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H.

ABBE

Théorie du Commerce
international

Analyse classique
Analyse néoclassique
Nouvelles théories
Politique économique

Semestre I du système LMD

Licence 3
Economie & Gestion
Sciences économiques

1
Un énoncé scientifique est donc un énoncé qu'il est possible de réfuter, pour en tester sa validité. Si un
énoncé ne présente pas les conditions nécessaires à sa réfutabilité, cela signifie qu'il est impossible a
priori de tester ses hypothèses. Il ne peut donc avoir de valeur scientifique. On est alors en présence
d'une pseudo-science. [K. Popper].

2
INTRODUCTION GENERALE

L’économie internationale est une des disciplines les plus anciennes de la théorie
économique. Elle se scinde en deux branches : l’analyse des flux monétaires ou
financiers d’une part, la finance internationale, et l’analyse des flux réels d’autre part,
la théorie du commerce international.

Ce cours s’intéresse à la seconde analyse à savoir aux causes, aux implications, aux
gains de l’échange et aux conséquences des politiques de restriction ou d’ouverture
aux échanges. En effet, le commerce international est l’un des facteurs les plus
importants dans le monde économique contemporain. Il manifeste la complémentarité
et l’implication des producteurs et des consommateurs des différents pays. Il affecte
l’autonomie des politiques économiques car aucun pays ne peut vivre en autarcie.

L’ouverture à l’extérieur a des effets sensibles mais différents selon les


caractéristiques des pays sans pour autant remettre en cause les gains de cette
ouverture. Pourquoi les pays échangent-ils entre eux ? Quelle est l’ampleur de ce
mouvement d’intégration économique internationale et comment le mesurer ? Que
gagnent les Etats à commercer entre eux ?

Ce cours essaye de répondre à ces questions majeures. Il s’agira d’une discussion sur
le terme de différence notamment de différence de fonction de production, de
différence de dotations factorielles, de différence de technologie, etc. Par ailleurs, il
s’agira d’étudier les politiques menées par les Etats vis-à-vis du commerce
international.

Pour atteindre cet objectif, ce cours est organisé autour de cinq chapitres :

- Chapitre 1 : l’analyse classique du commerce international


- Chapitre 2 : l’analyse néoclassique du commerce international
- Chapitre 3 : la nouvelle théorie du commerce international
- Chapitre 4 : l’analyse marxiste du commerce international
- Chapitre 5 : les politiques du commerce international

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CHAPITRE 1 : L’ANALYSE CLASSIQUE DU COMMERCE
INTERNATIONAL
En réaction contre la politique mercantiliste qui considère l’excédent de la balance
commerciale comme le seul moyen d’enrichissement de la Nation, les classiques
anglais élaborent la théorie de l’échange international pour démontrer les avantages du
libre-échange. L’échange international est toujours fondé sur une différence qui
entraine des différences de coûts et/ou de prix de vente sur les marchés. L’importance
de la différence de la productivité du travail d’une branche à une autre (développée par
Adam Smith) puis des différences de productivité comparée d’une branche à une autre
d’un pays (David Ricardo) sont successivement avancées par les classiques anglais
pour déterminer l’avantage de prix.
Les théories originales sont fondées exclusivement sur le caractère de l’offre (J. S.
Mill) qui permettra de déterminer le prix international des biens et la répartition des
gains.
I. Le cadre analytique des classiques
1. L’Etat-Nation : la base de la spécialisation

Les classiques considèrent la Nation comme un enclos ou un ensemble d’enclos


formés de classes aux intérêts antagonistes. En d’autres termes, la Nation constitue un
parc à bestiaux délimité par des clôtures sélectives.

Chez les classiques, la Nation est définie comme un lieu géométrique d’immobilité des
facteurs. Dans la théorie classique et plus encore dans l’analyse néoclassique, la
Nation est une caricature puisqu’elle est un obstacle à la libre circulation des facteurs
ou comme une friction dans un système de concurrence pure et parfaite.

2. La théorie de la valeur du travail

Chez les classiques, le travail est le fondement de la mesure de la valeur. Pour David
Ricardo, c’est la quantité de travail nécessaire à la production du bien qui détermine le
fondement de la valeur. La quantité de travail incorporée dans les biens détermine leur
valeur relative et non leur valeur absolue. Aucun produit ou bien ne peut exister sans le
travail. C’est donc le travail qui confère au bien de la valeur.

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3. Les hypothèses classiques

La théorie du commerce international classique repose sur des hypothèses. Ses


hypothèses sont liées à la constitution du monde en plusieurs zones ou pays ouverts à
l’échange. Ces sont :

H1 : Les classiques considèrent deux pays et deux biens. Toute importation de l’un des
pays est nécessairement une exportation du partenaire. Un bien X ne peut être échangé
qu’en fonction de l’autre produit-Y.

H2 : Analyse statistique ou statistique comparative : l’influence du temps est


volontairement ignorée. Les dotations factorielles, les conditions de production et les
besoins de consommations sont donnés.

H3 : La Nation est un espace clos et l’existence de frontière s’oppose à la libre


mobilité factorielle.

H4 : Plein emploi des facteurs et concurrence pure et parfaite

H5 : Le coût de production est évalué à partir du travail, seul facteur de production,


mais ce travail est immobile au plan international.

H6 : L’analyse est en terme réel c'est-à-dire le coût est une quantité de travail et le prix
est le rapport des coûts réels.

H7 : Les coûts de transport sont négligés.

Sur la base de ces hypothèses, les classiques vont expliquer les fondements théoriques
du commerce international. Il s’agit de la théorie de l’avantage absolu d’Adam Smith
et la théorie de l’avantage comparatif de David Ricardo.

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II. La théorie de l’avantage absolu d’Adam Smith

Dans son ouvrage Recherches sur la nature et les causes de la Richesse des Nations,
Adam Smith (1776) avait appliqué l’échange international par le principe de la
division du travail considéré comme le fondement (le moteur) de tout progrès
économique.
2.1. Définition

Selon la théorie des avantages absolus d’Adam Smith, chaque nation a intérêt à se
spécialiser dans les productions pour lesquelles il possède un avantage absolu par rapport
aux autres nations et s’approvisionner à l’extérieur à moindre coût dans les productions
dans lesquelles il ne détient aucun avantage.

L’avantage absolu est, en effet, un avantage obtenu, dans l’échange international, par une
nation lorsqu’elle produit à un coût inférieur à celui des nations concurrentes.

Selon lui chaque pays a intérêt à se spécialiser dans les productions où il possède un
avantage absolu en matière de productivité et à acquérir à l’étranger les produits où il
est en infériorité absolue (toujours en matière de productivité).
L’avantage que possède une région sur les autres pour un bien sera donc un avantage
absolu qui fonde les différences des prix d’un même produit d’une région à une autre.
2.2. Exemple numérique
Adam SMITH distingue le Portugal et l’Angleterre, symbolisant l’économie mondiale.
Les deux pays produisent deux biens le drap et le vin. Au Portugal, 50 heures sont
nécessaires pour une produire une unité de vin et 120 heures en Angleterre.

En revanche, 100 heures sont nécessaires pour produire une unité de drap au Portugal
et seulement 40 heures en Angleterre

Biens Portugal Angleterre

Vins 50 jours de travail pour une 120 jours de travail pour une
unité produite unité produite

Draps 100 jours de travail pour une 40 jours de travail pour une
unité produite unité produite

TOTAL 150 jours 160 jours

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En autarcie, l’économie mondiale fera deux unités de drap et deux unités de vin en 160
jours pour l’Angleterre et 150 jours pour le Portugal.

Selon la théorie des avantages absolus, l’Angleterre a l’avantage absolu dans la


production du drap car ce pays a le coût de production le plus bas. Par conséquent, elle
se spécialisera dans la production de ce bien, le produit et l’exporte vars le Portugal.

De même, le Portugal a l’avantage absolu dans la production du vin. Ainsi, il


spécialise, produit et exporte le vin vers l’Angleterre.

Somme toute, avec le commerce international (CI) et la spécialisation, on est capable


de produire 4 unités de draps et 3 unités de vins.

2.3. Implications de la théorie de l’avantage absolu

La théorie de l’absolu présente des avantages et des inconvénients

Les avantages sont ;

- Produire plus de biens et services qu’en autarcie

- Augmentation de la productivité du travail grâce au CI. Comme on produit sur


une échelle plus grande, la division du travail est beaucoup plus importante et la
productivité de l’économie augmente.

La théorie de l’avantage absolu de Smith montre l’intérêt qu’un pays peut trouver en
développant les activités pour lesquelles il dispose d’une plus forte productivité de
travail que ses concurrents.

L’Inconvénient est que :

Un pays dont la productivité serait inférieure dans les deux productions ne pourrait
participer à l’échange international puisqu’il sera conduit ; dans la logique du modèle
d’Adam Smith, à importer tous les biens nécessaires à sa consommation.

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C’est ce problème que David Ricardo saura résoudre en montrant qu’un pays
désavantagé pour les deux biens tire malgré tout un gain de l’échange.

Ricardo nous propose le modèle de l’avantage comparatif qui deviendra une des bases
de la théorie économique.

III. L’avantage comparatif de David Ricardo

Le noyau des théories libérales n’a pas changé depuis le 19e siècle. Il réside toujours
dans les coûts des avantages comparatifs de David Ricardo.

1. Enoncé du modèle ricardien

Dans son ouvrage Principes de l’économie politique et de l’impôt, David Ricardo


(1817) prolonge la thèse de Smith en démontrant que l’échange est souhaitable même
dans des situations où il n’existe pas d’avantage absolu ou dans la situation où tous les
coûts sont supérieurs à ceux des partenaires.

Pays A Pays B

X lXA lXB

Y lYA lYB

Où lXA, lXB, lYA et lYB sont les coûts de production d’une unité des biens X et Y
respectivement dans les pays A et B.

l XA  l XB
Si on dit que le pays A a l’avantage absolu dans la production de X et
lYA  lYB

de Y .

l XA lYA
Si  on dit que le pays A a avantage comparatif dans la production de bien X.
l XB lYB

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Ainsi, de même que le pays A a avantage comparatif dans la production du bien X, le
pays B a nécessairement avantage comparatif dans la production du bien Y.

Dans la logique Rocardienne, le pays A se spécialise dans la production du bien X et


l’exporte vers le pays B. De même, le pays B se spécialise dans la production du bien
Y et l’exporte vers le pays A.

Somme toute, les nations sans avantage absolu doivent se spécialiser dans les
productions pour lesquelles elles connaissent le moindre désavantage c’est-à-dire les
productions dans lesquelles l’écart de coût entre les nations est le plus faible. Un
avantage comparatif est un avantage obtenu, dans l’échange international, par une
nation lorsque, comparativement aux autres biens, son désavantage sur le bien en
termes de coût et de prix de vente est moindre.

Prenons son propre exemple (voir tableau ci-dessous):

Pour fabriquer une unité de vin, le travail de 120 hommes est nécessaire en Angleterre
alors que seulement 80 suffisent au Portugal. Pour fabriquer une unité de drap, le travail de
100 hommes est nécessaire en Angleterre, alors que 90 hommes suffisent au Portugal.

Portugal Angleterre

Vin 80 120

Drap 90 100

Ainsi, lXA =80, lXB=120, lya=90 et lYB=100 sont les coûts de production

- Avantage absolu

Dans la logique de Smith, le Portugal doit produire le vin et le drap, et les exporter
80  120
vers l’Angleterre car
90  100

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- Avantage comparatif ou relatif

l XA 80
  0,66  vin
l XB 120
On a : selon la loi de l’avantage relatif de Ricardo; le
l YA 90
  0,9  drap
lYB 100

Portugal se spécialise dans la production du vin qu’il exporte. L’Angleterre se


spécialise dans la production du drap qu’elle exporte. En effet, on a 0,66  0,9

2. Conséquences de la spécialisation

L’étude de l’échange international classique nous amène à dégager quatre points :

- La division du travail se fonde sur les différences de productivité de travail dans


les différentes productions c'est-à-dire absolu chez Smith et relatif chez
Ricardo ;
- Ces différences de productivité s’expliquent, dans la théorie classique par les
bénéfices tirés de la division du travail :
- La division du travail peut être plus poussée dans l’industrie que dans
l’agriculture ;
- La division du travail permet aux pays à spécialisation industrielle de bénéficier
de progrès technique ultérieur

De manière générale, chez les classiques, l’échange est avantageux pour les pays qui
commercent dès lors que leurs coûts comparés sont différents les uns des autres.
Cependant, ils n’expliquent pas la raison pour laquelle ces coûts peuvent être
différents. De plus, on remarque que les Classiques n’indiquent pas les prix
internationaux auxquels les échanges se font entre pays pour justifier les gains et leur
répartition.

C’est John Stuart Mill qui va préciser la zone d’indétermination ricardienne à l’aide de
la théorie des valeurs internationales.

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IV. Théorie des valeurs internationales ou théorie de la demande
réciproque

La théorie des valeurs a été présentée par J. S. Mill en 1848, mais ne pourra être
formalisée qu’après la mise au point des graphiques en termes de coût d’opportunité.
Mill démontre comment se déterminent les termes de l’échange en fonction d’une part
de la valeur travail propre à chaque économie nationale et d’autre part des courbes
réciproques respectives d’offre et de demande sur le marché international.

En effet, Mill complète l’analyse de Ricardo en précisant la zone d’indétermination


ricardienne par la prise en considération de l’intensité de la demande afin de
déterminer le gain de chaque pays dans le commerce international.

Le problème de Mill est de résoudre la zone d’indétermination de Ricardo entre les


limites 0,88 et 1,20 des termes de l’échange autarciques où vont se fixer les rapports
d’échange international ou le terme de l’échange international.

Prix international
d’équilibre
Vin

P Demande réciproque
A
0,88 anglais

Demande réciproque
portugais
1,20

Drap
O B

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Mill montre que les offres et les demandes sur le marché international ne sont en fait
autre chose que les demandes réciproques. Dès lors, les courbes de demandes
réciproques des deux pays se coupent à l’intérieur de la zone ricardienne et détermine
ainsi le rapport d’échange international. Il découle du point de rencontre des demandes
réciproques la fixation des valeurs échangées des biens entre les deux pays et partant
une incitation à la division internationale du travail. En considérant l’exemple du
Portugal et de l’Angleterre sur le même graphique, on voit que les deux courbes de
demande réciproque se coupent en un point P. la droite OP represente le rapport
d’échange international et ses projections sur les deux axes, les quantités échangées de
vin OA et de drap OB. Selon la théorie des valeurs internationales, le taux d’échange
du pays en autarcie c'est-à-dire l’unité de vin pour 0,88 unité de drap au Portugal et
l’unité de vin pour 1,2 unité de drap en Angleterre constitue la limite en dessous de
laquelle l’un ou l’autre n’accepte pas d’échanger. Pour que le commerce soit
mutuellement avantageux entre les deux pays, le rapport des termes de l’échange
internationaux doit être compris entre les rapports d’échange autarcique c'est-à-dire
Pp  Pi  PA  0,88  Pi  1,20

Conclusion

L’analyse classique explique la spécialisation des pays qui participent au commerce


international. Cependant, cette théorie comporte des limites. Au plan théorique, le
travail ne peut plus être considéré comme un facteur unique car il est toujours associé
au capital technique ou humain. Ces limites conduisent à reformer le principe ricardien
de l’avantage comparatif sous une forme générale qui n’implique pas nécessairement
la théorie de la valeur travail ni la prise en compte d’un seul facteur de production
c'est-à-dire le travail. C’est dans ce cadre que s’inscrit la théorie néoclassique de
l’échange international.

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CHAPITRE 2 : LA THEORIE NEOCLASSIQUE DE L’ECHANGE
INTERNATIONAL

Elle nous propose une nouvelle explication des fondements de l’échange international
à partir d’une critique de la théorie classique sur deux points essentiels.

Pour les néoclassiques, il ne suffit pas d’expliquer la spécialisation internationale par


la loi des coûts comparatifs, mais il faut expliquer l’existence de ces derniers et éviter
de les considérer comme des données. La théorie classique s’accorde mal avec la
théorie des prix des produits et des facteurs de production.

L’analyse néoclassique de l’échange international réside dans l’explication donnée à la


différence des rapports d’échange de deux biens dans chaque pays. Ainsi cette analyse
s’oriente vers deux directions :

- La théorie des coûts d’opportunité de Haberler ;


- La théorie des proportions des facteurs ou le modèle de Heckscher Ohlin.
I. La théorie des coûts d’opportunité

Pour développer la théorie des coûts d’opportunité, Haberler suppose que chaque pays
produit que deux biens X et Y. Tout développement d’une production se réalise au
détriment de l’autre. L’obtention d’une quantité additionnelle de X a pour coût de
substitution ou coût d’opportunité la quantité de Y dont la production doit être
abandonnée. Ainsi, le coût d’opportunité est un coût de renonciation.

Haberler se situe dans le cadre ricardien de deux biens X et Y et deux pays A et B.

CO x A / y A  l Ax / l AY
Dans le pays A, on a :
CO y A / x A  l AY / l AX

CO x B / y B  l BX / l BY
Dans le pays B, on a :
CO y B / x B  l BY / l BX

Selon Haberler, un pays se spécialise dans la production d’un bien dont le coût
d’opportunité est le plus faible. Si le pays A a le coût d’opportunité le plus faible pour

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le bien X, alors il produit et exporte X. De même, si le pays B a le coût d’opportunité
le plus faible pour le bien Y alors il produit et exporte le bien Y.

Ainsi, le coût d’opportunité représente un gain qui va entrainer un emploi alternatif des
ressources propres d’un pays. Les coûts d’opportunité ou de substitution peuvent être
croissants, décroissants ou constants en raison de la spécificité des facteurs et surtout
en raison des rendements croissants, décroissants ou constants. Avec le coût
d’opportunité, les néoclassiques utilisent la notion de frontière de possibilité de
production (FPP) ou courbe de transformation d’un bien X en termes de bien Y qui
indique l’ensemble des possibilités de production que l’on peut réaliser dans un pays.
Les goûts des consommateurs déterminent la famille des courbes d’indifférence
collective qui est forcément tangente à un point de la frontière de possibilité de
production.

B L / Y

L   X X  Y Y

e FPP Si X  0  Y  L /  Y L  dotation totale

Si Y  0  X  L /  X

A L /X X

Le point e est le point optimal pour le pays, compte tenu des possibilités de production
et de consommation en autarcie. On ne peut atteindre un niveau de satisfaction plus
élevé que celui indiqué par la courbe d’indifférence U tangente en e à la FPP. Donc en
autarcie la confrontation de la FPP et de la courbe d’indifférence permet de déterminer
à la fois la quantité produite et consommée ainsi que les prix d’équilibre des deux
biens. Le point e est un point d’équilibre stable qu’une économie n’atteindrait
nécessairement. Dans le cadre du modèle de Haberler, on retient généralement

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l’hypothèse des coûts d’opportunité croissant à rendement décroissant des facteurs ou
des rendements d’échelle décroissants.

A’
P3
X FPP
A
P2
X

X P1

B B’ X

Le point P1 indique que le pays n’utilise pas toutes ses ressources et se trouve en
situation de sous-emploi. Le point P2 traduit une situation de plein emploi des facteurs,
l’ouverture au commerce international peut lui permettre d’accroître sa production
pour l’exportation. Ultérieurement, la hausse de la production ainsi réalisée pourra lui
permettre d’investir et d’accroitre ses capacités de X. le pays arrivera alors au point P3
sur une frontière de possibilité de production plus élevée.

II. Le modèle de Heckscher et Ohlin

Le modèle HO ou la loi des proportions des facteurs se propose d’exprimer l’avantage


comparatif par la différence des dotations des facteurs. Ainsi, HO cherchent à
exprimer l’échange international à partir de l’abondance ou de la rareté des facteurs de
productions dont sont dotés les pays. Leurs analyses furent par la suite formalisées
par Samuelson en 1949. C’est pourquoi, on parle souvent de modèle HO ou Heckscher
Ohlin Samuelson (HOS).

1. Les fondements du modèle HO


a. Différence entre le modèle de H.O et celui de Ricardo

Le modèle HO diffère de celui de Ricardo principalement sur quatre points :

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- Ricardo et HO fondent la spécialisation sur des éléments différents c'est-à-dire
Ricardo sur les coûts comparatifs et H.O sur les dotations en facteurs ;
- La différence porte aussi sur le nombre de facteurs : un seul chez Ricardo, le
travail et deux chez H.O, le travail et le capital ;
- La fonction de production utilisée est différente. Ricardo suppose des facteurs
de production différentes selon le pays pour un même bien, H.O raisonnent sur
l’utilité des fonctions de production pour un même produit ;
- La nature des coûts est différente. Ricardo suppose les coûts moyens constants
donc égaux aux coûts marginaux. H.O considèrent que les rapports des prix
sont déterminés par le rapport de coûts marginaux.
b. Hypothèses du modèle de H.O

Hypothèse 1 : deux fonctions de production, deux produits, deux pays. Les facteurs
sont identiques et homogènes à l’intérieur des deux pays ;

H2 : La technologie est la même dans les deux pays c'est-à-dire que les pays ont la
même fonction de production pour chaque bien.

H3 : La concurrence est parfaite sur le marché des produits et les facteurs.

H4 : Immobilité internationale des facteurs de production

H5 : Mobilité nationale des facteurs travail et capital d’un secteur à un autre.

H6 : les biens diffèrent par l’intensité des facteurs, l’un est insensible en travail et
l’autre en capital. C’est l’hypothèse de l’irréversibilité des intensités factorielles.

H7 : Les facteurs de productions sont substituables dans la production de chacun des


biens.

H8 : La consommation est déterminée dans les deux pays par des fonctions de
préférences identiques.

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2. Les bases de la théorie des dotations des facteurs
a. La notion d’abondance relative des facteurs

Dans le modèle H.O, les différences de dotations des facteurs sont à la source des
avantages comparatifs. H.O distinguent deux notions d’abondance factorielle.

L’abondance absolue : c’est l’abondance en termes de quantité physique de facteurs


de production existant sur le territoire national. Elle peut être mesurée par la taille de la
population active L et le stock de capital K, disponible dans un pays considéré. Le
rapport K/L donne ainsi l’abondance du pays en capital relativement à son abondance
en travail.

Pays K L

I K1 L1

II K2 L2

K1 K 2
Si  , le pays I est relativement abondant en capital par rapport au pays II.
L1 L 2

A l’inverse, le pays II est relativement plus abondant en travail que le pays I.

L’abondance relative en termes de prix des facteurs considère le taux de


rémunération du facteur travail ou taux de salaire w et le taux de rémunération du
capital ou taux d’intérêt r. Ainsi, l’abondance factorielle est alors expliquée par
l’intensité factorielle :

w
- Plus est élevé et plus la rémunération du travail est importante par rapport à
r
celle du capital. Dans ce cas, le travail est rare et alors cher alors que le capital
est abondant et peu cher ;

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w
- Inversement, si le rapport est faible, moins la rémunération du travail est
r
importante par rapport au capital. Dans ce cas, le capital est rare et donc cher
alors que le travail apparait comme abondant et peu cher.

Pays R W

I r1 w1

II r2 w1

w1 w2
Si  le pays I est relativement plus abondant en capital que le pays II. Et le
r1 r 2
pays II est relativement plus abondant en travail que le pays I.

Relation entre les deux notions d’abondance

En fonction de la loi économique simple qui veut que tout ce qui est rare est cher et
que tout ce qui est abondant est bon marché, on peut établir une relation entre
w
l’abondance factorielle K/L et le coût des facteurs tel que les facteurs rares ont un
r
coût élevé et les facteurs abondants un coût faible. La relation est la suivante :
K1 K 2 w1 w2
  
L1 L2 r1 r 2

Si le pays I est relativement abondant en K, celui-ci est bon marché comparativement


au travail et inversement pour le pays II.

b. La notion d’intensité relative des facteurs de production

Selon H.O, chaque nation a avantage à exporter les biens incorporant de façon intensive le
facteur de production dont elle dispose en abondance (capital, travail) et à importer les
biens incorporant de façon intensive le facteur de production dont elle est peu dotée.
L’échange international sera donc indirectement selon H.O un échange de facteurs
abondants contre des facteurs rares.

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3. Les conséquences du modèle H.O
a. Echange et rémunération des facteurs de production (théorème de
Samuelson)

Samuelson montre que Le commerce international permettrait ainsi une tendance à


l’égalisation des prix des facteurs de production dans les différents pays, puisque le facteur
abondant dans un pays sera davantage demandé et verra son prix monter, alors que le
facteur rare, moins demandé, verra son prix baissé.

b. Vérification du théorème de H.O : le paradoxe de Léontieff

Les études de Wassily Leontieff, allaient remettre en cause la théorie de la dotation en


facteur de production.

Léontieff a observé que les USA disposent du facteur capital en abondance et une main
d’œuvre relativement rare.

Ainsi selon la théorie de dotation en facteur de production, les USA, devraient exporter des
biens à forte intensité de capital et importer des biens à forte intensité de travail. Mais c’est
la situation inverse qu’il observe. Les USA exportent des biens à forte intensité de travail
et importent des biens à forte intensité de capital. D’où le paradoxe de Léontieff.

Pour expliquer ce paradoxe, Léontieff fait remarquer que malgré la rareté de la main
d’œuvre américaine, un travailleur américain mieux formé vaut plusieurs travailleurs
étrangers. Il explique cela par une meilleure organisation, l’esprit d’entreprise et un
environnement favorable. Ce sont les trois facteurs aux USA qui agissent dans le sens d’un
accroissement de la productivité du travail et à l’accroissement de l’efficacité du capital.

Par ailleurs, nous pouvons remarquer que la démarche de Léontieff bien que remettant en
cause le modèle H.O a ouvert la voie à de nouvelles formulations de la théorie
néoclassique de l’échange international.

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CHAPITRE 3 : LES NOUVELLES THEORIES DU COMMERCE
INTERNATIONAL

La notion d’avantage comparatif reste au centre des analyses contemporaines des


fondements de l’échange international. Ces dernières à travers de nouvelles
explications ont montré la nécessité de dépasser ces analyses traditionnelles de la
spécialisation international selon Ricardo, Haberler et HO.

I. Les théories néofactorielles et néotechnologiques


A. Les théories néofactorielles

Ces théories restent dans la logique du modèle HO, mais elles prennent en compte plus
de facteurs de production, principalement l’existence du capital humain et donc du
travail qualifié en quantité différente selon les pays.

1. Le capital humain et spécialisation

Cette analyse a été faite par FINDLAY et KIERZKOWSKI (1983) qui identifient le
travail qualifié à l’existence du capital humain à savoir l’aptitude de l’individu à
travailler (compétences et savoir-faire). Ce dernier est le résultat de la combinaison des
facteurs primaires : le capital et le travail non qualifié. L’idée sous-jacente est que les
investissements réalisés dans le système d’éducation transforment le travail non
qualifié en travail qualifié et ajoute ainsi une valeur supplémentaire aux flux de
services du travail. En d’autres termes, le niveau d’éducation est considéré comme
entièrement dû à la quantité de capital investi dans l’éducation par individu. Ainsi, un
pays abondant en capital augmentera la quantité de travail qualifié par rapport à un
partenaire donné.

Par conséquent, selon ces auteurs, le pays relativement abondant en capital exportera
des biens intensifs en travail qualifié et celui qui n’est pas abondant en capital exporte
le produit intensif en travail non qualifié.

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2. Qualification du travail et spécialisation

Keesing (1966) explique les liens entre qualification du travail et les avantages
comparatifs. Selon cet auteur, les différentes catégories de travail (huit catégories : les
scientifiques et ingénieurs, techniciens et dessinateurs industriels, autres cadres,
dirigeants, machinistes, autres travailleurs qualifiés, les employés de bureau, les
travailleurs ou semi-qualifiés) sont autant de facteurs de production et que la
disponibilité en travail qualifié devient un déterminant des caractéristiques des
échanges.

L’auteur suggère alors que le modèle de H.O peut prédire la nature des échanges en se
fondant sur les dotations factorielles à condition que le travail soit lui-même
décomposé en plusieurs sous catégories plus homogènes.

B. La théorie néotechnologique des échanges internationaux

Dans le modèle Ricardien-Mill, l’analyse des échanges est basée sur les différences de
technologie. Cependant, les raisons de ces différences restent très floues. Les analyses
contemporaines vont rester dans la lignée classique, mais vont essayer de mieux
appréhender cette technologie. Elles donnent un rôle prépondérant à l’innovation dans
la genèse des avantages absolus et comparatifs.

1. Théorie de l’écart de technologique

Posnes (1961) explique la notion des écarts internationaux en termes d’évolution


technologique. Selon cet auteur, l’avance technologique d’une firme peut en effet
conférer un nouvel avantage comparatif au pays d’origine de la firme innovatrice.

Le déterminant du commerce international réside alors dans l’écart technologique


entre les pays tels que les pays en avance exportent les biens intensifs en nouvelle
technologique et les autres, des produits banalisés.

21
2. Théorie du cycle de vie du produit

Vernon explique les échanges internationaux par le cycle de vie d’un produit. Selon
l’auteur, le produit peut connaitre quatre phases : la naissance, la croissance, la
maturité et le déclin.

Dans chacune de ces phases, le produit a des caractéristiques de production et de


consommation différentes ; la structure du marché sur lequel il est vendu, évolue
également.

Ventes
Profits

Ventes

Profits

t
Naissance Déclin
Croissance Maturité

Phase 1 : la naissance

Le produit nait dans le pays, origine de la firme innovatrice. La technologie est


sophistiquée. Le pays innovateur a des consommateurs ayant des revenus assez élevés
pour acheter le produit. Le volume des ventes est encore peu important mais le taux de
croissance du marché tend à augmenter.

Phase 2 : la croissance

On assiste à une croissance du produit. La technologie est standardisée, le produit sera


exporté vers les pays développés suiveurs. La firme innovatrice va tenter de prolonger
son monopole temporaire à l’étranger. La part de marché de l’entreprise devient forte.

22
Phase 3 : la maturité

La technologie se banalise, les flux d’échanges internationaux s’inversent c'est-à-dire


le pays innovateur devient importateur du produit et les pays développés imitateurs ou
suiveurs deviennent exportateurs. Les ventes se stabilisent car toute la clientèle
potentielle est touchée. La part de marché est toujours forte. Les bénéfices augmentent
car il n’y a plus d’investissements lourds supplémentaires, lesquels bénéfices devront
permettent de financer le développement des autres produits.

Phase 4 : le déclin

La technologie se banalise. Le pays innovateur et les pays développés suiveurs


deviennent importateurs du produit. Les pays en voie de développement ou la main
d’œuvre est peu qualifiée et moins chère deviennent exportateurs.

II. L’analyse intra-branche


A. La notion d’échange intra-branche

L’échange intra-branche est le commerce croisé de produits similaires de grandeur


comparable. Par exemple, la France produit et exporte ses voitures Renault en
Allemagne et l’Allemagne produit et exporte les voitures Mercedes en France. Ainsi,
dans le cadre de l’échange intra-branche, un pays peut être à la fois exportateur et
importateur de la même catégorie de biens.

B. Les explications de l’échange intra-branche


1. La théorie de la demande représentative

En 1961, Linder prit argument de l’importance des échanges de produits similaires entre
pays développés pour rejeter la théorie de HO et pour tenter d’élaborer une nouvelle
approche. L’auteur voit que les échanges de similitude constituent l’essentiel de l’échange
internationalentre pays à niveau de développement voisin, c’est-à-dire pour lesquels on
n’observe pas de différences significatives dans les dotations en facteurs de production.

Cette approche est en opposition avec la théorie des avantages comparatifs de Ricardo,
selon laquelle chaque pays est spécialisé dans une production différente. Elle s’oppose

23
également à loi des dotations en facteur de production, qui indique que les échanges
s’observent entre pays à dotations complémentaires en facteurs de productions.

2. La théorie de la demande de différence

Lassudriz (1971) développe une approche de l’échange entra-branche en termes de


concurrence monopolistique à l’aide de la théorie de la demande de différence. Pour
l’auteur, le commerce intra-branche apparait comme un échange de produits similaires
mais non identiques c'est-à-dire différenciés. Les voitures françaises ne sont pas les
mêmes que les voitures allemandes, japonaises ou italiennes. Les différenciations sur
les biens à peu près comparables vont permettre aux consommateurs de satisfaire une
demande de différence. Les produits sont identiques mais différences en termes de
qualité ou de goût des consommateurs.

24
CHAPITRE 4 : ANALYSE MARXISTE DU COMMERCE INTERNATIONAL

L’analyse marxiste du commerce international s’inscrit dans une critique de la théorie


des avantages comparatifs ricardiens et de HO en s’attaquant aux fondements des
échanges internationaux mis en relief par les libéraux. Cette critique repose d’une part
sur une analyse traditionnelle et d’autre part sur un prolongement de cette analyse.

I. Les analyses marxistes traditionnelles


A. Le statut du commerce extérieur chez Marx

Marx n’a pas développé une théorie du commerce extérieur. Cependant, on retrouve
chez l’auteur des analyses liées à la compréhension des fondements des échanges
internationaux. Selon Marx, c’est la production qui explique les fondements et la
nature des échanges internationaux entre les Nations. C’est le mode de production
capitaliste qui détermine les conditions de productions. La baisse du taux de profit
dans les pays capitalistes due à la crise doit être caractérisée par la dynamique des
échanges internationaux.

B. La théorie de l’impérialisme

Cette théorie a été élaborée par les auteurs marxistes ou socio-démocrates tels que
HILFERDING (1910), LUXEMBOURG (1913), BOUKHARDINE (1917),
LENINE (1917) à partir de l’œuvre de HOBSON (1902).Selon ces auteurs,
L’impérialisme est lié à l’évolution du capitalisme. L’exploitation des pays pauvres
devient nécessaire à sa survie.

En effet, le capitalisme a constamment besoin de nouveaux débouchés à l’extérieur


pour rétablir ses profits.

1. La recherche des débouchés extérieurs

Le capitalisme confronté à des crises de surproduction trouve des débouchés extérieurs


dans les pays neufs (pays en développement). Par conséquent, C’est l’exportation des
produits manufacturés qui devient le fondement de l’impérialisme. Cette thèse est
développée par Luxembourg qui ajoute que ces débouchés préalables constituent un

25
stimulant indispensable. En réalité, Marx puis Keynes ont montré que les débouchés
peuvent être trouvés à l’intérieur de la demande de biens d’investissement même dans
l’hypothèse de la sous-consommation. Le capitalisme peut donc croitre en théorie en
l’absence de débouchés extérieurs. Mais comme l’équilibre n’est pas assuré, ceux-ci
ont un rôle important pour éviter les crises récurrentes de surproduction.

2. Le rétablissement du taux de profit

Selon l’analyse marxiste, il existe une baisse tendancielle du taux de profit dans les
pays développés. Les échanges avec les pays pauvres vont permettre de contrecarrer
cette baisse principalement grâce à l’importation de matières premières à bas prix.
Cette importation permet de réduire les coûts de production.

Ces auteurs poursuivent leur raisonnement en montrant que l’importation des denrées
agricoles bon marché permettra de maintenir les salaires faibles donc des profits
élevés. Les pays capitalistes drainent ainsi l’essentiel des ressources de la planète pour
leur consommation se livrant au pillage du tiers-monde. Ensuite, la baisse du taux de
profit est compensée par le surprofit réalisé dans les pays pauvres où l’exploitation de
la main d’œuvre est très forte du fait de l’écart considérable des salaires. Selon Lénine,
ceci correspond à la phase de capitalisme de monopole qui se caractérise surtout par
l’exploitation de capitaux dans les pays pauvres.

II. Prolongement des analyses marxistes

Les auteurs postmarxistes mettent en relief des théories du développement bloqué dans
la périphérie. Plusieurs courants peuvent être distingués.

A. Les théories indépendantistes

Ces théories se réfèrent aux courants structuralistes représentés par Prébisch qui
considèrent que le commerce international notamment entre les pays développés
(pays du centre) et pays en développement (pays périphériques) entraine une
détérioration des termes de l’échange en faveur des pays développés. Selon ces auteurs
indépendantistes comme FURTADO, BARDOSO, le commerce international accroit

26
la dépendance des PVD et limite leur développement car leur surplus est transféré à
l’extérieur à savoir vers les pays développés. Ce transfert se fait par des étapes
successives engendrant une exploitation des pays du tiers-monde.

B. La théorie de l’échange inégal

Cette théorie a été développée par EMMANUEL en 1969. Selon cet auteur,
l’échange inégal à l’origine de l’inégalité croissante des Nations est l’échange de biens
qui incorpore des quantités de travail différentes. Ainsi quand un bien des pays
développés capitalistes s’échange contre un bien des PVD (périphérie), le premier
incorpore une heure de travail, la seconde incorpore dix heures du fait des énormes
différences de salaire. On suppose que l’échange se fait au prix du marché. Ici, le
travail donne sa valeur aux marchandises. Le premier bien s’échange contre un bien
qui a plus de valeur que lui.

Emmanuel s’oppose à la mobilité internationale du capital et l’immobilité


internationale du travail. Cette immobilité du travail explique la différenciation des
salaires entre le centre (Pays développés) et la périphérie (PVD). Ainsi, pour cet
auteur, il s’opère un transfert grâce au commerce international des valeurs des pays
pauvres vers les pays capitalistes développés sous forme de surprofit et de sursalaire.

C. L’accumulation à l’échelle mondiale

Cette thèse a été développée par Samir Amin (1970). L’auteur reprend l’opposition
Centre-Périphérie de Prebisch pour présenter une vision globale du système capitaliste.
Selon Amin, on peut comprendre le sous-développement qu’en le situant dans
l’analyse à l’échelle mondiale. Les inégalités s’accroissent entre les nations du fait de
l’expansion du capitalisme.

A la suite de Marx et de Keynes, Samir Amin établit en effet une relation dialectique
entre le secteur de biens d’équipement (secteur 1) et du secteur de consommation de
masse (secteur II). En effet, les pays capitalistes se sont développés de façon autonome
sur la base de cette articulation (secteur 1, secteur2) et donc sur la base de leur propre
marché intérieur. La production de biens d’équipement y sert de production de biens

27
de consommation de masse dans les PVD. L’articulation fondamentale se fait entre le
secteur III (secteur d’exportation) et le secteur IV (biens de consommation de luxe).
Pour Amin, le capitalisme a été introduit de l’extérieur et placé sur un système
précapitalisme donc l’accumulation est extravertie. Les PVD sont dépendants et
extravertis parce que leurs recettes d’exportation servent à financer les biens de
consommation de luxe au profit des classes parasites et minoritaires.

De cette analyse marxiste de l’échange international, nous retenons que les théories
classiques et néoclassiques présentent des limitent. L’apport marxiste du commerce
international est de montrer que cet échange conduit à des inégalités croissantes entre
les nations.

28
CHAPITRE 5 : LES POLITIQUES DU COMMERCE INTERNATIONAL

On peut définir la politique commerciale comme l’ensemble des moyens qu’un pays met
en œuvre pour que les échanges avec l’extérieur contribuent à son bien-être. L’analyse des
coûts et avantages du commerce international pour chaque pays participant, explique
l’existence des politiques commerciales très différentes allant du protectionnisme au libre-
échange.

I.Le protectionnisme
1.1. Définition

Le protectionnisme est une politique qui consiste à limiter l’entrée sur le territoire national
des biens et services en provenance de l’étranger.

1.2. Les différentes formes du protectionnisme

On distingue les mesures tarifaires et mesure non tarifaires.

1.2.1. Les mesure (ou barrières) tarifaires ou les droits de douanes

Les barrières tarifaires représentent les droits de douanes que doivent acquitter les agents
économiques étrangers qui souhaitent vendre un bien ou un service sur le marché national.
Deux types de droits de douane sont à distinguer :

 Les droits de douane spécifiques : ce sont des taxes levées sous forme d’un
montant fixe par unité de bien importé.
Exemple : 3$ par baril de pétrole
 Les droits de douane ad valorem ou tarif nominal : ce sont des taxes imposées
sur les importations en pourcentage de leur valeur.
 Exemple : 44% sur l’importation de véhicules
1.2.2. Les mesures (ou barrières) non tarifaires :
Les barrières non tarifaires constituent la forme la plus répandue du protectionnisme
contemporain et se distingue des droits de douane par le fait qu'il est plus ciblé, plus
diffus (moins clairement visible) et qu'il peut prendre un grand nombre de formes :

29
 Des prohibitions : ce sont des interdictions d’entrée ou de sortie de marchandises.
Elles ont toujours existé, pour des raisons sanitaires ou morales, pour l’importation de
certains produits (stupéfiants, alcools dans certains pays islamiques).
 Des contingentements ou quota : ce sont des limitations quantitatives des
importations. Il existe deux principaux types de contingentement :
 Le contingentement tarifaire : un tarif douanier normal est appliqué à une certaine
quantité d’importations. Au-delà, des droits élevés sont prélevés.
 Le contingentement unilatéral : il indique le volume maximal des importations
pour une période donnée.

 Les règlementations protectives sont des normes techniques de sécurité, des


normes sanitaires et des normes de qualité qui doivent être respectées par les biens et
services importés dans le souci de garantir la sécurité des consommateurs et permettent en
fait, de fermer le marché national à certaines productions étrangères.

 Les subventions et exonérations fiscales sont des faveurs accordées aux


entreprises nationales, rendant leurs produits compétitifs par rapports aux produits
importés et limitant les importations.

 Le dumping est la pratique qui consiste à vendre moins cher à l’étranger que sur
son propre territoire. Les entreprises peuvent ainsi récupérer sur leur territoire national les
pertes qu’elles ferraient éventuellement à l’étranger.

 Les clauses de sauvegarde qui autorisent les pays à se protéger en cas de difficultés
de la balance de paiements.

1.3. Les conséquences du protectionnisme

L’analyse des effets du protectionnisme sur l’activité économique d’un pays se fait à la fois
sur les principaux agents économiques à savoir les producteurs, les consommateurs, les
administrations ainsi que sur le bien-être social. Globalement, le protectionnisme présente
à la fois des avantages et des inconvénients.

30
1.3.1. Les avantages

Les principaux avantages du protectionnisme sont :

 La protection de l’économie nationale contre la concurrence étrangère.

 La protection de l’emploi.

 La lutte contre le chômage.

 Amélioration de la balance commerciale, car les exportations seront supérieures aux


importations.

 La perception par l’Etat de recettes douanières.

 La réduction de la dépendance étrangère.

1.3.2. Les inconvénients

Les effets négatifs du protectionnisme sont entre autre :

 La limitation des choix des consommateurs par rapport aux produits demandés.
 La perte de compétitivité des entreprises locales due à une absence de la
concurrence étrangère.
 Les mesures de représailles contre les produits nationaux par les autres pays.
 L’absence de développement des industries nationales.
 La vie en autarcie car le protectionnisme pourrait conduire à une situation où le pays
vivra sans échange avec l’extérieur.
 Le retard pour l’introduction de nouvelles technologies.
 Risque d’inflation
II.Le libre-échange
2.1. Définition

Le libre-échange est une politique des échanges extérieurs qui instaure la libre circulation
des marchandises, des capitaux et des personnes entre les pays.

2.2. Les caractéristiques du libre-échange

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Le libre-échange se distingue du protectionnisme car avec le libre-échange, on assiste à :

 L’élimination des frontières : libre entrée et libre sortie des marchandises, des
capitaux et des personnes.
 L’élimination des barrières tarifaires : absence de droits de douane.
 L’élimination des barrières non tarifaires : absence de contingentement, de
prohibition, de règlementation.
2.3. Les conséquences du libre-échange

Il s’agit des avantages et des inconvénients du libre-échange

2.3.1. Les avantages du libre-échange

Les avantages du libre-échange sont entre autres :

 La spécialisation internationale des pays car chaque pays se consacre aux


productions pour lesquelles il est le plus efficace.
 Le développement des débouchés pour les produits nationaux.
 La réalisation des économies d’échelle.
 L’amélioration de la croissance économique des pays pratiquant le libre-échange.
 La limitation de l’inflation car l’excès de la demande intérieure est satisfaite par les
importations.
 La coopération entre les peuples et l’entente internationale.
2.3.2. Les inconvénients du libre-échange

Ce sont :

 La disparition des entreprises non compétitives.


 L’annulation des recettes douanières nécessaires au financement du développement
des pays en voie de développement.
 La fuite des capitaux attirés par des taux d’intérêts élevés à l’extérieur.
 L’inondation des marchés nationaux par les produits étrangers à bas prix, ne
respectant pas les normes de qualité et de sécurité.

32
33
Commerce internationale : Licence 3

Chargé du cours : Dr. H. ABBE


TD 1 (Chapitre 1)
I. Questions de cours de cours
1. La théorie de la valeur chez les classiques
2. Les hypothèses explicatives de la spécialisation internationale chez les classiques
3. Définir l’avantage absolu et l’avantage comparatif

II. Exercice
Le Burkina Faso et le Mali produisent le mil et le coton dont les coûts de production, en
heures de main d’œuvre pour une tonne, sont dans le tableau ci-dessous.
Biens Burkina Faso Mali

Mil 30 120

Coton 60 70

1. Déterminer la structure de production et du commerce du Burkina Faso et du Mali


selon :
a) Le principe de l’avantage absolu
b) Le principe de l’avantage comparatif
2. Le commerce est-il viable si le terme de l’échange sur le marché international est égal
à:
a) 2
b) 0,2

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TD 2 (chapitre 2)
Exercice 1
Le Burkina Faso et le Mali produisent le mil et le coton dont les coûts de production, en
termes de main d’œuvre pour une tonne, sont dans le tableau ci-dessous.

Biens Burkina Faso Mali

Mil 30 120

Coton 60 70

1) Calculer le coût d’opportunité du mil en termes de coton et du coton en termes de mil.


2) Existe-t-il une différence entre coût d’opportunité et avantage comparatif ?
3) Le commerce est-il viable si le terme de l’échange sur le marché international est
successivement égal à 2 et 0,2 ?
4) Les dotations en heures de travail du Burkina Faso et du Mali sont respectivement
15000 h et 21000 h. Construire la frontière des possibilités de production (FPP) de
chaque pays, puis celle du monde.

Exercice 2
Le tableau ci-dessous indique le nombre d’unités de deux biens X et Y par heure de travail
en Côte d’Ivoire et en France :

Pays X Mali

France 40 20

Côte d’Ivoire 8 40

Travail à faire :
Quel pays a avantage comparatif à produire X ?

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Bibliographie

Mucchielli Jean-Louis. (1989), Principes d’économie internationale, Economica.


Haberler Gottfried (1981),
Mill John Stuart (1844), Elements of political economy, 3ème edition, Londres, Baldwin

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