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IDENTIFICATION PROJECTIVE ET PSYCHANALYSE DE LA FAMILLE

Anna Rissone

In Press | « Le Divan familial »

2011/2 N° 27 | pages 165 à 174


ISSN 1292-668X
ISBN 9782848352121
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https://www.cairn.info/revue-le-divan-familial-2011-2-page-165.htm
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Identification projective
et psychanalyse de la famille
Anna Rissone

Fonctions de l’identification projective

L ’identification projective apparaît encore aujourd’hui comme un


concept riche et fécond en raison de sa double fonction de mécanisme
de défense et de vecteur de communication. Elle permet de se débarrasser
de sentiments déplaisants, de contrôler certains aspects du psychisme de
l’autre, d’éviter la séparation, les sentiments de dépendance et de perte,
de colère et d’envie ; elle permet aussi la communication et l’empathie.
Ce deuxième aspect implique un caractère communicatif, intersubjectif et
dans la réalité (le patient fait quelque chose à l’analyste et l’analyste fait
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quelque chose au patient). Deux aspects particulièrement utiles dans la
clinique des familles seront développés ici : le rapport entre l’identification
projective et la transmission psychique, d’une part, et la pression exercée
par le patient sur l’analyste pour le pousser à agir, d’autre part.
Si l’on s’interroge sur ce qui se transmet d’un espace psychique à
l’autre dans les dimensions intersubjective et transgénérationnelle, on
peut dire qu’il s’agit de configurations d’objets psychiques munis de leurs
liens, éventuellement marqués par le négatif relatif à la faute, la maladie,
la honte, le refoulé (R. Kaës, 1997) ; il s’agit aussi d’objets perdus,
endeuillés ou au contraire idéalisés et grandioses, objets qui représentent
inconsciemment un ancêtre et peuvent conduire à un désinvestissement
des relations actuelles. Les contenus projetés deviennent de vrais corps
étrangers intrapsychiques, qui transforment le sujet et se transmettent non
modifiés de génération en génération, avec un effet traumatique, toxique

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et aliénant sur le sujet. Et c’est précisément l’identification projective qui


est l’agent de la transmission psychique. Elle est même, selon A. Ciccone
(1999), la voie royale de la transmission.
Le deuxième aspect important de l’identification projective est l’in-
duction comportementale, à travers laquelle le sujet non seulement fait
éprouver à l’objet ce qu’il ressent et trouve intolérable, mais encore
l’amène à agir et à avoir inconsciemment la même attitude.
Les auteurs anglais post-kleiniens (B. Joseph, 1987 ; E. B. Spillius,
1992 ; M. Feldman, 1992 ; J. Steiner, 2000 ; G. Fornari Spoto, 2001) ont
mis en évidence que la projection n’est pas seulement un fantasme intra­
psychique, mais qu’elle a aussi pour effet d’affecter l’objet et d’influencer
son comportement, d’une manière subtile ou parfois plus intense, sans qu’il
en soit conscient. L’expérience subjective de l’analyste est qu’il lui arrive de
dire ou de faire quelque chose sous pression. Il s’y sent contraint ou poussé
d’une façon inhabituelle. Les auteurs cités parlent alors d’« enactment »,
processus qui permet à l’analyste de connaître le contenu psychique du
patient pour l’avoir éprouvé à un niveau sensoriel et émotionnel, avant de
pouvoir l’élaborer mentalement et le traduire en mots.
M. Klein (1955) avait déjà mis l’accent sur le caractère concret de
l’identification projective, en parlant des sensations physiques éprouvées
par les deux personnes impliquées et des conditions spatio-temporelles
dans lesquelles s’opère l’identification projective. Grotstein (2005), dans
sa théorie de la trans-identification projective, reprendra cet aspect en
soulignant la présence d’un processus sensori-moteur chez le sujet qui
projette et d’un écho empathique spontané chez l’objet.
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L’enactement peut représenter une tentative de communication ou
être utilisé pour éviter la douleur psychique. Dans ce cas, il peut y
avoir une répétition stéréotypée d’actions dans la séance et l’analyste
peut devenir complice du besoin du patient d’éviter le contact avec
une réalité inacceptable. Comme le dit J. Steiner (2000), le patient
« manœuvre » l’analyste et l’analyste devient « instrumentalisé ». Mais
si l’analyste prête beaucoup d’attention à son contre-transfert, au sens
large du terme, et sait reconnaître le rôle que le patient lui a fait jouer,
il pourra plus facilement comprendre les mécanismes qui bloquent le
développement du patient.
Quand on parle d’identification projective, il est clair que l’on doit
interroger le contre-transfert. Tout d’abord, l’analyste doit accorder de
l’importance à ses propres émotions comme source d’information sur
le patient, tout en étant bien conscient qu’il peut confondre ses propres

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émotions avec celles du patient (E. B. Spillius, 1992). Ensuite, il doit


consentir à faire l’expérience interne des pressions exercées, tout en
contenant sa propension à agir, à se laisser déranger par les projections
du patient, tout en restant en empathie avec lui. Si l’analyste sait saisir
l’occasion de ce type de communication sans se laisser prendre dans
un re-enactment de la situation fantasmatique, le patient pourra entrer
en contact, à travers l’interprétation de l’analyste, avec des sentiments
et des pensées dont il n’était pas conscient. Il pourra ainsi changer sa
relation avec les contenus projetés et réintrojecter un contenu modifié
(M. Feldman, 1992). À travers ces passages successifs, l’identification
projective peut donc être considérée comme une voie vers le change-
ment psychique.

Illustration clinique
Je vais présenter maintenant un exemple clinique de psychanalyse
familiale qui illustre ces questions.
La famille se compose du père, de la mère et de deux enfants, Lucia
et Aldo, âgés de 11 et 9 ans, tous en grande souffrance.

Les entretiens préliminaires avec les parents


Lucia est décrite par ses parents comme une petite fille solitaire et agres-
sive, avec des comportements de type phobique et un intérêt obsessionnel
et exclusif pour les chiens, qu’elle dessine pourvus de dents longues et
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de griffes impressionnantes. Aldo, par contre, est décrit comme un enfant
intelligent, vif, sociable, souffrant à cause de sa sœur. Lucia, en réalité,
n’est pas l’aînée, elle est née sept ans après un frère atteint de trisomie 21,
mort après 17 jours de vie et encore très présent dans les pensées des
parents ; de plus, elle est née le même jour que ce premier enfant, fait
auquel sa mère attache beaucoup d’importance, « comme un signe du
destin ». Les parents ont choisi de l’appeler Lucia, du nom d’une fillette
« très belle » rencontrée en Amazonie, dans un centre de religieuses : sa
mère avait accouché de deux jumelles, mais ne pouvait les élever toutes
les deux et en avait abandonné une.
Dès le deuxième entretien, je pense à un élément de transmission
psychique de type transgénérationnel car j’observe que plusieurs fantasmes
inexprimés concernant leur fils aîné, restés inconsciemment présents, sont
réapparus chez Lucia. Les parents paraissent réceptifs à mon hypothèse et

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la mère associe avec des rêves terribles qu’elle faisait avant l’accouche-
ment de son premier-né, dans lesquels des chiens errants lui parlaient.
Dans le même entretien, j’éprouve contre-transférentiellement une
intense identification projective. Il m’est rarement arrivé d’attendre avec
autant d’inquiétude la première rencontre avec un enfant, même avec un
diagnostic de personnalité schizoïde : je m’imaginais Lucia comme un
« monstre », laide et intenable. En réalité, quand je l’ai vue, avec son très
beau visage et son corps presque évanescent, je me suis sentie étonnée
et soulagée et j’ai ensuite réalisé que cela devait être exactement ce que
sa mère avait ressenti à sa naissance : beaucoup d’angoisse auparavant,
parce qu’elle craignait que son enfant soit sourd ou aveugle et ensuite
la surprise de la trouver si belle. Je pense qu’il s’agit d’un bel exemple
de la portée communicative de l’identification projective : elle induit de
façon immédiate, dans la psyché de l’autre, des images, des fantasmes,
des angoisses, de telle sorte qu’il les éprouve.

Interfantasmatisation
autour des animaux
Pendant les premières années de thérapie, les chiens sont souvent présents
dans les récits de la mère et dans les dessins de Lucia.
À la première séance, néanmoins, Lucia dessine une famille de
chats, dont certains morts de maladie ou par accident. Tous donnent des
associations sur des histoires d’animaux abandonnés ou blessés, qui par
la suite seront recueillis et soignés. Lucia m’avait auparavant demandé si
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j’avais des animaux et je lui avais répondu que j’avais des chats. Par son
dessin, elle a bien exprimé le fantasme de toute la famille : les séances
peuvent être un espace d’accueil et de soins pour les blessures et les
abandons de chacun.
Dans les fantasmes de la mère, le chien féroce et errant est probable-
ment son enfant mort, un zombie-fantôme, qui revient de l’au-delà pour
attaquer et exiger des soins, qui envahit sa psyché et qu’elle expulse dans
ses enfants, spécialement dans Lucia, avec un empiétement imagoïque.
Lucia non seulement prend la place du frère mort, mais elle devient aussi
un peu cet enfant, qui serait né une deuxième fois dans un corps féminin.
Que Lucia soit une fille, qu’elle soit belle et bien portante, ces faits ne
suffisent pas pour la différencier de son aîné. Son frère est en elle, une
sorte de jumeau interne, comme les deux jumelles séparées dont l’une a
été rencontrée en Amazonie.

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Lucia devient le réceptacle des projections parentales probablement à


cause de la coïncidence de sa date de naissance avec celle du premier-né
et parce qu’elle est l’élément fragile de la famille, en raison de l’imma-
turité de son psychisme. Les projections ont été si massives (par défaut
de contenance des parents) qu’elle n’a pas pu les repousser. Elle a ainsi
reçu dans sa psyché le sentiment de culpabilité des parents, associé à leur
fantasme d’être des parents ne pouvant donner naissance qu’à des enfants
génétiquement malades et au fantasme omnipotent de garder leur fils en
vie pour pouvoir en prendre soin. C’est seulement il y a peu qu’ils ont pu
le penser absent et mort, vingt-cinq ans après sa mort.
Le traumatisme de cette naissance, vécu dans la solitude et l’isole-
ment, l’impossibilité d’exprimer et d’élaborer la déception, la blessure
narcissique et la culpabilité les ont probablement empêchés de percevoir
le bébé Lucia dans sa réalité et son unicité.
Le fantôme de l’enfant trisomique encombre cette famille pendant
longtemps : pendant un certain temps, il habite Lucia qui en devient, pour
ainsi dire, trisomique intellectuellement. Elle semble incapable de penser
par elle-même. Chaque fois que je lui pose une question, elle regarde sa
mère, s’agrippe à son regard et attend qu’elle lui souffle la réponse. Sa
mère la lui offre promptement et, ce faisant, elle la soulage, mais continue
à la « gaver » avec ses pensées. Pendant longtemps Lucia est fragmentée,
incohérente, confuse, jusque dans la perception de son corps et de son
genre sexuel. Ensuite, au fur et à mesure que Lucia ira mieux, ce sera
Aldo qui jouera le rôle du trisomique.
Les fantasmes des parents se sont transformés dans le psychisme des
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enfants en objets bruts qu’ils évacuent par des gestes incoordonnés, des
cris, des gros mots, des phrases stéréotypées ou hors contexte. Ces éléments
impensables ont trouvé dans les séances un lieu où être déposés ; peu à peu
ils ont été reconnus, accueillis et interrogés, quand ma capacité de penser
et d’associer a pu reprendre son cours, après avoir été mise à l’épreuve.

Parents et sorciers
Madame semble être inconsciemment en contact avec les effets de
l’identification projective. Après un an de thérapie, elle introduit, à propos
d’Harry Potter, le thème des sorciers négatifs qui dépouillent les gens de
leur raison et de leur sagesse. Je pense que c’est exactement ce qu’elle
fait avec sa fille : elle lui vole sa capacité de penser et l’emplit de ses
propres angoisses.

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Quant au père, il tente à diverses reprises, mais sans trop de succès, de


protéger ses enfants des communications négatives de sa femme ; il est
capable de souligner la différence entre rêve et réalité, mais ne parvient
pas à éloigner les présences inquiétantes. Du regard, il me demande
souvent d’exercer la fonction paternelle à sa place et de détoxifier la
situation familiale. Il m’est arrivé, ayant ressenti une forte pression pour
agir, de répondre directement à sa demande et d’adopter une attitude un
peu pédagogique qui ne m’est pas habituelle. J’ai réalisé plus tard que
mes interventions relevaient alors d’un enactment, permettant à Monsieur
d’éviter son sentiment d’incapacité à assumer le rôle de son père et de
rester bloqué dans une position non différenciée de celle de ses enfants.
Peu à peu, il a pu reprendre contact avec ses émotions et affects infantiles,
ceux d’un enfant craintif, terrorisé par un père autoritaire et violent, qui
portait un pistolet dont il lui arrivait de menacer les voisins.
Trois ans après la séance des sorciers, le père montre qu’il est devenu
capable de répondre tranquillement aux inquiétudes de son fils et de le
rassurer. Dans la même séance, la mère se met à chanter une chanson
en croate, apprise de sa mère. En livrant ses associations à propos de
la Croatie, la mère explique aux enfants la nature d’un bruissement,
qu’ils avaient entendu un été, en se promenant dans un très bel endroit,
où la végétation était dense, à la recherche d’une source à l’eau bien
fraîche. Elle raconte que sa mère lui avait dit qu’il s’agissait des âmes
des personnes qui avaient trouvé la mort dans les foibe et qu’on y avait
même trouvé des fragments de corps (nous montrant ainsi que sa propre
mère utilisait déjà massivement l’identification projective avec elle).
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Le père explique que les foibe sont des crevasses très profondes où les
partisans de Tito ont jeté des personnes encore vivantes ; on peut regarder
à l’intérieur, mais si l’on s’y penche trop, on court le risque d’y tomber.
Ces propos du père nous éclairent : selon lui, cela ne vaut pas la peine
de se pencher sur de telles pensées, parce que l’on peut en mourir. Aldo
est troublé par l’image des morceaux de corps, il dit que ces récits sont
dégoûtants et qu’ils leur font du mal.
Le douloureux secret d’un fils trisomique dans l’histoire familiale
récente semble s’enraciner dans l’autre secret, celui des morts dans les
foibe, lié à l’Histoire et longtemps ignoré, même à niveau politique.
Autour de ces secrets s’est probablement conclu un pacte dénégatif qui
les a empêchés d’en parler (A. Rissone, 2009). Seule la thérapie familiale
a permis une reprise fantasmatique, à partir de ces deux secrets, des
thèmes de la contamination des vivants par les morts, de la folie, des

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maladies génétiques, de l’héritage, ouvrant sur une élaboration au sein de


la dynamique transféro-contre-transférentielle.
Dernièrement, et avec difficulté, tous les membres de la famille
cherchent à sortir de l’indifférenciation des liens et de l’isolement défensif
qui avaient caractérisé le fonctionnement groupal.
Lucia est moins fragmentée et persécutoire, elle est capable de formuler
des pensées qui lui appartiennent, de faire des distinctions sexuelles
et d’assumer son identité corporelle ; elle peut ébaucher des relations
amicales. Aldo commence à s’individuer par rapport au groupe familial,
à faire des expériences d’autonomie et à s’éloigner de la thérapie. Le père
peut s’extraire du milieu familial pour s’occuper avec passion d’une
association sportive pour handicapés et se sentir moins coupable.
La mère est probablement le membre de la famille qui éprouve le plus
de souffrance et elle l’exprime à travers son corps. Elle projette moins ses
angoisses et les retourne sur elle-même ; elle est moins absorbée par son fils
mort et peut investir davantage sur ses enfants et leur développement.

Conclusion
L’identification projective est un concept pont qui nous permet de
comprendre l’interaction dynamique entre les dimensions intrapsychique,
interpersonnelle et transgénérationnelle.
J’ajouterai qu’elle est aussi un concept pont entre certains psychana­
lystes francophones (très intéressés par la transmission transgénération-
nelle) et certains psychanalystes anglophones (qui ont approfondi la
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relation étroite entre patient et analyste, dans l’ici et maintenant, avec la
notion d’enactment et de pression à agir).
Sur le plan de la clinique, je pense que l’identification projective
se présente comme un mécanisme possiblement prédominant dans les
groupes familiaux où l’on rencontre un manque d’espace mental lié à
des capacités limitées de symbolisation et à des troubles de la fonction
de contenance. Dans ces cas, l’espace de la thérapie familiale devient un
contenant concret et un lieu de dépôt pour les projections de tous. De plus,
il a été observé que la tendance à utiliser l’identification projective dans
les relations actuelles était bien enracinée dans le transgénérationnel et
qu’elle était transmise inconsciemment par le même mécanisme.
Son utilisation est étroitement liée à la confusion et au manque de
limites, qui génèrent un espace collectif indifférencié, sans distinction de
génération, de sexe, de fonctions. Dans la famille traitée, l’impossibilité

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de se vivre comme de bons parents a été accueillie et élaborée, en passant


par des enactments répétés. Finalement, les parents ont pu récupérer
une version modifiée de ce qu’ils avaient précédemment expulsé et
réintrojecter une image de parents suffisamment compétents, bienveillants
et non méprisants, attentifs et confiants, et surtout capables de poser des
limites.

Bibliographie
Ciccone A. (1999), La transmission psychique inconsciente, Paris, Dunod.
Eiguer A. (sous la dir.) (1997), Le générationnel, Paris, Dunod.
Feldman M. (1992), « Splitting and projective identification », in Clinical lectures on
Klein and Bion (ed. Robin Anderson), London and New York, Routledge.
Fornari Spoto G. (2001), Enactments and repetition in the psychoanalitic situation :
communication or evasion, Int. IPA Congress, Nice.
Grotstein J.S. (2005), « La “trans-identification projective” : une extension du concept
d’identification projective », L’année psychanalytique internationale, 2006.
Joseph B. (1987), Psychic Equilibrium and psychic change, London, Routledge.
Kaës R. (1997), « Dispositifs psychanalytiques et émergences du générationnel »,
in Eiguer, Le générationnel, Paris, Dunod.
Klein M. (1955), « À propos de l’indentification », in Envie et gratitude et autres
essais, Paris, Gallimard, 1968.
Rissone A. (2009), « Il segreto nelle famiglie. Analisi del romanzo di Kim Eduards,
Figlia del silenzio. Psicoterapia psicoanalitica, XVI, 2.
Spillius E.B. (1992), « Clinical experiences of projective identification », in Clinical
lectures on Klein and Bion (ed. Robin Anderson). London and New York,
Routledge, 1992.
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Steiner J. (2000), « Containment, enactment and communication », Int. J. Psychoanal.,
81, 245.

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Ouvertures et débats 173

Résumé

« Identification projective et psychanalyse de la famille. » L’auteur propose une réflexion sur


le concept d’identification projective et met en lumière ses fonctions de communication et
de défense dans les relations intersubjectives et dans les relations trans-générationnelles ; en
outre elle souligne l’importance de l’induction comportementale de la part du patient et de
l’enactment de la part de l’analyste. Ces éléments sont illustrés à travers le matériel clinique.
L’auteur montre comment des fantasmes non élaborés des parents sont projetés dans leurs
enfants et, une fois incorporés, deviennent des objets non pensables et non élaborables.
Elle met aussi en évidence que le travail psychanalytique avec toute la famille permet de
repérer ces éléments bruts dans les séances et de favoriser la reprise du développement
psychique des enfants et la transformation des relations familiales.

Mots clés

Induction comportementale — Empiétement imagoïque — Enactment — Transmission


intersubjective et transgénérationnelle.

Summary

“Projective identification and family psychoanalysis.” The author presents a reflection


upon projective identification and she highlights the communicative and realistic aspect
of this mechanism as well as its defensive one, in inter-subjective relations and in trans-
generational relations ; she also underlines the importance of the patient’s unconscious
pressure to get the analyst to act out and the importance of the analyst’s enactment in
the session. Clinical material is presented to illustrate these theoretical aspects. Then, the
author shows how phantasies not elaborated by parents are projected into their children
and how, after being incorporated, they become not thinkable and not workable objects
in their minds. She also illustrates how psychoanalytic family therapy allows to identify
in sessions these unconscious not-elaborated elements, to reactivate children’s psychic
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development and to produce a change in family relationships.

Key words

Unconscious pressure to act out — Intrusion of imago — Enactment — Intersubjective


and trans-generational transmission.

Resumen

« Identificación proyectiva y psicoanálisis de la familia ». La autora propone una reflexión


sobre el concepto de identificación proyectiva, resaltando tanto el aspecto comunicativo
y en la realidad del mecanismo, como el defensivo, tanto en las relaciones intersubje-
tivas como en las relaciones trans-generacionales ; además resalta la importancia de la
inducción comportamental de parte del paciente y del enactment de parte del analista.

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Estos elementos son ilustrados a través de un material clínico. La autora muestra cómo
las fantasías no elaboradas de los padres son proyectadas en los hijos y en qué manera,
una vez incorporadas, se vuelven objetos imposible de pensar y no elaborados. También
plantea cómo el trabajo psicoanalítico con todo el grupo familiar permite reconocer dentro
de la sesión los elementos brutos, favoreciendo la continuación del desarrollo psíquico de
los hijos y la transformación de las relaciones dentro de la familia.

Palabras clave

Inducción comportamental — Enactment — Intrusión imagoica — Transmisión inter-


subjetiva y trans-generacional.


Anna Rissone
psychologue psychothérapeute, membre de l’AIPCF
Lungo Po Cadorna, 5
10124 Torino, Italie
anna.rissone@fastwebnet.it
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