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Classiques & Contemporains

Les Grands
Textes fondateurs

LIVRET DU PROFESSEUR
établi par
JOSIANE GRINFAS-BOUCHIBTI
professeur de Lettres au collège
SOMMAIRE
DOCUMENTATION COMPLÉMENTAIRE
Enouma Elish ................................................................................................... 3
Grand Hymne, Akhénaton ....................................................................... 4
Théogonie, Hésiode ..................................................................................... 5
Prométhée enchaîné, Eschyle .............................................................. 6
Les Métamorphoses, Ovide .................................................................... 6
Le Coran ................................................................................................................ 7

POUR COMPRENDRE :
quelques réponses, quelques commentaires
Étape 1 Histoire sacrée et mythe ................................................... 9
Étape 2 Un monde au contact du mystère divin .............. 10
Étape 3 Figures du sacré .................................................................... 11
Étape 4 Qu’est-ce qu’une épopée ? .......................................... 11
Étape 5 Ulysse, le héros aux mille maux ............................. 13
Étape 6 Énée, le héros fondateur de cités............................ 15
Étape 7 Mythes et métamorphoses chez Ovide ............... 17
Étape 8 Magie et métamorphoses chez Apulée ............ 18

Conception : PAO Magnard, Barbara Tamadonpour


Réalisation : Nord Compo, Villeneuve-d’Ascq
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DOCUMENTATION COMPLÉMENTAIRE
Les cosmogonies, récits de création du monde et/ou de l’homme,
sont des mythes communs aux peuples du « Croissant fertile » et du
Bassin méditerranéen. Le plus ancien, qui vient de Mésopotamie,
l’Enouma Elish, a certainement inspiré l’épopée de Gilgamesh (fin du
IIe millénaire avant J.-C.) et les Hébreux pour la Genèse, la Bible inspi-
rant à son tour le Coran. Ainsi un lien se déroule-t-il entre le IIIe mil-
lénaire avant J.-C. et le Coran, dont le premier manuscrit conservé
remonte au VIIIe ou IXe siècle de notre ère.

Enouma Elish
Tablette I, Le Chaos
« Lorsqu’en haut les cieux n’étaient pas nommés,
Qu’en bas la Terre n’avait pas de nom,
Que même l’Apsou primordial, procréateur des dieux,
Et Moummou Tiamat, qui les enfanta tous,
Mêlaient indistinctement leurs eaux,
Que les débris de roseaux ne s’étaient pas amassés, que les cannaies
ne pouvaient se voir,
Lorsque nul dieu n’était encore apparu,
N’avait reçu de nom ni subi de destin,
Alors naquirent les dieux du sein d’Apsout et de Tiamat,
Lakhmou, Lakhmamou surgirent, ils furent nommés,
Les âges grandirent et s’allongèrent. »

Tablette V, L’Organisation de l’intelligence


« Mardouk créa un vent. […]
Il rassembla et laissa dériver les eaux en nuages,
Le lever du vent, la pluie fraîche,
Le souffle des nuées, les coulées de sa bave ;
Il régla et prit en main lui-même le tout,
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Il mit sa tête en place ; au-dessus il accumula une montagne,
Il dégagea les nappes souterraines, le flot se répandit ;
Il ouvrit alors dans ses yeux : l’Euphrate et le Tigre,
Il boucha ses narines [et] laissa […] ;
Il accumula sur son sein les collines opulentes,
Il perça une nappe d’affleurement pour ménager une source ;
D’une boucle de sa queue, il créa le lien du ciel et de la Terre ».

Tablette VI, L’Homme


« Mardouk, en entendant l’appel des dieux,
Résolut de créer une grande œuvre.
Prenant la parole, il en fit part à Éa,
Pour recevoir un avis sur le plan qu’il avait conçu :
“Je veux faire un réseau de sang, former une ossature,
Pour produire une espèce d’être dont le nom sera homme
Je veux créer une espèce d’être, l’homme ;
Que sur lui repose le service des dieux, pour leur soulagement ;
Je veux parfaire à nouveau les voies des dieux”. »
Enouma Elish in La Naissance du monde, « Sources orientales », Seuil, 1959.

Grand Hymne, Akhénaton


De l’Égypte ancienne nous est parvenu le Grand Hymne, l’hymne au
Soleil d’Akhénaton, qui a régné sous le nom d’Aménophis IV (1372-
1354). Pharaon hérétique, il détrône Amon-Rê, la principale divinité
de l’Égypte, et met à sa place Aton, le dieu du Soleil, dont il fait une
sorte de dieu unique. À sa mort, les prêtres d’Amon rétablissent celui-
ci sur son trône et tentent d’effacer le souvenir de ce pharaon mono-
théïste.

« Tu as créé le Nil dans le monde d’En-bas,


Tu le diriges là où tu veux pour qu’il nourrisse les hommes,
Tu es leur maître à tous, pour eux tu te donnes du mal,
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Toi, le seigneur de tous les pays,
Puissant Seigneur du jour.

Tu es l’unique et tu es le Soleil Vivant.


Tu a créé tout seul des millions et des millions d’êtres,
Villes, bourgades, champs, chemins et rivières ;
Chaque chose et chaque être te voit au-dessus de lui
Quand tu brilles au-dessus de la Terre. »
Le Grand Hymne, Akhénaton, in La Religion des Égyptiens, A. Erman,
adapt. Jacques Lacarrière, Payot, 1937.

Théogonie, Hésiode
Les récits babyloniens ont inspiré les mythes phéniciens qui, à leur
tour, ont influencé le poète grec Hésiode et sa Théogonie. On suppose
que cet auteur vécut à la fin de la période homérique, autour des années
770 avant J.-C. Dans la Théogonie, œuvre didactique, il évoque la créa-
tion du monde et des dieux.

« Donc, avant tout fut Abîme ; puis Terre aux larges flancs, assise sûre
à jamais offerte à tous les vivants ; et Amour, le plus beau parmi les
dieux immortels, celui qui rompt les membres et qui, dans la poitrine
de tout dieu comme de tout homme, dompte le cœur et le sage vouloir.
D’Abîme naquirent Érèbe et la noire Nuit. Et de Nuit, à son tour,
sortirent Éther et Lumière de Jour. Terre, elle, d’abord enfanta un être
égal à elle-même capable de la couvrir tout entière, Ciel Étoilé, qui
devait offrir aux dieux bienheureux une assise sûre à jamais. Elle mit
aussi au monde les hautes montagnes, plaisant séjour des déesses, les
Nymphes, habitantes des monts vallonnés. Elle enfanta aussi la mer
inféconde aux furieux gonflements, Flot, sans l’aide du tendre amour.
Mais ensuite, des embrasements de Ciel, elle enfanta Océan aux
tourbillons profonds. »
Théogonie, Hésiode, trad. Paul Mazon, Les Belles Lettres.
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Prométhée enchaîné, Eschyle
Selon certaines légendes grecques, les dieux confient la création de
l’homme à Prométhée : c’est tel que le présente Eschyle dans Prométhée
enchaîné, œuvre dont la date est incertaine. Le Titan Prométhée est
enchaîné sur le mont Caucase parce qu’il a dérobé le feu aux dieux et
qu’il l’a donné aux hommes. Il raconte comment ses souffrances ont
pour origine les bienfaits qu’il a apportés à l’humanité. Il s’adresse au
chœur : « Écoutez plutôt les misères des mortels et comment d’enfants
qu’ils étaient auparavant j’ai fait des êtres doués de raison et de
réflexion. […] Autrefois, ils voyaient sans voir, écoutaient sans
entendre, et, semblables aux formes des songes, ils brouillaient tout au
hasard tout le long de leur vie ; ils ne connaissaient pas les maisons de
briques ensoleillées ; ils ne savaient point travailler le bois ; ils vivaient
enfouis comme les fourmis agiles au fond d’antres sans soleil. Ils
n’avaient point de signe sûr ni de l’hiver, ni du printemps fleuri, ni de
l’été riche en fruits ; ils faisaient tout sans user de leur intelligence, jus-
qu’au jour où je leur montrai l’art difficile de discerner les levers et les
couchers des astres. »
Prométhée enchaîné, Eschyle, trad. Émile Chambry,
in Theâtre complet, Garnier Flammarion, 1964.

Les Métamorphoses, Ovide

On retrouve trace de toutes ces légendes dans Les Métamorphoses du


poète latin Ovide (43 av. J.-C.-17 ou 18 ap. J.-C.). Très inspiré par
Hésiode, Ovide écrit douze mille vers qui racontent deux cent trente et
une histoires de métamorphoses.
Le livre premier s’ouvre sur « les origines du monde » et « la sépara-
tion des éléments » car, « avant la mer, avant la terre qui couvre tout, la
nature dans l’univers entier offrait un seul et même aspect ; on l’a appelé
le Chaos ; ce n’était qu’une masse informe et confuse, rien qu’un bloc
inerte, un entassement d’éléments mal unis et discordants. Il n’y avait
pas encore de Titan, pour donner sa lumière au monde ».
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Séparation des éléments
« Un dieu, ou la nature la meilleure, mit fin à cette lutte ; il sépara du
ciel la terre, de la terre les eaux et il assigna un domaine au ciel limpide,
un autre à l’air épais. Après avoir débrouillé ces éléments et les avoir
tirés de la masse ténébreuse, en attribuant à chacun une place distincte,
il les unit par les liens de la concorde et de la paix. La substance ignée
et impondérable de la voûte céleste s’élança et se fit une place dans les
régions supérieures. L’air est ce qui en approche le plus par sa légèreté
et par sa situation ; la terre, plus dense, entraîna avec elle les éléments
massifs et se tassa sous son propre poids ; l’eau répandue alentour
occupa la dernière place et emprisonna le monde solide. »

Création de l’homme
« Un animal plus noble, plus capable, d’une haute intelligence et
digne de commander à tous les autres manquait encore. L’homme
naquit, soit que le créateur de toutes choses, père d’un monde meilleur,
l’ait formé d’un germe divin, soit que la terre récente, séparée depuis
peu des hautes régions de l’éther, retint encore des germes du ciel, restes
de leur parenté, et que le fils de Japet, l’ayant mêlé aux eaux d’un fleuve,
l’ait modelé à l’image des dieux, maîtres de l’univers ; tandis que, tête
basse, tous les autres animaux tiennent leurs yeux attachés sur la terre,
il a donné à l’homme un visage qui se dresse au-dessus ; il a voulu lui
permettre de contempler le ciel, de lever ses regards et de les porter vers
les astres. Ainsi la Terre, qui naguère était grossière et informe, revêtit,
par cette métamorphose, des figures d’hommes jusqu’alors inconnues. »

Le Coran
Le Coran étant beaucoup moins narratif que la Bible, il ne présente
pas un récit suivi de la création du monde par Allah. Mais on y retrouve
de nombreuses références au récit de la Genèse : création du ciel et de la
Terre, du Soleil, de la Lune et des étoiles, de l’ombre et de la lumière.
La Terre y est présentée comme un lieu de séjour pour l’homme et pour
tous les êtres vivants.
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Sourate XIII : le tonnerre
2) C’est Dieu qui éleva les cieux sans colonnes visibles, et s’assit sur
Son trône. Il a soumis le Soleil et la Lune. Chacun de ces astres pour-
suit sa course jusqu’à un point déterminé ; il imprime le mouvement et
l’ordre à tout ; il fait voir distinctement les merveilles. […]
3) C’est Lui qui étendit la Terre, qui y éleva les montagnes et forma
les fleuves, qui a établi les deux sexes dans tous les êtres produits, qui
ordonne à la nuit d’envelopper le jour. Certes dans tout cela il y a des
signes pour ceux qui réfléchissent.
4) Et sur la Terre vous voyez des portions différentes par leur nature,
quoique voisines, des jardins de vigne, des blés, des palmiers isolés ou
réunis sur un tronc. Ils sont arrosés par la même eau ; et c’est nous qui
les rendons supérieurs les uns aux autres quant au goût. Certes il y a
dans ceci des signes pour les hommes doués de sens.

Sourate XXIII : les croyants


12) Nous avons créé l’homme de l’argile fine.
13) Ensuite Nous l’avons fait d’une goutte de sperme fixé dans un
réceptacle solide.
14) De sperme Nous l’avons fait un grumeau de sang, le grumeau de
sang devint un morceau de chair, que nous avons formé en os, et Nous
revêtîmes les os de chair ; ensuite Nous l’avons formé par une seconde
création.
Béni soit Dieu, le plus habile des créateurs !
9

POUR COMPRENDRE : quelques réponses,


quelques commentaires
Étape 1 [Histoire sacrée et mythe, p. 108-109]
11 Voir « Documentation complémentaire », p. 3.

12 Les adjectifs qualificatifs monothéiste et polythéiste ont une origine


grecque : theos signifie « dieu » ; monos signifie « un seul » et polus « plu-
sieurs ». Au XIIIe siècle avant J.-C., les Égyptiens, les Assyriens, les
Babyloniens et les peuples nomades du désert sont polythéistes, c’est-à-
dire qu’ils célèbrent plusieurs dieux. Le cas d’Abraham, qui établit une
alliance avec Yahvé, puis de Moïse, qui reçoit les Tables de la Loi, est
unique dans cette région. Il reste la figure d’Akhénaton, qui, entre 1372
et 1354 avant J.-C., tente d’établir un monothéisme.

13 Jérôme Bosch est sans doute né en 1450 ; il a vécu et est mort en


1516 à Bois-le-Duc, une petite ville du Brabant-Septentrional, où il est
mentionné comme peintre depuis 1489. D’autres membres de sa
famille pratiquaient cet art. Il est fidèle aux thèmes iconographiques
habituels de son milieu : ceux du Nouveau Testament, que l’on voit
aussi chez Van Eyck ou Memling. Mais il a transformé cette théma-
tique : la représentation des péchés et des souffrances du Jugement der-
nier utilise des créatures démoniaques comme on n’en avait encore
jamais vu dans l’iconographie chrétienne. La nouveauté est tout aussi
prolifique quand il s’agit de représenter le jardin d’Éden, dans un
tableau qui se trouve au musée du Prado de Madrid : Le Jardin des
délices. C’est un triptyque, dont les volets représentent le Ciel et l’Enfer,
et dont la partie centrale montre des scènes de bonheur – ou de dérè-
glements ? Le jardin d’Éden est assez étrange puisque ce n’est pas Dieu
le Créateur qui présente Ève à Adam, mais le Christ. L’arbre du fruit
défendu est un palmier ; il est entouré d’un serpent et se trouve dans
10
une région du Paradis. À l’arrière-plan du tableau est annoncée l’expul-
sion d’Ève et Adam et l’époque postérieure au Paradis terrestre : on y
voit des animaux paisibles, mais aussi des animaux monstrueux ou
d’autres cherchant une proie.

Étape 2 [Un monde au contact du mystère divin, p. 110-111]


13 Ces deux genres sont le mythe et l’épopée. Le mythe est un récit
inventé par les hommes pour répondre aux questions qu’ils se posent
sur les grands mystères du monde et de l’humanité : les origines de la
vie, de la mort, les malheurs, les phénomènes naturels, la loi… L’épopée
est une forme poétique, qui chante les exploits d’un héros, aux prises
avec des hommes et des dieux.

14 Le caractère historique de l’épisode biblique de la sortie d’Égypte


fait l’objet de controverses car il n’y a aucune trace de cet événement
dans les sources égyptiennes : l’unique mention d’Israël est une stèle du
roi Merneptah, qui date de la cinquième année de son règne (-1207 ?).
On peut y lire : « Israël fut détruit et n’a plus de semence. » Il existait
bien donc une entité nommée Israël, sans qu’il soit précisé s’il s’agissait
d’un peuple ou d’une tribu.
Un autre texte ancien énumère les événements qui ont eu lieu en
Égypte à cette époque : inondations, mortalité en hausse, invasions,
révoltes d’esclaves… Certains historiens les relient à l’état d’anarchie
qui régnait dans le pays à la fin du IIIe millénaire, sans y lire la trace des
fléaux du texte biblique.

15 D’abord, rappelons que la naissance du christianisme s’inscrit


dans l’histoire juive. Jean-Baptiste, l’homme qui « baptise » le pécheur
dans l’eau du Jourdain et, par la pénitence de celui-ci, efface ses péchés,
appartient à la communauté des esséniens. C’est lui qui baptise Jésus,
proche des esséniens par sa sensibilité à l’injustice sociale, mais proche
aussi de la communauté des pharisiens.
C’est Paul de Tarse qui construit le noyau du christianisme : la
« théologie de la Croix ». Il est trop jeune pour avoir connu Jésus, mais
11
il voit en lui le Messie – littéralement, « celui qui a été envoyé » –
attendu par le peuple d’Israël. Il modifie cependant le sens de ce
concept : Jésus n’est plus le « Messie fils de David », sauveur du seul
peuple d’Israël, mais le « Messie fils de Dieu », mort sur la Croix afin de
libérer l’humanité entière des conséquences du péché originel.

Étape 3 [Figures du sacré, p. 112-113]


14 Cette fête est la Pâque – en hébreu : Pessa’h, « le passage ». Ce mot
renvoie à l’épisode de la sortie d’Égypte, quand l’ange de Dieu « passe »
par-dessus les maisons d’Israël pour les préserver de la dixième des plaies
d’Égypte : la mort des premiers-nés (Exode, XII, 27). Elle est marquée par
un repas somptueux, le Séder, et la lecture de la Haggada, récit rituel de la
soirée pascale. Au milieu de la table trône le plat du Séder, qui rassemble
des mets au contenu symbolique, comme le maror, laitue, raifort et
herbes amères rappelant l’amertume de la vie d’Israël en Égypte, le haros-
seth, pâte brune qui mélange pommes, amandes, cannelle, baignées de vin
rouge, évoquant le mortier et l’argile des briques fabriquées par le peuple
esclave. Et la matsa, galette au lieu de pain, témoin du départ précipité,
qui ne laissa pas à la pâte le temps de fermenter.

15 On peut citer les jumeaux Romulus et Remus, que leur mère, la


vestale Rhea Silvia, confie aux eaux du Tibre et qui sont recueillis par
une louve. Romulus est le fondateur légendaire de la ville de Rome.

16 Le mot français dérivé de l’arabe muslim est « musulman ».

Étape 4 [Qu’est-ce qu’une épopée ?, p. 114-115]


10 Le mot épopée vient du grec epos, « le chant ». L’épopée est une
forme poétique, qui chante les exploits d’un héros, aux prises avec des
hommes et des dieux.

11 La mythologie latine a beaucoup emprunté à la mythologie


grecque ; les dieux et déesses du panthéon grec ont donc des « jumeaux »
latins, aux noms différents. Voici les principales équivalences :
12
– Zeus/Jupiter, roi des Dieux ;
– Poséidon/Neptune, roi des Océans, qui règne aussi sur les
hommes ;
– Hadès/Pluton, roi des Enfers, qui règne sur les morts ;
– Athéna/Minerve, déesse de la Sagesse, protectrice des héros ;
– Arès/Mars, dieu de la Guerre ;
– Aphrodite/Vénus, déesse de la Beauté et de l’Amour ;
– Apollon/Phébus (« le Soleil »), dieu des Arts ;
– Hermès/Mercure, dieu des Voyageurs et du Commerce, messager
des dieux ;
– Artémis/Diane, déesse de la Chasse et des Forêts.

12 À l’origine, Titan est le fils aîné d’Ouranos (Uranus), le Ciel, et


de Gaia (Cybèle), la Terre. Il a un frère, Saturne, et des enfants, les
Géants. Ceux-ci ne supportent pas la domination de Zeus, de Poséidon
et de Hadès ; ils conçoivent le projet d’escalader l’Olympe. Ils amassent
d’énormes rochers pour atteindre Zeus. Mais leur construction s’ef-
fondre sur un geste du maître de l’Olympe. Il les foudroie et leurs
rochers deviennent des îles et des montagnes.
Prométhée est le fils de Japet, lui-même fils du Ciel et de la Terre. Il
se plaint du sort réservé à ceux de ses frères qui, comme lui, ont osé se
dresser contre les dieux : « Je suis […] navré du sort de mon frère Atlas,
qui debout, aux rives du couchant, soutient sur ses épaules la colonne
qui sépare le Ciel et la Terre, fardeau pénible à porter. Je n’ai pu voir
non plus sans pitié le fils de la Terre, […] le terrible géant à cent têtes,
l’impétueux Typhon, dompté par la force. Il s’était dressé contre tous
les dieux, sifflant l’effroi de ses terribles mâchoires. […] Mais Zeus
lança sur lui son trait vigilant. […] Atteint en plein cœur et le corps en
flammes, il vit sa force anéantie par la foudre. Et maintenant son corps
inerte est étendu près d’un bras de mer, comprimé par les racines de
l’Etna, tandis qu’Héphaïstos forge son fer brûlant sur les cimes où il est
établi » (Prométhée enchaîné, Eschyle, trad. Émile Chambry, in Theâtre
complet, Garnier Flammarion, 1964).
13
13 Cette expression signifie « aller de monstre en monstre », c’est-à-
dire « de mal en pis ».

14 Schliemann naît le 6 janvier 1822 dans une province d’Allemagne


du Nord. Quand il a huit ans, il reçoit de son père un livre sur Troie ;
ses lectures lui font concevoir un rêve : retrouver la ville. Devenu com-
merçant, puis banquier, installé à Sacramento, puis à Saint-Pétersbourg,
son rêve le suit… Il a quarante-deux ans lorsqu’il prend sa décision :
partir sur les traces d’Homère et des héros de L’Iliade et de L’Odyssée ;
entre-temps, il a appris le grec et il lit Homère « dans le texte ». En
juillet 1846, Schliemann est à Ithaque et il y découvre des lieux qui le
persuadent qu’il peut faire confiance à Homère ; en avril 1870, il est à
Hissarlik, sur la côte de l’ancienne Asie Mineure, et c’est le début d’une
aventure archéologique exceptionnelle. Très vite, il dégage les vestiges
d’un palais et d’un temple, puis les restes d’une ville antérieure de mille
ans à celle de Priam, le roi de Troie. Il est encouragé dans sa tâche par
sa femme Sophie, de nationalité grecque et passionnée comme lui par
les fouilles du site. Un jour, en creusant au pied du mur de fortification
de la cité, il découvre un trésor : une coupe en or, un bouclier et des
vases en cuivre, encore des coupes et des plats en argent, des diadèmes
en or, des bijoux variés, des armes, des chaudrons et plus de 9 000
petites pièces en métal précieux. Schliemann pense avoir trouvé le tré-
sor de Priam, mais il est lui aussi antérieur de mille ans à la guerre.
En 1876, Schliemann est à Mycènes, où il découvre un autre trésor
qu’il attribue au roi Agamemnon, mais qui est antérieur d’au moins
quatre cents ans au règne de ce roi achéen. Schliemann meurt le
26 décembre 1890, loin de la Grèce, à Naples.

Étape 5 [Ulysse, le héros aux mille maux, p. 116-117]


13 De nombreux décors de vases antiques représentent l’épisode du
chant des Sirènes. Ces créatures sont hybrides, mélange de femme et
d’oiseau, plus spécialement de rapace – comme les Harpies. Elles sédui-
sent les hommes par leur chant harmonieux. On peut lire au chant XII :
« Si quelqu’un les approche sans être averti et les entend, jamais sa
14
femme et ses petits enfants ne se réunissent près de lui et ne fêtent son
retour ; le chant harmonieux des Sirènes le captive. Elles résident dans
une prairie, et tout alentour le rivage est rempli des ossements de corps
qui se décomposent ; sur les os la peau se déssèche. Passe sans t’arrêter. »
La Sirène appartient aussi aux mythologies celtique, nordique et aux
contes qu’elle inspire. La Petite Sirène du conte de Hans Christian
Andersen aime entendre parler du monde des hommes ; elle sauve la vie
d’un prince et, pour gagner son amour, elle accepte le marché de la sor-
cière des mers : en échange de sa voix enchanteresse, sa queue de pois-
son sera remplacée par deux jambes humaines. Mais elle ne peut avoir
comme eux « une âme immortelle », à moins, lui révèle sa grand-mère,
« qu’un homme t’aime plus que père et mère, qu’il te soit attaché de
toute sa pensée et de tout son amour, et qu’il fasse mettre par le prêtre
sa main droite dans la tienne en promettant de t’être fidèle ici et dans
toute l’éternité ; alors son âme se déverserait dans ton corps, et tu pren-
drais part au bonheur des hommes » (« La Petite Sirène » et autres contes,
« Folio Junior », Gallimard).
Les Sirènes de L’Odyssée proposent une représentation séductrice de
la femme, fatale pour les hommes ; la Petite Sirène d’Andersen voit son
désir de séduction se retourner contre elle-même et lui être fatal.

14 Jason est le héros qui conquiert la Toison d’or d’un bélier ailé,
bien précieux du roi de Colchide, Aiétès. Il voyage à bord d’un navire
nommé Argo et en compagnie d’autres héros : Castor et Pollux, Orphée
et Héraclès. Aiétès accepte de donner la Toison à condition que Jason
dompte deux taureaux aux sabots d’airain, laboure avec eux quatre
arpents d’une terre inculte et y sème des dents de dragon ; de ces der-
niers naîtront des guerriers géants qu’il devra tuer. Il trouve une aide
précieuse chez la magicienne Médée, la propre fille du roi : elle lui fait
don d’un onguent qui rend insensible aux brûlures et invulnérable pour
une journée ; elle lui remet une pierre magique qui doit lancer les guer-
riers les uns contre les autres et les faire s’entretuer. Jason accomplit
donc les deux épreuves imposées par Aiétes, s’empare de la Toison d’or
après avoir tué le monstre qui la gardait et s’enfuit avec Médée. Celle-
15
ci sacrifie son jeune frère Absyrtos pour arrêter Aiétès qui les poursuit :
elle le tue, le déchire et jette ses membres dans les flots ; le roi recueille
le corps de son fils et abandonne sa poursuite. Les Argonautes gagnent
l’Adriatique, visitent le pays des Celtes et obtiennent de la magicienne
Circé d’être purifiés du meurtre d’Absyrtos ; ils traversent aussi la mer
des Sirènes, mais Orphée couvre leurs voix fatales de son chant.
Quand les héros arrivent en Grèce, ils se séparent et les dieux trans-
forment le navire Argo en constellation.

15 Claude Mossé évoque le monde de l’oïkos (« le domaine, la mai-


son ») dans son ouvrage La Grèce archaïque d’Homère à Eschyle : « La
maison d’Ulysse à Ithaque peut […] être tenue pour le modèle de ces
domaines que le poète présente tantôt comme des palais remplis d’or et
tantôt, au contraire, comme de simples maisons campagnardes où s’or-
ganise, autour du maître et de la maîtresse de maison, une vie essen-
tiellement rurale et pastorale. […] Le palais se présente comme la mai-
son du maître. Certes, quand il s’agit de celui de Ménélas ou
d’Alcinoos, le poète accumule les épithètes destinées à en vanter la
splendeur et la richesse : le palais de Ménélas a de hauts plafonds et son
éclat rayonne comme celui de la lune ou du soleil. La maison
d’Alcinoos rivalise en splendeur, avec ses frises d’émail bleu, ses portes
d’or et ses chiens de même métal. Mais une fois cette concession faite
au merveilleux, on trouve partout la grande salle, entourée de fauteuils,
où le maître de maison accueille ses hôtes, et, à l’étage, l’appartement
des femmes, tandis que les pièces où sont accumulées les réserves se
trouvent au sous-sol, puisque l’on y “descend”, en particulier lorsqu’on
veut honorer un invité par des cadeaux. »

Étape 6 [Énée, le héros fondateur de cités, p. 118-119]


13 Cette expression signifie : « Ne pas faire comme Cassandre », une
des filles de Priam, qui ne pouvait annoncer que des malheurs.

14 Le mot punique provient du nom latin des Carthaginois, Poeni.


De 264 à 146 avant J.-C., Rome et Carthage s’affrontent dans des
16
guerres de conquête et d’influence qui ont pour cadre le Bassin médi-
terranéen. L’enjeu de la première guerre est le contrôle de la Sicile, que
les Romains emportent (en 241 av. J.-C.) ; la deuxième guerre est
menée par le jeune général Hannibal (247-183), qui veut donner sa
revanche à Carthage. L’épisode le plus fameux de sa campagne reste sa
marche sur Rome, en 218 avant J.-C., à la tête d’une armée de 80 000
hommes : il traverse d’abord les Pyrénées, puis la Gaule, enfin le Rhône
et fait franchir les Alpes à ses éléphants de combat ! Après neuf années
de batailles et de revers réciproques, la guerre tourne en faveur des
Romains quand un jeune commandant romain, Publius Cornélius
Scipion (235-183), s’empare de Carthagène et transforme l’Hispanie en
province romaine. Puis il mène la guerre sur le sol africain, aux portes
mêmes de Carthage (en 204 av. J.-C.) : la bataille de Zama voit la
défaite d’Hannibal en 202 avant J.-C. Contraint à l’exil, trahi, celui-ci
s’empoisonne en 183 avant J.-C. Le traité « de paix » signé en 201 avant
J.-C. signe la fin de Carthage et le triomphe de Rome sur tout le Bassin
méditerranéen. Mais la ville punique redresse la tête dans un ultime défi
à Rome, alors même qu’elle doit déclarer la guerre à son voisin numide,
qui convoite son territoire. Alliées à ce voisin, les légions romaines
débarquent alors en Afrique, en 149 avant J.-C., sous la conduite de
Scipion Émilien, et en 146, après un siège de trois ans, elles mettent le
feu à Carthage. La ville brûle pendant dix-sept jours et, à la destruction
par le feu, Rome ajoute la brûlure par le sel. Le site est interdit pendant
vingt-cinq ans et devient le centre de la nouvelle province d’Afrique.

15 Parmi ces amoureuses, on peut citer Ariane, abandonnée par


Thésée sur l’île de Naxos et Médée, délaissée par Jason au profit de la
fille du roi de Corinthe, Créon.

16 Auguste est le premier empereur de Rome. Il est le neveu de Jules


César et son fils adoptif ; à la mort de César, assassiné par des conjurés
en mars 44 avant J.-C., il défend son droit à la succession dans une
guerre qui l’oppose à un ancien lieutenant de César : Marc-Antoine.
Cette guerre civile s’achève par la défaite d’Antoine à la bataille navale
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d’Actium (31 av. J.-C.) et son suicide, en Égypte, aux côtés de la reine
Cléopâtre. Octave, nommé Augustus par le Sénat romain, qui lui est
reconnaissant d’avoir ramené la paix, souhaite une renaissance de
Rome. On dit que la « Rome éternelle » est son œuvre : il transforme la
ville en une Rome de marbre, fait construire de nombreux monuments,
des aqueducs, des thermes, le Panthéon. Jusque dans la province des
Gaules, des bâtiments sont élevés à la gloire de « l’âge d’or » et
d’Auguste. C’est l’origine de la « Maison carrée » de Nîmes, d’abord
grand temple.
Auguste sait s’entourer de courtisans – artistes, poètes, protecteurs
des lettres comme Mécène – qui « écrivent » l’épopée de l’empereur et
célèbrent son œuvre : ainsi Virgile, qui rencontre Mécène et Auguste en
43 avant J.-C. Encouragé par celui-là, il écrit sa grande épopée natio-
nale et mythologique, L’Énéide, qui, au-delà de son génie poétique, est
une célébration de l’ascendance de l’empereur.
Aujourd’hui, un « mécène » (particulier ou entreprise) aide les
artistes, les musées, essentiellement au plan financier.

Étape 7 [Mythes et métamorphoses chez Ovide, p. 120-121]


11 Cette expression désigne l’apogée, l’épanouissement florissant
d’une époque, d’une ville, d’une culture, etc.

12 Un dédale de rues est un enchevêtrement, un labyrinthe, un


lacis…

13 Jupiter est avide de rencontres avec quelques belles mortelles.


Voici les plus célèbres, à l’origine d’aussi fameuses métamorphoses :
– Europe : pour entrer en contact avec la fille d’Agénor, roi de
Phénicie, il se transforme en taureau et approche la jeune femme qui
joue avec ses compagnes au bord de la mer. Il se fait doux et l’emporte
sur son dos, les uns disent en Crète, d’autres dans cette région du
monde à laquelle elle a donné son nom ;
– Danaé : enfermée par son père dans une tour d’airain, elle reçoit la
visite de Jupiter qui, pour l’occasion, a pris la forme d’une pluie d’or.
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Elle donne alors le jour à Persée ;
– Léda : elle est l’épouse de Tyndare, roi de Sparte. Elle aime à se
reposer sur les bords de l’Eurotas qui coule au pied du Taygète, mon-
tagne du Péloponnèse. Pour la séduire, Jupiter prend la forme d’un
cygne. Léda, qui s’était déjà unie à son époux, met au jour deux œufs :
de l’un naissent Castor et Clytemnestre, de l’autre Pollux et Hélène ;
– Alcmène : elle est l’épouse du général Amphitryon. Profitant de
l’absence du guerrier, Jupiter prend son apparence et coule auprès de la
belle Alcmène quelques jours de plaisir tranquille. De cette union naît
le héros Hercule.

Étape 8 [Magie et métamorphoses chez Apulée, p. 122-123]


11 L’auteur de La Métamorphose est l’écrivain de langue allemande
Franz Kafka.

12 En mars 38 ap. J.-C. (date incertaine), l’empereur Caligula élève


au Champ de Mars un temple officiel à Isis ; Caracalla en fait construire
un plus riche sur le Quirinal. La déesse égyptienne a des adorateurs à
Rome depuis déjà longtemps : elle attire par son étrangeté, son carac-
tère exotique, et le caractère initiatique de son culte. Les prêtres sont
reconnaissables à leur crâne rasé et à leur robe de lin blanc ; leur vie est
réglée par des rites de purification, d’abstinence, de pénitence…
L’initiation de l’élu a pour but l’apaisement de l’âme, désormais vouée
au service de la divinité. La représentation annuelle du mythe de la
résurrection d’Osiris – époux d’Isis – impressionnait beaucoup les
fidèles et affirmait la promesse, après une mort anticipée, d’une
« remontée cosmique » à travers les éléments et d’une union avec la divi-
nité. C’est ce que montre le livre XI des Métamorphoses d’Apulée.

© Éditions Magnard, 2005


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