Vous êtes sur la page 1sur 11

Dr.

Paroussiè Wiyao TAKOU


LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

1. Carte et cartographie : définitions


Étymologiquement le mot « carte » vient du latin charta : papier, dérivé du grec khartès : feuille
de papyrus. Parmi les nombreuses définitions existantes, nous pouvons citer quelques-unes :
Selon le Comité français de cartographie : la carte est une représentation géométrique
conventionnelle, généralement plane, en positions relatives, de phénomènes concrets ou
abstraits, localisables dans l'espace. C'est aussi un document portant cette représentation ou une
partie de cette représentation sous forme d'une figure manuscrite, imprimée ou réalisée par tout
autre moyen.
Pour l’Association Cartographique Internationale : l'élaboration d’une carte est l'ensemble des
études et des opérations scientifiques, artistiques et techniques intervenant à partir des résultats
d'observations directes ou de l'exploitation d'une documentation.
La carte est la projection de l’espace géographique sur un plan (passage de trois à deux
dimensions). La carte est donc premièrement une représentation de tout ou d’une partie de la
surface de la Terre sur un plan. Sa représentation désigne l’image mentale associée aux
phénomènes géoréférencés et le processus de création de la carte. Elle est aussi un outil
permettant de comprendre et d’interpréter les agencements spécifiques d’objets dans l’espace
géographique et elle permet la transmission et le stockage de l’information.
Partant de ces définitions, la cartographie qui est « le fait de créer des cartes » est tout à la fois
une science, un art et une technique. Et la carte, qui en est la finalité tend à se rapprocher de la
vérité avec une certaine beauté.
Les bases de la cartographie sont mathématiques notamment en ce qui concerne la
détermination de la forme et des dimensions de la Terre. On projette un point de la surface de
la Terre sur la surface plane en deux dimensions de la carte. Dans ces applications géométriques,
il est nécessaire de conserver les angles et donc d'utiliser une projection conforme. La troisième
dimension est utilisée pour représenter le relief avec des signes conventionnels. On utilise le
plus souvent des courbes de niveaux équipotentielles sur les cartes modernes, accompagnées
de signes identifiant les zones de rochers, les falaises… La carte a une échelle de représentation
et doit permettre de faire des mesures de précision aussi bien en coordonnées cartographiques
(X, Y, et H) qu'en coordonnées géographiques (longitude et latitude) grâce à la connaissance
du système géodésique associé à la carte. L'enjeu, à la fois pour le concepteur et l'utilisateur,
est la fiabilité, la précision et l'exactitude de la carte. De nos jours, nous nous dirigeons plus
vers un travail de mise à jour des cartes existantes dans les bases de données constituées de
modèles topographiques.
2. Types de cartographies
Les cartes varient en fonction de l’échelle, de leurs usages ou de leurs contenus et peuvent être
regroupées selon la typologie suivante en trois.
2.1. Les cartes topographiques
Les cartes topographiques sont les cartes issues d'un levé topographique ; sur lesquelles figurent
essentiellement les résultats des observations directes concernant la position planimétrique et
altimétrique, la forme, la dimension et l'identification des phénomènes concrets fixes et
durables existant à la surface du sol (aspect descriptif de la physionomie du terrain).
Les cartes topographiques présentent les relations spatiales existant entre différents objets
géographiques, comme les bâtiments, les routes, les frontières et les cours d’eau... Les cartes
topographiques officielles sont réalisées par les organismes cartographiques nationaux.

1
Dr. Paroussiè Wiyao TAKOU
LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

La plupart des communes produisent aussi des plans de ville. Les cartes topographiques existent
également pour la randonnée ou les activités nautiques. De nombreux systèmes embarqués de
navigation routière ainsi que des services internet mettent également à disposition des cartes
topographiques. Les cartes topographiques servent également de support à l’information
foncière ainsi qu’à la conception des cartes décrivant l’aménagement territorial.
Une carte topographique est dite uniforme (l’échelle est la même dans toutes les directions) et
possède un système de coordonnées associé (visible par un quadrillage). Attention, on distingue
en général une carte topographique et un plan topographique par leurs échelles de
représentation. Une carte topographique est à une échelle inférieure au 1 : 5000. Un plan topo
est à une échelle supérieure au 1 : 5000.

Source : https://www.gps-globe.com/1398-atmn_large/departement-ign-territoire-de-belfort-
90-1-25-000.jpg
Figure : extrait d’une carte topographique
2.2. Les cartes spéciales
Les cartes spéciales comme par exemple les cartes maritimes ou aéronautiques. Ces cartes relèvent d’un usage
professionnel et respectent les règles définies par l’Organisation des Nations Unies. Il existe également des
cartographies spécifiques à la navigation de plaisance ainsi que des cartes dédiées à l’orientation définies par la
Fédération internationale de course d’orientation (cf. Chapitre 12). Le plan du métro londonien est également une
carte particulière.

2.3. Les cartes thématiques


Les cartes thématiques décrivent des phénomènes géographiques qui appartiennent par exemple
à la géologie (sol et substrat rocheux essentiellement), à l’occupation du sol ou à la végétation.

2
Dr. Paroussiè Wiyao TAKOU
LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

Les cartes statistiques font aussi partie des cartes thématiques. Elles présentent la répartition
géographique d’une variable statistique.
Les cartes thématiques sont les cartes représentant, sur un fond de repère, des phénomènes
qualitatifs ou quantitatifs concrets ou abstraits circonscrits et limités par le choix d'un ou
plusieurs sujets particuliers. Les cartes thématiques se divisent en plusieurs catégories :
- cartes descriptives : localisation et description de la réalité physique et matérielle ex
reliefs, végétation, carte montrant des villes, infrastructures de communication. La
légende n’est pas soumise à des règles d’organisation précise ;

Source : https://www.populationdata.net/wp-content/uploads/2016/05/Togo-relief.jpg
Figure : Relief du Togo
- cartes analytiques : représentation d’un phénomène abstrait ex PIB, IDH, densité de
population, flux. La légende propose des figurés qui hiérarchisent la variable
cartographiée en plusieurs cases ;

Source : http://ores.paysdelaloire.fr/uploads/Image/a9/WEB_CHEMIN_775_1281017598.png
Figure : Densité de la population - ORES Pays de la Loire

3
Dr. Paroussiè Wiyao TAKOU
LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

- cartes synthétiques : représentation des ensembles géo classés selon des thèmes,
reposant sur une problématique. Elle est donc le résultat d’une réflexion. La légende est
organisée ;

Source : http://www.hgsempai.fr/atelier/wp-content/uploads/2013/03/france_tourisme.png
Figure: Les espaces productifs à dominante touristique
- les anamorphoses : ce sont des cartes « déformées »ven fonction de l’importance, ou
non, d’un phénomène. Elles représentent des réalités perçues. Les superficies des unités
spatiales sont transformées (réduites, agrandies, etc..) de manière proportionnelle à ce
qu’elles représentent.

Source : https://images.schoolmouv.fr/tle-geo-c01-entr02-mg01.png
Figure : Richesse mondiale en 1996

4
Dr. Paroussiè Wiyao TAKOU
LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/images/carte-a-la-une/baron-jegou/baron-jegou-
anamorphose.png/image
Figure : Importance du pays dans la production scientifique mondiale

3. Caractéristiques d'une carte


La carte doit être telle que le lecteur soit capable d'extraire l'information qui l'intéresse. Pour
cela un certain nombre de principes doivent être respectés.
3.1. Les composantes d’une carte
Les composantes principales de la carte sont listées dans le tableau ci-dessous. Les composantes
systématiques doivent toujours apparaître sur la carte car elles en assurent une interprétation
correcte. Les autres composantes dépendent du contexte.

Figure : habillage d’une carte


Source :
3.1.1. Les composantes systématiques
- La légende : Elle constitue la clé de lecture de la carte. Elle doit être bien adaptée et
conforme au contenu de la carte afin de permettre une bonne lecture de celle-ci.

5
Dr. Paroussiè Wiyao TAKOU
LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

- L’échelle : indique le rapport entre les dimensions sur le terrain et celles sur la carte qui
a servi à la conception de la carte. Elle permet non seulement d’avoir une idée sur la
grandeur de la carte mais aussi de pouvoir calculer les mesures réelles. Elle peut être
graphique ou numérique. Tout comme pour la légende, l’échelle de la carte doit être
conforme aux vraies dimensions sur le terrain.
- Orientation : souvent matérialisée par le Nord sert à bien positionner la carte suivant les
points cardinaux. Elle joue un rôle très important dans la localisation sur le terrain.
- Source de données : Indique l’origine des informations qui se trouvent sur la carte. Elle
indique aussi parfois la méthode de collecte de ces informations. Elle permet de d’avoir
une idée sur la fiabilité de la carte.
- Date de données : renseigne sur la période à laquelle les informations ont été
collectées et ou cartographiées. Elle vient compléter les informations concernant la
source des données.
3.1.2. Les composantes selon le contexte
Elles viennent souvent compléter les composantes systématiques. Il s’agit de :
- Titre
- Auteur
- Date de création
- Information sur les unités spatiales
- Commentaires
- Cadre
- Système de coordonnées
- Projection
- Labels
- Zooms sur zones
- Graticule
- Nomenclature
- Index
3.2. Les qualités d'une carte
La précision géométrique, l'exhaustivité, la précision sémantique et la fiabilité sont des qualités
internes à la carte. La lisibilité, la sélectivité et l'esthétique sont des qualités externes à la carte,
qui font intervenir le lecteur.
- La précision géométrique est l'estimation de l'écart entre la position sur le terrain
nominal et la position reportée sur la carte. C'est la valeur intrinsèque de la carte où la
précision des données (canevas d'appui, échelle des photographies aériennes, précision
des appareils de restitution).
- L'exactitude est la conformité aux spécifications dans la saisie des données. Elle
implique le respect des règles de sémiologie, d'écriture cartographique et les
spécifications de rédaction et de reproduction.
- L'exhaustivité est la conformité de la présence ou de l'absence des objets portés sur la
carte à une date t par rapport au terrain. D'où l'importance de préciser les dates de saisie,
traitements et mises à jour éventuelles.
- La fiabilité est l'assurance pour l'utilisateur de pouvoir se servir du produit sans
mauvaise surprise. La fiabilité est garantie par les limites d'utilisation définies par le
concepteur : l'âge des données qui est indiqué par la date de saisie ; mais il faut savoir
que cette fiabilité diminue fortement avec le temps, car les informations se périment.

6
Dr. Paroussiè Wiyao TAKOU
LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

- La lisibilité est la bonne perception du contenu, qui dépend de l'application des règles
de lisibilité, de l'utilisation pertinente des variables de sémiologie graphique, de la
qualité du graphisme, de la netteté, du choix adéquat des couleurs et de la qualité de
l'impression.
- La sélectivité est l'aptitude à distinguer les différentes catégories d'objets en fonction de
choix fixés pour une série de cartes donnée. Elle dépend de la densité des objets, des
niveaux de lecture choisis, du nombre de couleurs et de leur bonne utilisation, ainsi que
de la bonne adéquation des règles graphiques avec les objets à signifier.
- L'esthétique est la capacité à définir un produit agréable et efficace à lire pour
l'utilisateur. Elle est fonction de la maîtrise du concepteur face aux techniques
cartographiques et de son sens artistique.
3.3. Les fonctions de la carte
Les trois fonctions majeures de la représentation graphique identifiées par Bertin sont
l’enregistrement, le traitement et la communication de l’information.
- La fonction d’enregistrement fournit un inventaire commun et exhaustif de
l’information. Cette fonction aboutit à des cartes à lire, créant une mémoire artificielle
qui évite l’effort de mémorisation. C’est le cas des plans de métro.
- La fonction de traitement est un processus de réduction de l’information (la
classification, la catégorisation, etc.) qui permet d’obtenir un schéma synthétique plus
facile à mémoriser. Les cartes thématiques statistiques utilisent cette fonction.
- La fonction de communication consiste à donner les moyens de retenir une information
à l’aide de la mémoire visuelle. Elle produit une image simple qui favorise la
mémorisation de l’information sans qu’elle soit exhaustive.
4. La cartographie, un instrument aux enjeux multiples
Lieu de mémoire, la carte répond souvent à des enjeux de contrôle de l’espace. Depuis les
paysans du Nil qui marquaient leur territoire pour le retrouver après la crue l'homme n'a cessé,
comme en témoignent censives et plans terriers, de tracer les limites de son domaine. Des
centuries romaines au cadastre napoléonien on retrouve la même volonté de quadriller le
territoire pour des raisons administratives et fiscales. La carte dessine la frontière qui reste pour
bien des pays un enjeu majeur.
Mettre en cartes est un moyen de s’approprier l’espace, de l’appréhender pour mieux le
contrôler. Dès lors, la carte peut devenir un mode d’appréhension de l’espace et un moyen de
résolution des conflits ou de promotion de projets aussi bien pour le géographe que pour un
utilisateur quelconque qui cherche à saisir le monde par le biais de cet outil.
4.1. S’orienter et se localiser
L’une des vocations premières de la cartographie est de localisation avec une précision plus ou
moins grande les objets et phénomènes se trouvant sur un espace donné afin de pouvoir les
retrouver plus facilement sur le terrain. Elle constitue un coffre dans lequel sont logés des
repères suivant une dimension spatiotemporelle. De nombreux travaux reviennent ainsi sur la
fonction pratique d’aide au déplacement, en particulier à partir des cartes marines. Cette
dimension de la cartographie l’on rendu présente dans presque toutes les activités. Que ce soit
dans l’armée, l’environnement, la gestion territoriale, le marketing, la cartographie est devenue
un outil dont on peut difficilement s’en passer. Le développement des nouvelles technologies
spatiales notamment la cartographie numérique et le GPS ont fortement renforcé cette
omniprésence de la cartographie dans la vie des hommes.

7
Dr. Paroussiè Wiyao TAKOU
LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

4.2. La carte un outil d’administration et de contrôle


L’utilisation des cartes par le pouvoir constitue un second champ d’application de la
cartographie. Nombreux sont les exemples qui illustrent ce fait et qui s’inscrivent dans
l’histoire.
- … limites et possessions
La carte a souvent pour but de fixer les limites et possessions. Des figures topographiques
apparaissent sur les parois de la grotte de Belinda, en Italie du nord, 2 000 ans avant J.-C.
Certains chercheurs y voient l'ancêtre du cadastre. Ce sont probablement les Égyptiens pour
retrouver leur lopin de terre recouvert chaque année par les crues du Nil, qui commencèrent à
en tracer une représentation réduite sur des tablettes.
- … le cadastre napoléonien
En 1807, pour des raisons fiscales, Napoléon décide de procéder au dénombrement général des
terres avec arpentage et évaluation de chaque parcelle. « Un bon cadastre parcellaire sera le
complément de mon code en ce qui concerne la possession du sol. Il faut que les plans soient
assez exacts et assez développés pour fixer les limites des propriétés et éviter les procès. »
Lettre de Napoléon au ministre du Trésor Mollien.
- … pas d'État sans cadastre
Égyptiens, Romains, Aztèques ou Chinois, tous jusqu'à Napoléon ont fait du cadastre le moteur
de leurs réformes juridiques et fiscales. Mémoire du droit de propriété, ces cartes se sont
transformées en pouvoir régulateur et instruments de contrôle du territoire et en pouvoir
d'agencement.
- … la naissance de la notion de frontière
La carte a contribué à l'émergence de la notion de frontière linéaire que nous connaissons
aujourd'hui. Les empires connaissaient des zones frontières toujours fluctuantes et le Moyen
Âge, privilégiant le lien féodal, ignorait les frontières. Né avec l'État moderne, la frontière
linéaire apparaît sur les cartes à partir du XVe siècle. Mais il faut attendre la fin du XVe siècle
pour que le tracé de la frontière devienne un enjeu politique.
En monarque d’un État centralisé, Louis XIV a souhaité faire un état des lieux, afin de connaître
ses ressources, savoir où taxer pour renflouer les caisses, etc. Un cartographe, Cassini, fut
mandaté par le roi de France pour dresser une carte du royaume. Cette collection de cartes fut
finie, après moult péripéties, à la Révolution. Ces cartes ont la particularité d’avoir été
composées par triangulation géodésique : grâce à cette technique et à d’autres (amélioration des
lunettes, etc.), les cartes deviennent encore plus précises. Les reliefs ne sont pas vraiment
exacts, mais les distances, si !
- … la carte fixe la frontière
La délimitation conceptuelle de la frontière définie par les traités, quel que soit la précision des
termes, reste insuffisante si elle n'est complétée par une délimitation précise par les
cartographes. Vient enfin la démarcation par bornage. Mais beaucoup de frontières dans le
monde ne sont que délimitées, en Afrique par exemple. La démarcation de la frontière franco-
espagnole des Pyrénées ne date que de la seconde moitié du XIXe siècle.
Nous avons encore en mémoire la conférence de Berlin à l’époque coloniale qui a décidé le
morcellement de l’Afrique, un continent qui au départ ne connaissait pas cette réalité
d’intangibilité des frontières.

8
Dr. Paroussiè Wiyao TAKOU
LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

Outil de contrôle, la carte est aussi un instrument d’action. Elle joue un rôle fondamental dans
la stratégie militaire au point d’être parfois tenue secrète.
4.3. La carte un instrument stratégique
Le développement de la cartographie militaire date des Romains. L'avancée des armées
romaines et l'installation de leur campement, l'élaboration des plans de bataille, la mise en
œuvre des sièges, la conquête elle-même et le dépassement des frontières supposent une
connaissance de la géographie. Alexandre le Grand était accompagné de géographes et de
topographes dans sa conquête de l'Asie afin de préparer et mesurer les itinéraires parcourus et
de décrire les pays traversés.
La cartographie devient un enjeu fondamental pour toute armée. « Un général doit avoir un
plan détaillé du pays où il fait la guerre » écrivait déjà Vegèce, auteur romain du IVe siècle.
« D'habiles généraux ont porté cette recherche au point d'avoir un plan figuré partie par partie,
ce qui les mettait en état non seulement de raisonner avec l'officier qu'ils détachaient sur la route
qu'ils devaient tenir, mais encore, en quelque sorte, de la lui faire sentir au doigt et à l'œil ».
À force d’être de plus en plus précises, les cartes servent à l’armée : c’est l’exemple de la carte
d’État-major. Du coup, on va essayer d’améliorer la représentation du relief, qui peut être
décisif sur un champ de bataille. En France, de ces cartes furent établies celles de l’IGN (Institut
national de l’information géographique et forestière) à partir de 1940.
La reconnaissance de l'ennemi est au cœur de l'activité militaire et l'aviation y a rapidement pris
une part importante. Dans les années 1950, les satellites ont pris le relais ouvrant l'accès à des
plates-formes d'observation et de surveillance du globe inégalées. Les techniques d'imagerie
mises au service de la stratégie militaire proposent une connaissance du théâtre des opérations
avant toute intervention au sol. Ces technologies sont aujourd’hui renforcées par l’usage des
drones.
4.4. La carte : outil de planification, d’aménagement et de gestion territoriales et
environnementale
La carte est de plus en plus un outil d’aménagement du territoire, de prospective en matière de
politique de santé ou d'environnement. Aujourd'hui, nourrie par les observations des satellites
et des données manipulées par l'informatique, la carte se fabrique à la demande et devient outil
de décision.
La carte n'est pas simple relevé mais instrument d'un projet. La seule superposition de cartes
thématiques, par les corrélations qu'elle établit, suscite des hypothèses, instrument d'analyse,
préparant les décisions. La carte géographique, est aujourd'hui instrument de planification.
Alimentée grâce à l'informatique par une information continue, elle peut jouer le rôle du tableau
de bord et intégrer au fur et à mesure de nouvelles données.
L'aménagement de l'espace accompagne le développement. Face à l'augmentation d'une
population, il importe de prévoir la croissance du parc de logements et tous les équipements
nécessaires : commerces, voiries, espaces verts. Le Schéma Directeur d'Aménagement et
d'Urbanisme fixe ces orientations sur une carte au 1/50 000 regroupant plusieurs communes ou
une grande agglomération. Il détermine la destination des sols, les zones d'expansion des
agglomérations, les espaces à préserver, la localisation des infrastructures urbaines.
La carte est aussi un support de droits et de servitudes. Cohérent avec le schéma directeur, le
Plan Local d'Urbanisme est un ensemble de cartes à plus grande échelle : 1/2 000. C'est à cette
échelle que se font les choix sociaux et politiques dans un document à forte valeur juridique
puisqu'il s'impose à l'administration comme aux particuliers. Il définit précisément la vocation

9
Dr. Paroussiè Wiyao TAKOU
LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

des zones (habitat, activité, espace naturel.), et pour chaque terrain les servitudes qui y sont
attachées.
En ce qui concerne l’environnement, la cartographie joue désormais le rôle de sonnette d'alarme
pour les aménageurs en vue de la protection des équilibres écologiques. En donnant à lire les
phénomènes de corrélation entre certaines décisions et leurs conséquences en matière de
pollution, de destruction de la faune et de la flore, ou de dégradation de l'eau, la carte peut être
un instrument au service du développement durable.
Instruments de prévision, l'observation depuis l'espace des terres émergées est devenue
incontournable pour la surveillance des risques naturels, des ressources en eau, de l'étendue et
l'état des forêts, de la pollution. L'observation des océans par satellite permet par ailleurs de
prédire comme en météorologie, l'état de l'océan, une ou deux semaines à l'avance.
De nos jours, l'alliance de la cartographie et de l'informatique font de la carte aujourd'hui plus
que jamais, un outil de décision. La carte s'affiche de nos jours à la demande, puisant ses
informations dans de vastes bases de données que des logiciels graphiques sont capables de
traiter instantanément. L'utilisateur peut faire varier les données, visualiser immédiatement les
conséquences de son hypothèse et prendre des décisions pertinentes en matière d'aménagement
du territoire.
4.5. Carte : support imaginaire
Au-delà des usages classiques qu’on lui confère, la carte n’a pas pour autant quitté le registre
de l’imaginaire. Si nous ne rêvons plus des terres Australes ou du royaume du prêtre Jean,
l'exploration spatiale nous ouvre d'autres horizons et la carte reste un formidable outil
d’exploration pour les voyages initiatiques auxquels nous convient la littérature et l’art dans
toutes les cultures du monde.
Cependant, toute cartographie ne vise pas à modéliser le monde physique. Certaines cartes
hindoues et bouddhistes représentent ainsi le ciel et le monde religieux. Quant au merveilleux,
il occupe une place de choix dans la géographie médiévale. La représentation des lieux
imaginaires, loin de s’opposer à la supposée rationalité de la carte, participe au contraire de la
délimitation de territoires connus et inconnus.
Dans son livre Le petit prince, Antoine de Saint Exupéry à travers ses illustrations du
bonhomme sur sa planète, sa vision du monde.
4.6. La carte comme outil de communication et ou de manipulation
Une carte par définition est une représentation d’une portion de l’espace à partir d’un certain
nombre de signes conventionnels ou non. Quelques symboles bien articulés permettent de saisir
un phénomène. Ne dit-on pas qu’une mauvaise carte vaut mieux qu’un bon discours ?
Les phénomènes du monde réel sont représentés sur des cartes par des codes ou structures qui
se veulent universelles. En fonction de la simplicité de ce codage, la lecture de la carte
nécessitera ou non une interprétation des données et permettra au lecteur de comprendre ou
d'interpréter le ou les phénomènes qui sont représentés. Une carte bien faite permet une lecture
simple et une compréhension claire. Comme telle, la carte peut être un puissant moyen de
communication mais aussi de manipulation.
En effet, tout symboles ou signe mérite d’être manipulé avec précaution, autrement, ils
travestissent facilement la réalité. D’ailleurs, il suffit de passer pour une même zone
cartographiée, d’une projection à une autre pour que la forme, les distance ou encore les angles
soient différents. Du coup, tout en étant un outil de communication, elle devient un prétexte
pour servir des intérêts parfois malsains au détriment d’un utilisateur peu averti.

10
Dr. Paroussiè Wiyao TAKOU
LaRBE / Dpt. Géo / UL Cours de cartographie

Il ressort de ces études que la carte est un objet permettant de s’approprier le monde, à la fois
physiquement et symboliquement, d’établir un rapport entre une société et son espace.

Références
http://expositions.bnf.fr/globes/bornes/v/41/tv.htm
https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9n%C3%A9ralisation_cartographique
https://www.cairn.info/revue-hypotheses-2016-1-page-17.htm#
Cartes et usages des cartes Pour une analyse historienne de sources géographiques Grégoire
Binois, Mustapha Djabellaoui, Marie de Rugy et Jennifer Vanz Dans Hypothèses 2016/1 (19),
pages 17 à 25
https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_cartographie
http://hglftm.e-monsite.com/medias/files/les-differents-types-de-cartes-en-geographie-4.pdf
geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/echelle
https://zestedesavoir.com/tutoriels/1298/la-cartographie-rendre-visible-linvisible/traiter-
linformation-geographique/#1-resumer-et-analyser-des-donnees
https://coursgeologie.com/198-introduction-a-la-cartographie.html
http://www.geographie-sociale.org/cartes-cartographie.php
https://zestedesavoir.com/tutoriels/1298/la-cartographie-rendre-visible-linvisible/tp-realiser-
une-carte/#1-consignes-de-lexercice
http://expositions.bnf.fr/globes/bornes/it/46/03.htm
http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/generalisation-carto
http://www.geographie-sociale.org/cartes-cartographie.php

11

Vous aimerez peut-être aussi