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§111 - L’abréviation : généralités.

H
a) L’ abréviation est un procédé graphique consistant à écrire un mot en n’utilisant qu’une partie de ses lettres : M . pour Monsieur ; n °
pour numéro .
Il n’y a pas de prononciation particulière pour la forme abrégée : M . et n ° se prononcent comme Monsieur et numéro . Il est donc tout à
fait gênant d’employer abréviation pour un autre phénomène, que nous appelons réduction (§ 188) , phénomène lexical , qui donne naissance à
un mot nouveau, ou du moins à un signifiant nouveau, aussi bien pour le langage écrit que pour le langage parlé : métro [metRo] tiré de
métropolitain ; le sens, le signifié , est le même dans la forme pleine et dans la forme réduite. R1
Dans le cas des sigles ( § 190) , l’abréviation s’est transformée en réduction : J. O. C. , prononcé d’abord comme Jeunesse ouvrière
chrétienne , puis [ʒiose] ou [ʒɔk] et écrit JOC . — Pour mons = monsieur , cf. § 188, H1 .
Le o placé en exposant R2 dans n˚ , v˚ , r˚ , f˚ , et, par analogie, dans 1˚ , 2˚ , etc. est la dernière lettre de numéro, verso, recto,
folio, primo, secundo . Il ne peut donc pas servir pour abréger premier, deuxième, vingtième , dont les abréviations sont 1er , 2e , xx e (pour
vingtième devant siècle ).
b) Le but principal est de gagner du temps et de la place, mais on a aussi des abréviations euphémiques et des abréviations de discrétion.
Abréviations euphémiques, pour représenter des mots jugés grossiers ou inconvenants : Le vulgaire [à l’époque de la Révolution] avait
toujours le mot de f… [= foutre ] à la bouche ou sous la plume ( Brunot, Hist., t. X, p. 228). R3

Abréviations de discrétion, pour les noms propres et parfois pour les dates : J’ai achevé avant-hier, avec l’aide de M., l’article sur les
Grandes Compagnies (Gide, Journal, 18 août 1927). — Les officiers du régiment en passage à V… les connaissaient presque tous (Barbey
d’Aur., Diabol., Pl., p. 89). — Pendant le cours de l’année 186., le monde entier fut singulièrement ému par une tentative scientifique sans
précédent (Verne, Autour de la lune, Chap. prélim.).
Dans l’abréviation euphémique, le lecteur devine ce qu’il y a sous la graphie. Dans l’abréviation de discrétion, il en est souvent incapable.
Chez les romanciers, cette discrétion, ordinairement feinte, veut donner l’illusion du réalisme.
c) Dans les notes que l’on prend pour soi, les abréviations ressortissent à des choix personnels. Mais il y a un certain nombre de formes
conventionnelles, que l’on trouve dans l’usage général. Les unes sont employées pour ainsi dire sans réserves dans toutes sortes de situations :
Etc. = et cetera , que l’on écrit rarement en entier ; n ° = numéro . — Devant le nom ou le titre R4 : M. = monsieur ; Mme = madame ;
Mlle = mademoiselle ; Mgr = monseigneur ; P. = père ou R. P. = révérend père (religieux) ; Sr = sœur (religieuse) ; Dr = docteur (en médecine)
; Me = maître (avocat ou notaire) ; S. S. = Sa Sainteté (le pape) ; S. M. = Sa Majesté (le roi) ; S. A. = Son Altesse (un prince de sang royal) ;
S. E. ou S. Exc. = Son Excellence (cf. § 112, a, 1°) . — Les prénoms sont souvent réduits à l’initiale devant les noms : Un exemple d’A. Daudet
(G. Gougenheim, dans le Fr. mod., janv. 1950, p. 6). — Moins courant : Les 10 p. [= pour ] cent de gaullistes (de Gaulle, Mém. de guerre, t.
II, p. 155). [On préfère souvent le symbole % : § 113. ]
D’autres abréviations n’apparaissent pas d’ordinaire dans un texte suivi, dans de véritables phrases.
Dans des références bibliographiques, entre parenthèses ou en note ou dans des listes : p. = page ; s. l. n. d. = sans lieu ni date ; ms. =
manuscrit ; f° = folio ; v° = verso ; s. v. = sub verbo (« au mot ») ; op. cit. = opus citatum (« ouvrage cité ») ; l. c. = loco citato (« à
l’endroit cité ») ; id. = idem (« le même ») ; ibid. ou ib. = ibidem (« au même endroit ») ; etc. — Dans les dates : Avant ou après J.-C. = Jésus-
Christ. — Dans des références géographiques : N. = nord ; E. = est ; S. = sud ; O. = ouest. — Dans des adresses, tél. = téléphone ; boul. ou
bd = boulevard.
d) Sur le problème des majuscules, voir § 99, e. — Sur le pluriel, voir §
521.

B
A. Doppagne , cité § 97, B .

H
Les manuscrits du Moyen Âge utilisaient un grand nombre d’abréviations , dont certaines ont été conservées par l’imprimerie à ses débuts :
voir encore cõtribue pour contribue dans Vaugelas, Préf., sommaire de II, 5 ). — C’est une abréviation qui est à l’origine de l’x final de
troupeaux , etc. : cf. § 91, H3 .

R1
L’abréviation est à distinguer aussi du diminutif , mot nouveau, distinct, à la fois comme signifiant et comme signifié, du mot de base : fillette
, tiré de fille . Cf. § 165, b.

R2
La formule en exposant « au-dessus de la ligne » n’est mentionnée dans les dict. qu’à propos des mathématiques (elle est pourtant courante
dans les manuels de typographie). Suscrit « écrit au-dessus d’une autre lettre » n’est pas un synonyme. La formule en indice « au-dessous
de la ligne » est peu utile en dehors des mathématiques.

R3
Avec un procédé graphique exceptionnel : Je puis certifier […] / […] que sa femme / (En ne le faisant pas c—) n’eût pas été / Plus fort ni
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plus souvent battue (Musset, Prem. poés., Mardoche, iv ) [c — = cocu ] .

R4
Monsieur, Madame et les autres désignations énumérés ci-contre ne s’abrègent que devant le nom ou le titre des personnes : M. Dupont,
Mme la directrice, Me Garçon , etc.

On ne les abrège pas pour les personnes à qui on s’adresse par écrit : À monsieur Henri Bremond / de l’Académie française / hommage
respectueux ( M. Noël, Rosaire des joies, Dédicace). — Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de
mes sentiments de très haute considération et de très sincère dévouement ( de Gaulle, lettre à Churchill, dans Mém. de guerre, t. II, p.
493).

Lorsqu’on reproduit des paroles par écrit, on n’abrège pas non plus d’ordinaire les titres des personnes auxquelles les paroles s’adressent
: J’ai aussi oublié de dire à Madame la duchesse que Mme la comtesse Molé avait laissé ce matin une carte pour Madame la duchesse
(Proust, Rech., t. II, p. 589). [Remarquez l’abréviation de Madame lorsque le valet parle d’une autre personne que celle à qui on s’adresse.]

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