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Granulats

Sables, graviers et concassés de carrières


par Claude TOURENQ
Docteur en Géologie
Maître de conférences à l’École Nationale des Ponts et Chaussées
Chef de la Division Géologie de l’Ingénieur au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées

1. Granulats naturels ................................................................................... C 902 - 3


1.1 Origine des roches....................................................................................... — 3
1.2 Minéraux ...................................................................................................... — 3
1.3 Roches massives ......................................................................................... — 4
1.4 Minerais........................................................................................................ — 5
1.5 Roches meubles........................................................................................... — 5
1.6 Répartition des ressources en France........................................................ — 6
1.7 Recherche et connaissance des gisements ............................................... — 6
2. Granulats artificiels................................................................................. — 7
3. Exploitation des gisements................................................................... — 7
3.1 Extraction ..................................................................................................... — 7
3.2 Élaboration des granulats ........................................................................... — 8
3.3 Carrières et environnement ........................................................................ — 8
4. Utilisation des granulats........................................................................ — 9
4.1 Utilisations courantes.................................................................................. — 9
4.2 Utilisations particulières ............................................................................. — 10
5. Marché des granulats ............................................................................. — 12
Pour en savoir plus........................................................................................... Doc. C 902

O n appelle granulat un ensemble de grains d’origine minérale, de dimensions


comprises entre 0 et 80 mm, provenant de roches meubles, massives, de minerais
ou de leurs transformations thermiques et de sous-produits de l’industrie.
Le tableau A donne une idée plus précise de cette définition.
Le domaine d’application des granulats peut aider à leur définition :
— utilisés liés avec du ciment ou du bitume, ils représentent 80 à 90 % des
mortiers et bétons hydrauliques destinés au bâtiment et ouvrages d’art, mais
aussi des enrobés et graves traitées destinés aux assises de chaussées et des
voies ferroviaires ;
— utilisés non liés, ils représentent 100 % des drains, des filtres et de certaines
assises.
Pour certains auteurs il faut y ajouter les matériaux extraits de roches massives
ou meubles et mis en œuvre tels quels (tout-venant) pour faire des remblais,
5 - 1989

par exemple. En fait, ces matériaux représentent le domaine distinct des ter-
rassements avec ses aspects particuliers : extractions, traitements en général en
place, compactage, stabilité, méthodes d’études particulières, etc.
Ce qui va distinguer le granulat du tout-venant, c’est l’aspect préparation
après extraction qui en fait un produit industriel répondant à des critères
dimensionnels, physico-mécaniques et chimiques très stricts : (0)
C 902

Extraction
Extraction + Élaboration
Tout-venant
Granulats  Mise en œuvre

(0)

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GRANULATS __________________________________________________________________________________________________________________________

Tableau A – Origine des principaux granulats utilisés


Transformations
Roches d’origine Usages
concassage
aucune thermiques
criblage

Argiles Argiles
expansées
Limons
 Mortiers
Sables Verres expansés 
Fines  Bétons hydrauliques
Tout-venant 
Graviers Sables   Graves traitées ou non
Gravillons  (1) 
Pouzzolanes Cailloux   Enrobés
Ballasts  
Roches massives Schistes expansés  Enduits. Clous

Minerais Barytine Laitiers  Ballasts
 Filtres
Autres origines :
Fines, sables, 
démolition de bâtiments
gravillons, etc.  Drains
et de chaussées
(1) Ces granulats représentent plus de 90 % de la production.

(0)
Tableau B – Définition des différents types de granulats
Fines ................................................. 0/D avec D  0,080 mm
Sables ............................................... 0/D avec D  6,3 mm
Gravillons ......................................... d/D avec d  1 mm et D  31,5 mm
Cailloux ............................................ d/D avec d  20 mm et D  80 mm
Graves .............................................. 0/D avec 6,3 < D  80 mm
Ballasts .............................................. d/D concassé avec d  25 mm et D  50 mm

Il ne sera traité dans cet article que des granulats au sens le plus restrictif du
terme, c’est-à-dire de matériaux qui ont subi une préparation.
Les granulats sont classés suivant leur granularité, qui est la distribution
dimensionnelle de leurs grains, ce qui conduit aux appellations normalisées du
tableau B où D et d représentent respectivement la plus grande et la plus petite
dimension du granulat avec des conditions de refus à D et de tamisat à d
comprises entre 1 et 15 %.
Les granulats sont dits naturels lorsqu’ils sont extraits de leur site géologique
d’origine et artificiels dans les autres cas ; ils sont dits légers lorsque leur
masse volumique réelle ρr est inférieure à 2 g/cm3, courants si ρr est comprise
entre 2 et 3 g/cm3 et lourds au-delà de 3 g/cm3.
Avec 300 millions de tonnes extraites annuellement du sol, les granulats sont
la deuxième substance produite en France après l’eau.
Il s’agit là d’un chiffre moyen et assez stable couvrant les quinze dernières
années. Cela représente 6 t/an par habitant, ce qui est caractéristique des pays
industrialisés dans le monde.
Cette production, répartie sur plus de 3 000 points d’extraction, regroupés en
2 500 entreprises, occupe 18 000 personnes et représente un chiffre d’affaires
d’environ 10 milliards de francs.
Après l’extraction des sables et graviers alluvionnaires (sablières, gravières,
ballastières) et l’abattage à l’explosif des roches massives comme les granites,
les calcaires, etc. (carrières), le tout-venant est criblé, ou criblé et concassé pour
constituer les granulats.

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1. Granulats naturels La notion d’intermédiaire est omniprésente en géologie :


— entre les compositions chimiques extrêmes des magmas, tous
les termes de passage existent, conduisant à des compositions miné-
1.1 Origine des roches ralogiques variées :
granites → granodiorites → diorites → gabbrodiorites → gabbros
L’homme exerce ses activités sur la partie solide la plus superfi-
cielle de l’écorce terrestre. Mis à part les rares surfaces où la roche — entre les modes de dépôts, d’alimentation et de cimentation
saine affleure, il rencontre toujours dans la nature la même succes- des roches sédimentaires, tous les intermédiaires existent :
sion verticale : terre arable en surface, sur une profondeur de 0 à 1 m,
zone altérée meuble en dessous, de 0 à 30 m, et roches saines en calcaires → calcaires dolomitiques → dolomies
profondeur qui peuvent être meubles (argiles, sables, etc.) ou mas- calcaires → calcaires gréseux → grès → quartzites
sives (calcaires, granites, etc.) (figure 1).
calcaires → calcaires argileux → marnes → argiles
Cette distinction entre roches meubles et massives est impor-
tante sur le plan technologique, mais elle ne coïncide pas avec leur — ainsi qu’entre les modes de transformation des roches méta-
genèse. morphiques :
À l’origine du globe terrestre, qui se chiffre en milliards d’années,
il s’est formé, par refroidissement en surface du magma en fusion, sables argileux → schistes → schistes tachetés → cornéennes
des silicoaluminates de potassium, sodium, calcium, magnésium et Toutes ces roches sont soumises aux altérations météoriques et
fer (pour ne citer que les principaux). Coordonnés par l’oxygène, qui alimentent la formation des sédiments, elles peuvent être soumises
représente en volume 98 % de cette matière, ces éléments s’asso- à l’action du métamorphisme. Cela montre toute la complexité de
cient pour constituer les minéraux. l’origine des roches qui ne peut être que schématisée dans le cadre
Selon la composition chimique des magmas d’origine, il s’est de cet article (figure 2).
formé des associations minéralogiques différentes, que l’on appelle Si l’on ajoute à cela les perturbations mécaniques dues aux
roches magmatiques, et qui peuvent être schématisées par les deux déformations de l’écorce terrestre (plissements, fissurations ou
extrêmes que sont les granites riches en silice, K et Na, et les gabbros, diaclases, failles), on comprendra qu’il est en général difficile de
plus pauvres en silice et plus riches en Ca, Fe et Mg. définir la géométrie d’un gisement sans le secours de la géologie.
En général, ces roches sont massives, sauf le cas de certaines pro-
jections volcaniques (cendres, pouzzolanes, etc.) qui sont parfois
meubles.
L’apparition de l’eau et d’événements climatiques semblables à
1.2 Minéraux
ceux qui existent actuellement a entraîné une évolution de surface
de ces roches (ou altération) : dissolution, désagrégation, transport Ce sont les constituants des roches ; ils conditionnent donc, dans
et dépôt (ou sédimentation) dans les lits des rivières, les lacs, les une large mesure, leurs propriétés.
mers de sables, graviers, argiles, vases et boues riches en calcium.
D’autres minéraux se forment dans ces nouvelles conditions : Le quartz (SiO2) est le minéral le plus fréquent, en particulier dans
argiles, carbonates comme la calcite ou la dolomite, etc. les sables marins et alluvionnaires, dans les grès, les quartzites et
les schistes.
Le développement de la vie végétale (1 milliard d’années ?) intro-
duit la sédimentation d’un élément nouveau, le carbone, qui est à Il est inaltérable, dur et résistant.
l’origine des charbons et pétroles. Il pose des problèmes d’adhésivité avec les liants hydrocarbonés
Ces roches sédimentaires meubles peuvent se consolider par que l’on sait résoudre par dopage des surfaces. Il peut conduire à
précipitation chimique de la silice et du calcium, et parfois du des inconvénients à terme (5 à 30 ans suivant le climat) lorsqu’il pré-
magnésium dissous, et donner les grès, calcaires, dolomies, etc. sente une grande surface spécifique ou que son réseau cristallin a
été déformé : dans les milieux basiques des bétons hydrauliques,
La transformation de ces roches magmatiques et sédimentaires il participera au développement de gels gonflants (phénomènes de
sous l’action de contraintes σ et de températures θ élevées conduit réactions alcalis-silice).
aux roches métamorphiques. Elles sont caractérisées par un feuil-
letage ou une schistosité dus aux contraintes orientées (schistes,
ardoises, etc.) et par une recristallisation due à ces deux facteurs
(σ, θ ) (micaschistes, gneiss). Il peut y avoir schistosité sans recristal-
lisation, comme pour les ardoises, ou recristallisation sans feuil-
letage (cornéennes).

Figure 1 – Coupe classique des cinquante premiers mètres Figure 2 – Transformations des roches
de l’écorce terrestre

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C’est un minéral dur, donc favorable pour maintenir la rugosité La pyrite (FeS2), parfois présente dans certaines roches méta-
de surface des chaussées, favorable comme agent abrasif, mais morphiques et alluvionnaires, est un minéral instable : oxydation
qui, en contrepartie, usera rapidement les engins de terrassement, facile laissant des traînées de rouille sur les façades en bétons,
d’extraction, de foration, de criblage et de concassage. formation d’ettringite gonflante avec les ciments, attaque acide des
Les feldspaths (silicates d’alumine avec K, Na et Ca) sont sur- parties métalliques des ouvrages.
tout abondants dans les roches magmatiques et métamorphiques. Sur le plan mécanique, les minéraux peuvent être classés en
Lorsqu’ils ne sont pas altérés, ou qu’ils ont subi une altération trois groupes :
hydrothermale, ils ne posent pas de problèmes particuliers. Par — durs et résistants : quartz et silicates de métamorphisme ;
contre, l’altération météorique a pu détruire en partie leur réseau — résistants et moyennement durs : feldspaths et silicates
cristallin, avec un développement d’argiles plus ou moins nocives ferromagnésiens ;
susceptibles de polluer les sables de concassage ou la surface des — tendres et moyennement résistants : carbonates et micas.
gravillons et de nuire à l’adhésivité des liants.
On verra dans le tableau 1 les répercussions que cela entraîne
Les micas (silicates d’alumine avec Mg et K), présents dans la plu- sur les propriétés des roches.
part des roches magmatiques et métamorphiques, ont une forme
lamellaire et sont très tendres. Ils sont gênants par leur forme et leur
faible cohésion interfoliaire peu favorable à l’adhésion des liants.
Mais ce n’est qu’au-delà de 10 % qu’ils sont néfastes, et s’ils sont 1.3 Roches massives
de grande taille (millimétrique).
Les argiles, très proches des micas, s’en distinguent par leur
petite taille (micrométrique) et leur aptitude à fixer de l’eau. Ce sont des assemblages de minéraux ; elles ont donc, en géné-
ral, des propriétés en partie liées à celles des minéraux. Mais
On les trouve dans toutes les roches sédimentaires et leur pré- l’assemblage est rarement parfait du fait de la présence de vides.
sence est surtout gênante dans les sables, où elles entraînent des
diminutions de résistance en présence de liants hydrauliques et Ces vides sont parfois grossièrement sphériques (pores) et dus
une sensibilité à l’eau, à long terme, avec les liants hydrocarbonés. au dégazage des roches magmatiques (basaltes vacuolaires, pouz-
À la surface des plus gros éléments, elles font écran vis-à-vis de zolanes) ou à une cimentation incomplète des roches sédimentaires
tous les liants. Dans le cas d’utilisation sans liants, elles favorisent (grès, calcaires poreux). Ils se présentent parfois sous forme de
les déformations. fissures très fines dues à des contraintes d’origine thermique ou
mécanique et peuvent, dans ce cas, affecter toutes les roches. Pores
Les autres silicates, surtout présents dans les roches magma- et fissures conduisent à des diminutions de résistance, de même
tiques et métamorphiques, sont très stables (silicates de métamor- lorsque les cristaux deviennent plus gros (millimétriques ou plus).
phisme) ou ont un rôle peu connu (pyroxènes, amphiboles, péridots).
Il est évident que leur état d’altération météorique, comme pour les Une autre particularité est aussi défavorable vis-à-vis de la résis-
feldspaths, est le point le plus important. tance et surtout de la production d’éléments plats au concassage :
c’est l’anisotropie de la roche due à une orientation privilégiée de
Les carbonates, parmi lesquels la calcite (CaCO3) est la plus certains minéraux (micas par exemple) ou à une disposition en lits
commune, sont assez tendres et très stables et s’associent très alternés de minéraux différents.
bien aux liants (liaison épitaxique avec le ciment, par exemple). La
calcite constitue l’essentiel des calcaires, avec une substitution Enfin, l’état d’altération des silicates autres que le quartz
fréquente de Ca par Mg (calcaires magnésiens, calcaires dolomi- entraîne, en général, une diminution de la qualité. Ces tendances
tiques, dolomies) qui conduit à un minéral plus dur et un peu plus sont indiquées dans le tableau 1.
abrasif : la dolomite. Les figures 3 et 4 et le tableau 2 classent les roches massives les
Le gypse (CaSO4 , 2H2O), très tendre et assez soluble dans l’eau, plus exploitées en France en fonction de leur composition minéra-
est présent dans certaines roches sédimentaires de pays secs. Les logique et de leur structure. (0)
réactions qu’il provoque avec les ciments (formation d’ettringite
gonflante) sont à éviter. L’anhydrite (CaSO4) pose les mêmes
problèmes.

Tableau 1 – Influence des caractéristiques des roches sur leurs propriétés


Propriétés

Caractéristiques Résistance
Abrasivité Forme (1)
à la compression à l’usure au polissage au gel
Gros grain moyenne moyenne forte forte bonne
Grain fin forte forte faible moyenne mauvaise
Porosité faible faible forte faible forte bonne
Fissuration moyenne moyenne moyenne moyenne moyenne
Anisotropie moyenne moyenne forte moyenne moyenne mauvaise
Minéraux durs forte forte forte forte moyenne
ou durs et tendres
Minéraux tendres moyenne faible faible faible bonne
Altération faible moyenne forte moyenne forte bonne
(1) On dit que les grains ont une bonne forme lorsqu’ils tendent vers la forme sphérique.
(0)

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Tableau 2 – Roches métamorphiques


Roches dues à l’influence schiste schiste tacheté cornéenne grain fin
de la température

Composition quartz + micas quartz + micas quartz + feldspaths


minéralogique quartz + feldspaths + micas quartz + feldspaths quartz + amphibole
Roches dues à l’influence
de la température gneiss leptynite amphibolite gros grain
et de la pression

Les roches métamorphiques se présentent en bancs d’épaisseur


et d’orientation variables qui peuvent, pour les termes de passage
aux roches magmatiques, s’enraciner en profondeur. Elles sont
aussi parcourues de diaclases.

1.4 Minerais
Il s’agit de concentrations particulières d’un ou plusieurs
éléments chimiques. L’origine est hydrothermale ou sédimentaire
et, pratiquement, tous les éléments existent ainsi concentrés dans
la nature, soit à l’état natif (or, cuivre, par exemple), soit sous
forme d’oxydes, de sulfures, etc.
Ne sont utilisés comme granulats que les plus denses
( ρ r > 4 g/cm 3 ) et les plus courants : oxydes de fer (hématite,
Figure 3 – Roches magmatiques magnétite), sulfate de baryum (barytine).

1.5 Roches meubles

Elles sont constituées de fragments de roches massives décrites


ci-avant, sauf pour les plus petits éléments (< 1 mm) qui sont souvent
monocristallins (quartz, feldspaths).
Les seules roches meubles d’origine magmatique exploitées en
France sont les pouzzolanes, roches volcanosédimentaires
accumulées lors des éruptions volcaniques (chaîne des Puys, par
exemple), et plus rares, les ponces, terme extrême du dégazage
volcanique, blanches et de masse volumique ρr < 1 g/cm3.
Les pouzzolanes sont constituées d’éléments scoriacés compris
entre 0 et 10 mm formés de verre englobant de rares cristaux de
feldspaths, de silicates ferromagnésiens et de 20 à 50 % de bulles
d’air bien visibles à l’œil nu.
Toutes les autres roches meubles exploitées sont d’origine
sédimentaire ; on peut distinguer :
— les dépôts alluviaux, les plus importants en tonnages extraits
(95 %), exploités dans les lits vifs des rivières (sables et graviers, en
général propres), dans les basses vallées (sables et graviers légè-
Figure 4 – Roches sédimentaires rement pollués par des argiles, c’est la source la plus importante)
et dans les terrasses alluviales, en général plus polluées et contenant
Les gisements de roches magmatiques se présentent sous la souvent des éléments altérés ;
forme de masses importantes enracinées en profondeur (roches — les dépôts alluviaux immergés exploités en mer (sables et
plutoniques), leur extension en surface est en général plus limitée graviers) ;
qu’en profondeur. Les coulées de laves ont une extension en surface — les dépôts laissés par les glaciers ou moraines (argiles,
variable, avec un enracinement assez réduit (roches volcaniques). sables, cailloux et blocs) ;
— les dépôts formés par l’action du gel et de la gravité : éboulis
Ces roches sont toujours parcourues de fissures (diaclases), par-
de pentes (argiles, sables, cailloux et blocs) ;
fois de failles, qui sont des cheminements privilégiés pour l’altéra-
— les dépôts sableux repris par le vent : dunes (sables, sables
tion météorique, source de pollution argileuse.
fins) ;
Les roches sédimentaires massives se présentent toujours en — les formations sableuses déposées en mer : sables, sables
bancs de quelques mètres à quelques dizaines de mètres d’épais- fins.
seur, horizontaux lors de leur dépôt, mais qui ont pu être perturbés
Le quartz est très largement dominant dans ces formations, les
lors des déformations de l’écorce terrestre jusqu’à se trouver
feldspaths sont présents dans les zones amont des rivières, ainsi que
verticaux. Ces déformations et des phénomènes de retrait lors de
la calcite dans les régions où existent en abondance des niveaux
leur passage de l’état meuble à l’état massif font qu’elles sont par-
calcaires.
courues de cassures (diaclases) souvent remplies d’argiles.

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Mis à part les formations marines qui se présentent en couches


régulières et souvent homogènes, tous les autres dépôts sont
hétérogènes en granularité et en épaisseur, et contiennent souvent
des lentilles argileuses de dimensions très variables. L’hétérogénéité
granulaire de ces formations nécessite de connaître ces variations
qui ont une influence sur les modalités de l’extraction.

1.6 Répartition des ressources en France

Il est de tradition, en France, de regrouper les gisements


exploités en trois grandes familles : alluvionnaires, calcaires et
éruptifs + cristallophilliens (ou magmatiques + métamorphiques)
qui correspondent à l’organisation de l’Union nationale des produc-
teurs de granulats (UNPG).
Les tendances de la production par famille de roches et par
département sont données dans la figure 5.

1.7 Recherche et connaissance


des gisements

Avec ses quelque 3 000 points d’extraction, la France est proba-


blement un des pays qui a la plus forte densité d’exploitation au
monde.
Rechercher d’autres gisements peut paraître paradoxal, mais il ne
faut pas oublier les emprises urbaines qui limitent l’extension de
gisements existants qui doivent trouver ailleurs leur survie, l’épui-
sement de certains gisements et le développement des contraintes Figure 5 – Répartition des grandes familles de roches
d’environnement qui conduit à réduire les exploitations dans les lits exploitées comme granulats
des rivières, voire dans les basses vallées alluviales, par exemple.
Les méthodes de recherche et d’étude des gisements sont avant
tout basées sur la connaissance géologique qui seule peut appré- sismiques (réfraction), de mise en œuvre facile (articles Géophysique
hender l’existence, la géométrie et l’extension d’une formation. Dans appliquée en génie civil [C 224] et Diagraphies et géophysique de
cette première phase de reconnaissance, une étude d’échantillons forage [C 225] dans ce traité).
de surface est un guide précieux, de même que la connaissance des
La troisième phase met en œuvre les moyens plus lourds que sont
gisements les plus proches et de type similaire.
les sondages (article Forages et sondages [C 228] dans ce traité).
Les études précises de la topographie (géomorphologie), asso- Dans les roches massives, un sondage carotté permet de servir de
ciées aux photographies aériennes, sont un complément indispen- référence aux sondages destructifs moins onéreux et que l’on pourra
sable surtout pour les gisements alluvionnaires. multiplier plus facilement. Dans les roches meubles, les prélève-
Dans la deuxième phase, une définition plus précise de la géo- ments à la tarière ou avec des pelles de tous types sont plus aisés
métrie du gisement et la connaissance de la qualité des matériaux à effectuer.
nécessitent d’utiliser des méthodes de prospection qui doivent être La dernière phase, en introduisant des sondes de diagraphie
adaptées au problème à résoudre. Ces méthodes permettront de (articles Géophysique appliquée en génie civil [C 224] et Diagraphies
préciser les modalités d’exploitation : découverte, extraction, trans- et géophysique de forage [C 225] ) dans les trous de sondage, permet
ports, préparation des granulats et réaménagements les mieux adap- facilement de mesurer certains paramètres physiques qui ajoutent
tés au gisement et au matériau. On distingue les méthodes une contribution supplémentaire à la connaissance des gisements.
électriques (traînée de résistivité, magnétotellurique artificielle) et Les phases 2, 3 et 4 sont schématisées sur le tableau 3. (0)

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Tableau 3 – Objectifs et possibilités des méthodes de prospection


Méthodes Roches massives Roches meubles

Prospection électrique Épaisseur de la découverte Épaisseur de la découverte


(zones faillées)
Phase 2

Traînée de résistivité Méthode plus précise Méthode plus précise


Magnétotellurique artificielle Épaisseur de la découverte Épaisseur de la découverte si le substratum est
Sismique réfraction massif
Ces méthodes rapides servent à implanter judicieusement les sondages.
Sondages carottés Épaisseur ponctuelle de la découverte
Sondages destructifs Calage pour les sondages destructifs
(vitesse de foration) Qualité du matériau, essais sur éclats
Phase 3

Épaisseur ponctuelle de la découverte


et du gisement, qualité du matériau,
granularité (1)
Tarière
Pelle hydraulique pour les alluvions cartes topographiques précises : surface du sol,
toit matériau exploitable et isopaques
de la découverte, toit substratum et isopaques
du matériau exploitable
Phase 4

Diagraphies : Précisions sur la structure des gisements Pollution argileuse


radioactivité naturelle, résistivité et structure des gisements

(1) La connaissance des variations de granularités dans l’espace est fondamentale pour les roches meubles car elle conditionne les modalités de l’extraction si
l’on veut obtenir une granularité homogène.

2. Granulats artificiels etc.) et nécessitent des traitements particuliers et un contrôle plus


poussé des granulats produits. Les enrobés ne sont retraités que
pour être régénérés.
À côté des granulats naturels issus des roches, et qui repré- Ces matériaux représentent, en 1988, environ 3 millions de tonnes.
sentent l’essentiel de la production, il existe d’autres granulats qui
proviennent de la transformation thermique de roches, de copro-
duits, de déchets ou d’anciens ouvrages.
D’origine artificielle, les matériaux expansés par action thermique 3. Exploitation des gisements
d’argiles, schistes, laitiers, cendres volantes et verres ne corres-
pondent qu’à une très modeste production en France. Leur masse 3.1 Extraction
volumique ρr < 1 g/cm3 les rend intéressants pour les bétons légers
(article Variétés de bétons et constituants [C 2 210] dans ce traité),
L’objectif principal est d’amener dans l’usine de préparation la
mais en contrepartie leur forte porosité entraîne souvent une
plus forte proportion possible de matériaux sains.
absorption d’eau (10 à 15 %) dont il faut toujours tenir compte pour
cet usage. Pour les gisements meubles hors d’eau, il faut enlever la partie
superficielle ou découverte, réserver les terres arables et éliminer
Le traitement thermique de minerais d’aluminium (bauxite)
les parties altérées. Cela s’effectue avec une décapeuse automotrice
conduit à la fabrication de bauxite calcinée (1 600 oC) utilisée comme
qui peut en assurer le transport sur 1 km environ, ou avec une pelle
granulat antidérapant. Au-delà de 2 000 oC, il se forme du corindon
associée à des tombereaux (article Terrassements Matériels et
(alumine Al2O3) donnant des granulats très durs et abrasifs.
exécution [C 5 360] dans ce traité).
Les laitiers sont essentiellement des coproduits de la fabrication
Si le gisement est immergé, l’extraction se fera à l’aide d’une
de la fonte et des aciers. Ces produits, refroidis en fosse, donnent
drague à godets, à grapins ou d’une drague suceuse. Ce dernier
une roche plus ou moins vacuolaire formée de silicates d’alumine
dispositif est le plus efficace pour les gisements en mer.
calciques voisins des feldspaths. Les sous-produits d’aciéries sont
en général plus denses et plus résistants, mais présentent un risque Les mêmes matériels servent pour extraire la partie saine du
de présence de chaux instable lorsque le produit élaboré est récent. matériau.
Les laitiers concassés ont les mêmes usages que les granulats Le choix de plusieurs points d’extractions simultanés est impor-
naturels. tant pour obtenir la granularité désirée par mélange.
Le laitier granulé refroidi en présence d’eau doit plus être Le transport se fait en général par bandes transporteuses.
considéré comme un liant hydraulique que comme un granulat. Pour les roches massives, la découverte est éliminée à l’aide
Le concassage d’anciennes chaussées en bétons, en enrobés, ou d’une pelle hydraulique.
de friches industrielles (bâtiments, essentiellement) conduit à des Ici, l’abattage à l’explosif (article Utilisation des explosifs dans le
granulats dont l’utilisation se développe progressivement. L’emploi génie civil [C 5 420] dans le traité Construction) est nécessaire pour
de bétons concassés non pollués pour faire un autre béton ne pose fragmenter au maximum le matériau et éviter les trop gros blocs
pas de problème. Les friches industrielles sont beaucoup plus qui ne pourraient être admis directement dans le premier
hétérogènes (mélange de bétons, terres cuites, céramiques, plâtres, concasseur (ou débiteur).

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Après foration, suivant un schéma adapté à la structure du Le concassage (articles Fragmentation [A 5 050] [A5 060]
gisement, mise en place de l’explosif et utilisation de microretards [A 5 070] [A 5 080] dans le traité Génie des procédés), obligatoire
pour limiter les ébranlements (nuisance pour l’environnement), le pour les roches massives, n’interviendra pour les alluvions que pour
matériau est réduit en un 0/2 000 mm par abattage de 10 000 à corriger la granularité ou pour utiliser les éléments supérieurs à
50 000 t. Repris à la pelle à câble ou hydraulique, ou à l’aide d’une 40 mm et en faire des granulats pour assises de chaussées qui
chargeuse à pneus, il est déversé sur le premier élément de la chaîne exigent une certaine proportion de concassés.
d’élaboration (grille de scalpage ou débiteur). Le rôle du concassage est de réduire les dimensions des éléments
pour obtenir la granularité souhaitée et, accessoirement, pour amé-
liorer leur forme.
3.2 Élaboration des granulats Les concasseurs sont basés sur trois principes :
— rupture par écrasement entre deux pièces métalliques, dont
l’une est mobile par translation (mâchoires) ou par rotation
Après abattage ou extraction, le tout-venant va subir trois types (giratoires) ;
de transformations : le criblage, le concassage et le lavage. — rupture par chocs contre des pièces mobiles en rotation
Le criblage (article spécialisé [J 3 100] dans le traité Génie des (marteaux, percussions, soles tournantes) ;
procédés) est commun à toutes les installations quel que soit le — rupture sous l’action de charges libres (boulets, barres).
type de roche exploitée. Cette fonction de classement est fonda- La granularité produite par un concasseur dépend :
mentale puisqu’elle va devenir les produits marchands tels que : — de la granularité des produits d’entrée ;
fines, sables, gravillons, ballasts et graves et leur dénomination — du débit d’alimentation ;
précise comme : sable 0/2 ou gravillon 6,3/10. — de l’usure des pièces broyantes.
Pour les roches massives, un aspect particulier du criblage est La figure 7 donne un schéma classique d’installation simple. Les
l’élimination de 0/D qui se pratique en amont (grille de scalpage à parties M et C sont caractéristiques des installations de roches
barres parallèles) ou après le débiteur (crible à mailles carrées), ou massives et les parties A, ou A et C, sont communes pour les
les deux dans le but d’éliminer le maximum de produits argileux. alluvions.
Pour les roches meubles, il y a souvent un écrêtage des plus Le couplage concasseur-crible est un ensemble complexe qui se
gros éléments inutilisables tels quels. trouve encore compliqué par d’éventuels recyclages des plus gros
Le criblage se fait, en général, sur des cribles vibrants à une ou éléments. On comprend alors que l’art du carrier n’est pas un vain
plusieurs toiles à mailles carrées. mot, et que les asservissements qui commencent à se développer
Deux pièges sont à éviter dans le criblage : ne sont que le début d’une longue évolution qui conduira un jour
à l’automatisation de ces fonctionnements. Elle seule pourra
— le sous-dimensionnement des cribles (ou la suralimentation),
garantir une meilleure fiabilité des produits.
l’utilisation d’alimentateurs spéciaux permet de limiter ce défaut ;
— l’alimentation par des matériaux pollués (ou à teneur en eau Le lavage, omniprésent dans les gisements de roches alluvion-
élevée pour les plus petites coupures). naires où l’eau ne manque pas, est soit une exception en roche
massive (débourbage en amont du débiteur), soit utilisé pour
Dans les deux cas, la dimension de la coupure diminue et, donc,
débarrasser les gravillons de leurs fines de surface.
n’est plus celle recherchée. Cela se traduit par un produit plus fin
et une plus forte proportion de déclassés à cette dimension. Le lavage des alluvions se fait en partie naturellement par l’extrac-
tion sous eau, mais il permet aussi une classification des sables en
Il faut garder présent à l’esprit que la granularité, et surtout sa
réalisant des séparations, impossibles à effectuer par criblage
constance durant tout un chantier, est la propriété la plus impor-
classique, entre 10 et 150 µm.
tante. Les granularités produites doivent se situer à l’intérieur d’un
fuseau assez étroit pour garantir un niveau de qualité suffisant Les modes de traitements utilisent des courants d’eau entraî-
(figure 6). nant, par gravité, par centrifugation, par courants de surface ou
ascendants, ou par vibrations, la séparation sable-eau polluée.
L’obtention d’une granularité homogène est facilitée par la
séparation en classes granulaires (2 ou 3) qui seront ensuite Les eaux de lavage nécessitent une récupération (bassins de
recomposées. décantation), voire un traitement pour concentrer les boues afin
qu’elles occupent moins de place.
Les fonctions annexes assurent les liaisons entre les appareils,
la mise en stock et l’expédition.
Les flux de matériaux sont assurés par les bandes transporteuses,
les régulations d’alimentation par des alimentateurs doseurs.
La mise en stock (silos, trémies, stocks au sol), souhaitable après
le débiteur pour créer une réserve de fonctionnement, est obliga-
toire pour les produits finis.
Le dépoussiérage se justifie pour des raisons de santé du per-
sonnel, d’environnement et pour éviter les dommages aux matériels.

3.3 Carrières et environnement

Les granulats sont des matériaux dont on ne saurait se passer et


cette notion est trop souvent oubliée du grand public, qui ne ressent
l’impact des carrières qu’à travers les atteintes qu’elles apportent
à l’environnement.
Figure 6 – Exemple de fuseaux de spécifications

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Figure 7 – Schéma d’une installation d’élaboration de granulats

Les granulats sont des matériaux bon marché, et le dévelop-


pement des contraintes au niveau de leur production ne peut 4. Utilisation des granulats
qu’entraîner un renchérissement des produits.
L’exploitation des carrières ne conduit pas à terme, comme beau- 4.1 Utilisations courantes
coup de gens semblent le croire, à une stérilisation d’une surface
qui peut être considérable. Ce n’est qu’un épisode de l’occupation Mis à part les drains, où l’on s’intéresse à une propriété de transfert
du sol qui se conclut, à plus ou moins long terme, par une nouvelle de l’eau à travers les granulats en recherchant un assemblage gra-
affectation dont bénéficie la collectivité : bases de loisirs, espaces nulaire à forte porosité, toutes les autres utilisations tendent au
sportifs, bassins de pêche, terres agricoles, opérations d’urbanisme, contraire à concevoir des assemblages granulaires à faible porosité
bassins d’alimentation en eau, colonisations biotopiques, aména- et donc à forte compacité. Les objectifs recherchés sont ici certaines
gement paysager, stockage contrôlé de déchets. caractéristiques mécaniques : module de déformation élevé pour les
Les actions envisageables sur la réduction des nuisances, asso- granulats non liés et résistance à la traction élevée pour les granulats
ciées aux multiples possibilités de réaménagement, montrent que liés.
la carrière n’a qu’un effet nuisible temporaire et réductible qui, à L’obtention de cette compacité est due à trois facteurs : la granu-
moyen et long termes, sera toujours bénéfique pour la collectivité. larité, le compactage, l’adjonction de liant.

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La granularité conditionne la porosité du mélange. Si tous les La propreté des sables est évaluée par deux essais complémen-
grains avaient la même dimension, on aurait une porosité maximale taires. L’équivalent de sable où le sable est agité dans une éprouvette
de 30 %, s’ils étaient répartis suivant une courbe discontinue, on en présence d’eau et d’un floculant, puis sédimenté avec un
aurait une porosité minimale de 3 %. Mais on ne sait pas les arranger contre-courant ascendant qui rassemble les argiles, mais aussi une
d’une façon optimale et il n’est pas économique de réaliser une telle bonne partie des fines, au-dessus des plus gros éléments. Le rapport
granularité. On va donc se trouver avec des granularités continues hauteur du sable sur hauteur totale donne, en pour-cent, l’équivalent
telles qu’elles existent dans la nature ou telles que les produisent de sable (ES ). Tant que cet essai donne de bons résultats (ES > 60)
les concasseurs qui, en se rapprochant des courbes de Talbot c’est que le sable est propre. Si le résultat est mauvais, cela peut
(figure 8) conduisent, sur le plan pratique, aux plus grandes être dû au piégeage accidentel de fines inertes (calcite, quartz) dans
compacités. le floculant ou à la présence d’un excès d’argiles. Pour le savoir on
Le compactage est obligatoire pour toutes les techniques utili- effectue alors, et seulement si le résultat de l’ES est mauvais, un
sant des graves, traitées ou non, pour les assises de chaussées et essai dit au bleu basé sur l’adsorption de bleu de méthylène qui ne
a pour but d’améliorer la mise en place des éléments, et donc la se fixe que sur les argiles.
compacité. Cette opération s’effectue toujours à teneur en eau opti- Il existe d’autres caractéristiques des granulats qui n’ont
male. À noter qu’une roche trop tendre risque de voir sa granula- d’importance que pour des usages particuliers qui sont précisés
rité évoluer au compactage, ce qui amènerait le mélange vers une dans le tableau 4.
courbe trop sableuse et donc moins dense. Dans ce cas, il faut
savoir choisir une granularité plus grenue (courbe plus creuse)
pour qu’elle soit optimale après compactage.
Pour les bétons hydrauliques, l’obtention, avant prise, d’un
4.2 Utilisations particulières
mélange très plastique rend la phase de compactage moins
importante ; l’utilisation de vibrations a plus pour rôle le remplis- Les granulats lourds sont en général des minerais ou des
sage parfait des coffrages. métaux. Certains minerais sont utilisés pour la fabrication de
L’adjonction de liant vient contribuer à la granularité, mais bétons lourds ou destinés à assurer une protection contre les
surtout apporter au mélange des forces de liaisons intergranulaires rayonnements. La barytine (SO4Ba) et la magnétite (Fe3O4), avec
qui accroissent sa résistance à la traction. des masses volumiques comprises entre 4 et 5 g/cm3, sont le plus
La granularité est donc, dans tous les cas, le paramètre fonda- couramment utilisées. On trouvera une liste non limitative de ces
mental. Elle se détermine après lavage sous eau, par tamisage à granulats dans l’article Structure des réacteurs nucléaires. Bétons
sec, entre 80 µm et 80 mm. En dessous de 80 µm la loi de Stokes spéciaux de protection [B 3 740] du traité Génie nucléaire.
est largement utilisée. Les granulats légers proviennent de l’expansion d’argiles, de
La résistance mécanique des granulats, tant qu’elle reste supé- schistes, de verres et de laitiers, de pouzzolanes et plus rarement
rieure ou égale à celle du composite que l’on réalise, ne joue aucun des laves poreuses que sont les ponces.
rôle, sauf d’entraîner une évolution au compactage, ou si le Les granulats utilisés pour les drains ont des granularités très
composite est soumis à une action mécanique d’usure ou de choc serrées comme les gravillons pour enduits ou les ballasts (figure 3).
(couches de surface des chaussées, ballasts qui nécessitent des Le choix de la granularité dépend de la charge des eaux à drainer,
granulats plus durs). d est supérieur à 10 mm pour une eau chargée en sable et en argiles,
Cette résistance est mesurée par l’essai Los-Angeles (action de d est indifférent pour des eaux non chargées. La résistance
chocs dans un broyeur à boulets) et par l’essai Micro-Deval (usure mécanique n’intervient que si le drain est sollicité ; c’est le cas des
par frottements en présence d’eau). ballasts, par exemple, ou un coefficient Los-Angeles inférieur à 15
(résistance aux chocs) est exigé.
La propreté des sables est aussi un paramètre fondamental.
Les argiles représentent la pollution la plus fréquente, leur pré- Les granulats réfractaires sont représentés par les roches sili-
sence entraîne toujours une diminution de résistance (figure 9) et catées qui résistent en général jusqu’à 1 000 oC ; les basaltes ont le
il est prudent de ne pas dépasser les seuils limites spécifiés pour meilleur comportement dans ce domaine. Au-delà de 1 000 oC il faut
chaque technique. faire appel à des granulats particuliers : corindon (Al2O3) naturel ou
artificiel ou bauxite calcinée à 1 600 oC.
Les granulats anti-usure et en général anti-dérapants sont les
plus riches en quartz : quartzites, certains microgranites et les gra-
nulats artificiels comme le corindon et la bauxite calcinée. (0)
(0)

Figure 8 – Fuseaux et courbes de Talbot


Figure 9 – Variation de la résistance en compression Rc
d’un mortier en fonction de la nature des fines

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Tableau 4 – Importance des propriétés des granulats


en fonction des techniques et limites des valeurs spécifiées
Bétons hydrauliques Graves Bétons bitumineux
Enduits
Propriétés (1) superficiels Ballasts
non liaison
bâtiments chaussées hydrauliques bitume roulement Clous
traitées support
Granularité F F F F F F F F F
Forme (%) m m * * * m F F m
 30  30  20  15  20  10  20  14
F F F F F F F
Angularité (2) * * 0 à 60 % D 0 à 100 % D 0 à 100 % D 30 % D 60 % D 100 % D pas
à4D à4D à6D d’alluvions
Propreté F F F F F F F * *
des sables (%)  80  65  75  65  50  50  60  60  60
Propreté m m f f m F F F F
des gravillons 2 2 2 2 2 2 1  0,5  2 0,8
(%)
Matières F F * F * * * * *
organiques
Réaction F f * * * * * * *
alcalis-granulats
Résistance m f m m m F F F F
aux chocs (%)  25  40  25  40  25  40  30  40  25  40  20  30  20  25  15  25  15
Résistance f F m m m F F F F
à l’usure (%)  20  35  20  35  20  35  25  35  20  35  15  25  15  20  10  20  10
Résistance * m * * * * F F *
au polissage  0,50  0,45  0,55 0,50  0,55 0,50
Friabilité * F * * * * * * *
des sables (%)  20  40
Porosité
Absorption m m * * m F F * *
d’eau (%) 2 5 2

Gel (%) f f m m f f * * *
 50  50
Homogénéité (%) F F * * * * m F F
 97  97  94
(1) Importance forte : F, moyenne : m, faible : f et sans objet : *
Dans certains cas, on a deux limites spécifiées.
(2) 0 à x % D : proportion de matériaux supérieurs à D qui ont été concassés.

Tableau 5 – Couleurs approximatives des principales roches


Couleurs blanc crème, beige, ocre rose, rouge verdâtre gris noir
Granites Microdiorites Granites
Alluvions Microgranites Microgranites Calcaires
Silex chauffés Diorites
Roches Calcaires Silex chauffés Rhyolites Dolérites Ponces Basaltes
Calcaires Pouzzolanes Amphibolites Quartzites Gabbros
Grès Calcaires

Les granulats anti-corrosion doivent résister aux produits L’utilisation des parties les plus fines (80 µm) sous forme de
chimiques : c’est le cas de tous les silicates. charge couvre un très large domaine : papeterie, alimentation pour
Des granulats abrasifs sont fabriqués à partir de sables de bétail, colles, caoutchoucs, cosmétiques, etc.
dunes qui contiennent plus de 80 % de quartz, de corindon ou de Les architectes recherchent souvent des granulats dits architec-
divers carbures métalliques. toniques, intéressants par leur forme (alluvionnaires roulés) ou par
leur couleur. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de répertoire des
couleurs des granulats, les tendances les plus connues sont données
dans le tableau 5.

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5. Marché des granulats Les flux de matériaux ne représentent que 10 % du total produit,
ils sont représentés sur la figure 10. 15 millions de tonnes sont
échangées entre régions, 12 sont exportées et 5 sont importées.
Sur les 316 millions de tonnes de granulats produites en France Les alluvions fournissent les 2/3 de ces flux, facilités par le trans-
en 1986, les alluvions représentent 60 %, les roches magmatiques port fluvial. 90 % des tonnages sont assurés par la route avec une
et métamorphiques 21 % et les calcaires 19 %. Nous trouverons sur distance moyenne de transport de 25 km, 7 % transitent par les
la figure 10 un ordre de grandeur des productions par région. voies fluviales sur 85 km (essentiellement des alluvions) et 3 % par
les voies ferrées sur 250 km (grands chantiers, granulats particu-
55 % des alluvions sont utilisées dans le bâtiment et 45 % dans
liers, en général éruptifs).
les chaussées. Cette tendance s’inverse fortement pour les roches
massives, dont 14 % seulement vont dans le bâtiment et 86 % dans En moyenne, on constate que le prix des granulats double pour
les chaussées. La viabilité absorbe 62 % de la production totale et une distance de transport de 40 km. Ainsi, économiser 10 km de
le béton 38 %. Ces répartitions, exprimées en mégatonnes, sont transport permet d’ajouter 1 % de ciment à une assise de chaus-
données sur la figure 11. sée, et donc de choisir un gisement plus proche bien qu’un peu
plus pollué.
Il y a donc un bilan technico-économique à faire entre la qualité
des gisements, les techniques qui en résultent, les prix départ car-
rière et les distances de transport. Mais il faut aussi tenir compte
du contexte régional qui peut chercher à privilégier la production
locale et les capacités de production des entreprises. Il faut veiller
à ce dernier point qui, par des demandes excessives concentrées
dans le temps, obligera le producteur à être moins vigilant sur la
qualité de sa production et ce d’autant plus qu’il a toujours le souci
du plein emploi de ces matériaux quelle que soit leur qualité. Il ne
faut pas oublier que le principal critère de qualité est l’homogé-
néité des caractéristiques des granulats qui résulte d’un difficile
équilibre lors de leur fabrication. Cette homogénéité est essentielle
pour qu’un chantier se déroule sans perturbations dommageables
pour sa réussite.

Figure 11 – Utilisations des trois familles de granulats


Figure 10 – Production (en Mt) et mouvements de granulats
dans les différentes régions

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P
O
U
Granulats R
Sables, graviers et concassés de carrières E
par Claude TOURENQ N
Docteur en Géologie
Maître de conférence à l’École Nationale des Ponts de Chaussées
Chef de la Division Géologie de l’Ingénieur au Laboratoire Central des Ponts et Chaussées
S
Bibliographie A
ARQUIE (G.) et coll. – Granulats. 462 p., ENPC, Paris
(1980).
Bâtiment, bétons et constituants du béton : granu-
Fournitures de granulats employés à la construction
et à l’entretien des chaussées. Fascicule 23. MUL.
RILEM, Paris (1985).
Symposium international sur les granulats. Bull.
Assoc. Intern. Géologie Ing., nos 29 et 30, Nice
(1984).
V
lats. Recueil de normes françaises, AFNOR
(1984).
Colloque international sur les matériaux granu-
Granulats. Bull. LPC. Spécial IV, Paris (1977).
Granulats. Bull. LPC. Spécial XIV, Paris (1984).
TOURENQ (C.). – Les essais de granulats. Rapport
de recherche LPC, no 114, Paris (1982).
O
Spécifications relatives aux granulats pour
laires. RILEM, Budapest (1978). c h a u s s é e s . M i n i s t è r e d e s Tr a n s p o r t s .
LCPC-SETRA, Paris (1984).
UNIKOWSKI (Z.). – Influence des argiles sur les pro-
priétés des mortiers de ciment. Rapport de
recherche LPC, no 110, Paris (1982).
I
R
Revues
Die Naturstein-Industrie (bimest.). Berlin.
Granulats. Collection technique de l’Union
Nationale des Producteurs de Granulats. Paris.
Mines et Carrières Paris.
Les Techniques supplément à Mines et Carrières
(5 fois/an).
Pit and Quarry (m) Chicago (Illinois).
Rock Products (m) Chicago (Illinois). P
L
U
S
5 - 1989
Doc. C 902

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