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Dans le théâtre antique, le chœur est la chose la plus importante. L’action est prétexte au chant.

C’est problématique pour les chercheurs de n’avoir que le texte, prétexte au chant. On recrée des
fausses musiques grecques, selon des musiques traditionnelles du 19 e par exemple. Aujourd’hui, la
tradition est de recevoir la tragédie grecque comme si sa parole était sacrée. Florence Dupont est
contre cette démarche de sanctification. Au 19 e siècle par ex, Wagner rend hommage au théâtre grec
quand il met en place ses œuvres d’art total.

Dans cet espace, la skéné, le proskenion (espace de


jeu), l’orchestra et sur la skéné, le théologeion quasi
réservé aux dieux. C’est un espace spectaculaire, où a
lieu le deus ex maquinum. L’ékitlem, plateau tournant,
permet de faire advenir sur la scène ce qui a lieu hors
scène (la mort par ex). Morts dans la skéné, ils sont
exposés une fois morts. Aristote, écrivant un siècle
après l’âge d’or du théâtre, condamne le spectaculaire,
à bannir. Il vaut mieux chercher des situations plus
canoniques. On ne va pas au théâtre pour voir des
choses réalistes mais pour ressentir des émotions. Selon
Nicole Loraux, la tragédie est un « chant de deuil »,
censé faire naître l’émotion.

On dit souvent que la tragédie grecque se termine mal.


Les tragédies se termine souvent mal, car les tragédies qu’on connaît le sont. Le canon sont les
grammairiens de la période hellénistique, définissant 7 pièces de chaque auteur. Toutes se terminent
mal. Maus au début du 20e siècle, on a découvert les tragédies alphabétiques d’Euripide, un rouleau
de papyrus de la lettre e à k (les œuvres complètes d’Euripide). Le choix est purement aléatoire. Les
tragédies alphabétiques se terminent toutes bien. Notre déf de la tragédie est donc biaisée par le
choix des grammairiens.

Une tragédie est une catastrophe : cata-strophé, un renversement de fortune (du malheur vers le
bonheur ou du bonheur vers le malheur), lié à l’hybris du personnage (orgueil et aveuglement).

EXPOSE ELECTRE ET ORESTE d’Ivo van Hove

Statut social d’Electre : épiclère (quand un homme meurt sans héritier mâle, il y a deux choix :
prendre sa fille comme héritier mâle ou faire des enfants avec le plus proche homme de la famille, la
fille prend des fonctions masc de transmission du patrimoine). L’oncle paternel d’Electre est Egisthe,
encore pbtique. Electre a des fonctions juridiques à mi-chemin entre femme et homme. Elle doit
perpétrer la vengeance d’Agamemnon. Inversion des valeurs féminines/masculines entre Electre et
Oreste //Clytemnestre et Egisthe. Il y a également un jeu sur le nom d’Electre = Alectra, non mariée
(anormal après la puberté) et vierge (e parthénos, un nom féminin qui a l’air masculin en raison de la
terminaison en -os). Il y aurait un amour incestueux pour Oreste ? En Grèce, les cheveux courts sont
un signe de deuil, non un signe de masculinité. Il faut donc se garder de placer nos propres
représentations sur les représentations antiques.

Pourquoi le choix des femmes comme personnages tragiques ? la violence est souvent attribuée aux
femmes.
L’arrivée d’Apollon en deus ex maquinum et le retour à la violence, un regard 20 e siècle (fascination
pour la violence, qui avait été édulcorée jusqu’au 19 e siècle). La voix imite la musique. Ce sont les
femmes qui pleurent les morts, le chœur reproduit cela.

Florence Dupont, L’insignifiance tragique (menant une réflexion sur le monde antique depuis
l’anthropologie). Elle part de la réflexion de Nicole Loraux (La Voix endeuillée) et dit que la tragédie
grecque raconte l’histoire de femmes qui pleurent. La tragédie grecque est donc le gémissement,
oscillant entre chant et cri. Dans la tragédie d’Euripide, la femme ne fait pas partie du chœur, elle est
perpétuellement au premier plan. La thèse serait que les femmes sur scène ne sont pas des femmes
car normalement, les femmes ne sont pas sur la scène (bien que la tragédie grecque ne soit pas un
genre universel). Il n’y a pas de lecture au sens moderne, il faut penser la pièce de théâtre comme un
rituel. Pour les Grecs, la représentation a des codes rituels, le texte change, a un caractère
impermanent. Le fait de mettre les femmes sur scène remet en question le théâtre antique. Cet
archétype n’existe pas. Cela définit donc l’existence d’un lien entre le meurtrier et la mère, sans lien
maternel (la filiation maternelle n’existe pas). Il n’y a aucun espace commun où la mère et le fils
puissent se rencontrer. C’est donc une anti-cité. La filiation maternelle serait une sociabilité hors de
la société politique. Tuer sa mère devient un acte remettant en cause la sociabilité de la mère. La
femme représente le foyer (oikos). Se venger contre sa mère, c’est se venger contre son foyer. La
politique ne peut se réduire à une communauté politique d’hommes reproduit dans les foyers. Il y a
des opérateurs féminins (la notion de femme n’existe pas en Grèce, elle existe par stade ou par
statut.

Hécube

Plusieurs stades identitaires

 La vieille femme au début de la pièce, reine déchue. La vieille en grec = e graos (= la peau du
lait, l’écrevisse), dont la voix est celle d’un homme, très grave. Voir Hécube de Bernard
Sohet. C’est donc une femme qui n’est plus vraiment une femme et qui dès le premier chœur
se plaint car le chant de chœur n’est plus possible. Perte de parole et donc perte d’être au
monde tragique. Après l’annonce du sacrifice de Polysthène, elle se transforme en lierre
autour du chêne, l’esclave, dont la place est impossible de proclamer.
 Progressivement, elle peut trouver une place dans la proclamation de son malheur, dans le
chant du chœur. La réflexion se fait dans le dialogue avec e chœur. Avec le kommos, il y a
une harmonisation des personnages et du chœur.
 Mais pourtant, elle se décrit comme morte-vivante. Se joue un déplacement et une
renégociation de son rôle.
Superposition la grandeur de la mère et le deuil de la fille, qu’Hécube refuse d’accepter tout
au long de la scène. Au lieu de se contenter de pleurer, elle se transforme en furie
vengeresse. Elle devient toute ruine. Elle refuse l’être au monde que lui confère sa nature de
femme. « je n’existe plus ». Au lieu de proclamer un thrène (chant de deuil), elle proclame un
chant fou, vengeur. Cette vengeance implique la renonciation à son féminin (cette vengeance
est condamnée par Agamemnon). Les autres femmes rentrent bien dans ce rôle de femme.
Hécube est sortie de son humanité, c’est une « chienne au regard de feu », animalisée. On
passe du deuil à l’action par l’excès d’émotions lié au deuil. La tragédie est la transformation
de la parole en acte, par le biais du deuil.

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