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Institut Universitaire d’Abidjan_2020-2021_Vente, Louage et Mandat_Par M. DJAKO G.

DOMINIQUE

INTRODUCTION GENERALE

Le régime juridique des contrats, c'est-à-dire l’ensemble des règles qui régit les
contrats, dépend soit des seules règles issues de la théorie générale des obligations,
soit pour partie au moins de règles propres qui tiennent à leur nature juridique.

En effet, afin de donner plus de sécurité juridique aux parties, et parfois aussi
pour édicter certains principes impératifs, le législateur est venu préciser la manière
dont se concluent et s’exécutent les contrats les plus importants. De ce fait, au corps
des règles générales applicables à tous les contrats, qu’énoncent les articles 1101 et
suivants du code civil français tels qu’applicables en Côte-d’Ivoire (formation :
consentement, forme, cause, objet, ordre public… ; exécution : en nature, résolution,
risques, dommages-intérêts…), s’ajoutent des régimes spécifiques, adaptées aux
principales opérations concrètes que les contrats servent à organiser : vente, bail ou
location, louage d’ouvrage, mandat, contrat d’entreprise ou de prêt, etc. Ces règles,
ou du moins ces contrats, constituent ce qu’il convient d’appeler les contrats spéciaux
ou principaux contrats usuels. Ainsi, le droit des contrats spéciaux s’analyse en une
branche du droit qui étudie des contrats ayant un régime juridique dérogatoire au
droit commun des contrats.

Il s’agira donc, dans ce cours, d’appréhender les règles applicables à chaque


contrat, notamment les dispositions propres à la vente, au louage et au mandat,
indépendamment des règles applicables à l’ensemble des contrats relevant de la
théorie générale des obligations.

Toutefois, il faudra auparavant mettre en relief les liens entre les contrats
spéciaux et la théorie générale des contrats (Para 1), l’importance des contrats
spéciaux (Para 2), les sources des contrats spéciaux (Para 3) et les subdivisions des
contrats spéciaux (Para 4).

Paragraphe I : Les liens entre les contrats spéciaux et la théorie générale des
contrats : l’objet d’un contrat spécial

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Appartenant au genre des contrats, le droit des contrats spéciaux est influencé par
la théorie générale des contrats dont il est le complément nécessaire. Il adapte la théorie
générale abstraite aux situations concrètes.

C’est dire qu’un contrat spécial est un contrat nommé1 qui fait l’objet d’une
législation particulière (exemples : la vente ; le louage ; le mandat ; l’échange ; la
donation ; le mariage). Le droit des contrats spéciaux2 vient s’ajouter au droit commun des
contrats et n’est pas nécessairement impératif ou d’ordre public. En effet, le principe de la
liberté contractuelle conduit au contraire à regarder comme seulement supplétives
les règles relatives à chaque espèce de contrat. Ainsi, elles s’appliqueront alors
chaque fois qu’elles n’auront pas été expressément écartées ; ce qui leur confère une
portée pratique considérable.

La théorie générale des contrats apparaît donc constamment dans l’étude des contrats
spéciaux, à la fois par son application de principe et comme référence aux dérogations que
peuvent apporter certaines de ces règles particulières.

En effet, la théorie générale du contrat, elle-même partie de la théorie générale


des obligations (qui, à côtés des contrats, traite de la responsabilité civile et des quasi-
contrats), pose les règles communes à l’ensemble des contrats : elle est
fondamentalement abstraite, énonçant des principes s’appliquant à tout contrat quel
qu’il soit. Le Titre III du code civil relatif ‘‘aux contrats, obligations conventionnelles en
général’’ dans les articles 1101 à 1369, envisage abstraitement les caractères du
contrat, ses conditions de validité, ses effets.

A titre d’exemple, l’article 1108 du code civil énonce que le contrat exige le
consentement, la capacité, un objet, une cause ; les textes sur la vente préciseront le
consentement de l’acquéreur notamment.

1
Un contrat désigné par un nom. Se dit notamment, par opposition aux contrats inommés, des contrats qui, sous
une appellation consacrée par la loi (ou au moins par l’usage), correspondent chacun, à une espèce particulière
de convention soumise, en tant que telle, à certaines règles spéciales.
2 Ce droit est tiré d’articles du Code civil ou d’autres codes, du droit communautaire, de conventions internationales ratifiées

devenues droit interne, de la jurisprudence et de la doctrine.

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Le droit spécial est donc le complément du droit commun de l’acte


juridique : l’article 1107 du code civil le rappelle : « les règles particulières à certains
contrats sont établies sous les titres relatifs à chacun d’eux… ». Mais, c’est aussi un droit
dépendant. En effet, alors que le droit général est abstrait, le droit spécial est
dépendant de son objet, de la réalité concrète qu’il régit. Tout se passe, ainsi que
l’observe le Doyen Cornu, comme si chaque matière sécrétait un certain type de contrat
adapté à ses nécessités.

L’étude des contrats spéciaux est donc concrète : elle s’attache à définir le
régime de chaque type de contrat. Ces contrats sont dits ‘‘spéciaux’’ parce que la loi
ou les usages les règlementent précisément : vente, louage, mandat, entreprise, etc.

En réalité, il vaudrait mieux parler de droit spécial des contrats, car les
contrats ne sont pas spéciaux mais spécialement réglementés. Quoiqu’il en soit de la
terminologie retenue, ce droit des contrats spéciaux par rapport à la théorie générale
des contrats, est un droit complémentaire et un droit dépendant.

Mais, les rapports entre la théorie générale et les contrats spéciaux ont évolué
de sorte que les contrats spéciaux ont acquis une grande importance.

Paragraphe II : L’importance des contrats spéciaux

Les contrats spéciaux revêtent une double importance : pratique et théorique.

Importance pratique : ce sont ces contrats qui régissent notre vie quotidienne.
Dans nos activités professionnelles ou pour des besoins d’ordre privé, nous passons
quotidiennement les contrats les plus divers. Chacun d’entre nous se trouve à un
moment donné dans la situation d’un acheteur ou d’un vendeur ; souvent dans celle
d’un emprunteur ou d’un locataire. Diverses manifestations de notre vie prennent
donc le moule des contrats spéciaux.

Importance théorique : ces contrats permettent, d’une part, d’adapter la


théorie générale abstraite aux réalités vécues. Ils constituent une application et une

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illustration des principes généraux (le consensualisme revêt toute sa portée en


matière de vente puisqu’il entraîne le transfert immédiat des risques).

Ces contrats voient, d’autre part, leur importance accrue par suite de
l’évolution historique : le principe de l’autonomie de la volonté est en déclin et
l’interventionnisme étatique dans l’économie se prolonge dans le droit des contrats
par la multiplication des dispositions impératives : l’ordre public réduit la liberté
contractuelle. Il en résulte que s’accuse le particularisme de certains contrats. Les
règles propres à certains contrats sont devenues souvent plus importantes que les
règles générales. Par exemple, le louage du code civil est supplanté par les baux
spéciaux (bail d’habitation, bail commercial ou à usage professionnel, bail rural).

Paragraphe III : Les sources du droit des principaux contrats usuels

La loi constitue la source essentielle des contrats spéciaux. Mais, elle n’est pas
figée : son évolution est constante. En outre, sa portée est viable car elle peut
comporter des dispositions impératives et supplétives.

La plupart des dispositions relatives aux contrats spéciaux sont contenues


dans le Code civil ou dans des textes extérieurs au Code civil, comme des décrets. Le
Code civil régit la vente, l’échange, le louage et les petits contrats comme le prêt, le
dépôt, le mandat, le jeu, le pari, le cautionnement. Le titre VI est d’ailleurs
entièrement consacré à la vente. A tous ces contrats, le code civil donne un nom.
C’est pourquoi, ils sont généralement connus sous le nom de contrats nommés3.

A côté du code civil, d’autres textes de sources légales sont applicables. Ainsi,
en ce qui concerne la vente d’immeuble, on peut citer entre autres, la loi ivoirienne n°
99-478 du 2 août 1999 portant organisation de la Vente d’immeuble à construire et de

3 La liste des contrats nommés n’a rien de rationnelle. Elle ne tient compte que des contrats les plus usuels à l’époque de la

rédaction du Code civil. Il existe aujourd’hui des contrats réglementés par le législateur qui ne figurent pas dans le Code civil et
qui pourtant sont de nos jours usuels et nommés : c’est le cas du bail à usage d’habitation, du bail commercial ou du crédit-bail
ou leasing.

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la Promotion immobilière4 et le Décret n° 49-259 du 23 février 1949 portant règlement


du statut de la copropriété des immeubles divisés par appartements.

A ces sources légales internes, il faut ajouter des sources internationales (les
Conventions de Bruxelles sur les transports maritimes du 25 août 19245 et de
Varsovie sur les transports aériens ; les Conventions de Vienne du 11 avril 1980 sur la
vente internationale de marchandises et la Convention de Rome du 19 juin 1980 sur
la loi applicable aux relations contractuelles) ou communautaires comme les Actes
uniformes de l’OHADA qui ont des répercussions sur le droit interne des contrats
(notamment l’AUDCG, l’AUTMR, AUDSCGIE…etc.).

En ce qui concerne la portée de ces sources légales, on a pu dire du droit


spécial des contrats qu’il était un droit libéral. En effet, la plupart des dispositions du
Code civil sont supplétives : elles ne s’appliquent qu’à défaut de volonté contraire des
parties ; les contractants peuvent alors les écarter librement (par exemple : le Code civil
fixe le lieu où doit être délivrée la chose vendue - voir article 1609 - mais les contractants
peuvent stipuler expressément que la délivrance sera effectuée en un lieu différent).

A côté du Code civil et les autres sources légales, la jurisprudence joue un rôle
important en tant que source des contrats spéciaux ; elle y joue un rôle habituel de
suppléance et d’adaptation des textes en vigueur. Et à son sujet, on peut dire que
concernant la matière, la jurisprudence est abondante.

La pratique y joue également un rôle très important. Les contrats étant très
souvent l’œuvre de la pratique commerciale ou notariale, les contrats spéciaux sont
dans la plus part des cas pré-rédigés par des notaires ou des organismes
professionnels. Ceux-ci, dans leur rédaction, créent souvent de nouvelles formes

4 VoirJournal Officiel RCI n° 37 du jeudi 16 septembre 1999.


5 La convention de Bruxelles pour l’unification de certaines règles en matière de connaissement et protocole de signature
(‘‘Règles de La Haye’’) était une convention qui avait pour objectif de régir le transport international de marchandises par mer.
Cette convention signée le 25 Août 1924 à Bruxelles, également appelé règles de la Haye, a permis l'harmonisation entre autre
des règles concernant les connaissements. Cette Convention a été ratifiée par la Côte d’Ivoire le 15 décembre 1961. Le
Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire, en adhérant à ladite Convention précise que : 1) Pour l’application de l’article
9 de la Convention relatif à la valeur des unités monétaires employées, la limite de responsabilité est égale à la contre-valeur en
francs CFA sur la base d’une livre or égale à deux livres sterling papier, au cours du change de l’arrivée du navire au port de
déchargement. 2) Il se réserve le droit de réglementer par des dispositions particulières de la loi nationale le système de la
limitation de responsabilité applicable aux transports maritimes entre deux ports de la république de Côte d’Ivoire.

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contractuelles, soit en combinant plusieurs types de contrats (contrat de dépôt-vente


ou de crédit-bail, par exemple), soit en créant de toute pièce une convention originale
(la distribution sélective, notamment).
En effet, en tant que loi des parties, la pratique joue un rôle créateur essentiel
au sein des sources des contrats spéciaux, d’abord en ce qu’elle apparaît comme la
« loi » la plus spéciale du contrat, ensuite parce qu’elle crée régulièrement de
nouvelles figures contractuelles. Parce que le contrat n’est pas seulement un acte
créateur d’obligations, mais produit également un effet obligatoire qui s’impose à
tous6, la norme contractuelle constitue la source la plus singulière de droit applicable
au contrat7. Ainsi, « si le droit commun fixe les règles générales applicables à tout contrat
tandis que le droit des contrats spéciaux précise celles régissant la catégorie particulière à
laquelle le contrat se rattache, la volonté des parties achève de tisser le détail de la ‘’loi
contractuelle’’ (v. art. 1134 C. civ.) »8.

Paragraphe IV : Les subdivisions des contrats spéciaux

Depuis une cinquantaine d’années, on assiste à une parcellisation des contrats


spéciaux. Chaque espèce de contrat voit apparaître, en son sein, différentes variétés
de contrats. Ainsi, parmi les baux, il faut aujourd’hui faire une place à part aux baux
commerciaux, aux baux à usage professionnel, aux baux ruraux et aux baux
d’habitation. Parmi les dépôts, une place à part au dépôt hôtelier9 et au dépôt
hospitalier. Parmi les prêts d’argent, une place à part aux crédits à la consommation
et aux prêts immobiliers etc.

Le droit des contrats spéciaux semble donc s’orienter vers un droit des
contrats « très spéciaux », ou plus exactement « sous spéciaux », car il s’agit de
subdivisions. Il n’est presque aucun contrat qui n’ait échappé à ce phénomène qui
conduit à une superposition verticale des règles applicables. Ainsi, à la base il y a le
droit commun de la théorie générale des contrats ; au stade intermédiaire, il y a le

6 P. Ancel, « Force obligatoire et contenu obligationnel du contrat », RTD civ. 1999.771.


7 V. Ph. Jestaz, Les sources du droit, Dalloz, coll. « Connaissance du droit », 2005, p. 81 ss.
8 Puig Pascal, Contrats spéciaux, 4e édition, Dalloz, 2011.
9
Conformément à l’article 1952 du code civil, il s’agit d’une espèce de dépôt entre les aubergistes ou hôteliers et
le voyageur qui loge chez eux, en vertu duquel les premiers répondent comme dépositaires des vêtements, des
bagages et objets divers que celui-ci apporte dans leur établissement (y compris les voitures garées).
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droit commun de tel contrat spécial ; au dessus encore, il y a le droit particulier de la


variété considérée. Par conséquent, en présence d’un contrat précis, il faudra donc
mettre en œuvre cette superposition en ayant recours (au maximum) aux trois
« niveaux » de réglementation. La tendance du droit contemporain à multiplier les
législations particulières accroît considérablement ce phénomène de ramification, qui
ne se limite pas toujours à trois étages : il arrive que la variété soit elle-même
subdivisée.

Cette complexité liée à la spécialisation impose une classification claire de


l’ensemble des contrats spéciaux. La doctrine classique (du XIXème siècle à 1920
environ) opposait habituellement les « grands » aux « petits » contrats.

Les « grands contrats » étaient les plus importants économiquement, ce qui


justifiait un ensemble de règles assez complet et détaillé, et par conséquent une étude
approfondie. A titre d’exemples, on avait le contrat de mariage (presque 200 articles
dans le Code civil originaire), la vente (120 articles), le louage (124 articles) et le
contrat de société.

Les « petits contrats » (prêt ; dépôt ; jeu ; mandat ; cautionnement ;


transaction…) étaient a priori à titre gratuit et retenaient moins l’attention, non pas
qu’ils aient été moins pratiqués, mais surtout parce qu’ils semblaient moins
« juridiques », comme concernant des relations amicales plus du ressort des mœurs
et de la sociologie que du droit.

Mais là encore, l’évolution sociale et économique a fait son œuvre. En


particulier, le développement d’une économie de services et de crédit a fait « grandir »
certains contrats. De nos jours, les contrats d’entreprise, de mandat, de prêt d’argent,
de travail et d’assurance sont incontestablement devenus des « grands contrats » par
leur rôle économique.

Aujourd’hui, les auteurs modernes ne suivent en général pas ou plus les


grandes classifications énoncées par le Code civil lui-même, qui se recoupent et ne
sont guère appropriées lorsqu’il s’agit de présenter les catégories essentielles de

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contrats nommés. Ils s’attachent à l’objet et au rôle de ces contrats, ce qui permet
d’en dégager cinq catégories essentielles : Contrats translatifs de propriété ; Contrats
portant sur l’usage des biens ; Contrats de service ; Contrats de crédit ; Contrats
aléatoires.

Classification des contrats spéciaux

Catégorie Exemples de contrats

 vente
Contrats translatifs de  échange
propriété  contrats de transfert temporaire
 contrats de distribution

Contrats portant sur l’usage  bail


des biens  prêt de chose

 contrat d’entreprise
Contrats de service  contrat de mandat
 contrat de dépôt

 crédit personnel : prêt d’argent


Contrats de crédit  crédit lié : prêts de consommation
 crédit réel : location-vente ; crédit- bail

 théorie générale
Contrats aléatoires  régimes spéciaux : jeux et paris ; rentes
viagères ; transaction

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Cependant, cette classification peut aussi être regroupée en deux catégories :

 Les contrats translatifs de propriété :

1. Contrats commutatifs (vente ; échange ; prêt de consommation ; cession


de droits réels) ;
2. Contrats aléatoires (contrats viagers ; contrats ludiques).

 Les contrats générateurs de prestations de service :

1. Contrat d’administration d’une chose (louage ; dépôt ; prêt à usage ;


location avec promesse de vente) ;
2. Contrat visant l’accomplissement d’une mission (entreprise ; mandat ;
entremise ; distribution)
3. Contrat visant la gestion d’un litige (transaction ; arbitrage).

Mais, on pourrait également envisager cette classification en contrats portant


sur une chose (avec les contrats emportant le transfert de la propriété de la chose
comme la vente, l’échange et les contrats emportant le transfert de la jouissance de
la chose comme le bail et le prêt), contrats de service (comme le contrat de mandat,
d’entreprise, de dépôt), contrats aléatoires (contrats aléatoires fondés sur les chances
de gain et les contrats aléatoires fondés sur l’espérance de vie) et contrats sur les
litiges (comme les transactions et les conventions d’arbitrage).

Après cette brève introduction, il convient d’aborder l’étude des contrats


séparément. Mais eu égard au nombre pléthorique des contrats spéciaux10, il serait
prétentieux de vouloir les étudier tous dans un cours. Voilà pourquoi ce cours ne
prendra en compte que trois des contrats nommés régis par le Code civil et les lois
particulières. Il s’agit de la vente (Titre 1), du louage (Titre 2) et du mandat (Titre 3).

10 Le panel des contrats spéciaux est vaste : on peut citer les contrats prévus par des dispositions légales (quelle qu’en soit la

forme) – contrats nommés – et ceux dont l’essentiel relève de la création de la pratique et des règles prétoriennes (pour en
assurer la sanction) – contrats innommés – destinées, si elles ont fait leur preuve, à être tôt ou tard intégrées dans une loi : le
contrat innommé est un contrat nommé en germe.

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POINTS IMPORTANTS A RETENIR

- La vente, le louage et le mandat sont des contrats spéciaux.

- L’objet de ce cours est d’étudier les règles propres à la vente, au


louage et au mandat ; indépendamment des règles issues de la
théorie générale des contrats qui leur sont également
applicables.

- Les contrats spéciaux et la théorie générale des contrats


entretiennent nécessairement des liens. D’abord, la théorie
générale des contrats s’applique en principe aux contrats
spéciaux et constitue une référence aux dérogations apportées
par certaines règles particulières. Ensuite, le droit des contrats
spéciaux est un droit dépendant des règles issues de la théorie
générale des obligations et est son complément nécessaire dans
la mesure où le droit des contrats spéciaux vient s’ajouter au
droit commun des contrats.

- La particularité du droit des contrats spéciaux est qu’il n’est pas


nécessairement impératif ou d’ordre public. Il contient des
règles supplétives qui s’appliquent dès lors qu’elles n’ont pas
été expressément écartées par les parties.

- L’importance des contrats spéciaux au regard de la théorie


générale des obligations est qu’ils affinent les règles générales,
adaptent les règles abstraites aux réalités vécues.

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REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
- ANTONMATTEI (Paul-Henri) et RAYNARD (Jacques), Contrats
spéciaux, 9ème éd. LITEC 2008
 BENABENT (Alain), Contrats spéciaux civils et commerciaux,
Montchrestien coll. Précis Domat, 9ème edition.
 COLLART DUTILLEUL (François) et DELEBECQUE (Philippe),
Contrats civils et commerciaux, Dalloz coll. Précis, 2007, 8ème édition.
 LECLERC (Frédéric), Droit des contrats spéciaux, LGDJ, 2007.
 HUET (Jérôme), Traité de droit civil, Les contrats spéciaux, LGDJ
2001.

EXERCICES D’ASSIMILATION

I-) QUESTIONS DE CONTRÔLE DE CONNAISSANCE


1°) Qu’est ce qu’un contrat spécial ?
2°) Qu’est ce qu’un contrat nommé ?
3°) Qu’est ce qu’un contrat innommé ?
4°) Quel est l’objet de l’étude du droit des contrats spéciaux ?

II-) QUESTIONS D’ANALYSE ET DE SYNTHESE


1°) Doit-on considérer le contrat innommé comme un contrat spécial ?
2°) Y a-t-il une différence entre contrat innommé et contrat sui generis ?
2°) Que vous inspire l’expression selon laquelle « l’expansion du
phénomène contractuel n’est pas seulement d’ordre quantitatif ».
3°) Quel sens donné aux affirmations suivantes : « Le droit commun se
spécialise », « le droit spécial se généralise ».

III-) EXERCICES DE 3ème NIVEAU DE DIFFICULTES


Commentaire de l’article 1107 du Code civil.

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TITRE I : LE CONTRAT DE VENTE11

Instrument essentiel des échanges économiques, le contrat de vente est le plus


usité (usuel) des contrats. En effet, parce qu’elle permet « d’atteindre l’essentiel d’un
comportement plusieurs fois millénaire de l’humanité, donner de l’argent et acquérir une
chose, recevoir de l’argent et abdiquer une chose »12, la vente est certainement « le plus
usuel » des contrats spéciaux et celui en référence auquel a été, pour l’essentiel,
forgée la théorie générale des contrats13. Elle est aujourd’hui extrêmement répandue
et diversifiée au point qu’il est permis de diagnostiquer une forme d’«hypertrophie de
la vente ».

Le contrat de vente se diversifie en des types sociologiques et juridiques


différents, allant notamment de la vente d’immeuble à la vente en libre service ou par
distributeur automatique. Dans les premières, les obligations des parties subsistent
souvent après la conclusion du contrat : l’obligation de garantie du vendeur,
l’obligation de payer le prix qui pèse sur l’acheteur. Dans les secondes,
habituellement, la vente produit instantanément la totalité de ses effets.

Cela étant, avant de parler de la formation du contrat de vente (Chapitre 1) et


les effets qu’il produit (Chapitre 2), il convient au préalable de s’attarder sur des
considérations liminaires sur le contrat de vente (Chapitre préliminaire).

11 Avant tout, il convient de préciser qu’il ne sera traité dans ce cours que de la vente civile proprement dite, la vente

commerciale étant abordée dans le cadre du cours de contrats commerciaux notamment.


12 Jean Carbonnier, Flexible droit, 7 éd., 1992, « Sociologie de la vente », p. 279.
13 L’importance du contrat de vente est déjà perceptible en 1804 au regard du nombre d’article du Code civil (plus d’une

centaine, de l’article 1582 à l’article 1688) qui lui sont consacrés.

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CHAPITRE PRELIMINAIRE : LES CONSIDERATIONS LIMINAIRES SUR LE


CONTRAT DE VENTE

Cet exposé liminaire se fera autour, d’abord de la question de la définition du


contrat de vente (Section 1), ensuite de celle de ses caractères de la vente (Section 2)
et enfin de celles de la qualification de contrat de vente (Section 3) et de la distinction
entre la vente et des contrats voisins (Section 4).

SECTION I : LA DEFINITION DU CONTRAT DE VENTE

La vente est, selon les termes de l’article 1582 du code civil, « une convention
par laquelle l’un s’oblige à livrer une chose et l’autre à la payer ». En prenant à la lettre
cette définition, il en résulterait que la vente ne fait naître qu’une obligation de livrer
à la charge du vendeur et une obligation de payer à la charge de l’acheteur.

En réalité, le code civil s’est borné à reproduire les définitions traditionnelles


du droit romain et de l’Ancien droit. Mais, il est unanimement admis que les
rédacteurs du code civil ont entendu donner à la vente une nature translative de la
propriété.

En effet, la vente met en présence, d’un côté, le vendeur qui cède un bien lui
appartenant, et, de l’autre, l’acheteur, ou acquéreur, qui acquitte un prix pour en
devenir propriétaire. Les deux parties sont donc successivement propriétaires du
même bien. Aussi, s’il vrai que l’article 1582 du C. civ. définit la vente par les
obligations du vendeur et de l’acheteur, qui sont, pour le premier, de « livrer une
chose » et pour le second, « la payer ». Mais, l’article 1583 du C. civ. complète-t-elle la
définition donnée de la vente en déclarant que « la propriété est acquise de plein droit à
l’acheteur à l’égard du vendeur ». Il est donc important de souligner que la vente ne se
caractérise pas comme étant, simplement, génératrice d’obligations personnelles, et
portant sur une chose et son prix. L’intérêt principal de ce contrat est qu’il opère un
transfert de propriété. Qui plus est, ce transfert de propriété s’effectue en principe de

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manière automatique, c’est-à-dire sans que le vendeur ait à exécuter une opération
positive à cette fin ; la propriété est transmise par le seul échange des consentements,
solo consensu, dès que la vente est parfaite. Il est donc clair qu’on a voulu faire de la
vente un contrat translatif de propriété.

On peut dès lors définir la vente comme l’opération juridique qui a pour objet
de transférer la propriété d’une chose, que le vendeur s’engage à mettre à la
disposition de l’acheteur, moyennant le payement d’un prix par ce dernier.

Il faut le souligner, la relative ambiguïté que laissent planer les articles 1582 et
1583 du C. civ. tient à ce que sous l’ancien droit, comme à Rome, on tenait avant tout
le vendeur obligé de livrer la chose, et d’en assurer à l’acheteur la jouissance paisible.
On n’insistait pas tant sur le transfert de propriété en tant que tel et l’on admettait la
vente de la chose d’autrui, car on considérait que l’acheteur n’avait pas à se plaindre
tant qu’il n’était pas troublé dans sa possession par le véritable propriétaire.

Toutefois, il faut le relever, l’obligation de transférer immédiatement la propriété est


simplement de la nature de la vente, et non de son essence ; la loi suppose seulement que
telle a été l’intention des parties quand elles ne se sont pas expliquées. Or, il y a des
ventes où le vendeur se réserve pendant un certain temps la propriété de la chose
vendue.

La vente, telle que définie, a certains caractères essentiels.

SECTION II : LES CARACTERES DE LA VENTE

La vente est un contrat nommé : Les contrats nommés sont ceux dont la
définition et le régime ont été précisés par la loi14. Ce sont par exemple les
contrats régis par le Code Civil dans les articles 1582 et suivants et en
particulier la vente.

La vente est un contrat consensuel : Le caractère consensuel d’un contrat

14 cf. article 1107 C.civ.

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(le contrat est conclu par le seul échange des consentements) s’oppose au
caractère réel (où en plus de l’échange des consentements, la remise effective
de la chose est nécessaire à la conclusion du contrat) ou formel, solennel (où en
plus de l’échange des consentements, le respect d’une formalité est nécessaire
à la conclusion du contrat).

Le contrat consensuel est formé par le seul échange des consentements sans
qu’aucune condition de forme ne soit imposée. Au contraire, la formation du contrat
non consensuel ou formaliste requiert en plus de l’accord des volontés,
l’accomplissement d’une formalité déterminée. Par exemple, les contrats solennels
exigent pour être valables la rédaction d’un acte écrit. Les contrats réels ne sont
formés que par remise de la chose qui en est l’objet.

La vente civile se forme donc en principe par le seul consentement des parties
et n’exige, pour sa validité, aucune forme solennelle. Elle existe dès que les parties se
sont mises d’accord sur la chose et sur le prix.

Le contrat de vente est également un contrat synallagmatique : Le contrat


synallagmatique (art. 1102 c. civ.) crée des obligations réciproques à la charge
des parties, chacune étant à la fois créancière et débitrice (c’est le cas de la
vente, car elle engendre, de la part du vendeur et de la part de l’acheteur, des
prestations ou des obligations réciproques). Alors que le contrat unilatéral (art.
1103 c. civ.) ne fait naître d’obligations qu’à la charge d’une seule des parties ;
cette partie n’est que débitrice, et l'autre n’est que créancière (Ex : la donation,
…).

Les intérêts de la distinction entre contrat synallagmatique et contrat unilatéral


sont les suivants :

Un intérêt probatoire : l’acte sous seing privé constatant un contrat


synallagmatique est soumis à la formalité du double original (art. 1325 c.civ.), alors
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que celui constatant un contrat unilatéral est soumis à la formalité de la mention


manuscrite en chiffres et en lettres (art. 1326 c.civ.).

Un intérêt sur le fond : les obligations réciproques nées d’un contrat


synallagmatiques sont interdépendantes. Pour chaque partie, la créance dont elle
bénéficie et la dette dont elle est tenue sont indissociables. Il en résulte deux
mécanismes propres aux contrats synallagmatiques :

- L’exception d’inexécution contractuelle (l’exceptio non adimpleti


contractus) : si l’une des parties n’a pas exécuté son obligation, l’autre peut
refuser d’exécuter la sienne en invoquant cette exception d’inexécution15.

- La résolution du contrat : si l’une des parties a bien fourni sa


prestation, mais n’a pas reçu celle à laquelle elle avait droit, elle peut donc
demander la résolution du contrat.

Le contrat de vente est aussi un contrat à titre onéreux : Dans un contrat


à titre onéreux (art. 1106 c. civ.), chaque partie fournit quelque chose à l’autre
en échange d’une contrepartie considérée comme équivalente (Si le contrat
synallagmatique est normalement à titre onéreux du fait de la réciprocité des
obligations, un contrat unilatéral peut aussi être à titre onéreux). Alors que
dans le contrat à titre gratuit ou "contrat de bienfaisance" (art. 1105 c. civ.),
l’une des parties au contrat procure à l’autre un avantage sans rien recevoir en
contrepartie. Cette absence de contrepartie est voulue (ex : donation). La
gratuité peut aussi consister en un service gratuit (ex : prêt accordé sans
stipulation d'intérêts). Aussi, la responsabilité du débiteur est-elle allégée dans
un contrat à titre gratuit : le donateur, par exemple, n’est pas tenu à garantie.

Il est de principe qu’il n’y a pas de place dans le contrat de vente pour
l’intention libérale. La vente est un contrat à titre onéreux car l’avantage qu’elle
procure à chacune des parties ne lui est concédé que moyennant une prestation
qu’elle a fournie ou à laquelle elle s’oblige.

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V. en ce sens les articles 1612 et 1653 du code civil.
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Le contrat de vente est, généralement, un contrat à titre commutatif, les


prestations dans ce contrat étant certaines, définitivement déterminées lors de
la conclusion du contrat (art. 1104 C. civ.). La vente est en principe un contrat
commutatif. Le contrat commutatif (contrat où les obligations sont connues et
considérées juridiquement comme équivalentes dès sa conclusion) s’oppose
au contrat aléatoire (où l’existence ou l’étendue des obligations n’est pas
connue dès sa conclusion et va dépendre d’un évènement).

Toutefois, les parties peuvent aménager la vente afin d’en faire un contrat
aléatoire, la majorité des règles du Code civil concernant le contrat de vente étant
simplement supplétives de volonté et non impératives. Dès lors, le contrat de vente
peut avoir un caractère aléatoire, lorsque, selon la définition qu’en propose l’article
1104, alinéa 2, du code civil, « l’équivalent consiste dans la chance de gain ou de perte pour
chacune des parties d’après un événement incertain » ; ainsi, le contrat de vente est
aléatoire au cas où la chose vendue consiste en un usufruit ou lorsque le prix est une
rente viagère ou encore lorsque la vente est une vente sur souche. C’est dire que
l’aléa peut porter sur l’existence de l’une des prestations (Ex : un pari,…) ou
l’étendue de la prestation (Ex : la vente en viager…).

L’intérêt pour les parties de conclure un contrat de vente aléatoire réside alors
dans le fait que dans un contrat aléatoire, on ne peut jamais contester la validité d’un
contrat aléatoire en se fondant sur la lésion : « l’aléa chasse la lésion ».

La vente peut être soit mobilière ou immobilière selon la nature de l’objet


vendu. Elle peut d’ailleurs être mobilière entre les parties et immobilière au
regard des tiers : c’est le cas de la simulation, étant donner qu’une vente
d’immeuble peut donner lieu à une action en rescision pour cause de lésion.

La vente n’est pas en principe un contrat conclu intuitu personae. Il


semblerait toutefois que dans certaines situations, la personnalité de l’acheteur
puisse être importante que pour le vendeur. Ce serait le cas lorsque celui-ci est
très attaché affectivement au bien qu’il vend et ne veut donc pas le vendre à
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n’importe qui. Cependant, le droit positif réfute la possibilité de choisir le


vendeur en cas de présence de ce lien affectif. Malgré cela, la jurisprudence a
montré des traces d’un certain intuitu personae dans la vente d’œuvres d’art.

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