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THEORIE GENERALE DE DROIT CONSTITUTIONNEL

PRÉSENTATION GÉNÉRALE
Elaboré par le professeur Adil MOUSSEBBIH
CONTENU DU COURS

Le droit constitutionnel est la partie du droit public qui traite des règles relatives à
l'organisation et au fonctionnement de l'Etat, du gouvernement, du parlement, des
juridictions et des institutions publiques. Cette discipline rassemble les règles
juridiques intéressant les institutions, le système de norme et de rapports entre
normes, et les droits fondamentaux. Elle organise notamment la séparation des
pouvoirs et précise également la façon dont les citoyens participent à l'exercice du
pouvoir (organisation des différents scrutins).

Ce cours sera consacré à l’étude des trois notions fondamentales qui dominent le droit
constitutionnel. Ainsi nous aborderons dans un chapitre introductif quelques éléments
de définition du droit constitutionnel afin de mettre en relief les transformations
subies par cette discipline.

Ensuite le deuxième chapitre se penchera sur la notion de l’Etat (ses éléments


constitutifs et ses formes). La notion de constitution, les différents procédés de son
élaboration, de sa révision et de son contrôle feront l’objet d’un troisième chapitre.
Le quatrième chapitre sera consacré à la notion de pouvoir contrôle de
constitutionnalité, (chapitre III). Enfin, la notion du pouvoir dans l’Etat (titulaires du
pouvoir, les modes du scrutin…) fera l’objet d’un quatrième et dernier chapitre.

OBJECTIFS DU COURS

Le cours est destiné à présenter les fondements du droit constitutionnel et s'intéresse


à des notions fondamentales comme celles de l'État, de la constitution et de la
séparation des pouvoirs, à la constitution du gouvernement et des pouvoirs publics et
à la participation des citoyens à l'exercice de ces pouvoirs.

CONSEILS METHODOLOGIQUES
- DISSERTATION
Comment élaborer une dissertation juridique
Comment présenter au mieux votre copie d’examen ?
Sujets de dissertation avec propositions de plans détaillés.

MÉTHODE D’ENSEIGNEMENT (cours théorique et cas pratiques)


Afin de rendre le cours théorie plus accessible, la pertinence des notions et des règles
théoriques sera illustrée par le droit comparé.

1
Plan détaillé du cours
CHAPITRE INTRODUCTIF
INTRODUCTION GENERALE
Section 1) L’objet du Droit constitutionnel, un droit qui étudie les constitutions et les
institutions politiques
Section2) L’objet du Droit constitutionnel : l’encadrement juridique du jeu politique
Section 3) Vers un renouveau du droit constitutionnel
CHAPITRE II - L'ETAT
Section I - La notion d'État
§ 1 - Les conceptions philosophico-politiques de l'État
§ 2) Les éléments constitutifs de l'État
A) Le peuple
B) Le territoire
C) La souveraineté
Section II - Les formes d'État
§ 1 - L'État unitaire
A) L'État unitaire centralisé
B) L'État unitaire décentralisé
§ 2) L'État hybride : régional ou autonomique
§ 3 - L'État composé : cas de la confédération et de l'État fédéral
CHAPITRE III - LA CONSTITUTION
Section 1) La Constitution comme norme
§ 1 - La définition de la Constitution
A) La Constitution dans la hiérarchie des normes
B) Les caractéristiques formelles des constitutions
a) Constitutions écrites et constitutions coutumières
b) Constitutions rigides et constitutions souples
§ 2 – La suprématie de la Constitution
A) L'élaboration et la révision de la Constitution
a) L'élaboration de la Constitution par le pouvoir constituant originaire
b) La révision de la Constitution par le pouvoir constituant dérivé
B) Le principe de constitutionnalité
a) L'affirmation progressive du principe de constitutionnalité
b) La conséquence du principe de constitutionnalité : le phénomène de
constitutionnalisation du Droit
Section 2. Les modèles de justice constitutionnelle
§1) Le modèle américain
§2) Le modèle européen
Section 3 : La Cour constitutionnelle marocaine et le contrôle du respect de la
suprématie de la constitution
CHAPITRE IV – La démocratie
Section 1 La participation du citoyen au pouvoir
Section 2) Les modes de scrutin

2
REMARQUES ORGANISATIONNELLES
Un polycopié plus ou moins détaillé est mis à la disposition des étudiants. C’est un
document résumant l’essentiel de la matière enseignée. Il ne dispense guère les
étudiants à prendre des notes pendant le cours et d’en approfondir le contenu par les
références bibliographiques suggérées par le professeur. Aussi, il est important que les
étudiants puissent respecter leur groupe pour les travaux dirigés pour éviter la
désorganisation.

BIBLIOGRAPHIE SUGGÉRÉE
Pour une première approche des notions du droit constitutionnel :

Ardant Philippe, Institutions politiques et droit constitutionnel, LGDJ, 9e éd., 1997.


Burdeau Georges, Droit constitutionnel et institutions politiques, LGDJ, 25e éd., par
François Hamon et Michel Troper, 1997.
Omar Bendourou, Droit constitutionnel et institutions politiques 2011
Dominique Rousseau, Alexandre Viala, Droit constitutionnel, Montchrestien 2004
Duhamel Olivier, Droit constitutionnel et politique, Seuil, 1994
Duverger Maurice, Institutions politiques et droit constitutionnel, Les grands systèmes
politiques, PUF, coll. Thémis, 20e éd., 1990.
Favoreu Louis et autres, Droit constitutionnel, Précis, Dalloz, 3e éd., 2000.
Gicquel Jean, Droit constitutionnel et institutions politiques, Montchrestien, 15e éd.
1997.
Mekhantar Joël, Droit politique et constitutionnel, Eska, 1997.
Turpin Dominique, Droit constitutionnel, PUF, coll. Premier cycle, 4e éd., 1997.
Contentieux constitutionnel
Drago Guillaume, Contentieux constitutionnel français, PUF, Thémis, 1998.
Prélot (M), Institutions Politiques et Droit Constitutionnel; 3è éd. 1963, p. 32
Rousseau Dominique, Droit du contentieux constitutionnel, Montchrestien, 5e éd.,
1999.
CONTACT

Pour toute question relative au cours et pour toute consultation sur la méthodologie
veuillez me contacter via ce mail : moussebbih.adil@gmail.com

3
INTRODUCTION GENERALE

Le droit constitutionnel est l’ensemble des règles juridiques régissant le


fonctionnement et les rapports des pouvoirs publics : chef de l’Etat, Gouvernement,
Parlement. Cette discipline rassemble les règles juridiques intéressant les institutions,
le système de norme et de rapports entre normes, et les droits fondamentaux.
Le droit constitutionnel a pour objet l'étude des phénomènes de l'autorité publique
dans ses aspects juridiques. Il serait, selon le Professeur Marcel Prélot, "la science des
règles juridiques suivant lesquelles s'établit, s'exerce et se transmet le pouvoir
politique"1.

- Pourquoi y a-t-il un cours de Droit constitutionnel ?


 C’est une discipline spécifique car elle a un objet spécifique qui est la
Constitution. Dès lors le Droit constitutionnel a été conçu comme le Droit de la
Constitution.
 Ce droit de la Constitution est sanctionné par un juge.

Section 1) L’objet du Droit constitutionnel, un droit qui étudie les constitutions et les
institutions politiques

Le droit constitutionnel est une matière de formation relativement récente. Selon


Maurice Duverger, ce nom lui vient de la pratique inaugurée aux Etats Unis en 1787,
puis en France en 1791, et généralisée ensuite dans un texte solennel appelé
«constitution».

Pendant longtemps, le droit constitutionnel s’est limité à l’étude des constitutions. Or


la constitution ne rend pas compte de toutes les règles de droit concernant les
institutions politiques. Celles-ci sont contenues, également dans les lois ordinaires, les
décrets et les règlements du gouvernement, dans les coutumes, les principes généraux
du droit…etc. C’est pourquoi, le droit constitutionnel moderne étudie, non seulement
les constitutions, mais également les institutions politiques.

L’étude des institutions politiques a pour objet les règles non seulement juridiques,
mais aussi sociologiques, les lois auxquelles obéissent les comportements sociaux et
qui régissent d’une part, les organes supérieurs de l’Etat et, d’autres part, les autres
organisations et les autres personnes juridiques intervenant dans la vie politique,
même lorsqu’elles n’ont pas été créés par les lois constitutionnelles.

Etymologiquement, « l’institution » est une création qui émane de la volonté de


l’Homme. Elle s’oppose aux données naturelles. L’institution est donc ce qui a été
institué par l’homme (ex : gouvernement, personnalité juridique, mariage…etc.) et qui
s’oppose à des phénomènes naturels (l’Homme, les saisons, la procréation etc. …). De
plus, pour que ce que l’Homme crée par sa volonté soit considéré comme une
1
Prélot (M), Institutions Politiques et Droit Constitutionnel; 3è éd. 1963, p. 32

4
institution, il faut que celle-ci soit établie de manière durable, permanente, en vertu de
l’union de volontés individuelles agissant pour une entreprise commune. Cette union
de volontés crée des organes et des mécanismes de fonctionnement de cette
organisation sociale. D’où la distinction de deux catégories d’institutions : les
institutions – organes et les institutions –mécanismes.

Les institutions organes sont les organismes sociaux crées par la volonté humaine de
manière durable et unissant des hommes (la famille, le gouvernement, le parlement
etc.). Les institutions – mécanismes sont les mécanismes institutionnels régissant ces
organes, c'est-à-dire les règles auxquelles obéissent les organes. Exemple : la
responsabilité politique du gouvernement devant le parlement est une institution
fondamentale en régime parlementaire.

Les institutions politiques sont celles qui se rapportent à l’Etat, à la cité, au bien public,
à l’intérêt général. En parallèle avec l’intégration de la dimension institutionnelle, le
droit constitutionnel a subi des transformations.

Section2) L’objet du Droit constitutionnel : l’encadrement juridique du jeu politique

- Définition de J. Gicquel : Le Droit constitutionnel a pour objet l’encadrement juridique


des phénomènes politiques.
- Définition de Vedel : Le Droit constitutionnel est le droit de l’autorité politique.
=> Cela signifie qu’il a pour objet de réglementer l’activité politique et de distribuer les
rôles entre les différents acteurs.
- Au 17e siècle, on limitait le pouvoir au moyen de règles d’organisation pour l’encadrer
et garantir la liberté.
=> Mouvement idéologique baptisé le constitutionnalisme
=> Succès inouï en Occident
- Des institutions politiques sont nées et pour définir la place des citoyens ainsi que les
rapports entre les différentes institutions, a été créé le Droit constitutionnel.
- Le Droit constitutionnel reste une contrainte pour les gouvernants qui s’astreignent
au respect de ses règles dans le cadre de leur pouvoir mais en même temps cela met à
leur disposition un ensemble de mécanismes au service de la conquête de leur
pouvoir.
Exemple : Le droit de dissolution est une prérogative du chef de l’Etat qui peut
renvoyer plus tôt les députés devant les électeurs et ce sont ces derniers qui régleront
le conflit soit à l’avantage du législatif soit à l’avantage de l’exécutif.
=> Le Droit constitutionnel freine les acteurs du jeu politique tout en mettant à leur
disposition des armes pour conquérir ou renforcer leur pouvoir.
=> C’est donc un droit politique sinon même le droit de la politique.
- Le Droit constitutionnel a connu une évolution considérable et son domaine est
devenu vaste. Il n’intéresse plus seulement l’Etat mais aussi les Droits de l’homme qui
protègent les libertés fondamentales de l’homme.
- C’est ce que le doyen Louis Favoreu appelle le Droit constitutionnel substantiel
(limiter le pouvoir).

5
Section 3) Vers un renouveau du droit constitutionnel

Pour analyser les mutations qui ont affecté le droit constitutionnel, depuis sa naissance,
il faut remonter loin dans l’histoire. C’est en 1834 que Guizot2 a créé la chaire du droit
constitutionnel à la faculté de droit de Paris. Cet enseignement, qui a été confié à un
éminent juriste d’origine Italienne Pellegrino Rossi visait à renforcer essentiellement le
nouveau régime fondé sur la charte de 1830 souvent contesté.

Mais l’apparition de droit constitutionnel et son enseignement n’a pas manqué de


réveiller la crainte et la méfiance car son objet tournait autour de l’organisation et le
fonctionnement des pouvoirs publics de l’Etat et à leurs rapports réciproques.
D’ailleurs, c’est pour cette raison que la chaire du droit constitutionnel a été supprimée
le 8 Décembre 1852 par le second empire.

Toutefois si la chaire de droit constitutionnel a été mise en parenthèse, l’enseignement


de la matière n’a pas pour autant complètement disparu de la pratique. Il va connaitre un
nouveau souffle et un intérêt plus accru sous l’empire de la III République. Au cours de
cette période classique et libérale de nombreux hommes politiques3 ont écrit des
ouvrages concernant le droit constitutionnel réduit le plus souvent en droit
parlementaire , en éclairant le fonctionnement des institutions politiques notamment le
parlement et en échafaudant les notions fondamentales de la théorie générale du droit
constitutionnel telles que la souveraineté nationale, la séparation des pouvoirs, le régime
représentatif ,l’état fédéral etc.…

Mais il va de soi de constater que c’est au cours du XXème siècle que le droit
constitutionnel a subi l’évolution la plus prodigieuse, affectant aussi bien sa nature, son
champ d’application que sa situation par rapport aux autres branches le droit.

Cette évolution est le résultat d’un faisceau de plusieurs facteurs notamment


l’expansion du constitutionnalisme due au phénomène de la décolonisation, le
développement de la justice constitutionnelle et la prolifération des conseils et des cours
constitutionnels dans le monde, la diffusion de l’idéologie des droits de l’homme au
niveau planétaire et l’apparition d’une nouvelle génération des droits et sa
constitutionnalisation, la tendance de plus en plus marquée de la primauté des traités
internationaux sur le droit, la résurgence de l’Etat de droit et son intégration dans le
corpus constitutionnel, la désacralisation de la loi (le législateur n’est pas faillible, le
parlement peut se tromper), la prolifération des textes constitutionnels et leur
modernisation, la chute du mur de Berlin et l’écroulement des régimes communistes de
l’Europe centrale et orientale4….
Depuis le début des années quatre-vingts, une nouvelle tendance doctrinale se
dégage. Elle soutient que le droit constitutionnel moderne doit être conçu comme un
droit de la constitution sanctionné par un juge. Cette tendance va même plus loin pour
affirmer qu’il existe une constitutionnalisation progressive des diverses branches de
2
Homme d’Etat, homme fort du nouveau régime et s’intéressant à « la chose constitutionnelle », il a fait créer cette
chaire de droit constitutionnel par une ordonnance du 22 Août 1834.
3
Notamment Eugène Pierre qui publie en 1893 son célèbre « Traité de droit politique, électoral et parlementaire »,
4
Cf. Louis Favoreu et autres « Droit constitutionnel », Dalloz 2004, p.22

6
droit qui conduit à la relativisation croissante de la distinction entre le droit public et le
droit privé.

Conçu comme un droit, le droit constitutionnel actuel repose sur l’interprétation de la


jurisprudence constitutionnelle. Pour l’étudier, les constitutionnalistes doivent
employer un vocabulaire juridique. L’approche politique devient de ce fait, partielle au
regard de l’ensemble du droit constitutionnel, parce qu’elle repose uniquement sur
l’étude des institutions.

Conçu comme un droit de la constitution, le droit constitutionnel moderne évolue vers


l’autonomie. Devenu jurisprudentiel, il se démarque de plus en plus par rapport au
droit administratif. Certes, les concepts et les techniques utilisés en matière de
contentieux constitutionnel doivent beaucoup au contentieux administratif ou
judiciaire, mais une fois incorporés ils deviennent constitutionnels.

Force est de constater qu’on assiste de plus en plus à « une constitutionnalisation


progressive des diverses branches de droit.5 Le droit constitutionnel n’est plus
uniquement un droit de la constitution, il a tendance non seulement à dominer les
autres branches mais il les dépasse largement. Les branches de droit aussi bien public
que privé reposent désormais sur des bases constitutionnelles. L’expansionnisme du
nouveau droit constitutionnel est accompagné par la montée en puissance d’une
jurisprudence intense des cours et des conseils constitutionnels qui touche
directement ou indirectement l’ensemble de la sphère juridique. Mais la
constitutionnalisation de l’ordre juridique ne signifie pas « impérialisme du droit
constitutionnel » mais veut dire que progressivement la constitutionnalité devient une
donnée incontournable de l’ordre juridique applicable à l’ensemble de l’ordre
juridique et susceptible de l’influencer sur beaucoup de nombre de points 6. Ainsi, « le
droit aura une seule constitution, une seule armature ou charpente le soutenant tout
entier ».

5
Cf. Louis Favoreu et autres « Droit constitutionnel », Dalloz 2004, p.22,p.420.
6
Cf. L.Favoreu in « l’apport du Conseil Constitutionnel, droit de la constitution et constitution du droit », RFDC
n°1990., p.88.

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CHAPITRE II : L’ETAT

Sujet de prédilection du droit constitutionnel, l'Etat est à la fois une idée et un fait, une
abstraction et une organisation.
De nos jours, il est une réalité aisément et immédiatement perceptible. On ne le
touche pas, mais sa présence est sensible dans la vie de tous les jours

Section 1 : La notion d’Etat


Qu’est-ce que l’Etat ? A quelles conditions existe-t-il ?

§1) Définition
Le terme d’Etat a un sens équivoque (≠ univoque c'est à dire unique), il recouvre
plusieurs sens.
Par ex, pour le géographe il désigne un territoire, un espace géographique c'est à dire
la localisation d’une population donnée alors que pour le juriste c’est d’abord une
construction juridique.

A) La conception juridique
- On parle de construction juridique car c’est une représentation de l’esprit, une fiction
juridique et pas un être de chair, une personne physique.
- C’est devenu une idée, un concept et il n’existe pas car c’est une construction du
Droit.
- Raymond Carré de Malberg (grand juriste) : un être de droit en qui se résume
abstraitement la collectivité nationale c'est à dire une personne morale par opposition
à une personne physique.
- Conceptualisation de l’Etat : c’est donner une existence et une capacité juridique
indépendamment de la personne de ceux qui gouvernent.
=> On a construit l’Etat et doté de qualités morales.
- Définir l’Etat comme personne morale détaché de la personne physique des
gouvernants cela implique qu’ils ne sont pas propriétaires de leur fonction et que celle-
ci peut leur être retiré car ce sont les fonctions de l’Etat et qu’ils sont seulement
investis de cette fonction.
=> Les décisions ne sont pas prises par les dirigeants mais par l’Etat lui-même.
=> On obéit à la règle est pas à celui qui l’a édictée et adoptée, on obéit au Parlement.
=> Cela permet de distinguer le patrimoine de l’Etat de celui des gouvernants (càd les
biens).
- L’intérêt c’est de faire de l’Etat une personne, une entité juridique.
- L’Etat possède une existence juridique qui lui permet les mêmes possibilités d’action
qu’une personne physique (posséder des biens, contracter des dettes, etc.) et cela
permet sa représentation sur le plan international (G8)
- L’Etat survit à ses gouvernants mais aussi aux gouvernés.
«On meurt et l’Etat demeure».
- Définir l’Etat comme une personne juridique ne suffit pas à en faire apparaître sa
spécificité.

8
- Pour les juristes, sa spécificité c’est qu’il détient le pouvoir politique et au nom de qui
ce pouvoir s’exerce car cela le distingue des autres personnes morales.
«L’Etat c’est le pouvoir institutionnalisé» (G. Burdeau)
- L’Etat c’est le pouvoir politique.
=> La dissociation du pouvoir politique de la personne de ceux qui exercent ce pouvoir
a constitué un progrès.
=> Des sociologues ont contesté l’idée que l’Etat fut une construction juridique et n’y
voyaient qu’un fait et non pas une construction du Droit (Max Weber pour l’All et Louis
Duguit pour la France).

B) L’approche sociologique

- Selon Louis Duguit, l’Etat est un pur produit de la force, un fait de domination dont le
Droit ne peut que constater l’existence mais en aucune façon le créer.
- Selon Max Weber, l’Etat est un groupement politique et non pas une personne
juridique mais qu’il faut malgré tout distinguer des autres groupements politiques par
le moyen spécifique à l’Etat c'est à dire la violence physique.
- Cela signifie que l’Etat est l’unique source du droit à la violence et que les autres
groupements n’ont le droit de faire appel à la violence que dans la mesure où l’Etat le
tolère.
- L’Etat va donc se définir sociologiquement comme le groupe politique qui revendique
avec succès le monopole de la violence physique légitime c'est à dire reconnue comme
telle par les gouvernés.
Exemple : L’état de légitime défense
- L’Etat dispose du monopole de la contrainte organisée c'est à dire qu’il est le seul à
pouvoir édicter les règles de droit. Si d’autres institutions venaient exercer ce pouvoir,
l’Etat n’existerait plus.
- Cela ne signifie pas que d’autres institutions ne puissent pas édicter des règles et les
faire respecter mais doivent le faire dans le respect de l’ordre public c'est à dire l’Etat

Résumé :
C'est une personne morale de droit public
Personne Morale :
Entité abstraite
Entité permanente : au-delà des gouvernements…

Section 2 : Eléments constitutifs


- On est en présence d’un Etat lorsque sont réunis trois éléments nécessaires et
suffisants que sont
La population, le territoire et la souveraineté
- Si l’un de ces éléments manque, l’Etat n’est pas constitué (conditions cumulatives)
mais s’ils sont réunis l’Etat est nécessairement constitué au sens du droit international
et constitutionnel.

9
§1) La population de l’Etat

- Il ne peut pas y avoir d’Etat sans population c'est à dire sans habitants.
- On identifie également la population d’un Etat à une nation (le terme d’Etat nation
apparaît au 19e)
«L’Etat est la personnification juridique d’une nation» (Esmein)
- Nation : il n’y a pas de définition unanime
- En effet, 2 conceptions se sont opposées au 19e siècle :
- Conception objective (allemande)
- Conception subjective (Française)
- La conception objective fait de la nation le produit nécessaire d’éléments objectifs
(par ex la race, la langue, la religion) et une fois réunis, la nation est nécessairement
constituée (cette conception a conduit au génocide juif).
- La conception subjective n’écarte pas les éléments objectifs mais les combinent avec
des éléments subjectifs (la mémoire commune ou une communauté d’intérêt par ex).
=> Approche volontariste
- Pour les auteurs français, pour que la nation soit constituée il faut un «vouloir vivre
collectif» (Renan) c'est à dire une volonté de vivre ensemble et de s’associer pour un
destin collectif commun indépendamment des différences qui peuvent exister entre
les membres de cette nation.
- Définition de la nation : groupe d’homme dont l’union, la solidarité repose sur des
liens à la fois matériels et spirituels puis qui se conçoivent comme différents des
individus qui forment les autres groupements nationaux.
- Est-ce que tous les Etats forment une nation ?
- Il est vrai que dans la plupart des pays européens (--- l’exception de la France) la
nation a précédé l’Etat mais dans le Tiers-monde c'est l’Etat qui a précédé la nation
(colonisation et décolonisation, ignorance des ethnies).
- La nation allemande fut écartelée entre deux Etats, la RFA et la RDA et de même pour
la Corée.
- La Yougoslavie réunissait plusieurs nations

=> Coïncidence entre Etat et nation est présupposée mais ne résiste pas à l’examen
=> Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et principe des nationalités.
=> Toute nation devrait avoir droit à un Etat mais ce n’est pas le cas (préceptes du
droit inter.)
=> Les Etats nation sont minés par des revendications linguistiques, sociales …
=> Limités par la mondialisation des échanges
§2) Le territoire de l’Etat
- On peut concevoir les territoires sans Etat (l’Antarctique par ex) mais le territoire est
une condition nécessaire pour constituer un Etat (L’ONU ne reconnaît que les Etats)
- Ce territoire va situer l’Etat dans l’espace et va être délimité par les frontières c'est à
dire des limites linéaires et stables (apparition des travaux cartographiques au 16 e
siècle).

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- Il existe les frontières naturelles (chaînes montagneuses) et les frontières artificielles
(traités)
- Le territoire c’est un espace à 3 dimensions
- Terrestre
- Maritime (mers territoriales)
- Aérienne (au-dessus des frontières terrestres)
=> Cette population et ce territoire doivent être soumis à la souveraineté, forme
politique du pouvoir

§3) La souveraineté de l’Etat

- L’Etat exerce de manière effective, sur une population rassemblée en un territoire


déterminé, un pouvoir politique d’une autorité particulière appelée la souveraineté.
- L’Etat n’est subordonné à aucun autre pouvoir, c’est le pouvoir le plus élevé dans une
société
- Il est souverain : le plus grand des pouvoirs
- La souveraineté c’est l’idée qu’en dehors de cette limitation qu’il aurait consentie,
l’Etat dispose de la compétence de sa compétence c'est à dire qu’il décide seul et
librement du champ de son action, il intervient quand il veut, où il veut et comme il
veut.
- La souveraineté c’est l’apanage de l’Etat c'est à dire qu’elle lui appartient en propre,
en exclusif et aucun autre pouvoir ne peut la revendiquer.
=> La souveraineté de l’Etat c’est un pouvoir de droit initial, absolu et suprême ainsi
que perpétuel et indivisible.
- Pouvoir de droit : s’inscrit dans un ordre juridique que l’Etat fonde, c’est pourquoi il
est dit initial
- Pouvoir absolu : il ne connaît aucune limitation et aucune condition
- Pouvoir suprême : il n’existe aucun pouvoir supérieur à l’Etat
- Pouvoir perpétuel : le pouvoir de l’Etat survit à la personne du souverain
- Pouvoir indivisible : la souveraineté ne peut être divisée entre plusieurs titulaires, il
n’y a qu’un seul souverain même si l’Etat se divise en plusieurs fonctions que sont les
organes de l’Etat qui peuvent être exercées par différentes autorités.
- Jean Bodin est à l’origine de la notion de souveraineté dans son ouvrage intitulé De la
République publié en 1576.
- Au 16e siècle, elle est destinée à affirmer la suprématie du roi sur tous les autres
pouvoirs notamment sur le saint empire germanique et sur le saint siège.
=> C’était affirmer l’indépendance de la France et sa suprématie vis-à-vis de tous pays
étrangers
- La souveraineté c’est le pouvoir et la puissance de l’Etat à l’égard de son territoire et
des personnes qui y sont rattachées.
- L’Etat assume seul les marques de sa souveraineté c'est à dire les attributs qui lui
appartiennent en propre, autrement dit les droits de législation et de réglementation,
les droits de justice et de police, les droits de battre monnaie, le droit de lever et
d’entretenir une armée…

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- Autant d’attributs qui sont des fonctions régaliennes* c'est à dire les fonctions du
souverain.
- Ces attributs ne peuvent pas être assumés par un autre pouvoir
=> La souveraineté présente un aspect extérieur (indépendance absolue) et un aspect
intérieur (c le pouvoir le plus élevé, suprématie)
=> La notion de souveraineté est fondamentale
- Le droit de législation et de réglementation : L’Etat a le pouvoir de fixer un certain
nombre de règles et d’en imposer le respect à sa population.
- Il dispose donc d’un pouvoir normatif c'est à dire le pouvoir d’édicter des normes
autrement dit des règles de droit.

Section 3 : Les formes de l’Etat


La forme juridique de l’Etat désigne son organisation juridique alors que la forme du
gouvernement de l’Etat désigne son régime politique.
- On dénombre plus de 190 Etats dans le monde et il existe des variétés d’Etat si l’on
considère leur degré d’unification juridique c'est à dire la forme juridique qu’ils
revêtent.
- Soit l’Etat compte un seul centre de pouvoir et on parle d’Etat unitaire (la France par
exemple)
- Soit l’Etat superpose plusieurs Etats et on parle d’Etat composé (Les Etats-Unis par
exemple)
=> Cette distinction est utile mais théorique car elle ne résiste pas toujours à
l’examen.
- L’Etat composé connaît 2 types d’organisation : la confédération et la fédération

§1) L’Etat unitaire

- C’est l’Etat dans lequel existe un seul centre de pouvoir c'est à dire l’unité du pouvoir
de décision.
- Tous les habitants sont soumis à une même et unique organisation juridique et
politique.
- C’est ainsi que l’on y trouve un parlement unique, des lois qui s’appliquent à tout le
territoire, un seul chef d’Etat et un seul Droit (un seul droit privé et un seul droit
public) car une seule constitution.
=> C’est la forme d’Etat la plus répandue dans le monde (Maroc, France…)

A) Les modalités d’organisation de l’Etat unitaire


1) La déconcentration
C’est le transfert de compétences administratives du pouvoir central à l’échelle locale
non plus à des conseils locaux élus par les citoyens mais à des agents nommé par le
pouvoir central lui-même et qui lui sont strictement soumis (par ex gouverneur, entités
déconcentrées : directions régionales des ministères…)
=> Ce sont des emplois à la discrétion du pouvoir, ils peuvent être révoqués à tout
moment
- Il est indispensable de rapprocher le pouvoir de décision de l’administré

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- Il s’agit de mettre en place une administration de proximité.
=> Pouvoir Central
=> Relations hiérarchiques dans la déconcentration
- Importance du pouvoir de nomination
- Subordination hiérarchique
- Notions d’instruction, de réformation, etc…

2) La décentralisation
- Cependant il existe des différences entre les Etats unitaires selon qu’ils sont
centralisés ou décentralisés.
- L’administration d’un Etat centralisé implique que toutes les décisions (politiques et
administratives) relèvent du pouvoir central et uniquement de lui.
- En revanche, l’administration d’un Etat décentralisé implique que certaines décisions
sont prises à l’échelon local par des autorités élues par les citoyens.
Le processus de décentralisation se définit donc comme un système administratif par
lequel l’Etat accorde à une entité territoriale la personnalité morale et l’autonomie
financière permettant à l’organe délibérant d’assurer la gestion des affaires publiques
au niveau local dans des conditions prévues par la loi.
Au Maroc, l’article 135 de la constitution de 2011 stipule que « Les collectivités
territoriales du Royaume sont les régions, les préfectures, les provinces et les
communes. Elles constituent des personnes morales de droit public et gèrent
démocratiquement leurs affaires ».

La décentralisation est un système assez démocratique parce qu’il permet de faire


participer les administrés à la gestion des affaires qui les concernent directement.

§2) L’Etat régional

Un Etat régional est une forme d’État intermédiaire entre un Etat unitaire et un Etat
fédéral
Il se caractérise par la reconnaissance à des entités régionales d’une réelle autonomie
politique et institutionnelle, notamment un pouvoir normatif autonome.
Contrairement à l’Etat fédéral, l'Etat régional conserve une structure étatique unitaire.

- Le degré le plus élevé de décentralisation c’est l’Etat régional car cela signifie que les
régions vont tirer leur autonomie non pas dans le cadre de la loi mais dans la
Constitution elle-même (norme suprême)
=> Décentralisation poussée à l’extrême comme en Espagne par exemple
Il s’agit d’une forme « ultra-décentralisée de l’Etat unitaire ». Etat régional ou
autonomique) ou de la dévolution reconnait une réelle autonomie aux entités locales
(constitution italienne de 1947 dont la révision de 2001 accroit le régionalisme de
l’Etat, constitution Espagnole de 1978)
Les régions selon le modèle espagnol et italien sont pourvues d’institutions quasi
politiques, disposent d’un pouvoir législatif (régional) et leur compétences sont
protégées par le juge constitutionnel (compétences entre l’Etat et les communautés
autonomes et entre communautés eux-mêmes).

13
Il s'agit d'une véritable décentralisation politique : L'Etat reste unitaire, mais il
transfère une partie de ses compétences législatives aux régions autonomes.
Au Maroc (décentralisation administrative), la notion de régionalisation avancée qui
tend à évoluer vers un statut analogue.
Il convient de souligner que l’autonomie des entités locales de l’Etat régional est très
contrôlée: contrôle de constitutionnalité et contrôle de légalité sur les actes législatifs
ou administratifs des communautés autonomes (Espagne), contrôle de
constitutionnalité des lois régionales et des actes administratifs de la région (Italie)

§3) Les Etats composés


a) La confédération

- On parle d’abord de confédérations mais c’est une forme très rare qui précède
souvent la fédération.
- C’est le point de passage obligé de nombreux Etats.
- La confédération désigne une association d’Etats souverains qui décident par un
traité d’exercer en commun un certain nombre de compétences et d’unifier ou de
coordonner leur politique en ces domaines.
- Dans la mesure où l’Etat réside dans un traité, il ne peut être modifié qu’avec l’accord
unanime des Etats partis à la confédération.
--- Chaque Etat a un représentant et cela forme une assemblée qui prend les décisions
à l’unanimité de ses membres (par ex le Commonwealth est une confédération)
--- L’UE est une organisation internationale, régionale (l’Europe) et spécialisée car elle
intervient dans certains domaines seulement.
--- Au départ, il y a eu une association d’Etats souverains européens en un système
confédéral en 1951.
--- L’UE emprunte les traits d’une confédération mais s’engage de plus en plus dans la
voie du fédéralisme.
=> La confédération se dissout ou se transforme en fédération.

b) L’Etat fédéral
La fédération c’est une union d’Etats au sein de laquelle un nouvel Etat se superpose
aux autres.
--- On peut dire que c’est une construction à 2 étages :
· Au 1er étage on trouve les Etats fédérés c'est à dire les Etats membres de
la fédération
· Au 2nd étage on trouve l’Etat fédéral qui se superpose aux Etats fédérés
sans les absorber
--- On parle de länder en Autriche et en Allemagne, de régions en Belgique, de
provinces au Canada ou de Cantons en Suisse…
--- A la création de l’Etat fédéral, les unités fédérées abdiquent leur souveraineté
internationale qui devient aussitôt l’apanage de l’Etat fédéral.
--- Les unités fédérées ne sont donc plus à proprement parler des Etats mais elles
conservent des attributs de la souveraineté car elles élaborent leur propre constitution
dans la mesure où celle-ci respecte la constitution fédérale.

14
--- De même, elles conservent leur propre organisation politique (exécutif, législatif,
judiciaire) avec pour chacune d’entre elles un gouverneur, un parlement et une Cour
Suprême et elles ont également leur propre organisation juridique c'est à dire qu’elles
fixent librement les règles de droit dans les domaines de compétences qui leur sont
dévolues par la constitution de l’Etat fédéral.
=> L’Etat fédéral est supérieur aux unités fédérées, c’est le principe de suprématie
=> L’unité fédérée obtient une autonomie garantie et reconnue par la constitution
fédérale, c’est pourquoi elle conserve son titre d’Etat mais il existe des dérogations au
principe.
--- L’Etat fédéral apparaît en 1787 aux Etats-Unis.
--- En effet, des Etats souverains préexistants et déja associés ont décidé de s’unir pour
constituer une confédération qui deviendra par la suite une fédération.
=> On parle de processus d’association c'est à dire l’union entre plusieurs Etats
souverains (USA, Suisse…)
=> De même il existe un processus de dissociation (Belgique par ex) où l’Etat fédéral va
naître de l’éclatement, de l’implosion interne de l’Etat unitaire par les collectivités
(flamands contre wallons).
--- L’intérêt de la fédération réside dans le fait que cela rapproche des populations aux
origines communes et qui font l’expérience d’une vie commune.
--- Par contre, dans le processus de dissociation on confère à chaque minorité de l’Etat
un statut spécifique c'est à dire qu’il conserve son identité, sa spécificité sans avoir à
renoncer aux avantages d’un Etat unique, on parle alors d’unité dans la diversité.
--- L’acte fédéral c'est la constitution et dans cette constitution sont inscrits les 2
principes qui vont gouverner entre le nouvel Etat fédéral et les unités fédérées, le
principe d’autonomie et le principe de la participation.

1) Les principes régissant le fédéralisme :

Le principe de superposition :

Les Etats fédérés adoptent la même forme de l’organisation de l’Etat fédéral- en cas de
conflit c la constitution fédéral qui l’emporte
Le principe d’autonomie
- Il s’agit de la liberté laissée aux Etats fédérés qui disposent alors de
compétences propres dans lesquelles la fédération ne doit pas intervenir.
- Ils tiennent ces compétences de la constitution fédérale et pas de la loi c'est à
dire qu’ils ne dépendent pas de la bonne volonté du pouvoir central car la
révision de la constitution nécessite l’accord des Etats fédérés.
--- La constitution fixe et énumère la liste des compétences attribuées à un Etat
fédéral.
=> On parle de compétences d’attribution ou d’exception
=> Les autres compétences vont aux Etats fédérés, on parle de compétences générales
de droit commun
=> Le processus peut être inversé

15
--- En Allemagne, il existe une formule qui prévoit un domaine ouvert c’est les
compétences partagées ou concurrentes pour l’exercice desquelles peuvent intervenir
les Etats fédéraux et les Etats fédérés.
=> Priorité accordée à l’Etat fédéral
=> C’est la source de conflits d’interprétation et de répartition des compétences
=> L’Etat fédéral institue une juridiction qui doit protéger le fédéralisme en réglant les
conflits et qui respecte la répartition des compétences (aux USA c’est la Cour Suprême
qui s’en occupe).
--- On peut dire qu’une ligne de fracture sépare les compétences externes réservées
aux Etats fédéraux et les compétences internes revenant plutôt aux Etats fédérés.
=> Les affaires internationales, la défense, la finance et l’économie sont le noyau dur
des compétences attribuées aux Etats fédéraux.

Le principe de participation
- Ce principe est reconnu aux Etat fédérés en contre partie de la perte de leur
souveraineté.
- C’est le droit de participer à la politique de l’Etat fédéral qui va s’exercer par le
biais des représentants d’Etats fédérés au sein des instances fédérales.
- Ils sont représentés par une des 2 chambres parlementaires (Sénat des E-U,
Bundesrat en Allemagne…)
- La seconde représentant la population de l’Etat.
- Le principe c’est que les attributions de la chambre des Etats fédérés soient
réelles et importantes pour qu’ils puissent participer au pouvoir législatif
fédéral.
=> On parle de bicaméralisme (ou bicamérisme) pour désigner le fait qu’un Etat
possède 2 chambres
- Les Etats fédérés sont associés aux révisions de la constitution c'est à dire qu’ils
possèdent le pouvoir constituant dérivé car quel que soit la procédure retenue elle
doit être approuvée par une majorité qualifiée d’Etats fédérés et c’est la garantie que
le pacte fédéral ne pourra renier l’autonomie accordée.
- Ils participent aussi à la désignation du titulaire du pouvoir exécutif (élection du
président des Etats unies par exemple).

On peut conclure à ce propos qu’Il y a cependant une tendance au resserrement des


liens fédéraux c'est à dire une prédominance sur les Etats fédérés.
Les Etats fédéraux connaissent un mouvement centripète c'est à dire que le pouvoir
tend de plus en plus à remonter vers eux qui restent les mieux à même à régler les
problèmes économiques et sociaux.
Ce mouvement s’oppose au mouvement centrifuge que connaissent les Etats unitaires
c'est à dire que le pouvoir central transfert toujours d’avantage de compétences aux
collectivités territoriales.
Cela signifie qu’un Etat unitaire fortement décentralisé est beaucoup plus proche de
l’Etat fédéral que du modèle unitaire.

16
Chapitre 2 : La Constitution : Etablissement et révision des constitutions
Au cours de ces trois à quatre dernières décennies, les constitutions et leur élaboration
ont suscité beaucoup de préoccupations. L’ordre mondial a considérablement évolué
durant cette période ; la fin du colonialisme et l’avènement de nouveaux États, la fin
des régimes militaires, l’effondrement du communisme et les actions menées en vue
de mettre fin aux conflits civils, en particulier au sein des États multi-ethniques, sont
autant de facteurs qui ont contribué à la naissance des constitutions7.
La diversité des contextes dans lesquels elles ont été élaborées démontre à quel point
la finalité première d’une constitution peut varier : construction de la nation avec
l’émergence d’un nouvel État, consolidation de la démocratie avec le retour des
militaires dans les casernes ou le renversement de présidents autocrates, libéralisme
et création de marchés privés avec la fin du communisme, paix et coopération entre
les communautés pour mettre fin aux conflits internes, etc. Ces objectifs déterminent
l’orientation de la constitution, et souvent son processus d’élaboration.
Les constitutions dépendent parfois du contexte qui prévaut dans un pays. En effet, la
conception, la compréhension et, par conséquent, le respect de la constitution sont
liés à l’histoire du pays, et à la mesure dans laquelle la confiance dans la loi et son
respect constituent un mode d’organisation de la société et de l’État.
Section 1 : Notion de constitution
La Constitution est une norme qui se situe au sommet de la hiérarchie des normes. Elle
constitue un ensemble de règles qui déterminent la forme de l’Etat, ainsi que la
dévolution et l’exercice du pouvoir, garantit les droits fondamentaux
La Constitution représente la source privilégiée du droit constitutionnel. Elle régit
l’organisation et le fonctionnement des principaux organes de l’appareil étatique (le
Parlement, le gouvernement et la justice).
Elle se présente sous la forme d’un texte soumis à une procédure spéciale
d’élaboration et de révision”.
Exemples des constitutions :
• Constitution des USA (17 septembre 1787);
• 2. Constitution française (4 octobre 1958);
• 3. Constitution marocaine (2011);
• 4. Loi Fondamentale de la RFA (23 mai 1949);
• 5. Constitution italienne (27 décembre 1947);
• 6. Constitution japonaise (3 novembre 1946);
• 7. Constitution russe (12 décembre 1993);

Section 2 : Types de constitution

7
Michele Brandt, Jill Cottrell, « Le processus constitutionnel : élaboration et réforme Quelles options » ? Edition
interpeace 2015

17
 Constitutions formelles
- Le critère formel permet de distinguer la Constitution des autres actes
juridiques du fait de la procédure spécifique de son élaboration.
- Les règles y afférentes sont plus complexes que celles exigées pour
l’élaboration des autres textes.
 Constitutions matérielles
- Le critère matériel de distinction se fonde quant à lui sur le contenu qui,
par nature, présente un caractère constitutionnel;
- Tel est le cas des règles relatives à la forme de l’Etat, aux droits et libertés
fondamentaux ainsi qu’à l’organisation du pouvoir.
 Constitutions souples
- Ce sont celles qui peuvent être adoptées ou modifiées suivant les mêmes
règles et formes que la loi ordinaire;
- Aucune condition procédurale particulière n’est exigée pour y introduire
des amendements.
 Constitutions rigides
- Celles qui exigent une procédure plus stricte pour leur adoption ou leur
modification;
- Une Constitution rigide ne peut en principe pas être modifiée par une loi
ordinaire.
 Constitutions écrites
- Il s’agit des cas dans lesquels l’ensemble des règles a portée
constitutionnelle sont rassemblées dans un seul texte de forme écrite;
- Ces textes sont également qualifiés de Loi Fondamentale
 Constitutions coutumières
- Ce sont des Constitutions non écrites;
- Les règles coutumières de fonctionnement des organes politiques ont été
essentiellement forgées par la pratique;
- C’est le cas de la G.B. ou la Constitution est coutumière (quoique
composée de textes écrits).
Section 3 : établissement et révision des constitutions
Le pouvoir constituant est le pouvoir qui crée ou révise une Constitution. C'est
l'organe bénéficiant de la compétence constitutionnelle. On le distingue entre pouvoir
constituant originaire et pouvoir constituant dérivé.
§1) Etablissement des constitutions

Lorsque l'on parle de l'élaboration de la constitution, on fait directement allusion au


pouvoir constituant originaire qui se défini comme étant ce pouvoir qui intervient pour
élaborer une constitution. Le pouvoir constituant est un pouvoir initial et
inconditionné.il intervient dans un espace de vide juridique.il est aussi un pouvoir qui
bénéficie d'une liberté totale et illimité.

18
Le pouvoir constituant originaire intervient donc chaque fois que se fonde un Etat
nouveau, ce qui se produit dans trois circonstances :

-il y a d'abord Etat nouveau lorsque, sur un territoire déterminé, il n'y avait pas d'Etat
et qu'il s'en crée un.de nos jours, la formation de nouveaux Etats est devenue
beaucoup plus fréquente en raison de l'accession à l'indépendance d'un grand nombre
de pays.

-il y a également formation d'un Etat nouveau lorsque plusieurs Etats jusque-là
indépendants décident de se fédérer. C'est ainsi notamment qu'ont été établies la
constitution fédérale des Etats-Unis en 1787.

-il y a enfin apparition d'un Etat nouveau, au regard du droit constitutionnel, lorsqu'un
régime s'effondre complètement à la suite d'une révolution ou d'une guerre.

§2) Modes d'élaboration des constitutions

Généralement il existe trois modes d'élaboration des constitutions ; à savoir : les


modes autoritaires, les modes semi démocratiques, et les modes démocratiques.

A) Les modalités autoritaires :

Ici le peuple est mis à l'écart. C'est donc une exclusivité des gouvernants et le peuple
ne fait que l'objet d'une ratification ou d'un habillage populaire. Les modes autoritaires
en question sont l'octroi et le plébiscite. Dans le premier, le titulaire du pouvoir
(monarque) détenteur du pouvoir constituant originaire accorde par sa seule
volonté une constitution à ses sujets. (Charte constitutionnelle du 04 juin 1814
octroyée aux français par Louis XVIII. Dans le second, le peuple intervient juste pour
approuver un texte dont il connait ni les tenants ni les aboutissants.

B) Les modalités semi-autoritaires


 L’élaboration de la constitution est le résultat d’un pacte entre un homme et
une assemblée plus ou moins représentative qui exclut le peuple de ce
processus. La charte du 14 aout 1830 correspond à ce modèle.
 La constitution est établie par un homme ou un petit groupe d’hommes qui
n’ont pas été choisis par le peuple pour cette mission et qui font ratifier le texte
par le peuple dans des conditions peu démocratiques. (Constitution de 1962)

C) Les modes démocratiques

Elles consistent à associer le peuple à l’établissement des constitutions, le peuple est


reconnu comme source du pouvoir, le pouvoir constituant devrait en bonne logique lui
appartenir.

La participation du peuple peut revêtir trois formes :

19
o Le peuple est appelé à élire une assemblée constituante chargée spécialement
et uniquement de l’élaboration du projet de constitution (assemblée ad hoc).
Une fois rédigé, le texte sera soumis au peuple pour approbation. C’est le
procédé le plus démocratique.
o Le peuple est invité à élire une assemblée constituante qui aura pour charge
d’élaborer et d’adopter la constitution. Ici la participation du peuple se limite à
l’élection de la constituante.
o Le projet de constitution est préparé par l’exécutif qui joue le rôle du pouvoir
constituant originaire et soumis au référendum populaire. C’est les procédés le
moins démocratique.

§3) La révision de la Constitution


Un texte constitutionnel étant adopté pour répondre aux besoins des gouvernés à une
époque déterminée, doit être adapté à l’évolution de la société et doit par conséquent
être modifié en fonction des nouvelles aspirations du peuple et des nouvelles réalités
politiques. C’est pourquoi, une constitution ne peut être immuable, mais évolutive.
C’est la raison pour laquelle une procédure de révision est prévue dans les
constitutions écrites
La révision de la Constitution peut être partielle ou totale. Elle est partielle lorsque la
révision concerne certains articles de la constitution. Elle est totale lorsque la révision
consiste à l’élaboration d’un nouveau texte ou à la refonte de la constitution.
La révision de la constitution relève du pouvoir constituant dérivé. Le pouvoir
constituant dispose d'une compétence de révision de la Constitution, qui doit obéir à
des conditions de forme (procédure pour réviser la Constitution) et à des conditions de
fond (portée de la révision envisagée). L'étude du pouvoir constituant dérivé est donc
liée à l'étude des révisions constitutionnelles.
Le terme d'institué est établi en référence aux institutions qui disposent de ce pouvoir
constituant. Le terme de dérivé, lui, permet d'insister davantage sur le fait que ce
pouvoir constituant tient son fondement du pouvoir constituant originaire lui-même,
par le moyen de la Constitution.

La révision de la constitution implique la distinction entre une constitution souple et


une constitution rigide.
La place donnée au pouvoir constituant dérivé est donc caractéristique du caractère
souple ou rigide de la Constitution, c’est-à-dire de la facilité à réviser la Constitution. Si
le pouvoir constituant dérivé dispose d'une large compétence, la Constitution peut
raisonnablement être considérée comme souple. Si au contraire, cette révision par le
pouvoir constituant dérivé est difficile, la Constitution peut être considérée comme
rigide.

20
• Constitutions souples et rigides
La distinction est basée sur la facilité avec laquelle on révise la constitution, c'est une
différence de degré (par opposition à une différence de nature).
La constitution souple :

 peut être modifiée selon les formes et les procédures de la loi ordinaire. Elle ne
nécessite donc pas de modalités particulières pour sa révision car elle se révise
aussi facilement qu'une loi se vote.
 elle est compatible avec la vision d'État de droit. Mais elle peut être
dangereuse pour les citoyens (la liberté peut être facilement modifiée).
La constitution rigide :

 nécessite le respect de procédures spécifiques (comme le vote à une majorité


qualifiée et par la CR et la CC.
 une différence s'opère entre le pouvoir constituant et le pouvoir législatif.
Article 172
• L’initiative de la révision de la Constitution appartient au Roi, au Chef du
Gouvernement, à la Chambre des Représentants et à la Chambre des
Conseillers.
• Le Roi peut soumettre directement au référendum le projet de révision dont Il
prend l’initiative.
Article 173
• La proposition de révision émanant d’un ou de plusieurs membres d’une des
deux Chambres du Parlement ne peut être adoptée que par un vote à la
majorité des deux tiers des membres la composant.
• Cette proposition est soumise à l’autre Chambre qui l’adopte à la même
majorité des deux tiers des membres la composant. La proposition de révision
émanant du Chef du Gouvernement est soumise au Conseil des ministres après
délibération en Conseil de Gouvernement.
Section 4 : la protection de la constitution : contrôle de la constitutionnalité des lois
La constitution étant le statut de l’Etat, le cadre juridique de l’action des
pouvoirs publics et des droits fondamentaux, elle doit être protégée. Si le pouvoir
politique dispose des moyens juridiques ordinaires et exceptionnels pour faire face à
des tentatives de déstabilisation, le problème se pose néanmoins à l’égard des
pouvoirs publics au cas où ils tenteraient de se soustraire à la constitution.

Dans de nombreuses régions du monde, cette fin de siècle a été marquée par la
revendication de l'Etat de droit. La justice constitutionnelle, dont la tâche première est
de veiller à ce que les lois respectent la Constitution et les droits fondamentaux,
apparaît comme l'un des éléments majeurs de ce processus d'encadrement juridique
des systèmes politiques.

21
Ce contrôle juridictionnel de la constitution incombe donc selon les Etats soit à
un tribunal constitutionnel (Espagne), ou à une cour constitutionnelle (Allemagne
fédérale, Italie) soit à une cour suprême8 (USA), soit enfin à un Conseil constitutionnel9
(le Maroc et la France).

Section 1. Les mécanismes de contrôle

A) Le contrôle par voie d'action


Le contrôle par voie d'action est un contrôle de la conformité d'une norme considérée
par rapport à la norme constitutionnelle après contestation directement adressée à la
norme en question, utilisé uniquement dans des fins d'abrogation ou de réforme de
celle-ci.
Ce contrôle est exercé sous la forme d'un recours direct devant le juge constitutionnel.
Le moment de contrôle peut avoir lieu avant l'entrée en vigueur de la norme

B) Le contrôle par voie d'exception


Le contrôle par voie d'exception est un contrôle de la conformité d'une norme
considérée par rapport à la norme constitutionnelle incidemment à un problème
juridique. La contestation de la norme en question n'est alors que la conséquence d'un
problème juridique autre.
Le recours par voie d'exception est un recours défensif, au cours d'une procédure, par
lequel l'une des parties conteste la constitutionnalité, la légalité ou la validité d'une loi
dont elle souhaite écarter les conséquences juridiques à son égard.
La voie d'exception est opposée à la voie d'action, qui vise à obtenir directement
l'annulation ou la réformation de l'acte contesté. En effet, contrairement au recours
par voie d'action, la voie d'exception appelle un jugement revêtu de l'autorité relative
de chose jugée, qui n'a donc pas d'effet erga omnes.
(Effet erga omnes : autorité absolue de la chose jugée, l'acte non-conforme est annulé)
Section 2 : les modalités de saisine
A) Saisine à priori
Le contrôle est dit a priori lorsqu'il porte sur une norme n'étant pas encore entrée en
vigueur dit le contrôle préventif. La saisine a priori est donc nécessairement par voie
d'action. En France, la saisine a priori est obligatoire pour les lois organiques, les
règlements d'assemblée et les propositions de lois soumises au référendum2, et elle

8
Le contrôle de constitutionnalité est assuré par les tribunaux ordinaires. La cohérence de la jurisprudence
nationale est assurée quant à elle par la Cour Suprême qui est placée au sommet de la hiérarchie judiciaire
générale.
9
Le Conseil constitutionnel qui sera transformé en Cour constitutionnelle dans le cadre de la réforme
constitutionnelle de 2011.

22
est facultative pour les lois ordinaire avant leur promulgation, les engagements
internationaux avant leur ratification et les lois du pays.
B) Saisine à posteriori
Le contrôle est dit a posteriori lorsqu'il porte sur une norme déjà entrée en vigueur. La
constitutionnalité de la norme est contestée lors qu'elle est appliquée. La saisine a
posteriori est donc généralement une saisine par voie d'exception. Elle est à la base du
modèle américain de justice constitutionnelle, et existe dans le modèle européen par
l'intermédiaire de la question préjudicielle, introduite en France en 2008 avec
la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) et l’exception d’inconstitutionnalité
au Maroc (Constitution e 2011)
La question de constitutionnalité est soulevée devant un juge ordinaire dans un litige
particulier. Le contrôle a posteriori concerne non seulement les lois mais aussi les
décisions juridictionnelles et les actes administratifs.

Section 3 : Nature du contrôle

 Contrôle abstrait
Le contrôle est dit abstrait lorsqu'il est effectué seulement par rapport à la norme
considérée et à la norme constitutionnelle. On vérifie alors que l'intégralité de la
norme soit conforme à la constitution. Le recours direct contre une loi conduit à un
contrôle abstrait.

 Contrôle concret
Le contrôle est dit concret lorsqu'il porte sur la conformité d'un point précis d'une
norme à la constitution, point relatif à un cas d'espèce. Il ne s'agit pas de déclarer la
norme généralement conforme ou divergente à la constitution, mais bien de résoudre
un cas d'espèce grâce au contrôle de la constitution.

 Concentration du contrôle

 Contrôle diffus
On parle de contrôle constitutionnel diffus lorsque plusieurs ou toutes les juridictions
d'un système juridique sont compétentes pour un contrôle constitutionnel. Autrement
dit, il n'est pas dispensable d'avoir une juridiction constitutionnelle dans le mode de
contrôle diffus. Les juges ordinaires examinent la question de constitutionnalité. C'est
le cas pour le modèle américain de justice constitutionnelle. (Etats Unies)
 Contrôle concentré

23
Le contrôle de constitutionnalité concentré est caractérisé par le fait qu'une unique
juridiction est compétente pour ce contrôle, et pour ce contrôle uniquement. C'est le
cas pour le modèle européen de justice constitutionnelle (Cas de la France , Maroc…)
Section 3 : les modalités de contrôle de constitutionnalité au Maroc

Indépendant des autres tribunaux de l’ordre judiciaire, la cour


constitutionnelle10, héritière du Conseil constitutionnel exerce un contrôle
centralisé, a priori et abstrait, destiné à juger la loi plutôt qu’à l’appliquer, il relève
du modèle dit européen et présente au moins dans ses grandes lignes,
beaucoup d’affinités avec le type de contrôle institué en France.

Le contrôle de conformité est la plus importante des prérogatives de la Cour


Constitutionnelle. Il s’agit d’un contrôle de conformité à la Constitution des textes
législatifs (lois organiques11 et lois ordinaires12, des règlements intérieurs des deux
Chambres du parlement et que de celle de certaines institutions Constitutionnelles et
des engagements internationaux. Ce contrôle peut s’exercer à priori ou à postériori.

§1) Contrôle à priori

Ce contrôle est peut s’exercer de manière obligatoire ou facultative:

A) Contrôle obligatoire à l’égard des lois organiques et des règlements


intérieurs du parlement :

- Les lois organiques qui sont déférées devant la Cour Constitutionnelle après
leur approbation par le Parlement et avant qu’elles ne soient promulguées.

- Les règlements intérieurs de certaines institutions constitutionnelles :

Les règlements intérieurs de la Chambre des représentants, de la Chambre


des conseillers, du Conseil économique, social et environnemental ainsi
que ceux des Conseils régis par une loi Organique, sont déférés devant la
Cour Constitutionnelle avant leur mise en application.

10
Au Maroc, la Cour constitutionnelle dispose de d’autres domaines de compétence notamment le contentieux
des élections parlementaires durant la période postélectorale (irrégularités inhérentes aux opérations de vote,
dépouillement…). L’examen des requêtes qui concernent les inscriptions sur les listes électorales relève du
contentieux administratif, alors que le contentieux relatif aux candidatures est examiné par les tribunaux du
droit commun en premier ressort et par le juge constitutionnel en appel (ce qui apporte une primauté de la
Cour et une cohérence de la jurisprudence dans ce contentieux). Les éligibilités, les incompatibilités et les
irrégularités en cours du déroulement matériel des opérations de vote de ces élections sont examinées, en
premier et dernier ressort, par le juge constitutionnel. La Cour constitutionnelle, en tant que juge de référence
des élections politiques, est compétente également pour déclarer les vacances des sièges des parlementaires,
suite à un décès, à une déclaration d’incompatibilité ou à une démission.
11
Soumises à la Cour sur saisine obligatoire du chef du gouvernement
12
Soumises à la Cour sur saisine facultative par le 1/5 des députés ou 40 conseillers.

24
B) Contrôle facultatif à l’égard des lois ordinaires et des engagements
internationaux :

1) Les lois ordinaires:

Elles peuvent être déférées avant leur entrée en vigueur par Sa Majesté le
Roi, le Chef du Gouvernement, le Président de la Chambre des
Représentants, le Président de la Chambre des Conseillers, ou par le
cinquième des membres de la première Chambre ou quarante membres de
la deuxième.

2) Les engagements internationaux :

La Cour constitutionnelle a compétence pour décider de leur conformité à


la Constitution. Si elle déclare qu’un engagement international comporte
une disposition contraire à la Constitution, il ne peut être approuvé. (art 55
constitution 2011)

§2) Contrôle à postériori

Ce contrôle intervient à postériori après la promulgation d’une loi. Il s’agit de


l’exception d’inconstitutionnalité soulevée au cours d’un procès, lorsqu’il est
soutenu par l’une des parties que la loi dont dépend l’issue du litige, porte
atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. Selon l’article 133 de
la Constitution, la Cour Constitutionnelle est compétente pour connaître d’une
exception d’inconstitutionnalité soulevée au cours d’un procès, lorsqu’il est
soutenu par l’une des parties que la loi dont dépend l’issue du litige, porte
atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution.

25
Chapitre IV : la démocratie

La démocratie peut se définir comme le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le


peuple. Autrement dit, la source du pouvoir se situe dans le peuple qui s'exprime par
le suffrage universel. La démocratie, ici entendue dans son sens pluraliste et libéral,
suppose la réunion de certaines conditions. Ainsi, le peuple doit véritablement avoir un
pouvoir de décision; en d'autres termes, il doit avoir le choix, ce qui implique le
pluralisme politique, seul système permettant au peuple de choisir ses représentants.
Cette donnée va de pair avec le libéralisme politique caractérisé par les libertés
fondamentales, comme la liberté de la presse et celle de la communication. La
participation du citoyen au pouvoir (section1) amène, alors, à évoquer plusieurs
problématiques : celles de la distinction entre souveraineté nationale et souveraineté
populaire, entre démocratie directe et démocratie représentative, et celle de la
démocratie semi-directe. Cette participation du citoyen au pouvoir dépend, par
ailleurs, largement du choix du mode de scrutin dans la mesure où il détermine
significativement le résultat des élections (section2). Ainsi, pour simplifier, le scrutin
majoritaire fait apparaitre des majorités stables, tandis que la représentation
proportionnelle permet la représentation de tous les groupes politiques.

Section 1 - La participation du citoyen au pouvoir

§1) Souveraineté nationale et souveraineté populaire

Cette distinction renvoie à la question du titulaire de la souveraineté : ainsi, la


souveraineté nationale l'attribue à la nation, tandis que la souveraineté populaire
l'attribue aux citoyens. La souveraineté nationale peut se définir, selon le professeur
Pactet, comme la souveraineté "confiée à la Nation, être collectif et indivisible, distinct
des individus qui le composent". Cette conception est consacrée par l'article 3 de la
Déclaration de 1789. La souveraineté est ici affectée de certains caractères : elle est
une, indivisible, inaliénable et imprescriptible. Cela signifie que la souveraineté
appartient toute entière à la nation, et non à une partie des citoyens, ou à l'ensemble
des citoyens pris isolément. Par ailleurs, la nation peut déléguer cette souveraineté à
des représentants, mais uniquement de manière temporaire.

Au Maroc, la souveraineté appartient à la nation qui l’exerce directement par voie de


référendum et indirectement par l’intermédiaire de ses représentants. La nation
choisit ses représentants au sein des institutions élues par voie de suffrages libres,
sincères et réguliers13.

Cette conception suppose donc un régime représentatif. A ce propos, les élus


représentent la nation toute entière, et non pas leurs électeurs, ce qui interdit le
mandat impératif. Par ailleurs, le pouvoir de choisir les représentants n'est pas un
droit, mais une fonction qui est déléguée aux électeurs par la nation; cette dernière est

13
Article 3 de la constitution de 2011

26
libre de ne pas l'accorder à tous les citoyens, ce qui autorise, alors, le suffrage
censitaire.

La souveraineté populaire appartient aux citoyens, mais elle est fractionnée entre tous
les individus. Cette conception emporte certaines conséquences. Ainsi, en premier
lieu, elle n'implique pas nécessairement un régime représentatif; en d'autres termes,
elle autorise la démocratie directe ou semi-directe. Par ailleurs, pour les citoyens, le
vote est un droit et non une fonction; ce qui implique le suffrage universel.

Enfin, les élus représentent les électeurs de leur circonscription, et le mandat impératif
ou la révocation des élus sont possibles. La plupart des démocraties combinent ces
deux conceptions. Ainsi, en France, l'article 3 de la Constitution de 1946 postule que
"la souveraineté nationale appartient au peuple". Le régime emprunte, alors, des
éléments à chacune des deux conceptions. Ainsi, le mandat impératif est interdit, et
chaque élu représente la nation. Mais, les idées propres à la souveraineté populaire
ont progressé : le suffrage est universel, l'électorat est un perçu comme un droit, et les
procédés de démocratie semi-directe se sont développés.

§2) Démocratie directe et démocratie représentative

La démocratie directe correspond à un régime ou le peuple exerce directement le


pouvoir. Ce type de régime n'est applicable que dans les Etats fort peu peuplés, ce qui
implique qu'on ne le rencontre que très rarement. Ces procédés peuvent être utilisés
au niveau local, comme cela a été le cas dans quelques cantons suisses il y a quelques
années.

A l'inverse la démocratie représentative implique la désignation de représentants, élus


au suffrage universel, qui sont chargés de décider au nom de la nation. Dans ce
système, l'élu est libre de ses décisions, mais il représente la nation toute entière et
non ses électeurs. Ce système implique la désignation des parlementaires par les
électeurs. Alors que les organes exécutifs peuvent, selon les cas, être désignés soit par
les parlementaires, soit directement par le peuple. Dans le premier cas, les
parlementaires sont, alors, dotés d'un prestige dont ne disposent pas les organes
exécutifs. Ce système suppose, par ailleurs, l'émergence de partis politiques. Mais, il
connait dans certains cas des déviances. Ainsi, dans certaines hypothèses, les
parlementaires peuvent ne plus tenir compte des choix des électeurs, la souveraineté
appartient, alors, véritablement au Parlement. De plus, dans un système ou les partis
politiques sont bien établis, la discipline de vote peut faire de ces derniers la véritable
autorité de décision, affaiblissant ainsi les pouvoirs du Parlement.

§3) La démocratie semi-directe

Ce type de régime combine système représentatif et possibilité pour le peuple de


décider directement. De nos jours, ces procédures d'intervention populaire ne cessent
de se développer. Au titre de ces procédures, figure au premier rang le référendum

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c'est-à-dire la soumission au peuple d'un projet de texte constitutionnel ou législatif.
L'initiative de cette procédure peut être laissée à la discrétion des gouvernants ou
imposée par les textes. Lorsque la réponse à la question posée se fait, non sur la base
du texte soumis, mais sur celle de la personnalité de l'auteur du texte, il y a, dans ce
cas, plébiscite. C'est le cas lorsque l'auteur de la question fait dépendre son maintien
en fonction de la réponse donnée par les électeurs, ou lorsqu'il y a une forte
concentration des pouvoirs entre les mains d'un seul organe.

Une autre procédure est constituée par le véto populaire. Celui-ci permet au peuple,
après dépôt d'une pétition et organisation d'un référendum, de demander l'abrogation
d'une loi. Cette technique peut se muer en révocation populaire, selon les mêmes
conditions, lorsqu'il s'agit de mettre fin au mandat d'une autorité.

La dernière technique est l'initiative populaire qui permet au peuple, après dépôt
d'une pétition, d'adopter un texte constitutionnel ou législatif. Concrètement, le projet
est soumis au Parlement, et si son vote est négatif, le projet est soumis au référendum.
Cette technique est utilisée en Suisse. Ainsi, le peuple peut demander la révision totale
de la Constitution par le dépôt d'une pétition signée par 100 000 personnes. Par la
suite, un référendum est organisé pour savoir s'il y a lieu ou non de réviser la
Constitution. En cas de réponse positive, les assemblées élaborent le projet de
révision, qui est ensuite soumis au peuple par la voie du référendum.

Section 2) Les modes de scrutin

Le choix du mode de scrutin est important dans la mesure où il détermine


significativement le résultat des élections. Ainsi, pour simplifier, le scrutin majoritaire
fait apparaitre des majorités stables, tandis que la représentation proportionnelle
permet la représentation de tous les groupes politiques. Il faut, au préalable, opérer
certaines distinctions.

Ainsi, le système majoritaire correspond à la situation ou le ou les sièges sont attribués


au candidat ou à la liste arrivée en tête. En revanche, la représentation proportionnelle
correspond à la situation ou les sièges sont répartis entre les listes en fonction des voix
obtenues. Ensuite, le scrutin uninominal permet de désigner un seul candidat, alors
que le scrutin de liste permet d'en désigner plusieurs. Enfin, le scrutin peut être à un
ou deux tours.

§1) Les scrutins majoritaires

Ces scrutins sont la plupart du temps uninominal, et plus rarement de liste.

A - Le scrutin uninominal à un tour

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C'est le système pratiqué en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Est déclaré élu le
candidat qui qui a obtenu le plus de voix. L'avantage d'un tel mode de scrutin est de
faire apparaitre très facilement une majorité. Ce système est étroitement lié au
bipartisme : il favorise les grands partis en imposant aux électeurs de voter utile
automatiquement. De plus, lorsque l'on passe du nombre de voix au nombre sièges, ce
type de scrutin a pour conséquence de surreprésenter la formation majoritaire et de
sous-représenter les partis minoritaires.

B - Le scrutin uninominal à deux tours

C'est le système retenu en France pour l'élection des députés. Au premier tour pour
être élu, il faut avoir obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés. Si aucun des
candidats ne dépasse ce seuil, il faut procéder à un second tour ou ne peuvent se
présenter que les candidats ayant obtenu au moins 12,5 % du nombre des électeurs
inscrits. Le candidat élu est celui qui obtient la majorité simple. Ce système permet aux
électeurs de faire valoir leurs préférences politiques au premier tour, puis de porter
leur choix au second tour sur le candidat le moins éloigné de leurs opinions. Il est
d'ailleurs influencé entre les deux tours par les alliances et consignes de vote des
partis, ce qui se traduit le plus souvent par des désistements au profit d'un candidat.

Ce système a permis, depuis 1958, l'apparition de majorités stables, mais il ne permet


pas la représentation des minorités d'une façon adaptée au nombre de suffrages
recueillis par ces dernières.

§2) La représentation proportionnelle

Il s'agit ici de répartir les sièges en fonction du nombre de voix obtenu par chaque liste.
Ce système a l'avantage de permettre la représentation des petits partis. Mais, la
multiplicité des partis nuit à l'efficacité de l'action publique. En effet, aucune
orientation politique claire ne se dégage, ce qui rend d'ailleurs l'alternance difficile. Par
ailleurs, l'émergence d'une majorité stable est difficile à réaliser. De plus, le pouvoir
des partis est renforcé dans la mesure où ce sont eux qui déterminent qui sera élu, en
établissant l'ordre des candidats sur la liste en fonction des résultats des scrutins
précédents. Dans le même sens, l'élu est sous la dépendance étroite de son part du fait
de la discipline de vote qui lui est imposée. Concrètement, la représentation
proportionnelle suppose la répartition des sièges en fonction des voix obtenues par les
différentes listes.

Cette opération commence par la détermination du quotient électoral : celui-ci est


obtenu en divisant le nombre de suffrages exprimés par le nombre de sièges attribués
à la circonscription. Les sièges sont ensuite répartis entre les listes en divisant le
nombre de suffrages obtenus par chaque liste par le quotient électoral. Mais, même
après cette opération, il reste des sièges à pourvoir. Plusieurs méthodes peuvent être,
alors, utilisées : - la représentation proportionnelle approchée suppose une répartition

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des restes à l'intérieur de la circonscription et non sur le plan national. Deux systèmes
sont possibles : celui des plus forts restes (cas du Maroc) et celui de la plus forte
moyenne. - la représentation proportionnelle intégrale suppose une répartition des
restes sur le plan national. Deux systèmes sont possibles : le premier fait du territoire
national une seule circonscription ou sont répartis tous les sièges. Le second système
consiste à additionner les voix non représentées de chaque liste et les sièges sont,
alors, répartis en fonction d'un quotient électoral établi au niveau national.

§3) Les systèmes mixtes

Les scrutins mixtes empruntent des éléments aux systèmes majoritaire et


proportionnel. Ils combinent donc, mais avec une grande diversité, les deux
mécanismes. Il s’agit de cumuler les avantages des deux méthodes et d’en limiter les
inconvénients. Certains systèmes essaient de combiner les avantages du système
majoritaire et de la représentation proportionnelle. C'est le cas de la désignation du
Bundestag en Allemagne, ou du système français des apparentements sous la IV°
République.

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