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LA RELIGION DE L'ASILE (1830-1870)

Hervé Guillemain

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Armand Colin / Dunod | « Romantisme »

2008/3 n° 141 | pages 11 à 21


ISSN 0048-8593
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ISBN 9782200924751
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Hervé Guillemain, « La religion de l'asile (1830-1870) », Romantisme 2008/3 (n° 141), p. 11-21.
DOI 10.3917/rom.141.0011
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Hervé GUILLEMAIN
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La religion de l’asile (1830-1870)

Dans son analyse de l’opération historiographique foucaldienne à


l’œuvre dans Surveiller et punir, Michel de Certeau proposait d’amender
la lecture de l’auteur de l’Histoire de la folie à l’âge classique :
Derrière le monothéisme des processus panoptiques dominants, nous
pourrions soupçonner l’existence et la survie d’un « polythéisme » de pra-
tiques disséminées ou cachées, dominées mais non effacées par le triomphe
historique de l’une d’elles. 1
La précision chirurgicale de Foucault, attentif à la constitution de la
microphysique du pouvoir dans l’Histoire, a produit assez logiquement
un ensemble de déchets devenus par la suite objets impensés. L’absent de
l’histoire ici c’est la parole de l’aliéné étouffée a priori par la primauté
donnée aux processus de contrôle. C’est aussi la présence de la religion
chrétienne, pour laquelle le cœur du XIXe siècle est pourtant un moment
d’apogée sur plus d’un point. Non pas que Foucault ne s’intéresse pas à
la dette contractée par la « fonction psy » envers les pratiques religieuses :
cette interrogation est omniprésente dans les cours au Collège de
France 2. Mais le religieux est soit considéré comme une variable anecdo-
tique de la « fonction psy » 3, soit placé au rang des héritages (plutôt
encombrants) de la psychiatrie moderne. En focalisant son travail sur le
1. L’article de Michel de Certeau, écrit en anglais en 1982, a été traduit quelques années
plus tard. M. de Certeau, « Microtechniques et discours panoptique : un quiproquo », Histoire et
Psychanalyse, Gallimard, 2002, p. 179.
2. Trois cours particulièrement : Le Pouvoir psychiatrique (1973-74), Les Anormaux (1974-
1975), Le Gouvernement de soi et des autres (1983-84). Les trois volumes sont publiés dans la
collection « Hautes Études », Gallimard-Seuil, respectivement en 2003, 1999 et 2008.
3. Voir à ce propos le colloque Fonction psy et réalité psychique de l’école lacanienne de
psychanalyse, tenu à Paris en octobre 2007, à paraître.

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discours médical, l’anti-psychiatrie historique a en quelque sorte consacré


une vision monothéiste de l’asile qui n’a fait qu’entériner le sacre tant
attendu de l’aliéniste 4. À partir de la critique amicale de Michel de Certeau,
évoquer le « polythéisme » asilaire, c’est envisager l’institution de l’asile
comme un tout et non comme une emprise totalitaire : un médecin à sa

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juste place au cœur d’un ensemble de personnels et de pratiques qui, si
elles ont disparu du récit historique et professionnel, n’ont pas été
effacées des sources.
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La greffe de l’asile sur l’héritage religieux est mieux connue depuis


Foucault. La prise en charge des aliénés par les congréganistes catholiques
a fait l’objet de nombreux travaux à partir des institutions du Bon Sau-
veur, de Saint-Joseph de Cluny, de Sainte-Marie de l’Assomption et des
Frères de Saint-Jean de Dieu 5. L’ancrage du traitement moral du premier
XIXe siècle dans la tradition de la consolation chrétienne et dans celle de
l’isolement conventuel a été démontré 6. Mais que l’on s’interroge sur les
racines de la thérapeutique de la folie ou sur le monde des asiles privés
religieux faisant office d’asiles publics, la dimension religieuse de l’asile
paraît souvent tel un reliquat de l’histoire dans la perspective de l’ascen-
sion d’une nouvelle profession laïque et d’un nouveau pouvoir appelé à
dominer le champ de la folie. L’écoute un tant soit peu flottante des
sources hospitalières du XIXe siècle, particulièrement de celles qui permettent
d’entrevoir une réalité différente de celle des maisons parisiennes, oblige
l’historien de la folie à parler de l’omniprésence du religieux dans l’asile
laïque.
L’asile des années 1830-1870 n’est pas une entité immuable et uni-
forme. C’est une institution immergée dans un temps clérical et congré-
ganiste, dans un espace local parfois conflictuel, une institution portée
par des individus qui n’ont pas la même histoire et la même culture. En
Italie, l’adoption tardive d’une loi régissant les procédures d’internement
a généré dans l’espace particulier de la Rome pontificale des pratiques de
négociation entre de nombreux acteurs au premier rang desquels les
4. J. Carroy, « Lire, relire et citer Michel Foucault », Le Portique, n° 13-14 : Foucault :
usages et actualités, sept. 2004.
5. C. Quétel, Le Bon Sauveur de Caen. Les cadres de la folie au XIXe siècle, thèse de docto-
rat, Paris I, 1976 ; G. Charuty, Le Couvent des fous, Flammarion, 1985 ; O. Bonnet, « L’œuvre
hospitalière de la congrégation de Sainte-Marie de l’Assomption à Clermont-Ferrand », Bulletin
historique et scientifique de l’Auvergne, 1998, p. 285-321 ; H. Guillemain, « Médecine et reli-
gion au XIXe siècle. Le Traitement moral de la folie dans les asiles de l’ordre de Saint-Jean de
Dieu (1830-1860) », Le Mouvement social, avril-juin 2006, p. 35-49.
6. J. Goldstein, Consoler et classifier. L’essor de la psychiatrie française, Les Empêcheurs
de penser en rond, 1997 ; B. Delpal et O. Faure (dir.), Religion et enfermements (XVIIe-XXe siècles),
Rennes, PUR, 2005, particulièrement la contribution de V. Fiorino, « Les Racines religieuses du
système asilaire… », p. 173-187 ; H. Guillemain, Diriger les consciences, guérir les âmes. Une
histoire comparée des pratiques thérapeutiques et religieuses (1830-1939), La Découverte, coll.
« L’Espace de l’Histoire », 2006.

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La religion de l’asile (1830-1870) 13

curés 7. Il n’est pas certain que l’uniformisation des pratiques soit rapide en
France après le vote de la loi de 1838. Dire cela, ce n’est pas nier le pou-
voir psychiatrique ni le développement d’une microphysique du pouvoir,
mais c’est proposer une lecture fondée sur la variation des échelles du
regard historien. Une nouvelle géographie de la perception de la folie en

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somme : celle des individus internés, celle des soignants, celle qui se trouve
hors les murs, celle de l’est, de l’ouest, du nord et du sud. Le travail sur les
aliénés morts de faim au XXe siècle a montré à quel point il est nécessaire
de considérer les variables régionales et statutaires des établissements pour
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saisir la réalité d’un phénomène 8. Le recours aux sources psychiatriques


hospitalières, assez rare en France, plus fréquent dans l’historiographie
anglo-saxonne, donne une image plus complexe de l’asile du XIXe siècle 9.
Pour les mettre en valeur, il apparaît que la microhistoire a fait ses preuves
lorsqu’il s’agit d’entendre la parole des absents de l’histoire dans le champ
des croyances comme dans celui de la folie 10. C’est donc à partir de ces
sources 11, de ce changement de focale, de cette dimension microhistorique
attentive aux itinéraires individuels et aux situations locales que l’on pro-
pose cette approche « polythéiste » de l’histoire de la folie.

LA PAROLE DES CROYANTS DANS L’ASILE

À l’époque du traitement moral – terme qui peut définir la période sur


laquelle on s’arrête, de 1830 à 1870 –, être guéri et par conséquent vivre
auprès des siens, c’est renoncer à son délire. Cette idée légitime l’intérêt
des aliénistes à la fois pour le verbe aliéné, recueilli patiemment par les
internes lors des visites des médecins auprès des patients, mais aussi la
manière dont les aliénistes sollicitent l’écrit des malades 12. La principale
tâche de l’aliéniste c’est de faire comprendre par la persuasion – appuyée
parfois par la menace physique – le caractère erroné d’un propos ou d’un
7. V. Fiorino, « L’Asile d’aliénés de Rome (1850-1910) », dans A. Gueslin et D. Kalifa
(dir.), Les Exclus en Europe (1830-1930), Éditions de l’atelier, 1999, p. 160-169 ; de la même,
Indemoniate e vagabondi : Dinamiche di internamento manicomiale tra Otto e Novecento,
Venice, Marsilio, 2002.
8. I. Von Bueltzingsloewen, L’Hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychia-
triques français sous l’occupation, Aubier, 2007.
9. À titre d’exemple : S. Odier, La Fin de l’asile d’aliénés dans le Rhône et l’Isère (1930-
1955), thèse d’histoire, Lyon III, 2006. R. Porter (dir.), The Confinement of the Insane, Interna-
tional Perspectives, 1800-1965, Cambridge University Press, 2003.
10. Ph. Boutry et J. Nassif, Martin l’Archange, NRF, Gallimard, 1985.
11. Ce travail s’inscrit dans une recherche en cours sur les sources hospitalières provin-
ciales. La plupart des cas cités dans cet article sont tirés des dossiers des archives de l’asile
du Mans dont le fonds est conservé aux Archives départementales de la Sarthe. Les autres
affaires sont évoquées à partir des contentieux traités au niveau des ministères et à ce titre
conservés aux Archives nationales.
12. J. Rigoli, Lire le délire. Aliénisme, rhétorique et littérature en France au XIXe siècle,
Fayard, 2001.

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14 Hervé Guillemain

comportement. Au cours de cette procédure thérapeutique, le médecin


est confronté à un discours croyant aux ramifications complexes. La culture
du mal donné, qui apparaît comme un invariant anthropologique 13, est
parfois combinée avec la figure de l’Adversaire, omniprésente dans le récit
des malades sous des formes variées – le diable tentateur des Évangiles, les

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démons obsédants, plus rarement ceux qui possèdent les corps. Lorsque
l’aliéniste du Mans, Gustave Etoc-Demazy, somme Edwige 14 de décrire
ce qu’elle nomme « malin esprit » ou « dragon », celle-ci lui oppose l’évi-
dence de l’Évangile. Comment pourrait-elle renoncer à cette vérité caté-
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chétique et personnelle ? Elle a tant de peine à combattre cet « ancien


ennemi » qui rôde en permanence autour de chacun 15. La crainte de la
damnation qui hante les âmes et « carbonise » les corps unit hommes et
femmes dans un même sentiment de terreur qui appelle la consolation
médicale, mais se tourne toujours depuis l’asile vers l’Église.
Hortense, qui n’a pas quarante ans, a vu la bonne Vierge au détour
d’un chemin près d’une chapelle au nord-est du département de la
Sarthe. Depuis, elle passe ses journées en prière et en jeûnes. Elle est
internée quelques jours seulement après cette étrange rencontre en
septembre 1862. « Vêtue de noir et coiffée en blanc », c’est ainsi
qu’Hortense décrit sa vision au médecin qui l’interroge, en admettant
d’emblée « souffrir de l’esprit » depuis son enfance, lire beaucoup et être
rêveuse. Si l’aliéniste questionne la visionnaire, celle-ci porte en fait sa
parole vers deux autorités religieuses auxquelles elle confesse humblement
ses « mensonges odieux » qui lui valent « reproches » dans l’asile. À l’évêque
d’abord, à qui elle écrit une lettre un mois après son entrée à l’asile :
Monseigneur, dans mon affliction, moi la plus pauvre de toutes les créa-
tures, ne m’est-il pas permis d’aller me jeter à vos pieds pour implorer
humblement la consolation dont j’ai besoin. […] On semble m’adresser
les reproches les plus odieux […] Une crainte s’est insinuée dans mon
enfance ou plutôt gravée dans mon enfance. C’était la crainte d’être
idiote ou de le paraître et tout le monde me traita ainsi jusqu’aux enfants
[…] Si donc monseigneur j’ai eu le malheur de faire croire des men-
songes odieux comme on paraît me le reprocher, je déclare humblement
à vos pieds, que je n’ai pu avoir l’intention de dire le mal que je n’ai
jamais pensé et que s’il est à propos de donner ma vie en témoignage de
cette vérité, monseigneur, je la sacrifie et consent à mourir. 16
13. Ph. Boutry, « Le Mal, le malin, le malheur. Le curé d’Ars face à la souffrance », Le
Monde alpin et rhodanien, 1986, n° 2-4, p. 59-82 ; J. Favret-Saada, Les Mots, la mort, les sorts :
la sorcellerie dans le bocage, Gallimard, 1977 ; T. Nathan, Du commerce avec les diables, Seuil/
Les Empêcheurs de penser en rond, 2004.
14. Les prénoms des malades sont des pseudonymes.
15. Observations médicales 1862-1865, Archives départementales de la Sarthe (AD S),
1X 993, n° 106.
16. Observations médicales 1862-1865, AD S, 1X 993, n° 74.

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La religion de l’asile (1830-1870) 15

À la Supérieure des sœurs de la charité de Notre Dame d’Évron, char-


gée du service intérieur de l’asile ensuite, à laquelle elle demande son
entrée dans la communauté. Si l’on en juge par ce que le dossier médical
peut laisser entrevoir, Hortense quitte ses parents et entre volontairement
à l’asile après plusieurs échecs d’intégration auprès des carmélites et des

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sœurs d’Évron 17. Si les diagnostics scientifiques sont plutôt rares à cette
époque dans les observations médicales, le cas est ici jugé suffisamment
clair pour qu’il en soit porté un. Puisque la famille ne comporte aucun
aliéné et qu’Hortense quitte celle-ci sans motif raisonnable, c’est l’excès
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de religion qui selon toute vraisemblance a provoqué le mal chez cette


jeune fille bien instruite. Si la religion n’est pas encore systématiquement
considérée comme un élément pathogène dans le monde des aliénistes,
c’est l’excessive passion qui est ici stigmatisée dans une acception toute
esquirolienne.
Le peuple de l’asile du Second Empire dit sa culpabilité et son délire
avec les mots et les figures d’une Église omniprésente. C’est Clotilde la
cultivatrice qui a eu des relations sexuelles extra conjugales et se trouve
confrontée à un discours culpabilisant dans et hors l’asile. Effrayée par
son confesseur qui lui fait entrevoir le feu de l’Enfer, elle est considérée
comme nymphomane par les médecins, et doit reconnaître pour sortir de
l’asile qu’elle avait perdu la raison en ne voulant pas revoir son mari 18.
C’est aussi Rosine à qui on a caché le suicide d’un fils aliéné et qui se dit
damnée pour n’avoir su le garder auprès d’elle 19. Ce sont ces nombreuses
jeunes femmes, passant un temps démesuré à l’église, obsédées par les
figures locales du curé et du vicaire qui hantent littéralement les interro-
gatoires médicaux. L’obsession religieuse et particulièrement démoniaque
n’est pas un mal exclusivement féminin. Vincent est aussi promis à la
damnation après avoir mis enceinte une fille publique. Son ventre le
brûle. Il fait le mort et appelle le curé pour qu’on l’enterre 20. Évidem-
ment, le catholicisme se féminisant, le discours masculin s’inscrit souvent
en négatif de celui des femmes. L’attraction pour le prêtre devient répul-
sion chez les hommes, particulièrement chez ces républicains qui vomissent
les prêtres comme les femmes régurgitent les démons. Le blasphème et le
bris de croix sont symptômes de folie à l’aube de la Troisième Répu-
blique. Etoc-Demazy rappelle l’histoire d’Émile, profanateur des lieux de
culte manceaux qui bénéficie d’un non-lieu avant d’être interné :
Dans la soirée du 2 juin, il s’était introduit dans la chapelle Saint-Pierre
et il avait abattu à coups de marteau les têtes d’un groupe de 8 statues,
17. Registre d’entrée femmes n° 10, 1861-1868, AD S, 1X 590, p. 60.
18. Observations médicales 1862-1865, AD S, 1X 993, n° 467.
19. Observations médicales 1862-1865, AD S, 1X 993, n° 474.
20. Observations médicales 1862-1865, AD S, 1X 993, n° 1.

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16 Hervé Guillemain

représentant la mise du Christ au tombeau. Il fut arrêté au moment où il


terminait son œuvre de destruction. 21
Comment guérir ces malades, car tel est le désir et la fonction des alié-
nistes ? On ne s’étendra pas ici sur la thérapeutique morale qui se déve-

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loppe dans les asiles à partir des années 1830. On renverra à la scène
d’aveu reconstituée par Foucault à partir du corpus d’observations de
François Leuret 22, sans oublier que la pratique du parisien s’inscrit dans
une polémique scientifique et religieuse qui signale le peu d’unanimité
qui règne au sein du petit milieu des aliénistes 23. L’avènement
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entre 1840 et 1850 d’une génération d’hommes moins prévenus contre


le catholicisme explique la façon dont quelques praticiens endossent assez
facilement l’habit du confesseur. L’administration pousse parfois les
médecins réticents à adopter cette posture à des fins thérapeutiques. En
1844, l’inspecteur des maisons d’aliénés de Marseille, après avoir contesté
la forme et la durée des interrogatoires du médecin et procédé unilatéra-
lement à la libération d’une quinzaine de malades, incite à généraliser
l’aveu biographique :
En général ces entretiens font du bien à ces infortunés. Presque tous ani-
més du désir de la liberté, ils font des efforts pour s’en montrer dignes :
le soin qu’ils mettent à rechercher dans leur vie passée pour satisfaire aux
demandes qui leur sont adressées est déjà un progrès vers la raison. Un
semblable exercice, répété en temps opportun et à des intervalles conve-
nables, pourrait devenir un excellent moyen de traitement. 24
Parmi les autres recommandations de l’inspecteur, on ne peut s’étonner
de noter la cléricalisation du service des hommes ou le recours massif aux
service des religieuses pour les femmes.

HORS L’ASILE POINT DE SALUT ?


Maurice Macario, jeune interne formé dans les grands établissements
parisiens, défend en bon disciple de Leuret cette approche morale de la
thérapeutique, à Maréville notamment, où il exerce en 1842 25. Dans la
trentaine d’observations qu’il donne pour le premier numéro des Annales
médico-psychologiques dans le cadre de ses recherches sur la démonoma-
nie, le médecin est attentif au parcours thérapeutique des patients inter-
21. Rapport médical, 1869, AD S, 1X 991.
22. Leçon du 19 décembre 1973, dans M. Foucault, Le Pouvoir psychiatrique, ouvr. cité,
p. 143 et suiv.
23. I. Dowbiggin, La Folie héréditaire ou comment la psychiatrie s’est constituée en un
corps de savoir et de pouvoir dans la seconde moitié du xixe siècle, EPEL, 1993.
24. Rapport d’inspection des maisons d’aliénés de Marseille, décembre 1844, Archives
Nationales, F15 3899.
25. M. Macario, Du traitement moral de la folie, 1843, AN, F15/3901.

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nés. Le récit le plus développé est celui de Catherine qui présente ses
premiers symptômes à l’âge de 14 ans. Elle est alors à la messe et est
immédiatement secourue par le curé de la paroisse qui l’asperge d’eau
bénite. Elle n’est internée qu’à l’âge de 68 ans après avoir eu recours à de
multiples pratiques religieuses de guérison – processions, pèlerinages,

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prières, jeûnes – et après s’être tournée vers les guérisseurs locaux. L’asile
marque pour Catherine la fin du parcours. Un ouvrier de 44 ans, J.,
connaît un parcours similaire. C’est aussi au soir de sa vie que la sœur
Marie Anne devenue violente à l’égard des membres de sa communauté
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est placée par la Supérieure de la doctrine chrétienne à l’asile de Maré-


ville 26. Le salut asilaire est donc parfois tardif alors que l’institution est
légitimée (1838) et appuyée par les subsides des conseils généraux.
Si on déplace le regard vers les sources extra-hospitalières, il faut cons-
tater une toute relative psychiatrisation des individus selon les régions.
Dans un rapport remis à l’évêché du Mans en 1844, les médecins mayen-
nais qui interviennent auprès de Louise diagnostiquent clairement un
état hystérique. L’Église est saisie du cas lorsque la jeune fille présente
quelques années auparavant des signes qui peuvent faire penser à ceux de
la possession démoniaque : convulsions, contorsions, perte de conscience,
constriction à la gorge, violence contre les proches, postures obscènes.
L’échec des médecins locaux à ramener Louise au calme amène les
parents à conduire la jeune fille vers les exorcistes, puis vers les guéris-
seurs. Le long calvaire thérapeutique de Louise ne s’achève pas à l’asile
d’aliénés, ouvert au Mans depuis une dizaine d’années (1834), institution
dans laquelle on trouve des cas similaires. Il se termine, selon les méde-
cins rapporteurs, par le suivi d’un régime alimentaire et d’exercices de
piété qui remettent la jeune fille d’aplomb 27. Le salut hors l’asile donc.
D’autant que perdure en certaines régions le recours aux saints guéris-
seurs des troubles de l’esprit. La pratique populaire décline certes avant la
fin du siècle, mais les témoignages montrent le dynamisme persistant de
quelques sites qui bénéficient parfois du déclin de petits sanctuaires 28. Si
les médecins cherchent à obtenir l’appui de l’administration pour fermer
ces lieux d’exercice illégal de la médecine, les autorités épiscopales ne sou-
tiennent pas toujours les prêtres qui tentent de prolonger l’activité cura-
tive de ces sanctuaires. Dans les années 1840, médecin et évêque vont de
26. M. Macario, « Études cliniques sur la démonomanie », Annales médico-psychologiques,
1843, n° 1, p. 440-480.
27. Rapport des docteurs Herbin, Lemarchand et Henault à l’évêché du Mans, 24 avril 1844,
correspondance de Mgr Bouvier, archives diocésaines du Mans.
28. Les aliénistes Constans, Lunier et Dumesnil en mentionnent quelques-uns dans leur rap-
port de 1874. Les dévotions à Saint-Mathurin – guérisseur de la folie – sont attestées au début
du XXe siècle, mais elles se sont repliées du grand Ouest dans lequel elles se sont développées sur
le site de Larchant près de Nemours. E. Thoison, Saint-Mathurin. Étude historique et iconogra-
phique, Paris, 1889.

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concert pour dénoncer le traitement des aliénés au sanctuaire de Saint-


Dizier, près de Delle dans le pays belfortain 29. Dans les sanctuaires qui
restent actifs, le rituel est symboliquement proche de la thérapeutique
asilaire : isolement et contention des malades dans les caveaux, plongeon
baptismal. Seul le passage de la tête du malade dans le trou reliquaire

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– le débredinoire (comme celui de Saint-Menoux dans l’Allier) – singularise
réellement cette cure religieuse de la folie. Il s’agit pour le malade (à
l’image de l’histoire du saint) de retrouver sa tête après une phase régres-
sive initiatique.
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Si la folie se traite hors l’asile, l’asile n’est pas non plus cet isolat par-
fait que les aliénistes présentent au monde. En 1844 une controverse
éclate à Avignon au sujet d’une religieuse de bonne famille, âgée de
36 ans, nommée Clémence, qui s’est engagée au service des malades à
l’hôpital de la ville en 1830. Donnant des signes de folie violente quelques
années plus tard, la jeune fille passe du statut de soignante à celui de
malade dans le même hospice. À l’occasion d’un incendie, elle est décou-
verte fortuitement enchaînée dans une loge. Le médecin de l’asile
conteste alors le mode de traitement de Clémence et demande son trans-
fert à la Maison royale de santé d’Avignon qui tient lieu d’asile public
avant que ne se développe l’établissement autonome de Montdevergues
dans les années 1850. Alors que Clémence est déplacée le 12 juillet 1844,
l’affaire remonte au niveau du ministère en octobre 1844 et déclenche un
affrontement politique et confessionnel qui se lit dans la presse 30. Ce
sont alors deux modalités de claustration qui s’opposent : le mauvais
cloître des religieuses, le bon cloître asilaire. Opposition assez artificielle
puisque le couvent est aussi une institution d’assistance – l’hôtel-dieu
d’Avignon – tandis que l’asile est desservi par des religieuses. Par ailleurs
la famille de Clémence semble se satisfaire de la situation, la réputation
de l’asile public des années 1840 n’étant guère fameuse. Ce sont plutôt
deux logiques qui s’opposent puisque la loi oblige au transfert des aliénés
à l’asile, alors que par leur statut les religieuses doivent conserver leurs
malades au sein de la communauté jusqu’à leur décès. Quel que soit son
lieu d’asile, Clémence est une religieuse parmi les religieuses, même une
sœur parmi les sœurs puisque c’est sa propre sœur Adèle qui est chargée
de son service dans la loge du couvent. Mais ce sont les hommes qui
s’affrontent ici. C’est un prêtre, l’abbé Moutonnet, vicaire de St Agricol
29. P. Saintyves, « Les Saints guérisseurs de la folie », Esculape, 1912.
30. On peut reconstituer cette affaire par le biais de deux sources : le dossier de contentieux
situé aux archives nationales. Observations de la commission administrative des hospices d’Avi-
gnon sur l’écrit anonyme extrait de la Gazette du midi du 11 septembre 1844 au sujet des reli-
gieuses de l’hôpital (Avignon), Rapport transmis à M. le Préfet de Vaucluse, par M. le directeur
de la maison royale de santé au sujet de la sœur Clémence O., F15/3901. La presse locale donne
une idée du conflit : Indicateur d’Avignon, 18/07/1844, 21/07/1844, 10/10/1844, 17/10/1844,
27/10/1844, 7/11/1844.

2008-3
La religion de l’asile (1830-1870) 19

– considéré comme membre du parti ultramontain –, qui investit illéga-


lement et symboliquement à deux reprises l’asile médical (sans être
l’aumônier officiel) pour constater la faible santé et l’état de réclusion de
Clémence. L’homme est informé de l’état de Clémence par les sœurs de
l’asile, parfois avant le médecin. Le second protagoniste masculin, c’est le

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médecin chef de la maison de santé, le docteur Geoffroy, qui répond aux
incursions de l’abbé en publiant dans la presse son rapport médical. Un
texte qui nie la démence furieuse de Clémence et conteste les méthodes
des religieuses ayant rendu Clémence méfiante à leur égard : « La pré-
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sence des religieuses paraissait la rendre soucieuse et son regard s’animait


évidemment à l’approche d’un homme. » 31 Le comportement impudique
de Clémence, que le médecin cherche à annihiler autant qu’il vise à
réduire les allégories religieuses de son discours, oblige son transfert du
dortoir dans laquelle elle est placée en premier lieu vers une chambre
qu’elle partage avec une gâteuse. Visite médicale et contre-visite cléricale :
le religieux revient au galop dans l’asile qui prend la malade au couvent.
Dans ce conflit, on apprend peu sur la souffrance de la recluse - dont on
écorche parfois le nom 32. Un siècle plus tard, Camille Claudel décède à
Montdevergues dans une indifférence similaire.

L’ÉPANOUISSEMENT DE LA RELIGION DE L’ASILE


SOUS LE SECOND EMPIRE

La description de l’ascension professionnelle de l’aliénisme ou de la


construction du pouvoir psychiatrique tend à rendre univoque l’his-
toire de la folie au XIXe siècle. Les sources hospitalières et hors les murs
montrent pourtant que la sécularisation de la direction des âmes souf-
frantes prend des chemins complexes. Non seulement, elles incitent à
ouvrir ce champ du « polythéisme » asilaire – une histoire de la folie à
plusieurs voix –, mais elles obligent à esquisser une typologie des insti-
tutions ainsi qu’une chronologie fine de son histoire. Sur le plan reli-
gieux qui nous intéresse ici, l’époque du Second Empire apparaît
comme un temps d’épanouissement de la religion dans l’asile. L’Église
disposant d’une masse inemployée de prêtres 33, les aumôniers catho-
liques investissent les asiles d’aliénés avec des prétentions dépassant la
simple prise en charge de la demande sacramentelle des malades.
L’omniprésence de ces prêtres contraste avec la faiblesse de l’encadre-
ment médical. Elle se traduit par un impérialisme missionnaire et thé-
rapeutique qui amène le prêtre à se faire confesseur et directeur des
31. Rapport médical du Dr Geoffroy reproduit dans Indicateur d’Avignon, 27/10/1844.
32. Clémence est appelée Clarice dans le premier article qui lui est consacré en juillet 1844.
33. On compte environ 1 500 ordinations par an dans les années 1860.

Romantisme no 141
20 Hervé Guillemain

aliénés 34. Déçus par le recours à un personnel laïque en rapide turn-


over et doté d’une faible réputation, les directions d’asiles recourent
massivement à un personnel religieux essentiellement féminin alimenté
par le moment congréganiste de la société française 35. En 1864, la
direction de l’asile du Mans légitime le remplacement des infirmières

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laïques par de nouvelles sœurs de notre dame d’Évron au nom d’une
approche pragmatique, mais aussi en raison de la supériorité de la voca-
tion religieuse :
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Ce mélange des religieuses et des laïques constitue une anomalie en


opposition avec la règle de l’unité si nécessaire dans les grands établisse-
ments. On ne peut contester qu’il y a de la part des infirmières laïques,
propension à résister aux volontés des religieuses et qu’il résulte de cette
disposition presque inévitable, des débats, des conflits et des tiraillements
qui amènent quelquefois des perturbations partielles, fâcheuses, au point
de vue de l’exemple et de l’effet. Les infirmières laïques ne s’engagent pas
à l’asile à la suite d’une vocation ; elles y servent en général parce qu’elles
n’ont pas trouvé d’autres places ; elles le quittent aussitôt qu’elles peuvent
découvrir une position moins désagréable et leur remplacement ne se fait
pas sans difficulté. […] Et puis il faut reconnaître que des soins donnés
par des femmes qui obéissent à des inspirations religieuses, qui cherchent
dans le sacrifice et l’exercice de la charité des mérites pour obtenir la
récompense que la foi leur fait entrevoir, sont plus désintéressée, plus
soutenus, plus sympathiques que les soins administrés par des mains
mercenaires. 36
Cette emprise du personnel religieux ne doit pas être considérée seule-
ment comme la réponse à une carence, puisque au même moment la
direction de l’institution propose d’agrandir la chapelle, de multiplier les
messes, de salarier un second prêtre aumônier.
La pression sociale de l’Église dans les années 1850 et 1860 force les
médecins aliénistes à prendre position sur le mode de coopération qu’ils
envisagent avec les prêtres et les personnels congréganistes, mais aussi à
dire ce qu’ils pensent des pratiques religieuses en matière de thérapeu-
tique. Quelques-uns d’entre eux se sont illustrés par leur résistance à
l’impérialisme catholique dans l’institution. C’est le cas d’Hippolyte
Belloc à Alençon ou de Louis Renaudin, qui conteste dans les années
1840 les confessions de l’aumônier et les prétentions médicales des sœurs
34. H. Guillemain, « Thérapeute et missionnaire. L’aumônier dans les asiles d’aliénés des
années 1860 », dans J. Lalouette (dir.), L’Hôpital entre religions et laïcité du Moyen Âge à nos
jours, Letouzey et Ané, 2006, p. 73-85.
35. Ce sont 5 000 jeunes filles qui entrent dans les ordres chaque année. Le nombre des reli-
gieuses a doublé depuis la Révolution française pour atteindre 100 000 unités. C. Langlois, Le
Catholicisme au féminin. Les congrégations françaises à supérieure générale au XIXe siècle,
Cerf, 1984.
36. Procès-verbal de la Commission de surveillance de l’asile du Mans, 31 mars 1864,
AD S, 1X 562.

2008-3
La religion de l’asile (1830-1870) 21

de l’asile de Fains 37. Ces deux situations sont en fait exemplaires. Belloc
par ailleurs assez critique à l’égard de l’institution asilaire 38 ne reçoit pas
le soutien de l’administration dans ses démêlés avec les sœurs de Saint-
Joseph de Cluny 39. Après avoir subi les résistances cléricales et congréga-
nistes, le docteur Renaudin finit par se faire, à la fin d’une carrière mou-

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vementée, le défenseur du bon usage du personnel religieux. Il adopte
notamment cette position dans une controverse avec le baron Mundy,
engagé dans une campagne européenne anti-asilaire 40.
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En attendant une typologie régionale de ces rapports institutionnels,


on peut conclure sur la mise en place d’une nouvelle politique de colla-
boration médico-religieuse dans l’asile sous le Second Empire. Les
exemples abondent en ce sens : relation fusionnelle du docteur Pierre
Berthier et des sœurs de Saint-Joseph de Bourg, modus vivendi du doc-
teur Etoc-Demazy avec la congrégation Notre Dame d’Évron au Mans,
apologie de la religion thérapeutique par le docteur Bouchet à Nantes.
Ce qui symbolise cette nouvelle alliance – qui dépasse largement le
simple écho de celle qui se met en place au sommet de l’État – c’est
l’inauguration en grande pompe de la nouvelle chapelle de l’asile de
Quatre-Mares, en présence du docteur Édouard Jean-Baptiste Dumesnil
et de l’Archevêque de Rouen, Mgr de Bonnechose 41. Lors de la construc-
tion du nouvel établissement du département de la Haute-Vienne en
1864, c’est un Christ consolateur assez conforme aux nouvelles tendances
de la spiritualité romaine, qui s’affiche dans la nouvelle chapelle de l’asile
de Naugeat, en prolongement du bâtiment le plus central, celui des
Dames de Nevers 42.

(Université du Maine, Lhamans-Cerhio CNRS UMR 6258)

37. AN, F15 3900.


38. A. Fauvel, Témoins aliénés et « bastilles modernes ». Une histoire politique, sociale et
culturelle des asiles en France (1800-1914), thèse d’histoire contemporaine, 3 vol., EHESS,
2005.
39. H. Belloc, La Centralisation administrative et l’administration des asiles d’aliénés,
1878.
40. Analyse par le docteur Renaudin du texte de Mundy, « Les Cinq questions cardinales de
psychiatrie administrative », AMP, 1863, vol. 1, p. 249-250.
41. H. Guillemain, « Le Prêtre et l’aliéniste. Autour d’une « scène » de la psychiatrie au
XIXe siècle : la bénédiction de la chapelle de l’asile de Quatre-Mares », L’Évolution psychia-
trique, vol. 73, janv.-mars 2008, p. 3-14.
42. Dr Fougères, « L’Asile d’aliénés de Naugeat », AMP, 1867, vol. 9, p. 250-251.

Romantisme no 141

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