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Essayer de prendre en compte et surtout interpréter ce qui est dit par nos

informateurs à propos d’une partie de leur vie, en l’occurrence leur apprentissage


de la langue française n’est une mince affaire car beaucoup de paramètres entrent
en jeu.

En effet, et comme le souligne si bien Olivier Schwartz qui s’interroge sur


« quelle fiabilité peut-reconnaître à ce qui n’est qu’un récit, c’est-à-dire une
recomposition après-coup de sa vie par le narrateur, dont on voit mal par quel
mystère elle échapperait aux défaillances de la mémoire »1.

C’est dire que ce qui est avancé ne peut être exclusivement la réalité et il ne
s’agira que de fragments qui sont recomposés car il se trouve que des parties de la
vie des personnes peuvent être omises ou ne pas dites pour des considérations qui
peuvent s’avérer essentielles.

Aussi, les étudiants auxquels nous avons posé des questions relatives au
comment qu’ils ont appris le français, le rapport qu’ils ont avec, leur impression de
l’usage qu’ils en font, les autres langues qu’ils pratiquent et leur perception du
français que parlent leurs enseignants montrent que leurs réponses ne sont que la
réplique d’un discours ambiant c’est un discours qu’ils entendent et qui regorgent
d’images et de représentations. Il n’y a qu’à voir certaines réponses pour s’en
convaincre.

1
Olivier Schwartz, « Le baroque des biographies » in « Cahiers de philosophie, n°10 printemps, 1990, pp173-183 ».
Le silence est un facteur qu’on ne peut ignorer car il peut renseigner sur des
faits que l’informateur ne veut dire, ne peut dire ou sent l’interdiction de les dire.
La tâche de celui qui aura à interpréter les réponses peut porter sur les dires tels
qu’ils sont énoncés mais surtout faire cet effort de lire entre les lignes et de tenter
de comprendre l’attitude, les comportements, les hésitations, les réticences, les
appréhensions de ces informateurs du fait même qu’ils peuvent déterminer leurs
réponses.

Interpréter les mots des uns et des autres -ici les paroles de nos étudiants-
c’est essayer d’abord de les comprendre pour ensuite les traduire, autrement dit,
« passer des mots des enquêtés à ceux du sociologue »2 comme le dit olivier
Schwartz qui met en évidence par ailleurs un fait essentiel par rapport aux
entretiens n’est pas facile à effectuer.

Les entretiens étant des faits de langage, c’est en tant que tels, c’est-à-dire
en tant que mises en mots du social, qu’ils doivent être envisagés. La question
vraiment pertinente à leur poser est donc celle de savoir ce qu’ils peuvent nous
apprendre d’un certain type d’univers de sens et de ses logiques internes de
constitution » nous dit toujours Olivier Schwartz.

Dans ce sens, nos étudiants mettent en forme un vécu selon leur conception
et leur façon de percevoir ce monde. Les mots des uns ne sont pas les mots des

2
Olivier Schwartz, « Analyser les entretiens biographiques. L’exemple des récits d’insertion »,p453.
autres même si parfois nous avons l’impression d’avoir en face de nous des
réponses qui ont l’air d’être identiques.

Comment tenir compte de la manière de dire, les croyances, les conceptions,


les perceptions mais aussi les mots du sujet interviewé parait comme primordial
pour comprendre ce qui est dit.

Un autre point qui, à mes yeux, reste un facteur à ne pas négliger, est celui
de l’engagement voire même de l’implication de l’interviewer. Etant lui-même un
sujet évoluant dans un milieu qui se caractérise par des discours différents et ayant
comme d’ailleurs l’ensemble des individus vivant dans ce même espace une
manière de faire et de dire, la question de son implication joue un rôle
prépondérant dans la mesure où il doit garder ses distances par rapport aux
informations recueillies et faire en sorte qu’elles ne soient pas livrées à son
jugement subjectif. Autrement dit, son appréciation personnelle ne doit pas
prendre la part du lion dans le traitement des données qu’il a sous la main.

Mais cela ne peut se réaliser car tout chercheur et du fait même de sa nature
mène ce travail de lecture, de compréhension, de traduction et d’interprétation en
fonction de ses propres attitudes mais aussi de son vécu, de son histoire, de son
rapport au sujet traité, de ses connaissances antérieures, de ses images, de ses
représentations, de sa mémoire, de sa langue, …

Les questions relatives au vécu des personnes interviewées occupent une


place de choix dans ce genre de travaux. Celles des sujets tabous, de l’intimité, du
ressentiment et du relationnel peuvent avoir des réponses dans lesquelles les
réticences et les hésitations sont de mise. Cela et à des degrés divers relève de
l’individu, de la société dans laquelle il baigne et même de certains facteurs en
psychanalyse.

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