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L’ENCADREMENT JURIDIQUE DU TRAVAIL DOMESTIQUE AU

CAMEROUN : INCONSISTANCE ET PERSPECTIVE

Par

Francis Ampère SIMO KOUAM


Docteur/Ph. D en Droit (spécialité : Droits Fondamentaux)
FSJP
Université de Yaoundé II - Cameroun

Le domestique1 ou employé de maison est tout travailleur embauché au service du foyer


et occupé d’une façon continue aux travaux de la maison. Selon la réglementation
camerounaise, le personnel embauché pour une durée réduite ne dépassant pas vingt
heures par semaine n’est pas considéré comme travailleur domestique. Il reste toutefois
régi par les seules stipulations des parties, à condition que soient respectées les
dispositions légales et réglementaires en vigueur.
De fait, le travail domestique est celui effectué non pas à l’usine ou au bureau, mais au
domicile d’un particulier. Les salariés d e c e t t e c a t é g o r i e s o c i o p r o f e s s i o n n e l l e
ne sont e n g é n é r a l pas des hommes soutiens de famille mais, dans l’immense majorité
des cas, des femmes et des enfants. Ils ne travaillent pas avec d’autres, mais seuls entre
quatre murs. Leur travail n’a pas pour but de produire une valeur ajoutée mais de
fournir des soins ou des services à des millions de ménages.
Cette profession est l’une des plus anciennes impliquant pour l’essentiel des millions
de femmes dans le monde. Elle est enracinée dans l’histoire mondiale de l’esclavage, du
colonialisme et d’autres formes de servitude.
Dans la société moderne, les soins et services à domicile sont indispensables pour le
bon fonctionnement de l’économie hors ménage. La demande de ces services ne
cesse d’augmenter partout depuis de nombreuses années, sous l’effet de l’intégration
massive des femmes dans la population active, du vieillissement des sociétés, de
l’intensification du travail et de l’insuffisance, voire de l’absence de mesures
permettant de concilier travail et responsabilités familiales.
Le travail domestique correspond ains i, le plus souvent, aux tâches non rémunérées
qui sont exécutées traditionnellement par les femmes chez elles. Cela semble
expliquer pourquoi ce travail est pécuniairement sous-évalué et qu’il est souvent effectué
de manière informelle et en situation irrégulière. Il n’est pas souvent perçu comme un
emploi normal s’inscrivant dans le cadre général de la législation du travail, alors
même que son origine remonte à la relation «maître-serviteur».
Entre les 19ème et 20ème siècles, une première professionnalisation du travail
domestique n’a pas permis d’éliminer les ambiguïtés relatives à sa définition, cela
résultait du fait que le travail domestique n’était pas considéré comme un vrai travail
effectué par un vrai travailleur mais plutôt comme un service rendu par un membre de
la famille (principe évoqué par les actuels « partisans » de l’esclavage domestique qui
accueillent comme un membre de leur famille celui/celle qu’ils asservissent).
Au fur et à mesure que les mentalités ont évolué, le travail domestique a été reconnu
comme un vrai travail méritant salaire.

1Voirle décret n° 68/DF/253 du 10 juillet 1968 fixant les conditions générales d’emploi des domestiques et
employés de maison au Cameroun.

1
Seulement, il est à regretter qu’aujourd’hui beaucoup de dispositions légales ne tiennent
pas compte de la spécificité de la relation de travail domestique ; et quand ce travail est
régulé comme c’est le cas au Cameroun, cette régulation semble incomplète notamment en
ce qui concerne la sécurité sociale. Ce qui expose les travailleurs à un traitement
inéquitable, injuste et souvent abusif.
Les travailleurs domestiques sont ainsi parmi les plus exploités et les plus maltraités au
monde. Majoritairement, mais pas exclusivement féminine, cette main d’œuvre est pour
l’essentiel confrontée à des conditions de travail éloignées des normes internationales,
notamment à des salaires bas et payés de façon irrégulière, à des heures de travail
excessivement longues, à l’absence de périodes de repos, et à l’exclusion de protection
sociale comme la sécurité sociale ou encore les congés de maternité.
Ces travailleurs, parfois, subissent des maltraitances physiques, psychologiques et
sexuelles, des privations de nourriture, la réclusion forcée et la traite vers le travail forcé.
Ces risques sont augmentés en raison de l’isolement des travailleurs domestiques, du
déséquilibre de pouvoir entre l'employeur et eux, du manque d'information ou de
l'incapacité à trouver de l'aide, et des pressions financières et des dettes, motifs pour
lesquels ils ont peur de perdre leur emploi.
Le risque d’abus est encore plus élevé pour les enfants travailleurs domestiques qui
constituent une part importante des travailleurs de ce secteur. L’OIT estime qu’il y plus
de filles de moins de seize ans dans les services domestiques que dans n’importe quelle
autre catégorie de travail des enfants. Leur jeune âge, l’isolement et la séparation d’avec
leurs familles et des enfants de leur génération, et une dépendance quasi-totale envers
leurs employeurs exacerbent leur vulnérabilité. L’OIT a ainsi relevé en 1989 que « les
jeunes qui travaillent comme domestiques sont probablement les enfants les plus vulnérables et
les plus exploités de tous 2».
Ce que l’on peut retenir c’est que le travail domestique q u i est exécuté principalement
par des enfants et des femmes e s t peu réglementé, sous-payé et ne génère pas une
protection réelle au bénéfice des employés. Ce qui contraste avec le besoin de sécurité qui
est inné chez l’homme. Cela est d’autant plus préoccupant qu’aujourd’hui, les
travailleurs domestiques représentent une large proportion de la main-d’œuvre, et leurs
effectifs augmentent sans cesse. Conscient de ce que tous les cas de mauvais
traitements et d’abus, dont sont victimes ces travailleurs, le plus souvent logés
chez l’employeur3 ne peuvent pas être dénoncés, l’urgence d’une action visant à combler
ce déficit est donc indispensable.
En effet, « du berceau au tombeau », l’homme a toujours sollicité une protection contre les
risques sociaux et professionnels qu’il rencontre4.
Au Cameroun, le travail domestique est d’un apport certain sur le plan économique5. Il a
par conséquent bénéficié d’un intérêt particulier de la part des gouvernants depuis 1968.

2 HUMAN RIGHTS WATCH et ANTI-SLAVERY INTERNATIONAL, Un travail décent pour les


travailleurs domestiques : Recommandations pour les membres de l’OIT relatives au Rapport sur la
législation et la pratique et au Questionnaire, www.hrw.org et www.antislavery.org, Juin 2009.
3 HUMAN RIGHTS WATCH dans un rapport publié indique que les principaux abus dont ils sont victimes

incluent : des abus physiques et sexuels, la séquestration, le non-paiement de leurs salaires, la privation de
nourriture et de soins médicaux, des heures de travail excessivement longues sans journée de repos.
/www.hrw.org/en/reports/2006/07/27/swept-under-rug.
4 BOUDAHRAIN (A.), « Situation et devenir des systèmes de protection sociale dans certains pays en voie de

développement », Revue juridique africaine n°1, PUC, 1990, P. 37.


5 PASLEAU (S.) et SCHOPP (I.), « Le travail domestique et l’économie informelle », Université de Liège –

LABORESI, ftp://ftp.cordis.europa.eu/pub/.../conf_work_pasleau.pdf (septembre 2010).

2
En effet, le décret n° 68/DF/253 du 10 juillet 1968 modifié par le décret n°76/162 du 22
avril 1976 fixe les conditions générales d’emploi des domestiques et employés de maison.
De même, conformément à la classification professionnelle nationale type, le travail
domestique q u i s’effectue au sein de la sphère domestique, celle de la famille ou, pour
reprendre l’expression consacrée par les économistes, des ménages, relève en grande
partie de la première catégorie relative aux travailleurs à qui sont confiés des
travaux élémentaires n’exigeant ni connaissances professionnelles ni
adaptation 6.
Cette catégorie de travailleur n’a été longtemps envisagée par les économistes que
du point de vue de la consommation, et ce n’est que depuis un certain temps qu’il l’est
du point de vue de la production7. C’est ce qui semble justifier sa répartition en huit
catégories au Cameroun8. Cette activité est également prise en considération par les
normes internationales dont le Cameroun est partie.
En effet, sur le plan international, améliorer le sort des travailleurs domestiques figure,
depuis sa création, parmi les préoccupations de l’OIT qui, dès 1948, adoptait une
résolution concernant les conditions de travail des gens de maison9. En 1965, elle
adoptait une résolution préconisant une action normative dans ce domaine10, alors qu’en
1970 paraissait la première étude sur la situation des travailleurs domestiques dans le
monde11.
En élaborant une norme préc ise sur le travail décent pour les travailleurs
domestiques, l’OIT fera bien plus que simplement identifier les cas de non-respect, elle
apportera des orientations précises et constructives sur la façon de réglementer
effectivement une catégorie de travailleurs qui a singulièrement besoin de soutien. Ce
qui pourrait générer de la part de cette catégorie de travailleurs respect, protection et
visibilité.
Quoi qu’il en soit, malgré la prise en considération par les gouvernants du travail
domestique, la question lancinante qui se pose est celle de savoir si le travail de cette
catégorie socio professionnelle est apprécié à sa juste valeur et, surtout, si les travailleurs de
ce secteur bénéficient de la même protection que tous les autres travailleurs ?
La réponse à cette question nous amène à envisager la consécration par le droit
camerounais de cette catégorie socio professionnelle (I) et la protection devant résulter de
cette objectivation (II).

I. L’INCOMPLETE OBJECTIVATION DU TRAVAIL DOMESTIQUE


DANS L’ORDRE JURIDIQUE CAMEROUNAIS

Nous envisagerons successivement la consécration du travail domestique en droit interne


(A) et en droit international (B).

6 POUGOUE (P-G.), Droit du travail et de la prévoyance sociale au Cameroun, Tome1, PUC, 1988, P.133.
7 MOZERE (L.), Travail au noir, informalité: liberté ou sujétion ?, Paris, 1999.
8 Voir article 4 du décret n° 68/DF/253 du 10 juillet 1968 fixant les conditions générales d’emploi des

domestiques et employés de maison, modifié par le décret n°76/162 du 22 avril 1976.


9 BIT: Compte rendu des travaux, CIT, 31e session, 1948, annexe XVIII, résolution adoptée par la
Conférence, p. 572.
10 BIT : Bulletin officiel (Genève), juillet 1965, supplément I, PP. 21-22.
11 BIT, « Les conditions d’emploi et de travail des employés dans les ménages privés : une enquête du BIT »,

Revue internationale du Travail, oct. 1970, PP. 429-441.

3
A. La consécration en droit interne

Trois principaux textes permettent de présumer que l’ordre juridique camerounais


consacre le travail domestique. Ce sont : la loi fondamentale, le Code du travail et enfin le
décret fixant les conditions de l’emploi domestique.

1. La présomption de constitutionnalisation du travail domestique

La loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 qui a modifié la Constitution du 2 juin 1972


prend en compte les droits de l’homme dans son préambule. Et selon l’article 65 de cette
loi, « le préambule fait partie intégrante de la Constitution ». Cette révision constitutionnelle
est alors fortement marquée dans ses grandes lignes par l’intégration des droits de
l’Homme au bloc de constitutionnalité. En atteste, la constitutionnalité clairement
affirmée du préambule et des principes fondamentaux qui y figurent12.
Ce texte renferment et protègent les trois générations des droits de l’Homme13 ainsi que la
promotion des droits collectifs. Ces droits constitutionnalisés deviennent des droits
fondamentaux14. Bien plus, le droit au travail qui est un élément des droits économiques et
sociaux est explicitement visé dans le préambule qui dispose : « Tout homme a le droit et le
devoir de travailler ». Et l’Etat garantit à tous les citoyens de l’un et l’autre sexe ce droit.
Le manque de précision sur la nature du travail en question laisse transparaitre que le
travail domestique est aussi pris en compte par la Constitution. Dans la foulée de la
Constitution, la loi n°92 – 007 du 14 août 1992 portant Code du travail au Cameroun
consacre en droit interne le travail domestique.

2. La prise en compte par le Code du travail

La définition que donne le législateur camerounais de la notion de travailleur dans le Code


du travail est générale. Ce qui suppose qu’elle prend en compte, à la fois, les travailleurs
en entreprise et les travailleurs domestiques. Dans cette optique, l’alinéa 1 de l’article 1 du
Code du travail dispose : la présente loi régit les rapports de travail entre les travailleurs

12 Léopold DONFACK SOKENG, « Existe t-il une identité démocratique Camerounaise ? La spécificité
camerounaise à l’épreuve de l’universalité des droits fondamentaux ». Université de Douala / Grap.
www.cean.u-bordeaux.fr/polis/vol1ns/article3.html mise en ligne le 18/03 / 2002.
13 Les catégories et générations des droits de l’Homme sont :

1) Les droits civils et politiques ( droits de la 1ère génération) : droit à l’intégrité de la personne humaine-
droit à la vie – droit à la liberté d’aller et venir – droit à la liberté de conscience, d’opinion et de religion-
droit à la liberté d’information et d’expression – droit à la libre participation à la direction des affaires
publiques.
2) Les droits économiques, sociaux et culturels (droits de la seconde génération) : droit au travail- droit à la
santé- droit à l’éducation- protection de la famille et de certaines catégories de personnes.
3) Les droits de solidarité (droits de la 3ème génération) : droit à la paix- droit à un environnement sain-
droit au développement.
14 Les droits fondamentaux sont les droits dont dispose tout individu, qui s’imposent à toutes les instances de

régulation sociale comme l’État, et qui assurent donc à cet individu un minimum de liberté ainsi que l’octroi
des conditions matérielles et morales minimales pour en jouir. Ils sont justiciables. Pour plus de précisions,
voir Louis FAVOREUX, Droit des libertés fondamentales, Dalloz 2000, ns° 2 s. Voir aussi Eric OLIVA, Droit
Constitutionnel, 5ème éd., Dalloz, 2006, PP. 303-307.

4
et les employeurs. Et l’alinéa 2 considère comme travailleur toute personne quels que
soient son sexe et sa nationalité qui s’est engagée à mettre son activité professionnelle
moyennant rémunération, sous la direction et l’autorité d’une personne physique ou
morale, publique ou privée, celle-ci étant considérée comme « employeur ». Et de
préciser que pour la détermination de la qualité de travailleur, il ne doit être tenu
compte ni du statut juridique de l’employeur, ni de celui de l’employé.

3. L’insuffisante réglementation du travail domestique

C’est le décret n° 68/DF/253 du 10 juillet 1968 fixant les conditions générales d’emploi des
domestiques et employés de maison, modifié par le décret n°76/162 du 22 avril 1976 qui
s’intéresse de façon spécifique au travail domestique. D’après ce texte, l’engagement du
travailleur domestique peut se faire pour une durée déterminée ou indéterminée ; il peut
être verbal ou écrit. Toutefois, le contrat écrit ou la lettre d’engagement doit indiquer
l’identité du travailleur, l’emploi, la catégorie professionnelle15 et le taux de salaire
mensuel. Si le domestique en question est soumis à une période d’essai, celle-ci doit être
précisée par écrit ; elle est spécifiquement ici d’une durée d’un mois renouvelable une seule
fois.
Pour ce qui est des conditions de travail, la durée est fixée à 54 heures par semaine,
équivalente à 40 heures de travail effectif. Ce qui suppose que les heures complémentaires
commencent à partir de la 55ème heure. Le repos hebdomadaire a lieu, en principe, le
dimanche. Toutefois, d’accord parties, il peut être fixé un autre jour ou donné à raison de
deux demi-journées dans la semaine dont un le dimanche.
Le chômage n’est pas obligatoire pour le personnel domestique les jours de fêtes légales
civiles ou religieuses. Mais si la fête est travaillée, le domestique perçoit en plus de son
salaire normal une indemnité correspondante au nombre d’heures effectuées.
L’article 15 du décret fixe les permissions exceptionnelles d’absence payées à l’occasion
d’évènements familiaux. Seulement, ce texte étant moins favorable que celui institué par
le décret n° 75/ 729 du 10 janvier 1975, on peut penser qu’il est implicitement abrogé par
ce dernier plus récent et plus avantageux16. Pour ce qui est de la rupture du contrat de
travail, le préavis est celui fixé par l’arrêté n° 10/ MPS du 19 avril 1976.
Quoi qu’il en soit, l’article 17 du décret prévoit une indemnité de licenciement au bénéfice
du domestique ayant effectué 2 ans de service continu. L’indemnité n’est pas due en cas de
faute lourde du travailleur. Cette indemnité est égale, pour chaque année, à 20 % du
salaire minimum de la catégorie afférent au dernier mois et/ou du salaire global : elle ne
peut excéder trois fois le salaire minimum mensuel de l’intéressé. Il est à noter que le
législateur de 1992 distingue la rupture irrégulière du contrat de travail et la rupture
abusive. La rupture est ainsi irrégulière lorsque les formalités prévues n’ont pas été
observées. Dans ce cas, l’article 39 (5) du Code fixe le maximum du montant des
dommages-intérêts à un mois de salaire.
Pour ce qui est de la rupture abusive, le montant des dommages-intérêts, aux termes de
l’article 39 (4) b, sans excéder un mois de salaire par année d’ancienneté, ne peut être
inférieur à trois mois de salaire17.
Le travail domestique étant comme nous l’avons dit plus haut exécuté principalement

15 L’article 4 du décret du 10 juillet 1968 a prévu une classification professionnelle des domestiques et
employés de maison en huit catégories professionnelles.
16 POUGOUE (P-G.), Droit du travail et de la prévoyance sociale au Cameroun, Tome1, PUC, 1988, P.211.
17 POUGOUE (P-G), commentaire du Code du travail, Juridis info n° 12 spécial, PP. 39-40.

5
par des enfants et des femmes, il serait intéressant de souligner que le législateur de 1992
dans le Code du travail s’est quelque peu penché sur le travail de ces derniers. Faudrait-il
encore que cet intérêt ait un impact sur l’activité de ceux exerçant dans la sphère
domestique.
A l’analyse, on se rend compte que le législateur ne s’est préoccupé, s’agissant de la
femme qu’au travail de la femme enceinte. Pour ce qui est des enfants, l’alinéa 3 de
l’article 86 du Code du travail dispose qu’ « Un arrêté du ministre chargé du Travail fixe la
nature des travaux et les catégories d’entreprises interdits aux jeunes gens et l’âge limite
auquel s’applique l’interdiction ».
D’après l’article 115 du Code, Tout employeur public ou privé, quelle que soit la nature de
son activité, doit fournir à l’inspection du travail et aux services chargés de l’emploi du
ressort des renseignements détaillés sur la situation de la main-d’œuvre qu’il emploie, sous
la forme d’une déclaration dont la périodicité et les modalités sont fixées par arrêté du
ministre chargé du Travail, pris après avis de la Commission nationale consultative du
travail.
Ces textes internes doivent pour l’essentiel respecter les conventions et autres textes de
l’OIT sur le plan internationale.
En effet, la situation des travailleurs domestiques est une question qui a toujours
intéressé l’OIT. Dès 1965, la Conférence internationale du Travail a adopté une
résolution sur les conditions d’emploi des travailleurs domestiques dans laquelle elle
reconnaissait le «besoin urgent» de garantir aux travailleurs domestiques des pays
développés et en développement des conditions de vie minimum «compatibles avec le
respect de la personne et la dignité humaine, qui sont essentiels pour la justice sociale». C’est
pourquoi l’OIT s’active régulièrement à inciter les Etats membres à mettre en place un
arsenal de mesures incitatives et coercitives destinées non seulement à renforcer les
capacités des travailleurs domestiques, mais aussi et surtout à favoriser un travail décent
et la protection sociale. La réalité cruciale étant que les travailleurs domestiques sont
pour l’essentiel dépourvus de protection juridique et sociale et singulièrement exposés à
l’exploitation.

B. Les normes internationales et le travail domestique

La Déclaration universelle des droits de l’Homme, dans son article 23 alinéa 1 énonce que
« toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et
satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage ». A la suite de la Déclaration
universelle, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels dont
le Cameroun est partie, consacre le droit au travail dans des conditions justes et
favorables. Ainsi, l’article 6 du Pacte dispose : « Les Etats parties au présent Pacte
reconnaissent le droit au travail, qui comprend le droit qu’a toute personne d’obtenir la
possibilité de gagner sa vie par un travail librement choisi ou accepté, et prendront des mesures
appropriées pour sauvegarder ce droit ». Ce droit au travail est fondamental pour assurer la
dignité et le respect de soi. C’est pourquoi l’article 7 du Pacte exige une rémunération égale
pour un travail de valeur égale sans distinction aucune. En particulier, les femmes doivent
avoir la garantie que les conditions de travail qui leur sont accordées ne sont pas
inférieures à celles dont bénéficient les hommes et recevoir la même rémunération qu’eux
pour un même travail18.

18 Droits de l’homme, Le comité des droits économiques, sociaux et culturels, fiche n°16, (Rev.1), p.14.

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De son côté, l’OIT r e c o n n a i t l e d r o i t a u t r a v a i l e t v i s e e x p r e s s é m e n t l e
t r a v a i l d o m e s t i q u e . E l l e affirme qu’à moins d’être expressément exclus du champ
d’application d’une Convention ou d’une Recommandation, les travailleurs domestiques
sont couverts par les instruments internationaux19 qu’elle édicte.
En effet, pour améliorer la législation et les pratiques nationales relatives au travail
décent pour les travailleurs domestiques, l’un des outils les plus utiles dont dispose
l’OIT est l’adoption de conventions et de recommandations internationales du travail et
le contrôle de leur application.
Bien qu’il n’existe pas d’instruments internationaux s’appliquant exclusivement aux
travailleurs domestiques, ceux-ci sont couverts par les normes internationales du
travail applicables dans nombre de domaines clés, notamment celles qui se rapportent
aux principes et aux droits fondamentaux au travail. Certaines conventions et
recommandations, comme la convention n° 24 sur l’assurance-maladie (industrie), et la
recommandation n° 79 sur l’examen médical des enfants et des adolescents, disposent
expressément qu’elles s’appliquent aux travailleurs domestiques.
Nous examinerons dans ce sens les différents domaines où les textes de l’OIT prennent en
compte le travail domestique.

1. La liberté syndicale et le droit d’organisation

La convention n° 87 de l’OIT sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical,


a e x p r e s s é m e n t p r é v u e n s o n article 2 q u e c e t t e c o n v e n t i o n s’applique à
tous les travailleurs et les employeurs, sans distinction d’aucune sorte.
De même, la convention n° 98 sur le droit d’organisation et de négociation
collective, vise à faire en sorte que les travailleurs bénéficient d’une protection
adéquate contre tous actes d’ingérence dans la formation, le fonctionnement et
l’administration de leurs organisations représentatives. Interprétant ces conventions, la
Commission d’experts pour l’application des conventions et recommandations (CEACR) a
invariablement considéré qu’elles prescrivent l’extension aux travailleurs domestiques
des dispositions législatives concernant la liberté syndicale, y compris le droit
d’organisation.

2. Egalité et non discrimination

Pour ce qui est de l’égalité et la non discrimination, les principes fondamentaux de la


non-discrimination et de l’égalité des chances qui font l’objet de la convention n° 111
concernant la discrimination (emploi et profession), 1958, et de la convention n°
100 sur l’égalité de rémunération, s’appliquent également aux travailleurs
domestiques. La CEACR a attiré l’attention sur la vulnérabilité de ces travailleurs, en
particulier lorsque ce sont des migrants, ainsi que sur les risques auxquels ils sont
exposés : formes multiples de discrimination et d’abus résultant de la relation de
travail individuelle, manque de protection légale, préjugés sexistes, sous-évaluation des
tâches. Elle a rappelé que les lois ou les mesures destinées à promouvoir l’égalité des
chances et de traitement dans l’emploi et la profession qui excluent les travailleurs
domestiques de leur champ d’application sont contraires à ces deux conventions. Elle a

19 Bureau du Conseiller juridique, avis juridique du 29 juillet 2002.

7
recommandé que les travailleurs domestiques non seulement soient expressément inclus
dans le champ de la législation, mais également que la protection contre la
discrimination dans l’emploi et l’inégalité de rémunération leur soit effectivement
appliquée et que les gouvernements y veillent.

4 . Tr av a il fo r c é e t tr av a il d e s e nfa nts

Les conventions n° 29 et 105 de l’OIT visent à garantir à tous les êtres humains le droit de
ne pas être assujetti à un travail forcé dans le droit comme dans la pratique. Elles
s’appliquent à tous les travailleurs, y compris aux travailleurs domestiques.
S’agissant particulièrement du travail des enfants, la convention nº 182 s’intéresse aux
pires formes de travail des enfants. Cette dernière, ainsi que les conventions sur le travail
forcé et sur l’âge minimum sont une source importante d’orientation pour
l’établissement de normes visant à lutter contre l’exploitation des enfants en tant que
main-d’œuvre domestique. On constate donc que la question du travail domestique des
enfants est largement couverte par les normes de l’OIT.

4. Le respect des droits fondamentaux du travailleur

Les mauvais traitements dont les travailleurs domestiques font fréquemment l’objet sont
un sujet de grave préoccupation pour le BIT. Ces travailleurs sont d’autant plus
exposés à diverses formes d’exploitation pouvant conduire à la mort, qu’ils sont
parfois étrangers et résident chez l’employeur. Agressions verbales, cris, insultes liées
à la nationalité, à la tribut ou à l’ethnie sont fréquemment rapportés20. On relève aussi
diverses formes de violences physiques parfois commises en toute impunité en présence
de tiers dans le but d’humilier le travailleur ou d’obtenir sa soumission.
Il semble aussi que le harcèlement et les sévices sexuels soient très répandus,
lesquels, comme tous les mauvais traitements, peuvent avoir de graves répercussions
sur la santé, notamment lorsque les victimes sont des fillettes et des femmes. A cet effet,
l’OIT incite les Etats à élaborer des règles qui veillent au respect des droits
fondamentaux21 de tous les travailleurs, y compris les travailleurs domestiques.

5. La cessation de la relation de travail

Relativement à la cessation de la relation de travail, les dispositions de l’OIT sont au


moins aussi importantes pour les travailleurs domestiques que pour les autres
catégories de travailleurs. Aussi, La convention nº 158 sur le licenciement, repose sur les
principes suivants: i) il ne peut y avoir de licenciement sans qu’il existe un motif
valable, et ii) sans que le travailleur ait eu la possibilité de se défendre; iii) le travailleur
a droit à un préavis; iv) il a le droit de recourir devant un organisme compétent.
Selon l’article 4, le motif de licenciement doit être «lié à l’aptitude ou à la conduite du

20BIT: Costa Rica: Female labour migrants and trafficking in women and children, Series on Women
and Migration no 2 (Genève, 2002), P. 23.

21Louis FAVOREUX, Droit des libertés fondamentales, Dalloz 2000, ns° 2 s.

8
travailleur ou fondé sur les nécessités du fonctionnement de l’entreprise, de l’établissement
ou du service». Ces dispositions sont d’autant plus importantes que les cas de
licenciement sans motif valable demeurent fréquents dans le secteur du travail
domestique.
Dans tous les cas, la rupture du contrat de travail entre le travailleur domestique et son
employeur doit être justifiée par un motif juste et sérieux.
Cette consécration du travail domestique à la fois par le droit interne et les normes
internationales vise à concrétiser les quatre piliers de l’Agenda du travail décent :
développement de l’emploi, conditions de travail et protection sociale, principes et
droits fondamentaux au travail, tripartisme et dialogue social.
L’élaboration des normes sur le travail décent pour les travailleurs domestiques revient à
réglementer leurs conditions de travail afin de leur assurer une protection sociale. Cette
protection faisant suite à celle prévue par les lois civiles et pénales dont bénéficie tout
citoyen.

II. L’INSUFFISANTE PROTECTION DU TRAVAILLEUR DOMESTIQUE AU


CAMEROUN

La protection du travailleur se situe en principe à un double niveau : la protection


juridictionnelle (B) et la protection sociale qui apparait comme un instrument de
réalisation des droits fondamentaux (A).

A. La brumeuse protection sociale du travailleur domestique

Originairement, la protection sociale était liée au salariat, aux risques pouvant menacer
l’emploi du travailleur salarié. Mais une évolution s’est produite, en cette matière, non
seulement dans la généralisation de l’indemnisation du risque à d’autres que les salariés,
mais aussi dans la notion même du risque22. L’on admet de plus en plus qu’est risque
social tout risque pouvant obliger un individu et non seulement un ouvrier, à cesser son
travail temporairement ou définitivement ou entraînant une diminution du niveau de vie
de l’individu, à condition que la protection sociale tienne compte, dans son organisation,
du risque en question23. L’étendue de ces risques est déterminée par la convention n° 102
de l’OIT qui a prévu neuf branches de sécurité sociale : les soins de maladie, les
indemnités compensant la perte du revenu en cas de maladie, le chômage, les risques
professionnels, la maternité, l’invalidité, le décès, les charges familiales et la vieillesse.
Trois mécanismes principaux interviennent en général pour assurer la protection sociale.
Il ya d’abord l’assurance qui repose sur un contrat par lequel l’assureur garantit à
l’assuré le paiement d’une somme convenue à l’avance en cas de réalisation d’un risque
déterminé et théoriquement incertain, et l’assuré s’acquitte régulièrement d’une somme
fixée a priori pour être dédommagé en cas de survenue du risque.
Il s’agit d’un mécanisme contributif. Ensuite c’est l’assistance qui correspond à un
système d’entraide par lequel un groupe vient au secours d’individus qui ne sont pas
assurés et qui sont dans le besoin. La notion essentielle est que dans le cas de l’assistance,

22 Jean-Paul TCHOU-BAYO, « Droits Fondamentaux et protection sociale », Annale de la FSJP de


l’Université de Dschang, Tome1, volume1, 1997, P. 65.
23 JAMBU-MERLIN, « Cours de Sécurité sociale. 1967/1968 », in Les Cours de Droit, Paris, P. 19. Voir aussi,

Jean-Paul TCHOU-BAYO, op. cit, P. 65.

9
il n’y a pas de contrepartie : c’est un mécanisme non contributif. Enfin il y a la
mutualisation (mise en commun, d’où le terme de mutuelle) est une prévoyance
volontaire par laquelle les membres d’un même groupe s’assurent réciproquement contre
certains risques. Il s’agit d’un mécanisme contributif.
L’analyse de la protection sociale du travailleur domestique au Cameroun passe,
nécessairement par la présentation du régime général de la protection sociale (1) et ses
insuffisances au Cameroun (2).

1. Le système de protection sociale du Cameroun

La sécurité sociale a essentiellement pour but sinon de prévenir les risques du moins
organiser la protection contre leurs conséquences24. Des neuf branches de sécurité sociale
prévues par l’OIT, le Cameroun n’en a retenu que six25 en écartant : les soins de maladie,
les indemnités compensant la perte de revenu en cas de maladie et le chômage.
Le fonctionnement actuel de la protection sociale au Cameroun ne semble pas faire de
distinction entre un travailleur d’entreprise et un travailleur domestique. Les deux types
de travailleurs étant en principe soumis au même système. Ce système, comme dans la
plupart des pays africains est un héritage colonial. Il constitue un legs de la part du
colonisateur français, qui par les ordonnances de 1945 met en œuvre les idées issues du
Conseil national de la Résistance en matière de sécurité sociale26. Mais depuis le milieu des
années 1980, le système de protection sociale camerounais a connu un essoufflement qui
remet en cause son fonctionnement. Cet essoufflement est fortement lié d'une part aux
contraintes socioéconomiques, et d'autre part aux contraintes institutionnelles.
Avec l'indépendance et la réunification, le Cameroun, membre de l'organisation
internationale du travail depuis 1960, est amené à adapter sa législation aux normes
internationales. Cet ajustement du cadre juridique de la protection sociale s'est fait à
travers :
- la loi n°67/LF/07 du 12 juin 1967 instituant un code des Prestations Familiales
(allocations prénatales, allocations familiales, allocations maternité, indemnités
journalières de congé de maternité) ;
- la loi n°67/LF/08 du 12 juin 1967 qui crée la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale en
tant qu'organisme autonome en charge de la gestion du régime des prestations familiales ;
- la loi 69/LF/18 du 10 novembre 1969 instituant un régime d'assurance pensions de
vieillesse, d'invalidité et de décès. Dans ce régime, le financement est assuré à travers les
cotisations sociales recouvrées tant auprès des employeurs que des travailleurs ;
- l'ordonnance n°73/17 du 22 mai 1973 portant organisation de la prévoyance sociale qui
confie à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale dans le cadre de la politique générale du
Gouvernement, le service des diverses prestations prévues par la législation de la
protection sociale ;
- la loi n°77/11 du 13 juillet 1977 portant réparation et prévention des accidents du travail
et des maladies professionnelles, qui confie à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale, la
couverture et la gestion des risques professionnelles, abrogeant ainsi une législation
antérieure issue de l'Ordonnance 59/100 du 31 décembre 1959 qui avait confié la gestion de
ces risques aux compagnies privées d'assurance.

24 BOUDAHRAIN (A.), op. cit , P. 44.


25 Jean-Paul TCHOU-BAYO, op. cit, P. 35.
26 Etienne NTSAMA, « La retraite au Cameroun : bilan et perspectives », in Bekolo - Ebe B., Touna Mama &

Fouda S.M, Dynamiques de développement, Montchrestien, Paris2003, PP.369 - 389.

10
Le système camerounais de protection sociale est assis d'une part sur le système de la
prévoyance sociale géré par la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale au profit des
travailleurs du secteur privé et des personnels de l'État relevant du Code du travail, et
d'autre part sur le régime de pension de retraite des fonctionnaires et assimilés géré par
l'État27. S'inspirant de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 et de la
Convention n°102 de l'Organisation Internationale du Travail qui fait de la sécurité sociale
un droit universel, le Cameroun a mis en place, par une ordonnance du 22 mai 1973, une
organisation de son système de protection sociale et familiale, adapté à son environnement
économique et social. Cette organisation est chargée d'assurer le paiement des prestations
prévues par les principes de la sécurité sociale28.
Dans l’organisation de la protection sociale et familiale au Cameroun dénommée la
prévoyance sociale, les six prestations retenues ont été regroupées dans les trois branches
ci-après :
- les prestations familiales ;
- les pensions de vieillesse, d'invalidité et de décès ;
- les accidents de travail et les maladies professionnelles.
A côté de ces branches, une action sanitaire et sociale est également menée par le système.
Les soins sont sensés être dispensés aux travailleurs par les employeurs dans le cadre du
Code du travail. Toutefois, depuis 1952, un certain nombre de soin sont dispensés, dans le
cadre d'un service national de santé. La législation camerounaise de sécurité sociale ne
comporte pas, en effet, de branche « soins de santé » et de branche « chômage ».
Conformément également aux dispositions prévues par le Code du travail, les employeurs
assurent le maintien du salaire en cas d'incapacité provisoire de travail.
Le système camerounais de protection sociale se distingue par son caractère bismarckien,
fondé sur des contributions obligatoires (des salariés et des employeurs) assises sur les
salaires. Il plaide pour une gestion de la sécurité sociale par les intéressés, les assurés ou
leurs représentants (l'État et les partenaires sociaux). C'est un système professionnel
fortement étatisé, puisque les bénéficiaires sont en grande partie les employés de l'État.
Ce système fonctionne selon la logique d'assurance sociale dont l'objectif est de prémunir
contre un risque de perte de revenu des travailleurs. Ici, seuls les travailleurs qui cotisent
perçoivent les prestations sociales. Autrement dit, au Cameroun la sécurité sociale est
payante.
Pour ce qui est du système d'assistance sociale et de solidarité, celui-ci est encore résiduelle
par défaut de financement. L'aide sociale est en partie assuré par le ministère en charge des
affaires sociales qui apporte une assistance aux populations cibles telles que : les enfants,
les handicapés, les personnes âgées, les indigènes, les populations vulnérables. L'objectif
étant ici la réduction de la pauvreté (objectif beveridgien). La solidarité familiale malgré
ses signes d'insuffisances (inégalités de revenus et manque de diversification des risques) du
fait de l'urbanisation, de l'individualisation, de la croissance du salariat, et finalement d'un
processus de modernisation des sociétés occupe encore une place essentielle en matière
d'assistance. L'assistance privée, internationale et religieuse est importante, mais reste
déconcentrée et peu coordonnée.

27Les agents de l'État relevant du Code du travail, autrefois gérés par la CNPS, ont été reversés au ministère
de l'économie et des finances depuis 1993.
28 OKOLOUMA (A.), La protection sociale au Cameroun, mémoire Troisième Cycle Interuniversitaire

(NPTCI), Univ Ydé II-Soa, www.memoireonline.com, 2007.

11
La protection sociale complémentaire quant à elle est assurée par les systèmes d'assurance
communautaire. La majorité de ces systèmes mènent leurs activités dans l'informel et sont
organisés par les populations elles mêmes dans les tontines, réunions de quartier ou de
village notamment pour les deuils, la maladie, les naissances.
Actuellement, seules les mutuelles de santé connaissent un début de promotion réelle par
les bailleurs de fonds29.
En ce qui concerne la couverture sociale, le Cameroun se caractérise par une protection
sociale embryonnaire et à extension bloquée. Ceci s'explique par le niveau actuel de la
couverture sociale.
Ainsi, par exemple, les travailleurs indépendants (médecins, avocats, huissiers ingénieurs,
commerçants entrepreneurs, artisans,...) et ceux de l'informelle représentent 82,5% du
nombre total de travailleurs au Cameroun. C'est-à-dire que la sécurité sociale ne couvre
que les 17,5 % restant. Il s'agit selon les chiffres de la CNPS 2005, de 130 696
fonctionnaires relevant du portefeuille de l'État, et 728 746 travailleurs salariés du secteur
privé structuré régis par le Code du travail. En conséquence, la population active occupée
non encore couverte par le champ d'application du régime de sécurité sociale du Cameroun
est évalué à 4 003 558 travailleurs.
Pour ce qui est de la dynamique d'extension, c'est le secteur informel qui prédomine avec
l'extension par adjonction de dispositifs hétérogènes (mutuelles, micro-assurance, etc.). Ces
dispositifs sont destinés à différents groupes minoritaires de la population.
L'homogénéisation et l'universalisation étant problématiques.
Le système de protection sociale ainsi présenté a connu une période d'embelli notamment
financière depuis sa création jusqu'en 1982. Cette période est marquée par une
accumulation importante de ressources financières, favorisée par une croissance
économique forte ayant pour conséquence la création de nombreux emplois. Les
cotisations sociales étant prélevées sur les revenus du travail, le système a pu disposer d'un
volume important de ressources financières. L'organisme va alors s'engager dans plusieurs
grands chantiers pour fructifier les réserves ainsi accumulées. Dès le début des années
1980, cette période d'embelli va prendre fin, marquant ainsi l'arrivée à maturité du
système camerounais de protection sociale.
En bref le mécanisme de la protection sociale épouse le schéma suivant : La CNPS couvre
la branche prestations familiales ; la branche assurances pension ; la branche risques
professionnelles30.

a) La branche prestations familiales

Elle est probablement celle qui fonctionne le mieux. Elle couvre : les allocations prénatales
pour les femmes salariées et les épouses des salariés, l’indemnité journalière pour les
femmes salariées: 4 semaines avant accouchement et 10 semaines après, l’allocation de
maternité: payée directement à la femme salariée ou épouse de salarié, frais médicaux pour
femmes salariée ou épouse salariée pour les consultations prénatales, allocations familiales
pour salarié, conjoint de salarié décédé ou pensionné.

29 Déo Ntima NIYONKURU, « Le système de protection sociale au Cameroun »,


http://training.itcilo.org/esp/Trainingactivities2005.
30 Déo Ntima NIYONKURU, Op. Cit.

12
b) L’assurance pension

Elle couvre : la pension vieillesse pour les adhérents: une rente viagère à 60 ans après 180
mois de cotisations, la pension vieillesse anticipée à 50 ans après avoir œuvré 180 mois. La
pension invalidité: rente viagère jusqu’à 60 ans si invalidité de 66% ; majoration pour
tierce personne pour pensionné incapable d’accomplir les gestes de la vie courante,
allocation vieillesse: retraite à 60 ans sans avoir cotisé 180 mois. Allocation vieillesse pour
usure prématurée. Pension de survivant, allocation de survivant, frais funéraires pour
celui qui organise les funérailles d’un pensionné sans survivant.

c) La branche risques professionnels

Elle porte sur l’indemnité journalière: pour victimes d’un accident/maladie


professionnelle ; Rente d’incapacité partielle pour incapacité supérieure à 20% ;
majoration tierce personne si incapacité totale (devoir recourir à une tierce personne) ;
allocation d’incapacité si elle est inférieure à 20% ; rachats d’annuités de rente: touché si
l’on quitte le Cameroun ; rente de survivants ; frais médicaux, frais de prothèses et frais
funéraires pour accident ou maladie professionnelle. Une politique d’assistance sociale
pour les personnes défavorisées existe en théorie mais ne fonctionne pas.
Parallèlement au système de la CNPS, il existe de nombreux systèmes informels organisés
par les populations elles mêmes dans les tontines ou réunions de quartier ou de village
notamment pour les deuils, la maladie, les naissances. Actuellement seules les mutuelles de
santé connaissent un début de promotion réelle par les bailleurs de fonds. Les promoteurs
des MS sont par ordre: le SAILD, la GTZ, la coopération belge, AWARE RH, mais aussi
des privés où la différence MS et assurance n’est pas nette.

2. Les insuffisances du système relativement aux travailleurs domestiques

A l’’analyse du système de protection sociale du Cameroun l’on constate que le régime ne


protège effectivement qu’une partie infime de populations laborieuses, en l’occurrence les
travailleurs salariés occupés dans l’industrie, le commerce et les professions libérales. On
peut donc conclure que la protection sociale n’est assurée effectivement au Cameroun qu’à
une catégorie de privilégiés par rapport aux masses de déshérités, laborieuse ou non31. Les
travailleurs domestiques sont donc massivement exclus de la protection sociale.
Bien plus, depuis le milieu des années 1980, les contraintes socioéconomiques et les
contraintes institutionnelles ont des conséquences à la fois sur le financement, sur
l'efficacité et sur la légitimité du système de protection sociale camerounais. En cela, elles
sont les principales sources de dysfonctionnements dudit système. Les répercussions des
contraintes socioéconomiques sur le système de protection sociale camerounais peuvent
être analysées à travers l'observation des tendances économiques et sociales de certaines
variables. Plusieurs variables économiques ont des répercussions sur les systèmes de
protection sociale notamment les salaires, les prix32 et la croissance du PIB33. L'évolution
de ces variables explique la crise financière du système de protection sociale camerounais.

31 BOUDAHRAIN (A.),Op. cit, P. 37.


32 PLAMONDON (P.) et LATULLIPE (D.), Financement optimal d'un système de pension, Commission
technique des Etudes Statistiques, Actuarielles et financière, Québec, 2004.
33 R. HOLZMAN, « La réforme des retraites : l'approche de la Banque Mondiale », Revue Internationale de la

sécurité sociale, n°1, Vol.53. 2000.

13
Par exemple, un employeur qui estime que son salaire est insuffisant ne peut s’engager à
affilier son domestique à la Cnps.
Outre cela, et relativement à la protection sociale du travailleur domestique au Cameroun,
aucune disposition dans les textes encadrant l’activité professionnelle de cette catégorie de
travailleur n’oblige son employeur à l’immatriculer à Cnps.

B. La protection juridictionnelle du travailleur domestique

Même s’il est difficile de trouver des jugements où des arrêts rendus par les juridictions
camerounaises relativement à des conflits entre employeurs et travailleurs domestiques,
une chose est sûre, le législateur camerounais, dans le Code du travail de 1992, a donné la
possibilité à tout travailleur d’être en mesure d’intenter une action en justice en cas de
conflit avec son employeur.
En matière de droits fondamentaux, le juge judiciaire au Cameroun a un rôle
traditionnel de « gardien de la liberté individuelle34 »des citoyens. Cette mission le conduit à
connaître essentiellement des litiges nés des rapports entre les particuliers. Pour Marie
Anne FRISON-ROCHE, la juridiction est la pierre angulaire qui permet au droit d’être
effectif, c’est-à-dire tout simplement d’exister35. Dans le même sens, le Professeur
VIGNON estime que « la sanction normale de la règle de droit réside dans le recours au
juge 36». Il revient à ce dernier, officiant pour le compte d’une juridiction ou structure
juridictionnelle de constater les violations de la règle de droit et le cas échéant, de les
sanctionner afin d'assurer le respect du droit. C'est à cette condition que l'on constate que
l'on est dans un véritable Etat de droit.
Au Cameroun, les droits et libertés individuelles sont des normes constitutionnellement
consacrées et elles ne doivent en aucun cas être restreinte, sauf lorsque la loi le prévoit
expressément. La liberté doit, en tous les cas, être le principe et la restriction de la liberté,
l'exception, selon la formule rappelée par le Commissaire du gouvernement
LAGRANGE37.
Ainsi, selon l’article 131 du Code qui consacre cette judiciarisation, les différends
individuels pouvant s’élever à l’occasion du contrat de travail entre les travailleurs et
employeurs relèvent de la compétence des tribunaux statuant en matière sociale
conformément à la législation portant organisation judiciaire. En rendant gratuite la
procédure, le législateur donne la possibilité au travailleur de ne pas être handicapé par
les moyens financiers dans un conflit l’opposant à son employeur. En effet, contrairement
au droit commun où il faut payer la consignation, l’article 138 du Code du travail
dispose : « La procédure de règlement des différends individuels du travail est gratuite tant en
premier ressort que devant la juridiction d’appel.
2) Les décisions et documents produits sont enregistrés en débet et toutes les dépenses de
procédure sont assimilées aux frais de justice criminelle en ce qui concerne leur paiement, leur
imputation leur liquidation et leur mode de recouvrement ».
S’agissant du versant pénal de la protection de l’intégrité physique des travailleurs, le
comportement de l’employeur qui brutalise son domestique peut tomber sous le coup de

34 D. TURPIN, Libertés publiques et droits fondamentaux, Paris, Ed. du Seuil, Févr. 2004, P. 129.
35 Marie Anne FRISON –ROCHE, « L’impartialité du juge », Recueil Dalloz, 1999, 6ème cahier chron.
36Y. B. VIGNON, « La protection des droits fondamentaux dans les nouvelles constitutions africaines », Revue

nigérienne de droit, n° 3, déc. 2000, PP. 80-84, Voir aussi. Zbigniew Paul DIME LI NLEP, La garantie des
droits fondamentaux au Cameroun, www. Memoireonline.com
37 CE 05 Février 1937, BUJADOUX, Rec. 153, D. 1939, 3, 19 Concl. LAGRANGE.

14
l’article 289 du Code pénal sur l’homicide et les blessures involontaires38.

Que retenir en fin de compte de ce travail ? Tout simplement que, malgré la régulation du
travail domestique au Cameroun, on remarque qu’elle est incomplète parce que laissant
trainer de nombreux problèmes dont la non résolution fera empirer la situation des
travailleurs et employés domestiques au Cameroun. Il serait donc urgent pour le
législateur de se pencher sur la question afin de donner de l’espoir à ces laissés pour
compte.
De sérieux efforts doivent donc être entrepris pour une généralisation progressive de la
protection sociale fondée à la fois sur le principe d’une égalité de traitement et sur celui
d’une discrimination positive tenant compte de besoins particuliers des différentes couches
de la population et plus particulièrement des travailleurs domestiques39.
Tout d’abord il y a le problème de la contractualisation du rapport entre l’employeur et le
domestique. Il serait intéressant que ce rapport soit obligatoirement concrétisé par un
contrat écrit dont chacun garde une copie. Ensuite, obligatoire devrait être aussi la
déclaration de ce type de salarié. Une sanction sévère devrait être prévue à l’encontre des
employeurs qui prendraient le risque d’employer un travailleur domestique sans le déclarer
et sans un contrat écrit. Certes il est vrai qu’une bonne partie de travailleurs domestiques
ne savent ni lire ni écrire, mais, on pourrait prévoir des contrats type à soumettre à une
instance de contrôle lorsqu’on déclare le salarié.
Il y a également le problème de la sécurité sociale. Peu de travailleurs camerounais encore
moins des travailleurs domestiques peuvent en effet se targuer de bénéficier de la sécurité
sociale. L’Etat du Cameroun devrait donc, pour mieux protéger cette catégorie de
travailleurs, instituer un régime permettant une réelle protection sociale de ces personnes
qui se retrouvent à la rue pour un rien notamment dès qu’elles attrapent une maladie pour
ne citer que cet exemple.
Il faut également prévoir des sanctions en cas de non respect des textes, instituer des
campagnes de sensibilisation des personnes qui travaillent en tant que domestiques aux
droits que les textes leur confèrent.
Il est évident que le domaine du travail domestique est très sensible. Mais cette question
est une urgence surtout pour les enfants et les femmes qui sont le plus souvent traités
moins que du bétail parce que placés dans des conditions atroces de travail où ils subissent
à longueur de journée, humiliations, violences et charges de travail aux dessus de leurs
capacités réelles. Les travailleurs domestiques sont confrontés à un vaste éventail d'abus
très graves et sont systématiquement exploités au travail40. C’est sans doute pourquoi
Human Rights Watch a déclaré dans un nouveau rapport publié aujourd'hui que les
principaux abus dont ils sont victimes incluent : des abus physiques et sexuels, la
séquestration, le non-paiement de leurs salaires, la privation de nourriture et de soins
médicaux, des heures de travail excessivement longues sans journée de repos.

38 TCHAKOUA (J.-M.), « Droits fondamentaux, corps et intégrité physique du salarié », Annale de la FSJP de
l’Université de Dschang, Tome1, volume1, 1997, P. 65.
39 BOUDAHRAIN (A.), op. cit, P. 39.

40Elisée BYUKUSENGE, De la protection des travailleurs domestiques contre le licenciement abusif, mémoire
de licence, Université Libre de Kigali (Rwanda), www.memoireonline.com (sept 2010).

15
Il faudrait enfin s’intéresser à la rémunération de ces travailleurs en veillant à ce qu’ils
ramènent suffisamment d’argent tous les mois pour leur permettre de vivre décemment.
De fait, malgré les conventions et recommandations de l'OIT, le gouvernement semble
avoir exclu les travailleurs domestiques des protections au travail accordées à d'autres
catégories professionnelles et semble ne pas pouvoir réglementer des pratiques de
recrutement qui endettent lourdement les travailleurs ou les informent de façon erronée
sur leurs conditions de travail.
Au lieu de garantir aux travailleurs domestiques la possibilité de travailler dans la dignité,
sans être confrontées à la violence, le gouvernement, en ne faisant aucune allusion à cette
catégorie de travailleur dans le Code du travail semble leur avoir systématiquement
refusé le bénéfice des principales règles de protection du travail dont jouissent d'autres
catégories de travailleurs.
Il y a également lieu de relever l’attitude des employeurs des domestiques, qui ne
respectent pas les textes existant et encore moins les droits des domestiques. Ainsi,
l'employeur fixe un salaire arbitraire et paie quand il veut, la durée du travail n'est pas
fixée et si elle est fixée, elle n'est pas respectée. Elle n'est pas limitée dans le temps de façon
que le domestique dorme le dernier et se réveille le premier. Son assurance sociale n'est pas
garantie, pas de sécurité de travail car il peut y avoir rupture de contrat n'importe quand
et pour n'importe quel motif.
Bref, le mode de vie des domestiques est pitoyable, d'autant plus que l'employeur profite
non seulement de l’ignorance du travailleur, mais aussi et surtout du manque de rigueur
des textes légaux.
Par ailleurs, Le Code du travail de 1992 ne considère pas toutes les femmes comme une
catégorie méritant une protection particulière. Pour ce Code, seules les femmes enceintes
ou allaitantes bénéficient d'une protection spéciale en raison de leur vulnérabilité et non de
leur incapacité.

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