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Les règles d'origine

L’origine est la nationalité « économique » des marchandises échangées dans le commerce. Déterminer la nationalité et le classement
tarifaire des marchandises est nécessaire pour pouvoir déterminer les droits et charges équivalentes ou toute autre restriction ou obligation
douanière appliqués aux marchandises en cause.

On distingue l’origine de la provenance, qui est le pays d’où la marchandise a été transportée directement dans le territoire assujetti. Le
transit, l’escale, l’arrêt ou le transbordement de marchandises dans un pays intermédiaire ne confèrent la provenance dudit pays que si la
durée du transit, de l’escale, de l’arrêt ou du transbordement excède :
- le temps nécessaire pour l’accomplissement normal du transit ou du transbordement;
- la durée des escales ou arrêts normaux des moyens de transport utilisés.

Ceci ayant été clarifié, il existe deux types d’origine : l’origine non préférentielle et l’origine préférentielle ; c’est en fonction de leur origine
que sera déterminé le régime douanier des marchandises lors de leur importation.

A. Règles d’origine non préférentielles

D’après l’Accord de l’OMC sur les règles d’origine, les règles d’origine non préférentielles sont définies comme étant les “lois,
réglementations et déterminations administratives d'application générale appliquées par tout Membre pour déterminer le pays d'origine des
marchandises, à condition que ces règles d'origine ne soient pas liées à des régimes commerciaux contractuels ou autonomes qui donnent lieu
à l'octroi de préférences tarifaires allant au-delà de l'application du paragraphe 1 de l'article premier du GATT de 1994”.

Les règles d’origine non préférentielles sont utilisées en vue de mettre en œuvre un ensemble de mesures de politique commerciale qui sont
énumérés au paragraphe 2 de l’article premier de l’Accord de l’OMC sur les règles d’origine :
Dérogat° au ppe de non discriminat°
 Application du traitement de la nation la plus favorisée1 et du traitement national2; (expt : grp de pays constituent une ZAI/UD)
 Application de droits antidumping et de droits compensateurs ;
 Application de mesures de sauvegarde ;
 Application de la réglementation relative au marquage de l'origine ;
 Application de restrictions quantitatives ou de contingents tarifaires ;
 Marchés publics ;
 Statistiques commerciales.

B. Règles d’origine préférentielles

Les règles d’origine préférentielles servent à déterminer si des marchandises sont admises à bénéficier d’un traitement préférentiel dans le
cadre d’un accord de libre-échange déterminé. Elles répondent à des intérêts commerciaux particuliers qui sont propres à un accord
commercial préférentiel. Les règles d’origine préférentielles sont donc conçues en fonction des intérêts commerciaux des divers partenaires,
ce qui donne lieu à des règles d’origine préférentielles qui ne peuvent être qu’individualistes et qui diffèrent selon les accords. Les règles
d’origine préférentielles sont conçues pour faire en sorte que les accords de libre-échange et les programmes de préférences commerciales ne
bénéficient qu’aux seuls pays concernés.

Pour bénéficier de l’origine préférentielle, les marchandises doivent remplir les conditions que fixe le protocole sur l’origine en ce qui
concerne la définition de la notion de « produits originaires ». Il s’ensuit que les marchandises doivent soit avoir été entièrement obtenues,
soit avoir subi un certain degré d’ouvraison ou de transformation. A l’annexe de chaque protocole sur l’origine figure une liste d’ouvraisons
ou de transformations que chaque produit doit subir pour obtenir la préférence.

A noter enfin que l'octroi de l'origine préférentielle est généralement lié à la présentation d'une preuve valable de l'origine qui doit, en
principe, intervenir au moment du dédouanement. Il peut s’agir, en fonction du cadre juridique, des justificatifs suivants :

- un certificat de circulation EUR.1 ou EUR-MED (dans la zone pan-euro-méditerranéenne) délivré par les autorités douanières du
pays d'exportation, ou
- une déclaration sur facture ou une déclaration sur facture EUR-MED établie par un exportateur agréé ou par tout autre
exportateur, si l’envoi consiste dans un ou plusieurs lots contenant des produits dont la valeur totale ne dépasse pas 6 000 euros.

C. Règles d’origine selon la convention de Kyoto

La Convention de Kyoto considère que le pays d’origine d’un produit est :

1. Soit le pays où le produit a été entièrement obtenu ou produit (ce concept est utilisé lorsqu’un seul pays est impliqué dans
le processus d’attribution de l’origine)

Le critère “entièrement obtenu ou produit” est l’un des deux types fondamentaux de critères d’origine qui doivent être respectés pour pouvoir
déterminer l’origine d’une marchandise dans le cadre de relations commerciales de nature préférentielle. Ce critère est utilisé essentiellement
pour les produits à l’état naturel et les marchandises produites à partir de ces produits qui sont entièrement obtenus dans un pays, notamment
les produits extraits ou récoltés dans un pays ainsi que les animaux vivants nés ou chassés dans un pays.

Les marchandises comportant des parties ou des matières importées ne peuvent pas être considérées comme étant entièrement obtenues ou
produites. Ces marchandises doivent être transformées de manière substantielle ou satisfaire au critère applicable stipulé dans les dispositions

1
Tout avantage commercial accordé par un pays à un autre doit être immédiatement accordé à la totalité des membres de l'OMC
2
Les produits étrangers et nationaux (similaires ou substituables) doivent être traités de manière égale, au moins une fois que le produit
étranger a été admis sur le marché. L’origine des produits ne doit pas être un facteur discriminatoire.
générales ou dans les règles par produit spécifique (RPS) pour être considérées comme étant originaires dans le contexte d’un accord de
libre-échange spécifique.

La Convention de Kyoto révisée définit les “marchandises entièrement obtenues’ dans un pays comme étant celles ayant pour origine ce
pays. Sont, entre autres, considérés comme entièrement obtenus dans un pays uniquement :

 Les produits minéraux extraits de son sol, de ses eaux territoriales ou de son fond de mers ou d'océans ;
 Les produits du règne végétal récoltés dans ce pays ;
 Les animaux vivants nés et élevés dans ce pays ainsi que les produits provenant d'animaux vivant dans ce pays ;
 Les produits de la chasse et de la pêche pratiquées dans ce pays ;
 Les produits de la pêche maritime et autres produits, extraits de la mer à partir de bateaux de ce pays ;
 Les produits extraits du sol ou du sous-sol marin situé hors des eaux territoriales, pour autant que ce pays exerce aux fins
d'exploitation des droits exclusifs sur ce sol ou ce sous-sol ;
 Les rebuts et déchets résultant d'opérations de transformation ou d'ouvraison et les articles hors d'usage, recueillis dans ce pays, et
qui ne peuvent servir qu'à la récupération de matières premières.

2. Soit le pays où la dernière transformation substantielle a été effectuée (ce concept est utilisé lorsque deux ou plusieurs
pays sont intervenus dans le processus de production de la marchandise).

D’après la Convention de Kyoto, la dernière transformation substantielle est la transformation qui est réputée suffisante pour conférer à la
marchandise son caractère essentiel.

La Convention de Kyoto énumère trois critères permettant de déterminer une “transformation substantielle”:

1. un changement de position tarifaire du produit : l’origine est le lieu dans lequel la valeur d’un produit a été modifiée significativement
2. la part de la valeur ajoutée d’un produit (critère ad valorem) : l’origine est le lieu dans lequel le produit a acquis une certaine part de sa
valeur ajoutée, généralement 45% ;
3. La description d’opérations d’ouvraison ou de fabrication spécifiques : l’origine est le lieu dans lequel un produit a subi une
transformation substantielle, lui donnant une caractéristique qu’il ne possédait pas auparavant

Toutefois, ces principes généraux ne permettent pas d’établir des normes internationales. Chaque pays est libre d’établir ses propres jeux de
règles d’origine préférentielles en fonction de ses besoins, ce qui en résulte une grande diversité de règles d’origine suivant les produits et les
accords. La pléthore des différents modèles de règles d’origine contribue considérablement à la complexité des accords commerciaux
préférentiels et alourdit les coûts de la participation à ces accords et de leur administration.

D. Le cumul d’origine

La notion de “cumul”, que l’on désigne parfois sous les termes de “règles d’origine cumulative”, permet aux produits d’un pays appartenant
à un accord commercial préférentiel d’être ultérieurement transformés ou ajoutés à des produits dans un autre pays signataire du même
accord comme s’ils étaient originaires de cet autre pays. Ainsi, la production peut être cumulée avec des intrants d’autres pays sans perdre le
caractère originaire. Ceci a pour effet essentiel d’élargir la définition des produits originaires et d’offrir une certaine flexibilité en vue de
développer les relations économiques entre les pays au sein d’un régime commercial préférentiel. Par conséquent, l’existence de dispositions
en matière de cumul dans un accord de libre-échange favorise l’utilisation d’intrants et de processus de production au sein de la zone
concernée. Cela favorise l'intégration économique entre les pays membres d'une zone de libre-échange.

Le cumul constitue une déviation par rapport à l’un des principes fondamentaux des législations en matière d’origine. En effet, les règles
d’origine basiques prévoient que les marchandises sont réputées originaires lorsqu’elles :

1. Lorsqu’elles sont entièrement obtenues ou produites dans la zone de libre-échange (marchandises entièrement obtenues); ou
2. Lorsqu’elles sont transformées de manière substantielle ou satisfont aux critères applicables des règles par produit spécifique dans la zone
de libre-échange.

La notion de cumul étend ce principe dans la mesure où elle offre la possibilité d’utiliser des produits originaires d’un ou de plusieurs pays
partenaires dans une zone commerciale préférentielle en tant que matières originaires en vue de fabriquer un produit originaire. Certains
accords offrent également la possibilité de cumuler les processus de production (au lieu des intrants originaires) pour obtenir un produit
originaire.

 Types de cumul

- Le cumul bilatéral : Il faut entendre par là que les producteurs de chacun des 2 pays partenaires peuvent utiliser des matériaux et
des composants originaires (et exclusivement originaires) de leurs pays respectifs comme s'ils étaient originaires de leur propre
pays et que les opérations effectuées dans l'un des 2 pays partenaires peuvent être ajoutées aux opérations effectuées dans un autre
pays partenaire pour conférer le caractère originaire aux marchandises échangées entre eux.
- Le cumul diagonal : Le cumul diagonal a lieu entre plus de deux pays pour autant qu'ils soient liés par des accords de libre-
échange contenant des règles identiques en matière d'origine et des dispositions de cumul. Comme pour le cumul bilatéral, seuls
des produits ou matières originaires peuvent bénéficier du cumul diagonal.
Bien que plus de deux pays puissent participer à la fabrication d'un produit, ce dernier aura l'origine du pays où a eu lieu la
dernière ouvraison ou transformation, pour autant qu'elle excède une opération minimale.
- Le cumul total ou intégral : Le cumul total ou intégral impose simplement que les exigences en matière d’origine soient
remplies au sein de la zone préférentielle (c’est-à-dire que la zone constituée par tous les pays participants est considérée comme
une seule zone aux fins de la détermination de l’origine).

E. Ouvraisons ou transformations insuffisantes


Afin de s’assurer que seules les opérations de fabrication résultant en une transformation substantielle soient prises en compte en tant
qu’opérations conférant l’origine, la plupart des législations en matière d’origine comportent des dispositions établissant des listes
d’opérations considérées comme n’ayant que des effets mineurs sur les produits finaux ; ces “opérations minimes” ne confèrent pas de
caractère originaire même s’il avait pu être possible de satisfaire à la règle d’origine applicable par l’application pu satisfaire aux règles
d’origine par l’application d’une règle de changement tarifaire ou d’une règle ad valorem prévue dans la liste des règles d’origine par produit
spécifique.

Les opérations insuffisantes effectuées seules ou en combinaison avec d’autres ne confèrent jamais de caractère originaire à un produit final.
Toutefois, si un bien manufacturé obtient un caractère originaire du fait de la réalisation d’opérations allant au-delà des opérations
insuffisantes, peu importe si ce bien est également soumis à une ou plusieurs opérations minimes.

S’appuyant sur les recommandations de la Convention de Kyoto, la plupart des législations en matière d’origine présentent des structures
assez similaires pour ce qui est des opérations considérées comme n’étant pas substantielles pour conférer l’origine. Toutefois, la liste de ces
opérations peut différer d’un accord à l’autre, bien que l’on trouve dans l’ensemble les mêmes catégories d’opérations dans de nombreuses
législations en matière d’origine.

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