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Droit fiscal

CHAPITRE 1 : FONDEMENTS DE L’IMPOT

I - Notions de base

I.1 - Notion de l’impôt

L'impôt est un prélèvement obligatoire, effectué par puissance publique sur les ressources des personnes physiques et morales. Ce
prélèvement est réalisé pécuniairement à titre définitif et sans contrepartie déterminée.

- L’impôt est un prélèvement obligatoire effectué par la puissance publique

L'impôt est, à vrai dire, le nerf de la puissance publique. On ne saurait concevoir que les contribuables aient la faculté de déterminer eux-
mêmes le principe de leur imposition, le montant de leurs cotisations et d'en fixer les modalités de recouvrement.

De ce fait, l’Administration fiscale est conférée de prérogatives pour contrôler les déclarations et évaluer elle-même les bases de liquidation
de la créance fiscale et, le cas échéant, sanctionner la carence du contribuable.

- L’impôt est un prélèvement pécuniaire

Le caractère pécuniaire signifie que l'impôt est prélevé sur une certaine somme d'argent ou sur une valeur convertie en termes monétaires. En
foi de quoi, certains prélèvements même ayant parfois un caractère obligatoire ne sont pas qualifiés d’impôt, au sens juridique du terme
(zakat, Ribaa, contributions imposés à titre de solidarité, etc. …).

- L’impôt est un prélèvement effectué à titre définitif

L'impôt ne peut faire l'objet de restitution de la part de l’Administration fiscale, sauf en cas de réduction ou d’annulation du titre d’imposition
suivant des procédures dûment établies par la législation fiscale.

- L’impôt est un prélèvement effectué sans contrepartie déterminée

L'absence de contrepartie déterminée est l'un des éléments substantiels de l'impôt, dans la mesure où le contribuable s’acquitte de l'impôt
sans prétendre de bénéficier, en retour, et immédiatement d’un service public. Toutefois, il faut nuancer ce principe, dans la mesure où la
contrepartie peut être ressentie en cas de paiement d’une imposition de type « taxe », « taxe parafiscale » , « droits », « redevance » du fait de
leur caractère causal.

I.2 - Notion de la science fiscale

La science fiscale étudie les problèmes juridiques, économiques, sociologiques et politiques relatifs à l’impôt. Elle comprend nécessairement
la théorie générale de l’impôt. Celle-ci définit le concept de l’impôt, analyse ses éléments constitutifs procède aux classifications des
différents types d’impôts, examine les caractéristiques de chacun d’eux pour aboutir à la notion de système fiscal.

I.3 - Notion du droit fiscal

Le droit fiscal peut être définit dans une première approche comme l’ensemble des règles relatif à l’impôt. Il s’agit d’une discipline du droit
permettant la participation des sujets de droit à l’organisation financière de l’Etat et à l’expression de sa politique économique et sociale.

Cette branche du droit peut être déclinée en sous-domaines de droit fiscal spécial :

- la fiscalité des personnes : concernant l’imposition des parties connues à l’impôt sur le revenu.
- la fiscalité des affaires : englobe la fiscalité des entreprises ainsi que les règles fiscales appliquées aux activités commerciales comme la
TVA par exemple.
- la fiscalité d’immobilier : concerne l’imposition de la transaction immobilière (exemple : les grands immeubles).
- la fiscalité du patrimoine : concerne l’imposition de la détention et de la transmission d’un patrimoine (exemple : succession, dotation,
impôt sur la fortune, …).
- le droit pénal fiscal : qui permet à l’administration fiscale de sanctionner la fraude fiscale.
- la fiscalité internationale : à savoir les règles qui gouvernent l’imposition des personnes et des biens tant à l’occasion de la perception d’un
revenu que de la transmission d’un patrimoine, dès lors que ces opérations subisse l’intervention d’un élément extérieure.
- l’éco-fiscalité : désigne globalement les dispositifs qui permettent des réductions ou des primes visant à protéger le patrimoine écologique
ou l’environnement.
- la parafiscalité : est l’ensemble des taxes et redevances obligatoires qui sont perçues au profit des personnes publiques hors de l’Etat et des
collectivités territoriales ou les établissements publics habilités à percevoir des impôts.

I.4 - Notion de la politique fiscale

La politique fiscale est l’ensemble des orientations prises par les pouvoirs publics en matière de fiscalité. Elle vise à modifier le droit fiscal
en fonctions d'objectifs déterminés : modifier l’effort fiscal demandé aux contribuables comme les modalités de perception des impôts et leur
répartition ; réduire de la pression fiscale afin de relancer la consommation et de stimuler la croissance ; mettre en place des stimulus fiscaux
pour des secteurs ciblés (économies d’énergie, récompenser les dons aux œuvres caritatives,…) ; favoriser les effets redistributifs de l’impôt ;
corriger les externalités (négatives et positives) issues des distorsions de l’économie du marché.
II - Sources de droit fiscal

Les sources de droit fiscal marocain peuvent être divisées en deux sous-ensembles : sources écrites et sources non écrites.

II.1 - Sources écrites du droit fiscal

On vise par sources écrites du droit fiscal, tous les textes relevant de la hiérarchie des normes textuels régissant la fiscalité.

II.1.1. - Les sources supra-législatives

 La Constitution

La Constitution marocaine de 2011 prévoit certaines dispositions permettant de cadrer des principes directeurs du système fiscal marocain :

- La justice fiscale : l’article 38 dispose que tous les contribuables supportent, en proportion de leurs facultés contributives, les
charges publiques.

- La légalité de l’impôt : l’article 71 prévoit que le régime fiscal et l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impôts,
relève du domaine de la loi.

- La perceptibilité des recettes fiscales: l’article 75 sous-tend que l’impôt peut être appliqué qu’après le vote de la loi de finances de
l’année qui en autorise la perception. En revanche, si la loi de finances n’est pas votée ou n’est pas promulguée en raison de sa
soumission à la Cour Constitutionnelle en application de l’article 132 de la Constitution, les recettes continuent à être perçues
conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur les concernant à l’exception, toutefois, des recettes dont
la suppression est proposée dans le projet de loi de finances. Quant à celles pour lesquelles ledit projet prévoit une diminution de
taux, elles seront perçues au nouveau taux proposé.

- Non réductibilité des prévisions fiscales : l’article 77 prévoit l’irrecevabilité à toute proposition ou amendement formulés par les
membres du Parlement lorsque leur adoption aurait pour conséquence, par rapport à la loi de finances, soit une diminution des
ressources publiques, soit la création ou l’aggravation des charges publiques.

- Autonomie fiscal des Collectivités territoriales : l’article 141 prévoit que les collectivités territoriales disposent de ressources
financières propres et de ressources financières affectées par l’Etat.

- Contrôle des opérations de recettes fiscales : l’article 147 prévoit que la Cour des comptes s’assure de la régularité des opérations
de recettes des organismes soumis à son contrôle, y compris les recettes fiscales. Elle sanctionne, le cas échéant, les manquements
aux règles qui régissent lesdites opérations.

 Les engagements, les traités et les conventions internationaux

Le réseau conventionnel international continue à s'imposer comme une composante essentielle du droit fiscal marocain, en réponse d’une
part aux opportunités de l'ouverture de l'économie nationale et l'internationalisation des échanges commerciaux et d’autre part à l’impératif
de lutter contre d'éventuels risques susceptibles de poser cette ouverture. Ce faisant s’engage à souscrire aux principes, droits et obligations
énoncés dans les chartes et les conventions des organisations internationales dont il est membre actif (Préambule de la Constitution).

Cette logique laisse penser que le droit international tend progressivement à s'insérer dans l'ordre juridique national de la fiscalité marocaine.
On peut citer, à titre d'illustration, deux catégories de conventions et traités internationaux, qui influencent directement la matière fiscale :
d'une part les conventions fiscales internationales qui visent notamment d'éviter le problème de la double imposition entre le Maroc et le pays
co-traitant, d'autre part les conventions de libre-échange instituant des systèmes d'abattement fiscaux sur les importations, voire des
franchises douanières, en vue d'encourager les flux commerciaux entre le Maroc et le reste du monde.

Par ailleurs, l'impact de ces traités et conventions peut être conséquent aussi bien sur la souveraineté financière et fiscale du pays que sur le
sort de la structure et volume des finances publiques. C'est la raison pour laquelle la Constitution (Art. 55) a mis un garde fou institutionnel
en stipulant que les "traités engageant les finances de l'État ne peuvent être ratifiés (par le Roi) sans avoir été préalablement approuvés par la
loi".

 La Loi organique des finances

Dans la hiérarchie des sources juridiques, la loi organique des finances est située entre la Constitution et les lois ordinaires. Elle trouve son
fondement juridique direct dans les dispositions de la Constitution (Art. 75-al.1°) qui en définit le contenu essentiel : "le Parlement vote la loi
de finances dans les conditions prévues par une loi organique". C'est une loi adoptée selon une procédure spécifique qui précise les modalités
d'organisation et de fonctionnement du système des finances de l'État, y compris le volet fiscal.

Même si cette loi organique n'est qu'une norme dérivée de la Constitution, elle représente pour autant la principale source codifiée du droit
des finances de l'État. Elle est une norme à laquelle le Conseil constitutionnel fait souvent référence, par exemple pour statuer sur les lois de
finances annuelles dont il est saisi, car la Constitution marocaine rend obligatoire le respect par les lois de finances des dispositions
organiques.

Il en résulte que la loi organique des finances représente, pour ainsi dire, une sorte de "Constitution financière de l’Etat".

II.1.2. - Les sources législatives

Globalement, les sources législatives (les lois) sont définies selon le critère matériel, suivant une liste limitative de matières à caractère
financier affectées, par l'article 71 de la Constitution, au "domaine de la loi". Seulement, en matière fiscale on doit impérieusement distinguer
entre les lois à caractère fiscal prises dans le cadre de procédure dite normale (a) et celles prises dans le cadre de procédures dites spécifiques
(b).
 Les lois prises selon la procédure normale

Il s'agit de textes qui obéissent aux règles communes de la procédure législative et elles sont d'ailleurs les plus nombreuses. Ils relèvent du
domaine de la loi, tels qu'il est prévu par la Constitution, ayant soit un caractère fiscal, soit une incidence directe sur la fiscalité. C'est le cas
notamment de l'institution des ressources fiscales (Art.38). Par exemple le Dahir du 30 novembre 2007 portant promulgation de la loi n° 47-
06 relative à la fiscalité des collectivités locales.

D'autant plus que le dernier alinéa de l’article 71 de la Constitution habilite le Parlement à "voter des lois-cadres concernant les objectifs
fondamentaux de l'action économique, sociale et culturelle de l'État" ; c'est le cas par exemple de la loi-cadre concernant la réforme fiscale
intervenue en 1984.

 Les lois prises selon des procédures spéciales

Certaines matières législatives sont élaborées selon des procédures spéciales ; il s'agit notamment de celles issues des lois de finances de
l'année, des lois d'habilitation ou des décrets-lois.

 La matière fiscale issue des Lois de finances de l'année

Sur ce point, on peut soulever deux exceptions : Premièrement, les dispositions qu'on insère aux lois de finances de l'année constituent un
"domaine réservé" dans lequel d'autres lois peuvent intervenir. Il est donc plus large que la seule détermination des ressources et des charges
de l'État pour l'année à venir. Or, bien qu'on y trouve quelques dispositions permanentes, les lois de finances n'ont pas en principe de portée
normative sur le droit fiscal lui-même ; elles peuvent comporter ainsi des dispositions sans un véritable impact financier sur l'année suivante
et, par-là, définir les règles relatives à certaines opérations fiscales, etc.).

 La matière législative issue des lois d'habilitation

En vertu de l'article 70 de la Constitution "Une loi d'habilitation peut autoriser le Gouvernement, pendant un délai limité et en vue d'un
objectif déterminé, à prendre par décret des mesures qui sont normalement du domaine de la loi". Cela veut dire qu'un délai limité et un
objectif déterminé sous-tendent les conditionnalités de la délégation.

De plus, et quand bien même ces décrets "entrent en vigueur dès leur publication", le dessaisissement du législatif n'est que relatif puisqu'il
doit les ratifier à l'expiration du délai susmentionné. C’est le cas par exemple de la loi d’habilitation relative au code général des impôts les
dispositions du livre des procédures fiscales prévues à l’article 22 de la loi de finances n° 26-04 pour l’année budgétaire 2005 et celles du
livre d’assiette et de recouvrement prévues à l’article 6 de la loi de finances n° 35-05

 La matière législative issue des décrets lois

Cette technique est prévue par les dispositions de l'article 81 de la Constitution qui permet au Gouvernement de "prendre, dans l'intervalle
des sessions, avec l'accord des commissions concernées des deux Chambres, des décrets-lois qui doivent être, au cours de la session ordinaire
suivante du Parlement, soumis à la ratification de celui-ci". Or, si l'autorisation préalable du Parlement n'est pas indispensable (l'avis des
commissions suffit), cette procédure expéditive ne donne aux décrets lois une valeur législative qu'après ratification par une loi votée, elle
aussi, par le Parlement. Tant qu’ils n’ont pas été ratifiés par le Parlement, ils restent des actes de l’exécutif susceptibles de faire grief devant
le juge administratif et deviennent caducs au cas où ils seraient rejetés après le débat parlementaire.

II.1.3. - Les sources règlementaires

Le Gouvernement dispose ainsi non seulement d'un pouvoir réglementaire d'application de la loi mais encore d'un pouvoir réglementaire
autonome, qu’il peut exercer, en matière fiscale, à travers les décrets, les arrêtés et les autres textes administratifs subsidiaires d’application

 Les décrets

Selon la Constitution (Art.89) : "Sous la l’autorité du Chef du gouvernement, le gouvernement assure l'exécution des lois et dispose de
l'Administration". En foi de quoi, le chef du gouvernement peut décréter des mesures à caractère fiscale. En la matière, on peut distinguer
deux types de décrets :

- des décrets qui fixent les conditions d'application des textes législatifs ordinaires ou organiques (par exemple : décret du 31
décembre 2006 pris pour l’application de la taxe sur la valeur ajoutée prévue au titre III du Code Général des Impôts ; décret du
26 avril 1999 relatif à l'élaboration et à l'exécution des lois de finances, tel qu'il a été modifié et complété, notamment son article
5).

- des décrets autonomes qui relèvent du domaine réservé au pouvoir réglementaire (par exemple : décret 31 décembre 2001
instituant au profit de l'entraide nationale une taxe parafiscale sur les tapis estampillés ; décret du 16 octobre 2003 instituant au
profit de la Fédération royale marocaine de chasse une taxe parafiscale dénommée « Taxe pour la conservation et le
développement des ressources cynégétiques ».

 Les arrêtés

En matière fiscale, certains arrêtés peuvent être pris, sur la base d’un fondement législatif ou règlementaire qui les prévoit ; on peut citer
plusieurs cas :

- arrêtés émis par le ministre chargé des finances en vertu de l’article 6 du Décret du 26 avril 1999 relatif à l'élaboration et à
l'exécution des lois de finances. Par exemple (par exemple arrêté du ministre des finances du 15 février 2006 fixant un horaire de
travail spécifique aux agents de notification et d'exécution du Trésor).
- arrêtés émis conjointement par le ministre chargé des finances et un ou plusieurs autres ministres (par exemple : arrêtés conjoints
fixant les tarifs afférents à la rémunération des services rendus par l'État).

- arrêtés pris par les présidents de conseils communaux, après approbation du conseil de la collectivité concernée, aux termes de
l’article 168 de la loi n° 47/06 sur la fiscalité locale, lorsque la loi ne détermine pas de taux ou de tarifs d'imposition fixes pour les
taxes, qui y sont visées, ces tarifs et taux sont fixés par arrêté pris par l'ordonnateur de la collectivité locale.

 Les textes administratifs d’application à caractère subsidiaire

On entend par textes à portée subsidiaire, l'ensemble de la réglementation en émanation du pouvoir administratif sous forme de circulaires,
notes, instructions, etc. On peut distinguer dans cette catégorie trois types de textes à portée subsidiaire :

- Les textes d'ordre interprétatif, par lesquels une Administration relevant d'une autorité fiscale explique comment une disposition
législative ou réglementaire doit être comprise et appliquée (par exemple, circulaires du directeur général des impôts expliquant
les dispositions fiscales insérées dans les lois de finances, celles du trésorier général du royaume portant sur le recouvrement des
recettes, etc.) ;

- Les textes d'ordre réglementaire, qui présentent tous les aspects d'un règlement et qui n'ont pas été adoptés dans les formes
normalement requises pour un règlement (par exemple, instruction sur l'élaboration des comptes de gestion des comptables
publics, instruction du ministre des finances du 26 mars 1969 relative aux régies de dépenses et aux régies de recettes ; etc.) ;

- Les textes sous forme de directives, comme simples lignes de conduite qui informent de la manière dont les autorités
administratives entendent exercer leur pouvoir discrétionnaire (par exemple, Instruction du trésorier général du Royaume sur la
comptabilité des deniers des recettes–perceptions et perceptions)

II.2 - Sources non écrites du droit fiscal

Les juridictions ont pour mission de dire le droit, mission dont elles ne peuvent s'y dérober lorsqu'elles sont saisies, sous peine de commettre
un déni de justice. On ne saurait donc se surprendre que le juge n'a d'autres ressources que de "créer" lui-même la règle à appliquer (juris-
lateur), en visant directement une norme qui n'est inscrite dans aucune source écrite. Ceci est particulièrement vrai en matière fiscale, compte
tenu surtout des imprécisions et des incohérences textuelles ou parfois même l’absence de dispositions réglant les problèmes, naturellement
multiples, que pose la gestion fiscale.

Ce rôle est partagé notamment entre la justice constitutionnelle, la justice administrative et la justice financière (juridictions financières)
chacune selon son domaine de compétence.

II.2.1. - La jurisprudence constitutionnelle

En jouant le rôle d'"interprète" de la loi organique des finances, le juge constitutionnel se veut, en effet, le gardien du respect des principes
d'une gestion fiscale saine ; un rôle qui le pousse parfois à modifier le sens de certaines dispositions à caractère financier de manière à les
rendre compatibles avec les grands principes budgétaires et fiscales de portée constitutionnelle.

A partir des exemples ci-dessous de décisions de la justice constitutionnelle marocaine et comparée, on peut démontrer que son apport
jurisprudentiel contribue, sans doute, à la maturation et à la qualité du bloc juridique régissant la fiscalité :

- la stricte application de l'article 4 de l'ordonnance organique française en ce qui concerne les taxes parafiscales dont la perception
ne fait l'objet que d'une autorisation annuelle du Parlement et dont la loi de finances ne peut, par exemple, prévoir les modalités de
recouvrement (Décision conseil constitutionnel français n°60-8 DC du 11 août 1960) ;

- l'admission d'affecter un impôt à un établissement public (Décision du conseil constitutionnel français n° 82-132 du 16 janvier
1982) ;

- déclarations par dans nombreuses décisions du conseil constitutionnel français (Exp. Décision n° 73-51 DC) comme
inconstitutionnelles certaines dispositions du code général des impôts relatives aux conditions de l'obtention de la décharge de la
cotisation assignée au contribuable ;

- décision du Conseil constitutionnel marocain ayant déclaré la loi n°33-93 portant ratification du décret-loi n° 2-91-388 du 13
octobre 1992 instituant une taxe à l'installation des stations terriennes de réception, à titre privé, des signaux de radiodiffusion par
satellite non conforme à la Constitution (Décision n° 37/94 CC du 16 août 1994) ;;

- confirmation de la constitutionnalité de l'article 6 de la loi de finances 2002 posant le caractère rétroactif d'une mesure fiscale
visant l'exonération de tous les impôts et taxes relatifs à l'importation des viandes pour le compte des Forces Armées Royales,
dont l'application prend effet rétroactivement depuis le 1er janvier 1996.

Au demeurant, à partir de ce petit florilège de la jurisprudence constitutionnelle française, on comprend que la lecture de la loi organique des
finances seule ne suffit plus car, comme le relève, en effet, le professeur PHILIP (L.), " la plupart des articles de la loi organique ne peuvent
être analysés qu'à la lumière des décisions du Conseil constitutionnel "(1). En effet, l'apport du juge constitutionnel marocain demeure
vivement sollicité, afin de clarifier davantage la portée et le sens précis de certaines dispositions fiscales.

II.2.2. - La jurisprudence administrative

Dans un raisonnement largo sensu, la matière fiscale ne se limite pas à une législation et/ou à une réglementation à caractère strictement
fiscal ; elle s’étend aux actes administratifs ayant directement ou indirectement une incidence fiscale. D’autant plus que la complexité accrue
des phénomènes fiscaux (par exemple contentieux fiscal) exige que le juge administratif ne doit pas s'en tenir à la simple fonction de "dire le
droit" ; il est, en outre, constamment convié à "créer le droit" en fonction des cas d'espèce qui lui sont différés.
En matière de contentieux fiscal, la loi n° 41-90 (Art.8), les tribunaux administratifs en matière de contentieux fiscal sont habilités sur le
fondement des dispositions de la loi, à connaître de tous les litiges portant sur l'application des textes législatifs et réglementaires afférents
aux impôts directs et indirects, à la TVA, aux droits d'enregistrement et du timbre, et aux impôts locaux. Toutefois, par opposition au
système français, le législateur marocain a considéré les juridictions judiciaires comme toujours compétentes en ce qui concerne, d'une part le
contentieux répressif en matière des douanes, d'autre part la notification par ordonnance de l'état de liquidation rendu exécutoire par le
service de l'enregistrement (loi 41-90 – Art 31).

A vrai dire, la jurisprudence issue du contentieux fiscal n'existe qu'au travers des moyens offerts aux justiciables, État ou particuliers, pour
faire valoir leurs droits.

D'autant plus que c'est l'accroissement même des différends et du contentieux fiscal que pourraient bien nourrir les normes jurisprudentielles
en matière fiscal.

A ce niveau d'analyse, le pouvoir normatif du juge de l'impôt peut s'effectuer dans deux sens. D'un côté, pour statuer sur la bonne application
des règles de l'assiette : suite à l'action différée par le redevable, le juge s'assure si la liquidation de l'impôt dû a été établie conformément aux
dispositions des textes législatifs et réglementaires en vigueur. Il peut diminuer le montant de l'imposition contestée, ou l'annuler en totalité,
comme il peut aller jusqu'à réviser en hausse au cas où il estimerait que le requérant a été sous-imposé. D'un autre côté pour statuer sur le
contentieux au stade de son recouvrement : le juge administratif tient à l'application et l'interprétation des dispositions la loi 15-97 formant
code de recouvrement des créances publiques, en veillant notamment au respect des procédures forcées prévues par les différentes voies de
droit, si le débiteur est retardataire ou récalcitrant.

II.2.3. Les arrêts de la cour des comptes (Jurisprudence financière)

La cour des comptes exerce des attributions juridictionnelles et des attributions non juridictionnelles.

La cour des comptes vérifie et juge les comptes présentés par les comptables publics. Elle exerce une fonction juridictionnelle en matière de
discipline budgétaire et financière à l'égard de tout responsable, de tout fonctionnaire ou agent de l'un des organismes soumis au contrôle de
la cour qui enfreint la législation budgétaire et comptable ou celle relative aux marches publics ou ceux qui ont procuré à eux-mêmes ou à
autrui un avantage injustifié en espèces ou en nature.

La cour à commencé à publier ses arrêts depuis 2016, ce qui constitue une occasion pour les chercheurs et citoyens de les connaitre et les
commenter. Il faut noter, cependant, que la majorité des infractions objet desdits arrêts se rapporte à l’inobservation des textes juridiques
applicables aux différentes phases d’exécution des opérations de recettes et de dépenses publiques, particulièrement en matière de marchés
publics, de gestion des ressources humaines ou du patrimoine et en général des règles régissant la gestion financière publique.

II.3 - De l’autonomie du droit fiscal

La fiscalité, en tant qu’un ensemble de règles juridique, se caractérise par l’interférence, d’une part de règles, exorbitantes ou non, relevant
du droit commun (droit civil, droit commercial, droit du travail, etc.) et d’autre part, des règles spéciales issues du droit public.

En effet, le droit fiscal, même considéré stricto sensu comme corps de règles spéciales, ne peut être pleinement compris s'il est dissocié de
l'ensemble de notre système juridique.

Si l'on veut expliquer ces règles, il est nécessaire de prendre en considération leur contenu, l'esprit qui les anime, le but auquel elles
répondent, pour montrer en quoi et pourquoi elles différent des règles du droit public et du droit privé. Egalement, le droit fiscal n'est pas
seulement un droit spécial. Il s'applique à des situations qui relèvent principalement du droit commun (relations de famille, de travail,
d'affaires, propriété et gestion d'immeubles, gestion d'un portefeuille, etc.).

Ainsi, il serait incongru de penser qu'il suffit d’accoler ou de combiner les règles du droit commun et les règles spéciales pour dominer la
matière fiscale. Au risque de brouiller l'ordre juridique, ses normes ne peuvent être absolument différentes de celles qui régissent ces
situations. Il est donc largement tributaire non seulement du droit public (droit constitutionnel, droit administratif), mais aussi et même
surtout du droit privé (droit civil, droit commercial, droit des sociétés, règles de la comptabilité privée, droit du travail, etc).

Ce lien de dépendance s'établit de plusieurs manières ; c'est là où réside toute la question sur l' « autonomie du droit fiscal » ou « spécificité
du droit fiscal ».

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