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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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INSTITUT ARABE DES CHEFS D’ENTREPRISES


Maison de l’entreprise
Avenue principale, les berges du lac 1053
Tél 216 71 962.331 (LG) /Fax 71 962.516
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Les Journées de l’entreprise 2003
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L’Entreprise
et le
PartenariatEuro – Méditerranéen

Cet ouvrage a été publié grâce à la


contribution et au soutien de la

Fondation Friedrich Naumann

Port El Kantaoui
12-13 Décembre 2003

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Table des matières

Allocution de bienvenue de Mr. Chékib NOUIRA 6

Discours de Mr. Mohamed GHANNOUCHI 12

L’entreprise Maghrébine face à l’intégration


avec l’Union Européenne

Discours de Mr. Fethi MERDASSI 29

Discours de Mr. Hédi ZGHAL 37

L’intégration économique : défis et opportunités


Par Mr. Fayçal LAKHOUA 42

L’expérience de l’UMA :
Bilan de l’intégration et opportunités futures
Par Mr. Hassan SQALLI 63

Discours de Mr. Ridha HAMIANI 77

Discours de Mr. Belkacem BOUTAYEB 84

Discours de Mr. Gil REMILLARD 89

Le Marché Maghrébin face à la mondialisation et l’intégration


régionale : une étude à partir des travaux de l’I.A.C.E.
Par Mr. Abderrazak ZOUARI 97

L’industrie Tunisienne et la Z.L.E.


Par Mr. Hamadi FEHRI 117

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Le partenariat et le co-développement Euro Méditerranéen

Discours de Mr. Mondher ZENAIDI 145

Discours de Mr. Faycel DERBAL 153

Libéralisation commerciale et zone de libre échange


Par Mr. Marouane ABASSI 159

Les relations Euro-Maghrébines face à l’élargissement de l’U.E.


Par Helena Olivan ; Marti GRAU et Xavier ARIGALL 184

Financements extérieurs et zone de libre échange :


la structure des flux financiers internationaux aux Maghreb.
Par Mme. Catherine LUBOCHINSKY 223

Pour la relance de la dimension Méditerranéenne de l’Europe.


Document IPALMO 229

L’I.D.E. dans le Maghreb


Par Mr. Mario SARCINELLI 261

Le point de vue de SACE sur le Maghreb


Par Mr. Giorgio TELLINI 265

La dimension Maghrébine dans le partenariat Euro-Méditerranéen

Discours de Mr. Tarak CHERIF 270

L’impact de l’élargissement de l’Union Européenne


sur les partenaires méditerranéens.
Par Mr Jean Louis REIFFERS 275

« 5+5 : l’ambition d’une association renforcée »


Rapport du Cercle des Economistes Français 286

Les acquis et les menaces du processus de Barcelone.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Par Mr. Abdelmagid IRAQI 333

La Tunisie et l’Union Européenne : de Barcelone à la nouvelle


politique de voisinage.
Par Mr. Marc Pierini 339

Discours de l’Amiral Jacques LANXADE 353

Liste des Participants 357

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Allocution de M. Chekib NOUIRA


Président de l’I.A.C.E.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Monsieur le Ministre de l’Industrie et de l’Energie, Monsieur Fethi
Merdassi,
Excellences,
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,

Bonjour et Bienvenus aux 18èmes Journées de l’Entreprise


de l’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises,

Je voudrais vous souhaiter à tous la bienvenue, et tout


particulièrement à Monsieur Fethi Merdassi, Ministre de
l’Industrie et de l’Energie, le remercie pour sa présence qui est
fortement significative. Aujourd’hui, au parlement Monsieur le
Premier Ministre présente la déclaration du gouvernement qui
annonce le Budget 2004, et généralement tous les Ministres
sont tenus d’y assister. Mais le gouvernement a fait une
exception en demandant à Monsieur Fethi Merdassi d’être parmi
nous afin de permettre à notre programme d’être respecté,
démontrant par là -même l’importance accordée par le
Gouvernement à nos travaux.

Mesdames et Messieurs, c’est pour moi un réel plaisir


d’ouvrir ces 18èmes Journées organisées autour du thème
« L’entreprise et le partenariat Euro Méditerranéen ». Le thème
de cette année, a été, comme vous le savez, choisi à l’issue des
Journées de l’an dernier suite à un sondage, et, Mesdames et
Messieurs, vous avez choisi le dialogue Euro Méditerranéen. Le
sommet 5+5 vient de se dérouler à Tunis avec un succès qui
nous réchauffe le cœur, et avec des résultats qui auront des
conséquences directes sur nos Journées, puisque c’est avec
grand regret que Monsieur Habib Boularès ne pourra être parmi
nous aujourd’hui étant chargé d’organiser le sommet Maghrébin
qui se tiendra à Alger le 23 décembre prochain.

Nous sommes donc en plein cœur du sujet, et si vous me


le consentez, je voudrais noter que son excellence Monsieur le
Président de la République, nous fait l’honneur encore cette

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Les Journées de l’entreprise 2003
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année, de placer ces Journées de l’Entreprise sous son haut
patronage, et cela nous honore et octroie à nos travaux un
précieux soutien qui, nous devons le dire avec beaucoup de
fierté, ne nous a jamais manqué.

Je voudrais particulièrement remercier les participants


étranger et les délégations étrangères qui sont nombreuses
cette année, parce que aussi, sachez que l’idée de notre réunion
reposait sur le fait que plusieurs grandes institutions
Méditerranéennes se penchent régulièrement sur le thème du
dialogue Euro Méditerranéen, et que nous avons plutôt
tendance, chacun à travailler de son côté en Italie, Tunisie,
Algérie, Maroc, Espagne… et que le moment est peut-être venu
de regrouper toutes ces personnes qui traitant du sujet, s’y
intéressent forcément et sont convaincus du dialogue Euro
Méditerranéen. Nous avons donc cette année, le privilège de
compter parmi nous, des institutions aussi prestigieuses que
l’Institut Européen de la Méditerranée de Barcelone, l’Institut
ASPEN d’Italie, le Cercle des Economistes Français, l’Institut La
Méditerranée de Marseille et des Experts comme notre ami Gil
Remillard qui vient nous entretenir de l’expérience Canadienne
en la matière, et bien entendu nos frères et amis maghrébins.

Mesdames et Messieurs, partout dans le monde,


l’intégration régionale avance à grands pas. Or vous savez que
plus la mondialisation se consolide, plus les pays reconnaissent
la nécessité de l’intégration et plus on s’oriente vers la signature
d’accords consacrant la constitution de groupements régionaux
qui couvrent désormais l’ensemble des continents. L’Institut
Arabe des Chefs d’Entreprises a toujours placé la réflexion sur
les rapports Euro Méditerranéen et l’intégration Maghrébine aux
premiers rangs de ses préoccupations, soulignant ainsi
l’importance des effets de l’intégration régionale pour la
croissance des entreprises. Les écha nges inter maghrébins ne
représentent qu’environ 5% du total des échanges des pays de
la sous région. L’intégration commerciale maghrébine peut être
utile tant du point de vue des échanges et de la spécialisation
que de l’attraction des investissements directs de l’étranger.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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La libéralisation commerciale sous la forme d’une zone de
libre-échange ou d’une union douanière permettrait d’augmenter
la part des échanges intra maghrébins dans le volume total des
échanges extérieurs de la région. Les Etats du Maghreb
devraient faire de l’intégration sous régionale, un impératif
stratégique pour en faire au plus vite, un instrument de
coordination des politiques économiques et financières. Les
relations entre le Maghreb et l’Europe sont marquées par une
asymétrie et des déséquilibres profonds au niveau des échanges
commerciaux, des mouvements des hommes, des capitaux et
des transferts de technologies. Les chances de réussite de
l’intégration régionale dépendent aussi de la coopération
financière et technologique avec l’Union Européenne, ainsi que
des mesures de soutient des investissements directs à
destination des pays du Maghreb. A titre d’exemple, nous
savons que les flux débloqués aux pays du Maghreb
représentent 1 Euro par tête d’habitant contre 4 Euros par tête
d’habitant pour les pays du PECO.

Il est à redouter pour les années à venir, que l’intégration


des pays du PECO dans l’Union Européenne, entraîne pour les
pays du sud, un effet d’éviction à deux niveaux. Tout d’abord
pour la délocalisation des investissements déjà réalisés ou par la
réduction du volume d’investissement, et le détournement
d’investissement de flux commerciaux qui auraient pu se
développer en direction du Maghreb. L’intégration des pays du
PECO va-t-elle conduire à un repartage du gâteau
communautaire au détriment de certains pays de notre région ?
Les expériences récentes ont cependant démontré que l’un des
principaux avantages de la zone de libres échanges est de
drainer des investissements directs de l’étranger, comme cela a
été le cas au Portugal, en Espagne, en Grèce et aujourd’hui
dans les pays du PECO. L’étude des expériences d’intégrations
régionales permet de dégager l’intérêt qu’ont les petits pays à
s’intégrer dans des ensembles régionaux. Dans ce cadre,
l’expérience des pays de Mercosud est intéressante à plus d’un
titre. Il s’agit d’une association créée en 1991, c'est-à-dire deux
ans avant la signature du traité de Marrakech, regroupant quatre
pays d’Amérique Latine : Brésil, Argentine, Paraguay et

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Uruguay. Cette association qui a commencé comme une zone
de libres échanges est devenue en 1995 une union douanière. Il
ne fait pas de doute que dans le cadre d’une intégration
économique régionale, on ne peut mettre en avant des systèmes
construits sur le bilatéralisme commercial, voire sur un système
de préférence à sens unique. Les intégrations régionales font
appel aux zones de libres échanges et aux unions douanières au
sens de l’article 24 du GATT ainsi qu’au Marché Commun.

La proposition communautaire consisterait à instaurer sur


une période de douze années, une zone de libres échanges, tout
en mettant en place des transferts institutionnels et financiers, et
seraient d’autant plus efficaces que les pays mèneraient
parallèlement un processus de réformes et d’ouvertures
économiques permettant une intégration plus profonde.

Le projet d’intégration régionale Euro Méditerranéen est


encore nord-sud et ne parvient pas à susciter un
décloisonnement sud -sud nécessaire pour favoriser l’attractivité
de la zone. Le poids de la rivalité régionale reste
malheureusement encore prépondérant.

Mesdames et Messieurs, huit ans après Barcelone, le


partenariat volontariste et ambitieux, peine à créer une
dynamique suffisante. Aux hésitations de certains pays à
s’engager dans une ouverture économique, s’ajoute la lenteur
des procédures Européennes. Force est de constater que le
processus de Barcelone marque le pas. Des lacunes
structurelles affaiblissent sa portée et sa réalisation. Alors que
les perspectives d’élargissement étaient au début de la décennie
passée, considérées avec crainte par certains partenaires, elles
pourraient apparaître aujourd’hui porteuses de dynamisme et de
complémentarité nouvelles. Cependant, le partenariat Euro
Méditerranéen devra s’accompagner d’une réforme des
mécanismes d’intervention tenant compte des efforts déjà
déployés. Il est indispensable de prendre en considération les
visions et les aspirations que le Nord et le Sud peuvent partager.
En ce sens, la proposition de Monsieur Romano Prodi de
développer les nouvelles politiques de voisinage est porteuse
d’espoir.
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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L’objectif est désormais une mise à niveau identique à


celle proposée aux pays du PECO. Cette politique devrait initier
et piloter la convergence et la possibilité d’une parité avec le
reste de l’Europe à moyen terme. Dans cette perspective, il
s’agit en priorité, de recentrer le partenariat dans une ambition
de co-développement dépassant la logique mercantile qui, il faut
le dire, l’a dominé jusqu’ici. Il est important de redire le gap
économique et technologique qui sépare les deux rives de la
Méditerranée pour l’amélioration du niveau des capacités
humaines des pays du Sud.

Nous espérons toujours que par la réflexion, le dialogue et


l’échange d’idées, chefs d’entreprises, universitaires, hauts
fonctionnaires des pays de la Méditerranée, ici présents aux
Journées de l’Entreprise, s’engageront à transformer les défis
d’aujourd’hui en opportunités.

Je vous remercie de votre attention.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Discours de Monsieur
Mohamed GHANNOUCHI
Premier Ministre

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Mesdames,

Messieurs,

J’ai le plaisir d’assister à cette nouvelle session des


Journées de l’Entreprise organisées par l’Institut arabe des
Chefs d’Entreprises sous le haut patronage de son Excellence
Monsieur le Président de la République. Ceci met en exergue
l’importance de cette manifestation, qui est devenue un
évènement national, voire régional.

Par la même occasion, je voudrais souhaiter la bienvenue


aux invités de l’I.A.C.E., qui sont les invités de la Tunisie, et je
tiens à les remercier de leurs participations et de leurs
contributions à l’approfondissement des thèmes débattus lors
de cette session.

Le sujet retenu pour cette année est d’une grande


importance et je voudrais féliciter le Comité Directeur de
l’I.A.C.E. pour ce choix judicieux. Ceci n’est pas nouveau pour
ce Comité, qui a toujours insisté et fait en sorte pour que les
sujets de ses différentes manifestations soient reliés aux
évènements de l’actualité. Et c’est vrai que le partenariat Euro-
Méditerranéen est un sujet d’actualité.

Nous sommes encore sous les effets du premier sommet


des pays du groupe 5+5, organisé à Tunis sur l’initiative de son
Excellence le Président Zine El Abidine Ben Ali et qui a été une
réussite sur tous les plans. L’organisation a demandé 3 ans de
préparation, la présence a été exceptionnelle tant du point de
vue des Chefs d’Etats et de Gouvernements que des
personnalités des pays participants. Ce fut également une
grande réussite en termes de résultats, qui ont montré le soucis
commun de promouvoir le dialogue et la solidarité entre les pays
des deux rives de la Méditerranée, et ce en vue d’instaurer un

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Les Journées de l’entreprise 2003
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climat adéquat pour une coopération durable entre l’Union
Européenne et les pays Maghrébins.

Parmi les résultats les plus importants et qui concernent


l’entreprise, nous pouvons citer la proposition du Président Ben
Ali pour la création d’un Forum Méditerranéen des Affaires et de
l’Investissement, afin de permettre aux hommes d’affaires de se
rencontrer et d’identifier les opportunités d’investissements et de
coopération qui s’offrent à eux.

En outre, le sommet a insisté sur le soutien à l’activité


touristique, sur les facilités d’échanges, sur la protection de
l’environnement, sur l’amélioration de l’infrastructure, sur les
télécommunications et sur la gestion de l’eau. Le sommet a
également souligné l’importance de l’application et les incitations
approuvées par l’Union Européenne en ce qui concerne
l’investissement et le partenariat et qui sont gérés par la B.E.I.

Par ailleurs, et parallèlement à l’événement majeur qu’a


été ce sommet lors des dernières semaines, plusieurs initiatives
ont été prises pour la promotion du partenariat Euro-
Méditerannéen. La plus importante d’entre elle étant celle de
Monsieur Romano Prodi, Président de la Commission
Européenne, pour la promotion de la politique de dialogue et qui
propose de développer les conventions de partenariat, afin de
permettre aux pays partenaires, comme la Tunisie, d’accéder
aux mécanisme de soutiens et d’adapter leurs législations,
mettre à niveau leurs infrastructures, et améliorer
l’environnement des affaires. Ceci leurs permettrait de combler
l’écart qui les sépare de l’Union Européenne, et plus
particulièrement celui qui les sépare des nouveaux membres qui
rejoindront l’Union Européenne au mois de Mai prochain.

En plus de cette initiative, l’Union Européenne, au cours


de l’année dernière, a mis de nouveaux fonds à la disposition de
la B.E.I. pour lui permettre de créer les incitations pour le
partenariat et l’investissement Euro-Méditerannéen. Ceci a
permis approximativement de doubler la présence de cette
banque dans les pays de la rive sud.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Par ailleurs, plusieurs réunions interministérielles Euro-
Méditeranéennes se sont tenues dernièrement à Naples et ont
permis d’émettre de nombreuses recommandations, telles que
celle visant à la création d’un organisme Euro-Méditerannéen
pour le dialogue des cultures et pour encourager le mécanisme
des incitations Euro-Méditerannéen d’investissement et de
coopération (FEMIC) en soutenant les ressources matérielles et
humaines.

Le partenariat Euro-Méditerranéen ne cesse quant à lui


de se renforcer. Après la signature de l’accord de partenariat par
la Tunisie en 1995, plusieurs autres pays de la rive sud ont
conclu des accords similaires. Actuellement, 6 ou 7 pays ont
signés des accords, et d’autres pays s’apprêtent à les signer.
Ainsi, désormais la majorité des pays de la rive sud ont intégré le
processus et conclu des accords avec l’Union Européenne. Ceci
constitue la principale composante qui doit nous mener vers la
constitution d’une zone de libre échange. En approuvant cette
démarche, nous tendons vers un consensus sur la politique de
restructuration pour une meilleure adaptation des législations et
une amélioration de l’environnement des affaires.

Parallèlement à cette démarche, une nouvelle dynamique


est apparue. Elle consiste à conclure des accords de libre
échange entre les pays de la rive sud. A titre d’exemple, la
Tunisie a conclu des accords avec le Maroc, l’Egypte, la
Jordanie, la Libye. Et il existe des efforts qui vont dans le même
sens avec d’autres pays. Et actuellement, des efforts sont
menés pour remplacer ces accords de libre échange bilatéraux
en des accords multilatéraux qui regrouperaient tous les pays de
la rive sud. Ce travail est mené parallèlement avec les accords
de libre échange avec l’Union Européenne, ce qui va nous
conduire à la création d’une Zone de libre échange global et qui
regrouperait tous les pays de la région méditerranéenne et
l’Union Européenne.

Comme vous pouvez le remarquer, il existe une grande


activité au sein de la zone Euro-Méditerranéenne, et ceci est du
à la conviction de la nécessité de dynamiser le processus de

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Barcelone en créant un certain équilibre entre les pays de
l’Europe de l’Est qui vont intégrer l’Union Européenne et les pays
de la rive sud. Ceci devrait améliorer le niveau de croissance et
permettrait de limiter l’immigration clandestine qui s’est
développée ces dernières années en direction de l’Union
Européenne. A ceci s’ajoute la conviction des pays de la rive
sud de la Méditerranée de la nécessité de rejoindre les pays
associés à l’Union Européenne et d’intégrer la zone de libre
échange. Ceci constitue la meilleure façon d’approcher la
globalisation pour l’intégration d’un espace régional qui facilite
les transactions, attire les investissements et soutient la
compétitivité. Ceci doit permettre à l’entreprise tunisienne et
maghrébine en général, d’affronter la globalisation et de
bénéficier de l’élargissement du marché, des opportunités
d’investissement et de production.

L’espace Euro-Méditerannéen se développe


continuellement, ce qui représente une opportunité importante
pour un produit qui bénéficie aujourd’hui, d’une exonération
totale des droits de douanes auprès des 15 pays de l’Union
Européenne qui ont un pouvoir d’achat élevé, et étant donné
que le PIB l’Union Européenne passera à plus de 8000 milliards
de Dollars après l’intégration des pays de l’Europe de l’Est et
l’entrée en vigueur de la zone de libre échange avec les pays de
la rive sud.

Cet espace auquel nous appartenons, compte 45 pays,


700 millions d’habitants. Intégrer ce marché est essentiel, mais il
existe des conditions qui doivent l’accompagner afin de
permettre à l’entreprise d’acquérir la compétitivité nécessaire.

Tous les pays qui ont intégré ce processus, pays de l’est


de l’Europe ou pays de la rive sud, essayent d’améliorer la
qualité de leurs produits et de promouvoir la compétitivité de
leurs entreprises, ce qui va permettre de consolider leurs
positionnements sur le marché européen. Ce marché, connaît et
connaîtra une concurrence de plus en plus accrue, vu la volonté
de tous les pays, et surtout ceux ayant conclu des accords de
partenariat, de consolider leur positionnement.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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En revanche, ces pays doivent ouvrir leurs marchés à la
concurrence internationale, étant donné qu’ils se sont engagés,
lors de la conclusion de leurs accords, à ouvrir leurs marchés
aux produits européens. Et même si cette ouverture se fera
partielle, la concurrence sur les marchés locaux va s’accroître.

La concurrence ne se limite pas aux pays membres ou à


ceux qui ont signé des accords de partenariat, mais aussi aux
autres pays de la région, vu que certains accords en vigueur
protègent des produits sur le marché européens. Je citerai par
exemple l’accord multi-fibres concernant le textile pour lequel un
accord pour son démantèlement progressif à partir de 2005 a été
convenu. Il y aura une suppression totale des conventions
multilatérales multi-fibres, ce qui signifie que la concurrence sur
le marché européen deviendra plus agressive.

En Tunisie nous avons pris les dispositions nécessaires


surtout en ce qui concerne le textile et l’habillement.

Nous avons effectué de grands investissements et réussi


à attirer des investissements étrangers important, vu que la
concurrence s’accroît d’une année sur l’autre et que le coût de
production de certains pays d’Asie est nettement inférieur à celui
des pays du sud de la Méditerranée. En réalité, nous ne
sommes pas surpris par ces développements et nous sommes
conscient de l’état des faits de ces changements. Depuis la
signature de l’accord de partenariat avec l’Union Européenne en
1995, nous avons travaillé sous l’instruction du Président de la
république, à sensibiliser toutes les parties sur l’importance des
défis prévus et de la nécessité de se préparer à ces
changements.

Le Comité Directeur de l’I.A.C.E. a participé à cette


campagne de sensibilisation en approfondissant l’ensemble des
sujets liés à l’entreprise et à sa compétitivité, et après la
signature de l’accord avec l’Union Européenne, nous avons opté
pour une politique globale pour la mise à niveau de notre
économie dans ses différentes composantes. Cette politique
globale consiste premièrement, à aider l’entreprise à améliorer

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Les Journées de l’entreprise 2003
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son organisation, accroître le rendement de ses cadres et de ses
employés, moderniser ses équipements. Ceci permettra
d’améliorer la qualité des ses produits et sa compétitivité. Il
existe à peu près 2800 entreprises industrielles qui ont rejoint le
programme de mise à niveau, parmi lesquelles 1600 entreprises
qui sont à un stade de réalisation très avancé.

En parallèle, nous avons travaillé pour améliorer


l’environnement de l’entreprise, étant donné que quels que
soient les efforts fournis par elle, ils restent limités du fait qu’elle
ne contrôle que 35% à 40% de son coût de production. Le reste
concerne l’environnement composé d’infrastructure, de services
administratifs, bancaires, législatifs et différents éléments qui
influencent le coût de production et la compétitivité de
l’entreprise.

Nous avons déjà traité de tels sujets lors de précédentes


occasions, et notamment lors de précédentes sessions des
Journées de l’Entreprise, au cours des dernières années. Nous
avons notamment traité de sujets tels que la révision d’une
grande partie de la législation en vue de la libéralisation et de la
promotion de l’initiative, en simplifiant et en améliorant
l’environnement de l’entreprise, en entreprenant des réformes
fiscales, des lois de finances, de la législation bancaire et des
assurances, des lois sur la concurrence, des sociétés
d’arbitrage, de la révision du code des investissements ainsi que
des dispositions visant à gratifier des bonus aux entreprises qui
oeuvrent dans les domaines prioritaires pour notre pays.

De même, un effort considérable a été déployé pour


faciliter l’implantation des projets dans les différents secteurs par
l’annulation de 60% des autorisations administratives imposées
aux entreprises et leurs remplacement par des cahiers de
charges qui encouragent l’esprit d’innovation. Nous avons
œuvré pour l ‘amélioration des services logistiques et surtout
pour le transport maritime vu leurs influences sur la compétitivité
de l’entreprise.

Notre politique ne s’est pas limitée lors de ces dernières


années aux réformes législatives et administratives, mais s’est
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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également étendue aux facteurs humains en augmentant son
rendement.

De profondes réformes ont touché l’école, et le système


de formation professionnelle, les programmes d’éducation sont
élaborés en étroite concertation avec les professionnels, et ce
afin d’assurer une certaine cohérence entre les programmes
enseignés et les besoins de l’économie ainsi que pour assurer
une meilleure insertion professionnelle des diplômés

L’université tunisienne connaît un bond qualitatif et une


grande diversification des spécialités. L’importance croissante
des ISET dans le système éducatif, qui représente 27% du total
des étudiants et qui forment des cadres moyens nécessaires aux
entreprises est là pour en témoigner. Nous avons diagnostiqué
les points de faiblesses et nous y avons remédiés par la création
de nouvelles spécialités prometteuses et qui offrent de grandes
capacités d’accueil qui atteignent aujourd’hui 30000 étudiants
contre 10000 il y a quatre ans. De plus, l’amélioration de
l’infrastructure a permit la création de nouvelles filières comme
l’informatique et le multimédia.

Pour sa part, le budget alloué à l’infrastructure ne cesse


de se développer. Durant la période 1990-2003, pas moins de
20 milliards de dinars ont été investis dans l’infrastructure. La
Tunisie reste un grand chantier vu l’importance des projets
d’infrastructures dans tous les domaines : les routes,
l’aménagement de zones industrielles, l’aménagement de zones
agricoles irriguées, la gestion des ressources hydrauliques…

Grâce à cette politique globale et à la participation des


compétences de notre administration, à l’écoute de nos hommes
d’affaires et à la participation de tous les tunisiens et tunisiennes,
nous avons pu réaliser d’excellentes performances.

La première performance notable pour l’entreprise est que


nous avons réussi à ancrer une nouvelle culture, celle de la
qualité. Vu le nombre croissant d'entreprises qui aspirent à la
certification ISO 9000 (350 entreprises l’ont obtenue contre 13

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Les Journées de l’entreprise 2003
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au moment de la signature de l’accord de partenariat avec
l’Union Européenne). Cette certification ne se limite pas aux
seules entreprises industrielles, mais concerne aussi
l’administration. En effet, certaines de nos administrations
publiques telles que l’Agence pour la Promotion de
l’Investissement (A.P.I.) ou le Centre de Promotion des
Exportation (CEPEX) et plus récemment l’I.A.C.E. l’ont obtenu.

La deuxième performance de taille, tient à la culture de


l’exportation. Celle ci nécessite des qualités comme la patience,
la persévérance et la capacité d’intégrer des réseaux de
distributions internationaux. Nos exportations se limitaient à
quelques produits comme le pétrole et le phosphate en 1987,
depuis elles se sont diversifié de plus en plus. Désormais, e l
nombre de nos exportateurs atteint 5000 et nous constatons une
certaine dynamique au niveau des entreprises qui se dirigent de
plus en plus vers cette option. Cette performance nous procure
une très grande satisfaction, car le progrès ne résulte pas
uniquement de l’investissement, mais tient essentiellement à des
facteurs culturels.

Nous avons la conviction que nous sommes sur la bonne


voie, car nous avons pu ancrer cette culture de la qualité et de
l’exportation et de la nécessité d’être présent sur les marchés
mondiaux. C’est un début encourageant qui demande à être
poursuivi et encouragé.

Parmi les autres performances à mettre au crédit de


l’entreprise tunisienne, nous soulignerons l’attrait croissant des
investissements directs étrangers. Le nombre d’entreprises
étrangères qui s’installent en Tunisie chaque année atteint
aujourd’hui 200 entreprises contre uniquement 80 entreprises
avant l’accord de partenariat avec l’Union Européenne.

Nous ajouterons à cela le degré d’avancement dans les


programmes de mise à niveau concerne 1900 entreprises. Les
résultats constatés confirment l’amélioration des indices et des
performances des entreprises. En moyenne, la croissance de
leurs chiffres d’affaires atteint 11% par an et leurs exportations
augmentent de 16%.
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Les résultats sont tout aussi éloquents au niveau national.


Le taux de croissance atteint 5,5% à prix constant, excepté pour
l’année 2002 qui a connu une mauvaise conjoncture.

Nous commençons à maîtriser le niveau du taux du


chômage, qui malgré l’augmentation de la demande d’emplois,
n’atteint que 15,8% en 1999. Pour cette année nous prévoyons
une baisse de ce taux pour atteindre 14,8% Sur cette période
nous constatons une baisse de 0,5% du taux de chômage.

Nous entamons une période qui connaîtra une


augmentation des demandes d’emplois vu les réformes
structurelles et le nombre croissant des femmes sur le marché
de l’emploi. Il ne s’agit que du résultat du choix pris par la
Tunisie en toute connaissance de cause, car nous avons
besoins d’une main d’œuvre qualifiée pour renforcer et soutenir
l’effort de développement.

Nous sommes fiers de ces acquis, non par sentiment


d’autosuffisance car ce terme n’existe plus dans notre
vocabulaire, mais parce que ces acquis renforcent notre
confiance. La politique des réformes entreprise par la Tunisie
sous la conduite du Président Ben Ali, a été mise en place par
les compétences tunisiennes et réalisée avec la participation de
tous les tunisiens et tunisiennes, malgré un contexte difficile :
baisse constante de certaines de nos ressources et notamment
pétrolières. Nous avons réussi à garder une dynamique de
développement et à renforcer le taux de croissance et en faire
profiter de larges catégories de la société.

Ces différents facteurs, renforcent notre confiance en


notre capacité à faire face aux défis à venir dans les prochaines
années. Cette période sera délicate pour nous ainsi que pour
l’ensemble des pays de la région, voire du monde entier. Aucun
pays ne peut se considérera à l’abri.

La période à venir s’annonce difficile, la compétitivité se


durcira entre les pays de l’espace Euro-Méditerannéen et entre

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
les pays de cet espace et ceux d’autres régions, notamment
avec les pays asiatiques. Néanmoins, les choix décidés par le
Président de la République renforcent notre capacité à affronter
les défis:

- généralisation de l’enseignement
- renforcement du statut de la femme
- ouverture vers l’extérieur

Pour réaliser nos ambitions et éviter à notre pays des


périodes de récessions et de difficultés suite aux mutations
internationales, il nous faut continuer à approfondir les réformes.
Le Président de la République nous rappelle constamment que
la réforme est un travail continu.

Malgré les réformes entreprises jusqu’ici, il rester beaucoup à


faire du point de vue de l’évaluation et de l’ajustement si nous
voulons aboutir à un environnement des affaires qui soit
compatible avec les objectifs que nos avons fixés pour les
étapes prochaines. Nous aspirons à ce que notre environnement
cadre avec ceux d’autres pays, sinon à ce qu’ils soit meilleurs
que celui de nos concurrents. Pour cela, les réformes devraient
couvrir tous les domaines.

Nous abordons une nouvelle étape après la réforme de la


constitution, et l’année prochaine sera capitale, puisque
d’importantes échéances électorales, présidentielle et
législatives, nous attendent.

L’année prochaine sera aussi celle d’importantes réformes


économiques. Dans le discours qu’il a prononcé à l’occasion du
16ème anniversaire du changement, le Chef de l’Etat a ordonné
au gouvernement d’accorder des domaines prioritaires absolus
durant les mois à venir. Il s’agit notamment du code des
douanes de la loi du change.

Nous ajouterons à cela, qu’il est impératif d’améliorer les


prestations administratives. L’administration doit en priorité, faire
respecter les règles du jeu par tous les intervenants en
garantissant la transparence des transactions. Elle doit aussi,
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
soutenir et encadrer les investisseurs afin d’encourager
l’exportation et la coopération avec nos partenaires et amis, et
pour garantir les conditions propices permettant à notre pays
d’évoluer durant les années à venir. Ceci doit être réalisé sans
oublier l’amélioration du système éducatif, trésor unique de la
Tunisie. Les ressources humaines sont un trésor inépuisable sur
lequel nous comptons pour relever les défis futurs. Nous
accordons actuellement plus de 7,5% du PIB au système
éducatif et de formation professionnelle. Dans le budget de l’Etat
pour l’année 2004, plus de 2500 millions de dinars ont été
consacrés aux secteurs de l’éducation et de la formation
professionnelle. Et il existe un intérêt croissant à l’adaptation des
programmes aux besoins des entreprises. Pour cela, nous
comptons sur nos compétences et tous ceux qui ont la volonté
de nous soutenir dans cet effort, afin que la formation soit saine
et compatible avec nos besoins, et afin de fournir à notre pays
les compétences à même d’améliorer notre compétitivité.

La recherche scientifique est un autre domaine que nous


considérons comme prioritaire. Parmi les principaux éléments
nécessaires au développement, nous devrons compter de plus
en plus sur les secteurs qui offrent une forte valeur ajoutée, et la
promotion de la recherche scientifique et le développement de la
technologie constituent une des conditions requises pour cela.
L’an prochain, et pour la première fois dans l’histoire de la
Tunisie, nous consacrerons 1% du PIB à la recherche
scientifique et au développement technologique. Le but que
nous cherchons à atteindre est la prise en compte des priorités
nationales par la recherche scientifique. Nous insistons sur la
nécessité de développer une coopération avec nos partenaires,
et particulièrement avec l’Union Européenne, car, comme vous
le savez, pour la recherche scientifique, il ne suffit pas de
réserver les budgets, de créer des centres de recherches et des
laboratoires, encore faut-il avoir un niveau minimum de
coopération entre les différents intervenants. Il est également
nécessaire d’intégrer les réseaux de recherches. L’Union
Européenne possède un avantage certain sur ce plan et jouit
d’une grande expérience. Lors de nos précédents débats à ce
sujet, nous avons ressenti une certaine compréhension de la

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
part de l’Union Européenne, et nous plaçons cette coopération
dans le domaine de la recherche scientifique parmi nos priorités
pour les années à venir. En effet, lorsque nous avons ratifié les
accords de partenariat avec l’Union Européenne, nous ne nous
sommes pas contentés de négocier les avantages accordés à
nos produits, mais nous avons également demandé à bénéficier
des compétences européennes afin de nous aider à réaliser le
bond en avant espéré.

En ce qui concerne nos propres projets de recherches


scientifiques, ils ne concernent pas seulement le volet théorique,
et pour qu’ils atteignent un certain degré pratique, le projet de
lois des finances présenté devant la chambre des députés et qui
est actuellement discuté, propose de créer un fond destiné à
encourager les brevets d’invention en facilitant la fabrication de
prototypes.

Sans doutes, la promotion de la recherche scientifique et du


facteur humain encourage les entreprises qui cherchent à se
moderniser, à réaliser leur mise à niveau et à améliorer le
rendement de leur personnel. L’Etat, pour sa part, continuera
son effort de renforcement de l’infrastructure, et la loi sur le
budget de l’Etat pour 2004 comporte à cet effet, de nombreux
projets qui vont dans ce sens. Nous comptons ainsi, l’année
prochaine, renforcer le réseau téléphonique qui compte
actuellement 2 880 000 lignes, c'est-à-dire une densité de 28%,
pour le faire passer à 4 500 000 lignes à savoir une densité de
45%. Par ailleurs nous comptons renforcer le recours à Internet
et intensifier le réseau d’échanges des données.

Ce n’est pas par hasard que nous nous intéressons de si


près au développement du secteur des technologies des
télécommunications, et ce n’est pas non plus par hasard que la
Tunisie abritera l’organisation du Sommet de la Société de
l’Information. En effet la Tunisie a mis en place une politique
globale visant à promouvoir la société de l’information et du
savoir. Bien sur, la politique que nous poursuivons et que nous
comptons développer est quasiment la même que celles
adoptées par la majorité des pays du sud de la Méditerranée,
mais le rythme imprégné à cette politique diffère. Reste qu’il
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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s’agit de la même démarche car tous les pays de la zone ont le
même souci de renforcer leurs compétitivités. Il n’y a pas de
miracle et la seule façon de renforcer la compétitivité réside dans
la sensibilisation du facteur humain et dans la mise en place d’un
environnement favorable aux domaines des affaires. Cela passe
encore une fois, par l’amélioration de l’infrastructure et l’attrait
des investissements étrangers.

Chaque pays qui a la volonté ferme d’améliorer ses propres


conditions afin d’acquérir un pouvoir de compétitivité, et je fais
notamment référence aux pays de l’Union du Maghreb Arabe,
empruntent le même chemin et suivent une même logique. En
réalité, nous souhaitons vivement une coopération plus grande,
faite de synchronisation et de complémentarité entre les pays de
la rive sud de la Méditerranée, ou du moins entre les pays de
l’Union du Maghreb Arabe. En effet tout nous rapproche, tant sur
le point de vue géographique que sur ceux historiques et
politiques.

Nous souhaitons que les politiques que nous adoptons et que


les efforts que nous fournissons naissent d’une vision commune,
qu’ils soient le fruit d’une œuvre collective pour que nous soyons
capables d’affronter ensemble les défis de demain, que nous
réduisons les coûts des réformes. Lorsque nous parlons de
réformes à court terme, il faut réfléchir aux coûts que nous
devront subir et auxquels nous seront confronté dans le cadre
régional de nos relations avec l’Union Européenne.

L’Union Européenne n’a cessé d’encourager l’Union du


Maghreb Arabe pour une meilleure complémentarité et pour la
formation d’un espace unitaire qui favoriserait la coopération
avec elle. Les opportunités d’investissements se renforceront
pour nos entreprises est un espace complémentaire qui permet
à nos entreprises d’investir, de vendre et d’augmenter leurs
compétitivités.

Autre élément de toute première importance, avec la création


d’un tel espace nous avons une plus grande capacité d’attirer
des investissements étrangers, ce qui nécessiterait de

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
meilleures conditions que celles qui existent aujourd’hui.
Malheureusement nous n’enregistrons pas d’avancées notables
dans ce domaine. Les échanges commerciaux entre les pays de
l’Union du Maghreb Arabe ne dépassent pas 5%, et si nous
excluons les échanges entre la Tunisie et la Libye, ce taux sera
encore plus bas. Si nous pouvions ramener ce taux de 5% ou
6% actuellement à un taux qui avoisinerait 30%, qui est le taux
minimal des échanges pour des groupements économiques,
nous pourrions gagner 1% à 1,5% de croissance en une
décennie. Ces 1% à 1,5% de croissance en plus auront une
grande influence sur les revenus et sur l’emploi, et les pays de la
région en ont grandement besoin. C’est pourquoi nous militons
toujours pour une union du Maghreb. Le Président Ben Ali a
placé cette volonté parmi ses priorités et ne cesse de rappeler à
chaque occasion, que la construction de l’Union du Maghreb
Arabe est un rêve d’enfance, et que notre ambition aujourd’hui
est de le réaliser. Il s’agit d’une nécessité qui nous est dictée par
la réalité et qui nous permettra de traiter d’égal à égal et avec
plus d’efficacité avec nos autres partenaires. Nous continuerons
donc de militer pour le renforcement des liens entre nos pays et
la Tunisie poursuivra dans sa trajectoire faite de réformes et de
développement.

Notre responsabilité sera grande lors des prochaines étapes,


et nous considérons que les 5 prochaines années seront
décisives du fait que qu’il sera question d’abolir totalement les
taxes douanières sur les importations de l’Union Européenne.
Malgré cela, nous maintiendrons le cap en approfondissant les
réformes, en renforçant d’avantage l’infrastructure, en
s’occupant d’avantage du facteur humain. L’humilité est notre
qualité, et essayons constamment d’apprendre et d’être à
l’écoute de chaque avis émis et de chaque proposition faite.
Nous tendons petit à petit vers la perfection en étant attentifs aux
aspirations et aux ambitions et en comptant sur nos propres
compétences mais aussi en renforçant la coopération avec nos
partenaires comme la Banque Mondiale, la Banque Africaine de
Développement, la Banque Européenne d’Investissement,
l’Union Européenne et dans le cadre du respect de nos choix et
de notre modèle de développement.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Nous avons aujourd’hui la grande chance de disposer en
Tunisie d’un leadership qui a prouvé en ces dernières années
difficiles, sa capacité à anticiper les évènements, à décider des
réformes, à les mettre en application et à en obtenir les résultats
escomptés. Les observateurs externes pourront considérer ces
réformes comme faciles à entreprendre, mais nous observons
plusieurs grands pays affronter des difficultés pour imposer des
réformes partielles.

Pour conclure, la grande chance que nous avons aujourd’hui,


c’est de bénéficier du leadership du Président Zine El Abidine
Ben Ali, qui a pleine capacité à poursuivre et assurer notre
chemin vers l’avant. Nous sommes constamment à l’écoute des
avis et des propositions, nous travaillons toujours à la mise en
pratique de ces avis et propositions, et notamment celles émises
par l’I.A.C.E. lors des précédentes sessions des Journées de
l'Entreprise. Notre force prend sa source auprès de nos cadres
et de nos compétences.

Pour terminer, je souhaiterai une bonne année à l’entreprise,


à vous tous.

Merci pour votre attention.

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

Première Session

L’ENTREPRISE MAGHREBINE FACE A


L’INTEGRATION AVEC L’UNION
EUROPEENNE

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Allocution de Monsieur Fethi MERDASSI


Ministre de l’Industrie et de l’Energie

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Honorables invités,

Mesdames, Messieurs,

Permettez moi tout d’abord de souhaiter la bienvenue à


tous nos honorables invités ici présents, et de remercier
l’I.A.C.E. et en particulier son Président Monsieur Chekib Nouira
pour sa fidélité à sa vocation de susciter l’interrogation et de
cultiver un espace privilégié de la réflexion et de libre débat, en
rassemblant dans le cadre des ces Journées de l'Entreprise
d’éminents experts pour débattre d’un thème qui constitue une
des préoccupations majeures des gouvernements maghrébins, à
savoir l’entreprise maghrébine face à l’intégration avec l’Union
Européenne.

Je penses personnellement que ces journées viennent à


point nommé puisqu’elles succèdent quelques jours après à la
tenue dans notre pays et à l’initiative de SON EXCELLENCE LE
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ZINE EL ABIDINE BEN ALI
Du sommet 5+5, qui a donné lieu à la déclaration de Tunis et qui
pourrait stimuler le développement du partenariat entre les deux
rives de la Méditerranée.

Je voudrais, avec votre permission, d’abord féliciter


particulièrement nos invités ici présents pour leurs brillants
exposés, particulièrement le Ministre Gil Remillard, mais
également Messieurs Boutayeb et Hamiani, ainsi que les
Tunisiens Messieurs Zghal, Lakhoua, Zarrouk et Zouari pour
leurs remarquables exposés et pour leurs franchises. Je crois
qu’ils ont traité pratiquement de l’ensemble des aspects
inhérents aux défis à relever par les économies maghrébines
pour réussir leurs intégrations dans la future zone de libre
échange avec l’Union Européenne. Je crois qu’il y a eu des
idées extrêmement pertinentes, le débat suscité est un débat
riche, utile et parfois je dirais même, passionnant.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Tout le monde est d’accord pour dire que l’entreprise
assure un rôle primordial dans le développement des économies
maghrébines. En effet l’entreprise constitue le principal
générateur d’emplois, elle contribue aussi fortement au
développement des exportations et à la croissance en général.
Toutefois, le tissu industriel maghrébin est cons titué par des
entreprises familiales, de faible taille, sous capitalisées et ne
disposant pas suffisamment de ressources à long terme pour
financer correctement leurs investissements quelles soient en
phase de création ou de développement, de modernisation ou
d’extension. L’intégration avec l’Europe, malgré le caractère
progressif du processus, pose de nouveaux défis à l’entreprise
maghrébine, qui est appelée à moderniser ses structures de
production afin de faire face à la concurrence accrue, tant sur le
marché local que sur le marché extérieur. De surcroît,
l’élargissement de l’Union Européenne à dix pays concurrents de
l’Europe centrale et orientale, ainsi que le démantèlement
tarifaire des accords multi-fibres représente des défis
supplémentaires pour to utes les entreprises maghrébines.

Pour faire face à ce diagnostic, la Tunisie a mis en place


une stratégie globale fondée sur trois volets complémentaires et
indissociables pour dynamiser l’économie. Premièrement la
modernisation de l’environnement de l’entreprise, deuxièmement
la promotion des investissements et troisièmement, la mise à
niveau du tissu industriel dont le programme a déjà été annoncé
dès la signature de l’accord d’association avec l’Union
Européenne en 1995.

L’objectif assigné à ce programme était d’établir chez


l’ensemble des acteurs et des agents économiques un
processus d’amélioration continu et permanent de la
compétitivité afin de pouvoir résister face à la concurrence
étrangère. Huit ans après le lancement de ce programme, nous
avons enregistré l’adhésion de pas moins de 2750 entreprises
alors que l’objectif était de 2500 entreprises. Et nous avons
aujourd’hui, plus de1600 entreprises qui ont achevé leurs
programmes de mises à niveau ou sont entrain de les
concrétiser pour un investissement relativement important à

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
savoir 2600 millions de dinars. Ce rythme est en train de
s’accélérer aujourd’hui et il touche de plus en plus les
entreprises de petites tailles. Et pour répondre à la crainte
exprimée par un certain nombre d’entre vous pour la création
d’emplois, je vous confirme que la dernière enquête d’évaluation
du PMN, effectuée en 2002, a révélé que les investissements de
mise à niveau se sont accompagnés par une création d’emplois.
Nous avons les chiffres, en moyenne c’est 4,1% pendant les
cinq dernières années. Ce qui peut être très important à relever,
c’est que cette création d’emplois touche de façon plus
significative, l’emploi des cadres puisque nous avons pour cette
catégorie, une augmentation de 11,6% sur la même période. Par
ailleurs, le chiffre d’affaires des entreprises qui ont réalisé leur
mise à niveau, s’est vu augmenté à un rythme annuel moyen au
cours des cinq dernières années de 11%. Aussi, leurs
exportations ont augmenté sur la même période à un rythme
annuel moyen de 16%. C’est pour dire l’importance des résultats
que nous avons enregistrés à travers le programme de mise à
niveau. Peut être que l’exemple de la Tunisie peut s’avérer
intéressant pour les autres pays.

Par ailleurs, nous pensons que la mise à niveau est un


effort continu et qu’il doit se poursuivre, et c’est pour cela que
son EXCELLENCE LE PRESID ENT BEN ALI a ordonné au
cours de la célébration du 16ème anniversaire du changement,
la mise en place d’un nouveau programme baptisé Programme
de Modernisation de l’Industrie (PMI) qui vient compléter et
renforcer le programme de mise à niveau. Le PMI aura pour
tâche de moderniser l’industrie non seulement à travers les
actions qui touchent directement les entreprises, mais également
par d’autres actions visant à améliorer l’environnement de
l’entreprise.

La mise à niveau des entreprises existantes, quoique


indispensable, ne saurait à elle seule suffire pour faire face à la
fois au défi de la mondialisation et à la réalisation des objectifs
d’emploi et d’exportation des pays maghrébins. C’est la raison
pour laquelle nous considérons que la mise à niveau doit être
générale et concerner également les encouragements à la
création d’entreprises. C’est un point fondamental qui a déjà été
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
soulevé pour réduire le gap existant au niveau de la densité du
tissu industriel entre les pays du Maghreb et l’Union
Européenne. En effet, si nous faisons des comparaisons avec
des pays comme le Portugal, comme la Grèce ou l’Irlande
auxquels nous voudrions nous rapprocher, nous devrions situer
le parc dans un pays comme la Tunisie à une présence de
100 000 entreprises plutôt que les 10 000 qui existent
actuellement. Je crois que c’est l’enjeu fondamental pour la
prochaine étape, et tous les pays maghrébins doivent redoubler
d’efforts dans ce sens et dans ce domaine, à travers notamment
l’encouragement à la création d’entreprises innovantes. Cela
nous invite peut être à réfléchir sur la démarche à adopter en
vue de stimuler d’avantage l’innovation et la recherche et le
développement dans notre industrie. A ce titre, je voudrais tout
simplement rappeler que les pays maghrébins allouent
relativement peu de ressources à la recherche et au
développement, entre 0,3% et 1% du PIB en moyenne, alors que
ce taux avoisine les 2% dans les pays de l’Union Européenne.
Ainsi, avec la fragmentation de l’effort de recherches et
développement, les systèmes nationaux de recherches fermés
et isolés, il y a un problème de communication. Les liens
insuffisants entre l’industrie et la recherche, affectent
l’investissement en recherche et développement et la création de
savoir dans les pays Maghreb. Nous sommes donc appelés à
surmonter la fragmentation des activités de recherches dans la
région pour une coordination plus efficace, une meilleure
circulation de l’information dans ce domaine par la création de
réseaux de recherches maghrébins et peut être Euro-
Méditerranéens. Aussi les conditions appropriées doivent être
crées pour stimuler l’innovation qui est un élément essentiel pour
développer des industries à ha ute valeur ajoutée et un facteur
incontournable pour améliorer le potentiel de croissance dans
toute la région maghrébine. C’est dans ce cadre que s’inscrit la
décision de son EXCELLENCE LE PRESID ENT BEN ALI
relative à la création d’un fond pour l’exploitation des brevets et
de recherches et la création de projets innovants, ce que nous
appelons les fonds d’amorçage. Cette décision témoigne de
notre conviction profonde de la nécessité de rapprocher
d’avantage la sphère scientifique de l’industrie. Aussi, nous

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
avons le soucis de développer des mécanismes qui ne sont peut
être pas encore établis en Tunisie et sur lesquels notre Ministère
travaille actuellement avec les institutions concernées. C’est
dans ce cadre que nous envisageons particulièrement de
développer le concept d’essaimage qui est actuellement
extrêmement fort en France et qui a donné la création d’une
centaine de milliers d’emplois. En effet, il a été constaté que
dans la plupart de nos entreprises, qu’elles soient publiques ou
privées c’est le même constat, surtout celles qui ont une taille
assez importante, il y a, à la fois, beaucoup d’idées, mais des
idées dormantes et de promoteurs en puissances.

Toutes ces potentialités qui ne sont pas actuellement


suffisamment exploitées sont bien sur des opportunités de
création d’entreprises et de lancement de nouveaux promoteurs,
à condition bien entendu, de bien les encadrer et de mettre à
leurs dispositions des fonds d’amorçage pour disposer du
minimum de capitaux nécessaires pour mener à bien leurs
projets.
La décision du Président de la République permettant aux
fonctionnaires d’obtenir un congé de création d’entreprises d’une
année renouvelable avec une couverture sociale pendant cette
période et en percevant 50% de leurs salaires est, je pense, un
appui précieux à la politique d’encouragement de la création
d’entreprises et qui doit mériter toute notre attention.

Nous avons parlé de l’intensification de la création


d’entreprises dans la région maghrébine, je pense qu’elle passe
aussi et surtout par le développement de partenariats et la
multiplication des investissements directs étrangers (IDE).
Seulement la réussite de nos pays dans ce domaine, reste
toujours lié à l’édification d’un espace maghrébin commun.
D’ailleurs il est évident que l’intégration régionale, si elle est faite
va certainement améliorer la crédibilité des politiques
économiques et le renforcement des réformes structurelles, Ce
qui est extrêmement important. Je crois qu’elle va favoriser
également les échanges commerciaux. D’autre part, il vaut
mieux négocier entant que blocs économiques qu’entant que
pays. Je pense aussi qu’avec l’existence d’un marché
maghrébin, les échanges seront d’avantage favorisés entre les
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
pays du Maghreb eux-mêmes et entre ces pays et les pays de
l’Union Européenne.

Mesdames, Messieurs, nous sommes convaincus en


Tunisie, de la nécessité d’édifier ensemble un ensemble
maghrébin. Nous continuons à œuvrer pour sa construction et
nous nous employons aussi à encourager les entreprises
tunisiennes à établir un partenariat fructueux avec nos
partenaires maghrébins tout en favorisant une coopération
soutenue entre les institutions d’appui et les organisations
professionnelles afin de mieux orienter cet effort. C’est dans ce
cadre que des groupes conjoints sectoriels ont été institués entre
la Tunisie et nos partenaires maghrébins : Algérie, Maroc et
Libye. Les pays maghrébins sont appelés à consolider les
résultats de ces groupes de travail mixtes, en vue d’harmoniser
ensemble les aspects réglementaires et techniques régissant les
domaines économiques, les droits de douanes, fiscalité, les
règles d’origines et normes. Cela est à même de favoriser la
dynamique recherchée et d’assurer une meilleure intégration
dans l’économie mondiale.

Par ailleurs, l’accélération de l’intégration économique des


pays maghrébins entre eux et les pays membres de l’Union
Européenne, nécessite l’intensification des réformes
structurelles. Cette intensification va permettre de renforcer la
compétitivité de l’économie et de créer l’environnement requis
pour développer les échanges commerciaux et attirer les IDE.
Ces réformes ne peuvent être raisonnablement envisagées et
poursuivies que sur des bases financières viables mais
également socialement acceptables. Ainsi, nous considérons
que l’appui financier de l’Union Européenne à la région
Maghrébine devrait être renforcé et tenir compte d’avantage des
efforts fournis par nos pays, en termes d’ouverture économique
et de démantèlements tarifaires. Certes entre 1996 et 2006, ce
sont près de 20 milliards d’Euros que le programme MEDA aura
investi pour le développement des pays méditerranéens, il n’en
demeure pas moins que l’écart actuel est très grand et manifeste
entre ce qu’offre l’Union Européenne au pays en accession (545
Euros par an et par habitant) et ce qu’elle offre aux pays tiers

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
méditerranéens (14 Euros par an et par habitant). Je crois que la
construction maghrébine, un Maghreb fort et crédible, pourrait
être la réponse pour augmenter cet effort de l’Union
Européenne.

Pour conclure, permettez moi de vous exprimer encore


une fois, tout le plaisir d’être parmi vous aujourd’hui et l’intérêt
que j’ai éprouvé à écouter vos interventions que je qualifierais de
pertinentes et courageuses. Vous avez fait des
recommandations en 1996 et 1997, et nous attendons donc vos
nouvelles recommandations ou vos recommandations
actualisées compte tenu de ce qui se passe aujourd’hui dans le
contexte actuel pour, peut être, améliorer encore plus
l’intégration de l’entreprise maghrébine dans cet espace Euro
Méditerranéen auquel nous croyons. Nous sommes toujours et
comme à l’accoutumée à l’écoute de vos suggestions et
propositions.

J’aurais tout simplement un mot de la fin pour répondre à


Monsieur le Ministre du Canada Gil Remillard, pour dire que la
Tunisie accorde une grande importance à la présence d’hommes
d’affaires tunisiens résidant à l’étranger. D’ailleurs le code
d’investissement prévoit des encouragements spécifiques pour
les investissements qu’ils réalisent en Tunisie. C’est dans le droit
fil de cette stratégie que nous organisons chaque année, un
forum pour tous les tunisiens qui sont implantés à l’étranger. En
somme, les apports de la colonie tunisienne à l’étranger pour
l’économie du pays sont absolument substantiels et énormément
de projets voient le jour grâce à eux.

Je vous remercie de votre attention.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Discours de Monsieur Hédi ZGHAL


Président COGITEL
Membre du Comité Directeur de l’I.A.C.E

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président,
Honorables invités
Mesdames et Messieurs

Il peut paraître étonnant, voire paradoxal de parler


d’entreprises Maghrébines, alors que de l’avis de tout un
chacun, le processus maghrébin est bloqué, empêchant ainsi
l’existence d’un véritable espace économique. En effet,
contrairement à l’entreprise européenne qui voit s’étendre sans
entraves son champs d’actions à l’ensemble des territoires des
pays constituant l’Union Européenne, l’entreprise Maghrébine
voit aujourd’hui encore, son champs d’actions restreint au
territoire national de chacun des pays constituant l’U.M.A. Il en
découle que l’entreprise que nous considérons ici comme
Maghrébine, évolue dans un marché ne dépassant pas les 30
millions de consommateurs pour l’Algérie et le Maroc et un
marché encore moins important, tout du moins
démographiquement parlant, pour les autres pays du Maghreb,
alors que l’entreprise Européenne agit pour un marché de 350
millions de consommateurs actuellement et passera à partir de
Mai prochain à 450 millions de consommateurs. Vous
conviendrez que les perspectives et les conditions pour les
deux types d’entreprises sont loin d’être comparables.
L’entreprise Européenne agit dans un marché unique et
transnational alors que l’entreprise Maghrébine se trouve
pratiquement contrainte à se limiter à son marché national. Il
n’existe pas réellement un marché Maghrébin, en raison du
maintien de barrières qui empêchent la libéralisation totale des
échanges. Nous n’avons pourtant pas d’autres choix que
d’adhérer au mouvement général de libéralisation en vertu des
accords GATT et OMC auxquels nous avons souscrit. Pourtant
de 1958 à Tanger, notre volonté commune de constituer un
Maghreb uni a été solennellement proclamée. 30 ans après, le
traité de Marrakech est venu le 17 Février 1989
institutionnaliser cette noble profession de foi par la création de

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
l’UMA, en préconisant la concrétisation, certes graduelle, de la
libre circulation des marchandises, des services, des
personnes et des capitaux. L’objectif étant la réalisation de
l’intégration Maghrébine. Des textes ont été rédigés, des
conventions adoptées, mais pas ou peu appliqués, et sans
pour autant que les échanges inter maghrébins dépassent le
seuil des 5% par rapport à l’ensemble des échanges de nos
pays.

A ce sujet, la contribution présentée par le Secrétariat Général


de l’UMA dresse un bilan et évoque les opportunités futures.
Compte tenu du mouvement inéluctable vers la libéralisation des
échanges commerciaux au niveau mondial, et compte tenu de
l’historique et de l’importance des échanges commerciaux de
nos pays avec l’Europe, il était devenu indispensable
d’envisager la conclusion d’accords pour l’établissement d’une
zone de libre échange avec l’Union Européenne. La Tunisie, en
pionnière, a été non seulement le premier pays à signer un tel
accord d’association, mais a également choisi d’engager la mise
en œuvre des termes de l’accord avant même sa ratification. En
effet, et pour montrer sa détermination à respecter pleinement
ses engagements, comme elle en a la réputation, la Tunisie a
prématurément entamé le démantèlement tarifaire convenu dans
l’accord dès le 1er Janvier 1996. La Tunisie n’a pas manqué,
d’ailleurs, d’adhérer à l’initiative d’Agadir, visant à la mise en
place d’une Zone de libre-échange entre le Maroc, la Tunisie,
l’Egypte et la Jordanie, convaincue des effets positifs de
l’intégration régionale. L’exposé de notre ami le Professeur
Faycal Lakhoua ne manquera pas d’ailleurs de nous éclairer sur
les défis et les opportunités de l’intégration économique.
L’exemple de la Tchéquie et de ses partenaires de l’Europe
Centrale doit être médité. En effet, ces pays ont bien vite
compris que leurs associations d’abord, puis leur adhésion à
l’Union européenne ensuite, serait d’autant plus facilitée qu’ils
réaliseraient leur intégration régionale. C’est ce qu’ils ont fait en
créant une zone de libre- échange, la CEFTA, rassemblant
d’abord 4, puis 7 pays alors même que leurs échanges étaient
auparavant organisé dans le cadre du COMECON, duquel ils se
sont débarrassé certainement non sans douleur. Le marché ainsi

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Les Journées de l’entreprise 2003
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créé, a permis aux entreprises de ce nouvel ensemble de se
développer, de se réorganiser et surtout d’attirer des volumes
très importants d’Investissements Directs Etrangers (IDE) : 28
milliards d’Euros pour la Tchéquie en 12 années. Pour la seule
année 2001, le montant des IDE a été de 5,5 milliards d’Euros
pour ce pays.

Au titre des expériences étrangères, nous attendons, par


ailleurs, avec intérêt, de connaître le point de vue de Monsieur le
Ministre Gil Remillard quant à l’expérience de l’ALENA.

Les spécialistes et experts soulignent souvent que les


entreprises maghrébines souffrent, à des degrés divers, des
difficultés et des maux suivants :

- au niveau de l’entreprise : exiguïté de son marché ;


faibles dimensions, structures financières insuffisantes
et encore trop souvent familiales, manque de
transparence et organisation et encadrement
insuffisants, investissements immatériels très
modestes, productivité faible et donc compétitivité
insuffisante, manque de culture de concurrence…

- au niveau de l’environnement de l’entreprise : lourdeur


des formalités administratives, poids des charges
obligatoires lorsque l’entreprise ne bénéficie pas d’un
régime incitatif, insuffisance au niveau de
l’infrastructure des communications, du transport, de
l’information…

Dans son partenariat avec l’Union Européenne, la Tunisie,


convaincue de la justesse de son choix, a aujourd’hui parcouru
les deux tiers du chemin menant à la mise en place d’une zone
de libre échange. De ce qui précède, il apparaît que moyennant
un programme d’accompagnement de l’entreprise, programme
initié par les pouvoirs publics et soutenu par l’Union Européenne,
les avantages ont été pour l’entreprise, de loin supérieurs aux
inconvénients. D’ailleurs, les entreprises victimes de l’ouverture
des frontières, du fait du démantèlement tarifaire, ne sont pas
aussi nombreuses que certains avaient voulu le faire croire.
©IACE 40
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
L’ouverture a, en effet, permis le développement du partenariat
avec des entreprises Européennes ainsi qu’un flux des IDE.
Toutefois, les promesses d’une implication forte de l’Union
Européenne sur le plan financier, que ce soit par le renforcement
des IDE ou de l’aide au développement, ont été très en-deçà des
nos attentes, contrairement à ce que nous observons aujourd’hui
pour les PECO et que nous avons observé hier pour l’intégration
du Portugal ou de la Grèce. Les Chefs d’Etats et de
Gouvernements Européens avaient pourtant adopté en 1992, le
principe d’une augmentation substantielle des investissements
orientés vers notre région. Le sommet Européen d’Essen en
1994, avait reconnu la nécessité d’un rééquilibrage des relations
de l’Union Européenne avec les pays Méditerranéens. Le
rééquilibrage n’ayant pas été réalisé, les pays du sud de
l’Europe, sans doute sous l’effet de plusieurs facteurs exogènes
et endogènes, se sont enfin réunis à Tunis dans le cadre du
sommet 5 + 5, avec les pays du Maghreb pour donner une
impulsion nouvelle au partenariat. La tenue de ce sommet des
Chefs d’Etats et de Gouvernements est sans doute la preuve la
plus éclatante d’une nouvelle prise de conscience de ce qu’est
l’intérêt, non seulement pour l’Europe du Sud mais aussi de
l’Europe tout entière.

Comme autre illustration de cette prise de conscience de la


nécessité impérative du rééquilibrage, nous évoquerons
l’initiative du Cercle des Economistes Français qui appelle à une
association renforcée, rejoignant en cela la position du Président
Prodi. Ces illustres économistes sont allés jusqu’à proposer un
plan Marshall pour le Maghreb.

Mais en attendant le rééquilibrage avec l’Europe, et en attendant


le processus Maghrébin, quelles perspectives pour l’entreprise
Maghrébine dans le cadre d’un partenariat que nous savons
inéluctable ? C’est à cette interrogation, que je considère comme
problématique, que notre rencontre est appelée à répondre et
apporter un début de réponse ou tout du moins des suggestions.

Je vous remercie de votre attention.

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

« L’Intégration Economique : Défis et


Opportunités »
Monsieur Fayçal LAKHOUA
FSEG TUNIS

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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L’Intégration Economique : Défis et Opportunités

Fayçal Lakhoua

Les cinquante dernières années ont vu une croissance


exceptionnelle des échanges mondiaux de biens, de services et
des marchés des capitaux. Le nombre des regroupements
économiques régionaux est de plus en plus important. Presque
tous les pays sont au moins membres d’un regroupement
régional. Les objectifs et les dispositions varient d’un
groupement à l’autre, mais l’objectif fondamental est la réduction
des barrières douanières entre les pays membres, ce qui
implique nécessairement une discrimination vis-à-vis des pays
non-membres.

I La Libéralisation vs Régionalisme

I-1 Le courant de libéralisation

Dans la période qui a suivi la Seconde guerre mondiale, les


principales économies du monde se sont fermement engagées
en faveur du multilatéralisme. Ce courant a conduit à la série des
négociations commerciales multilatérales du GATT. Le système
s’est développé au fil des cycles de négociations. Tandis que les
premiers cycles étaient principalement consacrés aux réductions
tarifaires, le dernier cycle de l’Uruguay (1986-1993) a marqué
l’introduction de nouveaux thèmes dans les négociations
commerciales et plus particulièrement les exceptions aux règles
concernant : l’agriculture, les services, les barrières non
tarifaires, et les infractions aux clauses générales. De nouveaux
chapitres ont été ouverts concernant les investissements et les
droits de propriété. Le cycle de l’Uruguay a aussi débouché sur

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
la transformation institutionnelle du GATT en un organisme
commercial multilatéral, l’OMC.

C’est le gouvernement des Etats-Unis, soucieux de pallier le


ralentissement des négociations commerciales multilatérales à la
suite du cycle de Tokyo Round, qui a donné l’impulsion du
nouveau courant régionaliste afin de poursuivre le processus de
libéralisation des échanges mondiaux. Ainsi, les accords
CUSFTA entre les Etats-Unis et le Canada ont démarré en 1983
pour aboutir en 1988. En 1991, les Etats-Unis proposaient de
négocier des accords de libre-échange avec l’Amérique latine ;
et en 1992 ils signaient des accords avec les pays de la région
Asie-Pacifique et d’Amérique latine. Enfin, l’accord de libre-
échange ALENA a été signé en 1994.
Dans le même temps, le processus d’élargissement et
d’approfondissement de la Communauté européenne a bien
avancé. La communauté est passée de à 9 puis à 12 membres
en 1986, à 15 en 1994. Elle serait à 25 en 2004.

I-2 Le nouveau courant régionaliste

Parallèlement à ce regain du multilatéralisme, un nouveau


courant régionaliste a commencé à émerger. La quasi-totalité
des pays membres de l’OMC ont conclu des Accords
Commerciaux et Régionaux (ACR) avec d’autres pays. Depuis
1948, plus de 175 ACR entre les parties contractantes ont été
notifiés au GATT. Cette vague s’est intensifiée dans les années
1990, sous-tendue par l’idée que la multiplication des Zones de
libre-échange déboucherait sur un véritable système de libre-
échange à l’échelle mondiale.

Ce courant de régionalisme a été suivi un peu partout dans le


monde.

Cette évolution du système commercial mondial trouve une


solide justification dans la théorie classique et néo-classique du
commerce. Depuis la parution de la théorie d’Adam Smith, les
échanges renforcent le bien-être et la croissance.
L’accroissement des échanges permettrait d’écouler la
production excédentaire, d’accroître la productivité, d’élargir le
©IACE 44
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
marché, d’améliorer la division du travail et le niveau de
productivité.

II Le Cadre conceptuel de l’intégration régionale

II-1 Le Cadre de base

Jacob Viner s’est appuyé sur la notion de gains de bien-être


pour développer les concepts influents de création et de
détournement des flux d’échanges. Les avantages économiques
de l’intégration régionale et l’essor de régionalisme ont
traditionnellement été expliqués par les effets de création et de
détournement des flux d’échanges résultant de la suppression
des barrières commerciales entre les membres d’une même
zone d’intégration commerciale. Toutefois, les gains issus de la
création des échanges sont ponctuels : une fois les barrières
tarifaires supprimées, si aucun processus de réaffectation
n’intervient, les gains statiques -par définition- s’épuisent. A
l’inverse les gains induits par les échanges repoussent
continuellement les limites de production du pays, car les
échanges s’accompagnent d’une augmentation des
investissements et d’une accélération de la croissance de la
productivité motivée par les effets d’échelle. Ce sont
fondamentalement les gains dynamiques induits par les
échanges qui justifient le libre-échange et la libéralisation
unilatérale des échanges.
La théorie moderne des échanges (Helpman et Krugman, 1985
et 1991) se situe au cœur du lien de causalité entre les
exportations et la croissance. En outre, un certain nombre de
questions leur sont associées : l’intégration régionale a-t-elle des
effets positifs sur la crédibilité des politiques, l’investissement et
la croissance ? Quelle est l’incidence de l’intégration sur la
localisation des industries ? Et les avantages du libre-échange
sont-ils équitablement répartis entre les pays ?

©IACE 45
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
II-2 Les typologies des accords d’intégration

- Dans le contexte d’une zone de libre-échange, qui est une


sous-catégorie d’accord commercial préférentiel, les pays
membres libéralisent entièrement les échanges entre eux
mais conservent leurs propres tarifs vis-à-vis des pays non
membres.
- Une union douanière est une zone de libre-échange dont
tous les membres appliquent le même- tarif vis-à-vis de
l’extérieur, celui-ci pouvait varier d’un produit à l’autre.
- Un marché commun est une union douanière ou les
facteurs sont libres de circuler; Enfin, l’intégration complète
permet l’harmonisation des politiques intérieures.
- L’Union monétaire est une forme d’intégration
économique part : dans ce cas, soit les pays partenaires ont
la même monnaie, soit leurs monnaies sont entièrement
convertibles et les taux de change fixés irrévocablement. Il
existe également des formes « atténuées » d’union
monétaire : c’est le cas, lorsque les fluctuations des taux de
change sont limitées ou lorsque les banques centrales
s’accordent mutuellement des facilités de crédit. Dans le cas
de l’Europe où l’instauration de l’union monétaire n’a été
décidée qu’une fois l’union économique entérinée, on croit
parfois que le processus d’intégration doit nécessairement se
dérouler dans cet ordre. Mais l’union monétaire peut se
combiner à une zone de libre-échange, une union douanière,
un marché commun ou une union économique. L’union
monétaire est possible sans union commerciale.

La revue de la littérature récente attache une grande importance


aux concepts « d’intégration profonde » et « d’intégration
superficielle ». Ce dernier concept s’applique essentiellement
aux zones de libre-échange et aux unions douanières.
L’intégration profonde englobe la suppression des contraintes
opérant à l’intérieur même des pays : normes industrielles et
environnementales, règles concernant les marchés publics,
réglementations sanitaires et phytosanitaires, etc. Le programme
du marché unique européen est un exemple d’intégration
profonde. La suppression des disparités budgétaires non liées
aux tarifs constitue un autre aspect de l’intégration profonde.
©IACE 46
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

II-3- Création ou détournement des flux d’échanges ?

La raison d’être d’une union douanière est de libéraliser les


échanges entre les pays membres et d’appliquer un tarif
extérieur communal bien importé des pays tiers.
Les unions douanières créent de nouveaux courants
d’échanges, mais elles détournent aussi une partie des flux
d’échanges existants des fournisseurs bon marché au profit des
fournisseurs plus chers de l’union. Surtout dans le cadre
d’unions douanières entre des pays développés et des PVD, les
pays développés peuvent constituer des rentes, et la distribution
des avantages aux PVD, peut être altérée par une collision des
fournisseurs des pays développés.
On peut décomposer l’effet de création des flux d’échanges en
deux éléments : un effet de production qui correspond au
remplacement des biens intérieurs par des biens étrangers
meilleur marché, et un effet de consommation qui prend la forme
des gains que retirent les consommateurs des produits de
meilleur marché. La question cruciale est de savoir si les
avantages de la création des flux d’échanges l’emportent sur les
inconvénients du détournement des échanges. Une zone de
libre-échange sera probablement bénéfique si, au final, elle
créée plus de flux d’échanges qu’elle n’en détourne.

En règle générale, plus l’union douanière est grande et moins le


tarif extérieur commun est élevé, plus il l’est, il y a des chances
pour que le premier effet de création l’emporte sur le second.

Même si une union douanière est dans l’ensemble génératrice


d’échanges, il n’est pas à exclure qu’au moins l’un de ses
membres soit pénalisé.

De la même manière, un pays au moins peut être gagnant dans


une union douanière où l’effet de détournement l’emporte sur
l’effet de création.

©IACE 47
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Une union douanière peut tout aussi bien relever le niveau de
bien-être de tous ses membres. Pour ce faire, il faut que le tarif
extérieur commun soit fixé de telle sorte que le niveau
d’échanges avec les pays tiers diminue après la création de
l’union.

Les unions douanières sont probablement moins bénéfiques


qu’une politique de réduction tarifaire unilatérale. De ce fait, elles
doivent être justifiées par d’autres arguments économiques ou
non.

II-4 Les accords d’Intégration Régionale (AIR)

Le monde a connu un accroissement considérable des AIR au


cours des quinze dernières années. On considère que plus de la
moitié des flux commerciaux s’échangent entre des
regroupements commerciaux existants et que presque tous les
pays membres de l’OMC sont des partenaires dans des
regroupements commerciaux.

La discipline imposée par l’OMC peut être considérée comme


une règle minimisant les effets négatifs de l’intégration régionale.
Pour des raisons historiques et suite à la création de la
communauté européenne au milieu des années 1950, les
clauses concernant l’intégration régionale n’ont jamais été
renforcées. Au sommet de Doha en 2001, on a fait figurer sur
l’agenda les règles et les mesures d’application concernant les
étapes de formation des regroupements régionaux. Parmi les
questions soulevées, on peut citer la compatibilité des règles
d’origine et des procédures d’évaluation des ARI avec les
clauses de l’OMC.

Les AIR ne sont pas toujours acceptés par tous les groupes
d’intérêt. Des signes de résistance se manifestent pouvant
accroître les niveaux des flux de détournement des échanges.
Certains pays prennent des mesures d’exception pour
sauvegarder les secteurs industriels les moins compétitifs et
l’agriculture. Il serait donc important de ne pas utiliser les
mesures exceptionnelles.

©IACE 48
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Les distorsions introduites par les ZLE et concernant la
libéralisation commerciale réduisent les effets de création plus
que dans le cas des unions douanières. En effet, les entreprises
d’importation vont exercer une forte pression sur les
gouvernements pour ne pas libéraliser les secteurs protégés. La
coordination et la coopération requises seraient plus difficiles à
mettre en place dans le cas d’une ZLE. Par contre, dans le cas
d’une union douanière, la libéralisation commerciale exige des
entreprises de se présenter en front unique.

III – Les Avantages et les Gains de l’Intégration


Régionale

II-1 L’intégration régionale est-elle source de gains


dynamiques ?

Premièrement, l’élargissement du marché peut générer des


économies d’échelle, et si tel est le cas, le tarif extérieur
commun peut être inférieur au tarif initial dans les deux pays
partenaires. En plus de l’effet normal de création de flux
d’échanges, il y aura économie de coûts pour les deux pays.
Deuxièmement, il y a des chances pour que l’intégration renforce
la concurrence et donc pour qu’elle influence favorablement les
prix et les coûts ainsi que la croissance de la production.
Troisièmement, l’élargissement des marchés au sein de l’union
douanière aura pour effet probable d’attirer les investissements
internationaux. En effet, si la production mondiale de biens et
services n’est pas infiniment élastique, il faut tenir compte de
l’effet des termes de l’échange. Plus spécifiquement, s’il y a
détournement de flux d’échanges, le prix mondial du produit
considéré diminuera, ce qui fera pencher les termes de
l’échange en faveur de l’union douanière.

L’un des principaux avantages dynamiques du commerce tient


au fait que les marchés d’exportation élargissent le marché total
des producteurs d’un pays. Si la production donne lieu à un
rendement croissant, l’augmentation des exportations devient
une source continuelle de croissance de la productivité.

©IACE 49
Les Journées de l’entreprise 2003
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Pour un petit pays qui ne prend pas part aux échanges, les
possibilités d’investir massivement dans des biens d’équipement
avancés sont très réduites, la spécialisation étant limitée par la
taille du marché. A l’inverse, si un petit pays pauvre dispose d’un
potentiel commercial, cela lui ouvre la possibilité de
s’industrialiser et d’abandonner ses méthodes de production
traditionnelle.

III-2 L’intégration régionale peut-elle promouvoir la crédibilité des


politiques ?

L’argument selon lequel des accords d’intégration régionale


améliorent la crédibilité des politiques est maintenant bien
connu. Cet argument nous dit qu’un AIR peut contribuer à
améliorer la crédibilité des politiques en « verrouillant » le
processus de réforme des échanges. Cela est d’autant plus vrai
que dans de nombreux pays en développement, les réformes
économiques manquent fréquemment de crédibilité en raison de
problèmes de discontinuité temporelle et d’asymétrie de
l’information.

Un accord commercial régional favorise l’émergence d’une


communauté politique plus large, qui limite les possibilités pour
les gouvernements de prendre des mesures discrétionnaires
malencontreuses et surtout qui restreint le pouvoir des groupes
d’intérêt dont le comportement est préjudiciable à la croissance.

Un AIR peut contribuer à améliorer la crédibilité des politiques. Il


n’est pas certain, cependant, qu’il s’agisse du meilleur
instrument pour assurer cette fonction de renseignement.

III-3 L’intégration régionale peut-elle stimuler l’investissement ?

Les accords d’intégration régionale facilitent les échanges et


contribuent donc à accroître le rendement d’au moins certains
facteurs de production. C’est vrai en particulier lorsque
l’intégration est profonde, car elle réduit alors les coûts de
transactions réels.

©IACE 50
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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L’accroissement du stock de capital contribue, à son tour, à
l’accélération temporaire des taux de croissance.

L’intégration régionale avait eu une incidence fortement positive


sur l’accumulation de capital dans le cas de six AIR.

IV Accords régionaux : pierre angulaire ou pierre


d’achoppement de la libéralisation des échanges ?

Les accords régionaux encouragent-ils ou entravent-ils la


libéralisation multilatérale des échanges ? L’angle d’analyse
n’est donc plus l’incidence économique du régionalisme, mais la
question est de savoir si le régionalisme conduira à une
libéralisation plus rapide ou moins rapide des échanges
mondiaux.

Troisièmement, l’Initiative sur le commerce et l’investissement


entre les Etats-Unis et l’Afrique.

Cette nouvelle approche devra entre autres chercher à cultiver


les effets dynamiques de la libéralisation des échanges et à
concilier l’intégration régionale avec la libéralisation multilatérale
des échanges.

Premièrement, si des petits pays s’associent au sein de


groupements plus importants, les négociations multilatérales se
dérouleront non pas entre 130 pays ou plus, mais entre un petit
nombre de groupes. Cette réduction du nombre de participants
rendra les négociations d’autant plus efficaces. Il est important
de noter que cet argument n’est valide que si les groupes sont
organisés en unions douanières. En effet, dans le cadre d’une
zone de libre-échange, chaque membre applique son propre tarif
extérieur et doit négocier individuellement lors des négociations
multilatérales.

En dernier lieu, l’expansion progressive des groupements


régionaux peut déboucher, in fine, sur la libéralisation
multilatérale des échanges. Supposons par exemple qu’il existe
au départ un bloc unique. L’arrivée de nouveaux membres

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
accroît l’assise du bloc sur le marché et améliore ses termes de
l’échange. Les pays qui restent à l’extérieur sont de plus en plus
pénalisés. Le bloc poursuit son expansion jusqu’à ce qu’il
englobe tous les pays du monde – c’est la version idéale.

Les gains dynamiques induits par les échanges sont au cœur du


lien de causalité entre les exportations et la croissance. En effet,
ces gains repoussent continuellement les limites de production
des pays car les échanges s’accompagnent d’une augmentation
des investissements et d’une accélération de la croissance de la
productivité motivée par les effets d’échelle, l’apprentissage par
la pratique et l’acquisition de nouvelles connaissances auprès
des pays étrangers, le plus souvent par le biais des
investissements directs étrangers.

D’un point de vue empirique, néanmoins, l’aptitude des AIR à


stimuler la croissance par le biais de ces gains dynamiques
apparaît moins nette. Il est amplement démontré qu’après la
conclusion de leurs ARI respectifs, la CEE, l’AELE et le CUSFTA
ont enregistré une hausse conséquente des échanges entre
leurs pays membres et une forte accélération de la convergence
de leurs revenus. Certains ont observé que cette convergence
s’était opérée vers le haut, les pays pauvres enregistrant une
croissance plus rapide, et qu’elle était due davantage à la
convergence des taux de croissance de la productivité totale des
facteurs qu’à la convergence des niveaux d’investissement.
D’autres auteurs ont fait valoir que l’intégration européenne avait
stimulé la croissance des membres de l’union. Toutefois,
plusieurs études sur l’intégration européenne n’ont constaté
aucune corrélation positive entre les AIR et la croissance.

Quant aux pays en développement, leur expérience des accords


commerciaux régionaux est pour l’instant globalement
décevante. La raison en est que dans la plupart de ces pays, les
accords d’intégration ont adopté une approche protectionniste et
tournée vers l’intérieur, l’effet détournement l’emportant sur
l’effet création de flux d’échanges.

Les caractéristiques structurelles des économies du sud, la


poursuite des politiques de substitution aux importations et le
©IACE 52
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
caractère extrêmement inéquitable de la réparation des coûts et
des avantages de l’intégration – lié aux différences économiques
entre les pays partenaires – se sont jusqu’à présent opposés à
la réalisation d’une véritable intégration commerciale .

Vamvakidis (1999), qui a examiné 109 cas de participation à 18


accords commerciaux régionaux sur la période 1950-1992,
conclut que leur incidence sur le taux de croissance des
membres a été négative. L’auteur a également étudié 51 cas de
libéralisation généralisée des échanges et constaté cette fois
que la croissance des pays s’était accélérée après la
libéralisation.

Les avantages du libre-échange sont-ils répartis équitablement ?


Le commerce génère à la fois des gains statiques et des gains
dynamiques et permet en outre d’écouler la production
excédentaire.

Cependant, rien dans la théorie des échanges ne garantit la


répartition égale ou équitable des gains issus des échanges. La
répartition des avantages induits par le libre-échange dépend du
prix d’échange des biens sur les marchés internationaux, de
l’évolution des termes de l’échange et de la capacité des pays à
maintenir le plein emploi des ressources lorsque celles-ci sont
réaffectées en fonction de la spécialisation respective de
chacun.
Tout dépend des caractéristiques de la production et de la
demande des biens produits et importés ou exportés par un
pays, de la politique économique poursuivie et du régime
commercial adopté.

Nous estimons cependant qu’il y a plusieurs leçons à tirer de


l’analyse et qu’elles s’appliquent dans la majorité des
circonstances :

1- utiliser les AIR comme un moyen pour renforcer la


concurrence. Si l’intégration est nécessaire, elle doit être
utilisée comme un instrument pour accroître la
concurrence sur le marché domestique ;

©IACE 53
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
2- les accords Nord-Sud dominent les accords Sud-Sud. Les
protagonistes ne sont pas égaux. Les AIR avec des pays
à revenus élevés seraient à même de générer des gains
économiques plus importants que les AIR entre pays à
revenus faibles ;
3- les AIR peuvent renforcer la crédibilité des réformes
économiques et politiques, mais ceci n’est possible que
s’ils contiennent explicitement des mécanismes et des
clauses qui affecteraient directement les politiques ;
4- seuls les AIR efficaces pourraient résoudre les problèmes
politiques. Par contre, si leur impact économique reste
faible, ils pourraient entraîner des effets inverses ;
5- la coopération régionale ne requiert pas en général
l’existence de préférence commerciale. L’existence de
larges externalités inter pays exige la coopération entre
les PVD dans les domaines comme la réglementation, les
réformes des institutions de régulation et l’amélioration de
l’infrastructure ;
6- il est important de considérer les coûts de transaction en
instituant un AIR. Les gouvernements doivent considérer
attentivement les coûts de transaction associés à
différentes formes d’AIR ;
7- les AIR peuvent avoir des effets fiscaux aussi bien positifs
que négatifs. La dimension fiscale des AIR est importante
pour les pays où les droits de douane constituent une part
importante des revenus budgétaires ;
8- l’OMC interdit certains des effets destructeurs du
régionalisme, sa contribution principale est de limiter les
effets potentiellement négatifs du régionalisme pour les
pays non partenaires, ceci est un instrument pour
poursuivre la libéralisation globale sur la base de la
clause de la nation la plus favorisée.

Conclusion

Le monde a connu un accroissement considérable des AIR au


cours des quinze dernières années. On considère que plus de la
moitié des flux commerciaux s’échangent entre des
regroupements commerciaux existants et que presque tous les

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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pays membres de l’OMC sont des partenaires dans des
regroupements commerciaux.

La discipline imposée par l’OMC peut être considérée comme


une règle minimisant les effets négatifs de l’intégration régionale
respective. Pour des raisons historiques et suite à la création de
la communauté européenne au milieu des années 1950, les
clauses concernant l’intégration régionale n’ont jamais été
renforcées. Au sommet de Doha en 2001, on a fait figurer sur
l’agenda les règles et les mesures d’application concernant les
étapes de formation des regroupements régionaux. Parmi les
questions soulevées, on peut citer la compatibilité des règles
d’origine et des procédures d’évaluation des AIR avec les
clauses de l’OMC.

Les ARI ne sont pas toujours acceptés par tous les groupes
d’intérêt. Des signes de résistance se manifestent pouvant
accroître les niveaux des flux de détournement des échanges.
Certains pays prennent des mesures d’exception pour
sauvegarder les secteurs industriels les moins compétitifs et
l’agriculture. Il serait donc important de ne pas utiliser les
mesures exceptionnelles.

Les distorsions introduites par les ZLE et concernant la


libéralisation commerciale réduisent les effets de création plus
que dans le cas des unions douanières. En effet, les entreprises
d’importation vont exercer une forte pression sur les
gouvernements pour ne pas libéraliser les secteurs protégés. La
coordination et la coopération requises seraient plus difficiles à
mettre en place dans le cas d’une ZLE. Par contre, dans le cas
d’une union douanière, la libéralisation commerciale exige des
entreprises de se présenter en front unique.

©IACE 55
Les Journées de l’entreprise 2003
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Graphique 1
Evolution des exportations de marchandises et de la production mondiale
Indice de valeur, 1950 = 100
1800
1600
1400 Exportation de
1200 marchandises

1000
800
PIB REEL
600
400
200
0
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995
Source : CNUCED (1997)

©IACE 56
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Graphique 2
Evolution de linvestissement direct étranger dans le monde, 1970 - 1996
Indice de valeur, 1970 = 100
3000

2500

2000

1500

1000

500

0
1970

1972

1974

1976

1978

1980

1982

1984

1986

1988

1990

1992

1994

1996
Source : CNUCED (1997)

Graphique 3

Evolution des zones de libre-échange


20

15

10

0
1948 1953 1958 1963 1968 1973 1978 1983 1988 1993 1998

Source : OMC, 2003

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

Graphique 4

Répartition de l'IDE par grande région moyenne 1991-1996

Sorties Entrées

Asie non
Europe
Asie non Europe OCDE
48%
OCDE 39% 22%
11%

Asie OCDE Asie OCDE


Moyen Orient 11% Moyen Orient 5%
et Afrique et Afrique
Amérique du Amérique Amérique
1% 1% Amérique du
Nord Latine Latine
Source : OCDE, 1998
Nord
28% 1% Source : OCDE, 1998 9%
24%

Graphique 5

Taxes douaniers des PUD (Rapport desRrevenues/Importations)


14
12
10
8
6
4
Moyenne pondérée
2
Moyenne simple
0
1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000
Source : OCDE, 1998

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Tableau 1: Trade Protection Indicators for MENA (most


recent year)
Nontariff
Simple Weighted barrier
average average coverage
Algeria 22.4 15 15.8
Bahrain 8.8
Egypt, Arab Rep. 20.5 13.8 28.8
Iran, Islamic Rep. Of 4.9 3.1
Jordan 16.2 13.5 0
Lebanon 8.3 12
Morocco 32.6 25.4 5.5
Oman 4.7 4.5 13.1
Saudi Arabia 12.3 10.5 15.6
Syrian Arab Rep. 21
Tunisia 30.1 26.3 32.8

Tableau 2 : La part du commerce intra-régional


Regional bloc Intraregional exports as a share of total exports (%)
1980 1985 1990 1995 1998
Arab countries 4.5 7.8 9.4 6.7 8.2
ASEAN 22.4 20.7 20.7 26.4 22.2
MERCOSUR 12 6 9 20 25
EU 60.8 59.2 65.9 62.4 56.8

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Tableau 3 : Les exportations intra-régionales, 1970-2001
year in
1970 1980 1985 1990 1995 2000 2001 force
Europe and North America
CEFTA 14.6 11.5 12.4 1993
European Union 59.5 60.8 59.2 65.9 62.4 62.1 61.2 1957
NAFTA 36 33.6 43.9 41.4 46.2 55.7 54.8 1994
Latin America and the Caribbean
CACM 26 24.4 14.4 15.4 21.7 13.7 15 1961
Andean Group 1.8 3.8 3.2 4.2 12.2 8.8 11.2 1988
CARICOM 4.2 5.3 6.3 8.1 12.1 14.6 13.4 1973
MERCOSUR 9.4 11.6 5.5 8.9 20.3 20.7 20.8 1991
Africa
CEMAC
(UDEAC) 4.8 1.6 1.9 2.3 2.2 1.2 1.3 1999
COMESA 7.4 5.7 4.4 6.3 6 4.8 5.2 1994
ECCAS 9.8 1.4 1.7 1.4 1.5 0.9 1.1 1983
ECOWAS 2.9 9.6 5.1 8 9 9.6 9.8 1975
SADC 4.2 0.4 1.4 3.1 10.6 11.9 10.9 1992
UEMOA 6.2 9.9 8.7 12.1 10.3 13 13.5 2000
Middle East and Asia
ASEAN/AFTA 22.4 17.4 18.6 19 24.6 23 22.4 1992
GCC 4.6 3 4.9 8 6.8 5 5.1 1981
SAARC 3.2 4.8 4.5 3.2 4.4 4.3 4.9 1985

Tableau 4 : Le commerce Sud-Sud, 1990-2001


Value Share Annual percentage change
2001 2001 1990-1995 1995-2000 1990-2001
Developing Asia 422 66 21 6 11
intra-developing Asia 345 21 6 11
intra-Middle East 18 6 8 7
Latin America 82 12.8 16 4 9
intra-latin America 59 18 5 10
Africa 36 5.6 12 9 9
intra-Africa 11 12 -6 6
South-South 639 100 17 7 10
Source: WTO and UNSD, Comtrade database.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Tableau 5 : Perspective de commerce intra-régional.

2000 2005
Western Europe 64.7 67
Transition economies 61.6 61.6
North America (incl. Mexoco) 41.4 51.6
Africa 37.2 43.6
Latin America (excl. Mexico) 18.3 63.6
Asia 5.6 16.2
World 43.2 51.2

Estimation

©IACE 61
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
References

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Mexico/CEMLA,1965.

Bhagwati Jagdish ; Protectionnisme. Paris: Dunod, 1990.

Dornbush, Rudiger; « The Case for Trade Liberalisation in


Developing Countries », Journal of Economic Perspectives,
volume 6-3, 1992, p 159-178.

Galal, Ahmed; Hoekman, Bernard. Regional Partners in Global


Markets: Limits a nd Possibilities of the Euro-Med.
Agreements. Cairo: ECES, 1997.

IMF. World Economic Outlook. 2002.

Kindelberger, Charles, P; .Lindert, Peter E. Economie


Internationale.Paris: Economica, 1978.

Meade, J.E. The Theory of Customs Union. Amsterdam: North


Holland, 1965.

Meserlin Patrick ; La Nouvelle Organisation du Commerce.


Paris : Dunod, 1995.

OCDE, Pour l’Ouverture des Marchés. Les avantages de la


libéralisation des échanges et de l’investissement. Paris : OCDE,
1998.

Phan, P.L. « L’adhésion à une Zone de Libre-échange : Quelle


incidence pour un pays émergent » Tunis : FSEG, 1996.

World Bank. Régional Integration Agreement. Washington, 2003.

©IACE 62
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Union du Maghreb Arabe


Secrétariat Général

Hassan SQALLI
Directeur des Affaires Economiques

L’expérience de l’UMA
Bilan de l’intégration et opportunités futures

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Dès sa naissance le 17 février 1989, l’Union du Maghreb


Arabe (UMA) a abordé son intégration régionale avec
pragmatisme. C’est ainsi que le Traité de Marrakech instituant
l’UMA a préconisé dans deux articles successifs :

- d'une part, le système des politiques communes et


en ce qui nous concerne ici, les politiques
communes en matière agricole, industrielle,
commerciale et sociale, ce qui évoque les
systèmes d’unions douanières et de marchés
communs.

- et d'autre part, l'institution graduelle des quatre


libertés connues dans la construction des zones de
libre échange, à savoir :la libre circulation des
marchandises, des services des personnes et des
capitaux.

Face aux chevauchement des approches ainsi fixées, le Conseil


de la Présidence a préféré agir dès 1990 au niveau de plusieurs
secteurs économiques à la fois en adoptant des conventions
maghrébines et des résolutions présidentielles portant
indifféremment sur l’échange des produits agricoles, le
commerce des marchandises, l’encouragement des
investissements, la non double imposition, le transport, la
coopération maritime, les postes et télécommunications, sans
oublier la création d'une banque maghrébine d’investissement et
de commerce extérieur.

Il serait trop long de reprendre l'ensemble de ces instruments.


Toutefois le bilan du projet d’intégration de l’UMA nécessite que
l'on s’attarde en particulier sur la dimension commerciale à
laquelle les experts maghrébins se sont attelés une décennie
durant. Nous verrons que cette dimension souffre certaines
limites au regard de l'intégration régionale globale et que, de ce
fait, il semble indispensable de réfléchir à d'autres opportunités
pour le futur immédiat de façon à remettre l’approche de
l’intégration économique sur des rails plus sûrs et plus efficaces.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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I-L'INTEGRATION PAR LES ECHANGES COMMERCIAUX:

A- Les textes de base :

Devant la faiblesse manifeste des flux d'échanges commerciaux


entre les pays du Maghreb au seuil de la décennie 1990 (2,5 à
5%) et même depuis fort longtemps au lendemain des
accessions aux indépendances, le Conseil de la Présidence
(C.P) s'est employé à rechercher les méthodes susceptibles de
redresser la situation. Il a ainsi adopté dans ce sens les
instruments suivants :

1) Dans la perspective de la création d'une union douanière,


le C.P a adopté une résolution portant les principes et les
règles classiques à observer pour la mise en place de
l’union douanière maghrébine (Alger- 2ème session,
23/07/1990).

On peut à cet égard, citer parmi ces principes et règles :

- le démantèlement tarifaire et sa consolidation.


- la suppression graduelle des obstacles non
tarifaires et l’engagement de ne recourir à aucune
restriction nouvelle ;
- l’adoption d’une politique commune en matière de
commerce extérieur, d’un système harmonisé
d’import-export et l’harmonisation des politiques
douanières nationales ;
- l’élaboration d’une nomenclature tarifaire unifiée
par référence au système harmonisé et d’un tarif
extérieur commun (TEC) ;
- la mise en œuvre des règles de la concurrence
loyale entre les producteurs des pays de l’UMA et
adoption de la règle du traitement national accordé
aux opérateurs économiques maghrébins.

©IACE 65
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
2) Pour la réalisation globale du processus d’intégration, le
CP a adopté à Rase Lanouf (3ème session, 11/03/91), une
résolution sur les grandes lignes de la stratégie
maghrébine commune de développement, il s’agit en fait
de la fixation de quatre étapes à franchir successivement
dans le processus d’intégration maghrébine, à savoir :

a) étape de la zone maghrébine de libre échange.


Cette étape vise à supprimer les obstacles
tarifaires et non tarifaires entre les pays membres
pour les produits d’origine de la zone ;
b) étape de l’union douanière : elle devra se réaliser
en application de la résolution présidentielle
présentée plus haut. Durant cette étape, on aspire
à l’unification des droits et taxes de nature
douanière appliqués par chacun des pays
membres, l’adoption du TEC et l’harmonisation des
législations et réglementations douanières ;
c) le marché commun constitue la troisième étape de
ce processus. Il vise la réalisation effective de
l’intégration économique en instituant un système
unifié des marchés dans l’espace maghrébin voire
un marché intérieur unique affranchi des droits et
taxes en douane ; cette étape vise également à
réaliser la libre circulation des personnes, des
services, des marchandises et des capitaux ;
d) enfin, l’union économique , dernière étape du
processus est l’étape de l’unification des politiques
et des plans de développement économique.

Ces deux résolutions pouvaient, à elles seules, suffire pour


enclencher le processus d’intégration sur la base du
développement des échanges. Néanmoins, les pays membres
de l’UMA avaient perçu à l’époque, la multilatéralisation des
accords commerciaux bilatéraux préférentiels comme étant une
étape préliminaire nécessaire à franchir avant d’aborder le
système des zones de libre échange ou d’unions douanières. Ils
ont ainsi entrepris la conclusion de deux conventions
maghrébines, l’une couvrant l’ensemble des produits de la
©IACE 66
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
nomenclature, en l’occurrence la convention commerciale et
tarifaire (10/03/1991), l’autre limitée exclusivement à l’échange
des produits agricoles (23/07/1990).

Il est à remarquer que ces deux conventions se sont alignées


sur certaines règles pertinentes du GATT ; il s’agit notamment
de :

- La libéralisation des produits d’origine maghrébine et


ce, en procédant à la suppression des droits de
douanes et des droits et taxes d’effet équivalent, ainsi
qu’à la suppression de toutes les restrictions non
tarifaires relatives aux produits d’origine maghrébine
figurant sur une liste annexée à la convention. Ces
mesures de libéralisation doivent prendre en
considération les problèmes phytosanitaires et de
santé des animaux et des personnes.

- L’interdiction des activités de dumping sur les


marchés des pays membres ainsi que l’octroi de
subventions aux produits exportés vers ces derniers,
et en général, toute autre activité allant à l’encontre
des règles de concurrence.

- L’adoption de mesures de sauvegarde dans les cas


de perturbations graves dans l’un des secteurs
économiques ou de difficultés susceptibles
d’entraver le développement économique, ou encore
en cas de protection des industries naissantes.

Paradoxalement, les deux instruments renferment, en plus de


ces mesures de libéralisation, certaines dispositions qui nous
paraissent franchement anachroniques. Il en est ainsi :

- d’une disposition concernant l’institution d’un ou de


plusieurs mécanismes de compensation des pertes
induites du fait de l’application du démantèlement
tarifaire (mécanismes aujourd’hui prohibés par
l’OMC…).

©IACE 67
Les Journées de l’entreprise 2003
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- d’une taxe dite « taxe unique de compensation »


appliquée aux produits d’origine maghrébine exportés
par l’un des pays de l’UMA vers les marchés des autres
pays membres. Cette taxe s’applique aux produits
obtenus à partir de matières premières ou de produits
demi ouvrés importés en dehors de la zone UMA dans
le cadre des régimes économiques (suspensifs) en
douane, cette taxe fixée à 17,5% est prélevée dans le
pays importateur final et ne peut être appliquée que
dans le cas ou le même produit existe dans le pays
importateur,

- la possibilité ouverte à tout pays membre qui subit des


perturbations du fait de l’application du démantèlement
tarifaire de procéder à la réapplication totale ou partielle
des droits de douane,

- la possibilité ouverte à l’application parallèle des


conventions commerciales bilatérales maghrébines.

Comme on peut le déceler à travers ces différentes dispositions


et, comme il était d’ailleurs attendu, ces deux instruments n’ont
pas reçu une application effective bien que la convention relative
aux échanges des produits agricoles soit entrée en vigueur dès
le mois de juillet 1993.

Dans les faits, les deux conventions étaient incomplètes ; elles


nécessitaient la préparation et l’adoption de protocoles
additionnels, notamment le protocole portant liste des produits
libérés des mesures non tarifaires qui d’ailleurs, est resté en
souffrance jusqu’à présent .

Au surplus, il fallait régler le problème des produits couverts par


les deux conventions, les experts maghrébins ayant opté pour la
cohabitation des deux conventions, avec tout ce qu ‘elles
comportaient comme provisions et protocoles quasi identiques
mais parallèles. On s’est trouvé ainsi en présence d’un bloc de
textes juridiques couvrant les produits agricoles des chapitres 1
à 24 de la nomenclature, et d’un autre couvrant tous les autres
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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produits. Malgré tout cela, la mise en application d’un système
d’échanges multilatéraux à l’échelle de la région UMA n’a pas vu
le jour dans la décennie 1990 ; les pays maghrébins devaient se
contenter de la mise en application de leurs conventions
bilatérales deux à deux. Les résultats sur le terrain ne se sont
pas faits attendre comme nous allons le voir:

B- L’état des échanges inter maghrébins.

Durant la décennie 1990, la Communauté Européenne est


demeurée le principal partenaire commercial des pays de l’UMA,
plus de 60% du total des importations et 67% du total des
exportations, suivie par les USA et le Canada.

Les pays de l’UMA quant à eux, ont enregistré moins de 3% à


l’importation, plus exactement 2,8% avec 929 million USD) et 3%
à l’exportation (soit 1,233 million USD). Plus spécifiquement, les
échanges en valeur relative des pays maghrébins entre eux se
présentaient ainsi au milieu de la décennie 1990.

Part des importations en provenance des pays de l’UMA en %


du total des importations : Algérie 1,8%, Libye 6%, Maroc 5%
Mauritanie 7% Tunisie 4%.

Part des exportations vers les pays de l’UMA en % du total des


exportations : Algérie 2%, Libye 5%, Maroc 5% Mauritanie 0,3%
Tunisie 4%.

On peut donc conclure au vu de ces chiffres que les échanges


entre les pays maghrébins deux à deux ont été très peu
développés en l’absence d’un système d’échanges organisés
dans un cadre intégré.

Dans ces conditions, il était quasi normal de se trouver dans des


situations de bas niveaux d’échanges. Dès lors, on peut se
demander dans quelles voies faudrait-il orienter les efforts à
déployer et partant, rechercher quelles pourraient être les
opportunités futures.

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II- LES OPPORTUNIETS FUTURES :

Il ne fait pas de doute que dans un cadre d’intégration


économique régionale, on ne peut mettre en avant des systèmes
construits sur le bilatéralisme commercial voire sur un système
de préférences à sens unique. Les intégrations régionales font
appel aux zones de libre échange et aux unions douanières au
sens de l’article XXIV du GATT ainsi qu’aux marchés communs.
Des groupements régionaux comme le MERCOSUR et l’ASEAN
qui furent construits sur ces modèles, assuraient déjà au milieu
de la décennie 1990, 20% pour chacun d’eux du total des
échanges, ce qui n’est pas négligeable pour des pays en
développement.

De telles performances sont dues à la volonté partagée des pays


membres d’abaisser leurs tarifs douaniers respectifs pour la
majeure partie des produits échangés et d’enlever autant que
faire se peut, les obstacles non tarifaires dressés entre eux.
Autrement dit, de créer entre eux une zone de libre-échange.
Quid pour l’UMA ?

A- LE PROJET DE LA ZONE DE LIBRE ECHANGE DE


L’UMA :

On doit s’interroger tout d’abord sur le bien fondé de ce projet


avant de relater son état d’avancement.

1 – Le bien fondé du projet : la suppression des entraves aux


échanges :

Pour que les échanges inter maghrébins s’améliorent et se


renforcent, il faudrait procéder dans l’immédiat au
démantèlement tarifaire et à la suppression des restrictions
quantitatives et d’autres barrières dressées devant le flux des
échanges.

Au milieu de la décennie 1990, les pays de l’UMA avaient des


tarifs assez élevés à l’importation (40% pour le Maroc, 33% pour

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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la Tunisie, 24% pour l’Algérie, 23% pour la Libye, 18% pour la
Mauritanie).

Vis-à-vis de l’Union Européenne, ces tarifs devaient subir des


révisions à la baisse dans le cadre des accords de partenariat
conclus avec la Tunisie et le Maroc, ce dont nous ne parlerons
pas ici.

En revanche, dans la perspective de la construc tion de la zone


de libre échange maghrébine, il est tout à fait logique d’aborder
ce problème dans le cadre du développement horizontal des
échanges.

Rappelons à cet égard la méthode développée conjointement


par la Banque Mondiale et la CNUCED sous le nom de méthode
SMART, et qui consiste à simuler pour un pays donné, l’impact
sur ses échanges commerciaux dans l’hypothèse d’un
changement dans les tarifs en vigueur suite à la mise en œuvre
d’accords commerciaux multilatéraux ou d’accords régionaux de
libres échanges.

Dans une étude récente réalisée pour le compte du Secrétariat


général de l’UMA, la CNUCED a entrepris de tester le modèle
SMART sur la zone UMA ; elle a envisagé dans cette hypothèse
le cas où chacun des pays de l’UMA procèderait à la réduction à
zéro de ses tarifs appliqués sur toutes les importations en
provenance des autres pays membres. On s’accorde à penser
dans cette hypothèse que l’élimination par un pays membre des
tarifs entraîne une diminution des prix des importations en
provenance des autres pays de la zone.

Dans le cas des pays de l’UMA, la mise en œuvre d’un accord


de libre échange entre les cinq pays membres impliquant la
libéralisation des échanges sans aucune exception sectorielle,
les importations de chacun des pays maghrébins en provenance
de leurs partenaires régionaux augmenteraient en moyenne de
l’ordre de 46%. Il faut s’empresser d’ajouter toutefois, que cette
augmentation ne saurait avoir qu’un effet moindre sur le total des
importations et ce, compte tenu de la faible part des échanges

©IACE 71
Les Journées de l’entreprise 2003
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intra maghrébins sur le total des importations. En réalité,
l’augmentation ne serait que de 1,7% en moyenne . D’où les
limites de ce modèle qui envisage de surcroît les échanges dans
une dimension statique.

Néanmoins, SMART a l’avantage de raisonner en termes de


libéralisation totale des échanges, ce qui représente l’essentiel
de la construction de la zone de libre échange que l’UMA
s’emploie à réaliser.

2 – L’état d’avancement du projet :

Parallèlement à l’élaboration des conventions préférentielles


maghrébines dont nous avons parlé plus haut, l’UMA s’est
penchée depuis le début de la décennie 1990 sur les possibilités
de création d’une zone de libre échange maghrébine. Des
projets nationaux (Maroc, Tunisie, Libye) de conventions cadres
pour la création de cette zone ont été adressés au Secrétariat
général de l’UMA qui en fit un texte unifié susceptible de servir
de texte de base pour les négociations.

De son côté, le Conseil de la Présidence avait adopté lors de sa


6ème session (Tunis, avril 1994) une Déclaration qui lui avait été
soumise par la Commission ministérielle spécialisée chargée de
l’économie et des finances. Cette Déclaration préconise la
réalisation graduelle de la Z.L.E ; elle devrait couvrir l’ensemble
des produits d’origine maghrébine et être étendue à d’autre
secteurs dont notamment les services.

La Déclaration fixe en outre certaines règles à respecter, à


savoir :

-assurer les conditions nécessaires à la concurrence


loyale entre les opérateurs économiques,
-harmoniser les politiques commerciales et douanières
appliquées dans les pays de l’UMA.

La déclaration institue enfin un groupe de travail chargé


d’élaborer une convention maghrébine relative à la création de
cette zone
©IACE 72
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Il faut observer qu’à la fin de la décennie 1990, il était clair que le


cadre juridique tant de la convention commerciale et tarifaire que
de la convention relative aux échanges des produits agricoles
étaient devenu anachroniques. Les ministres maghrébins de
l’économie et des finances l’avaient bien compris lorsqu’ils
avaient évalué au cours de leurs réunions en 2001-2002, les
transformations intervenues aux niveaux international et régional
comme au niveau national.

Ils ont donc opté pour la mise en œuvre dans les meilleurs
délais possibles pour la création de la Z.L.E maghrébine en
mettant à profit les principes contenus dans la Déclaration d’avril
1994 ; et en tenant compte notamment de :

- l’élaboration des règles d’origine compatibles avec les


objectifs de la Z.L.E
- la suppression de toute les barrières non douanières
- l’introduction du principe de la libéralisation des
services.

Nous sommes donc au stade de l’élaboration de la convention


portant création de la Z.L.E maghrébine. Il ne fait pas de doute
que, compte tenu des échéances fixées pour les Z.L.E Euro-
maghrébines notamment, la Z.L.E maghrébine, quant à elle,
gagnerait à être mise en vigueur bien avant ces échéances afin
de pouvoir expérimenter pour la première fois le système
d’échanges organisé au niveau de l’UMA.

Ce système dont les flux commerciaux inter-maghrébins seront


forcément faibles au cours des premières années de sa mise en
route, nécessitera des apports supplémentaires en produits à
échanger, apports qui viendraient s’ajouter aux produits
« classiques » existants et qui détermineraient une nouvelle
configuration du potentiel d’échanges inter-maghrébins. De tels
apports ne sauraient prendre forme, d’après nous, qu’à la faveur
de l’injection de nouveaux investissements dans la zone
couverte par l’UMA.

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

B- L’EFFET D’ENTRAINEMENT PAR L’INVESTISSEMENT:

Nous pensons en effet que l’une des opportunités à saisir au


niveau de la zone UMA en vue de développer les échanges et
l’intégration économique, est la multiplication des actes
d’investissement ; ces derniers étant comme on dit, producteurs
de richesses et donc générateurs de produits nouveaux à
échanger.

En d’autres termes, il faudrait développer les opportunités


d’investissements étrangers directs (IED) qui constituent l’épine
dorsale de l’activité des sociétés multinationales. Hormis leur
importante action dans le renforcement de la mondialisation, les
IED contribuent à la libéralisation des échanges commerciaux et
partant, à la formation de grands ensembles économiques du
type ALENA ou APC et également d’ensembles de dimensions
moyennes comme MERCOSUR en Amérique Latine.

La zone UMA a donc intérêt à attirer vers elle les IED tant il est
vrai qu’en ce début du XXIème siècle, les IED dans les pays
maghrébins sont plutôt faibles. Elle peut le faire d’autant plus
que la zone possède une bonne expérience en matière
d’incitation aux investissements, que ce soit au niveau des Etats
ou au niveau de l’ensemble régional.

En outre, les opérateurs économiques maghrébins pourraient


tirer profit d’un certain nombre de conventions conclues au sein
de l’UMA au cours de la première moitié de la décennie 1990.
Nous pensons en particulier à la convention sur l’encouragement
et la garantie des investissements signée à Alger le 23/07/1990
et entrée en vigueur le 7 juillet 1993.

Cette convention présente l’avantage d’agir dans le cadre de


l’économie de marché ; elle prévoit en particulier:

©IACE 74
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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a) Des garanties juridiques qui s’expriment dans :

- L’application sans discrimination de la règle du


traitement national aux opérateurs économiques de
chacun des pays dans les autres pays membres,
- La liberté de commercialisation des produits issus de
l’investissement à l’intérieur comme à l’extérieur de la
zone,
- La liberté de transfert total ou partiel de la propriété
aux citoyens des pays de l’Union,
- La jouissance de l’investisseur maghrébin de tous les
avantages qu’accorde la partie contractante aux
citoyens de tout autre pays,
- La garantie de la liberté de transfert des capitaux et
des intérêts sans délais,
- La garantie de ne pas nationaliser les investissements
ni leur expropriation.

b) Des garanties judiciaires en ce qui concerne le


règlement des différends relatifs à l’investissement :

La convention permet le recours non seulement à l’instance


judiciaire de l’UMA, mais aussi à la Cour arabe d’investissement,
les tribunaux internationaux d’arbitrage en matière
d’investissement, voire la constitution de tribunaux d’arbitrage
entre les parties concernées.

Nous pouvons en outre citer la convention portant création de la


banque maghrébine d’investissement et de commerce extérieur
dont le siège a été fixé à Tunis, convention qui vient d’entrer en
vigueur le 23/04/2002. Il est évident qu’une telle institution va
devoir être appelée à devenir le fer de lance pour le financement
des projets agricoles, industriels et de services, à contribuer au
redéploiement des flux d’échanges commerciaux inter-
maghrébins, à l’encouragement à la libre circulation des
capitaux ; bref, à la participation effective au développement des
étapes de l’intégration économique de l’UMA.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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D’autre conventions pourraient servir également de cadre
d’action aux opérateurs économiques du secteur privé
maghrébin pour la réalisation de leurs projets communs :

Nous pouvons mentionner à titre indicatif la convention relative à


la non double imposition et à la coopération en matière d’impôts
sur le revenu entre les pays de l’UMA, ainsi que l’accord relatif
aux assurances et à la réassurance.

Au total, les opportunités qui se présentent aux opérateurs


économiques dans l’espace maghrébin ne sont pas
négligeables. La capacité d’attirer les investissements, de les
encadrer, de leur assurer le climat voulu en vue de réaliser la
rentabilité nécessaire est à la portée des investisseurs
maghrébins potentiels. Ces derniers gagneraient à expérimenter
des méthodes de coopération du type joint-venture, à procéder à
des prises de participations réciproques voire à des fusions ou
encore, à constituer pour leurs projets communs le cas échéant,
des sociétés multinationales à caractère maghrébin.

De tels rapprochements seraient sans doute facilités si les


opérateurs et les entreprises appartenant aux pays membres,
constituaient entre eux une structure qui pourrait prendre la
forme d’une confédération et dont le rôle serait d’associer le
secteur privé maghrébin aux efforts entrepris par les organes
officiels de l’UMA.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Discours de Monsieur Ridha HAMIANI


Forum Algérien des Chefs d’Entreprise

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Honorables invités,

Tout d’abord, en mon nom propre et au nom de toute la


délégation algérienne qui est fort importante, je tiens à remercier
et à féliciter l’équipe de l’I.A.C.E. d’avoir rendu possible une telle
réunion et d’avoir surtout choisi des thèmes d’une forte actualité
qui nous interpelle très fortement par rapport à la condition de
notre position Maghrébine face à l’Europe, face au monde et à
cette problématique d’ouverture et de libéralisation des
échanges.

En ce qui nous concerne, nous présenterons très


rapidement un état des lieux de l’entreprise Maghrébine et des
interrelations qui malheureusement n’existent pratiquement pas.
Cet état des lieux reste très contrasté, mais surtout faible par le
volume des échanges réalisés, qui ne dépasse pas, dans le
meilleur des cas, 3 à 4% du total des flux commerciaux, que
chaque pays a avec le reste du monde. Dans ce tableaux très
gris, une tendance porteuse d’espoir néanmoins, se dessine
encore timidement mais de façon suffisamment forte pour forcer
l’espérance : c’est le renforcement de l’axe entre la Tunisie et
l’Algérie. Au-delà des chiffres que tout le monde connaît, on
relèvera une dynamique d’échanges nouvelle et importante,
impulsée aussi bien par les autorités politiques par une volonté
partagée que par des visites incessantes d’hommes d’affaires
qui essayent de réaliser des opportunités commerciales comme
à l’accoutumée, mais, fait nouveau, plus portées sur
l’investissement et la réalisation de partenariats. A l’appui
de cette politique nouvelle et dynamique, il fa ut également
souligner le rôle agissant et constructif de la mission
économique et de l’ambassade de Tunisie en Algérie, et
également la création, encore récente mais active et
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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prometteuse, de la Chambre Algéro-Tunisienne. Dans ce
contexte, les rapprochements d’entreprises des deux pays sont
croissants, les négociations à l’heure actuelle vont bon train pour
sceller des projets communs, puisant leurs forces dans des
complémentarités existantes ou à créer. Sur un autre plan, il faut
également souligner que a l saison estivale a été une réussite
exceptionnelle pour les deux pays, qui ont trouvé une
satisfaction mutuelle à l’accroissement important du flux des
touristes algériens vers la Tunisie.

Par contre, inversement, les relations que l’Algérie a, au


cours de cette période, entretenu avec le Maroc et la Mauritanie,
ont été, et c’est le moins que l’on puisse dire, toutes symboliques
et n’ont pas pesés lourd dans la balance commerciale qui
recense les flux d’échanges entre ces pays. En revanche, pour
être complet, il faut relever un frémissement d’activités significatif
fait d’échanges avec la Libye, ayant porté sur les produits de
premières nécessités, au premier rang desquels les produits
agroalimentaires. Ces échanges ont été dopés, comme vous le
savez, par la levée de l’embargo que la Libye a subi dans un
passé récent, mais aussi par l’organisation de foires ad hoc
spécifiques aux produits algériens et qui a donc permis de
multiplier les échanges en organisant au mieux les transferts des
produits de la vente. Mais dans leur quasi majorité concernant
ce pays, les échanges n’ont pas dépassé la simple logique
commerciale.

A côté de ce constat, il conviendrait de faire quelques


commentaires pour reconnaître que face au défi du monde
moderne, les pays du Maghreb, doivent de notre point de vue,
resserrer les rangs et progresser sur la voie des réformes et de
l’intégration économique. A défaut, le coût économique et social
du non Maghreb deviendrait vite écrasant et dangereux pour la
cohésion et la prospérité des populations. La construction
maghrébine, si évidente dans ses principes, si attendue par les
populations et si nécessaire pour ses efforts escomptés, reste
une préoccupation majeure des populations respectives, mais
qui de façon ambiguë, en même temps la souhaitent et en même
temps la craignent. En dépit des divergences conjoncturelles, le

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Les Journées de l’entreprise 2003
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processus, comme vous le savez, a été engagé à Marrakech en
1989, mais malheureusement, il souffre d’interférences
politiques pour ne pas dire de pollutions qui sont en même
temps complexes et longues à dénouer. Il faut reconnaître
également, que nos administrations n’ont pas été en mesure de
donner des impulsions nécessaires aux renforcements des
solidarités devant promouvoir une telle construction.

Treize ans après la signature des accords de Marrakech,


force est de constater le peu de progrès enregistrés dans cette
construction maghrébine, malgré les nombreux accords et traités
signés. Une frontière fermée, l’instauration de visas d’entrées,
une méfiance entretenue contredisent la posture de certains de
nos dirigeants qui continuent de produire des discours sirupeux
et chloroformants accompagnés d’embrassades convenues.
Cette stagnation tranche singulièrement avec l’accélération
mondiale de créations de zones intégrées d’échanges, tant il est
évident maintenant que la mondialisation pour être vivable, doit
également s’accompagner de pôles d’équilibres régionaux
étendus à un ensemble de pays qui ont décidé d’avoir un
devenir commun institutionnalisé et progressif dans sa
construction.

Dans cette perspective, il faut être conscient que face à


l’Europe, le regroupement des pays du Sud, et particulièrement
ceux du Maghreb, sont de nature à favoriser les conditions et les
retombées du partenariat Euro Méditerranéen tel que défini par
les accords de Barcelone. L’insertion au mouvement accéléré de
l’innovation du progrès technique, l’insertion au niveau du
système de relations économiques dans le monde, dépend de
nos seules volontés et surtout de nos efforts à aller dans cette
direction. Et nous devons impérativement, dans ce contexte,
initier les bonnes orientations. Alors justement, de notre point de
vue, la consolidation et la poursuite des objectifs de réalisation
du grand Maghreb, demande la participation de tous les acte urs
intéressés par cette grande et noble aventure, aux premiers
rangs desquels les chefs d’entreprises ici présents et tous les
chefs d’entreprises du Maghreb, qui doivent user de leurs
influences dans chaque pays pour prendre en charge au plan
commercial, au plan économique, cette action, ce programme et
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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cette politique. Il s’agit pour être clair, de hisser le volume des
échanges au niveau des attentes réciproques, il s’agit de nouer
des partenariats visant la complémentarité économique
existante, d’investir dans les différents pays en profitant des
avantages accordés à ce titre dans chacune de nos régions. Ces
actions conjuguées aideront à mieux nous connaître et par suite
à mieux évaluer et apprécier le potentiel de chaque pays, ses
productions, ses gammes d’articles, ses réseaux. Du même
coup, la méfiance encore vivace à certains endroits, cèdera la
place à une grande compréhension précédant une solidarité
régionale basée sur un échange mutuellement profitable.

Inspirons-nous de l’exemple Européen, de ce que fut la


CEE. Rappelons à ce propos, que la construction Européenne a
commencé en 1957, avec une ambition mesurée, c’était l’accord
sur le charbon et l’acier, suivie en 1960 par le traité de Rome qui
a été plus ambitieux et qui a inclus une zone d’échanges et
d’exemptions douanières. Soyons pragmatiques, pour nous
Maghrébins, et fixons nous, en gardant ces exploits présents à
l’esprit, des objectifs réalisables et présentant un intérêt
économique évident pour l’ensemble des pays de région. De
même que la construction Européenne s’est nourrie de
l’existence, à ce moment de l’histoire, d’une relation forte entre la
France et l’Allemagne durant de nombreuses années,
construisons à l’heure actuelle, en renforçant ce qu’il existe de
plus fort et ce que nous vi vons avec beaucoup de plaisir l’axe
Algérie Tunisie, le temps d’une consolidation irréversible,
permettant dans un second temps, parce qu’il ne s’agit pas
d’exclure les autres pays de la région, d’agréger et ramener
vers cet axe étendu les autres pays comme le Maroc, la
Mauritanie et la Libye. En tous les cas, il ne faut pas que le
conflit du Moyen Orient, et surtout celui du Polisario, ne servent
d’alibi à l’immobilisme des partenaires maghrébins en
dissimulant des réticences fortes, puisées dans la méfiance
historique dérivant de l’absence de traditions internationales
entre les pays du sud. Car il ne faut pas oublier que la situation
dans nos pays reste fragile, la plupart sont mal intégrés dans le
commerce mondial. Certains comme la Tunisie, ont mené à bien
l’ajustement de leurs économies, à grands renforts de potions

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Les Journées de l’entreprise 2003
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amères imposées par les organisations internationales sans
pour autant que cet effort soit compensé par des
investissements restés, somme toute, d’un niveau assez
modique.

En conclusion, pour être très pratique, je voudrais citer


quatre actions qui devraient guider les programmes pour qu’une
construction maghrébine puisse redémarrer sur des bases de
pronostics de chefs d’entreprises et d’hommes d’affaires.

Le premier point : une construction maghrébine doit se


faire maintenant sur le plan économique et commercial. Ne
laissons pas les hommes politiques décider de notre sort,
soyons conscients que les enjeux que nous devons affronter
nous concernent également et que notre implication est
hautement souhaitée et souhaitable. Faisons du lobbying à bon
escient, chacun à son niveau et essayons de donner un contenu
économique et commercial à cette construction.

Deuxième point : les chefs d’entreprises ont un rôle


majeur et moteur dans cette perspective, ils doivent absolument
s’impliquer pour relever ce défi et être la force vive qui doit
dépasser les contingences et les contraintes que nous vivons
actuellement.

Troisième point : l’axe fort de cette construction, celui


existant entre la Tunisie et l’Algérie. Le pays qui n’a cessé de
jouer le rôle de bons offices et qui est le trait d’union prouvé
entre tous les pays du Maghreb, et qui a réussi à tisser des liens
forts, stables et donc prometteurs au point de vue du contenu, la
Libye et la Tunisie, la Tunisie et l’Algérie. Donc renforçons cet
axe, essayons de le consolider avant de jouer un rôle
d’extension de cette influence bénéfique au reste des pays.

Quatrième point : le domaine de la coopération doit se


limiter à des objectifs réalisables et à intérêts communautaires
prouvés.

Voilà les quatre propositions très concrètes que l’on peut


faire pour essayer de donner de nouvelles perspectives à cette
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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volonté de revoir notre copie et pour que cette construction
maghrébine se fasse, parce que si nous ne sommes pas
capables d’impulser une telle politique, il est fort à craindre que
la construction maghrébine ne soit imposée. A nous de choisir,
et nous n’avons pas tellement de temps.

Merci de votre attention.

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Discours
de Monsieur Belkacem BOUTAYEB
Maroc

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président,
Honorable Assistance,

Maghrébin pratiquant, reconnu et certifié, je voudrais en


mon nom personnel et au nom de ami Abdelmagid Iraqi, vice
président de la Fédération PME – PMI au Patronat Marocain,
vous apporter le salut de mon pays le Maroc, avec tout d’abord
mes remerciements sincères à l’I.A.C.E. et à son Président
Monsieur Chekib Nouira et à toute l’équipe.

Je voudrais exprimer toute mon émotion et ma fierté


d’être en Tunisie, pays qui fait la fierté de Maghreb en toute
simplicité et sans complexes, sachant que le tunisien vit
simplement sans folie des grandeurs, si ce n’est la grandeur de
la Tunisie. Je salue tous les participants, avec une pensée
particulière pour mes frères algériens et notamment les jeunes
entrepreneurs venus nombreux.

Les propos que je vous livre ici, m’engagent à titre


personnel et sont certainement partagés par de nombreux
entrepreneurs maghrébins. Il m’a été demandé de faire le tour
du Maghreb en 360 secondes : L’entreprise maghrébine, vécus,
attentes, frustrations et visions.

La réalité amère : une union née un 17 février 1989, une


histoire d’amour qui a pris naissance avec trois jours de retard
par rapport à la saint Valentin, la fête des amoureux. Déjà, c’était
raté ! Des accords de rêves, des dispositions légales parfaites,
mais rien n’est appliqué, tout est gelé sur un fond d’interférences
politiques, d’interventionnismes et de blocages administratifs
pesants. Des frontières ici et là fermées ou entrouvertes de
temps en temps depuis 3 décennies comme un mur des
lamentations au lieu d’être des passerelles d’amitiés, de
fraternités et de coopérations. La contrebande florissante,
principale bénéficiaire de nos divergences et de notre
entêtement, des subventions étatiques (huile, farine, produits

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Les Journées de l’entreprise 2003
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pétroliers, médicaments, textiles), des flux migratoires
clandestins avec les barques de la mort et de la désolation.
Résultat des courses des régions frontalières sinistrées : à
l’ouest de l’Algérie l’Oranie, à l’est du Maroc l’Oriental, avec des
minoteries, des stations d’essence et des petites industries qui
se meurent, et des petits cafés qui ouvrent chaque jour,
blanchiment d’argent oblige. Une fiscalité pesante, lourde, sans
états d’âme. Des banques qui souvent manquent de culture
d’entreprise, restant hermétiquement fermées à la notion de
partage des risques, s’intéressant superficiellement au parcours
du combattant, livré à lui-même du jeune ou moins jeune
entrepreneur. Des entreprises maghrébines soucieuses de leurs
devenirs et du quotidien de leurs salariés, s’affiliant de bonne
grâce à des associations professionnelles pour protéger leurs
intérêts et diversifier leurs marchés, souvent pour de maigres
résultats. Nos pays, membres de l’OMC disciplinés, sous-
traitants nos transports publics, le traitement des eaux, la
distribution d’électricité par des entreprises du Nord sous de
jolies formules de gestions déléguées. Face à une Europe,
partenaire traditionnelle, historique et stratégique, une Europe
exigeante en termes de partenariats, il faut rassurer sur le
contrôle des flux migratoires, immigration clandestine, la
préserver des attentats et du terrorisme, veiller à sa quiétude. Et
nous pays maghrébins, obstinés cavaliers solitaires, entêtés,
impulsifs, ne sommes-nous pas contraints et forcés de nous plier
aux attentes et aux gentilles exigences de nos partenaires du
Nord? Dans tout cela où est le Maghreb ? Où est la volonté
politique d’intégration du Maghreb ? Mesdames et Messieurs,
sérieusement et en toute humilité, le Maghreb ne devrions -nous
pas revoir notre copie ? En toute maturité et en toute
responsabilité, le Maghreb ne peut s’imposer politiquement, le
Maghreb ne peut se décréter, le Maghreb se mérite et se justifie.

Il nous faut d’abord repenser la dimension et la


profondeur culturelle, il faut laisser nos concitoyens s’aimer,
communiquer, se solidariser, se préserver salutairement en tant
que maghrébins, au-delà de la notion réductrice de citoyenneté
devenir des citoyens maghrébins à part entière et non des
étrangers entièrement à part. Il faut finir par dépasser les clichés
réducteurs.
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Après la dimension culturelle, harmoniser la dimension


économique, encadrer nos entrepreneurs, les motiver pour
commencer ensemble un front uni sans concurrence
démesurée dans un concept de partenariat et d’alliance, les
encourager à investir ensemble dans des outils de production
et dans la formation continue, prioriser et favoriser la notion de
pavillon maghrébin, faciliter l’accès à l’information fiable, définir
les termes de nouveaux contrats sociaux permettant au secteur
privé de jouer pleinement son rôle de partenaire du
développement et de l’intégration, et arrêter avec cette
mentalité d’assisté, rétablir la confiance et la crédibilité à
l’intérieur de l’espace maghrébin, valoriser l’expérience et
l’expertise maghrébine, s’intéresser d’avantage à la
coopération transfrontalière et sous régionale pour sortir ces
régions sinistrées de la crise, responsabiliser les jeunes , les
femmes et la diaspora maghrébine qui souvent constitue notre
première ressource en devises mais qui malheureusement n’a
même pas le droit de vote. Donc initier la préférence
maghrébine, rendre à toutes leurs fiertés maghrébines en
crédibilisant l’acte politique au quotidien dans une stratégie
maghrébine de développement courageuse et intelligente.

Je voudrais juste ouvrir une parenthèse pour rendre


hommage à l’Union des Banque maghrébines qui fait un travail
considérable pour rapprocher les systèmes bancaires et
valoriser nos ressources humaines. Ainsi, et de ce fait, et c’est là
que la dimension politique pourra tout naturellement, grâce au
culturel et à l’économique, se consacrer et être consacrée dans
un Maghreb fort, crédible et respectable.

Pour conclure, Mesdames et Messieurs, jusqu’à quand


serons-nous considérés, à tort ou à raison, comme des peuples
qui passent la moitié de leur vie à hésiter et la seconde moitié à
regretter ? Après avoir été uni dans l’adversité et dans les luttes
pour les indépendances devrions -nous attendre la solution
imposée européenne ou américaine pour assurer notre devenir ?
Au-delà des sentiments, des discours, ne devrions -nous pas
penser à un Maghreb de l’élévation et de la réflexion de l’esprit,

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Les Journées de l’entreprise 2003
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en hauteur et en noblesse, pour avoir un ensemble de 5, comme
les doigts d’une seule main, d’une belle main, et pour avoir avec
l’autre main du nord, les cinq autres, applaudir notre intégration,
notre réussite et notre intelligence. Faire avec chaque étoile
maghrébine nationale un palace à 5 étoiles, accueillant,
fonctionnel, paisible et générateur de convivialité et de courtoisie
à la marocaine, de sérénité et de poésie à la mauritanienne, de
volonté et de franchise à l’algérienne, de remise en forme et de
fédéralisme à la libyenne, de positivisme et de pragmatisme à la
tunisienne.

Je vous remercie de votre attention.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Discours de Monsieur Gil REMILLARD


Ancien Ministre des Relations Extérieures du Québec

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Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président,

Chers amis,

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

J’aimerais trouver les bons mots pour vous dire à quel


point je suis honoré et heureux d’être avec vous aujourd’hui à
cette prestigieuse rencontre de l’I.A.C.E. Je suis très
impressionné par la qualité de l’organisation de cette
conférence, Monsieur le Président je vous en félicite, et voilà qui
témoigne très bien du dynamisme du Maghreb.

Aussi, c’est avec beaucoup d’humilité et de modestie que


je me présente devant vous pour vous parler de l’expérience
nord américaine. Il y a ici une délégation canadienne importante
qui témoigne de ces relations que nous voulons développer avec
le Maghreb. J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs
délégations qui ont des affinités au niveau canadien et
québécois, par leurs fils, leurs frères, leurs parents qui sont chez
nous. Vous savez, à Montréal, la 3ème langue parlée est l’arabe.
Il y a une présence arabe dont nous sommes particulièrement
fiers, très dynamique, et je tiens à saluer cette communauté qui
vous fait honneur et qui est très présente chez nous. Bien sûr,
les relations commerciales entre le Canada, le Québec et le
Maghreb sont encore modestes, mais nous faisons des pas
significatifs tous les ans. Tous les ans nous développons nos
relations, pas simplement concernant les marchandises, mais
aussi en ce qui regarde les services. Je suis professeur
d’Université à l’Ecole Nationale d’Administration Publique reliée
à l’Université du Québec, et j’ai en maîtrise, des étudiants du
Maghreb et je peux vous dire qu’il s’agit d’étudiants déterminés,
disciplinés et très exigeants vis-à-vis de leurs professeurs. Voilà

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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qui témoigne d’un dynamisme et pour nous qui regardons le
Maghreb, nous voyons une grande évolution, nous voyons un
Maghreb qui s’ouvre et qui discute franchement et qui veut
prendre sa place. Je suis ici en Tunisie, dans un pays que j’aime
particulièrement, ou j’ai des liens d’amitiés, des liens de famille
même, un pays qui a une histoire si riche et qui a été au
confluent de ces grandes sources, ces grands trajets
commerciaux qui ont marqués le monde. Je suis dans un
Maghreb ou on a vu, il y a peine 11 ans, la création de
l’Organisation Mondiale du Commerce à Marrakech. Donc venir
ici pour parler de libre échange, venir ici pour parler de cette
ouverture, de cette liberté, de ce libéralisme du commerce est
particulièrement significatif. Pour nous, américains du Nord,
nous avons une histoire beaucoup plus modeste quant aux
échanges commerciaux internationaux. Nous avons débuté nos
relations avec les américains vers 1855 – 1860, où nous avions
établi ce que nous appelions alors les traités de réciprocité : ils
venaient pêcher le poisson sur nos côtes et nous leurs vendions
un peu d’agroalimentaire. Et il a fallu attendre jusqu’à 1968 pour
avoir un traité significatif d’échanges commerciaux en ce qui
regarde les produits des pièces automobiles. Ce premier pas
s’est développé et finalement en 1988, c’était ce premier libre-
échange entre les Etats-Unis et le Canada. Je peux vous dire
que ce premier traité de libre-échange a été très dur à négocier.
J’entendais dire, tout à l’heure, nos amis algériens, marocains
parler de volonté politique, il est clair que sans volonté politique
bien déterminée il ne peut exister de libre-échange. Et pour
nous, il y eut un début très dur, les syndicats canadiens étaient
contre, beaucoup d’entreprises américaines étaient contre aussi.
Mais ce qui a fait la différence, c’est une détermination politique
qui s’est même exprimée dans une élection nationale au Canada
sur le thème du libre échange. Et c’est à la suite de ces élections
que le gouvernement, avec ce mandat de faire ce traité de libre
échange, que nous avons signé ce premier traité en 1988,
complété ensuite en 1993 avec la venue du Mexique, qui fait
partie depuis de ce libre-échange Nord Américain : Mexique,
Etats-Unis et Canada, nous formons une seule zone de libre
échange commerciale.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Ce traité de l’ALENA est en application maintenant de
puis dix ans. Quel bilan en tracer ? Et bien je peux vous dire qu’il
s’agit d’un bilan extrêmement positif. Je veux simplement vous
donner ici quelques statistiques depuis la signature de ce traité
de libre échange. Nous avons-nous canadiens, 42% de notre
PIB qui dépend de nos exportations, ce qui nous a permis de
créer 2,3 millions d’emplois nouveaux depuis 1994. Un emploi
sur quatre est lié à nos exportations. Le commerce bilatéral de
biens et de services entre le Canada et les Etats-Unis, comprend
maintenant pour plus de 1,9 milliards de dollars par jour. Nos
manufacturiers exportent plus de moitié de leurs productions du
côté américain, et 63% de nos importations viennent des Etats-
Unis. Ce qui veut dire que nous avons une balance commerciale
particulièrement favorable avec nos voisins américains.

Ce traité de l’ALENA nous a permis de développer nos


produits industriels, notre matériel de transport par exemple,
compte maintenant pour 27% de nos exportations vers les Etats-
Unis, plus de 60% des importations de bois et de papier des
Etats-Unis vienne du Canada, et ce, en dépit de certains petits
différents que nous avons avec les Etats-Unis. Nous sommes
aussi les plus grands fournisseurs de pétrole et de gaz naturel
des Etats-Unis. En fait, nous sommes la sécurité énergétique
des américains, et pour nous c’est un atout très important dans
nos négociations avec nos amis Américains. Nous avons avec
notre autre partenaire de libre-échange, le Mexique, des
échanges encore modestes, environ 3%, mais que nous
améliorons chaque année. Chaque année nous faisons un pas
de plus, et aujourd’hui le Mexique est notre 6ème partenaire
commercial.

Pour nous, deux principes ont été à la base de l’ALENA.


Tout d’abord des principes de non discrimination internes et
externes. A l’externe il s’agit du principe de la nation la plus
favorisée qui empêche la discrimination directe. Tous les Etats
exportateurs doivent recevoir le même traitement de la part de
l’Etat importateur. Et à l’interne il s’agit du traitement national qui
empêche toute discrimination directe de l’Etat importateur face à
un produit importé en concurrence avec un produit du pays.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Autre caractéristique que je me permets de vous
souligner, par opposition par exemple à l’Union Européenne où
tous les pays partagent les mêmes droits de douanes et les
mêmes barrières tarifaires vis-à-vis des tiers pays, à l’ALENA
nous n’avons pas d’union douanière. Mais depuis l’entrée en
vigueur le 1er Janvier 2003 de la toute dernière réduction des
droits de douanes entre le Canada et le Mexique, la quasi-
totalité des échanges à l’intérieur des trois pays membres de
l’ALENA, s’effectue en franchise de douanes. Il y a quelques
exceptions et je me permets de vous les mentionner : par
exemple aux Etats-Unis les droits de douanes restent en vigueur
pour certains produits tels que le sucre, les produits laitiers, les
arachides et le coton provenant du Canada. Entre le Mexique et
les Etats-Unis, il y a toujours des droits de douanes sur les
exportations de maïs, de sucre et de jus d’orange aux Etats-
Unis.
Le représentant du commerce aux Etats-Unis, Monsieur
Robert Zolic, a souligné récemment le rôle capital que joue le
secteur des services dans l’économie Américaine. Huit
américains sur dix occupent un emploi dans les entreprises de
service. Les exportations américaines de service ont atteint 279
milliards de dollar l’an dernier et représentaient 30% de
l’ensemble des exportations américaines. Les Etats-Unis veulent
ouvrir des discussions sur les industries culturelles, et pour nous
Canadiens, il s’agit d’un sujet très sensible. Nous considérons
que la culture n’est pas un produit du commerce comme les
autres produits, que la culture est l’âme d’un peuple, et que par
conséquent, nous ne pouvons pas ouvrir nos barrières au
commerce concernant la culture, d’une façon semblable à ce
que nous pouvons faire pour les autres produits. Il faut s’assurer
que nos producteurs, nos artistes, nos gens de la culture
puissent s’exprimer pleinement face à un géant de la culture : les
Etats-Unis. C’est un sujet qui est discutable et qui est très
discuté. Prenons par exemple le cinéma. Le cinéma américain
est très présent chez nous et un peu partout dans le monde,
mais pour nous qui sommes les voisins, ce que nous
demandons, c’est que les Canadiens puissent voir les films
américains dès leur sortie d’Hollywood, mais aussi de protéger la
capacité de nos producteurs de films, et nos réalisateurs, nos

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Les Journées de l’entreprise 2003
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comédiens de pouvoir non seulement faire des films mais aussi
de les montrer. Il s’agit donc d’une situation qui se discute
actuellement à l’UNESCO et pour laquelle nous accordons la
plus grande importance.

Après dix d’application, le bilan de l’ALENA est


maintenant très positif même si je devrais dire que dans les
années dernières il y a eu un mouvement plus protectionniste du
côté américain. La dernière récession américaine qui, nous le
savons a commencé à la fin 1999, a rendu les Américains
beaucoup plus sensibles, plus attentifs à tout ce qui regarde le
commerce international, et comme partenaire principale des
Etats-Unis nous avons eu à en subir quelques conséquences
dans des grands litiges en ce qui concerne notre bois d’œuvre,
en ce qui concerne l’agroalimentaire. Et cette guerre de l’acier
qui vient de se terminer entre l’Europe et les Etats-Unis
témoigne de cette mentalité américaine plus protectionniste.

Mais je dois vous dire que pour nous Canadiens, ce qui


nous préoccupe maintenant, c’est la valeur de la monnaie. Le
dollar canadien qui est aujourd’hui à près de 78 cent de dollar
américain est pour nous très élevé. Il pourrait même atteindre les
80 cent dans les prochains mois, alors qu’il a été à 62 – 63 cent
américains pendant les cinq dernières années. C’est donc
difficile pour nos exportations et nous devons trouver les moyens
d’atteindre une productivité qui comble ces lacunes ou manque
de compétitivité de notre monnaie nationale. Et nous savons que
les Américains, malgré un discours évidemment officiel qu’on
comprend très bien, ont décidé de rééquilibrer leur dollar
américain par rapport à l’Euro, quand on pense que l’Euro s’est
apprécié par rapport au dollar américain de 44% dans l’espace
de huit mois, c’est énorme, et lorsqu’on parle aussi de monnaie
chinoise qui est sous-évaluée. D’ici 2005, l’industrie du textile
dans l’Amérique, du côté nord du moins, je crois qu’elle
n’existera plus tellement. C’est l’industrie chinoise qui va
s’implanter. D’ici trois ans, nos amis chinois seront les
manufacturiers du monde dans tout ce qui regarde les industries
du textile et d’autres secteurs où ils excellent par une main
d’œuvre tellement abondante, disciplinée et compétente. Alors
face à cette situa tion, nous regardons ces monnaies
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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internationales évoluer, nous regardons notre monnaie, la
monnaie canadienne, et nous nous posons la question de savoir
s’il ne devrait pas y avoir qu’une seule monnaie nord américaine.
C’est une question qui est toujours présente dans la politique
canadienne. Lorsque nous réalisons que nous sommes au
niveau international assis sur un volcan, nous ne savons pas
comment la situation de ces monnaies flottantes entre l’Euro et
le Dollar américain, entre le Yen et des grandes monnaies qui
s’entrechoquent, quels seront les résultats et quels pourront être
les conséquences sur les mouvements internationaux au niveau
du commerce.

Je dois vous dire en conclusion, que nous espérons que


la reprise économique américaine, qui semble quand même
solide avec les chiffres du dernier semestre, va nous permettre
de discuter d’un libre-échange au niveau de l’ensemble des
Amériques, comprenant l’Amérique du Sud, et le projet que nous
avons de former ce grand marché commun de la Terre de Feu à
l’Alaska pour que nous puissions avoir un même commerce. A la
suite de la rencontre de Miami d’il y a trois semaines où le brésil
s’est imposé comme le leader de l’Amérique du Sud et à la tête
de la MERCOSUR, il est évident que nous ne pouvons pas, faire
ce libre échange avec toute la dimension que nous voulions lui
donner il y a à peine 2 ou 3 ans. Et d’ici 2005, je suis
parfaitement conscient qu’il y a encore beaucoup de difficultés à
surmonter. Mais je suis très confiant que nous pourrons atteindre
au niveau des Amériques, un libre échange qui pourra se
développer en fonction de ses régionalismes économiques.
Nous n’avons pas le choix quand nous regardons les européens,
quand nous regardons l’Asie, quand nous voyons ces
mouvements internationaux qui se dessinent un peu partout au
niveau régional, nous devons nous américains développer ce
libre échange entre les deux Amériques. Voilà qui est notre
projet, voilà qui devrait se concrétiser en 2005 à la rencontre de
l’Argentine, et je crois qui a de très bonnes chances de se
réaliser. Pour nous Canadiens, le défi est de taille, nous avons
85% à 87% de nos exportations vers les Etats-Unis, et
évidemment vivre avec à ses côtés un géant comme les Etats-
Unis cela a beaucoup d’avantages, mais vous comprendrez

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Les Journées de l’entreprise 2003
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avec moi que cela peut avoir aussi quelques petits
désavantages.

Je vous remercie de votre attention

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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« LE MARCHE MAGHREBIN FACE À


LA MONDIALISATION
ET A L’ INTEGRATION REGIONALE :
UNE ANALYSE À PARTIR DES
TRAVAUX DE L’I.A.C.E. »

Par Abderrazak ZOUARI


I.H.E.C

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Les Journées de l’entreprise 2003
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L’IACE a toujours placé la réflexion sur les rapports euro


méditerranéens et l’intégration maghrébine au premier rang de
ses préoccupations soulignant ainsi l’importance des effets de
l’intégration régionale pour la vie des entreprises.

Les 1ères journées (1987) de l’IACE ont été consacrées à


l’intégration maghrébine avec des thèmes aussi importants que
« l’Europe et le Maghreb : un avenir commun » ou « Pour une
communauté économique maghrébine ». Ces journées ont
concerné des témoignages relatifs à la mise en place des plans
d’ajustement structurels dans chacun des pays du Maghreb afin
de faire face aux effets de la libéralisation et la concurrence
internationale. Dix ans après, l’IACE consacre ses journées au
« marché maghrébin face à la mondialisation », conscient que le
Maghreb, l’Europe et le reste du monde ont connu de profonds
changements marqués par un mouvement de libéralisation de
l’économie mondiale, la chute des régimes économiques
planifiés et la constitution de regroupements régionaux divers à
travers le monde. Si les journées de 1987 ont accompagné la
mise en place des différents plans d’ajustement structurel, les
journées de 1997 ont suivi les accords de Marrakech, la mise en
place de l’OMC et la mise en place de zones de libre échange
euro méditerranéennes.

I- DE 1987 A 1997

I1- Déjà en 1987, l’IACE s’est posé deux questions


fondamentales : pourquoi le Maghreb ? Comment le Maghreb ?
Deux réponses fondamentales ont été apportées à la première
interrogation : la première fait appel à l’histoire, à la géographie,
à la communauté de culture, de religion, de population, à la
croyance et à l’attachement des populations à l’idée du
Maghreb. La seconde invoque des raisons économiques. Deux
attitudes se sont manifestées à cet égard : la première considère
que le Maghreb est nécessaire aux pays des pays nord-
africains, la deuxième attitude considère que le Maghreb est
utile, totalement utile. Comment le Maghreb ? Différentes
approches ont été appréhendées et les conclusions qui peuvent
être tirées sont :
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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- Le Maghreb se fera par et pour les hommes ; l’entreprise


y joue un rôle de premier plan. Cependant, cet optimisme doit
être traduit dans les faits.
- C’est l’économique qui pousse à la réalisation du
Maghreb alors qu’auparavant l’économique était l’obstacle. Si
l’accent a été mis sur le rôle de l’homme et de l’entreprise, une
question reste posée, celle du rôle de l’Etat, des Etats dans
l’édification du Maghreb.
-La réflexion de l’IACE est allée jusqu’à discuter le
problème des Institutions et de Structures du Maghreb. Quatre
points ont été dégagés :
- La nécessité de mettre en place des structures et des
institutions qui intègrent l’ensemble des efforts et des moyens
nécessaires pour la construction maghrébine.
- Le consensus s’est fait sur l’utilité et l’opportunité d’un
projet de traité instituant une communauté économique
maghrébine.
- Un projet de traité a été présenté et a été considéré
comme une approche appropriée.
- Des propositions concernant la flexibilité des institutions
et leur adaptabilité aux réalités ont été avancées.

Quant au problème de la coopération entre le Maghreb et


l’Europe, les journées de 1987 ont discuté trois questions
fondamentales :

Les relations entre le Maghreb et l’Europe sont marquées


par une asymétrie et des déséquilibres profonds aux niveaux
des échanges commerciaux, les mouvements des hommes et
des capitaux et le transfert de technologie. Il est vrai que ces
relations sont le fruit d’un passé commun notamment avec la
France, mais faut-il souligner que les politiques de
développement menées bien que sensiblement différentes n’ont
pas réussi à renverser les courants d’échanges. L’Europe reste
le principal partenaire des trois pays du Maghreb.

L’alternative consisterait à adopter une politique de


reconversion de la production pour répondre aux besoins

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Les Journées de l’entreprise 2003
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intérieurs et la réorientation des courants d’échange en faveur
des pays hors CEE. Cette alternative est illusoire. C’est pour
cela que la seule alternative reste l’édification du Maghreb qui
pourrait offrir un cadre adéquat ouvert sur l’Europe. Il faudrait
éviter un écueil : que les relations avec l’Europe ne soient pas un
obstacle à la réalisation du Maghreb.

Les rapports avec l’Europe ne doivent pas être purement


commerciaux mais doivent être étendus aux domaines de la
recherche, de la technologie et des hommes sans oublier les
dimensions culturelle et géopolitique

Les journées de 1987 ont finalement mis l’accent sur cinq


points :

- Faire en sorte que l’économique crée des irréversibilités


sur le plan des intérêts pour que le politique ne remette pas en
cause la construction maghrébine.

- L’accent a été mis sur le rôle de l’homme et de


l’entreprise dans l’édification maghrébine.

- Le Maghreb est nécessaire pour relever les défis du


21ème siècle : le défi démographique avec ses implications sur
l’emploi, celui de l’endettement, celui de l’élargissement de la
dimension des partenaires …

- L’accent a été mis sur l’utilité de l’approche progressive.


- La construction du Maghreb doit aller de pair avec le
rapprochement avec l’Europe, l’un renforçant l’autre : continuons
à améliorer nos relations avec l’Europe tout en commençant ou
plutôt en recommençant la construction du Maghreb.

I2- Partant de la constatation que l’intégration


maghrébine tant au niveau économique et politique que social et
financier n’a pas réussi à atteindre le niveau minimum souhaité,
alors qu’un peu partout dans le monde l’intégration régionale
avance à grands pas, les journées de l’entreprise de 1997 se
sont posées les questions suivantes : y a-t-il un véritable
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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marché maghrébin ? Etant contraints à le construire, les pays
maghrébins sont-ils sur la bonne voie pour y parvenir ? Est-ce
que le marché de l’UMA est en mesure de pouvoir relever les
défis d’une globalisation pressante et contraignante ? Ou alors
allons-nous encore nous enliser dans les discours et les
protocoles d’accords restés sans suite ?

Les thèses principales défendues par ces journées sont


les suivantes :

- La concrétisation de la régionalisation maghrébine ne


pourra prendre corps qu’en s’appuyant sur la volonté des
opérateurs économiques et sur le développement des relations
d’alliances stratégiques entre les entreprises de la région.

- Parce qu’elles n’ont pas dépassé le cadre strictement


bilatéral des relations commerciales, les relations euro
maghrébines restent relativement insuffisantes

Malgré une volonté politique déclarée dans certains pays,


force est de constater que les réalisations oeuvrant pour la
construction d’un Maghreb commun sont peu spectaculaires.
Face à cet état de fait, deux positions sont avancées. La
première consiste à affirmer que tôt ou tard le Maghreb se fera
par la volonté des populations et des opérateurs. Cette position
consistera alors, pour les entreprises maghrébines de
développer leurs relations de coopération et d’intégration. La
deuxième affirme que l’intégration se fera, tôt ou tard, dans le
cadre d’une vaste zone de libre-échange euro méditerranéenne.

Se posent alors les deux véritables questions : y a-t-il


véritablement un Marché Maghrébin ? Etant contraints à le
construire, sommes-nous sur le bon chemin pour y arriver ?
Face à la mondialisation les pays maghrébins ont entrepris des
réformes importantes et se sont engagés dans des accords
d’association pour sauvegarder des marchés traditionnels. Mais
la volonté de se lier à l’union Européenne est liée non seulement
à des considérations économiques mais aussi à des
considérations civilisationnelles et politiques. Mais cette volonté

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Les Journées de l’entreprise 2003
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de se lier avec l’Union Européenne ne doit pas pousser à
perdre de vue que les pays maghrébins, en unifiant leurs forces,
seront plus forts pour mieux négocier avec l’Union Européenne
et être en mesure d’attirer des investissements de plus en plus
importants. Or, les pays concernés butent sur un problème de
mentalité et de comportement. La mise à niveau des mentalités
devient, dans ces conditions une priorité de premier ordre. Il
s’agit de comprendre la nécessité de travailler ensemble et de se
débarrasser des complexes qui sont ancrées en nous et de
l’illusion selon laquelle chaque Etat peut survivre dans l’autarcie
et l’isolement.

Or, plus la mondialisation se consolide plus les pays


reconnaissent la nécessité de l’intégration et plus on s’oriente
vers la signa ture d’accords consacrant la constitution de
groupements régionaux qui couvrent désormais l’ensemble des
continents. Nous ne pouvons pas dire que l’UMA a adhéré de
façon concertée et coordonnée à l’ère de la mondialisation
même si tous les pays admettent l’inéluctabilité de l’intégration
dans l’économie mondiale et ont de fait engagé d’importantes
réformes structurelles basées sur les mêmes fondements. Il est
à souhaiter que les pays du Maghreb et les pays arabes
adoptent l’approche de l’intégration choisie par les pays de
l’Union Européenne en commençant par la mise en place
d’accords d’association bilatéraux ou multilatéraux permettant
une harmonisation des législations et des politiques
économiques débouchant sur une intégration horizontale
parallèlement à celle avec les pays de l’Union Européenne. Les
calculs montrent que si le niveau des échanges intra
maghrébins passe de 6% à 30%, il y aura une augmentation des
exportations de 25 % et une croissance additionnelle du produit
intérieur brut de 1 à 1,5 % par an. C’est dire l’importance de la
construction de l’UMA et, dans ce cadre le rôle de l’entreprise
est particulièrement important.

La nature des échanges intermaghrébins autant que leur


concentration dans des produits essentiellement de
consommation ne favorisent pas une complémentarité entre les
entreprises maghrébines qui, en plus, du fait de leur taille, ne
s’orientent pas vers l’adoption d’une vision de positionnement
©IACE 102
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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stratégique pour un marché plus large et plus dynamique.
Partant de la nécessité de favoriser l’intégration maghrébine,
l’IACE invite les entreprises maghrébines à réfléchir sur les
points suivants : comment mieux dynamiser les relations entre
les entreprises elles mêmes ? Comment rechercher les
synergies au niveau de certaines activités qui se prêtent à la
complémentarité ?

L’intégration régionale se présente comme un challenge


important vers l’intégration mondiale et permet l’amélioration de
l’efficacité des entreprises. Le besoin de renforcement des
capacités attractives et de compétition des pays de l’UMA réside
non seulement dans l’achèvement des réformes mais aussi dans
leur capacité à s’ériger en un espace économique régional
garantissant la libre circulation des biens, des services, des
personnes et des capitaux. L’ensemble maghrébin recèle des
potentialités certaines de développement, présente un intérêt
certain pour l’Europe en matière de ressources naturelles et de
marché pour les produits européens. Mais force est de constater
que des déséquilibres importants persistent comme les
disparités entre les niveaux de production et de revenu, entre
l’importance des marchés, la faiblesse du niveau des
investissements extérieurs, l’état des infrastructures de base et
le développement humain.

Tandis que les entreprises européennes ont déjà


commencé à investir dans la recherche, les études pour
constituer une banque de données d’informations sur le marché
maghrébin, les entreprises maghrébines sont encore au stade
du débat. Si les 70 millions d’habitants n’arrivent pas à
s’entendre pour bâtir un destin commun, c’est un constat
d’échec qui ne peut pas être reproché aux chefs d’entreprises
mais plutôt à un anachronisme politique dépassé et injustifié.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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II- LE MAGHREB ENTRE LA REGIONALISATION ET
LA MONDIALISATION

II1- L’historique des rapports Tunisie/Union européenne


montre que ces relations sont millénaires. Dès la signature du
traité de Rome de 1957 la Tunisie et le Maroc ont eu le statut
d’associé et la France a pu faire adopter un protocole spécial
annexe au traité de Rome l’autorisant à maintenir avec ces deux
pays un régime d’échanges préférentiels. Trois accords ont
jalonné les relations entre la Tunisie et l’Union européenne :

- Celui de 1969 qui prévoit l’entrée des produits industriels


de la Tunisie sur le marché de la CEE en franchise totale, un
abattement du tarif extérieur commun pour certains produits
agricoles. En contrepartie, la Tunisie a consenti à la CEE des
avantages de trois sortes : des préférences tarifaires pour une
liste déterminée de produits, une franchise sur le marché
tunisien pour certains produits selon un contingent fixe et la
consolidation de la libération de certains produits sans
avantages ni préférences comme le biens d’équipement, les
matières premières et les produits de consommation de
première nécessité
- Celui de 1976 qui comporte 3 volets : un volet
commercial qui reprend les dispositions commerciales de
l’accord de 1976, un volet financier et de coopération technique (
aide financière et transfert technologique) et enfin un volet
émigration qui garantit un traitement égalitaire entre la main
d’œuvre immigrée et celle de l’Europe

- Celui portant création d’une zone de libre échange au


cours d’une période transitoire de 12 ans.

II2- La première préoccupation de l’IACE a été d’évaluer


l’impact d’une zone de libre échange entre la Tunisie et les
autres pays du Maghreb Central et d’explorer certains scénarios
de politique commerciale tunisienne. Différents scénarios ont été
testés et ont donné les résultats suivants :

©IACE 104
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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- La ZLE Tunisie- UE aura des conséquences tant
positives que négatives. Elle peut être accompagnée par une
politique commerciale qui renforce les aspects positifs et atténue
ses effets négatifs. Cette politique consiste à encourager les
relations économiques avec le reste du monde et notamment
avec les pays voisins. Ainsi l’instauration par la Tunisie d’une
ZLE avec les pays du Maghreb contribue à améliorer légèrement
le revenu national malgré les faibles niveaux des échanges
actuels.

- La création de nouvelles ZLE et la libéralisation des


importations constituent une politique profitable. Dans ce sens,
la conception de la ZLE Euro méditerranéenne mérite d’être
revue. Actuellement, chaque nouveau membre pratique le libre
commerce avec l’UE seulement. Il est utile d’œuvrer pour une
conception dans laquelle chaque pays membre échange
librement ses marchandises avec tous les autres membres de la
ZLE.

- La politique commerciale qui combine la participation à


d’autres ZLE, notamment avec les pays voisins et l’adoption vis-
à-vis des autres pays d’une structure tarifaire adaptée aux
nouvelles relations commerciales avec l’UE contribuent à une
amélioration du revenu national.

- Le Maghreb constitue un ensemble économique qui n’a


pas encore atteint un poids économique important à l’échelle
internationale ni fait montre de beaucoup de dynamisme surtout
si l’on compare ses performances avec celles de l’Asie de l’Est
ou du Sud. Cet espace présente, certes, des possibilités de
production beaucoup plus efficiente qu’à l’échelle de chaque
pays pris isolément, mais il est évident que cet avantage est
nettement moins intéressant que celui offert par le marché
international et notamment par le marché européen ; d’où
l’intérêt de l’ouverture non seulement sur l’UE mais aussi sur le
reste du monde. La libéralisation avec l’UE doit être complétée
par d’autres mesures de libéralisation avec le reste du monde.

©IACE 105
Les Journées de l’entreprise 2003
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Néanmoins, l’intégration commerciale maghrébine peut
être utile du point de vue, tant des échanges et de la
spécialisation que de l’attraction des IDE. La libéralisation
commerciale sous la forme d’une ZLE ou d’une Union douanière
permettra d’augmenter, ou du moins de maintenir, la part des
échanges intra maghrébins dans le volume total des échanges
extérieurs de la région.

En offrant un marché local élargi et un engagement


renforcé des pays dans la voie de l’ouverture, l’intégration
maghrébine pourrait exercer des effets d’attraction sur les
investissements directs étrangers.

Afin d’éviter toute lenteur inhérente à des négociations


d’un accord intra maghrébins, il est possible de reprendre le
calendrier du démantèlement tarifaire convenu avec l’UE et
l’appliquer aux échanges entre eux.

II3- Les chances de réussite de l’intégration régionale


dépendent de la coopération financière et technologique avec
l’Union Européenne, ainsi qu’aux mesures de soutien aux
investissements directs à destination des pays du Maghreb.

Les fonds débloqués (prêts et dons) aux pays du Maghreb


ont baissé presque de moitié entre 1984 et 1995. La coopération
financière multilatérale des quinze avec les pays du Maghreb est
très marginale. Le montant alloué par le quatrième protocole
financier de 1992-96 n’a représenté que 0,6 % du PIB agrégé
des trois pays du Maghreb. Il est à redouter que pour les
prochaines années les effets d’éviction liés à l’intégration des
PECO dans l’Union européenne. Face à cela les pays du
Maghreb ont dû recourir à l’endettement sur les marchés
internationaux privés pour financer des opérations de mise à
niveau (infrastructure, santé, éducation, transport …).

Les expériences récentes ont montré que parmi les


avantages de la ZLE pour les pays qui subissent la contrainte
financière est de drainer les investissements étrangers : le
Mexique, le Portugal et l’Espagne, la Grèce, les PECO. Les flux
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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des IDE vers les pays du Maghreb sont négligeables. Il parait
que certains critères d’attractivité recherchés par les firmes
multinationales font défaut dans les pays du Maghreb (taille des
marchés nationaux,, haut niveau de qualification).

L’avenir des relations économiques avec l’Union


européenne réside dans le fait d’offrir aux partenaires européens
des créneaux incitatifs autres qu’une main d’œuvre bon marché
ou des avantages fiscaux. A cet égard, la concrétisation du
projet de l’espace économique maghrébin constitue la réponse
adéquate. Il constitue un facteur d’attractivité supplémentaire
des IDE.

II4- La réflexion autour des effets de l’élargissement de


l’UE aux PECO s’est concentré autour de deux points : le
premier concerne le problème de l’intégration des PECO au sein
de l’Union européenne qui peut, à terme produire un effet
d’éviction à l’encontre des pays du Sud, le second concerne les
stratégies des firmes multinationales en direction de ces
marchés et d’apprécier l’impact de l’implantation de ces grandes
entreprises sur le tissu industriel local.

Les PECO ont dû réformer leurs économies. De plus 4


pays, la Hongrie, la Pologne, la Tchéquie et la Slovaquie ont
créé une zone économique de libre-échange en 1992. Cette
tentative de la création d’un marché régional n’a pas eu d’effets
très positifs à cause de certains problèmes :

La spécialisation était telle qu’ils avaient des avantages


comparatifs presque identiques.

De fortes oppositions politiques existaient entre les pays


membres quant à l’importance à donner à ce processus
d’intégration

L’opportunité même de créer une telle intégration


régionale alors que chaque partenaire, individuellement,
privilégiait l’intégration avec l’Union européenne.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Cette intégration entraînera, pour les pays du sud un effet
d’éviction à deux niveaux : tout d’abord pour la délocalisation
d’investissements déjà réalisés (ou réduction du volume
d’investissements) et le détournement d’investissements ou de
flux commerciaux qui auraient pu se développer en direction du
Maghreb. L’intégration des PECO va conduire à un repartage du
« gâteau communautaire » au détriment de certains pays.

L’ampleur relative des IDE dans ces pays est due à des
facteurs objectifs et d’autres plus spécifiques. Parmi les facteurs
objectifs, on peut citer l’effet de proximité, la culture technique, le
système éducatif et le rôle du capital humain, des infrastructures
de bonne qualité, un niveau de développement industriel
relativement important et enfin le coût horaire d’un ouvrier
qualifié dans certains pays (Slovaquie ou Tchéquie) représente
un dixième du coût horaire en Allemagne. De façon plus
spécifiques, peut citer les facteurs suivants : l’environnement
institutionnel (Hongrie), une politique macroéconomique stricte
qui a servi de signa l (République Tchèque), la perspective du
marché domestique et des marchés de proximité (Pologne).

II5- L’étude des expériences d’intégration régionale


permet de dégager l’intérêt qu’ont les petits pays à s’intégrer
dans des ensembles régionaux. C’est dans ce cadre que
l’expérience des pays du MERCOSUR est intéressante à plus
d’un titre. Il s’agit d’une association créée en 1991 c'est-à-dire
deux ans avant la signature du traité de Marrakech et regroupant
quatre pays d’Amérique Latine (Brésil, Argentine, Uruguay et le
Paraguay). Cette association commença comme une zone de
libre échange et devient en 1995 une Union douanière. Au
moment de la création du Marché commun, les économies
étaient relativement divergentes, l’Argentine et le Brésil sont des
économies de talle importante, relativement fermées et peu
globalisées. L’Uruguay et le Paraguay sont, par contre des
économies de petite taille, dépendant davantage du commerce,
ressemblent bien plus à celle de la Tunisie et du Maroc. Le
regroupement a eu les conséquences suivantes :

Les importations en termes de parts du revenu national


ont augmenté rapidement pour le commerce inter régional et
©IACE 108
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
bien plus rapidement pour le commerce en provenance des pays
européens.

Le commerce a été détourné pour les biens


intermédiaires lourds ou biens d’équipement pour lesquels le
commerce régional a remplacé le commerce provenant de
sources d’approvisionnement en coût plus faible.

Les investissements directs étrangers au sein de l’Union


douanière ont plus que doublé, augmentation due qu’à un seul
facteur : le programme de privatisation en Argentine, facteur très
peu lié à la création de l’Union douanière.

Cette expérience montre aussi :

La nécessité de la stabilité macro-économique car quand


le commerce d’un pays passe d’un commerce avec le monde
entier à un commerce avec quelques partenaires commerciaux
qui sont instables macro économiquement, il existe un grand
danger que ces partenaires commerciaux exportent vers ces
pays leur instabilité macro-économique. Ceci démontre que
toute union douanière créée en l’absence de coordination de
politiques économiques ne pourra pas être en mesure de
soutenir des taux très élevés de croissance du commerce inter
régional.

L’état de l’infrastructure (lignes téléphoniques, routes et


production d’électricité) des pays du Maghreb n’est pas encore
au niveau des 4 pays du MERCOSUR qui sont reliés entre eux
ou avec le reste de l’économie mondiale, ce qui démontre qu’il
existe ici un réel problème.
Les négociations relatives au tarif extérieur commun
(dans le cas de l’Union douanière) pour les biens d’équipement
et les biens intermédiaires sont très importantes et sont souvent
l’otage des grands partenaires de l’Union douanière plutôt que
des petits partenaires.

Les entreprises se sont adaptées à la nouvelle donne :


certaines ont dû réduire le nombre de produits pour devenir plus

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Les Journées de l’entreprise 2003
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compétitives, d’autres ont dû se regrouper en sachant qu’elles
n’ont jamais travaillé ensemble auparavant et créer une filiale de
marketing pour s’attaquer à un marché nouveau.

III- LA STRATEGIE DES ENTREPRISES

III1- Les défis de l’entreprise maghrébine dans le cadre de


la mise en œuvre des accords avec l’UE rendent impérative
l’adoption d’une nouvelle stratégie incluant la démarche de la
qualité totale non seulement par les entreprises qui adhèrent
volontairement à la politique de mise à niveau mais par toutes
les entreprises et principalement les entreprises importantes qui
veulent se développer au même rythme que celui de la
concurrence à l’échelle internationale. C’est là l’unique voie de la
performance qui est la seule à pouvoir assurer la pérennité et la
prospérité de l’entreprise. Des valeurs telles que le respect ou la
transparence sont pleinement adoptées dans toutes les cultures
d’entreprises soucieuses d’évoluer en harmonie avec le nouvel
environnement mondial.

III2- Les entreprises maghrébines sont appelées à définir


des stratégies défensives sur le marché local et des stratégies
tantôt de maintien et tantôt de retrait sur le marché mondial. Tout
dépend des branches d’activité et de leurs gains de productivité.
Tenant compte de l’importance du choc concurrentiel, le
Maghreb ne peut miser que sur un sursaut de compétitivité dans
de nouveaux créneaux de spécialisation. Une stratégie
différenciée est nécessaire pour tenir compte de l’importance
des activités manufacturières en matière de compétitivité qui
peut assurer de meilleurs gains et afin de les dynamiser ou
même de les maintenir, un appui institutionnel est utile voire
vital. L’intégration régionale va pousser les entreprises
maghrébines à éviter des écueils et à développer des synergies.

Des écueils à éviter : la faiblesse des échanges


intermaghrébins ne signifie nullement l’absence de
complémentarité entre les économies maghrébines. Cette faible
interdépendance commerciale pose le problème de la
coordination des politiques économiques maghrébines. Aussi
©IACE 110
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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l’on est en droit de chercher pourquoi les politiques économiques
maghrébines ne sont pas intégrées dans les faits ? Les
entreprises maghrébines recourent relativement peu à la sous-
traitance intérieure et à la sous-traitance régionale
intermaghrébine. Ceci est dû principalement au faible
développement du tissu industriel et à leur développement
parallèle qui en a fait davantage des concurrents que des
partenaires complémentaires. L’analyse qualitative de la sous-
traitance régionale intermaghrébine montre que les facteurs qui
freinaient son développement sont relatifs à la méconnaissance
mutuelle des potentialités industrielles, à l’insuffisance des
moyens de transport, aux réglementations douanières, fiscales
et monétaires et la non coordination des politiques économiques.
Visiblement, il semble que les conditions prévalant dans les trois
pays du Maghreb n’étaient pas et ne le sont pas encore de nos
jours (1997) favorables à la promotion de la sous-traitance
régionale. De toute évidence, cet échec montre l’importance des
asymétries entre les pays du Maghreb, lesquelles constituent un
sérieux obstacle à la coordination de leurs politiques
économiques. La stratégie non coopérative est encore
prédominante dans les relations entre les pays du Maghreb :
chaque Etat détermine sa politique économique en considérant
comme donnée celle de son partenaire. Il sera plus urgent
d’établir une politique de coordina tion : rapprochement des
dispositions législatives, réglementaires et administratives
nécessaires à une plus grande uniformité de la structure
économique.

Des synergies à développer : l’intégration économique ne


peut favoriser une relance du développement dans la région sauf
si elle résulte de la convergence des intérêts des acteurs et
notamment d’un partenariat dynamique entre les entreprises
maghrébines. Deux conditions sont requises pour favoriser une
meilleure intégration interentreprises maghrébine (1) la
rationalisation des systèmes des prix et des coûts afin de faire
apparaître les positions compétitives réelles (2) la réorientation
par les Etats des flux extérieures de biens et services, de
capitaux et de main d’œuvre par l’adoption d’une politique
commerciale commune et notamment par l’encouragement et la

©IACE 111
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
promotion d’entreprises de dimension maghrébine (fusion,
absorption, alliances stratégiques, réseaux).

Le rôle des entreprises dans la construction du


Maghreb est primordial. En effet les entreprises sont appelées à
créer des synergies et à renforcer leurs capacités pour affronter
avec succès les défis de la globalisation. La concrétisation de la
globalisation ou de la régionalisation est surtout la résultante du
comportement des agents économiques qui jouent oui ou non le
jeu de la globalisation. Jouer le jeu de la globalisation c’est
d’abord adhérer à une culture tendant à viser le statut
d’entreprise de classe mondiale tout en cherchant à atteindre
l’excellence au niveau local. En s’engageant dans une stratégie
d’alliance, les entreprises maghrébines amorcent un processus
d’adaptation créative à la globalisation. Elles sont d’autant plus
habilitées à le faire qu’elles subissent les mêmes contraintes de
l’environnement économique international et qu’elles présentent
un parallélisme dans leur évolution historique et leurs pratiques
actuelles (l’émergence de l’entreprise moderne est récente, les
styles de gestion adoptés sont construits en référence à des
modèles exogènes à l’entreprise, le poids de l’Etat est décisif).

III3- Citons quelques exemples d’alliances dans les


domaines de l’électricité et des produits pharmaceutiques. Les
compagnies d’électricité et de gaz gèrent leur alliance au moyen
d’une institution maghrébine : le comité maghrébin d’électricité
(COMELEC) fondé en 1974. Ce comité vise le développement
de la coopération à travers les échanges d’informations, la
coordination des moyens d’équipement, de gestion et de
formation professionnelle. Il fait le suivi de l’interconnexion des
réseaux électriques des différents pays du Maghreb. Il
fonctionne également comme organe de réflexion pour la
recherche développement et réalise des études et programmes
dont les réalisations techniques sont mises en œuvre soit
individuellement soit en coopération. Il constitue un interlocuteur
et une compétence sollicitée par les organismes internationaux
du secteur.

Le lancement d’appels d’offres communs pour l’achat de


produits pharmaceutiques dans le cadre d’une commission mixte
©IACE 112
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
d’achat en commun (CMAC) constitue un deuxième exemple
d’alliances. Cette expérience a permis de (1) bénéficier de
meilleurs prix d’achat (2) favoriser les achats auprès des
fournisseurs maghrébins (3) renforcer les courants d’échanges
commerciaux réciproques (4) faciliter la collaboration entre les
différents laboratoires de contrôle des différents pays
maghrébins (5) S’en inspirer pour créer des CMAC dans d’autres
domaines … Cette expérience a mis en évidence des difficultés
dues à la diversité des nomenclatures et à la spécificité des
réglementations respectives.

Ces exemples appartiennent certes au secteur public et


pose la question de sa possible transposition dans le secteur
privé. En Europe, les alliances entre les entreprises s’opèrent
dans un cadre législatif plus ou moins encourageant. L’attitude
européenne est partagée entre la volonté de contrôler les
alliances pour éviter qu’elles n’entravent la concurrence, et celle
d’encourager la coopération entre firmes européennes pour
augmenter leur compétitivité face à leurs concurrents étrangers.
Au Maghreb, il ne semble pas qu’il y ait une législation favorable
ou défavorable aux alliances stratégiques.

III4- L’IACE a mené une enquête auprès d’une


soixantaine d’entreprises dont les 2/3 appartiennent au secteur
industriel, réalisant un chiffre d’affaires supérieur au million de
dinars et à la fois importatrice et exportatrice notamment sur le
marché maghrébin. Les réponses montrent que (1) la signature
du traité de Marrakech en 1989 portant création de l’UMA ne
semble pas avoir eu d’effet sur les relations inter entreprises
puisque ces accords sont moyennement ou pas appliqués du
tout (2) il arrive que les échanges soient purement et simplement
bloqués (3) les entreprises tunisiennes semblent trouver plus de
difficultés pour exporter sur les pays maghrébins que pour
importer à partir de ces pays (4) si les entreprises tunisiennes
ont pris conscience de l’importance du Marché Maghrébin, elles
restent encore réservées quant à la prise de risque et sont
prêtes pour le tiers de ces entreprises à ouvrir leur capital aux
investisseurs originaires des pays de l’UMA.

©IACE 113
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
III5- A l’évidence les résultats obtenus n’ont pas été à la
hauteur des espoirs que l’avènement de l’UMA avait fait naître.
Dire que les divergences politiques sont à l’origine de restrictions
commerciales n’explique pas tout, car même lorsque les
relations politiques sont bonnes, les différences inhérentes aux
systèmes économiques en vigueur ont toujours représenté des
obstacles majeurs à cette intégration économique. C’est
pourquoi, il faut renouveler l’idée du Maghreb pour tenir compte
de la convergence récente des politiques économiques
maghrébines et accepter que des solutions consensuelles
puissent être apportées aux contraintes quasi similaires. C’est
pourquoi les entreprises maghrébines doivent opérer sans tarder
à un rapprochement conséquent en inscrivant leurs actions dans
une participation active au développement du partenariat, au
renforcement du réseau d’entreprises et à la multiplication
d’espaces de rencontres et d’échanges de compétences
avérées des cadres et des chefs d’entreprises.

III 6- la qualité du partenariat entre les entreprises


maghrébines dépend de leurs réalisations en matière de mise à
niveau. Des programmes de mise à niveau des entreprises sont
nécessaires. Pour les entreprises maghrébines, deux objectifs
sont à atteindre : être compétitives en termes de qualité, de prix
et d’innovation et être en mesure de suivre les évolutions de
marché et de la technologie. De grands efforts doivent être
accomplis au niveau de l’environnement institutionnel, le cadre
juridique, l’administration, la formation professionnelle, la
promotion de la qualité, les informations économiques sans
oublier les structures d’appui. Un observatoire de la conjoncture
nationale et internationale est utile à créer car il permettra de
donner aux acteurs économiques et au gouvernement la
possibilité de connaître à l’avance les changements de
tendance. Le développement du partenariat permettra de fortifier
l’entreprise privée maghrébine. C’est dans ce cadre que l’IACE a
pris l’habitude d’inclure dans les journées de l’entreprise une
communication faisant le point du programme de mise à niveau
de l’industrie.

©IACE 114
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

IV- DE 1997 A 2003

Six ans après, le débat reste le même autour des points


suivants :

IV1- Concernant les relations Europe/Maghreb, trois


thèmes restent d’actualité :

- La dynamique commerciale : la capacité pour les pays


maghrébins d’abord à garantir leurs parts de marché actuelles et
d’en conquérir de nouvelles reste d’actualité. Ce débat a été
alimenté par l’élargissement programmé de l’Union Européenne
vers les PECO. Cet élargissement ne manquera pas
d’engendrer de nouveaux défis qu’il s’agit de transformer en
opportunités.

- Les flux financiers : on a vu que les flux financiers en


direction des pays du Maghreb restent insuffisants que ce soit au
niveau de la coopération financière qu’au niveau des
investissements directs étrangers. Il faut s’attendre à ce que
l’élargissement se traduit par un effet d’éviction financier massif
à leurs dépens et en faveur des PECO. Le montant de l’aide
publique au développement par habitant se situe autour de 42
dollars pour les PTM (132 dollars en Israël et 23 en Tunisie)
contre 37 dollars pour les PECO. Quant aux IDE, les écarts
entre les PTM et les PECO sont importants (2,1 % pour les PTM
et 6,5 % pour les PECO).

- Le niveau de développement technologique : les pays du


Maghreb occupent le bas de l’échelle dans le hit parade de
l’indicateur de développent technologique (IDT).

IV2- Concernant le marché maghrébin les mêmes thèmes


restent d’actualité :

La convergence des politiques économiques : aucune


fixation d’objectifs de convergence n’a été précisée.

©IACE 115
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Les alliances inter-entreprises : les journées de 1997 ont
insisté sur cet aspect de l’intégration soulignant que le processus
d’intégration ne relève pas seulement des gouvernements mais
aussi des différents opérateurs économiques.

IV3- Enfin, il est à noter que les pays du Maghreb, malgré


l’antériorité des relations avec l’Europe est traité par l’Union
Européenne dans le cadre de la nouvelle politique de voisinage
qui doit concerner outre les pays maghrébins la fédération de
Russie et les nouveaux Etats Indépendants (la Moldavie,
l’Albanie, le Bélarus).

©IACE 116
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

L’industrie Tunisienne et la ZLE


Hamadi FEHRI
IHEC Carthage

©IACE 117
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

L’industrie tunisienne peut-elle supporter le choc de


l’ouverture ? Cette question est cruciale compte tenu des
échéances de plus en plus pressantes (élargissement de l’Union
Européenne à 25 en 2004, démantèlement des accords
multifibres en 2005 et ZLE en 2008) auxquelles se trouve
confrontée l’économie tunisienne.

Ce texte se propose de répondre à cette interrogation. Il


comporte trois sections. La première section examine le cadre
macroéconomique ainsi que les performances de l’économie
tunisienne depuis la signature de l’accord d’association. La
deuxième section présente, dans une perspective comparative,
l’environnement institutionnel dans lequel évolue l’entreprise
tunisienne. L’expérience internationale, particulièrement celle
des pays du Sud Est asiatique, suggère effectivement que la
politique industrielle apporte les résultats escomptés lorsque le
cadre macroéconomique est stable et l’environnement
institutionnel est favorable à l’initiative privée. La troisième
section établit un bilan des mesures de modernisation de
l’industrie dont le programme de mise à niveau forme l’ossature.

Les performances macroéconomiques de l’économie


tunisienne depuis la signature de l’accord
d’association

La signature de l’accord d’association ne semble pas avoir


altérée la trajectoire de croissance économique de la Tunisie.

1- Le taux de croissance du PIB est des plus stables de la


région. Il est aussi des plus élevés puisqu’il avoisine 5.3%
par an sur la période 1997-2001 contre un taux moyen de
4.6% au cours de la période 1992-1996. Le PIB par
habitant de la Tunisie, exprimé en pourcentage de celui
de l’UE, est de 9.9.

©IACE 118
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Fig.1- Evolution de la croissance du PIB

1982-1986 2,2

1987-1991 4,2

1992-1986 4,6

1997-2001 5,3

2002-2006 5,5

. 1- Evolution de la croissance du PIB

Tableau 1- Taux de croissance du PIB


périodes En
pourcentage
1982-1986 2.2
1987-1991 4.2
1992-1996 4.6
1997-2001 5.3
2001-2006* 5.5
Source : Ministère du développement
et de la coopération internationale
*prévision

Fig.2- PIB par habitant en % de celui de l'UE


120

100

79,7
80

60

40

19,1
20 9,9
8,3 6,4 4,8 5,7
7,8 7,3 8,3 3,4
5,6 1,8
0
Tunisie
Algerie

Moldavia
Jordanie
Egypte

Liban

Syrie

Ukranie
Russsie
Belarus
TPO
Maroc
Israel

Fig. 2-PIB par habitant en %

de celui de l'UE

©IACE 119
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
2- Le cadre macroéconomique est stable : l’inflation est
contenue autour de 2.5% et les déficits budgétaire et du
compte courant représentent respectivement 1.8% (en
prenant en considération les recettes de privatisations) en
2002 et 4.2% du PIB. Ces performances sont le résultat
de politiques macroéconomiques (politique monétaire et
politique budgétaire) rigoureuses.
Fig. 3 - Solde de la balance courante en % du PIB

Fig.3- Solde de la balance courante en


% du PIB

0
-1
-2
-2.2
-3
-3.1
-4 -3.4
-4.2 -4.3 -4.2
-5
1997 1998 1999 2000 2001 2002

Fig. 4- Solde budgétaire en % du PIB

Fig.4- Solde budgétaire en% du PIB

0
-1
-2
-3
-3.2 -3.1
-3.5 -3.7 -3.5
-4
-4.2
-5
1997 1998 1999 2000 2001 2002

3- La diversification de la structure productive permet aussi à


l’économie tunisienne de résister aux chocs externes.
L’agriculture dont les performances sont très volatiles a vu
sa contribution baisser au profit des services et dans une
moindre mesure de l’industrie dont la part dans le PIB est
de 29.2% en 2002.

©IACE 120
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Fig.5- Part dans la valeur ajout
ée

7,1 6
8 5,2 5,7
6
4 3 3
2
0
-2
-4 -1,5
-6
-8
-10
-10,3
-12
Agriculture et pêche Idustrie y compris Construction Services
énergie

2002 2001

Fig. 5- Part dans la valeur ajoutée


Il convient ici de remarquer que le secteur manufacturier s’est
bien développé, ce qui tend à indiquer une montée en gamme
de la production tunisienne. La part des industries
manufacturières dans le PIB gravite depuis 1998 autour de
18.5%.

Tableau 2-Part de l’industrie dans le PIB


1998 1999 2000 2001 2002
Industries non 9.9 10.1 10.4 10.4 10.6
manufacturières
Industries 18.4 18.1 18.2 18.5 18.6
manufacturières
dont 3.1 3.3 3.4 3.1 3.1
IAA 1.7 1.7 1.7 1.7 1.7
IMCCV 2.5 2.5 2.5 2.7 2.7
IME 2.1 2.0 2.0 1.9 2.0
Chimie et 6.6 6.3 6.3 6.7 6.7
caoutchouc 2.4 2.3 2.3 2.4 2.4
ITH
ID
Ensemble du secteur 28.3 28.2 28.6 28.9 29.2
industriel
Source : BCT (2003)

Certains points faibles persistent cependant en dépit des bons


fondamentaux de l’économie :

©IACE 121
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

1- cette diversification de l’économie ne doit nous faire


perdre de vue que les services sont tirés par le tourisme
dont le niveau d'activité est tributaire de la demande
étrangère et de la conjoncture internationale ;
2- le chômage, avec un taux de 14.9% en 2002, reste
important bien qu’il laisse apparaître une légère tendance
à la baisse depuis 1996, date à laquelle ce taux atteignait
16% ;
3- la dette publique atteint 61%, niveau relativement élevé
pour une économie émergente ;
4- le taux d’investissement privé dans l’investissement total,
comparativement faible à d’autres pays en 1997 (tableau
2), ne s’est pas particulièrement amélioré depuis la
signature de l’accord d’association (tableau 3).

Tableau 3-Part de l’investissement privé dans l’investissement total (en


1997)
Tunisie Turquie Thaïlande Pologne Maroc Egypte
50.4 78.5 67.7 86.6 70.4 68.4
Source : Banque Mondiale
Fig. 6- Part de'investissement privé dans l'investissement total

Fig.6- Part de l'investissement priv


é dans l'investissement total

100 86,6
78,5
80 67,7 70,4 68,4
50,4
60
40
20
0
Tunisie Turquie Thaïlande Pologne Maroc Egypte

©IACE 122
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Tableau 4-Evolution de l’investissement


1992-1995 1996-2001
Investissement total/PIB 26.6 25.2
Investissement privé/PIB 12.3 13.2
Investissement privé/FBCF 46.5 52.4
Investissement lié à la mise à - 5.4
niveau/FBCF
Source : Rapports annuels de la BCT (divers numéros)

Le tableau 3 indique effectivement que la participation de


l’investissement privé à la FBCF n’a pas progressé sans
l’intervention du PMN dont la contribution à la FBCF a été de
5.7% au cours de la période 1996-2001. Cette intervention du
programme semble aussi avoir conféré au système productif
tunisien une meilleure efficacité comme le dénote la tendance à
la baisse de l’ICOR1 (Khlifi, 2003).

En ce qui concerne les échanges extérieurs de la Tunisie, les


effets de l’accord d’association sur le commerce ne sont pas très
significatifs. Les travaux existants montrent qu’il n’y a pas eu
d’effets notables de création ou de détournement de commerce
au cours des six premières années de l’accord de libre échange
(Lahouel et Marouani, 2003).

1
ICOR ou incremental capital to output ratio est donné par le rapport de
l’investissement réel à la variation absolue de la valeur ajoutée à prix constants.

©IACE 123
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

Tableau 5-Effets de l’accord d’association sur les échanges de la


Tunisie
1990- 1996-
1995 2000
Importations
Importations/PNB 41.4 41.6
Part de l’UE dans les importations 73.4 72.4
(en %)
Importations de la liste 2
Ratio des importations de la liste 2 9.8 9.7
en % du PNB 71.9 72.0
Part de l’UE dans les importations
(en %)
Importations de biens capitaux en 9.8 9.7
% du PNB
Importations de biens de 13.1 14.1
consommation en % du PNB
Source : Lahouel et Marouani, 2003, p.25

Le ratio des importations sur le PNB, qui fournit une


approximation de l’effet de création, n’a pratiquement pas
changé avant et après la signature de l’accord d’association
(41.4 et 41.6). Il en est de même pour les importations par liste
de produits libéralisés (9.8 et 9.7 pour les biens capitaux de la
liste 1). Seule la part des biens de consommation a augmenté
plus vite que le PNB au cours de la période qui a suivi l’accord
d’association. Ce résultat s’explique en fait par l’expansion
rapide des activités off shore plutôt qu’à une forte croissance des
importations destinées au marché local.

L’ensemble de ces considérations permettent de tirer une


conclusion : au niveau macroéconomique, les coûts
d’ajustement, au cas où ils existeraient, ne se sont pas encore
manifestés.

L’environnement institutionnel de l’industrie tunisienne

Il est actuellement de plus en plus admis qu’il existe un lien étroit


entre l’environnement institutionnel, les performances du secteur
privé et la croissance économique. L’évidence empirique

©IACE 124
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
enseigne que plus un pays est pauvre, plus l’environnement
juridique est lourd et complexe et plus la corruption est grande ;
autant de facteurs qui inhibent l’investissement national et
étranger (Banque Mondiale, 2003).

L’environnement institutionnel a-t-il évolué en Tunisie avec la


signature de l’accord d’association ? Est-il plus amical à l’égard
de l’initiative privée ? Favorise-t-il la croissance économique ?

Les enquêtes menées en Tunisie (IEQ, 1996 ; Banque


Mondiale,2000) s’accordent pour conclure, qu’en dépit des
progrès réalisés, l’environnement des affaires est toujours
complexe. Le tableau 6 retraçant les principaux critères qui
conditionnent la création et le fonctionnement des entreprises
(quels sont les préalables pour démarrer une affaire ? La
législation du travail est –elle rigide ? Quels sont les délais de
résolution des litiges devant les tribunaux ?), montre que la
Tunisie réalise de meilleurs scores que les pays de la région
MENA mais aussi l’existence d’un gap institutionnel entre la
Tunisie et les pays de l’OCDE. On notera particulièrement que :

1- le nombre de procédures pour lancer une entreprise est


raisonnable mais les formalités sont comparativement au
Maroc et à l’Algérie plus longues ;
2- la célérité de la justice dans la résolution des conflits est
une performance mondiale ;
3- les procédures de faillite sont peu coûteuses.

En revanche :

1- la résiliation des contrats de travail est rigide ;


2- le capital minimum requis pour le démarrage d’une
entreprise est élevé ;
3- l’information sur la qualité des emprunteurs n’est pas
assez fiable et les droits des créanciers, en cas de faillite,
sont insuffisamment protégés.

©IACE 125
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

Tableau 6-Environnement des affaires en Tunisie et pays comparateurs


Algérie Maroc Tunisie Moyenne Moyenne
MENA OCDE
Nombre de 18 11 10 11 7
procédures pour
créer une entreprise
En nombre de jours 29 36 46 54 31
Formalités de 31.9 19.1 16.4 62.1 10.5
lancement d’une
entreprise (coût en
% du revenu par
habitant)
Capital min requis 73.0 762.5 351.7 1256.8 71.4
pour lancer une
entreprise en % du
GNI
Flexibilité pour le 19 33 44 33 28
licenciement (indice
de rigidité maximal
égal à 100)
Résolution des 387 192 7 297 233
conflits (en nombre
de jours)
Nombre d’années 3.5 1.9 2.5 3.7 1.8
pour liquider une
entreprise
Coût des 4 18 8 13 7
procédures de
faillite (% of estate)
Public credit 0 33 48 24 18
registry index
Creditor right index 1 1 0 1 1
Tableau à partir des données de la Banque Mondiale (2003)
Fig. 7- Nombre de procédures

©IACE 126
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Fig.7- Nombre de proc
édures

20 18

15 10 11
11
10 7

0
Algérie Maroc Tunisie Moyenne MENA Moyenne OCDE

Fig. 8- Procédures en nombre de jours

Fig.8- Procédures en nombre de jours

54
60 46
50
36
40 29 31
30
20
10
0
Algérie Maroc Tunisie Moyenne MENA Moyenne OCDE

Fig.9- Formalités de lancement 'd


une entreprise

80
62.1
60

40 31.9
19.1 16.4
20 10.5

0
Algérie Maroc Tunisie Moyenne MENA Moyenne OCDE

Fig. 9- Formalités de lancement d'une entreprise

©IACE 127
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

Fig.10- Capital minimum requis

1500 1256.8

1000 762.5
351.7
500
73 71.4

0
Algérie Maroc Tunisie Moyenne MENA Moyenne OCDE

Fig. 10- Capital minimum requis

Fig.11- Flexibilité pour le licenciement

44
50
40 33 33
28
30
19
20
10
0
Algérie Maroc Tunisie Moyenne MENA Moyenne OCDE

Fig. 11- Flexibilité pour le licenciement

Fig.12- Nombre de jours pourésoudre


r un conflit

387
400
297
300 233
192
200

100 7

0
Algérie Maroc Tunisie Moyenne MENA Moyenne OCDE

Fig. 12-Nombre de jours pour résoudre un conflit

Fig. 13-Nombre d'années pour liquider une entreprise

©IACE 128
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Fig.13- Nombre d'années pour liquider une entreprise

3.7
4 3.5
2.5
3
1.9 1.8
2

0
Algérie Maroc Tunisie Moyenne MENA Moyenne OCDE

Fig. 14-Public credit registry index

Fig.14- Public credit registry index


48
50
40 33
30 24
18
20
10
0
0
Algérie Maroc Tunisie Moyenne MENA Moyenne OCDE

Fig. 15-Droits des créanciers

Fig.15- Droits des créanciers


1
1 1 1
1
0.8
0.6

0.4
0.2 0
0
Algérie Maroc Tunisie Moyenne MENA Moyenne OCDE

L’ensemble de ces considérations permet de conclure qu’une


meilleure gouvernance est nécessaire pour une réelle mise à
niveau de l’environnement institutionnel afin de prétendre à une

©IACE 129
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
parité européenne mais aussi pour attirer les investissements
directs étrangers.

Les politiques de modernisation de l’industrie


tunisienne

Le tissu industriel tunisien compte 5262 entreprises ayant un


effectif supérieur ou égal à dix dont 2292 sont totalement
exportatrices, soit 40% environ. Ces entreprises emploient 435
344 personnes. Les entreprises totalement exportatrices en
occupent 253 282 (58.2% du total).

En dépit d’une conjoncture internationale difficile, l’indice de


production industrielle a pu enregistrer un taux de croissance en
termes réels de 5.7% en 2001 contre 5.5% en 2000. Toutefois,
ce indice d’ensemble a enregistré une légère baisse (-0.2%). Le
dynamisme de l’industrie s’explique par l’évolution des industries
manufacturières.
Fig. 16- Evolution de l'indice de la production industrielle

Fig.16- Evolution de l'indice de la production industrielle

200

180

160

140

120

100
1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002

Indice d'ensemble Indice industries manufacturi


ères

Corrigées des variations saisonnières, les observations les plus


récentes affichent cependant une évolution erratique autour
d’une tendance de décroissance de 3.6% contre une évolution à
un taux de croissance proche de 5.0% enregistré trois mois
auparavant (IACE, 2003).

©IACE 130
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Les exportations des industries manufacturières ont atteint 8.5


milliards de dinars en 2001. Elles représentent 89% des
exportations totales des biens. En l’espace de dix ans, la Tunisie
est devenue, selon la Banque mondiale, le premier exportateur
industriel du continent africain devançant l’Afrique du Sud.

Tableau 7-Part dans les exportations totales


Années 1981 1987 2000 2001
Exportations des industries 498 1130 7000 8462
manufacturières*
Exportations totales de biens* 1212 1771 7781 9505
Part des industries 41 64 90 89
manufacturières (en %)
Source : API
*exprimées à prix courants (en millions de dinars)

Le partenariat est assez développé. Le nombre d’entreprises à


participation étrangère est de 1657 dont plus de la moitié sont à
capitaux étrangers. Le nombre d’entreprises totalement
exportatrices est de 1370.

ig. 17-Répartition par pays des entreprises en partenariat

Fig.17- Répartition par pays des entreprises en partenariat

700 657
600
500 448
396
400
300
197 154
200
100
0
France Italie Allemagne Belgique Autres pays

Dans son volet industriel, l’accord d’association stipule que « les


produits industriels originaires des deux parties sont
réciproquement admis à l’importation en exemption de droit de
douane et taxes d’effet équivalent et sans restriction quantitative
ni mesure d’effet équivalent ». Comme l’industrie tunisienne, à
l’instar des autres secteurs, a évolué dans un environnement

©IACE 131
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
fortement protégé ; l’impact attendu de l’ouverture sera donc
différencié en fonction des caractéristiques de chaque activité
industrielle et notamment en fonction de son taux de protection,
de son contenu en importation…

Le tableau 8 indique que le processus d’ouverture de l’économie


se consolide puisque le taux de protection effective moyen de
l’ensemble de l’économie est passé à 44% en 2003 contre 49%
en 2002 et 73% en 1997. il montre aussi une réduction de la
protection plus prononcée vis-à-vis de l’UE qu’à l’égard du reste
du monde.

Tableau 8-Protection selon l’origine des importations


Activités Union européenne Reste du monde
1997 2002 2003 2002 2003
(1) (2 (3) (1 (2 (3) (1 (2 (3) (1 (2 (3) (1 (2 (3)
) ) ) ) ) ) ) ) )
Agriculture 13 6 17 9 4 12 8 4 11 9 5 11 8 4 10
et pêche 6 6 1 8 8 0 9 1 0 8 3 8 9 5 8
Industrie 48 3 94 3 2 57 2 2 49 4 2 92 4 2 87
manufacturi 4 3 2 9 0 5 8 2 6
ère
IAA 88 9 41 8 6 70 7 6 61 8 7 63 7 7 51
7 1 9 2 3 2 4 3 6
MCCV 36 9 14 2 5 70 1 5 53 4 8 18 3 7 17
6 2 9 0 2 9 9
IME 30 1 14 1 6 43 1 5 66 3 1 10 3 1 10
4 3 8 4 1 2 4 0 2 4
CHIMIE 27 1 13 1 3 55 1 3 37 2 9 10 2 9 87
0 4 5 3 4 1 4
THC 48 3 10 2 1 59 2 1 46 4 2 88 3 2 90
2 6 6 6 2 4 0 7 9 4
ID 34 1 88 2 7 41 1 6 31 3 1 85 3 9 79
0 0 5 3 0 0
Ensemble 49 3 73 3 2 49 3 2 44 4 2 60 3 2 54
5 5 3 1 1 3 9 9 7
Source : Ben Zaghou et Bousselmi (2003)
(1) TPN du produit ; (2) TPN des intrants ; (3) TPE valeur ajoutée

Les secteurs de l’agro-alimentaire et du THC enregistrent en


2003 les TPN les plus élevés avec respectivement 72% et 22%
(vis-à-vis de l’UE) et 73% et 39% (vis-à-vis du reste du monde).
Le passage à une économie libéralisée confronte donc
particulièrement ces deux secteurs à de nouvelles contraintes et
pose avec acuité la question de leur mise à niveau et de leur
modernisation.

©IACE 132
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Dans le but d’améliorer la compétitivité des entreprises, les
autorités tunisiennes ont mis en place en 1996- avec le soutien
de l’UE- un PMN et un programme de modernisation de
l’industrie (PMI) qui vient compléter à partir de 2003 et s’étalant
jusqu’en 2008 le PMN.

1- Le programme de mise à niveau : un bilan positif mais des


difficultés persistent

Ce programme couvre la modernisation des équipements,


l’organisation et la gestion, l’assainissement financier et la
formation. Des subventions sont prévues pour le diagnostic, les
investissements matériels et les investissements immatériels.
Ces subventions varient de 10 à 20% du coût de
l’investissement selon que celui-ci est financé par emprunt
bancaire ou par fonds propres.

Ce programme a démarré en 1996 avec 61 entreprises pour


s’étendre progressivement et concerner 200 entreprises en
20032. Sur l’ensemble de la période 1996-2003, le nombre total
de bénéficiaires a atteint 1547 entreprises (30% des entreprises
dont l’effectif est supérieur ou égal à 10)
Fig. 18- Répartition sectorielle des dossiers approuvés

Fig.18- Répartition sectorielle des dossiers approuv


és

IAA
14% ICC
ITH
7%
ICH
41%
5%
ID
IME IMCCV15%
12% 6%

Le montant total des investissements réalisés a aussi


considérablement augmenté depuis 1996. Il atteint 2531 MD
dont 315.5 MD en investissements immatériels et 23.7 MD en

2
Les chiffres qui suivent concernent la situation à fin Août 2003.

©IACE 133
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
investissements pour diagnostic. Les subventions accordées
totalisent 358.1 MD.

La répartition sectorielle des investissements de mise à niveau


montre la prédominance de l’IAA (occupant le 1er rang avec
24%) et l’ITH (occupant le 3ème rang avec 18%). Les IMCCV,
comparativement moins protégés que les deux secteurs
précédents, sont « appliquées dans la mise à niveau ».
Fig. 19- Répartition sectorielle des investissements de mise à niveau

Fig.19- Répartition sectorielle des investissements de mise


à niveau

ITH IAA
18% 24%

IME ICC
14% 4%
IMCCV ICH
19% 7%
ID
14%

Le tableau 9 récapitule l’ensemble de ces données.

Tableau 9-Répartition des investissements de mise à niveau (situation à fin


août 2003)
IAA ICC ICH ID IMC IME ITH Tota
CV l
Nombre de bénéficiaires 218 114 85 234 92 185 619 1547
Investissements en MD 595 92 189 361 488 352 455 2531
Part de l’investissement par 24 4 7 14 19 14 18 100
secteur
(en %)
Investissements immatériels 62 23 24 43 38 63 87 339.
(y compris diagnostic) en MD 2
Part de l’investissement 10 25 13 12 8 18 19 13
immatériel
(en %)
Subvention 79 14 23 54 53 52 83 358.
1
Source : API

©IACE 134
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Ces données globales montrent particulièrement la faiblesse de
l’investissement immatériel. En Tunisie, cette part de
l’investissement immatériel n’a guère dépassée 13% sur toute la
période. A titre de comparaison avec les pays partenaires, la
part de l’investissement immatériel dans l’investissement total
atteint 34.2% en France, 37% en Allemagne et 27% en Italie.

Pourtant, selon les résultats de l’enquête de mai 2003,


l’investissement immatériel est reconnu comme étant très
important pour la compétitivité de la part des chefs d’entreprises
(97.4%). Pour 88.6% d’entre eux, l’investissement immatériel est
également un facteur prioritaire pour le développement du tissu
industriel. Selon la même enquête, les difficultés au niveau des
investissements immatériels tiennent à leur coût élevé pour
l’entreprise, à la difficulté de trouver des experts…
Fig. 20-Difficultés au niveau des investissements immatériels
Fig.20- Difficultés au niveau des investissements immatériels

Trop coûteux pour l'entreprise 50,6


Difficulté de trouver les experts adé quats 41,6

Manque de personnel pour traiter le dossier 32,5

Manque de temps pour s'en occuper 22,6

0 10 20 30 40 50 60

Cette insuffisance de l’investissement immatériel soulève une


sérieuse limite du PMN. Elle signifie que le PMN n’a pas favorisé
l’émergence d’un paradigme technologique basé sur le savoir et
l’innovation. Or, ces deux facteurs sont déterminants pour la
construction d’avantages qui ne sauraient être donnés une fois
pour toutes dans un monde en mutation rapide.

L’examen à un niveau plus fin permet aussi de mettre en


évidence d’autres caractéristiques tout aussi importantes du
PMN :

©IACE 135
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
1- le déroulement des plans d’investissement montre qu’une
entreprise sur dix trouve des difficultés à démarrer son
PMN, quatre voire cinq ans après son adhésion. Ces
retards sont attribués à des problèmes d’organisation
interne des entreprises et surtout à des problèmes de
financement. Même si la quasi-totalité des entreprises
ayant adhéré au PMN sont sous-capitalisées, très peu ont
effectivement augmenté leurs fonds propres ce qui fait,
que seule une modeste fraction de la dotation de 20% a
été réellement décaissée par l’Etat. En fait, la résolution
de ce problème passe par une exigence de plus de
transparence de la part des entreprises tunisiennes ;

2- les entreprises ne se comportent pas de la même façon à


l’égard du PMN. Un pourcentage relativement important
du nombre d’entreprises des secteurs de l’industrie
chimique (27.4%) et des industries du cuir et de la
chaussure (24.1%) n’ont pas encore entamé leurs PMN.
Les secteurs des IAA, des matériaux de construction et
du textile enregistrent les taux de bouclage les plus
élevés ;

Tableau 10-Taux de réalisation par secteurs


Non encore En cours de Achevé Total
entamé réalisation
IAA 5.10 44.04 50.86 100
MCCV 11.09 43.69 45.23 100
IME 10.11 70.80 19.10 100
IC 27.40 34.77 37.82 100
ITH 13.88 44.01 42.11 100
ICC 24.07 72.90 3.03 100
ID 10.39 52.63 36.97 100
Source : ministère de l’industrie et de l’énergie, Bureau de mise à niveau

3- -les entreprises de grandes tailles se montrent aussi les


plus impliquées dans les plans d’investissement. Le
pourcentage des plans qui sont conduits à leur terme
augmente avec la taille de l’entreprise :

©IACE 136
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Tableau 11- Taux de réalisation par taille
Tranche Non encore En cours de Achevé Total
d’effectif entamé réalisation
1-49 14.77 60.26 24.96 100
50-99 9.17 53.67 37.16 100
100 et plus 13.11 44.84 42.05 100
Source : ministère de l’industrie et de l’énergie, Bureau de mise à niveau

Pour résumer, la typologie des entreprises qui se dégage est la


suivante :

1- les entreprises actives dans la mise à niveau, de grandes


tailles, opérant dans le secteur des industries mécaniques
et électriques
2- les entreprises passives dans la mise à niveau,
entreprises totalement exportatrices, généralement des
sous-traitants dans le secteur du textile et du cuir et de la
chaussure ;
3- les entreprises nouvellement copilées, entreprises de
petites tailles ;
4- les entreprises appliquées dans la mise à niveau,
entreprises partiellement exportatrices mais plus
orientées vers le marché local, opérant dans le secteur de
l’agro-alimentaire, de la chimie, des matériaux de
construction et les industries diverses

Les performances suivantes des entreprises suivantes méritent


d’être soulignées :

1- au cours de la période 1997-2001, le chiffre d’affaires des


entreprises « copilées » a augmenté à un rythme annuel
de 11% ;
2- le taux de croissance annuel moyen du chiffre d’affaire à
l’exportation atteint environ 16% ;
3- l’évolution de l’emploi se caractérise par un taux de
croissance annuel moyen du nombre de cadres de
11.6%.

©IACE 137
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

2- Le programme de modernisation de l’industrie

L’effort des pouvoirs publics se poursuit avec le nouveau


programme de modernisation de l’industrie qui bénéficie de
l’appui financier de l’UE. Avec un budget de 50 millions d’euros,
le PMI vise le développement intégré et la modernisation du
secteur privé tunisien, en particulier des entreprises en création
et des petites et moyennes entreprises existantes qui forment
l’essentiel (92%) de notre tissu industriel. Ce programme couvre
tous les secteurs industriels de l’économie ainsi que les services
connexes.

Le PMI s’étale sur la période 2003-2008 et comporte quatre


composantes.

(i)- La composante développement par l’innovation

Elle cherche à apporter une réponse aux problèmes de la


compétitivité des entreprises industrielles et des sociétés de
services en jetant les bases d’un système favorisant l’innovation
dans son acceptation la plus large. Les principales activités du
programme d’action de cette composante s’articulent autour du
soutien des entreprises, la mise à niveau des entreprises, l’appui
des structures de liaison avec les industriels et le renforcement
des liens entre la recherche et l’industrie.

(ii)- La composante Qualité -Métrologie-Normalisation

Les accords de reconnaissance mutuelle dans le domaine de


l’évaluation de la conformité s’avèrent inévitables pour le
développement des échanges et surtout la promotion de
l’exportation des produits tunisiens ainsi que la facilitation des
procédures y afférentes.

Des dysfonctionnements sont cependant constatés à plusieurs


niveaux et certaines composantes du système d’attestation de
conformité et de l’infrastructure qualité tardent à devenir
parfaitement opérationnelles et cohérentes. Afin de remédier à
©IACE 138
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
ces insuffisances, le PMI préconise dans la composante QMN
des actions d’assistance, de formation, d’adaptation de la
réglementation et des structures concernées, de modernisation
des méthodes de travail et des procédures ainsi que de
l’acquisition d’équipements nécessaires au développement des
différentes activités. Cette composante comporte aussi des
actions profitant aux entreprises industrielles et de services par
la sensibilisation, la formation et l’assistance a la maîtrise des
différents outils et techniques de qualité.

(iii)- La composante propriété industrielle

Avec l’avènement des accords de l’OMC et plus particulièrement


l’accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui
touchent au commerce (ADPIC), la propriété industrielle acquiert
une importance de plus en plus accrue.

Le système actuel de propriété industrielle en Tunisie a besoin


d’être développé davantage. En effet, les droits de propriété
industrielle ne sont pas suffisamment protégés dans la pratique
et la notion de propriété industrielle mérite davantage de
divulgation et de sensibilisation.

Il est important de souligner à ce niveau l’importance de


l’information économique et financière concernant les
entreprises. Cet aspect est prévu par cette composante du PMI
à travers la modernisation du réseau du registre du commerce
qui n’est pas pour le moment structuré.

(iv)- La composante financement

Un des problèmes majeurs de l’entreprise tunisienne demeure le


financement. Les actions de cette composante visent
l’amélioration de l’accès des PME aux différentes sources de
financement à des conditions adéquates, notamment par l’appui
du nouveau mécanisme de garantie de financement aux PME, la
mise en place d’un système d’information adéquat et actualisé
sur les différents moyens de financement existants ainsi qu’au

©IACE 139
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
travers la formation et la sensibilisation des organismes
financiers quant à la spécificité des PME.

Le PMI, en accordant une place majeure à l’innovation, devrait


pallier les insuffisances du PMN. Il serait, de ce point de vue, un
vecteur de promotion de la croissance des secteurs à hautes
qualifications.

Conclusions et recommandations

Il existe aujourd’hui un consensus sur un ensemble de


considérations relatives à l’économie tunisienne. De manière
précise :

1- la croissance de l’économie tunisienne est stable. Cette


stabilité est le résultat de politiques macroéconomiques
saines ;
2- la Tunisie est exposée aux chocs externes car c’est un
pays extraverti ;
3- la signature de l’accord d’association ne manquera pas
d’exacerber la concurrence sur le territoire national ;
4- la mise à niveau des entreprises et de l’environnement est
impérative.

Peut-on à ce jour parler de réussite du PMN ? Ce programme


permettra t-il à l’industrie tunisienne de supporter le choc de
l’ouverture ?

En dépit des difficultés déjà soulevées, le PMN a eu le mérite


d’inculquer aux chefs d’entreprise une nouvelle culture axée sur
la compétitivité et la nécessité de s’aligner sur les standards
internationaux. Selon les résultats de l’enquête, le PMN a
apporté pour 55.1% des entreprises bénéficiaires un
changement radical. Le PMN a aussi permis d’améliorer les
performances (en termes d’exportation, de création d’emplois…)
des entreprises.

©IACE 140
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Il demeure insuffisant pour relever les défis de l’ouverture pour
une raison essentielle : la place accordée à l’innovation reste
marginale ; ce que le PMI compte justement combler.

Les recommandations suivantes méritent donc d’être formulées :

1- au niveau macroéconomique, il faudrait particulièrement


veiller à l’amélioration de la qualité des institutions
soutenant l’activité des entreprises ;

2- au niveau sectoriel :

- le développement du partenariat surtout dans les


domaines de la RD qui devient le fer de lance de
l’industrie dans le cadre actuel ;
- l’investissement dans l’innovation ou l’économie
immatérielle pour tirer profit des activités de réseaux ;

3- au niveau des entreprises :

- le renforcement des fonds propres en jouant la


transparence.

©IACE 141
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Bibliographie

Banque Centrale de Tunisie, Rapports annuels, divers numéros

Banque Mondiale (2003), Doing Business in 2004

Banque Mondiale(2000), actualisation de l’évaluation du secteur


privé, relever le défi de la mondialisation, Vol II, Rapport # 201

Ben Zaghou. S et Bousselmi.N (2003), « ouverture et


implications surl’économie » ; Communication au séminaire
Compétitivité et ouverture économique : enjeux et défis ; IEQ,
23-24 octobre

Fémise (2002), Rapport sur le partenariat euro-méditerranéen

IACE (2003), Perspectives économiques

IEQ (1996), « l’entrepreneur face à l’ouverture : résultats d’une


enquête », IEQ/AFB/960708

Khlifi. H (2003), « la compétitivité de l’économie tunisienne »,


Communication au séminaire Compétitivité et ouverture
économique : enjeux et défis ; IEQ, 23-24 octobre

Lahouel. M H et Marouani. A (2003), « les accords euro-


méditerranéens : les enseignements du cas tunisien »,
Séminaire Emma-Rinos Paris 26-27 mai 21 2003

Ministère de l’industrie, Bureau de la mise à niveau (2003),


Résultats de l’enquête annuelle »

©IACE 142
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Deuxième Session

LE PARTENARIAT ET LE
CODEVELOPPEMENT
EURO-MEDITERRANEEN

©IACE 143
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

Allocution de Monsieur Mondher ZENAIDI


Ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme

©IACE 144
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Honorables invités,

Il m’est agréable d’être aujourd’hui parmi vous, et je


voulais vous dire tout le plaisir que j’ai eu d’assister à ce débat
sur un sujet dont tout le monde convient qu’il est d’un intérêt
hautement stratégique, non seulement pour la Tunisie et son
tissu économique, mais également pour toute la zone
méditerranéenne.
J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt les contributions des différents
orateurs, et bien qu’ils soient originaires de deux rives de la
Méditerranée qui se font face, leurs conclusions convergent vers
la création d’une zone ou d’un espace Euro Méditerranéen de
co-développement.

Notre Méditerranée a été depuis la plus haute antiquité un


foyer de civilisations, comme elle a été un espace d’échanges de
toutes sortes. En 1995, l’Europe et les pays méditerranéens
avaient décidé de faire retrouver à cet espace une vocation de
facteur de développement. Ce fut la déclaration de Barcelone. Il
s’agissait de faire du bassin méditerranéen, un havre de paix et
de sécurité et de coopération, fondé sur une communauté
d’intérêts et un partenariat mutuellement avantageux. Autant de
valeurs sur lesquelles son Excellence le Président Zine El
Abidine Ben Ali fonde son action.

Les analyses que j’ai suivies avec attention, attestent de


la pertinence des choix opérés par la Tunisie, pays pleinement
engagé dans la mondialisation, membre fondateur de l’OMC,
premier pays du sud de la Méditerranée à avoir conclu un accord
de partenariat et de libre- échange avec l’Union Européenne,
mais aussi pays lié avec d’autres pays et autres ensembles par
différents accords de libre-échange.

©IACE 145
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Les indicateurs macro économiques montrent qu’ au
cours des dernières années, les accords d’association, malgré
les avantages accordés et malgré le fait qu’il y ait eu un
avancement notable en matière de démantèlement tarifaire,
l’accord d’association ne semble pas avoir altéré le
développement économique de la Tunisie, bien au contraire. Le
taux de croissance du PIB est l’un des plus stables et des plus
élevés de la région MENA. Le cadre macro économique est
stable et les notations et classements l’attestent. La
diversification de la structure producti ve permet aussi à
l’économie tunisienne de résister aux chocs externes. Les
exportations, principalement vers l’Union Européenne, ont
continué d’être un moteur important de l’activité économique, le
secteur touristique contribuant fortement, malgré les aléas de la
conjoncture mondiale, à la croissance des services et
s’inscrivant pour environ 30% des recettes des exportations.

La bonne tenue de l’économie tunisienne ne doit pas


cependant nous faire oublier que des axes d’améliorations
mérite une attention particulière, et je pense que ces axes, peut
être, sans grands changements, aux autres pays sud
méditerranéens. Le taux d’investissements privés dans
l’investissement total, relativement faibles comparativement à
d’autres pays en 1997, ne s’est pas particulièrement amélioré
depuis la signature de l’accord d’association. Malgré les efforts
entrepris dans le cadre de différents programmes de
modernisation et de restructuration industrielle, les exportations
tunisiennes demeurent à fort contenu de bien intermédiaires
importés, alors que les importations de biens de consommation
deviennent de plus en plus sensibles à la demande intérieure, du
fait de la libéralisation commerciale. Les exportations
tunisiennes, si elles ont connu un développement appréciable au
cours des années passées, sont encore fortement concentrées
sur quelques secteurs, d’autant plus que certains de ces
secteurs, comme cela est connu, le textile notamment, seront
exposés à des dangers nouveaux : fin de l’accord multifibres,
concurrence accrue des pays de l’Europe de l’est, de même que
peut-être les exportations sont trop focalisées sur certains pays,
4 ou 5 cinq pour le cas de la Tunisie : France, Allemagne, Italie,
Espagne. Les exportateurs tunisiens sont encore trop largement
©IACE 146
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
dans une position de sous-traitant vis-à-vis de donneurs d’ordre
étrangers. Le passage d’une position de sous-traitant à une
position de partenaires des distributeurs des pays importateurs
constitue un des grands enjeux des filières. Dans le cas de la
libéralisation du commerce prévu dans les accords commerciaux
conclus, les moyens traditionnels de protection auxquels la
Tunisie pouvait avoir recours, droits de douanes, contingents,
barrières non tarifaires vont disparaître ou être très strictement
réglementés.

Depuis quelques années, la Tunisie a mis en place un


système de protection de son marché intérieur, bien sûr contre le
dumping et les pratiques déloyales à l’importation, mais aussi
contre les importations qui portent préjudice à son industrie
nationale. Ce système ne peut, toutefois, être performant sans
une adhésion et une coopération exemplaire des organisations
professionnelles ainsi que d’une parfaite maîtrise des systèmes
d’information.

Le commerce électronique dans sa composante B to B,


tend à devenir le mode d’approvisionnement courant des
centrales d’achat internationales et des grandes entreprises
mondiales.

Les entreprises tunisiennes se doivent rapidement


d’intégrer l’économie immatérielle et d’en maîtriser les coûts. Les
entreprises tunisiennes n’ont souvent pas la taille adéquate leur
permettant d’attaquer individuellement les marchés
d’exportations et de réaliser seuls les investissements importants
qu’exigent une telle démarche. Il est donc urgent que des
regroupements d’entreprises à l’exportation se multiplient. Enfin,
l’administration tunisienne est elle-même appelée à multiplier les
efforts devant lui permettre d’appréhender les problèmes
d’insertion dans le marché mondial dans leur globalité et d’y
apporter les solutions novatrices qui s’imposent.

Mesdames et Messieurs, les défis auxquels sera


confronté l’économie tunisienne dans les prochaines années ne
sont pas négligeables. Les effets du démantèlement tarifaire sur

©IACE 147
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
le marché intérieur, se feront de plus en plus sentir, la fin de
l’accord multifibres et la concurrence accrue sur le marché
européen du fait de l’élargissement ne sera pas pour faciliter les
choses sur les marchés extérieurs. Toutefois, pour les
entreprises qui sauront s’y préparer, il y a une possibilité très
importante du fait de l’élargissement, d’accéder aujourd’hui, à un
marché de 400 millions d’habitants, à très forts niveaux de
revenus. Bien sûr la concurrence sera très rude, y compris dans
les marchés traditionnels, mais la force des entreprises dans ce
cas, sera la connaissance des cultures et des pratiques de ces
marchés qui sont appelés à se développer à un rythme très
soutenu. La Tunisie dispose sur le marché de l’Union
Européenne, de plusieurs atouts : sa proximité géographique et
culturelle, sa stabilité et la sécurité qu’elle offre aux personnes et
aux investissements étrangers, son image positive en Europe
liée notamment à sa modernité et à l’ampleur des réformes qui
ont été réalisées, aux acquis réalisés dans tous les domaines
politique, économique et social, et aussi à son attrait touristique.
Elle peut également bénéficier des choix géostratégiques visant
à établir un partenariat stable, une intégration au marché
intérieur avec les pays du pourtour méditerranéen, la
restructuration de son industrie notamment à travers le
programme de mise à niveau.

Afin de répondre de façon concrète à ces nouveaux défis


et de réaliser les objectifs de croissance des exportations arrêtés
par le Conseil Supérieur de l’Exportation et de l’Investissement,
la Tunisie a mis en place, en collaboration avec la Banque
mondiale en 2000, un programme de développement des
exportations comprenant trois composantes : actions au marché
extérieur, préfinancement des exportations et facilitation du
commerce. La réalisation des composantes de ce programme au
cours des dernières années a permi d’impulser un nouveau
comportement auprès des différents acteurs, exportateurs,
conseillers en exportations, institutions d’appuis, douanes, ainsi
que l’éclosion d’un véritable secteur de conseil à l’exportation, un
conseil de la mise à niveau.

Ainsi, la réussite des fonds à frais partagés FAMEX


auprès des entreprises tunisiennes dénote d’un comportement
©IACE 148
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
plus volontariste ainsi que d’une collaboration proactive privé-
public. Le projet « Tradenet » a permis qua nt à lui de gagner en
productivité et en baisse des coûts de transactions en plus des
gains attendus en matière de maîtrise des technologies et des
réseaux.

Les évaluations à mi parcours du projet de


développement des exportations, montrent qu’il est en train
d’atteindre les objectifs qui lui ont été assignés. Les résultats
préliminaires de la composante fonds d’accès ont montré que
45% des entreprises ayant réalisé leurs plans sont de nouveaux
exportateurs. L’efficacité des subventions accordées aux
entreprises a permis de développer de manière notable les
exportations additionnelles.

Par ailleurs, la composante facilitation a permis de réduire


le délai de flow des documents de 8 jours il y a quelques années
à près de 3 jours actuellement.

Conformément aux instructions du Président de la


République, nous avons prolongé la durée du programme en
vue de faire bénéficier un plus grand nombre d’entreprises.
Parallèlement, le gouvernement est en train de préparer avec la
collaboration de la Banque Mondiale, un deuxième programme
PDE. Un FAMEX 2, qui sera une des composantes particulières
de ce PDE 2, permettra et apportera un soutien aux entreprises
pour qu’elles deviennent exportatrices ou qu’elles diversifient
leurs marchés d’exportation, tout en les encourageant à nouer
des partenariats stratégiques.
Ce deuxième projet aura également pour objectif l’élimination
des barrières douanières ou des barrières subsistantes devant la
concurrence en matière de biens et de services, l’amélioration
de l’efficacité des services d’appui au commerce et des
dispositifs d’appui aux exportations et au commerce
électronique. Il est attendu également, une amélioration des
procédures pour la facilitation du commerce, à travers la
promotion du gouvernement. La réalisation du PDE 2 devra en
outre améliorer la compétitivité des entreprises privées, renforcer
l’intégration publique – privée pour la gestion et la promotion du

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
commerce intérieur et extérieur à travers une meilleure maîtrise
de la chaîne d’approvisionnement.

Mesdames et Messieurs, Honorables invités, le processus


d’élargissement de l’Union Européenne à de nouveaux Etats
membres, comme cela a été déjà évoqué, présente
incontestablement des opportunités mais comporte également
beaucoup de défis pour les pays méditerranéens. Le Président
Ben Ali avait souhaité lors du sommet 5+5 que les partenaires
européens apportent leurs soutien pour l’établissement et le
renforcement des relations de coopération et de rapprochement
dans le cadre d’une politique de l’Union Européenne équilibrée
entre européens, partenaires du sud et partenaires de l’est.
L’élargissement de l’Union Européenne entraînera des
changements substantiels dans son environnement immédiat,
notamment dans des régions tel que le Maghreb, où l’Union
Européenne a des liens étroits dans bien des domaines. Effets
sur la structure des échanges et des investissements qui
toucheraient des secteurs tels les industries mécaniques,
électriques, de textile habillement, les services qui sont des
secteurs essentiels pour les économies. Il est déjà incontestable
que les flux de capitaux étrangers, particulièrement européens,
vers les pays méditerranéens restent à la fois peu importants par
rapport à des conditions économiques, et insuffisants aux
regards des besoins de notre économie. En 1991, les flux à
destination des pays accédants, dépassaient de loin les flux à
destination des pays méditerranéens bien que des cadres
d’investissement étrangers aient été largement revus dans tous
les pays méditerranéens et que d’importantes réformes aient été
réalisées. L’analyse des flux commerciaux de l’Union
Européenne avec certains pays accédants, montre qu’ils ont
adopté le même schéma de spécialisation que celui des pays de
la Méditerranée, basé sur l’utilisation d’une main d’œuvre
accessible, bon marché et s’adressant aux mêmes secteurs
d’activité, et que l’effet de l élargissement est en toute honnêteté,
loin d’être consommé : concurrence actuelle importante sur le
secteur du textile mais également concurrence sur un nouveau
secteur porteur pour les économies de nos pays, à savoir le
secteur de l’industrie mécanique et électronique.

©IACE 150
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
La nouvelle politique de voisinage proposée par l’Union
Européenne, à laquelle la Tunisie adhère, apportera
certainement des réponses aux préoccupations des pays
partenaires désireux d’une plus grande intégration économique
dans l’espace Euro Méditerranéen. Nous l’avons accueillie
favorablement puisqu’il s’agit de favoriser l’adoption de l’acquis
communautaire et l’intégration au marché intérieur européen
grâce à la libéralisation de la circulation des biens, des services,
des capitaux et des personnes, avec la mise en place également
de systèmes d’appuis financiers adéquats aux pays du pourtour
méditerranéen. Cette politique ne pourrait toutefois, atteindre
pleinement ces objectifs que si certaines conditions sont
réunies : nécessiter que le développement soit l’aspect dominant
de cette politique, que cette politique soit également globale,
qu’elle ne concerne pas uniquement les biens mais aussi les
autres libertés, que l’appui européen soit substantiel avec la
création d’instruments d’appuis et d’un apport financier qui
permet d’accompagner les réformes, ô combien importantes, qui
devront être réalisées dans le cadre de la politique de voisinage
par plus de 21 chantiers de convergences, une augmentation
nécessaire et conséquente des investissement européens.

Bien entendu, nous nous félicitons de la mise en place de


la FEMI depuis 2003, mais nous considérons que cela reste
insuffisant et nous appelons à la mise en place d’une banque
euro méditerranéenne qui favorisera davantage le partenariat
entre le nord et le sud de la méditerranée, tout comme nous
nous félicitons également de l’appel pour la création d’un forum
des homes des affaires 5+5 qui a été discuté et convenu lors du
dernier sommet qui s’est tenu à Tunis.

Mesdames et Messieurs, la Tunisie a toujours soutenu


l’intégration économique sous régionale, en premier lieu à
l’échelle de l’UMA et elle participe activement à l’intégration
économique arabe à l’échelle arabo méditerranéenne. Dans ce
contexte, notre pays œuvre pour la mise en place d’une zone de
libre-échange maghrébine depuis la déclaration de Tunis en
1994, une déclaration qui traduit l’ampleur et la qualité des liens
qui unissent les pays maghrébins. La reprise des activités à

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
l’échelle des structures de l’UMA, de mon point de vue, a donné
une nouvelle dynamique aux négociations dans ce domaine, ce
qui va renforcer les initiatives déjà entreprises au niveau bilatéral
entre l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie. Ce
processus d’intégration économique, à l’instar du processus
d’Agadir qui réunit les pays arabes de la Méditerranée, la
Jordanie, L’Egypte, le Maroc et la Tunisie, permettra sans doute
de donner un nouvel élan aux échanges économiques dans la
région.

Par ailleurs, les travaux en cours, issus de la conférence


Euro Méditerranéenne des Ministres du Commerce sur les
règles d’origine, sur la libéralisation des services, vont
certainement contribuer à la consolidation et à l’élargissement de
l’intégration régionale et sous régionale. Le sommet des Chefs
d’Etats et de Gouvernements des pays membres du processus
5+5 tenu les 5 et 6 Décembre 2003 à Tunis, a également permis
d’approfondir l’examen des préoccupations communes et
d’identifier les moyens d’y remédier dans un contexte de
coopération et de solidarité, de telle sorte que puissent s’ouvrir
de nouvelles perspectives pour une coopération plus large entre
l’Union Européenne et l’UMA.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, en


conclusion, je voudrais tout d’abord remercier les organisateurs,
les conférenciers, les participants pour leur attention, pour
m’avoir donné cette occasion de profiter de ce débat et de
m’adresser à vous, et je voudrais conclure mon intervention par
une citation de son Excellence le Président de la République :
« Il est nécessaire de prendre en compte les situations dans les
pays maghrébins et l’inégalité dans le niveau de développement
entre ces derniers et les pays de la rive nord, afin de prévenir
toute conséquence négative que ces déséquilibres pourraient
générer ».

Je vous remercie de votre attention.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Monsieur Faycel DERBAL


Commissaire aux Comptes
Membre du Comité directeur de l’I.A.C.E.

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président,
Honorables invités,
Chers consœurs et confrères,
Mesdames et Messieurs,

Partenariat et co-développement Euro Méditerranéen, tel


est le thème de cette deuxième séance des Journées de
l'Entreprise de l’I.A.C.E. dans leurs 18ème session. Les relations
Euro Méditerranéennes remontent à plusieurs siècles. Le savant
Ibn Khaldoun n’a-t-il pas présenté à ce sujet dans sa
moukadima : « l’Ibérie en Europe, les berbères en Afrique, outre
leurs dénominations voisines, ont une histoire commune, et ce
depuis les temps les plus anciens ». Ces relations se sont
caractérisées par la succession de plusieurs modèles qui ont
évolué à des rythmes plus ou moins accélérés en fonction des
civilisations et des circonstances. Le constat marquant cette
relation, et autour duquel un consensus s’est véritablement
dégagé, considère que la sécurité e la prospérité de l’Union
Européenne et des autres pays du bassin méditerranéen sont
étroitement et intimement liés. Ce constat a conduit l’Union
Européenne à intensifier sa présence dans la rive sud de la
Méditerranée, en s’engageant dans un processus d’accords
d’associations débouchant sur l’instauration d’une zone de libre-
échange.

La première pierre de ce processus fut posée il y a huit


ans, plus précisément en Novembre 1995, lorsque les 27
Ministres des Affaires Etrangères des pays partenaires avaient
adopté à Barcelone, une déclaration portant le nom de cette ville
et prévoyant la signature d’accords d’association bilatéraux entre
l’Union Européenne et les autres pays méditerranéens. Ces
accords devraient aboutir à terme sur la création d’une zone de
libre- échange entre l’espace Européen d’un côté et chacun de
ces pays d’un autre côté.

Dans son volet économique, le partenariat repose sur la


trilogie libre-échange, transition économique et investissements
privés. De cette trilogie, il est possible de dégager trois objectifs
©IACE 154
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
essentiels fixés par l’Union Européenne à travers ce partenariat.
Tout d’abord, la réduction des clivages et écarts qui ne cessent
de s’accentuer entre et avec les pays de la rive sud, en
favorisant la croissance équilibrée et durable dans ces pays. Ces
écarts apparaissent aussi bien au niveau des pays de la rive sud
entre eux, qu’entre l’ensemble de ces pays et ceux de l’Union
Européenne. Au premier, nous citons, par exemple, les niveaux
du PIB par habitant. Cet agrégat représente pour un pays quatre
fois et demi celui d’un autre pays de la même rive.

Sur un autre plan, la disparité du classement sur l’échelle du


développement humain du PNUD est très importante. Elle va du
61ème rang pour un pays au 152ème rang pour un autre pays.
Alors que pour les pays de l’Europe, on relève une certaine
homogénéité puisque le Luxembourg, l’Autriche, le Danemark, la
France, l’Allemagne et l’Espagne occupent respectivement les
14ème, 15ème , 16ème , 17ème , 18ème et 19ème place.

Le deuxième objectif fixé par l’Union Européenne est la


maîtrise des problèmes et des tensions nés des flux migratoires
à partir des pays de la rive sud, en favorisant la stabilité sociale
et politique dans ces pays. Ces phénomènes risquent de
s’accentuer durant les dix prochaines années, puisque durant
cette période, la croissance de la population des pays de la rive
sud se maintiendra à un taux de 2,8% par an nécessitant environ
40 millions d’emplois nouveaux à créer.

Enfin, et c’est le troisième objectif, le renforcement d’une


coopération globale entre les deux rives, qui serait réellement
bénéfique aux économies respectives de ces pays.

A travers ces objectifs, nous pouvons déduire ce qui suit :


les ambitions sont prometteuses et engageantes, et traduisent
une grande volonté pour réduire le fossé. Les moyens engagés
et notamment les fonds investis sont également importants. Des
milliers de millions d’Euros sont investis sous diverses formes
par l’Union Européenne. Pour ne citer que les fonds MEDA qui
seront mobilisés durant la décennie 1996 – 2006 et qui se

©IACE 155
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
montent à 20 milliards d’Euros, nous déduisons l’importance des
moyens mis en œuvre.

Réciproquement et parallèlement à cette importance, les


enjeux sont de taille et les défis sont nombreux. Les risques
dérapages ne sont pas totalement exclus et les craintes d’une
aggravation des déséquilibres entre les rives sud et nord ne sont
pas du tout dissipées.

De ces éléments résultent deux principaux courants qui


traduisent deux attitudes antagonistes largement développées
dans une littérature dense et abondante. Même s’il est vrai qu’il
existe une quasi unanimité favorable au partenariat Euro
Méditerranéenne, il n’en demeure pas moins vrai que certains
sont encore sceptiques quant à ce partenariat. Ces derniers
estiment, peut être avec une attitude pessimiste ou peu
objective, que la Méditerranée de Barcelone est un véritable
piège. Ce partenariat ne risque-t-il pas de favoriser les
entreprises européennes qui profiteraient en particulier de
l’ouverture des frontières et de la suppression des obstacles aux
échanges commerciaux. Les entreprises de la rive sud ne
pourront pas prétendre à une réciprocité, leurs exportations
subiront un véritable effet de ciseau sur le marché européen
entre les pays de l’est européen et ceux de l’Asie.

Quant au courant favorable, il estime tout d’abord que loin


d’être un mal indispensable, le partenariat est nécessaire pour
l’Europe qui ne saurait maintenir sa prospérité sans celle de ses
voisins méditerranéens, et inévitable pour ses voisins pour
pouvoir s’aligner sur les standards internationaux et améliorer le
niveau de vie très en-deçà de celui des pays développés, là où
le nombre de voitures dépasse celui des enfants à charge par
tête d’habitant.

Le partenariat Euro Méditerranéen devrait être synonyme


de co-appartenance, co-développement et bon voisinage,
pouvant ainsi offrir de nouvelles opportunités aux pays
méditerranéens. Quelles sont ces opportunités ? Je me
référerais à la conférence de Monsieur Mondher Zenaidi,
Ministre du Tourisme du Commerce et de l’Artisanat, présenté
©IACE 156
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
au 15ème symposium international du RCD. Les opportunités sont
au moins de trois ordres : tout d’abord l’exportation de biens et
services à destination de nouveaux pays membres, ensuite la
possibilité d’attirer les investissements étrangers en provenance
des pays de l’Union Européenne qui ont des traditions dans le
domaine des investissements extérieurs, et enfin l’accroissement
des flux touristiques en provenance des pays de l’Europe
centrale en raison de l’amélioration du niveau de vie dans ces
pays.

Ces opportunités impliquent un processus d’arrimage des


économies des pays de la rive sud à l’espace européen qui
constituera un important facteur d’entraînement du
développement économique et social. En revanche et pour y
arriver, de grands défis sont à relever et plusieurs contraintes
sont à dépasser pour réussir le pari de l’ouverture consécutif à la
zone de libre-échange. Le premier pari suppose une croissance,
une amélioration plus substantielle du volume des échanges
commerciaux entre les pays du Maghreb, ces derniers se situant
actuellement à une moyenne inférieure à 5%. Ce niveau est très
pénalisant et fait supporter à l’ensemble des pays concernés un
coût qu’on pourrait qualifier de non Maghreb. Ceci résulte entre
autres, d’un partenariat très sincèrement déséquilibré entre une
entité robustement construite et unifiée qui est l’Europe et des
pays isolés.

Ce pari suppose aussi compétitivité, productivité, qualité


et capacité d’innovation et d’adaptation technologique. Ces
facteurs seront les maîtres mots de la pérennité des entreprises.
Ils impliqueront nécessairement des adaptations et des
restructurations indispensables aux structures industrielles et
des programmes de mise à niveau de grandes envergures ainsi
que des mobilisations de fonds importantes et un appel encore
plus insistants aux IDE.

Le partenariat doit tout d’abord, prendre en considération


l’élargissement de l’Union Européenne aux PECO déjà
privilégiés et largement bonifiés. Ensuite la zone de libre

©IACE 157
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
échange doit être favorable à l’industrie maghrébine et aux
échanges commerciaux, au financement extérieur et aux IDE.

Je ne saurais terminer sans rappeler les faits suivants :


tout d’abord l’accord de principe du Président Ben Ali exprimé
dans son discours d’ouverture du sommet 5+5 et concernant la
politique de voisinage que l’Union Européenne se propose
d’adopter, et notamment l’initiative de voisinage d’une Europe
élargie présentée par Monsieur le Président Prodi lors de sa
visite en Tunisie en Mars dernier, puis une assurance formulée
par le Président Chirac lors de dernière visite au Maroc en
Octobre dernier, pour que l’élargissement ne détourne pas
l’Europe et les européens de la question cruciale du
développement de la rive sud. Ces faits nous laissent espérer
avec beaucoup de confiance à une Méditerranée citoyenne,
solide, équitable, coopérative, profitable à tous et respectueuse
des droits de tous.

Je vous remercie de votre attention.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

« Libéralisation Commerciale et Zone de


libre échange »
Marouane EL ABASSI
IHEC Carthage

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

Libéralisation Commerciale et Zone de libre échange

Préambule

Les facteurs historiques, politiques et géographiques expliquent,


sans doute, la place prépondérante et privilégiée de l’UE dans le
commerce extérieur de la Tunisie. En effet, l’UE est de loin le
principal partenaire économique et commercial de la Tunisie
avec près de 80% des exportations tunisiennes 70% des
importations tunisiennes en 2002 .

Depuis le début des années soixante, la Tunisie et l’UE


cherchaient à établir une coopération globale et durable. En
1963, la Tunisie a demandé l’ouverture des négociations, en vue
de conclure des accords avec les Six3, signés, après cela, en
1969, et pour une durée de cinq années, instaurant un régime
d’échange préférentiel. En 1973, les négociations ont
recommencé entre les deux partenaires et ont été conclues par
un accord de coopération global signé en 1976. Suite à son
adhésion au GATT/OMC, la Tunisie se voyait dans l’obligation
de changer la nature des relations qui la liaient à l’UE. En fait,
les accords qui prévalaient, jusque là, étaient basés sur le
principe de non réciprocité, en d’autres termes, la Tunisie n’était
pas obligée de faire des concessions en faveur de l’UE, en
contre partie de l’accès libre au marché européen. Mais, après
avoir accepté les règles multilatérales du commerce extérieur, la
Tunisie courait le risque de voir l’UE supprimer, en toute
légitimité, les avantages qu’elle lui a accordé.

L’entrée de la Tunisie en un processus d’intégration régionale


avec l’UE était une nécessité et a débouché sur la signature d’un
accord d’association Tunisie-UE en 1995, instaurant une ZLE
dans une échéance de12 ans après son entrée en vigueur en
1998.

3
Les Six : la France, l’Allemagne, l’Italie, la Be lgique, la Hollande et le Luxembourg.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
1. Relation Tunisie-UE avant l’accord d’association

1.1 L’ accord de 1969

Convaincue que le développement économique signifie


‘’entre autre’’ l’industrialisation, la Tunisie cherchait à établir
des relations privilégiées avec l’Europe des Six, afin
d’obtenir des préférences pour ses produits manufacturés
sur le marché européen.

En mars 1969, un accord partiel d’association fut signé, pour une


durée de cinq années, entre la CEE et la Tunisie. Pour
l’essentiel, il autorisait les produits industriels tunisiens à entrer
librement sur le territoire européen. Les exportations tunisiennes
en ces produits jouissaient de l’absence de droits de douane, de
taxes d’effet équivalent et des restrictions quantitatives, sauf
exceptions (liste annexée à l’accord comprenant des produits de
l’industrie agroalimentaire, de l’industrie mécanique et
électrique et de fabrication des produits électroménagers, etc.).
En ce qui concerne les produits agricoles, certains produits,
transformés ou non (agrumes, huile d’olive, dattes, légumes,
etc.), bénéficiaient, soit d’un abattement du tarif extérieur
commun, soit d’une réduction du droit de douane. Les produits
de pêche (poissons et conserves de poissons) bénéficiaient de
contingents ouverts chaque année par produit, et assortis de
préférences tarifaires. Les produits non couverts par l’accord
étaient soumis au régime du tarif extérieur commun de la CEE.

En contrepartie de ces concessions européennes, la Tunisie a


consenti à la CEE des avantages de trois sortes :
v des préférences tarifaires pour une liste déterminée
de produits ( l’huile de graissage et lubrifiants, des
machines génératrices et transformateurs,
microphones, hauts parleurs, etc.) qui consistent en
un abattement tarifaire qui peut atteindre 50% (par
rapport aux tarifs appliqués à d’autres pays et
zones) et qui, pour certains produits, dépassaient
50%;

©IACE 161
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
v certains produits entrent en franchise sur le marché
tunisien, toutefois, selon un contingent fixe en
commun accord entre les deux parties;
v la consolidation de la libéralisation de certains
produits sans avantages ni préférences:
biens d’équipement, matières premières et des biens
de consommation de première nécessité.

Par ailleurs, un protocole additionnel fut signé en mars 1973,


avec la CEE afin d’adapter l’accord de 1969 à une CEE élargie
au Danemark et au Royaume-Uni. Cet accord a été critiqué pour
son aspect purement commercial, et la Tunisie a cherché à
l’étendre à d’autres domaines, considérés vitaux pour le pays.
Les négociations commencées en 1971, ont finalement
débouché sur l’accord de 1976.

1.2 L’accord de 1976

La mise en évidence des insuffisances de l’accord de 1969, a


conduit à entamer de nouvelles négociations avec la CEE, à
partir de 1973. Et c’est en avril 1976, que fut conclu un accord
de coopération avec la CEE dans le cadre de la politique
d’Approche Méditerranéenne Globale (AMG) adoptée par la
CEE de 1973 à 1985. L’accord était d’une durée illimitée, où la
CEE était bénéficiaire seulement de la clause de la NPF.
Par ailleurs, la coopération Tunisie-CEE que traduisait cet
accord concernait, essentiellement, un volet financier et un volet
commercial.

a-Le volet financier

Un premier protocole financier a été signé, couvrant la période


1977-1981, suivi de trois autres s’étalant sur les années 1982-
1986, 1987-1991 et 1992-1996, soit 887 million de DT pour la
période allant de 1977 à 1996. Cette Aide Publique pour le
Développement ( APD ) s’est accrue de 46,3% entre le premier
et le deuxième protocole, de 62,5% entre le deuxième et le
troisième protocole et de 102,6% entre les deux derniers
protocoles. Tenant compte du l’ampleur de l’inflation qui a
caractérisé ces périodes ( 63,2% entre 1982-86 et 48,7%
©IACE 162
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
entre 1987-91 ), il s’avère que l’accroissement de cette APD a
été relativement faible.
La partie aide non remboursable a vu, en revanche, son poids
décroître (56,8% pour le premier protocole, 43,9% pour le
deuxième, et 41,2% pour le troisième) au profit des prêts fourmis
par la BEI (banque européenne d’investissement).

b-Le volet commercial

En matière d’avantages commerciaux, l’accord de 1976 a prévu:

v pour les produits industriels, sous réserve des règles


d’origine, l’entrée en franchise douanière et sans
restrictions quantitatives des exportations tunisiennes,
exception faite de certains produits sensibles limités à des
quantités maximales, au-delà desquelles les droits de
douane appliqués à des pays tiers peuvent être rétablis.
C’est dans ce sens que, suite à la crise structurelle du
secteur textile européen de 1978, la Tunisie s’est vue
imposée, au moment de la mise en oeuvre des accords
multifibres 4, des restrictions volontaires d’exportation pour
les tissus de coton, les pantalons, les chemises et les tee-
shirts.
v pour les produits agricoles (respectant l’esprit de la
politique agricole commune européenne PAC), des
réductions tarifaires à des taux variant de 20% à 100%,
ont été accordées pour 80% à 90% de ces produits.
Cependant, tenant compte de l’existence de produits
agricoles sensibles (fruits, huile d’olive, vins, etc.), et pour
protéger les intérêts des agriculteurs européens, ces
réductions ont été assorties de mesures restrictives. Ces
mesures consistent en l’instauration de clauses de
sauvegarde, en dehors desquels les réductions ne
s’appliquent plus, et en l’imposition du respect des prix de
référence communautaires pour certains produits.

4
AMF négocié en 1974, a été prolongé pour la quatrième fois en 1991-1993. il
habilite les pays à imposer ou négocier des quotas sur les importations textiles des
PVD.

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Un protocole additionnel a été signé en mai 1987 avec la
CEE, à la suite de l’adhésion de l’Espagne, de la Grèce et
du Portugal à la communauté. A cette occasion, la CEE a
cherché à restreindre les concessions agricoles consenties
à la Tunisie, car les productions agricoles des nouveaux
adhérents européens se heurtaient à la concurrence des
produits tunisiens similaires. Néanmoins, la Tunisie a réussi
à préserver ses quotas d’huile d’olive (46000 Tonnes par
an).

c- Evaluation de l’accord de 1976

L’impact de l’accord de coopération de 1976, dans le domaine


commercial, s’est révélé positif faisant de la CEE e l principal
partenaire de la Tunisie (plus de 75% des flux commerciaux
globaux du pays). Les exportations tunisiennes en direction de la
CEE ont atteint 3741.4 million de DT en 1994, contre 175.3
million de DT en 1976. Il en va de même pour les importations,
qui sont passées de 401.3 million de DT à 4618.7 million de DT,
durant la même période. Malgré cet aspect positif, la portée de
l’accord s’est montrée insuffisante et ses résultats sont apparus
limités.
En effet, le déficit de la balance commerciale s’est aggravé vis-à-
vis de la CEE, tout en étant accompagné d’une détérioration des
termes de l’échange pour plusieurs raisons:
v L’absence de correction des asymétries de
développement économique et social, existant entre
la Tunisie et les membres de la CEE, même pris
séparément;
v Les préférences accordées à la Tunisie ont connu
une dégradation progressive en raison :
o de la mise en œuvre d’accords similaires ou
même plus avantageux envisageant, dès le
départ, l’union douanière ou la ZLE entre la
CEE et d’autres pays tiers méditerranéens
(Maroc, Algérie, Liban, Jordanie, Malte,
Chypre, Turquie, Israël);

©IACE 164
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
o l’extension du système général de
préférences (SPG) 5, à presque tous les pays
en développement, système dont les
nouveaux pays industrialisés sont avérés être
les principaux bénéficiaires;
o de la montée du protectionnisme agricole
imposé par la PAC, la contrainte des
calendriers fixés, étant sans doute le côté le
plus endommageant pour l’économie
tunisienne.

Cette détérioration des préférences témoigne des insuffisances


et faiblesses de l’accord de 1976 et des protocoles qui l’ont
prolongé. L’accord de 1976 a, certes, permis de consolider un
tissus industriel en développement notamment dans le secteur
des industries manufacturières et plus spécifiquement au niveau
de l’ITHC. Mais, il a aussi contribué au développement d’une
dichotomie off-shore / on shore difficile qui deviendrait au fil de la
libéralisation commerciale de plus en plus difficile à assumer. De
ce fait, l’accord devait nécessairement évoluer et ce,
principalement pour les raisons suivantes :

v d’une part, la formation et la multiplication des


regroupements régionaux, dont la CEE et l’ALENA
constituent les exemples les plus réussis. Il est, dès
lors, nécessaire pour la Tunisie de réussir une
stratégie d’intégration régionale qui lui permettra de
préserver les avantages préférentiels de l’accords
1976;
v d’autre part, la tendance à la mondialisation des
économies qui a conduit la Tunisie à adhérer, avec
d’autres pays, à l’OMC en vue d’une libéralisation
totale mais progressive des échanges.

5
Le SGP s’applique en matière tarifaire pour les produits manufacturés et semi-finis
(à l’exclusion des textiles régis par les AMF), et vise la suppression par les pays
développés, en faveur des PVD (sous l’égide du GATT et de la CNUCED),des droits
de douanes, avec des plafonds à respecter.

©IACE 165
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
2. Accord d’association Tunisie –UE

La Tunisie a signé, le 17 juillet 1995, un accord d’association


avec l’UE 6, qui est entré en vigueur dès le 1er janvier 1996, puis
officiellement le 1er mars 1998. Ce nouvel accord a été établi
pour remplacer l’accord de coopération de 1976 et les protocoles
financiers successifs.
Il a été conclu, pour une durée illimitée, entre l’UE et chacun des
pays membres d’une part, et la Tunisie, d’autre part. Il s’inscrit,
de ce fait, dans le cadre de la nouvelle coopération Euro-
Méditerranéenne initiée à Barcelone.

2.1 Aperçu général

L’accord d’association Tunisie -UE comprend quatre volets


d’importance inégale:
v un premier volet, objet du premier titre de l’accord,
envisageant un dialogue politique régulier entre les
deux parties, et focalisé sur les questions
internationales présentant un intérêt mutuel, et sur
les conditions garantissant la paix, la sécurité et le
développement régional;
v un deuxième volet commercial, objet des titres 2 et 3
de l’accord, ayant pour objectif l’établissement d’une
ZLE, après une période transitaire de 12 ans au
maximum (c’est le volet le plus important et il sera
analysé en détail dans ce paragraphe).
v un troisième volet, objet des titres 4, 5 et 7 de
l’accord relatif, d’une part à une coopération
économique renforcée, englobant tous les domaines
ayant un impact sur les relations Tunisie-UE
(transport, tourisme, éducation, formation,
investissement direct étranger, etc.), et d’autre part à
une coopération financière, qui sera mise en œuvre
selon des modalités et avec des moyens appropriés
pour appuyer les réformes structurelles, rendues

6
L’UE est composée de quinze Etats : Begique, Danemark, Allemagne, Grèce,
Espagne, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Autriche, Portugal, Finlade,
Suède et Royaume-Uni.

©IACE 166
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
nécessaires par une concurrence de plus en plus
forte, au fur et à mesure du démantèlement tarifaire.
v un quatrième volet, objet du titre 6 de l’accord, lié à
la coopération sociale et culturelle. Un dialogue
social régulier doit être installé, ainsi que les
échanges culturels doivent être renforcés.

Mis à part ces axes directeurs, l’accord a précisé les modalités


d’établissement des mesures de sauvegarde, ainsi que les
règles d’origine appliquées aux produits échangés.

2.2 La ZLE Tunisie- UE

La ZLE , objet du second volet de l’accord d’association,aura


pour effet l’instauration de la libre circulation des biens et
services, sans qu’ils soient astreints à des droits de douane et
taxes d’effet équivalent. Portant, en premier, sur les produits
industriels et à composante industrielle, ce démantèlement doit
toucher dans une étape suivante, les produits agricoles et les
services selon des modalités qu’il reste à négocier.

a- Les produits industriels

La franchise tarifaire à l’entrée sur le marché européen étant


déjà reconnue aux produits industriels tunisiens (exception faite
du textile et de l’habillement qui font l’objet d’un règlement hors
accord ), la libéralisation des échanges envisagée est donc
fondée sur un démantèlement tarifaire unilatéral, devant être
opéré par la Tunisie progressivement, pour ce qui est des
importations originaires de l’UE.

Quatre listes de produits ont été arrêtées et des calendriers de


démantèlement précis ont été définis .

La première liste

Elle concerne les biens d’équipement et produits semi-finis non


fabriqués localement, dont la déprotection totale et immédiate
prend effet dès l’entrée en vigueur de l’accord (à partir du 1er

©IACE 167
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
janvier 1996). Elle porte sur 12% des importations tunisiennes,
qui étaient soumis à des droits de douane à hauteur de 10%.

La deuxième liste

Elle porte sur les biens de consommation intermédiaire (intrants


et produits semi-finis), non produits localement et représentant
28% des importations tunisiennes. L’exonération des droits de
douane doit se faire graduellement, sur une période de 5 ans à
raison de 20% par an, de telle sorte que leur
libéralisation soit totale en 2001.

La troisième liste

Elle est relative aux produits finis, fabriqués localement et dotés


d’un potentiel de compétitivité, soit 30% des importations de
biens. Leur démantèlement sera progressif sur toute la période
transitoire (12 ans) à concurrence de 1/12 par an et s’achèvera
donc en 2008.

La quatrième liste

Elle regroupe 29,5% des importations restantes, et englobe les


produits fabriqués localement et non compétitifs, dont les unités
concernées nécessitent une mise à niveau au préalable, leur
démantèlement se fera entre 2000 et 2008 au taux de 1/8 par
an.

Produit exclus du démantèlement

Le démantèlement tarifaire ne concerne pas les produits de la


liste du GATT (or, bijoux, armes, drogues,…), ainsi que la liste
«négative» de produits représentant 0,5% des importation
tunisienne de l’UE (lait, beurre, fromage, yaourt, boisson, alcool,
vinaigre, tapis et autre revêtements de sol, préparation à base
de céréales, tissus spéciaux et broderies, friperies).

©IACE 168
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
2.3-Intégration régionale et politique commerciale
tunisienne
En s’associant avec l’UE, dans le cadre de l’accord instaurant
une ZLE, après une période de 12 ans, la Tunisie devait adapter
sa politique commerciale -tarifaire et non tarifaire- à ce nouveau
contexte. Ceci étant, la libéralisation commerciale, prônée par
cet accord, a eu des répercussions sur d’une part, les
restrictions quantitatives, licences d’importation et valeurs
douanières minimales (VDM), et d’autre part, sur les tarifs
douaniers et par voie de conséquence sur la protection effective
de l’économie nationale. La libéralisation des importations était
mise en œuvre avant l’entrée en vigueur de l’accord
d’association. A cet effet, la politique commerciale est passée en
mars 1994, du régime de la liste positive au régime de la liste
négative, permettant de libéraliser 70% des importations.
Depuis la date d’exécution de l’accord, la liste négative a été,
toutefois, raccourcie. Mais, plusieurs produits libéralisés, à cette
étape, sont toujours bloqués en importation, faute de conformité
à un cahier des charges ou l’absence même de ce dernier pour
la raison de sa non-élaboration.
Plusieurs cahiers des charges ont été établis depuis 1994 , mais
il est nécessaire de les établir pour les engrais, ciment,
pneumatique, céréales, pétrole, sucre, café, thé et autres
produits.
Un des instruments de politique commerciale privilégié par les
pouvoirs publics pour protéger les producteurs locaux contre des
importations susceptibles de les concurrencer sur leur marché a
été l’utilisation des Valeurs douanières minimales ‘’VDM’’
Elles sont considérées comme un instrument puissant de
protection de l’industrie locale et de recettes fiscales pour l’Etat,
mais augmentant de façon exagérée la protection, elles peuvent
affaiblir relativement le potentiel de compétitivité de l’économie.
Suite à l’entrée en vigueur de l’accord d’association ainsi que par
rapport aux engagements pris dans le cadre de l’adhésion à
l’OMC, les VDM ont été éliminées progressivement, jusqu’à à
leur disparition totale en septembre 2001.
2.3-1-Démantèlement tarifaire

©IACE 169
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
L’élimination des tarifs devrait commencer après la ratification de
l’accord (1998), mais le gouvernement tunisien a entamé sa
mise en œuvre dès 1996.
Les réductions tarifaires s’étalent sur une période de 12 ans, et
s’opèrent de manière progressive, selon le calendrier de
démantèlement spécifié précédemment.

©IACE 170
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Programme du démantèlement tarifaire des produits
industriels

Démantèlement Pas de démantèlement


tarifaire liste négative 0.5%

Année 0 *
Effet immédiat 12%
Année 1

Année 2

Année 3
8 ans
Année 4 29.5%

Année 5 12 ans
30%
Année 6

Année 7 8 ans
29.5%
Année 8

Année 9

Année 10

Année 11

Année 12

Finalisation de la zone libre échange


Libre circulation de la marchandise Tunisie Union Européenne

Impact budgétaire de l’accord commercial.


Source IMF /MDECI

©IACE 171
Les Journées de l’entreprise 2003
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L’impact budgétaire du volet commercial de l’accord


Tarif Moyen des Pertes de recettes
importations avec
En En %du
l’Union
milliards PIB
Européenne
de dinars
1991-1996 23.3 0.00 0.00
1998 14.4 0.45 2.00
2001 8.5 1.5 3.40
2005 2.8 2.04 4.70
2007 0.0 2.74 5.40
d’association suite au démantèlement tarifaire a été évalué à
une perte de près de 2.7 milliards de dinars soit 5.4% du PIB et
ce vers l’horizon 2007, comme le montre le tableau ci-dessus.
La politique fiscale a certes permis, durant les dernières
années de remédier partiellement à la baisse des recettes
douanières et ce, à travers une réforme du système fiscal. En
effet, en 1996, les droits sur les importations au taux de 10% sur
tous les biens capitaux sans substitut national proche ont été
abolis sur une base non discriminatoire. Ils ont été remplacés
par une nouvelle TVA au taux de 10%. En 1997 la TVA a été
étendue au commerce de détail. En 1998 le taux normal de TVA
a été augmenté de 17% à 18% et une retenue de 50% à la
source a été introduite sur les transactions relatives aux marchés
publics 7. Ces réformes se sont traduites par un accroissement
significatif de la TVA ainsi que par une meilleure efficacité de la
collecte de l’impôt, en élargissant l’assiette et en équilibrant
progressivement entre impôt direct et indirect. En effet , la part
des impôts directs se situe en 1996 à près de 19% en Tunisie
alors qu’elle est nettement supérieure dans des pays comme le
Maroc 24%, l’Egypte 34%, et la Turquie 38% 8.

2.3.2 Protection effective

7
M.H. Lahouel et al…..
8
Bouselmi et al…

©IACE 172
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Le taux de protection effective mesure la protection sur la valeur


ajoutée, et est calculé par la variation relative de la valeur
ajoutée due aux tarifs douaniers nominaux.
Il a été constaté que la protection effective, selon des calculs de
l’IQE, a baissé en 1994, avec un taux de 44%. Mais, suite au
démantèlement tarifaire et donc à la réduction de la protection
nominale, la protection effective a augmenté, étant de 88% sur
l’ensemble de l’économie en 1999. Elle augmentera
significativement jusqu’à 2002, et ne retombera pas au niveau
de 1994 avant 2002.
En réalité, la persistance d’une protection effective élevée, sur
plusieurs années, va à l’encontre de l’objectif de libéralisation et
de promotion de la concurrence, dans l’économie tunisienne.
L’analyse des données pour la période récente 2002- 2003
montre que le taux moyen de TPE se situe autour de 44% contre
49% en 2002 et 73% en 1997.

Protection effective selon l’origine des importations


en %
Union Européenne Reste du monde
1997 2002 2003 2002 2003
TP TP TP TP TP TP TP TP TP TP
E N E N E N E N E N
Agriculture 171 136 120 98 110 89 118 98 108 89
et pêche
Industrie manufacturière
- IAA 94 48 57 33 49 29 92 45 87 42
- IME 146 36 70 22 61 20 63 40 51 39
- Chimie 143 30 43 18 66 14 104 31 104 30
- ITHC 134 27 55 15 37 13 101 24 87 24
Ensemble 73 49 49 35 44 31 60 43 54 39
de
l’économie
(hors
hydrocarbur
e)

©IACE 173
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Source : IEQ, TPN : taux de protection nominale , TPE : taux de
protection effective
Par comparaison avec l’UE , la protection nominale vis-à-vis du
reste du monde est élevée elle avoisine 39% contre seulement
31% pour l’UE. Ce différentiel de protection peut entraîner un
détournement de trafic au profit de l’UE.

2.3.3. Impact de l’application du volet commercial sur


l’orientation des échanges.

L’analyse des changements dans les importations par liste de


produits libéralisés ne révèle également aucun effet significatif ni
de création ni de détournement de commerce. Comme le montre
le tableau ci après. Les importations relatives à liste 1 ont
évolué de près de 9% en moyenne durant la période d’analyse ,
la part de l’UE a été constante autour de 68%.
Les importations qui concernent la liste 2 ont aussi évolué de la
même manière et n’ont pas généré un effet notable de création
ou détournement de trafic. Pour ce qui est des listes 3 et 4 qui
concernent les produits ayant des substituts locaux , il semble
que la baisse des tarifs en faveur de l’union européenne a
permis de déceler une certaine évolution de création de trafic en
faveur de l’UE. Les calculs effectués ne permettent pas de
dissocier entre les effets relatifs à la baisse des tarifs au profit
de qu’à l’effet de l’engouement pour les pour des produits de
consommation importés largement bridés par le comportement
protectionniste.

Importation par liste en provenance de l’UE/ Unité : dinar


Source : Ministère du tourisme du Commerce et de l’artisanat.
UNION EUROPEENNE

LISTE ANNEE 1995 ANNEE 1996 ANNEE 1997 ANNEE 1998 ANNEE 1999 ANNEE 2000 ANNEE 2001 ANNEE 2002 10 MOIS 2003

liste 1 472 857 396 527 191 341 675 979 598 701 339 117 707 432 719 905 425 394 905 255 165 812 373 835 719 975 797

liste 2 811 345 363 815 554 986 919 103 634 999 280 053 1 025 037 621 1 207 310 508 1 431 790 809 1 278 205 946 1 031 673 000

liste 3 941 026 815 972 599 892 1 127 815 030 1 299 012 010 1 560 284 546 1 650 266 845 1 801 692 972 1 653 358 686 1 133 053 519

liste 4 455 072 772 550 941 192 645 041 675 633 228 427 671 490 771 900 442 384 1 066 121 044 723 985 128 504 602 622

2 680 302 346 2 866 287 411 3 367 939 937 3 632 859 607 3 964 245 657 4 663 445 131 5 204 859 990 4 467 923 595 3 389 304 938

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Importation par liste hors l’UE

HORS UNION EUROPEENNE

ANNEE 1995 ANNEE 1996 ANNEE 1997 ANNEE 1998 ANNEE 1999 ANNEE 2000 ANNEE 2001 ANNEE 2002 10 MOIS 2003

436 650 472 412 969 627 475 884 095 399 372 489 531 574 099 394 045 103 444 770 775 422 242 679 366 241 180

367 837 075 343 691 562 419 734 676 445 224 412 587 806 998 844 982 514 851 500 198 780 225 233 664 754 717

303 844 663 268 014 683 349 281 694 322 263 996 562 794 112 653 380 045 541 687 012 415 829 123 331 735 982

230 687 082 264 043 055 289 779 186 320 548 346 409 697 909 406 608 417 513 063 170 418 355 885 361 481 385

1 339 019 292 1 288 718 927 1 534 679 651 1 487 409 243 2 091 873 118 2 299 016 079 2 351 021 155 2 036 652 920 1 724 213 264

Source : Ministère du tourisme du Commerce et de l’artisanat.

2.4 Orientation des échanges et Spécialisation


Commerciale ;

2.4.1 Evolution de la spécialisation commerciale


Le schéma de spécialisation de la Tunisie s’est
considérablement transformé suite à l’augmentation de la part
des biens manufacturés dans les exportations totales des biens
et services9 qui est passée de 36 % en 1972 à 57% en 1999 et
celle des services (tourisme inclus) de 30% à 37%. La part de la
production manufacturière (hors produits alimentaires) et du
tourisme dans le PIB est passé de 8.6% à 19.5%.

9
exclu les produits agroalimentaires et Ceci les produits chimiques qui sont
essentiellement des fertilisants à base de phosphates.

©IACE 175
Les Journées de l’entreprise 2003
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Tableau 2 : Evolution des parts sectorielles dans les


exportations (en % du total)
1972 1980 1986 1989 1994 1997 1999
AGICULTURE ET PECHE 3,8 2,2 3,3 2,2 1,8 1,4 1,4
INDUSTRIES MANUF. 35,9 32,7 45,4 50,8 59,4 58,0 57,6
I.A.A. 24,5 4,9 5,7 4,5 9,5 7,3 7,6
M.C.C.V. 0,6 0,0 0,5 2,1 1,1 1,2 0,9
I.M.E. 2,4 3,5 5,4 6,5 8,7 8,3 8,1
Chimie 3,5 6,5 11,0 10,4 8,8 8,7 8,3
T.H.C. 3,5 16,8 20,8 21,4 28,5 30,4 30,8
I.M.D. 1,4 1,0 2,0 5,9 2,7 2,0 1,9
INDUSTRIES N. MANUF. 32,1 30,5 20,5 14,1 10,0 8,5 8,1
Mines 6,6 1,9 1,4 1,1 0,8 0,6 0,7
Hydrocarbures 25,5 28,6 19,2 13,0 9,2 7,9 7,3
SERVICES MARCHANDS 28,2 34,6 30,8 32,9 28,9 32,2 32,9
Transport 5,7 8,7 8,1 7,7 8,3 9,4 9,5
Tourisme 21,4 23,9 19,6 22,4 17,9 18,9 20,8
Divers services 1,1 1,9 3,0 2,9 2,7 3,9 2,5
TOTAL 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

Source: Budget Economique et Comptes de la nation.

Les calculs de l’indice d’avantage comparatif révélé 10 (basés sur


les données des importations européennes) donnent presque le
même résultat, quant aux caractéristiques du schéma de
spécialisation de la Tunisie, à savoir une spécialisation basée
sur les produits manufacturés (textile habillement et cuir ,
industrie mécanique et électrique et quelques produits des IAA).
Cependant, certains produits réalisant des exportations nettes
importantes ne montrent pas un indice d’avantage comparatif
élevé, car ils sont exportés principalement à des pays voisins et
10
L’avantage comparatif révélé du produit i est mesuré par le ratio suivant :
X ij / X
j
ACR ij =
X iw / X w

où X ij , X j , X iw et X w sont respectivement les exportation du produit i par le pays


j, les exportations totales du pays j, les exportations du produit i mondiale et les
exportations totales mondiales.

©IACE 176
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
de ce fait, n’apparaissent pas au niveau du commerce européen
(produits d’origine animale, transformation des graines et les
produits de conserve). Par ailleurs, quelques produits réalisant
des exportations nettes importantes ont un indice d’avantage
comparatif révélé bas : bonneterie, boissons, minerais et
produits en céramique.

2.4.2 Diversification des exportations


La part des exportations basées sur les ressources naturelles
passe de 42% en 1984 à 12% en 2001 Mais, la part des
exportations non basées sur ces ressources augmente en
passant de 43% en 1984 à 62% durant la même période. Leur
contribution dans la balance commerciale est passée de 34 à
48%. Les exportations en expansion concernent les industries
légères, principalement l’habillement et la bonneterie, et les
services touristiques. Cette catégorie de nouveaux produits à
l’exportation devient de plus en plus large depuis le milieu des
années 80 avec l’introduction d’un certain nombre de produits :
cuir et chaussures, ciment, produits de la céramique,
transformation de graines et un certain nombre de services.
Mais, l’indice de commerce intra-branches pour les produits
exportables a diminué dans les années 90 ( reflétant la
libéralisation de l’importation de ces produits) et a augmenté
pour les produits concurrentiels à l’importation. Ceci signifie que
pour un certain nombre de ces produits, il y a une augmentation
significative des exportations. Il convient de noter aussi qu’un
certain nombre de produits classés dans la catégorie des
produits concurrentiels à l’importation, tels que les produits
électriques et électroniques, les produits métalliques, et les
produits en plastique, sont devenus exportables d’une matière
significative pendant les années 90. Pourtant, tous ces produits
n’ont pas montré encore un avantage comparatif révélé, et la
Tunisie n’a pas diversifié dans des secteurs à plus forte valeur
ajoutée et à technologie plus intense ( Guerrieri, 1998).
Normalement l’évolution des exportations constitue un indicateur
des tendances de la compétitivité des entreprises et le secteur à
vocation exportatrice agit souvent comme un véhicule pour
introduire des avancées technologiques dans une petite
économie comme celle de la Tunisie. La croissance remarquable

©IACE 177
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
des exportations tunisiennes de ces dernières années a été
dynamisée par les industries offshore des textiles et de
l’habillement, dominées par le secteur privé, et par le secteur
touristique. La destination principale de ces exportations est
l’UE, avec 85 pour cent de ces exportations destinées à ce
marché. Malgré leur contribution élevée et toujours croissante
aux exportations, les textiles et les produits mécaniques et
électriques n’ont contribué que relativement modestement à la
croissance du PIB. Dans ces deux sous-secteurs, la production
s’entreprend généralement au moyen d’arrangements offshore,
qui permettent l’accès hors taxes aux intrants importés et qui
bénéficient d’une série d’incitations à l’investissement. Par
conséquent, la production de valeur ajoutée dans ces sous-
secteurs est demeurée très limitée, car les intrants importés ne
subissent que des transformations minimes avant d’être
réexportés. Les exportations tunisiennes subissent des
pressions de plus en plus fortes provenant de facteurs
écologiques (tourisme), et de la concurrence des autres pays
(exportations offshore). La forte concentration des textiles et de
l’habillement a ouvert la porte à certains risques résultant de
l’élimination des AMF prévue pour 2005. Par le biais des AMF,
la Tunisie a élargi sa part du marché des textiles et de
l’habillement de l’UE de 1,5 pour cent en 1980 à 4 pour cent
aujourd’hui. Après l’élimination des AMF, une concurrence
accrue, de la part de pays dotés d’une main-d’œuvre moins
chère et/ou plus qualifiée, rendra difficile pour la Tunisie le
maintien de sa part de marché en Europe, ou l’accès à d’autres
marchés de l’OCDE. De fait, la croissance des exportations de
produits manufacturés a chuté en termes réels, de 12,8 pour
cent par an sur la période 1987-91, à près de 4,0 pour cent sur
la période 1992-2001. De plus, la part de la Tunisie dans
certains produits d’exportation clés a diminué sur le marché de
l’UE par rapport à celle des nouveaux concurrents. A l'avenir, le
démantèlement de l'accord multifibres et l'entrée de la Chine
dans l'OMC (lui donnant accès aux mesures générales de
libéralisation) vont accroître la pression de la concurrence
asiatique. Il deviendra alors très difficile à la Tunisie de résister,
sur certains produits à faible productivité et à fort coefficient de
main d'œuvre comme les vêtements de travail, les jeans ou les

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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T-shirts, à la concurrence chinoise, vietnamienne, pakistanaise
ou indienne.

EXPORTATIONS DE TEXTILE DE CERTAINES ECONOMIES


En millions de dollars

1990 1995 1999 2000 2001 2002


CHINE 7219 13918 13043 16135 16826 20563
EGYPTE 554 570 355 323 290
INDONESIE 1241 2713 3019 3505 3202 2896
MALAISIE 343 1129 1120 1270 1056
MAROC 203 177 133 123 142 137
POLOGNE 284 512 727 769 796 908
TUNISIE 112 165 129 154 201 232
TURQUIE 1440 2527 3478 3672 3907 4244

Par ailleurs, les PECO , qui jouent , comme la Tuinisie, un rôle


de sous traitants de proximité sur le marché européen,
constituent également une menace redoutable pour les
exportations tunisiennes vers l'Union Européenne : leur part de
marché en Europe est passée de 12% en 1990 à plus de 20%
en 2002, et les avantages comparatifs dont ils bénéficient, seront
accrus à mesure de leur intégration au sein de l'Union.
Les PECO font actuellement des efforts considérables
d'investissements matériels et immatériels pour jouer la carte de
la qualité, de la réactivité, du circuit court et de la création. Leurs
coûts de production sont actuellement comparables à ceux de la
Tunisie, voir très sensiblement inférieurs ($ 1,05 de salaire
horaire en Roumanie, contre 1,9 en Tunisie).
La Pologne a plus que quadruplé ses exportations de produits
textiles sur les douze dernières années.
L’analyse plus spécifique du potentiel exportateur tunisien
montre les insuffisances suivantes :
• Forte concentration géographique : comme on l'a vu,
les exportations sont essentiellement concentrées sur
cinq marchés, qui absorbent 92% des exportations
tunisiennes.

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
• Forte concentration « produits » : la Tunisie exporte
principalement des pantalons, des vêtements de
travail, des chemises, des vestes et blousons. Ces
quatre produits représentent en valeur les deux tiers
des ventes totales.

• Les produits exportés par le secteur sont en quasi


totalité fabriqués en sous-traitance pour le compte de
donneurs d’ordres européens.

Conclusion
Les prochaines années seront cruciales à la fois pour l’économie
tunisienne dans son ensemble et plus spécifiquement pour les
entreprises industrielles. Les effets du démantèlement tarifaire
sur le marché intérieur se feront de plus en plus sentir suite à
l’exacerbation de la concurrence pour les produits locaux sur le
marché intérieur, mais aussi du fait de la fin de l’AMF et de la
concurrence accrue qu’auront à affronter ces mêmes entreprises
sur le marché de l’UE . Concernant la performance économique
générale, il est bien sûr difficile d’isoler l’effet de l’accord sur le
rythme de la croissance, mais celle-ci s’est en fait accélérée par
rapport à la période avant accord. En tout cas, il est certain que
la croissance n’a pas souffert de la libéralisation qui a eu lieu
durant les six premières années de mise en oeuvre de l’accord 11.
La Tunisie dispose sur le marché de l’UE d'un atout, du fait de sa
proximité géographique et culturelle, et du fait qu'elle jouit d'une
image positive en Europe, liée notamment à son attrait
touristique (les touristes européens visitant la Tunisie sont autant
d'ambassadeurs potentiels pour la promotion de la Tunisie en
Europe). Elle peut également bénéficier des choix
géostratégiques européens, visant à établir un partenariat stable
avec les pays du pourtour méditerranéen. L'Europe constitue, et
constituera encore plus à l'avenir à mesure que les barrières
douanières tunisiennes seront levées, le principal concurrent de
la production nationale sur le marché intérieur tunisien. Si la
Tunisie veut éviter une aggravation drastique du déficit de son
commerce extérieur avec l'Europe, elle devra donc redoubler
d'efforts pour y accroître ses parts de marché. La Tunisie est
11
Voir lahouel et al.

©IACE 180
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
certes en phase de restructuration de son industrie notamment à
travers le programme de mise à niveau PMN, elle devra
redoubler d'efforts pour mettre sa capacité de production à
niveau avec les entreprises européennes, ce qui implique une
intégration plus poussée entre entreprises européennes et
tunisiennes, et un alignement progressif sur les normes
européennes. Ces ajustements nécessaires sont à faire certes
au niveau du secteur industriel mais aussi à travers un meilleur
accès à un certain nombre de facilités telles que la mise à
niveau de l’infrastructure, la libéralisation de plusieurs services
connexes à l’industrie, une meilleure maîtrise des
technologiques et du transfert de savoir faire, un meilleurs accès
au financement notamment pour les entreprises innovantes…
Toutes ces raisons militent en faveur d'une priorisation sur
l'Europe des efforts de prospection et de présence commerciale.
Cette priorisation devra être axée à la fois sur la promotion de
l’IDE que sur la promotion des exportations. L’accord de libre
échange entre la Tunisie et l’EU qui est en phase de mutation
vers un partenariat plus renforcée à travers le concept de
voisinage devra permettre, s’il est réflechi et programmé d’une
manière coordonnée, à un passage vers des paliers de
croissance et de bien être bénéfique pour les deux parties.

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Les Journées de l’entreprise 2003
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« Les relations euro-maghrébines face à


l'élargissement de l'Union Européenne »

Helena OLIVÁN – Martí GRAU – Xavier ARAGALL


Institut européen de la Méditerranée

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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En mai 2004, le processus d'élargissement le plus


ambitieux dans l'histoire de l'Union européenne arrivera à son
terme. Dix nouveaux pays, appartenant pour la plupart au bloc
de l'Est pendant la Guerre Froide, élèveront à 25 le nombre des
États membres. Au-delà de l'expansion territoriale, cet
événement aura d'importants effets symboliques, politiques et
économiques : sous le signe des retrouvailles d'un continent
divisé, quelque 450 millions de citoyens européens seront
désormais régis par les mêmes normes démocratiques et
apporteront à l'UE un PIB supplémentaire de 10 billions d'EURO.
En contrepartie, l'Union sera poussée plus impérativement vers
des scénarios géostratégiques conflictuels, les disparités
régionales en son sein s'accentueront et l'ensemble de son
revenu par habitant sera très sensiblement réduit.

La transformation de l'Europe entraînera aussi des


changements substantiels dans son environnement immédiat,
notamment dans des régions telles que le Maghreb, avec lequel
elle a des liens étroits dans bien des domaines. Dans le vaste
cadre du partenariat Euro-Méditerranéen, les pays maghrébins
devront tenir compte d'une plus grande diversité de critères et
d'approches dans les relations économiques, la prise de
décisions politiques, ainsi que dans l'approfondissement du
dialogue culturel et la participation de la société civile au
processus d'intégration régionale. Nul doute que le bagage de
pays absents jusqu'à maintenant du parte nariat Euro-
Méditerranéen se reflétera dans la future stratégie de l'Europe
envers la région.

Au sud de la Méditerranée, on perçoit la nouvelle


dimension territoriale de l'intégration européenne, caractérisée
par un effort d'investissement énorme et une réorganisation
exhaustive des priorités politiques, comme une équation
potentiellement négative pour la région : on considère que cela

©IACE 185
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
pourrait impliquer une stagnation, voire une réduction des aides
accordées aux pays partenaires, tandis que se renforcera un
centre de gravité européen ancré au centre et au nord, moins
enclin au développement des relations Euro-Méditerranéennes.
Le présent rapport analyse en premier lieu la dialectique,
souvent difficile, entre deux grands projets, l'élargissement de
l'Union et le processus Euro-Méditerranéen. Par sa position de
proue dans le deuxième, le Maghreb se trouve au centre des
dissonances historiques entre chacun de ces deux projets, mais
il pourrait aussi bénéficier des principales opportunités d'une
éventuelle conciliation. La deuxième partie de cet exposé a
précisément pour objectif d'explorer si les changements profonds
qui marquent l'élargissement de l'Europe – stratégies pour les
nouvelles frontières, améliorations sur les nouveaux marchés,
réforme institutionnelle –, ainsi que les transformations de l'ordre
global, peuvent se traduire par une plus grande efficacité du
Maghreb dans ses relations avec l'Europe. Finalement, nous
examinerons des obstacles importants de plusieurs types – le
bilan modeste du processus de Barcelone, la lenteur dans la
mise en oeuvre de ses accords économiques, la difficulté pour
endiguer sur place les insuffisances structurelles – qui
s'opposent à une plus grande marge de manoeuvre. Nous
prétendons poser quelques questions fondamentales pour le
débat et l'action : les défis de la circulation migratoire après
l'élargissement, le niveau de connaissance mutuelle entre les
pays candidats à l'adhésion et les pays partenaires
méditerranéens ou les nécessités de coopération qu'on entrevoit
dans le proche avenir .

I. Élargissement et politique méditerranéenne

Depuis la fin de l'ère bipolaire, l'adhésion des pays de


l'Europe Centrale et Orientale (PECOS) a été un objectif
prioritaire pour l'Union, seulement comparable à la réalisation de
l'union monétaire. Le volume des ressources destinées au
processus et le rééquilibrage des forces et des zones d'influence
que supposera la modification du statu quo ont créé une
dynamique complexe de négociation et de lobbying entre les
États membres. D'autre part, les pays tiers qui entretiennent une
relation étroite de coopération et/ou voisinage avec l'UE
©IACE 186
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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s'interrogent sur la façon dont ils vont être touchés par les
nouvelles adhésions et exercent une pression sur Bruxelles pour
défendre leurs propres intérêts. Ce dernier fait est apparu
clairement dans la principale scène territoriale de
l'élargissement, la limite orientale de l'UE, avec la préoccupation
de la Fédération de Russie quant à sa perte d'influence dans
l'ancienne Union Soviétique et le sentiment d'exclusion de
certains des pays qui en faisaient partie. Bien que d'une façon
moins nette jusqu'à une date récente, les pays de la rive sud de
la Méditerranée, qui entretiennent une relation particulière avec
l'Union depuis la création du Partenariat Euro-Méditerranéen en
1995, s'interrogent également sur les conséquences pour eux de
ce processus. D'une façon générale, on peut dire que
l'élargissement a des effets aussi importants sur le cadre
intérieur que sur le rayonnement extérieur de l'Union.

Au début des années quatre-vingt-dix, l'UE cherchait une


réponse aux changements importants survenus à l'Est, sous le
poids croissant d'une Allemagne réunifiée qui voyait s'ouvrir pour
elle de grandes possibilités de devenir le centre géographique et
économique de l'Europe. Avec la formulation des critères de
Copenhague lors du Conseil homonyme de décembre 1993, elle
a lancé un message décisif aux PECOS : la porte leur était
ouverte pour une future adhésion, ce qui était conçu comme un
encouragement pour mener à bien les transitions politiques et
économiques. Depuis lors, il s'est instauré au sein de l'Union une
dialectique complexe pour tâcher d'équilibrer l'attention et les
ressources consacrées à l'Est, d'une part, à la Méditerranée, de
l'autre. L'institutionnalisation même du processus de Barcelone,
à peine deux ans plus tard, répond en grande partie à ce besoin
de ne pas négliger le Sud tandis que les efforts se concentraient
sur l'Est. La région du Maghreb, en raison de l'intensité
particulière des flux économiques et démographiques, ainsi que
des liens historiques et de la proximité géographique, s'est
située à tout moment au centre même de la politique
méditerranéenne de l'Union. Principalement, son importance
stratégique pour les partenaires méridionaux de l'Union a agi
comme un catalyseur dans la création même du partenariat

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Euro-Méditerranéen, qui allait inclure en outre d'autres pays de
la Méditerranée orientale.

Dans le développement de cette initiative, ce sont


précisément les pays du Sud de l'Union qui allaient parfois
imprimer une vitalité particulière au processus de Barcelone par
la mise en oeuvre d'agendas nationaux pendant les tours de
présidence respectifs du Conseil de l'Union. Cela n'a pas
contribué à la consolidation d'une politique méditerranéenne
commune dont l'intérêt serait partagé par tous les États
membres et les institutions communautaires, et les avancées sur
ce terrain ont du être confiées aux hasards des circonstances.

Le Maghreb dans l'espace Euro-Méditerranéen élargi

La préoccupation et l'incertitude des pays du Maghreb


quant aux effets sur eux de l'élargissement est dans une certaine
mesure la prolongation logique de cette atmosphère, au sein de
l'UE, d'opposition et de négociation continue de contreparties
entre la politique méditerranéenne et la politique envers l'Europe
centrale et orientale, avec au départ une nette soumission de la
première à la deuxième. Les craintes pourraient être
augmentées par la fin de la nécessité de donner un contrepoint à
l'élargissement vers l'Est quand la plus grande partie des pays
adhérents et candidats actuels seront membres de l'Union à part
entière. Toutefois, outre les difficultés qu'on ne peut pas pallier,
on observe quelques faits conjoncturels qui pourraient favoriser
une « méditerranéisation » effective de l'agenda européen s'ils
sont conjugués de façon adéquate. En annexe, on peut se
demander si le Maghreb sera en condition de jouir d'une
attention préférentielle dans cet éventuel cadre renforcé des
relations Euro-Méditerranéennes.

Les commentaires dont on dispose sur les conséquences


de l'élargissement sur les pays méditerranéens sont assurément
limités, bien que certaines analyses et tendances ne dessinent
pas un scénario aussi négatif pour le futur des relations entre
l'Europe et ses partenaires méditerranéens – en l'occurrence
entre l'Europe et le Maghreb –, prenant pour point de départ les
opportunités que ce processus représente pour les pays du sud.
©IACE 188
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Il convient auparavant d'examiner l'évolution du cadre du
partenariat, ainsi que celle de la réalité politique, économique et
sociale des pays de la région. Nous allons nous référer avant
tout aux trois partenaires Euro-Méditerranéens maghrébins – le
Maroc, l'Algérie et la Tunisie –, bien que pour la définition
politique du Maghreb nous prenions en considération les
membres de l'Union du Maghreb Arabe (UMA), qui inclut aussi la
Libye et la Mauritanie.

Dans leurs lignes générales, les Accords de Partenariat


renvoient aux principes généraux de la Charte des Nations
Unies, notamment en ce qui concerne les droits humains, les
principes démocratiques et la liberté économique. Ils soulignent
la nécessité de renforcer la stabilité politique et le
développement économique de la région au moyen de la
promotion de la coopération régionale . Ils indiquent, de même, la
nécessité de nouer un dialogue régulier dans les domaines
bilatéraux et multilatéraux sur les questions d'intérêt commun,
qu'il s'agisse du cadre politique et économique ou de questions
scientifiques, technologiques ou culturelles.

Dans le cas du Maroc, la relation de coopération remonte


à l'accord de Coopération de 1976. L'accord de partenariat qui le
remplace a été signé en février 1996 et est entré en vigueur en
mars 2000. Les dimensions politique et
sociale/humaine s'avèrent particulièrement significatives : il
prévoit le maintien d'un dialogue politique régulier au niveau des
ministres et des hauts fonctionnaires, ainsi qu'au niveau des
parlements (entre le Parlement européen et les institutions
parlementaires marocaines). D'autre part, les migrations et les
aspects sociaux ont fait l'objet de plusieurs réunions spécifiques
depuis l'entrée en vigueur de l'accord. Le caractère ouvert des
discussions a permis d'avancer sur des questions jugées
épineuses, qui n'étaient même pas posées dans les agendas
bilatéraux et des projets concrets de coopération sont mis en
œuvre dans ce domaine. On a pu ainsi commencer à parler
d'une collaboration dans la gestion des flux migratoires, dans le
cadre de l'élaboration d'une politique commune d'immigration au
sein de l'UE. En février 2003, au cours du Troisième Conseil du

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Partenariat, le Maroc a officiellement accepté le début d'un
processus négociateur sur la réadmission. En même temps, se
sont développés des contacts bilatéraux informels, notamment
dans le domaine des douanes, des services, des nouvelles
technologies, de la recherche scientifique et de la coopération
culturelle. Le gouvernement du Maroc a exprimé à plusieurs
reprises sa volonté d'obtenir un statut spécial dans ses relations
avec l'UE, à mi-chemin entre le partenariat et l'adhésion. Les
importations de l'UE en provenance du Maroc (avant tout :
produits de pêche, fruits, spécialement les agrumes et les
tomates, fleurs et textiles) ont presque doublé entre 1993 et
2002, passant de 3,394 milliards d'EURO à 6,265 milliards
d'EURO. Les exportations de l'UE vers le Maroc (tissus,
machines et équipements, produits chimiques, matières
plastiques et blé) sont passées de 4,237 milliards d'EURO en
1993 à 7,624 milliards en 2002. La balance commerciale est en
faveur de l'UE, bien que l'UE soit le principal partenaire
commercial du Maroc : les produits agricoles constituent 1/5 des
importations de l'UE en provenance du Maroc et seulement 6 %
de tout ce que le Maroc importe de l'UE. Les points ouvertement
conflictuels ne sont pas absents de ce bilan : l'accord de pêche
entre l'UE et le Maroc signé en 1995 a expiré en 1999 et il n'a
pas été possible de parvenir à un nouvel accord. Les
négociations ont été suspendues.

En ce qui concerne l'Algérie, la coopération financière


avec la CE/UE commence avec l'accord signé en 1979, suivi de
quatre protocoles financiers, qui allaient finalement déboucher
sur l'Accord de Partenariat à l'issue des négociations de
décembre 2001. Toutefois, l'UE voit dans la situation politique et
sécuritaire difficile du pays une des causes des retards dans la
mise en oeuvre de cette coopération. L'instabilité du pays se
reflète dans la violence de groupes fondamentalistes islamiques,
les revendications et les troubles de la Kabylie, ainsi que dans
les insuffisances en matière de droits humains et de
gouvernance. Le pays, dont la population était d'environ 30,6
millions d'habitants en 2001, a souffert d'une légère diminution
de sa croissance annuelle après les années quatre-vingt-dix : les
3,3 % de moyenne entre 1995-2000 se sont réduits à 2,4 % en
2000. L'Union, dans sa stratégie envers l'Algérie, envisage de
©IACE 190
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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donner son appui aux réformes économiques afin que le pays se
dirige vers le développement durable et la compétitivité au sein
de l'économie mondiale et afin d'encourager l'initiative privée et
l'intégration dans les pays méditerranéens, avant tout au moyen
de la création d'infrastructures économiques, d'améliorer les
conditions d'insertion dans le monde du travail et la formation et
de favoriser la stabilité politique et sociale en stimulant les
pratiques de gouvernance et en créant une atmosphère
favorable aux investissements.

La Tunisie est le pays qui est allé le plus loin dans le


développement du statut de parte nariat, et aussi le premier à
avoir signé l'accord, en juillet 1995. Cela lui a permis d'être l'un
des principaux bénéficiaires de la coopération Euro-
Méditerranéenne. Des concessions mutuelles ont été faites dans
le domaine de l'agriculture et un processus s'est ouvert vers la
libéralisation croissante des services. Avec une population de
9,8 millions d'habitants (2002), la Tunisie a un taux de chômage
situé en dessous des deux autres pays : 14,5 % (2002). La
croissance annuelle entre 1995 et 2002 a connu une moyenne
de 4,7 %. L'UE a mis en avant la préservation de la cohésion
sociale, mais a aussi constaté que l'activité gouvernementale
était éloignée de la classe moyenne croissante et des besoins
d'ouverture économique. La stratégie de Bruxelles reconnaît
comme défis majeurs la réalisation d'une transition
démocratique, la réponse soutenue à la concurrence
internationale croissante et la mise en œuvre d'une « transition
sociale », avec des systèmes sociaux efficaces et viables et un
plus grand développement des ressources humaines.

La Libye, avec un peu moins de 6 millions d'habitants, ne


participe au processus Euro-Méditerranéen que comme
observateur depuis la conférence de Stuttgart. Malgré
l'ostracisme international envers ce pays sur le plan politique et
économique après l'implication libyenne dans des attentats
terroristes durant les années quatre-vingt, les pays de l'UE
entretiennent de vastes relations commerciales avec la Libye,
notamment l'Italie, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France,
ses principaux fournisseurs de produits manufacturés, d'énergie,

©IACE 191
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
de produits alimentaires et de matières premières (cela
représente approximativement 50 % des importations). D'autre
part, neuf dixièmes des exportations pétrolières de la Libye sont
dirigées vers l'Union européenne, l'Italie, l'Allemagne, la France
et la Belgique étant ses principaux clients (elles couvrent, par
exemple, 51 % de l'approvisionnement italien). La production de
brut est de 1,39 millions de barils quotidiens. Sur le plan
politique, le Président de la Commission européenne, Romano
Prodi, a tenu le 18 août 2003 une conversation avec le Chef
d'État libyen, le Colonel Gadhafi, et a constaté des progrès dans
la résolution du cas Lockerbie et d'autres contentieux
internationaux relatifs à la Libye. Il l'a encouragé à faire preuve
de souplesse pour une conclusion rapide des négociations.
Gadhafi s'est montré disposé à observer les conditions établies
par les Nations unies, ce qui devrait permettre la levée des
sanctions. L'UE incite à la formalisation des relations et réitère
l'invitation à faire partie du partenariat. Il est spécifié que la
nouvelle stratégie de voisinage prend en considération la Libye,
sur la base « du respect de valeurs partagées ».

Le cinquième pays membre de l'UMA, la Mauritanie, est


un invité spécial dans les Conseils des ministres des Affaires
étrangères du partenariat Euro-Méditerranéen.

ii. Vers un nouveau scénario ?

Nous avons vu comment la politique méditerranéenne a


avancé à partir d'initiatives en rapport avec l'élargissement. La
nécessité de forger de larges consensus politiques quant à
l'élargissement s'est traduite par des contreparties offertes aux
pays qui se montraient méfiants, en règle générale les partisans
les plus enthousiastes de la politique méditerranéenne. Cela a
entraîné un complexe de dépendance ou la sensation d'être une
monnaie d'échange chez ces derniers. Dans l'ensemble, la
politique méditerranéenne a eu des difficultés à acquérir
primauté, autonomie et consensus dans la mécanique
institutionnelle communautaire. Toutefois, plusieurs tendances
sur les scènes européenne et globale s'orientent vers un
changement et vers l'élimination de ce lest.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Comme point de départ, il convient d'indiquer que
l'importante commotion qu'a subie l'ordre internationa l depuis le
11 septembre 2001 a fait avancer le dossier méditerranéen, non
seulement dans l'agenda européen mais aussi dans l'agenda
mondial : les attentats de New York et de Washington ont
entraîné une prise de conscience brutale de la capacité
déstabilisatrice du manque de dialogue entre les sociétés du
Nord et celles du Sud, en particulier la violence qui s'appuie sur
la dérive économique et sociale. La réaction européenne a
connu différents stades, depuis une adhésion sans faille « à
l'effort global contre le terrorisme » mené par les États-Unis
depuis le dernier trimestre de 2001, à la rénovation de son
propre discours en matière de relations extérieures.

Parmi les nouveautés, il convient de souligner deux


initiatives en particulier. D'une part, en décembre 2002, le
Président de la Commission, Romano Prodi a lancé l'idée de la
Wider Europe pour définir la nouvelle politique de voisinage de
l'Europe. Il s'agit d'un cadre de relations applicable à toutes les
zones limitrophes de l'Union européenne élargie, depuis la
Carélie jusqu'au Maroc. De manière schématique, la proposition
a été définie comme l'établissement d'un « cercle d'amis »
autour du territoire de l'Union. Il s'agit d'étendre les bénéfices de
l'intégration à l'extérieur de l'Union, les institutions politiques
étant la seule limitation. Le cadre proposé part avant tout de la
nécessité urgente de dynamiser des secteurs qui resteront de
l'autre côté de la limite orientale après 2004 – Kaliningrad, la
frontière polonaise-ukrainienne – et dont la vitalité dépendait du
flux de circulation des personnes et biens à partir et vers des
régions des nouveaux États membres. Mais, en même temps, le
protagonisme global qu'a pris la fracture méditerranéenne depuis
septembre 2001 rend nécessaire l'inclusion de la Méditerranée
dans un tel schéma. Il ne s'agit pas de mettre de côté le
Processus de Barcelone, mais bien plutôt de faire en sorte que
ses principes et ses réalisations constituent les pièces d'un
cadre de relations plus vaste. Comme résultat immédiat, pour le
moment dans le domaine discursif, la politique méditerranéenne
suit pour la première fois le même schéma que la politique
envers l'Est, au sein duquel il est possible d'évaluer les priorités.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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En deuxième lieu, le Président Prodi a créé le Groupe


consultatif pour le dialogue entre les cultures. Cette initiative,
d'une portée plus modeste, a une nette coloration
méditerranéenne, bien qu'il soit facile de voir l'importance de la
question qu'elle traite pour la cohésion sociale du sud-est
européen, le scénario prévisible des élargissements successifs
après 2004. L'activité du groupe, présidé par le Marocain Assia
Bensalah Alaoui, s'inscrit dans un nouvel axe de discours que
l'Union veut projeter dans le monde : à l'élargissement de la
démocratie et au respect des droits humains, s'ajoute la
promotion de la diversité culturelle. Sans doute s'agit-il d'un
objectif d'importance globale, bien que la Méditerranée en soit
aujourd'hui le seul terrain d'essai.

Les deux initiatives coïncident dans le temps avec la


dernière phase de l'actuel processus d'élargissement, également
influencé par le nouveau scénario global : en raison de la
nouvelle insistance sur la sécurité, il ne paraissait pas
recommandable de laisser plus longtemps les pays candidats
dans un no man's land : au cours de l'année 2002, une
accélération inhabituelle dans le calendrier négociateur a écarté
les derniers obstacles aux adhésions.

À la lumière des candidatures qui resteront en attente


après cette date, il ne sera pas facile de continuer à considérer
l'élargissement et la politique méditerranéenne de l'UE comme
des dossiers concurrents. Mais cela obligera à une vaste
redéfinition du contenu de cette dernière. En termes politiques,
le Bassin méditerranéen évoluera de l'actuel schéma de deux
lignes parallèles (les rives Nord et Sud) vers un schéma
circulaire semblable à celui de sa disposition géographique, tant
du fait des adhésions à l'UE comme de la nécessité
d'approfondir le partenariat par la conclusion des calendriers et
le passage de la coopération à l'intégration dans les relations de
voisinage. L'objectif de partager « tout sauf les institutions » est
fondamental pour éviter que dans le domaine économique et
social, l'espace méditerranéen ne se résume à deux rives
opposées qui s'éloigne nt l'une de l'autre.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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On n'a pas suffisamment souligné l'importante et
intrinsèque dimension méditerranéenne de l'élargissement.
Parmi les 13 États adhérents et candidats, 4 États appartiennent
au Bassin méditerranéen, 6 États si on inclut la Mer Noire.
Compte tenu de l'extraordinaire poids démographique de la
Turquie, si toutes les adhésions se produisent, la moitié des
nouveaux citoyens appartiendront à la région méditerranéenne.
Le moteur principal et le leitmotiv de l'élargissement ont été les
retrouvailles Est-Ouest, mais on ne doit pas oublier pour autant
que certains des points les plus sensibles du processus et de
ses effets sur le développement de la construction européenne
se situent en Méditerranée : la candidature de Chypre a été une
condition sine qua non en raison de la menace de la Grèce de
bloquer l'ensemble du processus ; d'autre part, jusqu'à une date
récente, l'ensemble de la PESD était conditionné par le fait que
la Turquie lie l'utilisation de ressources de l'OTAN par l'UE à la
garantie de son entrée.

D'autre part, l'adaptation de nouveaux pays aux


institutions de l'Union a exigé le début d'une véritable réforme de
leurs organes et du système de prise de décisions. Entre autres
changements, l'actuel système de la présidence du Conseil par
des tours semestriels paraît toucher à sa fin. Cela peut aussi
mettre un terme à la discontinuité de la politique

Devant ce scénario possible, les pays du Maghreb


peuvent voir surgir de nouveaux pôles d'intérêts en
Méditerranée. Mais dans certains cas la maturité du processus
de partenariat peut les amener à conduire le dialogue des
partenaires méditerranéens avec l'Union. Les difficultés de la
coopération Sud-Sud dans l'espace intra maghrébin seraient
sans doute réduites dans un espace de coopération pan
méditerranéen. Vu les nécessités que pose la politique de
voisinage dans l'Est européen du post-élargissement, et si le
programme de la Wider Europe est poussé jusqu'à ses dernières
conséquences, il n'est pas à exclure que les pays du Maghreb
puissent postuler à des aides régionales.

iii. Le chemin à parcourir

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Les Journées de l’entreprise 2003
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La conjoncture politique et les nécessités géostratégiques


du post-élargissement sont favorables à une relation plus étroite
entre le Maghreb et l'Union européenne. Ce climat général,
toutefois, ne doit pas cacher qu'il existe d'importants obstacles.
Ceux-ci proviennent tant du modeste bilan du Processus de
Barcelone, qui verra en outre augmenter sa complexité en raison
de l'entrée de nouveaux membres, que de la nécessité, à
l'avenir, d'une plus grande attention politique et financière de
l'Europe à sa propre cohésion.

En lignes générales, trois problèmes majeurs se posent


en Méditerranée et provoquent une expansion de l'insécurité
sociale sans équivalent : la polarisation économique croissante
(à l'échelle interne et à l'échelle européenne), le manque de
légitimité de l'État et les problèmes relatifs à l'identité. Les
migrations vers le Nord, un phénomène où convergent tous ces
facteurs, en est un des effets les plus nets pour les sociétés
européennes.

L'approche régionale du concept de la sécurité

Après les attentats du 11 septembre, la sécurité a acquis


une importance centrale dans l'agenda Euro-Méditerranéen.
Bien que la question ait été abordée dans le cadre du partenariat
depuis sa création, sa définition a été retardée surtout en raison
de la difficulté à trouver des paramètres adaptés au caractère
conflictuel de l'après-guerre froide. L'effort, en son temps et dans
le cadre continental, de la CSCE/OSCE, pour formuler une
nouvelle conception de la sécurité fondée sur son caractère
exhaustif – inclusion d'un vaste éventail de menaces non
militaires – et coopératif – relation non hiérarchique entre les
acteurs étatiques dans le système de sécurité –, n'a pas eu son
corollaire en Méditerranée. Et ce malgré les initiatives
espagnoles et italiennes pour créer une structure analogue à la
CSCE pour la Méditerranée.

La nécessité d'un changement dans la définition


employée dans la dernière décennie par les policy-makers de la
sécurité pour établir les politiques de sécurité obéit à diverses
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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raisons. D'emblée, la chute du mur de Berlin a supposé le
passage d'un monde où la menace était bipolaire à un monde où
elle est devenue multipolaire. Au fil du temps, la plus grande de
ces menaces, selon les décideurs américains, proviendrait
principalement d'une civilisation complètement différente, la
musulmane, dont le potentiel en matière d'armements et de
pouvoir de déstabilisation est supérieur à d'autres. La première
guerre du Golfe a constitué le premier exemple d'une conception
basée sur la volonté de répondre à cette menace à travers un
contrôle direct des ressources et de la gestion de la région.

Mais sans aucun doute, le caractère évasif de la nouvelle


conception de la sécurité en Méditerranée dans les années
quatre-vingt-dix est dû non seulement à la difficulté de
comprendre les nouveaux conflits mais aussi à la difficulté de
déterminer sur quels acteurs de la sécurité retombe sa
résolution. En Méditerranée on a vu alterner une concurrence
entre les visions stratégiques atlantiste et européiste et des
situations de « division du travail ». Cela s'est reflété non
seulement dans la prédilection des États-Unis à s'occuper des
points « chauds » de la géographie régionale, mais aussi dans le
partage conséquent des responsabilités de sécurité hard et soft
entre les États-Unis (avec ou sans le parapluie de l'OTAN) et
l'Europe. Soit dit en passant, cet ajustement de convenance
mutuelle a, paradoxalement, suscité des reproches au sein des
relations transatlantiques, en particulier après la guerre du
Kosovo : les États-Unis considéraient que l'Europe négligeait ses
obligations « hard » – peut-être par sa difficulté à faire converger
des forces armées nationales et des intérêts stratégiques
disparates dans une véritable politique de défense commune –,
tandis que les Européens les accusaient de ne pas comprendre
l'utilité des options « soft » et de ne pas investir dans celles-ci.

Dans cet état de choses, la dimension sécuritaire du


Processus de Barcelone se fraie un chemin avec une marge de
manœuvre étroite et se nourrit davantage de l'identification des
risques contenus dans chacun des déséquilibres abordés par
chacun des trois paniers que sur le déploiement d'une vision
stratégique initiale. C'est ainsi que finit par se forger une

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Les Journées de l’entreprise 2003
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approche régionale en réponse à des menaces qui dépassent le
cadre strictement national et étatique, ce qui apparaîtra dans
toute son évidence après le 11 septembre 2001, moment où la
sécurité revient dans le point de mire. L'Europe réaffirme que la
sécurité est un concept vaste et complexe, non réductible aux
aspects militaires d'une société. En ce sens, des auteurs tels
que Tanner comprennent la sécurité comme un processus de
transition vers un développement durable, soutenu par des
acteurs non exclusivement étatiques et lié au comportement
interne et au contexte international. De ce point de vue,
l'ensemble du processus de Barcelone à a voir en dernier ressort
avec la sécurité.

Cependant, au cours des deux dernières années, la


croissante identification de menaces non conventionnelles n'a
pas été accompagnée d'une adéquation des moyens. La Guerre
en Afghanistan, le deuxième conflit avec l'Iraq ou ce qu'on a
appelé l'« effort global contre le terrorisme », ont provoqué une
modification sans précédent des agendas politiques
internationaux, mais ils ont aussi mis l'accent sur le combat
antiterroriste à travers la hard security, sans s'attaquer aux
causes profondes de l'instabilité. Cette confusion a eu et a
encore des conséquences graves et à longue portée sur le futur
des relations stratégiques entre secteurs régionaux. Ainsi, en
Occident, apparaissent des fissures dans la politique
traditionnelle d'alliance entre les États-Unis et l'Europe après le
début de la guerre et l'un des objectifs fondamentaux de l'UE est
aujourd'hui de les colmater. Dans les pays du Sud, certains
discours populistes, la fragilité de l'État et les luttes pour le
pouvoir ont accentué la radicalisation des opinions publiques et
des élites dirigeantes en ce qui concerne les aspects sécuritaires
à protéger en priorité. En somme, on considère que le traitement
de la sécurité est une question régionale, puisque la
globalisation ne permet pas une définition de la sécurité limitée à
des aspects strictement militaires. C'est un concept complexe
qui comprend des dimensions économiques, culturelles et
politiques ne permettant pas une approche strictement étatique.
Toutefois, on a vu se consolider parallèlement des doctrines
favorables aux attaques préventives basées sur « l'application
d'une force irrésistible » dans les zones dont l'importance
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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stratégique dépasse le domaine régional, des doctrines qui non
seulement creusent le fossé conceptuel concernant la façon
d'assurer la paix et la stabilité, mais aussi, pour de nombreux
pays, relativisent la possibilité de se rapprocher de cet objectif
par un travail de fond, constant, œuvrant sur de multiples fronts
– politiques, économiques, sociaux, environnementaux – de la
région méditerranéenne.

Le scepticisme n'est pas nouveau au Sud, et met les pays


du Maghreb devant la nécessité de maintenir le caractère
discrétionnaire de leurs options stratégiques. D'une part, ils
misent sur l'espace Euro-Méditerranéen, mais ils ne peuvent pas
échapper à la relation bilatérale avec les États-Unis en tant que
principal garant de leur sécurité dans le contexte régional. Les
cas sont variables, allant de l'alignement fidèle du Maroc à
l'antagonisme de la Libye jusqu'à une date récente, en passant
par la prudence de l'Algérie dans le Dialogue méditerranéen
parrainé par l'OTAN. Ce dernier cadre est défini, en théorie, en
complémentarité avec le Partenariat Euro-Mediterranéen, mais,
dans la pratique, il contribue à la sensation de nébulosité au sein
de celui-ci.

Ce même caractère discrétionnaire est présent dans les


pays candidats et adhérents du Centre et de l'Est de l'Europe à
la veille de leur entrée dans l'UE. La course vers l'adhésion à
l'Union a été parallèle au processus d'intégration à l'OTAN.
L'aboutissement rapide du défi atlantiste offre une légitimation
politique claire à ces démocraties face à une offre européenne
titubante. À cela s'ajoute la préoccupation dans de nombreux
pays quant à un déficit sécuritaire historique – en raison d'une
position intermédiaire entre la Russie et l'Alle magne – et la
nécessité de renforcer leur autonomie dans l'extérieur face à une
imminente cession de souveraineté. La vaste marge de
manœuvre stratégique attribuée à la Pologne apparaît
clairement dans la participation de ses forces armées à
l'occupation de l'Iraq, à côté des États-Unis et de la Grande-
Bretagne.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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La fin de la longue phase de négociation et d'accès, ainsi
que la concrétisation éventuelle de la PESD, devraient
contribuer à dissiper cet « européisme réticent » qui s'est ancré
dans une bonne partie des pays adhérents et candidats,
également en matière de sécurité. La création d'une véritable
communauté de sécurité est réalisable dans le cadre continental,
puisque celle-ci se base sur le même principe que l'intégration
politique et institutionnelle : le renforcement (et la défense) d'un
consensus de valeurs. Au contraire, suivant le même
raisonnement, l'inclusion de la Méditerranée dans cette
éventuelle communauté de sécurité se heurte à de sérieux
obstacles : ni l'Euro-Mméditerranéité ni la Wider Europe ne
conduisent les deux rives vers une identité commune en la
matière. En ce sens, la proposition du Nord exige aujourd'hui de
plus grandes garanties pour la cohésion régionale et un plus
grand enthousiasme de ses citoyens à s'impliquer dans la
sécurité du Sud autant que dans la leur.

Gouvernance, fragilité de l'État et « valeurs


démocratiques »

L'approche holistique de la réforme du domaine


sécuritaire met nécessairement en rapport la gouvernance, la
prévention des conflits et le développement, et par là même, la
stabilité. Le concept de gouvernance sécuritaire (security
governance) offre des éléments clef pour évaluer l'importance
d'une stratégie européenne équilibrée et ayant des résultats
positifs pour le Maghreb et pour l'UE. En ce sens, et compte tenu
de l'analyse de ce concept effectuée jusqu'à présent, nous
entendons par « gouvernance » une série de mesures destinées
à assurer une gestion politique en accord avec divers éléments :
la responsabilité politique, la transparence, la légitimité, le
respect des droits humains et le règne de la loi, ainsi que
l'utilisation efficace des ressources.

Nous devons reconnaître ici une pluralité d'acteurs. La


théorie participative des relations internationales, en opposition
aux courants réalistes, proclame qu'il doit exister des
mécanismes de contrôle non strictement étatiques et non
strictement ancrés dans le cadre de la défense pour mener à
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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bien une gouvernance sûre. Mais la réalité démontre que les
codes de conduite, les accords multilatéraux basés sur le
consensus et l'adhésion à des principes communs constituent le
seul instrument dont on dispose actuellement pour l'application
progressive de ce concept, puisqu'il s'agit d'un modèle politique
sans application universelle.

Dans la zone Euro-Méditerranéenne, la pratique et les


résultats obtenus jusqu'à présent, au cours de presque une
décennie d'instauration du partenariat Euro-Méditerranéen, se
sont basée sur la croyance en l'automatisme du marché comme
générateur de démocratie et de bien-être et sur l'utilisation
d'instruments de développement propres à la tradition
européenne occidentale. Or, l'expérience a montré que cette
conception offre de faibles résultats quant aux objectifs sous-
jacents à la mise en œuvre du partenariat. Selon Khader, les
objectifs pour lesquels le partenariat Euro-Méditerranéen a été
créé en 1995 demeurent intacts : aider les pays du sud à
restructurer leurs économies et à réformer leurs États pour les
sortir de leur dépression économique, stabiliser leurs sociétés,
éviter leur marginalisation dans le système mondial et réduire la
pression migratoire. Le potentiel déstabilisateur croissant de tels
défis laisse difficilement penser que l'élargissement de l'Union
européenne vers l'Est supposera un abandon de l'intérêt et du
financement du partenariat.

L'UE insiste, encore timidement, sur l'introduction


nécessaire de la « bonne gouvernance » comme instrument
fondamental pour obtenir que le monde de l'économie et de la
politique se transforme en vases communicants ayant des effets
au-delà de la stabilité macro-économique. En dernière instance,
la stratégie d'intégration régionale de l'UE ne peut pas perdre de
vue les autres deux volets du partenariat : le dialogue politique et
le dialogue culturel et leur connexion. Un dialogue politique pour
la solution pacifique des conflits dans le secteur, et un dialogue
culturel ouvert aux sociétés dont nous parlons, où la diversité et
la pluralité doivent être la base de la coexistence.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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La faiblesse de l'État apparaît comme un obstacle à
l'application d'une gouvernance sûre étant donné l'existence
encore réelle de la lutte pour le pouvoir. Ainsi, tout indice de
déstabilisation se traduit par un protagonisme disproportionné de
l'État policier, dans lequel on ne recourt même pas à des
tentatives de légitimation pour agir contre les mouvements
islamistes ou contre les militants en faveur des droits humains.
D'autre part, le maintien des élites au pouvoir passe par
l'importation exclusive des seules « valeurs de modernisation »
qui leur permettent d'y rester. Cette gestion, jointe à la croyance,
en Europe, en l'automatisme entre création de marché et
démocratisation, ne contribue nullement à clarifier le rôle d'un
État sans légitimation aux yeux de ses citoyens, sans
transparence, sans processus électoraux continus et sérieux,
sans responsabilité de l'exécutif face à des mécanismes de
contrôle, etc. Comme le soutient Xenakis :

« La relation entre l'approche de la démocratisation et la


promotion de changements politiques dans un État ou un groupe
d'États est que la composante substantielle et l'objectif souhaité,
la démocratie, se détache fortement de la tradition occidentale
libérale. Ainsi, employer le langage de la démocratisation n'est
pas totalement approprié en tant que guide pour la promotion de
changements en Afrique du Nord ou au Proche-Orient, puisque
leurs composantes politiques se caractérisent par des systèmes
de croyances, des traditions culturelles, des pratiques politiques,
des accords civils, des doctrines militaires, des principes
d'organisation économique, des structures sociales et des
conceptions de la « bonne politique » différents par rapport au
niveau de l'État libéral occidental. »

« Ce qui ne va pas, en opposition à la stratégie de


démocratisation, c'est une nette focalisation sur un produit final
du processus de changement, qu'il soit transitoire ou
transformatif, linéaire ou erratique, géré domestiquement ou
contrôlé extérieurement. Au lieu de cela, la gouvernance devrait
se focaliser sur des thématiques de libéralisation politique et
économique, de dialogue interculturel ou inter-foi, et de
gouvernance socio-économique, sans que la démocratie ne soit
nécessairement ou logiquement localisée à la fin du continuum,
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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les pôles étant représentés par les désirs de la non-démocratie
(régimes autocratiques, autoritaires ou totalitaires...) et la
polyarchie. Grosso modo, le gouvernement se base sur un type
particulier d'agenda socio-politique, plus que sur l'applicabilité
universelle d'idéaux libéral-démocratiques au sens du choc des
civilisations huntingtonienne. C'est un instrument pour la
construction de capacités à l'approfondissement de convergence
Inter-systémique sans pousser les parties vers une idéologie
absolutiste de bonne pratique démocratique. La bonne
gouvernance n'est pas soumise à des allégations de type
culturel ».

D'autre part, les implications de la bonne gouvernance,


mesurée selon sa capacité à produire de la stabilité, sont de plus
en plus exigées par la communauté internationale bâilleuse de
fonds. En ce sens par exemple, cette politique de donations est
de plus en plus liée à la réforme du domaine sécuritaire au sud
de la Méditerranée. De fait, la problématique se situerait dans
l'éternelle incompatibilité entre la théorie « occidentale » de la
démocratisation et le devenir des États arabes après la
décolonisation, dont les projets politiques se basaient fortement
sur des composantes identitaires. Toutefois, au dire de plusieurs
analystes, le processus Euro-Méditerranéen se trouve situé à un
seuil entre le partenariat entre États et la création d'un système
de coopération internationale ayant des effets sur leur
populations sur le moyen et le long terme, au-delà d'activités
occasionnelles basées sur la conjoncture.

Polarisation économique et projets d'intégration régionale

Le risque d'uniformisation, latent dans l'« exportation »


non discriminée de modèles démocratiques, est également
perceptible dans les théories du commerce international, peu
attentives aux spécificités locales. Comme alternative, les
théories de l'aide au développement, qui devrait effectivement
inclure le Processus de Barcelone, favorisent l'adaptation des

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Les Journées de l’entreprise 2003
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sociétés à la globalisation. La future création d'une zone de libre-
échange entre l'Europe et les douze pays partenaires du rivage
sud de la Méditerranée doit non seulement être compatible avec
cet objectif mais aussi le favoriser activement. Le Maghreb
présente de nombreuses spécificités en tant que région au sein
de la zone méditerranéenne, mais, en outre, chacun des pays
offre des réalités très précises.

Au Maroc, les indicateurs macro-économiques restent


relativement stables, mais la croissance dépend encore
excessivement de l'agriculture (les prévisions pour 2003 sont de
6.5 %). Dans les villes, le chômage atteint 20 % et le nombre
croissant de personnes qui devraient entrer sur le marché du
travail dans les deux prochaines décennies est un sujet de
préoccupation. La pauvreté a augmenté au cours des dernières
années, ce qui explique la tendance croissante à essayer
d'émigrer. Les plans libéralisateurs ont mis en évidence
d'importantes limitations s'agissant d'augmenter la compétitivité
vers l'extérieur, de moderniser les instruments économiques et
sociaux et de garantir la cohésion sociale. Les réformes
institutionnelles et structurelles visent avant tout à la création
d'une atmosphère attrayante pour le secteur privé,
particulièrement dans le domaine commercial ; elles visent aussi
à améliorer l'accès à des facteurs clef, comme la terre, les
ressources humaines et le capital.

L'Union est le lieu de destination de 62,7 % des


exportations algériennes et elle fournit à l'Algérie 58 % de ses
importations, ce qui fait que la balance commerciale est
favorable à l'Algérie. Toutefois, les hydrocarbures (gaz et
pétrole) ont un poids excessif dans l'économie du pays : ils
représentent 97 % des exportations, 30 % du PIB, et financent
65 % du budget de l'État. L'agriculture n'a qu'une importance
résiduelle. Malgré les efforts de restructuration et de privatisation
– grâce à la remise en question de la dette extérieure vers le
milieu des années quatre-vingt-dix et de l'aide du FMI et de la
BM – elle n'a pas obtenu la diversification de son économie.
Parallèlement, elle a voulu aborder d'autres problèmes intérieurs
urgents, comme le chômage (qui frôlait les 30 % en 2001), le

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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cadre de régulation, la restructuration des services financiers et
la construction et la restauration de logements.

Durant les prochaines années, le partenariat Euro-


Méditerranéen sera touché par différents processus de
changement étrangers à son propre devenir. Du point de vue de
la stratégie réelle de l'UE vis-à-vis du Maghreb, il convient de
tenir compte de plusieurs éléments. D'une part, en accord avec
l'exposé des principaux think-tanks européens influents dans la
prise de décisions au niveau international, l'adhésion de Chypre,
de Malte et probablement de la Turquie « changera la géométrie
du partenariat, et se limitera à huit partenaires arabes et à
Israël » au sein d'un système de gestion multilatérale peu
opérationnel.

En outre, l'implication progressive de l'Union européenne


dans la reconstruction de l'Iraq rendra tôt ou tard nécessaire la
conception d'une stratégie pour l'Iraq, dont la situation
géographique et stratégique pourrait en faire un candidat au
partenariat, avec les conséquences conceptuelles et pratiques
que cela entraînerait. Il existe toutefois en Afrique du Nord
d'autres tendances qui recherchent un modèle plus fonctionnel
des projets d'intégration, compte tenu du fait que la politique
d'intégration au niveau subrégional ne sera pas possible tant que
la politique culturelle restera l'élément dominant dans une zone
où, précisément, l'identification culturelle exclut des ensembles
comme Israël.

Finalement, la politique de voisinage de l'UE offrira de


nouvelles perspectives à l'ensemble desdits « nouveaux
voisins » de l'Union. L'objectif de la gestion intégrée dans un
cadre régional des éléments appartenant au domaine sécuritaire
et au domaine de la croissance demande des réponses qui vont
au-delà du cadre de l'Etat nation, puisque la globalisation de
l'information, les échanges et les mouvements humains le
veulent ainsi. Les expériences d'intégration, comprises comme
génératrices de bien-être et de richesse dans des contextes et
des pays qui en manque, se trouvent au centre de ce débat.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Les stratégies d'intégration régionale varient en fonction
des aspects économiques, politiques et sociaux auxquels les
secteurs impliqués doivent faire face. Elles ont dans certains cas
une composante commune, qui constitue leur inscription dans
des espaces culturels communs, mais ce n'est pas le seul
élément qui les définit. Il s'agit de projets ouverts et présentant
différents niveaux d'intégration, dont l'objectif fondamental est,
d'une façon générale et du point de vue politique, d'obtenir la
stabilité du secteur auquel ils appartiennent, non seulement en
termes sécuritaires mais aussi économiques. Le Maroc et la
Tunisie prennent part au processus d'Agadir pour créer un
secteur commercial avec l'Égypte et la Jordanie. Le Maroc, de
son côté, négocie aussi un accord de libre commerce avec les
ÉtAts-Unis dont la conclusion pourrait être effective fin 2003.

Certaines des propositions d'intégration qu'on fait au sud


de la Méditerranée requièrent une révision urgente, par exemple
en ce qui concerne l'agriculture. En outre, jusqu'à présent, les
efforts du sud ont été limités en ce qui concerne l'augmentation
de l'instabilité sociale. Les réformes de structures économiques
ont un rythme supérieur et parfois trop différencié de celui de la
politique, tandis que la modernisation des infrastructures ou le
transfert de connaissances, entre autres, ne peuvent pas
concurrencer les déséquilibres dans les capitaux financiers,
l'investissement étranger et le capital humain.

La gestion de la diversité

La particularité du processus Euro-Méditerranéen, du


point de vue de ses caractéristiques culturelles, est située dans
la volonté explicite du projet de dépasser le déterminisme
culturel et d'apporter au projet européen une dimension
méridionale qui diversifie et équilibre la dimension continentale
qu'impose l'élargissement. De cette manière, le fonctionnalisme
économique (zone de libre échange) a dominé y compris la
dimension politique du projet, qui est encore circonscrite à des
volontés très bilatérales. Toutefois, l'idée d'un dialogue culturel
Nord-Sud et la dimension civile (caractère conditionnel positif et
coopération décentralisée, avec les programmes MEDA) du
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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projet, permet d'aborder la diversité sur un fonds de valeurs
communes.

Le partenariat Euro-Méditerranéen constitue actuellement


le seul forum au sein duquel sont représentés tous les pays
partenaires, douze de l'UE sur le rivage sud de la Méditerranée,
et peut développer deux versants d'une grande importance pour
un régionalisme ouvert : la participation des sociétés civiles à la
coopération entre les deux rives (même si ce chapitre est
exposé actuellement à de multiples critiques tant au Sud qu'au
Nord) et la capacité à produire un subrégionalisme
complémentaire avec des initiatives comme la Déclaration
d'Agadir.

Il constitue en outre un projet ayant une force suffisante


pour accorder à la dimension culturelle du projet une contribution
ouverte. Quelques initiatives actuelles tendent à un plus grand
volontarisme politique et devrait, en ce sens, prouver leur
continuité. Le caractère central de la culture en Méditerranée
aux yeux de la Présidence européenne est aujourd'hui évident,
comme en témoigne Romano Prodi, qui pense que la question
méditerranéenne est une « question culturelle » et qui a créé le
comité des sages ad hoc auquel nous avons déjà fait référence,
dont la tâche est d'analyser les grandes questions qui affectent
le secteur dans ce domaine. Des initiatives telles que le
Symposium du dialogue interculturel organisé par la Direction
générale de l'éducation de la Commission européenne dans le
cadre du projet Jean Monnet vont dans ce sens. D'autre part, la
proposition de création d'une Fondation Euro-Méditerranéenne
peut grandement aider à échapper au déterminisme culturel
occidental de même qu'à une appropriation culturelle et
identitaire fermée au sud. Ainsi, quelques initiatives comme la
rencontre pour le dialogue euro-islamique témoignent d'une
approche de la dimension confessionnelle, qui dépasserait le
dialogue euro-arabe et donc les déterminismes qui ne
permettent pas d'aborder réellement la méthodologie du
dialogue en Méditerranée. D'autre part, la diversité qui est à la
base même du projet Euro-Méditerranéen ne s'exprime pas
assez du fait qu'il s'agit d'un projet promu en Europe, alors que

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Les Journées de l’entreprise 2003
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l'objectif du troisième pilier du Processus de Barcelone ne
devrait pas être enfermé dans les relations
intergouvernementales.

Après le 11 septembre, il est impératif de promouvoir


l'idée du dialogue interculturel en tenant compte de deux aspects
fondamentaux. D'abord, il faut approfondir la coopération
pratique entre les sociétés civiles pour dépasser les différences
actuelles et ne pas creuser l'écart entre la Méditerranée réelle et
la Méditerranée virtuelle, puisque pour beaucoup le partenariat
n'est encore qu'un embryon étant donné les difficultés qu'il
rencontre dans sa mise en place.

L'intégration régionale permet, en ce sens, une définition


plurielle, et c'est pourquoi, selon quelques analystes comme
Vasconcelos, un subrégionalisme de caractère méditerranéen
ou Euro-Méditerranéen, pourrait être utile pour échapper aux
logiques continentales d'intégration qui supposeraient un risque
de définition culturelle et identitaire plus ou moins homogène.

Tel est le cas de l'Europe et la zone de libre-échange. Le


bilan du processus qui doit nous y mener est décourageant, au
sens où ses réussites ne compensent pas la rapidité de la
paupérisation dans la région ni la mauvaise gestion de conflits
latents qui augmentent l'ins tabilité. Or, la Méditerranée/Maghreb
est le cadre d'échange économique, culturel et humain qui
interpelle le plus clairement l'Europe, là où s'ouvrent les
principales portes du continent pour la sécurité commune, le
dialogue entre des cultures diverses ou la gestion des
migrations.

La région connaît des tendances et des réalités


fragmentées d'une complexité croissante, et face à la croissance
démographique du sud dans les prochaines années, on prévoit
une importante stagnation au sein de l'UE et un taux de
productivité du travail insuffisant. Tels sont, selon les analystes,
les principaux dangers à surmonter afin que l'UE ait un réel
leadership en tant qu'acteur global et développe une stratégie
cohérente en ce qui concerne le Maghreb.

©IACE 208
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Immigration maghrébine au sein de l'UE : perspectives
devant l'élargissement

Parmi les aspects les plus importants dans les relations


entre le Maghreb et l'UE figurent sans doute, précisément, les
mouvements humains qui se produisent entre ces deux zones.
Les implications politiques de cette dynamique humaine ont une
dimension importante, de plus en plus centrale. Dans le domaine
des mouvements humains, les migrations Sud- Nord, qui se
produisent entre les pays du Maghreb et l'Union européenne,
sont celles qui peuvent avoir les plus grandes conséquences
politiques, économiques et sociales.

L'immigration des pays du Maghreb vers l'Union


européenne nous permet une analyse de différents processus
qui se déroule simultanément.

D'une part il est nécessaire de se demander quel effet


aura l'élargissement européen sur les flux migratoires vers
l'Union européenne et sur les pays d'origine, et d'autre part, il
faut savoir comment on va conjuguer l'élargissement et
l'évolution d'une politique commune d'immigration, et quelles
répercussions il peut avoir sur les relations entre l'Europe et le
Maghreb, tant au niveau bilatéral EU-Maghreb qu'au niveau du
partenariat Euro-Méditerranéen.

Les flux migratoires vers l'Union européenne. Cadre


actuel et tendances de ces migrations : la Méditerranée comme
frontière.

La situation actuelle des flux migratoires de la rive sud de


la Méditerranée vers l'Union européenne se caractérise par deux
pôles d'émission très nets, la Turquie et le Maghreb. En ce qui
concerne les pays d'accueil, la distribution est plus hétérogène :

©IACE 209
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
à la fin des années quatre-vingt-dix, la population d'origine
méditerranéenne se trouve dans plusieurs pays de l'Union
européenne et y est arrivée à des périodes historiques
différentes.

Dans le cas précis qui nous occupe, la population


maghrébine représente 40 % des flux migratoires entre le sud
méditerranéen et l'UE, et 11 % de l'ensemble de la population
étrangère résidant dans l'UE (voir tableau 1).

Les Algériens, situés pour la plupart en France,


représentent près de 13 % de l'immigration étrangère dans
l'Union européenne ; ils sont arrivés majoritairement à la suite du
processus d'indépendance de l'Algérie. Pour leur part, les
personnes en provenance du Maroc ont un poids de 22 % du
total de la population immigrée dans l'UE ; en ce cas, le flux
migratoire s'est produit essentiellement dans la période de
croissance économique où il y avait une grande demande de
main-d'oeuvre, mais il s'est également prolongé pendant les
deux dernières décennies, étant donné la situation économique
du pays, les flux se réorientant cette fois vers les pays du sud de
l'Europe, comme l'Espagne et l'Italie. La population marocaine
émigrée dans les pays de l'Union européenne est de 1 400 000.
On peut ainsi constater que 82 % des émigrants marocains
résident dans l'UE : en France (60 %), puis en Belgique et en
Hollande, en fin en Espagne (6 %) et en Italie (10%), qui figurent
ainsi parmi les cinq premières destinations de l'immigration
marocaine.

Quels sont le cadre actuel et les tendances de ces


migrations ? L'espace Euro-Méditerranéen a connu une
évolution inégale de sa croissance économique au cours des
dernières décennies, ce qui fait que c'est actuellement une
région économiquement polarisée. Bien que précédemment les
pays situés autour de la Méditerranée offraient une grande
disparité en termes de revenu par habitant, il existait une
gradation uniforme entre les extrêmes supérieur (France) et
inférieur (Maroc), une échelle de 7 niveaux de pays avec un
différentiel situé entre 25 et 45 % d'un niveau à l'autre. À la fin
des années quatre-vingt-dix, les pays du Nord et du Sud de la
©IACE 210
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Méditerranée se sont divisés en deux groupes séparés. L'écart
entre les extrêmes s'est creusé et, tandis que le groupe des pays
les plus développés a convergé avec ses voisins du Nord, les
pays les moins développés du Sud de la Méditerranée ont vu
chuter le revenu par habitant, ce qui a défini deux groupes de
pays polarisés aux extrêmes, très homogènes entre eux et
hautement hétérogènes par rapport à l'autre groupe.

D'autre part, les explications sur le risque du différentiel


démographique du Sud méditerranéen, surtout en ce qui
concerne le Maghreb, n'abordent qu'un côté de l'analyse. En ce
sens, on parle du relativisme de la frontière démographique.

Bien que pendant la première décennie du XXI siècle on


observe l'arrivée sur le marché du travail de la génération la plus
populeuse de l'histoire, il faut considérer qu'il s'agit d'un pic
maximal, à partir duquel on assiste à une diminution (une
croissance de plus en plus réduite) de la natalité, qui
commencera à décliner en termes absolus à partir de 2010.
C'est pour cette raison qu'on doit moins se soucier de la
dynamique de la population que de l'emploi de cette main
d’œuvre, la plus nombreuse de l'histoire, à un moment où le
marché du travail ne peut pas l'absorber, surtout à partir des
réformes économiques entreprises selon les recommandations
du Fonds monétaire international.

Dans cette brève description du cadre actuel, il faut en


troisième lieu regarder du point de vue du Sud de la
Méditerranée, où l'on constate une grande hétérogénéité entre
les pays riverains. On trouve des pays d'immigration comme la
Libye et Israël, et des pays d'émigration comme la Turquie, qui
offre une tendance à la baisse des flux migratoires vers l'Europe.
Il y a de même des pays qui sont encore témoin d'une pression
croissante vers l'immigration, comme c'est le cas du Maroc. À
leur tour, une grande partie des pays du Sud, membres du
partenariat tant en Méditerranée occidentale qu'au Moyen-Orient
assistent aux effets des mouvements humains à l'échelle globale
et se transforment en zones de transit de flux en provenance de
l'Asie ou de l'Afrique sub-saharienne. C'est dans cette

©IACE 211
Les Journées de l’entreprise 2003
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dynamique que s'inscrivent Chypre et Malte, pays qui vont entrer
à l'UE à brève échéance et qui jouent actuellement le rôle de
stations intermédiaires des flux migratoires transméditerranéens.
Le Maroc est également aujourd'hui une terre de passage des
flux migratoires vers l'UE en provenance de l'Afrique sub-
saharienne.

Les flux migratoires maghrébins et l'Europe élargie

Il est clair que l'élargissement de l'Union européenne vers


l'Est entraînera une redéfinition des frontières actuelles et de leur
rôle, de même qu'il modifiera le rôle que joue l'Europe dans les
régions de proximité, comme la Méditerranée. Quant aux futurs
membres de l'UE élargie (Bulgarie, République tchèque, Estonie,
Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Roumanie, Slovaquie,
Slovénie), on ne s'attend pas à une arrivée massive
d'immigrants dans l'UE : le profil démographique de ces pays,
(faible taux de fécondité et vieillissement), les périodes de
transition en ce qui concerne la liberté de circulation des
travailleurs (jusqu'à sept ans) et les espoirs croissants
d'amélioration de leurs conditions socio-économiques n'incitent
pas à prévoir de tels mouvements. Il convient toutefois d'indiquer
la tendance à moyen terme des pays de l'Est qui entrent à l'UE à
se transformer en pays de destination des migrations, ces pays
d'émigration devenant des pays d'immigration, comme cela s'est
produit dans les pays du sud de la Méditerranée (l'Espagne et
l'Italie principalement).

Le principal flux de migrations qui va entrer en


concurrence avec les flux du sud de la Méditerranée aura pour
origine les pays qui se trouvent à l'Est des pays incorporés à
l'UE. On estime donc qu'après l'adhésion, ce sont la Turquie, les
pays situés à l'Est de la nouvelle frontière de l'UE, les pays
balkaniques et, par-dessus tout, les pays de la rive sud de la
Méditerranée, qui vont émettre les principaux flux migratoires
vers une UE élargie.

©IACE 212
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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De fait, la frontière Est présente des caractéristiques très
spécifiques : frontières perméables, vastes zones de contact,
attrait de pays nouvellement incorporés l'UE, développement de
réseaux d'immigration clandestine et différentiel de revenu
accusé de part et d'autre de la frontière. De leur côté, il
semblerait que les mouvements migratoires continueront à se
produire en raison de la proximité (de la Méditerranée vers le
Sud, et de l'Est vers les nouveaux membres). À moyen terme,
l'entrée de la Turquie augmenterait le flux interne provenant de
ce pays, mais il faut en outre rappeler que les portes de l'UE
seraient, dans cette hypothèse, frontalières de pays du Proche-
Orient, comme la Syrie, l'Iran et l'Iraq, et des pays du Caucase.

Les politiques d'immigration devant l'élargissement

Comme nous l'avons avancé, nous voulons dans ce


chapitre considérer la façon dont va conjuguer l'élargissement et
l'évolution d'une politique commune d'immigration ainsi que les
répercussions que cela peut avoir sur les relations entre l'Europe
et le Maghreb, tant dans le cadre bilatéral EU-Maghreb que dans
celui du partenariat Euro-Méditerranéen.

Cette approche exige qu'on considère plusieurs


processus qui ont lieu simultanément dans différentes sphères.
L'élargissement proprement dit, l'évolution/émergence de
politiques communes, et le processus d'intégration régionale
Euro-Méditerranéen. En ce qui concerne des aspects analysés
du point de vue de l'immigration et des relations EU/Maghreb, on
peut affirmer qu'il existe simultanément des politiques bilatérales
EU-Maghreb et des politiques multilatérales au niveau du
Partenariat.

Premièrement, il convient de souligner que les relations


UE/Maghreb en matière de politique d'immigration sont
fortement déterminées par le processus entamé par l'UE, destiné
à communautariser les politiques d'immigration. L'idée de fond,
en ce cas, est de passer de la coopération intergouvernementale
en matière d'immigration à l'établissement d'une politique
commune. Le point d'inflexion de ce processus s'est produit lors

©IACE 213
Les Journées de l’entreprise 2003
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du Conseil européen de Tampere en 1999. Le Conseil de
Tampere a approuvé « l'Espace liberté, Sécurité et Justice » où
son définis les principes des politiques communes d'immigration
et d'asile :

a) politique de collaboration avec les pays d'origine


b) système européen en matière d'asile
c) traitement juste des ressortissants de pays tiers dans
l'UE
d) gestion commune des flux migratoires

Il ne faut pas non plus oublier que le Traité d'Amsterdam


(1999) a donne aux États membres un délai de 5 ans pour
préparer le transfert des questions d'asile et d'immigration du
troisième pilier (justice et affaires internes), au sein duquel elle
se trouvent aujourd'hui, vers le premier pilier, ce qui implique le
passage d'une coopération intergouvernementale en matière de
migrations à une politique commune de migrations.

Un suivi des Conseils Européens permet d'observer une


avancée irrégulière vers cet objectif. Selon la composition de la
Présidence européenne et l'impact du court terme, on peut noter
une tension entre la dynamique intergouvernementale et une
dynamique multilatérale liée à l'objectif d'une politique commune.

On s'aperçoit donc que le Conseil européen de Tampere


a jeté les bases d'un processus de création d'une politique
commune d'immigration, à partir du leadership de la
Commission. Il n'existe pas d'unanimité quant au déploiement
des directives qui devraient dessiner une politique commune ;
les propositions concernant le regroupement familial (premier
domaine abordé) n'ont pas été approuvées avant 2003, et non
sans problèmes. Il existe une dynamique intergouvernementale
qui empêche un leadership de la Commission.

C'est le Conseil de Séville (Intérieur et justice) qui montre


le plus clairement comment la dynamique intergouvernementale
pend le pas sur la dynamique commune (initiative de la
Commission). La proposition d'aide conditionnée à la
réadmission d'immigrants et de demandeurs d'asile est négociée
©IACE 214
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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entre les gouvernements qui la formulent (l'Italie, l'Espagne et
l'UK) et ceux qui s'y opposent (la France et l'Allemagne). Le
partenariat Euro-Méditerranéen est également invoqué en ce qui
concerne les pays pour lesquels ces conditions de réadmission
ne peuvent pas être appliquées en vertu du volet social et
culturel de ce Partenariat (ce ne sera pas le cas de pays
hautement dépendants de l'aide extérieure et de l'UE : ACP
Afrique, Caraïbes)

Mais lors du Conseil de Salonique on a assisté, en partie,


à un retour à la multilatéralité, puisque dans ce Conseil, les
décisions sur l'immigration ont été pour la première fois
soumises au contrôle des institutions européennes et ont été
approuvées à la majorité qualifiée.

D'autre part, en ce qui concerne le Partenariat Euro-


Méditerranéen, un examen de l'évolution du traitement du
domaine des migrations dans le Processus Euro-Méditerranéen,
nous permet de souligner les principaux aspects qui méritent le
plus d'attention dans la gestion des flux migratoires au sein de
ce processus d'intégration régionale.
- Co-développement : nouvelles logiques transnationales
de la coopération au développement
- circulation des personnes dans l'espace Euro-
Méditerranéen
- priorité du domaine sécuritaire (économique et politique)

Il est important de rappeler que le partenariat inclut trois


domaines : économique ; politique ; social et culturel. Ce dernier
a deux objectifs : répondre de manière pratique à une
philosophie de développement qui va au-delà du strictement
économique et agir à travers d'autres domaines où la
collaboration existe déjà et qui se caractérisent par une plus
grande complexité. En ce sens, les deux premiers points
indiqués correspondent à ce troisième domaine.

Nous avons pu observer que les deux processus décrits,


l'UE dans le cadre interne d'une part, et le Partenariat de l'autre,
ne se tournent pas le dos. Concrètement, comme nous avons

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Les Journées de l’entreprise 2003
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déjà signalé, dans la décision prise à Séville en rapport avec
l'admission d'immigrants expulsés ou de demandeurs d'asile
rejetés. On constate qu'à partir des accords établis dans le
Processus de Barcelone, concrètement dans le troisième cadre,
également appelé pilier humanitaire, cette mesure ne peut pas
être mise en oeuvre dans les pays membres du Partenariat et,
par conséquent, les pays du Maghreb n'ont pas à assumer une
décision prise dans une logique bilatérale (EU-pays tiers) grâce
au parapluie que représente un accord d'intégration régionale de
type multilatéral comme le Partenariat Euro-Méditerranéen.

Examinons la dynamique de l'UE. Il est nécessaire sur ce


point de faire référence au document de la Commission
européenne sur la Wider Europe, puisqu'il remet en question le
rôle que joue l'Europe dans les zones de proximité immédiate
comme celle de la Méditerranée. Ainsi, il est nécessaire de se
demander si, dans le cadre de la Wider Europe, on renforce
l'agenda extérieur, et de déterminer dans quelle mesure
l'élargissement vers l'Est peut altérer cette opportunité pour la
méditerranéisation de l'agenda politique et quelle impulsion
concrète il peut supposer dans le domaine des migrations.

Dans le cadre du Partenariat Euro-Méditerranéen, des


auteurs avancent que les raisons qui poussent à sa création sont
pleinement d'actualité ; particulièrement en ce qui concerne
l'articulation des sociétés dans ce nouveau cadre et la réduction
de la pression migratoire. En ce cas, deux questions doivent être
prises en considération.

D'une part, il est nécessaire d'établir dans quelle mesure


le modèle proposé, de type essentiellement défensif et unilatéral,
de l'Europe peut utiliser le partenariat Euro-Méditerranéen
comme un cadre multilatéral de gestion des flux migratoires
transméditerranéens. D'autre part, l'évolution du partenariat
quant aux mesures pour promouvoir la stabilité économique
nécessaire, facteur considéré comme essentiel pour amortir la
propension à émigrer, parait s'être centrée sur le marché en tant
qu'élément exclusif de récupération pour l'ajustement structurel
des pays du sud de la Méditerranée. Et il semblerait que la
dynamique de l'élargissement ne permettra pas un changement
©IACE 216
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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d'orientation en ce sens, mais plutôt un déplacement vers l'Est
des aides destinées aux mesures économiques d'ajustement.

IV. Conclusions

La dernière ligne droite de l'actuel processus


d'élargissement de l'Union européenne coïncide dans le temps
avec un important changement dans le discours des institutions
communautaires envers la Méditerranée. D'une part, les
attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington ont
révélé la nécessité d'une plus grande inclusion et cohésion dans
le cadre continental européen, ce qui lève les dernières
incertitudes concernant l'acceptation de nouveaux membres. Le
cadre des relations Euro-Méditerranéennes, d'autre part, est
marqué par la réponse de l'Union aux attentats, qui consiste à
vouloir chercher les racines de l'animosité envers Occident des
sociétés musulmanes et à intervenir dans de multiples
domaines.

Depuis que le Conseil de Copenhague de décembre 1993


a donné le feu vert aux candidatures des PECOS, Depuis lors, il
s'est instauré au sein de l'Union une dialectique complexe pour
tâcher d'équilibrer l'attention et les ressources consacrées à
l'Est, d'une part, à la Méditerranée, de l'autre.
L'institutionnalisation même du processus de Barcelone, à peine
deux ans plus tard, répond en grande partie à ce besoin de ne
pas négliger le Sud tandis que les efforts se concentraient sur
l'Est. La région du Maghreb, en raison de l'intensité particulière
des flux économiques et démographiques, ainsi que des liens
historiques et de la proximité géographique, s'est située à tout
moment au centre même de la politique méditerranéenne de
l'Union. Principalement, son importance stratégique pour les
partenaires méridionaux de l'Union a agi comme un catalyseur
dans la création même du partenariat Euro-Méditerranéen, qui
inclurait en outre d'autres pays de la Méditerranée orientale.

©IACE 217
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

Dans le développement de cette initiative, ce sont


précisément les pays du Sud de l'Union qui allaient parfois
imprimer une vitalité particulière au processus de Barcelone par
la mise en oeuvre d'agendas nationaux pendant les tours de
présidence respectifs du Conseil de l'Union. Cela n'a pas
contribué à la consolidation d'une politique méditerranéenne
commune dont l'intérêt serait partagé par tous les États
membres et les institutions communautaires, et les avancées sur
ce terrain ont du être confiées aux « hasards » circonstanciels.

La préoccupation et l'incertitude des pays du Maghreb


quant aux effets sur eux de l'élargissement est dans une certaine
mesure la prolongation logique de cette atmosphère, au sein de
l'UE, d'opposition et de négociation continue de contreparties
entre la politique méditerranéenne et la politique envers l'Europe
centrale et orientale, avec au départ une nette soumission de la
première à la deuxième. Les craintes pourraient être
augmentées par la fin de la nécessité de donner un contrepoint à
l'expansion vers l'Est quand la plus grande partie des actuels
pays adhérents et candidats seront membres de l'Union à part
entière. Toutefois, outre les difficultés qu'on ne peut pas pallier,
on observe quelques faits conjoncturels qui pourraient favoriser
une « méditerranéisation » effective de l'agenda européen s'ils
sont conjugués de façon adéquate. En annexe, on peut se
demander si le Maghreb sera en condition de jouir d'une
attention préférentielle dans cet éventuel cadre renforcé des
relations Euro-Méditerranéennes.

D'emblée, pour la première fois dans l'histoire, la


Commission européenne regroupe l'Est et le Sud sous un seul
modèle pour les relations de voisinage : le plein développement
de l'idée de Wider Europe devrait amener à une vision partagée
en ce qui concerne les nécessités des relations avec les voisins.
La nouvelle optique de la Commission du dialogue Nord-Sud est
aussi perceptible dans la création du Groupe consultatif pour le
dialogue entre les Cultures. Ce dialogue, pensé surtout pour
l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, aura une importance
capitale le Sud-est européen et pour la Méditerranée Orientale,
©IACE 218
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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qui seront probablement la scène des élargissements successifs
après 2004.

Devant ce scénario possible, les pays du Maghreb


peuvent voir surgir de nouveaux pôles d'intérêts en
Méditerranée. Mais dans certains cas la maturité du processus
de partenariat peut les amener à conduire le dialogue des
partenaires méditerranéens avec l'Union. Les difficultés de la
coopération Sud-Sud dans l'espace intra maghrébin seraient
sans doute réduites dans un espace de coopération pan
méditerranéen. Vu les nécessités que pose la politique de
voisinage dans l'Est européen du post-élargissement, et si le
programme de la Wider Europe est poussé jusqu'à ses dernières
conséquences, il n'est pas à exclure que les pays du Maghreb
puissent postuler à des aides régiona les.

Parmi les écueils importants, nous devons faire référence


à la sécurité, un domaine dans lequel interviennent d'importants
acteurs externes. La difficulté pour articuler un discours inclusif
en matière de sécurité est sans doute un frein pour le
renforcement de liens dans d'autres domaines, en particulier à
un moment où la question est prioritaire dans les agendas
politiques. Les États-Unis et l'OTAN ont effectué leurs offres en
ce sens. Le Maghreb y a apporté une réponse ambivalente,
allant de l'alignement traditionnel du Maroc sur les États-Unis à
la méfiance de certains pays face au Dialogue méditerranéen de
l'OTAN.

©IACE 219
Les Journées de l’entreprise 2003
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©IACE 222
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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« Financements extérieurs et zone de libre


échange : la structure des flux financiers
internationaux au Maghreb »
Madame Catherine LUBOCHINSKY
Professeur à l’Université Paris VIII
Cercle des Economistes Français

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs,

Notre présentation sera plus axée sur la structure des flux


financiers internationaux au Maghreb. Comme chacun sait, le
solde financier de la balance des paiements n’est que le reflet du
solde de la balance des opérations courantes. L’existence de
flux financiers internationaux permet de déconnecter l’épargne
nationale de l’investissement national, et onc de relâcher la
contrainte du financement des investissements. En d’autres
termes, on pourrait presque dire « pas besoin de l’épargne
nationale ». Mes propos semblent exagérés, mais cette
exagération est peut être moins gênante que ne l’est l’erreur
classique qui consiste à croire que les flux financiers
internationaux répondent passivement aux comptes courants.
Les investisseurs privés qui sont dans la salle savent
évidemment que le critère de décision fondamental c’est de
trouver un placement ayant un bon couple rendement – risque et
non pas de financer un quelconque déficit commercial. Donc ce
n’est pas parce qu’il va y avoir libre échange commercial que les
flux financiers internationaux vont arriver automatiquement.
Nous sommes face à un problème d’attractivité. Et sans
attractivité, les fonds mis à disposition par l’Union Européenne
vont certes être injectés dans les pays concernés, mais il n’y
aura pas d’effets d’entraînement sur les financements privés.

Et c’est dans cette optique que je vais aborder un peu la


question de la dynamique des flux financiers économiques au
Maghreb. C'est-à-dire tout d’abord en vous donnant quelques
éléments de la structure du financement extérieur, puis en
examinant le rôle particulier de l’Union Européenne via son bras
financier qui est la BEI. J’essayerais de vous montrer qu’il y a
une évolution, certes récente, vers les financements privés et
enfin en évoquant quelques facteurs d’attractivité d’attractivités
spécifiques au système bancaire et financier.

En ce qui concerne la structure de la dette extérieure, on


sait que la présentation analytique de la balance des paiements
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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distingue trois types d’opérations financières, qui sont les
investissements directs,les investissements de portefeuille et les
prêts bancaires internationaux. Première constatation, le Maroc
et la Tunisie sont les deux pays du Maghreb qui ont le plus
attirés d’Ide au cours des dernières décennies. Cependant, et à
l’exception du Maroc pour 2001, les IDE ont plafonné autour de
10% de la formation brute de capital fixe, alors que si on regarde
l’évolution des IDE vers les PECO, on est passé de 5% à 18%
dans les années 1990. Parmi les facteurs explicatifs de cette
stagnation, on peut évoquer, bien évidemment outre le fait que
les PECO vont devenir membres à part entière de l’Union
Européenne, l’étroitesse des marchés par rapport à la taille des
multinationales. Et dans cette optique, je pense qu’il faudrait
encourager les échanges intra maghrébins afin de créer un
marché intégré de taille suffisante et qui ait des débouchés. Le
deuxième point, c’est le fait que les firmes européennes ont
adoptés plutôt récemment, de stratégies de délocalisation de la
production. Le troisième point est peut être que les marchés
domestiques maghrébins étaient sans doute un peu trop
protégés.

Notons quand même, à sa décharge, que l’Union


Européenne est le 1er investisseur direct étranger dans la zone
Euro Méditerranéenne sud En règle générale, les IDE sont la
principale source de financement des pays en développement,
et ce n’est pas gênant dans le sens ou les IDE sont censés
stimuler le développement et la diffusion de la technologie.

D’un point de vue plus financier, l’avantage énorme que


représentent les IDE, c’est leur moindre sensibilité à la
conjoncture économique du pays d’accueil. Si vous êtes
endettés, le service d la dette et du remboursement doivent avoir
lieu, quel que soit la conjoncture économique du pays, sinon il y
a défaut de paiement. Au mieux, quand il y a des difficultés
économiques, vous avez une augmentation des primes de
risque, ce qui fait que les agents économiques s’endettent avec
des spreads extrêmement importants, et donc ça représente un
surcoût pour le financement de l’économie. Par contre, les IDE
vont absorber les chocs et représenter des engagements à long

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Les Journées de l’entreprise 2003
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terme. Et quand ils arrivent en masse, prenez l’exemple de la
Chine, le soutien à la croissance est indéniable.

Quelques mots sur la dette extérieure du Maghreb.


L’Algérie est le pays où les crédits fournisseurs prédominent,
c’est une spécificité. Ensuite on peut remarquer qu’il y a peu de
dettes de marché pour le Maroc et que l’endettement extérieur
de la Tunisie est plus équilibré. On constate aussi que le poids
de l’endettement extérieur dans le PIB est plus important pour le
Tunisie que pour le Maroc. Peut être un petit élément
d’inquiétude : la faiblesse des réserves extérieures comparées à
la dette à moins d’un an.

Juste un petit point de détail sur les flux de dettes en


provenance du secteur privé : malheureusement le solde net a
encore été négatif en 2002 et pour la 2ème année consécutive,
mais les estimations pour 2003 sont un peu plis optimistes. Ce
que l’on a constaté, c’est que la Zone MENA s’en sort
relativement bien, sans doute parce que les investisseurs sont
devenus très attentifs aux risques crédits. Et le poids des
notations des agences de rating s’est accru au cours des
dernières années et va être amené à s’accroître, tant parce que
certain ont été échaudés par les nouvelles réglementations des
institutions financières qui vont être mises en place avec BAD 2,
où le risque crédit devient fondamental. On peut également
mentionner que les gérants de fonds s’imposent eux même des
règles quand à la détention de la qualité des actifs détenus.
Donc la notation est très importante, et nous remarquons que
l’avantage du Maroc et surtout de la Tunisie, c’est qu’ils font
partie de la catégorie « investment great » et qu’il y a une
stabilité des notes ces dernières a nnées.

Deuxième aspect : le rôle de l’Union Européenne dans le


financement du Maghreb. Comme vous le savez, le Conseil
Européen de Barcelone de Mars 2002, a pris une nouvelle
initiative en faveur d la région méditerranéenne. C’est ce qu’on
appelle MEDA 2. Et la BEI a restructuré l’ensemble de ses
opérations en les intégrant dans ce qu’on appelle la facilité Euro
Méditerranéenne d’investissement et de partenariat, plus connu
sous le nom de FEMIP. La FEMIP est opérationnelle depuis
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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octobre 2002. Les éléments intéressants dans la FEMIP, c’est
que la BEI va se consacrer principalement au développement du
secteur privé et travailler sur des projets de coopérations
régionales et privilégier les investissements dans le secteur de la
santé et de l’éducation. Il y a une réorientation des crédits
distribués, et puis surtout les montants en jeux ne sont pas
négligeables. Dans le premier mandat de la BEI qui allait de
1997 à 1999, les prêts ont portés sur 2,30 milliards d’Euros, soit
à peu près770 millions d’Euros par an, et pour le deuxième
mandat qui s’échelonnera de 2000 à 2007, le montant des
crédits va passer à 6,4 milliards d’Euros soit 918 millions d’Euros
par an, c'est-à-dire +19% en terme d’accroissement par rapport
au premier mandat.

Quel constat peut on faire au bout de 2 ans de


fonctionnement ? 49 prêts ont été signés avec 12 pays
partenaires méditerranéens, pour 3,7 milliards d’Euros, et la
dedans on voit que 6 prêts ont été négociés avec l’Algérie, 8
avec le Maroc et 11 avec la Tunisie. La Tunisie à elle seule,
représente 17% des prêts de la BEI, et les 3 pays réunis
représentent 44% des prêts de la BEI.

Les secteurs de l’eau, des communications et de l’énergie


constituent les principales cibles des interventions de la BEI.
Certes le secteur public bénéficie de la plus grande part des
prêts, tout simplement parce que les infrastructures et les
services collectifs appartiennent aux services publics. Ceux qui
concernent le secteur privé, sont les prêts globaux. Ces prêts
globaux consistent à mettre à la disposition des banques locales
des lignes de crédit et de capital risque et à investir dans des
prises de participations hors bourse. Ce sont des prêts orientés
vers le secteur des PME, puisque théoriquement les banques
locales doivent offrir des prêts à moyens et longs termes aux
PME. La part des prêts globaux peut paraître insuffisante, mais il
ne faut pas oublier que les projets d’infrastructures publics sont
indispensables pour soutenir le développement du secteur privé.
Pour l’instant, seuls 125 millions d’Euros ont financé les
initiatives des PME tunisiennes. Ce n’est pas beaucoup et c’est
peut être l’une des raisons pour lesquelles on peut avoir

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Les Journées de l’entreprise 2003
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l’impression que les flux financiers internationaux sont peu
nombreux. C’est tout simplement parce qu’il sont difficilement
constatables par les entreprises puisque avec MEDA 1, il
s’agissait essentiellement des flux officiels d’infrastructure, par
contre avec MEDA 2 l’accent est porté sur les PME et il devrait
être plus perceptible.

En 1955, les signataires du traité de Rome ont fait un rêve


qu’il y ait un jour la libre circulation des marchandises, des
personnes et des flux financiers. Il a fallu attendre plus de 30 ans
pour que soient démantelées les réglementations d’échanges en
Europe. Et à l’heure actuelle, malgré l’avènement de l’Euro, les
marchés financiers ne sont toujours pas encore parfaitement
intégrés, d’ailleurs on parle de marchés financiers européens.
Barcelone n’était qu’en 1995, et un partenariat économique et
financier, ce n’est pas simplement la juxtaposition d’associations
Nord-Sud, il va falloir donner un peu de temps au temps.

Mesdames, Messieurs, merci de votre attention

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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IPALMO
Institut pour les relations entre l’Italie et les
Pays de l’Amérique Latine, de l’Afrique et du Moyen Orient

Document
“Pour la relance de la dimension méditerranéenne de l’Europe”

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Pour la relance de la dimension méditerranéenne de


l’Europe

Le cadre général.

Un ensemble de circonstances internationales, régionales


et locales rendent cruciale une relance, forte et concrète, de la
dimension méditerranéenne 12 au sein de la politique
européenne.
Nous savons bien que le procès de Barcelone s’est en effet
embourbé, ou a de toute façon atteint une limite qui ne peut être
surmontée si l’on persiste dans l’actuelle configuration. Il est tout
aussi évident qu’une simple constatation des problèmes ainsi
que des limites déjà identifiés à Valence ne pourra être acceptée
durant le semestre de Présidence italienne de l’ UE; sous peine
d’une crise ultérieure du processus, qui risquerait de se révéler
définitive.
Une action de transformation positive de la Méditerranée
doit s’inspirer de l’idée-clé de persuader la plus grande majorité
des opinions publiques du monde arabe que a l logique de la
coopération est gagnante et préférable. La coopération se base,
à son tour, sur la conviction qu’il est réellement possible de
partager les effets bénéfiques d’un régime d’échanges ouvert à
tous les niveaux. La participation doit donc être perçue comme
une valeur positive et, en même temps, comme une possibilité
concrète afin que des canaux effectifs d’accès correspondent
aux actions légitimes. Ce n’est que dans un tel contexte qu’il
sera possible de désarmorcer la frustration et le ressentiment
répandus qui alimentent certains comportements contrastants et
même, dans certains cas, violents.

12
On entend, à l’intérieur de ce document, le terme Méditerranée dans l’acception
“étendue”, c’est-à-dire l’ensemble du bassin Méditerranéen (qui comprend l’
Adriatique et la Mer Noire) mais aussi le Moyen Orient et la zone du Golfe Persique,
y compris la péninsule arabe.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Il est nécessaire de se demander avec une certaine
urgence, sur l’ensemble de ces données, quelles sont les
actions spécifiques et concrètement réalisables qui peuvent être
définies dans la perspective du rôle italien à la Présidence
italienne du Conseil UE, dans un horizon temporel évidemment
restreint.
Les préconditions dont il faut tenir compte pour entamer un
raisonnement de ce genre sont au nombre de deux:
1. Il doit s’agir de mesures compatibles avec les ressources
(financières et d’autre nature) effectivement mobilisables
pour atteindre cet objectif; la tentation de viser des projets
de profil ambitieux qui n’aient pas une base appropriée de
ressources disponibles doit être absolument écartée.
2. Il est nécessaire d’avoir pleinement conscience de
l’inévitable exigence de réunir des sensibilités différentes
au sein de l’Union: la dimension “balte” est une réalité –
du reste totalement légitime dans la logique des équilibres
entre Pays membres – qui conditionne évidemment la
liberté d’initiative de l’UE dans son ensemble. Surtout
dans la perspective de la Présidence tournante, la
construction d’un vaste consensus est décisive pour le
succès de toute initiati ve.

La raison d’une action urgente.

Une relance décisive est urgente pour au moins deux


raisons essentielles:
- Premièrement, l’élargissement en cours et le
niveau atteint en termes d’intégration impliquent
pour l’UE le risque croissant de provoquer un sens
de frustration au sein des pays méditerranéens
exclus (du moins à l’époque de l’horizon politique).
L’idée que l’Union, en définissant ses propres
frontières, est en train de rendre effectivement plus
profonde et peut-être permanente le “vallum”qui
sépare le côté Nord et le côté Sud de la
Méditerranée, pourrait s’implanter. Au sein des

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Les Journées de l’entreprise 2003
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documents communautaires de politique
industrielle et, plus en général, au sein des
documents à caractère économique et financier, il
n’y a aucune référence aux modalités de
coopération et d’interaction avec le côté sud de la
Méditerranée, ni aucune mention de la zone de
libre échange à constituer d’ici l’année 2010, alors
qu’il existe une forte propension à l’intégration
entre les 15 pays membres et les 10 nouveaux
pays adhérents. Selon ce qui a été indiqué dans
les Déclarations de Barcelone, les activités
auraient dû se déplacer le long de trois axes
principaux: un partenariat politique et de sécurité
pour la création d’un espace commun de paix et de
stabilité ; un partenariat économique et financier et
un partenariat social, culturel et humain. Dans le
cadre du second chapitre, le moteur des activités
de coopération, representé par les fonds MEDA,
aurait dû mener à l’obtention de deux objectifs
fondamentaux: un accroissement des FDI et une
intégration commerciale et industrielle parmi les
mêmes pays Méditerranéens. Par contre, l’unique
résultat atteint a été une légère augmentation du
niveau de compétitivité du tissu industriel local.

- Deuxièmement, la question irakienne doit être


considérée comme l’épicentre d’un processus qui
définira l’orientation générale de l’ordre (et du
désordre) international dans les prochaines années
au sein de la Méditerranée (naturellement dans
son acception plus vaste) ; une partie décisive est,
par conséquent, en train de se jouer. Il est, en
particulier, indispensable de réaliser entièrement le
potentiel du soft power dont dispose l’Occident,
d’autant plus après avoir fait recours à l’hard power
militaire pour changer le régime irakien. Pour
amorcer un parcours évolutif positif dans la région
et garantir la crédibilité occidentale à long terme, le
succès de la phase d’influence et d’intervention

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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soft est tout aussi important que l’option d’un
enforcement militaire.

Les deux processus en acte, que nous venons de citer,


imposent à l’UE une totale et nouvelle allocation des ressources
destinées à la cohésion, sous les deux formes qu’elle revêt:
interne et externe. La cohésion interne prévoit naturellement
l’utilisation importante de ressources pour réduire les disparités
internes au sein de l’Union, comme un des fondements de la
solidarité et des avantages répandus parmi les citoyens des
Pays membres. Mais la dimension externe de la cohésion est
tout aussi importante, car elle doit servir à contenir et à gérer les
différences de développement économique, démographique, etc.
Dans cette perspective, les mêmes ressources que l’Est
devraient être destinées au Sud, essayant par conséquent de
rééquilibrer l’actuelle situation qui pénalise fortement le versant
méridional.
Cela entraînera l’adoption à Naples de mesures destinées
à adapter considérablement les ressources destinées à la
Coopération Euroméditerranéenne pour les trois années 2004-
2005-2006.
Il est opportun, aussi pour ce qui concerne les modalités
de mise en oeuvre des politiques – en vue d’une majeure
centralisation – de miser sur une plus grande symétrie entre
région nord-orientale et sud-orientale: vers l’Est, la centralisation
progressive des politiques de coopération est en cours de
réalisation grâce surtout à son extension, mais cette exigence
existe aussi pour la Méditerranée. Il s’agira d’adapter les
instruments ainsi que les formes à la réalité d’un rapport
d’interdépendance qui ne pourra pas, dans la plupart des cas,
être centré sur l’acquis en tant que tel.

La raison de l’Europe.

Pour d’évidentes raisons géographiques et historiques,


l’Union Européenne comprend et implique une propre dimension
méditerranéenne. Une vocation méditerranéenne est inscrite
dans le tissu social et économique de beaucoup de pays-

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Les Journées de l’entreprise 2003
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membres de l’UE, et doit être considérée comme un fait établi
bien avant que d’être considérée comme une aspiration ou un
choix politique.
L’Europe a pris acte depuis longtemps de ses
responsabilités croissantes au sein de la Méditerranée, comme
en atteste en particulier le processus de Barcelone; et elle est
destinée à s’assumer des tâches de stabilisation et de promotion
du développement aussi bien dans le cadre de ses politiques
économiques, que de projection d’influence sur le plan
international et qu’enfin de gestion et de garantie des frontières
et de l’espace juridique interne même. Comme on peut le
constater, l’action de l’Union se divise actuellement, pour ce qui
concerne ses différents niveaux et configurations, en trois
fondements directement impliqués dans les questions
méditerranéennes. Il est évident, quelque soit l’évolution de
l’ordre institutionnel de l’Union, qu’une approche multi-
dimensionnelle de la Méditerranée sera une exigence
incontournable, d’autant plus que l’adhésion de deux ou trois
Pays strictement méditerranéens est prévue dans les prochaines
années. Du reste, même la projection graduelle de l’UE vers la
Mer Noire et, donc, le Caucase requiert un renforcement plus
général de la ligne d’action vers le Sud-Est.
Il est évident que le bien-être et les perspectives d’un
développement ultérieur de l’Union Européenne ne peuvent être
envisagés de manière isolée ou séparée du cadre régional qui
l’entoure. C’est ce qui se déduit non seulement de l’expérience
des années 90 (essentiellement positive en Europe centro-
orientale et pendant longtemps tragique dans l’ex-Yougoslavie),
mais aussi de la nature même des différents processus que
nous synthétisons à travers le terme mondialisation. Les
dynamiques que cette dernière mobilise, ne sont pas réglées et
finissent dans certains cas par accentuer les décalages qui
existent déjà. Il est nécessaire, par contre, pour saisir les
opportunités données par la croissance des échanges, des
déplacements humains et des communications de canaliser et
orienter les phénomènes spontanés vers des directions
constructives qui se sont déjà vérifiées dans la région, vu qu’il
n’est en aucune manière possible de les bloquer ou de les
ignorer.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Les risques majeurs dérivent d’importants déséquilibres
de potentiel qui se sont effectivement aggravés –et non réduits –
au cours des dix dernières années. Les différences de potentiel
sont aussi bien de type politico-institutionnel, démographique,
culturo-religieux, économique, relatif aux investissements. Dès le
début des années 90, il y a eu une croissante « déconnexion »
de la région méditerranéenne par rapport aux flux des
investissements et un majeur développement des lignes
directrices de la croissance et du développement économique.
En d’autres termes, on a eu une intensification des déséquilibres
au lieu d’une progressive réduction malgré la capacité
d’attraction objective exercée par l’ UE.
Cette constatation est confirmée par une simple comparaison
entre les Pays de l’Europe centro-orientale et ceux
méditerranéens. Elle est particulièrement significative car
l’élargissement en cours accroit effectivement le risque d’une
« forteresse Europe” par rapport au côté Sud.
Peu de données qui servent d’exemples peuvent servir à
mettre en évidence la gravité du problème: il apparait sans
équivoque, en comparant la croissance des investissements
directs étrangers (un facteur-clé pour les perspectives de
développement) vers les Pays -Partenaires méditerranéens et
vers l’Europe centro-orientale durant la décennie 1990-2000 i,
une augmentation significative mais lente (d’environ 2 milliards
de dollars à environ 9 milliards de dollars) dans le premier cas,
et a correspondu dans le second cas à une augmentation très
importante et rapide (d’environ 300 millions à environ 25
milliards). Bien que la situation de l’Europe centro-orientale ait
été bien évidemment conditionnée à son départ par une base
très basse, le taux de croissance et bien plus encore le décalage
progressif au détriment des Pays méditerranéens sont des
données significatives: on passe de niveaux encore
comparables en 1992 à environ le double déjà en 1993, pour
arriver par la suite au quadruple entre les années 1995 et 2000.
Ces chiffres sont, du reste, en quelque sorte faussés par
l’inclusion d’Israel au sein des Pays-Partenaires- formellement
correcte mais en substance décisive, étant donné qu’Israel est le
premier pays qui bénéficie du FDI de 1995 à 2000 parmi ceux

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Les Journées de l’entreprise 2003
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pris en considération, en représentant environ un tiers du
montant total, qui passe à plus de la moitié en 2000.
D’autres indicateurs qui indiquent de graves
déséquilibres, sont naturellement ceux démographiques ainsi
que ceux du marché du travailii, avec des lignes de tendance
déstabilisantes: il suffit de penser qu’en 2001 les 12 Pays-
Partenaires comptaient environ 34% de la population en
dessous de 15 ans (contre environ 17% dans les Pays de l’UE),
alors que le rapport est plus que renversé pour ce qui concerne
la tranche d’âge des plus de 65 ans. La plupart des Pays-
Partenaires enregistre, par rapport à cette donnée, une
augmentation de la population active dans la période 2000-2010
supérieure à celle de toute autre région du monde (en atteignant
un total d’environ 118 millions), alors que l’UE restera
essentiellement stagnante (avec 141 millions). Les taux de
chômage restent, en même temps, dans presque tous ces pays,
supérieurs à ceux enregistrés par l’UE.

Comme ultérieures circonstances aggravantes, les


économies des pays méditerranéens se basent sur des activités
qui possèdent une forte concentration dans les secteurs
manufacturiers traditionnels, composés pour plus de 90% de
micro et petites entreprises. De plus, les investissements sont en
grande partie orientés vers le marché interne, la présence
d’infrastructures externes de support (centres financiers et de
recherche, zones industrielles, etc) est très limitée et il y a déjà
d’évidentes et manifestes crises de l’emploi provoquées par la
concurrence d’autres pays de transition et en voie de
développement qui, dans les mêmes secteurs productifs, ont un
degré de productivité plus important (Asie et pays de l’Est
européen) ou des coûts de production mineurs, liés à des coûts
de main d’œuvre inférieurs (Chine, Vietnam, etc.)

L’association de tels déséquilibres ainsi que le fait que


d’autres régions trouvent, par contre, des mécanismes de
croissance rapide, ne peut ne pas constituer un facteur objectif
de préoccupation pour l’Europe dans son ensemble, ainsi que
pour les gouvernements et les populations directement
concernés.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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La raison de l’Italie.

L’Italie possède avant tout un intérêt objectif, fondé sur


son histoire et sur sa position géographique, qui compense la
dimension nordique, ou “balte”, de l’UE. En effet, un
déplacement de l’axe de l’Union vers le Nord et vers l’Est est en
acte, accompagné d’une perte de centralité de l’Europe rhénane
– celle dans laquelle l’Italie jouissait d’une position partiellement
marginale, grâce à l’intégration économico-productive de notre
Nord avec l’aire rhénane, justement. A l’heure actuelle, toute la
péninsule risque d’être exclue des grands réseaux des
infrastructuraux et, par conséquent, du baricentre politico-
économique de l’Union.

De plus, il y a une raison plus purement politique en


faveur d’un activisme italien par rapport à la nouvelle dimension
méditerranéenne: sur la scène politico-institutionnelle qui
apparait pour le moment plus probable, une UE de type
“confédéral” requiert clairement une avant-garde de pays plus
dynamiques. Quelque soit l’exacte configuration d’une telle
avant-garde (à 3, à 4, à 5, ou à géométrie variable dans les
divers secteurs d’action), l’Italie bénéficiera d’une majeure
légitimité et importance d’autant plus si la dimension
méditerranéenne sera renforcée, et dans laquelle le rôle de
l’Italie est sans aucun doute central.

Une troisième motivation concerne la situation particulière


du Sud italien: une vision innovatrice de la Méditerranée permet
d’envisager une vraie révolution copernicienne pour ce qui
concerne l’approche au Sud italien, dans laquelle ce dernier
devient à tous les effets “le Nord du Sud”, plutôt que de rester le
Sud par rapport à l’Italie septentrionale et encore plus par
rapport au noyau européen. Si l’on adopte cette logique, nos
régions méridionales peuvent fournir aux partenaires
méditerranéens la propre valeur ajoutée en termes de
ressources humaines comme facteur de développement et
d’intégration. Dans le secteur des infrastructures, par exemple,
cela signifie considérer une croissance des liaisons dans la

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Les Journées de l’entreprise 2003
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zone non pas tant (ou non seulement) dans la perspective d’un
pont sur le détroit de Messine, que plutôt d’un “pont”
infrastructural entre la Sicile et la Tunisie, comme aussi entre les
autres concentrations urbaines et productives italiennes et celles
du côté Sud.

Critères pour un Plan d’action.

La logique inspiratrice consiste évidemment à faire


prédominer les dynamiques d’intégration et de coopération par
rapport à celles désintégratrices et conflictuelles. L’architecture
qui peut réellement permettre des interventions orientées vers
cet objectif est nécessairement à cercles concentriques, afin de
diffuser le potentiel complémentaire de l’Union et réduire les
différences de capacités économiques, de système politique,
d’organisation sociale. Il est nécessaire d’exploiter tous les
possibles éléments d’intégration, pas tant dans la perspective
(peu crédible) d’effacer les diversités qui se sont accumulées par
sédimentation historique, que plutôt pour faire valoir les raisons
de la coopération. L’intégration est un fait objectif évident dans
beaucoup de secteurs, et c’est ici que l’on doit intervenir avec
une plus grande énergie pour amorcer un parcours évolutif
positif
Dans cette perspective, l’élimination de la frontière est un
des grands problèmes à affronter, autant invisible que réelle, qui
empêche le savoir de circuler librement.
Les grandes potentialités de croissance de la région sont
indissolublement liées à la totale compréhension des règles du
jeu de cette économie immatérielle qui requiert avant tout
l’élimination des conditionnements et des limitations de l’espace
et du temps.
Synthétiquement, il y a trois critères fondamentaux qui devraient
orienter la sélection des initiatives spécifiques:
- Privilégier des actions à caractère complémentaire;
- Encourager des actions fondées sur le
développement supportable;
- Prendre en considération la réalité des contraintes
de ressources (aussi pour ne pas entraîner des
attentes excessives).
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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L’objectif d’ensemble est la création de cinq grandes aires


de liberté de mouvement (et c’est-à-dire les quatre
libertés de mouvement sur lesquelles le processus
d’intégration européenne s’est basé, plus la libre
circulation du savoir pour les régions citées ci-dessus):
- des marchandises;
- des personnes;
- des capitaux;
- de l’entreprise;
- du savoir.
Plutôt que d’affirmer de manière très générale le principe
des cinq libertés, il est nécessaire de procéder en fonction
d’interventions ponctuelles et continues dans le temps, de
manière à favoriser concrètement leur affirmation.
Il existe aussi un problème de synchronisation des
différents niveaux à considérer dans sa juste dimension:
l’échéance de l’année 2010 pour l’aire de libre-échange
(marchandises) ne peut, de fait, être respectée si la dimension
commerciale est considérée de manière isolée: les activités
commerciales se basent, en une certaine mesure, sur toutes les
autres quatre libertés.

Les Chapitres d’un Plan d’action.

On peut définir huit chapitres principaux ou secteurs d’action (et


certains importants thèmes spécifiques en leur sein), avec
d’évidents overlap et interconnexions réciproques:
- Politico-diplomatique;
- Institutionnel;
- Economico-financier;
- Flux humains et marché du travail;
- Tourisme;
- Communication et culture;
- Connexion et infrastructures;
- Ressources naturelles.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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1. Chapitre politico-diplomatique.
Il est nécessaire de poursuivre tous les efforts possibles
pour la réduction des foyers de forte conflictualité (qui
constituent clairement un frein pour tout projet de coopération
régionale).
Il y a des priorités évidentes, à commencer par le conflit
israélo-palestinien qui – au moins sur une scène
raisonnablement optimiste – peut se ressentir positivement du
climat d’une éventuelle phase après-Saddam Hussein. Le sillon
de négociation, déjà tracé, est celui de la “road map” soutenu
par le Quartuor (USA, UE, Russie, ONU), et les temps de
réalisation sont par ailleurs assez proches, vu que l’hypothèse
de travail indiquée dans le plan américain vise à la création de
l’Etat palestinien en 2005.
La réédification d’un Etat irakien en mesure d’avoir un rôle
constructif sera l’épreuve décisive pour mesurer l’importance de
l’Europe sur l’échiquier de la Méditerranée “élargie”, avec ses
répercussions vers l’Iran et toute la région du Golfe Persique
ainsi que des autres Pays de frontière. C’est l’intérêt de l’Europe
d’établir une liaison et une vue d’ensemble de type multilatéral
(voir la section institutionnelle) qui permette de surmonter – ou
de canaliser du moins dans une direction positive – les deux
crises plus aigues, c’est-à-dire justement celle irakienne et celle
arabo-israélienne.
La résolution de la querelle sur Chypre a pris évidemment
un caractère d’urgence dans le contexte du processus
d’adhésion à l’Union, ainsi que pour l’évidente connexion avec
les rapports UE-Turquie.
La position de la Turquie au sein de l’espace européen
est justement un ultérieur problème qu’on ne peut plus différer,
d’autant plus que maintenant, à son tour, elle se ressentira des
effets de la crise irakienne.
Dans la perspective d’une générale stabilisation du
Maghreb, exercer une influence positive sur l’évolution de
l’Algérie constitue une tâche primaire en termes de gestion des
conflits. Il faudra aussi consacrer une attention particulière à la
question non résolue du Sahara occidental.
Il est nécessaire, en termes surtout de politique, continuer
sur le chemin parcouru, vers une totale récupération de la Lybie.
En effet, ce moment pourrait se révéler propice pour compléter
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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le nombre des Pays tiers méditerranéens, avec l’inclusion, en
plus de la Lybie, de l’Irak aussi. De toute façon, il est important
d’envisager rapidement une telle opération, en proposant une
perspective explicite.

Il est cependant nécessaire, parallèlement à ces


interventions de gestion et de résolution des conflits, de définir
un tableau d’ensemble à caractère multilatéral, en reprenant et
en lançant le projet d’une CSCM, qui impliquera par conséquent
les Etats-Unis, le Canada et la Russie. Construire la CSCM
signifie négocier un système de règles destinées à favoriser la
sécurité et la coopération dans la région.
A partir des principes fondamentaux qui devraient
reproduire l’expérience de la CSCE-OSCE (les trois “paniers”
d’Helsinki), la question de la lutte au terrorisme, la définition de
critères spécifiques d’évolution démocratique, le dialogue
interculturel et interreligieux auraient dans le contexte
méditerranéen une importance particulière. En effet, même en
reconnaissant l’importance de l’inviolabilité des frontières des
états avec la force (qui répond à une persistante préoccupation
de la quasi totalité des Pays du côté Sud), l’engagement sur les
droits humains et le dialogue politique, les particularités de la
région exigent quelques adaptations.
Affronter de manière efficace le dossier terrorisme est
déterminant pour le développement d’une même confiance
réciproque, à cause de son potentiel de destruction aussi bien à
l’intérieur des Etats et des sociétés civiles que dans les rapports
entre le monde occidental et le monde arabo-islamique.
On doit reconnaître, pour ce qui concerne l’évolution
démocratique, la nature extrêmement sensible du débat sur le
rapport entre culture, modèle de société et d’économie, droits et
devoirs des citoyens, formes politiques et istitutionnelles. L’idée
d’un unique modèle préconfectionné de démocratie libérale de
marché (celui occidental) est inévitablement controversée et, par
conséquent, inappropriée comme base de dialogue. Certains
critères essentiels – non négociables – doivent être associés à
une certaine flexibilité lorsqu’il s’agit d’imaginer des parcours
différents sur la voie de la démocratisation.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Le dialogue interculturel et interreligieux doit être partie
intégrante de la coopération méditerranéenne, en récupérant et
en exploitant l’héritage d’échange et de vraie cross-fertilization
qui, comme nous le savons bien, a caractérisé les longues
phases du rapport entre Europe et côté Sud. Les points
communs des trois plus grandes religions monothéistes qui
permettent, du reste, des points de rencontre sur les questions
essentielles, et donc les différences – même lorsqu’elles sont
importantes et incontestables – peuvent être discutées dans le
cadre du dialogue plutôt que de la récrimination. Cette exigence
est déjà ouvertement reconnue par tous.

2. Chapitre institutionnel.
Il est possibile, sur la base des principes de la CSCM
proposée ci-dessus, de mettre au point un mécanisme de
cercles concentriques par rapport à l’ UE, qui substitue la
dichotomie nette “membri versus non membri”, c’est-à-dire
“inclusi versus esclusi”. Vu que l’objectif général consiste à créer
des conditions de confiance et de sécurité, il s’agit de construire
les mécanismes institutionnels qui garantissent la prévisibilité
des comportements selon des règles de fond fixées en accord.
Il existe un précédent très fonctionnel auquel s’inspirer:
l’accord formel entre Union Européenne et EFTA avec la
création de l’Espace Economique Européen.
Une des limites de l’actuel mécanisme d’EuroMed est
précisément sa nature essentiellement en éventail, c’est-à-dire
multi-bilatérale. L’objectif d’une configuration semblable à
l’Espace Economique est précisément de réduire les
déséquilibres le long de la frontière, qui sont une des causes
fondamentales d’instabilité. Il est clair aussi que l’on doit
imaginer une formule intermédiaire entre l’exclusion (la frontière
uniquement comme barrière) et la membership (la totale
inclusion à l’intérieur d’une nouvelle frontière, qui est destinée de
toute façon à reproposer le même problème dans une aire plus
vaste).
Il y a quatre niveaux institutionnels:
• Les Pays destinés à faire partie de l’UE – aire des
Balkans et de la Turquie.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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• Les Pays-tiers d’EuroMe, en favorisant en particulier les
processus d’intégration Sud -Sud, en renforçant l’UMA
mais aussi en incitant des projets analogues au Mashrek.
Une intervention en ce sens doit au contraire être rapide
dans le contexte de l’après-Saddam Hussein, pour offrir
un cadre de référence régionale dans lequel insérer le
processus de paix arabo-israélien.
• Les Pays du Conseil de Coopération du Golfe (GCC), par
rapport auxquels les sujets de discussion devraient aller
au-delà des simples problèmes d’ordre économico-
commercial pour, en fait, affronter des arguments traitant
de la sécurité et de l’évolution démocratique.
• Les Pays de l’ex-Union Soviétique qui donnent sur la Mer
Noire – en incluant par conséquent l’Ukraine et la
Moldavie, ainsi que le Caucase. La présence évidente
d’importants intérêts russes, mais aussi la nature
spécifique des complexes processus de transition en
acte, préconisent une approche ad hoc.

3. Chapitre économico-financier.
En étroite correspondance avec la configuration
institutionnelle ci-dessus indiquée, l’engagement pour la
constitution de l’aire de libre-échange en 2010 doit être
totalement exploité comme une réelle stratégie de transformation
des rapports méditerranéens, aussi pour étendre la logique de
Lisbonne à l’ensemble de l’aire Méditerranéenne.
On devrait surtout miser sur certains secteurs-clé, qui sont
particulièrement indiqués pour produire des résultats visibles en
des temps plutôt courts – et donc de lancer une dynamique
positive.

Agriculture:
L’action devrait se dérouler sur deux plans: un, étroitement
commercial, pour réduire le degré de protection jusque
maintenant obtenu par les Pays de l’UE et un, plus largement
productif, avec l’adoption de stratégies unies en particulier dans
les secteurs dans lesquels la Méditerranée occupe dans son

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Les Journées de l’entreprise 2003
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ensemble une position de relief en termes globaux, comme les
productions vinicoles et huilières.
Le secteur vinicole et celui huilier constitue, en même temps,
des cas évidents de forte et naturelle prédisposition de
l’ensemble de la région; on peut en dire tout autant des
agrumes, pour rester dans le cadre de cultures déjà amplement
répandues dans presque toute la zone.
Il est nécessaire dans cette perspective d’adopter une
approche fortement complémentaire – qui dépasse par
conséquent les impulsions protectionnistes qui se sont
manifestées jusqu’aujourd’hui: l’échange doit être basé sur un
flux d’investissements de l’Europe vers le côté Sud, en exploita nt
au mieux les respectifs avantages comparés, dans le know-how
et dans le réseau de commercialisation du côté européen, et
dans la main-d’oeuvre (progressivement plus spécialisée) du
côté du “nouveau Sud”.

Industrie:
Le principe fondamental est celui de la liberté de
mouvement de l’entreprise, afin de favoriser aussi une
délocalisation et un développement du système industriel sur le
modèle des secteurs industriels. Cela implique aussi bien
l’adoption d’un organisme normatif approprié que la diffusion
d’un modus operandi d’entreprise caractérisé justement par
l’expérience des secteurs.
Il s’agit de toute façon de surmonter le spontanéisme qui
a caractérisé jusque maintenant les processus de délocalisation
de la production, déjà en cours depuis longtemps dans de
nombreuses réalités locales: leur potentiel d’intégration est
apparu très partiel vu qu’elles manquent de coordination et de
stratégie globale. En l’absence d’une stratégie qui oriente
chaque initiative, des perceptions erronées(mais très répandues)
du risque-Pays ont même vu le jour: c’est le cas par exemple de
l’Algérie qui est souvent retenue à haut risque sans opérer
aucune distinction entre les différentes régions du Pays, comme
il serait juste de faire, par contre, dans la situation actuelle.
Rendre plus organique et rationnelle la dynamique des
investissements signifie aussi supérer la logique de type
spontanée qui avantage la simple proximité géographique. Miser
sur certains Pays -clé qui peuvent déterminer par leur importance
©IACE 244
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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spécifique les te ndances prédominantes dans une région
beaucoup plus vaste: on pense à l’Egypte, en prenant en
considération son incertaine centralité géographique et politique
ainsi que son poids démographique objectif. Amorcer une
dynamique de croissance et de développement réalisable en
Egypte aurait un potentiel effet-contagion d’une importance
extrême.
Il est nécessaire, contemporainement à ces interventions,
de renforcer le secteur privé à travers des politiques et des
instruments appropriés et, en particulier, le tissu des PME, à
travers la création de conditions externes favorables. Il est
particulièrement urgent, à ce propos, de renforcer les
infrastructures industrielles et les organismes intermédiaires de
support aux entreprises (centres de formation, centres de
services et centres d’innovation) et la promotion d’activités
destinées à favoriser et à supporter, même financièrement, le
transfert des structures européennes homologues dans les pays
Med. En outre, favoriser la création et le développement de
réseaux qui aient la tâche spécifique d’améliorer la compétitivité
des entreprises à travers un meilleur accès à la connaissance,
aussi à travers l’utilisation des ICT.
Renforcer et favoriser un business environment catalysant
pour le développement endogène déterminera aussi une
croissance des conditions d’attrait FDI.

Finance:
Une augmentation de la circulation des capitaux constitue
un ultérieur pas à faire, parallèlement aux précédents, avec la
création d’une sorte de marché financier méditerranéen qui
soutienne et incite un important flux de FDI. Les ressources
financières privées le long de l’axe Nord-Sud sont l’ingrédient
indispensable pour un cycle de développement. Cela
présuppose que la réforme du système bancaire dans les pays
du Sud soit accueillie comme une priorité fondamentale.
Un soutien structurel et continu de la part du système
bancaire public doit par la suite accompagner le flux de capitaux
privés: la constitution d’une Banque pour la région
Méditerranéenne nous apparait opportune pour répondre à cet
objectif, sur le modèle de la BEI pour l’Europe centro-orientale.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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L’ “agence” pour la région Méditerranéenne ne peut suffir pour
répondre à cet objectif, aussi bien pour des raisons opératives
que pour le signal beaucoup plus fort qui serait lancé par une
vraie Banque spécialisée, comme on a justement expérimenté
pour la transition des économies européennes centro-orientales.

De toute façon, il faut accueillir favorablement l’initiative


de la BEI d’une ligne de financement spécifique pour les
investissements dans les pays Med, la “FEMIP”, dont les
premiers résultats seront publiés à la fin de l’année 2003, et
desquels pourrait naître la décision de transformer l’initiative en
une structure autonome. Cette ligne de financement devrait être
en premier lieu directe au soutien de ces secteurs qui ont un
impact direct sur la compétitivité de ces pays, comme par
exemple les télécommunications, l’énergie et les programmes de
formation professionnelle.
Il faut de toute façon imputer l’insuccès de l’augmentation
des flux FDI dans la région Med à la résistance manifestée par
les banques pour ce qui concerne le financement des opérations
dans ces marchés, malgré le fait que les prêts bancaires et les
crédits commerciaux représentent la quote-part de référence
plus importante des flux d’investissements enregistrés.
L’attitude de clôture de la part des banques est en général
imputable à différents facteurs, parmi lesquels l’obligation de
nombreuses banques commerciales de recourir au “profit-
sharing” pour récupérer leurs prêts, à cause des règles
bancaires des pays islamiques qui interdisent la perception des
intérêts sur les prêts, ainsi que la disponibilité limitée de
financements à long terme, en faveur des entreprises, qui
privilégient l’utilisation de prêts à court et moyen terme pour
éviter le recours à des réserves onéreuses liées aux risques
d’investissement plus longs. Le premier des deux facteurs cités,
fait en sorte que, par la suite, les banques préfèrent financer des
projets plus sûrs, importants et rémunératifs, au détriment
d’initiatives de petites entreprises.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Recherche et Innovation:
Sciences, Technologie, Innovation, tendent toujours plus
à se caractériser comme sources d’avantage compétitif dans
l’ère de la mondialisation.
Les changements structuraux en cours dans les pays
industrialisés manifestent le poids croissant de la production, de
la diffusion et de l’utilisation de la connaissance.
La connaissance est en train de devenir rapidement la ressource
stratégique de la croissance économique et de la compétitivité,
ainsi qu’une “fenêtre d’opportunité” pour réduire les risques liés
au phénomène de la mondialisation.
La capacité innovatrice, alimentée par la disponibilité et par
l’utilisation efficiente et efficace du capital intellectuel, habilite les
systèmes-pays, les régions et les systèmes territoriaux locaux,
les organisations:
§ à anticiper et gouverner les changements structuraux;
§ à survivre et à prospérer dans des contextes
complexes et incertains à cause des changements
rapides;
§ à acquérir des avantages compétitifs et des bénéfices
sociaux dans les systèmes de production, dans les
secteurs industriels d’intérêt collectif et en particulier
au sein des services pour la sauvegarde de la santé,
de l’environnement et pour la sécurité sociale.
Ainsi, dans cette perspective, les programmes et les projets de
coopération scientifique et technologique conçus comme
instrument de croissance de la capacité innovatrice acquièrent
de l’importance.
Ces interventions doivent être conçues et guidées par des
références culturelles aptes à centrer les logiques de la valeur
de la connaissance pour le développement endogène.

4. Chapitre des flux humains et marché du travail.


La gestion constructive des flux humains constitue une
composante fondamentale de toute stratégie économique
efficace pour la région Méditerranéenne. Le point central
devrait se déplacer de la question migratoire comme
phénomène à gérer en termes essentiellement “défensifs” à la
création d’ un marché du travail qui fonctionne et intégré.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Comme ligne de tendance, les flux migratoires pourraient
passer de la responsabilité primaire des Ministères de l’Intérieur
à celle des Ministères du Travail. Il est évident qu’un tel
changement de perspective aurait aussi des effets
psychologiques importants sur les opinions publiques
européennes, en orientant le débat même sur l’immigration vers
des directions plus avantageuses.
En définitive, la réglementation des flux (y compris la
dimension répressive dans la mesure où elle est nécessaire) doit
être accompagnée d’un marché du travail efficace. En amont
d’un tel processus se trouve l’adaptation des structures
éducatives de base, et puis de la formation plus rigoureusement
professionnelle.
La formation est la clef de voûte d’un projet de marché du
travail macro-régional, comme secteur dans lequel l’UE peut
remplir un rôle direct. Les capacités formatrices des Pays
européens doivent être mises à disposition des partenaires
méditerranéens, en garantissant l’accès à tous les niveaux: à
haute spécialisation, à caractère technique, et enfin aussi dans
les compétences institutionnelles et administratives pour la
gestion de question publique. Comme dans beaucoup d’autres
secteurs, les nombreuses initiatives qui existent déjà sont très
fragmentées et, par conséquent, incapables d’atteindre une
masse critique suffisante.
La formation est précondition indispensable au transfert
des activités économiques, comme réelle alternative (ou du
moins processus parallèle) au déplacement des personnes. Les
activités se déplacent en effet là où l’on peut trouver des
compétences et des capacités d’organisation techniques
appropriées – ainsi qu’un cadre normatif fiable.
En outre, il est nécessaire pour ce qui concerne les flux
migratoires de pousser les autorités des Pays méditerranéens à
considérer et à gérer leurs propres frontières comme des
frontières effectivement protégées, non comme lieux de passage
sans aucune réglementation réelle. L’utilisation de l’émigration,
surtout illégale, comme exutoire et outil de pression sur les Pays
européens ne produit pas des phénomènes d’intégration; au
contraire, cela crée les conditions pour de fortes tensions et, par
conséquent, de possibles réactions défensives et de clôture, au
détriment de la coopération multilatérale.
©IACE 248
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Dans un contexte de compétences croissantes et de
ressources humaines in loco, et progressivement
d’investissements et d’activités productives in loco, il y aurait
nombre d’incitations importantes pour les Pays du côté Sud afin
de gérer efficacement leurs propres frontières. Des frontières qui
laissent passer les flux illégaux ne sont, en réalité, aucunement
favorable à la diffusion de nouvelles activités fructueuses.
De manière plus spécifique, l’adaptation des marchés
nationaux du travail des Pays Méditerranéens doit les rendre
intégrables au marché européen et régional, et ainsi l’accès au
travail est étroitement lié aux flux humains. Une gestion plus
avancée et réciproquement avantageuse des flux migratoires
vers le Nord requiert en effet des points locaux de raccordement
pour l’entrée de l’immigration dans le circuit légal, comme
alternative “compétitive” aux circuits illégaux. Il est possible de
recueillir et d’orienter au moins une partie de la demande de
travail in loco en autorisant l’accès, même si limité et
réglementé , aux opportunités disponibles selon les accords pris
avec l’Union Européenne et/ou ses Pays membres.
En termes généraux, ce majeur contact entre demande et
offre peut créer une perspective d’accès légal, en réduisant de
cette manière la pression externe aux frontières de l’Union qui
actuellement alimente l’illégalité.

5. Chapitre du tourisme.
La ressource du tourisme a un rôle particulier à remplir,
qui représente un asset à l’énorme potentiel pour une grande
partie de la région, aujourd’hui fortement sous-évalué. On peut le
considérer comme l’autre face de l’émigration vers le Nord,
particulièrement dans la perspective du “nouveau tourisme” qui
s’oriente vers une présence semi-permanente dans les localités
choisies. Un tourisme de longue période, comme celui du
troisième âge, constitue potentiellement un transfert significatif
de ressources financières avec un important induit, qui s’inscrit
donc dans la logique de la réduction progressive des inégalités
et des déséquilibres. En outre, il possède de par ses
caractéristiques particulières un effet d’intégration beaucoup plus

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Les Journées de l’entreprise 2003
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important par rapport au tourisme de courte durée, en créant des
liens et des échanges réguliers.
Le tourisme d’art et de culture peut efficacement
s’accompagner au tourisme de détente, en créant un mix très
avantageux pour les Pays qui accueillent: on évite de cette
manière les risques liés à un flux touristique qui se limite à des
“exclaves” sur le modèle Sharm El Sheik. La question centrale
est, à nouveau, la dynamique d’intégration entre les économies
et les sociétés, qui sera d’autant plus importante que le flux
touristique impliquera de vastes zones de chaque Pays
méditerranéen – urbaines et rurales, côtières et internes, etc.
L’industrie du tourisme est strictement liée au dialogue
interculturel, et il peut même constituer une véritable forme
complémentaire d’échange culturel. Il est en effet possible de
construire un sens d’identité commune et une communauté de
valeurs sur la base du concept de “gisement culturel”, comme
racine commune à l’Europe et au monde arabo-islamique. Non
seulement le monde islamique peut redécouvrir les racines en
partie communes et les contacts intenses avec l’Europe; mais
l’Europe même peut ramener à la lumière la longue tradition dont
l’Islam a été une source d’inspiration et de progrès, et non une
entité antagoniste.
De plus, la valeur culturelle ainsi que celle économique
sont parfaitement compatibles dans le secteur du tourisme et
peuvent se renforcer réciproquement: tirer des avantages
économiques d’un vaste gisement culturel diffusé signifie
reconnaître et consolider un fort intérêt commun à la valorisation
de l’héritage historique.

6. Chapitre de la communication et de la culture.

S’il est vrai que technologie et know-how ont été dans la


société industrielle les forces motrices du développement
européen, aujourd’hui c’est le savoir diffus qui arrive avant la
technologie même.
S’il était possibile d’occuper un travailleur analphabète dans une
usine et maximiser son profit, il serait très difficile d’imaginer ce
que peut faire un analphabète, même un analphabète de retour,
aux prises avec un ordinateur ou de toute façon à l’intérieur de
©IACE 250
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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processus productifs complexes, (à forte intensité cognitive). Il
est préférable dans toute proposition de développement pour la
région Méditerranéenne de prendre en considération le bas
niveau de scolarisation des populations du Maghreb et du
Makresch.
Il est nécessaire pour construire la société de la connaissance
dans la Méditerranée de développer la compréhension
réciproque. Et même davantage: il est nécessaire de créer un
imaginaire commun à travers la culture et l’art (musique,
littérature, peinture, cinéma et autres formes d’expression).
La communication, dans toutes ses expressions et à travers tous
les moyens de diffusion (presse, radio, télévision, Internet,
cinéma), devient par conséquent un élément stratégique et
central du développement intégré de la région, horizontal à
l’ensemble des secteurs de coopération définis et une incitation
aux investissements publics et privés.
La situation de départ dans la Méditerranée voit une grave
carence des infrastructures, avec un réseau de
télécommunications largement inapproprié. Le profond décalage
qui existe déjà risque de s’aggraver ultérieurement à cause de
l’importance croissante des communications via Internet: aussi
bien l’hardware que le software pour l’utilisation du réseau
informatique sont en train de devenir un facteur inaliénable pour
une économie et une société dynamique.
Il faut affronter simultanément au moins quatre
dimensions du problème:
- Le patrimoine culturel commun, à gérer selon une logique
unitaire;
- Le dialogue culturel à proprement parlé;
- La production artistique, qui possède une force d’intégration
importante et qui pourrait rapprocher dans leur travail des
artistes de tradition européenne et occidentale et des artistes de
tradition arabo-islamique;
- Les canaux de communication (surtout télévisée, aussi bien
dans la langue locale que dans les langues d’échange comme
naturellement l’anglais), fondamentaux pour réduire la majorité
de messages déformés, favoriser l’accès le plus large possible,
et intercepter des aires de “demande” quelquefois souterraines
(le cas de Al Jazeera au Qatar est significatif).

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Dans ce cadre, la relance de la dimension


méditerranéenne de l’Europe passe aussi par le ciel à travers la
télévision et les satellites. On a développé dans les dix dernières
années un Système Arabe de Transmission radiotélévisée très
articulé, qui a vu l’affirmation de quatre plate -formes télévisées
satellitaires, avec des dizaines de nouvelles chaînes
thématiques numériques trans-nationales, le lancement de
satellites multimédia de dernière génération, l’extension en
faveur des expatriés de la diffusion des vieilles chaînes arabes
nationales à toute la zone euro-méditerranéenne, la naissance
de deux media city.
On a en effet consolidé un vaste public de la télévision
satellitaire en Afrique du Nord, au Moyen Orient et dans la
Péninsule Arabe, caractérisé et unifié par l’usage de la même
langue: l’arabe standard. Aujourd’hui, on compte presque 16
millions de maisons en mesure de recevoir directement la
télévision satellitaire en Afrique du Nord et au Moyen Orient, où
l’on a enregistré en 2002 un taux de croissance équivalent à 23
%: plus du double par rapport à l’Europe occidentale et presque
le quadruple par rapport à celui oriental (données Eutelsat
2003).
Une politique des médias orientée vers la relance de la
dimension méditerranéenne de l’Europe peut se poser comme
premier objectif celui d’établir un pont avec le système télévisé
européen, en contribuant à la réalisation d’une zone
méditerranénne comme aire de marché.
On peut utiliser, à ce but, deux instruments
complémentaires: la relance productive, distributive et
promotionnelle de Rai Med; et le lancement d’une nouvelle
chaîne satellitaire qui remplisse une fonction de promotion et de
vitrine des programmes des télévisions européennes et arabes
qui affrontent et racontent des arguments en termes pan
mediterranea.
Il faudrait prêter une attention particulière aux
informations: les news, la confrontation d’opinions, les
programmes consacrés à la société, à la culture, à l’économie,
avec le sport et le cinéma peuvent être les points forts pour
l’affirmation d’une nouvelle chaîne en mesure d’exploiter aussi
les potentialités des technologies multimédias
©IACE 252
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Ces projets doivent pouvoir trouver des ressources
économiques de marché, impliquant aussi bien des institutions
publiques que privées. Le système de financement public (UE,
Gouvernement, Régions) sert à garantir la qualité nécessaire
de la programmation et l’activité de marketing, surtout dans la
phase de lancement productif et distributif. Le système de
financement privé représente contemporainement l’instrument,
le résultat et la mesure du succès de ces initiatives. Ces
derniers doivent être, de toute façon, en mesure d’impliquer
des associations d’entrepreneurs et des sociétés des deux
côtés de la Méditerranée, annonceurs qui s’intéressent aux
marchés locaux et global brand avec un target trans -national.

Formation Supérieure et Université:


La qualité et la productivité du capital humain constituent
les facteurs de succès pour les interventions de croissance et de
modernisation des structures productives et des systèmes
sociaux. Le capital humain à destiner à des fonctions de
management optimal revêt une importance particulière dans les
divers systèmes d’organisation des acteurs de marché et
institutionnels. Le rôle de l’Université revêt, en ce sens, une
certaine importance compte-tenu de sa traditionnelle double
fonction de recherche et de formation, de son rôle croissant dans
le processus complexe de l’innovation et des autres
contributions qui apportent à la concurrentialité de l’économie et
à la cohésion sociale.
Il est nécessaire de soutenir dans cette perspective des
programmes de coopération et d’échange destinés à accélérer le
développement et la diffusion de la qualité et de la validité des
Systèmes Universitaires. La coopération destinée à créer un
Réseau Académique Trans -Euroméditerranéen mérite une
attention particulière.

7. Chapitre des liaisons et infrastructures.


La situation des infrastructures qui existent est largement
déficitaire et ne répond pas à des critères d’efficacité par
rapport aux flux actuels (d’informations, marchandises et de
personnes). Le mécanisme des TEN (Trans-European

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Networks) fournit plusieurs motifs utiles pour une action
régionale.
Nous trouvons actuellement:
- Un fort affaiblissement des autoroutes
traditionnelles de la mer, comme liaisons vitales
pour les échanges méditerranéens;
- Une absence d’axes de liaisons côtières (celles qui
vont vers l’arrière-pays sont plus nombreuses)
- La carence de “noeuds” bien placés: ports et
aéroports avec une fonction “méditerranénne” sont
rarissimes et en rapport de réciproque compétition
désordonnée. Rome possède naturellement, dans
cette perspective, une vocation naturelle comme
“hub” aéroportuaire régional.
- Une manifeste exigence de renforcer les
infrastructures “soft”, en particulier les TLC.
Il est nécessaire de procéder immédiatement à l’adoption
d’une nouvelle carte des TEN qui soit non seulement mise à jour
par rapport à d’ultérieures opportunités de développement des
infrastructures et des axes d’échange, mais aussi agrandie en
termes de grandeur géographique: la nouvelle carte doit
expressément inclure toute la région méditerranéenne selon la
même logique adoptée pour l’Europe centro-orientale, lorsque
celle-ci a été considérée partie intégrante d’un réseau européen
même au-delà des limites du processus d’élargissement (en
particulier avec l’inclusion de la Russie et de l’Ukraine).
On devrait par conséquent développer des “TEMN”, ou
“Trans -Euro-Mediterranean Networks”, en prêtant une attention
particulière aux liaisons maritimes, dont on extraira par la suite
des indications pour des projets d’investissement surtout dans
les infrastructures portuaires.
On devra prêter une attention particulière à la définition de
politiques actives en matière d’insularité, selon ce qui a été établi
par l’Art. 158 du traité d’Amsterdam.

8. Chapitre des ressources naturelles.


Il existe au moins deux types de ressources naturelles qui
sont décisives dans le contexte méditerranéen: en premier lieu le
pétrole et le gaz naturel; en second l’eau. Le futur de toute la
région se joue sur ces ressources. La gestion et les modes
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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d’acquisition de ces ressources fondamentales déterminent, en
effet, les logiques politiques de manque de confiance réciproque,
de compétition non réglementée et de conflit, qui prédominent à
l’heure actuelle. En termes positifs, elles pourraient par contre
permettre d’importants trade-off et l’affirmation d’une logique
coopérative et d’une forte interdépendance.
L’effet pervers des réserves pétrolières (et de leur
distribution fortement inégale dans la région) est au moins
double: d’un côté, la “rente pétrolière” entraîne une dépendance
qui freine la diversification et un développement équilibré des
économies nationales basées sur le pétrole; de l’autre, elle
produit de profondes divisions dans la région entre les Pays qui
disposent de cette ressource et ceux qui en sont privés. Cela
crée aussi d’importants obstacles pour ce qui concerne
l’augmentation de l’interdépendance Sud-Sud. Sur le plan
interne, elle ralentit les réformes dans les pays producteurs et
freine un possible décollage économique des Pays
consommateurs.
Uniquement la totale intégration des ressources
énergétiques dans un cadre global de développement régional
peut rendre possible leur exploitation en termes de coopération
afin de réduire les déséquilibres, plutôt que d’en tirer
exclusivement des rentes de position ainsi que des avantages
nationaux (souvent en l’absence de perspectives de longue
haleine).
Il est évident, pour ce qui concerne les ressources
hydriques, que la pression démographique, unie à l’urbanisation
et aux exigences de la modernisation, rendent insoutenable à
long terme une gestion non coordonnée ou même compétitive
de ressources déjà au départ limitées.

Un programme d’action pour l’Italie.

Il est évident que, aussi dans la perspective


nécessairement européenne de toute initiative régionale à large
échelle, certaines formes d’action se situent par leur nature dans
une dimension nationale ou locale.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Il est nécessaire, dans cet objectif, de concentrer ses
propres énergies sur certains instruments et objectifs spécifiques
qui valorisent les spécificités du Pays, tels en particulier:
1. La mise en vigueur d’une loi de coordination sur les politiques
italiennes vers la Méditerranée – selon le modèle adopté par les
Balkans – avec la création d’une régie qui garantisse une forte
cohérence, une continuité et par conséquent la maximalisation
des ressources utilisables, en prêtant une attention particulière
aux activités de coopération industrielle dans le cadre bilatéral et
multilatéral.
2. Un rôle propulsif dans la construction d’un réseau de
“senseurs”, qui permette d’acquérir rapidement des informations
et de réaliser des analyses sérieuses pour ce qui concerne la
circulation de personnes et de marchandises.
3. La diffusion et la promotion d’opportunités de coopération
pour les entreprises et pour les structures de support à ces
dernières, dans la perspective d’un majeur soutien de type
technique et financier aux investissements directs étrangers et
aux joint-ventures.
4. Un engagement direct sur le plan des activités d’institution
building pour l’administration publique et sur le plan de la
formation et de l’assistance technique pour les entreprises,
favorisé par l’abondance de simples acteurs non
gouvernementaux et de consortiums déjà e ngagés dans le
secteur ou prêts à le faire.
5. Un grand effort sur RaiMed.
6. Un engagement particulier pour la réalisation à court terme de
la Banque de la Méditerranée, aussi bien en termes financiers
organisationnels et institutionnels.
7. Une contribution décisive – sur la base de la grande
expérience italienne – pour la valorisation du patrimoine culturel,
et en particulier archéologique.
8. La création d’une banque de données pour la Méditerranée,
afin de garantir des bases informatives appropriées et que l’on
puisse consulter en temps réel.
9. Un engagement particulier pour l’institution, dans la logique de
l’intégration culturelle, de la future Fondation
Euroméditerranéenne pour la culture.
On peut utilement récupérer et développer l’idée, à un
niveau régional global, déjà avancée par le gouvernement
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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italien, d’un nouveau “Plan Marshall” pour le Moyen Orient, et en
particulier pour la Palestine.
On connaît bien les fondements de la proposition qui
l’unissent au Plan américain d’origine des années 40 et on peut
les résumer en:
- exigence de consolider la paix dès l’immédiate phase post-
conflit (dans ce cas, rendue désormais urgente par l’évolution de
la question irakienne);
- volonté d’assumer une responsabilité pour la stabilisation
politique et économique d’une région conjointement aux sociétés
locales et en stimulant justement les potentialités endogènes
avec une intervention externe appropriée.
Tout aussi important sont, cependant, les contenus
innovatifs qui doivent être valorisés, en particulier par rapport à
l’application de cette logique à un plan de paix israélo-palestinien
– par conséquent, dans la perspective d’un spécifique “Plan
Marshall pour la Palestine”:
a. la nécessité de réduire les différences de potentiel
non seulement économiques mais aussi politico-
culturelles, c’est-à-dire de conquérir le
consentement d’une vaste tranche de la population
palestinienne pour le compromis, la coexistence et
certaines formes d’interdépendance avec Israel;
b. la capacité de favoriser l’évolution démocratique
sur des bases non consolidées ni de simple
“récupération” de traditions préexistantes.

Dans cette perspective, il est possible de retrouver un précédent


significatif dans l’unification allemande du début des années 90,
lorsqu’un choix plutôt radical fut fait: influer simultanément et
sans exceptions sur tous les citoyens de l’Allemagne orientale à
travers le rapport “1 à 1” entre les deux monnaies. Des
Techniques analogues permettent non seulement de lancer la
réduction des gap matériaux qui aura lieu progressivement par la
suite, mais aussi d’atteindre de manière automatique et directe
toutes les familles et les individus.
On pourrait évaluer, par exemple, dans le cas spécifique
de la Palestine, s’il est possible de faire face aux charges d’un

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Les Journées de l’entreprise 2003
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système des pensions pour les palestiniens, qui aurait
naturellement une répercussion positive immédiate sur les
bénéficiaires directs, mais qui aurait aussi un résultat
macroéconomique sur l’ensemble de l’économie grâce à une
stimulation de la demande interne.
On pourrait parallèlement agir sur un autre plan tout aussi
crucial: celui de la formation pour les jeunes. On pourrait créer,
sous des formes plus sélectives et sur la base d’un
investissement consistant, un programme de bourses d’études
pour des milliers de jeunes palestiniens, aussi bien auprès des
instituts européens que de la région même. L’objectif indirect
serait, à nouveau, la création d’une “constituency” en faveur de
l’échange ouvert, c’est-à-dire en faveur aussi de la paix fondée
sur la coexistence.

Le rôle des Régions pour l’implémentation de la stratégie


euroméditerranéenne.

L’importance du facteur géographique dans le fait de


déterminer la centralité du rôle italien dans la construction de la
dimension euroméditerranéenne comporte comme conséquence
l’utilité, et même la nécessité d’attribuer aux Régions, comme
acteurs dotés d’une propre et évidente autonomie opérative, un
rôle de premier plan pour ce qui concerne l’implémentation des
différents chapitres du Plan d’Action, aussi dans l’esprit des
conclusions de la Conférence de Palerme (31 octobre 2002).
En effet, l’efficacité en serait maximisée à travers une
spécification, aussi en termes géographiques, du rôle des
acteurs locaux.
Il est évident qu’une telle maximisation dépendra aussi d’une
coordination rationnelle entre les rôles que chaque région
s’attribuera.
Ce qui suit est une première schématisation des grandes lignes :
c. Les Régions du Nord-Ouest de la Mer tyrrhénienne
(jusqu’à inclure la Toscane), avec une vocation
vers la Méditerranée occidentale, développé autour
du système portuaire Savone -Gênes-La Spezia-
Livourne;
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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d. Les Régions du Nord-Est adriatique (jusqu’aux
Pouilles), avec une vocation balkanique le long de
l’axe Venise-Trieste-Ravennes-Ancone;
e. Les Régions du Sud (y incluant aussi le Lazio et
l’Ombrie), qui peuvent devenir le pivot de la
projection italienne vers le Sud et vers la
Méditerranée Orientale et le Moyen Orient.

La participation des Régions italiennes à la réalisation du


programme d’activités prévues pour le Semestre italien de
Présidence de l’UE, sur la base des collaborations en acte
depuis des mois entre MAE et Régions, pourrait constituer
l’occasion pour affiner la répartition d’objectifs et de
tâches à travers lesquels renforcer l’efficacité d’ensemble
de l’initiative italienne, même au-delà du Semestre de
Présidence, à partir de la mise en oeuvre (ou du possible
ultérieur développement) des programmes Interreg
destinés à la zone adriatique et méditerranéenne .
Certaines priorités stratégiques et concrètes peuvent déjà,
dès maintenant, être définies comme susceptibles d’un
engagement particulier de régions spécifiques: par
exemple, la question du rôle méditerranéen de la hub de
Fiumicino pour le Lazio, la question du contrôle du vol
pour la région méditerranéenne orientale pour les
Pouilles, la question de la localisation des abouts
septentrionaux des autoroutes de la mer méditerranée à
Civitavecchia, Naples, Gioia Tauro, Palerme, Cagliari et
Bari pour les respectives régions et ainsi de suite.
Ainsi, comment pourrait-on étudier de manière coordonnée
la possibilité de distribuer rationnellement surtout dans les
régions méridionales certaines des fonctions opératives et
de contrôle sans lesquelles le processus d’intégration ne
pourrait avancer de manière rationnelle et coordonnée à
partir de cet Observatoire permanent méditerranéen sur les
flux migratoires qu’aussi bien la région des Pouilles que la
région du Lazio sont prêts à organiser avec un avantage
évident pour la réalisation effective d’un marché du travail
méditerranéen réellement intégré.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Tout ceci en vue de solliciter une implication analogue des
régions des autres Pays qui participent au dialogue
euroméditerranéen, argument qui pourrait être le thème
de ce Grand événement international des Régions à
promouvoir, durant le Semestre de Présidence, à la veille
de la rencontre ministérielle de Naples et qui pourrait
constituer un complément idéal du Forum parallèle de la
Société Civile.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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« L’IDE dans le Maghreb »


Monsieur le Professeur Mario SARCINELLI
ASPEN ITALIE

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Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Comme économiste et observateur indépendant venant


d’Italie, je me bornerais à une constatation et à quatre points.

Tout d’abord, un mot sur la situation actuelle. Si nous


tenons en considération les résultats insatisfaisants de
l’intégration économique dans la zone Euro Méditerranéenne
malgré la conclusion positive d’accords d’associations, nous
devons admettre que le processus d’intégration s’est avéré très
en dessous des attentes et du potentiel. Le processus
d’élargissement vers l’Est et les efforts encore en cours pour
donner une sorte de constitution à l’union, ont concentré
l’attention et absorbé les énergies vitales de l’Union. Avec des
frontières plus ou moins définies vers l’est avec la Bulgarie et la
Roumanie en liste d’entrée pour 2007, et la Turquie en temps
voulu, une plus grande attention sera nécessairement portée aux
pays qui constituent la rive méridionale de la méditerranée, et à
mon avis, bien au-delà de la politique de voisinage qui a été
annoncée.

J’en viens au premier point : la démographie. Les


pays du sud de la Méditerranée ont non seulement un taux de
natalité élevé par rapport aux pays européens qui sont
également les préférés pour les émigrants qui désirent quitter
leur pays d’origine à la recherche de conditions de vie meilleures
en Europe. Si l’on regarde les projections démographiques pour
2020 faites par les Nations Unies pour l’Europe et les pays
méditerranéens de la rive méridionale, entre 2005 et 2010,
l’Europe devrait perdre 5 millions d’habitants, tandis que l’Afrique
du Nord devrait en gagner 45 millions. Dans cette dernière zone,
la population en âge de travailler augmente à un rythme plus
élevé que la population totale. La pression migratoire vers le
continent européen, qui est déjà difficile de contrôler aujourd’hui,
pourrait se révéler irrésistible. En outre, celle-ci pourrait être
renforcée par la sortie de force du travail provenant du secteur
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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agricole de subsistance des zones internes vers les villes
d’Afrique du Nord.

Le deuxième point concerne les lignes d’action. Si


on ne veut pas que les évolutions divergentes des forces de
travail finissent, à cause d’une immigration incontrôlée, par
compromettre les équilibres sociaux et politiques dans l’Union
Européenne, celle -ci doit mettre en place des politiques qui
d’une part, ralentissent l’exode du secteur de l’agriculture dans
les pays du sud de la Méditerranée, et d’autre part, poussent à la
création ou à la transplantation de cette zone d’activité
productive nécessitant une importante force de travail. Pour la
première ligne d’action, il est nécessaire que l’Europe
abandonne le protectionnisme agricole. Toutefois, le problème
n’est pas uniquement délicat politiquement au sein de chaque
pays de l’Europe, mais est également compliqué par les
négociations internationales. Il est souhaitable qu’à la mi
Décembre à Genève, on puisse reprendre les discussions
commencées à Doha et interrompues avec trop de précipitations
à Cancun. Pour mettre en place la deuxième ligne d’action, il est
nécessaire d’opérer une formation et une qualification adéquate
de la force de travail et de s’engager sérieusement pour diffuser
le progrès technique. L’union peut concentrer ses efforts dans
ces deux domaines, mais les plus grandes responsabilités
retombent sur les gouvernements locaux qui doivent offrir des
conditions favorables en termes d’infrastructures, de fiscalité et
de règlements, et surtout sur les entreprises qui comptent
transplanter leurs productions. Sous ce profil, l’est européen,
ainsi que les Balkans de l’ouest, représentent de fortes
alternatives dans la politique de transplantation. Par exemple,
les entreprises italiennes sont en train de se déplacer même en
Chine et dans le sud est asiatique non pas tant par nécessité de
décentralisation productive, mais pour participer au processus
de croissance impétueuse qui caractérisent ces régions depuis
quelques années.
Le troisième point est le mur de l’intégration horizontale. Il
faut déployer tous les efforts pour créer un marché de bonnes
potentialités, en misant sur l’intégration horizontale, à savoir sur
la ligne directrice sud -sud, plutôt que sur celle nord-sud qui a

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Les Journées de l’entreprise 2003
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nécessairement une structure centraliste et une configuration
rayonnante. Une approche comme celle décrite a comporté non
seulement une faible distribution des fonds octroyés par l’Union,
25% environ, mais également une part illusoire en faveur de
projets interrégionaux, 4% seulement. Le démarrage récent
d’une zone de libre échange entre le Maroc, la Tunisie, l’Egypte
et la Jordanie, décidée à Agadir en 2001, est une voie qu’il faut
absolument poursuivre, étant donné que c’est celle, qui en
réduisant la protection tarifaire et en faisant augmenter les
dimensions du marché local, est en mesure d’attirer les IDE.
D’autres initiatives du genre vont dans la bonne direction, je dois
bien sur aussi mentionner la zone maghrébine. C’est à vous de
la réaliser. Je ne peux qu’exprimer mes vœux à ce sujet.

Quatrième point : la contribution de la finance. Une


zone de libre échange ne suffit pas pour un développement qui
veut miser sur le marché local. Les nombreuses autres
conditions nécessaires vont de la réduction de la présence
publique dans l’économie au développement de l’infrastructure
bancaire et aux conditions qui permettent le financement de
l’économie. A l’exception du Liban, de Chypre et de Malte, le
niveau de l’intermédiation bancaire est plutôt limité. Cette
situation peut s’expliquer dans certains cas, par des facteurs
géopolitiques et par le degré d’instabilité économique, dans
d’autres peut être, par l’absence d’un fort système de protection
des droits du créancier et par la mauvaise qualité des
informations fournies par les entreprises. En outre, aucun pays
du partenariat avec l’Union Européenne ne semble avoir fait une
législation pour protéger ou promouvoir la concurrence. Enfin,
dans la majorité de pays, il existe des marchés actionnaires,
dans certains cas de vieilles traditions, mais malgré la
modernisation technologique et institutionnelle, ils restent en
général fragiles et très peu développés. Une politique de
développement efficace doit se baser sur un soin attentif et
constant de la finance, aussi bien publique que privée.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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« Le point de vue de SACE sur le Maghreb »

Monsieur Giorgio TELLINI


Président de SACE

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Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Permettez moi de remercier l’I.A.C.E. pour l’invitation et


de dire quelques mots d’introduction sur SACE, l’Institut Public
Italien d’Assurance pour le Commerce Extérieur que je dirige, et
d’apporter quelques considérations sur la politique d’assurance
suivie envers les pays de l’Afrique méditerranéenne.

SACE assure et réassure les risques de nature politique


et commerciale liés aux échanges internationaux, en
garantissant les entreprises italiennes qui exportent et qui
investissent à l’étranger, ainsi que les banques qui financent ces
transactions. Les opérations assurées sont les exportations des
marchés et les prestations de services, les travaux à l’étranger,
les crédits à l’exportation, les investissements, les confirmations
de crédits.

Pour les investissements, la garantie regarde seulement


les risques politiques. Pour ce qui concerne l’ensemble du
Maghreb, durant les 10 premiers mois de 2003, les pays de
l’Afrique septentrionale ont réalisé une performance économique
très positive malgré les incertitudes liées à la situation
géopolitique au moyen orient. Les pays producteurs de pétrole
ont en effet bénéficié de l’évolution soutenue des prix
internationaux du brut, et par conséquent devraient enregistrer
des taux de croissance du PIB réel élevé D’autre part,
l’amélioration des conditions climatiques, après des années de
disette, a permit une reprise de la production agricole, qui
avantage également les pays non producteurs de pétrole. La
croissance du PIB du Maroc et de la Tunisie devrait en effet se
situer respectivement vers 5% et 6%, en Algérie elle devrait
atteindre 7%. Toutefois, l’expansion de l’activité économique a
été en partie freinée par le conflit en Irak qui a eu des retombées
significatives surtout en ce qui concerne le secteur touristique.

Les principaux défis pour les prochaines années sont, en


premier lieu l’intégration au niveau régional, aussi bien en ce qui
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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concerne les flux commerciaux que pour les infrastructures. La
réduction de la bureaucratie et la simplification du cadre normatif
aussi bien que le renforcement du système financier, sont des
conditions fondamentales pour garantir un appui constant des
investissements étrangers nécessaires pour le développement
de ces pays. En outre, une action visant l’amélioration des
standards de vie de la population est nécessaire à travers les
politiques de lutte contre le chômage, problème qui afflige de
façon particulièrement grave la jeunesse. Enfin, il est
indispensable d’intensifier les efforts de diversification des
économies de ces pays, encore excessivement dépendantes du
secteur agricole.

Au cours de 2002, l’exposition de SACE vis-à-vis des


pays du Maghreb a légèrement diminué, par l’évolution positive
des remboursements des crédits indemnisés dans le passé suite
aux accords de restructurations définis avec les gouvernements.
L’exposition totale vis-à-vis de la zone s’élevait à 3,7 milliards
d’Euros à la fin Décembre 2002, correspondant à 13% de
l’exposition totale de SACE. Les engagements en cours
s’élevaient à 1300 millions d’Euros, correspondant à 8,2% du
total. L’importance de la région pour les exportateurs italiens se
reflète sur la demande en assurance, et par conséquent, la zone
méditerranéenne correspond à quelque uns des pays les plus
représentatifs de SACE. En terme d’engagements, l’Algérie
figure à la 6ème place avec 588 millions d’Euros, l’Egypte avec
environ 320 millions d’Euros à la 12ème place et le Maroc avec
300 millions d’Euros à la 13ème place. Il y a peu de demande
d’assurance pour les exportations envers la Tunisie.

La politique d’assurance de SACE vis-à-vis de pays de


l’Afrique méditerranéenne est diversifiée selon les différents
risques que l’on peut rencontrer dans la zone. Cette multiplicité
des conditions se reflète principalement dans la catégorie de
risques définie au niveau de l’OCDE, qui varie de la 3ème
catégorie pour la Tunisie à la 7ème pour la Libye. Pour l’Egypte,
le Maroc et la Tunisie, il est prévu l’ouverture sans restrictions.
Dans ce cas, tous les produits d’assurance de l’institut sont en
règle générale, disponibles, à condition que chaque opération

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Les Journées de l’entreprise 2003
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soit examinée individuellement afin d’évaluer, d’une part les
mérites du crédit et d’autre part les aspects commerciaux et
financiers de la transactions. Dans le cas où les mérites de
crédits du débiteur garant ne s’avèrent pas adéquats, des
garanties particulières seraient demandées pour améliorer le
risque. Pour ce qui est du niveau global des risques vers
l’Algérie, il est prévu un plafond de 250 millions d’Euros, qui est
réintégré au fur et à mesure que la nécessité se présente. Pour
la Libye, nous avons suivi des attitudes d’ouvertures à partir de
2002 en prévoyant que l’intérêt élevé des exportateurs italiens
aurait comporté une augmentation significative. De fait, la
croissance attendue de la demande n’est pas encore
concrétisée, vraisemblablement à cause du niveau élevé des
primes due à la classification de ce pays dans la 7ème catégorie
des risques. Cette classification est imputable principalement,
aux persistants comptes libyens en suspens vis-à-vis de certains
pays créditeurs importants.

Etant donné l’importance de la zone méditerranéenne


pour l’Italie, SACE suit avec une grande attention le
développement de la situation politique et économique de ces
pays, en vue de définir une politique des assurances et des
instruments en mesure de satisfaire les échanges des
exportateurs italiens. Dans ces pays, le comportement pour les
assurances est revu immédiatement pour tenir compte des
variations significatives des facteurs de risques de chaque pays.

J’ai suivi avec beaucoup d’intérêts les débats sur


l’environnement pour les IDE, je pense que l’évolution de la
situation économique, politique et d’intégration entre les pays du
Maghreb, puisse favoriser les investissements étrangers et
particulièrement italiens. SACE, sera et restera un coopérant
pour la réalisation des initiatives sur le plan financier avec ses
assurances. Je considère comme une démonstration dans cette
direction la réalisation de la zone industrielle d’Enfidha.

Merci de votre attention

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Troisième Session

LA DIMENSION MAGHREBINE
DANS LE PARTENARIAT
EURO-MEDITERRANEEN

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« La dimension Maghrébine dans le


partenariat Euro-Méditerranéen »
Monsieur Tarak CHERIF
Membre du Comité Directeur de l’I.A.C.E.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Honorables invités,
Mesdames, Messieurs,

L’arrivée de 10 nouveaux membres de l’Europe de l’Est à


partir de Mai 2004, représentant 75 millions d’habitants, risque
de modifier sensiblement le contexte d’un partenariat Euro
Méditerranéen. Cet élargissement aura certainement des
conséquences sur la performance des économies
méditerranéennes d’une part et sur la nature des relations
économiques de l’Union Européenne avec la rive sud de la
Méditerranée d’autre part.

Des questions dès lors pourraient se poser. Dans quelle


mesure le développement des pays du sud de la Méditerranée
constitue-t-il un des plus surs moyens de relancer la croissance
européenne et quelle importance revêt le processus 5+5 dans
l’intégration européenne ? Une comparaison par 3 interpellations
sera étudiée. D’abord sur le plan macro économique, les pays
méditerranéens comme les 10 pays de l’Est ont largement
évolué vers une meilleure maîtrise de leurs équilibres. On peut
même dire que les pays sud méditerranéens qui ont commencé
plus tôt en empruntant un processus plus progressif, ont
désormais une macro économie mieux stabilisée, notamment en
matière de contrôle de l’inflation et du déficit budgétaire.

Par ailleurs, les conditions de la croissance sont


sensiblement différentes entre les deux ensembles. Alors que le
rythme de croissance des pays méditerranéens est légèrement
supérieur aux pays de l’Europe de l’Est ces dernières années
(3,8% contre 3% entre 1998 et 2002), l’écart avec la croissance
de la population active est beaucoup plus fort. Pour répondre à
cet enjeu, une entrée plus importante d’investissements
étrangers et une accumulation du capital interne plus grande et
mieux orientée sont une nécessité impérieuse. Interviennent là,
la qualité d’une gestion macro économique et de l’effectivité des
réformes mises en œuvre pour aller vers une économie de
marché.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Deuxièmement, sur le plan du marché du travail, les pays
méditerranéens seront particulièrement tendus dans les années
à venir. Le chômage des jeunes, y compris diplômés, est un
fléau qui se développe dans les pays qui ont la croissance la
plus forte. Dans ce contexte, les causes qui poussent à
l’immigration vers les pays de l’Union Européenne, ont des
tendances très probables à s’accentuer, d’autant plus que celle-
ci enregistrera en parallèle, une diminution très considérable en
valeur absolue de sa population active.

Une démarche simultanée des deux rives, pour mieux


réguler les flux migratoires et éviter les pertes de capital humain,
conjuguée avec un effort général pour en améliorer la qualité
d’ensemble, pourrait offrir de nouvelles possibilités de
coopérations politiques et sociaux économiques, dont on peut
attendre des retombées sur la croissance et le développement.

Enfin, sur le plan des échanges de marchandises et de


service, les deux ensembles se recentrent sur l’Union
Européenne qui est leur principal partenaire commercial. Par
ailleurs, les échanges intra zones, se développent peu alors que
les échanges réciproques sont très limités.

Les pays de la méditerranée disposent toujours d’un


avantage relatif en coût de travail, qui se maintient grâce à la
modération salariale relative. Cette situation devra évoluer de
façon à ce que la croissance de la productivité du travail
permette à la fois de maintenir la compétitivité par les coûts et la
distribution de salaires plus importants.

Cependant, des avantages, hors coûts, croissants


apparaissent chez les pays de l’Est, ce qui se manifeste par une
structure d’exportations sensiblement moins diversifiée à un
biveau de développement d’échanges intra branches plus faible.

Il parait donc, que les contextes macro économiques ainsi


comparés, fournissent des opportunités différenciées, et ceci
n’empêche pas que l’Union Européenne considère que
l’association avec les pays sud méditerranéens est une stratégie

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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de croissance et de développement en soi pour les deux parties,
quitte à ce que ce soit une association renforcée.

Face au défi que représente l’élargissement, la


Méditerranée serait dans l’une des deux situations suivantes :
soit elle accentue son intégration économique à l’Europe et ses
voisins conforteront leurs insertion dans l’économie, soit rien est
fait et la conviction que la Méditerranée se fracturera multipliant
ainsi les risques de marginalisations économiques.

Ces objectifs s’articulent autour de quelques exigences.


D’abord le besoin d’intégration de la Méditerranée du Sud, la
globalisation qui s’approfondit depuis quelques années
s’accompagne par une vague d’intégrations régionales. Celle-ci
a poussé à l’approfondissement et l’élargissement de l’Union
Européenne, à la création de l’ALENA, le MERCOSUR et
d’autres ensembles, et aussi à la multiplication d’accords
bilatéraux.

Le besoin d’une nouvelle frontière des firmes


européennes, les IDE verticaux : l’idée est que les marchés des
vieux pays européens sont saturés, que leurs croissance est
faible, que les coûts de production sont élevés, que les
réglementations sont très contraignantes. Les IDE verticaux ne
reposent pas sur un transfert de la totalité de la chaîne de valeur
comme dans le cas des IDE horizontaux. Cette intégration ne
portera que sur certains segments de la chaîne, ceux pour
lesquels les économies offrent des avantages absolus de
délocalisation.

Ces IDE suivent une logique de sous-traitance. Les IDE


verticaux permettent de localiser les avantages et les
compétences locales spécifiques. Elles permettent donc de
contribuer aux développements de pôles de développement
dans les pays du sud d’une part, et une relance de l’activité des
pays du Nord d’autre part. En effet, il s’agit d’une coopération
riche en perspectives de développement, qui permet la création
de zones économiques, porteuse d’une stratégie mutuellement
positive puisque les deux régions exploitent les avantages

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Les Journées de l’entreprise 2003
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comparatifs, les avantages en notation de facteurs de production
et les rendements d’échelles croissants.

Enfin, une question importante, celle liée à toute stratégie


de politiques économiques et sociales mérite attention. Il s’agit
des mesures et formes d’interventions adéquates permettant de
réaliser cette stratégie de coopération entre l’Union Européenne
et les pays du Sud de la Méditerranée. Il s’agit de deux
processus de cohésion : un interne et un externe. La cohésion
interne prévoit naturellement l’utilisation importante des fonds
pour réduire les disparités internes au sein de l’Union, mais la
dimension externe de la cohésion est tout aussi importante, car
elle doit servir à contenir et à gérer les différences de
développement économiques et démographiques.

Une révision ou une accommodation de la politique


agricole commune serait alors nécessaire pour ne pas pénaliser
les pays du Sud. Il serait aussi impératif que les pays du sud
s’investissent davantage dans la perspective de la libéralisation
commerciale et l’approfondir. Un assainissement de
l’environnement macro économique ayant pour objectif
l’assurance de la stabilisation ne ferait que renforcer leurs
avantages et leurs préparations à une intégration européenne
fructueuse.

Merci de votre attention.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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« L’impact de l’élargissement de l ’Union


Européenne sur les Partenaires
Méditerranéens »

Jean Louis REIFFERS


Institut de la Méditerranée

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Lors du sommet de Copenhague, des 12-13 décembre
2002, l’UE a décidé d’admettre dix nouveaux membres à partir
de mai 2004. L’arrivée de ces dix nouveaux membres de l’Est
(AC10), représentant 74,5 millions d’habitants, risque de modifier
sensiblement le contexte d’un partenariat euro-méditerranéen,
fondé sur des accords d’association bilatéraux entre chaque
partenaire méditerranéen (PM) et l’UE.

Etant donné l’écart de développement entre l’UE et les


pays engagés dans le processus d’adhésion (le PIB par tête des
AC 10 est trois fois moins élevé que celui de l’UE, mais deux fois
plus élevé que celui des PM), on peut penser que le système
d’interdépendance UE/PM sera affecté. Il pourra être affecté au
niveau des échanges de marchandises et de services, de
capitaux et de mouvement des personnes.

Un effet négatif serait préjudiciable, à cause, d’une part,


des différences de richesse entre les deux ensembles
(AC10/PM), et, d’autre part, de ce que les niveaux de chômage
sont sensiblement supérieurs dans les PM que dans les AC10,
alors que la demande de travail y sera encore beaucoup plus
élevée dans les prochaines années. La croissance de la
popula tion active dans les PM se maintiendra encore pendant
une dizaine d’années aux environs de 2,8% par an, nécessitant
environ 40 millions d’emplois nouveaux à créer (selon le taux de
participation des femmes), pour maintenir les taux de chômage
au niveaux actuels très élevés, alors que celle des AC10
plafonne d’ores et déjà à 0,3% par an.

Sur le plan macroéconomique, les PM, comme les AC10,


ont largement évolué vers une meilleure maîtrise de leurs
équilibres. On peut même dire que les PM, qui ont commencé
plus tôt, en empruntant un processus plus progressif, ont
désormais une macroéconomie mieux stabilisée, notamment en
matière de contrôle de l’inflation et du déficit budgétaire (à
l’exception de la Turquie et du Liban). Les AC 10, qui sont entrés
plus tard et plus énergiquement dans le processus de transition,
sont également en voie de consolider leurs équilibres
macroéconomiques.

©IACE 276
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Les deux ensembles souffrent, cependant, d’un
déséquilibre commercial. Il est compensé dans les AC10 par des
exportations nettes de services et par des investissements
étrangers pour un montant désormais considérable. Il est
compensé dans les PM par des recettes aujourd’hui volatiles : le
tourisme et les transferts de revenus des immigrés en Europe.
Par contre, l’investissement étranger est très faible.

Il est clair que ces deux façons d’équilibrer le compte


extérieur ne sont pas équivalentes, surtout en cas de choc. La
première permet une adaptation par la qualité des produits et
supporte mieux la baisse de demande externe, alors que la
seconde nécessite de choisir entre un ajustement réel par la
dépression de la demande interne et le chômage, ou un
ajustement nominal par l’inflation.

Par ailleurs, les conditions de la croissance sont


sensiblement différentes entre les deux ensembles.

Alors que le rythme de croissance des PM est légèrement


supérieur aux AC10 ces dernières années (3,8% vs 3% de 1998
à 2002), l’écart avec la croissance de la population active est
beaucoup plus fort. Il en résulte que le déficit de croissance est
plus sensible dans les PM et que le sentier de croissance actuel
requiert, presque nécessairement (si l’on ne veut pas voir le
chômage augmenter), une quasi-stagnation de la productivité du
travail (ce qui est le cas).

L’enjeu pour les PM est donc clair, il s’agit, d’augmenter la


croissance autour de 6-7%:

- en augmentant le rythme d’accumulation du capital,


- en le dirigeant vers des emplois plus productifs,
- en modifiant le régime de croissance à partir de gains de
productivité globale (par organisation, progrès technique,
croissance endogène, économie fondée sur la
connaissance, etc.).

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Pour répondre à cet enjeu, une entrée plus importante
d’investissements étrangers et une accumulation du capital
interne (capital physique et capital humain) plus grande et mieux
orientée sont une nécessité. Interviennent là, la qualité de la
gestion macroéconomique et l’effectivité des réformes mises en
œuvre pour aller vers l’économie de marché.

Mais intervient aussi la nature de la relation avec l’UE,


premier marché des deux ensembles et les perspectives qu’elle
ouvre. Et, de ce point de vue, la nature des relations UE/PM est
sensiblement moins porteuse que celle des relations UE/AC10.
A la fois, à cause de la probabilité des seconds d’accéder à
l’acquis communautaire et de réaliser une intégration «profonde
» avec les quinze, et à cause des montants concernés par les
fonds structurels relativement aux fonds MEDA (545 euros 3 par
habitant et par an dans les AC10 vs. 14 euros par habitant et par
an prêts BEI inclus pour les PM).
On se convaincra de ce fait, en remarquant que sur la
base de critères objectifs, caractérisant leur situation
macroéconomique en 2002, par rapport à plus de 200 pays, les
PM ont une place équivalente à celle des AC10 (à la frange
inférieure des 45% les mieux placés). Alors que si l’on fait le
même classement, à partir des représentations des principales
agences de rating mondiales, les PM régressent
considérablement, tandis que la position des AC10 progresse.
Une observation qui conforte ce fait est que le rating Moody’s
des AC10 s’est nettement amélioré au moment de Copenhague,
preuve supplémentaire que l’économie est aussi affaire
d’anticipations et de représentations.

Etant donné, l’importance de ces rating sur les entrées de


capitaux qui sont, rappelons le, décisifs, en ce qu’ils augmentent
à la fois l’accumulation et la productivité globale des facteurs, on
doit donc souligner que, dans sa forme actuelle, le partenariat
euro-méditerranéen ne permet pas de réduire l’écart relatif en
termes de prime de risque des deux ensembles. Et que
l’adhésion va l’accroître, s’il n’est pas proposé une modification
sensible de la perspective proposée par les accords
d’association.

©IACE 278
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Il reste que, si l’on considère le processus de réformes,
les PM sont, aujourd’hui, en retard de plusieurs points de vue.

En premier lieu, les réformes constitutionnelles qui


concernent les systèmes politiques ont été très timides et dans
la plupart des cas n’ont pas eu lieu. Elles confèrent toutes une
place prépondérante à l’exécutif par rapport au législatif et au
judiciaire.

En second lieu, si la plupart des lois concernant les


aspects les plus fondamentaux de l’économie de marché ont été
retouchées au cours de la dernière décennie, un retard important
a été pris dans l’établissement des institutions permettant
l’application de ces lois et la régulation des marchés.

En troisième lieu, une observation par domaine révèle :

- que de nombreuses entraves aux droits de propriété


perdurent (notamment aux droits de la propriété
intellectuelle et de la propriété foncière),

- que si, dans l’ensemble, les textes régissant les


investissements étrangers sont ouverts, des restrictions
sectorielles importantes demeurent,

- que la lourdeur bureaucratique et des pratiques


discrétionnaires dans l’application des textes relatifs à
l’investissement étranger subsistent,

- que, d’une façon générale, le frein administratif est la


règle, que ce soit en matière douanière ou en matière
d’investissements. Il semble, néanmoins, que ces
lourdeurs administratives et difficultés d’application des
lois ne sont pas sensiblement plus importantes dans les
PM, que dans certains pays AC10 aujourd’hui.

En quatrième lieu, le processus de privatisations est


beaucoup moins développé dans les PM que dans les AC10 et

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Les Journées de l’entreprise 2003
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présente des caractères qui en limitent la portée. Dans les PM il
se caractérise :

- par la faiblesse de la part de l’industrie manufacturière,


- par l’importance des cessions partielles minoritaires,
- par l’importance de la valeur moyenne des cessions, par
la faible part des investissements étrangers dans les
cessions,
- par l’absence de délai imposé aux administrations
chargées des cessions,
- par les retards pris dans la restructuration préalable du
portefeuille d’entreprises publiques qui rend encore le rôle
du ministère de tutelle prépondérant.

Le désarmement douanier s’est poursuivi dans les PM


comme dans les AC10, mais à un rythme sensiblement plus
rapide pour ces derniers. Le taux moyen de protection des PM
est encore relativement élevé aujourd’hui (le taux tarifaire moyen
est de 17,5% dans les PM vs. 5,2% dans les AC10). Pour
certains pays, qui ont vu leur tarif moyen augmenter, il s’agit d’un
effet d’optique lié à la transformation de barrières non tarifaires
en tarifs.

Cependant, la prise en compte des barrières non tarifaires


et des droits spécifiques, aboutit à remettre sensiblement en
cause le degré d’ouverture de l’UE et des AC10. C’est ainsi, que
selon certaines estimations, la Pologne aurait un niveau de
protection supérieur à la Tunisie et au Maroc.

De même, l’UE aurait un taux de protection (12% au total,


7% dans l’industrie, 31,7 % dans l’agriculture) sensiblement
supérieur à ce que donne la moyenne des tarifs. Il résulte de
cette remarque, que l’adhésion, qui implique l’application de
l’ensemble de l’acquis communautaire, fera bénéficier les AC10
de cette protection et pas les PM qui sont plus démunis de ce
point de vue.

Les accords commerciaux entre AC10 sont anciens et


désormais solidement ancrés. Dans les PM, la situation est fort
différente : ceci est vrai pour plusieurs accords d’association
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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avec l’UE, signés mais pas encore en application, ou entrés en
vigueur très récemment (Jordanie, Liban), c’est également le cas
pour les accords GAFTA et AGADIR.

Par ailleurs, contrairement aux AC10, il n’existe pas


d’accord régional global assurant une harmonisation des
procédures douanières et administratives, qui réduirait les coûts
d’information et de transaction et permettrait l’application du
cumul diagonal entre les PM.
Les échanges de marchandises et de services des deux
ensembles se recentrent sur l’UE. Les deux types d’échanges
allant de concert. En ce qui concerne les échanges de
marchandises, les PM comme les AC10 ont enregistré une
augmentation de leur degré d’ouverture (augmentation plus
sensible dans les AC10). Celle-ci se traduit par un déséquilibre
commercial constant vis-à-vis de l’UE, comme vis-à-vis du
monde. La part de marché des AC10 a augmenté très
sensiblement sur le marché européen et a dépassé la part des
PM (10,9% des importations de l’UE vs. 6,6% pour les PM).
Trois remarques principales peuvent être faites à propos
de l’orientation géographique des échanges:

- les échanges intra-zone se développent peu,


- les échanges réciproques AC10/PM sont très limités (2%
des exports des PM),
- l’engagement vers l’UE accentue les avantages
comparatifs.

Les PM disposent toujours d’un avantage relatif en coût


du travail qui se maintient, grâce à la modération salariale
relative (et pas grâce à la croissance de la productivité du
travail). Cette situation devra évoluer, de façon à ce que la
croissance de la productivité du travail permette, à la fois de
maintenir la compétitivité par les coûts, et la distribution de
salaires plus importants. C’est ainsi que le marché interne se
développera, phénomène que l’on observe de façon significative
dans les AC10, en particulier, en Pologne.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Des avantages hors coûts croissants apparaissent chez
les AC10, relativement au PM, ce qui se manifeste par :

- une progression faible des termes de l’échange des PM,


- une structure d’exportations sensiblement moins
diversifiée dans les PM que dans les AC10,
- un niveau de développement des échanges intra-
branches plus faible dans les PM, ce qui signifie plus de
difficultés à différencier les produits,
- une faible spécialisation intra-produits des PM qui vient du
développement insuffisant de la sous-traitance et est
directement lié au déficit d’investissements directs
étrangers.

Une question importante est de savoir si le processus


d’adhésion et le processus de Barcelone sont des processus qui
se concurrencent ou qui se complètent. En s’en tenant aux effets
qui transitent par les échanges de produits manufacturés, les
estimations faites dans le présent rapport indiquent :

• en premier lieu, que la concurrence sur le marché


européen sera relativement faible entre les AC10 et les PM pour
les produits manufacturés. Les structures d’exportation se
recouvrent peu entre les deux ensembles, alors que le
recouvrement est très sensible à l’intérieur de chaque zone.

Ceci tient au caractère plus transformé des produits


manufacturés offerts par les AC10 sur le marché européen.

• en second lieu, qu’une simulation (à partir d’un modèle


d’équilibre général calculable multipays/multiproduits) des effets
du processus d’adhésion sur la production des PM, fait
apparaître le rôle décisif de la croissance de la productivité des
pays méditerranéens et de la suppression des barrières non
tarifaires de l’UE, éléments importants pour leur permettre de
soutenir la concurrence sur ce marché avec les AC10. Les
simulations effectuées pour le présent rapport montrent en effet :

- qu’en cas d’adhésion des AC10, sans mise en œuvre des


accords d’association, les PM gagnent une entrée libre
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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sur le marché des AC10, ce qui représente un gain en
production faible,
- qu’en cas d’adhésion et de mise en œuvre simultanée
des accords d’association, sans gains de productivité, la
perte peut être considérable pour les PM,
- qu’avec des gains de productivité proportionnels à la
baisse des tarifs, mais ne dépassant pas 10%, un gain
net est généralement possible,
- que, si, s’ajoutent à ces gains de productivité, un
démantèlement des barrières non tarifaires (ici la
généralisation du système Pan-européen de règles
d’origine), le gain peut être significatif.

Pour ce qui concerne, plus particulièrement, les services,


dont la croissance suit étroitement le développement des
échanges de marchandises (aussi bien en taux, qu’en
orientation géographique), les AC10 sont également mieux
placés que les PM. Dans les deux zones, les services
représentent une part croissante de l’activité économique.
Cependant, cette évolution s’est davantage transposée dans les
échanges extérieurs des AC10.

Il faut noter :

- que le tourisme occupe une part dominante dans la


plupart des PM, mais est aussi très développé dans
plusieurs pays AC10 (Slovénie, Pologne, République
Tchèque, Hongrie, Malte), d’où une concurrence possible,
- qu’en matière de transport de marchandises (qui
représente 25% des exportations mondiales de services),
aucun pays des deux zones ne figure en bonne place
dans le classement mondial. Concernant les PM, la
domination du secteur public dans le transport aérien et
maritime, l’absence de concurrence, l’inefficacité des
infrastructures de transport, le manque d’intégration
régionale, limitent les possibilités d’exploiter un important
potentiel lié à la position géographique.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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- que les services aux entreprises sont en général peu
développés dans les PM.

Par ailleurs, les accords entre l’UE et les PM sont limités


dans le domaine des échanges de services, de même que les
engagements pris dans le cadre du GATS (les PM n’ont souscrit
que 17% des engagements possibles). La libéralisation du
secteur des services est, également, sensiblement en retrait par
rapport aux AC10.

Etant donnée l’importance du secteur, ces divers retards


et incompatibilités (entre les accords d’association et les règles
d’origine du GATS notamment) posent des difficultés aux
fournisseurs de services des PM qui tentent d’entrer sur le
marché européen et handicape l’attractivité des PM vis à vis des
investissements directs étrangers.

Les marchés du travail des PM seront, comme il a été dit,


particulièrement tendus dans les années à venir. Le chômage
des jeunes (y compris diplômés) est un fléau qui se développe,
même dans les pays qui ont la croissance la plus forte (Tunisie
notamment). Dans ce contexte, les tendances qui poussent à
l’émigration vers l’UE15 ont toutes chances de s’accentuer.
D’autant plus que celle-ci enregistrera, en parallèle, une
diminution considérable, en valeur absolue, de sa population
active (le rapport actifs/retraités passera de 4 à 2 dans les vingt
prochaines années).

Etant donné, leurs caractéristiques démographiques, les


pays AC10 seront faiblement concurrents des PM en matière
d’immigration dans l’UE 15. Néanmoins, les déséquilibres
actuels en termes de richesse et d’évolution démographique,
conjugués avec la forte mobilité traditionnelle entre les deux
espaces, plaident pour une nouvelle politique migratoire de l’UE
vis-à-vis des PM, qui donnerait plus d’importance aux
mouvements de main d’œuvre qualifiée. Le paradoxe de la
situation actuelle est que le blocage des flux migratoires favorise
la migration clandestine des non qualifiés, avec des
conséquences sociales gravement dommageables pour les deux
parties.
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Une nouvelle politique migratoire est donc souhaitable qui


encouragerait des flux régulés et non permanents assurant des
flux continus. Ces flux non permanents permettraient de
répondre aux besoins des marchés du travail européens, et aux
pays méditerranéens d’inverser la tendance à la fuite des
cerveaux et d’accumuler un capital humain lors du retour des
migrants. Une démarche simultanée des deux rives pour mieux
réguler les flux migratoires et éviter les pertes de capital humain,
conjuguée avec un effort général pour en améliorer la qualité
d’ensemble, pourraient offrir de nouvelles possibilités de
coopération politique et socio-économique, dont on peut attendre
des retombées sur la croissance et le développement.

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« 5+5 » :
L’AMBITION D’UNE ASSOCIATION
RENFORCÉE
Rapport du Cercle des Economistes Français

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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AVANT-PROPOS

Ce document, conçu et réalisé par des économistes


français, est le produit d’une double ambition :
1. Démontrer que le développement des pays du Sud de la
Méditerranée constitue un des plus sûrs moyens de relancer la
croissance européenne. La Méditerranée se trouve, en effet, à la
croisée des chemins. Soit elle s’intègre davantage, faisant de ce
bassin économique de 650 millions d’habitants un des pôles de
la croissance mondiale, soit elle se disloque insensiblement,
privant les pays de la rive Sud d’une articulation rapide à
l’économie mondiale, avec tous les risques politiques et sociaux
que ce scénario laisse pressentir, et privant les pays européens
d’un relais de croissance qui lui fait, à ce jour, cruellement
défaut. Il n’y a pas d’autres choix. Ce choix est binaire et justifie
que les économistes apportent leurs réflexions au débat et
contribuent ainsi à relever ce défi.
2. Témoigner de l’importance que revêt le processus « 5+5 »
dans l’intégration euro-méditerranéenne. Pour relancer la
croissance européenne, notamment par le quintuplement, à
l’horizon 2010, des investissements directs étrangers (I.D.E.) en
direction du Sud de la Méditerranée, il faut que l’intégration euro-
méditerranéenne atteigne une « masse critique » minimale et
donc il faut qu’un nombre limité de pays des deux rives prennent
en charge ce destin. Cette relance du partenariat euro-
méditerranéen prend toute son importance à quelques mois de
l’élargissement à l’Est de l’Europe.
Ce document s’efforce de définir les contours d’une
« association renforcée » structurée autour de huit axes de
réforme.
Les signataires de ce mémorandum sont :
Patrick Artus, Jean-Paul Betbéze, Christian de Boissieu,
Jean-Marie Chevalier, Élie Cohen, Michel Didier, Jean-Paul
Fitoussi, Pierre Jacquet, Jean-Hervé Lorenzi, Charles-Albert
Michalet, Erik Orsenna, Olivier Pastré, Daniel Vitry.

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I – « ASSOCIATION RENFORCÉE » : UNE STRATEGIE
DE CROISSANCE

I-1 « Association renforcée » : le sens et les enjeux d’un


concept

Le processus de Barcelone, lancé en 1995, a joué jusqu'à


présent un rôle non négligeable dans l'élaboration d'une politique
et d'une réalité euro-méditerranéennes. En même temps, force
est de reconnaître qu'il n'a pas tenu ses promesses, et qu'il est
temps de le refonder. Une exigence qui rencontre parfaitement
les propositions du Président de la Commission européenne,
Romano Prodi, en mars 2003 : « moins que l'adhésion, plus que
l'association » pour les pays du Maghreb.
Notre ambition est de donner un contenu concret à cette
idée d'association renforcée entre pays du Nord et pays du Sud
de la Méditerranée, en situant résolument nos propositions dans
le contexte du « 5+5 ».
De notre point de vue, l'association renforcée doit
s'organiser autour de trois thèmes fondateurs : l'élargissement
du champ des coopérations, l'approfondissement de ces
coopérations grâce à des financements adaptés, l'effectivité et le
contrôle démocratique des coopérations renforcées grâce à des
innovations institutionnelles.
Élargir le domaine des coopérations euro-méditerranéennes
par rapport au processus de Barcelone nous semble
indispensable et urgent. Quatre axes supplémentaires à ceux
déjà existants sont à privilégier :
1/ Il faut intégrer dans le dispositif de libéralisation et de
coopération la filière agro-alimentaire. La réforme de la PAC
en liaison avec l'élargissement et les négociations OMC
fournit justement l'occasion d'une telle extension.
2/ Compte tenu de l’importance des investissements
directs étrangers pour la croissance et le développement du
Maghreb, leur promotion systématique doit être une
composante radicale de l’association renforcée.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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3/ Les flux migratoires, qu'ils soient désirés ou
contraints, font partie des sujets prioritaires pour plus de
coopération et éventuellement des actions concertées dans
le contexte d'une association renforcée.
4/ Il existe un fort potentiel pour plus de coopération
monétaire euro-méditerranéenne, dans l'intérêt de toutes les
parties et dans le respect des souverainetés monétaires.
Clairement, le périmètre des coopérations dans l'association
renforcée ne devra pas être figé. Il faudra avant tout être
pragmatique.
Approfondir, cela veut dire donner aussi à la coopération
euro-med les moyens financiers qui la concrétisent et la
crédibilisent. Nous proposons la mise en place d'un plan
Marshall en faveur des pays du Maghreb, consistant à
rassembler les concours, à leur donner plus de cohérence et à
les accroître. Le juste traitement du Sud de la Méditerranée en
plein processus d'élargissement vers l'Est implique de multiplier
au moins par 5 le total des transferts (publics ou privés) en
faveur du Maghreb à l’horizon 2010. Cela suppose plus de
transferts publics, mais également des politiques incitatives
(fiscales, financières, etc.) pour favoriser l'investissement direct
des entreprises du Nord de la Méditerranée vers le Maghreb de
préférence à des investissements excessivement polarisés sur la
Chine, d'autres pays d'Asie ou l'Amérique latine. Comment
financer ce nouveau plan Marshall au moment où nombre de
pays européens sont confrontés à de fortes contraintes
budgétaires ? D'après nos simulations, le surcroît de croissance
de part et d'autre de la Méditerranée résultant d'une intégration
économique accrue fournit déjà une part significative du côté de
l'autofinancement de cette politique. Quant au solde, il devra
découler d'arbitrages à étaler sur plusieurs années et à assurer
pleinement. En outre, les pays bénéficiaires de l'association
renforcée pourront emprunter dans de meilleures conditions
auprès des banques ou sur les marchés internationaux de
capitaux. Dans le bouclage financier du dispositif, il faudra donc
tenir compte des économies engendrées par la réduction des
primes de risque.
Il existe clairement des espaces de coopération régionale
entre les pays du Maghreb, à développer via l'UMA ou par

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Les Journées de l’entreprise 2003
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d'autres canaux. Ces espaces touchent à de nombreux
domaines : politique démographique, éducation, R&D, nouvelles
technologies de l'information et de la communication,
infrastructures (transports…), énergie, etc. Nous proposons
qu'une partie significative de ce nouveau plan Marshall soit
conditionnée à des actions et des programmes de coopération
régionale.
Élargir et approfondir l'association afin de donner un vrai
contenu au statut d'association renforcée nécessitent des
institutions adaptées. Nous sommes conscients qu'il faut éviter
l'inflation « institutionnelle », ici comme ailleurs, surtout si elle
alimente une fuite en avant. Mais nous nous séparons du
Président de la Commission européenne lorsqu'il évoquait à
Tunis et à Alger, en mars dernier, la non-nécessité de nouvelles
institutions. À ce stade, nos propositions institutionnelles
s'organisent autour de deux axes :
1/ Il faut mettre en place, en s'appuyant sur le « noyau
dur » du 5+5, un Conseil EcoFin euro-méditerranéen
associant également les gouverneurs des banques
centrales, compétent pour renforcer le partenariat dans les
domaines économiques, sociaux, financiers… et se
réunissant au moins une fois par an.
2/ Il faut concrétiser le changement d'échelle dans les
transferts vers le Maghreb. Cela passe soit par la création
d'une Banque euro-méditerranéenne, travaillant en liaison
étroite avec la Banque mondiale, la BEI, etc. et les Agences
nationales d'aide au développement, soit par le
renforcement des procédures existantes avec l’idée de
promouvoir de nouveaux projets à financer. À ce stade de la
réflexion et du débat, nous préférons laisser l’option
ouverte, tout en sachant que l’objectif de développement
suppose de promouvoir en même temps les financements et
les projets. Quelle que soit la voie institutionnelle choisie, il
est indispensable d’introduire plus d’ambition et de
cohérence dans les transferts en faveur du Maghreb.

I-2 La base du « 5+5 » : compétitivité au Nord, croissance au


Sud de la Méditerranée

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Pourquoi s’ouvrir au Sud de la Méditerranée ? Une première
réponse à la question peut être trouvée dans les trois objectifs
fixés par la conférence de Barcelone qui a lancé le projet
EuroMed : pour accélérer le développement économique ; pour
réduire les flux migratoires vers le Nord ; pour établir la paix et la
sécurité dans le respect des droits de l’homme.
Ces objectifs sont respectables. Ils relèvent d’une
conception géopolitique qui vise à rééquilibrer, d’une part, les
effets de l’engouement marqué pour les pays de l’Europe de
l’Est et du Centre (PECO) et, d’autre part, le poids de plus en
plus lourd dans l’économie mondiale de l’ensemble constitué,
après la signature de l’Alena, par les États-Unis, le Canada et le
Mexique. En outre, ce qui est peut être le plus important dans
une vision à long terme, l’ambition d’EuroMed se situe dans la
logique de l’évolution de la mondialisation vers la formation de
groupes régionaux dont la caractéristique originale par rapport à
la conception classique à la J. Viner est d’intégrer des
économies inégalement développées.
Malheureusement, ces arguments risquent de rester à l’état
de vœux pieux si les entrepreneurs européens ne se mobilisent
pas et demeurent l’arme au pied dans l’attente de se lancer à
l’assaut des PECO ou de la Chine. Cette attitude ne doit pas
étonner. L’analyse de la faible attractivité des pays
méditerranéens n’a rien qui puisse véritablement déclencher
l’enthousiasme des investisseurs à franchir la Méditerranée,
même si certains d’entre eux ont déjà montré qu’ils étaient prêts
à relever le défi. Hélas, ils ne sont pas encore très nombreux. Il
s’agit donc de tenter de convertir les autres, les sceptiques, ceux
qui hésitent encore à s’engager, ceux dont la conviction est faite
qu’ils n’ont rien à faire au Sud de la Méditerranée. Notre
tentative pour les persuader du contraire repose sur deux
constats : d’une part, il existe une demande d’intégration à
l’Union européenne des pays de la Méditerranée ; de l’autre, les
avantages de localisation de ces derniers pourraient constituer
une « nouvelle frontière » pour les firmes européennes qui ont
besoin de croître à l’étranger. Celle-ci ne doit pas être confondue
avec celle qui est offerte par l’ouverture récente des PECO. Les
avantages de localisation des pays de la Méditerranée ne sont
pas directement concurrents de ceux des PECO. Les deux
zones ne jouent pas dans la même catégorie, ce qui a pour
conséquence que la décision d’investir dans l’une ou l’autre ne
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Les Journées de l’entreprise 2003
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relève pas de la logique d’un jeu à somme nulle. Bien plus,
l’implantation des firmes européennes de l’autre côté de la
Méditerranée pourrait leur permettre de renforcer leur
compétitivité sur le marché mondial avec plus de force encore
que dans le cas de l’investissement dans les PECO. À condition,
bien sûr, qu’elles sachent saisir cette opportunité plus
rapidement que leurs concurrents.

Le besoin d’intégration de la Méditerranée du Sud


La globalisation comme configuration d’une mondialisation
qui s’approfondit dans toutes ses dimensions – circulation des
biens et des services, des capitaux productifs et des capitaux
financiers – s’accompagne depuis le milieu des années 80,
d’une vague d’intégration régionale. Celle-ci a poussé à
l’approfondissement et à l’élargissement de l’Union européenne,
à la création de l’Alena, du Mercosur, de la Scdac, de la Cepac,
de la Cdeao, Umeoa de la transformation de l’Asean en zone de
libre-échange, de la multiplication des accords bilatéraux de
libre-échange, entre autress entre l’Union européenne et un
certain nombre de pays au Sud de la Méditerranée ou, plus
nombreux, entre les États-Unis et des pays en développement,
dont le Maroc, récemment, sans oublier l’Uma.
Ainsi, EuroMed et les contrats de libre-échange signés entre
l’Union européenne et un nombre croissant de pays du Sud de la
Méditerranée dont les trois pays du Maghreb, vont dans le sens
d’une évolution générale. Néanmoins, il est important pour notre
propos de rechercher la logique cachée de la signature de ces
traités par les pays du Maghreb, car à première vue, ces accords
ne leur apportent rien. Il semble même que leur coût à court
terme soit supérieur à l’avantage escompté. Les oppositions
politiques n’ont pas manqué d’exploiter ce point. En effet, depuis
la fin des années 70, les pays du Maghreb pouvaient exporter
vers l’Union européenne en quasi-franchise leurs produits
manufacturés. Les accords bilatéraux n’apportent rien de plus
sur ce point (ni sur celui des exportations de produits agricoles).
En revanche, ils accordent à terme (6 à 12 ans) une exonération
des droits à l’entrée pour les exportations en provenance de
l’Union. Il n’est pas difficile de deviner quelle sera la partie
gagnante. La Commission de Bruxelles est consciente du risque
d’aggravation du déséquilibre puisqu’elle accepte de financer

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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des programmes de mise à niveau des entreprises locales afin
de les mettre en état de pouvoir résister à la concurrence de
leurs puissants partenaires européens.
Comment comprendre dès lors que les gouvernements des
pays du Maghreb aient accepté de signer des accords aussi
inégaux ? Une interprétation possible est que l’enjeu déborde de
beaucoup le domaine des échanges. La dénomination « accord
de libre-échange » reflète la prégnance d’une terminologie
devenue archaïque à l’époque de la mondialisation
multidimensionnelle. En réalité, les accords en question vont
moins concerner les échanges que les autres dimensions de la
globalisation : celle des investissements directs, celle des flux de
capitaux financiers. La signature des accords de libre-échange
vise donc d’autres objectifs que la libéralisation des échanges.
Elle vise à stimuler les implantations des firmes européennes.
Elle vise aussi à augmenter les engagements des banques
internationales. Elle vise, finalement, en dehors de la sphère
stricte de l’économie, de la part des gouvernements signataires,
à rassurer les partenaires européens par l’affichage d’une
volonté de s’ancrer à l’espace européen, à démontrer une forte
détermination à jouer le jeu de la démocratie libérale. La quasi-
totalité des pays en développement aujourd’hui, ne visent pas la
« déconnection » vis-à-vis des économies « impérialistes »
comme c’était le cas durant les années soixante et soixante -dix,
celles des choix tranchés entre l’un ou l’autre des deux camps
qui se partageaient le monde ou en faveur du non-alignement.
La leçon de Cancun, c’est la volonté des économies moins
développées et émergentes de jouer le jeu de la mondialisation
et, entre autress conséquences, de ne pas se trouver
marginalisées. Pour l’Union européenne, refuser de s’ouvrir au
Sud de la Méditerranée c’est risquer de rejeter cette partie du
monde dans l’exclusion, une opportunité que ne laisseront pas
passer les États-Unis dans le prolongement de leur politique
d’extension d’une zone de libre-échange avec les pays moins
développés et de lutte contre le terrorisme.
Mais à ceux que les enjeux géopolitiques ne convainquent
pas totalement aussi longtemps qu’ils ne prennent pas en
compte la rentabilité des opérations qu’ils voudraient inspirer, il
est possible de répondre que l’ouverture au Sud de la
Méditerranée pourrait, aussi, être profitable pour les firmes

©IACE 293
Les Journées de l’entreprise 2003
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européennes. Le besoin d’intégration de la rive Sud correspond
au besoin d’expansion et de compétitivité de la rive Nord.

Le besoin d’une « nouvelle frontière » des firmes


européennes :
IDE horizontaux vs. IDE verticaux
Dès la chute du mur de Berlin, les responsables publics et
privés des pays du Sud de la Méditerranée ont pris peur : les
firmes européennes allaient concentrer leurs investissements
dans les PECO en les oubliant. Le raisonnement est faux. Nous
avons déjà eu l’occasion de le dénoncer depuis longtemps. Les
deux groupes de pays ne figurent pas sur la même courbe
d’indifférence des investisseurs internationaux. Leur attractivité
n’est pas la même, en revanche, l’une et l’autre région répondent
au besoin impérieux des firmes européennes d’avoir une
« nouvelle frontière », à l’image de l’ouest des États-Unis à la fin
du XIX e. Parce que les marchés des « vieux » pays européens
sont saturés, que leur croissance est faible, que les coûts de
production sont élevés, que les réglementations sont trop
contraignantes et la fiscalité trop élevée. Seulement, la
« nouvelle frontière » ouverte par l’élargissement de l’Union
européenne n’est pas identique à la « nouvelle frontière » qui
pourrait s’ouvrir demain sur la rive Sud de la Méditerranée.
Les PECO offrent aux investisseurs des avantages de
localisation avec lesquels les pays de la rive Sud de la
Méditerranée ne peuvent pas rivaliser, d’où l’inquiétude de ces
derniers : d’abord, une main-d’œuvre qualifiée, ayant une
expérience industrielle, qui peut être facilement recyclée et qui
demeure bon marché ; ensuite un tissu industriel certes moins
performant qu’à l’Ouest, mais avec des exceptions importantes
(cf. la Slovénie, par exemple) avec des capacités de R&D qui
peuvent être revitalisées, avec des opportunités liées aux
privatisations, avec de nouveaux entrepreneurs (souvent les
bénéficiaires des privatisations) qui, désormais assurés de leur
pouvoir dans l’entreprise, recherchent des « partenariats
stratégiques » avec des firmes étrangères ; avec des
consommateurs dont le pouvoir d’achat est encore faible mais
qui s’accroît et qui ont soif d’entrer pleinement dans la civilisation
de la consommation de masse ; avec une proximité
géographique et culturelle. Il est évident que les opportunités

©IACE 294
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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d’IDE sont nombreuses et que le climat des affaires contraste
favorablement avec la morosité de l’Ouest. Tout milite donc en
faveur d’IDE massifs pour des unités de production vers les
PECO. Il s’agit d’un mouvement qui peut être qualifié «d’IDE
horizontaux ». Le cas de figure est assez proche du sectoral drift
décrit par R. Vernon sur la base du cycle international du produit
et qui s’est révélé en fin de compte pertinent non pas pour les
pays en voie de développement, mais pour les économie
émergentes. À cette différence près que les PECO ne peuvent
pas être assimilés à des économies émergentes. Nous voulons
dire par là que les conditions économiques et sociales des
PECO ressemblent à celle des économies de l’Europe de
l’Ouest avec un décalage temporel d’une trentaine d’années. Il
est donc possible de faire glisser à l’Est la quasi totalité de la
chaîne de valeur d’un produit car les pré-requis sont déjà
présents, au moins potentiellement. Pour les rendre effectifs, il
suffit d’opérations d’adaptation qui ne sont pas très importantes,
plus faciles à atteindre à bref délai qu’au Sud. Seulement, les
avantages offerts par les PECO n’excluent pas les opportunités
pour un investissement vers le Sud de la Méditerranée – mais il
ne s’agit pas du même investissement.
Il est nécessaire de sortir du raisonnement en termes de jeu
à somme nulle qui repose sur des hypothèses implicites
largement erronées :
i) l’existence d’un stock fixe de projets, si bien que tout
investissement fait dans le pays A est une perte pour
le pays B ;
ii) l’identité de l’attractivité des territoires. Ce que nous
voudrions montrer, c’est qu’il est possible de soutenir
le contraire : qu’il est possible de d’investir à la fois au
Nord et au Sud, à condition de montrer qu’il ne s’agit
pas du même investissement, que le projet effectué
dans un PECO n’est pas identique à celui qui pourra
être réalisé dans un pays de la Méditerranée. Pour
esquisser cette approche, nous proposons d’opposer
à l’investissement horizontal propre aux PECO un
investissement vertical qui serait adaptée aux
économies du Sud de la Méditerranée.

©IACE 295
Les Journées de l’entreprise 2003
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Les IDE verticaux ne reposent pas sur un transfert de la
totalité de la chaîne de valeur comme dans le cas des IDE
horizontaux. Elle ne portera que sur certains segments de la
chaîne, ceux pour lesquels les économies offrent des avantages
absolus de localisation. C’est la logique qui a déjà été suivie par
les investissements off-shore en Tunisie, au Maroc et ailleurs,
mais qui est largement cantonnée à des secteurs en perte de
vitesse en Europe, à faible intensité technologique, réclamant
une main-d’œuvre abondante et peu qualifiée particulièrement
adaptée au travail féminin, comme la confection. Ces IDE
suivent une logique de sous-traitance. Il en résulte, entre autres,
que les implantations étrangères off-shore sont totalement
coupées de leur environnement local. Il s’agit d’enclaves. Les
IDE verticaux répondent à une logique différente sur plusieurs
points. En premier lieu, elle repose sur l’identification par les
firmes étrangères de pôles de compétence locaux qui peuvent,
dans certains cas prendre la forme de districts industriels. Ceux-
ci pourront avoir été soutenus par les autorités locales et faire
l’objet d’une promotion ciblée de la part des agences
spécialisées. En second lieu, les IDE verticaux s’inscrivent dans
la stratégie globale de la firme. La stratégie globale se
caractérise par la combinaison de deux stratégies classiques
des firmes multinationales. D’une part, la recherche de vastes
marchés en croissance (« market seeking ») et, de l’autre, la
minimisation des coûts (« outsourcing »). Mais les deux
composantes de cette stratégie ne sont pas forcément menées
dans un seul pays ; elles peuvent être développées dans
différents territoires et pour différents segments de la chaîne de
valeur. Dans l’hypothèse où des firmes européennes, mais aussi
non européennes, adopteraient cette stratégie dans la zone
EuroMed, elle aurait pour conséquence de rendre les deux rives
complémentaires. Il s’agit d’une stratégie « win-win » dans
laquelle un plus un font plus que deux. Cela signifie
concrètement que la synergie entre les unités implantées sur la
rive Sud et celles implantées sur la rive Nord auront des effets
positifs pour les deux partenaires. Un premier effet sera de
renforcer la compétitivité des firmes sur le marché mondial. Il est
intéressant de noter au passage que les accords de libre-
échange prennent toute leur importance dans la mise en œuvre
de la stratégie globale car ils permettent une circulation des
biens, services, technologies, capitaux, personnels entre les
différentes filiales des groupes sur les deux rives, avec des coûts

©IACE 296
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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de transaction restreints. Un second effet sera un renforcement
de l’attractivité du territoire d’accueil car les filiales apporteront
avec elles de nouvelles technologies, des techniques de
management, entre autres, du personnel et de la gestion de la
production qui se traduiront par une augmentation de la
compétence, de la productivité et de la qualité car les produits
fabriqués localement ne sont plus destinés à un marché
domestique captif mais, finalement, à un marché mondial sur
lequel règne une concurrence exacerbée.
Enfin, nous voudrions souligner que la division du travail
internalisée des IDE verticaux ne conduit pas nécessairement à
un partage figé des rôles : le hardware au Sud, le software au
Nord. Cette spécialisation peut prévaloir au départ car les
économies du Sud ne sont pas, aujourd’hui, au niveau de
développement des PECO, pour reprendre le parallèle. Mais la
situation est évolutive. Certains avantages de localisation offerts
par ces derniers vont se modifier : les salaires augmentent plus
vite dans cette zone que dans le reste de la zone EuroMed, les
barrières à l’entrée érigées par les « first comers » (surtout des
firmes allemandes et autrichiennes) vont freiner l’arrivée des
firmes retardataires et la concurrence en éliminera d’autres,
moins adaptées à l’environnement où la culture germanique
domine (de ce point de vue, ce n’est pas sans raison que
plusieurs firmes françaises investissent dans les PECO à partir
de leurs filiales en Allemagne). Enfin, les effets en retour des
IDE horizontaux peuvent engendrer des surcapacités de
production dans les pays d’origine qui peuvent conduire à la
nécessité de ralentir le processus. La convergence des
économies au sein de l’Union européenne élargie pourrait avoir
pour effet d’entraîner une nouvelle vague d’investissements,
allant des PECO vers le Sud de la Méditerranée. Nous
considérons comme un indice de cette orientation l’engouement
actuel des investisseurs pour la Bulgarie et la Roumanie.
Pour conclure, nous voudrions noter que les avantages de la
stratégie globale dans le cadre d’EuroMed pourraient être assez
rapidement perçus par des firmes non européennes. Plus que
les firmes d’origine européenne, elles ont une plus longue
tradition de l’investissement à l’étranger et de la stratégie
globale, comme nous l’avons noté plus haut. En outre, comme
dans le cas de l’Alena pour les investisseurs non américains,
leur intérêt pour la rive Sud de la Méditerranée pourrait être
©IACE 297
Les Journées de l’entreprise 2003
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accru par la possibilité d’en faire un tremplin pour pénétrer plus
facilement le vaste marché de l’Europe élargie.

©IACE 298
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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I-3. « L’association renforcée » dans une zone économique
porteuse :
une stratégie mutuellement positive

Une relation mutuellement profitable entre pays développés de l’OCDE


et pays émergents consiste, dans un sens, à transférer des
productions et du savoir faire ; dans l’autre sens,à fournir une
demande en forte croissance pour des produits sophistiqués.
Sans cette intégration, la croissance des pays développés se
trouve limitée. En prenant es exemples des intégrations
Japon/Chine, États-Unis/Amérique Latine et Mexique,
Allemagne/PECO, il est possible de montrer que la France n’a
pas réussi à développer une intégration économique et
commerciale similaire, ce qui pousse à réfléchir, entre autress, à
la piste d’une hausse des relations avec les pays du Maghreb.
Nous essaierons ainsi de chiffrer le supplément de croissance
que pourrait apporter une progression des échanges
commerciaux entre la France et le Maghreb aussi rapide que
celle observée entre le Japon et la Chine.
La théorie économique nous apprend qu’il est mutuellement
profitable pour deux pays (régions) de s’ouvrir aux échanges et
d’exploiter les avantages comparatifs, les avantages en
dotations de facteurs de production, les rendements d’échelle
croissants…
La réalité est cependant plus complexe :
– du côté des pays en développement (émergents), le risque
de l’ouverture aux échanges est d’être confiné dans la
production de biens peu sophistiqués, qui ne contribue pas au
développement du capital humain, au progrès technologique,
donc à la croissance ;
– du côté des pays les plus avancés, le risque est la perte
des activités qui sont délocalisées vers les pays émergents,
sans que de nouvelles productions se développent, ou sans qu’il
soit possible de transférer facilement les salariés des secteurs
qui disparaissent vers des secteurs plus sophistiqués.
L’ouverture aux échanges ne suffit donc pas. Pour
qu’elle soit profitable à tous, il faut que, du côté des pays
émergents, elle s’accompagne de transferts de technologie

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Les Journées de l’entreprise 2003
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et de capital humain ; du côté des pays avancés, d’une
croissance plus forte avec la satisfaction d’une demande en
forte progression dans les pays en rattrapage. Sans l’ouverture,
les pays émergents sont confinés dans des technologies
dépassées tandis que les pays développés vieillissants sont en
croissance faible avec une demande intérieure stagnante. Mais,
pour être utile, l’ouverture doit s’accompagner d’une véritable
intégration des productions, les uns profitant du progrès
technique, les autres de la forte croissance de la demande pour
des biens pour lesquels ils conservent un net avantage
comparatif et qui sont utiles aux pays émergents à leur stade de
développement.

1. Japon et Chine : une intégration économique et


commerciale en fort accroissement
De 1997 à 2001, on a cru que l’économie japonaise allait
s’effondrer en raison de la pénétration de plus en plus forte des
produits chinois sur le marché japonais, puis, à partir de 2001,
on a vu que le Japon et la Chine s’intégraient commercialement
de manière mutuellement profitable, reflétant une exploitation
intelligente des avantages comparatifs, avec une progression
très rapide des flux de commerce dans les deux sens.
Le graphique 1 montre que, de 1998 à 2000, les
importations du Japon en provenance de Chine progressaient
rapidement; depuis le début de 2002, ce sont au contraire les
exportations du Japon vers la Chine qui sont en croissance forte.
Ces exportations du Japon vers la Chine progressent beaucoup
plus vite que celles vers les autres zones géographiques. Cette
reprise des exportations tire la demande intérieure au Japon,
essentiellement au travers du besoin accru d’investissement
dans le secteur exportateur. La Chine devient très largement le
partenaire commercial principal du Japon (graphique 2).

©IACE 300
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Graphique 1
Japon : exportations et importations avec la
Chine (en valeur, GA en %)
80 Exportations vers la Chine
80
Importations en provenance de la Chine
60 60

40 40

20 20

0 0

-20 -20
Sources : Ministry of finance, CDC IXIS
-40 -40
95 96 97 98 99 00 01 02 03

Graphique 2
Japon : part des exportations et importations
avec la Chine
Exportations vers la Chine (en % des exportations totales du
Japon)
22 Importations en provenance de la Chine (en % des 22
20 importations totales du Japon) 20
18 18
16 16
14 14
12 12
10 10
8 8
6 6
4 Sources : Ministry of finance, CDC IXIS
4
2 2
95 96 97 98 99 00 01 02 03

L’analyse des flux commerciaux à un niveau plus fin entre le


Japon et la Chine montre que le Japon exporte vers la Chine en
quantités de plus en plus grandes :
– des biens intermédiaires complexes (verre, chimie) ;
– des biens d’équipement ;
– des semi-conducteurs ;

©IACE 301
Les Journées de l’entreprise 2003
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– des automobiles.
La nature de la spécialisation internationale se voit aussi
dans les balances commerciales : excèdent pour les biens
d’équipement au Japon, excédent pour les biens de
consommation en Chine (tableaux 1 et 2). Elle s’appuie sur une
hausse des investissements directs japonais en Chine (tableau
3) facteurs de commandes pour les biens d’équipement et les
inputs spécialisés fabriqués au Japon.

©IACE 302
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Tableau 1
Balance commerciale du Japon (millions de dollars par mois)

1990 1995 2000 2001


Solde commercial
en % en % en % en %
valeur valeur valeur valeur
du PIB du PIB du PIB du PIB
1 : agro alimentaire - 2,491 - 1,0 - 4,080 - 0,9 - 3,662 - 0,9 - 3,344 - 1,0
2 : biens intermédiaires -2,202 - 0,9 - 2,489 - 0,6 - 1,766 - 0,4 - 1,502 - 0,4
3 : énergie - 4,618 - 1,8 - 4,237 - 1,0 - 6,298 - 1,6 - 5,720 - 1,7
4 : biens de 61
0,0 372 0,1 1,612 0,4 716 0,2
consommation
5 : biens d’équipement et
13,621 5,4 19,356 4,4 18,432 4,6 14,383 4,2
matériel de transport
Total 4,371 1,7 8,924 2,0 8,319 2,1 4,532 1,3

Source : OCDE

Tableau 2
Solde commercial de la Chine (Millions de dollars par an)

Solde
commercial 1997 1998 1999 2000 2001

en % en % en % en % en %
valeur valeur valeur valeur valeur
du PIB du PIB du PIB du PIB du PIB
1 : agro
7,079 7,279 7,340 7,806 8,101
alimentaire 0,8 0,8 0,8 0,9 0,9
2 : biens - - - - -
intermédiaires 8,847 - 1,0 8,381 - 0,9 10,055 - 1,1 16,403 - 1,8 18,607 - 2,1
- - - - -
3 : énergie
3,319 - 0,4 1,600 - 0,2 4,253 - 0,5 12,781 - 1,4 9,061 - 1,0
4 : biens de
54,154 52,560 46,754 54,720 54,065
consommation 6,0 5,8 5,2 6,1 6,0
5 : biens
d’équipement et - - - - -
- 1,0 - 0,7 - 1,2 - 1,0 - 1,3
matériel de 9,065 6,628 10,617 9,331 12,114
transport
Total 40,001 4,4 43,230 4,8 29,169 3,2 24,011 2,7 22,383 2,5

Source : International Trade Statistics


Tableau 3
Entrées d’investissements directs
en Chine par zone

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Les Journées de l’entreprise 2003
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(Mds de dollars)

1990 1996 2002


Japon 0,5 3,7 4,2
Allemagne N/A 0,5 0,9
France N/A 0,4 0,6
Royaume-Uni N/A 1,4 0,9
États-Unis 0,5 3,4 5,4
Hong Kong 1,9 21,3 18,3

Source : People Bank of China

A contrario, la part de la Chine dans les importations et


surtout, les exportations des États-Unis ou des pays européens
est beaucoup plus faible que dans le cas du Japon. Le Japon
devient ainsi le partenaire commercial principal de la Chine et,
de ce fait, ne connaît plus, à la différence des États-Unis, une
dégradation de ses échanges avec la Chine (graphique 3).

Graphique 3
Balance commercialedu Japon vis-à-vis de la
Chine
0 (en Mds de dollars par an) 0

-20 -20

-40 Etats-Unis -40


Japon
-60 Zone euro -60

-80 -80

-100 -100
Sources : FMI, CDC IXIS
-120 -120
95 96 97 98 99 00 01 02 03

On a donc, avec le Japon et la Chine, le premier


exemple d’une intégration commerciale et économique
mutuellement profitable.

2. États-Unis et Amérique Latine (y compris États-Unis) :


une intégration forte mais qui ne progresse plus et ne
profite que peu aux États-Unis
©IACE 304
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Regardons maintenant, les échanges entre les États-Unis
et l’Amérique Latine.
Les exportations des États-Unis vers l’Amérique Latine
reculent puis stagnent depuis 2001, mais avaient progressé
rapidement auparavant (graphique 4). Cependant, depuis 1999,
elles ne progressent pas plus vite que les exportations des
États-Unis vers les autres zones géographiques.
On sait de plus, que la corrélation entre exportations et
croissance est faible aux États-Unis. Lorsque l’on regarde les
exportations de l’Amérique Latine, on voit que celles vers les
États-Unis ne progressent pas plus vite en moyenne que celles
vers l’Europe, le Japon ou l’Asie (graphique 5).

Graphique 4
États-Unis : exportations et importations avec
l'Amérique Latine (y compris Mexique, GA en %)

Exportations vers l'Amérique Latine


40 40
Importations en provenance de l'Amérique Latine

30 30

20 20

10 10

0 0

-10 -10
Sources : Census bureau, CDC IXIS
-20 -20
95 96 97 98 99 00 01 02 03

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Graphique 5
Amérique Latine : exportations par zone
(en valeur, GA en %)
100 Zone euro 100
Japon
75 Etats-Unis 75
Emergents d'Asie hors Chine
50 50

25 25

0 0

-25 -25

-50 -50
Sources : FMI, CDC IXIS
-75 -75
95 96 97 98 99 00 01 02 03

D’ailleurs, la part de l’Amérique Latine dans le total des


exportations et des importations des États-Unis stagne
depuis 1998 (graphique 6), et les États-Unis ont un déficit
commercial croissant vis-à-vis de l’Amérique Latine, ce qui n’est
pas le cas de l’Europe ou du Japon.

Graphique 6
États-Unis : part des exportations et
importations avec l'Amérique Latine
24 (en valeur, en %) 24
22 22
20 20
18 18
16 16
14 14
Sources : Census Bureau, CDC IXIS
12 12
95 96 97 98 99 00 01 02 03
Exportations vers l'Amérique Latine (y compris Mexique, en % des
exportations totales des États-Unis)
Importations en provenance de l'Amérique Latine (y compris Mexique, en
% des importations totales des États-Unis)

Cette stagnation de l’intégration commerciale entre les


États-Unis et l’Amérique Latine vient peut-être :

©IACE 306
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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– de l’absence de spécialisation industrielle des États-Unis,
qui sont déficitaires pour tous les produits (tableau 4). Ceci leur
interdit de profiter du besoin d’importations de biens de
consommation et de biens d’équipement de l’Amérique Latine
(tableau 5).

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Tableau 4
Solde commercial des États-Unis (millions de dollars par mois)

1990 1995 2002


Solde commercial
en % du en % du en % du
valeur valeur valeur
PIB PIB PIB
1 : agro alimentaire 819 0,2 1.477 0,2 - 416 - 0,0
2 : biens intermédiaires 1.071 0,2 1.268 0,2 744 0,1
3 : énergie - 4.366 - 0,9 - 4.063 - 0,7 - 8.784 - 1,0
4 : biens de consommation - 4.514 - 0,9 - 6.315 - 1,0 - 17.743 - 2,0
5 : biens d’équipement et - 2.965 - 12.992
- 0,6 - 5.816 - 0,9 - 1,5
matériel de transport
Total - 9.954 - 2,1 - 13449 - 2,2 - 39.191 - 4,5

Tableau 5
Balance commerciale par produits de l’Amérique latine
(Argentine, Brésil, Venezuela, États-Unis), millions de dollars par an

Solde commercial 1997 1998 1999 2000 2001


en % en % en % en % en %
valeur du PIB valeur du PIB valeur du PIB valeur du PIB valeur du PIB
19.35 15.07 13.34 15.01 15.57
1 : agro alimentaire 3 1,3 9 0,9 8 0,8 4 1,1 2 1,0
2 : biens
intermédiaires 4.344 0,3 7.209 0,5 6.130 0,4 6.123 0,4 7.594 0,5
20.41 11.61 19.64 33.43 24.91
3 : énergie
1 1,4 0 0,7 2 1,2 9 2,4 0 1,6
- - - - -
4 : biens de
27.81 31.90 32.20 41.65 36.73
consommation
7 - 1,9 0 - 2,0 3 - 2,0 2 - 3,0 2 - 2,3
5 : biens
- - - - -
d’équipement et
22.16 - 1,5 23.83 - 1,5 13.62 - 0,8 18.95 - 1,3 22.42 - 1,4
matériel de
7 4 0 1 1
transport
- -
Total - 21.83 - - 11.07
5.876 - 0,4 6 - 1,4 6.703 - 0,4 6.026 - 0,4 6 - 0,7

Source : FMI

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Il est clair :
– que les investissements directs des États-Unis vers
l’Amérique Latine ont été très importants de 1998 à 2001
(graphique 7) ;

Graphique 7
États-Unis : investissement direct
(Mds de dollars)
Investissements directs EU vers Amérique latine
Investissements directs d'Amérique latine vers EU
10 Net 10
5 5
0 0

-5 -5
-10 -10
-15 -15
-20 -20
Source : BEA
-25 -25
95 96 97 98 99 00 01 02 03

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________

– que le niveau d’intégration commerciale est très élevé


(tableau 6) entre les États-Unis et l’Amérique Latine, bien qu’il
ne progresse plus.

Tableau 6
Liens États-Unis / Amérique latine (y compris Mexique)
dans les échanges commerciaux (à partir de données en valeur)

1990 1995 1999 2002


Part des États-Unis dans les
importations de l'Amérique latine 38,1 42,1 49,0 49,3
(en % des importations totales)
Part des États-Unis dans les
exportations de l'Amérique latine 38,9 44,6 56,3 56
(en % des exportations totales)

Source : FMI

L’intégration commerciale entre les États-Unis et


l’Amérique Latine est donc forte, mais elle ne progresse
plus, et ne profite que peu aux États-Unis en termes de
croissance ou de développement de la spécialisation
internationale.

3. Allemagne et pays d’Europe centrale (PECO) : une


part de marché forte de l’Allemagne qui lui profite, mais plus
de progression
L’Allemagne a une forte spécialisation internationale dans
les biens d’équipement, les autos et même les biens de
consommation, biens dont les PECO ont besoin à ce stade de
leur développement. Assez naturellement, l’Allemagne a pris une
part de marché forte dans les PECO (tableau 7), le double par
exemple de celle de la États-Unis. Cependant, comme dans le
cas des États-Unis, cette part de marché de l’Allemagne dans
les PECO stagne.

©IACE 310
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Tableau 7
Parts des PECO dans les exports des pays suivants
(en % des exportations totales)

1990 1995 2002


Allemagne 8,1 9,8 13,0
France 2,8 3,4 6,0
États-Unis 1,8 1,6 1,5
Japon 1,7 0,8 1,1

Source : FMI

Cependant, l’Allemagne profite, du fait de cette part de


marché élevée, de la croissance des PECO : les exportations de
l’Allemagne vers les PECO progressent en moyenne plus vite
que celles vers les autres pays (graphique 8), les flux de
commerce Allemagne-PECO dans les deux sens croissent
rapidement (graphique 9), cependant les exportations des
PECO vers l’Allemagne progressent moins vite que leurs
exportations vers les États-Unis ou le Japon.

Graphique 8
Destination des exports de l'Allemagne
(valeur, MM3, GA en %)
60 UE 60
PECO
Etats-Unis
40 40
Asie (hors Japon, y compris Chine)
Japon
20 20

0 0

-20 -20

Source : FMI
-40 -40
95 96 97 98 99 00 01 02 03

©IACE 311
Les Journées de l’entreprise 2003
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Graphique 9
Allemagne : exportations et importations avec
les PECO (valeur, GA en %)
80 80

Exports vers PECO


60 60
Imports depuis PECO
40 40

20 20

0 0

-20 -20
Source : FMI
-40 -40
95 96 97 98 99 00 01 02 03

Au total :
– l’Allemagne profite de sa part de marché importante dans
les PECO puisque les exportations vers les PECO
progressent rapidement et que ses excédents commerciaux
vers les PECO sont importants ;
– elle est le plus grand pourvoyeur d’investissements directs en
Europe Centrale (tableau 8).
– cependant, il n’y a plus de progression de cette part de
marché et l’intégration Allemagne-PECO semble être
arrêtée.

©IACE 312
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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4. France et bassin méditerranéen


Nous avons vu :
– que l’Europe, à la différence du Japon, est peu intégrée
commercialement et économiquement avec la Chine ou avec
l’Amérique Latine ;
– que la France, à la différence de l’Allemagne, est assez
peu intégrée avec les PECO.
Pourtant, la France aussi a besoin de trouver une zone en
forte croissance avec laquelle elle s’intègre, elle exploite des
avantages comparatifs, elle réalise des projets d’investissement ;
la demande intérieure, comme au Japon ou en Allemagne ne
peut pas, à elle seule, tirer la croissance économique de la
France qui est fortement corrélée aux exportations (graphique
10). Ceci tient sans doute à l’importance de l’investissement de
capacité dans l’ensemble des investissements des entreprises.

Graphique 10
France : exportations, demande intérieure et PIB
(en volume, GA en %)
PIB Exportations Demande intérieure
15 15

10 10

5 5

0 0

Sources : INSEE, CDC IXIS


-5 -5
90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 03

De plus, il est aussi en principe mutuellement avantageux


d’intégrer économiquement une région riche et vieillissante
(comme la France), où l’épargne est abondante et la rentabilité
du capital faible, avec une autre région ayant un capital et un
revenu par tête plus faibles mais une croissance

©IACE 313
Les Journées de l’entreprise 2003
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démographique, qui fournit une rentabilité élevée à cette
épargne et des débouchés en forte croissance.
Les candidats possibles, on l’a vu, sont les PECO, la Chine,
l’Amérique Latine, mais aussi les pays du Maghreb, dont le
revenu par tête en dollars est similaire à celui de la Chine et dont
la population est extrêmement jeune (graphique 11).

Graphique 11
Ratio population des + 60 ans sur population
totale (en %)
Etats-Unis
France
PECO
Chine
Amérique Latine
Maroc + Algérie + Tunisie
24 Zone euro
24
22 22
20 20
18 18
16 16
14 14
12 12
10 10
8 8
6 Sources : Census Bureau, CDC IXIS
6
4 4
90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 03

L’Allemagne ayant des liens avec les PECO, les États-Unis


avec l’Amérique Latine, le Japon avec la Chine, la France
pourrait se tourner vers le Bassin Méditerranéen (nous
utiliserons des données pour l’ensemble Maroc + Algérie +
Tunisie).
Quel est l’état des lieux dans ce domaine ? Moins de 3 %
des exportations de la France vont vers le Maroc, l’Algérie et la
Tunisie (à peu près le même pourcentage que vers les PECO,
tableau 8). À peu près 2,5% des importations de la France
viennent de ces trois pays (3 % pour les PECO, 3,5 % pour la
Chine, tableau 9).

©IACE 314
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Tableau 8
Structure géographique des exportations de la France (Mds de dollars par mois)

Exports avec 1995 en % 2000 en % 2001 en % 2002 en %


Zone euro 148,1 52,1 150,5 50,6 145,3 49,5 151,9 49,7
UE hors Zone euro 32,6 11,5 36,5 12,3 35,4 12,0 38,4 12,6
Japon 5,6 2,0 5,0 1,7 4,9 1,7 5,3 1,7
Canada 1,9 0,7 2,3 0,8 2,6 0,9 2,5 0,8
Mexique 0,9 0,3 1,2 0,4 1,2 0,4 1,4 0,5
États-Unis 16,8 5,9 25,7 8,6 25,6 8,7 24,5 8,0
Afrique 17,8 6,3 16,9 5,7 16,6 5,7 17,6 5,8
Dont Maroc 2,6 0,9 2,5 0,8 2,4 0,8 2,5 0,8
Dont Algérie 2,9 1,0 3,1 1,0 3,0 1,0 3,5 1,1
Tunisie 2,0 0,7 2,5 0,8 2,5 0,9 2,6 0,9
Amérique Latine (hors
Mexique) 4,5 1,6 4,8 1,6 5,1 1,7 6,0 2,0
Moyen Orient 7,1 2,5 7,2 2,4 8,6 2,9 9,2 3,0
Extrême Orient (non
OCDE) 19,6 6,9 13,3 4,5 14,5 4,9 13,1 4,3
Dont Chine 2,7 0,9 2,9 1,0 2,9 1,0 0,9 0,3
Europe de l'Est (y
compris Russie) 6,4 2,2 6,5 2,2 7,0 2,4 8,1 2,7
Autres 23,4 8,2 27,5 9,2 26,8 9,1 27,8 9,1
Total 284,6 100,0 297,6 100,0 293,7 100,0 305,8 100,0

Source: statistiques mensuelles du commerce international

©IACE 315
Les Journées de l’entreprise 2003
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Tableau 9
Structure géographique des importations de la France (Mds de dollars par mois)

Imports avec 1995 % 2000 en % 2001 en % 2002 en %


Zone euro 146,9 53,5 154,6 50,0 149,6 50,2 157,8 51,5
UE hors Zone euro 28,5 10,4 31,3 10,1 28,7 9,6 29,0 9,5
Japon 9,7 3,5 11,6 3,7 10,0 3,4 9,9 3,2
Canada 2,1 0,8 1,9 0,6 1,8 0,6 1,7 0,5
Mexique 0,5 0,2 0,5 0,2 0,5 0,2 0,5 0,2
États-Unis 21,4 7,8 27,0 8,7 26,5 8,9 24,2 7,9
Afrique 11,4 4,2 12,6 4,1 13,7 4,6 13,8 4,5
dont Maroc 2,6 0,9 2,3 0,8 2,3 0,8 2,4 0,8
dont Algérie 1,5 0,6 2,3 0,7 2,7 0,9 2,6 0,8
Tunisie 1,5 0,5 1,8 0,6 2,0 0,7 2,3 0,8
Amérique Latine (hors
Mexique) 4,5 1,6 4,5 1,5 5,2 1,7 4,9 1,6
Moyen Orient 5,5 2,0 7,7 2,5 6,1 2,0 5,9 1,9
Extrême Orient (non
OCDE) 18,1 6,6 23,9 7,7 22,7 7,6 23,4 7,6
dont Chine 5,2 1,9 9,6 3,1 9,8 3,3 10,8 3,5
Europe de l'Est (y compris
Russie) 7,1 2,6 8,1 2,6 8,6 2,9 9,5 3,1
Autres 18,7 6,8 25,7 8,3 24,8 8,3 25,6 8,4
Total 274,4 100 309,4 100 298,1 100 306,4 100

Source: statistiques mensuelles du commerce international

©IACE 316
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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La France est cependant le principal partenaire commercial,
dans les deux sens, de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie
(tableaux 10-11). Certains pays ont un important déficit de leurs
échanges pour les biens d’équipement (tableau 16), ce qui
correspond bien à la spécialisation productive de la France
(tableau 12).

Tableau 10
Structure des exports de la zone « Algérie, Maroc et Tunisie »
(en % des exportations totales de la Zone)

1990 1995 2002


France 21,1 21,1 19,9
Allemagne 5,4 6,1 5,7
Italie 16,8 17,8 16,3
Espagne 5,8 6,4 11,7
Autres UE 18,3 15,8 14,2
États-Unis 11,5 8,9 8,1
Japon 1,4 2,2 1,0
Autres pays 19,6 21,6 23,0

Source : FMI

Tableau 11
Structure des imports de la Zone « Algérie, Maroc et Tunisie »
(en % des importations totales de la Zone)

1990 1995 2002


France 22,7 23,2 25,7
Allemagne 9,3 8,0 6,8
Italie 10,5 9,7 11,1
Espagne 5,6 7,0 8,1
Autres UE 11,6 11,5 11,6
États-Unis 7,8 8,3 5,6
Japon 2,8 2,2 1,4
Autres pays 29,7 30,1 29,6

Source : FMI

©IACE 317
Les Journées de l’entreprise 2003
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Tableau 12
a. Solde commercial de l'Algérie
(millions de dollars par an et en % du PIB)

1997 1998 1999 2000


en en % du en en % du en en % du en en % du
valeur PIB valeur PIB valeur PIB valeur PIB
1 : agro alimentaire - 2 497 - 5,3 - 2 460 - 5,2 - 2 256 - 4,7 - 2 368 - 4,5
2 : biens intermédiaires - 472 - 1,0 - 536 - 1,1 - 449 - 0,9 - 388 - 0,7
3 : énergie 13 372 28,2 9 420 19,9 12 016 25,1 21 482 40,7
4 : biens de
- 3 944 - 4 545 - 4 673 - 4 366
consommation - 8,3 - 9,6 - 9,8 - 8,3
5 : biens d'équipement et
- 2 718 - 5,7 - 3 029 - 6,4 - 2 976 - 6,2 - 3 110 - 5,9
matériel de transport
Total 3 742 7,9 -1 149 - 2,4 1 662 3,5 11 248 21,3

b. Solde commercial du Maroc (millions de dollars par an et en % du PIB)

1997 1998 1999 2000 2001


Solde commercial
(millions de dollars) en % en % en % en % en
en en en en en %
du du du du valeu
valeur valeur valeur valeur du PIB
PIB PIB PIB PIB r
1 : agro alimentaire 316 0,9 307 0,9 354 1,0 241 0,7 119 0,3
2 : biens intermédiaires - 53 - 0,2 - 34 - 0,1 13 0,0 - 57 - 0,2 - 76 - 0,2
- - -
3 : énergie - 820 - 481
1.206 - 3,6 - 2,3 1.121 - 3,2 - 1,4 1.644 - 4,2
4 : biens de
- 483 - 277 - 107 3.298 - 369
consommation - 1,4 - 0,8 - 0,3 9,5 - 0,9
5 : biens d'équipement - - - -
- 5,3 - 6,5 - 6,9 68 0,2 - 4,9
et matériel de transport 1.775 2.306 2.422 1.924
- - - -
Total 3.069
3.201 - 9,6 3.130 - 8,8 3.284 - 9,4 8,8 3.893 - 10,0

©IACE 318
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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c. Solde commercial de la Tunisie (millions de dollars par an et en % du PIB)

1997 1998 1999 2000 2001


en en % en en % en en % en en % en en %
valeur du PIB valeur du PIB valeur du PIB valeur du PIB valeur du PIB
1 : agro
- 410 - 374 - 257 - 313 - 350
alimentaire - 2,2 - 2,0 - 1,4 - 1,7 - 1,9
2 : biens
- 129 - 217 - 19 - 142 - 178
intermédiaires - 0,7 - 1,1 - 0,1 - 0,8 - 0,9
3 : énergie - 127 - 0,7 - 64 - 0,3 - 142 - 0,7 - 195 - 1,0 - 302 - 1,6
4 : biens de
32 - 127 - 14 - 100 - 172
consommation 0,2 - 0,7 - 0,1 - 0,5 - 0,9
5 : biens
d'équipement et - - - - -
- 9,3 - 9,7 - 11,2 - 10,4 - 10,1
matériel de 1.753 1.827 2.117 1.966 1.917
transport
- - - - -
Total
2.388 - 12,6 2.609 - 13,8 2.549 - 13,5 2.716 - 14,4 2.919 - 15,4

Tableau 13
Solde commercial par produits de la France
(en millions de dollars par mois et en % du PIB)

1986 1995 2000 2001 2002


en % en % en % en % en %
valeur valeur valeur valeur valeur
du PIB du PIB du PIB du PIB du PIB
1 : agro
339,8 0,5 956 0,7 1 199 1,1 1.030 0,9 1.149 1,0
alimentaire
2 : biens -
- 0,3 274 - 0,2 258 - 0,2 249 - 0,2 225 - 0,2
intermédiaires 168,1
-1
3 : énergie - 1,8 982 - 0,8 1 811 - 1,7 1.735 - 1,6 1.705 - 1,4
120,3
4 : biens de -
- 0,2 32 0,0 979 - 0,9 794 - 0,7 664 - 0,6
consommation 128,9
5 : biens
d'équipement et
293,4 0,5 1 412 1,1 1 168 1,1 1.437 1,3 1.628 1,4
matériel de
transport
-
Total - 1,3 1 079 0,8 681 - 0,6 311 - 0,3 184 0,2
784,1

Source : Statistiques mensuelles du Commerce extérieur de


l'OCDE (décembre 2002)

©IACE 319
Les Journées de l’entreprise 2003
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On voit que les exportations de la France vers les pays du


Maghreb progressent modérément (10 % par an environ), aussi
vite cependant depuis 1998 que vers les PECO (graphique 12),
à peu près aussi vite que vers les émergents d’Asie (graphique
13), mais moins vite que vers la Chine. Les importations de la
France en provenance des pays du Maghreb ont à peu près la
progression de l’ensemble des importations (graphiques 14-15),
ce qui correspond bien à la stabilité de la part des pays du
Maghreb dans les échanges de la France, vue plus haut
(tableaux 12-13).
Graphique 12

France : exportations par zone


(en valeur, GA en %)
Maroc + Algérie + Tunisie
60 60
UE
PECO
40 40

20 20

0 0

-20 -20
Sources : DRI, CDC IXIS
-40 -40
95 96 97 98 99 00 01 02 03

©IACE 320
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Graphique 13
300 France : exportations par zone 300
(en valeur, GA en %)
250 250
Chine
200 200
Émergents d'Asie hors Chine
150 150

100 100

50 50

0 0

-50 -50
Sources : DRI, CDC IXIS
-100 -100
95 96 97 98 99 00 01 02 03

Graphique 14
France : importations par zone
(en valeur, GA en %)
Maroc + Algérie + Tunisie
60 60
UE
PECO
40 40

20 20

0 0

-20 -20

Sources : DRI, CDC IXIS


-40 -40
95 96 97 98 99 00 01 02 03

©IACE 321
Les Journées de l’entreprise 2003
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Graphique 15
France : importations par zone
(en valeur, GA en %)
60 Chine
60

Émergents d'Asie hors Chine


40 40

20 20

0 0

-20 -20

Sources : DRI, CDC IXIS


-40 -40
95 96 97 98 99 00 01 02 03

Il est vrai que certains handicaps sont du côté des pays du


Maghreb :
– la croissance industrielle y est faible, mais avec une nette
amélioration après 1998 (graphiques 16 a-b) ;

Graphique 16a
Production industrielle (100 en 1996)
180 180
Émergents d'Asie + Chine
PECO
160 France 160
Reste Zone euro

140 140

120 120

100 100

Sources : Datastream, INSEE, Eurostat, Calcul CDC IXIS


80 80
96 97 98 99 00 01 02 03

©IACE 322
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Graphique 16b
Production industrielle (100 en 1996)
120 120

115 Tunisie + Maroc + Algérie 115

110 110

105 105

100 100

Sources : DRI, CDC IXIS


95 95
96 97 98 99 00 01 02 03

– le PBI total des 3 pays (125 Mds de dollars) est faible par
rapport à celui des PECO (404 Mds de dollars) de l’Amérique
Latine et du Mexique (1 595 Mds de dollars) ou des émergents
d’Asie (2 785 Mds de dollars). Cependant, il croît assez
rapidement depuis 1998, autant que dans les PECO
(graphiques 17 a-b).

Graphique 17a
PIB (volume, 100 en 1996)
140 140
Asie y compris Chine, hors Japon
PECO
130 Amérique Latine + Mexique 130
Algérie
Tunisie
Maroc
120 120

110 110

100 100

Sources : EIU, CDC IXIS


90 90
96 97 98 99 00 01 02 03

©IACE 323
Les Journées de l’entreprise 2003
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Graphique 17b
Croissance en volume (100 en 96)
140 140
Algérie
Maroc
130 Tunisie 130
MAT (tous pays)

120 120

110 110

100 100

Source : CDC IXIS

90 90
96 97 98 99 00 01 02 03

De plus, la population des pays du Maghreb (72 millions


d’habitants), est voisine de celle des PECO (94 millions).
Ces écarts de taille, et pas tellement de croissance, ne
justifient pas que les investissements directs de la France
vers ces pays soient aussi faibles : pratiquement 0 en Algérie,
200 millions d’euros par an vers le Maroc, 140 millions d’euros
vers la Tunisie.

Synthèse : il faut une intégration économique et


commerciale avec une zone émergente en croissante forte

©IACE 324
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Nous avons vu :
– l’intégration forte et réussie depuis 2001-2002 du Japon avec
la Chine, avec exploitation des avantages comparatifs ;
– l’intégration forte des États-Unis avec l’Amérique Latine (et le
Mexique), mais l’arrêt de ce processus à la fin des années 1990,
peut-être en raison de l’absence de spécialisation industrielle
claire des États-Unis ;
– la forte part de marché de l’Allemagne dans les PECO (malgré
la stagnation de cette part de marché depuis quelques années),
qui permet à l’Allemagne de bénéficier beaucoup plus que les
autres pays européens de la croissance forte des importations
des PECO ;
– le très faible poids de la Chine et le poids réduit des PECO
dans les échanges commerciaux de la France. Ceci est
dommageable, surtout pour un pays qui a une spécialisation
dans les biens d’équipement, l’automobile et où la croissance est
très corrélée aux exportations ;
– ceci conduit à explorer la piste de l’intensification des
échanges et surtout des investissements directs, avec les pays
du Maghreb. Ces pays ont un PIB faible, leur population est
forte, mais leur croissance est assez rapide depuis 1999 et aussi
rapide que celle des PECO.

Par rapport à ces rapprochements, le cas du « 5+5 » est


évidemment spécifique :
– il paraît clairement plus efficace que l’exploitation des
avantages comparatifs entre le Japon et la Chine, tant jouent
les habitudes, l’ancienneté des relations, la communauté des
langues, les échanges culturels;
– il paraît sans doute moins porteur que celui de
l’intégration européenne. Une intégration qui a étonnamment
réussi pour le Portugal, l’Espagne ou l’Irlande, et qui se prépare
à faire de même pour les pays de l’Est, quoique sous la
contrainte d’un financement public moins important, mais avec
l’aide d’écarts de coûts salariaux plus nets.

©IACE 325
Les Journées de l’entreprise 2003
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Le « 5 + 5 », c’est donc :
– plus qu’une exploitation d’avantages comparatifs entre
deux pays différents, qui se connaissent peu et restent
éloignés,
– mais moins qu’une intégration.

Cette « association renforcée » est donc un cas


intermédiaire, mais il donne des résultats très significatifs,
puisque les pays en jeu sont décisifs pour la région d’une
part, parce que les sommes qui doivent être en jeu
dépassent la masse critique d’autre part.
Essayons de chiffrer les effets d’une intégration économique
et commerciale entre la France et le Maghreb aussi forte que
celle qui existe entre le Japon et la Chine.
La Chine représente 13 % des exportations du Japon, et ces
exportations augmentent depuis 2 ans de 40 % par an ; le Japon
représente 15 % des exportations de la Chine, et ces
exportations augmentent de 20 % par an environ.
De plus, le Japon réalise chaque année 4 Mds de USD
d’investissements directs en Chine (le PIB de la Chine est de 1
250 Mds USD, son investissement de 500 Mds USD).
Comme on l’a vu plus haut, les exportations vers le Maroc,
l’Algérie et la Tunisie représentent à peu près 3 % des
exportations totales (y compris vers l’UE) de la France, et elles
progressent de 10 % par an environ ; la France représente 20 %
des exportations des 3 pays du Maghreb, et ces exportations
progressent de 12 % par an en moyenne. La France réalise 350
millions de dollars d’investissements dans les pays du Maghreb,
le PIB de ces pays étant de 125 milliards de dollars.
Le passage, dans le cas de la relation France-Maghreb,
à des ordres de grandeurs semblables à ceux de la relation
Japon-Chine conduirait donc (en tenant compte des écarts
entre les taux d’ouverture extérieur, et des écarts de taille) :
– à un supplément de croissance en France de 3/4 point par
an et de 0,6 point par an dans les pays du Maghreb dû au
développement des échanges commerciaux ;

©IACE 326
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
– au passage de 350 millions de dollars à 1,3 milliards de
dollars des investissements directs de la France dans les
pays du Maghreb, si ces investissements représentaient la
même fraction de l’investissement total des entreprises
françaises que ceux vers la Chine des entreprises
japonaises.
Nous savons ensuite que les multiples travaux qui
concernent les pays de l’Est concluent que le supplément de
croissance sera de 0,1 à 0,2 % à l’Ouest, pour un accroissement
de 1 à 2 % du PIB à l’Est.
Ces travaux, évidemment incomplets et illustratifs
donnent ainsi autant de supplément de croissance au Nord
qu’au Sud, si on prend le modèle Japon-Chine, et 10 fois
plus dans le cas de l’intégration Europe de l’Ouest-Europe
de l’Est. Alors : élasticité 1, ou élasticité 10 ?
On voit ici, à l’évidence, l’écart des conséquences des deux
logiques de rapprochement. Procédons alors, en sachant que
nous sommes en incertitude, et que nous devons être prudents.
Dans ce contexte du « 5 + 5 », il est ainsi assez clair que la
France croîtrait moins que dans une logique Japon-Chine, où
elle capterait seule les avantages des écarts de coûts salariaux.
Prenons une hypothèse de supplément de croissance en
Europe comprise entre 0,3 et 0,4 %.
Il est ensuite clair que l’élasticité ne peut être ni 1, ni 10,
toujours pour les mêmes raisons. Et si nous appliquons toujours
les mêmes principes, nous pouvons retenir des chiffres
d’élasticité du supplément de croissance au Sud par rapport
à celui de l’Europe compris entre 4 et 5.
Sous ces deux séries d’hypothèses, qui peuvent
paraître héroïques, mais qui ont l’avantage simple de
montrer les enjeux, ceci donnerait, en 4 à 5 ans, un
supplément de croissance annuel compris entre 0,2 et 0,3 %
dans la partie Europe des 5, et entre 1 et 1,5% annuel de
supplément pour les 5 du Sud. Voilà donc, si l’on y met les
moyens et les organisations, ce que « 5+5 » veut dire.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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« 5+5 – L’ambition d’une association


renforcée »
Rapport du Cercle des Economistes Français
Présenté par Monsieur Mohamed HADDAR
Doyen de la Faculté des Sciences Economiques et de
Gestion de Tunis

©IACE 328
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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La communication du Cercle des Economistes Français
tourne autour de 4 points.

Le premier point est la définition de cette notion d’association


renforcée, son contenu, ses fondements et les institutions qu’elle
implique. D’abord les auteurs, pour définir cette notion
d’association renforcée, se positionnent par rapport à deux
événements : le processus de Barcelone lance en 1995 et la
déclaration du Président de la Commission Européenne en Mars
2003 qui disait : « partager avec les pays de la rive sud de la
Méditerranée tout sauf les institutions ». Donc, par rapport à
cela, les économistes français soutiennent une idée
d’association renforcée. C’est plus qu’une association de libre
échange, mais c’est moins qu’une adhésion pleine et entière.

Ainsi, les auteurs du rapport adhèrent aux objectifs de Barcelone


qui sont au nombre de trois. C’est d’abord accélérer le
développement, contrôler les flux migratoires, établir la paix.
Mais ils se positionnent sur deux points : ils accordent la priorité
à la création de valeur, la croissance assure la paix et la sécurité
et l’inverse ; deuxièmement, ils élargissent la notion
d’association. Quel est le contenu de l’association renforcée ?
Sur ce plan, les économistes évoquent un certain nombre de
points. Le contenu est plus ou moins large, mais ils tiennent et
intègrent deux points essentiels qui ont des conséquences
économiques, politiques et sociales. C’est d’abord l’agriculture et
la question des flux migratoires. Vous comprenez aisément, il
s’agit d’intérêts antagonistes qui sont en jeu. Bien sur d’autres
secteurs ont été traites : le textile, l’énergie, les technologies de
l’information, les moyens financiers, la question des IDE

… mais ils insistent énormément sur ces deux aspects que sont
l’agriculture et les flux migratoires. Ils reconnaissent que la
définition même de ce contenu, dépend d’abord de la
négociation entre les différents partenaires, mais aussi de l’appui
et de l’adhésion des autres pays européens.

Quels sont les fondements d’une telle association renforcée ?


L’idée est simple, elle est basée sur des intérêts réciproques,

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Les Journées de l’entreprise 2003
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chacun trouvera ses intérêts. Les pays du nord aussi bien que
les pays du sud gagneraient à une coopération de ce genre.
Pour les pays du nord, l’association apportera plus de sécurité et
de paix, plus de compétitivité, et ils amélioreront leurs positions
sur le plan mondial, et plus de croissance. Pour les pays de la
rive sud, cela rapporte plus de moyens financiers, plus d’IDE, et
par conséquent plus de croissance.

Regardons un peu de plus près, ce que gagneraient les pays du


Nord. J’aurais pu commencer par le problème de la croissance,
mais je veux inverser et je commencerais par plus de sécurité et
de paix. Je dirais simplement qu’il y a un déséquilibre dans la
répartition des richesses entre les deux rives et un déséquilibre
démographique. Pendant les années 60, la population du nord
représentait quatre fois la population du sud, actuellement ce
chiffre est tombé à deux, et selon les projections de la banque
Mondiale, dans les années 2070, la population du sud
dépassera celle du Nord.

Les forces du marché à elles seules n’équilibreront pas cette


situation. Il faut faire quelque chose, sinon ces déséquilibres
vont s’aggraver et il sera difficile à en maîtriser les problèmes.

Plus de compétitivité : sur ce plan, les économistes français


soutiennent qu’il est possible d’investir aussi bien dans les pays
du PECO que dans les pays du Sud. L’investissement n’a pas la
même nature. Il ne s’agit pas d’investissements substituables. Il
s’agit de deux investissements différents, de natures différentes.
Ils parlent d’investissement horizontaux et d’investissements
verticaux.

Dans les pays du PECO, en principe tout milite pur des


investissements massifs. Après tout, que recherche un
investissement ? Une main d’œuvre qualifiée avec une bonne
expérience et à bon marché, des capacités technologiques, une
race d’entrepreneurs dynamiques assoiffés de recherches de
partenariats stratégiques et des marchés. Or, du moins
partiellement, ces conditions existent. Moyennant quelques
petites adaptations, il est possible d’atteindre des niveaux assez

©IACE 330
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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importants et il est possible de déplacer toute la chaîne de valeur
vers ces pays.

Quant aux pays du sud, la réalité c’est d’abord une main


d’œuvre non qualifiée et des marchés étroits, des capacités
technologiques qui peuvent être ou appelées à être améliorées.
Ce sera alors un investissement de sous -traitance, les off
shores. Les entreprises européennes peuvent donc déplacer un
segment, une partie de la chaîne de valeur.

Ainsi, les entreprises peuvent améliorer leurs positions au niveau


mondial sur le plan de la compétitivité aussi bien en investissant
au nord dans les pays du PECO qu’au sud de la méditerranée.

Troisièmement, plus de croissance. Et là, ils établissent un


ensemble de scénario. Tous les scénarios aboutissent à une
conclusion simple : l’association renforcée impliquera un
supplément de croissance. Ils retiennent l’hypothèse suivante :
le supplément de croissance tournera par an autour de 0,2 à
0,3%. Hypothèse qu’ils considèrent plausible. Sinon d’autres
hypothèses aboutissent à des résultats beaucoup plus
importants, à une croissance beaucoup plus importante.

Quels sont les intérêts des pays du sud ? C’est d’abord, plus de
moyens financiers, plus d’IDE et plus de croissance.

Plus de moyens financiers. La situation actuelle est significative,


et les moyens financiers mis actuellement à la disposition de la
rive sud, sont disproportionnés par rapport aux moyens et aux
enjeux. Je vous donne 3 chiffres : 730 milliards de dollars ont été
consacrés par l’Europe pour la réunification de l’Allemagne, 60
milliards de dollars pour les PECO et 15 milliards de dollars pour
les pays MENA. Cette situation doit être nettement améliorée. Ils
évoquent le plan Marshall, je ne veux pas m’étaler sur cela, mais
ce qui est acquis c’est qu’il faut plus de moyens, et plus de
moyens financiers sont nécessaires afin de concrétiser cette
notion d’association renforcée. Ces moyens doivent être
réorientés vers l’investissement pour améliorer et drainer les flux
d’IDE et essentiellement aux PME privées, et, deuxième objectif,

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Les Journées de l’entreprise 2003
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orientés vers l’amélioration de l’environnement macro
économique. Il s’agit essentiellement de projet maghrébins
d’infrastructures, sur des réglementations et législations
cohérentes pour améliorer l’attractivité de l’IDE. Les moyens
financiers doivent contribuer à améliorer cela, car les marchés
de la rive sud, comme évoqué plus haut, sont des marchés
étroits, il n’y a pratiquement pas de marché maghrébin, et la
main-d’œuvre abondante à bon marché n’est pas qualifiée. Il
faut essayer de faire en sorte que les moyens financiers
contribuent à améliorer l’environnement pour acquérir ces
investissements directs.

Le dernier point qu’ils évoquent, certes ils ne sont pas pour


l’inflation d’institutions, mais ils soutiennent l’idée de la création
de nouvelles institutions et essentiellement celle d’un
observatoire pour l’IDE, la création d’une banque européenne,
d’un centre ou d’un organisme pour les problèmes cruciaux :
l’agriculture, le textile, l’IDE et bien sûr faciliter le transfert de
capitaux.

Je vous remercie de votre attention.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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« Les acquis et les menaces du processus de


Barcelone »
Monsieur Abdelmagid IRAQI
Organe Stratégique de l’Orientation de la CGEM
Vice Président de la Fédération des PME du Maroc

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Monsieur le Président,

Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur,

Messieurs les représentants des Institutions européennes et


internationales,

Messieurs les représentants des associations tunisiennes et


Maghrébines,

Mes chers amis et collègues chefs d’entreprises,

Je remercie l’I.A.C.E. pour son invitation et je transmets mes


félicitations à l’équipe d’organisation, et je vous prie également
de recevoir les salutations de la PME marocaine.

Mon intervention ne sera pas trop technique, mais je voudrais


simplement partager avec vous, quelques réflexions que j’ai pu
capitaliser au cours des années que j’ai pu passer à suivre ce
processus de Barcelone, un processus que je suis pratiquement
depuis 1995 au sein du patronat mais aussi au sein de tout ce
qui s’écrit sur le monde économique.

Je voudrais commencer d’abord pour rappeler quelques idées


qui ne sont pas forcément nouvelles, mais que j’ai simplement
pris la peine de récapituler sur une première évaluation de ce
processus. Une évaluation assez modeste et que j’ai intitulée :
« Les acquis et les menaces du processus de Barcelone »

Je crois qu’il y a des acquis indéniables puisque ce processus a


mis en place une ouverture. Il a commencé à créer des
habitudes de raisonnement en terme de régions, à changer les
méthodes de travail, à travailler en réseaux, et ce processus
offre également pour nos maghrébins, des opportunités de
modernisation de notre économie. Ce sont des choses
indéniables et ce serait avoir la vue courte que de ne pas le
reconnaître.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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A coté de ces acquis, il y a quand même des menaces que je
voudrais récapituler rapidement devant vous.

La première menace, c’est que l’on constate que le niveau de vie


des populations des deux rives ne se rapproche pas. Il n’y a pas
de convergence des niveaux de vie, mais plutôt une divergence.

Il faut également signaler que le déficit commercial des pays


maghrébins se creuse. Il n’y a pas d’amélioration des soldes
commerciaux.

Toujours au niveau des menaces, il faut dire que nous assistons


depuis quelques années au fait que les composantes
démographiques et sécuritaires et relatives à l’immigration sont
en train de prendre une importance peut-être démesurée dans le
poids des débats et qui nous fait peut- être dévier de la vision
initiale de Barcelone.

J’ajouterais également comme point faible, l’entrée des PECO


dans l’Union Européenne, qui a été longuement évoquée par les
conférenciers qui m’ont précédés.

A ceci, j’ajouterais que la menace asiatique dont nous sommes


tous conscients, aussi bien au sud qu’au nord, ne semble trouver
aucune parade. Il n’y a aujourd’hui aucune stratégie pour faire
face ensemble à ce problème.

Le dernier point que je voudrais ajouter, est que la mise à niveau


des entreprises et de l’économie, malgré quelques progrès, reste
assez progressive, qu’elle n’est pas généralisée et qu’elle reste
assez difficilement accessible.

A partir de ces menaces, je voudrais vous exposer rapidement


quelques pistes d’amélioration que je ne vais pas développer.

La première piste que je voudrais vous proposer, je l’ai


intitulée « supprimer le déphasage entre la pensée politique et la
pensée économique ». Dans nos pays, on a l’impression que les
discours politiques et économiques restent divergents ou qu’il y

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Les Journées de l’entreprise 2003
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a un déphasage soit dans l’espace soit dans le temps. Mais je
voudrais quand même relativiser ce déphasage. Comme vous,
j’ai été attentif au discours de Monsieur le Premier Ministre
Tunisien, et je dois vous dire en toute modestie, que j’ai été
impressionné par sa connaissance de la réalité de l’entreprise.
On avait l’impression d’écouter un chef d’entreprise qui passe
toute sa journée à gérer les problèmes de l’entreprise. Au niveau
Marocain, tout le monde sait que le Premier Ministre est lui-
même issu du monde des affaires, chef d’entreprise très connu à
l’échelon des affaires. Je pense donc que ce déphasage entre la
vie économique et la vie politique ne doit pas être exagéré chez
nous et que nous pouvons le surmonter.

La deuxième recommandation : communiquer d’avantage au


sein de l’UMA. Par communication, j’entends essentiellement le
dialogue politique. Nos pays maghrébins ont une histoire qui a
été faite de rivalités tribales, de conquêtes et de reconquêtes, de
brassages provoqués par des passages de caravanes, par le
nomadisme, la sédentarisation, de querelles ethniques et
maraboutiques, comme tout cela a été décrit par l’historien Ibn
Khaldoun. Je pense que nous devons dépasser ces anciennes
querelles et rester attachés à ce passé.

La troisième recommandation : aborder la déclaration de


Barcelone en tant que Maghreb. Actuellement, lorsqu’on parle
d’Europe, on parle de Bruxelles, nous avons un interlocuteur
bien localisé géographiquement. Lorsqu’on parle du Maghreb, il
y a un éclatement et un émiettement des interlocuteurs d’une
part, et on remarque que chaque pays entame ses réformes
sans qu’il y ait une recherche de convergence. On remarque
également que chaque pays essaye de développer une politique
d’attractivité spécifique. C'est-à-dire que les marocains essayent
d’attirer les investisseurs au détriment des tunisiens, les
tunisiens au détriment des marocains et des algériens… Chaque
pays développe ce que l’économiste Michalet appelle une
stratégie de séduction vis-à-vis des investisseurs, sans se
rendre compte que cette stratégie dessert les pays, puisque les
investisseurs recherchent des interlocuteurs regroupés. L’autre
conséquence est politique. Cet émiettement provoque un
affaiblissement des mécanismes de régulation maghrébin. Nous
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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avons que très peu de mécanismes de régulations. Je peux citer
essentiellement deux exemples : en matière énergétique (nous
n’avons pas de politique énergétique malgré un potentiel
extraordinaire) et en matière financière. Hier, j’étais avec des
amis tunisiens et algériens, nous parlions Dirham, Dinar Algérien
et Dinar Tunisien, et nous ne nous comprenions pas, nous étions
obligés de convertir en Euro. Il en résulte également une
inefficacité au niveau de la gouvernance. Nous avons
effectivement une perte en efficacité et en efficience qui résulte
de cet émiettement et du fait que nous n’abordons pas
Barcelone en tant que Maghreb.

Je voudrais également ajouter une recommandation : adopter


une politique de partenariat Euro Méditerranéenne volontariste.
Je rejoins ici, ce qui a été dit sur la coopération renforcée en
disant que les investissements actuels qui se font, sont des
investissements qui ne sont pas directement liés à
l’établissement d’une zone de libre-échange, l’exemple de la
banque de l’assurance, du tourisme, des gestions déléguées. Il
s’agit d’investissement qui auraient pu se faire même en
l’absence de zone de libre-échange. Autrement dit, il faudrait
combiner le jeu du marché, mais le combiner avec une optique
de développement, ce qui va impliquer des chois stratégiques
forts.

La recommandation suivante que je me permets modestement


de formuler, je l’ai intitulée « considérer l’IDE comme un acte
culturel et civilisationnel ». Aujourd’hui les économistes ont
découvert que dans l’investissement il y a un aspect culturel et
civilisationnel, et pas uniquement un aspect financier. L’exemple
le plus direct et le plus clair est le tourisme. Il faudrait avec cet
aspect culturel et civilisationnel exploiter nos atouts, il ne faut
pas oublier que tous les pays qui se sont développés, l’ont fait
avec un esprit et une éthique. L’Europe réaffirme son éthique
chrétienne, l’Angleterre et les Etats-Unis réaffirment et ont
toujours affirmé(s) leur éthique protestante, le Japon s’est
développé autour d’une civilisation et d’une culture qui a été le
ciment de son développement. Nous devons donc, nous aussi
considérer l’aspect culturel et civilisationnel comme source de

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Les Journées de l’entreprise 2003
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compétitivité et d’attractivité, et nous avons la chance d’avoir une
culture maghrébine arabo-musulmane, nous parlons la même
langue, nous avons les mêmes valeurs, nous partageons la
même éthique.

La recommandation suivante, et j’aurais terminé, je l’ai intitulée


« pérenniser les acquis des projets de mise à niveau ». Tout le
travail de mise à niveau qui se fait aussi bien au Maroc qu’en
Tunisie, est un travail certes important, mais il ne faut pas oublier
que c’est un travail qui a un aspect de projet, c'est-à-dire qu’il est
limité dans le temps et dans l’espace. Il fait l’objet d’une
enveloppe rudement négociée, enveloppe qui n’est pas illimitée
et donc il s’agit de projet avec un début et une fin. La question
que nous devons poser et qui doit nous préoccuper est que nous
devons rechercher la durabilité, c'est-à-dire la pérennité de la
mise à niveau, que le processus puisse continuer après la fin
des crédits.

Je vous remercie de votre attention.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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« La Tunisie et l’Union Européenne :


De Barcelone à la nouvelle politique de
voisinage »
Monsieur Marc PIERINI
Ambassadeur de la Commission Européenne

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Monsieur le Président,

Excellences,

Mesdames, Messieurs,

Merci pour l’accueil et permettez-moi de vous dire tout d’abord,


le plaisir que j’ai d’être aux Journées de l'Entreprise que nous
soutenons depuis quelques temps.

Mon plaisir est d’autant plus grand que les évolutions en cours
en Europe d’abord, et entre l’Europe et le Maghreb, appellent à
faire le point de la situation actuelle et plus spécialement des
évolutions qui sont devant nous. C’est pourquoi je voudrais vous
parler du thème suivant : « La Tunisie et l’Union Européenne :
de Barcelone à la nouvelle politique de voisinage ». Et je vais le
faire en abordant cinq thèmes successifs :

- le contexte actuel entre la Tunisie et l’Europe


- l’élargissement de l’Union Européenne
- les résultats de la conférence de Naples et du sommet
5+5
- la nouvelle politique de voisinage
- comment se préparer aux échéances qui sont devant
nous

1- Le contexte actuel.-

Il y a d’abord l’accord d’association entre l’Union


Européenne et la Tunisie. Sa mise en œuvre s’est effectuée
de manière satisfaisante. Les problèmes qui se présentent
éventuellement sont discutés et réglés dans le cadre de
mécanismes qui existent, et il n’y a pas en ce moment,
d’obstacles à la marche vers l’achèvement à la zone de libre-
échange au 1 er Janvier 2008.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Deuxième point, la Tunisie se caractérise, comme chacun


sait, par une politique de mise à niveau qui prépare
l’économie aux défis du libre-échange. Cette politique
cohérente et mise en œuvre par le gouvernement, bénéficie
du concours à la fois de la BEI et du programme MEDA.
C’est un concours substantiel puisque les encours actuels
auprès de la BEI se montent à 1 milliard 450 millions d’Euros
et les encours des subventions MEDA à 540 millions d’Euros.
Nous avons donc en ce moment, un encours de près de 2
milliards d’Euros, c’est-à-dire environ 3 milliards de Dinars.
La Tunisie est, dans ce contexte, un partenaire privilégié
dans le cadre du partenariat Euro Méditerranéen, puisqu’elle
bénéficie dans le cadre de MEDA de 14% des interventions
éligibles, alors qu’elle n’en a que 4 % de la population.

Par ailleurs, contrairement à une impression qui revient


de temps en temps, la part de la Tunisie est restée constante
entre MEDA 1 et MEDA2. Donc la Tunisie est à ce niveau de
14% depuis 1995-1996. Le programme MEDA 1 a eu,
comme chacun sait, dans ses premières années des
problèmes de gestion. Nous avons révisé au début 2002, de
façon complète ses mécanismes financiers et contractuels, et
aujourd’hui nous traitons entre 80 et 120 millions d’Euros de
paiements annuels et 400 opérations différentes, et nous
avons une collaboration extrêmement étroite entre la
délégation de la Commission Européenne et le Ministère du
Développement et de la Coopération Economique.
L’efficacité de ce mécanisme a été saluée il y a juste une
semaine dans l’entretien entre Monsieur Prodi et le Premier
Ministre.

Bien sûr, tout n’est pas parfait nous le savons. Sur


l’encours de 540 millions, nous avons grosso modo 20% des
projets que nous observons plus particulièrement, parce qu’il
y a, pour des raisons diverses, des retards dans leurs
exécutions, mais nous travaillons conjointement pour
résoudre ces problèmes.

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Par ailleurs, comme vous le savez bien, la BEI construit
des autoroutes (autoroute de Sfax), des gazoducs, elle
équipe les hôpitaux, elle participe donc directement à la
modernisation du pays.

2- L’élargissement de l’Union Européenne.

Comme le Président Prodi l’a dit dans son discours la


semaine dernière devant le Sommet 5+5, l’élargissement de
l’Union Européenne interpelle les pays méditerranéens.
Evidemment, ce n’est pas une opération surprise. Tout le
monde la connaît depuis des années. C’est une réalité
historique majeure, elle est acceptée par les autorités
tunisiennes et ce n’est rien d’autre que le retour des pays
centre européens à leur famille naturelle, celle de l’Europe
démocratique. C’est donc, en quelques sortes, la clôture
d’une période charnière de l’histoire moderne, qui a été
marquée par la chute du mur de Berlin et l’effondrement du
bloc soviétique. C’est aussi, bien sûr, la plus réussie des
opérations de politiques extérieures de l’Union Européenne
depuis l’ère des pères fondate urs en 1950 et 1957. C’est une
opération majeure, cette opération, cet élargissement ne
manquera pas d’ailleurs d’influencer le cours de la politique
extérieure et de sécurité commune de l’Union, ne serait-ce
que par le fait que parmi les dix Etats membres qui adhèrent
au 1er Mai 2004, huit sont des pays d’Europe centrale
orientale qui entrent dans la maison Europe avec un bagage
politique très spécifique, celui des 12 à 15 années de mise à
niveau sociale, économique et politique majeure, puisqu’ils
ont transformé radicalement tout leurs système après
l’effondrement du bloc soviétique.

Sur le terrain économique, nous devons constater pour ce


qui concerne la Tunisie, que l’élargissement de l’Union
Européenne n’a pas abouti jusqu’ici au désastre que certains
avaient prédit. La Tunisie n’a perdu aucune des parts de
marché pour lesquelles elle était concurrentielle, elle n’a bien
sûr subi aucune concurrence migratoire et elle a déjà
bénéficié de certains investissements induits entre l’Europe
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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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des 15 et les nouveaux adhérents, par la perspective de
l’élargissement. L’exemple type est celui des composants
automobiles qui sont désormais exportés en Hongrie, en
Pologne et en République Tchèque.

Par ailleurs, l’entrée des 8 pays centre européens dans


l’Union, permet de mettre en perspective les éléments
cruciaux de la mise à niveau qui s’y est opérée depuis plus
d’une décennie par rapport à la mise à niveau tunisienne. Si
on y prend garde, on pourrait penser que l’Europe des 15 à
concentré tous ses moyens financiers publics sur l’Europe
Centrale au détriment de la Méditerranée et qu’en plus de
ces moyens financiers publics sont la clé de leurs réussites
actuelles. Il n’en est strictement rien. L’aide publique au
développement au 10 pays de l’Europe centrale a représenté
en moyenne 0,9% de leur PIB entre 1995 et 2000, tandis que
les IDE représentaient en 1995 1,4% et en 2002 4,2%. Ceci
veut dire que les investissements publics de l’Europe
Centrale sont infiniment supérieurs à l’aide publique au
développement et qu’ils sont en forte croissance.

Ensuite, pour les 8 pays de l’Europe centrale qui adhèrent


à l’Union Européenne en 2004, les IDE ont représenté en
2001, 142% du déficit de la balance courante, contre 57%
pour la Tunisie. Ce qui veut dire que l’IDE est infiniment plus
puissant comme réalité quotidienne dans les PECO qu’en
Tunisie.

Par ailleurs, pour revenir à l’aide publique au


développement, si on calcule en parité de pouvoir d’achat, ce
qui est la seule façon de faire des comparaisons réalistes, on
s’aperçoit que sur la période 1995-2000, les 8 PECO ont reçu
824 Euros contre 711Euros à la Tunisie. L’écart n’est pas
très grand.

Les conclusions que nous tirons, c’est que le


développement de l’Europe centrale s’est fait très
majoritairement par des injections de capital privé et par

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Les Journées de l’entreprise 2003
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l’aide publique au développement en appui de politiques de
réformes très volontaristes et tout azimut.

Deuxième conclusion, la Tunisie n’a pas été pénalisée sur


le plan de l’aide publique au développement. Sur la même
période 1995-2000, elle a reçu en parité de pouvoir d’achat,
une aide équivalente à 86% de celle des PECO.

Nous ne sommes pas encore avec un élargissement


totalement effectif, ce n’est que pour le 1er Mai prochain,
nous ne sommes pas encore avec les effets des accords
d’association ni en Tunisie ni ailleurs, que déjà, l’Union
Européenne discute ici en Tunisie, au Maroc, Jordanie, en
Russie, en Ukraine, en Moldavie de la nouvelle politique de
voisinage. Mais ce n’est pas tout, l’élargissement et son
corollaire la politique de voisinage interviennent dans un
contexte de mondialisation accélérée : montée en puissance
de l’économie chinoise et importance accrue du respect des
règles du commerce international dans le cadre de l’OMC.
Donc globalement, le phénomène qui nous interpelle est une
formidable accélération de l’histoire auxquels sont confrontés
les gouvernements, les opérateurs économiques et les
sociétés civiles.

3- Signification de la conférence Euro Méditerranéenne de


Naples et du Sommet 5+5 de Tunis.

Ces deux manifestations, qui sont d’ailleurs très


cohérentes l’une avec l’autre, ont apporté un ensemble
d’améliorations, d’innovations substantielles au dispositif du
partenariat Euro Méditerranéen. La principale, à mes yeux et
en tout cas en ce qui nous concerne ici en Tunisie, est la
consécration au niveau méditerranéen et au niveau du 5+5,
de l’appui européen de type sous régional, avec notamment
la notion que la coopération Union Européenne – Maghreb
est acceptée désormais comme une opération pilote dans le
cadre du partenariat euro méditerranéen. Ce n’est pas une
©IACE 344
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
mince affaire, puisque jusqu’à présent, la dimension sous
régionale dans le partenariat Euro Méditerranéen, qui était
demandée avec beaucoup d’insistance par la Tunisie, n’était
pas acceptée en tant que te lle par les autres partenaires.
C’est une innovation particulièrement importante à la
préparation de la nouvelle politique de voisinage.

Par ailleurs, à Naples, on a consacré la facilité de la BEI


pour la Méditerranée, on a renforcé un petit peu ses moyens,
bien qu’on n’ait pas pris de décision sur une institution
spécifique. On a également créé une assemblée
parlementaire et une fondation méditerranéenne pour le
dialogue des cultures.

Le sommet de Tunis a repris tous ces éléments et les a


consacrés aussi dans le 5+5, ce qui n’est pas tout à fait
indifférent puisque dans le 5+5 il y a en plus la Libye et la
Mauritanie qui sont présentes et qui ne l’étaient pas dans
Barcelone.

Par ailleurs, lors du Sommet 5+5, le Président Prodi a


lancé un appel très fort à un sursaut en ce qui concerne
l’intégration maghrébine, tout en reconnaissant naturellement
qu’en la matière, il y a des difficultés politiques importantes. Il
a indiqué que la méthode utilisée par les européens depuis
1950 qui consistait à se concentrer non pas sur la
construction d’ensemble, mais sur des solidarités concrètes
dans des domaines où il y a un intérêt conjoint maghrébin et
un intérêt euro maghrébin, était probablement la bonne
méthode. Donc la décision qui a été prise du point de vue
des mécanismes à Naples permettra de faire ceci dans les
domaines de l’électricité, du gaz, de la pollution maritime ou
toute sorte d’autres choses.

4- La nouvelle politique de voisinage.

La nouvelle politique de voisinage est une réalité de


terrain qui se dispute aujourd’hui. Elle est née, comme il a

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
été dit, de l’initiative du président Prodi au mois de mars.
Cette initiative a été discutée au conseil des Ministres et au
conseil des chefs d’Etats et de Gouvernements en juin
dernier, et elle vise bien sûr, à tirer des conséquences de
l’élargissement de l’Union Européenne pour les pays
méditerranéens voisins, dans un arc qui va de la Russie au
nord est, au Maroc au sud ouest.

Reconnaissant que l’élargissement comporte des défis


mais aussi des opportunités pour les voisins de la nouvelle
Europe à 25, l’Union souhaite donc développer une politique
de proximité cohérente qui soit applicable aux pays qui ne
vont pas adhérer et souhaite donc créer ainsi, un cercle
d’amis fondé sur la paix, la stabilité, la prospérité, sur des
valeurs partagées et sur des intérêts communs ou
convergents. Cette politique de voisinage a été conçue pour
s’adapter à chaque cas individuel et pour bâtir quelque chose
à partir de ce qui existe déjà. Et dans le cas de la Tunisie, qui
a commencé avant les autres dans le cadre du MEDA et du
contrat d’association, il s’agit d’un approfondissement de la
politique existante, de manière à aller beaucoup plus loin en
terme d’objectifs, de réformes et de réalisations communes.

On l’a déjà fait, il s’agit globalement d’opérer une mise à


niveau identique à celle requise pour l’adhésion, sauf les
institutions comme l’a dit le Président Prodi, sauf aussi quand
même il l’a ajouté, le transfert de souveraineté et dans le cas
de certains pays, les obligations financières.

En pratique, la nouvelle politique de voisinage va prendre


dans très peu de temps, quelques semaines ou quelques
mois, la forme de plans d’actions qui seront élaborés au
terme d’une concertation très étroite entre chaque pays
concerné et l’Union Européenne, et qui porteront sur 5
domaines.

- Le premier domaine : politique, sécurité, prévention de


conflits. Il s’agira de bâtir des coopérations renforcées
sur la base des valeurs partagées.

©IACE 346
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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- Deuxième domaine : le marché intérieur. Il s’agira de
mettre à niveau les législations et les règlements pour
arriver à un même socle législatif, notamment du point
de vue de l’investisseur.

- Troisième domaine : justice et affaires intérieures. Il


s’agit là aussi d’une coopération renforcée.

- Quatrième domaine : réseau d’infrastructures, énergie,


transport, télécommunications, coopération
environnementale.

- Cinquième domaine : contacts entre les peuples pour


des domaines aussi divers que l’éducation, la
recherche et la culture.

On pourra évidemment utiliser tous les instruments


existants déjà, soit bilatéraux entre l’Union Européenne et la
Tunisie, soit entre l’Union Européenne et le Maghreb.

Autre élément important, le calendrier de cette nouvelle


politique de voisinage. Il est bien sur lié à l’élargissement qui
devient effectif à partir du 1er Mai 2004. Et pour des raisons
à la fois politiques et symboliques, l’Union Européenne
souhaite donner le premier signe de la mise en application de
la nouvelle politique de voisinage au moment même où
l’élargissement entrera en vigueur.

Bien entendu, la politique de voisinage s’applique en


priorité aux pays qui sont déjà entré dans un processus de
rapprochement économique et politique avec l’Union
Européenne, dans le cadre d’accords d’association, ce qui
veut dire ne Méditerranée, Israël, Jordanie, Maroc et Tunisie.
Dans l’ordre chronologique c’est la Tunisie qui était la
première comme chacun sait.

Avec la Tunisie, les travaux ont déjà commencé,


symboliquement le 29 septembre dernier, lorsque le Ministre

©IACE 347
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
des Affaires Etrangères Ben Yahia s’est entretenu à
Bruxelles avec le Commissaire Verruggen qui est chargé de
l’élargissement et de la nouvelle politique de voisinage. Les
travaux techniques se poursuivent actuellement par
l’élaboration d’un rapport sur la Tunisie par l’Union
Européenne, sur le modèle de ceux qui ont été établis sur les
pays de l’élargissement.

Le Commissaire Verruggen sera en visite à Tunis fin


Janvier, et entre temps les consultations techniques se
poursuivent. L’idée est d’aboutir à un plan d’actions pour la
Tunisie en mars ou avril 2004. Globalement, ce même travail
se poursuit avec le Maroc, la Jordanie, Israël, l’Ukraine…

Globalement, la commission présentera au mois de mai


au conseil des Ministres et au mois de juin au conseil
Européen de Chefs d’Etats et de Gouvernements, ce qu’on
appelle un paquet nouvelle politique de voisinage, où il y aura
un document stratégie, le rapport pays et les plans d’actions
pays. Bien entendu, dans ces documents, nous ferons figurer
les offres que l’Union Européenne est en mesure de faire aux
différents gouvernements concernés, les mécanismes
incitatifs et les critères de mesure de performances
attendues. Tout ceci, encore une fois, selon la même
méthodologie que l’élargissement. Comme vous le
comprenez, c’est une initiative politique majeure de l’Europe
envers ses voisins immédiats qui doit déboucher sur des
relations beaucoup plus intenses qu’aujourd’hui. Est-ce que
tout le monde pourra arriver à cela ? Nous pensons que cela
sera à la carte, ce sera le libre choix de chaque pays de la
région de s’engager dans cette voie. Ce sera aussi une
opportunité historique, puisqu’il s’agit ni plus ni moins de
définir le mode de relation à cette Europe nouvelle, qui est
forte de 480 millions d’habitants, qui est la première
puissance commerciale du monde et qui est une puissance
politique non hégémonique et porteuse de diversités
culturelles.

C’est d’autant plus important que pendant ce temps-là,


l’Europe poursuit ses travaux sur ses grands chantiers à elle,
©IACE 348
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
la zone Euro continuera à s’élargir, nous travaillons sur
l’espace judiciaire européen qui va entrer en vigueur dans
quelques temps (il n’y aura plus d’extraditions entre pays
européens, il y aura un mandat d’arrêt commun), et bien
entendu il y a aussi la constitution sur laquelle nos chefs
d’Etats et nos gouvernements sont en train de travailler en ce
moment même. Donc, ces éléments, qui sont purement
internes à l’Union Européenne, sont évidemment des
éléments extrêmement importants dans l’appréciation de
l’offre qui sera faite dans le contexte de la nouvelle politique
de voisinage, puisque nous offrons un deal nouveau mais en
même temps nous progressons fortement dans un certain
nombre de domaines à l’intérieur de l’Europe. Donc un
partenaire plus fort et plus uni cela signifie une relation plus
significative.

5- Comment se préparer ?

Je crois que ce qu’il faut souligner tout d’abord, c’est que


les partenaires méditerranéens liés à l’Union par des accords
d’association, et tout particulièrement la Tunisie, ne partent
pas de zéro dans cette démarche ambitieuse que je viens de
décrire. Tout d’abord, il y a l’existence de politiques
nationales de mise à niveau dans les domaines
économiques. C’est un atout de choix, particulièrement en
Tunisie ou cette politique, comme je l’ai dit, est très avancée.
Par ailleurs, dans les accords d’association d’aujourd’hui, ce
que nous appliquons tous les jours il y a déjà un dialogue
économique, un dialogue politique, un soutien aux opérations
de modernisations, des opérations de renforcement de la
bonne gouvernance : les médias et la justice prochainement
en Tunisie, la justice et la société civile au Maroc, la police et
la justice en Algérie, droits de l’homme, coopération
transfrontalières… Tout cela existe à des degrés divers selon
les pays, mais c’est quelque chose qui est en marche.

©IACE 349
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
Par ailleurs, dans les accords d’association du type
Tunisie, il y a déjà tout un appareil institutionnel, il y a un
conseil d’association au niveau des hauts fonctionnaires,
celui-ci s’est réuni fin septembre à Bruxelles au niveau
ministériel, il y a des sous comités techniques, notamment du
commerce, avec d’autres il y a aussi un dialogue. Avec
certain pays il y a des sous comités sur la justice et la
sécurité, sur les droits de l’homme et la démocratisation. Il y
a tout un appareil institutionnel qui est là et qui sera bien sûr
directement utilisable et directement pertinent pour la mise en
œuvre de la nouvelle politique de voisinage. On ne va pas
tout casser et réinventer, on va se servir de ces enceintes qui
existent.

Par ailleurs, dans les programmes de coopération que


nous avons aujourd’hui, nous sommes en train de mettre en
œuvre le programme d’appui à la mise en œuvre de l’accord
d’association qui vise à aider l’administration tunisienne à
s’adapter aux différents changements qui sont prévus par
l’accord. Nous lancerons vendredi prochain le programme de
modernisation industrielle qui fait suite à Euro Tunisie, qui est
un programme destiné exclusivement au secteur privé. C’est
aussi un ingrédient essentiel de la nouvelle politique de
voisinage.

Par ailleurs, nous avons un programme d’appui à la


privatisation qui n’avait pas donné pleine satisfaction jusqu’à
maintenant. Nous sommes en train, avec le gouvernement de
le réviser, de le réorienter dans une direction plus ambitieuse,
et si nous y arrivons, et je crois que nous y arriverons, ce
sera un signal important dans la perspective de la nouvelle
politique de voisinage, puisqu’on cherche à arriver à un socle
législatif et à des pratiques aussi proches que possible des
pays européens.

Enfin, et c’est peut-être plus important qu’on ne le croit


souvent, la capacité entre l’Union Européenne et la Tunisie
de lancer des opérations dans le domaine de la
gouvernance, constituera un signal important parce que la
nouvelle politique de voisinage comporte aussi ce volet. En
©IACE 350
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
Tunisie, nous sommes sur le point de lancer un de
programme de perfectionnement des journalistes, nous
sommes dans une discussion ardue mais qui continue sur un
programme concernant la justice, c’est un peu plus difficile
sur la société civile. Nous considérons, et le Président Prodi
l’a dit la semaine dernière, qu’en toute sérénité, ces
programmes sont des occasions de conforter les progrès
économiques et sociaux majeurs qui ont été accomplis par la
Tunisie, et d’effectuer sans tensions et sans ingérence, les
évolutions qui sont nécessaires. Et je reprends là les propos
de Monsieur Prodi : « il est nécessaire de progresser avec
l’histoire ». Ces dossiers font donc l’objet d’une concertation
qui est peut être discrète, mais qui est permanente entre la
commission, la délégation et les autorités tunisiennes.

Pour conclure, je voudrais revenir sur une expression que


j’ai utilisée au début de mon intervention : accélération de
l’histoire. En effet, alors même, je le redis, que nous ne
sommes pas encore arrivés à la totalité des réalisations de
l’accord d’association et du programme MEDA, alors même
que tous les partenaires méditerranéens ne sont pas encore
avec un accord d’association en vigueur, on progresse. Et je
voudrais signaler qu’il y a deux jours, les négociations des
accords d’association ont été conclus avec la Syrie, on est
toujours en train d’appliquer cette politique qui découle de
Barcelone, et nous assistons à une nouvelle évolution
d’ampleur historique : l’élargissement et son corollaire, cette
proposition forte qui a été faite par la Commission
Européenne, la nouvelle politique de voisinage.

Sans aucun doute, c’est un défi de taille pour la Tunisie,


c’est une opération de très grande complexité, sans aucun
doute aussi, son rythme sera très soutenu parce que l’histoire
n’attends pas, et ce qui est devant nous c’est que tout
simplement le premier train de la politique de voisinage
partira dès le mois de juin de l’année prochaine. C’est-à-dire
qu’au moment où nous entrerons dans la phase effective de
l’Union à 25, nous lancerons les premiers plans d’action. Et

©IACE 351
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
c’est là le côté historique de cette affaire. Ce n’est donc pas
une proposition que nous discutons comme cela dans un
cercle d’initié, c’est une proposition très concrète et vous en
verrez les effets déjà au mois de janvier avec la visite de
Monsieur Verruggen, visite que j’ai mise au point avant-hier à
Bruxelles et dont je souhaite vivement, s’il y a un intérêt du
côté de l’I.A.C.E., qu’elle donne l’occasion, outre les
discussions officielles, d’un dialogue avec vous les chefs
d’entreprises.

Je vous remercie de votre attention

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________

Discours de l’Amiral Jacques Lanxade


Président de la Fondation Méditerranéenne d’Etudes
Stratégiques

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Monsieur le Président,

Chers amis,

Je voudrais d’abord vous remercier de m’avoir invité, c’est pour


moi l’occasion de retrouver beaucoup d’amis tunisiens. Depuis
Paris, je n’ai pas tout à fait quitté la Tunisie en réalité, et je suis
avec beaucoup d’attention les progrès et la détermination de
votre pays pour s’engager dans la voie de la modernisation et du
progrès dans tous les domaines. Et c’est ce qui m’a conduit
d’ailleurs à accepter de prendre en charge le comité Tunisie du
MEDEF international. Et je suis ici à la disposition des uns et des
autres, des Français comme des Tunisiens, pour faciliter vos
relations économiques pour les entreprises. Mais je m’intéresse
plus généralement à la Méditerranée, puisque je préside la
Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques, qui
s’intéresse aux relations en Méditerranée et en particulier se
concentre sur le partenariat Euro Méditerranéen, bien sûr avec
une priorité sur le volet politique et sécurité, mais nous nous
intéressons de plus en plus aux questions culturelles et aux
questions économiques.

La Fondation a réuni, il y a quelques temps, un groupe de travail


avec des gens de l’Administration, Quai d’Orsay et Bercy, d’un
côté, mais aussi des représentants des pays méditerranéens et
en particulier des pays du sud, pour élaborer des propositions
pour la refondation du partenariat Euro Méditerranéen.

L’ambassadeur de la Commission Européenne a porté un


message d’espoir, et je voudrais le conforter. Quand on regarde
ce qui s’est passé pour l’élargissement, d’un point de vue
politique et stratégique, au fond c’est l’achèvement de ce qui a
commencé après la chute du mur de Berlin et la fin du monde
soviétique. Et donc, il s’agissait de retrouver l’unité du continent
européen et d’établir durablement la stabilité sur l’ensemble du
continent. C’est évidemment une priorité très importante.
©IACE 354
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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Mais depuis, il s’est passé un certain nombre d’événements


extrêmement importants, dont le principal est ce qui s’est passé
aux Etats-Unis au moment des attentats contre le World Trade
Center. Et tout d’un coup, je dirais, le monde occidental a pris
conscience qu’il ne suffit pas de regarder les problèmes autour
de développement d’idées libérales dans le monde, économies
de marché …, mais qu’il pouvait se créer de véritables
problèmes liés à un certain nombre de facteurs sur lesquels je
ne vais pas insister ici.

Donc, tout d’un coup, et c’est particulièrement vrai pour les


Européens, on a pris conscience que si on voulait éviter d’aller
vers ce que certains ont appelé le choc des civilisations, il fallait
s’intéresser de beaucoup plus près et redéfinir la politique avec
le monde arabe et le monde musulman. Et de ce fait, c’est
devenu aujourd’hui une véritable priorité, et cette priorité est
d’abord une priorité politique voire stratégique. Il est vrai qu’à
partir de là, le processus initié à Barcelone apparaît comme un
des moyens privilégiés pour tenter de résoudre ces difficultés en
Méditerranée. Ce défi est d’éviter de tomber dans cette
opposition entre deux blocs, je dirais de cultures et de religions
qui s’opposeraient.

Donc l’Union Européenne tient une politique tout à fait


spécifique, et d’ailleurs, si je voulais relever ce qu’a dit
l’Ambassadeur de Commission Européenne, je trouve assez
étonnant qu’au moment ou l’Europe signe un accord
d’association avec la Syrie, aux Etats-Unis on parle de
sanctions. Donc on voit bien qu’il y a deux politiques
complètement différentes, et naturellement vous voyez vers
laquelle va mon choix personnel.

Ceci étant, il faut refonder le partenariat Euro Méditerranéen. Il y


a bien sûr une volonté politique, il faut beaucoup plus de moyens
cela a déjà été dit, l’approche régionale et la politique de
voisinage est évidemment un des moyens de franchir les
difficulté politiques qui existent du fait que pendant un moment le
partenariat ait été pris en otage par essentiellement la crise entre

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Les Journées de l’entreprise 2003
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Israël et les Palestiniens. Il faut un effort, bien sûr des
Européens, et c’est cette nouvelle politique mise en place. Il faut
aussi de l’autre côté, un effort des pays du sud, il faut que
l’intégration sud -sud se fasse et en particulier que le grand
marché du Maghreb se développe. Je dis le grand marché, car
c’est vraisemblablement par là qu’il faut commencer et non pas
par le haut, c’est par la partie économique et structurelle à
laquelle il faut s’atteler. J’ais entendu hier quelques
commentaires sur la façon de faire et sur cette idée qu’il y avait
des axes à favoriser dans cette construction de l’UMA. Moi
j’appelle l’attention sur le risque à faire cela. Au fond, ce n’est
pas comparable à ce qui s’est passé en Europe. En Europe,
l’axe franco allemand était absolument indispensable pour
franchir ce qui s’était passé durant la dernière guerre mondiale.
Aujourd’hui nous sommes obligés de faire attention à équilibrer
cet axe franco allemand avec d’autres relations parce que
autrement on voit bien que ça risque de mettre à l’écart un
certains nombre de pays qui supportent assez mal la
prééminence ou le poids que prendrait un tel axe. La méthode
est celle que les diplomates appellent parfois le multi
bilatéralisme.

Je voudrais ajouter un élément très concret cette fois-ci. Depuis


que j’ai pris mes fonctions au MEDEF international, j’ai eu
l’occasion de faire plusieurs réunions d’investisseurs français sur
la Tunisie et le Maghreb. Et ce que je voulais souligner, c’est que
j’ai eu le sentiment que les PME, aujourd’hui, commencent à se
dire que c’est probablement plus intéressant de venir au
Maghreb que d’aller dans les PECO, principalement à cause des
coûts croissants des salaires dans ces pays, et les perspectives
d’alignement progressif des salaires dans les PECO sur les
salaires qui sont ceux dans les pays de l’ouest européen. J’ai
donc senti qu’il y avait un nouvel intérêt pour les pays du
Maghreb en particulier s’agissant des PME. Il y a donc un effort
formidable à faire, un effort d’informations sur la situation, les
avantages sur l’environnement à la fois juridique et fiscal, et c’est
à cela que j’ai personnellement entrepris de m’atteler.

Je vous remercie de votre attention.

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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LISTE DES PARTICIPANTS

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PRENOM NOM ENTREPRISE


EZZEDDINE ABAOUB F.S.E.G TUNIS
MAROUENE ABASSI I.H.E.C TUNIS
CHIRAZ ABBAS SETCAR
FERID ABBAS SETCAR
HEDI ABBAS SETCAR
LANOUAR ABDALLAH AMBASSADE DE SUISSE
ALI ABDELAOUI CGEOA ALGERIE
AHMED ABDELKEFI TUNISIE LEASING
MEHDI ABDELMOULA MAILLE CLUB
ABDENNADHE
LOTFI R GROUPE ABDENNADHER
ABDENNADHE
MOHAMED R G.C.T
ANIS ABESSI TV 7
ABDESSATAR ABID G.C.T
CHAWKI ABID B.I.A.T
FATEN ABIDI JOURNAL ESSABAH
ALY ABOUBAKR G.A. PAPER INTERNATIONAL INC.
HABIB AFFES FSEG SFAX
THEODORE AHLERS BANQUE MONDIALE
HACHEMI AKRICHE B.I.A.T
MANOUBI AKROUT LE QUOTIDIEN
HAMID ALAVI BANQUE MONDIALE
FRAJ ALI S.R.T.KASSERINE
FAYCAL ALLOUNI AMBASSADEUR DE SYRIE
FATMA AMARA BANQUE DE L'HABITAT
PHILIPPE AMESTOY U.I.B
MOUNIR AMMOUSS SANCELLA
SAID AMOR TV 7
JAQUES ARDANT U.B.C.I
BELGACEM ARFAOUI B.N.A
ANOUAR ATTALAH MONOPRIX
SADOK ATTIA CITIBANK N.A TUNIS
TAOUFIK AYADI EXPERT COMPTABLE
MANSOUR BAATI OFFICE NATIONAL DES MINES
KHELIL BABBOU S.S.I.T
ADEL BACCOUR SIFCOL
NEJI BACOUCHE UNIVERSITAIRE
TALEL BAHOURI REALITES
AMOR BARDAK PROMOGOLF
MANEL BARKACH TUNISIANA
AHMED BASSALAH STE SHELL DE TUNISIE

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
TAHA R BAYAHI T.P.R
TAIEB BAYAHI T.P.R
YAHIA BAYAHI T.P.R
HICHEM B'CHIR SAPHIR CONSULT
MAHMOUD BEAOUI SOTRAFER
HABIB BEDHIAFI CEPEX
KAMEL BEDOUI TUNISIE LEASING
HAMDA BEJI S.T.B
BRAHIM BEL HADJ MINSTERE DE L'INDUSTRIE ET DE L'ENERGIE
BEL HADJ
WALID AMOR COMETE. ENGINEERING
BEL HADJ
KHADIJA HAMIDA RADIO MONASTIR
MED RIDHA BELAID U.B.C.I
SAMI BELAID I.A.C.E
AHMED BELAIFA AMOCIE
ADNANE BELHAJ AMOR SOTRAPIL
HAYKEL BELHASSINE CITIBANK N.A TUNIS
FAOUZI BELKAHIA BANQUE DE TUNISIE
FATHI BELKAHIA M.A.G.H.REVETEMENT
SADOK BELKAIED BANQUE DE L'HABITAT
MOEZ BELKHIRIA B.S.B
MED KHALED BELLAGHA STE L'APPETISSANTE
SALMA BELLAGHA B.T.K.D
BILEL BELLAJ I.A.C.E SFAX
BEN
MOHAMED ABDELALI BANQUE DE TUNISIE
FAIZA BEN ABID TUNISIE VOYAGES
ADEL BEN AHMED STE DES CIMENTS D'ENFIDA
MAHER BEN AHMED S.M.T.T
SAHBI BEN AISSA B.I.A.T
AHLEM BEN ALI REALITES
SAMIR BEN ALI NOVITA
FRAJ BEN AMMAR S.R.T.B
SLIM BEN AMMAR SODEXHO PASS TUNISIE
MAJED BEN AMOR B.I.A.T
ABDELHAMID BEN ARAB B.I.A.T
HEDI BEN AYED INTERMETAL
SLIM BEN AYED T.M.I
BRAHIM BEN BRAHIM B.I.A.T
BEN
ADNANE CHAABANE B.I.A.T
HEDI BEN CHEIKH MINISTERE DES FINANCES
KHEMAIES BEN FREDJ RADIO MONASTIR
MONDHER BEN SANCELLA

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Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
GHOZLEN

JAMEL BEN GUIRAT T.A.P


BEN HAJ
ABDALLAH YAHIA LES COMPTOIRS SFAXIENS
SOUHEIL BEN HALIMA AFRIQUE ASSISTANCE
BEN
ADNENE HAMDANE POULINA
BEN
IMED HAMDENE UNIVERSITAIRE
MOHAMED BEN HAMIDA S.T.B
BOURAOUI BEN HASSINE EL KANAOUET
CHOKRI BEN HASSINE RADIO NATIONALE
ABDELLATIF BEN HEDDIA LA REVUE L'EXPERT
BEN
HASSAEN HFAYEDH PLATRES TUNISIENS
FETHI BEN JEMAA S.I.T.E.P
MONCEF BEN KHELIFA F.I.P.A
MEHDI BEN LAGHA TUNISIANA
SLAHEDDINE BEN M'BAREK B.N.A
KHALED BEN MILED TUNIS RE
SELIM BEN MOUSSA TUNISIANA
FADHEL BEN OTHMAN B.T.K.D
HAMDENE BEN OTHMAN STE TUNISIENNE DE VERRERIES
OLFA BEN OUDA I.H.E.C TUNIS
IMEN BEN REJEB I.A.C.E
MEHDI BEN REJEB I.A.C.E
BEN
HABIBA ROMDHANE I.A.C.E
KHALIL BEN SALAH U.B.C.I
KAMEL BEN SALEH CNBC
SGHAIER BEN SALEM C.T.F
NEJIB BEN SMAIL U.I.B
KAMEL BEN SOUILEH C.I.O.K
HAKIM BEN YEDDER ASSURANCES COMAR
INES BEN YEDDER TUNISIANA
KARIM BEN YEDDER AMEN BANK
SALOUA BENZAGHOU I.E.Q
NEILA BENZINA BUSINESS AND DECISION
DORRA BERRACHED AFRIQUE ASSISTANCE
HAMADI BESBES COMAF
SAMIR BETTAIEB B.I.A.T
SLIMENE BETTAIEB B.T.L
SAMI BEZZARGA U.B.C.I
ROBERTO BILLIANI ASPEN INSTITUTE ITALIA
JOSEPH ROGER BISMUTH CHERGUIA SERVICES CONSEILS
FETHI BLANCO A.T.B

©IACE 360
L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

________________________________________________________
GIAN PAOLO BONANI IPALMO- ITALIA
HOURIA BORSALI F.F.N
BOUABDALLA
ABDELMAJID H A.B CONSULTING
MONGI BOUASSIDA B.I.A.T
HATEM BOUATTOUR TUNISIANA
HASSINE BOUAZRA TUNIS HEBDO
HABIB BOUCHAALA G.C.T
MOHAMED BOUDAYA CHAMBRE DE COMMERCE TUNISO-CANADIENNE
SALAH BOUDEN B.I.A.T
ABDELKADER BOUDRIGA I.A.C.E
NASREDDINE BOUGHATTAS MASTER
SLAHEDDINE BOUGUERRA U.B.C.I
ALI BOUKADIDA B.I.A.T
SAMIRA BOUKARI ETUDIANTE
HATEM BOULABIAR GET Wireless
HABIB BOULARES U.M.A
KHALED BOUMIZA E.R.T.T
ABDELJELIL BOURAOUI J.B.C.O
MOHAMED BOURAOUI TUNISIE FACTORING
LASSAAD BOURGUIBA AMBASSADE DU CANADA
BOUSSARSSA
ADEL R TUNISIE VOYAGES
WAHIDA BOUTABBA UNIVERSITE 7 NOV
BELKACEM BOUTAYEB CGEM MAROC
FAROUK BOUZAIENE PROTOCOLE
AHMED BOUZGUENDA S.B.F
MOHAMED BOUZID AFECOR
ABDELMAJID BOUZIDI MEDIGRAIN
ALI DHRIF BOUZIDI BANQUE DE L'HABITAT
LAROUSSI BOUZIRI B.N.A
MOHAMED BOUZOUIDA C.P.G
NAOUFEL BOUZOUITA PROXI
BOURAOUI BRAHAM GOUVERNORAT DE SOUSSE
FARES BRAMLI I.A.C.E
BERNARD BRUNET DELEGATION COMMISSION EUROPEENNE
HIND CAIDI BUSINESS AND DECISION
ISNARDO CARTA CARTA ISNARDO SPA -ITALIA
GIUSEPPE CATTANEO ASPEN INSTITUTE ITALIA
NOURI CHAABANE STE CHAABANE & CIE
KHALED CHAABOUNI ENPAR TECHBOLOGIES
ADEL CHAARI SICERAM
WALID CHACHIA B.I.A.T
AMMAR CHAIEB A.M.S

©IACE 361
Les Journées de l’entreprise 2003
___________________________________________________
MOHAMED CHAIEB CARRELAGE CHAIEB
SLIM CHAKER FAMEX-CEPEX
AHMED CHAOUCH SIPHAT
MOHAMED CHAOUCH A.P.I
FAIKA CHARFI I.H.E.C SFAX
KHALIL CHARFI OXIA TUNISIE
CHANTAL CHASTENAY MAECI-DFAIT
JAWHAR CHATTY LA PRESSE
ALI CHEBBI I.S.C.A.E
MONCEF CHEBIL TRANSTOUR
SAMIR CHEBIL BANQUE MONDIALE
YAHYA CHEIGUER A.J.E.MAURITANIE
AFIF CHELBI IM-BANK
FAYCAL CHELLY U.B.C.I
HABIB CHENITI G.A.T
ABDELAZIZ CHERIF SOLEMA R
RADOUAN CHERIF GALION
TARAK CHERIF CIE AFRICAINE DES PEINTURES
BEBIA CHIHI SNDP
AMMAR CHIKHAOUI C.I.O.K
HAKIM CHIKHI AMINE A.S.I.J ALGERIE
MUSTAPHA CHOUCHANE S.T.B
JEAN-FRANCOIS CROFT EXPORT DEVELOPMENT Canada
WALID DACHRAOUI UBCI
FOUED DAGHFOUS PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE
ABDELAZIZ DAHMANI S.T.I.V.E.L
MONCEF DAKHLI B.T.E.I
LOUEY DALDOUL AMBASSADE DE SYRIE
JOEL DALIGAULT A.F.D
M'HAMED DALLEL RADIO MONASTIR
ABDELWAHEB DAMAK K. DAMAK SHIPPING COMPANY
FREDJ DAOUAS S.E.D.S.N
ABDELAZIZ DARGOUTH FILTISS
DE
NORBERT GUILLEBON COTUSAL
DE LA
AUBIN MESSUZIERE AMBASSADEUR DE FRANCE
ASMA DENGUEZLI BANQUE DU SUD
FAYCAL DERBEL FINOR
NOURI DERBEL S.I.T.E.P
LAZHAR DHIFI SOTUTOUR
CHRISTOPHER DI OLIVIERA OXFORD BUSINESS GROUP
MOHAMED DIMASSI S.T.B
RAOUDHA DJAIET BANQUE DU SUD

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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ABDELAZIZ DJILANI TUNISIANA
HEDI DJILANI U.T.I.C.A
MOEZ DRIDI MULTIVISION
M'HAMED DRISS TOUR KHALAF
MOEZ DRISS STUNAS INDUSTRIES
MOHAMED MONCEF DRISS S.T.I.P
DRISS
ZOHRA BECHEUR TOUR KHALAF
ELDON EDEY THE PRESSURE PIPE INSPECTION COMPANY
MONCEF EL AREM STE MERIDIANA
MOHAMED EL GHARBI B.N.A
AHMED EL KARAM AMEN BANK
RAOUF EL KATEB HOTEL EL KANTA
SKANDAR EL KATEB HOTEL EL KANTA
MOHAMED EL OUNI RADIO MONASTIR
HAFEDH ELLEUCH B.I.A.T
REJEB ELLOUMI C.F.T.I
MOHAMED ESSABAH G.C.T
ABDELKADER ESSEGHAIER SICAF
NABIL ESSEGHAIER ASWAF EL MEDIOUNI
HASSEN ESSGHAIER REVUE HADRUMETE
MICHAEL FAIRFIELD CANADIAN COMMERCIAL CORPORATION
KHALED FAKHFAKH B.I.A.T
MOKHTAR FAKHFAKH B.I.A.T
M'HAMED HASSINE FANTAR CHAIRE BEN ALI
MOHAMED FANTAR B.I.A.T
LAMINE FARHAT REALITES-PHOTOGRAPHE
BECHIR FATHALLAH SODEPS
HASSOUNA FEDHILA FSJEG JENDOUBA
HAMADI FEHRI I.H.E.C TUNIS
SALAH FEKIH U.I.B
FATMA FELLAH BANQUE MONDIALE
RIDHA FERCHIOU CNS
SENEN FLORENSA AMBASSADE D'ESPAGNE
MUSTAPHA FOURATI MARBRERIE DE L'OUEST
ALLEN FOURNIER NTG CLARITY NETWORKS
LEO FOX PHOENIX GEOPHYSICS
SADOK FRAD RADIO MONASTIR
HAMDI FRIDHI AFRIQUE ASSISTANCE
HABIB FRIGUI I.A.C.E
NEJI FRIGUI B.I.A.T
MOHAMED FRIOUI FSEG TUNIS
CECILE FRUMAN BANQUE MONDIALE

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Les Journées de l’entreprise 2003
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WALID GADDAS TOPTECH TUNISIE
OUALID GADHOUM UNIVERSITAIRE
TOUFIK GAHBICHE JOURNALISTE
ADEL GAIDA TUNISAIR
HABIB GAIED UNIVERSITAIRE
FETHI GARGOURI SICERAM
KARIM GARNAOUI AQUACULTURE TUNISIENNE
MERIEM GARNAOUI HOTEL MARHABA
NABIL GATTI U.B.C.I
BOULBABA GAZBAR REGIE NAT DES ALCOOLS
JONES GEOFFREY MAECI-DFAIT
HOUCINE GHALI B.I.A.T
SOFIANE GHALI FSEG TUNIS
MOHAMED GHAMMAM HOTEL CHICH KHAN HAMMAMET
NAIMA GHAMMAM HOTEL CHICH KHAN HAMMAMET
MOHSEN GHANDRI B.I.A.T
LAROUSSI GHANNOUCHI CABINET GHANNOUCHI
MOHAMED GHANNOUCHI PREMIER MINISTRE
HANENE GHARBI I.A.C.E
HAYKEL GHAZOUANI I.A.C.E
SAMIR GHAZOUANI I.S.C.A.E
TAHAR GHENIMA STE DES CIMENTS D'ENFIDA
BELHASSEN GHERAB SOTUINTEX
ABDERRAZAK GHORBAL B.I.A.T
HABIB GHORBEL I.A.C.E
NACEUR GNICHI SOSTEM
MOHAMED GOAIED IHEC
JAMEL GOUBANTINI DELEGATION COMMISSION EUROPEENNE
HICHEM GOUIA T.A.P
MARTI GRAU I SEGU I.M.E.D BARCELONE
GUEDDOUCH
HOCINE E A.S.I.J ALGERIE
MUSTAPHA GUELLOUZ O.E.P.N.A
SID ALI GUERROUMI A.S.I.J ALGERIE
HEDI HABIBI B.I.A.T
MOUFIDA HACHANI CNBC
MOHSEN HACHICHA G.M.H
SLIM HACHICHA K. DAMMAK SHIPPING COMPANY
SOUHAIL HACHICHA RANDA
BECHIR HADDAD JOURNAL EL BAYANE
MOHAMED HADDAR F.S.E.G.TUNIS
ABDELMEJID HAFAIEDH AON-SOCARGEST
ISSAM HAJ KACEM B.I.A.T

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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MOHAMED HAJ TAIEB EL INTILAKA
RIDHA HAJERI A.F.A.Q
NOUREDDINE HAJJI A.M.C ERNST & YOUNG
RIDHA HAJRI A.F.AQ
ABDELLATIF HAMAM PREMIER MINSTERE
SLAHEDDINE HAMDI P.M.I
YOUSSEF HAMDI O.T.C
REDHA HAMIANI FORUM DES CHEFS D'ENTREPRISES ALGERIE
HABIB HAMMAMI S.O.T.U.M.A.B
KHALED HAMMAMI CHAMBRE DE COMMERCE EL OUED
ABDELKADER HAMROUNI LES COMPTOIRS SFAXIENS
MUSTAPHA HAMROUNI SOTACIB
JAMILA HAMZA B.C.T
RIDHA HANBLI S.T.S BEJA
SIHEM HANDOUS BANQUE DU SUD
WAHID HARIZ B.I.A.T
BECHIR MOKTHAR HASSEN MATEL-MAURITANIE
JAMELEDDINE HASSEN UTICA
MAJDI HASSEN I.A.C.E
HABIB HASSINE C.N.S.T.N
ABDELLAH HAYOUN TECSULT INC.
JOMAA HEDFI S.R.T.JENDOUBA
CHAKER HEDI B.I.A.T
HANENE HENCHIRI I.A.C.E
HAMADI HENTATI STE MIRMAR
WAHID HENTATI LUXEL
ALI HICHRI DELEGUE HAMMAM SOUSSE
AHMED HIKAZI EL IKTISAD EL ARABI
ABDOU HOCINI A.S.I.J ALGERIE
MOHAMED HOUICHI AVOCAT
FETHI HOUIDI TUNISIANA
KEITH HOWELLS CENTURION/ECUMED INTERNATIONAL
TAREK HSSINE TUNISIANA
ABDELMADGID IRAQI CGEM MAROC
MUSTAPHA JABEUR SORETRAS
M HAMED JAIBI LA PRESSE
MOHAMED JAMOUSSI SANCELLA
MOHAMED JAMOUSSI SILEX
BECHIR JAOUADI I.E.Q
MOHAMED JARRAYA ALPHA -AUDIT
MONCEF JARRAYA STAFIM PEUGEOT
MOHAMED JEGUIRIM B.I.A.T
LASAAD JELJELI TUNISIANA

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Les Journées de l’entreprise 2003
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SALAH JEMMALI GOUVERNERAT DE SOUSSE
MONGI JLAIEL S.N.C.P.A.
MONIA JOBBI C.N.B.C
RAAFAT JOMNI TV 7
NOURI JOUINI MINISTRE DU DEVPT ET DE LA COOP. INTERNATIONALE
MED SALAH JRAD S.T.B
MOHAMED KAANICHE U.B.C.I
AHMED KACEM A.T.B
KHALED KACEM I.A.C.E TECHNIQUE
ABDESSELEM KALLEL KALLEL & ASSOCIATES
JAMEL KALLEL B.I.A.T
MAHER KALLEL POULINA
SAMI KALLEL KALLEL & ASSOCIATES
HASSEN KANOUN B.I.A.T
SLAH KANOUN S.T.B
HATEM KAROUI TUNISIANA
LASSAD KARRAY HENKEL EXTRA COLLE
RIM KASSOUS A.T.L
FAYZA KEFI
HALLOUMA KHADDOUMA S.T.B
LEYLA KHAIAT PLASTISS/SOCOTEX
LOTFI KHAIAT PLASTISS/SOCOTEX
YASSINE KHALDI RADIO NATIONALE
SALAMI KHALED SIVO
RAOUF KHALFALLAH OBSERVATEUR
ALI KHALIFA O.M.M.P
MBAREK KHAMASSI B.ASSIS AUX ENTRE
MOURAD KHAMMAR TUNISIANA
ZOUHEIR KHARRAT G.M.C
JAAFAR KHATTECHE A.T.B
JALEL KHAZNAJI O.T.C
AFIF KHEFACHA S.T.I.A
KHEDIJA KHELIFI I.A.C.E
ABDELWAHEB KLILA TUNISIE ECONOMIQUE
MOHAMED KOCHK JOURNAL EL MOUSSAOUER
ALI KOOLI U.I.B
HECHEMI HABIB KOOLI CETTI SOFITEX
RIADH KOOLI V.I.P
MONCEF KSENTINI B.I.A.T
JAMEL KSIBI M.T.T
KHALED LAADHERI TUNISAIR
MOKHTAR LAATIRI PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE
ABDERRAZAK LAHIANI B.I.A.T

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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RIDHA LAHMAR REALITES
ABDELKRIM LAHOUIMLI CNBC
LIES LAHYANI TUNISIANA
FAYCEL LAKHOUA I.A.C.E
FOUED LAKHOUA COTUSAL
BADIS LAMINE T.M.I
JACQUES LANXADE FONDATION MEDITERRANEENNE D ETUDES STRATEGIQUES
SANDRA L. LE BLANC BIG SKY ENERGY Canada
ABDERAHMAN LIMAM GOUVERNEUR DE SOUSSE
MED LASSAAD LOUATI B.C.T
NOUREDDINE LOUATI B.I.A.T
LUBOCHINSK
CATHERINE Y CERCLE DES ECONOMISTES Français
ABDELAZIZ MAAOUI AMBASSADEUR D'ALGERIE
SLAH MAATOUG B.I.A.T
ISMAIL MABROUK SOTUCHOC
MED ALI MABROUK MONOPRIX
MED ALI MABROUK MONOPRIX
NAIM MALIK NTG CLARITY NETWORKS
SLAHEDDINE MALOUCH A.R.R.U
CHOKRI MAMOGHLI E.S.S.E.C TUNIS
HABIB MANI MAIRE HAMMAM SOUSSE
ABDESSALEM MANSOUR F.I.P.A
FAYCAL MANSOURI I.S.G SOUSSE
RAFAEL MARTINEZ ESPANA
SERGIO MARTINS STE DES CIMENTS DE GABES
MICHEL MASINI ZENON ENVIRONMENTAL INC.
MOHAMED M'BAREK SHELL DE TUNISIE
SLAHEDDINE M'BAREK B.N.A
IAN MC INTOSH PETRO CANADA
LILIA MEDDEB U.I.B
MOHIEDDINE MEDDEH B.I.A.T
KHALED MEHIRI AMARIS MASAI SOURCING
MABROUK MEJRI MIN DU DEV ET DE LA COOP INTER
MEHREZ MEJRI EL HORRIA
JAMILA MEKNI AFRIQUE ASSISTANCE
HELA MENYAOUI RADIO MONASTIR
FETHI MERDASSI MINISTRE DE L'INDUSTRIE ET DE L'ENERGIE
BRIAN MERGELAS THE PRESSURE PIPE INSPECTION COMPANY
FETHI MESTIRI TUNISIE LEASING
NEJI MHIRI MEUBLATEX
SAMIR M'HIRI MARBRERIE DE L'OUEST
NAJIB MOALLA B.I.A.T

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Les Journées de l’entreprise 2003
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LEITH MOKADDEM TUNISIANA
NORBERT MUHLENBACH P.M.I
CHEKIB M'ZAH P.C.T
LAASSAD M'ZAH S.N.B
HASSEN MZALI E.S.C.TUNIS
ABDERRAZAK MZIOU S.R.T KAIROUAN
AHMED NAIJA B.T.S
AMOR NAJII BANQUE DE L'HABITAT
ABDELALIM NAOUARA GROUPE MANAR
MANSOUR NASRI M.A.E
IMED NEDRI JOURNAL ESSABAH
CHEKIB NOUIRA PRESIDENT I.A.C.E
HUGH O'DONNELL CANADIAN COMMERCIAL CORPORATION
ABDELHAMID OMRANE U.B.C.I
ZAHAG OTHMAN A.T.B
SLIM OTHMANI CARE-ALGERIE
MOUNIR OUALI F.I.P.A
ABDESSATTAR OUNAIES MARSH TUNISIA
FAOUZIA OUNIS B.N.A
CHRISTIAN PEHUET CREDIT LYONNAIS
MARCO PELLIZZARI CARTA ISNARDO SPA -ITALIA
MARC PIERINI AMBASSADEUR DE LA COMMISSIO N EUROPEENNE
ANDRE L. POTVIN AMBASSADE DU CANADA
SERGE PREVOT S.T.A.F.I.M PEUGEOT
SALWA RAOUTBI C.O.F.A.T
JEAN LOUIS REIFFERS I.M MARSEILLE
MOHAMED SALAH REJEB I.S.G TUNIS
ANISSA REKIK B.I.A.T
MOHAMED REKIK MEDIGRAIN
GIL REMILLARD ANCIEN MINISTRE QUEBEC
BRAHIM RIAHI ASSURANCES B.I.A.T
MOHAMED RIAHI BANQUE DE L'HABITAT
BEN MOSBAH RIDHA B.M.N
JEAN PIERRE ROELAND TUNISIANA
MAHMOUD ROMDHANE STEG
HEDI SAADAOUI B.I.A.T
BEN MAMI SADOK LA TUNISIE ECONOMIQUE
MONGI SAFRA MINISTRE CONSEILLER
SALAH SAIBI AIR LIQUIDE TUNISIE
BRAHIM SAIDANI STE L'APPETISSANTE
MOEZ SAKKOUHI CNBC
MOHSEN SALHI I.A.C.E
RAMZI SANDI SANOFI SYNTHELABO TUNISIE

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L’entreprise et le Partenariat Euro – Méditerranéen

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FATEN SAOUDI ETUDIANTE
IBTISSEM SAOUDI ETUDIANTE
SANA SAOUDI ETUDIANTE
GIOVANNA SARCELLINI LA SAPIENZA UNIVERSITY
MARIO SARCINELLI LA SAPIENZA UNIVERSITY
YAHIA SASSI S.N.T.R.I
AHMED SELLAMI MATEX
CHEDLY SELLAMI N.P.I
FAYCAL SELLAMI SELLAMI SERVICES
HEDI SELLAMI TUNISIE CABLES
IZDIHAR SELLAMI B.I.A.T
KAIS SELLAMI DISCOVERY INFORMATIQUE
KHALED SELLAMI C.B.M-M.B.S
BOUBAKER SGHAIER OBSERVATEUR
HASSINE SGHARI B.I.A.T
JACQUES SIMARD AMBASSADEUR DU CANADA
ALI SLAMA ETABLISSEMENTS SLAMA FRERES
FAOUZI SMAOUI TUNIS RE
MOKHTAR SMAOUI G.C.T
FAOUZI SNOUSSI LA REVUE L'EXPERT
SAIDA SOMEUR TUNISIE VOYAGES
NABL SOUHEIL TUNISIE RECOUVREMENT
SALAH SOUKI C.I.L
TAHAR SOULA TUNISIANA
LAZHAR STA MAGHREB TRANSPORT
NASREDDINE STAALI AFRIQUE ECONOMIE
JEFFREY G. SUNDQUIST EDUCATION INTERNATIONALE ET PERMANENTE
IMED TAKTAK I.T CONSULTANTS-FIRST
ZOUHAIER TAMBOURA A.T.L
CHERIF TAYEB A.S.I.J ALGERIE
GIORGIO TELLINI S.A.C.E
EL HACHEMI TERFIA A.S.I.J ALGERIE
MOHAMED TLILI B.I.A.T
ABDERRAHMEN TOUHAMI PLATRES TUNISIENS
CHAMAM TOUHAMI GROUPE CHAMAM
HABIB TOUNSI S.E.C.A
MONCEF TOURKI V.E.T.I
ABDELWAHED TRABELSI I.S.G TUNIS
BECHIR TRABELSI BANQUE DU SUD
FATMA TRAD RADIO MONASTIR
AHMED TRIFI REVELON
BORHANE TRIFI REVELON
MOHAMED TRIKI ESC SFAX

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Les Journées de l’entreprise 2003
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CATHERINE VANEK CVS INC.
ARISTOMENE VARODAKIS BANQUE MONDIALE
JEAN MAURICE VERBOIS MISSION ECONOMIQUE/ AMBASSADE DE FRANCE
DIMITRI XYLINAS TOTAL TUNISIE
CHAKIB YAICHE NOVAPRINT
NOUREDDINE YAICHE B.I.A.T
IMED YAZIDI T.M.I
TAIEB YOUSSEFI PREMIER MINISTERE
TAEIB ZAHAR REALITES
MANSOUR ZAKHAMA MINSTERE DE L'INDUSTRIE ET DE L'ENERGIE
MED HEDI ZAKHAMA C.P.S.C.L
MOUNIR ZALILA A.P.I
HEDI ZAR B.N.A
HASSEN ZARGOUNI SIGMA CONSEIL
YADH ZARGOUNI STE L'APPETISSANTE
SLIM ZARROUK PLASTEC
LILIA ZEGHAL COGITEL
MED EL HADI ZEGHAL COGITEL
SLIM ZEGHAL CERES CONSEIL
NACEUR ZEHRI SECADENORD
MONDHER ZENAIDI MINISTRE DU TOURISME DU COMMERCE ET DE L'ARTISANAT
MED FADHEL ZERELLI EL FOULADH
LEILA ZERHOUNI A.S.I.J ALGERIE
LYNDA ZERROUKI A.S.I.J ALGERIE
MEHDI ZERZERI SETCAR
MOHAMED ZERZERI AFRIQUE ECONOMIE
RIADH ZERZERI AFRIQUE ECONOMIE
HICHEM ZGHAL TUNISIE LEASING
ADNENE ZGHIDI BDO AFRICAUDIT
ZINE EL
FAYCAL ABIDINE S.T.B
CHAHIR ZLAOUI N.A.I.B
STEPHANO ZOCETTO C&I
SALAH ZOGHLAMI I.A.C.E
ELYES ZORMATI G.A.T
ABDERRAZAK ZOUARI I.H.E.C
HAFEDH ZOUARI ETS ZOUARI ET CIE
MOHAMED ZOUARI S.M.C
KHALED ZRIBI C.G.F

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