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LA FONGIBILITE DES CREDITS

Introduction
La réflexion engagée au parlement en France, à la fin des années 1990, autour de l’efficacité
de la dépense publique et du rôle des assemblées en matière budgétaire, a fait naître un
consensus politique de moderniser les règles de gestion budgétaires et comptables 1. En effet,
la problématique de l’efficacité de l’action publique et la recherche de la performance sont
devenues des constantes de la réflexion des pouvoirs publics aussi bien dans le tiers-monde
que dans les pays développés2. Ainsi, la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) de
20013, succédant à l’ordonnance organique n° 59-2 du 2 janvier 1959 4 a apporté une profonde
réforme autour des modes de gestion des finances de l’Etat. Cette réforme qui avait pour but
d’améliorer et de mettre la performance au cœur de la gestion de l’Etat, va octroyer aux
gestionnaires publics, une liberté d’action et de nouveaux outils pouvant les amener à
atteindre les objectifs de performance déterminés. La fongibilité des crédits, outil nouveau
introduite dans la nouvelle réforme et inexistant dans l’ordonnance de 1959, sera perçu
comme l’une des importantes innovations de la réforme pour une liberté retrouvée des
gestionnaires. C’est justement sur ce nouveau principe que porte notre réflexion dans le cadre
du présent sujet.

La compréhension de ce sujet, nécessite une précision définitionnelle. Ainsi, mentionnée à


l’article 7 de la LOLF de 2001, la fongibilité des crédits est une conséquence de l’exigence
d’une gestion performante des finances publiques. Elle peut se comprendre comme un
principe comptable établi en France par la loi organique relative aux lois de finances (LOLF),
qui permet à un gestionnaire d'utiliser des crédits pour des dépenses pour lesquelles elles
n'étaient pas prévues à l'intérieur d'un programme 5. Elle repose sur l’évolution même de la
nomenclature budgétaire. L’article 7-1 de la loi organique relative aux lois de finances énonce
que les crédits des principaux postes de dépense de l’Etat sont regroupés en missions 6 qui
1
https://www.performance-publique.budget.gouv.fr/, consulté le 12 août 2021
2
Nicaise Mede, La nouvelle gestion budgétaire : l’expérience des budgets programme au Bénin,
http://bibliotheque.pssfp.net/livres/LA_NOUVELE_GESTION_BUDGETAIRE , consulté le 20 août 2021
3
République française, Assemblée Nationale, Loi organique N° 2001-692 relative aux lois de finances, 1er août
2001
4
République française, Ordonnance n°59-2 portant loi organique relative aux lois de finances, 2 janvier 1959
5
Un programme regroupe, selon le même article 7 de la LOLF, les crédits destinés à mettre en œuvre une action
ou un ensemble cohérent d'actions relevant d'un même ministère et auquel sont associés des objectifs précis ainsi
que des résultats attendus et faisant l'objet d'une évaluation.
6
Une mission, en droit budgétaire français, est « un ensemble de programmes concourant à une politique
publique définie.
relèvent d’un ou plusieurs services. Et que ces missions sont détaillées en programmes.
Concrètement, la LOLF de 2001 a rénové la comptabilité budgétaire en introduisant le
principe de fongibilité des crédits. Avant 2006, les crédits budgétaires, qui correspondent à
des autorisations de dépenses, étaient ventilés en chapitres, par nature de dépenses. Mais,
depuis la mise en œuvre de la LOLF de 2001 à partir de l’exercice budgétaire de 2006 7, ils
sont répartis en programmes à l’intérieur desquels les crédits sont fongibles. Ces programmes
sont associés à des objectifs de politiques publiques et le responsable de programme qui gère
les crédits d’un programme, peut donc désormais manager pour atteindre les objectifs qui lui
sont assignés.

L’intérêt d’une réflexion sur un tel sujet est à la fois théorique et pratique. Sur le plan
théorique, le sujet permet de voir que le principe de fongibilité constitue une innovation
importante dans la LOLF de 2001 et est le corollaire des manquements de la spécialisation des
crédits et est un fruit de la recherche d’une gestion rationalisée des dépenses de l’Etat pour
une meilleure performance des finances publiques. En pratique, le sujet permet de
comprendre l’effectivité de l’application du principe mais également la responsabilité qui
incombe désormais aux gestionnaires publics.

Quelle est la portée du principe de la fongibilité des crédits ? Telle est la problématique que
soulève ce sujet.

La réponse à cette interrogation nous oblige à observer d’une part que, l’introduction du
principe de la fongibilité des crédits à une portée certaine, en ce sens que le fondement de la
notion repose sur les manquements de la spécialisation des crédits et les aménagements au
principe introduite par la LOLF de 2001. D’autre part, le sujet permettra de souligner
l’effectivité de l’application du principe de la fongibilité des crédits et la nouvelle
responsabilité qu’elle induit aux gestionnaires de crédits.

Au regard de ce qui précède, dans une logique binaire, nous exposerons dans un premier
mouvement le fondement du principe de fongibilité des crédits (I) avant d’aborder dans un
second mouvement son application (II).

7
Le Clainche, Michel. « Le point sur la mise en œuvre de la Loi Organique relative aux Lois de Finances
(LOLF) en 2006 », Revue française d'administration publique, vol. no 120, no. 4, 2006, pp. 789-792. « Le
budget 2006 a été le premier ‘‘conçu, voté et exécuté’’ en application de la loi organique du 1er août 2001 »

1
I/ Le fondement du principe de fongibilité des crédits

A/ Les manquements du principe de la spécialité budgétaire


-Le principe de spécialité budgétaire ne concerne que les dépenses. Il signifie que
l’autorisation parlementaire n’est pas donnée par masse, d’une manière globale pour
l’ensemble du budget, mais de manière plus détaillée pour que chaque crédit ait une
destination précise. Autrement dit, ce principe veut que l’autorisation de dépense donnée par
le parlement soit pour une dépense précise et pour un montant déterminé. « La spécialisation
de l’autorisation budgétaire consiste à détailler cette autorisation afin que chaque crédit ait
une destination indiquée par le document budgétaire »8. Cette définition d’Éric Olivia
souligne cette impossibilité d’utiliser ces crédits à d’autres fins. Il renchérit en disant que
« cette destination ne peut être modifiée sans l’approbation du pouvoir délibérant »9

Le principe de la spécialité a été consacré par la loi du 29 janvier 1831 10 qui fixe le vote des
crédits par chapitre et c’est ce principe qui sera appliqué durant tout le règne sans partage de
l’ordonnance numéro 59-2 du 2 janvier 1959. On le retrouve à l’article 6 et 7 de ladite
ordonnance. L’article 7 alinéa 2 dispose que : « Ils sont spécialisés par chapitre groupant les
dépenses selon leur nature ou selon leur destination. Toutefois, certains chapitres peuvent
comporter des crédits globaux destinés à faire face à des dépenses éventuelles ou à des
dépenses accidentelles »11. Le vote par chapitre a un but précis comme le souligne Luc Saïd
dans son œuvre Finances Publiques, 3eme édition, Dalloz, p.429 que : « L’objet de chaque
chapitre est, en principe, déterminé avec précision, et, en conséquence, les crédits ne peuvent
être utilisé à d’autres fins  ».12 Ce vote (par chapitre) désigne une subdivision des crédits au
sein d’un ministère.

Cette application du principe de la spécialité en 1959 a pour but de faciliter le contrôle


parlementaire. Éric Olivia dans son œuvre Finances publiques affirme que : « la règle de la
spécialité des crédits a pour principal objet de permettre un contrôle efficace de l’autorité
délibérante. Plus la spécialisation des crédits est étroite, plus le contrôle de l’autorité qui
donne l’autorisation est détaillé »13. Sans cette règle, disait B. Constant « quand vous aurez

8
Eric Olivia, Finances publiques, 2ème édition, Sirey p .512
9
Op cite
10
Loi du 29 janvier 1831 portant règlement du budget définitif de l'exercice 1828 et des dispositions sur la
déchéance des créanciers de l'Etat, sur la division du budget des dépenses, sur le sceau des titres et sur la révision
des pensions extraordinaires
11
République française, Ordonnance n°59-2 portant loi organique relative aux lois de finances, 2 janvier 1959
12
Luc Said, Finances Publique 3ème édition, Dalloz, p.429
13
Op . cite

2
voté, le nécessaire, on l’emploiera pour le superflu »14 Dans le cadre de cette ordonnance, il y
avait une catégorisation par nature des dépenses de l’Etat à savoir les dépenses de personnels
dépenses de fonctionnement, les dépenses d’investissement et les dépenses d’intervention.
Cette répartition opérée entre les différentes dépenses de l’Etat était impérative aux
gestionnaires publiques. Une fois que la Loi de Finances est votée et les flux financiers se
mettent en mouvement, une enveloppe globale de crédit est mise à la disposition de ceux-ci
(gestionnaire publiques), laquelle contient la répartition par nature de dépense susmentionné.

- De ce point de vue ; les ordonnateurs étaient tenus de respecter cette catégorisation de


dépense systématique dans l’exécution budgétaire pour que les crédits ne se mélangent pas.
C’est ce que souligne l’alinéa 2 de la loi organique numéro 59-2 du 2 janvier 1959 qui dispose
que : « Ils sont spécialisés par chapitre groupant les dépenses selon leur nature ou selon leur
destination  »15.

- Vers la fin de l’année, lorsque le gestionnaire public voulait procéder à une réalisation par
exemple sur la ligne des dépenses d’investissement et que les crédits y restant ne lui
permettaient pas, il ne pouvait pas affecter des crédits disponibles sur la ligne des dépenses de
fonctionnement afin de pouvoir atteindre cet objectif. Qu’est-ce que le gestionnaire public est
en mesure de faire en ce moment ? Pas d’alternative pour lui puisqu’il ne dispose pas de
crédits sur la ligne en question. En conséquence, il était dans l’obligation d’abandonner cette
activité alors même que sur les autres lignes de dépenses la somme nécessaire pour réaliser
cette activité était bien présent. Ceci démontre à quel point les décideurs publics étaient liés
par la spécialisation des dépenses dans l’exécution budgétaire, Ce qui ne permettait pas
d’atteindre les résultats escomptés ou les objectifs fixés.

Nous l’avons souligné dans les lignes précédentes que la réparation opérée entre les
différentes catégories de dépenses par nature dans le cadre de l’ordonnance de 1959 était
impérative aux ordonnateurs en raison de l’absence de liberté ou la possibilité d’utiliser les
crédits disponibles sur une ligne de dépense pour l’autre ligne de dépense. On comprend ici
qu’ils avaient une marge de manœuvre très limité dans l’exécution budgétaire.

Voilà le cadre juridique de la gestion publique lors de l’application de l’ordonnance de 1959


précité. Au regard de tout ce qui précède, l’innovation, l’amélioration de la gestion publique

14
B. Constant, intervention du 30 juin 1820 à la chambre des députes.
15
Op. cite

3
s’avérait nécessaire d’où la loi organique relative aux lois de Finances de 2001 a instauré le
principe de la fongibilité des crédits.

B/ L’aménagement du principe de spécialité : la fongibilité des crédits / la


rationalisation des dépenses budgétaires
Le nécessaire aménagement du principe de spécialisation due à la réforme financière de l’Etat
(dans une logique de performance) avec la LOLF de 2001.

La loi organique relative aux lois de finances (LOLF) du 1er août 2001, change la pratique qui
prévalait en matière de dépense publique. C’est-à-dire qu’en remplacement d’une logique de
moyens, une logique de résultat prendra désormais place.

La LOLF a réformé l’ordonnance du 2 janvier 1959 sur un double plan : gestionnaire et


politique16. Sur le plan gestionnaire, la LOLF a introduit un modèle managérial, inspiré du
monde de l’entreprise privée, de gestion par la performance. La nomenclature budgétaire
(c’est-à-dire la façon dont les crédits budgétaires sont distribués) se décline désormais en
grands ensembles de politiques publiques, les missions, subdivisées en programmes, en lieu et
place de la traditionnelle logique de moyens qui prévalait jusqu'alors. Chaque politique
publique se voit allouer des crédits, mais aussi des objectifs assortis d’indicateurs pour en
évaluer la réalisation. La budgétisation par programme est donc tournée vers les résultats de
l’action publique et non vers les moyens matériels et humains qu’elle met en œuvre. « C’est
une technique d’allocation budgétaire consistant à regrouper les actions d’un ministère par
programme en rapprochant les crédits alloués aux résultats attendus »17. Sur le plan
politique, la LOLF a entendu revaloriser le rôle du Parlement dans une démarche
d’amélioration de la démocratie financière18.

S’inspirant du nouveau cadre juridique des finances publiques français, la directive


N°06/2009/CM/UEMOA du 26 juin 2009 portant lois de finances au sein de l’UEMOA
appelle chaque pays membres à adopté la loi organique relative aux lois de finances. Celle-ci
introduit de nouvelles réformes dans la gestion des finances publiques. C'est une nouvelle
réforme qui porte notamment sur l'obligation de résultat, le mode de formulation et de suivi
du budget, le renforcement de la transparence, la sincérité budgétaire et le renforcement des

16
https://www.vie-publique.fr/-les-principales-innovations-introduites-par-la-lolf, consulté le 15 août 2021
17
République Islamique de Mauritanie, Ministère des Finances, Document conceptuel sur l’introduction du
budget-programme en Mauritanie, projet initiative pauvreté-environnement PHASE III (IPE - III), mars 2014
18
République française, Quelles sont les principales innovations introduites par la LOLF ? https://www.vie-
publique.fr/fiches/21908-les-principales-innovations-introduites-par-la-lolf , consulté le 15 août 2021

4
pouvoirs de contrôle. C’est dans cette perspective que le Togo a à son tour transposé cette
directive par la loi organique N° 2014-013 relative aux lois de finances du 27 juin 2014.

- L’équation derrière la LOLF consiste à donner plus d’autonomie aux gestionnaires dans le
choix d’affectation de la ressource financière, en échange d’une responsabilité managériale
accrue. C’est ainsi que le droit des finances publiques de l’État s’est enrichi de notions
comme le dialogue de gestion ou encore la fongibilité des crédits19.

- La fongibilité des crédits est la règle selon laquelle les ordonnateurs peuvent utiliser
indifféremment les crédits relevant de plusieurs lignes budgétaires (paragraphes, articles voire
chapitres actuels, au sein d’une même partie par exemple) figurant dans le périmètre de la
fongibilité décrétée. La fongibilité confère à l’ordonnateur d’importantes marges de
manœuvre pour mobiliser et combiner des ressources et modes d’intervention qu’il juge les
plus appropriés aux circonstances. Se trouvent ainsi allégées certaines contraintes
traditionnelles du processus d’exécution de la dépense publique, telles que les règles et
restrictions aux virements, ou les contraintes liées à la disponibilité des crédits et à la bonne
imputation des dépenses20.

La fongibilité des crédits est un aménagement au principe de spécialisation des crédits par
programme. La spécialisation par programme est très souple en raison de la globalisation des
crédits et de leur fongibilité qui peut être asymétrique ou systématique.

La fongibilité systématique : dans ce cas les programmes forment des enveloppes totalement
fongibles à l'exception des dépenses de personnel. Le responsable de programme est libre de
changer la ventilation prévisionnelle du programme entre les actions qui le composent et de
modifier sa répartition par nature de dépenses. Les dépenses de fonctionnement,
d'investissement ou d'intervention peuvent être redéployées entre eux. Aussi, les dépenses du
personnel peuvent être utilisées pour alimenter les autres natures de dépenses. La fongibilité
systématique donne au gestionnaire une réelle liberté dans l’utilisation des crédits à l'intérieur
du programme. Celui-ci n’est plus contraint d’attendre l’autorisation du parlement ou une loi
de finances rectificatives avant de procéder au mouvement des crédits.

La fongibilité asymétrique : il s'agit ici d'une limite importante à la fongibilité. Au regard des
dépenses du personnel qui sont plafonné de la loi de finances, la fongibilité est univoque

19
Idem
20
Ministère de l'économie, des finances et de l'appui à l'investissement, Gestion du budget par objectifs,
Fongibilité des crédits, http://www.gbo.tn/fr/node/476 , consulté le 16 août 2021

5
(fongibilité asymétrique). Il n’est pas permis au gestionnaire de programme de réduire les
autres types de dépenses pour augmenter les dépenses de personnel. C’est à dire que les
crédits de personnel peuvent être redéployés pour réaliser les dépenses de fonctionnement ou
d’investissement par exemple, mais ces dernières ne peuvent augmenter les dépenses de
personnel. En effet le montant des crédits de personnel voté pour chaque programme est
limitatif et ne peuvent pas être augmenté unilatéralement par le gestionnaire au cours de
l’exercice budgétaire.

En définitive la fongibilité des crédits est asymétrique entre les dépenses de personnel et les
dépenses de fonctionnement, d’investissements ou d'interventions, mais systématique entre
les dépenses de fonctionnements, d’investissements ou d’interventions.

II/ La mise en application du principe de fongibilité des crédits


Cette mise en application peut s’articuler autour de deux éléments notamment son effectivité
(A) et la responsabilité des gestionnaires publiques(B)

A/ L’effectivité du principe
La fongibilité des crédits a connu une évolution effective dans le processus budgétaire. A cet
effet, nous pouvons dire :

- Que c’est à partir de 2006 que la LOLF a été intégralement pis en compte l’exercice
budgétaire. Elle aboutit à une transformation profonde des règles comptables budgétaire
(Français). Elle régit de ce fait le principe des lois de finances depuis sa mise en application.
Nous pouvons aussi parler de double objectif dans l’entrée en vigueur de la LOLF : tout
d’abord la LOLF doit rendre la gestion de l’Etat plus démocratique. C’est notamment pour
cela que le budget de l’Etat dans sa totalité est voté au parlement ne validait que les dépenses
nouvelles. Et enfin la LOLF vise une meilleure efficacité dans les dépenses publiques. Pour
cela les responsables de différents programmes de l’Etat doivent se fixer des objectifs et des
indicateurs. Avec la LOLF le budget n’est plus présent par nature de dépenses (personnel,
fonctionnement, investissement, intervention etc…) mais par politique publique (sécurité,
police nationale, gendarmerie, culture, santé, justice) appelées mission correspondant aux
grandes politiques publiques de l’Etat.

6
- Circulaire du 09 août 2006 de ministère de l’économie, des finances et de l’industrie relative
aux modalités de mise en œuvre : il est apparu nécessaire de mieux préciser le cadre de mise
en œuvre de la fongibilité asymétrique.

- Article 10 du décret N°2005-54 du 27 janvier 2005 abrogé par décret N°2012-1246 du 07


novembre 2012 article 238, l’autorité chargé du contrôle financier émet un avis préalable sur
tout projet tendant à diminuer les crédits affectés aux dépenses du personnel. Elle est informée
dans les meilleurs délais par les responsables de programme des modifications de répartition
de crédits entre les services qui n’ont pour effet de diminuer ces crédits de personnel. Elle
reçoit périodiquement des comptes rendus d’utilisation de crédits et des emplois mis à
disposition du responsable de programme ou des services de l’Etat rattaché à un programme.

B / La responsabilité des gestionnaires publics


- Largement inspirée du concept de nouvelle gestion publique, la LOLF tente de pallier l'un
des écueils majeurs de l'ordonnance de 1959, à savoir une culture budgétaire orientée vers les
moyens plutôt que vers une logique de résultats. Le projet de budget ou loi de finances initiale
inclut chaque année une prévision de solde budgétaire pour l'année à venir21

- Le gestionnaire de ce fait, est désormais responsabilisé en tant qu'acteur central de la


dépense et des recettes. Ainsi, les gestionnaires sont désormais tenus de rendre des comptes
sur l'efficacité de l'utilisation des crédits qui leur ont été attribués. La loi organique instaure
des Projets Annuels de Performance (PAP), qui présentent les actions des différentes
administrations pour l'année à venir. L'évaluation des objectifs se fait l'année suivante, dans
les Rapports Annuels de Performance (RAP).

- Responsabilité managériale des gestionnaires publics : la nouvelle logique financière


consacrée par la loi organique relative aux lois de finances, rompant avec la logique de
moyens issue de l’ordonnance de 1959, entend soumettre le système financier français à une
logique de résultats. Ainsi, la LOLF a introduit un modèle managérial de gestion par la
performance. Les gestionnaires publics bénéficient de ce fait, de plus d’autonomie et de
liberté dans le choix d’affectation de la ressource financière en échange d’une responsabilité
managériale accrue. Concrètement, il pèse désormais sur les gestionnaires publics,
l’obligation de justification de leurs choix et d’atteinte des résultats escomptés.

21
Ministère de l’economie, des finances et de la relance, Le budge de l’Etat,
https://www.economie.gouv.fr/facileco/comptes-publics/budget-etat , consulté le 15 août 2021

7
- L’autonomie et la liberté retrouvées, grâce à la gestion axée sur les résultats fait aussi
peser sur le gestionnaire l’obligation d’établir des objectifs et les indicateurs de performance.
Il existe trois sortes d’objectifs de performances. Tout d’abord, les objectifs d’efficacité socio-
économique qui visent à modifier l’environnement économique, social, écologique, sanitaire
ou culturel : ils indiquent, non ce que fait l’administration, mais l’impact de ce qu’elle fait. On
distingue dans un deuxième temps, les objectifs de qualité de service intéressant l’usager et
enfin, les objectifs d’efficience de la gestion qui intéressent le contribuable. Ces objectifs
d’efficience de la gestion tendent, pour un même niveau de ressources, à accroître les produits
des activités publiques ou, pour un même niveau d’activité, à nécessiter moins de moyens.

- Responsabilité devant les contrôleurs : La LOLF vise à responsabiliser davantage les


gestionnaires de crédits en leur accordant une liberté accrue dans l'affectation des
ressources. Afin que la culture de responsabilité et de performance puisse s'ancrer dans
l'administration, il apparaît nécessaire de réformer l'organisation des contrôles.22 Avant
l’entrée en vigueur de la LOLF de 2001, où les gestionnaires disposaient de peu d’autonomie,
les contrôles sont principalement externes et portent d'abord sur la régularité des procédures
plutôt que sur la mesure de la performance. Mais, la responsabilisation des gestionnaires et la
prise en compte de la performance conduisent au développement des contrôles internes : le
contrôle interne stricto sensu et le contrôle de gestion. A cela, il faut ajouter le contrôle a
posteriori du parlement.

22
https://www.senat.fr/rap, consulté le 16 août 2021

8
Bibliographie

André Barilari, Michel Bouvier, La LOLF et la nouvelle gouvernance financière de l'État, LGDJ 2011, 3e édition
B. Constant, intervention du 30 juin 1820 à la chambre des députes.

Constitution togolaise de la IVe République, 12 Octobre 1992

Directive n°06/2009/CM/UEMOA portant lois de finances au sein de l’UEMOA

Éric Woerth et Laurent Saint-Martin, Rapport d'information relatif à la mise en œuvre de la loi organique


relative aux lois de finances, 11 septembre 2019 (lire en ligne [archive])

Frank Mordacq, La LOLF : un nouveau cadre budgétaire pour réformer l'État, éd. LGDJ, (ISBN 978-
2275030043)

J.-R. Brunetière, Les indicateurs de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF) : une occasion de
débat démocratique ? [archive] , Revue française d’administration publique 2006/1, no 117, p. 95-111.

Jean-Pierre Camby, La réforme du budget de l'État, la loi organique relative aux lois de finances, coord. LGDG
2011, 3e édition
Le Clainche, Michel. « Le point sur la mise en œuvre de la Loi Organique relative aux Lois de Finances (LOLF)
en 2006 », Revue française d'administration publique, vol. no 120, no. 4, 2006, pp. 789-792.

Michel Bouvier, La loi organique relative aux lois de finances du 1er août 2001, AJDA, No 10 octobre 2001

Michel Lascombe, Xavier Vandendriessche. « La loi organique relative aux lois de finances (LOLF) et le
contrôle des finances publiques »,  Revue française d'administration publique 2006/1 (no117), pages 131 à 148

République française, Assemblée Nationale, Loi organique relative aux lois de finances,1 er août 2001

République française, Ordonnance n°59-2 portant loi organique relative aux lois de finances, 2 janvier 1959

République Islamique de Mauritanie, Ministère des Finances, Projet Initiative Pauvreté-Environnement PHASE
III (IPE - III), Document conceptuel sur l’introduction du budget-programme en Mauritanie, ‘‘ rapport final’’
Issa, Bellal al. Abderrahim, Didi, février 2015

République togolaise, Assemblée Nationale, Loi organique N° 2014-013 relative aux lois de finances, 27 juin
2014

« Du ministère à l'agence : étude d'un processus d'altération politique » [archive], Politix, no 95-2011/3.

9
« La loi organique relative aux finances publiques », Revue française de finances publiques, no 76, novembre
2001

« Mettre en œuvre la LOLF », No 82-2003 ; « Le budget 2006 en régime LOLF », No 91-2005 ; « La LOLF et les
institutions politiques », No 94-2006 ; « La LOLF et les collectivités locales » No 116-2009

Webographie
Autres rapports sur la mise en œuvre de la LOLF [archive] de MM. Lambert et Migaud

Calendrier de la procédure budgétaire 

Comptes rendus à l'Assemblée et au Sénat 

Économique politique de la LOLF [archive] rapport du CAE, avril 2007

Forum de la performance

Le guide pratique de la LOLF (2012)

Rapport d'information de la commission des finances de l'Assemblée nationale sur la mise en œuvre de la loi

organique relative aux lois de finances (LOLF) [archive] (2008)

République française, Quelles sont les principales innovations introduites par la LOLF ? https://www.vie-
publique.fr/fiches/21908-les-principales-innovations-introduites-par-la-lolf , consulté le 15 août 2021

Réussir la LOLF, clé d'une gestion publique responsable et efficace [archive] : rapport au Gouvernement d'Alain

Lambert et Didier Migaud, les parlementaires promoteurs de la LOLF

10

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