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Droit pénal spécial

Tout Code pénal comporte, habituellement une partie générale qui traite des questions intéressant toutes les infractions ou certaines d’entre
elles (la tentative, les causes de non responsabilité, la complicité, la théorie générales des peines, etc) ainsi qu’une partie spéciale qui
comprend toutes les infractions et les traite séparément, chacune avec ses propres éléments constitutifs et peines.

La partie spéciale constitue ainsi le Droit pénal spécial que l’on peut définir comme étant une branche du droit criminel consistant en un
catalogue des diverses infractions. Mais, doit-on se limiter à cette définition ? Le droit pénal spécial est-il une simple branche du Droit
Criminel qui se contente de décrire techniquement chaque infraction ? Est-il une discipline sans portée générale, sans principes directeurs ?
Autrement dit, quels sont les intérêts de la matière ?

Les intérêts du Droit pénal spécial :

Intérêts théoriques :

 Le Droit pénal spécial est à la base du droit pénal général. En effet, c’est seulement lorsque deux ou plusieurs infractions
particulières présentent un trait commun qu’apparaît le Droit pénal général. Ce dernier n’est construit qu’à partir des
incriminations particulières. Historiquement, les pouvoirs publics ont commencé par prononcer des interdits (ne pas voler, ne pas
tuer, etc) et ce n’est que tardivement et peu à peu qu’est né le Droit pénal général.

 Le droit pénal spécial permet de saisir la politique criminelle du législateur. Ainsi, sommes-nous renseignés sur le flux de
criminalisation et de décriminalisation. De même, la consultation des dispositions de DPS renseigne sur les taux des peines et
donc sur la hiérarchie des valeurs protégées par le législateur ainsi que ses priorités que l’on peut apprécier en examinant le plan
de la partie spéciale d’une législation pénale. A titre d’exemple, si la loi pénale traite des infractions contre la personne avant les
atteintes à l’Etat, cela marque évidemment la préférence du législateur pour la personne.

Intérêts pratiques :

 En DPS, le concept clé est celui de qualification juridique d’un fait, d’un acte ou d’une abstention. Tel geste peut-il être
qualifié de vol ou d’escroquerie ? sans qualification la poursuite est impossible.

 D’une part, la qualification influe sur la peine, car à chaque qualification correspond une peine prévue par le législateur. Et
c’est la détermination de telle qualification qui entraîne l’application de telle peine. Lorsqu’il ya concours de qualification, l’on
retient la peine de la qualification la plus sévèrement punie (principe de la plus haute expression pénale). D’autre part, la
qualification agit sur la procédure en ce qu’elle détermine la compétence judiciaire - selon que les magistrats retiennent une
qualification criminelle ou correctionnelle, le délinquant sera traduit devant une chambre criminelle près la Cour d’appel ou
devant un tribunal de première instance, et selon que l’infraction est civile ou militaire, la compétence sera attribuée à la
juridiction ordinaire ou au tribunal militaire – et en ce qu'elle détermine le régime de la poursuite, puisque certaines infractions
font appellent à des règles procédurales spéciales. A titre d’exemple, le délit d’adultère ne peut être poursuivi que sur plainte du
conjoint offensé.

Les Sources du Droit pénal spécial :

Portalis écrivait : « En matière criminelle, il faut des lois et point de jurisprudence ». Cependant la jurisprudence reste utile pour
ramener de la clarté à un texte vague ou équivoque.

Le Code pénal est la source principale du DPS ; il englobe la grande majorité des infractions, surtout celles que l’on peut décrire de
classiques. Mais il ne faut pas croire que le Code pénal contienne toutes les incriminations. Un nombre considérable d’infractions est
prévu par des textes spéciaux. Dans ce contexte, la multiplicité des sources législatives pose le problème du regroupement de toutes les
infractions dans le Code pénal. Ce serait un travail de longue haleine, car il faudrait, dans la même occasion, éliminer des doublons
(une infraction prévue par différents textes).

Le Code pénal marocain du 26 novembre 1962 comprend une partie générale et une partie spéciale beaucoup plus consistante
(les articles 163 à 612). Il comporte trois livres. Un premier livre qui traite des peines et mesures de sûreté ; un second livre qui traite
de l’infraction et de la responsabilité de l’auteur ; et un troisième livre inhérent aux diverses infractions et leurs sanctions respectives.

Le rôle de la jurisprudence dans l’évolution du DPS. La jurisprudence fait des constructions qui peuvent être prises en compte par la
loi. Aussi, la fonction interprétative de la jurisprudence permet de cerner le sens d’une disposition pénale –le sens voulu par le
législateur- lorsque celle-ci est vague ou porte à ambiguïté. La jurisprudence peut même donner parfois naissance à un délit spécial de
par la loi. Ainsi, en France, les décisions réprimant « les agressions téléphoniques » ont donné naissance à un délit spécial, celui des
appels téléphoniques malveillants.

Les branches du Droit pénal spécial :

Le Droit pénal spécial est extrêmement vaste, et avec l’évolution technique, économique et sociale, le nombre d’infractions ne cesse de
s’accroître. En effet, à côté « d’un droit pénal spécial général » où se regroupent les infractions classiques comme les atteintes à la
personne, à la famille, aux mœurs, aux biens et à l’Etat, a surgi, surtout depuis le milieu du 20 ème siècle, un droit pénal spécial « très
spécial ». Les infractions classiques ou naturelles constituent le noyau dur des infractions, comparées aux infractions artificielles, plus
récentes, qui touchent notamment aux affaires, aux relations du travail, à la circulation routière, à l’environnement, etc.
Les crimes et délits contre les personnes (Articles 392 à 448 du CP)

Introduction :

Le chapitre VII du Livre III du CP marocain recense la quasi-totalité des infractions portant atteinte au corps humain. Ces infractions sont
extrêmement nombreuses.

 Les plus anciennes sanctionnent le plus souvent une atteinte avérée, concrète, au corps de la victime. Cependant, avec celles qui
sont apparues ultérieurement, se manifeste une protection renforcée du corps, puisque c’est souvent un simple risque d’atteinte
qui est sanctionné. Il existe ainsi, de nos jours, deux sortes d’atteintes au corps, celles qui sont réelles et d’autres éventuelles.

 Le Code pénal distingue également entre les atteintes à la vie d’une part, et les atteintes à l’intégrité physique ou psychique,
d’autre part. Il distingue également entre les agissements volontaires et ceux qui ne le sont pas. Cette dernière distinction est
essentielle, car, dans l’attitude de l’agent, c’est l’élément psychologique plus que le résultat qui compte, ce qui correspond bien
à l’idée d’un droit pénal spiritualiste.

 Il nous revient ainsi, de distinguer au niveau des atteintes à la vie de la personne, entre l’homicide volontaire et l’homicide
involontaire. Ces infractions sont traditionnelles en ce que les premiers Codes pénaux les connaissaient déjà. Elles portent
atteinte à la vie. La doctrine les classe comme étant des infractions ordinaires contre la personne. Le Code pénal présentes les
textes correspondants à ces infractions avec un souci évident de netteté, allant du plus simple au composé, énonçant tout d’abord
les infractions de base, puis les circonstances qui les transforment en infractions plus graves, ainsi que les faits atténuant la peine.

1ère partie: L’homicide volontaire/ Le meurtre :

Art 392 : « quiconque donne intentionnellement la mort à autrui est coupable de meurtre et puni de la réclusion perpétuelle… »

I. Les éléments constitutifs du meurtre :

 L’élément matériel consistant en un acte positif de nature à donner la mort. (donner la mort ne veut pas dire laisser mourir qui est
une omission de porter secours à une personne en danger) ;
 L’intention criminelle (conscience de l’agent) ;
 La personnalité de la victime.

Garraud définissait le meurtre comme « la destruction volontaire et injuste de la vie d’un homme par le fait d’un autre homme »

A/ L’élément matériel :

Puisque le meurtre est la suppression de la vie d’un être humain, il suppose une victime (b) et un acte homicide (a).

a. L’acte homicide :

La volonté de donner la mort ne constitue ni le crime ni la tentative. Il faut que la volonté se soit manifestée par des actes. Les moyens
employés sont indifférents pourvu que l’acte ait entrainé la mort (l’usage d’une arme n’est pas nécessaire). Ainsi, en premier lieu, l’acte
doit être positif, car le meurtre est une infraction de commission.

On s’est parfois demandé si le meurtre pouvait résulter d’une simple omission qui serait regardée comme équivalente à l’action. C’est la
question de « la commission par omission ». Dans ce contexte, la jurisprudence française n’a pas admis que l’omission puisse être assimilée
à l’action et la mort à l’abstention. Cette position jurisprudentielle a été tempérée par le législateur français qui a créé en 1945 le délit de
défaut d’assistance à une personne en péril. Il s’agit là d’un délit d’omission. Par ailleurs, la jurisprudence admet dans certains cas qu’il ya
meurtre ; il s’agit des cas où l’omission est précédée d’un acte de commission. L’on cite, à titre d’exemple, le cas du maître nageur qui
engage sa victime sciemment à nager dans un endroit où elle doit nécessairement se noyer, et qui ne fait rien pour lui prêter secours.

En second lieu, l’acte homicide doit être matériel. Par conséquent, il n’ya pas « d’homicide moral », l’impunité s’expliquant car il est
impossible de prouver la relation de causalité entre les tortures morales et le décès. L’acte matériel consiste en un ou plusieurs coups, à main
nue ou à l’aide d’un objet quelconque. Peu importe la nature de l’instrument ou du geste, sous réserve de l’application de la qualification
d’empoisonnement qui constitue un crime spécial.

Des difficultés d’ordre causal peuvent se présenter à ce niveau. En effet, en cas d’acte unique, que décider si le décès ne survient pas
immédiatement après le coup ? Le juge décide librement s’il ya meurtre ou pas, en s’aidant du rapport d’un expert qui établira s’il ya un
rapport entre coup et mort. D’où l’exclusion de la répression si la mort provient d’une cause étrangère à l’acte. Par exemple, il n’ya pas de
meurtre si la victime ayant reçue des coups décède par l’effet d’une maladie préexistante ou par défaut de soins nécessaires. Qu’en est-il du
cas où il ya pluralité d’actes ? En cas de pluralité d’actes, c'est-à-dire, si les coups ont été portés par plusieurs personnes et si seules
certaines de ces personnes ont porté un coup mortel, toutes seront poursuivies pour meurtre, à condition qu’il soit impossible de rattacher à
chaque participant le coup qu’il a administré, notamment, lorsqu’un meurtre est commis par deux individus tirant en même temps sur une
victime qui en décède, on admet que ce crime a été commis par les deux agents.

b. La victime :

Le meurtre suppose une vie humaine, sans distinction de race, sexe, état de santé, etc. toutes les personnes ont droit à la même protection.
Il importe peu que l’identité de la personne soit connue ou qu’elle n’ait pas été retrouvée, il faut seulement qu’elle soit vivante au moment
où le geste homicide a été fait. Ainsi celui qui frappe un cadavre en sachant que c’est un cadavre n’est coupable ni de meurtre, ni de tentative
de meurtre.
Cependant, il importe peu que la victime ait été vivante au moment des faits. On admet qu’il y a tentative de meurtre, la
jurisprudence ayant fait table rase de la vieille théorie du crime impossible. Dès lors, la tentative est punissable si l’auteur a tiré sur la
victime, alors qu’il ignorait que celle-ci était déjà morte d’un coup de feu tiré par un agent. Le principe est donc l’indifférence de la vie de
la victime. Un cas jurisprudentiel français démontre l’application de ce principe ; alors qu’un premier individu avait donné la mort à la
victime en l’assommant à coup de barre de fer, un second ayant appris le lendemain que cette dernière serait en vie, décida de l’achever et lui
asséna des coups de bouteille. La chambre criminelle décida « qu’il importait peu, pour que soit caractérisée la tentative d’homicide
volontaire, que la victime soit déjà morte, cette circonstance étant indépendante de la volonté de son auteur et les violences exercées par lui
constituant un commencement d’exécution… ». La décision est raisonnable, car l’agent s’était bien heurté à une impossibilité de commettre
le crime et il est évidemment tenu compte de la volonté et de la dangerosité de l’agent.

En outre, la victime doit être une personne autre que l’auteur de l’acte homicide. A ce titre, l’on soulève la question de l’impunité du suicide
du fait de l’absence de texte l’incriminant. Mais dans l’ancien droit pénal, la répression frappait celui qui, voulant se suicider, se manquait.
L’article 392 précise qu’il s’agit de donner la mort à autrui. De cette règle résulte l’impunité du suicide, de la tentative de suicide et de la
complicité dans la tentative de suicide.

Cependant la loi réprime de par l’article 407 une sorte de complicité par aide et assistance et fourniture de moyens, lorsque le suicide est
consommé. Elle réprime ainsi la complicité d’une infraction principale qui n’est pas punie pénalement. Cela se justifie tout au moins par son
établissement en complicité spéciale.

Le législateur marocain n’admet pas l’euthanasie et ne prévoit aucune exemption, ni même diminution de peine, même lorsque la victime du
suicide est une personne atteinte d’une maladie incurable et que l’agent agit par compassion à la demande pressante de la victime.

B/ L’élément psychologique/ l’intention criminelle :

L’élément intellectuel du meurtre consiste dans la volonté de causer la mort, et cet élément est fondamental car, lui seul permet de
distinguer le meurtre des coups mortels, où l’agent, en voulant les coups n’a pas voulu la mort, et de l’homicide involontaire où l’agent n’a
même pas voulu les coups.

La preuve de la volonté de donner la mort est toutefois difficile à rapporter car les aveux, s’ils existent, sont rares. Les juges français vont,
par conséquent, déduire cette intention des circonstances, établissant de la sorte toute une jurisprudence. Cette dernière présume l’existence
de l’intention dans certains cas. A titre d’exemple, l’intention sera censée exister lorsque l’agent a frappé sur une partie vitale du corps et
avec une arme dangereuse ; ou s’il a procédé à des tirs groupés ayant atteint la victime dans le dos ; ou s’il a frappé la victime avec un
marteau. L’examen de ces cas dévoile l’orientation des juges. En effet, les juges assimilent à la volonté de donner la mort la conscience que
les coups devaient, selon un très haut degré de probabilité, procurer la mort. Il s’agit là d’une extension du concept d’intention de tuer,
dan la mesure où la connaissance de l’effet mortel d’un acte volontaire vaut intention de tuer. L’intention résulte donc, non
seulement de la volonté d’obtenir le résultat (la mort), mais aussi de la connaissance quasi certaine du résultat.

L’intention de l’auteur pose, par ailleurs, le problème de l’euthanasie, faisant l’objet d’une controverse et d’un grand débat dans
différents pays. L’euthanasie se définie comme le fait de tuer sans souffrance et volontairement un individu atteint d’une maladie incurable et
souvent pour mettre fin à des souffrances insupportables. Mais il faut dire que cette question de l’euthanasie relève plus du mobile de l’agent
qui reste indifférent en droit pénal. IL importe peu que l’agent ait agi par intérêt financier, par vengeance, par fanatisme. Aucun texte ne régit
l’euthanasie au Maroc, ni d’ailleurs en France. Cette forme d’homicide n’est pas admise par le CP marocain, tout au plus pourrait-elle
donner lieu à l’application de circonstances atténuantes par la juridiction de jugement.

L’intention criminelle soulève également la question de l’erreur de fait. Cette dernière exclut le meurtre et ne laisse subsister qu’un
homicide involontaire si une faute d’imprudence peut être reprochée à l’agent. Tel est le cas du chasseur, qui croyant tuer un sanglier tue son
compagnon qu’il prenait pour un sanglier. Cependant, il y a des cas où l’erreur de fait est indifférente. Par exemple, le dol indéterminé (jeter
une bombe sans savoir qui sera atteint) est assimilé au dol déterminé et considéré comme meurtre ; l’erreur sur la personne (voulant tuer X,
l’agent tue Y qu’il prend pour X) retenue comme meurtre et même sévèrement réprimée, car en cas de préméditation à l’égard de X, l’agent
subit l’aggravation s’il tue Y.

II. La répression du meurtre :

A/Le meurtre ordinaire (ou simple) :

C’est celui prévu par le 1er alinéa de l’article 392 et puni de la réclusion perpétuelle. C’est un meurtre sans circonstances aggravantes.

B/ Les meurtres aggravés punis de mort :

 Le meurtre prévu par l’article 392 al 2 ;


 Le meurtre commis avec préméditation ou guet apens (assassinat) art 393 ;
 Le parricide (art 396) ;
 L’infanticide avec les distinctions prévues aux art 392 et 393 ;
 Les tortures et actes de barbarie (à l’occasion d’un crime) ils n’entrainent pas toujours la mort de la victime, cette dernière n’étant
pas un élément constitutifs de l’infraction (art 399) ;
 L’empoisonnement (art 398)

NB : l’empoisonnement, l’infanticide et le parricide sont des infractions autonomes.

a. Le meurtre aggravé prévu par l’article 392 al2 :

Art 392 al 2 : « …le meurtre est puni de mort : lorsqu’il a précédé, accompagné ou suivi un autre crime ; lorsqu’il a eu pour objet soit de
préparer, faciliter ou exécuter un autre crime ou un délit, soit de favoriser la fuite ou d’assurer l’impunité des auteurs ou complices de ce
crime ou de ce délit. »
Il s’agit d’une aggravation par l’effet de circonstances punissables en elles-mêmes. L’aggravation s’explique par la dualité
d’infractions : le meurtre et une autre, crime ou délit. Deux situations sont considérées par la loi, toutes les deux illustrant le principe du
cumul juridique.

 La première situation est celle de la concomitance du meurtre avec un autre crime. « …lorsqu’il a précédé, accompagné ou
suivi un autre crime… ». l’aggravation dans ce cas dévoile, de la part du législateur, une méconnaissance du principe de non-
cumul des peines. Le texte suppose deux conditions pour son application, inhérentes au temps et à la nature de l’infraction.
S’agissant de la condition de temps, il faut qu’il y ait concomitance entre les deux faits, simultanéité ou quasi-simultanéité.
Exemples : l’auteur tue le bijoutier dont il dévalisait le magasin (au moment même) ; l’auteur, alors qu’il venait de cambrioler une
banque, tue un policier qui tentait de l’arrêter (après) ; l’auteur tue le gardien d’une propriété où il a l’intention de commettre juste
après un vol (avant). Il résulte de ces conditions deux conséquences : il n’y a pas aggravation si les deux crimes ont été commis
par un acte matériel unique ou si ces derniers sont nettement séparés dans le temps au point qu’ils sont indépendants. Concernant
la nature de l’infraction, il faut qu’il y ait concomitance avec un autre crime. A titre d’exemple, l’auteur, qui après un vol en
réunion, tue son complice au moment du partage du butin. Il est à préciser que la loi n’exige aucune corrélation entre les deux
crimes pour l’application de cette première circonstance légale.

 La seconde hypothèse se rattache à la connexité du crime de meurtre avec un crime ou un délit. « …le meurtre qui a eu pour
objet, soit de préparer, faciliter, ou exécuter un autre crime ou un délit, soit de favoriser la fuite ou d’assurer l’impunité des
auteurs ou complices de ce crime ou de ce délit. » c’est le cas, par exemple, de l’agent qui tue le gardien d’un entrepôt pour y
commettre plus aisément un vol. Dans cette hypothèse, la loi exige une corrélation entre les deux faits, c'est-à-dire qu’ils soient
liés l’un à l’autre. Il ne suffit pas qu’il y ait concomitance, le meurtre doit avoir servi à la commission du crime ou délit ou à
l’impunité de son auteur. Par conséquent, la simultanéité n’est pas nécessaire (temps et lieux différents) et l’ordre des infractions
est indifférent, le meurtre pouvant intervenir postérieurement (crainte d’un témoignage).

b. Le meurtre commis avec préméditation ou guet apens :

Art 393 : « le meurtre commis avec préméditation ou guet apens est qualifié assassinat et puni de la peine de mort ».

Il s’agit d’une aggravation par l’effet de circonstances non punissables en elles-mêmes.

 La préméditation : l’aggravation tient à l’intention de l’auteur. La préméditation fait du meurtre un assassinat. En l’ayant affirmé
ainsi, le législateur n’essaie pas de faire de l’assassinat un crime sui generis mais seulement un crime aggravé. Le législateur
définis la préméditation dans l’art 394 du CP comme étant « le dessein formé avant l’action ». Elle suppose deux éléments : le
1er élément est la volonté criminelle mûre et réfléchie ; il faut que l’agent ait conçu à l’avance son acte et établi un plan après y
avoir réfléchi. La préméditation existe non seulement lorsque la victime est déterminée par l’agent, mais tout individu qui «  sera
trouvé ou rencontré ». l’on cite à titre d’exemple, le malfaiteur qui part dans une forêt avec l’intention de tuer quelconque
promeneur pour le dévaliser. Le second élément est la volonté formée un certain temps avant l’action. Il ne s’agit nullement
d’un intervalle de temps considérable entre le dessein formé et sa réalisation, mais le temps nécessaire pour préparer l’acte et se
procurer les moyens de le réaliser. Il existe un troisième élément, c’est lorsque la réalisation du dessein dépend d’une circonstance
ou condition. Ex : un braconnier se munit d’un fusil de chasse pour tuer le garde si celui-ci vient à l’interpeller au moment de sa
tournée.

Définitions doctrinales : GARRAUD : « c’est une forme de volonté persistante et résolue et dont le signe caractéristique est le
calme et le sang froid de l’agent ». ALIMENA : « la réflexion qui appelle le calme de l’âme, l’intervalle de temps entre la
conception et l’exécution ».

La preuve de la préméditation : il revient au ministère public d’établir la préméditation et il appartient aux juges d’analyser les
faits qui ont accompagné l’acte. (Achat d’une arme quelques jours avant le crime projeté ; les menaces réitérées ; le fait de
charger une personne de suivre la victime et de rapporter à l’agent tous les détails de ces déplacements et habitudes. Il est à
préciser, par ailleurs, que la préméditation est une circonstance aggravante réelle et donc et donc applicable aux complices même
si l’auteur principal est inconnu.

 Le guet apens : En droit français, le nouveau Code s’en est tenu à la préméditation, consacrant ainsi la tendance jurisprudentielle
qui veut qu’il n’y a pas de guet apens sans préméditation, l’incluant ainsi dans celle-ci. Le Code pénal marocain prévoit
l’aggravation par guet apens et la définit, mais ça suppose tout de même une préméditation.

c. Le parricide :

Au Maroc, le parricide est un crime spécial, autonome, réprimé par l’art 396 du CP, tandis qu’en France, la qualité de la victime
constituant le parricide, est considérée comme circonstance d’aggravation non punissable en elle-même.

Les éléments constitutifs du parricide selon l’art 396 sont :

 Un homicide volontaire (donne intentionnellement la mort) ;


 L’intention criminelle (intentionnellement) ;
 Le rapport de famille unissant le criminel à la victime (père, mère ou tout aitre ascendant).

L’énumération du texte est limitative : ne constitue pas un parricide le meurtre de son beau père ou de sa belle mère par le gendre ou la
bru.

L’article 422 annonce que le parricide n’est jamais excusable.

Le texte français vise « l’ascendant légitime ou naturel » ou « les père ou mère adoptifs ». il s’agit de l’art 221-4 CP qui vise des personnes
spécialement protégées. Il découle de la disparition d crime de parricide en Droit pénal français la conséquence que, désormais, en cas de
parricide, il doit être posé à la Cour d’assises deux questions : celle du meurtre d’abord et celle spéciale sur la circonstance aggravante de
parenté, au lieu d’une seule question.

NB : le lien de filiation peut être tranché par le juge, lorsqu’il y a un problème à ce niveau.

d. L’infanticide :

L’infanticide est puni de la réclusion perpétuelle, et en cas de préméditation ou des cas de dualité d’infractions tels que prévus à l’art 392 al
2, de la peine de mort.

Les éléments constitutifs de l’infanticide sont :

 Un homicide volontaire (donne intentionnellement la mort) :


 L’intention criminelle ;
 La qualité de la victime : un enfant nouveau-né.

Peut être considéré comme nouveau-né, un enfant qui a été tué avant l’expiration du délai imparti pour la déclaration de naissance. (Cette
déclaration devant être faite à l’officier de l’état civil, dans le mois de l’accouchement). Il faut, bien entendu, déterminer les causes de la
mort, apprécier cette qualité de nouveau-né exigée par le législateur, s’assurer que l’enfant est né vivant, etc.

Un second alinéa de l’art 397 constitue, en faveur de la mère, une sorte d’excuse atténuante . Les motifs de cette relative indulgence
tiennent à l’élément psychologique de la mère. En effet, le crime d’infanticide, lorsqu’il est commis par la mère, l’est souvent sous l’empire
de l’affolement, notamment dans le cas d’une mère célibataire qui n’a pas toujours une volonté libre et consciente pour déterminer son acte,
ou encore une mère qui se trouve sous l’empire de la démence, mais dans ce dernier cas, se sont les causes subjectives de non responsabilité
qui rentrent en jeu. Cette atténuation de la peine est réservée uniquement à la mère. Cette faveur légale ne bénéficie nullement aux
complices ou coauteurs. Il arrive que par dérogation à l’art 130 du CP, les complices encourent une peine plus élevée que l’auteur principal.
C’est le cas lorsque cet auteur est la mère.

En France, le crime d’infanticide a également disparu. Le texte de l’art 221-4 vise les mineurs de 15 ans.

e. Les tortures et actes de barbarie à l’occasion d’un crime :

Il ne s’agit pas d’une infraction autonome mais d’une circonstance aggravante d’un fait qualifié crime. En France, le législateur de
1994 a créé une nouvelle infraction, celle de tortures et actes de barbarie. Ainsi, ils continuent à constituer des circonstances aggravantes de
certaines infractions (lors d’un viol, d’un vol, d’une séquestration, etc.) et deviennent une infraction autonome.

Les éléments constitutifs pour l’application de l’art 399 sont :

 Les éléments constitutifs du crime de base ;


 La circonstance que l’auteur du crime a, pour son exécution, employé des tortures ou actes de barbarie.

Ces actes ne sont pas définis par la loi et laissés à l’appréciation du juge.

Définition des notions : la distinction entre tortures et actes de barbarie est impossible car trop ténue et sans intérêt. Il y a là-dessus accord
entre les auteurs de doctrine et ceux ayant participé aux travaux préparatoires du CP français de 1994.

De façon globale, ces actes sont ceux par lesquels « le coupable extériorise une cruauté, une sauvagerie, une perversité qui soulèvent une
horreur ou une réprobation générale… Par son comportement, l’auteur de tels actes exprime un mépris profond des valeurs ordinairement
reconnues, une absence totale de respect pour la sensibilité, l’intégrité corporelle et même la vie d’autrui ».Cependant, la convention de
l’ONU sur la torture s’efforce de distinguer entre les deux notions. Elle indique que « le terme torture désigne tout acte par lequel une
douleur ou des souffrances aigues, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne » par ailleurs, il a été précisé lors
des travaux préparatoires du CP français que les tortures, pour être qualifiées, doivent consister en des agressions corporelles. Ainsi, des
tortures morales, ne supposant aucun sévice peuvent-elles être assimilées aux tortures ?

Elément matériel : il consiste dans la commission d’un acte procurant à la victime une vive douleur. La jurisprudence française offre des
exemples horribles : le fait pour l’agent d’avoir tailladé au moyen d’un couteau le visage, les bras et les poignets de sa victime après l’avoir
rouée de coups de poing. Ou encore, les malfaiteurs, qui pendant plus de cinq heures ont flagellé les pieds de la victime, lui ont fait ingurgité
une grande quantité d’eau salée, lui ont serré la gorge avec vigueur et enfoncé une serviette dans la bouche.

L’état d’esprit du coupable : l’agent doit avoir la volonté de faire souffrir sa victime, de lui causer des souffrances aigues et non seulement
le résultat qui en découle. A défaut de cette intention précise, il ne peut y avoir que violences.

Le texte français parle de « soumettre » une personne à des tortures ou actes de barbarie. Tandis que le texte marocain utilise dans sa
rédaction le terme « emploie » des tortures ou actes de barbarie. La volonté de faire souffrir y est moins apparente, comparée à la rédaction
française.

Indifférence du mobile : qu’il ait agi soit pour contraindre la victime à révéler un fait ou à faire un acte, soit par simple perversité. (ex : un
prévenu qui invoque le fait que les tortures qu’il pratiquait sur la victime étaient infligées non à ladite victime, mais au démon logé en elle.

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