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CHAPITRE X

Suites et séries de fonctions

Sommaire
1. Convergence simple, convergence uniforme 268
1.1. La convergence simple 268
1.2. La convergence uniforme 270
1.3. Convergence uniforme et opérations algébriques 271
1.4. Opérations sur les domaines où la convergence d’une suite de fonctions donnée est uniforme 272
2. Conservation de propriétés par limite uniforme 273
2.1. Généralités 273
2.2. Continuité 273
2.3. Double limite 275
2.4. Intégration d’une limite uniforme sur un segment 276
2.5. Dérivation d’une suite de fonctions 277
3. Approximation uniforme 278
4. Séries de fonctions 279
4.1. Généralités 279
4.2. Convergence normale d’une série de fonctions 280
4.3. Convergence uniforme et série de fonctions 282

L’étude assez générale et théorique menée dans le chapitre sur les espaces vectoriels normés peut s’adapter
à l’étude de suites et de séries de fonctions. P
Le contexte sera le suivant : on considère une suite (fn ) de fonctions ou une série de fonctions un , où les
un et fn sont définies sur une partie A d’un espace vectoriel normé H de dimension finie et à valeurs dans un
espace vectoriel normé E de dimension finie.
On a muni A d’une topologie P afin de pouvoir se poser des questions sur la régularité des fn et un , et surtout
des éventuelles limites de (fn ) et un (en un sens à préciser).
On verra dans un premier temps que la notion la plus évidente de convergence, la convergence simple, est
trop peu exigeante : le fait que les fn vérifient certaines propriétés ne garantit aucunement que leur limite les
vérifie aussi.
On introduira alors la notion de convergence uniforme, beaucoup plus adaptée : par exemple, la continuité
 passera  à la limite uniforme.
Le plus souvent, A sera un intervalle réel (on pourra alors s’intéresser à la dérivabilité de f ), et E sera égal
à R ou C.
Outre ces question de régularité, on se posera souvent la question de la légitimité de l’interversion de limites.
Par exemple, sous quelles conditions (suffisantes) peut-on affirmer que
lim lim fn (x) = lim lim fn (x),
n→∞x→a x→an→∞
que
Z Z
lim fn (t)dt = lim fn (t)dt
n [a,b] [a,b] n

ou, pour les séries de fonctions, que



X ∞
X
lim un (x) = lim un (x)
x→a x→a
n=0 n=0

et que
∞ Z
X Z ∞
X
un (t)dt = un (t)dt
n=0 [a,b] [a,b] n=0

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1. MODES DE CONVERGENCE CHAPITRE X. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS

Pour toute partie non vide B de A, et toute fonction g de A dans E telle que g|B soit bornée, nous noterons
def
kgk∞,B = sup {kg(x)k , x ∈ B}
Lorsqu’en outre B = A, nous noterons simplement kgk∞ le réel kgk∞,A .

1. Convergence simple, convergence uniforme

1.1. La convergence simple

Définition (Convergence simple sur A)

On dit que la suite de fonctions (fn ) converge simplement vers une fonction f (de A dans
E) si, pour tout x ∈ A, la suite (fn (x)) converge vers f (x). On dit alors que f est limite X.i
simple de (fn ).

La convergence simple est donc une accumulation de convergences ponctuelles, sans lien entre elles.

Illustration

Il y a unicité de la limite simple d’une suite de fonctions, mais pas toujours existence.

Exemple (Convergence simple)

(1) On considère la suite (gn ) de fonctions gn : x ∈ [0, 1] 7→ xn . Cette suite converge


simplement vers la fonction g : [0, 1] → R, nulle sur [0, 1[, et valant 1 en 1.
i
(2) La suite (hn ) de fonctions hn : x ∈ R 7→ n sin nx converge simplement vers

h = Id R sur R.

Le premier exemple montre que la continuité ne passe pas à la convergence simple : chaque fonction gn est
continue en 1, mais la limite simple g ne l’est pas. Il est naturel de se demander si certaines propriétés sont
malgré tout conservées par passage à la limite simple, i.e. si, lorsque chaque fonction fn vérifie une propriété
P, alors la limite simple f de (fn ) vérifie également cette propriété. C’est le cas de :
(1) La croissance, la décroissance, la monotonie.
(2) La positivité, le fait d’être minoré (ou majoré) par un réel donné 1, d’avoir une image incluse dans une
partie fermée donnée.
(3) Le fait d’être inférieure ou égale (ou supérieure ou égale) à une fonction donnée.
(4) La convexité, la concavité.
(5) Le fait d’être K-lipschitzien (où K est un réel positif donné).
(6) La linéarité.
En revanche, les propriétés suivantes ne passent pas à la limite simple :

1. Le même pour toutes les fonctions fn .

268 Stéphane FLON


CHAPITRE X. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS 1. MODES DE CONVERGENCE

(1) La continuité (ponctuelle ou globale), la dérivabilité (ponctuelle ou globale).


(2) L’injectivité, la surjectivité.
(3) La stricte croissance, la stricte décroissance, la stricte monotonie, etc. Plus généralement, on se sou-
viendra que les inégalités strictes deviennent larges par passage à la limite.
(4) Le fait d’être majoré, minoré, borné, et le fait de ne pas l’être.
(5) Le fait d’être lipschitzien.

Illustration

On retiendra que la limite simple ne conserve que les propriétés qu’elle conserve de manière évidente, i.e.
celles dont on prouve la conservation par une analyse immédiate de la question.
On peut aussi se demander si la notion de limite simple se comporte bien avec certains opérateurs, et
notamment l’intégrale sur un segment. La réponse est non. Par exemple, on peut trouver une suite R (fn ) de
fonctions continues sur [0, 1], convergeant simplement vers la fonction nulle, et vérifiant pourtant [0,1] fn = 1
pour tout n ∈ N. On a donc dans ce cas :
Z Z
lim fn (t)dt 6= lim fn (t)dt
n [0,1] [0,1] n

Illustration

La notion de limite simple d’une suite de fonctions ne transmet pas suffisamment de propriétés pour se
suffire à elle-même : cela motive l’introduction d’un nouveau mode de convergence.
Exercice (d’assimilation) conseillé : étude de la convergence simple dans l’exercice 778.
269 Stéphane FLON
1. MODES DE CONVERGENCE CHAPITRE X. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS

1.2. La convergence uniforme

Définition (Convergence uniforme sur A, sur une partie de A)

On dit que la suite de fonctions (fn ) converge uniformément (sur A) vers une fonction f
(de A dans F ) si la suite (kf − fn k∞ ) est définie à partir d’un certain rang a et tend vers
0.
On dit alors que f est limite uniforme de (fn ).
Plus généralement, si B est une partie de A, on dit que (fn ) converge uniformément vers X.ii
f sur B si la suite des restrictions des fn à B converge uniformément vers la restriction
de f à B, i.e. la suite (kf − fn k∞,B ) est définie à partir d’un certain rang, et tend vers
0.
a. i.e. f − fn est bornée, sauf éventuellement pour un nombre fini de valeurs de n.

Lorsqu’on évoque une convergence uniforme, il est important de préciser sur quel domaine elle a lieu.
Bien sûr, si (fn ) converge uniformément sur A, alors elle converge uniformément sur toute partie de A.

Convergence uniforme et convergence simple

Le fait que (fn ) converge simplement vers f s’écrit


∀ x ∈ A, ∀ ε > 0, ∃N ∈ N, ∀ n > N, kfn (x) − f (x)k 6 ε
alors que le fait que (fn ) converge uniformément vers f s’écrit a
∀ ε > 0, ∃N ∈ N, ∀ n > N, ∀ x ∈ A, kfn (x) − f (x)k 6 ε
Clairement, la convergence uniforme (vers f ) entraı̂ne la convergence simple (vers la même
fonction f ), mais la réciproque est fausse :

X.a

a. Certains définissent d’ailleurs la convergence formule par cette assertion formelle. Cela équivaut à
la définition donnée dans ce cours.

Illustration

270 Stéphane FLON


CHAPITRE X. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS 1. MODES DE CONVERGENCE

Montrer une non convergence uniforme

Pour montrer que la suite (fn ) de fonctions ne converge pas uniformément vers f , et si
le calcul de kf − fn k∞ n’est pas évident, on pourra trouver une suite (xn ) de points de
A telle que la suite de terme général kf (xn ) − fn (xn )k ne converge pas vers 0. Dans le
X.b
cas où f est la limite simple de (fn ), les suites (xn ) stationnaires ne permettront pas de
conclure : en général, les suites (xn ) choisies tendront vers un point adhérent à A mais
non dans A, ou vers ±∞ (dans le cas où A est un intervalle, non majoré ou non minoré).

Exemple (Convergence uniforme)

(1) Dans l’exemple de la suite (gn ) ci-dessus, la convergence n’est pas uniforme
car pour tout n ∈ N, kg − gn k∞ = 1, ou encore car si on pose xn = 1 − n1 ,
(g(xn ) − gn (xn )) ne tend pas vers 0.
ii
(2) Dans l’exemple de la suite (hn ) ci-dessus, la convergence n’est pas uniforme.

Convergence uniforme sur tout compact et convergence uniforme

Il est évident que si (fn ) converge uniformément, alors elle converge uniformément sur
tout compact inclus dans A, mais la réciproque est fausse :

X.c

Exercice (d’assimilation) conseillé : l’étude de convergence uniforme dans l’exercice 778.

1.3. Convergence uniforme et opérations algébriques


On considère ici deux suites de fonctions (fn ) et (gn ) de A dans E, et on se pose la question de la stabilité
de la convergence uniforme par opérations algébriques. Pour ce faire, on tente d’appliquer le cours sur les espace
vectoriel normés.
La suite (fn ) converge uniformément vers f si et seulement si la suite (fn − f ) est à valeurs dans l’espace
vectoriel 2 B(A, E) à partir d’un certain rang n0 , et la suite (fn − f )n>n0 converge vers la fonction nulle dans
l’EVN (B(A, E), k·k∞ ).
La convergence uniforme rentre donc partiellement dans le cadre général de la convergence d’une suite
dans un evn : on a en particulier immédiatement équivalence entre la convergence uniforme de (fn ) vers f et
la convergence uniforme de chacune des suites de fonctions coordonnées des fn dans une base donnée vers la
fonction coordonnée correspondante de f .
De plus, grâce au théorème VIII.7 :

Proposition (Convergence uniforme d’une combinaison linéaire)

Si (fn ) et (gn ) convergent uniformément vers f et g respectivement, alors, pour tout


X.1
scalaires λ et µ, (λfn + µgn ) converge uniformément vers λf + µg.

Attention cependant, on ne peut pas dire que la convergence uniforme de (fn ) vers f soit équivalente à la
convergence de la suite (fn ) vers f dans l’EVN (B(A, E), k·k∞ ), pour la simple raison que les fonctions fn et

2. B(A, E) est l’ensemble des fonctions bornées de A dans E.

271 Stéphane FLON


1. MODES DE CONVERGENCE CHAPITRE X. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS

la fonction f ne sont pas supposées bornées a priori (c’est la différence fn − f qui l’est, à partir d’un certain
rang).
Dans le cas où (fn ) converge uniformément vers f , les fonctions fn sont bornées à partir d’un certain rang
si et seulement si f est bornée :

Pour des fonctions bornées (ce qui sera souvent le cas en pratique), (fn ) converge uniformément vers f si
et seulement si la suite (fn ) de l’evn (B(A, E), k·k∞ ) converge vers f . Si en outre E est une K-algèbre normée,
l’EVN (B(A, E), k·k∞ ) est aussi une K-algèbre normée, et donc :

Proposition (Convergence uniforme d’un produit dans le cas de fonctions bornées)

On suppose que E est une K-algèbre normée, et que (fn ) et (gn ) convergent uniformément
vers f et g respectivement.
X.2
Si les fonctions fn et gn sont en outre bornées (pour tout n, ou du moins à partir d’un
certain rang n0 ), alors (fn gn ) converge uniformément vers f g.

Démonstration

Dans une telle situation, (fn )n>n0 et (gn )n>n0 convergent respectivement vers f et g dans
la K-algèbre normée (B(A, E), k·k∞ ) (f et g sont bornées par convergence uniforme et car
les fonctions fn gn le sont à partir d’un certain rang), donc (fn gn ) converge uniformément
vers f g (cas particulier du théorème VIII.7).


On peut bien sûr retrouver ce résultat directement, en introduisant un terme mixte par relation de Chasles
dans l’expression fn gn − f g.
Cette proposition s’applique notamment au cas où E = R (normé par la valeur absolue) ou E = C (normé
par le module).

Exemple (Opérations algébriques et convergence uniforme)

def
Pour tout (x, n) ∈ [0, 1] × N∗ , posons fn (x) = x + n1 . La suite de fonctions bornées (fn )
converge uniformément vers f : x ∈ [0, 1] 7→ x, donc la suite (fn3 + 2fn + 3) converge iii
uniformément vers x 7→ x3 + 2x + 3 sur [0, 1].

Si on ne suppose plus les fonctions fn et gn bornées, la suite (fn gn ) ne converge pas toujours uniformément
vers f g :

1.4. Opérations sur les domaines où la convergence d’une suite de fonctions donnée est
uniforme
Considérons une suite de fonctions (fn ) de A dans E, convergeant simplement sur A vers une fonction f .
On s’intéresse à l’ensemble Ω des parties de A sur lesquelles la convergence est uniforme.
(1) Si B appartient à Ω, alors toute partie de B appartient à Ω.
(2) Si B et C appartiennent à Ω, alors B ∪ C appartient à Ω (plus généralement, s’il y a convergence
uniforme sur B1 , . . . , Bn , alors il y a convergence uniforme sur B1 ∪ · · · ∪ Bn ).
(3) Tout singleton de A appartient à Ω (et donc toute partie finie de A appartient à Ω).
272 Stéphane FLON
CHAPITRE X. SUITES ET SÉRIES DE FONCTIONS 2. LIMITE UNIFORME

On en déduit la remarque importante suivante :

Enlever un point au domaine n’aide pas à la convergence uniforme

Supposons que B soit une partie stricte de A, et que c soit un point de A \ B.


La suite (fn ) converge uniformément sur B ∪ {c} si et seulement si (fn ) converge unifor-
mément sur B.
Ainsi, il est illusoire d’enlever un point à un domaine sur lequel il n’y a pas convergence
X.d
uniforme pour espérer obtenir la convergence uniforme : en pratique, on enlèvera plutôt
un voisinage relatif de ce point.
Par exemple, la suite (gn ) de l’exemple i ne converge pas uniformément sur [0, 1], mais
pas non plus sur [0, 1[.

Ω est stable par union finie, mais pas par union quelconque (si tel était le cas, la convergence simple
entrainerait la convergence uniforme, en écrivant A comme union de singletons).

2. Conservation de propriétés par limite uniforme

2.1. Généralités
Bien évidemment, la convergence uniforme conserve toute propriété conservée par convergence simple,
comme la convexité, ou la positivité par exemple.
Elle conserve également le fait d’être majoré, minoré, ou borné.

2.2. Continuité
On s’attend également à ce que la convergence uniforme, bien plus exigeante que la convergence simple,
conserve d’autres propriétés, notamment la continuité. C’est bien le cas :

Théorème (Continuité ponctuelle et convergence uniforme)

Si les fn sont continues en a et si (fn ) converge uniformément vers f sur un voisinage de


X.3
a (relatif à A), alors f est continue en a.

Démonstration

273 Stéphane FLON

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