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Université de Novi Sad

Faculté des lettres

Département d’études romanes

Chaire de la langue et de la littérature françaises

MÉMOIRE DE SÉMINAIRE

La femme et la mer dans Amers de Saint-John Perse

Professeur: Étudiant:
Dr Tamara Valčić-Bulić Čolić Andrijana, 1006/08

Novi Sad, avril 2014

1
Introduction

Dans ce travail de séminaire on abordera le thème de la mer et de la femme dans Amers.


D’abord on commencera par les faits biographiques qui influençaient sur la poésie de Saint-John
Perse, ensuite on parlera d’analyse thématique d’Amers pour voir l’importance de la mer et de
l’amour qui sont les thèmes très fréquents dans la poésie persienne.

2
La vie et l’œuvre de Saint-John Perse

Saint-John Perse (Marie-René-Auguste-Alexis Leger), né le mai 1887 en Guadeloupe, à


Pointe-à-Pitre, est un poète et diplomate français. Il est issu d’une famille riche de Blancs créoles
implantée aux Antilles de très longue date ; sa mère appartenait à une vieille famille antillaise et
son père était avocat.

Pendant ses premières années il a eu une enfance idyllique- la vie à la colonie sur les
plantations de canne à sucre et de café, que sa famille possédait, et aux bords de l’océan
Atlantique. En 1898 sa famille part pour la France et s’installe à Pau, où Saint-John Perse
commence les études secondaires. Là-bas il fait connaissance avec Francis Jammes et Valéry
Larbaud, avec qui il a commencé à s’intéresser à la poésie. Puis, il a eu l’occasion, chez Jammes,
de voir un grand poète, Paul Claudel. C’est la technique poétique et le verset de Claudel qui
influenceront, non directement, sur la poétique persienne. En 1904 il entre à l’Université de
Bordeaux où il étudie le Droit romain, la philosophie et la médicine. Mais, avant la fin de ses
études il a fait son service militaire dans l’infanterie à Pau.

Après la mort de son père il doit choisir une carrière et il se décide pour la diplomatie. Il
avait une carrière très riche : en 1914 il entre au Quai d’Orsay, d’abord il devient le secrétaire
d’ambassade en Chine, puis le bras droit d’Aristide Briand, et enfin le secrétaire du Ministère des
Affaires Étrangères.

En 1940 Saint-John Perse, membre du parti belliciste1, est obligé de quitter ses fonctions et
de s’exiler aux États-Unis. En 1957 il est rentré en France sur la presqu’île de Giens où il meurt
le 20 septembre 1975.

Il a obtenu le Prix Nobel de littérature en 1960. Son œuvre est aussi riche - Éloges (1911),
Anabase (1924), Exil (1941), Poème à l’Etrangère (1942), Pluie (1943), Neiges(1944), Vents
(1946), Amers (1957), Chronique (1960), Oiseaux (1962), Œuvres complètes(1972).

1
Le parti belliciste est un groupe de personnes qui voulaient une guerre avec Allemagne pour récupérer l'Alsace

3
Amers-la structure et l’analyse thématique
Saint-John Perse a consacré une dizaine d’années à son œuvre maîtresse Amers, poème
publié en volume en 1957. C’est le plus long poème en versets qui est considéré comme le
sommet de la poétique persienne. Ce poème, à la structure rigoureuse, théâtralisée sur le modèle
de la tragédie grecque, est composé de quatre parties :

 «Invocation»
 «Strophe»
 «Chœur»
 «Dédicace»

Le titre d’Amers est vraiment difficile à comprendre. Les amers sont les repères ou les
balises qui servent pour la navigation maritime. Il y a plusieurs interprétations du titre dont l’une
est que dans l’amertume de la mer de monde nous devons trouver les amers qui signalent le
chemin salutaire, et la mer nous donne des amers.

Le thème qui domine dans Amers est le thème de la mer, c’est-à-dire que le poème est
construit autour de ce thème. La puissance de la mer symbolise à la fois l’essence de la vie,
l’amour et la création poétique.

La Mer d’Amers

On considère Saint-John Perse comme poète de la mer. On a déjà mentionné qu’il avait
passé son enfance aux bords de la mer et qu’il avait appris très jeune à naviguer. La mer était
toujours présente dans sa vie, même dans sa poésie. Ne sont pas rares les critiques qui pensent
que l’océan Atlantique est décrit dans Amer et pas la Méditerranée, parce qu’ils sont presque
sûres que les Hautes Villes sont les villes américaines.

4
Des Villes hautes s’éclairaient sur tout leur front de

Mer, et par de grands ouvrages de pierre se baignaient

dans les sels d’or du large.2

1) L’image de l’eau dans Amers

Au premier coup d’œil on aperçoit des images magnifiques de la mer. C’est l’image qui est
un moyen très fréquent dans la poétique persienne. Son rôle est de décrire et d’éclairer, de créer
une sensation de l’imagination. Saint-John Perse y donne des images extraordinaires où il
mélange les couleurs et la lumière ;

La mer aux spasmes de méduse menait, menait ses

répons d’or, par grandes phrases lumineuses et grandes

affres de feu vert.3

En ajoutant des qualités sensuelles il crée les images incroyables et une irréalité sensuelle,
même il y mélange des odeurs incompatibles « Mer au parfum d’entrailles femelles et de
phosphore»4

Même, Saint-John Perse, lui-même, compare ses vers avec les ondes maritimes. Avec une
grande habilité et un fin choix des mots il nous décrit le mouvement maritime. La multitude de
bulles et l’écume animent, chez lecteurs, tous les sens.

La Mer ! la Mer ! à son afflux de mer,

Dans l’affluence de ses bulles et la sagesse infuse de

son lait, ah !5

2
Saint-John Perse, Œuvres complètes, p.273
3
Ibid, p.274
4
Ibid, p.267
5
Ibid, p.261

5
Il a peint la mer dans tous les états possibles. La mer dans toute sa puissance, sous les
vagues de laquelle toutes les choses semblent petites et désemparés. Parfois la mer est décrite
come la Mer de chaos où l’orage éclate et es bourrasques sont continuelles.

« La pluie, sur l’Océan sévère, sème ses soucis d’eau»6

Par grands soulèvements d’humeur et de grandes

intumescences du langage [...]et telle, en ses

grands feux d’écailles et d’éclairs, qu’au sein de meutes

héroïque. 7

Mais cette Mer peut être calme et sereine, la Mer de plus grand âge comme bon vin. Il
paraît que Saint-John Perse voulait d’abord nous montrer les forces de la mer, puis il voulait nous
forcer à la prendre en sympathie telle qu’elle est, soit quand elle produit la confusion, soit
l’enthousiasme et l’insouciance:

Et parfois la mer calme, couleur de plus grand âge

est comme celle, mêlée d’aube, qui se regarde dans l’œil

des nouveau-nés, est comme celle, parée d’ors, qui

s’interroge dans le vin.8

2) La Mer- l’essence de toutes les choses

La Mer comme l’essence de tout ce qui existe dans l’univers est le trait principal de la
poétique persienne. Elle est la source de la création poétique, de l’amour et surtout de l’existence
humaine.

a) La Mer et la création poétique

6
Ibid, p.311
7
Ibid, p.266
8
Ibid, p.311

6
Pour la création poétique la Mer est nécessaire, c’est-à-dire, la poésie est soumise à la Mer.

Poésie pour accompagner la marche d’une récitation

en l’honneur de la Mer

poésie pour assister le chant d’une marche au pour-

tour de la Mer

[…] Et c’est un chant de mer comme il n’en fut jamais

Chanté, et c’est la Mer qui le chantera.9

La Mer est liée étroitement au Poète. Le Poète est celui qui va parler d’Elle et chanter en sa
faveur, parce que c’est la Mer qui est l’inspiration du Poète. Il devient le Maître d’astres et de
navigation

Et ma prérogative sur les mers est de rêver pour vous

Ce rêve du réel… Ils m’ont appelé l’Obscure et j’habitais

L’éclat. 10

Le Poète est celui qui doit trouver l’alliance entre l’homme et la Mer. Sa fonction est d’être
missionnaire, d’être le représentant de la Mer devant les hommes pour leur expliquer le but de
leur existence. «Trouve ton or, Poète, pour l’anneau d’alliance»11

b) La Mer et l’existence humaine

La Mer, pour sauver l’humanité, nous montre les signes. Ces signes nous relèvent le
chemin salutaire pour s’élever du monde ténébreux. Le Poète est celui qui doit trouver le moyen
pour réveiller l’intérêt des hommes, de les forcer à trouver des amers pour qu’ils puissent être
sauvés. Puisque la Mer se trouve partout et Elle est l’essence de l’Être, les amers, ils aussi, sont
partout autour de nous, comme les symboles plus ou moins visibles.

La Mer, en nous tissée, jusqu’à ses ronceraies d’abîme


9
Ibid, p.261
10
Ibid,p.282
11
Ibid, p.274

7
La Mer, en nous, tissant ses grandes heures de lumière et

Ses grandes pistes de ténèbres. 12

C’est la Mer qui nous donne la vie et règne dans notre univers. Les vagues et la brise
entrent dans chaque coin et créent les lois qui gouvernent entre les hommes.

C’est la brise de mer à toutes portes et mer à bout de

toutes rues, c’est brise et mer dans nos maximes et la

naissance de nos lois.13

Saint-John Perse essaie de définir la Mer par une notion universelle, et de nous expliquer sa
puissance. Elle est le moyen pour comprendre l’existence et le fonctionnement des choses.

Et maintenant nous t’avons dit ton fait, et maintenant

nous t’épierons, et nous nous prévaudrons de toi dans

nos affaires humaines.14

Puisque la Mer gouverne nos lois, sa puissance est immense et sans limites. La Mer devient le
chef suprême.

A toi-même ta race, ta contrée et ta loi, à toi-même

ton peuple, ton élite et ta masse,

Mer sans régence ni tutelle, Mer sans arbitre ni

Conseil, et sans querelle d’investiture.15

La Mer symbolise la liberté et nous aide à faire face à la Nuit qui règne parmi les hommes.

Et de plus haut, et de plus haut déjà, n’avions-nous

vu la Mer plus haute à notre escient […]


12
Ibid, p.261
13
Ibid, p.274
14
Ibid, p.377
15
Ibid, p.365

8
et plus lointaine… inallusive et pure de tout chiffre, la

tendre page lumineuse contre la nuit sans tain des chose  ?16

De même façon elle nous mène vers la Grâce pour vaincre la Mort. Mais seule la Mer et
éternelle et présente le mouvement successif de la vie.

«Nous qui mourrons peut-être un jour disons l’homme

immortel au foyer de l’instant.»17

c) La Mer et l’amour

L’amour pour Saint-John Perse est une force effective et puissante qui peut transformer le
monde. L’amour et la Mer sont des forces synchrones qui ont une caractéristique commune et
c’est l’agitation ou l’inquiétude éternelle. La puissance de l’amour est celle de la Mer. « amour et
mer de même lit, amour et mer au même lit. »18 La mer est un nid d’amour où le désir est né et où
les Amants deviennent la même âme.

La Femme dans Amers

La présence de femme se sent partout dans Amers. Les filles de la mer ne sont pas des
muses, elles sont les femmes, soit ordinaires: Prophétesses, Poétesses, Étrangères, Actrices, soit
des références mythologiques : Circé19, Sibylle20, Andromaque- Grande Veuve21, Andromède22.

16
Ibid, p.267
17
Ibid., p.385
18
Ibid., p.326
19
Dans la mythologie grecque, Circé est une magicienne très puissante, qualifiée par, c'est-à-dire particulièrement «
experte en de multiples drogues ou poisons », propres à opérer des métamorphoses. http://www.wikipedia.org/
20
Dans la mythologie grecque, la sibylle est une prêtresse d'Apollon qui personnalise la divination et prophétise.
Elles le faisaient dans un langage énigmatique permettant de nombreuses interprétations
21
Dans la mythologie grecque, Andromaque, fille d’Eetion, roi de Cilicie de Troade, était la femme d'Hector et lui
donna un fils unique Astyanax. Privée de son père et de ses frères, tués par Achille, elle voit bientôt réduite en
cendres la ville de Troie, dont Hector était le principal appui. Elle est donnée au fils d'Achille, Néoptolème, qui
l'emmène en Épire et l'épouse.
22
Dans la mythologie grecque, est une princesse éthiopienne. Fille du roi Céphée, elle est victime de l'orgueil de sa
mère Cassiopée. Exposée nue sur un rocher pour y être dévorée par un monstre marin, elle est sauvée de justesse par
Persée dont elle deviendra l'épouse.

9
Les Tragédiennes- leur rôle est de méditer et leur fonction est de provoquer l’épiphanie du
dieu. Leurs mains soulevées sont vers le ciel parce qu’elles sont à la célébration rituelle en
l’honneur de la divinité. Elles exigent nouveau et bel art qui sera consacré et lié au peuple. Elles
ressentent qu’à l’approche de peuple l’inspiration viendra.

Où est notre texte, où est notre règle ?

Et pour parer encore aux charges de la scène […]

ce plus grand songe d’une autre art,

ce plus grand songe d’une autre œuvre 23

Les Patriciennes sont plus terrestres. En entendant l’appel de Mer elles ont choisi
l’insoumission et la rupture

La vigne extrême de nos songes jusqu’à ce point

sensible de rupture, nous nous sommes accoudées au

marbre sombre de la mer.24

Les Patriciennes se sont sentis « d’autre caste, et de celle qui conversent avec la pierre
levée du drame. »25

La plus grande partie de Strophe, Étroits sont les vaisseaux, est consacrée à la femme où
elle présente la force d’amour qui est liée à la force de Mer, la Mer comme la complice de la
femme. Construite autour du thème d’amour et différente par sa forme d’autres parties d’Amers,
forme de dialogues entre les Amants, elle nous donne une atmosphère vraiment sensuelle et
érotique. Ce dialogue nous montre deux visions d’amour, vues par les yeux d’Amant et
d’Amante, mais surtout il nous montre l’acte d’amour qui ressemble au naufrage- beaucoup de
passions, de désir et rencontre sensuel des corps. L’Amant devient le maître de l’Amante, et pour

23
Saint-John Perse, Œuvres complètes p.290
24
Ibid. p.300
25
Ibid. p.300

10
lui le corps de femme est comme un vaisseau, ses produits sont ceux de Mer, enfin avec la marée
le désir d’homme grandit.

Mes dents sont pures sous ta langue. Tu pèses sur

mon cœur et gouvernes mes membres. Maître du lit,

ô mon amour, comme le Maître du navire.26

Mais la mer devient aussi sa rivale :

O toi hanté, comme la mer, de choses lointaines et majeures,

j’ai vu tes sourcils tendre plus loin que femme27

Dieux secourables, dieux terrestres ! Ne prendrez-vous

contre la Mer le partie de l’Amante  ?... 28

L’Amante s’assimile à la Mer. Elle est la fraîcheur pour l’Amant, comme l’eau, le sang, le
sel, l’acide, l’iode- tous les éléments nécessaires pour la vie. Ses beautés sont comparées avec
l’immensité et la plénitude de Mer :

Et mon cœur t’ouvre femme plus fraîche que

l’eau verte : semence et sève de douceur, l’acide avec le

lait mêlé le sel avec le sang très vif, et l’or et l’iode,

ô la saveur aussi du cuivre et son principe d’amertume.29

Elle devient la promotrice de l’homme. Sa puissance lui inspire d’être sauvé. Elle établit
une relation entre l’homme et la Mer, mais c’est elle qui est née de la Mer et qui est la rame pour
son vaisseau.

Tu porteras mes bras noués au-delà de mon front, et nous

26
Ibid.p.330
27
Ibid. p.330
28
Ibid. p.330
29
Ibid. p.327

11
joindrons aussi nos fronts, comme pour l’accomplissement en

semble de grandes choses sur l’arène, de grandes choses

en vue de mer, et je serai moi-même ta foule sur l’arène,

parmi la faune de tes dieux.30

L’Amante s’adonne à l’humilité qui est aussi un grand orgueil. Sa soumission est complète
à l’ordre des choses et à l’homme ; elle n’est pas un esclavage mais sa propre volonté.

Soumission, soumission !.... Soumise encore à la question !

Et qui donc, sur ton aile, t’a mise encore à vif, et renversée, comme l’aigle femelle

sur son fagot d’épines, et de l’ongle appuyé au flanc du Questionneur ?31

Elle devient la femme violentée et sacrifiée pour la Grâce divine, c’est un sacrifice pour
l’immortalité et l’éternité. «Ces larmes, mon amour, n’étaient point larmes de mortelle »32

Grâce à la faiblesse d’Amante l’homme va revenir sur son chemin. Pour l’homme sa
faiblesse présente à la fois le mal et le bien.

Mains périssables, mains sacrées ! Vous renouez pour moi la dignité de vaincre.

L’Amante, je vais où va la mort aventureuse et vaine. 33

Conclusion

Amers est le plus long poème de Saint-John Perse et le sommet de sa création poétique. Le
style de Saint-John Perse y est très rigoureux, les expressions ne sont pas de vocabulaire basique,
il y utilise des jeux des mots et des images, ainsi que des allusions souvent énigmatiques, pour

30
Ibid. p.331
31
Ibid.p.340
32
Ibid.p.337
33
Ibid.p.357

12
nous mener par le monde d’imagination et de sensualité. C’est un poème de grandes recherches
poétiques qui va influencer sur la poésie française en dépassant le modernisme.

13
Bibliographie
 Saint-John Perse, Œuvres complètes, Paris, Gallimard,1972
 P. Brodin, Présence contemporaine, Paris, Debrasse, 1955
 R. Callois, Poetique de St-John Perse, Paris, Gallimard, 1954
 R. Garadi, O realizmu bez granica, Zagreb, Mladost, 1968
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-John_Perse#Esth.C3.A9tique_litt.C3.A9raire
 http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/perse.html
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Amers
 https://ec56229aec51f1baff1d-
185c3068e22352c56024573e929788ff.ssl.cf1.rackcdn.com/attachments/original/8/9/0/0026218
90.pdf
 http://www.vbs.rs/scripts/cobiss?ukaz=DISP&id=1343085393907001&rec=15&sid=1
 http://www.sjperse.org/amers.html

14
Table de matière

Introduction 2

La vie et l’œuvre de Saint-John Perse 3

Amers- la structure et l’analyse thématique 4

La Mer d’Amers 4

La femme dans Amers 9

Conclusion 13

Bibliographie 14

15

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