arrière du talon ; elle se
draine d'elle-même en quelques jours, sèche et se détache, et une nouvelle
peau se form e en dessous. Si la friction continue à s'exercer sur la région lésée,
la phlyctène peut mettre jusqu'à deux semaines avant de se résorber, et une
hyperkératose peut alors s'y développer. Si la phlyctène crève spontanément,
le liquide séreux suinte a l'extérieur et les risques d'infection et de lésion
plus profonde augmentent.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS________ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ Port de c h a u ssu re s m al Parce q ue les p h ly ctè n e s g u é risse n t h a b itu e lle m e n t d ’elles-
a ju sté e s q u a n t à la ta ille m êm e s, il n’existe pas de tra ite m e n t p ro p re m e n t dit, si ce
et à la fo rm e du pied. n’est de les g a rd e r intactes, si p ossible, afin q ue la peau puisse
jo u e r son rôle de p ro tectio n n atu re lle contre l’in fectio n . Il ne
■ M arche p ie d s nus d a n s
les ch au ssu re s. fau t ja m a is tenter de d ra in e r la p h ly ctè n e ou d ’enlever la peau
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

g o n flé e p ar le liq u id e séreux. Si, e xce p tio n n e lle m e n t, il d evien t


■ Port non p ro gre ssif de
n éce ssaire de d ra in e r la p h ly ctè n e qui est trop vo lu m in e u se ,
n o u v e lle s ch a u ssu re s.
il fau t le faire d a n s des c o n d itio n s rig o u re u ses d ’asep sie. Si
■ H yp e rh id ro se . l’a m p o u le crève sp o n ta n é m e n t, il fa u t laver la zo n e affectée
■ C h a u sse tte s avec co u tu re s avec de l’eau et un savo n d o u x, l’assé ch e r d élicate m en t,
ou p lis gro ssiers, ou faites y a p p liq u e r une fin e co u ch e d ’un a n tib a cté rie n to p iq u e
de tissu tro p ru gu e u x. co m m e P o ly to p icMD ou P o ly sp o rin MD et la re co u vrir d ’un

■ P ra tiq u e de sp o rts à a rrêts p a n se m e n t p rotecteur co u ssin é et p lastifié de type N e xC are MD


ou T e g a d e rm MD.
et d é p a rts b ru sq u e s, et
ra n d o n n é e s su r te rrain
accide nté.
A ffections cutanées courantes 83

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Il existe différents produits et accessoires pour prévenir l’apparition
de phlyctènes et soulager les symptômes douloureux associés:
■ Le coussinet autocollant en feutrine ou moleskine pour la chaus­
sure peut être utile pour empêcher le talon de glisser ou pour
pallier un mauvais ajustement de la chaussure (voir page 53).
■ Les chaussettes vendues dans les boutiques de sports, faites de
fibres synthétiques comme le polypropylène, agissent efficace­
ment pour prévenir les phlyctènes de friction, très fréquentes
chez les sportifs.
■ Les crèmes à base de beurre de karité, comme N okMD, sont très
efficaces en prévention. Pour optimiser les effets de la crème, il
faut l’appliquer en m assage prolongé la veille de la pratique du
sport. En cas d ’exposition à des frottements intenses (marathon,
randonnée, etc.), une seconde couche peut être appliquée trente
minutes avant le début de 1activité. Dans le cadre de la prépa­
ration à une compétition ou à une expédition par exemple, il
est recommandé d ’appliquer la crème quotidiennement 20 jours
avant l’activité.
■ L es pansem ents protecteurs en gel de polymère ou les film s
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

protecteurs, comm e O pSite FlexifixMD, sont efficaces en pré­


vention, dans la m esure où leur taille est adéquate pour bien
recouvrir la zone ciblée et assurer leur maintien en place.
Lorsque la phlyctène est formée ou percée, les pansem ents
protecteurs coussinés et plastifiés de type N excareMD ou
Tegaderm XID sont indiqués.

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


La personne doit être dirigée vers un médecin en mesure de pousser
plus loin l’investigation sur l’o rigine du problème et de déterminer
le traitement en conséquence dans les cas suivants :
■ Lorsqu’une phlyctène entraîne des dém angeaisons ou quelle
apparaît sans avoir été provoquée par une friction. Il est alors
possible qu’on soit en présence de signes annonciateurs d ’une
m aladie sous-jacente.
84 Guide pratique de podologie

C o n s e il s a u c l ie n t

Pour la prévention de la phlyctène


■ Porter des chaussures bien ajustées aux pieds, sans zone de conflit, et qui ne ballottent pas
pendant la marche.
■ Porter des chaussettes ou des bas avec les chaussures afin de protéger les pieds de frictions
excessives, et ce, en toute occasion. Les chaussettes à double couche faites de fibres synthétiques
comme le polypropylène sont très efficaces.
■ Contrôler la transpiration excessive en suivant les conseils mentionnés dans cet ouvrage
à la page 80.
■ Pour les sportifs soumis aux frottements de la chaussure contre la peau, appliquer sur les zones
à protéger une crème à base de beurre de karité, qui assouplit et renforce naturellement
les capacités de défense de la peau.
■ Porter les chaussures neuves de façon progressive afin d’éviter les frictions causées par
les matériaux neufs, souvent rigides.
■ Appliquer des coussinets ou des pansements protecteurs sur les zones potentielles de conflit
pied/chaussure si l’on prévoit qu’une activité peut favoriser l’apparition de phlyctènes.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


Si la phlyctène est intacte:
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Supprimer la cause du frottement qui a provoqué la phlyctène.


■ Éviter de crever la phlyctène.
■ Recouvrir largement la zone atteinte avec un pansement protecteur qu’on remplacera,
au besoin, jusqu’à guérison complète.
Si la phlyctène est ouverte:
■ Nettoyer la zone affectée avec de l’eau et un savon doux.
■ Appliquer une crème antibactérienne en couche mince.
■ Recouvrir largement la zone atteinte avec un pansement protecteur.
■ Maintenir le pansement en place le plus longtemps possible et le refaire au besoin.
■ Éliminer les facteurs responsables de la formation de la phlyctène afin d’empêcher les récidives.

Note à la personne diabétique


Les personnes souffrant d ’une neuropathie diabétique et de troubles vasculaires périphériques risquent plus
que d ’autres de développer un ulcère ou une infection au site de la phlyctène. Par conséquent, la prévention et
le traitement des phlyctènes doivent faire l ’objet d ’une attention toute spéciale. On ne saurait trop insister sur
l ’importance d’une hygiène adéquate et d ’une inspection quotidienne des pieds.
A ffections cutanées courantes 85

M Y C O S E C U T A N É E (pied d ’athlète/tinea pedis)

Zone érythém ato-squam euse à la face Mycose cutanée touchant


dorsale proxim ale des deuxièm e et le quatrièm e espace interdigital
troisième orteils

DÉFINITION
,
La mycose cutanée aussi appelée pied d ’athlète ou tin e a p e d is ,
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

est une injection superficielle de la peau causée par des cham­


pignons parasites qui colonisent la kératine de la couche cornée
de la peau.

ÉTIOLOGIE
La mycose cutanée est une infection causée par la présence de
champignons ; les dermatophytes, tels que le Tnchophyton rubrum ,
le Trichophyton mentagrophytes et YEpidermophyton floccosum, sont
les plus courants, mais le Candida albicans de type levure se pré­
sente quelquefois. Un frottis cutané que l’on place en culture permet
facilement de confirmer ou d ’infirmer la présence de champignons.
L’a ffection se propage par contact direct ou encore par les chaussures
ou les chaussettes. Le champignon peut survivre plusieurs semaines
dans un environnement propice à son développement, soit un milieu
chaud, humide, obscur et alcalin.
86 Guide pratique de podologie

______________________ S I G N E S E T S Y M P T Ô M E S ______________________
La mycose cutanée se présente communément sous form e de desquamation
et de macération interdigitales accompagnées de démangeaisons intermittentes, de sensations
de brûlure et de mauvaises odeurs. Le quatrième espace interdigital est le plus souvent touché,
mais les autres peuvent l'être aussi. Des fissures interdigitales suintantes et des vésicules en
satellites sont souvent observables. Des zones érythémato-squameuses peuvent se développer
à la surface plantaire, déborder sur les rebords latéraux du pied et des orteils. La dermatite de
contact, le psoriasis pustuleux et les réactions cutanées médicamenteuses sont fréquem m ent
confondus avec la mycose cutanée.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS____________________ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ Les h o m m e s so n t p lu s so u ve n t q u e les La co m p le xité de cette in fectio n co m m a n d e une a p p ro ch e
fe m m e s v ic tim e s d ’in fe ctio n s fo n g iq u e s. v isa n t à su p p rim e r à la fois le c h a m p ig n o n et l’in vasio n b a cté ­

■ Les a d o le sc e n ts so n t fré q u e m m e n t affe cté s rienn e, so u ve n t co n co m ita n ts. L’a p p ro ch e th é ra p e u tiq u e de la

p ar la m yco se cu tan é e . m ycose cu ta n é e peut co m p re n d re u ne th é ra p ie m é d ic a m e n ­


teuse par vo ie s to p iq u e et sy sté m iq u e , avec des a n tifo n g iq u e s,
■ Les p e rso n n e s déjà atte in te s d ’u ne m ycose
des a n tib a cté rie n s et des astrin ge n ts.
u n g u é a le risq u e n t d a v a n ta g e de d é v e lo p ­
Avant de conseiller une thérapie m édicam enteuse pour la
per u ne m yco se cu ta n é e , et vice versa.
m ycose cutanée, le professionnel de la santé form é en podologie
■ L’h y p e rh id ro se et les m ic ro lé sio n s cu ta n é e s
doit considérer les facteurs suivants: la sévérité de l’infection,
p ré d isp o se n t à ce gen re d ’in fe ctio n .
l’intensité du prurit, l’im portance des fissures et de la douleur
■ Les p e rso n n e s qui fré q u e n te n t les d o u ch e s, associée, la présence de vésicules ou de surinfection bactérienne,
les p iscin e s et les ve stia ire s p u b lic s so n t la durée de l’infection et la récurrence, s’il y a lieu. Il lui faut égale­
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

p lu s su je tte s à co n tra cte r u ne m ycose m ent tenir com pte de la réaction de la personne aux traitem ents
cu tan é e . antérieurs, de sa condition m édicale, des interactions m éd icam en ­
■ L’in cid en ce de cette in fectio n au gm e n te teuses répertoriées ainsi que des effets secondaires possibles.
en été. L’h u m id ité et la ch a le u r excessives, S’il envisage de reco m m an de r l’utilisation d ’an tifo n giqu es
cau sé es par une ch au ssu re très h erm étiqu e , topiques par exem ple, il doit prendre en com pte la prise sim u l­
favo risen t la m acératio n des tissus et stim u ­ tanée d ’an tib io tiqu es topiques et de tout autre produit pour
lent la cro issan ce des m icro -o rga n ism e s. la peau. Il doit égalem ent considérer la présence d ’un terrain
■ La ch im io th érap ie, les traitem ents h o rm o ­ allergiq ue et connaître les antécédents en m atière de m aladies
naux, le diabète et un déficit im m un itaire d erm atologiques, co m m e le psoriasis, l’eczém a ou autre, de la
prédisposent à ce type d ’infection. personne. Le so ignant ne peut non plus ignorer l’âge et les h a b i­
tudes de vie de la personne, ni ses préférences et le coût de la
■ La m ycose cu tan ée peut se d éve lo p pe r ch ez
thérapie dans le ch o ix final de l’ap pro ch e thérapeutique.
les perso n nes traitées avec certain s a n tib io ­
tiqu es et corticoïdes, ces m é d ica m e n ts p o u ­ P o u r q ue la th é ra p ie soit e fficace , la p é rio d e co m p lè te de

vant avoir co m m e effet se co n daire de per­ tra ite m e n t d oit être respectée. A fin de p ré ve n ir les récid ives,

tu rber l’équ ilib re entre la flore bactérienne le so ig n a n t d o it re ch e rch e r a c tiv e m e n t les fa cte u rs qui ont

et la flore fo ngique. d é c le n c h é l’in fe ctio n et tenter de les élim in er.


Les agents topiques sous ordo n nance m éd icale les plus u tili­
sés sont ceux faisant partie de la fam ille des allylam in es, co m m e
la terbinafine (Lam isilMD) et le ciclopirox o lam in e à 1 % (LoproxMD).
A ffections cutanées courantes 87

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Les médicaments de la famille des imidazoles en vente libre, comme
le miconazole, sont souvent recom m andés comme traitement de
premier recours. Le tonalfate, l’acide undécylénique et le buténa-
fine sont privilégiés en prévention ou comme adjuvants. Les mêmes
facteurs susceptibles d ’interférer avec la thérapie médicamenteuse
énoncés plus haut doivent être pris en compte avant de conseiller un
antifongique en vente libre.
Tout com m e pour les antifongiques prescrits, il est important
avant de conseiller un produit en vente libre, de tenir compte de
l’historique médical de la personne ainsi que de la prise simultanée
de m édicam ents, spécialem ent les antibiotiques topiques et tous
les produits pour la peau. Si, après 28 jours de traitement, il n’y a
aucune amélioration, le soignant recom mandera à la personne de
consulter un médecin afin de revoir le diagnostic ou de changer la
médication. Il est également important d ’informer la personne des
effets secondaires possibles, comme les rougeurs, les picotements
et les démangeaisons, et de lui conseiller, le cas échéant, de cesser
le traitement et de consulter un médecin.

C o m m e n t s é l e c t i o n n e r la f o r m e d u p r o d u i t a n t i f o n g i q u e

Les produits antifongiques sont offerts sous forme de poudre, lotion, solution, gel,
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

crème, onguent et aérosol ; le choix de l’excipient est fonction des caractéristiques


de la peau et du stade de l’infection.

• La poudre est indiquée pour couvrir une grande surface cutanée ; elle est souvent
utilisée quotidiennement en prophylaxie dans les bas ou les chaussettes et dans
les chaussures.

• La lotion, la solution et le gel sont recommandés pour traiter les régions infectées
suintantes, car ils agissent directement sur les zones atteintes et exercent de façon
optimale leur pouvoir fongicide. La solution peut également être utilisée dans une
eau de trempage.

• La crèm e est indiquée en présence d’une peau sèche pour en favoriser l’hydra­
tation et maximiser l’absorption du produit ; elle doit toutefois être appliquée en
couche mince aux espaces interdigitaux pour éviter la macération, idéalement
avant le coucher.

• L’aérosol permet d’appliquer un produit sans avoir à toucher la surface atteinte


en vaporisant à une distance de 15 à 20 cm des zones infectées; il est également
utile pour vaporiser l’intérieur des chaussures.
88 Guide pratique de podologie

_____________ C o m m e n t u t i l i s e r l e s a n t i f o n g i q u e s t o p i q u e s _____________

Il faut d’abord se laver soigneusem ent les mains avant de nettoyer et d ’assécher
la région sur laquelle le produit doit être appliqué; le lavage des mains est aussi
nécessaire après l’application du traitement. Il est recommandé de ne pas porter de
chaussures hermétiques après l’application du produit ni de couvrir la zone affectée
avec un bandage ou un pansement, car une irritation locale et une augmentation
des démangeaisons peuvent s’ensuivre.

Si la personne souffre d’une forte hyperhidrose, l’utilisation d’un antisudorifique


efficace, comme DehydralMD ou DrysolMD, pourra contrôler l’excès de sudation. L’action
astringente et antiprurigineuse de Buro-SolMD, qui est vendu en solution de trem ­
page, donne également de bons résultats pour réduire l’inflammation et soulager
les démangeaisons.

Tableau 2
EXEMPLES DE PRODUITS EN VENTE LIBRE POUR LE TRAITEMENT DE LA MYCOSE CUTANÉE
Catégorie Exemples de noms commerciaux
Propriétés Formes Commentaires
N itrate d e c lo tr im a z o le à 1 %
Famille des imidazoles
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ A ctivité a n tifo n g iq u e C a n e ste n MD ■ Les p ro d u its de la fa m ille des


et a n tib a c té rie n n e (crèm e to p iq u e 1 %) im id a z o le s e n tra în e n t un très
fa ib le ta u x de récidive.
■ A p p liq u e r d e u x fo is p ar jour,
m atin et soir.
■ Ne p as u tilise r p o u r les e n fa n ts
de m o in s de 2 a n s sa n s
p re scrip tio n m é d ica le .
■ Éviter le co n ta ct avec les yeux.

N itrate d e m ic o n a z o le à 2 %
Famille des imidazoles
■ A ctivité a n tifo n g iq u e M ica tin MD
et a n tib a c té rie n n e (crèm e to p iq u e 2 %
et aé ro so l 2% )
M o n ista t-D e rm MD
(crèm e to p iq u e 2% )

T io c o n a z o le à 2 %
■ A ctivité a n tifo n g iq u e Trosyd A F MD
et a n tib a c té rie n n e (crèm e to p iq u e 2% )
A ffections cutanées courantes 89

EXEMPLES DE PRODUITS EN VENTE LIBRE POUR LE TRAITEMENT DE LA MYCOSE CUTANÉE (suite)


Catégorie Exemples de noms commerciaux
Propriétés Formes Commentaires
O xiconazole à 1 %
F a m ille de s im id a z o le s
A ctivité a n tifo n g iq u e O x iz o le MD Ne pas u tilise r p o u r les e n fa n ts
et a n tib a c té rie n n e (crèm e to p iq u e 1 % de m o in s de 12 a n s sa n s
et so lu tio n 1 %) p re scrip tio n m é d ica le .

N aftifine à 1 %
F a m ille de s im id a z o le s
A ctivité a n tifo n g iq u e N afti nMD ■ A p p liq u e r une fois p ar jo u r la
et a n tib a c té rie n n e (crèm e to p iq u e 1 % crèm e et d eu x fois p ar jo u r le gel.
et gel to p iq u e 1 %) ■ H a b itu e lle m e n t non irrita n t,
ce p ro d u it d é c le n c h e rare m e n t
u ne réa ctio n de se n sib ilité .
Acide u n d é c y lé n iq u e avec ou sa n s u n d é c y lé n a te d e zinc
■ A ctivité a n tifo n g iq u e , sa u f contre D e se n e x MD ■ A p p liq u e r d eu x fois par jo u r
les c h a m p ig n o n s C a n d id a a lb ic a n s (o n g u e n t to p iq u e 2 2 ,3 % m atin et soir.
■ A strin g e n t s’il y a p résence de sel et p o u d re aé ro so l 19% ) ■ H a b itu e lle m e n t non irrita n t,
de zin c ce p ro d u it d é c le n c h e rarem e n t
■ A u cu n e a ctivité a n tib a c té rie n n e u ne réa ctio n de se n sib ilité .
Le z in c a jo u té à l’a cid e
u n d é c y lé n iq u e a g it co m m e
a strin g e n t p o u r d im in u e r
l’irrita tio n et l’in fla m m a tio n .
L’o d e u r c a ra c té ristiq u e du
p ro d u it p eu t d é p la ire à ce rta in e s
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

p e rso n n e s.
Ne p as u tilise r p o u r les e n fa n ts
de m o in s de 2 a n s sa n s
p re scrip tio n m é d ica le .
Éviter le c o n ta ct a v e c les yeux.
T o n a lfa te à 1 %
■ A ctivité a n tifo n g iq u e , sa u f contre T in a c t in MD A p p liq u e r d e u x fois par jo ur,
les c h a m p ig n o n s Candida albicans (so lu tio n , crèm e, p o u d re m atin et soir.
■ A u cu n e a ctivité a n tib a c té rie n n e et aé roso l) Ce p ro d u it ne p ro v o q u e pas
Z e a zo rb A F MD (poudre), d ’in co n fo rt ; très peu de ca s de
A b so rb in e Jr.MD (solution), réa ctio n a lle rg iq u e .
Dr. S c h o ll’sMD
En p o u d re , ce p ro d u it est
(gel, p o u d re et aé roso l)
très p o p u la ire en tra ite m e n t
p ro p h y la c tiq u e .
Le ta u x d ’é ch e c et de récid ive est
élevé.
Ne p as u tilise r p o u r les e n fa n ts
de m o in s de 2 a n s sa n s
p re scrip tio n m é d ica le .
Éviter le c o n ta ct avec les ye u x.
90 Guide pratique de podologie

EXEM PLES DE PRO DUITS EN VENTE LIB RE POUR LE TRA ITEM EN T DE LA MYCOSE CUTANÉE (suite)
Catégorie Exemples de noms commerciaux
Propriétés Formes Commentaires
B e n z y la m in e b u t é n a f i n e à 1 %
■ A ctivité a n tifo n g iq u e Dr. Scho H ’sMD (crèm e 1 %) ■ A p p liq u e r une fois par jour.
■ A u cu n e e ffica cité contre les Favorise le respect du traitem ent.
c h a m p ig n o n s Candida albicans ■ Ne p as u tilise r p o u r les e n fa n ts
■ A u cu n e a ctiv ité a n tib a c té rie n n e de m o in s de 12 a n s sa n s
p re scrip tio n m é d ica le .
■ Éviter le c o n ta ct avec les ye u x.

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin en m esure d évaluer le
traitement médical approprié dans les cas suivants :
■ Lorsque les symptômes persistent après quatre sem aines d ’a ppli­
cation de l’une ou l’autre des approches thérapeutiques sans
ordonnance mentionnées plus haut.
■ Lorsque le client souffre d ’une affection dermatologique associée,
comme le psoriasis et l’e czéma.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Q uand le client est sous chimiothérapie, hormonothérapie ou


corticothérapie.
■ Lorsqu’une personne a des antécédents en matière d ’allergies ou
quelle présente des symptômes révélant une surinfection bacté­
rienne, tels que le suintement purulent de vésicules, une inflam­
mation sévère des tissus, des douleurs importantes associées à des
fissures suintantes, ou encore lorsque ses ongles sont également
infectés par la mycose.
A ffections cutanées courantes 91

C o n s e il s a u c l ie n t

Pour la prévention de la mycose cutanée


■ Se laver les pieds quotidiennement et au besoin ; bien assécher les espaces interdigitaux.
■ Changer de bas ou de chaussettes tous les jours et au besoin.
■ Éviter les chaussures faites de matières étanches qui rendent les pieds moites en empêchant
l’évaporation de la transpiration.
■ Utiliser des semelles intérieures de propreté avec des propriétés absorbantes que l’on retire
en fin de journée pour leur permettre de sécher complètement ; les laver au besoin.
■ Porter des sandales dans les vestiaires sportifs, de même que dans les douches et autour
des piscines publiques.
■ En présence de microlésions aux pieds, appliquer quotidiennement un antifongique
en poudre (contenant du tonalfate ou un dérivé d’acide undécylénique) entre les orteils,
dans les bas ou chaussettes et les chaussures.
■ Éviter de partager les serviettes de bain, les chaussettes et les chaussures d’une personne infectée.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Poursuivre le traitement médical ou en vente libre pendant toute la durée prévue, même après
la disparition des symptômes cliniques, car le champignon peut survivre dans l’environnement
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

pendant plusieurs jours ; ainsi, les chances de succès de la thérapie médicamenteuse seront
accrues et les risques de récidive réduits.
■ Contrôler l’excès de sudation par un astringent contenant de la méthénamine, par exemple,
et un antisudorifique à base de chlorhydrate d’aluminium.
■ Appliquer quotidiennement une poudre antifongique (contenant du tonalfate ou un dérivé
d’acide undécylénique) entre les orteils, dans les bas ou chaussettes et les chaussures pour
prévenir les récidives d’infections.

Note à la personne diabétique


Les personnes diabétiques étant plus sujettes aux infections fongiques, le respect des mesures préventives est
d'autant plus important En cas de microlésions ou de fissures interdigitales, surveiller les signes de rougeur et de
chaleur en amont des microlésions et si cela survient, consulter un médecin dans les plus brefs délais.
92 Guide pratique de podologie

V E R R U E P L A N T A IR E

Représentation schématique
reproduisant l’invasion tissulaire
par le virus (VPH)
Verrue plantaire isolée Verrues plantaires en mosaïque

DÉFINITION
La verrue 'plantaire consiste en une tumeur épithéliale bénigne
causée par le virus du papillome humain (VPH). La traduction
clinique de l'injection par le VPH dépend de la charge virale
et de la réponse immunitaire de l'hôte. Les verrues ne sont pas
immunisantes; elles sont contagieuses par contact direct ou
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

indirect. Chez une personne infectée, les verrues sont autoconta­


gieuses. C'est pourquoi il faut éviter de gratter ou défaire saigner
une verrue, car cela augmente le risque quelle se propage.

ÉTIOLOGIE
Le virus du papillome humain (VPH) ne peut s’introduire sous la
peau que par une petite tissure ou une microlésion souvent invisible
à l’œil nu. Si le virus n’e st pas neutralisé par le système immunitaire,
il déclenche une multiplication des cellules à un endroit bien précis.
L’exposition au virus ne fait pas apparaître automatiquem ent des
verrues, car le système immunitaire de chacun réagit différemment
et peut être plus ou moins efficace pour combattre ce virus. D ’après
les cliniciens d ’expérience, la verrue plantaire se rencontre très
rarement chez les personnes de plus de 40 ans.
A ffections cutanées courantes 93

_________________ S I G N E S E T S Y M P T Ô M E S _________________
La verrue plantaire apparaît isolée ou en m osaïque; sa surface est irrégulière
avec peu de relief: Souvent recouverte d'une petite couche cornée, d'où la
confusion fréquente avec le durillon, la verrue, contrairement à ce dernier,
ne siège pas toujours sur une zone de pression ou de friction. Elle est souvent
piquetée de petits points noirâtres qui témoignent de la thrombose de
capillaires dermiques. Lorsque la couche cornée recouvrant la verrue est réduite
au bistouri, des micro-hémorragies punctiformes apparaissent souvent.
La pression exercée sur la verrue par le poids du corps l'amène à s ’e nfoncer
dans la peau et provoque typiquement une douleur lancinante et névralgique,
surtout le matin lorsque le pied est posé par terre pour la première fois.
Elle provoque également une vive douleur lorsqu'elle est pincée entre le pouce
et l'index, contrairement a l'hyperkératose de protection de type durillon qui
ne produit un malaise que lorsqu'on exerce une pression verticale directe.
On peut parfois confondre un corps étranger (écharde ou autre), laissant voir
des points noirs à la surface de la peau, avec une verrue.
Les verrues en mosaïque, habituellement de la grosseur d'une tête d'épingle,
sont généralement regroupées et peuvent apparaître un peu partout sur la face
plantaire du pied. Rarement douloureuses, elles persistent longtemps et sont
particulièrement résistantes aux traitements, surtout en cas d'hyperhidrose associée.

FACTEURS PRÉD ISPO SA N TS OU AGGRAVANTS_________________________________________


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Les p e rso n n e s entre 8 et 20 a n s so n t les p lus fré q u e m m e n t to u ch é e s.


■ Les v e rru e s se d issé m in e n t avec p ré d ile ctio n su r une peau p ré se n ta n t d es m icro lé sio n s.

■ La m a rch e p ied s nus su r des so ls h u m id e s, c o m m e d a n s les ve stia ire s sp o rtifs, ain si q ue


d a n s les d o u c h e s et a u to u r d es p iscin e s p u b liq u e s, fa vo rise ce gen re d ’in fe ctio n .

■ L’h u m id ité favo rise la p ro lifé ra tio n du v iru s ; p ar co n sé q u e n t, les p e rso n n e s so u ffra n t
d ’h y p e rh id ro se so n t p lu s e xp o sé e s.
■ Les p erso n n e s d on t le systèm e im m u n ita ire est affecté so n t plus sujettes à ce typ e d ’infection.
94 Guide pratique de podologie

A PPR O CH ES TH É R A P E U TIQ U ES D IV ERSES______________________________________________

T ous les tra ite m e n ts avec ou sa n s o rd o n n a n ce n’o nt q u ’une e fficacité relative ; il en sera ainsi
ta n t et aussi lo n g te m p s q u ’au cu n a n tiv ira l sp é cifiq u e ne sera d isp o n ib le . Le p o u rcen ta ge de
gu é riso n avec l’une ou l’au tre des a p p ro c h e s va rie entre 6 0 % et 7 0 % . Les ch a n ce s de succès
a u g m e n te n t ch e z les e nfan ts, c h e z les p e rso n n e s im m u n o co m p é te n te s et lo rsq u e l’in fectio n est
récente. Les ve rru e s en m o sa ïq u e so n t p a rticu liè re m e n t résistantes au x d iffére n ts traitem e n ts.

M êm e s’il existe p lu sie u rs ap p ro ch e s th é ra p e u tiq u e s p ou r traiter les verrues, peu d ’entre elles
reposent sur des essais clin iq u e s co n trô lés et m en és selon des critères de recherche scie n tifiq u e
reconnus. Par co n sé qu en t, les re co m m a n d a tio n s o fficie lle s p ou r les d iffére nts traitem e n ts de
la verru e p lan taire ne s’a p p u ie n t q ue très rarem ent sur des taux de succès élevés et p robants.
M algré cela, lo rsq u e vient le tem ps de co n sid ére r les o p tio n s de traitem ent, le professionnel
de la santé fo rm é en p o d o lo g ie est invité à les prendre en com pte.

A vant de su ggé rer un traitem e n t d on t le ch o ix dép en d p rin cip a le m e n t de l’état de santé


de la p erso n n e atteinte ainsi q ue du n o m b re et de la d im e n sio n des verru es, il fau t m ettre en
p ersp ective la nature co n tagie u se de la verru e et ses ch an ce s de régression sp o n ta n é e ; en effet,
3 5 % des ve rru es régressent sp o n ta n é m e n t en l’espace de six m ois, 55% à l’in térieu r d ’un an et
6 5 % en d eu x ans. Plus les lésio ns sont a n cie n n e s, m o in s les traitem e nts sont e fficaces. Le traite ­
m ent idéal doit être sé cu ritaire , in do lo re, ne pas laisser de cicatrice, être facile d ’a p p lica tio n et
d ’un coût ab o rd ab le . L’au to traitem e n t exige q ue les ve rru e s soient acce ssib le s p our la p ersonne.

Bien q u ’ils soient trau m atiq u e s et très d o u lo u reu x, avec des risques asso ciés d ’infection, la
cryo thé rapie et les a p p lica tio n s d ’acide sa licy liq u e avec ou sans can th arid in e et p o d o p h y llin e sont
to u jo urs utilisées. L’in jectio n de b léo m ycin e (B len o xan e MD) in tralé sio nn elle , l’im m u n o th é ra p ie
avec l’lnterféronMD, l’A ld a ra MD (crème), le D N C B -D ip h e n cy p ro n e MD sont d isp o n ib le s u n iq u em e n t
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

sous o rd o n n a n ce et doivent être considérés co m m e des traitem ents de d erniers recours.

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Ci-après, quelques approehes répertoriées ayant une efficacité pos­
sible. Sans pouvoir effractif, et n’étant pas douloureux à l’usage, ces
traitements sont à considérer chez les personnes diabétiques, les
immunodéprimés et les personnes souffrant de troubles vasculaires
périphériques qui sont plus exposées à l’infection et à la surin ­
fection bactérienne.
A ffections cutanées courantes 95

Tableau 3
Approches alternatives Brève description Considérations Commentaires
A pplication d e r u b a n Le traitem e n t consiste à g arde r Peu co û te u x, non P o u r l’in stan t,
a d h é s if en toile la verru e co n sta m m e n t recouverte d o u lo u re u x , sa n s les p re uves d ’e ffica cité
[duct tape) d ’un petit m orceau de ruban effets se co n d a ire s. du ru b an a d h é sif en
a d h é sif en toile q u ’on rem place to ile restent à faire.
au besoin. À la fin de ch aq u e
se m ain e, on nettoie la su rface
de la verru e avec un savon d o u x
et on é m o n d e la surface de la
verrue avec une lim e d ’ém eri ou
une pierre ponce. On laisse la
verrue à découvert pendant une
nuit avant de rem ettre un m orceau
de ruban adhésif. La procédure
est répétée ju sq u ’à disparition de
la verrue (quatre à huit sem aines).

H o m é o p a th ie Le tra ite m e n t h o m é o p a th iq u e Non d o u lo u re u x Bien q u e les p reuves


va rie se lo n les sy m p tô m e s et sa n s effets sc ie n tifiq u e s so ien t
p h ysiq u e s, p sy c h iq u e s et se co n d a ire s. fa ib le s au su je t de
é m o tio n n e ls du client. l’h o m é o p a th ie en
tra ite m e n t des v e rru e s
v u lg a ire s et p la n ta ire s,
cette a p p ro c h e m érite
d ’être e ssa yé e 9.

H y p n o th é r a p ie , P ar h yp n o se , le th é ra p e u te Les e nfan ts p ré pu b ères L’h ypnose et la


visualisation su ggè re à son clie n t q ue réagissent de façon visu alisatio n pourraient
sa ve rru e d isp a ra ît. positive à ce type stim u ler le systèm e
de traitem ent. im m u n itaire, m ais
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

À l’a id e de te c h n iq u e s assisté es
p ar d es e n re g istre m e n ts ou d ’autres études
d es le ctu res, la v isu a lis a tio n est sont nécessaires
u tilisé e afin q ue la p e rso n n e p ou r co n firm e r son
se rep résen te la ve rru e en train éventuelle efficacité.
de d isp a ra ître ou de rétrécir
p ro g re ssiv e m e n t.

Extrait d ’ail A p p lic a tio n de fin e s tra n c h e s Peu co û te u x, non En 2005, un essai
L’ail a des p ro p rié té s d ’ail fra is ou d ’e xtra it d ’ail liq u id e d o u lo u re u x et sa n s contrôlé m ené au p rè s
a n tiv ira le s et p o u rra it sur la ve rru e, d e u x fo is par jo u r e ffe ts se co n d a ire s. de 23 p erso n n e s a
être e ffica ce contre p e n d a n t d e u x se m a in e s. é valu é l’e fficacité de
ce rta in e s ve rru es. cette m étho d e. Après
une à d eu x se m ain es,
toutes les verru es
(situées p rin cip a le m e n t
su r les m ains) avaie nt
d isp aru , sans q u ’il y
ait de récidive ap rès
quatre m o isb.

a. Tiré de [http://fr.leo-pharma.ch/C12574640 04E482B/sysOakFil/f_07_La_verrue_vulgaire/$File/f_07__La_verrue_vulgaire.pdf],


b. Tiré de Passeportsanté.net.
96 Guide pratique de podologie

Tableau 3 (suite)
Approches alternatives Brève description Considérations Commentaires
P h y to th é r a p ie A p p lic a tio n du p ro d u it su r la Peu co û teu x, non Bien q ue l’e ffica cité
D iverses plantes ve rru e u ne ou d e u x fo is p ar jo u r. d o u lo u re u x et sa n s de cette a p p ro c h e
ont pu être utilisées Au b e so in , on é m o n d e la su rfa ce e ffe ts se co n d a ire s. ne rep o se su r
pour traiter les de la ve rru e avec u ne lim e au cu n fo n d e m e n t
verrues, n otam m ent d ’é m e ri ou u ne p ierre ponce. sc ie n tifiq u e , elle
l’écorce de bouleau On répète la p ro cé d u re ju s q u ’à rep résen te une
(Betula sp.) et de saule d isp a ritio n co m p lè te de la ve rru e o p tio n de tra ite m e n t
(Salix sp.), les rhizo m es (entre q u atre et h uit sem ain es). in téressante.
de la sanguinaire
(Sanguinaria canadensis)
et l’huile essentielle
de cèdre (Thuya
occidentalis).

Bien que non recommandé par la plupart des professionnels de la


santé à cause des risques potentiels de complications liés à ce pro­
duit, l’acide salicylique, qu’il soit seul ou associé à l’acide lactique ou
à la formaline, demeure un produit en vente libre très populaire pour
l’autotraitement. Selon certaines études, il appert que le traitement à
l’acide salicylique est valable pour laiitotraitement dans la mesure où
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

le professionnel de la santé donne des directives précises et claires à


la personne de façon verbale et écrite. Un suivi régulier assure que
la personne utilise correctement le produit et que le traitement n’e st
pas arrêté prématurément.

On trouvera ci-dessous les directives qui doivent être com m uni­


quées à la personne désireuse d ’entreprendre un traitement avec
un kératolytique en vente libre comme l’acide salicylique, qui existe
en concentration de lü à 40% , sous forme de crème, solution, gel
et pansement plastifié imprégné, tel que Duoplantv,D (pommade),
D uofilm MD (solution), DuoforteMD 27 (gel), SoluverMD Plus (solu­
tion), Com pound W P lusMD (solution), C om pound W MD (gel et
solution). A noter que les personnes diabétiques ou les personnes
souffran t de troubles vascu laires périphériques ne doivent pas
utiliser ces produits en autosoins.
A ffections cutanées courantes 97

D ir e c t iv e s p o u r u n e u t il is a t io n s é c u r it a ir e
DES KÉRATOLYTIQUES EN VENTE LIBRE____________________

■ Avant et après chaque traitement, il faut se laver soigneusement les mains.

■ Une application par jour de préférence au coucher est nécessaire.

■ Avant l’application du kératolytique et afin d’en faciliter la pénétration, on doit


réduire au besoin avec une pierre ponce l’hyperkératose qui recouvre la verrue et
prendre soin de ne pas faire saigner celle-ci.

■ La peau entourant la verrue doit être protégée par un produit occlusif comme la
gelée de pétrole ou du vernis à ongles. On peut aussi la recouvrir d’un pansement
avec une ouverture qui permet l’application du produit tout en protégeant la peau
avoisinante.

■ Si la peau saine entourant la verrue est endommagée par un mauvais usage d’un
agent kératolytique, la personne doit interrompre le traitement jusqu’à ce que la
peau guérisse.

■ Il faut poursuivre le traitement durant 8 à 12 semaines en moyenne.

■ Une interruption prématurée du traitement entraîne le plus souvent une réapparition


de la ou des verrues.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Le traitement basé sur la cryothérapie fait appel à des produits


contenant un mélange liquide sous pression cl ether diméthylique et
de propane et distribués sous différents noms commerciaux comme
W arterMD, Freeze AwayMD. C es produits sont reconnus pour agir
très rapidement, bien que leur trousse contienne 12 traitements. Le
temps de contact avec le produit ne doit pas dépasser 20 secondes.
Une ampoule se forme sous la verrue, qui tombe en moins de 10 jours.
C onçu pour les personnes averties seulement, ce traitement, s’il
est mal adm inistré, peut avoir des effets secondaires importants,
comme une congélation trop profonde qui endommagerait le derme,
entraînant ainsi des cicatrices ou une nécrose tissulaire. Le traite­
ment est indiqué pour les adultes et les enfants de plus de 4 ans et
contre-indiqué pour les femmes enceintes, les personnes diabétiques
ou les personnes souffrant de troubles vasculaires périphériques.
98 Guide pratique de podologie

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin en mesure d évaluer le
traitement médical approprié lorsque des signes d ’infection se déve­
loppent au site de la verrue et que, de surcroît, la personne atteinte
fait partie d ’un groupe à risque de complications.

C o n s e il s a u p a t ie n t

Pour la prévention de la verrue plantaire


■ Garder les pieds propres et secs; protéger la peau des microlésions.
■ Porter des sandales dans les vestiaires sportifs, les douches et autour des piscines publiques.
■ Réserver les serviettes de bain, les chaussettes et les chaussures d une personne infectée à
son usage exclusif afin de réduire les risques de contamination.
■ Se laver les mains après avoir été en contact avec des verrues.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Suivre rigoureusement les directives associées à l’approche thérapeutique choisie pour le
mode d’utilisation de la méthode, la fréquence et la durée du traitement. Un arrêt prématuré
du traitement, quel qu’il soit, engendre le plus souvent une réapparition de la ou des verrues.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Se laver soigneusement les mains avant et après chaque traitement, car la verrue est contagieuse
et se transmet par contact direct sur soi-même ou sur une autre personne.
■ Porter des sandales dans les vestiaires sportifs, les douches et autour des piscines publiques
pour diminuer les risques de contamination.

Note à la personne diabétique


L’autotraitement de la verrue plantaire au moyen d ’agents kératolytiques ou a base d ’éther diméthylique et de
propane est contre-indiqué chez les personnes diabétiques. Par ailleurs, les services d ’une infirmière formée en
podologie sont requis pour déterminer le traitement approprié et en assurer la supervision et le suivi.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
O
S
On
Cï s:
§ c§
11
O ^
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
A ffections unguéales courantes \0 1

O N G L E IN C A R N É

DÉFINITION
Longle incarné résulte d ’un conflit entre l ’ongle et la peau provo­
qué par un éperon, qui est une avancée en pointe irrégulière de la
partie latérale de l 'ongle dans le repli cutané qui le borde. Cette
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

affection se rencontre presque exclusivement aux premiers orteils.

ÉTIOLOGIE
L’ongle incarné survient souvent par suite d ’un traumatisme direct
à l’ongle ou encore après l’application inadéquate d ’une technique
au moment de la taille des ongles. Les personnes qui ont des ongles
en volute sont plus susceptibles que d ’autres de développer un ongle
incarné. Le chevauchement du deuxième orteil sur le premier, qu’on
voit à la page 125, favorise également la formation d ’ongles incarnés.

Ongle du prem ier orteil en volute


et le deuxièm e en volute sévère
02 Guide pratique de podologie

_________________ S I G N E S E T S Y M P T Ô M E S _________________
La douleur associée à la présence d'un ongle incarné s'avive sous la pression.
À l'endroit où l'ongle pénètre dans le repli cutané latéral apparaît rapidement
une paronychie (réaction inflam matoire avec ou sans exsudât). Lorsque la phase
inflam matoire perdure au-delà de quelques jours, un tissu de granulation se
form e et prend l'apparence d'un bourgeon qui saigne, baignant dans un exsudât
séreux souvent purulent. Si la période inflammatoire se prolonge sur plusieurs
semaines, un granulome peut prendre form e et créer ultérieurement un nouvel
obstacle pour la repousse normale de l'ongle.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS OU AGGRAVANTS_________________________________


■ U ne te c h n iq u e in a d é q u a te p o u r la ta ille d es o n g le s.

■ Un tra u m a tism e lo cal à l’o n gle.


■ Le p ort de ta lo n s h au ts et de ch a u ssu re s d o n t l’e m p e ig n e est de h a u te u r et de la rg e u r
in su ffisa n te s.

■ Le p ort de ch a u sse tte s trop é tro ite s à l’a v a n t-p ie d , qui exercent une pressio n su r les rep lis
c u ta n é s la té rau x.

■ L’h y p e rh id ro se et les tre m p a g e s de p ie d s répétés et p ro lo n g é s q ui fa vo rise n t le re lâ ch e m e n t


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

du tissu des rep lis cu ta n é s latérau x.

APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES____________________________________


Les d iffé re n ts tra ite m e n ts p o u r l’o n g le in ca rn é d é p e n d e n t entre a u tre s du d egré de sévérité
des sy m p tô m e s, de la récu rren ce du p ro b lè m e et du n iveau de risq u e de c o m p lic a tio n s liées
à la co n d itio n de sa n té de la p e rso n n e .
À ses d é b u ts, l’o n g le in ca rn é peut être é lim in é au m oyen de la te c h n iq u e de résectio n de
l’é pe ro n q ui co n siste à retirer de faço n sé le ctive la p artie de l’o n g le q ui s’e n fo n ce d a n s le repli
cu ta n é latéral. Cette te c h n iq u e sim p le et non m u tila n te exécu tée p ar un p ro fe ssio n n e l de
la sa n té fo rm é en p o d o lo g ie ne re q u ie rt pas d ’a n e sth é sie lo ca le ; e lle exige to u te fo is
une b o n n e d exté rité et une a se p sie rig o u re u se . A p rè s l’in te rv e n tio n , u ne c o p o lin e (gaze e ffilé e
d ’é p a isse u r v a ria b le ) est p a rfo is in sérée so u s le rebord latéral de l’o n g le afin de le red resser et
de d é g a g e r le repli cu ta n é , d im in u a n t ainsi les risq u e s de récidive. Un su ivi d o it être e ffe ctu é
afin de s’a ssu re r q u e l’é pe ro n a été e n tiè re m e n t e n le vé et q u e les fa cte u rs en ca u se o nt été
id e n tifié s et é lim in é s p o u r é viter les récidives.
L’o rth o n y xie , qui est u ne te c h n iq u e de co rre ctio n de l’h y p e rco u rb u re de l’o n g le , peut être
in d iq u é e en prévention et p our éviter les récidives d ’o n g le s in ca rn é s ch e z ce rtain es p e rso n n e s;
cette ap p ro ch e req uiert des visites ch e z le p rofessionnel de la santé a u x quatre à six se m ain es,
A ffections unguéales courantes \ 03

ju s q u ’à o b te n tio n de la c o u rb u re so u h a ité e , ain si q u ’un su iv i su r p lu sie u rs m o is a fin de c o n so ­


lid e r la co rre ctio n . Cette te c h n iq u e nécessite un bon co n trô le d es fa cte u rs su sce p tib le s de
c o m p rim e r les rep lis cu ta n é s la térau x. Le su ivi s’étend su r p lu sie u rs se m a in e s, vo ire q u e lq u e s
m o is. Enfin, cette a p p ro c h e th é ra p e u tiq u e est co n tre -in d iq u é e p o u r un o n g le m ycosé, é p ais
et ca ssa n t, et très peu e ffica ce su r des o n g le s en vo lu te sévère (pince).

Si, au m o m e n t de la c o n su lta tio n , l’in fla m m a tio n d ure d e p u is p lu s d ’une se m a in e ou d eu x,


le tissu de g ra n u la tio n risq u e d ’e n trav e r la résectio n de la p a rtie de l’o n g le in ca rn é et l’ony-
se cto m ie , p a rtie lle ou totale, p o u rra it alo rs et en d e rn ie r reco u rs être e n visag é e. L’o n y se cto m ie
est u ne te c h n iq u e c h iru rg ic a le d o u lo u re u se , très in va sive et m u tila n te réalisée so u s a n e sth é sie
lo ca le et exécu té e le p lu s so u ve n t p ar un m é d e c in en c a b in e t p rivé ou à l’h ô p ita l. Bien q u ’en
p ra tiq u a n t cette te c h n iq u e l’o b je c tif visé soit d ’e m p ê c h e r la rep o u sse to tale ou p a rtie lle de
l’o n g le , il est rare q ue l’on o b tie n n e les ré su lta ts e sco m p té s. Le p lu s so u ve n t, u ne d y stro p h ie
co n sé cu tiv e a u x lé sio n s m a tric ie lle s p o u v a n t su rv e n ir lo rs de la c h iru rg ie peut être so u rce
de m u ltip le s ré cid ive s en p lu s d ’e n tra în e r u ne d é fo rm a tio n p e rm a n e n te et in e sth é tiq u e
d es o rte ils affe cté s.

Ongles des premiers orteils


après une onysectomie totale
effectuée six mois plus tôt
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Avant toute chose, il est bon de rappeler que plus l’intervention est
précoce, moins elle sera effractive et mutilante. Une fois installé,
l’ongle incarné ne peut se résorber spontanément. D ans l’attente
d ’une intervention visant à éliminer la source du problème et al in
de soulager les symptômes douloureux d ’inflammation au site de
l’ongle incarné, l’application d ’un pansem ent imprégné de sérum
104 Guide pratique de podologie

2. Le sérum physiologique est vendu en physiologique2 trois ou quatre fois par jour, à raison de 10 minutes par
pharmacie dans des formats de 5 ml,
10 ml, 30 ml, 500 ml et 1000 ml. On peut séance, est efficace. Les pansements munis d ’une gouttière en vente
faire une préparation maison en dissolvant
5 ml de sel (chlorure de sodium/NaCl) dans
libre ne sont pas efficaces pour soulager la douleur et ne contribuent
1 litre d’eau bouillie pendant 10 minutes. aucunement à résoudre le problème.
Réfrigérer la solution dans un contenant
hermétique; à la température ambiante,
la solution se conserve 24 heures.
QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN
En tout dernier recours, lorsque toutes les formes de traitement non
invasif se sont révélées inefficaces, le client doit être dirigé vers un
médecin pour envisager une onysectomie partielle ou totale.

C o n s e il s au c l ie n t ________________________________________________

Pour la prévention de Tongle incarné


■ Tailler les ongles selon la forme de la phalange distale à une longueur qui protège le sillon
antérieur tout en réduisant, s’il y a lieu, les angles vifs.
■ Protéger les orteils des traumatismes en portant des chaussures adaptées à la forme du pied
et aux activités pratiquées.
■ Contrôler les facteurs susceptibles de comprimer les replis cutanés latéraux des premiers orteils,
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

comme le port de chaussures à talons hauts ou encore trop petites et étroites à l’avant-pied
ou avec une empeigne dont la hauteur est insuffisante.
■ Choisir des chaussettes ou des bas suffisamment larges à l’avant-pied.
■ Éviter les trempages de pieds répétés et prolongés.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ En présence de signes d’inflammation, tels que rougeur, douleur et œdème, et dans l’attente
d’une consultation avec un professionnel de la santé formé en podologie, appliquer une
compresse imprégnée de sérum physiologique trois ou quatre fois par jour et protéger l’orteil
atteint de toute pression ou friction susceptible d’augmenter la douleur.

Note à la personne diabétique


Les personnes qui souffrent d'une neuropathie diabétique et de troubles vasculaires périphériques sont encouragées
à faire appel aux services d'une infirmière formée en podologie pour l'entretien de leurs ongles. Il est très important
d ’effectuer un examen quotidien des pieds pour détecter les signes annonciateurs d'un ongle incarné et permettre
une intervention précoce.
A ffections unguéales courantes 105

O N YCH O M YCO SE

Mycose unguéale avec atteinte matricielle Mycose unguéale partielle en distolatérale interne
du premier orteil

DÉFINITION
Lonychomycose, de loin la maladie des ongles la plus fréquente,
est l’envahissement de l’appareil unguéal par des champignons
parasites. Cette invasion se fait selon trois voies différentes :
la région distolatérale, la plus f réquente, la face dorsale de la
plaque unguéale et, enfin, la face profonde du repli sous-unguéal
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

proximal. En l’absence de traitement, les différentes formes


cliniques de lonychomycose ont de fortes chances d ’évoluer vers
l onychodystrophie totale.
Easpect inesthétique de lonychomycose peut avoir un impact
psychologique négatif sur limage corporelle de la personne
qui en est atteinte. Par ailleurs, dans sa forme évoluée, l ’ony-
chomycose peut devenir doidoureuse et être la source dune
surinfection bactérienne sous- ou péri-unguéale.

ÉTIOLOGIE
Ce sont en général les champignons de l’espèce des dermatophytes
(Trichophyton rubrum et Tnchophytun mentagrophyte) qui sont à
l’origine de l’infection unguéale; les levures et les moisissures sont
très rarement mises en cause. Aux mains, l’infection avec le Candida
106 Guide pratique de podologie

albicans de type levure est presque toujours consécutive à une


périonyxis chronique ou à une onycholyse psoriasique. L’affection
se propage par contact direct ou par mode croisé ; elle est souvent
véhiculée par les chaussures, les chaussettes et les instruments
utilisés pour le soin des ongles.
Il arrive fréquemment que l’onychomycose soit responsable de
l’apparition ou de la récidive d ’une mycose cutanée superficielle à
d’autres endroits, comme les pieds et les plis inguinaux. Cependant,
l’altération unguéale n’est pas toujours et exclusivement d ’origine
mycosique. Il est nécessaire de pratiquer une culture pour confirmer
l’étiologie fongique et éliminer entre autres le psoriasis unguéal. Le
diagnostic d ’onychomycose est trop fréquemment posé, entraînant
ainsi l’application de traitements inadaptés, prolongés, coûteux et
souvent accompagnés d’effets secondaires.

_________________S I G N E S E T S Y M P T Ô M E S _________________
La mycose unguéale n'affecte pas uniformément et au même rythme tous
les ongles des orteils. Comme l'infection ne progresse que sur des ongles
altérés, les premières lésions apparaissent habituellement au premier ou au
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

cinquième orteil ou encore sur les orteils en griffe, dont les ongles sont plus
vulnérables aux traumatismes et aux effets de chaussures inadaptées. La mycose
unguéale peut mettre plusieurs années avant de contaminer tous les ongles.
À ses débuts, l'onychomycose apparaît le plus souvent sur le bord distolatéral
de l'ongle et se manifeste par un changement dans la coloration de l'ongle,
qui varie du jaune pâle au brun foncé. Graduellement, la tablette unguéale
s'épaissit, devient friable et s'émiette facilement. Le lit unguéal se recouvre
d'un matériel hyperkératosique mou qui, lorsqu'il est enlevé, dégage une odeur
nauséabonde très forte. Au fu r et à mesure que l'infection progresse vers la
matrice, l'ongle change de couleur. Dans certains cas, l ’ongle peut même se
détacher de son lit, entraînant une onycholyse partielle ou totale avec chute de
l'ongle. L'aspect clinique de l'onychomycose varie selon le champignon en cause
et selon sa voie de pénétration dans l'appareil unguéal.
A ffections unguéales courantes 107

FACTEURS PRÉDISPOSANTS OU AGGRAVANTS______________________________


■ Une plaque unguéale altérée par des microtraumatismes répétés, un coup, une blessure ou
une pédicurie intempestive provoquant une onycholyse.
■ L’utilisation d’instruments pour le soin des ongles qui sont contaminés par les champignons.
■ La mycose cutanée, qui prédispose à ce genre d’infection.
■ Un déficit immunitaire, notamment en lien avec le VIH.
■ Le diabète.
■ L’hyperhidrose, qui favorise la croissance des champignons sur une plaque unguéale déjà altérée.
■ Une hygiène des pieds inadéquate.
■ L’âge avancé, les ongles qui sont plus cassants et friables à mesure qu’on vieillit sont plus
vulnérables aux infections fongiques.

APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES_________________________________


L’approche thérapeutique retenue dépend principalement du stade d’infection des ongles,
c’est-à-dire s’il y a atteinte matricielle ou non. Il est nécessaire de pratiquer une culture pour
confirmer l’étiologie fongique et éliminer, entre autres, le diagnostic de psoriasis unguéal.
Il n’y a pas si longtemps, on préconisait l’arrachement de l’ongle atteint pour éradiquer l’infec­
tion. Heureusement, cette pratique a largement été abandonnée au profit de mesures préventives
et de nouvelles méthodes thérapeutiques par voies topique et systémique. Le traitement par voie
systémique de l’ongle infecté avec atteinte matricielle ne peut être appliqué que sous ordonnance
médicale et demeure l’approche privilégiée pour les personnes dont l’âge et l’état de santé
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

le permettent. La terbinafine, comme LamisilMD, et l’itraconazole, comme SporanoxMD, sont les


médications que recommandent couramment les médecins. De façon générale, le traitement par
voie systémique dure environ six à neuf mois et doit être associé à des soins podologiques réguliers
pour obtenir des résultats qui ne sont visibles qu’avec la repousse de l’ongle.
La terbinafine est cependant contre-indiquée chez les personnes atteintes d’insuffisance
hépatique et rénale, tandis que l’itraconazole est à prescrire avec réserve en raison de son
potentiel élevé d’interaction pharmacocinétique et métabolique avec certains hypocholes-
térolémiants, anticoagulants oraux, antiangineux inhibiteurs calciques coronaro-dilatateurs,
anxiolytiques non benzodiazépines, immunodépresseurs, antéroviraux, antinéoplasiques, anti­
histaminiques, et autres azolés. De nouveaux schémas en «traitements pulsés» d’une semaine
séparés par des périodes de une, deux ou trois semaines selon les molécules utilisées (terbinafine,
itraconazole) sont en cours d’évaluation. Le traitement pulsé qui réduit considérablement les doses
thérapeutiques permettrait de diminuer non seulement l’importance des doses administrées et les
coûts associés à ces médicaments, mais également les effets secondaires susceptibles de se mani­
fester. Bien que l’approche thérapeutique systémique excelle dans plus de 70% des cas, elle n’est
pas immunisante, car, sans contrôle des facteurs prédisposants, des récidives à long terme peuvent
toujours se produire. Enfin, il faut insister sur l’importance de détecter l’infection à un stade préco­
ce pour éviter d’avoir recours à ces médications par voie systémique dont les effets non désirables
pour la santé de l’individu demeurent potentiellement présents.
108 Guide pratique de podologie

Lorsque l’atteinte fongique est partielle, c’est-à-dire que la matrice unguéale est préservée,
un produit sous forme de vernis à ongles à base de ciclopirox 8% p/p, comme PenlacMD, vendu
sous ordonnance médicale, peut donner de bons résultats si on l’utilise de façon adéquate et
en concomitance avec des soins podologiques réguliers. Enfin, les antifongiques topiques sous
forme de crème sont peu ou pas absorbés par la plaque unguéale de sorte qu’ils ne sont pas
indiqués pour le traitement de l’onychomycose avec ou sans atteinte matricielle.

■ TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Si la matrice de l’ongle est préservée, on suggère de nettoyer l’ongle
des débris sous-unguéaux et péri-unguéaux et de retirer progressive­
ment les parties de l’ongle infectées. On procède ensuite à une appli­
cation locale d’acide acétique à 5 % (vinaigre pour usage domestique)
ou d’huile de théier. Ces solutions reconnues pour leurs propriétés
fongistatiques et antibactériennes doivent être appliquées avec un
compte-gouttes sur et sous l’ongle à raison de deux fois par semaine
et au besoin. Ces soins doivent être donnés dans des conditions
d’asepsie rigoureuse pour éviter la propagation de l’infection et être
encadrés par un professionnel de la santé formé en podologie qualifié
pour identifier les facteurs prédisposants en cause et suggérer des
movens d ’éviter les récidives.
J
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin dans les cas suivants :
■ Lorsqu’il y a atteinte matricielle et qu’un traitement systémique
doit être envisagé.
■ Lorsqu’il y a des signes de surinfection bactérienne et que
la personne fait partie d’un groupe à risque de complications
comme les personnes diabétiques, les immunodéprimés et les
insuffisants vasculaires périphériques.
A ffections unguéales courantes 109

C o n s e il s a u c l ie n t

Pour la prévention de Ponychomycose


■ Protéger les ongles des microtraumatismes causés entre autres par une chaussure mal ajustée
qui exerce une pression et une friction sur les ongles.
■ Éviter le port de sandales à bouts ouverts qui exposent les ongles à des coups ou à des blessures
lors de la pratique de certains sports ou d’activités à risque.
■ Éviter de nettoyer de façon acharnée et intempestive le dessous des ongles pour ne pas
provoquer le décollement irréversible de la plaque unguéale.
■ Garder les pieds propres et secs.
■ À la maison, utiliser des instruments propres réservés à un usage personnel pour le soin des
ongles; les nettoyer après chaque usage afin d’enlever les poussières d’ongles. Les instruments
en inox utilisés à la maison peuvent être désinfectés avec du BaxedinMD20% ou en les laissant
tremper 15 minutes dans une solution désinfectante comme l’hypochlorite de sodium
(eau de javel)3. Avant de ranger les instruments, les rincer à l’eau claire et les sécher.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Consulter rapidement un professionnel de la santé en podologie pour confirmer la présence
de champignons et déterminer le traitement à suivre.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Tailler les ongles d’aspect mycosé en dernier pour éviter de contaminer les ongles sains et
appliquer une solution d’acide acétique 5% (vinaigre pour usage domestique) ou d’huile de
théier sur et sous les ongles affectés. Répéter l’application de la solution deux fois par semaine.
■ À la maison, utiliser des instruments propres réservés à un usage personnel pour le soin des
ongles ; les nettoyer après chaque usage afin d’enlever les poussières d’ongles. Les instruments
en inox utilisés à la maison peuvent être désinfectés avec du BaxedinMD20% ou en les laissant
tremper 15 minutes dans une solution désinfectante comme l’hypochlorite de sodium
(eau de javel). Avant de ranger les instruments, les rincer à l’eau claire et les sécher.

Note à la personne diabétique


Il est fortement recommandé aux personnes diabétiques atteintes d'une onychomycose défaire appel aux services
d'une infirmière formée en podologie pour assurer le soin de leurs ongles. Les risques de complications associées
à leur état de santé, telles que l ’ongle incarné résultant de l'onychodystrophie et la surinfection bactérienne,
commandent des interventions précoces.

3. On mélange 25 ml d’eau de Javel à 4% avec un litre d’eau.


J J 0 Guide pratique de podologie

O N YCH O G RYPH O SE

Onychogryphose au premier orteil - Vue du dessous du même ongle Le même ongle après une taille sommaire
vue du dessus de l’ongle

DÉFINITION
Lonychogryphose est une dystrophie unguéale qui touche le plus
souvent le premier orteil. Cette affection le plus souvent liée à
une onychomycose chronique rend la plaque de l’ongle très dure,
épaisse et difforme qui offre souvent l'aspect d ’u ne véritable
griffe rugueuse et grossière, courbée vers le bas ou vers le haut.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

ÉTIOLOGIE
Lonychogryphose est fréquemment associée à un traumatisme anté­
rieur important et brutal qui a lésé la matrice unguéale et favorisé le
développement d’une inlection fongique secondaire. Lonychogryphose
se rencontre le plus souvent chez les personnes aînées.
A ffections unguéales courantes 111

_________________ S I G N E S E T S Y M P T Ô M E S _________________
L'onychogryphose se manifeste par un épaississement important et irrégulier de
l'ongle, qui devient opaque et de couleur brunâtre à noirâtre; une hyperkératose
sous-unguéale accompagne souvent cette affection. Habituellement très dur,
l'ongle, avec le temps, a tendance à s'incurver à la manière d'une griffe rugueuse
et grossière. En plus d'être inesthétique, ce type de déformation entraîne souvent
des douleurs à la pression et empêche la personne de se chausser correctement.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ Traumatisme antérieur Selon la sévérité des symptômes et la condition de santé
important et brutal générale de la personne, il peut être envisagé de traiter la
de la matrice de l’ongle. mycose unguéale avec un antifongique par voie systémique.
■ Onychomycose chronique. Toutefois, dans la plupart des cas, en raison de l’état de santé
des personnes atteintes, l’entretien régulier (taille, nettoyage et
■ Absence de soins d’hygiène
remodelage) de l’ongle constitue la meilleure façon de réduire
et d’entretien.
les symptômes douloureux et de prévenir la surinfection
■ Âge avancé. Les personnes bactérienne susceptible d’atteindre les replis péri-unguéaux et
aînées peuvent avoir une sous-unguéaux. En présence d’une surinfection bactérienne,
incapacité d’autosoins liée l’application de pansements imprégnés de sérum physiologique
à leur état de santé. trois ou quatre fois par jour pendant 10 minutes, durant 48 à
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

72 heures, est efficace. Si les symptômes d’infection perdurent


et que la personne fait partie d’un groupe à risque de complica­
tions (immunodéprimés, diabétiques), il est fortement suggéré
de consulter un médecin qui évaluera la pertinence d’instaurer
une antibiothérapie par voie topique ou systémique.

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Pour diminuer les symptômes douloureux assoeiés à ee type daffec-
tion unguéale, il est recommandé de porter des chaussures qui
dégagent l’ongle de toute pression ou friction susceptible d’exacerber
la douleur.
L’entretien régulier (taille, nettoyage et remodelage) de ce type
d’ongle par un professionnel de la santé formé en podologie constitue
la meilleure façon de réduire les symptômes douloureux et de prévenir
la surinfection bactérienne susceptible d ’atteindre les replis péri-
unguéaux et sous-unguéaux.
1 12 Guide pratique de podologie

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


La personne doit être dirigée vers un médecin en mesure d évaluer
le traitement médical approprié dans les cas suivants :
■ En présence d une surinfection bactérienne qui ne répond pas
au traitement local avec les compresses imprégnées de sérum
physiologique.
■ Lorsque la personne affectée fait partie d’un groupe à risque de
complications, comme les personnes immunodéprimées et les
personnes diabétiques.

C o n s e il s a u p a t ie n t

Pour la prévention de Ponychogryphose


■ Éviter de porter des sandales à bouts ouverts qui exposent les ongles à des coups ou
à des blessures lors de la pratique de certains sports ou d’activités à risque.
■ Consulter rapidement une infirmière formée en podologie pour déterminer la ou les causes
d’un changement de coloration et d’apparence d’un ongle et établir le traitement à suivre
s’il y a lieu.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Porter des chaussures qui dégagent l’ongle de toute pression ou friction susceptible d’exacerber
la douleur afin de diminuer les symptômes douloureux associés à ce type d’affection unguéale.
■ En présence de signes d’inflammation ou d’infection, tels que douleur, rougeur ou œdème
au pourtour de l’ongle, appliquer des pansements imprégnés de sérum physiologique
trois ou quatre fois par jour pendant 10 minutes, durant 48 à 72 heures. Si les symptômes
persistent, consulter un professionnel de la santé formé en podologie.
■ Faire appel aux services d’un professionnel de la santé formé en podologie pour le soin et
l’entretien de l’onychogryphose.

Note à la personne d ia b é tiq ue


Il est fortement recommandé aux personnes diabétiques atteintes d'une onychogryphose défaire appel aux
services d'une infirmière formée en podologie pour l'entretien et le soin de leurs ongles. Les risques de compli­
cations associées à cette condition, telles que la surinfection bactérienne, nécessitent des interventions rapides
par des spécialistes du domaine.
A ffections unguéales courantes \ 13

H É M A T O M E S O U S -U N G U É A L

■ DÉFINITION
Un hématome sous-unguéal consiste en une accumulation de
sang sous l’ongle par suite de la rupture de vaisseaux sanguins
attribuable le plus souvent à un traumatisme.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ ÉTIOLOGIE
Les hématomes sous-unguéaux aigus apparaissent fréquemment aux
premiers orteils après un traumatisme connu clés ongles, comme un
coup de pied dans un ballon, des microtraumatismes répétés dans
des chaussures trop petites, un choc direct avec un objet contondant.
114 Guide pratique de podologie

_________________ S I G N E S E T S Y M P T Ô M E S _________________
Un hématome minime est indolore et disparaît avec la pousse de l'ongle; si
l'hématome est plus important, il entraîne une accumulation massive de sang sous
la tablette unguéale et occasionne une vive douleur secondaire quand les tissus
sous-jacents sont comprimés. Une tache rouge; brune ou violacée est alors visible
sous la tablette et se déplace avec la croissance de l'ongle. Un hématome total
peut être associé à une déchirure du lit unguéal et à une fracture sous-jacente.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS_______ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES___________
■ Pratique d’activités sportives L’importance de l’hématome et l’intensité de la douleur dicte­
à arrêts et départs brusques. ront la technique à employer pour évacuer le sang. Il faut inter­
■ Port de chaussures mal venir rapidement afin de diminuer les risques de décollement
ajustées. de la plaque résultant de la pression qu’exerce le caillot sur
l’ongle. La technique pour drainer le sang consiste à pratiquer
■ Marche pieds nus ou
un orifice dans la plaque unguéale au moyen d’une aiguille
en sandales laissant
servant aux ponctions veineuses de gros calibre (n° 16/18) ou
les orteils sans protection.
encore d’un trombone chauffé de manière à permettre au
■ Prise d’anticoagulants. sang de s’évacuer; le forage de l’ongle amène un soulagement
immédiat chez la personne. L’application subséquente d’un
pansement compressif maintient l’ongle accolé à son lit.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Il n’existe pas comme tel de traitement sans ordonnance pour l’héma­
tome sous-unguéal, si ce n’est l’utilisation d’un pansement compressif
au besoin pour maintenir l’ongle accolé à son lit.

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin qui évaluera la pertinence
d’une consultation en dermatologie :
■ Lorsqu’il est impossible d’établir une histoire de traumatisme
antérieur, de prise d ’anticoagulants.
■ En présence d ’une pigmentation sous-unguéale qui s’étend sur
le repli cutané proximal (signe de Hutchinson).
■ Pour éliminer un mélanome malin du lit unguéal.
A ffections unguéales courantes 1 15

C o n s e il s a u p a t ie n t

Pour la prévention de l'hém atom e sous-unguéal


■ Protéger les ongles des traumatismes causés entre autres par une chaussure mal ajustée
qui exerce une pression et une friction sur les ongles.
■ Éviter de porter des sandales à bouts ouverts qui exposent les ongles à des coups
ou à des blessures lors de la pratique de certains sports ou d’activités à risque.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Si l’importance de l’hématome et l’intensité de la douleur le justifient, consulter immédiatement
un professionnel de la santé pour drainer le sang accumulé sous l’ongle et faire un pansement
compressif afin d’empêcher le décollement de la plaque de l’ongle et sa chute éventuelle.
■ Protéger, lorsque la chute de l’ongle survient, le lit unguéal laissé momentanément
sans protection et plus sensible aux frottements et à la pression de la chaussure.

Note à la personne diabétique


Une personne atteinte d'une neuropathie diabétique qui présente un hématome sous-unguéal doit, en plus de
suivre les directives mentionnées plus haut, surveiller étroitement l'apparition de signes d'infection pouvant se
développer au site affecté et consulter une infirmière formée en podologie pour assurer un suivi et identifier la
ou les causes à l ’origine du problème afin de diminuer les risques de récidives.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
116 Guide pratique de podologie

O N Y C H O P T O S E (chute de l'ongle)

Décollement partiel de la plaque de l’ongle à la suite Même ongle après retrait des parties de la plaque décollée
d ’un traumatisme brutal et remodelage des angles vifs

DÉFINITION
Lonychoptose ou onychomadèse est un décollement de l ’ongle
à départ proximal ou distal aboutissant à sa chute.

ÉTIOLOGIE
Lonychoptose est le plus souvent consécutive à un traumatisme
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

brutal ou à une engelure; elle peut également être associée à une


onychopathie, telle que l’onychomycose chronique ou le psoriasis
unguéal, ou encore être un effet secondaire de la chimiothérapie.

________________ S I G N E S E T S Y M P T Ô M E S ________________
Selon l ’étiologie en cause, l ’ongle peut se détacher progressivement ou subitement
du lit unguéal. Habituellement, lorsque l ’onychoptose survient, la douleur a
disparu, sauf si une lésion est présente sur le lit unguéal.
A ffections unguéales courantes 1 17

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS_______ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ Traumatisme de l’ongle Après une onychoptose partielle, il faut protéger le lit unguéal
avec hématome sous- de blessures ultérieures jusqu’à la repousse de l’ongle. S’il y
unguéal important. a lieu, les angles vifs de la partie restante de l’ongle doivent
■ Onychomycose chronique. être arrondis pour ne pas léser la peau saine environnante ou
encore favoriser l’arrachement de la partie de l’ongle restante
■ Chimiothérapie.
par un accrochage accidentel des rebords restants de l’ongle.
■ Engelures.

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Lorsque la chute de l’ongle survient, il faut protéger à l’aide d ’un
pansement protecteur le lit unguéal laissé momentanément sans
protection et plus sensible aux frottements et à la pression de
la chaussure.
Si le lit unguéal présente une plaie, il est recommandé de nettoyer
celle-ci avec un savon doux et d ’appliquer par la suite en couche
fine un antibactérien comme PolytopicMD ou PolysporinMD sur la
région affectée, avant cle confectionner un pansement protecteur
qu’il faudra refaire au besoin jusqu’à guérison complète de la plaie.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin en mesure d évaluer le
traitement médical approprié dans les cas suivants :
■ Lorsque l’onychoptose est associée à une onychopathie, comme
l’onychomycose chronique ou le psoriasis.
■ Lorsqu’il est impossible d’identifier la cause de la chute des ongles.
■ Lorsqu’une personne faisant partie d ’un groupe à risque présente
des signes d’infection.
1 18 Guide pratique de podologie

C o n s e il s a u p a t ie n t

Pour la prévention de Ponychoptose


■ Protéger les ongles de traumatismes violents.
■ Prévenir les engelures aux orteils, qui peuvent entraîner la chute des ongles, particulièrement
lors de la pratique de sports d’hiver. Le port de chaussettes en fibres synthétiques, telles que
Coolmax, le polypropylène, les semelles isolantes avec un revêtement d’aluminium ou encore
en feutre de mohair sont très efficaces pour maintenir les pieds au chaud.
■ Suivre les mesures d’hygiène préventives pour l’onychomycose présentées à la page 109.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Faire un pansement protecteur pour protéger le lit unguéal de blessures ultérieures jusqu’à
la repousse de l’ongle. S’il y a lieu, les angles vifs de la partie restante de l’ongle doivent être
arrondis pour ne pas léser la peau saine environnante ou encore favoriser l’arrachement de
la partie de l’ongle restante par un accrochage accidentel des rebords restants de l’ongle.
■ Lorsque l’onychoptose résulte d’un traumatisme et en présence d’une plaie, nettoyer la
lésion avec un savon doux et appliquer en couche fine un antibactérien topique comme
PolysporinMD ou PolytopicMD; recouvrir la plaie d’un pansement protecteur.

Note à la personne diabétique


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Une personne atteinte d'une neuropathie diabétique qui présente une onychoptose doit, en plus de suivre les
directives mentionnées plus haut, surveiller étroitement l ’apparition de signes d’injection pouvant se développer
au site affecté et consulter une infirmière formée en podologie pour qu’il assure un suivi et identifie la ou les
causes à l ’origine du problème afin de diminuer les risques de récidives.
Déformations courantes
et affections diverses
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
D éformations courantes et affections diverses 121

H A LL U X V A LG U S

Schéma anatomique
permettant de visualiser
la déformation

Hallux valgus bilatéral

DÉFINITION
Lhallux valgus est une déviation latérale progressive du premier
orteil vers le deuxième accompagnée d ’u ne subluxation de
l articulation métatarsophalangienne. Lappellation péjorative
Copvnçjht © 2011 Presses de VUnWers\té du Québec.

et disgracieuse d ’« oignon » est encore trop souvent utilisée dans


le language populaire pour désigner une exostose qui se déve­
loppe fréquemment sur la proéminence osseuse de l’articulation
subluxée. A la faveur d ’u ne arthropathie comme l’arthrose et
l’arthrite rhumatoïde, la déformation devient de plus en plus
importante, entraînant non seulement des problèmes fonction­
nels mais des difficultés d ’ajustement de la chaussure et une
gêne d'ordre esthétique dont la femme souffre particulièrement.
122 Guide pratique de podologie

ÉTIOLOGIE
Une pronation anormale de l’articulation sous-astragalienne est
fréquemment observée en présence d’un hallux valgus. Par ailleurs,
il semble qu’une prédisposition morphologique héréditaire condui­
sant à une déficience musculo-ligamentaire résultant d’une hyper-
sollicitation soit souvent associée à cette déformation. Enfin, on
trouve fréquemment parmi les antécédents médicaux de la personne
une affection ostéo-articulaire comme l’a rthrose, l’a rthrite goutteuse
ou rhumatoïde.

___________________ S I G N E S E T S Y M P T Ô M E S __________________
La déviation du premier orteil peut être plus ou moins prononcée. L’intensité de
la douleur varie considérablement d ’une personne à l ’autre et n’est pas toujours
proportionnelle à la sévérité de la déviation. Une forte douleur et des rougeurs
se développent souvent au site de l ’exostose a la faveur d ’une arthropathie ou
encore de pressions ou de frottements répétés provoqués par une chaussure
mal ajustée. Dans les cas d ’hallux valgus sévères, le premier orteil a souvent
tendance a chevaucher le deuxième.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS OU AGGRAVANTS______________________________


■ Pronation anormale de l’articulation sous-astragalienne.
■ Déficience musculo-ligamentaire résultant d’une hypersollicitation.
■ Présence d’une arthropathie comme l’arthrose, l’arthrite goutteuse et rhumatoïde.
■ L’hallux valgus affecte nettement plus les femmes que les hommes.
■ Les personnes qui ont un pied égyptien (premier orteil plus long que le second) risquent
davantage de développer un hallux valgus.
■ Enfin, le port continu de chaussures à talons hauts et à bout pointu est un facteur qui accélère
l'évolution de cette affection, mais ne la provoque pas nécessairement.
D éformations courantes et affections diverses 123

APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES_________________________________


Mis à part l’intervention chirurgicale, il n’existe aucun traitement curatif de l’hallux valgus. Si des
problèmes biomécaniques, comme une pronation anormale de l’articulation sous-astragalienne,
sont à l’origine du problème, une orthèse plantaire prescrite par un médecin peut être indiquée
pour prévenir, stabiliser ou freiner l’évolution de la déformation et ses conséquences. Pour sou­
lager les douleurs à la marche, le port de chaussures ajustées en fonction de la déformation est
vivement encouragé.
Si la déformation fait partie des symptômes d’une affection ostéoarticulaire, le médecin
pourra prescrire selon le type d’arthrite en cause des médicaments faisant partie des catégories
énumérées à la page 133 de cet ouvrage.

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Les accessoires disponibles sans ordonnance visent uniquement
à soulager les symptômes douloureux et à favoriser le confort. En
pharmacie, ces derniers se présentent sous forme de pansements
protecteurs de toutes sortes et de séparateurs d’orteils (voir page 73).
Pour aider la personne à choisir le produit approprié, il faut considérer
l’âge et l’état de santé général de la personne, son degré d’autonomie, sa
capacité financière et l’espace disponible dans la chaussure.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

L’article idéal pour protéger une exostose au premier orteil devrait


être facile à utiliser, composé de matériaux compressibles et non
occlusifs, et demeurer stable sans adhésif ou élastique susceptible
d’abîmer la peau ou d’entraver la circulation sanguine. Enfin, il faut
conseiller à la personne de suivre rigoureusement les mises en garde
et les directives du fabricant relatives aux modes d ’utilisation et
d ’entretien de ces accessoires, notamment celle qui demande de
retirer l’accessoire au coucher et de le laver régulièrement.
Pour un soulagement temporaire de la douleur d’intensité légère
à modérée associée à une bursite localisée à la face externe de la
première articulation métatarso-phalangienne, la prise d’analgésiques
et d’anti-inflammatoires en vente libre, tels que l’acétaminophène et
l’ibuprofène, peut être efficace. Le diclofénac diéthylamine 1,16%,
comme le Voltaren EmulgelMDen application topique, peut également
apporter un soulagement de la douleur articulaire en cas de poussée
aiguë de l’inflammation.
124 Guide pratique de podologie

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin lorsque les traitements
symptomatiques n’ont pas réussi à soulager la douleur et qu’une inca­
pacité fonctionnelle est présente afin qu’il prescrive une médication,
un traitement orthésique ou une eorreetion chirurgicale effectuée
par un orthopédiste.

C o n s e il s a u c l ie n t

Pour la prévention de Phallux valgus


■ Les personnes qui ont des antécédents familiaux ou encore une prédisposition morphologique
devraient consulter un médecin pour qu’il évalue la pertinence d’instaurer un traitement
orthésique de prévention.
■ Il faut privilégier le port de chaussures assez larges à l’avant de façon à ne pas compresser les
orteils, et des talons d’une hauteur n’excédant pas 4 cm.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Porter des chaussures adaptées à la déformation et, au besoin, faire appel à un cordonnier
pour qu’il distende la chaussure vis-à-vis de la zone de conflit pied/chaussure.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Sous la supervision d’un professionnel de la santé formé en podologie, utiliser des coussinets
protecteurs en matériaux compressibles et non hermétiques (mousse synthétique et gel de
polymère) sur les zones de la peau qui entrent en conflit avec la chaussure.
■ Pour le soulagement temporaire de douleurs d’intensité légère à modérée, prendre des analgé­
siques et des anti-inflammatoires en vente libre, comme l’acétaminophène, l’ibuprofène et
le diclofénac diéthylamine 1,16% (Voltaren EmulgelMD).
■ Si les douleurs sont vives et invalidantes, demander une évaluation médicale qui déterminera
la pertinence de prescrire une médication plus puissante, un traitement orthésique ou
une correction chirurgicale effectuée par un orthopédiste.

Note à la personne d ia b é tiq ue


Les personnes diabétiques aux prises avec ce type de déformation devraient consulter un médecin pour qu’il
évalue la pertinence de prescrire une orthèse de prévention ou encore une chaussure orthopédique. Le recours à
une infirmière formée en podologie est fortement recommandé pour réduire l ’hyperkératose de protection aux
points de pression créés par la déformation et superviser l ’utilisation des accessoires en gel de polymère et mousse
synthétique en vente libre.
D éformations courantes et affections diverses \25

C H E V A U C H E M E N T D E S O R T E IL S E T Q U IN T U S V A R U S

Chevauchement du deuxième orteil sur le premier Quintus varus

DÉFINITION
Le chevauchement des orteils est une déformation dans
laquelle un orteil dévie de son axe normal pour se placer sur
ou sous l'orteil voisin. Le chevauchement du premier orteil sur
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

le deuxième est souvent associé à Lhallux valgus. Le quintus


varus, pour sa part, est une déformation le plus souvent d ’ori­
gine congénitale. Le cinquième orteil se présente en adduction ,
extension et rotation externe sans déviation du métatarsien ;
cliniquement, le cinquième orteil se trouve en partie sous le
quatrième orteil.

ÉTIOLOGIE
Le chevauchement des orteils est une déformation acquise ou
congénitale. Il est très souvent associé à Lhallux valgus et à des
arthropathies diverses.
126 G u i d e PRATIQUE DE PODOLOGIE

SIG N E S ET S Y M P T Ô M E S

Selon les orteils atteints, le chevauchement des orteils entraîne des douleurs plus
ou moins sévères aux zones de conflit pied/chaussure. Les points douloureux où se
développe généralement une hyperkératose de protection sont les faces latérales
externe et interne des cinquièmes orteils et les faces dorsales des orteils touchés.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS_______ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ Présence d’hallux valgus. Sauf la chirurgie, il n’existe aucun traitement curatif pour le
■ Port de chaussures à chevauchement des orteils. Lorsque l’orteil qui chevauche
talons hauts et qui sont est souple et que l’articulation est encore mobile, le port
trop étroites à l’avant-pied. d’une orthèse digitale fabriquée sur mesure par un orthé-
siste du pied peut stabiliser l’orteil dans sa position normale
■ Port de chaussettes trop
et diminuer considérablement les douleurs associées aux
serrées à l’avant-pied.
zones de conflit pied/chaussure.
■ Arthropathies.

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Les accessoires vendus en pharmacie pour traiter le chevauchement


des orteils peuvent uniquement soulager les symptômes douloureux.
Les séparateurs d’orteils en caoutchouc totalement ou partiellement
rigides ne sont pas recommandés, car ils logent très mal dans la
chaussure et causent souvent de nouvelles douleurs ou entraînent
de la macération cutanée interdigitale.
Les séparateurs en mousse synthétique et en gel de polymère, dont
des modèles sont présentés à la page 73, peuvent être utiles pour
atténuer les zones de conflit pied/chaussure. Pour un confort durable,
rien ne vaut le port d ’une chaussure adaptée aux déformations.
D éformations courantes et affections diverses 12 7

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


La personne doit être dirigée vers un médeein lorsque les traitements
symptomatiques n’ont pas réussi à soulager la douleur et qu’une inca­
pacité fonctionnelle est présente afin qu’il prescrive une médication,
un traitement orthésique ou orthopédique.

C o n s e il s a u p a t ie n t

Pour la prévention du chevauchem ent des orteils


■ Porter des chaussures profondes et des chaussettes assez larges à l’avant-pied pour permettre
aux orteils de bouger librement sans qu’ils se chevauchent.
■ Pour les personnes qui ont une prédisposition morphologique ou qui sont atteintes d’un hallux
valgus, consulter un médecin pour évaluer la pertinence d’instaurer un traitement orthésique
de prévention afin de retarder ou de stabiliser la déviation et d’en freiner l’évolution.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Choisir une chaussure suffisamment profonde et large à l’avant-pied afin de bien loger la défor­
mation et d’assurer un confort durable. Au besoin, consulter un spécialiste de la chaussure ou
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

un cordonnier pour faire distendre la chaussure vis-à-vis de la zone de conflit pied/chaussure.


■ Utiliser sous supervision d’un professionnel de la santé des coussinets protecteurs et des sépa­
rateurs d’orteils en matériaux compressibles et non hermétiques (mousse synthétique et gel de
polymère) sur les zones de la peau qui entrent en conflit avec la chaussure.
■ Faire appel à un professionnel de la santé formé en podologie pour réduire l’hyperkératose de
protection aux points de pression créés par la déformation.

Note à la personne diabétique


Les personnes diabétiques aux prises avec ce type de déformation devraient consulter un médecin pour évaluer
la pertinence de prescrire une orthèse de prévention ou encore une chaussure orthopédique. Le recours à une
infirmière formée en podologie est fortement recommandé pour réduire l ’hyperkératose de protection aux points
de pression créés par la déformation et pour superviser l ’utilisation des accessoires en gel de polymère et mousse
synthétique en vente libre.
128 Guide pratique de podologie

O R T E IL E N G R IF F E

Griffe proximale du deuxième orteil Griffes distales des deuxième, Griffe complète
troisième et quatrième orteils

Schémas anatomiques

griffe proximale griffe distale griffe complète


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

DÉFINITION
Lorteil en griffe résulte de la contracture en extension de l’arti­
culation métatarso-phalangienne et de la contracture en flexion
de l’articulation interphalangienne proximale ou distale, selon
que la griffe est partielle ou complète. Dans le langage populaire,
on associe l’orteil en marteau à l orteil en griffe.

ÉTIOLOGIE
Cette déformation peut être eongénitale ou acquise. L’orteil en griffe
est souvent causé par un affaissement de l’arche transversale anté­
rieure et un déséquilibre musculo-tendineux des muscles intrin­
sèques du pied. Les séquelles d ’une fracture ou encore la présence
d’une arthropathie telle que l’arthrose peuvent aussi être à l’origine de
cette déformation. Enfin, la neuropathie motrice du pied diabétique
entraîne fréquemment des orteils en griffe.
D éformations courantes et affections diverses 12 9

S IG N E S ET S Y M P T Ô M E S

Plusieurs orteils en griffe restent «discrets» et n’affectent pas vraiment le


fonctionnement du pied. Les articulations des orteils touchés peuvent être souples,
semi-flexibles ou encore totalement rigides. Une bursite peut se développer sur l ’une
des articulations atteintes, mais, le plus souvent, il se forme une hyperkératose de
protection sur les zones de conflit pied/chaussure qui occasionne des douleurs vives.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS_______ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ Arche transversale Le port de chaussures permettant de loger la déformation
affaissée. sans entraîner de zone de conflit pied/chaussure est de loin
■ Arche longitudinale interne la meilleure approche thérapeutique.
cambrée (pied creux). L’élimination, par un cordonnier expérimenté, de toute
■ Neuropathie motrice zone de conflit pied/chaussure par étirage du cuir est une
du pied diabétique. solution à envisager.

■ Arthropathies. Seule l’arthrodèse réalisée par un chirurgien orthopédiste


peut corriger un orteil en griffe dont l’articulation est irréductible.
■ Paralysie.
L’orthoplastie, qui est une technique de fabrication sur
■ Chaussure non adaptée
mesure d’orthèses propres aux orteils, est indiquée pour pré­
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

à la taille du pied.
venir les lésions cutanées consécutives aux griffes irréduc­
■ Les personnes qui ont tibles et pour stabiliser l’orteil en position normale lorsque la
un pied grec risquent plus griffe est encore souple (réductible).
que d’autres de développer
Des soins podologiques pour réduire l’hyperkératose de
un orteil en griffe
protection sur les zones de conflits pied/chaussure s’avèrent
du deuxième ou
souvent nécessaires.
du troisième orteil.
130 Guide pratique de podologie

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Les produits et les accessoires sans ordonnance visent essentielle­
ment à soulager les symptômes douloureux associés à l’inflammation
des bourses articulaires et à réduire l’hyperkératose de protection.
Pour aider la personne à sélectionner le pansement approprié, il faut
tenir compte de Page et de l’état de santé général de la personne,
de son degré d ’autonomie, de sa capacité financière et de l’espace
disponible dans la chaussure.
Le pansement protecteur idéal pour l’orteil en griffe doit être
d ’utilisation facile, composé de matériaux compressibles et non
occlusifs, sans adhésif ou élastique qui pourraient abîmer la peau
ou entraver la circulation sanguine. Quelques modèles d’aceessoires
sont présentés à la page 73. Les mises en garde et les directives
du fabricant concernant les modes d ’utilisation et d ’entretien des
différents produits doivent être rigoureusement suivies. Enfin, les
pansements en forme de beignet (voir page 73) sont à éviter, car au
lieu de protéger la zone atteinte ils contribuent à la mettre en relief
en créant une turgescence de la peau.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin lorsque les traitements
symptomatiques n’ont pas réussi à soulager la douleur et qu’une inca­
pacité fonctionnelle est présente. Le médecin pourra prescrire une
médication, un traitement orthésique ou une eorrection chirurgicale
effectuée par un orthopédiste s’il le juge approprié.
D éformations courantes et affections diverses 131

C o n s e il s a u c l ie n t

Pour la prévention de Torteil en griffe


■ Porter des chaussures adaptées à la taille et à la forme des pieds. Les personnes qui ont un pied
grec (caractérisé par un deuxième orteil plus long que le premier) et qui portent régulièrement
des talons hauts risquent davantage de développer un orteil en griffe au deuxième orteil.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Porter des chaussures avec une hauteur d’empeigne suffisante pour loger la déformation sans
entraîner de conflit pied/chaussure ; si c’est nécessaire, avoir recours à un cordonnier pour
qu’il distende la chaussure vis-à-vis de la zone de conflit pied/chaussure.
■ Utiliser avec les conseils d’un professionnel de la santé des coussinets en mousse synthétique
et gel de polymère sur les zones de la peau qui entrent en conflit avec la chaussure.
■ Faire appel à un professionnel de la santé formé en podologie pour réduire l’hyperkératose
de protection aux points de pression créés par la déformation.

Note à la personne diabétique


Les personnes diabétiques aux prises avec ce type de déformation devraient consulter un médecin pour qu'il
évalue la pertinence de prescrire une orthèse de prévention ou encore une chaussure orthopédique. Il est forte­
ment recommandé défaire appel à une infirmière formée en podologie pour qu'elle réduise l'hyperkératose de
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

protection aux points de pression créés par la déformation et qu'elle supervise l'utilisation des accessoires en gel
de polymère et mousse synthétique en vente libre.
I 32 Guide pratique de podologie

P IE D A R T H R IT IQ U E

Pieds arthritiques dans une forme avancée Patient souffrant d ’arthrite rhumatoïde
dont le pied gauche présente une poussée inflammatoire

DÉFINITION
Le pied arthritique se caractérise par de multiples déformations
qui entraînent souvent un pied triangulaire. Selon l’origine de
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

ïarthropathie en cause, les premières manifestations s’installent


progressivement entre la trentaine et la cinquantaine. Lévolution
anticipée du pied arthritique engendre la multiplication des zones
de conflit pied/chaussure vis-à-vis des articulations atteintes. Les
douleurs à la marche deviennent alors progressivement invali­
dantes, ce qui engendrera une incapacité fonctionnelle à plus ou
moins brève échéance.

ÉTIOLOGIE
L’arthrose, l’arthrite goutteuse et l’a rthrite rhumatoïde font partie
des maladies les plus souvent mises en cause dans I apparition pro­
gressive des déformations multiples plus ou moins réductibles et
douloureuses qui caractérisent le pied arthritique.
D éformations courantes et affections diverses \3 3

S IG N E S ET S Y M P T Ô M E S

À l'examen, l'avant-pied du pied arthritique se caractérise par de multiples


déformations associées, comme l ’hallux valgus, le chevauchement des orteils,
le quintus varus et les orteils en griffe, décrites en détail dans cet ouvrage.
Lors d ’une poussée inflammatoire, les articulations touchées sont gonflées,
la peau est localement chaude et hyperémiée. Les douleurs au dérouillage
le matin et après une immobilisation prolongée sont typiques.
Les articulations touchées demeurent le siège d'une gêne permanente.
Lorsque l'articulation métatarso-phalangienne du premier orteil est touchée,
une douleur survient souvent en propulsion lors de la flexion dorsale de l'orteil.
Les douleurs s'accompagnent d'une limitation progressive des mouvements du pied.
La peau du pied arthritique est mince et fragilisée. Des fissures interdigitales
causées par la macération des tissus consécutive à un manque d'aération
des espaces interdigitaux sont courantes. De l'hyperkératose aux points
d'hyperpression est souvent observée ainsi qu'une atrophie du capiton plantaire.
Les ongles sont également fréquemment altérés.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS_______ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Dégénérescence du Pour soulager les douleurs à la marche, le port d’une chaussure


système ostéoarticulaire orthopédique4 qui soutient le pied au maximum et absorbe
associée au vieillissement, les chocs au moment de la mise en charge est privilégié.
souvent accélérée par La profondeur de ce type de chaussure permet d’y glisser
des traumatismes ou des facilement une orthèse et l’empeigne généralement extensible
problèmes biomécaniques. s’adapte aux déformations.
■ Troubles métaboliques Selon le type d’arthrite en cause, le médecin pourra pres­
et immunologiques. crire des médicaments appartenant aux catégories suivantes:
les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et non opiacés,
les corticostéroïdes, les antigoutteux, les inhibiteurs de la xan-
thine oxydase, les agents antirhumatismaux modificateurs de
la réponse biologique (biothérapie) et les analgésiques opia­
cés. Le diclofénac sodique 1,5% p/p, comme le PennsaidMD, est
un anti-inflammatoire topique également vendu sous ordon­
nance médicale qui peut apporter un soulagement relatif des
douleurs articulaires localisées.
4. Toute chaussure possédant les carac­
téristiques associées à la chaussure
orthopédique peut être prescrite par
un médecin.
I 34 Guide pratique de podologie

Modèle de chaussure avec semelle en berceau


a l ’avant-pied

Différents modèles de chaussures profondes


avec empeignes extensibles

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Avant toute chose, il faut privilégier une chaussure adaptée aux
déformations et choisie en fonction du type d’activité pratiquée. La
semelle doit être conçue pour amortir les chocs et faciliter le dérou­
lement du pas sans provoquer de douleur lors de la propulsion de
Iavant-pied vers lavant. Il existe des chaussures dont la conception
facilite le déroulement du pas vers lavant (voir l’exemple du modèle
de chaussure dont la semelle à lavant reproduit leffet d’un berceau).
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Lorsque l’autonomie et la dextérité manuelle de la personne le


permettent et que l’espace dans la chaussure est suffisant, l’utilisation
supervisée par un professionnel de la santé formé en podologie de
coussinets en gel de polymère est efficace dans plusieurs cas.
Afin de maintenir la mobilité et la souplesse articulaires, l’acti­
vité physique doit être encouragée ainsi que les thérapies douces
comme l’hydrothérapie, les bains de paraffine, les techniques de
relaxation, qui sont tous des moyens réputés eff icaces pour soulager
les douleurs arthritiques.
D éformations courantes et affections diverses 13 5

Les préparations analgésiques topiques, comme MyoflexMD ou


BengayMD extra-fort, procurent généralement un soulagement tem­
poraire efficace de la douleur arthritique ; toutefois, elles sont contre-
indiquées chez les personnes qui prennent des anticoagulants. Par
ailleurs, il faut éviter d ’utiliser ce genre de préparation analgésique
sur une peau altérée et conjointement avec une source de chaleur
externe, telle qu’un coussin chauffant électrique, car une irritation
excessive ou une brûlure de la peau peut s’ensuivre.
De même, les anti-inflammatoires et les analgésiques en vente
libre sont efficaces en cas de poussée aiguë pour soulager l’inflam­
mation et la douleur d’intensité légère à modérée: l’ibuprofène (ex.:
AdvilMD, MotrinMD), lacétaminophène (ex.: TylenolMD, AtasolvlD) et
le naproxène (ex. : AleveMD) sont les plus utilisés.
Les aliments aux propriétés anti-inflammatoires, comme les acides
gras oméga-3, les vitamines antioxydantes, telles que les vitamine C
et E, les pigments végétaux qui donnent la couleur à certains fruits
et légumes, les oligoéléments comme le zinc et le sélénium et enfin
les aliments riches en calcium apparaissent dans les régimes alimen­
taires conçus pour atténuer et ralentir la progression de l’arthrose
et de différents types d’arthrites, par exemple l’a rthrite rhumatoïde
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

(Fontaine, 2010).

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin lorsque les traitements
symptomatiques n’ont pas réussi à soulager la douleur et qu’une
incapacité fonctionnelle est présente. Le médecin pourra alors pres­
crire une médication, un traitement orthésique ou une correction
chirurgicale réalisée par un orthopédiste s’il le juge à propos.
13 6 Guide pratique de podologie

C o n s e il s a u p a t ie n t

Pour la prévention du pied arthritique


■ Favoriser la prise d’aliments aux propriétés anti-inflammatoires et les aliments riches en calcium
présents dans les régimes alimentaires conçus pour atténuer et ralentir les symptômes liés
à la progression de l’arthrose et de différents types arthrites comme l’arthrite rhumatoïde.
■ Maintenir la mobilité et la souplesse articulaire par l’activité physique et le recours à des
thérapies douces comme l’hydrothérapie, les bains de paraffine, les techniques de relaxation.

Pour le soulagem ent des sym ptôm es


■ Porter des chaussures profondes avec une empeigne extensible afin de diminuer les douleurs
à la marche.
■ Recourir au traitement orthésique pour stabiliser ou ralentir l’évolution des déformations
déjà installées.
■ Augmenter la prise d’aliments aux propriétés anti-inflammatoires et les aliments riches en
calcium présents dans les régimes alimentaires conçus pour atténuer et ralentir les symptômes
liés à la progression de l’arthrose et de différents types d’arthrites comme l’arthrite rhumatoïde.
■ Maintenir la mobilité et la souplesse articulaire par l’activité physique et le recours à des thé­
rapies douces comme l’hydrothérapie, les bains de paraffine, les techniques de relaxation.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Selon le type d’arthrite en cause, un traitement médical qui comporte des médicaments
pour contrôler l’inflammation et des analgésiques pour soulager la douleur modérée et sévère
est indiqué.

Note à la personne diabétique


Les personnes diabétiques aux prises avec cette affection devraient consulter un médecin pour qu’il évalue la perti­
nence de prescrire une orthèse de prévention ou encore une chaussure orthopédique. Il est fortement recommandé
défaire appel à une infirmière formée en podologie afin qu’elle réduise l ’hyperkératose de protection aux points de
pression créés par les déformations et supervise l ’utilisation des accessoires en gel de polymère et mousse synthétique
en vente libre.
D é f o r m a t io n s c o u r a n t e s e t a f f e c t io n s d iv e r s e s 13 7

FASCIITE PLANTAIRE

DÉFINITION
Lafasciite plantaire est Vinflammation de l’aponévrose plantaire
qui est constituée de tissu conjonctif dense fixée au calcanéum
et qui s’étend jusqu’a ux orteils. Laponévrose plantaire sert
à soutenir et protéger le ligament plantaire le long du pied.
L« épine de Lenoir», une expression désignant une excroissance
osseuse (exostose) sous-calcanéenne5 sous forme d ’épine qui se
développe à la suite de la traction continue de l’aponévrose sur
Vos calcanéen, ne doit pas être considérée comme une affection.
De fait, l'exostose, présente chez bon nombre de personnes,
demeure asymptomatique jusqu’à ce que survienne unefasciite
plantaire déclenchée par un déchirement ou un étirement de
l aponévrose plantaire.

Schém a anatom ique ÉTIOLOGIE


du fascia plantaire
q u i m et en évidence
C ’est généralement l'étirement ou le déchirement du fascia à son
son po in t d ’insertion point d ’insertion avec le calcanéum qui provoque l’inflammation
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

avec le calcanéum du fascia plantaire et, par conséquent, la douleur.

SIGNES ET SYM PTÔM ES

La douleur apparaît habituellem ent dès les premiers pas au lever et elle est
ressentie au point d'insertion du fascia et du calcanéum, elle peut même irradier
vers les orteils. Généralement, la douleur s'estompe après avoir m arché quelque
temps et peut disparaître jusqu'à ce qu'elle resurgisse sous form e de douleur vive
au centre du talon lorsque les activités sont reprises après une période de repos.
Non traitée, la fa sciite plantaire peut am ener la personne à adopter une posture
antalgique ou de compensation susceptible de provoquer des douleurs différées
au genou, à la hanche ou au dos.

5. L’exostose sous-calcanéenne se développe


généralement avec lage, mais peut s’accé­
lérer par suite de la pratique intensive de
sports.
I 38 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS__________ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ La pratique de la course à Il est généralement recommandé de mettre
pied ou du jogging. le pied au repos et d’appliquer du froid pen­
■ La pratique de sports à arrêts dant 10 minutes toutes les heures au besoin
et départs brusques. afin de diminuer l’inflammation. Selon la
■ La marche ou la station gravité, un anti-inflammatoire peut être
debout prolongée sur prescrit. Chez les sportifs, l’intervention d’un
Vue arrière du talon des surfaces dures. physiothérapeute peut être nécessaire. Si les
avec coussin graisseux traitements mentionnés plus haut n’ont pas
■ L’absence de période
intact a gauche permis de résoudre le problème, une injec­
et a m in ci à droite d’échauffement et d’étirement
avant l’entraînement. tion locale de corticoïdes peut être néces­
saire. Malheureusement, aucun traitement
■ Le fait d’avoir les pieds creux
ne procure de résultat instantané. Dans cer­
ou les pieds plats.
tains cas, la guérison complète peut prendre
■ Le port de chaussures jusqu’à six à neuf mois.
inappropriées qui ne stabilisent
pas suffisamment les talons Des soins podologiques pour réduire
durant la marche ou en station l’hyperkératose de protection sur les zones
debout ou qui montrent des de conflits pied/chaussure s’avèrent souvent
signes d’usure importants. nécessaires.
■ L’obésité.
■ Un coussin plantaire qui
s’amincit avec l’âge.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Les anti-inflammatoires et les analgésiques en vente libre sont effi­
caces en cas de poussée aiguë pour soulager l’inflammation et la
douleur d ’intensité légère à modérée: l’ibuprofène (ex.: AdvilMD,
Différents m odèles de talonnettes
M otrinMD), l’acétam inophène (ex. : TylenolMD, A tasolMD) et le
naproxène (ex. : AleveMD) sont les plus utilisés.
Il existe une grande variété de supports pour le talon conçus pour
absorber les chocs lors de la marche et réduire la pression exercée sur
l’aponévrose plantaire; les matériaux comme le feutre ou la mousse
synthétique doivent être privilégiés, car les talonnettes fabriquées en gel
de polymère favorisent, selon les orthésistes d’expérience, une instabilité
des tissus mous du talon. Certains modèles de talonnettes ont un centre
amovible permettant de soulager la zone douloureuse d’une pression
directe. Enfin, la talonnette doit être portée dans les deux chaussures
Orthèse tibiopédieuse pour ne pas entraîner de déséquilibre biomécanique. Avant de conseiller
de dorsiflexion ce type de support, il faut s’assurer que la chaussure est assez profonde
D é f o r m a t io n s c o u r a n t e s e t a f f e c t io n s d iv e r s e s 139

à barrière-pied pour loger la talonnette sans que le talon sorte de la


chaussure lors de la marche. Lorsque les symptômes de la fasciite sont
tenaces, l orthèse tibiopédieuse de dorsiflexion, portée la nuit pour
maintenir le fascia étiré, donne de très bons résultats.

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin en mesure d’évaluer le
traitement médical approprié dans les cas suivants :
■ Lorsque les symptômes douloureux entravent les activités de la
vie quotidienne.
■ Lorsque les symptômes persistent après l’application de l’une
ou l’autre des approches thérapeutiques mentionnées plus haut.
■ Lorsqu’il y a récidive.

C o n s e i l s a u p a t i e n t ________________________________________________
Pour la prévention de la fasciite plantaire
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Porter des chaussures adaptées à l’activité pratiquée, particulièrement pour les sports à arrêts
et départs brusques (tennis, volley-ball), la course sur un terrain accidenté ou le jogging.
■ Maintenir un poids santé.
■ Remplacer les chaussures dès les premiers signes d’usure. Quant aux souliers de course,
ils doivent être renouvelés après environ 800 kilomètres d’utilisation, car les coussinets s’usent.
■ Faire des étirements et des exercices de réchauffement avant et après la pratique d’un sport
à risque (voir à l’annexe C les exercices pour la fasciite plantaire, p. 196).

Pour le soulagem ent des symptômes


■ Mettre le pied au repos et appliquer du froid pendant 10 minutes toutes les heures au besoin.
■ Suivre un programme d’exercices pour renforcer les muscles du pied et supporter la partie
atteinte. Un échauffement des muscles et ligaments du pied avant la mise en charge le matin
ou bien après une longue période inactive est recommandée.
■ Consulter un spécialiste en chaussures qui évaluera l’état des chaussures actuelles
et la pertinence de les changer.
■ Si l’on utilise les talonnettes vendues pour ce genre de problème, il faut les porter
dans les deux chaussures pour éviter un décalage de hauteur.
14 0 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

■ La prise d’analgésiques et d’anti-inflammatoires en vente libre, tels que l’acétaminophène,


le naproxène comme AleveMD et l’ibuprofène, peut être efficace pour soulager les douleurs
d’intensité légère à modérée. Si la douleur est sévère et résiste à cette approche, un médecin
peut prescrire un anti-inflammatoire plus puissant.
■ Lorsque les symptômes de la fasciite sont tenaces, l’orthèse tibiopédieuse de dorsiflexion
qui est portée la nuit donne de très bons résultats.
■ En dernier recours, si les traitements mentionnés plus haut n’ont pas permis de résoudre
le problème, une injection locale de corticoïdes6 peut être envisagée.
■ Chez les sportifs, l’intervention d’un physiothérapeute peut être à envisager.
■ Afin d’éviter les récidives, faire des étirements et des exercices de réchauffement avant
et après la pratique d’un sport à risque.
■ En cas de rechute, faire évaluer par un médecin la pertinence de prescrire une orthèse plantaire.

Note à la personne diabétique


L’a pplication de froid est contre-indiquée chez les personnes souffrant d ’une neuropathie diabétique et de troubles
vasculaires importants.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

6. Bien que cela survienne rarement, l’injection de corticoïdes peut


causer des complications comme l’amincissement du coussinet grais­
seux qui protège le talon ou la rupture du fascia plantaire. C’est
pourquoi on n’y a recours qu’après avoir tenté d’autres traitements.
D é f o r m a t io n s c o u r a n t e s e t a f f e c t io n s d iv e r s e s 14 J

NÉVROME DE MORTON

Schém a anatom ique


illustrant un névrom e

DÉFINITION
Le névrome de Morton, appelé également maladie de Morton
ou métatarsalgie de Morton, est une des douleurs du pied les
plus fréquentes. Il s’agit d ’une affection qui se caractérise par
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

l’apparition de douleurs particidièrement vives sous forme de


brûlures et de chocs électriques, déclenchée quand la personne
est en position debout ou lorsqu’elle marche.

ÉTIOLOGIE
Cette affection est le résultat d une inflammation des tissus entou­
rant le nerf digital plantaire qui entraîne l’apparition d’une fibrose
secondaire. Généralement, le névrome se situe entre le deuxième et
troisième espace métatarsien. Le névrome de Morton pourrait être la
conséquence d’une compression du nerf digital plantaire à l’intérieur
du tunnel métatarsien à cause notamment du port de chaussures trop
étroites à lavant-pied.
142 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

S I G N E S ET S Y M P T Ô M E S

Le névrome de Morton est une métatarsolgie caractérisée p a r des douleurs q u i


irradient le long des orteils touchés et provoquent un engourdissement ou une
sensation de brûlure vive et parfois de choc électrique. La douleur est accentuée
p a r la compression latérale des têtes métatarsiennes les unes sur les autres et p a r le
port de chaussures trop étroites à l'avant-pied. Les marches prolongées aggravent
les symptômes douloureux ; m ais le retrait de la chaussure et un massage de la
région affectée procurent un soulagement presque instantané.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS________ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ Port de chaussures trop Les symptômes du névrome de Morton peuvent être grande­
étroites à l’avant-pied ment soulagés en mettant le pied au repos et en contrôlant
et de talons hauts. les facteurs qui déclenchent ou accentuent la douleur.
■ Arthrose et problèmes Ainsi, si la personne atteinte porte une orthèse conçue pour
ostéo-articulaires. décomprimer le nerf plantaire et assurer une répartition
harmonieuse des charges à l’avant-pied dans une chaussure
■ Problèmes biomécaniques.
adaptée à la morphologie de son pied, les malaises s’estom­
■ Marche prolongée peront. Lorsque la douleur est invalidante, l’injection locale
sur une surface dure. de corticoïdes peut être indiquée.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Atrophie du coussin
graisseux sous les têtes
métatarsiennes.
■ Les femmes sont plus
touchées que les hommes.

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Les anti-inflammatoires et les analgésiques en vente libre sont effi­
caces en période aiguë pour soulager l’inflammation et la douleur
d’intensité légère à modérée : l’ibuprofène (ex. : AdvilvlD, MotrinMD),
l’acétam inophène (ex. : TylenoL10, A tasolMD) et le naproxène
(ex. : AleveMD) sont les plus utilisés.
D é f o r m a t io n s c o u r a n t e s e t a f f e c t io n s d iv e r s e s 14 3

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin en mesure d’évaluer le
traitement médical approprié dans les cas suivants :
■ Lorsque l’application des traitements de support n’a pas permis
de soulager la douleur.
■ Lorsqu’on est en présence d’une incapacité fonctionnelle.

C o n s e il s a u p a t ie n t

Pour la prévention du névrome de Morton


■ Porter des chaussures ajustées selon la taille et la forme du pied et suffisamment larges
à l’avant-pied.
■ Porter des chaussures avec semelles amortissantes pour ménager le tissu graisseux
sous les têtes métatarsiennes
■ Éviter de porter des chaussures à talons hauts.

Pour le soulagem ent des symptômes


■ Mettre le pied atteint au repos et masser la région affectée jusqu’à disparition des douleurs.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Porter des chaussures ajustées à la taille et à la forme du pied et de largeur suffisante à


l’avant-pied.
■ Éviter de porter des chaussures à talons hauts.
■ Appliquer du froid sur la zone douloureuse pendant 10 minutes et répéter au besoin.
■ Prendre en cas de poussée aiguë pour soulager l’inflammation et la douleur d’intensité légère à
modérée des anti-inflammatoires comme l’ibuprofène (ex. : AdvilMD, MotrinMD), l’acétaminophène
(ex. : TylenolMD, AtasolMD) et le naproxène (ex. : AleveMD). Si les douleurs persistent et deviennent
invalidantes, consulter un médecin, qui peut alors prescrire une orthèse plantaire pour relâcher
la pression sous les têtes métatarsiennes, un anti-inflammatoire plus puissant ou procéder en
dernier recours à une injection de corticoïdes.

Note à la personne diabétique


L'application de froid est contre-indiquée chez les personnes souffrant d'une neuropathie diabétique et de troubles
vasculaires importants.
144 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

EXOSTOSE RÉTRO-CALCANÉENNE (déformation de Haglund)

Vue postérieure Vue latérale


Exostose rétro-calcanéenne touchant les deux talons

DÉFINITION
L’exostose rétro-calcanéenne est une excroissance osseuse de la
tubérosité 'postérieure du calcanéum, qui se développe par suite
de pressions ou de frottements continus. Le conflit entraîne
très souvent une douleur mécanique de Yinsertion du tendon
d ’Achille, la formation d'ampoules au site de l’exostose et, parfois,
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

le développement d ’u ne bursite rétro-calcanéenne.

ÉTIOLOGIE
La déformation de Haglund résulte d ’un conflit persistant entre le
contrefort de la chaussure et la tubérosité postérieure du calcanéum.
D é f o r m a t io n s c o u r a n t e s e t a f f e c t io n s d iv e r s e s \ 45

S I G N E S ET S Y M P T Ô M E S

La déform ation provoquée p a r l'exostose est d é fo rm é arrondie ou anguleuse.


Des signes d'in flam m a tion et une vive d ou leu r au site de l'exostose peuvent
se m anifester en présence d'une bursite (inflam m ation de la bourse séreuse
située entre le tendon d'A chille et la p a rtie arrière du talon). Très souvent,
des am poules se fo rm e n t a répétition su r la zo n e de conflit lors de la pratique
de sports et de m arches prolongées.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS____________________ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ Chaussure mal ajustée qui entraîne Modifier le contrefort de la chaussure
des frottements et des pressions répétés du de façon qu’il ne frotte pas sur l’exostose.
contrefort de la chaussure sur Protéger la zone atteinte avec des
la partie arrière du talon. pansements protecteurs lors de la pratique
■ Course à pied, marche prolongée. de sports et de marches prolongées.
En dernier recours, si la douleur est
invalidante, une chirurgie d’excision peut
être envisagée.

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Pour soulager la douleur associée à la bursite, une application locale


de froid pendant 10 minutes répétée au besoin toutes les heures
peut être efficace.
Les anti-inflammatoires et les analgésiques en vente libre sont
efficaces en cas de poussée aiguë pour soulager la douleur inflamma­
toire d ’intensité légère à modérée. L’ibuprofène (ex. : AdvilVID,
M otrinMI)), lacétam inophène (ex. : TylenolMD, AtasolMD) et le
naproxène (ex. : AleveMD) sont les plus utilisés.
Des pansements protecteurs en matériaux variés peuvent diminuer
la douleur associée aux frottements de la chaussure sur l’exostose
et prévenir la formation d’ampoules.

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Le client doit être dirigé vers un médecin en mesure d évaluer le
traitement médical approprié en présence d’une bursite récurrente,
accompagnée de douleurs vives et invalidantes.
14 6 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

C o n s e il s a u p a t ie n t

Pour la prévention de Pexostose rétro-calcanéenne


■ Porter des chaussures ajustées selon la taille et la forme du pied et adaptées à l’activité pratiquée
afin d’éviter les frottements répétitifs sur la région rétro-calcanéenne.

Pour le soulagem ent des symptômes


■ Porter des chaussures adaptées à la déformation et faire appel, si nécessaire, à un cordonnier
pour qu’il moule le contrefort de la chaussure à la forme de l’exostose.
■ Si un pansement protecteur est utilisé, le choisir de préférence coussiné, d’une dimension
équivalente à environ deux fois la surface à protéger afin d’assurer la stabilité du pansement
et d’offrir une meilleure protection.

Note à la personne diabétique


L'application déglacé est contre-indiquée chez les personnes qui souffrent d ’une neuropathie diabétique et de troubles
vasculaires : ces personnes doivent redoubler de vigilance pour prévenir la formation de phlyctènes ou d ’ulcérations
susceptibles de s’infecter au site de l ’exostose.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
D é f o r m a t io n s c o u r a n t e s e t a f f e c t io n s d iv e r s e s 147

ENTORSE DE LA CHEVILLE

Représentation schém atique


d'une entorse grave de la cheville
vers l ’intérieur

DÉFINITION
Une entorse de la cheville dite bénigne résulte de l étirement de
un ou plusieurs ligaments au niveau de la cheville sans rupture
vraie ; les ligaments péronéo-astragalien, péronéo-calcanéen et la
lame supérieure du ligament annulaire externe du tarse sont les
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

plus souvent affectés. Dans les cas plus graves, un ou plusieurs


ligaments peuvent se rompre. Les entorses particulièrement graves
ou répétitives peuvent entraîner une instabilité chronique des
articulations de la cheville.

ÉTIOLOGIE
L'entorse bénigne est causée par une mise sous tension des ligaments
consécutive à une torsion accidentelle de la cheville vers l’intérieur.
Très rarement, la torsion de la cheville peut aussi se produire vers
l’extérieur. Si la violence du traumatisme est suffisante pour entraîner
un déchirement des ligaments, l’entorse est qualifiée de grave.
14 8 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

S I G N E S ET S Y M P T Ô M E S

Selon la sévérité des blessures ligamentaires, des douleurs, de l'œdème et de


l'instabilité articulaire, à des degrés variables, peuvent apparaître. Des ecchymoses
autour des points d'attache ligamentaires sont souvent présentes.

FACTEURS PRÉDISPOSANTS
OU AGGRAVANTS________ APPROCHES THÉRAPEUTIQUES DIVERSES
■ Chaussures inappropriées Le traitement doit être entrepris rapidement et personnalisé
lors de la pratique de selon la gravité de l’entorse et la présence de blessures adja­
sport à arrêts et départs centes. L’approche thérapeutique d’urgence prévoit l’applica­
brusques. tion de froid, l’élévation de la cheville et la compression des
■ Absence d’exercices articulations. Pour protéger l’articulation, une attelle de main­
d’échauffement et d’étire­ tien ou des béquilles (ou les deux) peuvent être indiquées.
ment avant et après une Pour soulager l’inflammation et en présence de douleurs
activité sportive sollicitant sévères, la prise d’anti-inflammatoires par voie systémique et
les chevilles. topique prescrits par un médecin peut également être indiquée.
■ Faiblesse Un programme de physiothérapie comprenant des bains de
musculo-ligamentaire. contraste pour diminuer la douleur et activer la régénération tis­
■ Blessures antérieures. sulaire ainsi que des exercices progressifs pour rétablir la force et
la fonction de la cheville est fortement encouragé.
Les entorses graves et à répétition peuvent entraîner une
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

instabilité chronique des articulations de la cheville. Chez les


sportifs, si le taping, qui est une technique de compression
réalisée uniquement par un spécialiste en médecine sportive,
et les exercices de renforcement musculaire ne suffisent pas,
il faudra peut-être envisager une chirurgie de reconstruction.

B a in de c o n t r a s t e

Le bain de contraste consiste à immerger la région blessée durant une minute en eau
chaude et 30 secondes en eau froide, en alternance, en prenant soin de terminer par
l’eau froide. Ce traitement d’une durée de 10 à 15 minutes doit, pour être efficace,
être répété quatre fois par jour et ensuite au besoin.
D é f o r m a t io n s c o u r a n t e s e t a f f e c t io n s d iv e r s e s 14 9

TRAITEMENTS SANS ORDONNANCE


L’attelle de maintien est efficace en prévention pour procurer un
confort et un soutien ferme de la cheville ou, encore, pour exercer
une compression articulaire afin de contrôler l’oedème et la douleur
causés par une entorse bénigne. Chez les personnes souffrant de
séquelles d’entorse grave accompagnées de laxité chronique, le port
d ’une chevillère de maintien est recommandé pour la pratique de
sports qui sollicitent les mouvements répétitifs de la cheville. L’attelle
idéale doit s’installer facilement et être conçue cle façon à limiter les
Modèle d ’attelle de m aintien mouvements d’inversion et cl éversion cle la cheville tout en laissant
de la cheville
libre la dorsiflexion du pied.
Les préparations analgésiques et anti-inflammatoires à base de
salicylate cle méthyle, comme Antiphlogistine Rub A535MDextra-fort
et BengayMD extra-fort, ou à base de salicylate de triéthanolamine,
comme MyoflexMD, procurent généralement un soulagement tempo­
raire efficace de la douleur légère à modérée associée aux entorses
tendineuses et ligamentaires; toutefois, elles sont contre-indiquées
chez les personnes qui prennent des anticoagulants. Les personnes
faisant partie de ce groupe se verront suggérer des préparations
contenant de l’arnica ou à base de diclofénac sodique 1,16%, comme
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Voltaren EmulgeL10. Les produits qui contiennent des agents révulsifs,


par exemple la capsaïcine, le camphre, l’huile de moutarde, le men­
thol et l’huile d ’e ucalyptus, servent à masquer la douleur profonde
et localisée en induisant une sensation de chaleur ou de froid.
Flex-0-FlexMD et Deep Coldxll) sont des exemples de ce type de
produits. Far ailleurs, il faut éviter d’utiliser ce genre de prépara­
tion analgésique conjointement avec une source de chaleur externe,
comme un coussin chauffant électrique, car cela pourrait entraîner
une irritation excessive ou une brûlure de la peau.
Ajoutons que les anti-inflammatoires et les analgésiques en vente
libre sont efficaces en cas de poussée aiguë pour soulager l’inflam­
mation et la douleur d ’intensité légère à modérée. L’ibuprofène
(ex. : AdviLID, M otrinMD), l’acétam inophène (ex. : TylenoL10,
AtasoF,D) et le naproxène (ex. : AleveMD) sont les plus utilisés.
150 G u id e PRATIQUE DE PODOLOGIE

QUAND ADRESSER LE CLIENT À UN MÉDECIN


Après avoir appliqué les mesures durgenee appropriées, il est toujours
préférable de consulter un médecin pour qu’il établisse la gravité de
l’entorse et s’assure qu’il n’y a pas de blessure à l’articulation ou aux
os avoisinants.

C o n s e il s a u p a t ie n t

Pour la prévention de l'entorse de la cheville


■ Porter des chaussures sportives adaptées à l’activité pratiquée pour protéger et soutenir
les chevilles.
■ Renforcer les muscles qui soutiennent la cheville en suivant un programme d’exercices précis
(voir l’annexe D, p. 198).
■ Porter un bandage de compression ou une chevillère de maintien lorsque la cheville
est instable pour la pratique de sports à risque, tels que le soccer, le football, le basket-ball
et la randonnée pédestre en terrain accidenté.

Pour le soulagem ent des symptômes


■ Dès que possible après le traumatisme, faire un bandage de compression, surélever le membre
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

atteint et appliquer du froid sur la cheville pendant 10 minutes toutes les heures.
■ Éviter la mise en charge en utilisant des béquilles et en portant une attelle de maintien.
■ Le bain de contraste répété au minimum quatre fois par jour, et au besoin par la suite,
est particulièrement efficace pour diminuer la douleur et activer la régénération tissulaire.
■ Reprendre progressivement les activités et entreprendre un programme d’exercices élaboré
pour renforcer la cheville.
■ Les préparations analgésiques à base de salicylate de méthyle, comme Antiphlogistine
Rub A535MDextra-fort et BengayMDextra-fort, ou celles à base de salicylate de triéthanolamine,
comme MyoflexMD, peuvent être efficaces pour soulager la douleur, mais elles sont contre-
indiquées chez les personnes qui prennent des anticoagulants.

Note à la personne diabétique


L’a pplication de chaleur et de froid est contre-indiquée chez les personnes souffrant d ’une neuropathie diabétique
et de troubles vasculaires importants.
Partie III

LE PIED DIABÉTIQUE
ÉPIDÉMIOLOGIE
En 2010, on estimait que 2fl millions de personnes présentaient
un diabète (soit 7,6% de la population), et que d'ici 2020, ce
nombre s’élèverait à 4,2 millions de personnes (soit 10,8% de la
population). Si le nombre de Canadiens chez qui l’on a diag­
nostiqué un diabète semble déjà élevé, il ne faut pas oublier
que les experts estiment que près d’un million de personnes
supplémentaires seraient atteintes par la maladie sans le savoir.
Aujourd’hui, on estime qu’au Canada, une personne sur
quatre vit avec un diabète diagnostiqué, un diabète non diagnos­
tiqué ou un prédiabète. En 2020, ce sera le cas d’une personne
sur trois si rien n’est fait pour inverser la tendance actuelle.
Diabète Québec et l’Association canadienne du diabète, 2011
Chez les autochtones, la probabilité d e tre diabétique ou de le
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

devenir est de trois à quatre fois plus élevée que dans la population
canadienne en général. Au cours des prochaines années, le fardeau
du diabète augmentera en raison du vieillissement de la population,
de la croissance de l’immigration de personnes appartenant à des
populations à haut risque et de la hausse de la population autochtone.
Les données canadiennes sur le pied diabétique sont très rares, mais
les statistiques américaines, plus riches, indiquent que 15 % des diabé­
tiques souffrent à un moment donné de problèmes aux pieds.
Les ulcères du pied diabétique sont à l’origine de la majorité des
amputations réalisées au membre inférieur; en effet, les personnes
diabétiques présentent de 11 à 15 fois plus de risques d’être amputés
que les non-diabétiques. Aux Etats-Unis, le diabète est la cause d ’au
moins 50% de toutes les amputations non traumatiques. Le risque
d ’amputation à la suite à d ’un ulcère du pied diabétique menace
surtout les fumeurs âgés de plus de 40 ans et atteints de diabète
depuis dix ans ou plus.
15 2 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

Au cours des dernières années, malgré l’avancée des nouvelles


approches thérapeutiques pour accélérer la guérison des plaies du pied
diabétique, il y a eu très peu d’amélioration en matière de prévention
de la morbidité des ulcères du pied et, par conséquent, on n’a observé
aucune diminution significative du nombre d’amputations.

DÉFINITION
Le syndrome du pied diabétique constitue une entité clinique recon­
naissable, liée à l’apparition évolutive de complications causées par
des désordres métaboliques chroniques qui touchent les systèmes
immunitaire, nerveux périphérique et vasculaire. Au pied, l’a tteinte
de ces systèmes se traduit par une polyneuropathie, des troubles
vasculaires ischémiques et une altération des réactions immuno­
logiques à l’infection.

PHYSIOPATHOLOGIE
Composante neuropathique
La neuropathie diabétique se développe habituellement dans les
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

10 premières années du diabète chez 40 à 50% des personnes diabé­


tiques de type 1 ou 2. Elle est plutôt rare dans les cinq premières
années du diabète de type 1 et peut être présente au moment du
diagnostic chez les personnes diabétiques de type 2 en raison de la
fréquente et longue phase silencieuse d ’hyperglycémie (Association
canadienne du diabète, 2008).
À une exposition identique à l’hyperglycémie, la présence et l’ex­
pression de la neuropathie sont très variables, comme en témoigne
la classification des différentes formes de la neuropathie diabétique
présentée au tableau 4, où les formes touchant les membres inférieurs
sont en caractères gras.
L e PIED DIABÉTIQUE 153

Des facteurs favorisant le développement de la neuropathie diabé­


tique ont été identifiés, dont une forte corpulence, le tabagisme,
l’âge (la fréquence est très grande au-delà de 65 ans), la présence
d’une artérite des membres inférieurs, des carences nutritionnelles
vitaminiques et l’alcool (CEEDMM, 2007).
Par ailleurs, des recherches scientifiques et de nombreuses
études cliniques comme celles publiées par le Diabètes Control
and Complications Trial Research Group (DCCT, 1993) démontrent
qu’un suivi serré de la glycémie visant à maintenir celle-ci dans les
limites de la normale peut prévenir l’apparition de la neuropathie
diabétique ou en ralentir la progression (Association canadienne
du diabète, 2008).

Tableau 4
CLASSIFICATION DE LA NEUROPATHIE DIABÉTIQUE
N e u r o p a th ie a u t o n o m e
Neuropathie cardiaque autonome
N e u r o p a th ie v a s o m o tr ic e
D ysrégulation d e la s u d a tio n
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Neuropathie autonome gastro-intestinale


■ Gastroparésie
■ Alternance diarrhée/constipation
■ Incontinence fécale
Neuropathie autonome génito-urinaire
■ Dysfonction vésicale
■ Dysfonction sexuelle, troubles de l’érection

N e u r o p a th ie s e n s o r im o tr ic e
P olynévrite sensitive d is ta le s y m é tr iq u e
Mononévrite (paralysie oculomotrice)
Polynévrite
Polyradiculopathie thoracique
Source: Collège des enseignants d’endocrinologie, diabète et maladies métaboliques (CEEDMM), p. 281.
154 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

Neuropathie vasomotrice
La neuropathie autonome vasomotrice se traduit par un trouble de
la microcirculation périphérique qui entraîne une modification de
la distribution sanguine vers la périphérie, avec l’ouverture de déri­
vations (shunts) artérioveineuses, qui augmente l’irrigation cutanée
tout en réduisant le flux capillaire nutritif.

SIGNES ET SYM PTÔM ES

■ Hyperémie, rougeur et œdème du pied.


■ Hypotension orthostatique sans accélération du pouls.
Une conséquence possible de l’a tteinte autonome est la disparition du réflexe
inflammatoire neurogène qui joue normalement un rôle important en présence
d ’une lésion cutanée.

Dysrégulation de la sudation
L’anomalie de la régulation nerveuse affecte également la sudation
au niveau des membres inférieurs (anhidrose).
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

SIGNES ET SYM PTÔM ES

■ Sécheresse cutanée souvent accompagnée de prurit et de lésions par grattage


qui se surinfectent facilement. Une perte de pilosité est souvent notée.

Neuropathie sensorimotrice
La neuropathie sensorimotrice est le résultat d ’une altération des
fibres nerveuses périphériques se manifestant le plus souvent par des
paresthésies (fourmillements, brûlures, picotements, sensations de
chaud et de froid). Les symptômes varient selon les fibres atteintes.
Les petites fibres non myélinisées sont les premières à être touchées
et le dommage subi correspond à la perte de sensation protectrice, de
la sensibilité thermique et douloureuse. Latteinte des fibres moyennes
et grosses, myélinisées, correspond à la perte du tact fin, de la sensi­
bilité vibratoire, de la sensibilité proprioceptive (sens positionnel du
gros orteil) et à l’abolition des réflexes ostéotendineux.
L e PIED DIABÉTIQUE J 55

Pied atteint
d ’une neuropathie sensorimotrice
avec des signes évocateurs
d ’anhidrose

La polynévrite sensitive distale symétrique est la forme la plus


Iréquente de la neuropathie diabétique. Sa prévalence est très
variable selon les études et croît avec la durée du diabète. On
peut toutefois retenir quelle affecte environ 50% des diabétiques
après 20 ans d ’évolution de la maladie. Moins de 50% de ces per­
sonnes présentent des symptômes moteurs ou sensitifs, mais la
douleur neuropathique est souvent présente et incommodante. La
polynévrite est chronique et progressive et la régression est rare,
même après normalisation glycémique prolongée.

SIGNES ET SYM PTÔM ES

■ Troubles de la sensibilité sous forme de paresthésies distales qui progressent


vers la partie proximale du membre inférieur sous forme de fourmillements,
sensation de cuisson, de douleurs électriques, de cram pes; les douleurs
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

peuvent parfois être qualifiées d ’atroces et se présenter sous forme de brûlure


et de sensation d’écrasement1.
■ Hypoesthésie (tactile, à la pression, thermique, algésique).
■ Abolition des réflexes achilléens et rotuliens.
■ Déformations du pied, dont la plus courante est l’orteil en griffe.
■ Points d ’appui anormaux avec présence d ’hyperkératoses de protection.
■ D’autres manifestations moins fréquentes (5 à 15%), dont l’apparition brutale
peut laisser faussement suspecter une pathologie ischémique quand il s’agit
seulement de la conséquence de nerfs fragilisés par le diabète. Généralement,
les douleurs sont ressenties la nuit et non soulagées par la position déclive.

1. Le questionnaire DN4 d’après D. Bouhassira


et al. (2005), qui sert à estimer la proba­
bilité d’une douleur neuropathique, est
présenté à l’annexe A (p, 192).
] 56 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

L'ulcère neuropathique ou mal perforant plantaire

Ulcère neuropathique avant débridement Ulcère neuropathique après débridement


vis-à-vis de la première tête métatarsienne vis-à-vis de la première tête métatarsienne

La neuropathie périphérique joue un rôle essentiel dans l’apparition


du mal perforant plantaire, présent chez plus de 80% des personnes
diabétiques souffrant d ’ulcérations au pied.

SIGNES ET SYM PTÔM ES

■ L’ulcère est habituellement recouvert d ’hyperkératose de protection et il appa­


raît généralement sur des sites exposés à Yhyperpression, comme vis-à-vis des
têtes métatarsiennes.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Selon la profondeur de la destruction tissulaire sous-cutanée, les tendons, la


capsule articulaire et l’os peuvent être atteints et s’a ccompagner d ’abcès et
d ’une ostéomyélite. j

Sachant que l’hyperkératose augmente la pression d ’au moins


30% sur les tissus sous-jacents, il est essentiel de réduire réguliè­
rement l’hyperkératose tout en essayant d’éliminer et de contrôler
les facteurs qui contribuent à son développement. Souvent, il sera
indiqué de pratiquer un débridement extensif avec un bistouri sur
un ulcère neuropathique. Après le débridement, il est fréquent que
l’infirmière découvre un ulcère plus étendu qu’il n’y paraissait de
prime abord; des radiographies permettent alors de déceler la pré­
sence de corps étrangers ou encore des fractures asymptomatiques
ou des anomalies osseuses fréquentes chez les personnes diabétiques
souffrant d ’une neuropathie périphérique.
L e PIED DIABÉTIQUE J 57

Le pied de Charcot

Coupe latérale
d ’un pied de Charcot

Pied de Charcot

Le pied de Charcot est une autre manifestation possible de la


neuropathie sensorimotrice. Cette complication apparaît tardive­
ment, après au moins 15 à 20 ans d évolution du diabète de type 2,
et généralement après l’âge de 50 ans. L’incidence est d ’environ
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

0,15 à 2,5 %, avec une prévalence pouvant aller jusqu a 15 % dans les
cliniques spécialisées du pied diabétique. Le pied de Charcot touche
rarement les deux pieds et il se produit dans la même proportion
chez les hommes et les femmes.

SIGNES ET SYM PTÔM ES

■ Des déformations de la structure du pied très marquées, comme un affaissement


de la voûte plantaire.
■ Une perte de sensibilité profonde.
■ Une laxité ligamentaire avec instabilité articulaire.
■ Des fractures pathologiques provoquées par la marche ordinaire et la position
debout.
■ En phase aiguë, rougeur et gonflement du pied, dues aux multiples fractures,
évoquant faussement une infection du pied.
15 8 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

Tests neurosensitifs

r;

Utilisation du monofilament Diapason 128 Hz appliqué Test d ’évaluation des réflexes ostéotendineux
sur le premier orteil avec le marteau Buck

Pour dépister précocement la neuropathie périphérique et établir le


niveau de risque de développer un ulcère au pied, tous les personnes
diabétiques devraient faire l’objet d ’un suivi annuel pour établir la
présence, l’étendue et la sévérité de la neuropathie périphérique
(ADA, 2011). Les premiers symptômes d’une atteinte sensorimotrice
sont souvent la présence de douleurs neuropathiques (Association
canadienne du diabète, 2008) qui peuvent être détectées par un
questionnaire valide et fiable comme le DiN4.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Bien que le test au monofilament 5.07 (10 g) soit l’examen le


plus précoce pour déceler une perte de sensibilité à la protection et
pour établir le niveau de risque de développer un ulcère au pied, les
conclusions d’une revue systématique des études sur la fiabilité de
ce test (Dros et ai, 2009) mettent en lumière le manque de validité
de ses résultats et l’absence de seuil de reproductibilité. Il apparaît
que la procédure d’application du test au monofilament varie consi­
dérablement d ’un guide d’utilisation à l’autre, tant sur le plan de la
localisation, du nombre de sites à évaluer, des directives à donner
au client que de la fréquence du suivi dans le temps. Dans l’a ttente
d ’études supplémentaires pour établir le seuil de reproductibilité
2. Le test est effectué au moyen d’une aiguille
doucement appliquée sur une zone du du test et assurer la fiabilité des résultats, il est recommandé de
pied lorsque le client a les yeux fermés.
L’application de l’aiguille est alternée avec
ne pas utiliser le test au monofilament seul pour diagnostiquer une
la pression d’un objet émoussé ou arrondi neuropathie périphérique. Dans cette perspective, l’Association amé­
contre la peau. Il faut prendre soin d'éviter
de pénétrer le derme. L’objet pointu utilisé ricaine du diabète (2011) suggère qu’au moins un des tests suivants
devrait être stérilisé ou jeté après usage soit également réalisé : le test de sensibilité à la douleur avec une
(Mosby’s Medical Dictionary, 8e édition,
Elsevier, 2009). aiguille2 (pinpnek sensation), le test de sensibilité vibratoire avec le
LE PIED DIABÉTIQUE 159

diapason 128 Hz et, enfin, l’évaluation des réflexes ostéotendineux à


l aide du marteau Buck. Dans un contexte de prévention et de dépis­
tage précoce, ces tests qui servent à évaluer la perte de sensibilité
profonde sont toutefois beaucoup moins pertinents.
Une procédure pour effectuer le test au filament dans des condi­
tions qui optimisent la reproductibilité des résultats est présentée à
l’annexe E (p. 200).

Composante ischémique
Chez les personnes diabétiques, les affections artérielles occlusives
des membres inférieurs touchent principalement les artères de
moyen et de petit calibre, comme les artères poplitées, tibiales et
interosseuses. Des plaques athéromateuses s’y développent et une
dégénérescence calcifiante de la média des artères peut apparaître.
En outre, les artérioles et les capillaires sont atteints par la micro-
angiopathie, qui se m anifeste par une perméabilité vasculaire
accrue, provoquant facilement un œdème et une diminution du
flux sanguin périphérique. Les maladies vasculaires périphériques
réduisent également la pression qui cause l’ischémie et la dégradation
des tissus. Le pouvoir de cicatrisation étant diminué, il ne peut contrer
le cycle d’ulcération et de destruction des tissus. Ainsi, si la lésion
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

est infectée ou soumise à de fortes pressions, la microcirculation est


incapable de produire une réponse hyperémique normale, entraînant
une insuffisance chronique de l’irrigation et une diminution de la
capacité de cicatrisation.

Le pied ischémique

Rougeur de déclivité Ulcère neuropathique vis-a-vis de la face latérale externe


de la cinquième tête métatarsienne
160 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

SIGNES ET SYM PTÔM ES

■ Claudication intermittente présente dans 50% des ischémies sévères.


■ Douleurs de décubitus3 calmées lorsque la jambe pend hors du lit.
/

■ Erythrocyanose de déclivité4.
■ Froideur du pied atteint.
■ Dépilation, atrophie cutanée.
■ Pouls tibial et pédieux faibles accompagnant souvent les troubles
ischémiques.
■ Présence d'ulcères sur des zones d’hyperfrottement et d ’hyper­
pression se caractérisant par la présence de tissus nécrotiques
sur un fond de plaie sec ou très peu exsudatif.
■ Lenteur (> 5 s) de recoloration de la pulpe digitale vidée de son
sang par pression.

Premier et quatrième orteils


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

affectés par des micro-embolies

Les personnes qui subissent des attaques répétées de troubles isché­


miques douloureux et aigus accompagnées d ’orteils cyanosés
risquent d ’être victimes de micro-embolies de cholestérol consécu­
tives à un problème vasculaire lié à des plaques athéromateuses ou
à un amoncellement de plaquettes et de fibrines logées sur une
plaque ulcéreuse. Les lésions hémorragiques peuvent apparaître sur
un ou plusieurs orteils et prendre une couleur bleu pourpre si la
circulation artérielle ralentit suffisamment; on observe alors une
3. Ces douleurs peuvent toutefois être absentes nette démarcation entre les tissus normalement irrigués et ceux qui
ou difficiles à distinguer lorsqu'une neuro­
pathie est associée. sont privés de sang. La plupart des personnes chez qui l’on a observé
4. Pour distinguer entre une érythrose isché­ ces manifestations prenaient de la warfarine; il est donc important
mique et une érythrose infectieuse, la
jambe est surélevée à 45° et on demande de vérifier régulièrement les pieds et les orteils des personnes sous
au client d’effectuer des mouvements de
flexion et d’extension du pied. Si une anticoagulothérapie. L’embolie de cholestérol peut également sur­
infection est en cause, la rougeur persiste, venir en l’absence de warfarine; elle est le plus souvent observée
tandis que l’érythrose se décolore en
présence d’une ischémie. après un pontage coronarien ou une angioplastie.
Le p ie d d i a b é t iq u e J 6J

Prise de la pression systolique à la cheville avec le D oppler

Examens vasculaires non effractifs


En présence d’arguments cliniques en faveur d’une ischémie et d’un
retard de cicatrisation inexpliqué d une plaie malgré une prise en
charge optimale pour traiter l’infection et décharger la zone affectée,
des examens de laboratoire vasculaires non effractifs, tels que l’indice
de la pression systolique cheville-bras, l’indice orteil-bras, la saturo-
métrie et la pression d’oxygène transcutanée (PO,Te), sont utilisés afin
d’évaluer l’état vasculaire aux membres inférieurs et ainsi permettre
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

d ’établir le pronostic et de déterminer le choix des interventions à


venir. L’indice de la pression systolique cheville-bras obtenu par la
méthode Doppler, décrite en détail à l’annexe F, est le résultat de
la valeur de la pression systolique à la cheville divisée par celle de
la pression systolique au bras. Un indice normal se situe entre 0,9
et 1,2. Un résultat de 1,2 ou plus devrait indiquer une calcification
de la média des artères (phénomène fréquent chez les personnes
diabétiques et les personnes souffrant d ’artériosclérose et d’athéro­
sclérose). Un résultat de 0,80 à 0,90 indique une ischémie légère
avec possibilité de maladie artérielle et un indice en dessous de 0,50
à 0,45 montre que les chances sont faibles de guérir l’ulcère.
L'indice orteil-bras sert à évaluer la maladie occlusive des petits
vaisseaux du pied entre la cheville et les orteils ; sa valeur normale
est autour de 0,75 mm Hg; des résultats entre 0,30 et 0,70 mm Hg
indiquent la présence d’ischémie et un indice inférieur à 0,30 révèle
une atteinte sévère des vaisseaux. 11 n’est pas rare que l’indice de
162 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

pression systolique cheville-bras soit normal et que, parallèlement à ce


résultat, la pression artérielle au gros orteil soit anormalement basse.
Lorsque l’examen Doppler n’est pas possible, une mesure de
l’oxygénation des tissus (la saturométrie) au niveau du gros orteil
constitue une possibilité intéressante. Une saturation en oxygène
de moins de 30% indique une importante atteinte artérielle. Une
artériographie est alors nécessaire.
Dans certains cas, et en complémentarité avec d’autres examens,
la pression d’oxygène transcutanée (PQ2Tc) réalisée dans les milieux
spécialisés peut s’avérer utile. Les valeurs normales de la PO,Tc
sont > 60 mm Hg et des valeurs < 30 - 10 mm Hg indiquent une
ischémie. En cas d’infection avec œdème, les résultats peuvent être
faussement bas.

Examens vasculaires complémentaires


Lorsque les résultats des examens précités sont anormaux, des
évaluations supplémentaires menées par une équipe de chirurgie
vasculaire sont souvent requises. L’artériographie, qui permet de
visualiser la condition des artères, précède très souvent l’angioplastie
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

qui est utilisée pour dilater l’artère rétrécie et poser un tuteur afin
de garder celle-ci perméable. Avant de procéder à une amputation,
si minime soit-elle, une évaluation vasculaire complète devrait être
réalisée afin d’estimer avec le plus de justesse possible le pronostic
lié à une telle intervention (Garceau, 2010).
COMPOSANTE IMMUNOLOGIQUE - Face à l’infection, les réactions
immunologiques des personnes diabétiques sont altérées ; en effet,
la fonction leucocytaire est diminuée et s’aggrave avec l’hyperglycé­
mie. Aussi est-il essentiel d ’exercer un contrôle serré de la glycémie
en présence d’une infection. La diminution de l’immunocompétence
cellulaire, associée aux anomalies vasculaires périphériques, aug­
mente aussi le potentiel d’infection polvmicrobienne et nécrosante.
Par ailleurs, l’œdème inflammatoire qui accompagne l’infection a
tendance à favoriser l’ischémie distale, qui augmente le risque de
gangrène (Schoenenweid et Assal, 1992).
L e PIED DIABÉTIQUE 163

La cellulite
Jusqu’à 50% des personnes diabétiques qui souffrent d ’une infec­
tion importante au pied ne présentent pas les symptômes classiques
généraux d ’infection, comme la douleur, la fièvre, la leucocytose, la
vitesse de sédimentation accélérée, ce qui peut favoriser le dévelop­
pement insidieux d ’une cellulite extensive ou d ’un abcès. Chez la
personne diabétique dont le système immunitaire est compromis, la
cellulite peut parfois apparaître même si la peau n’a pas été endom­
magée, mais le plus souvent elle est déclenchée par une ou des
microlésions qui favorisent l’invasion bactérienne. Plusieurs bactéries
peuvent causer la cellulite, dont le streptocoque du groupe A et le
staphylocoque doré, les espèces les plus souvent en cause. L’infection
se propage rapidement sous la peau et le tissu sous-cutané. Dès
l’apparition des symptômes évocateurs d’une cellulite, qui se mani­
festent le plus fréquemment au tiers inférieur de la jambe, des mesures
urgentes doivent être prises pour entreprendre une antibiothérapie
intraveineuse et diminuer les risques de complications auxquels sont
exposées les personnes diabétiques.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Ulcère infecté avec cellulite à la face dorsale Cellulite à la ja m b e survenue sans que la peau
du cinquièm e orteil a it en apparence été endom m agée

SIGNES ET SYM PTÔM ES

(Comme cela a été mentionné précédemment, chez la personne diabétique,


les symptômes classiques généraux d ’infection ne sont pas toujours présents.)
■ Chaleur, rougeur, douleur et œdème du pied atteint.
■ Fièvre.
164 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

L'ostéomyélite
Lorsqu’une infection est récurrente ou que la personne ne réagit pas
au traitement agressif d’une antibiothérapie par voie parentérale, il
faut envisager la présence d’une ostéomyélite, c’est-à-dire l’inflam­
mation de la moelle osseuse et du tissu osseux adjacent. Lorsque
l’os est infecté, la moelle osseuse enfle et comprime les vaisseaux
sanguins qui irriguent l’os. Privé d’un apport suffisant de sang, l’os
peut se détériorer et nécroser. L’infection s’étend parfois aux muscles
et aux autres tissus mous environnants, ce qui peut engendrer un
abcès. Les résultats des analyses sanguines sont souvent normaux.
Bien que l’ostéomyélite soit une complication fréquente d ’un
ulcère diabétique, il est cliniquement difficile de la détecter; l’ima­
gerie par résonance magnétique demeure un des meilleurs examens
diagnostiques pour y arriver.

SIGNES ET SYM PTÔM ES

■ Sensibilité, œdème, rougeur, chaleur.


■ Abcès dans les tissus mous voisins.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Absence de fièvre.

Bilan de santé du pied diabétique


Le bilan initial doit non seulement servir à établir le profil de santé
des pieds du diabétique, mais également à déterminer le niveau de
risque de complications lié à sa condition actuelle et les facteurs
contributifs, aggravants et précipitants en présence.
Pour dresser un plan d’intervention individualisé, l’infirmière doit,
tout comme pour la personne non diabétique, tenir compte des élé­
ments suivants, qui sont présentés en détail dans la première partie
de l’ouvrage : l’âge de la personne, ses antécédents médicaux, son
dossier pharmacologique, la présence d’allergie connue ou de réac­
tion allergène antérieure, sa profession et ses activités habituelles,
sa capacité d’autosoins et, enfin, la nature des problèmes en cause.
L e PIED DIABÉTIQUE 165

A l’examen clinique, l’infirmière pourra détecter les déformations


du pied, les mouvements articulaires limités, la qualité de la condi­
tion vasculaire en s’a ttardant aux manifestations qui accompagnent
souvent les troubles ischémiques comme la froideur du membre
atteint, la dépilation, l’atropbie cutanée, des pouls tibial et pédieux
faibles, une claudication intermittente, des douleurs de décubitus et
de la rougeur de déclivité. En présence de signes évocateurs d ’une
ischémie, la mesure de la pression systolique bras-cheville pourra
être indiquée pour établir le choix des interventions à venir. Enfin, les
signes d’altération des ongles ou de la peau sous différentes formes
seront activement recherchés. Après l’évaluation de la sensibilité
protectrice avec le monofilament 5,07 (10 g), l’infirmière inspectera la
chaussure et, s’il y a lieu, l’orthèse ou la prothèse afin de rechercher
des signes d ’usure et des points de pression anormaux.
Le pourcentage élevé des lésions traumatiques du pied diabé­
tique causées par le port de chaussures inadéquates justifie
l’attention que doit porter l’infirmière à l’état des chaussures, quelle
doit évaluer à chaque visite. L’annexe G (p. 206) présente les aspects
importants à considérer lors de l’ajustement des chaussures afin de
documenter les recommandations éventuelles. Par exemple, des
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

déformations de l’empeigne de la chaussure chez une personne


diabétique qui présente des orteils en griffe ou un hallux valgus
justifie une référence à un spécialiste de la chaussure en mesure
de suggérer un modèle de chaussures qui se conforme aux défor­
mations et qui permet de répartir plus également la pression à la
plante du pied durant les cycles de marche. Chez la personne
diabétique souffrant d’un pied insensible, l’infirmière en profitera
pour lui déconseiller la marche pieds nus, non seulement à cause
des risques de traumatismes, mais aussi parce que la pression exer­
cée sur la plante du pied est très élevée sans la protection d ’une
chaussure à semelle coussinée.
Lorsque la personne diabétique porte des orthèses, l’infirmière
doit s’assurer que celles-ci remplissent le rôle pour lequel elles ont été
prescrites. Par exemple, si le traitement orthésique visait la correc­
tion de points d’appui, l’hyperkératose devrait avoir disparu ou setre
166 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

atténuée de façon significative. Au moment d’inspecter les orthèses,


l’inlirmière vérifie également que le revêtement de l’orthèse est lisse
et intact et qu’il y a suffisamment d ’espace dans la chaussure pour
recevoir l’orthèse sans contrainte. Il faut inciter la personne à faire
réviser ses orthèses annuellement ou plus fréquemment au besoin
par un orthésiste qui s’assurera quelles permettent d ’a tténuer ou de
stabiliser les problèmes biomécaniques.
La prothèse d ’une personne diabétique amputée doit également
faire l’objet d ’une inspection à l’occasion de l’examen clinique.
L’a justement de la prothèse ainsi que la qualité de son revêtement
seront alors vérifiés pour rechercher des points d ’hyperfriction et
d ’hyperpression susceptibles d ’altérer l’intégrité de la peau.
À la lumière des données recueillies, l’infirmière sera en mesure
de déterminer le niveau de risque et d ’élaborer un plan d ’interven­
tion qui sera réévalué et ajusté périodiquement.
On trouvera à l’annexe H un exemple de bilan de santé du pied.

,
Facteurs contributifs précipitants ou aggravants5
de l'ulcération et de l'amputation
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Tous les experts affirment que le nombre d’amputations peut être


diminué par un dépistage des personnes à risque, un encadrement
médical de qualité et l’instauration de programmes préventifs qui
visent non seulement à identifier les facteurs contributifs en cause,
mais également à éliminer les facteurs précipitants modifiables,
comme les incidents traumatiques qui sont à l’origine d ’une lésion
préoccupante et évolutive chez la personne diabétique.
Parmi les facteurs traumatiques prévisibles, souvent d’une grande
banalité, les chaussures mal adaptées viennent au premier rang.
Arrivent ensuite les blessures dites accidentelles qui auraient pu être
évitées, par exemple les lésions qui surviennent pendant la taille des
ongles ou durant l’emploi de produits corrosifs pour le traitement
de l’hyperkératose (cors, durillons) ou encore du fait d ’avoir marché
pieds nus sur un objet tranchant. Les brûlures thermiques causées
5. Les facteurs contributifs, p récipitants ou
aggravants sont nombreux et le niveau par les bains chauds, l’utilisation de coussins chauffants ou une
de risque augmente avec le nombre de
facteurs en présence. exposition au froid extrême sont également à l’origine de lésions
Le p ie d d i a b é t iq u e 167

cutanées initiales. La pratique inappropriée de certaines mesures


d ’hygiène au quotidien est également incriminée. De même, les
bains de pieds répétés et prolongés ainsi que l’a ssèchement insuf­
fisant des espaces interdigitaux contribuent à altérer l’intégrité de
la peau, qui devient plus vulnérable aux infections. Enfin, la per­
sonne diabétique souffrant d ’une neuropathie sensitive qui omet
d ’inspecter ses pieds quotidiennement à la recherche de fissures,
crevasses, phlvctènes, rougeurs péri-unguéales ou autres manifesta­
tions s’expose plus que quiconque aux complications d’une infection
insidieuse découverte tardivement.
La négligence ainsi que l’ignorance de ces facteurs prévisibles
et des précautions élémentaires permettant de maintenir l’intégrité
de la peau et des ongles sont souvent citées dans le récit d ’une
simple lésion qui a abouti à l’amputation. La non-compliance de
la personne diabétique à ses traitements est également considérée
comme un facteur aggravant (Nash et al, 2005), qui compromet
souvent le succès des approches thérapeutiques adoptées. Les équipes
multidisciplinaires doivent donc mettre tout en œuvre pour impliquer
la personne diabétique dans la réalisation du plan de traitement
préventif et curatif et lui fournir un encadrement personnalisé selon la
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

catégorie de risque à laquelle elle appartient et les facteurs aggravants


et précipitants en cause.

FACTEURS CONTRIBUTIFS FACTEURS PRÉCIPITANTS OU AGGRAVANTS


■ Sensation réduite ■ Incident traumatique Signes d’infection
■ Présence d’une maladie ■ Port de chaussures inadéquates Sexe masculin
vasculaire périphérique ■ Altération de la peau/ongles Tabagisme
■ Présence de déformations ■ Ignorance des mesures d’hygiène Origine ethnique
■ Antécédents d’ulcères du préventives Âge avancé
pied ou d’amputations ■ Manque de compliance Troubles de la vision
au traitement
Présence d’une néphropathie
■ Ancienneté du diabète
Pied de Charcot
■ Glycémie peu ou pas contrôlée
16 8 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

Système de catégorisation des risques


Parmi les systèmes proposés qui accordent une importance variable
aux facteurs de risque d ’ulcération, c’est la classification acceptée
par le Comité de travail international sur le pied diabétique (2003)
présentée ci-dessous qui sert de référence à une majorité de
cliniciens d ’e xpérience dans le monde.
Tableau 5
CATÉGORISATION DES RISQUES
Catégorie Facteurs de risque Fréquence de l'évaluation

0 Sensation intacte. Annuelle


1 Sensations réduites
(test au monofilament positif).
Semestrielle
Aucun signe d’insuffisance vasculaire
périphérique, absence de déformation.
2 Sensations réduites, signes d’insuf­
fisance vasculaire périphérique ou Trimestrielle
déformations.
3 Antécédents d’ulcère ou d’amputation. Mensuelle

Au fil des années, ce système de catégorisation a été adapté


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

à la pratique clinique de l’infirmière qui doit élaborer un plan


thérapeutique pour chaque personne dont la condition nécessite un
suivi. Le tableau 6 permet non seulement d établir la catégorie de
risque de la personne diabétique, mais également de tenir compte
des facteurs aggravants et précipitants en présence. Les données
colligées facilitent ainsi l’ajustement de la fréquence du suivi en
fonction du profil de chacune des personnes. Afin de faciliter la
réalisation du plan thérapeutique, l’infirmière pourra se reporter
au programme de prévention et d ’intervention pour la personne
diabétique qui fournit, selon le niveau de risque et des exemples
de problèmes en présence, des directives claires pour chacun des
membres de l’équipe multidisciplinaire.
Le p ie d d i a b é t iq u e 169

Tableau 6
SYSTÈME DE CATÉGORISATION DES RISQUES APPLIQUÉE À LA PRATIQUE CLINIQUE

Facteurs de risque
Fréquence
Catégorie Sensation Antécédents Signe (s) Présence Facteurs
du suivi
intacte d’ulcères/ d’insuffisance de déforma- précipitants/aggra vants
standard
Amputation(s) vasculaire tion(s)
périphérique(s)
0 Oui Non Non Non
Annuelle
Non Oui □ Sexe masculin
Oui Non □ Origine ethnique
Oui Oui □ Âge avancé

1 Non Non Non Non □ Ancienneté du diabète


Six mois
Non Oui □ Glycémie non contrôlée

Oui Non □ Présence de néphropatie


□ Troubles de la vision
2 Non Non Oui Oui
□ Tabagisme Deux à
trois mois
□ Altération de la peau/
ongles
3 Non Oui Non Non
□ Signe(s) d’infection(s) Un à deux
Non Oui mois
□ Pied de Charcot
Oui Non
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Oui Oui □ Chaussures inadéquates


□ Incidents traumatiques
Ulcère Non Actif Non Non
□ Ignorance des mesures Stat
actrï Non Oui et prn
d’hygiène préventives
Oui Non
□ Manque de compliance
Oui Oui

Le t r a v a il en é q u ipe

L’approche multidisciplinaire préconisée dans la prise en charge du pied diabétique


prend tout son sens dans les différentes consultations suggérées. En effet, il est rare
qu’un professionnel, à lui seul, puisse répondre de façon optimale à tous les besoins
associés à la condition du diabétique. Aussi la ou les consultations suggérées sont-
elles efficaces dans la mesure où le professionnel qui dirige une personne vers un ou
plusieurs autres spécialistes assure le suivi en s’informant des résultats de la consul­
tation et en appliquant, s’il y a lieu, les directives de ses collègues.
170 G u id e PRATIQUE DE PODOLOGIE

Tableau 7
PROGRAMME DE PRÉVENTION ET D’INTERVENTION POUR LE PIED DIABÉTIQUE
Catégorie Exemples de besoins/problèmes prioritaires Directives
0 ■ Ignorance/manque de respect des mesures Fréquence du suivi : annuelle
d’hygiène préventives pour le soin des pieds ■ Enseigner à la personne les mesures d’hygiène
■ Port de chaussures inadéquates préventives pour le soin des pieds.
■ Altération de la peau/des ongles ■ Donner au dient/aux proches
(préciser nature et localisation) les consignes à suivre en matière d’hygiène
■ Comportements à risque liés à l’usage de préventive pour le soin des pieds et
produits en vente libre pour le soin des pieds pour le contrôle glycémique.
■ Incapacité d’autosoins liée à l’âge avancé, ■ Diriger vers un spécialiste de la chaussure.
à l’obésité, aux troubles de la vision, ■ Adresser à une infirmière formée en podologie.
au manque de dextérité, etc. ■ Informer la personne sur les incitations et
■ Tabagisme les organismes facilitant le sevrage du tabac.
1 ■ Risques de complications liées à la condition Fréquence du suivi : aux six mois
diabétique de niveau 1 du client ■ Donner à la personne les consignes à suivre
■ Douleurs neuropathiques 6/10 pour l’auto-examen quotidien des pieds.
■ Adresser la personne au médecin pour un
traitement des douleurs neuropathiques.
2 ■ Risques de complications liées à la condition Fréquence du suivi : aux trois mois
diabétique de niveau 2 du client ■ Adresser la personne à une infirmière formée
■ Déformation(s) (préciser la localisation) en podologie.
■ Mouvements articulaires limités ■ Diriger vers le médecin pour traitement
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

(orteils, avant-pied, cheville) orthésique/chaussure orthopédique.


■ Signes d’insuffisance artérielle ■ Adresser à une nutritionniste pour instaurer
(rougeur de déclivité, claudication, une diète personnalisée.
froideur du ou des membres) ■ Renseigner le client sur les bénéfices
■ Manque de compliance au traitement de l’exercice physique.
(médication, diète, suivi glycémique, etc.)
3 ■ Risques de complications r/a à sa condition Fréquence du suivi mensuel /prn
Ulcère diabétique de niveau 3 ■ Référer à une infirmière formée en podologie.
actif ■ Douleurs liées à une insuffisance artérielle
(douleur au repos, claudication intermittente)
En présence d’un ulcère actif
et rougeur de déclivité. ■ Éliminer la pression sur la zone ulcérée.
■ Plaie (localisation) ( dimension) ( grade ) ■ Confectionner un pansement protecteur
(signes d’ischémie) (signes d’infection/ selon protocole en vigueur
locaux/généraux). ■ Référer stat à une infirmière en Tx des plaies.
■ Référer au médecin pour Tx et/ou
autres examens.
■ Référer en chirurgie vasculaire pour examens
complémentaires.
Le p ie d d i a b é t iq u e 171

C o n s e il s au c l i e n t 6____________________________________________________

■ Inspecter chaque jour l’intérieur de ses chaussures à la recherche d’aspérités, de coutures


proéminentes et d’objets étrangers pouvant causer des blessures aux pieds.
■ Porter les chaussures neuves de façon progressive pour éviter les zones de frottement qui
causent des ampoules.
■ S’assurer que les bas et les chaussettes sont faits de fibres douces, qu’ils sont sans coutures et
non reprisés. Il faut les changer chaque jour après les avoir inspectés à la recherche de trous
ou de traces de sang. Du sang sur une chaussette peut indiquer la formation d’une ampoule
ou d’un ulcère.
■ Se laver quotidiennement les pieds. Avant de les immerger, la personne doit vérifier la température
de l’eau avec le coude pour éviter les brûlures.
■ Après le bain ou la douche, assécher méticuleusement les espaces interdigitaux.
■ En présence d’une peau sèche, utiliser une crème hydratante après le bain ou la douche.
■ Au moment du soin quotidien des pieds, inspecter minutieusement ces derniers à la recherche
de lésions ou de rougeurs circonscrites. Il peut être nécessaire d’utiliser un miroir pour bien
voir la plante du pied. Si la vision est affaiblie, faire appel à un proche pour cette inspection.
■ Consulter dans les plus brefs délais une infirmière formée en podologie en présence de signes
d’infection, tels que de la rougeur, de la chaleur ou de l’œdème, au site d’une lésion ou en
amont de celle-ci.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Ne pas utiliser de produits et accessoires en vente libre pour le soin des pieds sans supervision
d’un pharmacien ou d’une infirmière formée en podologie.
■ Éviter les approches thérapeutiques faisant appel à l’application de chaleur ou de froid.
■ Éviter de marcher pieds nus.
■ Ne jamais tenter d’enlever soi-même de l’hyperkératose de protection (callosité, cor, durillon),
que ce soit à l’aide d’instruments tranchants ou au moyen d’agents chimiques en vente libre.
■ En cas de difficulté pour tailler ses ongles, de mobilité réduite ou de vision affaiblie, ne
jamais tenter de tailler soi-même ses ongles et faire plutôt appel aux services d’une infirmière
formée en podologie.
■ Faire de l’exercice physique au moins 30 minutes par jour.
■ Cesser de fumer.

6. Ces conseils viennent renforcer les remarques adressées à la personne diabétique tout au long de cet ouvrage. Toute personne diabétique doit
subir chaque année un examen effectué par un médecin ou une infirmière qui établira la catégorie de risque à laquelle il appartient afin de
déterminer un plan de traitement individualisé.
172 Gu id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

Traitement des plaies


Lors de l’examen des pieds, si une lésion est détectée ou qu’un
ulcère est déjà formé, une approche thérapeutique énergique doit
être entreprise rapidement et réalisée, quand la situation l’exige, en
collaboration avec des spécialistes dans le traitement des plaies.

Principes directeurs p o u r le tra ite m e n t des plaies


L’infirmière formée en podologie qui détecte une lésion au pied chez
la personne diabétique doit être capable d ’appliquer rapidement les
principes directeurs pour limiter la destruction tissulaire, empêcher
l’infection et favoriser la cicatrisation. Une action précoce et judi­
cieuse en attendant l’intervention d’un spécialiste dans le traitement
des plaies, s’il y a lieu, peut éviter une amputation chez la personne
diabétique, préserver sa qualité de vie et favoriser sa longévité.
Identifier les facteurs de risque en présence - À titre préventif,
il est important d’identifier les facteurs de risque en présence, car
l’incidence des complications au niveau du pied et les risques de
récurrence d’ulcère augmentent proportionnellement avec le nombre
de facteurs en cause.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

RECHERCHER LES ÉVÉNEMENTS DÉCLENCHEURS - Pour intervenir sur la


cause de la lésion et prévenir les récidives, il est essentiel d’identifier le
ou les événements déclencheurs responsables de l’altération cutanée;
généralement, ce sont les chaussures et les orthèses inadéquates, les
points de pression consécutifs à des déformations ou à des problèmes
biomécaniques, des traumatismes et le non-respect des mesures
d’hygiène préventives pour le soin des pieds.
ÉTABLIR LES CARACTÉRISTIQUES DE LA LÉSION - La localisation de la
lésion, sa profondeur, ses dimensions, l’apparence du fond de la plaie
et de ses rebords, la quantité et la qualité de l’exsudât, la présence
d’infection et de tissu nécrotique sont des données importantes qui
serviront à déterminer l’approche thérapeutique à privilégier et à en
évaluer périodiquement l’efficacité.
L e PIED DIABÉTIQUE 173

M éthodes de d éb rid em en t des plaies


Pour permettre un examen complet de la lésion et déterminer avec le
plus de précision possible le stade de destruction tissulaire, il faut sou­
vent débrider la plaie, c’est-à-dire nettoyer la plaie et son pourtour s’il y
a lieu en retirant les corps étrangers et les tissus nécrotiques, infectés
ou avasculaires qui sy trouvent'. Non seulement cette mesure permet
de définir plus précisément les caractéristiques de la plaie, mais elle
est aussi essentielle à la cicatrisation. Le débridement stimule la phase
de granulation des nouveaux tissus et élimine, en cas d’infection, les
tissus contenant une forte concentration bactérienne. L’hyperkératose
qui recouvre ou borde une plaie doit aussi être enlevée, car elle aug­
mente la pression sur la zone du pied où elle est située, en plus de
créer un potentiel d’ulcère et de gêner la cicatrisation de la plaie en
empêchant la contraction des bords de la plaie.
Différentes méthodes sont utilisées pour débrider les plaies : le débri­
dement chirurgical, le débridement mécanique, l’utilisation de produits
à base d’enzymes et l’utilisation de pansements retenant l’humidité.
L e DÉBRIDEMENT CHIRURGICAL CONSERVATEUR - C ’est généralement une
infirmière formée en podologie qui effectue ce type de débridement.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

A l’aide d ’un bistouri, elle réduit l’hyperkératose qui recouvre très


fréquemment un ulcère neuropathique (voir p. 156) ; elle peut même
éliminer les tissus dévitalisés, jusqu’aux tissus sains qui saignent.
Cette méthode requiert toutefois un encadrement médical en raison
des risques de saignement et parce qu’une bactériémie momentanée
peut nécessiter une antibiothérapie de prévention.
LE DÉBRIDEMENT MÉCANIQUE - Ce débridement consiste à utiliser un
jet d ’eau sous pression pour provoquer le détachement des tissus
dévitalisés ou, encore, à appliquer une gaze imbibée de NaCl dans
la plaie, à la laisser sécher et à la retirer lorsqu’elle est sèche. Cette
technique est moins utilisée, parce quelle est douloureuse et risque
de retarder le processus de cicatrisation si, au moment du retrait du
pansement, une partie du tissu de granulation est arrachée.
7. Une expertise clinique est requise pour
déterminer la pertinence de retirer le tissu
nécrotique, qui, dans certaines situations,
doit être maintenu en place pour protéger
le site d’une invasion bactérienne possible.
174 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

Le DÉBRIDEMENT ENZYMATIQUE - Des produits à base d enzymes


de débridement pour assurer la lyse du tissu nécrotique humide
ou dénaturer le collagène peuvent servir à dégrader les tissus
nécrotiques. Cette méthode très rarement utilisée de nos jours
requiert une surveillance étroite, car elle risque d ’endommager
la peau saine et quelle est contre-indiquée en présence de signes
d ’infection.
Le PANSEMENT HUMIDE AU CHLORURE DE SODIUM 0,9 %- L’utilisation de
ce type de pansement demeure une solution simple et efficace. En
présence d ’une plaie infectée, le NaCl 0,9% sera remplacé par une
solution hypertonique au NaCl.
Le PANSEMENT RETENANT L’HUMIDITÉ - Les pansements comme les
pellicules et membranes de recouvrement, de même que les hydro­
colloïdes, qui sont des pansements occlusifs ou semi-occlusifs, favo­
risent le débridement autolytique de la plaie. Ces pansements ne
devraient toutefois pas être utilisés sur des plaies cliniquement
infectées, en raison du potentiel d ’infection par des anaérobies.
Enfin, en présence de plaies nécrotiques, très sèches et infectées,
les hydrogels amorphes hypertoniques peuvent également stimuler
le débridement autolytique.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Systèmes de classification des plaies


Pour orienter le traitement de la plaie et faciliter la communication
entre les membres de l’équipe soignante, il est fortement recom­
mandé d ’utiliser un système de classification des plaies. Dans la
littérature, plusieurs systèmes de classification des ulcères du pied
diabétique ont été construits en fonction de différents critères pour
atteindre des objectifs particuliers. La classification de Wagner est
encore très utilisée pour la pratique clinique au quotidien, bien
quelle ne tienne pas compte de la présence de signes d ’infection,
de neuropathie, de troubles vasculaires, ni de l’étendue et de la
profondeur de l’ulcère. Pour les membres des équipes multidiscipli­
naires travaillant dans les cliniques du pied diabétique et les centres
de recherche avancée, les systèmes de classification plus précis sont
L e PIED DIABÉTIQUE 175

préférables (Association canadienne du diabète, 2008), par exemple


celui de l’Université du Texas (University of Texas Diabetic Wound
Classification System) présenté plus bas.

Tableau 8
CLASSIFICATION DE WAGNER
Grade Caractéristiques
0 Pré-ulcère, absence de lésions, peau intacte. Il peut y avoir des déformations,
des zones érythémateuses causées par la pression ou encore de l’hyperkératose.
1 Ulcère superficiel. Destruction partielle de la peau sans atteinte du tissu sous-cutané.
Présence possible d’une infection superficielle avec ou sans cellulite.
2 Ulcère avec perte cutanée totale, accompagné d’une lésion, ou nécrose du tissu sous-cutané
avec exposition possible du tendon ou de la capsule articulaire, sans abcès ni ostéomyélite.
3 Ulcère profond, avec exposition possible de l’os, avec abcès, ostéomyélite ou atteinte articulaire.
Infection profonde des tissus plantaires.
4 Gangrène localisée sur une partie du pied (orteil, avant-pied, talon).
5 Gangrène massive du pied associée à des lésions nécrotiques, infection des tissus mous.

Tableau 9
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

SYSTÈME DE CLASSIFICATION DES PLAIES DU PIED DIABÉTIQUE DE L’UNIVERSITÉ DU TEXAS


Stade Grade
0 I II III
A Lésion pré- ou Plaie superficielle, Extension aux Extension à l’os
(ni infection, post-ulcéreuse avec sans extension tendons ou ou à l’articulation
ni ischémie) épithélialisation aux tendons, à la à la capsule
complète capsule ou à l’os
B Infection Infection Infection Infection
C Ischémie Ischémie Ischémie Ischémie
D Infection Infection Infection Infection
et ischémie et ischémie et ischémie et ischémie
17 6 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

Coupes théoriques de la peau aux différentes phases de la cicatrisation

Principales phases de la cicatrisation


La phase de cicatrisation de la plaie, déterminée dans une large
mesure par l’apparence du fond de la plaie, doit être prise en compte
par l’infirmière pour optimiser le résultat de ses interventions.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

LA PHASE D'INFLAMMATION - Dans une même perspective, la phase


de cicatrisation de la plaie, déterminée dans une large mesure par
l’apparence du fond de la plaie, doit être prise en compte par le pro­
fessionnel pour optimiser le résultat de ses interventions. Cette phase
dure environ trois jours et se prolonge en présence d’infection ou de
nécrose tissulaire. Sur le plan clinique, le lit de la plaie est couvert
de débris fibreux jaunes ou d’un exsudât séreux ou séropurulent. On
y observe très souvent la présence de tissu de granulation.
LA PHASE DE GRANULATION - Cette phase peut s’étendre sur une
période allant jusqu’à 21 jours. Le lit de la plaie offre une apparence
propre de couleur rose ou rouge. Un exsudât séreux ou sérosanguin,
léger ou modéré, peut être présent.
LA PHASE DE REMODELAGE - Appelée aussi maturation ou épithéliali-
sation, cette phase débute vers le 21e jour de la cicatrisation et peut
durer jusqu’à un an et même plus. C ’est durant le remodelage que
le collagène se reconstitue pour former le tissu cicatriciel.
Le p ie d d i a b é t iq u e 177

Chez les personnes diabétiques, le processus de cicatrisation est


altéré et il est fréquent d’observer un délai important pour chacune
de ces phases.
DÉTECTER RAPIDEMENT LES SIGNES D’INFECTION - Même si elle peut
être colonisée par des bactéries, une lésion au pied n’est pas toujours
infectée. L’examen visuel d ’une lésion ne permet pas, à lui seul,
d ’établir avec certitude la présence ou l’ampleur d ’une infection ;
parfois, les seuls indices peuvent être une hyperglycémie ou des
symptômes grippaux.
Au site de la lésion, on peut observer les signes d ’infection
suivants: un érytbème, un écoulement purulent, une sensibilité
au toucher, une enflure, une odeur nauséabonde, de la crépitation
et de la chaleur. Chez un pied diabétique non ulcéré, la rou­
geur n’indique toutefois pas nécessairement une infection, mais
plutôt une érythrose de déclivité qui, contrairement à la rougeur
associée à l’infection, disparaît lorsqu’en m aintenant la jambe
surélevée à 45° on fait effectuer quelques flexions et extensions
plantaire au client. Dans certains cas, des lésions cutanées de
faible étendue masquent des abcès des tissus mous, à l’avant-pied
ou au talon ; par exemple, lorsqu’une lésion à un orteil ou encore
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

une fissure interdigitale sont accompagnées d ’un érythèm e et


d ’un œdème importants de la face dorsale du pied, on pourrait
être en présence d ’une cellulite qui nécessite un traitement médi­
cal d ’urgence.
Les examens de laboratoire indiquent le plus souvent une
hyperglycémie, une leucocytose et une augmentation de la vitesse
de sédimentation. La plupart des infections du pied diabétique
sont polymicrobiennes avec des micro-organismes aérobiques
ou anaérobiques.
DÉTECTER LES SIGNES DE DÉTÉRIORATION- En présence de signes d’in­
fection, il est fortement recommandé de diriger la personne vers un
médecin. En outre, parce qu’une infection peut évoluer de façon
fulgurante chez la personne diabétique dont les réactions immuno­
logiques sont altérées, un suivi s’impose dans les 24 à 48 premières
heures après la confection d’un premier pansement.
17 8 Gu id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

Par ailleurs, il est important d’enseigner à la personne comment


détecter les signes de détérioration, comme une augmentation de
la rougeur et du drainage au site ulcéré, une odeur nauséabonde
pouvant indiquer la présence d’une infection anaérobique ou encore
toute élévation de sa glycémie.
Lorsqu’une infection est récurrente ou que le client ne réagit
pas au traitement agressif d ’une antibiothérapie par voie parenté­
rale, il faut envisager la présence d ’une ostéomyélite. Bien que cette
affection soit une complication fréquente d ’un ulcère diabétique, il
est cliniquement difficile de la détecter; l’imagerie par résonance
magnétique demeure un des meilleurs examens diagnostiques pour
y parvenir.
ÉLIMINER LA PRESSION SUR LA ZONE ULCÉRÉE - Tl est primordial d’éliminer
la pression vis-à-vis de la zone ulcérée chez une personne diabétique
souffrant d’un pied insensible ; en effet, la personne diabétique qui
continue à marcher sur la lésion, parce quelle ne ressent aucune dou­
leur au site ulcéré, non seulement retarde la guérison de la plaie, mais
l’aggrave en provoquant une nécrose tissulaire par hyperpression.
Pour optimiser l’efficacité de cette approche thérapeutique, les fac­
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

teurs suivant doivent être pris en compte avant de choisir le système


de mise en décharge : la localisation de la plaie, la présence d ’une
plaie infectée, la possibilité de maintenir la mobilité et l’autonomie de
la personne, la compliance de l’individu au traitement, la capacité du
système de mise en décharge de prévenir les blessures additionnelles
et d’immobiliser la peau avoisinant la plaie afin de réduire les forces
de cisaillement. Enfin, les résultats des évaluations de la performance
des différents systèmes sur le marché doivent être considérés.
La sandale Darco, disponible avec décharge à l’avant-pied ou à
l’arrière-pied, est très pratique selon que la plaie se situe à l’avant-
pied ou au talon. Cette chaussure se trouve facilement dans les
centres spécialisés d’orthèses et prothèses et son prix est raisonnable.
L e PIED DIABÉTIQUE 179

Sandale Darco avec décharge à l ’arrière-pied


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Botte de m arche Sem elle m u nie d'alvéoles am ovibles q u i sera couverte


am ovible d ’un revêtem ent en Plastazote ava nt d ’être glissée
dans une chaussure adaptée à cet effet

En présence d’une plaie à la région médiane de la face plantaire


du pied, la semelle en plastazote moulée au pied ou la chaussure
abeille dont la semelle est munie d alvéoles amovibles peut se révéler
un bon choix. Le plâtre de décharge à contact total dont la technique
de confection est m aintenant simplifiée gagne en popularité en
raison de son taux élevé de succès clinique en présence de plaies
non infectées et chez les personnes diabétiques dont la compliance
est faible (Armstrong et al., 2001). Il est toutefois contre-indiqué
d’utiliser ce type de décharge en présence d ’une infection aiguë ou
d ’une ischémie sévère. En dépit du risque de non compliance au
180 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

traitement, les soignants doivent fréquemment opter pour la botte


de marche amovible (Aircast) qui offre une alternative raisonnable
en présence de contre-indications pour le plâtre de contact total. Les
béquilles et le fauteuil roulant peuvent être utilisés en concomitance
avec ces systèmes de mise en décharge. Si la plaie se trouve ailleurs
sur le pied, il faut s’a ssurer que la chaussure n’exerce aucune pres­
sion ou friction sur la zone atteinte. Lors de la conception et de la
confection du pansement, il faut tenir compte de l’espace disponible
dans la chaussure afin d’éviter de créer des points de pression et de
friction supplémentaires au niveau de la peau.

Les technologies nouvelles p o u r le tra ite m e n t


des ulcères du p ie d d ia b é tiq u e
En dépit de la grande variété de pansements et de produits topiques,
et des diverses techniques pour favoriser le processus de cicatrisa­
tion, aucun d eux ne convient à toutes les plaies ni au traitement de
la même plaie jusqu’à sa guérison. L’ulcère ne peut cicatriser que
si la glycémie est contrôlée, si la pression sur la plaie est enlevée,
si l’infection est éliminée, si l’irrigation sanguine est suffisante et,
enfin, si la cause a été supprimée.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Le traitement des plaies étant en constante évolution, l’infirmière


doit rester vigilante et demander aux différents représentants pharma­
ceutiques de lui soumettre des revues scientifiques avec des données
probantes sur les produits et pansements disponibles afin d’en établir
les propriétés, les caractéristiques, les mécanismes d’action, les modes
d’utilisation, les indications et les contre-indications ainsi que les coûts.
La complexité et la spécificité de chaque situation commandent
une approche individualisée basée sur l’évaluation et sur l’évolution
de la plaie. Dans le traitement des plaies du pied diabétique, c’est
l’expérience acquise au quotidien qui permet à l’infirmière de
développer son expertise et son jugement clinique.
ÉQUIVALENTS DE LA PEAU VIVANTE ET MATRICES À EFFET ANTIPRO­
TÉASE - Plusieurs techniques et technologies ont fait et continuent
de faire l’objet de recherches ; les substituts de la peau vivante obtenus
Le p ie d d ia b é t iq u e 181

par bio-ingénierie, tels que DermagraftMD et ApligrafMD introduits


au début des années 2000, ne sont déjà plus vendus au Canada
depuis 2009. La bécaplermine sous forme de gel, commercialisée
sous le nom de RegranexMD, est indiquée en association avec d ’autres
soins adaptés de la plaie pour la stimulation de la granulation et
de la cicatrisation des ulcères diabétiques chroniques profonds
d ’origine neuropathique et de surface inférieure ou égale à 5 cm2.
Les matrices à effet antiprotéase avec ou sans ions d ’argent 1 %
comme PromogranMD, PrismaMD et la matrice extracellulaire telle
que OasisMD, reconnues pour leurs propriétés cicatrisantes, gagnent
en popularité auprès des spécialistes en traitement de plaies.
LE VAC (Vacuum Assisted Closure) - Le VAC est une méthode active
non elfractive de fermeture de plaie combinée à une pression négative
(OIIQ, 2007). Lappareil aspire constamment l’air au site de la plaie, ce
qui fait le vide sous le pansement protecteur. Les exsudats sont aspirés
et la pression négative stimule la croissance des cellules de la peau.
Ce traitement peut viser différents objectifs : éliminer les exsudats
et réduire l’oedème périlésionnel; augmenter l’irrigation micro­
vasculaire locale et tester la vascularité ; promouvoir la formation de
tissu de granulation ; diminuer la complexité et la taille de la plaie ;
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

préparer le lit de la plaie avant et après l’intervention chirurgicale ;


diminuer la complexité des interventions chirurgicales de fermeture
des plaies.
Le VAC est adaptable à la plupart des grandeurs et des formes de
plaies. L’appareil se porte à la ceinture, ce qui permet selon le degré de
mobilité de la personne et l’emplacement de la plaie une plus grande
autonomie. Tl demeure toutefois difficile de prendre un bain ou une
douche avec ce type d’appareil.
L’OXYGÉNOTHÉRAPIE HYPERBARE (OHB) - Une chambre hyperbare
fonctionne sur le principe d’une pièce fermée dans laquelle il existe
une concentration élevée d ’oxygène à une pression beaucoup plus
élevée que l’air ambiant. Cet oxygène concentré permet d’augmenter
la perfusion des tissus souffrant d ’une mauvaise vascularisation. De
plus, cette hausse d ’oxygénation du pied parvient à tuer les bactéries
18 2 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

tenaces, qui sont responsables des infections profondes. Comme ce


traitement favorise la cicatrisation des plaies profondes, il diminue
le risque d ’amputation chez les personnes diabétiques.
Les personnes ayant une circulation artérielle restreinte peuvent
bénéficier de l’OHB associée au traitement classique, mais celle-ci
ne supplante pas la revascularisation, et ces clients devraient subir
au préalable des examens circulatoires approfondis. Si l’insuffisance
artérielle n’est pas reconnue, la réponse à l’OHB sera faible et tempo­
raire, puisque cette thérapie pallie les problèmes de cicatrisation des
plaies ischémiques où le réseau vasculaire est intact ou partiellement
endommagé (AETMIS, 2008).
Catégories de pansements utilisés dans le traitement des plaies
DU PIED DIABÉTIQUE - Selon la catégorie à laquelle ils appartiennent,
les pansements sur le marché servent entre autres à empêcher l’inva­
sion microbienne, à favoriser le débridement, à maintenir un milieu
humide, à absorber l’excédent d’exsudat, à promouvoir l’angiogenèse
et à stimuler directement la cicatrisation. Le tableau 10 présente les
catégories de pansements couramment utilisées dans le traitement
des plaies avec des commentaires qui tiennent compte de la réalité
clinique associée au traitement des plaies du pied diabétique.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
L e PIED DIABÉTIQUE 183

Tableau 10
CATÉGORIES DE PANSEMENTS COURAMMENT UTILISÉS
DANS LE TRAITEMENT DES PLAIES DU PIED DIABÉTIQUE
Catégories de pansements Indications Contre-indications
Pansements absorbants
■ Se présentent sous forme d’éponges, ■ À utiliser durant la phase de ■ À utiliser
de mousses ou de composites. granulation, en présence d’un exsudât avec prudence
■ Conçus avec ou sans adhésif pour modéré et abondant. en présence
absorber l’exsudât. ■ Peuvent être laissés en place de un à d’une infection.
■ Par exemple: BiatainMD, Biatain lbuMD, sept jours. ■ À éviter sur
Biatain ArgMD, MépilexMD, MépilexMD ■ Confortables au pied, fournissent un une plaie sèche.
Border, AG, AllevynMD, InterDry ArgMD, capitonnage de protection.
HydrasorbMD, TielleMD et TielleMD Plus,
MépilexMD Border représente un atout
LyofoamMD Extra.
pour visualiser le degré de saturation
Il existe des pansements absorbants du pansement sans avoir à le retirer.
qui épousent la forme du talon, comme
AllevynMDtalon.
Pansements absorbants aux propriétés hémostatiques
■ Souvent à base d’alginate de calcium ■ À utiliser en présence d’un exsudât allant ■ À éviter sur
et d’hydrofibres, se présentent sous de modéré à légèrement abondant. une plaie sèche.
forme de mèches, de cordons ou de ■ Utiles pour contrôler les saignements
plaquettes qui se gélifient au contact légers après un débridement
d’un liquide. chirurgical.
■ Offrent un degré d’absorption de moyen ■ Peuvent être laissés en place
à légèrement élevé et possèdent de 12 à 72 heures.
des propriétés hémostatiques.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Par exemple: KaltostatMD, Restore


CalciCareMD, Algisite MMD, SeasorbMD,
MelgisorbMD, Nu-Derm alginateMD
et TegagenMD.
Hydrocolloïdes
■ Se présentent sous la forme d’une ■ Favorisent le débridement autolytique de ■ À éviter en cas
membrane hydrophile, par exemple la plaie et préviennent la contamination. de plaie infectée
à base de gélatine ou de pectine, et ■ Peuvent être partiellement ou profonde, ou
d’une matrice polymérique hydrophobe ou totalement occlusifs. en présence d’un
comme la carboxyméthylcellulose. exsudât abondant
■ Peuvent être laissés en place
■ Conçus pour maintenir la plaie de trois à sept jours.
humide, ils ont une capacité
■ Peuvent être très efficaces pour
d’absorption modérée ou faible.
soulager la douleur et la sécheresse
Par exemple: RepliCareMD, Duoderm cutanée associées aux crevasses
CGFMD, DuodermMD mince, ComfeelMD, localisées aux talons.
RestoreMD, Nu-Derm hydrocolloïdeMD,
Cutinova HydroMD et TegasorbMD.
184 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

CATÉGORIES DE PANSEMENTS COURAMMENT UTILISÉS


DANS LE TRAITEMENT DES PLAIES DU PIED DIABÉTIQUE (suite)
Catégories de pansements Indications Contre-indications
Hydrogels
■ La majorité des hydrogels n’absorbent ■ Contribuent, à la phase de granulation, ■ Peuvent causer de
que légèrement l’exsudât. à hydrater les plaies sèches et l’hypergranulation
■ Offerts en trois variétés : favorisent le débridement autolytique. et entraîner de
■ Les hydrogels en gelée adhèrent mieux la macération en
1) les hydrogels amorphes, tels que bordure de la plaie
aux plaies irrégulières que les hydrogels
Duoderm HydroactiveMD, lntrasiteMD,
en feuilles.
NormlgelMD; Wound DressMD, Nu-GelMD
gel, PurilonMD, Tegaderm gelMD; ■ Pour les plaies nécrotiques, l’hydrogel
amorphe hypertonique est privilégié.
2) les hydrogels en feuilles,
comme NuGelMD et CuragelMD; ■ Sur les plaies profondes à cavités,
on privilégie des gazes imprégnées
3) les hydrogels amorphes
d’hydrogel amorphe en gelée à changer
hypertoniques, tels que HypergelMD.
aux 24 heures.
■ Les autres hydrogels peuvent être
gardés en place jusqu’à 72 heures.
Pansements adhésifs transparents
■ Ces pansements n’ont aucun pouvoir ■ Indiqués pour protéger la peau, ■ À éviter en
d’absorption. Imperméables à l’eau, créer une barrière contre l’infection présence de signes
ils sont par contre perméables, sauf et maintenir la plaie humide afin cliniques d’infection
OpSiteMD. d’en faciliter le débridement. et lorsque l’exsudât
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ Vendus en différents formats. Certains ■ OpSiteMD Flexifix se prête à une est modéré à
sont non stériles, comme OpSiteMD utilisation rapide et économique abondant.
Flexifix. pour former une fixation confortable
■ Exemples de pansements adhésifs et imperméable des pansements
transparents: OpsiteMD, OpsiteMD ou traiter la neuropathie périphérique
IV 3000, MefilmMD, TegadermMD, du pied diabétique.
BioclusiveMD, ComfeelMD. ■ Peuvent être maintenus en place
jusqu’à sept jours s’il n’y a pas
d’exsudat abondant susceptible
d’entraîner la macération des tissus.
■ La pellicule doit être enlevée selon les
directives pour ne pas blesser la peau.
Au talon, la pellicule transparente
est souvent utilisée pour protéger
de la friction et du cisaillement
et en prévention des phlyctènes.
L e PIED DIABÉTIQUE ] 85

CATÉGORIES DE PANSEMENTS COURAMMENT UTILISÉS


DANS LE TRAITEMENT DES PLAIES DU PIED DIABÉTIQUE (suite)
Catégories de pansem ents Indications Contre-indications
Pansements non adhérents non imprégnés ou imprégnés
Tulles gras ■ Utilisés lorsqu’un pansement ■ Vérifier les
Couche unique de gaze en tissu lâche d’interface s’impose pour protéger interactions
recouverte d’un produit lénifiant et la peau d’un bris mécanique des tissus indésirables
peu adhérent. Certains sont neutres, en voie de granulation par exemple. possibles avec
comme AquaphorMD, JelonetMD, AdapticMD. Peuvent être maintenus en place d’autres produits
D’autres sont médicamentés, comme jusqu’à 72 heures. utilisés pour le
MépitelMD, qui est imprégné de silicone, soin des plaies.
BactigrasMD est indiqué lorsqu’une
et BactigrasMD, qui contient de l’acétate de infection est présente ou suspectée.
chlorexidine BP à 0,5%, un antiseptique
Au niveau du pied, un pansement
possédant un vaste spectre d’action
doigtier non adhérent, tel que
contre les micro-organismes Grampositif
Adaptic DigitMD, est très pratique
et Gramnégatif.
pour une plaie du premier orteil.
Pansements secondaires cohésifs et non adhésifs
La plupart du temps extensibles, ces ■ Fortement recommandés pour
pansements existent dans une grande maintenir en place un pansement
variété de grandeurs et de largeurs. primaire qui nécessite des changements
Par exemple: bandages OmniformeMD, fréquents.
EasifixMD, TubitonMD, SurgitubeMD et ■ Sur une peau fragilisée et pour éviter
SuperCrynxMD; pansements de type les irritations cutanées liées à l’usage
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

cohésif, comme CobanMD. de pansements adhésifs.


■ Spécialement indiqués chez
les personnes diabétiques pour fixer
les pansements au niveau du pied
et des orteils.
Pansements secondaires adhésifs
Les pansements secondaires adhésifs ■ Doivent être utilisés avec réserve car lors
servent à fixer les pansements. Ils de leur retrait ils peuvent léser la peau
existent dans une variété de grandeurs saine en bordure de la plaie et entraîner
et de largeurs. HypafixMD et MicroporeMD des réactions cutanées non désirables,
comptent parmi les plus utilisés. comme la formation de phlyctènes.
MépitacMD, qui est à base de silicone, est ■ MépitacMD, qui est réutilisable, est
peu utilisé à cause de son coût. recommandé en présence d’une peau
sensible ou nouvellement formée.
18 6 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

L e s a g e n t s a n t i m i c r o b i e n s _________________

Les agents antibactériens sont souvent considérés par les infirmières


comme des produits pouvant retarder le processus de cicatrisation s’ils
sont utilisés en présence d’une plaie propre en voie de granulation.
Ils sont toutefois très appréciés en présence d’une plaie exsudative
que l’on croit être infectée; c’est notamment le cas pour le soin des
plaies nauséabondes, alors que l’utilisation de pansements d’argent
com biné avec du charbon actif, comme Actisorb Silver 220MD, est
particulièrement indiquée.

Les agents antimicrobiens existent sous plusieurs formes allant de


la pâte, en tube ou en plaquette, au tulle et à la résille, en passant
par l’alginate, l’hydrofibre ou la mousse. Par exemple: lodosorbMD,
qui est une pâte de cadexomère d’iode, lnadineMD, qui se présente
sous forme de feuille de viscose non adhérente qui contient de la
povidone-iodine, et les pansements d’argent (ActicoatMD et Acticoat7MD
avec nacrocristaux d’argent, Fastsil de ValcoMD, etc.).
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Modèle de chaussure profonde


avec attache en velcro
et em peigne en tissu extensible

L a c h a u s s u r e e t l e s u iv i a p r è s l e t r a it e m e n t d 'u n ULCÈRE - Le
tissu cicatriciel d’un ancien ulcère au pied diabétique étant moins
résistant aux stress imposés par la marche, il arrive fréquemment
que l’ulcère réapparaisse; en conséquence, des mesures doivent être
prises pour pallier la vulnérabilité des sites déjà atteints, comme
réduire les périodes en station debout et les marches prolongées et
porter des chaussures orthopédiques adaptées à la morphologie du
pied. Le taux de récidive d ’ulcère chez les personnes diabétiques
qui portent des chaussures orthopédiques est de 17%, alors qu’il
grimpe à 83% chez ceux qui recommencent à porter des chaussures
ordinaires (Wooldridge, Bergeron etThornton, 1996).
Le p ie d d i a b é t iq u e \87

Indications pour la reconstruction vasculaire et l’a mputa ­


tion - L’élimination d ’une infection et la guérison d ’une plaie sont
étroitement liées à la qualité de la circulation sanguine. C ’est pour­
quoi il (aut procéder précocement à l’évaluation d’une plaie qui pré­
sente des signes d ’insuffisance vasculaire évidents. Il faut faire de
même lorsque toutes les mesures thérapeutiques, y compris 1) un
contrôle de la glycémie, 2) un débridement adéquat de la plaie,
3) une antibiothérapie parentérale et 4) une mise en décharge de
la pression, n’ont pas réussi faire cicatriser la plaie.
L a RECONSTRUCTION VASCULAIRE est indiquée lorsqu’on ne peut
percevoir les pouls pédieux et tibiaux, que l’angiographie confirme
une sténose importante de une ou plusieurs sections de l’appareil
vasculaire artériel périphérique, que l'indice de pression systolique
cheville-bras est inférieur à 0,50 et, enfin, que la pression transcu­
tanée en oxygène (Ptc02) est en deçà de 30 mm Hg.
L’AMPUTATION devient inéluctable notamment en présence des condi­
tions suivantes: une insuffisance artérielle sévère avec gangrène;
une atteinte très distale qui rend impossible une revascularisation
par chirurgie ou technique endovasculaire; une infection qui ne
répond pas aux traitem ents et qui se propage de façon brutale,
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

comme la cellulite infectieuse; une plaie qui ne guérit pas malgré


la mise en œuvre de toutes les approches thérapeutiques disponibles.
Le niveau d ’amputation est déterminé par l’ampleur de l’atteinte,

Am putation transm étatarsienne Schém a anatom ique d ’une am putation transm étatarsienne
188 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

selon une approche conservatrice qui vise en dernier recours à pré­


server l’appui talonnier, ce que permet l’a mputation transmétatar­
sienne ou métatarsophalangienne.
COMPLICATIONS ÀilAMPUTATION - En plus de l'incapacité fonctionnelle
consécutive à l’amputation et de l’impact sur la qualité de vie de la
personne, des complications peuvent survenir sous différentes formes :
■ Douleurs névralgiques appelées douleurs du membre fantôme.
■ Contracture articulaire à proximité de la partie amputée, ce qui
rend le mouvement difficile.
■ Infection postopératoire touchant la peau ou les os.
■ Absence de cicatrisation de la plaie après l’opération.
Le risque de récidive dans le cas d ’un ulcère diabétique est de
70%, tandis que pour l’amputation les risques de subir une deuxième
amputation sont de 42 % après une période de un à trois ans et de
56% après trois à cinq ans. La proportion de mortalité peut alors
atteindre jusqu a 50% (Levin, 2002).
L’ENSEIGNEMENT À LA PERSONNE DIABÉTIQUE - Un enseignement indi­
vidualisé à l’auto-examen et aux mesures préventives d’hvgiène des
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

pieds demeure le facteur le plus important pour prévenir les ampu­


tations chez la personne diabétique. Il est essentiel de rappeler à
la personne diabétique de demander à l’infirmière ou au médecin,
lors de la visite de contrôle de son diabète, de vérifier l’état de santé
de ses pieds.
Dès la détection d’une lésion au pied, si mineure soit-elle en appa­
rence, les principes directeurs pour limiter la destruction tissulaire,
empêcher l’infection et favoriser la cicatrisation doivent être rigou­
reusement appliqués. Pour une conduite préventive adaptée selon
le contexte dans lequel la lésion est détectée, et selon la gravité de
celle-ci, la procédure suivante est suggérée.
Le p ie d d ia b é t iq u e 1 89

Co n d u it e pr é v e n t iv e
____________EN CAS PE LÉSIONS MINEURES AU PIED____________

■ Nettoyer la lésion (coupure, éraflure ou autre) avec du sérum phy­


siologique ou un savon doux, bien rincer avant d’appliquer un
antiseptique à base de gluconate de chlorexidine 0,05% comme
BaxedinMD, puis d’étaler un antibiotique topique tel que BatrobanMD.

■ Faire un pansement protecteur et surveiller pendant 24 à 48 heures


les signes d ’infection, comme un exsudât purulent, un oedème,
de la douleur et une rougeur diffuse au pourtour ou en amont
de la lésion.

■ Élim iner la pression sur la zone atteinte. Selon l’am pleur de la


lésion, une décharge complète doit être assurée8.

■ Rechercher activem ent la cause à l’origine de la lésion afin de


l’éliminer et d’éviter les récidives.

■ Si des signes d’infection (rougeur, chaleur, œdime, exsudât purulent,


douleur) apparaissent, une consultation médicale s’impose dans les
plus brefs délais.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

8. Voir les différents systèmes de décharge du


poids, p. 178-180.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.
192 G u id e PRATIQUE DE PODOLOGIE

Annexe A

Questionnaire DN4

QUESTIONNAIRE DN4
Un outil simple pour rechercher les douleurs neuropathiques
Pour estimer la probabilité de douleur neuropathique,
le patient doit répondre à chaque item des quatre questions ci-dessous par «Oui» ou « Non».

QUESTION 1 : La douleur présente-t-elle une ou plusieurs des caractéristiques suivantes?


Oui Non
1. Brûlure □ □
2. Sensation de froid douloureux □ □
3. Décharges électriques □ □

QUESTION 2 : La douleur est-elle associée dans la même région à un ou plusieurs


des symptômes suivants?
Oui Non
4. Fourmillements □ □
5. Picotements □ □
6. Engourdissements □ □
7. Démangeaisons □ □

QUESTION 3 : La douleur est localisée dans un territoire où l’examen met en évidence...


Oui Non
8. ... une hypoesthésie au tact □ □
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

9. ... une hypoesthésie à la piqûre □ □

QUESTION 4 : La douleur est-elle provoquée ou augmentée par:


Oui Non
10. ... le frottement □ □

Oui = 1 point Non = 0 point Score du patient : /10

MODE D’EMPLOI
Lorsque le praticien suspecte une douleur neuropathique,
le Questionnaire DN4 est utile comme outil de diagnostic.
Ce questionnaire comprend quatre questions représentant 10 items à cocher.
Le praticien interroge lui-même le patient et remplit le questionnaire.
À chaque item, il doit apporter lui-même une réponse «Oui » ou « Non ».
À la fin du questionnaire, le praticien comptabilise les réponses, 1 point pour chaque «Oui»
et 0 point pour chaque « Non ».
La somme obtenue donne le Score du patient, noté sur 10.
Si le Score du patient est égal ou supérieur à 4/10, le test est positif
(sensibilité à 82,9% ; spécificité à 89,9%).

D’après Bouhassira, D. et al. P a in , 2005; 108 (3) : 248-57.


A nnexes 193

Annexe B

Les auxiliaires de marche


De façon générale, les auxiliaires de marche sont conçus pour permettre à
l’utilisateur de transférer le poids de son corps en tout ou en partie sur une ou
les deux jambes. On y a généralement recours pour protéger le membre atteint
par une pathologie temporaire, comme une fracture, une entorse ou une plaie.
Ils peuvent aussi s’avérer utiles pour maintenir l’autonomie de la personne et
diminuer les risques de chute en stabilisant la démarche.
Pour choisir l’auxiliaire approprié, il faut considérer la condition physique de la
personne, les symptômes présents et les objectifs poursuivis. Habituellement, afin
de diminuer la boiterie, on privilégie la canne pour accompagner la jambe handi­
capée, car elle favorise une démarche plus naturelle. Les béquilles, pour leur part,
permettent de dégager totalement le membre atteint des pressions occasionnées
lors de la marche. Enfin, la marchette, appelée aussi déambulateur, procure un
support et une plus grande stabilité. Pour que l’auxiliaire de marche joue adé­
quatement son rôle, il doit être adapté à la taille de la personne, et des directives
claires quant à son mode d’utilisation doivent être données à l’utilisateur.

C o n s e i l s a u c l i e n t _________________________________________________

■ Suivre les directives d’utilisation relatives à l’auxiliaire de marche prescrit.


Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

■ S’assurer que l’auxiliaire de marche est adapté à la taille de la personne.


■ Vérifier régulièrement l’état des embouts de caoutchouc aux extrémités de l’auxiliaire
de marche et les changer au besoin.
■ En présence de douleurs ou d’inconfort lors de l’utilisation de l’auxiliaire de marche, consulter
un professionnel de la santé pour en faire réviser l’ajustement et vérifier si la technique d’utili­
sation est adéquate.
19 4 G u id e p r a t iq u e d e p o d o l o g ie

COMMENT UTILISER UN AUXILIAIRE DE MARCHE

La canne
1. La canne du côté sain
* Diminue la boiterie
en accompagnant
la jambe handicapée.
■ Permet une démarche naturelle.
2. Le corps bien droit avec les épaules relâchées
3. L’appui-main au pli du poignet
4. L’embout de caoutchouc à 15 cm du pied
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

Canne trop longue Canne du côté affecté


Stress répétitif à l ’é paule Poids m al réparti
Moins de force d ’a p p u i D ouleurs à l ’é paule et la m ain
A nnexes J 95

La marchette (déambulateur)
1. Le corps bien droit avec les épaules relâchées
2. L’appui-main au pli du poignet

Marchette trop haute


Efforts exagérés du cou
et des épaules
Coudes trop pliés,
m oins de force d'a p p u i

Marchette trop basse


Tension et douleurs
Surcharge aux m ains
et aux pieds

Les béquilles
1. Le corps bien droit avec les épaules relâchées
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

2. Le haut de la béquille à 5 cm de l’aisselle


3. Les appuis-main au pli du poignet
4. Le sabot de la béquille à 15 cm du pied

Béquilles trop hautes


Stress répétitifs aux épaules.
Com pression au x aisselles
avec douleurs au thorax
et engourdissem ents au x bras

Béquilles trop basses


M auvaise posture :
tension et douleurs
Dém arche ardue
19 6 Guide pratique de podologie

Annexe C

Exercices pour prévenir


la fasciite plantaire
Pour être efficaces, les exercices doivent être pratiqués régulièrement et les étirements
réalisés avant et après toute activité où le fascia plantaire risque d’être sollicité.
Si les exercices suivants sont pratiqués régulièrement, ils aideront à supporter
la partie atteinte et à prévenir les récidives.

■ EXERCICE AVEC UNE SERVIETTE


■ Déposez une serviette sur le plancher
et essayez de la saisir avec les orteils du pied blessé.
■ Pour augmenter la résistance,
placez un poids sur la serviette.
■ Répétez 20 fois.

■ EXERCICE AVEC LE TIBIA


■ Glissez lentement le pied le long du tibia
de la jambe opposée en essayant d’agripper
la peau avec les orteils.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

* Répétez 30 fois.
A nnexes \ 97

ÉTIREMENTS
Pour prévenir la fasciite plantaire, il est fortement recommandé de pratiquer
des étirements régulièrement avant et après toute activité.
Les étirements ne doivent pas provoquer de douleurs, et la posture étirée doit être
maintenue pendant au moins 15 à 30 secondes et répétée au moins trois fois.
■ Prenez appui sur le mur, en gardant l’arrière de la jambe bien droit,
le genou arrière bloqué.
* Pressez vers l’avant jusqu’à ce que vous ressentiez
un étirement dans le muscle du mollet.
* Maintenez cette posture
pendant 15 à 30 secondes.

■ Pliez ensuite le genou jusqu’à ce que vous sentiez tirer votre tendon d’Achille.
Copyright © 2011 Presses de l'Université du Québec.

* Maintenez cette posture pendant 15 à 30 secondes.

L ’a id e d ’un p h ysio th é ra p e u te p e u t être nécessaire p o u r éla b o re r un p ro g ra m m e


in d ivid u a lisé .
198 Guide pratique de podologie

Annexe D

Exercices pour renforcer les chevilles


Il est important de suivre un programme complet de renforcement afin de recou­
vrer les pleines capacités de la cheville et d’éviter de nouvelles blessures. Pour
être efficaces, les exercices suivants doivent être pratiqués régulièrement et les
étirements réalisés avant et après toute activité où les chevilles sont sollicitées.
■ Procurez-vous une bande élastique vendue dans un magasin de sport ou
d’articles médicaux, ou encore utilisez la chambre à air d’un pneu de bicyclette.
■ Placez la bande à la base des orteils et faites reposer la jambe sur
une serviette roulée.
■ Faites travailler la cheville et le pied, et non la jambe au complet,
dans les quatre directions (vers le haut, le bas, la droite et la gauche).
■ Faites trois séries de 15 répétitions chacune.

VERS LE HAUT ET VERS LE BAS


■ Tirez fermement vers le haut contre la bande.
■ Maintenez cette posture pendant
deux secondes, puis relâchez lentement
en comptant quatre secondes.
■ Appuyez fermement vers le bas cont