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INSTITUT

D’ETHNOLOGIE
Faculté des Sciences Sociales

LA TRANSMISSION DU YOGA AUX ENFANTS


DANS LA RÉGION STRASBOURGEOISE
MOTEURS, TECHNIQUES, ENJEUX

Apolline BAILLEUX

Illustration 1 - Une femme et son enfant en position du lotus (padmāsana) - (©Apolline Bailleux, 2018)

Mémoire préparé sous la direction de Pierre Le Roux, Professeur d’ethnologie et Geremia Cometti ,
maître de conférences en ethnologie.
en vue de l’obtention du diplôme de master 1 en Anthropologie sociale et culturelle .

Jury :
Pierre Le Roux, Professeur d’ethnologie
Geremia Cometti , maître de conférences en ethnologie

[2018]
SOMMAIRE
REMERCIEMENTS ………………………………………………………………………………………… P.3

PRESENTATION DES CARTES ……………………………………………………………………………..... P.4

INTRODUCTION ………………………………………………………………………………………….. P.7

1- Motivations personnelles, choix et genèse du sujet……………………………………………… p.7


2- Problématique ……………………………………………………………………………………..…. p.8
3- Présentation des choix méthodologiques …………………………………………………………….. p.11
3.1. Expériences de terrain sur la région de Strasbourg ……………………………………… p.11
3.2. Construction sur des connaissances bibliographiques et personnelles …………..……… p.12
3.3. Présentation des interlocuteurs…………………………………………………………… p.13
3.4. Une approche réflexive de l’intégration au terrain ……………………………………….. p.17
3.5. Illustrations et croquis ethnographiques……………………………………………..…… p.18

CHAPITRE 1. « PRÉSENTATION GÉNÉRALE DE LA RECHERCHE » …………………………….. p.19


1- Interrogation des concepts abordés ………………………………………………...……………..……. p.19
1-1- La transmission transmettre : « trans » « mitterre » envoyer au-delà …………………… p.19
1-2- Orient et Occident : usages, portée et limites ……………………………………………. p.20
1-3- L’Enfant/ l’enfance ………………………………………………………………………. p.22
2- Le ‘yoga’, discipline spirituelle en perpétuelle évolution ……………………………………………..... p.23
2-1- La visée initiale du yoga ……………………………………………………...……..…… p.24
2-2 Le yoga de nos jours …………………………………………………………………….… p.28
3- Une étude sur le yoga enfant dans le cadre scolaire, périscolaire et familial………………………….…. p.31
3-1- Qu’en est-il de la France ?……………………………………………………...……..….. p.32
3-2- Le yoga enfant dans la région strasbourgeoise …………………………………………… p.34

CHAPITRE 2. « LES MOTEURS DE LA TRANSMISSION DU YOGA AUX ENFANTS ».………………... P.35

1- Le yoga aux enfants : En amont d’« un besoin »…………………………………….…………….…..… p.35


2- Le yoga aux enfants : besoins et désirs des enseignants et parents ……………………………….……. p.40
3- Le yoga en réponse à une problématique sociétale : le corps comme médiateur……..……………….…. p.44

CHAPITRE 3. « MÉTHODES ET TECHNIQUES » .............................................................................….. p.49


2- L’importance du rituel dans la transmission……………………………………….…………………...… p.49
3- Un yoga ludique, symbolique, animalier et collaboratif………………..............................................….. p.53
4- Quelle place pour l’acteur de la transmission ?……...........................................................................….. p.62
1- Enseigner le yoga aux enfants : sujet à controverse ..........................................................................….. p.65

CHAPITRE 4. «LES ENJEUX DE LA TRANSMISSION DU YOGA AUX ENFANTS »………………. p.68


1- Concentration : Améliorer les apprentissages………………………………………………………..…… p.68
2- Apprendre aux enfants à respirer : reprendre son souffle…………………………………......…………. p.72
3 - Créer du lien affectif……….............................................................................................................…... p.75
4- L’éducation du «futur citoyen,» …………………………………………..……………………………… P.81

CONCLUSION..........................................................................................................................................…… p.85
Annexe 1. Tableau des interlocuteurs ...................................................................................................…… p.88
Annexe 2. La légende du colibri ………………………………………………………………………………………. p.91
Annexe 3. Agrément ministériel accordé au RYE…………………………………………………………… p.92
Annexe 4. Le yoga, un objet de recherche pluridisciplinaire ………………………………………………… p.93
TABLE DES CARTES dans le texte ……………………………………………………………………………. p. 94
TABLE DES ILLUSTRATIONS dans le texte …………………………………………………………………… p.94
BIBLIOGRAPHIE ……………………………………………………………………………………………… P.96

2
REMERCIEMENTS

Je tiens à adresser tous mes remerciements aux personnes qui m’ont permis
d’avancer tout au long de l’année :

À messieurs Pierre le Roux et Geremia Cometti pour l’attention, la bienveillance et


l’écoute qu’ils ont pu m’accorder.

À ma mère pour son soutien, sa patience et sa compréhension à toute épreuve, ainsi


qu’à ma famille.

À chacune de mes interlocutrices et à chacun de mes interlocuteurs qui ont semé les
graines de l’étude qui va suivre. Je les remercie sincèrement de leur disponibilité, de
leur bienveillance et de l’intérêt qu’ils ont pu porter à cette enquête.

À Julieta, mon amie qui depuis ma Bretagne natale m’épaule au quotidien.

À mes collègues en ethnologie et aux amis de la Taverne Française : Lise, Eponine,


Florian, François, Marc, Alix, ainsi que tous les joyeux lurons qui m’apportent la joie de
vivre au quotidien !

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PRÉSENTATION DES CARTES

Localisation de la ville de Strasbourg au sein de l’Europe

Carte 1 - Carte d'Europe. L'emplacement de la ville de Strasbourg correspond au point


bleu. (Source : Google Map, 2018)

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Localisation de la ville de Strasbourg en France

Carte 2 - Carte de la France. L'emplacement de la ville de Strasbourg est indiqué par le point bleu
(Source : Google map, 2018)

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Localisation de Strasbourg dans la région d’Alsace-Lorraine en France

Carte 3 - Carte d'Alsace-Lorraine. Localisation de la ville de Strasbourg. Le point


violet correspond à l'emplacement de la commune de Souffelweyersheim.
(Source : Le Guide du Routard, 2018)

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INTRODUCTION

Mo va ons personnelles, choix et genèse du sujet

Venant d’une famille ouverte sur l’international, j’ai très tôt sillonné l’Europe avec
mes parents, ce qui m’a permis de développer un goût prononcé pour l’enrichissement
que procure la découverte de cultures autres que la mienne. Suite à l'obtention d'une
licence en Archéologie à Rennes au cours de laquelle je me suis passionnée pour le
paléolithique supérieur en Europe, j'ai décidé de réaliser une année sabbatique et après
quelques pérégrinations en France et en Europe, je suis partie à la découverte du Népal
pour une durée de trois mois.
La genèse de cette étude a débuté en avril 2017 lors de ce voyage. J'avais pour projet
d'étudier un aspect du chamanisme népalais, la figure du jhankri (le chamane) et de la
bohkshi (la sorcière). Je me suis installée pour une durée de deux mois dans la ville de
Pohkara qui a été une des destinations clés des générations hippies dans les années 60 :
Aux pieds de l’Annapurna, la ville est très réputée, sur le plan touristique, pour ses
āśram1 et centres de méditations. Ces structures ont été mes premières expériences avec
le yoga et j'ai rapidement été déçue par ce que j'ai identifié comme du « business
spirituel ». J'ai eu ainsi, à de nombreuses reprises, l'occasion de rencontrer des
voyageurs venus au Népal pour trouver « la paix », « leur soi intérieur » dans une
optique de changement total de vie, car n’adhérant plus aux valeurs qu'ils attribuaient à
l' « Occident ». Leurs voyages en « Orient » au Népal et dans les pays alentours d’Asie
(Inde, Birmanie Thaïlande, Laos, Indonésie, Bhoutan etc.) semblaient représenter à
leurs yeux une projection d'un idéal mêlant paysages tropicaux ou montagnards
idylliques sur fond d'hindouisme, bouddhisme, de méditation, de yoga, de non-violence
et d'odeur de chanvre. Sûrement en faisais-je également partie, bercée par un imaginaire
et un héritage de représentations orientalistes.
En rentrant en France et face à de nombreuses remises en question concernant le
sujet de cette dualité et complémentarité de la figure du jhankri et de la bohski, j'ai
débuté mes études en master d'Anthropologie sociale et culturelle à Strasbourg. J'ai
1Āśram est dérivé de la racine sram, qui signifie « effort intense ». Il désigne ici le lieu où on pratique le
détachement spirituel dans la tradition brahmanique. Le terme peut également signifier la période de vie
que l’on consacre à cet effort. (Encyclopédie Universalis, Guy DELEURY : Ph. D., Poona University,
Inde )

7
rapidement réalisé qu’il m’était difficile de mener une enquête où la réalité du terrain
mettait en lumière le rejet, l'exclusion sociale et la violence faite aux femmes (tortures,
mises à mort arbitraires lors de soupçons de sorcellerie). Sans compter qu'en tant que
femme blanche, il m'avait été difficile de recueillir des informations car mes
interlocuteurs népalais se raidissaient rapidement à l’évocation du sujet d’étude «
Pourquoi parles-tu de ça ? Comment est-ce que tu connais la sorcellerie ? Les gens
peuvent nous accuser de fréquenter ces gens »1.
La décision personnelle de commencer le yoga, dans sa forme traditionnelle, c’est-à-
dire le yoga-Sūtra de Patanȷã li m'a poussée à plonger dans le well-being, wellness, bien-
être … Ces concepts étaient ressassés en permanence et à toutes les sauces sur les sites
internet, sur les panneaux publicitaires en ville, dans toutes les bouches de
professionnels ou amateurs. Je me suis demandé en premier lieu quels étaient les enjeux
de ce matraquage publicitaire. J'étais intéressée par la pratique du yoga et j’ai
commencé à me documenter de manière plus poussée par l’expérience de terrain
couplée avec les lectures des traités des textes classiques de Patanȷã li, de Vyāsa 2, et
Bhagavad-Gîta3, au-delà de l’aspect médiatique (films, documentaires). Le fait que le
yoga en tant qu'objet d'étude soit traité par de nombreux anthropologues, sociologues et
philosophes, m'a poussée à en discuter avec mes professeurs. Il a été mis en avant que
l'étude du Yoga transmis aux enfants était assez récente en France (moins dans les pays
anglo-saxons et dans les pays du nord de l'Europe).
Mon expérience dans l’animation depuis mes 17 ans en centre de loisirs, en colonies
de vacances et de gardes d'enfants, m’a permis d’envisager le sujet du point de vue du
pédagogue : un certain malaise et mal-être des enfants m'a souvent interloquée,
sûrement en lien avec la pression de la ''réussite'' et la compétitivité, l’expérience du
système fondé sur la méritocratie, la dévalorisation de l’individu, ainsi que le peu de
temps laissé aux enfants pour qu’ils puissent ‘digérer’ les apprentissages, ce qui les
amène à être en tension permanente et de ce fait souvent surstimulée.

Probléma que

1Traduction réalisée à partir de « Why are you talking about this ? How do you know the sorcery ? …
People can accuse us to frequent those people ».
2Premier commentateur de Patanȷã li
3Se reporter au chapitre 1 - partie « Le «Yoga», discipline spirituelle en perpétuelle évolution »

8
Mon enquête questionne la transmission du yoga aux enfants dans la sphère scolaire,
périscolaire et dans la sphère familiale dans la région de Strasbourg1. Malgré les
questionnements que ce choix a suscités, il a été décidé, en fonction des enquêtes de
terrain, de cibler un public enfant entre trois et douze ans. Ce choix géographique a été
fait en raison de mon envie de mener une enquête de terrain sur plusieurs mois, pour
m’initier aux différentes méthodes de terrain en ethnographie. Il me fallait également
pouvoir assister aux cours à l’université.
Cette étude sur la transmission du yoga aux enfants tenait de la volonté d’examiner
les différents facteurs qui poussent les acteurs du yoga à puiser dans un héritage culturel
et traditionnel indien, ainsi qu’ à étudier la manière dont ils se l’approprient afin de
l’intégrer auprès des enfants à l’école, au périscolaire et dans la sphère familiale. En
examinant la manière avec laquelle les pratiques yogiques, mondialisées et
réappropriées, ont traversé les frontières et ont évolué en fonction des usages et des
rôles qui leur ont été attribués dans ses diffusions, j’ai vu à travers ce sujet d’étude un
moyen de questionner un besoin de transmission d’une pratique orientale en occident2,
ainsi que de m’interroger sur l’importance des représentations de cet Orient et plus
particulièrement de l’Inde dans la circulation des savoirs.
Ainsi, les questions qui ont été soulevées à l’occasion de cette recherche ont été
celles de définir, en prenant compte la pluralité des pratiques yogiques, de quel yoga on
parlait lors d’enseignements et de transmission à un public enfant ? Qui étaient les
acteurs de cette transmission et de quelles manières enseignaient-ils le yoga aux
enfants ? Comment les ateliers de yoga enfant étaient présentés aux enfants, ainsi
qu’aux parents ? Quelles sont les interrogations auxquelles font face les acteurs du yoga
et quelles sont les réponses qui y sont apportées ? Il m’est apparu important également
de questionner les enjeux de cette transmission : à quels besoins et/ou désirs répond
cette transmission ? À quelles problématiques rencontrées le yoga semble-t-il être une
réponse idéale ? Qu’est-ce que les acteurs en attendent en particulier et qu’est-il attendu
à une échelle plus large de cette transmission et de cette appropriation ?
Pour réaliser cette étude, il m’importait de savoir quelles étaient les connaissances
yogiques de mes interlocuteurs sur le yoga, leurs expériences, les projections et

1± 10 kilomètres autour de Strasbourg (67)


2Se référer au chapitre 1 – partie « Interrogation des concepts abordés » - Orient et Occident, pour une
évaluation des concepts des concepts d’Orient et d’Occident

9
représentations inhérentes aux différents discours, ainsi que les différents éléments
personnels qui les avaient façonnés. L’analyse des motivations et mécanismes ainsi que
les constats à l’origine de la mise en place d’activités autour du yoga étaient également
des éléments importants, ainsi que les différentes manières de le présenter aux enfants,
aux parents étaient autant d’éléments qui semblaient éclairer cette recherche. Il
m’importait également de découvrir la réalité du terrain afin d’évaluer la proximité ou la
distance avec la littérature écrite sur le sujet, en particulier les médias vantant un bien-
être et une pratique et une recette « magique » pour apaiser les enfants.
La problématique de l’étude a été définie comme telle : Dans quelle mesure la
transmission d’un yoga enfants institutionnalisé dans la région strasbourgeoise répond-
elle aux besoins et attentes d’acteurs à différents niveaux de la société ? Et la quête du
bonheur à l’origine de ces besoins et attentes ne risque-t-elle pas de se voir
instrumentaliser afin de répondre à des logiques de performance à l’encontre des
finalités initiales du yoga traditionnel indien ?
Je propose à l’occasion de cet exercice de rédaction de mémoire finalisant l’étude
que je mène depuis la fin du mois d’octobre 2017, de présenter une synthèse visant à
déterminer et interroger les moteurs, les techniques, les méthodes et les enjeux de la
transmission du yoga aux enfants. Une présentation de la méthodologie, ainsi que les
choix qui ont été réalisés afin de réaliser cette étude sont précisés dès la page suivante.
Dans une première partie, les concepts abordés par cette étude : de celui de la
“transmission”, de la notion d’Orient et d’Occident à celui de “l’Enfant /enfance”, ainsi
que ceux gravitant autour du yoga seront présentés et interrogés. Cette partie me semble
indispensable, car elle permet une appréhension du sujet d’étude, ainsi qu’une
compréhension succincte de cette discipline. La seconde partie permettra de questionner
les moteurs de la transmission du yoga aux enfants à partir des propos et discours des
interlocuteurs interrogés, du besoin des enfants et des adultes auquel répond cet
apprentissage jusqu’aux désirs et projections sous-jacents dans lequel l’imaginaire et les
représentations de la pratique jouent un rôle primordial. La troisième partie sera
l’occasion de s’interroger sur les techniques et méthodes de mise en place du yoga
adapté à l’enfant dans les écoles et la sphère familiale. Il sera mis en avant l’importance
et la place du rituel dans l’apprentissage, ainsi que le rôle du professeur, garant de la
transmission. Enfin, la quatrième partie permettra d’apporter des pistes de réflexion sur

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les enjeux de la transmission du yoga aux enfants pour les enfants, les enseignants, les
parents, mais également à l’échelle de la société : améliorer les apprentissages et la
concentration, trouver sa place dans son environnement, prendre confiance en soi, créer
du lien affectif, mais également éduquer le “futur adulte”, le futur citoyen, dans une
quête du bonheur contemporaine.

Présenta on des choix méthodologiques

Expériences de terrain sur la région de Strasbourg


Dès le sujet d’étude précisé, j’ai rapidement pris contact avec quelques acteurs de la
transmission du yoga aux enfants dans la pédagogie scolaire, périscolaire et la sphère
familiale, dans la région strasbourgeoise. J’ai souhaité limiter le choix de mes
interlocuteurs aux professeurs de yoga intervenant auprès d'enfants, les enseignants et
instituteurs intégrant des éléments du yoga dans la pédagogie scolaire, les intervenants
en périscolaires, les enfants eux-mêmes, ainsi que leurs parents.
J'ai eu la chance de pouvoir réaliser une enquête de terrain dans une structure
périscolaire auprès d’enfants de 3 à 6 ans à Souffelweyersheim, à hauteur d'une heure,
une heure et demie une fois par semaine de fin novembre 2017 à la mi-janvier 2018.
Cette structure « Les Coquelicots » dépend de la Fédération des Maisons de Jeunes
Citoyens Alsace 67, association régionale fédérative d'éducation populaire. Leur site
internet présente leurs initiatives comme agissant « au quotidien auprès des publics
qu’elle accueille avec des bénévoles et des professionnels, dans une réelle démarche
d’éducation populaire. Cette éducation populaire a pour ambition de permettre à tout
citoyen de grandir, trouver sa place, s’épanouir, comprendre et agir sur le monde en
s’engageant (dans des associations, des syndicats, des partis politiques…) ».
Mon objectif dans cette structure, était de produire des données en observation
relatives à la mise en place et au déroulement des séances et ateliers de yoga enfant.
Afin de mieux appréhender la différence entre la connaissance, action de connaître et
acquérir un résultat qui diffère du savoir, processus d'acquisition et ce qui est acquis,
j’ai participé activement aux activités proposées, en tant qu'animatrice parfois. Il
m'importait ainsi d'entrevoir également les difficultés auxquelles sont confrontés les

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animateurs qui transmettent le yoga aux enfants, ainsi que pouvoir m'entretenir avec la
direction de l’école et les parents.
En parallèle, je suis également entrée en contact avec une professionnelle du Yoga-
Enfant sur Strasbourg qui intervient dans différentes structures auprès d’enfants entre 3
et 12 ans (garderies, jardins d'enfants, centres socioculturels, crèches, écoles
maternelles, primaires, collèges …). Ainsi, elle réalise des ateliers Yoga Parent-Enfants
auprès de particuliers, en individuel et en collectif. Les observations que j’ai pu faire
lors de ces séances ont été l’occasion d’une immersion de la pratique du yoga dans la
sphère familiale.
Des entretiens formels avec des acteurs qui introduisent le yoga dans la pédagogie
scolaire et périscolaire dans la région Strasbourgeoise ont également été réalisés. En
outre, des entretiens non formels ont également eu lieu auprès de passionnés et
pratiquants du yoga.
Il a été plus facile de récolter des données traitant de l'intégration du yoga dans la
sphère scolaire et périscolaire que dans la sphère familiale, les sources concernant la
première sont plus nombreuses que celles concernant la dernière qui relèvent de
l’intime.
Pour diverses raisons, mon expérience de terrain auprès d’interlocuteurs n’a pu être
autant approfondie que je l’aurai souhaitée : je souhaiterais ainsi mettre en avant le fait
que cette étude aborde la transmission du yoga dans la région strasbourgeoise et est le
reflet d’une proportion minime d’interlocuteurs.

Construc on sur des connaissances bibliographiques et personnelles


Pour la réalisation de cette étude, il a été nécessaire de constituer une bibliographie à
travers diverses disciplines telles que l'anthropologie, la sociologie, la philosophie et la
psychologie concernant le développement de l’enfant.
Je n'ai pas la prétention de saisir le sens profond du yoga dans sa tradition originale.
Je souhaite toutefois aborder les concepts dans le plus grand respect de la tradition et
des textes traduits du sanskrit et les mettre en lien avec mes connaissances acquises par
une pratique personnelle.
Je souhaiterais faire remarquer que dans les nombreux articles et études ayant trait au
yoga et sa transmission que j’ai pu lire, les chercheurs, ethnologues, anthropologues ou

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sociologues mettent en avant le fait qu'ils ne le pratiquent pas eux-mêmes. Ils énoncent
cette décision comme étant un argument en faveur de leur objectivité scientifique face
au phénomène. Je ne partage pas du tout ce point de vue et estime justement que cette
pratique et cette connaissance de la discipline, aussi subjectives soient-elle, sont des
éléments non négligeables, dans l’identification des différents yoga, avec leurs
similitudes et leurs différences. Je précise toutefois que je ne me sens que peu légitime à
le comparer à un yoga indien dit traditionnel, en raison de lacunes personnelles, bien
qu'il soit fascinant d'énoncer les différences observées d'une même pratique sur deux
aires géographiques espacées de plus de 8000 kilomètres.
Il est à préciser toutefois que les références citées concernent parfois également
l’apprentissage de la méditation auprès du jeune public qui est liée à celui du yoga dans
la majorité des cas, la méditation étant une des branches du yoga, dénommée en sanskrit
dhyāna1.

Présenta on générale des interlocuteurs


Manuela
Manuela est une femme de 35 ans, mère de deux enfants. Après quelques pas dans le
monde de la mode, elle a vu évoluer ses centres d’intérêt lorsqu’elle est devenue mère.
Elle a d’abord pratiqué le yoga en famille avant de suivre une formation yoga enfant
lorsqu’elle en a perçu les bienfaits sur ses enfants. Elle intervient depuis un an et demi
sur Strasbourg, et dans la région jusqu’au nord de l’Alsace auprès de particuliers et au
sein de structures liées à l’enfance (écoles, centre socioculturels, association parents-
enfants). Elle pratique la danse classique depuis plus de vingt ans et le yoga depuis un
peu moins d’une quinzaine d’années. Elle a essayé plusieurs cours présentant diverses
techniques de yoga avant de se diriger vers l’Hatha yoga. Afin d’approfondir ses
connaissances et faire évoluer ses ateliers et approches, elle se forme au massage-école
pour sensibiliser les enfants et la famille au « toucher bienveillant ». Cette approche
tient une part importante dans sa démarche. Manuela m’a permis d’observer les séances
qu’elle dispensait lors de soirée veillée yoga parent-enfant, ainsi qu’à l’occasion d’un
stage yoga enfant durant les vacances de février. Des entretiens formels et des

1Se référer à la partie « Le «Yoga», discipline spirituelle en perpétuelle évolution » - La visée initiale du
yoga

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discussions personnelles ont permis de compléter ces observations par des informations
supplémentaires données par mon interlocutrice.

Illustration 2 Photo du flyer annonçant les ateliers Yoga enfant & famille proposés par Manuela

Atelier Yoga enfant à Souffelweyersheim


Une de mes relations amicales qui travaillait dans une structure périscolaire de
Souffelweyersheim, à moins de dix kilomètres de Strasbourg, a souhaité monter un
atelier Yoga Enfant suite à nos discussions évoquant la réalisation de cette étude. La
mise en place s'est donc réalisée sous l'initiative d'un animateur de 22 ans non-
pratiquant et sa collègue, Caroline, jeune mère et pratiquante de Hatha yoga en amatrice
chez elle et soutenue par la directrice de la structure, pratiquante de danse traditionnelle
indienne et de yoga. Ils ont réalisé une demande de financement auprès de leur
fédération afin de faire intervenir deux fois par mois, une amie de la directrice,
professeure de yoga adulte et enfants. Ce financement a été refusé, car les frais étaient
estimés trop importants par la fédération. Suite à cette nouvelle Caroline a alors pris en
charge ces ateliers chaque mardi après-midi après le goûter donné aux enfants. A des

14
fins expérimentales, ils se sont déroulés, de la fin novembre à mi-janvier. Cependant,
cet atelier n'a pas perduré plus de deux mois : Caroline m’a rapidement fait part de
sentiment de ne pas se sentir légitime à transmettre le yoga auprès du jeune public. Elle
estimait, en effet, que les enfants étaient de moins en moins réceptifs à ses
enseignements. Elle a ainsi peu à peu cessé d’animer les ateliers. L’équipe d’animation
alors décidé de repenser une intégration différente du « bien-être au quotidien1 », après
les repas par exemple, avec l’aménagement d’une salle diffusant des enregistrements de
didgeridoo, de mantras ou de musique propice à la méditation.

Chris ne
Christine est une femme de 40 ans, mère de deux enfants et institutrice auprès d’un
public de maternelle dans une école d’un quartier prioritaire à l’ouest de Strasbourg.
Elle emprunte au yoga des techniques visant à améliorer les apprentissages en classe.
C’est en vacances qu’elle a découvert le yoga auprès de sa cousine, professeure de yoga
diplômée. Elle pensait jusque-là que le yoga n’était « pas fait » pour elle. Elle pratique
le pilates régulièrement et estime que cette activité est bénéfique non seulement pour sa
santé mais également pour se détendre, s’étirer et s’assouplir en douceur. L’idée de
partager le yoga auprès de ses jeunes élèves qu’elle estimait être trop agités a
progressivement émergé suite à un « « besoin de décompresser de son travail 2» et de
retrouver la « sérénité3 ». Elle a alors mis en place le mercredi des séances d’une
vingtaine de minutes et a intégré des techniques de relaxation sur les temps scolaires.
Nous nous sommes rencontrées par l’intermédiaire d’un de mes professeurs afin
d’échanger lors d’entretiens.

Lucas
Lucas est un homme de 35 ans, interprète et traducteur français tibétain. Il a
découvert l’Asie et la zone himalayenne en 2000 lors d’un premier voyage. Sa
connaissance d’une multitude de pratiques yogiques qu’il a découvertes notamment
auprès d’un sâdhu4 dans la jungle dans une quête de spiritualité lors d’un voyage en

1 Communication personnelle de Caroline après que les séances aient été annulées – 15/1/2018
2 Communication personnelle de Christine lors d’un entretien formel – 15/11/2017
3 Ibid.
4Sâdhu sert à désigner les ascètes hindous qui font vœu de renoncer à la société et à leur vie familiale
pour se consacrer exclusivement à une discipline spirituelle et corporelle. (Sources : Encyclopaedia

15
Inde, m’a été des plus précieuses tant par la richesse de son expérience que pour la
qualité de la bibliographie qu’il m’a conseillée. Le recul qu’il avait sur le yoga dans sa
forme traditionnelle indienne, sa connaissance de diverses formes et pratiques du yoga
occidental ainsi que ses réflexions sur le corps du yogi furent des plus précieuses. J’ai
pu m’entretenir avec lui lors d’un entretien non formel à Paris et de discussions par
courriels.

Emeline
Emeline est une personne de ma famille, d’une cinquantaine d’années. Elle enseigne
la langue anglaise dans le secondaire depuis près de vingt ans. Non-pratiquante du yoga,
son témoignage et expérience m’ont permis notamment d’échanger sur la notion de
« transmission » et de pédagogie. Nous avons également questionné la nature du métier
d’enseignant. Son expérience en tant que mère de famille, sa connaissance du système
éducatif français ainsi que sa pratique pédagogique au quotidien m’ont permis
d’enrichir ma réflexion sur l’enfance, la jeunesse et les valeurs éducatives en France.

Entre ens et communica ons non formelles


De Katmandou et Pokhara au Népal, de Strasbourg à New Delhi, il est impossible de
recenser chacun des interlocuteurs qui ont permis de mûrir les réflexions de cette
recherche. La majorité des échanges ont été réalisés à l’occasion de discussions non
formelles avec des pratiquants de yoga à l’occasion de cours de hatha yoga et de yoga
tibétain (Juliette) suivis sur Strasbourg. Je me suis également entretenue avec des
professeurs de yoga adultes (Hannah, Béatrice). Des étudiants et chercheurs français et
indiens, spécialisés sur l’aire géographique culturelle indienne et rencontrés lors de
manifestations scientifiques, m’ont également permis de récolter une multitude
d’informations et de sources. Chacun de ses échanges a permis de mettre à jour des
pistes de réflexion qui sont partagées et synthétisées ci-dessous.

Universalis)

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Une approche réflexive de l’intégra on au terrain

Je me suis présentée auprès de mes interlocuteurs en tant qu’étudiante en ethnologie,


pratiquant le yoga après avoir découvert cette pratique au Népal l'année précédente. Je
leur ai fait part de ma volonté de comprendre les mécanismes inhérents à cette
transmission. J'ai rapidement fait état de mon expérience auprès du public enfant par
l'intermédiaire de centres de loisirs, colonies de vacances et baby-sitting.
M'interroger sur mon positionnement m'a incité à conscientiser la manière de
présenter et de choisir les éléments à mettre en avant lors de la première entrevue avec
mes interlocuteurs. Je me suis rapidement rendu compte que j'étais testée sur certains
éléments, la question suivante étant récurrente : « Quel yoga pratiques-tu ? ». D’autre
part, mes interlocuteurs ayant une pratique approfondie du yoga utilisaient fréquemment
des termes et concepts sanskrit afin d’évaluer à quel niveau de connaissance du yoga je
me situais. Leur regard appuyé en attendant mes réponses m’ont souvent interpelée et
m’ont permis de réfléchir au rôle non négligeable d’une reconnaissance qui s’opère
entre pratiquants du yoga. J’ai également senti de la part de mes interlocuteurs
travaillant auprès des enfants, le besoin impératif d’être entendus et compris dans leurs
difficultés quotidiennes. Il était donc important pour eux que je m’abstienne de remettre
en question leur manière de faire. Ce besoin m’est apparu comme tout à fait légitime.
Mon statut de jeune femme de vingt-trois ans, détentrice du diplôme du BAFA ayant
travaillé auprès d’enfants, ainsi que mon souci de comprendre leurs démarches de
développement personnel, m’ont non seulement permis d’être acceptée auprès du
personnel concerné : professeurs, animateurs, mais m’ont également permis d'avoir
attiré de la sympathie.
En ce qui concerne mon contact avec des interlocuteurs acteurs de la transmission du
yoga aux enfants dans la sphère familiale, il est évident qu'assister aux séances
présentait davantage d'enjeux. Il m'apparaissait comme assez délicat de demander à mon
interlocutrice Manuela de prendre part à toutes les séances qu’elle mettait en place car
elle débutait son activité professionnelle et devait se créer un réseau. Elle a toutefois

17
toujours accepté de me répondre et je lui en suis extrêmement reconnaissante, ainsi que
pour sa bienveillance.

Illustra ons et croquis ethnographiques


Dans le cadre du respect de droit à l’image de mon jeune public, l’illustration des
séances auxquelles j’ai participé seront présentés sous forme d’une série de croquis
ethnographiques à l’aquarelle, réalisées par mes soins.

18
CHAPITRE 1. PRÉSENTATION GÉNÉRALE DE LA RECHERCHE

Interroga on des concepts abordés

La transmission, transme re : « trans » « mi erre » envoyer au-delà


Un des concepts principaux de cette étude est celui de la transmission. ''La
transmission est au cœur du vécu d’une société, qui pour perdurer, repose sur un
ensemble de dispositifs qui concourent par d'incessants processus de réinvention et de
reproduction, à ces formes de permanence'' (Berliner, 20001).
La transmission est une question très chère au cœur des anthropologues. Pourtant,
rares sont les études qui prennent le transmettre comme point de départ, comme un objet
d’étude ‘en lui-même et pour lui-même’ ‘transmettre est devenu une valeur aussi bien
individuelle que politique, dont l’intention peut être l’affirmation de soi dans un contexte
perçu comme mondialisé et déracinant. […] Un premier défi est d'expliquer la
transmission et l’apprentissage de pratiques, de représentations, d’émotions, en mettant
en relief les processus subtils qui y président dans divers contextes de vie. Un autre défi
consiste en effet, pour le chercheur féru de transmission, à en comprendre les
mécanismes. […] Ainsi, la transmission est comprise au sens très large des processus qui,
connectant les individus, contribuent à la perpétuation du culturel. » (Berliner, 20102).
L'essai de M. Mauss (19713), « Techniques du corps » met en avant le lien naturel
entre tradition et transmission : « 'Une fois créée, la tradition est ce qui se transmet […]
il n'y a pas de technique et pas de transmission, s'il n'y a pas de tradition' ». Selon D.
Berliner, dans le cadre de cette transmission culturelle, la tradition est une permanence
sans cesse réinventée. Dans l'article cité précédemment, l’auteur cite Jean Pouillon qui,
en 1991, définit à son tour la tradition comme '' ce qui d'un passé persiste dans le présent
où elle est transmise et demeure agissante et acceptée par ceux qui la reçoivent et qui, à
leur tour, au fil des générations, la transmettent […] ce passé qui continue d'agir sur le
présent des groupes et des individus''.
O. Morin4 remet en question l’idée très largement répandue en sciences sociales
selon laquelle la stabilité des traditions s’expliquerait par la façon dont elles seraient

1 Cf David Berliner (2010)


2 Ibid.
3 Cf Marcel Mauss (1971)
4 Cf. Olivier Morin (2010, p. 25)

19
transmises. Il rajoute que si les traditions dure, c’est parce qu’elles seront efficacement
communiquées, fidèlement imitées et bien mémorisées. Il souligne également la
nécessité de la diffusion d’une tradition pour qu’elle subsiste : ce qui fait une tradition,
c’est la diffusion sur de longues distances dans le temps et dans l’espace. Il s’interroge
ensuite sur les facteurs qui favorisent la diffusion d’une tradition en soulignant les
aspects suivants : les techniques, les institutions, les contacts entre générations,
l’attraction qui rend intéressante, plaisante ou utile une tradition. Ce dernier aspect a
particulièrement fait écho aux questions de recherches qui m’étaient propres dans cette
étude. « Nous les répétons, nous les retransmettons, nous les reconstruisons et tout cela
se passe souvent à l’intérieur d’une même génération » (Morin, 20101).
La transmission, la tradition et l'apprentissage des techniques sont ainsi associés. On
appelle apprentissage le processus d’acquisition de connaissances, d’habilités, de
valeurs et d’attitudes au moyen de l’étude, de l’enseignement ou de l’expérience. Ce
processus peut être analysé depuis plusieurs perspectives, amenant différentes théories
de l’apprentissage qui recoupent plusieurs définitions (apprentissage professionnel,
apprentissage réceptif, apprentissage par découverte, apprentissage significatif …).
Ainsi, ce sujet interroge également le concept de pédagogie : l'ensemble de méthodes
utilisées pour éduquer, l'aptitude à enseigner et à transmettre. Pourquoi et comment
enseigne-t-on ? Comment intègre-t-on les apprentissages ? Quelle est l'intention
pédagogique ?
Évaluer cet apport théorique permet d’ancrer la transmission du yoga aux enfants
strasbourgeois dans une étude de la transmission d'une pratique orientale en occident
auprès d'un jeune public occidental.

Orient et Occident : usages, portée et limites


Cette étude est donc celle de la transmission d’une pratique orientale en occident. Il
paraît alors nécessaire de questionner les concepts d’Orient et d’Occident.
Le terme d’Occident, du latin classique occidere – cadere signifie « tomber, s’écrouler,
se coucher (en parlant des astres) ». Il correspond au point cardinal indiqué par le
coucher de soleil. Le mot d’occident a pris une charge géopolitique qui a traversé
l’histoire et est vecteur d’une telle charge idéologique qu’on le néglige de plus en plus

1 Ibid.

20
souvent dans le langage courant au profit du mot ouest (Chamussy1, 2014). À l’inverse,
le terme d’Orient signifie la direction dans laquelle on voit le soleil se lever. C’est un
exact synonyme de « Levant ». Les deux termes représentent, non plus une orientation,
mais une région et une aire géographique. Orient et Occident sont multiples : l’usage
des différentes dénominations de Proche Orient, Moyen-Orient et Extrême-Orient en est
l’exemple.
Selon la théorisation qu’en a fait E. Saïd, la conception qu’on a de ces termes
aujourd’hui sont héritiers de l’orientalisme, domaine de recherche fondée sur une unité
géographique, culturelle, linguistique et ethnique qui s’est développé lors de l’expansion
coloniale du dit orient en occident2. Cette approche occidentale devenue systématique
trace une ligne de démarcation fictive entre l’ouest et l’est du globe, du point de vue
occidental bien entendu. L’orient est alors présenté comme grand contraire
complémentaire de l’occident. « Il nous suffit de tracer ces frontières dans notre esprit,
ainsi ils deviennent ‘eux’ et leur territoire comme leurs mentalités sont désignés comme
différents des nôtres ». (Saïd, 20053). L’usage de ces dénominations exerce une force
triple sur l’orient qu’il recrée, sur les grilles et codes du chercheur et sur le
consommateur occidental de l’orient. Son usage induit également l’idée l’altérité et
contribue à faire vivre une géographie imaginaire préconstruite dans la sphère de
l’idéologie4.
Dans le cadre de cette recherche, il est à noter que l’usage des termes d’Orient et
d’Occident est courant chez mes interlocuteurs, mais également très usité à l’occasion
de séances de yoga adultes et dans la sphère du well-being. L’Orient est ainsi synonyme
d’un ailleurs porteur de valeurs et de traditions ancestrales et d’authentique. Cet usage
met en avant une forme de processus affectifs de regret à l’égard d’une autre culture
ancestrale. Cette tentative de retour vers une culture ressentie comme authentique est
notamment évoquée dans la définition des processus d’acculturation, notion plus que
controversée. Celle-ci désigne les phénomènes complexes qui résultent des contacts
directs et prolongés entre deux cultures différentes entraînant la modification ou la
transformation de l’un des deux types culturels en présence (Gresle, 19945). Ce concept

1 Cf Henry Chamussy (2014)


2 Cf Sophie (1992, p. 117-121)
3 Cf Edward W. Said (2005, p.70)
4 Cf Sophie Fenouillet (1992, p. 117-121)
5 Cf François Gresle et alii (1994)

21
a donné lieu à de nombreuses tentatives de définitions qui n’ont abouti qu’à la création
de nouveaux termes de vocabulaire : endoculturation, transculturation, déculturation,
syncrétisme etc. (Courbot, 20001). Il demeure le plus couramment utilisé dans sa
définition restrictive de contact culturel entre deux sociétés perçues en tant que
puissances inégales. De plus, les études anthropologiques ont tendance à déchiffrer le
changement culturel du point de vue d’un seul des deux univers en présence. Toutefois,
il apparaît plus intéressant de considérer l’usage et l’entretien de dénominations comme
Orient et Occident, couplés avec la force de la représentation de cette géographie
imaginaire et non sa réalité, est intéressante à analyser en tant que processus.

L’Enfant et l’enfance
Il a semblé notamment important dans un sujet tel de questionner le concept d’enfant
et d’enfance et de s’interroger sur la place qui est faite à l’enfant dans la société,
notamment dans la transmission des savoirs. En effet, la place accordée à l’enfant dans
la société est révélatrice et porteuse d’une vision du monde. Selon M. C. Leccia (2014),
« ' L’enfant n’est pas une abstraction universelle, il se construit à partir du terreau sur
lequel il évolue2.” J. Delalande (20073) met en avant une évolution de la perception de
« l’enfant » tant de la part du public que du côté des scientifiques depuis les années
1970. M. L. Cadart (2013) pour sa part, attribue ce renouveau à la période qui a suivie
mai 1968 où l’on a assisté à une libération de la parole et à un foisonnement d’idées qui
ont questionné le fonctionnement traditionnel de la famille. Cette évolution dans les
perceptions aurait permis une évolution dans les modèles relationnels, d’une relation
autoritaire à une relation basée sur la compréhension et l’ouverture au dialogue. Elle
écrit que nous sommes héritiers de la manière dont nous avons perçu les enfants et que
celle-ci a conditionné notre action éducative. Auparavant et selon E. Durkeim (1911),
les enfants « ne sont pas encore mûrs pour la vie sociale’ ». En effet, la socialisation
entre enfants était considérée comme nuisible car elle détruisait le travail de l’éducateur.
Ainsi, seule une socialisation verticale, des adultes vers les enfants, était souhaitable,
fondée sur les préoccupations des adultes : l’enfant était alors non pas considéré en tant
que tel, mais comme un futur adulte non arrivé à maturation. Cette évolution du regard

1 Cf Cécilia Courbot (2000, p. 121-129)


2 Cf Marie Christine Leccia (2014, p.7)
3 Cf Julie Delalande (2007, p. 671-679)

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porté sur l’enfance serait attribuée à l’évolution du regard entre les générations dans les
années 1970 et de l’apport des travaux de Françoise Dolto entre autres.
La Convention internationale des droits de l’enfant et sa ratification par la France en
1989 constituant des éléments révélateurs d’une prise en compte de l’intérêt de l’enfant.
L’influence des travaux de puériculture et plus encore de la psychanalyse et de la
psychologie a permis une évolution des mentalités et des pratiques. De l’enfant « dressé »
à l’« enfant sujet », celui-ci devient une personne, un interlocuteur. (Delalande, 2007)
La petite-enfance est longtemps restée une sorte de domaine relevant de l’intime, du
privé et du familial (Cadart, 20131). Elle constituerait toutefois aujourd’hui un enjeu
politique et économique au cœur de débats idéologiques.

Le « Yoga », discipline spirituelle en perpétuelle évolu on

Cette étude a amené une première difficulté qui est celle de comprendre le fil
d’ariane reliant les pluralités de pratiques des yogi et yoginî2. En effet, Mircea Eliade
écrit dans son ouvrage Patan͂jali et le Yoga (1962) que « le terme Yoga dérive de la
racine yug/ jug en sanskrit, ‘lier ensemble’, ‘tenir serré’, ‘atteler’ , ‘mettre sous le
joug’ ».
Afin de conduire une réflexion sur la philosophie dont le yoga est porteur, il est
apparu important de puiser dans les manuels d'études classiques suivants afin de saisir
les concepts gravitant autour du yoga dans sa tradition : le premier est appelé
Yogasūtra, daté entre 200 avant J.-C. Et 500 après J.-C. Il est attribué à Patanȷã li et est
un recueil de 195 aphorismes (sūtra) qui ont codifié et systématisé le yoga jusqu’à nos
jours. Le second est le Bhagavad-Gîtâ3, chant mystique du poème épique Mahābhārata
où Dieu [Kṛṣṇa] enseigne son devoir libérateur [karmayoga] à l'homme [Arjuna]. La
Bhagavad-Gîta est considérée comme un écrit fondamental de l’hindouisme et comme
un « abrégé de toute la doctrine védique telle qu'on la trouve dans les premiers livres,
Védas, Brâhmanas et Upanishads.4 », selon Ananda Coomaraswamy. Il est laborieux

1 Cf Marie-Laure Cadart, (2013)


2Yogi (masculin), yoginî (féminin) : ascète, celui qui pratique le yoga (Source : CNRTL)
3Bhagavad-Gîtâ : littéralement, « Le chant du seigneur », Source : Gérard Huet, The Sanskrit Heritage
Dictionary.
4 Cf Ananda Coomaraswam (1949)

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d’indiquer une date avec certitude. « On ne se tromperait pas beaucoup en la situant
entre les Ve et IIe siècles avant Jésus-Christ » (Zaehne, 19731).
Le yoga est une discipline d’unification intérieure qui nous permets d’opérer une
jonction entre l’atman (pur principe de conscience en nous) et l’absolu et le divin. C’est
également une discipline intellectuelle dans la mesure où elle vise à arracher le principe
de conscience de la nature, la nature étant ici entendu comme les états psycho-mentaux
en l’homme avec le flux incessant d’idéation, d’émotion et de volition (Chenet, 20132).
Selon la définition littérale que Patanȷã li donne du yoga : yogash chitta vritti nirodhah,
Le yoga est l’arrêt des fluctuations du psychisme. En mettant à l’écart les fluctuations et
dynamismes intérieurs du mental, l’individu trouvera alors un état apaisé et de stabilité
intérieure.

La visée ini ale du yoga


Saisir le sens initial des textes et concepts védiques gravitant autour du yoga est une
tâche ardue du fait des nombreuses transcriptions d’auteurs engendrant un camaïeu de
textes interprétatifs. Il est important de prendre en compte que la pratique du yoga a
longtemps été réservée à l’élite de la société indienne, aux hautes castes. Notons
également que le yoga s’inscrit dans une tradition transmise oralement, du guru au
disciple. Dans une tentative de clarté et de vulgarisation, je prendrai appui sur un article
de G. Siguier-Sauné, philosophe et professeur de yoga et chercheuse au pôle Yoga
Enfant de l’Ecole Française de Yoga (EFY) de Paris. L’auteure nous explique ainsi que
« dans son contexte d’origine, le pôle du yoga est celui du renoncement, du retrait du
monde » (G. Siguier-Sauné, 20143). Le yoga part du constat selon lequel l’être humain
souffre. L’origine de cette souffrance est :
Selon les textes, l’insatisfaction profonde […] peut nous entraîner dans un activisme
épuisant qui ne fera que nous décentrer davantage, nous désaxer un peu plus. La
souffrance peut être aussi celle de l’angoisse d’une confrontation plus ou moins brutale à
des peurs fondamentales, tel Arȷũ na sur le champ de bataille : la peur de la mort certes,
mais aussi la peur de la folie humaine et de sa propension à la démesure et à l’orgueil
meurtriers. Et puis il y a également ce mal-être lié à une mémoire du passé qui nous
détermine, nous conditionne, parfois nous emprisonne et peut faire que je suis comme
1 Cf Robert Charles Zaehner (1973, p.7)
2 Cf Podcast France Inter – Propos de Françoise Chenet (2013)
3 Cf Gisèle Siguier-Sauné (2014, p.40-42)

24
empêché dans mon élan créateur, mon aspiration à autre chose. La douleur, l’anxiété, la
nervosité, une respiration haletante » sont autant de symptômes-signes de ce mal-être, de
cette souffrance.1 »
L’âme individuelle qui est dans chaque être est captive du monde : elle est ainsi
prisonnière des malheurs qui affectent ce monde et du désir, de la colère, de la peur,
l’égarement, la concupiscence, l’orgueil, la passion, la paresse, la faim, la soif, la honte,
la crainte, la désolation et l’horreur (Chenet, 20132).
Ce mal-être et cette souffrance ne sont toutefois pas une fatalité : l’être humain n’est
pas condamné à vivre enfermé dans ses peurs, ses conditionnements, son passé et son
malheur, ajoute l’auteure. La proposition du yoga est celle de se délivrer de l’illusion
que se créer l’individu et qui ne correspond pas à la réalité et de s’ouvrir à une
dimension autre de nous-mêmes, indépendante des carcans du mental qui déterminent
en grande partie un individu. Patanȷã li invite donc à la découverte de cette réalité
lumineuse qu’il nomme drashtar, du verbe drish « qui va voir, qui a une bonne vue ».
G. Siguier-Sauné nous précise qu’ « il est impossible pour notre esprit, dans son
fonctionnement habituel, de concevoir une telle conscience, une telle lumière3.» Le
yoga ouvrirait donc un chemin vers cette « conscience lumière » par l’intériorité, à
entendre ici comme recentrement, présence à soi-même, et au discernement. La
discipline yogique va « transformer, peu à peu, tout au long d’une pratique soutenue,
l’esprit dans le sens recherché.4 »
Le yoga traditionnel tel qu’énoncé dans les Yogasūtra ne se limite pas à un
ensemble de pratiques posturales que l’initié va dérouler de manière mécanique, mais
correspond tout d’abord à des vertus. Le yoga se compose de 8 anga, (branches, étapes)
qui doivent être appliquées afin d’atteindre la dernière, le samadhi. Les explications qui
vont suivre sont un assemblage d’une traduction qu’en a faite Françoise Mazet 5,
indiquée dans un premier lieu, suivie de celle proposée par Jean Papin6, qui énonce des
éléments parfois bien différents en fonction des traductions qu’on en fait :
Yamas : les règles de vie dans la relation aux autres / les refrènements
Niyamas : les règles de vie dans la relation à soi-même / les disciplines

1 Ibid.
2 Cf Podcast France Inter – Propos de Françoise Chenet (2013)
3 Ibid.
4 Ibid.
5 Cf Françoise Mazet (1991, p. 94, II, 29)
6 Cf Jean Papin (1990)

25
Âsana : la pratique de la posture / la posture
Prânâyâma : la pratique de la respiration / le contrôle du souffle
Pratyâhâra : l’écoute intérieure / le retrait des sens ou l’écoute intérieure
Dhâranâ : l’exercice de la concentration / la concentration
Dhyâna : la méditation / la méditation
Samadhî : l’état d’unité et d’union / l’identification ou l’état d’unité / libération

Illustration 3 - Les 8 anga du yoga d'après la traduction et les commentaires de F. Mazet (©Apolline Bailleux, 2018)
Figure 3 - Les 8 anga du yoga d'après les commentaires et traduction de F. Mazet (©Apolline Bailleux, 2018)

Patanȷã li énonce (Yogasūtra, 13-14) :


Là, la pratique est un effort pour obtenir la stabilité ; et accomplie avec persévérance,
droiture, sans interruption, pendant longtemps, elle devient une base solide.
Ainsi, plus l’individu se stabilisera et s’intériorisera, plus son esprit en continuelle
agitation s’apaisera.

26
G. Siguier-Sauné énonce également un élément supplémentaire dans la
compréhension de la philosophie du yoga : il s’agit d’« entrer dans un espace dénué de
tout souci de résultat, de production, d’efficacité ; et même d’intentionnalité1 ». Cet
aspect est particulièrement entré en résonance avec plusieurs de mes réflexions lors de
la réalisation de cette étude sur les moteurs et enjeux de la transmission du yoga aux
enfants. Nous y reviendrons à plusieurs reprises tout au long de ce mémoire.

Le prâna, les nadis et les chakras


Il semble important d’aborder ici la notion de prâna, ainsi que ceux des nadis et
chakras, concepts védiques fondamentaux pour lesquels on attribue une fonction
primordiale dans la pratique du yoga. Selon les Upaniṣad (en particulier Chandogya
Upanisha), prāṇa est l’essence causale du vivant : une énergie vitale universelle qui
imprègne toute chose et soutient la vie et que les êtres vivants absorbent par l'air qu'ils
respirent. Ce concept se retrouve dans d’autres cultures sous différents noms (Ruah en
hébreu, Qi en Chine, Orenda2 chez les Iroquois). Il a toute son importance dans le yoga
car, pour que le corps et l’esprit fonctionnent, une bonne circulation du prâna est
nécessaire. La bonne santé n’est cependant pas l’unique bienfait à une bonne circulation
du prâna : c’est également celle d’une élévation spirituelle et développement de la
créativité. On le décrit comme de l’air fin qui, par le biais de la respiration (qui se
manifeste également dans la dimension psychique) va propulser son mouvement. Cette
force de vie coule dans les 72 000 vaisseaux énergétiques appelés nadis, (qui sont les
mêmes méridiens de la médecine chinoise). Ils ont pour fonction de transporter les
énergies prâna dans les différentes parties du corps et assurer son bon fonctionnement.
Les points de croisement des nadis correspondent aux chakras, les sept points du corps
où se concentre l’énergie vitale. La pratique du yoga permet de purifier et renforcer les
nadis. Contrôler son prâna permet de faire le circuler librement et abondamment, ainsi
qu’équilibrer l’énergie dans son corps. Si l’usage des termes de prâna, nadis et chakras
et leur importance dans la pratique du yoga sont évoqués dans les cours pour adultes, il
n’en est pas de même pour les enfants.

1 Cf Gisèle Siguier-Sauné (2014, p.40-42)


2 Cf John Napoleon Brinton Hewitt (1902, p. 33–46).

27
Le yoga de nos jours
Il est à prendre en compte que le yoga en Inde a été profondément transformé au fil
des siècles notamment en raison de l’évolution de la société indienne et n’est en aucun
cas une tradition restée intacte jusqu’à nos jours1. Dans cette tentative de saisir l'ampleur
de la diffusion de la discipline, Y. Tardan-Masquelier écrit :
L'Inde a assigné au yoga un statut particulier, pour lequel il n'existe pas d'équivalent
chez nous : celui de voie de libération. Le yoga, parmi beaucoup de disciplines venues
d'Orient ou d'autres mondes traditionnels, s'est progressivement inscrit dans nos modes de
vie comme une activité 'normale' qui […] permettrait de pallier les effets pervers de la
modernité : tensions dues à la compétition, dispersion mentale, agitation affective... On
attend du yoga, au fond, qu'il offre ce que l'on reproche à l'évolution globale de la
société : n'avoir pas su mettre au cœur ses valeurs et avoir laissé à la charge des individus
un surplus d'âme, d'intériorité, de sagesse. Le yoga, entre autres voies, se trouverait ainsi
chargé d'une mission particulière de réparation ; il viendrait en quelque sorte combler un
vide, rappeler la place de l'être, du 'laisser-être' et de la gratuité dans un contexte où
l'humain ne se juge et n'est jugé qu'à ses actes. » (Tardan-Masquelier, 20022)
De nos jours, le yoga apparaît comme une technique miraculeuse en Occident qui
additionne bienfaits et profits pour quiconque le pratique de manière régulière. Il n'est
plus envisagé à partir de la définition donnée dans les textes classiques, bien qu'ils
soient toujours mentionnés, mais à partir d'un engouement mettant l'accent sur la
multiplicité de ses vertus millénaires. C'est une idée d’un yoga dans son idéalisation
plutôt qu'un yoga traditionnel qui est envisagé.
Chez les spécialistes de l'étude du yoga, il est fait allusion à un Yoga Postural
Modern (Modern Postural Yoga – MPY) (Singleton, 20103) : le terme de « moderne »
est utilisé chez les spécialistes en référence au contexte historique, ici au début de la
période dite moderne, et en référence à une géographie nouvelle : un yoga qui entre
dans les sociétés dites « modernes » et, au sein de celles-ci dans les milieux urbains. Ce
yoga est ainsi réinterprété par et pour des populations urbaines, dynamiques et
interconnectées ce qui explique l'accélération du processus.
L’introduction du yoga en France a timidement été entamée au début des années
1900, avant de s’ancrer réellement cinquante et soixante ans plus tard. La multiplicité
1Pour davantage d’informations sur l’histoire des pratiques yogiques depuis ses origines, l’ouvrage de
Mallinson John et Singleton Mark (2016) et celui de Ysé Tardan-Masquelier (2014)
2 Cf Ysé Tardan-Masquelier (2002, p.39-50)
3 Cf Mark Singleton (2010)

28
des recherches et débats au sujet des ‘’expériences de l'Inde’’ et des interprétations de
l'hindouisme a ouvert la voie vers l'analyse des expériences corporelles extatiques
comme le yoga ou la méditation qui vont peu à peu trouver leur place dans les discours
de personnalités qui voyagent tels que Swami Vivekananda 1 par exemple (Hoyez,
20082). S. Ceccomori3 (2001) écrit qu’il semblerait que le yoga, en raison de la
bivalence de la pensée française, entre laïcité et catholicisme, ait eu du mal à trouver ses
marques en France. Elle attribue la diffusion du yoga en France à un petit noyau
d'intellectuels parisiens dans les années 1950, « l'élite culturelle » avant de se diriger
vers les villes secondaires, et qu'enfin émerge un yoga grand public. C'est un schéma de
diffusion très classique qui correspond à la capacité du yoga à s'adapter à des structures
hiérarchiques diverses, toujours sous fond d'un idéal indien, imaginaire alimenté par des
récits de voyages et expériences vécues. (Altglas, 20044) Le yoga est alors mis en avant
comme un outil permettant l'expérience d'une certaine spiritualité, pouvant être utilisé
par tous.
A-C. Hoyez propose une cartographie de la mondialisation du yoga et une étude de la
manière dont s'est produite l'implantation de la discipline aux États-Unis et en France,
notamment dans les grandes villes américaines, européennes et indiennes : il est
intéressant de noter qu'il existe davantage de centres de yoga hors d'Inde qu'en Inde
même, et qu'au sein des sociétés non indiennes, les centres de yoga apparaissent
également comme des phénomènes urbains.

1 Philosophe et maître spirituel qui a fait connaître l’hindouisme au monde dit occidental. Il a
également inspiré le mouvement d’indépendance de l’Inde. Encyclopedia of Hinduism. (p.494-495)
2 Cf Anne-Cécile Hoyez (2005, p.100-108)
3 Cf Silvia Ceccomori (2001)
4 Cf Véronique Altglas (2004, p.53)

29
Illustration 4 et 5. Diffusion et circulation du yoga mondialisé (©Hoyez, 20031)

1 Cf Anne-Cécile Hoyez (2005, p.299 et p.301)

30
Il semble nécessaire de prendre en compte que le yoga, en tant que phénomène
spirituel et processus de mondialisation, est vecteur d'enjeux sociaux, religieux,
thérapeutiques, politiques, économiques et financiers : 2 millions de pratiquants en
France, 36 millions aux États-Unis, et en tout 250 millions de pratiquants recensés à
travers le monde.: « Depuis les années 90, le yoga est devenu un business de plusieurs
millions de dollars […] En 2008, il était estimé que les pratiquants de yoga aux États-
Unis dépensaient 5,7 milliards de dollars en classes de yoga, séjours et produits par an
(Singleton, 2010)1.
Dans le cadre de sa transmission, le yoga s’inscrit traditionnellement dans ce qu’on
évoque comme voie et éveil vers la spiritualité. Ainsi, la quête du spirituel au travers du
yoga pour les individus, collectifs et communautés occidentaux paraît être un sujet
fécond pour l’anthropologie spirituelle, l’étude du cheminement de la personne et de la
communauté humaine dans sa manière de vivre la relation à soi, aux autres et avec une
forme supérieure.

Une étude sur le Yoga Enfant dans le cadre scolaire,


périscolaire et familial

Il est mis en avant dans les médias que la mise en place du yoga auprès des enfants
présente des effets bénéfiques, notamment dans le cadre scolaire2. Dans son blog ''Corps
libre'', Vicky Choclazeur3, énonce sur la page web « Yoga Enfance » que la pratique du
yoga (ainsi que celle de la méditation) instaure des valeurs d'écoute, d'ouverture,
d'amour et de collaboration. Selon le site PBSparents, ressource en ligne partageant des
informations sur le développement de l'enfant et de l'apprentissage dès le plus jeune âge,
il est écrit dans l'article «Benefits of Yoga for Kids » que le yoga nous apprend à
connaître notre corps qui devient fort et flexible avec la pratique des postures. Il
apprend également à être à l’écoute de son corps, l’équilibre à différents niveaux et sa
1 Cf Mark Singleton (2010, p.3) ; Traduction issue de : Since the 1990s, yoga has become a business de a
multimillion dollar business […] In 2008, it was estimated that U.S. yoga practitioners were spending 5.7
billion dollars on yoga classes, vacation, and products per year […] (p.3) ».
2Nous reviendrons plus en détail sur ce point dans le chapitre 2 – partie Le yoga en réponse à une
problématique sociétale : le corps comme médiateur
3Professeur de yoga et de méditation dans les écoles (avec des groupes de 250 à 300 enfants, à certaines
reprises)

31
pratique amène à respirer plus profondément et pleinement. En outre, sa pratique nous
amène à utiliser notre énergie de manière plus efficace, à ''taire'' les cogitations de
l'esprit, et à apprendre à prendre soin de soi. Françoise Stuckerlberger1, psychologue
clinicienne et logopédiste à l’Université de Genève, explique qu’il y a une dizaine
d’années aux États-Unis, il a été mis en évidence que la pratique du yoga et de la
méditation dans des écoles auprès d’enfants considérés « à risques » avait permis de
faire baisser la violence, car le yoga permet une ouverture à la bienveillance envers soi
et l’autre.
La littérature anglo-saxonne (USA) et canadienne est plus féconde que les
recherches en langue française sur le sujet. En effet, mon intérêt s'est notamment porté
sur l'Association of School Yoga and Mindfulness2, qui semble avoir une portée
significative aux États-Unis ainsi que les études portant sur le nord de l'Europe où la
thématique semble être davantage abordée.
Il est à noter que les études traitent de la transmission du yoga aux enfants dans le
cadre scolaire, mais aucunement dans la sphère familiale ou sur les événements Yoga
Parents-Enfants, aspect pourtant des plus intéressant, car dans lors de mes observations
de terrain, de nombreux enfants évoquaient pratiquer le yoga à la maison en s’appuyant
sur le contenu des magazines pour enfants ou des vidéos.

Qu'en est-il de la France ?

L’introduction du yoga aux enfants en France est à attribuer à deux professeurs :


Swami Satyananda Saraswati et Jacques de Coulon. Lorsque les deux hommes se
rencontrent en 1979, ils commencent à organiser des séminaires. Ce cadre théorique a
contribué à faire reconnaître et développer les initiatives chez d’autres professeurs en
France.
De nos jours, le yoga s'implante en milieu scolaire et concerne déjà 70 000 élèves en
France (Garaude, 20123). L'Éducation Nationale a validé l'intégration des pratiques
yogiques4 dans les écoles dès 2013 (par l’intermédiaire du RYE, voir plus bas). Cette
réforme des temps scolaires dans la plupart des écoles primaires françaises depuis la
1 Cf Podcast France Inter – Propos de Françoise Stuckerbelger, (2016)
2 « Think tank of education, healthcare, and child development experts »
3 Cf Pauline Garaude (2012)
4Yogique : relatif au yoga

32
rentrée 2013/2014 s'inscrit dans l'objectif d'assurer un plus grand respect des besoins
fondamentaux de l'élève pour éduquer à la santé, pour mieux apprendre et ainsi
favoriser la réussite de tous les élèves. Le temps scolaire est une notion centrale en
matière de politique éducative, car son organisation et son utilisation déterminent les
conditions d'apprentissage des élèves. Un interlocuteur inconnu de l'Éducation
Nationale s'exprime à ce sujet (Garaude, 20121):
C'est une initiative bénéfique, et nous étudions la proposition de Micheline Flak2
d'intégrer le yoga dans le cadre de l'expérimentation lancée en 2010 [matières
fondamentales le matin et ateliers (culture, arts, sport) l'après-midi]. Il y a déjà de
l'expression corporelle et de la relaxation. Mais le yoga pourrait se généraliser s'il y a des
organismes agréés de qualité ou reconnus, car proposant une méthode pédagogique et une
formation comme celle du RYE, mais l'activité doit être bien encadrée. L'école reste
vigilante sur la qualité des intervenants et sur ce que l'on propose aux enfants.
L'association RYE (Recherche sur le Yoga dans l’Éducation) joue un rôle
primordial en France dans la transmission du yoga aux enfants. Fondée sous l'impulsion
de Micheline Flak et Jacques de Coulon en 1978, « par des éducateurs, pour des
éducateurs ». Elle met en avant le fait qu'elle soit « née(e) d’un croisement entre le yoga
millénaire et l’Éducation nationale » et que « le RYE répond à une demande collective :
dans un enseignement hyperintellectualisé, l’association met au point des techniques et
outils qui permettent de reconnecter le mental et le corps ».3 De plus en plus
d'enseignants se forment à l'intégration du yoga en classe et de professeurs de yoga à la
transmission aux enfants, dès qu'ils sont tout-petits. Il n’y a, à ce jour, pas de
professeurs formés au RYE sur la région Strasbourgeoise.
Nous pouvons également citer l' EFY (Ecole Française de Yoga) qui réunit une large
équipe d'enseignants : formateurs en yoga, historiens, linguistes, philosophes,
psychologues, psychanalystes, médecins, kinésithérapeutes et ostéopathes. Cette école
offre un programme d'étude et de recherches répondant au désir de s'instruire dans les
domaines qui concernent le corps, la conscience, la culture indienne, les textes
traditionnels de l’Inde et des traditions asiatique. Elle a ainsi pour objectif de mieux

1 Cf Pauline Garaude (2012)


2 Micheline Flak est également considérée comme une actrice majeure de l’introduction du yoga à
l’école.
3 Source : Site officiel du RYE - Onglet « Qui sommes-nous ? », sous catégorie « Notre projet »

33
comprendre le contexte social, culturel et professionnel du yoga. Leurs recherches ont
abouti à la conception d'un module et de séminaires annuels « Yoga et Enfants ».
Il semblerait toutefois que la pratique du yoga aux enfants soit davantage développée
dans le sud de la France et dans la capitale française que dans le nord et l’ouest de la
France en raison du nombre de formations proposées des professeurs de yoga enfant,

Le yoga enfant dans la région strasbourgeoise


L’Alsace compte ainsi peu de professionnels de la transmission du yoga aux enfants
malgré le fait qu’il y en ait de plus en plus d’années en années. Ceux exerçants
élargissent leurs interventions à diverses structures. La transmission du yoga aux enfants
dans la région Strasbourgeoise est majoritairement à l’initiative personnelle d'acteurs
passionnés majoritairement féminin. « C’est surtout en fonction de la personnalité des
enseignants et du bouche-à-oreille. Il s’agit de montrer que c’est faisable 1. » me précise
Christine. Les intervenant(e)s dans la sphère privée répondent et proposent des sessions
à la demande des parents, tandis que les interventions dans les écoles répondent pour la
plupart à des projets mis en place en fonction de thématiques annuelles. La thématique
de la tolérance concernant l'école Sainte-Anne au Neudorf, Strasbourg en est un
exemple. « Les programmes viennent également de la demande des institutions. Les
instituteurs ont des temps de formations et choisissent en fonction de ce qui leur est
proposé. » rajoute Christine, suivi de « Je ne me sens pas soutenue par l’Éducation
Nationale. Nous n’avons pas assez de moyens, c’est du volontariat. » Elle insiste
également sur le fait que c’est sur son temps libre que se mettent en place les initiatives,
ce qui est révoltant à ses yeux. Elle s’estime « abandonnée » et « seule » face aux
difficultés auprès des enfants auxquelles elle est confrontée tous les jours.
Selon mon interlocutrice Manuela, il semblerait que le yoga-enfant soit davantage
développé dans le sud de la France. Les raisons de ce développement, autre que
l'hypothèse de financements plus généreux dans les régions concernées, me sont encore
inconnues. Elle ajoute également que dans la région strasbourgeoise, il n’y a pas de
concurrence en matière d’intervenants. « La démarche et la demande sont honnêtes2. »,
selon Manuela.

1Communication personnelle de Christine lors d’un entretien – 15/11/2017


2Communication personnelle de Manuela lors d’un entretien – 1/12/2017

34
CHAPITRE 2. « LES MOTEURS DE LA TRANSMISSION DU YOGA AUX
ENFANTS »

Le yoga aux enfants : en amont d’un « besoin »

Dans un premier temps, je me suis interrogée sur les moteurs de la transmission du


yoga aux enfants. Par « moteurs », j’entendais préciser les motivations, découvrir ce qui
actionnait les rouages et poussait mes interlocuteurs à se diriger vers la discipline
yogique pour la transmettre auprès des jeunes générations.
Constat a été fait d’une dissonance entre la représentation idéalisée du yoga, mettant
en avant le bien-être, le zen et la maîtrise de soi, et la réalité de mon terrain
strasbourgeois en milieu scolaire, périscolaire et familial. Dans les médias et selon les
propos de professeurs de yoga interrogés dans les articles, il est constaté que les enfants,
« véritables éponges et miroirs de leur environnement », sont de nos jours incapables de
se poser, stressés, fatigués et tristes, voire dépressifs de plus en plus tôt.
L’argument suivant est venu à plusieurs reprises à la bouche de mes interlocuteurs 1
avec une expression du faciès révélant l’exaspération : « Les enfants ont besoin du
yoga ! Certains sont incapables de se poser ! ». Normal, me direz-vous ? Un des grands
principes de la pédagogie élaborée par Maria Montessori n’est-il pas que l’enfant a
besoin de mouvements2 ? Ce principe représente un des besoins primordiaux de l’enfant
pour qui, elle le relevait, il est impossible de rester immobile trop longtemps, car il est
guidé par un instinct naturel de vie qui le pousse à bouger pour conquérir son
indépendance. Pourtant, cette expression récurrente de mes interlocuteurs témoigne
d’autre chose : le fait que certains enfants soient « incapables de se poser » est
révélateur d’une agitation, instabilité et/ou de déséquilibres émotionnels3 : « Les enfants
n’arrivent pas à se poser et à respirer, ils accumulent davantage de stress et de
tensions’ » m’explique Manuela.
Tout se passe comme si la stimulation excessive occasionnée par la vie actuelle
exerçait son premier méfait en surexcitant le mental. Telle une machine emballée, il
s’affole. […] À y regarder de plus près, il nous semble que l’échec scolaire est en relation
étroite avec notre incapacité à contrôler les mécanismes cérébraux favorables à l’équilibre

1Argument repris lors d’entretiens avec Manuela, Christine, Caroline


2 Cf Maria Montessori (1935)
3 Cf Swami Satyananda Saraswati (1985, p.77)

35
de la personne. La défaillance sur ce terrain a des conséquences incalculables sur la vie
communautaire et l’économie d’un pays1. (Flak, De Coulon, 20162)
Lorsque je travaillais avec les enfants il m’est venu de nombreuses fois à l’esprit que
l’environnement et le contexte sociétal ne respectaient pas le rythme de vie et de
sommeil de l’enfant. Il me semblait en effet impossible et illogique de demander à des
enfants de rester six heures concentrés comme le format éducatif classique le demande
alors que j’en étais moi-même incapable. Combien de fois ai-je vu les enfants avec de
tout petits yeux exprimer lors de séances d’observations « je suis fatigué-e !», en
s’enroulant dans les tapis de yoga comme ils le feraient avec une couverture. Le
contexte scolaire classique pousse de plus en plus à la compétition, à l’image de la
société. Les enfants ont beaucoup de pression et d’objectifs. « L’enfant […] a une
obligation accrue de scolarisation … de performance, de respect des croyances et
traditions, de satisfaction de sa famille. » écrit J. Joffe (20143). Christine explique :
Si les enfants sont incapables de se concentrer, ça a forcément des répercussions sur
les résultats, et peut mener à un échec scolaire. On considère l’éducation d’un enfant qui
redouble comme ‘’perdue’’. Le CP est un autre monde, on incite alors davantage les
enfants à rentrer dans un apprentissage poussé. La maternelle, qui est en total décalage,
est alors plus propice pour mettre en place des idées de pédagogies alternatives.
Emeline, quant à elle, m’écrit :
Le système scolaire conduit de nombreux élèves à l’échec. Nous savons à présent qu’il
existe plusieurs formes d’intelligence mais le système scolaire n’en privilégie qu’une. Les
différences entre individus sont ainsi nier : on cherche le formatage.4. »
M. Flak et J. de Coulon ajoutent également :
Notre système éducatif […] ne tend-il pas à transformer ces ‘‘drôles d’oiseaux’’ que
sont certains enfants et enseignants en autant de copies conformes à une idée toute faite ?
Chaque nation a son prototype spécifique dans lequel elle tend à formater ses
ressortissants, mais il semble qu’aujourd’hui la mondialisation tend à couler tous les
esprits dans un même moule5.

1Il est intéressant que les auteurs soulignent l’impact sur l’économie que présente ce point. Nous y
reviendrons dans le chapitre 4 « Les enjeux de la transmission du yoga aux enfants pour les enfants,
enseignants et parents », partie 4.
2 Cf Micheline Flak et Jacques de Coulon (2016, p.94)
3Cf Joëlle Joffe (2014. p. 154)
4Communication personnelle d’Emeline lors d’une discussion informelle par courriel – 2/8/2018
5 Cf Micheline Flak et Jacques de Coulon (2016, p.154)

36
Dans cette lignée, C. Dolto ajoute que « Dans une société où tout se mesure, se
comptabilise et s’évalue, il (l’enfant) doit absolument être dans la norme. Nous vivons
une époque de ‘‘normolatrie’’. 1» Cette tentative inconsciente pour certains pédagogues
de « normaliser » l’individu peut être très mal vécue par de nombreux enfants ne
rentrant pas (ou rentrant d’ailleurs) dans les critères de la définition d’un « bon élève ».
On peut supposer que la pression exercée par le milieu scolaire et la famille engendre
stress et angoisses, qui amènent à un déséquilibre émotionnel et un mal-être généralisé.
Ce mal-être peut parfois être aggravé par le contexte familial : la séparation avec les
parents qui travaillent toute la journée, pour certains, peut être vécue difficilement et
susciter une peur de l’abandon. Cette peur de l’abandon si elle n’est pas conscientisée
peut alors laisser des traces dans la vie adulte 2. Lorsque j’ai abordé la question du
manque de disponibilité des adultes avec Christine, elle a répondue avec ironie :
« Heureusement, les écrans et les nouvelles technologies sont une source de
compensation3 ». Il est vrai que l’usage des nouvelles technologies chez les enfants fait
débat à tous les niveaux. Si elles sont parfois utilisées par les parents pour calmer les
enfants lorsqu’eux-mêmes sont trop fatigués pour répondre à leurs besoins, leur
utilisation excessive provoque tension et fatigue chez l’enfant qui peut de surcroit se
couper progressivement de la réalité. L’enfant peut alors perdre sa capacité à être
pleinement présent au monde et à lui-même au profit d’un ‘‘immatériel matériel’’ que
procure les écrans. Bien que le contenu soit foisonnant et des plus riches, qu’il permette
de s’ouvrir à son environnement et d’assouvir la curiosité du jeune enfant, force est de
constater qu’un manque et un besoin affectif chez certains enfants est notable. M. Flak
et J. De Coulon (2016)4 expriment également à ce sujet :
Les enfants apportent souvent à l’école des tensions qui sont autant de barrages à la
libre circulation de l’énergie : celle-ci se transforme en agressivité que les modèles de
violence montrés sur les écrans d’Internet et de jeux vidéo se chargent bien d’entretenir.
La violence qui pénètre dans l’école et qui s’accroît d’année en année est un redoutable
ennemi de la relation à l’autre.
C. Dolto (2014)5 écrit :
On oublie que la cognition, si elle n’est pas sous-tendue par l’affectif, amène à des
1 Cf Catherine Dolto (2014, p.77)
2Expériences de baby-sitting - 2016
3Communication personnelle de Christine lors d’un entretien formel – 15 novembre 2017
4Cf Micheline Flak et Jacques de Coulon (2016, p.23)
5Cf Catherine Dolto (2014, p.79)

37
catastrophes individuelles et collectives. C’est là un très grand danger, car notre société,
qui a besoin de citoyens forts puisque seuls (sans le filet du secours familial comme il
fonctionne encore en Italie ou en Espagne), produit à grands frais des individus faibles.
Emeline1 exprime à ce sujet :
Les enseignants se plaignent en permanence du manque de concentration de certains
enfants alors qu’une journée de cours leur demande une capacité de concentration
irraisonnable. Ils sont alors culpabilisés et marginalisés à l’encontre de la visée éducative
de l’enseignement. Ces élèves sont fragilisés et en état d’insécurité.
Manuela s’est formée au programme MISA-MISP (Massage in School Programme
de toucher nourrissant et de massage bienveillant entre enfants. Il s’adresse aux enfants
de 4 à 12 ans et consiste en des massages entre enfants qui restent habillés : les parties
massées sur le dos, la nuque, les bras et les mains. Manuela le propose également aux
familles ce qui contribue à vivre des expériences de toucher sain et nourrissant dans un
cadre sécurisant. Elle explique2 :
C’est un programme avant-gardiste qui contribue au bien-être des enfants, au respect
de soi et des autres. Le projet est né après un voyage en Inde de Mia Elmsäter et
Sylvie Hétu qui ont constaté que malgré la pauvreté, les enfants pour certains gardaient
parfois le sourire ; elles l’ont directement mis en lien avec le fait que les femmes massent
leurs enfants. L’enfant, l’humain, nous tous en général en avons besoin, le tactile
contribue à créer le lien. L’enfant prend conscience de soi et de l’autre. Tous les enfants
n’aiment pas, et l’on se retrouve rapidement confrontés au tabou de l’attouchement, mais
la majorité des enfants aiment et ceux-ci en ont besoin. Il me semble même qu’on a
remarqué une baisse de violence chez les enfants et ces deux aspects ont été mis en
relation.
Un élément m’apparaît comme primordial, celui de la peur. En effet, c’est un lourd
fardeau que porte l’enfant qui se construit dans un environnement non sécurisant
inspirant la crainte pour bien des aspects. C. Dolto argumente à nouveau de manière
particulièrement engagée sur ce point :
Il (l’enfant) vit dans un monde où tout est judiciarisé. Ainsi ses parents, ses médecins,
ses éducateurs et ses enseignants agissent-ils en prévision […] quitte à faire des choses
idiotes, dangereuses ou inéthiques […] Il a peur pour son avenir. On lui parle sans cesse
de la difficulté à se faire une place dans cette société […] Nos enfants ont peur de la vie,
incertaine, et de la mort, représentée sous toutes ses formes à la télévision, mais sujet

1Communication personnelle d’Emeline lors d’un entretien non formel – 12 février 2017
2Communication personnelle de Manuela lors d’un entretien – 16 novembre 2017.

38
tabou quand il s’agit des proches. […] H. Arendt avait déjà souligné combien il était
difficile de préparer des enfants à vivre une époque que l’on ne connaît pas [...]Le
nouveau-né prend place dans le grand mouvement qui se déroule depuis la nuit des
temps, qui fait que l’on transmet à ceux qui nous suivent le mouvement qui va leur
permettre d’inaugurer. C’est le paradoxe du sujet : sa liberté d’inaugurer lui est transmise.
De nos jours, on inaugure dans la rupture. L’enfant et sa famille sont au cœur de ces
changements. (20141)
M. Flak et J. De Coulon constatent :
Trop d’enfants sont fatigués, désaxés, survoltés, démotivés. Nous ne pouvons pas leur
offrir en héritage notre propre désarroi d’adulte, ni penser que la révolution des moyens
techniques résoudra tous les problèmes et donnera un sens à leur vie. (p.10)
Lorsque l’on demande à Sadguru, guru mystique indien quels sont les arguments en
faveur d’une pratique du yoga pour les enfants, il répond 2 :
Aussi longtemps que notre bien-être est sujet et enchaîné à des situations extérieures,
notre bien-être est accidentel parce que personne n’a 100% de contrôle sur les situations
extérieures. Et vu la manière dont la population s’accroît, nous ne pouvons pas savoir
quel genre d’arrangements extérieurs la prochaine génération sera capable de produire.
D’ici 2050, nous serons 9,6 milliards d’individus sur la terre. Je ne serai pas là pour le
voir, mais votre fille devra y faire face, elle devra développer un instinct de survie très
fort. Cela ne va pas être simple du tout. Imaginez juste 35% de personnes
supplémentaires dans le même espace – visualisez l’expérience. Si vous devez vous
asseoir tout près des autres, le yoga sera utile pour pouvoir être à l’aise dans n’importe
quelle posture. Il n’y aura pas beaucoup de choix concernant les postures !
Les gurus étant considérés comme des leaders et représentants spirituels dont les
discours ont une portée internationale, on peut alors s’interroger sur l’utilisation de la
peur comme moteur de la transmission du yoga.
« Les enfants ont besoin de pratiquer le yoga, et moi aussi j’en ai besoin : c’est un
moment de pause », me dit Christine3 en plaisantant. Le yoga enfant serait-il la solution
face aux difficultés auxquelles sont confrontés enfants et parents ? Car en réalité, le
mal-être des enfants ne peut être évoqué sans mettre en avant et révéler celui des
adultes.

1Cf Catherine Dolto (2014, p.79)


2Sadguru est également fondateur de l'Isha fondation, organisme non lucratif de yoga, géré par des
volontaires. Il est connu notamment pour avoir mis en place des initiatives de scolarisation pour remonter
le niveau d'éducation et le taux d'alphabétisation dans l'Inde rurale.
3Communication personnelle de Christine lors d’un entretien – 15/11/2017

39
Le yoga aux enfants : « besoins » et désirs des enseignants et
parents

Il m’est apparu, en effet, dès les premiers entretiens effectués auprès de mes
interlocuteurs, que le malaise des enfants est en réalité indissociable de celui des acteurs
de cette transmission : les enseignants, les professeurs de yoga et les parents qui se
retrouvent face à la difficulté de gérer leur quotidien et leur émotionnel, souvent en lien
avec le contexte sociétal et familial. Ils ressentent ainsi un besoin de « bien-être », de
« zen » et de « maîtrise de soi » et de ses émotions. Ceux-ci mettent en avant le fait
d'être stressé et sur les nerfs en raison des conditions de travail (la réduction chaque
année de budget et ainsi, plus d’élèves sous la responsabilité des enseignants) à mettre
en lien avec leurs vies personnelles qui peuvent être traversés de maintes difficultés :
séparations, divorces ou autres.
Transmettre le yoga et l'intégrer dans la pédagogie ou dans les méthodes
d’apprentissages auprès des enfants deviennent donc ce qui est identifié par les
interlocuteurs dans leurs constats comme un « besoin ». L’utilisation de ce terme est
revenue à plusieurs reprises dans la bouche de mes interlocutrices. Christine et Manuela
évoquent toutes deux avoir attendu le moment d’être « prêtes » pour se lancer dans la
pratique du yoga. Christine1 évoque lors d’un entretien que :
Ce besoin répond à une prise de conscience qui a des conséquences au niveau
personnel et intime. Une partie de la population est dorénavant tournée vers le naturel et
le sain, que ce soit au niveau d’une alimentation saine, de médecins alternatifs aux
vaccins … Évidemment, en tant que parents, on veut pour nos enfants un mode de vie
sain et une vie heureuse. C’est suite à un besoin de décompresser de mes journées de
travail très stressantes que j’ai eu l’idée de proposer certains exercices de yoga à mes
élèves. J’avais besoin de retrouver une sérénité perdue. Mes élèves en avaient besoin tout
autant que moi. Ils sentent tout de suite quand nous sommes perturbés et cela a des
répercussions. Travailler avec les enfants en conscience, c’est une remise en question
permanente mais que les enfants apprécient.

1Communication personnelle de Christine lors d’un entretien formel – 15/11/2017

40
Pour Manuela, l’idée de partager le yoga avec les enfants a germé après qu’elle est
devenue mère et qu’elle s’est retrouvée à divers bouleversements familiaux. Ainsi, ce
sont ses enfants qui l’ont amenée sur cette voie1 :
Mes centres d’intérêt ont alors changé et se sont recentrés autour de la famille et d’une
réorganisation plus harmonieuse de ma vie professionnelle et personnelle. Je suis
naturellement soucieuse du bien-être des enfants, qui connaissent tôt des déséquilibres
émotionnels, dans la sphère familiale par exemple, mais aussi à l’école. Les enfants sont
des éponges et comprennent tout ce qui se passe : relations conflictuelles dans les
couples, divorces, déménagements … J’étais yogini depuis plusieurs années : j’ai pratiqué
le yoga avec mes enfants et j’en ai constaté les bienfaits avant d’en faire mon métier.
C. Dolto qui s’interroge sur la place de l’enfant aujourd’hui argumente ainsi :
Plus que jamais les hommes et les femmes de notre époque sont encombrés de leurs
contradictions. Et leurs enfants tentent d’y trouver quelque chose de rationnel, puisqu’ils
n’imaginent pas les adultes tutélaires aux prises de l’infantile qui demeure en eux,
orchestrant en coulisse le chaos des sentiments. De ce frottement des pratiques modernes
et des archétypes anciens qui demeurent souterrainement à l’œuvre, naissent
contradictions, tensions, séparations et solitudes. […] Alors que quand nous étions petits,
les divorces étaient des drames qui mobilisaient affectivement toute une école et brisaient
la vie des femmes, ils font aujourd’hui partie du quotidien des enfants. Je ne dis pas que
cela se fait maintenant sans souffrance, mais c’est une souffrance devenue banale. Et trop
souvent l’enfant devient un enjeu, un otage ou un soutien pour celui de ses parents qui
souffre le plus (20142 ).
Si le contenu des entretiens était centré au premier abord sur le bien-être, le yoga
comme art de vivre, la santé et la spiritualité, force a été de constater que les sujets de
conversation et le ton léger de mes interlocuteurs faisaient place, une fois la prise de
contact passée, à des sujets plus graves tels que leurs difficultés quotidiennes et la
difficulté à atteindre le bien-être. La méthodologie des entretiens ethnographiques
m’était inconnue au début de cette enquête, mais je me suis rapidement fait la réflexion
que je n’avais guère besoin de poser des questions car mes interlocuteurs m’ont
rapidement fait confiance, ce dont je les remercie sincèrement, puisqu’ils se sont livrés
et m’ont confié des histoires intimes douloureuses. Il m’a semblé que ces entretiens et
l’écoute accordée à ces occasions les aidaient visiblement à se soulager d’un fardeau

1Communication personnelle de Manuela lors d’un entretien – 16/11/2017


2Cf Catherine Dolto (2014, p.71)

41
lourd à porter. Cette réflexion m’a par la suite amenée à plusieurs reprises à échanger
avec mes collègues sur le rôle et la fonction de l’ethnographe sur le terrain ce que je ne
soupçonnais pas au premier abord. Sans doute la nature intime que prenait le
déroulement des entretiens contribuait à donner une tournure thérapeutique à ma
présence et représente une donnée non négligeable dans cette étude.
Ainsi, un des moteurs de la transmission du yoga aux enfants m’est apparu
progressivement comme une projection du désir des adultes de voir les enfants aussi
calmes et maîtres d’eux-mêmes et détendus qu’ils voudraient l’être et de les voir ainsi
pleinement épanouis. Émeline, quant à elle, me communique que :
l’acte de transmettre est porteur de nombreuses projections, surtout lorsqu’il concerne
les enfants. Tout ce qui touche à la transmission aux enfants, c’est le changement que l’on
veut voir dans le monde. Innover ainsi dans la transmission et l’éducation montre qu’il y
a une volonté de changement chez les individus et que l’on retrouve même au niveau du
ministère1.
F. Hatchuel2 écrit que notre rapport au savoir est traversé de fantasmes, que nous
soyons en situation d'apprentissage ou de transmission. Ce rapport serait conditionné
par des dynamiques familiales, mais aussi par le contexte social et historique. En effet,
les acteurs de la transmission du yoga aux enfants, quelques soient les expériences qui
ont façonné leurs connaissances, semblent attachés à une même quête de valeurs et à
des projections et imaginaires culturels collectifs. Ces valeurs, projections et
imaginaires semblent semblables à ceux communiqués et exprimés par des voyageurs
‘’occidentaux’’ rencontrés à l’occasion de mon voyage au Népal. Ainsi, Juliette, 27 ans,
qui étudie à Strasbourg me disait à la sortie d’un cours d’essai de yoga tibétain3 :
Il n’y a plus de valeurs dans notre société occidentale ou tout du moins, les valeurs
attribuées à l’Occident ne me correspondent plus, c’est déprimant au possible. La quête
des valeurs venues d’Asie répond à cette prise de conscience et engendre un besoin de
changement. Je recherche maintenant ce qui est ‘‘vraiment’’ important pour moi comme
la paix intérieure, la non-violence, la sérénité, le zen, etc. Je puise aussi dans la
méditation ou dans les autres pratiques issues de traditions spirituelles comme le
bouddhisme, le reiki, l’ayurveda entre autres. Je recherche des solutions pour atteindre le
bonheur en fait.

1Communication personnelle d’Emeline dans un courriel – 12/11/2017


2 Cf Nicole Baudouin (2005 p, 527-528)
3Communication personnelle de Juliette à la sortie d’un cours d’essai de yoga tibétain - Strasbourg au
cours du mois de février 2018

42
Il m’apparaît intéressant de mettre en lien cet élément avec l’enquête ethnographique
qu’a réalisée C. Simard-Legault1 dans le but de comprendre et expliquer les motivations
des touristes yogis occidentaux qui se rendent à Rishikesh, ville sainte indienne
surnommée capitale du yoga. Leurs motivations renvoient à une quête de soi et de vrai
dans leurs modes de vie : aliénés par un mode de vie capitaliste, c’est dans une tentative
d’échapper à la « modernité », dans une quête ‘‘d’authenticité’’ dans un monde
occidental que les individus se tournent vers des pratiques spirituelles en vue d’une
quête de soi. Selon C. Simard-Legault ce ‘mécanisme’ perpétue une forme
d’orientalisme chez les touristes du yoga en inde. Ceux-ci ignorent généralement la
réalité dynamique de l’Inde contemporaine et selon l’auteure, ce mécanisme de quête de
soi s’inscrivent directement dans des logiques néo-libérales par rapport à l’individu2.
Ces logiques néo-libérales contribuent à entretenir ou l’accroitre les inégalités, la
fracture sociale et le pillage des ressources naturelles. Le contenu de cette étude
ethnographique fait écho aux propos d’interlocuteurs adultes que j’ai récoltés à
l’occasion de cette étude.
C’est grâce aux propos d’Emeline3 que j’ai pu identifier un moteur supplémentaire à
la transmission du yoga aux enfants. En effet, elle explique que :
C’est bien souvent les enfants qui forcent à changer : ils nous remettent forcément en
question et nous montrent nos paradoxes. On leur doit de l’honnêteté et de la
transparence, car ils sentent tout… surtout nos contradictions. Il est essentiel de s’inclure
également dans le processus de changement.
Plusieurs témoignages de parents à la sortie du cours de yoga parents-enfants ou de
parents soucieux de cette nécessité de changer vont en ce sens. Ils m’ont fait part de leur
volonté d’approfondir leurs connaissances par la lecture d’études concernant le
développement personnel et d’ouvrages de pédiatres. Leurs discours reflètent une envie
profonde de voir leurs enfants heureux et épanouis. Ils ont également conscience qu’un
ancrage personnel équilibrant, sain et rassurant doit aller de pair avec une recherche de
pratiques éducatives alternatives plus proche des besoins de leurs enfants.

1 Cf Camille Simard-Legault (2017)


2 Cf Camille Simard-Legault (2017, p.28)
3Communication personnelle d’Emeline lors d’un entretien non formel – 12/02/2018

43
Le yoga comme réponse à une probléma que sociétale : le
corps comme médiateur

Le corps est le véhicule de l’être au monde, et avoir un corps, c’est


pour un vivant se joindre à un milieu défini, se confondre avec
certains objets et s’y engager continuellement.

M. Merleau-Ponty1

Face à ces constats : malaises, angoisses, agitations des enfants, le yoga apparaît
ainsi comme une réponse aux besoins et désirs de mes interlocuteurs tout comme à ceux
des enfants. Le corps de l’enfant alors perçu comme médiateur pour répondre à ces
préoccupations. Dans un premier temps, on peut s’interroger sur la raison pour laquelle
le yoga plutôt qu’une autre discipline fait autant l’unanimité et apparaît comme une
réponse idéale à leurs demandes.
Si nous analysons les bienfaits de cette pratique mis en avant dans les médias, ainsi
que les études scientifiques et les propos de mes interlocuteurs2, un premier élément de
réponse peut être apporté. Il est ainsi souligné que les enfants qui pratiquent le yoga de
manière régulière acquièrent une plus grande capacité de concentration, d’attention et
l'apprentissage d'une respiration qui contribue à les relaxer. Un état de détente général,
une meilleure estime et connaissance de soi sont constatés lorsque l’émotionnel est de
ce fait apaisé. On attribue également à la pratique du yoga, l’amélioration de résultats
scolaires, une meilleure gestion du stress, ainsi qu'une l’amélioration de la mémoire de
la qualité de vie. En outre, le sommeil est plus apaisé et réparateur. Le yoga semble
particulièrement adaptés pour les enfants timides ou catalogués ''hyperactifs'' car il leur
permet de canaliser leur énergie et d’exprimer leurs émotions. Selon Swami Satyananda
Saraswati :
Pratiquer le yoga est une forme d’éducation complète qui peut être utilisée avec tous

1Cf Maurice Merleau-Ponty (1945, p.106)


2Ils sembleraient que les bienfaits du yoga aux enfants soient relativement identiques à ceux mis en avant
auprès des adultes, mais il y a moins d’études sur le sujet en raison de l’accès aux études et autorisations
sur les mineurs.

44
les enfants, car il développe un équilibre physique, permets une stabilité émotionnelle,
intellectuelle et des talents créatifs. C’est un système unifié pour développer totalement
une personnalité équilibrée de l’enfant1.
En effet, le yoga et la méditation permettent de donner un cadre. Celui de la prise de
conscience de son propre corps grâce aux postures, à la régulation du souffle
notamment. Quand on commence à pratiquer le yoga, c’est généralement au travers de
l’aspect externe de l’individu, du corps physique que l’on commence. Lucas m’indiquait
ainsi que :
« Traditionnellement dans le yoga, le corps était le véhicule pour atteindre la réalisation
spirituelle2 ». Bien que le yoga ne se limite pas à un ensemble de pratiques posturales à
dérouler, il semblerait que ce soient les aspects de la discipline, āsanas (posture) et
prânâyâma (contrôle du souffle), qui sont dorénavant ancrés dans les esprits non-initiés.
En effet, un grand nombre de structures de yoga pour adultes axent leurs enseignements
selon ses deux anga. Cet héritage et cette transmission ne prennent que peu en compte
les 6 autres anga d’une pratique yogique traditionnelle, évoqués plus haut. A propos de
la place qu’occupe le corps dans le yoga, Y. Tardan Masquelier écrit que :
Pour la culture hindoue, et plus spécialement pour le yoga, on chemine d'un corps
brut, plein, opaque vers un corps travaillé, évidé de l'intérieur, éclairé à partir de son
centre. C'est ce travail, cette construction - qui est aussi bien une déconstruction - du
corps qui justifie la discipline du yoga. Le corps que l'on devient par la pratique du yoga
est un corps que l'on allège, qui se creuse, qui laisse exister de l'espace à l'intérieur de lui,
espace du souffle, lieu du cœur. Il se structure, se sculpte, laisse place au "vide médian",
il se centre. Dans ce corps travaillé, les énergies circulent, convergent, permettent une
mise en relation du haut et du bas, de la droite et de la gauche, de l'intérieur et de
l'extérieur, d'une identité et d'une altérité, de soi et de l'autre : c'est cela que j'appelle un
"corps médiateur". Ce "corps creux", solidaire d'une anthropologie de la soustraction ou
de la perte, est vraiment "lieu de la rencontre" avec soi-même, avec l'autre, avec le divin.
Que le corps soit médiateur, c’est cela même qui fait le yoga qui autrement ne serait
qu’une gymnastique sophistiquée ou une technique de bien-être salutaire3.
La reconnexion au soi par le corps apparait essentielle auprès de mes interlocuteurs
comme une réponse à leurs besoins personnels et à ceux des enfants. « Nous sommes
dans une société où nous avons perdu conscience de notre corps, il a été oublié, le yoga
1Cf CSwami Satyananda Saraswati (1985)
2Communication personnelle de Lucas lors d’un entretien formel - 1/11/2017
3 Cf Ysé-Tardan Masquelier (2014)

45
permet de se reconnecter à son corps. » selon Manuela1 », tandis que Christine2 met en
avant que « le yoga est idéal avec les jeunes enfants. On détaille alors tout notre corps,
ça permet de s’étirer les muscles en douceur tout en prenant conscience de leur
anatomie ». Emeline de son point de vue de professeur d’anglais dans le secondaire
faisait la réflexion suivante :
Le yoga à l’école c’est l’introduction du corps dans les modules d’enseignement hors
éducation sportive. Le corps est présent dans le système éducatif, mais uniquement à
travers l’éducation physique ou la biologie En effet, dans la vision traditionnelle de
l’école, c’est l’esprit qui est au cœur du système. Nous sommes dans un dualisme Corps/
Esprit. C’est là aussi que réside l’aspect novateur de l’introduction du yoga à l’école 3.
L’une des visées du yoga est l’harmonie entre le corps et l’esprit. Selon la
Bhagavadgītā, « Lorsque, par la discipline yogique, l’esprit et le corps travaillent
ensemble de manière harmonieuse, on peut trouver un calme et une paix de l’esprit à
tout moment4». Swami Satyananda Saraswati exprime à ce sujet qu’il est important de
considérer que si le corps physique n’est pas harmonisé avec l’intellect, des problèmes
apparaissent et rendent difficile toute détente et apprentissage, chez l’enfant comme
chez l’adulte :
Le cerveau est divisé en deux hémisphères cérébraux. Chaque hémisphère semble
avoir une fonction assez différente et distincte. L’hémisphère droit est associé aux aspects
spatiaux et intuitifs de notre être, tandis que le gauche est associé avec les capacités
linéaires et analytiques. Jusqu’à présent, l’éducation s’est concentrée majoritairement sur
l’hémisphère gauche, donnant de l’importance aux disciplines purement logiques,
linéaires et scientifiques comme la lecture, l’écriture et l’arithmétique. Les disciplines
artistiques, intuitives et quantitatives, comme les arts, la danse et autres activités
artistiques, ont reçu un soutien négligeable, financièrement et dans les programmes
scolaires. Les éducateurs nous montrent que cette approche est inégale et mène à une
éducation partielle et causant des effets nuisibles dans nos vies. (Swami Satyananda
Saraswati, 19855)
L’étude du corps laisse apparaître un concept complexe au croisement de
différents domaines anthropologiques (religieux, médical, économique, politique…) et
interroge les logiques sociales et culturelles qui le façonnent et lui donne sens. (Guïoux,
1Communication personnelle de Manuela lors d’un entretien – 16/11/2017
2Communication personnelle de Christine lors d’un entretien – 15/11/2017
3Communication personnelle d’Emeline lors d’une discussion non formelle - 11-7-18,
4 Cf A.C. Bhaktivedanda Swami Prabhupada (1986, p.307)
5 Cf Swami Satyananda Saraswati (1985. p.54- 63)

46
Lasserre, 20021). Si les années 70 semblent avoir été l’occasion d’exalter le corps libéré
et que l’OMS définit la santé comme « la recherche d’un mieux-être physique et
mental », il semble qu’on voit apparaître dans les années 2000 un temps du corps
‘surveillé’ où les peurs de la maladie sous toutes ses formes, une volonté de réduction
du risque (multiplication des slogans directifs) et que toutes les déviations deviennent
objets de prévention (Nourisson, 20142).
Je tiens à préciser que les propos qui vont suivre sont des réflexions qui ont suivies
l’enquête de terrain. Ils n’ont pas été évoqués par mes interlocuteurs et acteurs de la
transmission du yoga sur Strasbourg. Ceux-ci ont exprimé la volonté que leur enfant
connaisse le bien-être, sans évoquer un quelconque idéal physique à atteindre.
Au même titre que l’acte de transmettre, le corps, et particulièrement celui de
l’enfant, semble être le lieu de projections fantasmagoriques des adultes. (Joffe3, 2014).
La constitution d’un modèle physique idéal et la maîtrise du corps ainsi que des
émotions semblent être la cause de préoccupations parentales et reflètent également les
valeurs de notre société où le corps renvoie une image sociale qu’il faut contrôler. Cet
idéal est médiatisé par des images, visuelles et télévisuelles. Il est souvent mis en avant
que la pratique du yoga fait travailler suffisamment ses muscles et permets d’avoir une
silhouette amincie et tonifiée. Selon Emeline :
On veut pour soi et ses enfants ‘un esprit sain, dans un corps sain’. Une bonne maîtrise
du corps renvoie à une maîtrise de son esprit. Un corps de rêve et un mental d’acier. Tout
ce qu’il faut pour s’approcher d’un idéal de perfection et de beauté.
La prise en charge de l'enfant est empreinte de logiques liées aux représentations de
la personne et de son corps (Querre,20074). Par exemple, la beauté corporelle a un rôle
particulièrement important dans la vie sociale des Peuls du Séno Burkinabé et il m’a
semblé intéressant de mettre cet aspect en résonance avec les représentations de la
personne et de son corps en France.
Il faut que l’individu soit en bonne santé, mais il doit aussi être beau, ou précisément
ne pas être laid. L’enfant reçoit dès sa naissance, une attention particulière afin
d’améliorer son développement physique. De cette façon, on le suppose moins vulnérable
d’une part aux pathologies, puisque plus résistant, et d’autre part aux exclusions sociales

1Cf Alex Guioux et Evelyne Lasserre (2002, p.331)


2 Cf Didier Nourisson (2014, p.59-70)
3 Cf Joëlle Joffe (2014, p.141-154)
4 Cf Madina Querre, (2007)

47
qui pénalisent les individus « laids » (Querre, 20071).
Lucas, très critique sur l’évolution des pratiques yogiques, me partageait l’aspect
suivant2 :
À travers la pratique du yoga, on cherche à s’éveiller à l’énergie subtile3, à capter et se
lier au corps subtil4, à avoir des canaux souples et purifiés. Dans le yoga aujourd’hui,
c’est comme si on cherchait davantage à développer son corps « grossier », un corps
objet. C’est comme s’il y avait un glissement des perceptions pour servir la cause
intellectuelle, ou une course à la réussite, ou à la réussite des parents. Comme si on
passait d’un yoga intérieur vers un yoga extérieur, d’une réalisation spirituelle vers une
réalisation intellectuelle et physique. C’est peut-être une influence du matérialisme
occidental pour répondre à une meilleure intégration dans notre société.
Dans cette lignée, Ysé Masquelier rappelle que dans le yoga traditionnel :
Āsana est une expérience avant d'être un exercice, elle vise un état. Manière de se
poser plutôt que d'agir, "laisser-être" plutôt que "vouloir-faire", ce travail sort du cadre de
nos repères communs où le corps est toujours utilisé, instrumentalisé pour un but - quel
qu'il soit : performance, santé, efficacité au travail, beauté, etc. (20145)

1 Ibid.
2Communication personnelle de Lucas lors d’un entretien - 1/11/2017
3 L’énergie subtile correspond au prâna précédemment évoqué. Se référer à la note 4.
4La Taittiriya Upanishad décrit le corps subtil, un corps fonctionnel dans ses dimensions matérielles et
immatérielles. On lui donne également le nom de corps énergétique. Il est constitué des milliers de nadis.
5 Cf Ysé Tardan-Masquelier (2014)

48
CHAPITRE 3. « LES TECHNIQUES DE LA TRANSMISSION DU YOGA AUX
ENFANTS : MISES EN PLACE ET INTERVENTIONS »

L’importance du rituel dans la transmission

Abordons à présent l’importance et le rôle fondamental des rituels dans la


transmission du yoga aux enfants à partir des séances d'observations effectuées auprès
de Manuela, lors d’ateliers yoga enfant et yoga parents-enfants à Strasbourg. Ses
séances sont construites à partir de rituels qu’elle estime primordiaux, terme qu'elle
utilise elle-mêmel. Une analyse similaire sera ensuite également proposée à partir des
ateliers de yoga expérimentaux auxquels j'ai pu assister dans la structure périscolaire à
Souffelweyersheim qui accueille des enfants de l'école maternelle. Nous avons donc
deux cadres différents, des enfants d’une tranche d’âge différente, ainsi que deux
acteurs de la transmission dont les motivations, ainsi que les connaissances et
expériences du yoga, diffèrent. Ils ont donc également des techniques d’apprentissage
propres.
Le rituel se rapporte aux éléments ayant « traits aux rites », selon sa définition
CNRTL. P. Bonte et M. Izard (20101) soulignent la difficulté à établir une définition du
rituel et nous apportent toutefois les éléments suivants :
Les rites sont des créations culturelles particulièrement élaborées exigeant
l'articulation d'actes, de paroles. [...] Le rite s'inscrit dans la vie sociale par le retour des
circonstances appelant la répétition de son effectuation. Il se caractérise par des
procédures dont il implique la mise en œuvre afin d'imposer sa marque au contexte que
son intervention même contribue à définir. » « L’occurrence d'un rite donné est destinée à
se répéter à chaque fois que les circonstances qui la commandent se reproduisent.
La répétition et la symbolique qui sont attribuées à chaque rite pouvant être un
élément permettant son identification, nous pouvons également le caractériser grâce à

1 Cf Pierre Bonte et Michel Izard (2010, p.630-632)

49
une dynamique et une intensité singulières différentes de celles de la vie courante et un
déploiement particulier dans l'espace et dans le temps.
Manuela emploie donc elle-même le terme '''rituel'' auprès des enfants et explique
que fonctionner au travers de ces rituels est essentiel pour les enfants qui attendent ces
moments. Ces rituels auraient ainsi, selon elle, la triple fonction de « rythmer et
jalonner1 » la séance, ainsi que « rassurer2 » l'enfant. La séance est ainsi construite
autour de ceux-ci. Ceux du début et de la fin de séance, identifiés ci-dessous, sont fixes
et reviennent à chaque session. Quant à ceux s'insérant dans la séance, ils connaissent
des variations sensibles, mais interviennent à des intervalles réguliers, facilement
identifiables par les enfants. Elle précise que le déroulé de ces rituels s’affine au fur et
qu'elle essaye même d'en instaurer de nouveaux au fur et à mesure de son expérience, de
ses observations, lectures et recherches personnelles.
Tout commence par l'installation des tapis dans la salle. Lorsque les enfants ont
trouvé celui sur lequel ils vont s'installer, Manuela vaporise de l'eau avec des huiles
essentielles pour, elle l'explique, ''purifier l'air et installer une atmosphère sereine avant
même le début de la séance''. Le chahut des enfants se calme quelque peu, certains
relevant le bout du nez pour recueillir les effluves des différents arômes. La séance
débute quand, après avoir regagné son propre tapis disposé parmi les enfants, Manuela
fait tinter les tingsha3 ou le bol tibétain de la manière suivante : trois coups de plus en
plus fort. Le silence se fait, les regards finissent par tous se tourner vers elle. Elle invite
alors les enfants à réaliser une ''mini salutation à la terre et au ciel'', debout ou assis, en
fonction de la volonté de chacun. Cette salutation se décline par une ''connexion avec le
sol avec un étirement vers le bas suivi d'un étirement bras tendus vers le haut''. Manuela
décline et dirige les mouvements, les enfants la fixent afin de mimer les positions,
sautillent sur place ou cherchent à attirer le regard de leurs camarades. On ramène
ensuite les mains en Namaste4 : les mains jointes vers le cœur, explique-t-elle, suivi
d'une torsion à droite, puis à gauche pour se saluer tous ensemble. Manuela entraîne
alors les enfants à pencher le haut de leur corps vers les mains afin de « faire une

1 Communication personnelle de Manuela à la fin d’une séance d’un stage yoga enfant – 28/2/2018
2 Ibid.
3Les tingsha sont de petites cymbales utilisées par paires et reliées par une lanière de cuir, habituellement
utilisées dans les rituels bouddhistes tibétains
4Nama signifie s’incliner, as signifie je, et te signifie toi. Namasté signifie donc « je m’incline devant
toi ». (Source : Yoga Journal France) Ce geste est un signe de reconnaissance d’une âme envers une autre
âme, mais également la salutation adressée au Népal et en Inde.

50
intention positive1 », d'ouvrir les bras pour offrir ses « pensées positives au groupe et à
l'Univers2 ».
La fin de la séance est annoncée par une relaxation de 3 à 10 minutes : la longueur
varie en fonction de l'état de fatigue et la réception des enfants. Les enfants sont
ramenés au calme par des techniques de visualisation dans un état de détente, les yeux
fermés et recroquevillés sur eux pour la plupart : Manuela invite les enfants à une
relaxation prenant sa source au ''jardin'' ou dans le ''ciel enchanté'', avec les dauphins, les
arcs-en-ciel, la lune, le soleil … Lorsque le texte que Manuela lit arrive à sa fin, elle se
lève pour de nouveau asperger la salle d'un peu d'eau diluée avec des huiles essentielles.
Comme au début de l'activité, le tingsha ou le bol tibétain, tinte trois fois de plus en plus
fort et annonce la fin de la séance : les enfants reviennent ainsi doucement à eux.
Abordons dès à présent les séances d'observations réalisées dans la structure
périscolaire à Souffelweyersheim, que j’ai interprétées en tant que rituels mêmes. Il
était proposé à un maximum de six enfants sur deux sessions de vingt minutes de se
regrouper dans la salle de lecture, dans laquelle des tapis avait été disposés pour
l’occasion. L'instauration de ces sessions à un moment clé de la journée et chaque
semaine a montré que c’était les mêmes enfants qui revenaient régulièrement. Il est
intéressant de noter que certains enfants souhaitant se joindre aux ateliers étaient
considérés comme ''turbulents''. Certains pratiquaient même diverses techniques de
relaxation chez eux avec leurs parents. Durant ce temps, Caroline proposait un exercice
de respiration suivie d'une salutation au soleil. Je tiens à préciser la présence d'un bol
tibétain à nouveau laissé à disposition par un animateur. La répétition des postures
identiques ainsi que la dynamique mise en place peuvent laisser penser que si les
postures ne changent pas, l'enfant dans son rapport au corps, est amené à évoluer. « Les
pratiques posturales […] préparent, façonnent ou créent une empreinte qui pourra se
déployer3. » (Mélin-Daniau, 2014)
Je suis tentée à présent tentée d'établir des liens entre ce terrain et les théories et
approches fonctionnalistes et pragmatiques qui permettent d'appréhender le rituel dans
la discipline anthropologique. L'approche fonctionnaliste nous invite à penser la place
du rituel auprès des actrices de la transmission et auprès des enfants : Ont-ils pour

1 Communication personnelle de Manuela à la fin d’une séance d’un stage yoga enfant – 1/3/2018
2 Ibid.
3 Cf Isabelle Mélin-Daniau (2014, p.186)

51
fonction de faire prendre conscience aux enfants de leur ''soi'' ? Quant à l'approche
pragmatique, le rituel est une suite logique qui doit être effectuée dans sa totalité, dans
un contexte spécifique.
Pour Manuela, le rituel est nécessaire aux enfants et permet de rythmer, jalonner la
séance, ainsi que de donner un cadre rassurant à l'enfant. « Des rituels de coupure de
début et de fin de séance permettent d’organiser l’espace-temps, d’inscrire le temps
d’une séance de yoga dans une temporalité repérable », nous dit J. Joffe (20141). Il est
indiqué également sur le site internet de Nathan2, maison d'édition française dans les
publications scolaires et jeunesse, que les rituels sont « des pratiques essentielles pour le
bon développement de l'enfant » et qu' « un enfant a besoin de la sécurité que procurent
les rituels, les routines et les activités régulières pour se sentir bien dans sa peau. » Des
habitudes, qui l’air de rien, vont forger son identité, lui donner des repères dans la vie, à
la maison et à l’école et le rendre jour après jour plus autonome. » (Dolto (2014 3).
affirme également que « Notre société est en manque de rituels [...] et de rites de
passage ».
Cette préparation de l’ambiance et de la qualité de l’environnement autour de la
séance à l’aide des rituels sont des éléments primordiaux. G. North-Devinat (20144)
écrit à ce sujet que « l’éducateur a donc un rôle essentiel dans la préparation de cette
« ambiance ». L’emplacement et l’agencement de la salle où la séance a lieu est
également un élément important dans cette préparation de l’ambiance.

1Cf Joêlle Joffe (2014, p.141-154)


2Source : Grandir avec Nathan - Petits rituels et bonnes habitudes
3 Cf Catherine Dolto (2014, p.69-84)
4 Cf Geneviève North-Devinat (2014, p.57)

52

Illustration 6 - Tinghsa et bol tibétain (©Apolline Bailleux, 2018)


Revenons sur l'utilisation des tingsha et du bol tibétain, ce dernier ayant été présent
lors de mes deux observations. Ces objets sont porteurs d'une symbolique forte qui
dépasse leurs fonctions et utilisations rituelles initiales. On attribue à la sonorité claire et
riche en harmoniques des objets, produite lorsqu'elles sont frappées sur les bords,
d'amener un effet sonore apaisant, dit curatif et régénérant qui se propage dans le corps,
même lorsque le son n’est plus audible à l’oreille. Originaire de la région de l'Himalaya
et produits dans tout le Tibet, Népal et Inde, on estime que les bols chantants seraient
vieux de plus de 3000 ans. Ils sont utilisés dans le cadre de cérémonies religieuses
bouddhistes, de méditation et en tant qu'offrandes rituelles. Ces deux instruments sont
utilisés dans le cadre des séances de yoga afin de, selon Manuela « purifier la pièce, par
l'action purificatrice du son ». Elle ajoute que le son produit a des effets curatifs.
Le yoga qui s'inscrit dans une tradition qui s'étend bien au-delà des postures, et les
instruments d’origine tibétaine évoqués ci-dessus, sont sélectionnés et extirpés de leurs
contextes d'utilisations rituelles, et se trouvent ainsi réappropriés. Toutefois, leurs
origines et leurs significations n'en sont pas totalement occultées et sont même
entretenues, leur donnant par la même occasion une valeur ajoutée. Les traditions
initiales sont ainsi rassemblées et les termes en sanskrit utilisés, sans que leur sens soit
pour autant conservé. La réappropriation d'éléments de rituels de la culture indienne et
dans les cas évoqués, tibétaine, est ainsi constitutive de la transmission du yoga,
pratique hybride elle-même réappropriée.
Il semble à présent nécessaire de questionner la spécificité et le déroulement du yoga
enfant.

Un yoga ludique, symbolique, animalier et collabora f

Quelle est la spécificité du yoga enfant ? Face à la pluralité et le foisonnement des


pratiques yogiques, j’ai tout d’abord demandé à Manuela s’il lui était possible de poser
des mots sur le yoga qu’elle pratique avec les enfants.
Le yoga des enfants est un yoga complètement différent de celui pratiqué avec les
adultes. L’esprit du yoga est présent, mais dans le cadre d’un yoga enfant, on raconte des
histoires en utilisant des āsanas, avec des exercices d’immobilité par exemple. Il y a, par
ailleurs, un aspect collaboratif, car on travaille à plusieurs parfois. On travaille l’écoute et

53
l’observation, le respect dans le mouvement. Le yoga pour enfant est pour moi une
adaptation originale, drôle et ludique du yoga pour adulte. Le yoga apparaît comme très
naturel pour les enfants : dès les premiers mois de sa vie, un enfant est constamment en
mouvement parce qu’il cherche son équilibre, et s’étire en permanence. On évoque
parfois le « baby yogi » qui adopte des postures de yoga naturellement, ce qui pour nous
en tant qu’adulte est beaucoup plus difficile à reproduire. Le yoga pour enfants, c’est un
yoga ‘‘créatif’’ : on développe et on s’appuie sur l’imagination, on visualise, on exprime
et on cultive sa propre personnalité.1
C. Meyer2 nomme le yoga adapté aux enfants « yoga éveil » ou de « ludo yoga », ce
dernier dénominatif étant couramment repris dans la littérature destinée aux parents.
Christine, quant à elle, présente le yoga auprès de ses maternelles en élaborant ses
méthodes à partir du livre « 100 % Yoga des petits, Bien dans corps, bien dans sa
tête3 » :
Le yoga est enseigné à travers l’association de positions, surtout d’animaux. On
ramène les enfants vers des postures simples et naturelles, sur des tapis dans le meilleur
des cas, et c’est tout à fait ludique pour eux.4
Lorsqu’on se lance dans un apprentissage du yoga, l’affiliation de l’enseignement à
la ‘‘tradition indienne’’, à une école ou à un maître spirituel particulier est souvent
précisée. Cet élément peut être recherché par l’apprenti yogi comme un gage
d’authenticité et de qualité et peut-être analysé comme le besoin de s’identifier à une
communauté. Il est à préciser que ce n’est nullement le cas pour le yoga enfant et si
l’origine géographique de la pratique peut être évoquée, ne sont expliqué aux enfants
que les bienfaits de la pratique sur le corps et l’esprit.
Il m’est apparu intéressant de demander aux enfants avant certaines séances
d’observations d’ateliers dans la structure périscolaire, s’ils savaient ce qu’était le yoga
et ce qu’on y faisait : « Oui, j’ai vu ça à la TV » « ou sur l’iPad », me répondait-on ou
« On fait le papillon », « On fait le calme, on se détend et on fait le plein d’énergie, mais
aussi « J’en ai déjà fait avec maman ! ». Les enfants évoqués apparaissaient ainsi très
enjoués à l’idée de réitérer une activité qu’ils pratiquaient chez eux « avec papa et
maman pour se détendre et se relaxer ». Il est d’ailleurs à préciser que les réactions des
parents qui accueillaient leurs enfants à la sortie des séances étaient également très
1 Communication personnelle avec Manuela lors d’un entretien formel – 16/11/2017
2 Cf Podcast France Inter, propos de Catherine Meyer (2016)
3Cf Elizabeth Jouanne et Ilya Green-Germain (2015, p. 56)
4Communication personnelle avec Christine lors d’un entretien formel – 15/11/2017

54
positives : « Oh, mais c’est vraiment super ça ! » ou « Oh c’est merveilleux »,
s’exclamaient-ils avec un grand sourire. Il est cependant arrivé à plusieurs reprises au
cours des deux mois que durant la séance, un des enfants demande, sincèrement
intéressé, « quand est-ce qu’on fait du yoga alors ? », remarque que j’ai trouvé très
amusante. Cette demande révélait les enfants qui pratiquaient le yoga lors des ateliers
n’avaient forcément conscience de la nature de leur pratique du yoga.
« Les pratiques du corps passent en partie par la parole où le poids des mots est
essentiel […] L’enfant peut s’identifier facilement à un objet, à un animal par son attitude
ou son cri. » (Joffe1, 2014)
On peut se demander quel lien il existe entre l’imitation des postures, majoritairement
animalières, et le yoga. De nombreux āsanas semblent avoir été directement issus
d’observations de l’environnement et de la faune, et portent d’ailleurs même leurs noms
en sanskrits : le cobra/bhujangasana, la sauterelle/shalabhasana, l’aigle/garudasana ou
encore le héron/krounchasana, pour ne citer qu’eux. On retrouve également des āsanas,
qui seraient inspirés de postures humaines naturelles. En 1953 2, l’anthropologue
américain G. Hewes questionne les habitudes posturales à échelle mondiale et leur
distribution, à partir de 480 groupes ou sous-groupes culturels3. Certaines des positions
recensées dans les croquis de G. Hewes peuvent être mises en corrélation avec des
āsanas : lotus , squat, postures assises jambes croisées, ainsi qu’une posture sur une
jambe ressemblant à Vrikshâsana, l’arbre.

1Cf Joffe Joëlle (2014, p.141-154)


2 Cf Gordon Hewes Gordon (1953)
3G. Hewes a étudié cet aspect à partir d’une grande variété de sources ethnographiques, de récits
d’explorateurs et d’articles de magazines géographiques.

55
2 Cf Donald Woods Winnocott (2012, p.110)
3 Cf Swami Satyananda Saraswati (1985. p.37)
4 Cf Maria Montessori (1948
5Communication personnelle de Manuela lors d’un entretien formel – 15/11/2017
6Ce compte-rendu de séance s’appuie sur une synthèse de 6 séances d’observation auprès de Manuela.

56
position de l’arbre où les enfants « secouent les racines » avant de faire « la danse du
tronc » pour « redevenir une petite graine » ou une salutation au soleil qui par la posture
de la montagne, le cobra, le lapin géant qui bondit permet de « dire merci au soleil pour
sa chaleur et sa lumière ». Le troisième axe « Jeux de centrage sur soi/sur les autres dans
l’esprit yoga » est composé d’une variante entre des jeux de concentration, de créativité
et de collaboration. Manuela invite son public à une danse guidée qui devient un
moment d’expression libre s’articulant toujours autour des postures d’animaux : tortue,
requin, baleine … ou à un massage commun en rond invitant à dessiner sur le dos de
son voisin. Manuela invite souvent les enfants, lorsqu’elle sent qu’il faut canaliser
l’énergie du groupe qui devient turbulent, à s’asseoir en cercle pour former un mandala
(cercle, en sanskrit) auquel on attribue des propriétés : « on invite les enfants à retrouver
leur centre. Le mandala symbolise également la création. Beaucoup de peuples lui
vouent une symbolique forte1 », me précise-t-elle. Certains enfants habitués réclament
des échauffements, postures et leurs exercices préférés au cours de la séance :
notamment des exercices en binômes et en collaboration qu’ils identifient et
reconnaissent, puis se l’approprient, notamment avec l’aide des noms d’animaux et
objets. La professionnelle adapte ses propositions à la demande des enfants. Le nom des
asanas est donné en français aux enfants afin que le symbole apparaisse aisément aux
enfants., mais est parfois donné en sanskrit lors des séances parents/enfants afin que les
adultes s’imprègnent des sonorités. Le rituel de fin annonce la fin de la séance.
Les premières séances d’observations que j’ai pu effectuer étaient des ateliers à visée
expérimentale qui se sont déroulés de fin novembre à début janvier dans la structure
périscolaire de Souffelweyersheim. Ils étaient dispensés par Caroline, pratiquante
amatrice de yoga qui invitait les enfants qui le souhaitaient à dérouler la série de douze
āsanas composant la salutation au soleil à deux ou trois reprises, après une série de trois
grandes respirations où on « souffle comme le loup dans les trois petits cochons ».

1 Communication personnelle de Manuela à la fin d’une séance d’un stage de yoga enfant – 1/32018

57
Illustration 8 - Exercices d'inspiration et expiration par lesquels débutent les séances avec Caroline (©Apolline
Bailleux, 2018)

Illustration 9 - Posture de la planche (Kumbhakâsana-dandâsana)- (©Apolline Bailleux, 2018)

58
Illustration 10 - La posture du chien tête en bas (Adho mukha śvānāsana) (©Apolline Bailleux, 2018)

Illustration 11 - Posture du chat (Mârjârâsana) - Creuser le dos (©Apolline Bailleux, 2018)

59
Illustration 12 : Posture du chat (Marjarâsana) - Arrondir son dos," chat en colère" selon Caroline (©Apolline Bailleux, 2018)

Si Caroline présentait les postures aux enfants en mettant directement en lien les
positions avec l’imitation des positions et gestuelles animales (le « chat méchant qui
arrondit le dos », le « chat qui creuse le dos », le « chien. »..), la construction de la
séance, malgré son format réduit, restait semblable à celle que l’on peut retrouver pour
les adultes. Cet atelier n’a pas perduré plus de deux mois, car l’animatrice m’a
rapidement fait part du fait que les enfants étaient de moins en moins réceptifs lors des
ateliers, couplé avec le fait qu’elle ne se sentait finalement pas légitime à transmettre le
yoga auprès d’un jeune public. Cet atelier a toutefois permis aux animateurs de la
structure de repenser le « bien-être » dans le quotidien des enfants. Il a également mis
en relief le fait que les séances de yoga auprès d’enfants fonctionnent surtout autour du
ludisme, des jeux originaux et travaillés pour éviter la redondance, d’histoires et
d’exercices à plusieurs, sans jamais que le yoga ne devienne une activité obligatoire et
rébarbative. Cet aspect tenait particulièrement à cœur de tous mes interlocuteurs.
Manuela exprimait à ce sujet que « le yoga ne plaît pas à tous les enfants. Certains
n’aiment pas et d’autres ne sont pas prêts. C’est comme pour les adultes. Il y a un temps

60
pour tout : il faut attendre le déclic1 », tandis que Caroline m’expliquait ne jamais
obliger, ni forcer l’enfant à participer à une activité, séance de yoga ou non : « le but
étant de laisser l’enfant s’exprimer et être lui-même 2».
Ces sessions d’observations ont également mis en avant des éléments importants à
considérer dans la transmission : l’emplacement et les modalités nécessaires à un bon
fonctionnement d’une session de yoga. En effet, il semble nécessaire que les enfants se
voient attribuer un endroit spécifique afin de l’identifier et se mettre en condition pour
pratiquer : une salle de lecture où certaines règles étaient fixées en amont et intégrées au
fonctionnement de la structure périscolaire comme le fait de ne pas courir dans l’espace
ou chuchoter. Les séances avec Manuela étaient dispensées dans deux salles utilisées à
l’occasion de cours de yoga adulte : ces salles offraient donc un lieu très lumineux et
décoré de petites statuettes du bouddha. Créer une ambiance rassurante et propice au
travail est nécessaire pour que les conditions d’enseignement soient idéales. Dans la
structure périscolaire, la séance était entrecoupée par les animateurs appelant les enfants
que les parents venaient chercher. De ce fait, ces interventions empêchaient le groupe de
s’immerger entièrement dans la pratique. Il semble également important de ne pas faire
une séance suite à un repas. Swami Satyananda Sarawati recommande un délai de deux
heures entre un repas et une séance. Mon expérience a confirmé que c’était un élément à
prendre en compte, car les enfants qui étaient présents dans la première session suivant
directement le goûter, étaient particulièrement agités et ballonnés par le fait d’avoir
mangé juste avant.

1Communication personnelle de Manuela lors d’un entretien formel – 16/11/2017


2Communication personnelle de Caroline à la sortie d’une séance – 12/12/2017

61
Il a été évoqué lors d’une discussion avec Ajai1, un ami originaire de l’Uttar
Pradesh (état du nord de l’Inde) et habitant à Paris depuis quatre ans maintenant,
qu’il avait pratiqué le yoga à l’école lorsqu’il était enfant. Il a également exprimé
le fait de ne pas forcément en garder un bon souvenir en raison de vigoureuses
« claques retentissantes distribuées par les maîtres pour corriger une posture et de
douleurs physiques sous l’effort ». Si cette expérience est celle d’un individu
isolé, il m’a paru tout à fait intéressant d’interroger les similitudes et divergences
qui apparaissent lors de l’apprentissage du yoga aux enfants indiens et français, et
malheureusement cette étude ne peut en faire l’état. Toutefois, il est à prendre en
compte que malgré les principes qui définissent le yoga en premier lieu, les
professeurs de yoga adultes et enfants en France se donnent pour point d’honneur
le fait de ne pas créer de douleurs physiques et ne jamais forcer au-delà des limites
corporelles. Les méthodes douces sont favorisées pour apaiser et relaxer en
premier lieu : le professeur prend alors une voix très posée et peut diffuser un
enregistrement de musique de méditation ou douce, chose qui ne semble pas être
le cas hors des circuits touristiques en Inde2. Les différentes modalités de la
transmission du yoga aux enfants dans son berceau originel et en France sont-elles
l’indice de visées et d’objectifs différents ?

Quelle place pour l’acteur de la transmission ?

Afin d’évaluer le rôle et la place accordés à l’acteur de la transmission du yoga aux


enfants, je me suis entretenue avec deux professionnels de la transmission du yoga
adulte et enfants, trois yogis pratiquants en amateur, une enseignante pour qui le monde
du yoga était étranger ainsi que trois parents, pratiquants ou non, partageant le yoga
avec leurs enfants à la maison.

1Communication personnelle d’Ajai lors d’une discussion non formelle – Paris, 23/04/2018
2Il est à prendre en compte que les pratiques du yoga en milieu urbain et rural doivent fortement dénoter,
ainsi qu’en fonction du public visé, occidental ou indien.

62
Le public interrogé fut exclusivement féminin en raison des possibilités auxquelles
j’ai pu avoir accès sur le terrain. Ces personnes, d’une grande sensibilité mettaient en
avant l’envie de permettre à l’enfant de se développer pleinement. Elles partageaient
également une curiosité marquée pour la pédagogie Montessori et des méthodes
d’alternatives pédagogiques, et exprimaient de fortes valeurs éducatives. Il est à préciser
notamment qu’elles évoquaient une volonté de se remettre en question et faire un travail
sur elles-mêmes tout en dépeignant un imaginaire d’idéal autour de la spiritualité
orientale.
En outre, la multiplicité des parcours personnels de chacune des actrices nous amène
à prendre en compte un élément faisant partie intégrante du processus de transmission
du yoga aux enfants : celui de la réappropriation.
Chaque discipline, si ancestrale soit-elle, est modifiée, adaptée aux temps présents,
sans quoi elle aurait été condamnée à disparaître. […] il y a le yoga, porteur d’une
sagesse et d’une discipline. Chaque enseignant est le garant de sa transmission. Les
adaptations, toujours bienvenues quand l’objectif n’est pas perdu de vu, trouvent alors
leur légitimité. » (Leccia, 20141)
Mes interlocutrices offrent ainsi un large panel d’expériences, de connaissances et de
motivations : le yoga enseigné aux enfants est à l’image de l’acteur de la transmission,
en réponse et en dialogue permanent avec ses éléments. Chez les personnes interrogées,
aucune n’avait la même conception du yoga, la même fréquence de pratique, ni les
mêmes références. Toutefois, elles mettaient toutes en avant le large panel des bienfaits
attribués au yoga et une envie de partager le bien-être avec les enfants. Lorsque je les ai
interrogés, les trois parents pratiquant le yoga à la maison avec leurs enfants,
exprimaient chercher à partager les bienfaits du yoga en famille pour le bien-être de
tous.
Que ce soit Manuela, pratiquante et formée au yoga, Christine son expérience de la
pratique avec sa cousine, ainsi que Caroline, pratiquant le Hatha yoga chez elle, elles
exprimaient toutes trois le désir de porter dans leur quotidien et à une échelle plus large
dans leur environnement, des valeurs « zen » empreintes de sérénité, d’écoute et de
respect de soi et de l’autre. Il leur tenait également à cœur de transmettre ces valeurs
aux jeunes générations qui seraient impossibles à communiquer si elles ne l’incarnaient
pas elles-mêmes. Cette responsabilité s’inscrit également dans leurs valeurs.

1 Cf Leccia Marie-Christine (2014, p.10)

63
En réponse à une demande toujours plus croissante chaque année, on assiste en
France à une multiplication et à une institutionnalisation des formations de professeurs
de yoga. Il ne semble pas exister de code d’éthique et de déontologie officiel énonçant
l’ensemble de droits et devoirs régissant la pratique du professeur de yoga pour les
adultes. Le code existant édicté par le Syndicat National des Professeurs de Yoga1
(SNPY) semble toutefois faire autorité auprès des professionnels. Il s’adresse aux
personnes morales, associations, établissements et entreprises relevant du droit public
ou du droit privé, qu’ils interviennent par profession, fonction, mission ou collaboration,
auprès du public enfant ou adulte. Il permet aux praticiens formés de se reconnaître dans
toute la diversité des pédagogies et d’échapper aux « dérives, usurpations du titre
d’enseignant et contrefaçons qui peuvent nuire à la profession2 ». Toutefois, chaque
école et institut de formation de yoga enfant formulent des codes et règlements qui leur
sont propres, bien que les valeurs s’articulent en grande majorité autour du respect de
l’enfant dans son intégrité et de la transmission du yoga par des techniques adaptées. Ce
très large choix de formations proposées vise un large public : les professeurs de yoga,
les enseignants, les thérapeutes, les éducateurs, les animateurs, et est également ouvert
aux parents. Selon Manuela :
Il n’est pas nécessaire d’être formé pour enseigner le yoga aux enfants dans une école
ou un centre de loisirs. Je pense que c’est quand même mieux d’avoir acquis des
compétences essentielles en pratiquant le yoga régulièrement. Il est toutefois très
intéressant de remarquer de plus en plus d’enseignants proposent des exercices de yoga
en classe.3
Ainsi, un acteur de la transmission de yoga enfant n’est nullement tenu de connaître
en détail les techniques de bases ni de les avoir déjà pratiquées.
Le yoga et l’éducation sont profondément liés (19854). Swami Satyananda Saraswati
écrit que de plus en plus d’éducateurs se mettent à pratiquer le yoga en France, en
Angleterre, en Écosse et en Irlande, mais également hors de l’Europe. Cet élément
interroge expliciement le vécu de l’éducateur au quotidien :
Les psychologues sont tous d’accord : la profession d’enseignant fragilise la personne.
Le système nerveux est fortement sollicité dans la relation avec des élèves […] Dans ce

1 Sources : Code d’éthique et de déontologie du SNPY.


2 Ibid.
3Communication personnelle de Manuela lors d’un entretien formel – 16/11/2018
4 Cf Swami Satyananda Saraswati (1985. p.60) : Traduction de « In France, as in England, Scotland,
Ireland and all over the world, more and more teachers are practising yoga ».

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cas, la pratique du yoga est une bouée de sauvetage, un ballon d’oxygène qui les aide à
faire face aux risques du métier. (M. Flak et J. De Coulon, 20161)
Les auteurs ajoutent également que dans ce métier qui demande un excellent sens du
contact, il devrait être inclu des stages d’initiation aux techniques orientales et
occidentales pour aider les enseignants à développer la confiance en soi et le calme
intérieur. (Flak, De Coulon, 20162). Le processus de la transmission du yoga aux
enfants ne saurait être ce qu’il est aujourd’hui sans la volonté des acteurs à changer eux-
mêmes et à incarner les valeurs qu’ils souhaitent transmettre aux enfants. L’évolution du
regard porté sur les enfants et les pédagogies éducatives s’inscrivent ainsi dans une
démarche personnelle de l’acteur de changer sa propre vie.

Enseigner le yoga aux enfants : sujet à controverse

La transmission du yoga aux enfants est un sujet de controverse chez certains


penseurs et chercheurs. La question du yoga aux enfants semble contemporaine. Les
traces dans les textes anciens restent rares : toutefois, elle est évoquée dans la tradition
védique et concerne alors la haute caste des brâhmanes3. Le jeune garçon dans l’Inde
Brahmanique commence la pratique du yoga à l’âge de 8, 9 ou 10 ans. Une cérémonie
que l’on pourrait assimiler à un rite de passage a alors lieu signifiant le passage à une
étape de vie supérieure4.
Un premier argument contestant la transmission aux enfants et invitant à la réserver à
la voie du yoga aux adultes concerne le fait que les enfants n’ont pas atteint le plein
développement psychomoteur et psychique. Sur le site internet Esprit-Calme « blog qui
aborde le yoga et la méditation d'un point de vue pragmatique », on peut avoir accès à
un entretien réalisé auprès de Sadhguru. Interrogé sur la manière d’appréhender la
pratique du yoga pour les enfants, il répond :
L’âge de 7 ans est généralement considéré comme un bon moment pour commencer
[…] Quand les os sont encore en train de grandir et de s’étendre, s’asseoir dans des

1 Cf Micheline Flak et Jacques de Coulon (2016, p.133)


2Cf Micheline Flak et Jacques de Coulon (2016, p.221)
3 Prêtres, sacrificateurs, professeurs et hommes de loi
4 Cf Swami Satyananda Saraswati (1985. p.31)

65
postures qui exercent une certaine quantité de stress sur le squelette peut faire plier leurs
os. Les personnes qui transmettent le yoga doivent savoir ce qui convient à un enfant. Le
yoga est enseigné en tenant compte des besoins et des situations de chaque individu. Tout
ce qui est enseigné aux adultes ne doit pas forcément être enseigné aux enfants. Le yoga
grandirait ainsi en même temps que l'individu. 1
Les avis concernant l’âge idéal pour initier l’enfant au yoga divergent : le maître de
yoga Swami Satyananda Saraswati suggère de commencer la pratique du yoga à partir
de 8 ans, en la centrant sur des enchaînements tels que la salutation au soleil, des
mantras et quelques respirations alternées2. Il est parfois avancé, selon I. Mélin Daniau,
que l’âge de 16 ans serait également idéal : « une croissance suffisante, avec notamment
une maturité sexuelle, ce qui pourrait être une autre piste de réflexion. (20143) »
Le fait que le yoga aux enfants soit controversé n’a toutefois pas été abordé par mes
interlocuteurs sans que la question ne leur soit posée directement. Ceux-ci estiment
qu’un yoga respectant la croissance et la morphologie des enfants est sans douleur et
sans danger pour leur développement. Les ateliers dans la structure périscolaire, ouverts
aux enfants le souhaitant, attiraient parfois des tout-petits de 4 ans, qui mimaient ce que
faisaient l’animatrice et les enfants plus âgés, mais ils se dispersaient très rapidement.
Les enfants entre 6 et 12 ans étaient par ailleurs beaucoup plus réceptifs. Pour Manuela,
« le yoga peut commencer très tôt. Dès 3 ans, il se met en place alors comme un jeu.
Vers 5 ans, on a la prise de conscience de soi et puis des autres, mais c’est quand même
vers 7 ans qu’on assiste à un réel démarrage4 ».
L’aspect suivant est également à noter :
En France, la nécessité des acquisitions psychomotrices est prise en compte dans les
structures institutionnelles, par l’utilisation de matériel, parcours ou jeux. Dans les pays
occidentaux, les activités sportives et culturelles offrent, dans une certaine mesure, la
possibilité que se développent les plans moteurs et psychomoteurs de l’enfant et
l’adolescent. Mais cela ne semble pas suffisant dans une voie de transformation. D’autres
principes propres au yoga doivent être inclus. (Mélin-Daniau, 20145)
De plus, le second argument contestant la pratique du yoga chez les enfants énonce
que l’ouverture à une éducation spirituelle pourrait susciter une immense confusion.

1 Source : Esprit Calme. « Le yoga pour les enfants »


2 Cf Swami Satyananda Saraswati (1985. p.31)
3 Cf Isabelle Mélin-Daniau Isabelle (2014, p. 183-197)
4Communication personnelle de Manuela lors d’un entretien – 16/11/2017
5 Ibid.

66
Ramesh S. Balsekar1 suggérait ainsi que « l’enfant est éveillé, mais il ne le sait pas. »
Toutefois, Paramahamsa Nithyananda2, à partir d’un constat similaire présente un
raisonnement différent : « Les enfants naissent dans ce monde dans une haute et pure
conscience et un état méditatif. Les enfants arrivent dans un état de yogi.3» Il est
énoncé également dans ce même ouvrage que Paramahamsa aurait étudié « le grand art
du yoga entre trois et treize ans.4 » (Nithyanada Vedic Sciences University, 2008)
Évoquer la spiritualité dans le contexte français où est questionné le principe de
laïcité n’est pas toujours aisé (Mélin-Daniau, 20145). Définir le concept de spiritualité
est en soi très complexe : le concept de spiritualité est entendu comme les « croyances et
pratiques qui concernent la vie de l’âme indépendamment de la matière 6». Elle relève à
la fois du sacré et du profane. Le spirituel invoque une quête philosophique de sens et
une compréhension plus profonde du soi et de l’intériorité personnelle par rapport au
monde extérieur (Simard-Legault, 20177). Mes interlocutrice Manuela, Christine et
Caroline m’ont pourtant expliqué n’avoir rencontré aucun problème particulier sur
Strasbourg avec les parents d’enfants pratiquant une religion, comme si le yoga était
épuré de son héritage religieux (védique, brahmanique puis hindouiste).
Aujourd’hui, la multiplicité des activités corporelles demande de réfléchir sur ce qui
distingue une pratique sportive, artistique ou autre, d’une pratique du yoga. La différence
peut être ténue, surtout que ces activités sont parfois similaires dans leur expression. […]
En ce qui concerne les enfants, une pratique qui n’aurait pour but qu’un simple exercice
physique pour lui-même ou une tentative d’utilisation du yoga pour un contrôle de leur
mental -meilleure concentration et capacité d’apprentissage, « enfants plus sages » -
pourrait être l’occasion de glissements subtils vers de la manipulation. (Mélin-Daniau,
20148).
La mise en place d’un yoga institutionnalisé et d'une pédagogie adaptée à l'enfance et
à l'adolescence, et qui garde son essence et sa visée, n'y perde son essence et sa visée

1 Cf Ramesh S. Balsekar (2007, p.485)


2Paramahamsa Nithyanandandu est un leader spirituel hindou. Il apparaît à ses fidèles comme la
réincarnation d’une divinité. Il est à noter toutefois qu’il est sujet à diverses controverses : il est accusé du
viol d’une disciple durant son séjour dans son ashram tandis que la mort mystérieuse d’une autre disciple
est également survenue avec des traces de tortures au mois de mai 2018.
3 Cf Nithyanada Vedic Sciences University (2008, p.7-8)
4 Ibid.
5 Cf Isabelle Mélin-Daniau (2014, p. 183-197)
6Sources : Littré
7 Cf Camille Simard-Legault Camille, 2017)
8 Ibid.

67
soulève de nombreux avis et contestations1. Il importe donc de considérer le yoga et ses
évolutions à partir du contexte dans lequel chacun des acteurs de la transmission se
situe.

CHAPITRE 4. « LES ENJEUX DE LA TRANSMISSION DU YOGA AUX


ENFANTS »

Concentra on : Améliorer les appren ssages

Le premier chemin que l’enfant doit trouver est celui de la concentration.

Maria Montessori 2

Dans le prolongement de cette présentation, il apparaît nécessaire de mettre en avant


le fait que la transmission du yoga aux enfants n’est pas neutre. Le yoga fait l’objet d’un
pari sur l’avenir sur lequel les acteurs à différentes échelles (enseignants, professeurs de
yoga, parents, officiels …) misent.
Christine, Manuela et Caroline, toutes trois mères et intervenants auprès d’enfants
me faisaient part d’un manque de concentration et d’attention chez les enfants, que ce
soit à l’école ou à la maison au moment de faire leurs devoirs : ils ne finissent pas ce
qu’ils commencent, ils ont l’esprit ailleurs au moment des consignes, ils accordent leur
attention à « tout sauf à ce qu’on leur demande3 ». Un tel manque d’attention peut alors
avoir comme conséquence des difficultés scolaires, peut entrainer un redoublement ou
pire un dégoût du système éducatif classique. Emeline m’écrivait à ce propos :
L’attention, c’est la mobilisation de l’activité cérébrale au moment de l’apprentissage,
nécessaire pour que l’enfant puisse comprendre, analyser, mémoriser et créer. Avoir de
bons résultats à l’école, c’est, pour les parents, synonyme de réussite professionnelle4.

1 Se référer au Chapitre 4 «L’éducation du futur adulte et futur citoyen ».

2Cf Montessori Maria (1949)


3Communication personnelle de Christine lors d’un entretien – 15/11/2017
4Communication personnelle d’Emeline par courriel – 12/07/2018

68
Le yoga semble alors particulièrement enclin à répondre à cette problématique du
manque d’attention et de concentration. C’est d’ailleurs l’argument principal mis en
avant par les personnes ayant contribué au développement du yoga enfant en France
pour convaincre parents, enseignants et officiels des bienfaits de la pratique. En effet, le
yoga développe la capacité de l’enfant (et adulte) à vivre pleinement l’instant présent,
sans se laisser distraire ou revenir sur le passé ou se projeter dans le futur. « Quand on
pratique le yoga, le flux incessant des pensées est modéré. On ramène alors notre
attention sur ce qui se passe dans notre corps », me précise Manuela1. Selon Swami
Satyananda Saraswati (19852), « nous pouvons être assurés qu’en développant la qualité
de l’attention, de la conscience, et pratiquant des exercices conçus pour les maîtres,
nous pouvons aider les enfants à mieux apprendre à l’école ». Hannah, jeune
professeure de yoga depuis 2017 me fait part de la pratique classique du drishti, le le
fait de fixer le regard dans une direction particulière pendant un temps soutenu :
C’est une notion importante dans le yoga ashtanga et je ne l’ai pas proposé aux
enfants la fois où je suis intervenue en TAP (Temps d’Activité Périscolaire), mais je t’en
parle quand même parce que j’y pense là : je pense que c’est une pratique importante
pour les adultes, car elle vise à vivre clairement et pleinement l’exercice, l’asana ou la
méditation que tu fais. On ne doit pas lâcher le point de fixation. En dirigeant le regard,
on se concentre sur un point et on focalise notre attention. On recentre notre mental et ça
calme le flux des pensées. On est alors beaucoup plus calme3.
Ces divers éléments invitent à prendre en compte le fait que la relaxation tient un rôle
primordial dans l’apprentissage et la mémorisation. « C’est dans une atmosphère
détendue et sécurisante que les enfants se souviennent le mieux ce qu’ils doivent
apprendre », m’explique Christine4. Détendu, l’enfant peut alors diriger son attention
durablement. Une bonne réceptivité suppose donc avoir un esprit clair, être présent et
apaisé. Béatrice, professeur de yoga tibétain expliquait que « la relaxation agit à
plusieurs niveaux de l’individu : physique, émotionnel, mental et spirituel.5 »

1Communication personnelle de Manuela à la fin d’un stage yoga enfant – 1/3/2018


2 Cf Swami Satyananda Saraswati (1985. p.68) – Traduction issue de « We can be assured that by
developing the quality of attention, of awareness, and using some of the exercises devised by the masters,
we can help children learn better at school ».
3Communication personnelle avec Hannah suite à une question sur les bienfaits du yoga – discussion non
formelle – 13/11/2017
4Communication personnelle de Christine lors d’un entretien formel – 15/11/2017
5Expression de la professeur relevée lors d’un premier cours de yoga tibétain à Strasbourg – février 2018

69
Le yoga permet également de faire une pause ‘‘structurante’’ dans le quotidien agité
des enfants. Ce terme de pause ‘‘structurante’’ utilisé par l’Education Nationale
correspond à un moment pédagogique de reformulation durant lequel l’enfant, assimile
les connaissances qu’il vient de découvrir.
Selon Frédéric Lenoir1 qui contribue activement depuis 2015 au développement des
nouvelles pratiques philosophiques et intervient dans le cadre d’ateliers de philosophie
et de méditation dans les écoles :
Parce que les enfants ont souvent du mal à se concentrer, je fais précéder mes ateliers
de philosophie en classe par une courte méditation, ou pratique de l’attention. Ça permet
à chacun d’être plus calme et plus réceptif à ce qui va suivre.2
La pratique du yoga permet non seulement de donner toute son importance, non
seulement au corps, mais aux sens. La perception sensorielle est un aspect négligé de
l’apprentissage dans le système éducatif. Les sens peuvent cependant jouer un rôle
primordial dans l’appréhension et la compréhension des enseignements estimés
fondamentaux :
Le monde apparaît sous la forme du sensible [...] Les perceptions sensorielles
dessinent un monde de significations et de valeurs, un monde de connivence et de
communication entre les hommes en présence et leur milieu. (D. Le Breton, 2007 3)
Intégrer le yoga auprès des enfants permet indirectement de questionner les logiques
et les modalités du système éducatif actuel. On demande aux enfants de se concentrer
mais ils ne savent pas forcément ce que ça veut dire de la même façon qu’on leur
demande d’être calmes sans leur expliquer comment s’apaiser. Par ailleurs, Françoise
Stuckerlberger explique que le parent, inquiet, « face aux problèmes de concentration et
d’attention de son enfant et à la pression d’être un parent parfait est dans une logique
ambiguë4 » : il va proposer une multiplicité d’activités à son enfant, quitte à le
surstimuler intellectuellement et physiquement pouvant entraîner fatigue, frustration et
agitation.
Le yoga est bien sûr un moyen de bien-être suprême. Si j’avais été au ministère et dit
‘‘mon objectif en développant le yoga à l’école est de faire atteindre le samadhi aux
enfants’’, je suis sûr que j’aurai effrayé tous les officiels, et leur réaction aurait été
compréhensible. En enseignant le yoga à l’école, nous ne devons pas oublier que
1Philosophe, sociologue, écrivain et conférencier français.
2 Cf Cécile Denjean (2017)
3 Cf David Le Breton (2007, p. 45-53)
4 Cf Podcast France Inter, propos de Françoise Stuckerlberger (2016)

70
l’objectif principal est de favoriser les apprentissages. Alors, si nous pouvons développer
les qualités nécessaires à l’apprentissage, nous pourrons assurément démontrer que le
yoga est une matière utile1. (Swami Satyananda Saraswati, 1985)
La mise en avant d’une meilleure qualité de l’attention et de la concentration chez
l’enfant laisse apparaître un premier enjeu : celui de la performance, l’efficacité et
réussite de l’enfant.
En France, la réussite éducative semble être le corollaire indissociable de la réussite
scolaire, et les préoccupations ministérielles sont bien souvent centrées sur l’école
auprès d’enfants de tous milieux. Les initiatives et réformes éducatives en France visant
l’efficacité, l’innovation, l’excellence sont multiples et se succèdent : projets éducatifs
locaux (1998), programme de réussite éducative (2005), cordées de la réussite (2008),
internats d’excellence (2008) et celui de la réussite éducative (2012)2.
Au début de l’introduction du yoga aux enfants en France à la fin des années 70,
c’est sur ce principal argument, celui de l’amélioration de la concentration et de
l’attention, que les acteurs pionniers d’une pratique du yoga à l’école ont mis l’accent
pour susciter l’intérêt du public et des institutions. L’agrément ministériel obtenu le 4
juillet 2013 permettant aux personnes détenant le certificat RYE d’intégrer les
techniques de yoga dans leur enseignement ou d’animer des ateliers dans le cadre de la
réforme des rythmes éducatifs vient témoigner de l’évolution du regard envers l’enfant
plusieurs décennies après. Le yoga est un outil qui permet d’améliorer l’efficacité des
enfants et des enseignants. Le bien-être s’est peu à peu imposé comme un élément
fondamental de la réussite éducative (Feyrant, 20143). Il pourrait représenter ultimement
un moyen d’améliorer le système scolaire français, mais également d’améliorer les
résultats de la France aux tests PISA4 (Programme International pour le Suivi des
Acquis des Élèves) qui révèle dans la performance française de fortes inégalités bien
que le pays soit classé dans la moyenne.

1 Cf Swami Satyananda Saraswati ( 1985. p.66 – Traduction issue de « Yoga is, of course, a means to
supreme well-being. However, if I were to have gone to the minister and said, ‘‘My aim in fostering yoga
at school is to make the children attain samadhi’’, then I am sure that I would have frightened all the
officials, and this would have been quite a normal reaction. Whilst teaching yoga at school we must not
forget that the foremost aim of teaching is to enhance learning. Therefore, if we can develop the necessary
qualities of learning then assuredly we will demonstrate that yoga is a useful subject. »
2Cf Annie Feynant (2014)
3Ibid.
4PISA : Programme for International Student Assessment – Ce test vise à mesurer les performances des
systèmes éducatifs des pays membres et non membres de l’OCDE (Organisation de Coopération et de
Développement Economiques). La première enquête a eu lieu en 2000.

71
Apprendre aux enfants à respirer, reprendre son souffle

Dans le yoga traditionnel, il existe un lien entre le rythme de la respiration et le


psychisme. On insuffle le prana, la force vitale à chaque respiration. Le contrôle de la
respiration, c’est la mise en œuvre du lien vital entre le microcosme et le
macrocosme. (Chenet, 20131)
À l’occasion d’une session d’introduction au Sudarshan Kriya réalisée sur
Strasbourg2, une intervenante expliquait que « La respiration est une fonction vitale
négligée et malmenée chez l’adulte et chez l’enfant ». Elle ajoutait également que la
pratique consciente d’une pleine respiration permet l’élimination du stress, de la fatigue,
ainsi que des émotions négatives telles que la colère, la frustration ou la dépression. Elle
ajoutait que si le sommeil permettait au corps de se régénérer, la respiration permettait
d’éliminer les toxines agissant ainsi comme un processus de nettoyage intérieur.
Avez -vous déjà observé un bébé qui respire lorsqu’il dort ? On dirait une pompe qui
s’élève et qui redescend de manière régulière ! Nous avons oublié comment respirer ainsi,
nous n’utilisons en moyenne que 30 % de nos capacités respiratoires, c’est bien trop peu !
L’oxygénation de tous les organes du corps permet un renouvellement des cellules.
La respiration a également pour fonction de libérer du CO2, d’évacuer les toxines ainsi
que de réguler la température des structures supérieures (crâne). Nous pouvons
également ajouter qu’elle permet la mise au repos du système neurologique, ce qui
entraine une diminution du stress. De plus, une bonne respiration par les mouvements
du diaphragme agit comme une aide au niveau digestif (Allaux, 20153).
Manuela m’indiquait que : « Les enfants sont comme en apnée. Ils ne prennent pas le
temps de respirer, puis viennent le stress et les tensions4 ». « Apprendre aux enfants à se
connecter à leur respiration, c’est un cadeau pour la vie : ils gagneront en autonomie, ils
apprendront à comprendre et à gérer leur émotionnel et ressentis (Gardet, 20165).»
Le contrôle du souffle (et tout ce qui est englobé derrière le concept) est justement le
quatrième anga du yoga, ce qui place la respiration au cœur même de la pratique.
1 Cf Podcast France Inter – Propos de Françoise Chenet (2013)
2Session d’introduction au Sudarshan Kriya – Technique yogique visant à utiliser des rythmes naturels
rythmiques de respiration- le 21/10/2017 dans le cadre d’une présentation de l’organisation internationale
Art of Living.
3 Cf Jean-Paul Allaux (2015)
4Communication personnelle de Christine lors d’un entretien formel – 15/11/2017
5 Cf Podcast France Inter (2016) – Propos de Clarisse Gardet ( Sophrologue, auteur de « Méditer avec les
enfants »)

72
Son rythme binaire inspir-expir, la communication qu'elle produit naturellement entre
intérieur et extérieur en ont fait un merveilleux symptôme de la condition d'être incarné.
Le travail du yoga va consister d'abord à la libérer de ses conditionnements affectifs, de
sa soumission à l'émotionnel, de l'instabilité du mental. (Tardan Masquelier, 20141)
Ainsi, en début de chaque séance Manuela et Caroline donnent un temps aux enfants
pour qu’ils puissent faire conscience de leur respiration. Cette prise de conscience leur
permet d’intégrer la respiration de façon tout au long de la séance. « L’enfant se détend
et relâche toutes les tensions2! Et en plus, regarde », me dit Caroline en étirant ses
épaules en arrière, « en ouvrant leur cage thoracique, ils s’ouvrent à ce qui les entoure ».
Manuela me précisait également que les séances yoga parents-enfants permettaient aux
adultes comme aux enfants de reprendre leur souffle : « Respirer, ça s’apprend ! »
Une respiration complète comprend trois étapes. Ces trois niveaux de respiration
correspondent à des états de notre être qui vont de l’instinct à l’intellect. Le premier
niveau, celui de la respiration basse correspond à celle de la zone abdominale est
attribué à pulsions instinctives et à notre ancrage dans la réalité concrète : « Le socle de
notre individualité ». Le second niveau est celui de la respiration médiane, celle de la
région thoracique liée à nos réactions émotives et affectives. La respiration haute, enfin ,
correspond au niveau des clavicules. Cette zone est en relation avec nos fonctions
‘‘pensantes’’ (Flak, De Coulon, 20163)

Illustration 16. Les trois niveaux de respiration. Source : http://www.joel-maradan.com/Respiration.htm

1 Cf Ysé Tardan-Masquelier (2014)


2Communication personnelle de Béatrice à la fin d’un cour de yoga tibétain – mars 2018
3 Cf Micheline Flak Micheline et Jacques de Coulon (2016, p.68)

73
Une respiration pleine et complète englobe les trois niveaux de manière
complémentaire. « La respiration, c’est la super conquête du yoga : de quoi être
décontracté, heureux, équilibré et serein. », commente Béatrice1, « Je vous invite à
chercher à respirer par le nez. Les respirations yogiques n’utilisent la respiration buccale
que très rarement. »
Permettre aux enfants d’apprendre à respirer en conscience ou tout du moins à mieux
respirer représente en soi un enjeu essentiel. Bien respirer permet à l’individu
d’apprendre à se connaître physiquement et émotionnellement en étant à l’écoute de ses
ressentis. Habiter pleinement son corps représente une clé pour prendre confiance en
soi : habiter son corps représente un cadre et un repère où s’établir dans un
environnement mouvant. Il apparaît que la confiance, l’estime de soi et la stabilité
intérieure, ainsi que trouver sa place dans un environnement scolaire et familial
représentent un enjeu et un défi dans l’éducation du jeune enfant. Le concept de
‘‘confiance’’ s’est aujourd’hui constitué dans toutes les disciplines des sciences
humaines et sociales (Cardinal (le), 20062) : la confiance joue un rôle primordial dans la
construction du jeune individu en vue de sa réussite personnelle et comme abordé
précédemment scolaire. Emeline m’écrit3 :
La confiance en soi est essentielle dans l’apprentissage, les compétences sociales et
relationnelles (le savoir et le savoir-être). C’est une qualité essentielle à acquérir.
L’éducation joue un rôle majeur dans la construction de la confiance en soi. Pour avoir
confiance en eux, les enfants doivent être à l’écoute de leurs ressentis et de leurs pensées.
Le yoga en renforçant la connaissance de soi permet de construire cette confiance en soi.
De plus, dans un cours de yoga, chaque enfant entre en contact avec son univers propre et
construit sa connaissance de soi. Ce n’est pas de la pédagogie descendante qui viendrait
du seul maître.
Ainsi, par cette connaissance, il s’agit pour l’enfant d’identifier et de respecter ses
besoins. Cet apprentissage développe l’autonomie, un enjeu pédagogique central
porteur de valeur positive et représentant une qualité à atteindre menant à
l’émancipation, à l’accomplissement de soi et à la capacité à s’auto- évaluer. (Brini,

1Expression de la professeure relevée lors d’un premier cours de yoga tibétain à Strasbourg
2 Cf Gilles Le Cardinal (2006, pp. 65-71)
3Communication personnelle d’Emeline par skype – 13/8/2018

74
20014 ) L’autonomie développe la sécurité intérieure, la lucidité et l’esprit critique. Elle
est présentée comme un but à atteindre par l’élève. Toutefois, la manière d’y parvenir
n’est que rarement explicitée dans les textes officiels. En ce sens, le yoga représente un
moyen d’y parvenir : l’enseignant n’est plus détenteur d’un savoir et pourvoyeur de
connaissances, il devient alors médiateur accompagnant. « Le savoir, le savoir-faire et le
savoir-être, telles sont les compétences que les élèves doivent acquérir. Le yoga s’inscrit
assurément dans le savoir-être et se révèle complémentaire à ce que propose l’école »
ajoute Emeline5. Le RYE définit d’ailleurs l’autonomie comme la mission du yoga dans
l’éducation : « donner à l’élève les moyens de s’élever en sortant du nid et en prenant
son envol pour voler de ses propres ailes6 ». Plus traditionnellement, la Bhagavad-Gîtâ
invite à trouver la spécificité de l’individu en cultivant le svadharma, que l’on peut
traduire par la loi d’action de soi. Se donner sa propre loi, tel est le sens de l’autonomie
en grec également : auto (soi-même), nomos (la loi). Un des outils proposés par le RYE
consiste à donner une phrase brève et positive à l’enfant qui est appelée à germer
comme une graine. Dans la tradition yogique, cette technique peut être assimilée au
sankalpa7 et correspond à un ‘‘ordre’’ donné au subconscient. L’acteur de la
transmission n’impose jamais aucune résolution : c’est à l’élève de choisir sa propre
voie. « Le souffle et par prolongement la respiration est en lien avec la vie. En
apprenant à l’individu à respirer en conscience, on ré-insuffle la vie » me partageait
Hannah8.

Créer du lien affec f

Il est apparu au cours de cette étude que la transmission du yoga aux enfants dans la
région de Strasbourg est génératrice de création ou de reconstitution de lien social et
affectif.
En effet, j’ai rapidement constaté que lors des ateliers, les exercices et asanas qui
plaisaient particulièrement aux enfants étaient ceux réalisés à plusieurs. Ils étaient

4 Cf Brini Moneim (2001)


5Communication personnelle d’Emeline par skype – 13/8/2018
6 Source : Site officiel du RYE
7Formulation d'une intention particulière pour atteindre un but défini : c'est une sorte de bonne résolution,
pensée positive et noble pour soi-même.
8Communication personnelle d’Hannah – discussion non formelle – 13/11/2017

75
parfois même demandés par les enfants eux-mêmes au professeur en amont de la
séance.
La vision héritée des penseurs de l’éducation du XIXe siècle considère que la vie de
classe est du fait du professeur. Sans sa présence, le désordre serait de mise. L’accent
était mis sur la nécessité de diriger les enfants quand ils s’amusaient afin de ne pas
laisser place aux jeux de mains, les bandes, les coteries ou l’inaction. (J. Delalande,
20071). La socialisation des enfants était donc considérée comme nuisible, car
détruisant le travail de l’éducateur. Seule une socialisation verticale, des adultes aux
enfants était souhaitable, limitant de ce fait les relations entre enfants (J. Delalande,
20072). En 2018, il est intéressant de constater que la socialisation des enfants est
dorénavant un argument mis en avant par le Ministère de l’Éducation Nationale afin de
promouvoir la scolarisation précoce des enfants de moins de trois ans, notamment à
l’attention des Zones d’Éducations Prioritaires3.
Il est apparu également que les séances yoga parents-enfants s’inscrivaient comme
une réponse à un besoin et désir des enfants et adultes de renforcer ou reconstruire le
lien affectif dans la sphère familiale. Ces séances apparaissaient comme un moment
privilégié de partage qui permettaient à chacun de se retrouver. Lors de ses séances,
Manuela donnait une place importante au « toucher bienveillant et nourrissant » - la
méthode MISA , (Voir Chapitre 2, I) à laquelle elle s’est formée. Elle s’est exprimée à
plusieurs reprises sur l’importance du massage et toucher bienveillant dans le respect de
l’autre : «C’est important dans le rapport que l’on avec son corps. C’est un simple
massage, mais qui fait tellement de bien à l’intérieur. Les parents massent leurs enfants,

1 Cf Julie Delalande, Julie (2007, pp. 671-679).


2 Cf Julie Delalande, Julie (2007, pp. 671-679).
3 Source : Rapport de l’UNAF – Janvier 2013

76

Illustration 17 - Une femme et ses deux enfants à la fin d'une veillée Yoga enfants & famille (©Apolline Bailleux, 2018)
puis vient le tour des enfants1. ». Lors d’une de ses séances, une jeune mère s’est mise à
pleurer sous l’émotion lorsque sa fille lui a fait un massage. Elle disait alors que c’était
la première fois de sa vie qu’elle ressentait de telles sensations. Il est à préciser que ces
moments d’intimité étaient toujours partagés avec extrêmement de douceur, de joie
comme en témoignait les sourires ou les éclats de rire de la part des deux/ou trois
participants. « On donne et on reçoit » évoquait une mère qui venait de partager un doux
moment avec ses deux enfants, étalés de tout leur long sur son ventre lors d’une séance.
Cette méthode du toucher bienveillant a vu le jour en 1999 dans les pays anglo-
saxons : il est mis en avant qu’elle exerce un effet calmant en réduisant le niveau de
stress, qu’elle diminue l’agressivité entre les élèves, améliore la concentration, favorise
l’empathie et amène une meilleure connaissance de son corps dans le respect de son
ressenti (Haentjens, 20142). Les études attribuent également une action bénéfique du
massage auprès de jeunes enfants qui souffrent d’anxiété ou de pathologies telles que
l’asthme ou l’eczéma (Haentjens, 20143). « Bien évidemment, le respect et l’écoute de
l’enfant et de l’adulte sont primordiaux : tous les enfants n’aiment pas être touchés »,
précise Manuela4. Parents et enfants sont ainsi amenés à s’exprimer et à communiquer
leurs ressentis.
Les ateliers de yoga parent enfant proposent des exercices amenant à un
bouleversement au sein de la famille, selon la professeure.
Enfants et parents sont amenés à inverser les rôles et schémas habituels de soutien et
d’aide, les enfants servant comme élément porteur aux parents ou à leurs frères et sœurs
dans la réalisation d’une posture5.
L’un des enjeux du yoga semble être celui de vivre ensemble. Le vivre ensemble est
également la thématique d’une des missions du Ministère de la Culture datant de 20036.
Elle semble également être une priorité des ministères de l’éducation successifs et ce,
afin de développer dès le plus jeune âge, des valeurs incluant le respect, la tolérance
mutuelle et un désir commun de paix7 dans un environnement d’une grande diversité
sociale et culturelle. Selon la charte du RYE :

1Communication personnelle de Manuela lors d’un entretien formel – 16/11/2017


2 Cf Alix Haentjens (2014)
3 Ibid.
4 Communication personnelle de Manuela lors d’une discussion non formelle – 21/11/2017
5 Communication personnelle de Christine lors d’un entretien formel – 15/11/2017
6 Source : Site officiel du Ministère de la Culture
7 Source : Dictionnaire « Ressource de paix »

77
L’objectif du yoga comme celui de l’éducation est de développer à la fois la solidarité
et l’unicité en bannissant toute uniformité, tout enfermement dans un uniforme. L’élève
doit apprendre à jouer sa note propre (unicité) dans le grand concert de l’humanité
(liaison avec les autres).
Des études américaines ont démontré la baisse significative de violences après une
pratique régulière du yoga au sein d’écoles accueillant un public réputé difficile 1. « Le
yoga nous propose plusieurs voies praticables pour enrayer la spirale de la violence
impulsive, comme l’observation du souffle ou de l’espace frontal. » (De Coulon, 2016)
Ahimsa, la non-violence, qui signifie littéralement l’absence d’actes causant de la
souffrance à autrui en sanskrit, est un principe fondamental dans la pratique du yoga.
Mieux se traiter pour mieux traiter les autres, mieux se respecter pour mieux respecter
les autres et engendrer une société plus fraternelle et plus coopérative qui prône la
tolérance, la coopération et l’entraide : tel m’apparaît être l’un des paris des acteurs de
la transmission du yoga auprès des enfants.
À notre époque de l’individualisme triomphant où beaucoup s’isolent dans la bulle des
cybermondes, voire dans une bulle financière pour s’enrichir, il nous apparaît capital
d’apprendre à mieux vivre ensemble. À cet égard, le yoga s’avère très précieux,
notamment lorsqu’il est enseigné aux plus jeunes pour faire émerger leur altruisme, cette
faculté innée trop souvent recouverte par la chape de plomb des pulsions égoïstes attisées
par notre système marchand qui pousse à tout s’approprier. (J. De Coulon, 20162)

1 Cf Podcast France Inter (2016)


2 Source : Site officiel du RYE – Chronique de décembre 2016 – « Le yoga pour prévenir la violence et
mieux vivre ensemble »

Illustration 18 - Exercices de contrôle de la respiration (prāṇāyāma) et mandala corporel lors du stage yoga enfant avec Manuela
(©Apolline Bailleux, 2018) 78
La fin des séances de Manuela était l’occasion de raconter des histoires porteuses de
leçons d’espoir, d’invitation à avoir confiance en ses capacités et de celles des autres,
comme la légende du colibri : ce petit oiseau qui fait preuve d’initiative face à un
incendie et invitant chacun des animaux à faire ‘‘sa part’’1. Ses fables étaient également
l’occasion de mettre l’accent sur l’importance d’une communication et d’une écoute
mutuelle.
Quelques sociologues ont montré l’importance de la confiance dans le tissage du lien
social : certaines psychologies de l’enfant, certaines tendances de la psychanalyse ont par
ailleurs montré que pour qu’il y ait un “moi”, ou plus exactement un sujet, “quelqu’un”
capable de dire “je” (et de répondre de soi – de son désir), il fallait de l’autre, de la
relation à l’autre, des modalités de relation à autrui. C’est l’entre-deux du lien qui opère. 2
(Cornu, 2003).

Illustration 19 - Exercice de relaxation à deux - Une étoile de mer sur son rocher (©Apolline Bailleux, 2018)

1 Pour l’histoire du colibri, se référer aux annexes.


2 Cf Laurence Cornu (2003, p. 21-30)

79
Créer ou renforcer le lien entre les parents et enfants représente un enjeu et un besoin
essentiel dans la sphère familiale où il n’est guère toujours aisé de communiquer et de
se comprendre. Les temps d’ateliers entre parents et enfants répondaient à des désirs et
des besoins de partager un moment ensemble. Ils étaient également la garantie pour les
participants de s’autoriser un temps pour se détendre en s’amusant en famille.

Illustration 20 - Une femme et son enfant en position du lotus (padmāsana) (©Apolline Bailleux, 2018)

Les observations réalisées lors de séances de yoga parent enfants 1 m’ont permis
d’être témointe de moments laissant apparaître des relations familiales, parfois très
touchantes. Certaines femmes avaient cependant plus de facilités que d’autres à lâcher
prise avec leurs enfants, à les laisser s’exprimer sans leur faire de remontrances et de les
laisser se déplacer librement dans le groupe. Il est arrivé à plusieurs reprises de voir
apparaître sur certains visages de la déception lorsque leur enfant se montraient peu
intéressé par les exercices lors de la séance.

1Mes séances d’observations parents-enfants ont toujours été composées d’un public adulte féminin je
n’ai jamais eu l’occasion d’assister à une séance avec un homme et son enfant, bien que Manuela m’ait
indiqué que ça arrive, bien que ça soit plus rare.

80
Certaines mères revenaient régulièrement aux séances avec leurs enfants ce qui m’a
permis communiquer davantage avec elles. J’ai pu ainsi leur demander si elles
pratiquaient le yoga hors de ces séances. La réponse s’est révélée à plusieurs reprises
positive, ou tout du moins « j’ai commencé dernièrement 1» bien que je n’aie pas assez
de données pour déterminer si les pratiquantes représentaient la majorité des
participants.

L’éduca on du « futur adulte » et futur citoyen

Dans le cadre du vivre ensemble évoqué plus haut, le yoga se présente comme l’outil
idéal pour développer les qualités nécessaires au bien-être de l’enfant et à sa réussite
scolaire.
L’école Nadananjali2 qui délivre des certificats d’aptitude aux fonctions d’enseignant
de Yoga pour Enfants énonce que le premier anga de l’échelle de Patan͂jali3 Yama a pour
but d’éduquer l’enfant à la citoyenneté : il s’agit de lui apprendre à vivre ensemble,
s’enrichir de la différence, apprendre à écouter et à respecter l’autre, ainsi qu’influer sur
ses attitudes en société à travers les notions de coopération et non-violence.
La transmission du yoga aux enfants s’inscrit donc dans une démarche et une action
citoyenne, dans le cadre d’aide à l’éducation et lutte contre l’exclusion4. Le yoga au
travers du RYE, a par ailleurs été reconnu d’utilité publique en France en 2013, et est
soutenu par le ministère de l’Éducation Nationale.
Les pratiques du yoga font appel à des gestes accomplis en commun, à des respirations
accordées et à un idéal symbolisé par le centre, elles sont la base d’une authentique
instruction civique qui est vécue de l’intérieur et même intégrée à nos cellules. […] La
qualité d’un enseignement laïque qui reconnaît la nécessité d’un élargissement de
conscience doit devenir le souci prioritaire de nos sociétés. Il nous faut des éducateurs
pour enseigner à l’école comme se défaire des germes de violence et de fanatisme de tous
bords issus d’une perception bornée de son appartenance au monde. (Flak, De Coulon,
2016)

1Échange personnel lors de la séance veillée parent-enfant – 23 février 2018


2Source : Pousse de yogi – Les 8 piliers du yoga adapté aux enfants
3L’échelle de Patan͂jali est évoquée dans le premier chapitre - Partie II-1
4 Source : Dictionnaire Environnement et développement durable – « Action citoyenne »

81
Les propos rapportés du guru indien Sadguru précédemment évoqué (chap. II-1)
mettent en avant que « les enfants développer un instinct de survie fort » face aux
conditions de vie (surpopulation, réduction de l’espace personnel, sur-urbanisation,
pénurie des ressources, empreinte écologique élevée etc.) auxquels ils seront confrontés
dans 50 ans. Bien que le guru s’appuie sur la peur pour vanter les bénéfices d’une
pratique du yoga aux enfants, il est important de souligner le fait que le pari du yoga est
également celui de faire face au futur, angoissant à certains égards. Dans le volet de ses
trois ouvrages1, le sociologue français A. Ehrenberg a cherché à montrer que la montée
en puissance des valeurs de la concurrence économique et compétitive contribue à celui
de la fragilisation des individus qui doivent évoluer et s’adapter dans un monde de plus
en plus morcelé :
Maîtrise de soi, souplesse psychique et affective, capacités d’action font que chacun
doit endurer la charge de s’adapter en permanence à un monde qui perd précisément sa
permanence, un monde instable, provisoire, fait de flux et de trajectoires en dents de scie.
» (Ehrenberg, 19982)
Les transformations sociales, économiques, politiques et technologiques des dernières
décennies et l’accroissement de la circulation d’idées, objets, valeurs et images ont des
répercussions marquées sur le quotidien de la société, sur l’individu, ses choix et ses
aspirations. (Simard-Legault, 20173).
M. Montessori écrivait que la grande mission sociale était l’éducation qui consiste à
assurer à l’enfant justice, harmonie et amour. L’éducation était ainsi pour elle la seule
façon de bâtir un monde nouveau et de construire la paix. (Montessori, 19354).
Ainsi, l’étude de la transmission du yoga aux enfants donne à entendre que
l’utilisation de la discipline yogique permet de former des individus forts et prêts à pour
affronter le monde actuel. Bien que l’une des visées initiales du yoga soit « d’entrer
dans un espace dénué de tout souci de résultat, de production, d’efficacité ; et même
d’intentionnalité5 » (Siguier-Sauné, 2014), la transmission du yoga aux enfants met en
lumière de nombreuses projections et d’intentions en matière de résultat, de réussite et
d’efficacité. Ainsi, il m’apparaît primordial de questionner l’institutionnalisation du
yoga aux enfants de l’État au travers de l’Éducation Nationale : il avait été mis en avant,

1Le culte de la performance (1991), L’individu incertain (1995), La fatigue d’être soi (1998)
2 Cf Ehrenberg (1998, p.201)
3 Cf Camille Smard-Legault (2017, p.19)
4 Cf Maria Montessori Maria (1935)
5 Cf Gisèle Siguier-Sauné (2014, p.39-50)

82
dans la première partie de ce chapitre, que le yoga était un outil destiné à améliorer les
modalités d’apprentissage des élèves. Ainsi un système scolaire français plus
performant permettrait de se classer plus favorablement dans les tests PISA (Programme
for International Student Assessment). Un tournant mondial s’est opéré dans les années
1990 en particulier à l’occasion de la conférence de Jomtien sur « l’Éducation pour
tous » : mettant en avant que la réussite économique d’un état était directement liée avec
la réussite en matière d’éducation, elle a été l’occasion d’une prise de conscience et
d’une implication croissante de la communauté internationale scellant un contrat entre
éducation et économie1. En 2015, la création du Conseil National Éducation Économie
(CNEE) chargé d’articuler et de développer un dialogue permanent entre
l’enseignement scolaire et supérieur et les enjeux et besoins du monde économique est
un exemple manifeste à ce sujet2.
M. Leccia (20143) met en garde les spécialistes du yoga sur les tentatives
d’instrumentalisation de la discipline qui serait mis au service de la performance, de la
productivité et du rendement scolaire sous couvert d’une quête de bien-être. M. Leccia
aborde ainsi la notion de « choix éthique » et invite les acteurs de la transmission du
yoga aux enfants à s’interroger sur leurs motivations, car certaines pratiques peuvent
aller à l'inverse de leurs objectifs. G. Siguier-Sauné (20144) écrit également :
Il me semble pouvoir affirmer qu’il serait plus que dommageable de faire du yoga un
ensemble de recettes efficaces que le système éducatif actuel aurait tout intérêt à utiliser.
Car serions-nous toujours dans ce que cette discipline a cherché à développer de l’humain
au fil des époques ? […] Une des caractéristiques de notre temps est son extraordinaire
propension à instrumentaliser tout ce qui pourrait venir mettre en question certains de ses
fonctionnements.
Ainsi, l’auteure invite donc :
à une vigilance et un souci constant de ne pas réduire l’enfant à une définition, si
savante soit-elle ; mais plutôt de se tenir au plus près d’une écoute fine et toujours
renouvelée de ce qui se joue dans cette relation entre l’enfant, le yoga et la tradition-
transmission à la laquelle il renvoie, et l’enseignant(e) qui transmet. (Siguier-Sauné,
20145)

1 Cf Marc Pilon - Cour magistral, Université de Strasbourg.


2 Source : Site gouvernemental du CNEE
3 Cf Marie-Christine (2014, p.7-10)
4 Cf Gisèle Siguier-Sauné (2014, p.49)
5 Ibid.

83
Dans ce sens, le yoga peut apparaître comme un instrument à échelle ministérielle qui
aiderait à produire des élèves plus performants et, à terme des adultes plus compétitifs
qui seraient prêts à relever le défi de la mondialisation.
Les acteurs de la transmission du yoga aux enfants sont multiples (famille, école,
ministères) et leurs attentes le sont tout autant. Chacun puise dans le yoga ce qui lui
convient et ce que propose la discipline est suffisamment large pour s’adapter à toutes
les demandes. Il importe toutefois d’être conscient des enjeux politiques, économiques
et sociaux dans lesquels s’inscrit le yoga afin de saisir les mécanismes et fluctuations
desquels on est pleinement acteurs.

Illustration 21 - Différents acteurs et échelles impliquées dans la transmission du yoga aux enfants.
(©Apolline Bailleux, 2018)

84
CONCLUSION

Le XXe siècle a vu le yoga se diffuser à l’échelle planétaire en tant que phénomène


de mondialisation. En France, en 2013, le RYE (Recherche sur le Yoga dans
l’Education) a reçu l’agrément de l’Education Nationale Française pour que les
enseignants formés au RYE puissent intégrer le yoga dans leur enseignement et
proposer des ateliers dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires. Cette
reconnaissance permet de s’interroger sur les mécanismes de la transmission du yoga
aux enfants et cette étude aborde la question dans la région de Strasbourg, en France.
Dans le cadre de ce terrain strasbourgeois, le yoga intentionnalisé aux enfants est une
réponse que mes interlocutrices souhaitent apporter aux besoins identifiés chez les
enfants. Il est également une réponse aux besoins, désirs et attentes des adultes que ce
soit dans le rôle de parents et d’enseignants. Mes interlocutrices partagent toutes la
vision d’un yoga porteur de représentations et d’imaginaires. La transmission du yoga
se voit ainsi chargée d’attentes et de projections. Suite à une prise de conscience d’un
certain malaise et de souffrances, mes interlocutrices ont ressenti un besoin de
changement et de renouveau. Elles se sont donc tournées vers le yoga où le corps
devient médiateur du bien-être recherché.
Les séances d’observations effectuées auprès d’acteurs de la transmission du yoga
enfant sur Strasbourg ont permis de constater que le yoga enfant institutionnalisé est
totalement différent de celui enseigné aux adultes. Le yoga enfant est un yoga créatif
appel à des techniques ludiques comme les postures symboliques et animalières par
exemple. La mise en place de rituels et d’un cadre sécurisant un élément pédagogique
essentiel pour les enfants qui peuvent alors être initié dès trois ans à la discipline. Le
yoga a la particularité de s’adapter et d’évoluer en fonction des demandes : l’acteur de
la transmission du yoga enfant va ainsi être créateur d’un yoga personnalisé en fonction
de son expérience, de son parcours et de ses motivations.
La mise en avant et l’analyse des bienfaits du yoga permettent de s’interroger sur les
enjeux de sa transmission aux enfants : améliorer les apprentissages afin de garantir une
réussite scolaire, synonyme de réussite professionnelle à long terme. La pratique du
yoga a pour bienfait de développer l’autonomie en faisant prendre conscience de son
corps à l’enfant, d’apprendre à se connaître et prendre confiance en soi. L’autonomie

85
apparaît ainsi être un des enjeux de la transmission au même titre que l’éducation à des
valeurs citoyennes, nécessaires au vivre ensemble.
Nous pourrions nous interroger sur chacune des différences entre le yoga traditionnel
de l’Inde Brahmanique et les nombreuses formes de yoga proposées aux sociétés
« occidentales » urbanisées. Ce serait là un fastidieux travail de recherche que d’étudier
la manière dont les pratiques ont évolué au fil des millénaires. Des études de ce type
sont nombreuses dans la littérature anglo-saxonne. Il me semble toutefois que se
demander, à l’inverse, quel est le point commun entre le besoin d’une pratique d’un
yoga traditionnel et celui d’un yoga contemporain en France soit beaucoup plus
pertinent.
En effet, le développement du yoga traditionnel part du constat originel que l’homme
souffre des agitations de son esprit et des souffrances liées à sa condition humaine. En
2018, la pratique du yoga est une réponse à cette souffrance sociétale et s’inscrit dans
une quête de bien-être et de bonheur.
Le yoga a commencé à fleurir à nouveau après des milliers d’années de sommeil, car
la sagesse des jeunes gens de nos jours le demande. […] Le bonheur est la vraie condition
de l’Homme. C’est pourquoi la jeune génération a choisi le yoga ; pour trouver sa vraie
nature et trouver ainsi le bonheur permanent qui transcende le bonheur transitoire donné
par les plaisirs sensuels. Ils peuvent voir dans le yoga un mode de vie complet qui règle
toutes les facettes de l’être humain. […] Les jeunes gens ont une attitude positive vis-à-
vis de la santé, ils n’attendent pas la maladie pour intervenir, mais prévenir est intervenir.
Ils réalisent que maintenir et obtenir une bonne santé mentale est la prochaine étape pour
un bonheur permanent. (Swami Satyananda Saraswati, 19851)
Le yoga est d’ailleurs de nos jours, présenté comme une thérapie 2 de gestion du
stress et de prévention des maladies. Cet élément est bien sûr à mettre en lien avec la
multiplicité considérables des thérapies et des processus de soin dans notre société où le
stress est un fléau tant ses manifestations sont omniprésentes et les conséquences si
nombreuses.
1 Cf Swami Satyananda Saraswati (1985. p.50-51) ; Traduction issue de : Yoga has started to flourish
again after thousands of years of sleep because the wisdom of present-day young people demands it. […]
Happiness is the true condition of man. This is why the younger generation has taken to yoga ; to find
their true nature and so find permanent happiness that transcends the transitory happiness given by
sensual pleasures. In yoga they can see a complete way of life which tackles all the facets of man’s being.
Young people have positive attitudes about health;they do not wait for illness to occur, but prevent it
occurring. They realise that maintaining or obtaining good mental health is the next step to permanent
happiness.
2Thérapie : méthode de traitement des troubles psychiques et physiques. Sources : CNRTL

86
La pratique du yoga rencontre un succès croissant dans la vie de personnes de tout
âge et nationalité. Le RYE enregistre également des demandes croissantes des mairies,
des hôpitaux, des entreprises et même des prisons, la transmission dépassant le cadre de
l’Education Nationale.
Cette étude interroge le processus de transmission culturelle et un changement de
société à travers les enfants. Elle s’élargit également aux problématiques suivantes : être
un bon parent, être un bon professeur. On veut donner de belles valeurs à ses enfants
pour qu’ils soient heureux et évoluent dans les meilleures conditions. La transmission
du yoga aux enfants s’inscrit ainsi en tant que réponse à des problématiques
individuelles et sociétales très actuelles : je propose celle d’une quête du bonheur dans
une société en souffrance, ici française, inscrite dans un système néo-libéral 2 (Simard-
Legault, 2017).
Dans un monde où les jeunes, souvent manipulés par d’habiles marchands, sont
sommés de consommer toujours plus, il est essentiel de savoir se libérer des
conditionnements et d’apprendre à réfléchir par soi-même. Pour contrebalancer
l’influence des écrans qui disperse l’esprit vers l’extérieur, on doit apprendre à se
construire un moi autonome capable de distanciation. (De Coulon, 20173)
Pour l’auteur, l’ « éveil de l’attention est une des clés de l’éducation à la vie intérieure ».
Le paradoxe de cette transmission aux enfants serait donc d’instrumentaliser le yoga
qui vise à éduquer les individus au respect de soi et des autres pour ensuite les insérer
dans une société où la compétition constitue un véritable système d’organisation des
rapports sociaux et qui les pousserait à être meilleurs que leurs voisins.
Néanmoins, de la même façon que « le yoga se veut être un outil de changement
intérieur » selon les propos de Béatrice4, il peut également apparaître comme une force
de changement puissante dès lors qu’il est intégré au cœur du système, aux enfants, les
adultes de demain. C’est ce en quoi mes interlocutrices veulent croire.

2 Cf Camille Simard-Legault (2017, p.19-34)


3 Source : Site officiel du RYE – Chronique de Jacques de Coulon de février 2017.
4 Expression de la professeur lors d’une première séance de yoga tibétain – février 2018

87
ANNEXES

Annexe. Liste des interlocuteurs

Interlocuteur Indications supplémentaires et


références aux entretiens cités dans le
corps de texte
Manuela Professeure de yoga enfant
40 ans environ, mère de deux enfants
- Entretien formel le 16/11/2017
- Discussion non formelle le
21/11/2017
- Entretien formel le 1/12/2017
- Séances d’observation :
Veillée Yoga Enfant Famille :
15/12/2017
19/01/2018
23/2/2018
Séances Yoga Enfant :
27/2/2018
28/2/2018
01/3/2018
Christine Institutrice au périscolaire
40 ans, mère de deux filles
- Entretien formel le 15/11/2017
- Echange par téléphone
13/12/2018
Emeline Professeure d’anglais
50 ans, mère de trois enfants
Une vingtaine d’années d’expérience
dans l’enseignement secondaire
- Echange par courriel le 12/7/2018

88
- Discussion non formelle le
11/7/2018
- Echange par courriel le
12/11/2017
- Discussion non formelle le
12/02/2018
- Echange par téléphone le
2/8/2018
- Discussion non formelle en
vidéoconférence le 13/8/2018
Caroline Animatrice dans une structure
périscolaire
30 ans, mère d’un enfant
- Séances d’observation :
21/11/2017
5/12/2017
12/12/2017
9/01/2018
16/01/2018
- Discussion non formelle le
15/1/2018
Lucas Traducteur français-tibétain
40 ans environ
- Entretien formel le 1/11/2017 à
Paris
Béatrice Professeure de yoga tibétain
60 ans
Présidente d’une association ayant
impulsé le yoga d’inspiration tibétaine
depuis près de 30 ans.
Cour d’essai – au cours du mois de
février 2018

89
Hannah Professeure de yoga depuis 2017
28 ans
- Discussion non formelle le
13/11/2017

Ajai Nationalité indienne : il a effectué la


totalité de son cursus scolaire en Inde.
Il vit en France depuis 4 ans
- Discussion non formelle le
23/4/2018 à Paris
Juliette Etudiante en philosophie
26 ans
- Discussion non formelle à la
sortie d’un cours de yoga d’essai
au yoga tibétain au cours du mois
de mars 2018

90
Annexe 2. Légende du colibri

Source. https://www.colibris-lemouvement.org/mouvement/legende-colibri
Colibris tire son nom d’une légende amérindienne, racontée par Pierre Rabhi,
fondateur du mouvement « Colibris » :
Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux
terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait,
allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un
moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : "Colibri ! Tu n’es pas
fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! "
Et le colibri lui répondit : "Je le sais, mais je fais ma part."

91
3. Agrément ministériel accordé au titre des associations éducatives
complémentaires de l'enseignement public à l'association « Recherche sur le Yoga
dans l'éducation » (RYE)- NOR : MENE1300339A - arrêté du 4-7-2013 - MEN -
DGESCO B3-4

Agrément ministériel accordé au RYE le 4/7/2013. (Source : Site


officiel du ministère de l’Education Nationale)

92
5. Le yoga : un objet de recherche pluridisciplinaire

Le yoga en tant qu'objet de recherche pluridisciplinaire (©Hoyer, 2015)

93
TABLES DES CARTES

Carte 1 : Localisation de la ville de Strasbourg au sein de l’Europe………... …...p.4


Carte 2 : Localisation de la ville de Strasbourg en France………………………..p.5
Carte 3 : Localisation de Strasbourg dans la région d’Alsace-Lorraine en France.p.6

TABLES DES ILLUSTRATIONS

Illustration 1 : Une femme et son enfant en position du lotus (padmāsana)………p.1


Illustration 2 : Photo du flyer annonçant les ateliers Yoga enfant & famille proposés
par Manuela ……………………………………………………………………...…..p.14
Illustration 3 : Les 8 anga du yoga d'après la traduction et les commentaires de F.
Mazet …………………………………………………………………………...……p.26
Illustration 4 et 5 : Diffusion et circulation du yoga mondialisé ………………..p.30
Illustration 6 : Tingsha et bol tibétain ……………………………………………
p.53
Illustration 7 : Compilation de typologies de postures compilées dans le monde
selon H. Gordon (1953)
………………………………………………………………….....p.57
Illustration 8 : Exercices d'inspiration et d’expiration par lesquels débutent les
séances avec Caroline …………………………………………………………….….p.60
Illustration 9 : Posture de la planche (Kumbhakâsana-dandâsana) ………………
p.60
Illustration 10 : La posture du chien tête en bas (Adho mukha śvānāsana)
………..p.61
Illustration 11 : Posture du chat (Mârjârâsana) - Creuser le dos …………………
p.61
Illustration 12 : Posture du chat (Marjarâsana) - Arrondir son dos," chat en colère"
selon Caroline ………………………………………………………………………..p.62

94
Illustration 13 : Plan de la salle où avaient lieu les ateliers de yoga avec Caroline
dans la structure périscolaire
……………………………………………………………....p.64
Illustration 14 : Plan de la salle où avaient lieu les veillées yoga enfant&famille
avec Manuela
……………………………………………………………………………...p.65
Illustration 15 : Plan de la salle lors du stage de yoga enfant avec Manuela …...p.66
Illustration 16 : Les trois niveaux de respiration …………………………….….p.78
Illustration 17 : Une femme et ses deux enfants à la fin d'une veillée Yoga enfants &
famille ………………………………………………………………………………..p.81
Illustration 18 : - Exercices de contrôle de la respiration (prāṇāyāma) et mandala
corporel lors du stage yoga enfant avec Manuela …………………………………....p.84
Illustration 19 : - Exercice de relaxation à deux - Une étoile de mer sur son rocher
……………………………………………………………………………………….p.85
Illustration 20 : Une femme et son enfant en position du lotus (padmāsana)…...p.86
Illustration 21 : Différents acteurs et échelles impliquées dans la transmission du
yoga aux
enfants…………………………………………………………………………...p.90

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septembre-2016

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philosophes.html

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https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/philosophies-
indiennes-44-le-yoga-une-discipline

102

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