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Maurice CUSSON et Éric La Penna

Maurice Cusson est criminologue à l’École de criminologie,


Université De Montréal

(2007)

“Les opérations
coup-de-poing.”
Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Courriel: jean-marie_tremblay@uqac.ca
Site web pédagogique : http://www.uqac.ca/jmt-sociologue/

Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales"


Une bibliothèque numérique fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay,
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
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Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 2

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Jean-Marie Tremblay, sociologue


Fondateur et Président-directeur général,
LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 3

Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole,


professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :

Maurice CUSSON et Éric La Penna

“Les opérations coup-de-poing.”

Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Maurice CUSSON,


Benoît DUPONT, Frédéric LEMIEUX, Traité de sécurité intérieure, chapitre 40.
Montréal : Hurtubise HMH, 2007, 712 pp. Collection : Cahiers du Québec – Droit
et criminologie. (Réédition aux Presses de polytechniques et universitaires
romandes, 2008)

L’auteur nous a accordé le 30 mars 2014 son autorisation de diffuser


électroniquement cet article dans Les Classiques des sciences sociales.

Courriel : Maurice  Cusson: maurice.cusson@umontreal.ca.

Polices de caractères utilisée :

Pour le texte: Times New Roman, 14 points.


Pour les notes de bas de page : Times New Roman, 12 points.

Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word


2008 pour Macintosh.

Mise en page sur papier format : LETTRE US, 8.5’’ x 11’’.

Édition numérique réalisée le 31 mars 2014 à Chicoutimi, Ville


de Saguenay, Québec.
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 4

Maurice CUSSON et Éric La Penna

“Les opérations coup-de-poing.”

Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Maurice CUSSON,


Benoît DUPONT, Frédéric LEMIEUX, Traité de sécurité intérieure, chapitre 40.
Montréal : Hurtubise HMH, 2007, 712 pp. Collection : Cahiers du Québec – Droit
et criminologie. (Réédition aux Presses de polytechniques et universitaires
romandes, 2008)
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 5

Table des matières

Introduction
I. La nature des opérations coup-de-poing
II. La dynamique de l'opération coup-de-poing

1. Le défi
2. Le temps de la réflexion
3. La mobilisation et l'attaque
4. La déstabilisation
5. L'essoufflement
6. L'érosion et la dissuasion résiduelle
7. La suspension et la rotation
8. La consolidation
9. Le statu quo ante

III. L'efficacité et ses conditions

Références
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 6

Maurice CUSSON et Éric La Penna

“Les opérations coup-de-poing.”

Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Jean Proulx, Maurice


Cusson et Marc Ouimet, Les violences criminelles, chapitre 1, pp. 11-42.
Québec: Les Presses de l'Université Laval, 1999, 353 pp.

Introduction

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L'action policière tend à se déployer selon deux modes opposés par


leur intensité et leur concentration. Le premier se caractérise par une
vigilance couvrant la totalité du territoire confié à un service de
police. Le second mode est l'opération focalisée faisant converger
temporairement des ressources importantes sur une cible déterminée
(voir le chapitre 8). En temps normal, c'est-à-dire en l'absence de
problème aigu, les policiers, vigilants et disponibles, répondent aux
demandes d'intervention au fur et à mesure qu'ils les reçoivent,
maintiennent l'ordre, apaisent les conflits, contribuent à la prévention.
Puis, un jour, apparaît un problème trop sérieux pour être résolu par
les moyens habituels : un défi est lancé aux forces de l'ordre forcées
alors de sortir de leur routine, d'innover, de se dépasser, de concentrer
leurs effectifs, quitte à dégarnir d'autres fronts. De tels sursauts ont
reçu plusieurs noms : opération coup-de-poing, descente de police,
coup de filet, opération éclair, frappe, opération spéciale, raid, rafle,
blitz. En anglais, le terme « crackdown » est le plus fréquemment
utilisé.
Ces opérations spéciales permettent de surmonter une difficulté
maintes fois soulignée à propos de la dissuasion, à savoir, la faible
probabilité des peines et la difficulté de l'augmenter de manière
perceptible sur l'ensemble d'un territoire. L'opération coup-de-poing
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 7

paraît alors comme une solution : en concentrant des moyens forts sur
une cible limitée, la police peut y faire grimper brusquement et
notablement la pression dissuasive.
Le chapitre est divisé en trois parties. Après avoir décrit la nature
de l'opération coup-de-poing, la dynamique de l'opération conçue
comme un événement se déroulant en plusieurs étapes fera l'objet de
la deuxième partie. Enfin seront examiné l'impact de ces opérations et
les conditions de leur efficacité.

I. La nature des opérations


coup-de-poing
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Une opération coup-de-poing consiste en l'intensification brusque


et marquée de l'action répressive sur un problème de sécurité sérieux,
spécifique et circonscrit. Par une telle action, on veut communiquer
un message clair à une catégorie de délinquants : vos risques d'être
puni sont dorénavant plus élevés (Voir Sherman 1990 et Scott 2003).
Les problèmes criminels ont tendance à se concentrer dans l'espace
et dans le temps, ou encore ils sont le fait d'une bande ou d'un gang. Il
arrive aussi qu’un type de délit préoccupe par sa fréquence. À de
telles concentrations, on répond par une concentration des ressources
policières.
De quelles interventions un raid est-il fait ? Principalement de
contrôles et de contraventions. Les policiers interviennent à l'occasion
d'infractions de faible gravité : incivilités, délits de la route, non
respect de règlements municipaux, etc. Ils distribuent alors des
contraventions ; ils contrôlent et interrogent ; ils émettent des citations
à comparaître ; ils fouillent à la recherche d'armes, d'objets volés, de
drogue ; ils interpellent ; ils vérifient le degré d'alcool dans le sang.
L'effet dissuasif de ces interventions est souvent amplifié par une
campagne de publicité.
Quand une opération frappe un débit de drogues comme un « crack
house » installé dans un immeuble, les interventions peuvent porter
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 8

aussi bien sur les délinquants que sur l'immeuble lui-même. Par
exemple, on combinera 1) l'arrestation de tous les dealers
préalablement identifiés ; 2) l'expulsion des locataires qui utilisaient
leur appartement pour fins de vente de drogue ou qui n'avaient pas
payé leur loyer depuis longtemps ; 3) une reprise du contrôle de
l'immeuble par son propriétaire soutenu par la police ou encore son
expropriation.
Lors d'un raid, les policiers suscitent la collaboration de tierces
parties : les propriétaires des immeubles problématiques, les services
municipaux, les pompiers, les victimes... Les policiers demandent aux
services responsables de la sécurité et de la salubrité des immeubles
de of faire respecter le code du bâtiment. Ils convainquent la
municipalité d’exproprier les immeubles dans lesquels un marché de
la drogue est installé. Ils obtiennent que l'éclairage de la rue soit
amélioré. Ils font poser des caméras de surveillance. Ils offrent aux
victimes de cambriolage des améliorations à la sécurité de leur
logement. On le voit, la prévention vient s'ajouter à la répression.

II. La dynamique de l'opération


coup-de-poing
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Un raid est un événement qui a un début, un déroulement et une


fin. Les actions des policiers et les réactions des délinquants s'y
enchaînent dans une succession de mouvements. L'opération est
emportée par une dynamique qui peut être découpée en neuf étapes.
Dans ce qui suit, ces étapes sont illustrées chaque fois que c'est
possible par une opération réalisée dans le quartier montréalais de
Cartierville le 21 septembre 1989 (La Penna 1998 et La Penna,
Tremblay et Charest 2003). Pour compléter le portrait, nous nous
appuierons sur les travaux de Sherman et sur plusieurs recherches
évaluatives de « crackdowns » menés aux États-Unis. En combinant
ces informations, nous obtenons l'image de ce à quoi pourrait
ressembler une opération éclair idéale.
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 9

1. Le défi

Cartierville, mars et avril 1989. Une croissance brusque de la


criminalité dans la zone centrale de ce quartier du nord de Montréal
sonne l'alarme chez les policiers. Plusieurs types de délits augmentent
soudainement, et d'abord les cambriolages et les vols simples. Dans ce
secteur défavorisé, la criminalité est habituellement élevée, mais cette
fois-ci elle passe du simple au double. Les policiers qui connaissent
bien le secteur font rapidement le lien entre cette augmentation et
l'apparition d'un marché de « crack » (drogue à base de cocaïne). En
effet, ils constatent que, dans une rue en cul-de-sac située là où les
délits contre la propriété viennent d’augmenter, des appartements
abritent une intense activité de vente et de consommation de drogue.
Pour faire prospérer leur commerce impunément, les trafiquants et les
dealers avaient mis au point une tactique efficace. Ils louaient un
appartement pour ensuite le sous-louer à un comparse surnommé le
« concierge ». Ils prenaient soin de ne jamais entreposer la drogue sur
place. Quand un client passait une commande, le « concierge »
communiquait par téléphone à son fournisseur pour se faire livrer la
dose que le client devait consommer immédiatement. Grâce à cette
manoeuvre, la police ne pouvait saisir que de petites quantités de
drogue, ce qui l'empêchait de porter des accusations de trafic. Autre
précaution, on déménageait fréquemment.
Les policiers américains sont aussi confrontés à ce genre de
problème : croissance brusque et circonscrite de la criminalité
associées au trafic de la drogue.

2. Le temps de la réflexion

La préparation du blitz de Cartierville dure deux mois. L'analyse


permet de valider l'information rapportée plus haut. L'unité des
renseignements criminels identifie les appartements servants de points
de vente de crack. Des agents doubles y font des achats de drogue, ce
qui permet à la police d'identifier les dealers et d'obtenir des mandats
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 10

d'arrestation et de perquisition. Quelques policiers vont à New York


consulter des collègues expérimentés dans la lutte contre les marchés
de crack. Avec le bénéfice du recul, La Penna, Tremblay et Charest
(2003) concluent que les policiers avaient posé, en 1989, un
diagnostic « juste et précis du problème à résoudre » (p.181).
Un raid digne de ce nom ne va pas sans préparation. Un travail
d'analyse s'impose pour connaître la nature et l'ampleur du problème
ainsi que le système défensif des malfaiteurs. Car au moment crucial,
les policiers doivent savoir où frapper, quand, sur quelles infractions
et sur quels délinquants.

3. La mobilisation et l'attaque

L'opération éclair de Cartierville mobilise plus d'une centaine de


policiers : agents doubles, patrouilleurs, enquêteurs, escouade anti-
émeute… L'équipe est sous la direction de Jacques Duchêneau, qui
devait devenir plus tard chef de la police de la Communauté urbaine
de Montréal et qui dirigera ensuite l'Administration canadienne de la
sûreté du transport aérien. Des procureurs de la couronne et des juges
sont mis dans le coup. Le raid ne dure qu'une journée (le 21 septembre
1989). L'effet de surprise est total. Tous les appartements
préalablement identifiés comme point de ventes sont perquisitionnés.
23 individus sont arrêtés.

4. La déstabilisation

Dans le secteur de Cartierville touché par la descente de police, le


nombre moyen de délits par mois tombe 111 avant à 65 après le raid.
Ce sont les cambriolages et les vols qui reculent le plus fortement. Le
raid annule la hausse de délinquance engendrée par le marché de
crack ; celle-ci retourne à son niveau d'avant mars 1989 (La Penna et
Coll. 2003).
Sous le choc d'une attaque qu'ils sont incapables de parer, les
malfaiteurs perdent leur assurance et leurs moyens. Ils se croyaient
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 11

assurés de l'impunité et ils se découvrent vulnérables. Ils savent que


leurs risques ont augmentés, mais ils ignorent jusqu'à quel point. Cette
incertitude les paralyse (Sherman 1990).

5. L'essoufflement

Le raid de Cartierville fut exceptionnellement bref : une journée.


Aux États-Unis, certaines opérations durent quelquefois des mois.
Dans de tels cas, Sherman (1990) constate que la fréquence des
interventions policières a tendance à tomber après quelques jours
d'une opération qui dure. Cet essoufflement s'explique d'abord par la
fatigue des policiers et ensuite par les efforts des délinquants pour
parer les coups. En effet un élan offensif intense ne peut être soutenu
longtemps. À la longue, les policiers se lassent surtout quand --
justement à cause de l'opération -- le nombre d'infractions détectées
baisse. La routine s'installe. De leur côté, une fois la surprise passée,
les délinquants se ressaisissent. Ils fuient. Dorénavant, chaque fois
qu'ils sont contrôlés, ils ripostent par des propos hostiles, insultants ou
intimidants qui minent la détermination des policiers.

6. L'érosion et la dissuasion résiduelle

Une fois la rafle terminée, la criminalité qui avait chuté tend à


remonter vers son niveau antérieur. Cependant elle reste pendant
quelque temps à un niveau inférieur à celui d'avant le raid. Même si
l'opération est terminée, les délinquants ne le savent pas tous et ils
restent dans une prudente expectative. C'est ce qui conduit Sherman
(1990) à distinguer deux facettes de l'effet subséquent du
« crackdown » : premièrement, l’érosion de l'efficacité dissuasive du
raid et, deuxièmement, la dissuasion résiduelle, c'est-à-dire le fait que,
durant quelque semaines après l'interruption de l'opération, il se
commet moins de délits qu'avant son déclenchement.
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 12

7. La suspension et la rotation

Il arrive qu'une frappe soit suspendue pendant quelque temps puis


qu'elle soit reprise sans crier gare. Cette « dose de rappel » tient
compte de trois réalités évoquées plus haut : 1) l'essoufflement des
policiers ; 2) l'érosion de l'effet intimidant et, 3) le prolongement de
l'effet dissuasif après le raid. Une suspension temporaire de l'opération
prévient la lassitude des policiers. Sa reprise fait de nouveau baisser la
criminalité puis vient s'ajouter un nouvel effet de dissuasion
résiduelle. Il est donc de bonne guerre de mener des interventions
rotatives en changeant de cible, quitte à retourner plus tard à la cible
initiale.
Dans un quartier de Montréal, en 2001-2002, la rotation des
interventions sur diverses catégories d'infractions au code de la route
fait reculer sensiblement le nombre d'accidents sur une artère très
achalandée où on enregistrait 40% des accidents du quartier. Suivant
une planification précise, les policiers prennent d'abord pour cible les
automobilistes qui ne portent pas la ceinture de sécurité et ils leur
distribuent force constats d’infraction, puis ils passent aux excès de
vitesse, puis aux stationnements illégaux qui nuisent à la fluidité de la
circulation. Résultat : baisse des accidents avec blessés de 25% (La
Penna et Arseneault 2002).

8. La consolidation

En 1990, (donc peu après le raid de Cartierville), la Société


d'habitation et de développement de Montréal rachète plusieurs
immeubles à logements multiples situés précisément dans le secteur
où avait sévi le trafic de crack. Cette appropriation par une autorité
municipale pouvant assumer une gestion responsable apparaît comme
le volet préventif de l'opération. Les trafiquants renoncent à revenir
dans le secteur sachant qu'ils s'exposent à être expulsés s'ils
reprennent leur trafic dans les appartements expropriés.
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 13

9. Le statu quo ante

A Cartierville, la chute de la criminalité obtenue grâce au coup de


filet perdure pendant au moins trois ans. Elle n'est cependant pas
éradiquée : elle est simplement retournée à son niveau d'avant
l'apparition du marché de crack. Une fois la bande de dealers
démantelée et dispersée, la fréquence des délits contre la propriété
retrouve son niveau habituel.

III. L'efficacité et ses conditions


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Les opérations coup-de-poing sont-elles des moyens efficaces de


lutte contre le crime ? Deux bilans évaluatifs nous proposent des
réponses partagées. Dans le bilan de Sherman (1990), nous apprenons
que 15 « crackdowns » sur 18 produisent au moins un effet de
dissuasion initiale, c'est-à-dire que la fréquence des délits diminue
pendant l'opération. Parmi ces quinze raids, Sherman en trouve cinq
qui produisent aussi un effet de dissuasion résiduelle : la criminalité se
maintient à un niveau relativement bas quelque temps après la fin de
l'opération.
Le bilan de Scott (2003) porte sur 43 crackdowns parmi lesquels il
trouve 23 succès clairs, 11 échecs et 9 résultats mitigés ou incertains.
Parmi les 23 succès, Scott identifie 17 opérations à propos desquelles
les chercheurs avaient procédé à la vérification de l'hypothèse du
déplacement de la criminalité vers des secteurs adjacents. Il en ressort
qu'il y eut déplacement dans 6 cas et aucun déplacement mesurable
dans onze. Par ailleurs, il constate le phénomène contraire, à savoir la
diffusion des bénéfices de l'opération vers des secteurs adjacents dans
cinq cas.
En somme, ce bilan ne nous avance guère : il arrive qu'un raid
atteigne son but et il arrive qu'il échoue. Il est cependant possible
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 14

d'aller plus loin. Dès lors que nous disposons d'informations sur
plusieurs raids efficaces et plusieurs autres inefficaces, il est possible
de comparer les uns aux autres pour découvrir les raisons des succès
et des échecs ainsi que les conditions d'une opération éclair efficace.
Cet exercice comparatif nous a permis de repérer cinq conditions pour
qu'une opération coup-de-poing réussisse à atteindre son objectif.

Première condition : s'attaquer à un problème réel, spécifique,


sérieux et analysé.

L'échec de nombreux raids est signé avant même qu'ils ne soient


déclenchés. C'est ainsi que, à Houston, l'analyse du problème avait été
escamotée avec pour résultat que la descente de police échoue à faire
reculer la criminalité (Kessler et Duncan 1996). En revanche, à
Cartierville, nous avons vu que l'analyse du problème et la
planification de l'opération avait exigé deux mois de travail (La Penna
1998). Un travail de réflexion est nécessaire pour faire découvrir la
nature, les causes du problème et les vulnérabilités des délinquants.
(voir aussi Braga et coll. 1999)
C'est dans la nature du blitz de frapper une cible circonscrite : un
lieu délimité (un parc, un segment de rue, un immeuble…), une
bande, un type d'infraction. De plus, il serait absurde de mobiliser de
fortes ressources contre un problème insignifiant. Il faut donc s'assurer
de sa gravité.

Deuxième condition : l'approche indirecte.

En stratégie militaire, c'est à Liddell Hart (1954) que nous devons


la théorie de l'approche indirecte. Elle préconise d'éviter l'épreuve de
force frontale et d'approcher plutôt l’ennemi par des manoeuvres
détournées et imprévues afin de le diviser, le surprendre, le
désarçonner. On l'attaque sur sa ligne de moindre résistance pour lui
faire perdre l'équilibre. Appliquée aux opérations policières, la
stratégie indirecte consiste à frapper les délinquants sur leurs points
faibles, en l'occurrence, sur les multiples petites infractions par
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 15

lesquelles ils prêtent quotidiennement flanc à l'intervention dans le but


de faire reculer des crimes graves. Les exemples ne manquent pas.

* À Richmond, en Virginie, dans des quartiers marqués par des


taux très élevés d'homicides et autres violences, une opération
antidrogue au cours de laquelle dix fois plus de patrouilleurs
contrôlent, interrogent, émettent des citations à comparaître et
interpellent des dealers et leurs clients parvient à faire baisser
les taux de crimes violents de 92% (Smith 2001).
* À Kansas City, la police déclenche une campagne de saisies
d'armes à feu dans une zone où les taux d'homicides étaient
vingt fois supérieurs à la moyenne américaine. Le nombre de
saisies augmente de 65% pendant l'opération. Les armes à feu
sont confisquées à l'occasion de constats d'infractions routières,
de contrôles de piétons suspects et d'arrestations. Il s'en suit une
diminution de 49% des crimes commis avec une arme à feu
dans le secteur visé. Les autres infractions se maintiennent
cependant à leur niveau habituel (Sherman et Rogan 1995 ; voir
aussi Cohen et Ludwig 2002).
* À Dallas, préoccupés par la présence de jeunes adolescents
dans les gangs, les policiers interpellent systématiquement les
jeunes d'âge scolaire qui traînent dans les rues durant les heures
où ils devraient être à l'école ou après onze heures du soir (un
règlement impose le couvre-feu aux moins de 17 ans).
L'opération se solde par une chute de 60% des crimes violents
attribués aux gangs (Fritsch et coll. 1999).
* Les infractions au code de la route fournissent aux policiers
l'occasion d'interroger des suspects, de donner des
contraventions et de procéder à des arrestations. À Indianapolis,
en 1995, la police multiplie la fréquence de ces interventions
par dix. L'opération dure 90 jours et vise des secteurs à forte
criminalité. Elle débouche sur des réductions de vols à main
armée et de coups et blessures de 40% (Weiss et McGarrell
1999).
* À New York, en 1997, la police s'attaque aux infractions
mineures qui détériorent l'image du métro et engendrent de
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 16

l'insécurité : resquillage, graffitis, mendicité agressive. En


fouillant les resquilleurs, les policiers trouvent de nombreuses
armes à feu portées illégalement. Résultat : la fréquence des
vols qualifiés baisse de 64% (Kelling et Coles 1976).

Le modèle traditionnel de policing est trop direct. On compte sur


une réponse policière rapide pour intercepter les criminels, mais ces
derniers parviennent à fuir avant l'arrivée des agents. On consacre
beaucoup d'énergie aux enquêtes, mais les taux d'élucidation de la
plupart des infractions restent très faibles (Sherman et Eck 2002 ;
Skogan et Frydl, dir. 2004). Une stratégie plus prometteuse serait de
faire porter l'effort sur des infractions vulnérables à la répression et
associées à d'autres crimes qu'on veut faire baisser.
Les criminologues ne cessent de découvrir de nouveaux liens entre
les divers types d'infractions commises par les délinquants actifs (Voir
Gottfredson et Hirschi 1990 ; Felson 2002, chapitre 8 ; Cusson 2005).
Certains de ces liens sont évidents, d'autres moins.

1. Le port d'arme rend, bien sûr, possibles le vol à main armée et


le meurtre.
2. La consommation de stupéfiants pousse à commettre des délits
contre la propriété puis à dealer et on sait que les trafics de la
drogue ne peuvent se faire sans violence.
3. Les adolescents qui traînent dans les rues en violation des règles
sur l'obligation scolaire, prennent l'habitude de fréquenter des
bandes ; ils servent de guetteurs et de commissionnaires aux
dealers ; ils rencontrent des occasions de voler.
4. La multiplication des incivilités dans un lieu fait peur aux gens
et permet aux malfaiteurs d'agir en toute impunité comme en
terrain conquis.
5. Le principal trait d'union entre divers types d'infractions tient au
polymorphisme des délinquants prolifiques. Ceux-ci sont des
transgresseurs généralistes qui n'ont aucun scrupule à voler,
vandaliser, frauder, braquer, menacer, agresser. Leur mépris des
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 17

lois -- de toutes les lois -- tient notamment à leur manque


d’inhibition et à leur style de vie de flambeur.

Les délinquants actifs prêtent donc flanc à l'intervention policière


de plusieurs manières. Ils s'exposent à être interpellés, interrogés et
sanctionnés quand ils s'amusent à brûler ostensiblement les feux
rouges, à conduire avec les facultés affaiblies, à consommer de
boissons alcooliques sur la voie publique, à briser des fenêtres… Par
ces agissements répétés, ils se désignent eux-mêmes à la répression.
Ces transgressions mineures sont plus faciles à découvrir que les plus
graves parce qu'elles sont nombreuses, visibles et commises sans
précaution. De plus, les policiers peuvent les sanctionner facilement
sans devoir se soumettre à une procédure judiciaire longue,
contraignante et incertaine. Ils peuvent donner des contraventions,
émettre des citations à comparaître, interroger, reconduire un mineur à
la maison, l'expulser d’un débit de boissons, confisquer une arme ou
un stock de drogues.
Comment ces sanction légères mais répétées se répercutent-elles
sur des faits plus graves ? De quatre manières.
Premièrement, elles produisent un effet dissuasif diffus qui s'étend
à l'ensemble des agissements commis par les délinquants généralistes.
Ceux-ci constatent qu'ils sont beaucoup plus souvent contrôlés
qu'auparavant, interrogés, fouillés, mis à l'amende. Ils sont alors
forcés de réviser à la hausse leurs estimations de leurs risques
généraux, c'est-à-dire des risques attachés à l'ensemble de leurs
activités délictueuses. Dorénavant, ils ne se sentent plus invulnérables.
Deuxièmement, les contrôles fournissent à la police l'occasion de
désarmer maints malfaiteurs en leur retirant les instruments dont ils
ont besoin pour perpétrer leurs crimes les plus graves.
Troisièmement les sanctions contribuent à réduire le nombre des
incivilités. Les citoyens sont alors moins souvent intimidés et plus
disposés à briser la loi du silence pour coopérer avec la police qui peut
en retour obtenir des informations sur des événements graves.
Quatrièmement, sous la pression policière, les mineurs ne peuvent
plus traîner dans les rues et les débits de boissons, ni fréquenter des
truands, ni rencontrer des occasions criminelles.
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 18

3e condition : l'intensité, l'activité et la concentration

Cette condition tient à la nature même du raid qui consiste en une


intensification de l'activité policière concentrée sur un point
d'application circonscrit. Voyons d'abord ce qui se passe dans cette
exigence n'est pas satisfaite.
Dans une ville du centre ouest américain, un prétendu
« crackdown » consistait principalement en patrouilles dans des
véhicules banalisés et en surveillance passive dans des voitures
stationnées aux intersections les plus problématiques de la ville.
L'évaluation menée par Novak (1999) débouche sur un constat
d'échec : la criminalité n'a pas bougé dans les secteurs visés. Deux
facteurs semblent avoir joué : premièrement, le territoire couvert par
l'opération était trop étendu ce qui interdisait la concentration,
deuxièmement, les agents n'étaient pas assez proactifs, se contentant
de patrouiller et de surveiller.
Un problème semblable se posait dans l'opération menée à Dallas :
les policiers se contentaient d'une présence visible dans les rues du
secteur ciblé et ils intervenaient fort peu. L'évaluation menée par
Fritsh et coll. (1999) débouche sur un constat d'échec.
À Minneapolis, une « hot spots patrol » ( patrouille de points
chauds) fut évaluée par Sherman et Weisburd (1995). L'intervention
portait sur 55 points chauds de la criminalité expérimentaux dans
lesquels on assurait trois heures par jour de présence policière, ce qui
était beaucoup plus qu'en temps normal. Les patrouilleurs y venaient
en voiture, restaient quelques minutes, quelquefois une heure,
repartaient puis revenaient de manière imprévisible. Les agents
n'ayant pas pour consigne d'intervenir, ils bavardaient avec les
passants, lisaient le journal, etc. Les résultats de cette forte
augmentation de présence policière furent décevants : Sherman et
Weisburd détectent un léger recul de 25% des incivilités, mais aucun
effet sur les crimes plus graves.
Le point commun de ces interventions, c'est la passivité des
policiers. Les résultats des opérations dans lesquels les policiers sont
actifs sont généralement meilleurs. Ainsi, dans l'expérience de
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 19

Richmond, évoquée plus haut, qui avait fait baisser la fréquence des
crimes violents de 92%, les policiers avaient procédé à plus de 400
arrestations sans compter de très nombreuses contraventions et
interrogatoires de suspects en pleine rue (Smith 2001). Si les policiers
de Richmond ont obtenu un aussi bon résultat, c'est largement parce
qu'ils prenaient systématiquement l’initiative d'intervenir et de
sanctionner.
Un véritable blitz sort les policiers de la passivité. Ceux-ci
intimident, non par leur simple présence, mais par leurs interventions.
Ils forcent ainsi les délinquants à se rendent à l'évidence que
dorénavant ils ne sont plus assurés de l'impunité.
En 1983, à Lynn au Massachusetts, le chef de police décide de
concentrer tous ses effectifs de lutte contre la drogue sur un voisinage
dans lequel sévissait ostensiblement le trafic de l'héroïne. Les
policiers surveillent les dealers, interrogent les suspects, procèdent à
des arrestations pour possession, perquisitionnent. 140 individus sont
interpellés en 10 mois. Résultat : baisse des cambriolages de 37% et
des crimes contre la personne de 66%. En revanche, non loin de là, à
Lawrence Massachusetts, une intervention semblable mais moins
intense et moins concentrée se solde par un échec (Kleinman 1988 et
1989).
Une répression forte et concentrée est nettement plus efficace
qu'une opération faible et diluée pour deux raisons. Dans un premier
temps, l'augmentation du nombre des interventions policières dissuade
et réduit le nombre des délinquants opérant dans le secteur. Dans un
deuxième temps, les malfaiteurs devenant moins nombreux, le ratio
délinquants-policiers évolue de plus en plus à l'avantage de ces
derniers, ce qui fait augmenter encore plus les risques d’interpellation
des délinquants qui n'ont pas évacué le secteur. (Kleinmann 1988)

Quatrième condition : surprendre d'abord, annoncer ensuite.

Il est de bonne guerre de garder le secret d'une descente de police


pour frapper au moment où les délinquants s'y attendent le moins.
Cependant, une fois la surprise passée, la publicité donnée à
l'opération pourra en amplifier les effets.
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 20

Voyons d'abord ce qui se passe en l'absence d’effet de surprise.

* À Houston, le 27 janvier 1989, une centaine de policiers


investissent un quartier dans lequel le trafic de la drogue
sévissait. Ils fouillent les appartements dans lesquels des
squatters étaient supposés habiter, mais n'en trouvent guère. Ils
font inspecter les immeubles dans lesquels on vendait de la
drogue. L'évaluation rapportée par Kessler et Duncan (1996)
n’apporta pas une bonne nouvelle aux initiateurs du projet :
celui-ci ne fit aucunement baisser la criminalité. Cet échec
s'explique quand on sait que deux grands journaux de Houston
avaient annoncé le « crackdown » quelques jours avant son
déclenchement. Mis en garde, les dealers avaient discrètement
déguerpi avant l'arrivée des policiers.
* À Kansas City, la police conduit, en 1991 et 1992, 98 raids très
brefs dans autant d'appartements dans lesquels le crack était
vendu et consommé. Les policiers faisaient irruption en
enfonçant la porte d'un « crackhouse » puis ils menaient une
fouille en règle. Sherman et Rogan (1995) évaluent ces raids en
utilisant 109 « maisons de crack » comme groupe témoin. La
baisse relative du nombre des crimes violents, des délits contre
la propriété et des incivilités reste faible. De plus, cet effet
s'estompe après douze jours. L'explication la plus plausible de
ce résultat fort mitigé se trouve dans le nombre de raids réalisés
par la police à la même époque. En effet, en 1990, le service de
police avait mené 687 raids et 554 en 1991. Plus de 1000
opérations contre la vente de crack dans une ville moyenne,
cela veut dire que les raids étaient devenus une routine autant
pour les policiers que pour les dealers. Ces derniers
réussissaient d'ailleurs la plupart du temps à échapper à
l'arrestation. La répétition d'un grand nombre de rafles sur le
même modèle ne surprend plus les délinquants et ils s'y
adaptent.

C'est dans la nature même de la surprise d'être éphémère. Il en


découle qu'on ne peut produire cet effet ni par des raids répétés à
l'identique ni par des opérations prolongées. Pour éviter que les
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 21

délinquants ne puissent trouver de parade, les coups de filet


gagneraient donc à être brefs et changeants.
Si la surprise s'impose face à des délinquants coriaces et organisés,
en revanche, elle n’apparaît guère nécessaire quand on vise des
individus moins déterminés. Une intensification des barrages de
sobriété précédée d'une campagne publicitaire fait souvent reculer la
fréquence des accidents liés à la conduite automobile avec facultés
affaiblies. C'est ainsi qu’une telle mesure appliquée en Nouvelle-
Zélande réussit à faire baisser le nombre d'accidents de la route
causant des blessures alors que l'opération avait été annoncée
plusieurs semaines d'avance (Sherman 1990 :26). Smith et Coll.
(2002) ont montré que, dans de nombreux projets de prévention
situationnelle, la délinquance avait commencé à reculer avant même la
mise en place d'une mesure ayant fait l'objet de publicité.
En résumé, un blitz peut-être annoncé si l’on a des raisons de
croire que les individus visés ne sont pas des délinquants déterminés.
Par contre, le secret devrait être gardé si l’on a affaire à des
malfaiteurs prêts à déployer des trésors d'ingéniosité pour continuer
leurs agissements en dépit de tout. Dans ce dernier cas, la publicité
devrait intervenir après, une fois l'opération déclenchée et le secret
éventé.

Cinquième condition : prévenir pour assurer un effet durable.

Les opérations éclair sont-elles condamnées à ne produire que des


résultats éphémères ? En stricte logique dissuasive, l'effet d'une rafle
ne peut durer que pendant son exécution et quelque temps après.
Ensuite les délinquants retrouveront leur rythme habituel après avoir
réalisé que les policiers sont passés à autre chose. Il n'en reste pas
moins qu’à Cartierville, la criminalité retrouva le niveau relativement
bas qu'elle présentait avant l'apparition du marché de crack, puis s’y
maintint pendant au moins trois ans, parce que les vendeurs de drogue
furent durablement dispersés et désorganisés, et aussi parce que les
autorités municipales prirent possession des immeubles.
Dans un secteur de la ville anglaise de Leeds, une opération
répressive réalisée en 1995 contre des cambrioleurs invétérés fut
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 22

complétée par des mesures préventives (Farrell et coll. 1998). C'est


ainsi que l'on entreprit d'inspecter les appartements qui venaient d'être
cambriolés pour en découvrir les vulnérabilités et corriger la situation.
De meilleures serrures furent alors installées. Des cadres de portes
fragiles furent remplacés. Grâce à ces mesures, le recul des
cambriolages se manifesta durant une assez longue période.
Une succession de blitz répétés pendant plusieurs années pourrait
aussi produire des effets durables. Dans plusieurs pays occidentaux,
des « barrages de sobriété » répétés durant des années accompagnés
de campagne publicitaire semblent avoir provoqué des changements
d'attitude dans les populations. Les gens sont de plus en plus
convaincus que conduire une voiture en état d'ébriété est un acte
répréhensible. C'est ainsi que nous avons vu, notamment au Québec,
d'importantes baisses de la fréquence des accidents mortels liés à la
consommation d'alcool (voir Blais, chap. xx).
Après un raid, une stratégie d'occupation du terrain paraît indiquée.
Pendant les semaines suivant le blitz, on assure une présence policière
constante sur place, par exemple, en y stationnant en permanence un
véhicule de police qui sert de point de rencontre aux patrouilleurs. On
encourage les citoyens à se réapproprier l'espace. Les propriétaires
d'immeubles dans lesquels on avait laissé s'incruster des marchés de
drogue sont incités à expulser les dealers. Certains immeubles sont
expropriés, rénovés et pris en charge par l'administration municipale.
De telles mesures peuvent être imposées en utilisant divers règlements
et lois : code du bâtiment, droit civil, règlements municipaux, etc.
(Mazerolle et Roehl 1998). Ces mesures préventives peuvent assurer
la pérennité des effets d'une opération coup-de-poing, comme en
témoigne l’évaluation d'une intervention au cours de laquelle la police
avait exercé des pressions sur les propriétaires d'immeubles pour qu'ils
expulsent les trafiquant de drogue (Eck et Wartell 1998) .
En dernière analyse, une frappe policière obtient ses résultats les
plus durables quand elle parvient, non seulement à crever l'abcès
criminel, mais encore à inoculer des anticorps à la micro communauté
qui hébergeait le crime contre son gré. En effet, par la force des
choses, dans un point chaud du crime, les contrôles informels
s'effondrent, les voyous ayant réussi à imposer leur loi. Sous
l'accumulation des incivilités, des menaces et des transgressions
impunies, les résidants du coin se réfugient dans le silence, la
Maurice Cusson et Éric La Penna, “Les opérations coup-de-poing.” (2007) 23

tolérance et la passivité, n'osant plus intervenir ni même appeler la


police. Survient l'opération coup-de-poing qui renverse le rapport de
forces : les délinquants n’ont plus le dessus. Et le message qu’elle
envoie aux honnêtes gens dit ceci : dorénavant, si vous appelez la
police, celle-ci viendra, et si vous vous mobilisez pour restaurer la
civilité en ce lieu, vous ne serez plus seuls.

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Fin du texte

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