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§887 - Le futur simple.

R1
a) Valeur générale. Le futur simple marque un fait à venir par rapport au moment de la parole :
Car la jeunesse de cinquième est terrible. L’année prochaine, elle ira en quatrième, rue Caumartin, méprisera la rue d’Amsterdam, jouera
un rôle et quittera le sac (la serviette) pour quatre livres noués par une sangle et un carré de tapis (Cocteau, Enfants terribles, Sel., p. 5).
Il s’agit d’un moment futur, mais très proche : Cela fera 900 francs pour Madame, disent les commerçants ; — d’une période commençant
au moment où l’on parle : Il faut étudier ce que j’appellerai tout le contexte géographique, ajouta-t-il en riant. (Et en effet, il fut si content de
cette expression que, dans la suite, chaque fois qu’il l’employa, même des mois après, il eut toujours le même rire.) (Proust, Rech., t. II, p.
110.) R2
b) Emplois particuliers .
1° Le futur simple peut s’employer dans une phrase de valeur injonctive, ce qui est logique puisqu’il s’agit d’une action à accomplir, même si
le délai est réduit :
Vous ferez tenir cette lettre à monsieur X. Vous voudrez bien m’excuser, je vous prie. — Le bien d’autrui tu ne prendras (version
traditionnelle du Décalogue). — T u sauras [= sache] seulement que j’ai réussi dans mon entreprise (Musset, Lorenz., III, 3). — Les actes de
l’état civil seront inscrits , dans chaque commune, sur un ou plusieurs registres tenus doubles ( Code civil, art. 40). — Tu es Simon, fils de
Jean ; tu t’appelleras Céphas ( Bible de Maredsous, Évang. Jean, I, 42).
2° Le futur simple peut s’employer au lieu de l’indicatif présent, par politesse, pour atténuer :
Je vous avouerai que ce procédé m’a choqué (Stendhal, Chartr., xxv ). — Je vous demanderai une bienveillante attention.
3° Avoir et être s’emploient au futur simple, dans la langue familière, pour exprimer l’explication probable d’un fait présent :
Pour qui donc a-t-on sonné la cloche des morts ? Ah ! mon Dieu, ce sera pour M me Rousseau ( Proust, Rech., t. I, p. 55). — Notre ami
est absent ; il aura encore sa migraine.
L’avenir est le domaine de l’incertain, de ce qui reste simplement probable. On comprend qu’un temps verbal chargé d’exprimer les faits à
venir en arrive à exprimer la probabilité, même dans le présent. Comp. §§ 888, b, 1° ; 889, a, 2° ; 890, b.
4° Dans les exposés historiques, on peut employer le futur simple pour énoncer un fait futur par rapport aux événements passés que l’on
vient de raconter (notamment quand ceux-ci sont exprimés par le présent historique) :
L’empereur pleure de la souffrance / D’avoir perdu ses preux […] / et surtout de songer, lui, vainqueur des Espagnes / Qu’on fera des
chansons dans toutes ces montagnes (Hugo, Lég., X, 3). — Son œuvre aura peu d’échos et il ne vendra qu’une seule toile de son vivant
(Grand dict. enc. Lar., art. Van Gogh ).
c) Des grammairiens ont prétendu qu’espérer , puisqu’il suppose « un bien […] que l’on croit qui arrivera » (Ac. 1932), ne peut être suivi
que d’un temps marquant la postériorité ; ils ont donc condamné espérer avec le présent ou le passé. L’usage des auteurs n’en tient pas
compte. En fait, espérer , ainsi construit, prend l’acception de « aimer à croire, souhaiter », ce que l’Ac. , longtemps plus sévère que Littré, a
enfin accueilli depuis 1993. H1
J’espère qu’il travaille (Littré). — J’avais espéré qu’il travaillait (id. ). — J’espère qu’il se repent (Hugo, Théâtre en lib., Épée, i ). —
J’espérai que c’était la voiture d’une cantinière (Vigny, Serv. et gr. mil., I, 4). — Justin espérait que l’on ne connaissait pas les causes de cette
hostilité (Arland, Ordre, t. III, p. 143). — Alors il osa lever les yeux […] espérant que peut-être il avait réussi à changer l’aspect de cette pièce
(Hermant, Aube ardente, xiv ). — J’espère de tout mon cœur qu’il ne se flattait pas d’abuser par là les curieux (Valéry, Variété, Pl., p. 567). —
Lorsque vous vous trouvez devant un guichet, au bureau de poste, j’espère que vous ne discutez jamais avec le préposé (Bernanos, Grands
cimet. sous la lune, Pl., p. 388). — Nous espérons que notre société […] a pu répondre aux vœux des fondateurs (P. Gardette, dans Revue de
linguist. rom., juillet-déc. 1971, p. 444). — J’espère que personne ne vous a vu venir (Ac. 2000). A R3

Par contre, on a un usage régional (« méridional surtout », d’après Thérive, op. cit. , p. 93) dans l’emploi d’espérer dans le sens «
constater avec plaisir » : °Oh ! le beau petit garçon. J’espère qu’il a poussé depuis les vacances ! (Dans Thérive.) — ° Eh bien ! j’espère que
vous en aviez des choses à vous dire… / – Qu’est-ce que tu veux ! On ne s’était pas vues depuis longtemps (Tr. Bernard, cit. Ph. Baiwir, dans
le Soir, 24 nov. 1959) ; — ou de « constater avec déplaisir » : J’espère qu’il y a de drôles de mondes, quand même ! (Vincenot, cité par J.
Robez-Ferraris, Richesses du lexique d’H. Vincenot, p. 128.)
On observe, dans la langue familière de diverses régions, un phénomène analogue pour promettre , pris dans le sens d’« assurer, garantir
». H2 Les auteurs font ainsi parler leurs personnages : Ce qui se passe ? Ah ! ben, je vous promets que c’est rigolo (J. Lemaitre, Flipote, II,
9). — Je te promets que cette partie de mon roman n’engendre pas la mélancolie (Duhamel, Cécile parmi nous, p. 101). — Je te promets,
maman, que j’ai vu un grand diable vert (Troyat, Grive, p. 50). — Et moi je vous promets que l’automne dernier ce démon a vendu pour cidre
de pommes trente pièces de poiré au curé de Hautcourt (Dhôtel, Plateau de Mazagran, Guilde du Livre, p. 140). — Elle me promettait qu’elle
ne faisait rien de mal ( Proust, Rech., t. III, p. 539). R4

A
Tirés de dialogues : Proust, Rech., t. II, p. 680 ; Duhamel, Suzanne et les jeunes hommes, p. 98 ; Green, Léviathan, p. 184 ; Mauriac,
Chemins de la mer, p. 257 ; Schlumberger, Saint-Saturnin, p. 37 ; etc.

H1
L’emploi d’espérer avec un présent ou un passé n’est pas récent : + On ouvre aisément son cœur à la joie et à la confiance d’espérer que
ceux que l’on aime se portent bien quand ils le disent (Sév., 13 sept. 1677).Girault-Duvivier, cite déjà, en les blâmant, Malebranche et Sév.

H2
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Ce sens de promettre remonte au Moyen Âge : C’est un tresbon drap de Rouen, / je vous prometz (Pathelin, 193). — Il a été blâmé au xvii e
s. Notons cependant : Je vous promets que ce qu’il m’a dit ne m’a point du tout offensée ( Mol., Av., III, 7). — Je vous promets que ces
petits talens, dont on ne fait aucun cas chez nous, servent bien ici ceux qui sont assez heureux pour les avoir (Montesq., L. pers., lxxxii ).

R1
Le futur est fortement concurrencé, surtout dans la langue parlée, soit par le présent (§ 880, b, 1°) , soit par des périphrases au moyen de
semi-auxiliaires : aller principalement (§ 820) , mais aussi devoir, vouloir , etc. (§ 821) .

R2
Après dès que, aussitôt que, sitôt que , on peut avoir le futur antérieur ou le futur simple : § 1137, a, 2° .

R3
On trouve aussi espérer avec un infin. passé : J’espère l’avoir fait ici (Thérive, Querelles de lang., t. I, p. 1). — J’espère avoir été clair ( Ac.
2000).

R4
Notons cet ex., inattendu chez un tel auteur (on a un subj., mais il s’agit de faits simultanés) : J’ai vu que, si nous faisons beaucoup de
fautes qu’ils [= les auteurs du xvii e et du xviii e s.] ne faisaient point, ils en faisaient aussi que nous ne faisons plus. Je ne vous promets pas
que la balance soit exacte (Hermant, Xavier, p. 50).

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