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Tanguy Simille

Analyse réflexive

UE : Stage

Enseignant référent : Julien Brugniaux

Master 1 EOPS

Année universitaire 2019-2020


Sommaire :
Introduction et problématique …………………………………………………………………2

1/ Définition du Modèle de Jeu ……………………………………………………..................3

2/ Facteurs à prendre en compte dans la création d’un Modèle de Jeu ………..................4 à 11

2/1/ Culture, structure et objectifs du club ………………………………..................4-5

2/2/ Idées de l’entraîneur ………………………………………………………………5

2/3/ Organisation structurelle ………………………………………………………….6

2/4/ Phases et moment du jeu ………………………………………………………….7

2/5/ Principes, sous-principes et sous-sous-principes de jeu ……………..................8-9

2/6/ Capacités des joueurs ……………………………………………..................9 à 11

2/7/ Adaptation du Modèle de Jeu à l’adversaire …………………………………….11

3/ Le Modèle de Jeu : guide de tout le processus d’entraînement ……...……………….12 à 16

3/1/ Supra-principe de Spécificité ………………………………………....................12

3/2/ Principe de propension ………………………………………………………12-13

3/3/ Principe de progression complexe ………………………………………………13

3/4/ Principe d’alternance horizontale en Spécificité …………………………….13-14

3/5/ Morphocycle : noyau dur de la Périodisation Tactique …………………………15

3/6/ Réflexion sur l’adaptation à la formation …………………………….................16

4/ Bilan et conclusion ...………………………………………………………………………17

5/ Bibliographie ……………………………………………………………………………....18

6/ Webographie ……………………………………………………………………………...19

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Introduction et problématique
La Périodisation Tactique, une nouvelle approche de l’entraînement

Au cours des dernières années, un changement dans les concepts et les méthodologies
d'entraînement au football a été observé et les méthodes traditionnelles ont été bouleversées.
La Périodisation Tactique (PT) est l’une des nouvelles approches de l’entraînement en
football. Elle trouve son origine au Portugal dans les années 90. Vítor Frade, professeur
d’université et ancien directeur du centre de formation du FC Porto, en est le fondateur. Elle
est appliquée par des entraîneurs reconnus comme José Mourinho (Tottenham), André Villas-
Boas (Olympique de Marseille) ou encore Leonardo Jardim (ex AS Monaco) dont les succès
ont contribué à sa démocratisation et ont attiré mon attention.

Le point de départ est l’activité football en elle-même. Une activité d’opposition directe ayant
lieu dans un espace délimité où deux équipes s’affrontent en ayant des intérêts antagonistes en
vue d’atteindre un but à l’aide d’une stratégie commune (Gréhaigne-Roche, 1990). Si le
match de football est une interaction permanente entre les facteurs de performances (tactique,
technique, mental et physique), l’entraînement doit également les intégrer. Il faudrait donc
s’entraîner comme on joue ! C’est ce qui distingue la PT, où tout est travaillé simultanément
contextualisé par rapport au match, des méthodologies traditionnelles où le travail, qu’il soit
avec ou sans ballon, est fragmenté et décontextualisé du match.

« Le tout vaut plus que la somme des parties qui le compose ». L’approche d’Aristote (384 av
JC) pose les fondements de la PT qui s’oppose ainsi à la pensée classique de la division de
Descartes. En France, le philosophe Edgar Morin soutient le concept de pensée complexe qui
a pour mission de relier ce qui est séparé. La complexité trouve d’ailleurs son origine
étymologique dans « complexus » qui signifie ce qui est tissé ensemble. Pour Manuel Sergio,
philosophe et fondateur de l’université de motricité humaine de Lisbonne, « le football n’est
pas une activité physique, c’est une activité humaine. Il doit être appréhendé en termes de
complexité et de totalité ». La PT est une réponse à la complexité du football. Elle permet de
considérer le jeu d’un point de vue systémique comme un ensemble organisé d’éléments en
interaction dynamique.

Selon Frade, la préoccupation majeure de cette méthode est le jeu qu’une équipe a l’intention
de produire en compétition. C’est la raison pour laquelle l’identité de l’équipe à travers la
conception et l’élaboration d’un Modèle de Jeu (MDJ) constitue un guide pour l’ensemble du
processus. Longtemps, les travaux et recherches en football se sont portés principalement au
niveau physique et psychologique. Plus récemment, des auteurs ont analysé la performance en
football d’un point vue tactique (Reilly, 2005 ; Drust et al. 2007). Pierre angulaire de la PT, le
MDJ a également fait l’objet de plusieurs travaux (Oliveira, 2004 ; Portolés, 2007 ; Tamarit,
2010 ; Cano, 2012 ; Delgado et Méndez-Villanueva, 2012 ; Mourinho, 2014 ; Guindos, 2015 ;
Garganta, 2016 ; Martín-Barrero, 2016 et 2019).

Nous allons analyser en quoi le Modèle de Jeu permet de guider l’ensemble du processus
d’entraînement dans la Périodisation Tactique.

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1/ Définition du Modèle de Jeu
« Pour moi, l'aspect le plus important dans mes équipes est d'avoir un modèle de jeu défini,
un ensemble de principes qui fournissent une organisation. Par conséquent, depuis le premier
jour, notre attention est dirigée vers cet objectif. » (Mourinho, 2006)

L'une des plus grandes références de la littérature footballistique, Júlio Garganta en 2016,
définit le MDJ en football comme un ensemble d'idées, de références, de principes, qui
guident l'intervention de l'entraîneur et le comportement des joueurs. Le professeur et
coordinateur du cabinet de football à la Faculté des sports de l'Université de Porto pendant 23
ans déclare que le MDJ fonctionne comme une carte qui guide l'itinéraire à approfondir dans
les domaines de la préparation et de la compétition. En ce sens, le MDJ encadre et donne du
sens à la méthodologie d’entraînement choisie. Il ajoute que le modèle attire les
comportements et les attitudes que nous voulons voir émerger dans le jeu.

Cependant, dans le contexte du football, il existe encore une certaine confusion concernant ce
concept, il est généralement mal compris. Beaucoup en parlent comme du système ou du
schéma de jeu utilisé (Tamarit, 2010). Or, le système de jeu est l’une des caractéristiques du
MDJ. Il se définit comme le positionnement des acteurs sur le terrain (Delgado et Mendez-
Villanueva, 2012). Concernant le MDJ, Oliveira (2004) le comprend comme une idée de jeu
composée de principes, sous-principes, sous-sous-principes de jeu représentatifs des différents
moments de jeu, qui s'articulent entre eux, manifestant une organisation fonctionnelle propre,
c'est-à-dire une identité. Ce concept d'identité ou « passeport de jeu » est également défendu
par Portolés (2007), qui affirme que le MDJ est quelque chose qui identifie une équipe
spécifique. De son côté, Mourinho (2014) réaffirme cette caractéristique d'identification, en
définissant les principes prioritaires établis qui donnent à son équipe un certain ADN, une
identité.

Enfin, il est important de comprendre que la définition et la création d'un MDJ clair ne
doivent pas être perçues comme quelque chose qui va obliger les joueurs à agir « comme des
robots » suivant un plan prédéfini et programmé. Au contraire, l’objectif principal d’un MDJ
est de réduire l’incertitude des joueurs, ce qui doit leur permettre de laisser exprimer leur
créativité. Lors de la construction d'un MDJ pour une équipe, les entraîneurs doivent
considérer plusieurs facteurs qui opèrent dans des contextes spécifiques donnés, chaque
facteur étant tout aussi important. La culture, la structure et les objectifs du club, les phases et
moments de jeu, l’organisation structurelle (système de jeu), les idées de l’entraîneur, les
principes et sous-principes de jeu et les capacités des joueurs sont les facteurs à prendre en
compte pour concevoir et construire un MDJ (Oliveira, 2007).

Tous ces facteurs sont interdépendants et doivent être considérés dans une perspective
complexe, tous reliés les uns aux autres. Notons que cette conception du MDJ d’une équipe à
travers ces facteurs est tout à fait compatible quelques soit le niveau de pratique de l’équipe,
et l’âge des pratiquants. Tout est histoire de contexte et d’adaptation. Nous allons développer
ces caractéristiques du MDJ avec des exemples pratiques afin d’orienter les professionnels qui
souhaiteraient créer leur propre MDJ adapté à leur contexte.

3
2/ Facteurs à prendre en compte dans la construction d’un Modèle de Jeu

Culture,
structure et
objectifs du
club

Capacités des Idées de


joueurs l'entraîneur

Modèle
de Jeu
Principes et
sous- Organisation
principes de structurelle
jeu

Phases /
moments de
jeu

Figure 1 : facteurs à prendre en compte dans la construction d’un MDJ (adapté par Oliveira,
2007)

L’ensemble de ces facteurs sont fondamentaux dans la conception d’un Modèle de Jeu riche
qui va guider par la suite tout le processus d’entraînement de la Périodisation Tactique.

2/1/ Culture, structure et objectifs du club

Premièrement, la culture du pays et du club peut être considérée comme fondamentale pour
créer un MDJ réussi (Delgado et Mendez-Villanueva, 2018). Différentes cultures influencent
la façon de jouer et par conséquent, la manière de construire un MDJ. Par exemple, entraîner
en Italie ou en Espagne est différent. Tout comme entraîner au FC Barcelone ou à l’Atletico
de Madrid. A l’échelle nationale du pays comme à l’échelle locale du club, au niveau amateur
comme professionnel, le contexte d’intervention a son importance lors de la mise en place
d’un MDJ. Il semble difficilement concevable d’entraîner le FC Barcelone est de faire le
choix de laisser volontairement le ballon à l’adversaire pour mieux le contrer. De la même
manière, il parait difficile d’entraîner l’Ajax Amsterdam ou, en France, l’Olympique
Lyonnais en décidant de ne pas s’appuyer sur les jeunes issus du centre de formation.

Selon Delgado et Mendez-Villanueva (2018), les cultures des clubs se sont formées au fil des
décennies et des générations et elles sont la clé de leur identité. L’entraîneur doit donc
s’imprégner de la culture qui l’entoure. Ils ajoutent que les cultures des pays ont des
implications directes à plusieurs niveaux : la compréhension du jeu des joueurs, la
participation des supporters et l’impact des médias. Le MDJ doit donc intégrer tous ces
éléments culturels et plus encore.

4
La structure et les objectifs d'un club ou d'une fédération sont également un aspect important
dans la création d'un MDJ (Delgado et Mendez-Villanueva, 2012). L'entraînement d'une
équipe qui ne peut s'entraîner que deux ou trois fois par semaine est évidemment différent de
l'entraînement d'une équipe qui peut s'entraîner cinq jours par semaine. De la même manière,
s’entraîner sur un terrain complet ou seulement sur une moitié de terrain va limiter les
possibilités de travail. Le nombre de joueurs et la taille du staff technique peuvent également
déterminer le développement et l’évolution du MDJ.

En effet, un seul entraineur pour une vingtaine de joueurs est moins confortable qu’avec deux
ou trois entraîneurs. L’attention portée aux joueurs sera moindre, encore plus si le nombre de
joueurs augmente comme cela peut-être le cas en amateur. Ensuite, les objectifs du club et de
l’équipe entraînée nécessitent différentes manières de voir la compétition, ce qui influence à
la fois le processus d’entraînement et la façon de jouer de l’équipe (Delgado et Mendez-
Villanueva, 2018). Il n’y a pas les mêmes attentes autour d’une équipe qui ambitionne de
devenir championne que d’une équipe qui vise le maintien. Encore plus entre une équipe
séniors et une équipe en cours de formation. Pour une équipe de jeunes, les objectifs sont de
former, d’éduquer et de développer le joueur. Selon Horst Wein, dans le football de jeune, on
ne récolte pas les fruits, on sème les graines. Le MDJ est donc fortement influencé par la
culture, la structure et les objectifs du club.

2/2/ Idées de l’entraîneur

« L'équipe doit jouer avec les idées de l'entraîneur, je suis convaincu que c'est la seule
solution pour le club. » (Pep Guardiola, 2014)

Un autre aspect clé dans la construction d’un MDJ est lié à l’idée de jeu que l’entraîneur
souhaite voir (Delgado et Mendez-Villanueva, 2012). Les joueurs doivent savoir
impérativement ce qu’ils ont à faire à chaque instant d’un match. Les entraîneurs vont alors
transmettre certaines idées aux joueurs sur la façon dont ils veulent qu’ils jouent. Ensuite, les
joueurs vont devoir : recevoir, interpréter et intégrer ces idées qui vont les aider à trouver des
solutions à des problèmes que le jeu pose. Les idées de l’entraîneur restent néanmoins
adaptables.

Dans ce sens, Oliveira (2006) donne un exemple. Si un entraîneur souhaite que son équipe ait
un haut niveau de possession de balle par des passes courtes pour créer des espaces dans le
but de perturber l’organisation défensive adverse, il va transmettre cette idée à ses joueurs.
Cependant, il réalise ensuite qu’il a un joueur avec une capacité exceptionnelle dans les passes
longues. Il peut alors profiter de ce point fort pour rendre le jeu de son équipe plus fonctionnel.
Cet exemple montre bien que l’entraîneur, malgré ses idées de départ, peut modifier un aspect
du MDJ sans pour autant sacrifier son identité. Bien que le joueur reste le principal
protagoniste du MDJ, l’entraîneur est celui qui le conçoit et le construit. De son côté, Freitas
(2004) cite que l’entraîneur doit inculquer une image du MDJ dans la tête des joueurs,
confirmant l’importance de son rôle dans la conception de l’entraînement et dans la
transmission de ses idées. En plus de cette fonction, l’entraîneur doit permettre au MDJ de
développer la capacité « d’apprendre à apprendre », c’est-à-dire à rendre le joueur acteur de
son propre apprentissage (Martín-Barrero, 2019).
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2/3/ Organisation structurelle (système de jeu)

L’organisation structurelle est un concept qui fait référence au positionnement initial des
joueurs sur le terrain. En elle-même, l’organisation structurelle n’est qu’une formation
théorique et fixe (Delgado et Mendez-Villanueva, 2018). Elle est décrite en sigle : 1-4-4-2, 1-
4-3-3, le plus souvent en trois lignes de force (Renna, 2018). Chaque chiffre détermine une
ligne : 1 gardien, 3 défenseurs, 4 milieux et 3 attaquants pour le 3-4-3 par exemple.

Néanmoins, elle peut avoir son importance dans le développement des actions souhaitées. Par
exemple, certaines organisations structurelles peuvent faciliter la circulation du ballon plus
que d’autres par la création d’angles et de triangles de passes, notamment les systèmes avec
un grand nombre de lignes horizontales et verticales. Par conséquent, il est important de
prendre en considération que les systèmes de jeu peuvent avoir un impact négatif ou positif
sur l’organisation fonctionnelle de l’équipe. Il existe donc une interaction entre la structure de
l’équipe et les principes de jeu souhaités.

Garganta (1997), précise que le concept d’organisation dépasse largement la dimension


structurelle (concept statique) car il se réfère principalement à la dimension fonctionnelle
(concept dynamique). En effet, les joueurs ne sont finalement jamais statiques mais toujours
en déplacement constant en réponse aux interactions avec leurs coéquipiers et adversaires. Il
existe également une relation entre la structure organisationnelle et les caractéristiques des
joueurs. Par exemple, si l’idée de départ de l’entraîneur est de disposer son équipe en 4-3-3
(avec ailiers), mais que ses meilleurs joueurs sont le meneur de jeu et deux attaquants axiaux,
leurs efficacités pourraient être limitées. Dans ce cas particulier, l’entraîneur peut alors
optimiser le rendement de ses joueurs en utilisant une structure qui les mets en avant comme
le 4-4-2 losange.

Notons que dans une optique de formation de jeunes joueurs, le type d’organisation
structurelle peut être varié afin d’accroitre la culture et les compétences tactiques des joueurs
et de développer leurs facultés à s’adapter à plusieurs contextes. A cet égard, de nombreux
entraîneurs sont partisans de faire découvrir aux joueurs un maximum de systèmes de jeu
pendant leur cursus de formation. Un peu de tout ? Ou beaucoup d’un peu ? Un juste milieu
est à trouver. Pour Renna (2018), dans le cadre d’un projet de jeu à long terme, un à deux
systèmes de jeu avec une ou deux variantes sont amplement suffisants. Ils nourrissent la
progression des joueurs et leur offrent des bases solides pour s’adapter par la suite à tous les
types d’organisation, de projets de jeu et d’entraîneurs.

Pour bien choisir son système de jeu, il est donc important de prendre en compte différents
facteurs tels que les principes de jeu, l’organisation fonctionnelle et les capacités et
caractéristiques des joueurs (Oliveira, 2003). La question centrale est de se demander quelle
formation améliorera les caractéristiques de l’équipe. Le système de jeu joue donc un rôle
d'organisation au sein des différents éléments du MDJ.

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2/4/ Phases et moments de jeu

A chaque moment du jeu, les idées de l’entraîneur doivent être représentées. Il existe deux
phases de jeu : l’attaque et la défense et quatre moments de jeu qui sont appelés différemment
selon les auteurs. Nous prendrons les appellations de Cano car elles ont été utilisées par
Martín-Barrero (2016) lors de ses travaux sur le MDJ de Leicester City qui nous servira
d’exemple pratique. Selon Cano (2009), les quatre moments de jeu sont : l’attaque organisée,
la contre-attaque (transition offensive), la défense organisée et l’organisation défensive
(transition défensive). Ces quatre moments doivent être considérés dans leurs ensemble, et
sont interdépendants les uns aux autres. Percevoir le jeu comme quatre moments connectés et
complémentaires permet de réduire la complexité et aide à organiser les actions souhaitées.

Pour la PT, la « structure logique » du jeu tourne autour de ces quatre moments de jeu. Des
auteurs comme Castellano (2009) ajoutent un cinquième moment : les phases statiques où le
ballon est arrêté ou hors du jeu comme lors d’une touche, d’un pénalty, d’un corner, d’un
coup-franc (direct ou indirect), d’un coup de pied de but (« six mètres ») ou du coup d’envoi.
Un moment décisif dans le résultat final d’un match qui doit pris en compte dans le MDJ.
Lors de la Coupe du Monde 2018, 39,1 % des buts ont été inscrit lors d’une phase arrêtée,
principalement après un corner ou un coup-franc (Kubayi, 2020).

L’attaque organisée est caractérisée par l’attitude de l’équipe lorsqu’elle est en possession du
ballon et que l’adversaire est en place. Comment voulez-vous que votre équipe agisse avec le
ballon et construise ses actions ? L’organisation défensive (transition défensive) est
caractérisée par l’attitude de l’équipe à la perte du ballon lorsque que l’équipe est vulnérable.
Qu’exigez-vous de votre équipe à la perte du ballon ? La défense organisée est caractérisée
par l’attitude de l’équipe lorsqu’elle n’est pas en possession du ballon et qu’elle est structurée
et en place. Quelle organisation défensive recherchez-vous ? A quelle hauteur attendez-vous
que votre équipe défende ? La transition offensive est caractérisée par l’attitude de l’équipe à
la récupération du ballon lorsque l’adversaire est vulnérable. Comment souhaitez-vous que
votre équipe réagisse dès l’instant où elle récupère le ballon ? Dans la construction d’un MDJ,
il est important de savoir précisément comment votre équipe doit (ré) agir dans ces quatre
moments et ce, quel que soit le public entraîné.

Attaque organisée Transition défensive


Attaque directe : Repli défensif :
● Prédominance du style direct sur des ● Rechercher et favoriser des options de
démarquages (courses) de soutien ou des recomposition du bloc défensif avec harcèlement
espaces. des joueurs les plus proches du ballon.
● Rechercher et favoriser des options de
progression le plus loin possible.
Défense organisée Transition offensive
Défense regroupée : Contre-attaque directe :
● Prédominance de la défense regroupée. ● Prédominance du style direct.
● Rechercher prioritairement à empêcher la ● Exploiter et favoriser des options immédiates de
progression adverse et espérer une erreur de contre attaque en privilégiant la verticalité et les
l’adversaire. déséquilibres imminents.
Tableau 1 : exemple des 4 moments de jeu du MDJ de Leicester City (Martin Barrero, 2016)

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2/5/ Principes, sous-principes, et sous-sous-principes de jeu

Le MDJ se compose de principes de jeu (PJ), sous-principes de jeu (SPJ) et sous-sous-


principes de jeu (SSPJ) qui représentent les différents moments de jeu (Oliveira, 2003). La PT
les décompose afin de réduire leur complexité et les rendre plus compréhensible pour les
joueurs. Les grands PJ (comportements généraux) sont donc subdivisés en SPJ
(comportements spécifiques), qui sont eux-mêmes subdivisés en SSPJ (comportements
individuels). Notons qu’à plus grande échelle, plus l’âge et le niveau de pratique va
augmenter, plus les PJ, SPJ et SSPJ vont pouvoir évoluer et être enrichis, suivant une logique
d’apprentissage et répondant aux besoins et caractéristiques de chaque catégorie.

Tous ces principes doivent être formalisés par l’entraineur afin qu’il ait une idée très précise
des principes de jeu qu’il souhaite pour son équipe. Une fois définis, les PJ, SPJ et SSPJ
doivent être clairement présentés aux joueurs afin que chacun d’entre eux puisse les intégrer.
La mission de l’entraîneur est de réussir à créer un langage commun entre ses joueurs et lui.
Soulignons que les PJ sont des « règles ouvertes » et guident simplement les joueurs à agir de
manière coordonnée sur le terrain tout en respectant la créativité et la liberté de décision du
joueur (Delgado et Mendez-Villanueva, 2018). Selon ces mêmes auteurs, la compatibilité des
PJ au cours des différents moments de jeu est un facteur extrêmement important à considérer
lors de la conception du MDJ. La décomposition et la hiérarchisation des PJ sont
fondamentales pour créer le MDJ souhaité.

Dans une approche du jeu comme un système complexe, d’après Oliveira (2003), nous
pouvons différencier quatre niveaux d’organisation (voir figure 3) : individuel (à l’échelle de
l’individu), sectoriel et groupal (joueurs d’une même ligne ou de petits groupes de lignes
différentes), intersectoriel (relations entre les secteurs) et collectif (l’ensemble de l’équipe).
Ce levier organisationnel permet de varier la complexité. En prenant en compte le nombre
d’interactions comme indicateur de complexité, il augmente du niveau individuel au niveau
collectif de l’organisation (Delgado et Mendez-Villanueva, 2018). Notons qu’il augmente
également au cours de la formation par le passage du foot à 5, à 8 jusqu’à 11 à partir de U14.

Figure 2 : exemple de déclinaison d’un grand principe de jeu (adapté par Gomes, 2006)

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Figure 3 : le Modèle de Jeu et ses différents niveaux d’organisation structurelle (Dos Santos, 2019)

2/6/ Capacités des joueurs

Les joueurs ont une place centrale dans le MDJ puisqu’ils sont les principaux acteurs et
interprètes des PJ qui coordonnent l’équipe. Frade (2004) souligne que le jeu doit naître en
premier dans l'esprit des joueurs. L’entraîneur doit ainsi évaluer le niveau de compréhension
du jeu de ses joueurs, leurs capacités et leurs caractéristiques spécifiques. Il doit bien
évidement prendre également en compte le contexte et le niveau des joueurs. Par exemple,
entraîner des joueurs professionnels est différent que d’entraîner des joueurs amateurs tout
comme entraîner des joueurs séniors n’est pas la même chose que d’entraîner des jeunes
joueurs en cours de formation. Le niveau d’exigence n’est pas le même.

Malheureusement, la réalité est parfois bien différente, le football chez les jeunes ressemble
souvent à une adaptation du football professionnel version miniature avec l’erreur de certains
entraineurs qui traite un groupe de football en devenir comme s’ils étaient déjà accomplis. Il
est crucial pour l'entraîneur d'utiliser des stratégies pour permettre aux joueurs de reconnaître
l'importance de certains comportements. Par conséquent, la construction du MDJ passe par un
processus qui implique l'entraîneur, les joueurs et l'équipe elle-même. Pour revenir aux
caractéristiques des joueurs, elles doivent interagir correctement avec les PJ et la structure
utilisée. L’entraineur doit donc « passer à la loupe » l’effectif afin d’en faire ressortir le plus
objectivement possible, les forces, les faiblesses et les caractéristiques principales de chacun
des joueurs (voir figure 4 et tableau 2).
9
En catégorie jeunes, ce travail peut-être intéressant pour cibler des axes d’amélioration. Dans
une perspective de projet club, nous pouvons même imaginer une transversalité entre
éducateurs lors de changement de catégorie ou d’arrivée d’un nouvel entraîneur pour mieux
connaitre son effectif. L’idée de ce travail préalable est de pouvoir adapter vos forces à
l'équipe dans son ensemble tout en masquant les faiblesses individuelles (Martín-Barrero,
2019).

Figure 4 : caractéristiques des joueurs à définir pour la conception et l'analyse dans le MJ (Martín-Barrero,
2016)

Leicester City FC (2015-2016)


Caractéristiques
Joueurs Points forts Points faibles
générales
● Gardien ● Bonne détente, agile et grand ● 1 contre 1 dans la réduction des
● Droitier. (1,89 m) angles.
● 5 ans dans le club. ● Bon jeu aux pieds ● Jeu offensif sur son pied
● Plus de 100 matchs en ● Long dégagement (arme gauche (faible)
Premier League. pour une éventuelle
● International danois contre-attaque).
(plus de 20 sélections). ● Bon dans les sorties
aériennes (courageux)
● Bon sur sa ligne
● Performant sur pénalty
● Défenseur central droit / ● Joueur rapide qui défend ● Ce n'est pas un joueur capable
Arrière droit bien avec des espaces dans de casser des lignes par la passe
● Droitier son dos. ou la conduite
● 5 ans dans le club ; plus de ● Taille : 1,86 m ● Intervention sur le joueur qui
100 matchs en Premier ● Bonnes passes longues. reçoit le ballon entre les lignes
League. ● Bonne capacité de
● International jamaïcain concentration.
(plus de 15 sélections) ● Bonne maîtrise du marquage
et du dégagement dans les
zones proches de la surface.
● Bonne maîtrise du jeu aérien
dont sur coups de pieds
arrêtés.
Tableau 2 : exemple de caractéristiques de deux joueurs de Leicester City (Martín-Barrero, 2016)

Le même auteur ajoute également un élément : les fonctions spécifiques par poste (voir
tableau 3). Ils permettent de guider et faciliter la description des comportements attendus pour
chaque poste, du gardien aux attaquants selon le MDJ souhaité.

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Milieux centraux
Attaque organisée Transition défensive Défense organisée Transition offensive
● Éviter toute responsabilité ● Se proposer comme ● Accompagner la pression ● Se connecter avec des
directe dans les sorties de premier rideau défensif haute obligeant les joueurs joueurs plus avancés qui
balle en étant de simples avant situations de contre- adverses intérieurs à jouer permettent de construire la
relais du jeu vers les attaque adverse. vers l’arrière ou latéralement contre-attaque.
couloirs latéraux. ● Chercher à ralentir ● Évaluer la possibilité de ● Possibilité d'être l'un des
● Essayer d’amener des l’attaque adverse pour récupérer la balle sous joueurs à l'origine de la
situations de supériorité attendre une aide plutôt que pression. contre-attaque.
numérique positionnelle chercher à récupérer le ● Maintenir comme unité ● Éviter les pertes de balle
dans les couloirs avec ballon. impénétrable les distances qui compromettent le
sécurité. ● Se replier rapidement entre la première et la déploiement et le
● Accompagner l'attaque avant tout dépassement des dernière ligne défensive. développement de la contre-
afin d'être une solution de lignes défensives. ● Couvrir tout espace de attaque.
continuité dans le jeu, sans réception entre les lignes. ● Constituer le 3ème rideau
prendre beaucoup de ● Harceler l’adversaire offensif sans compromettre
risques. entre les lignes avant la l'équilibre défensif dans une
● Être présent dans des réception du ballon pour éventuelle transition
zones proches de la surface l’obliger à jouer vers l’arrière attaque-défense.
avant toute situation de
dégagement de la défense
rivale.
Tableau 3 : exemple proposé pour les fonctions spécifiques des milieux centraux de Leicester (Martín-Barrero,
2016)

2/7/ Adaptation du Modèle de Jeu à l’adversaire

Une question revient régulièrement au moment d’aborder le concept de MDJ, son adaptation
ou non à l’adversaire. Relevons tout d’abord que l’opposition est l’essence même d’un match
de football. Un rapport de force, où deux groupes de joueurs opposés l’un à l’autre se
disputent ou s’échangent un objet : le ballon (Renna, 2018). L’opposition est donc prise en
compte dans le MDJ à travers l’approche systémique du jeu. Néanmoins, l’ensemble du
processus d’entrainement ne peut pas se calquer uniquement sur l’adversaire. Ce serait une
interférence à la création et à l’appropriation de son propre MDJ. L’adversaire peut cependant
proposer une stratégie qui perturbe le développement du MDJ mis en place. C’est pourquoi,
les joueurs doivent être capables de s’adapter à ce genre de situations et de trouver des
solutions pour y répondre. Il est donc envisageable d’adapter le MDJ en fonction de
problèmes de jeu posés par l’adversaire.

Notons que pour pouvoir s’adapter à l’adversaire, il faut l’étudier. C’est l’une des limites qui
peut rapidement apparaître en amateur et chez les jeunes en plus de l’incertitude liée à
l’adversaire. En effet, à très haut-niveau, il est évident que chaque détail compte mais des
personnes spécialisées travaillent, analysent et décortiquent le jeu adverse. Beaucoup de
données récupérées permettent ce travail (matchs filmés, statistiques etc.). En amateur, trop de
variables entrent en jeu pour s’y focaliser pleinement (peu de matchs filmés, changement
d’effectif d’un match à l’autre, moins de séances d’entraînement etc.). Chez les jeunes jusqu’à
un certain âge, la priorité doit être de se concentrer uniquement sur le jeu déployé par l’équipe
et les moyens mis en œuvre pour y arriver. Sur un certain niveau de pratique, à partir d’un
certain âge (U16 selon Acebal, formateur en Espagne), le paramètre adversaire peut
commencer à être intégré au MDJ.

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3/ Le Modèle de Jeu : guide de tout le processus d’entraînement
Pour opérationnaliser le MDJ, il faut un système d’entraînement qui réponde à une logique.
La Périodisation Tactique est ainsi organisée selon un modèle hebdomadaire : le morphocycle.
Il est basé sur trois principes méthodologiques : le principe de propension, de progression
complexe et d’alternance horizontale en Spécificité. Un « supra-principe » vient cimenter les
trois autres : le principe de Spécificité, « un impératif catégorique » selon Frade. Le
morphocycle est le temps qui sépare un match d’un autre, soit en général une semaine.
Chaque morphocycle est donc une période. Analysons comment le MDJ contribue à
l’articulation de l’ensemble des principes méthodologiques de la PT.

3/1/ Supra-principe de Spécificité

Le principe de tous les principes, la Spécificité. Tous les contenus d’entraînement doivent être
en lien avec le MDJ établi. Selon Faria (ex-adjoint de Mourinho), les idées de l’entraîneur
apparaissent dans chacune des séances. Dans la PT, le jeu est entraîné constamment ! Chaque
action de jeu, quel que soit le moment du jeu dans lequel elle se produit, implique une
décision (dimension tactique), une action ou une habileté motrice (dimension technique) qui
nécessite un mouvement particulier (dimension physiologique) et qui est dirigée par des états
émotionnels (dimension psychologique) (Oliveira, 2004). Ainsi, les facteurs de performance
tactiques, techniques, physiologiques et psychologiques ne sont jamais entraînés
indépendamment. Dans la PT, chaque minute d’entraînement doit contenir l’ensemble de ces
facteurs. Une certaine liberté est donc donnée à l’entraîneur afin de créer des situations
spécifiques au jeu qu’il compte produire en référence, toujours, à son MDJ.
L’accomplissement du principe de Spécificité ne sera vraiment atteinte que si les joueurs
comprennent les buts et objectifs de chaque séance, maintiennent des niveaux élevés de
concentration et que les interventions de l'entraîneur sont « absorbées » (Oliveira, 2008).

3/2/ Principe de propension

Il consiste à faire répéter le plus de fois possible des situations du MDJ pour ancrer les
comportements que l’on souhaite faire acquérir aux joueurs. Répéter encore et encore les PJ,
SPJ et SSPJ jusqu’à reproduction inconsciente. La configuration de l'exercice (espace de jeu,
nombre de joueurs, règles et objectifs) par l’entraîneur doit favoriser l'apparition des
comportements requis. Pour illustrer ce principe, Della-Santa (2018) fait un parallèle avec
l’apprentissage de la conduite. Dans les premières années de la vie, on ignore ce qu’est la
conduite, nous sommes inconsciemment incompétents. Vers une dizaine d’années, nous
savons ce qu’est la conduite en prenant conscience de ne pas savoir conduire, nous sommes
consciemment incompétents. Lors du passage par l’auto-école, nous apprenons à conduire en
ayant conscience de savoir le faire : passer les vitesses, se garer … nous sommes
consciemment compétents. Enfin, après plusieurs années de conduite, à force de répétitions,
nous automatisons certains comportements comme le passage des vitesses par exemple …
nous devenons inconsciemment compétents. Bibard (2019) ajoute qu’on est bon, dans le sens
compétent, quand on n’a plus besoin de penser pour le faire.

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Dans la PT, l’approche de la propension est identique. Le MDJ va être répété tellement de fois,
que son application va devenir inconsciente bien qu’au départ cela va demander beaucoup de
concentration et d’efforts. Le principe de propension fait donc référence à la nécessité de
replacer le contenu d’entraînement dans son contexte approprié, de manière à augmenter la
fréquence d’apparition des comportements collectifs et individuels que l’on souhaite voir se
produire, toujours selon notre MDJ (Delgado et Mendez-Villanueva, 2018).

3/3/ Principe de progression complexe

Ce principe est à mettre en relation avec la hiérarchisation des principes de jeu que nous
avons déjà détaillés. Hiérarchiser pour réduire la complexité et éviter toute interférence entre
eux. Pour la PT, le principe de la progression complexe est construit autour de l'apprentissage
d'une certaine façon de jouer. Cette progression apparaît à trois niveaux de complexité
différents : pendant la saison (le MDJ prévu), tout au long de la semaine (d’un match à
l’autre), et enfin pendant chaque séance (dans les entraînements). Il devient donc une
progression complexe où chaque niveau est lié aux autres.

Au niveau de la saison, selon Frade (2004), dès les premières séances, les PJ généraux liés
aux quatre moments de jeu (voir tableau 1) doivent être introduits. Si les joueurs connaissent
et commencent à appliquer les PJ relatifs à chaque moment du jeu, il leur sera plus facile
d’apprendre et de les approfondir avec les principes spécifiques (SPJ et SSPJ) du MDJ établi.

Au niveau de la semaine et de la séance, différentes échelles de travail sont possibles pour


faire varier la complexité, de la plus complexe : l’échelle collective à la moins complexe :
l’échelle individuelle (voir figure 3). Il est très important de noter que la relation entre
complexe et simple n’est pas à sens unique. Il y a une interaction entre les deux. Dans la PT,
on passe aussi bien du simple au complexe que du complexe au simple, elle ne suit pas une
dynamique linéaire.

3/4/ Principe d’alternance horizontale en Spécificité

Ce principe mentionne le type de contractions musculaires dominantes des séances. Il y a


« alternance » de l’intensité, de la durée et de la vitesse de sollicitation des muscles (Delgado
et Mendez-Villanueva, 2018). Elle est « horizontale » car elle s’effectue au cours de la
semaine entre les séances (voir figure 6 et 7) et non entre les exercices d’une même séance
(verticalement). L’intention est d’éviter des périodes prolongées d’exigences physiologiques
élevées, en donnant au corps le temps de récupérer et en évitant le surentraînement.

« En Spécificité » puisque l’objectif est toujours de travailler le MDJ de l’équipe tout en


respectant la dimension physiologique. En conséquence, pas deux jours dans la semaine ont
les mêmes exigences, ce qui donne du temps aux structures déjà entrainées pour se régénérer
(Tamarit, 2007). Ce principe est donc lié à la nécessité de maintenir un schéma hebdomadaire
régulier et fixe respectant l'alternance dans les demandes d'effort-récupération (Amieiro et al.,
2006).

13
Contrairement aux idées reçues, la PT accorde une grande importance à la dimension
physique. L’alternance horizontale en Spécificité s’applique donc la semaine mais également
au niveau mensuel et sur la saison. L’idée est de garder toujours la même démarche, qui va
permettre une stabilisation de la performance dans le temps au fil de la saison (voir figure 7).

Dans ce sens, Mourinho (2006) soutient « je ne veux pas que mon équipe aie des pics de
forme. Je ne veux pas que les performances de mon équipe oscillent. Je veux qu’elle se
maintienne toujours à un niveau de performance élevé. Pour la simple raison qu’il n’y a pas
de matchs ou de périodes plus importantes que d’autres ».

► De la semaine …

Récupération Jours d’acquisition des principes Récupération

Match
Dominante Match
Dominante
Endurance Dominante
Récupération Force
Repos Vitesse
Activation
active
Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche
Figure 5 : morphocycle standard (adapté par Oliveira, 2007)

► Au mois …

MOIS 1
Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dimanche
1 2 3 4 5 6 7

Stabilisation de la performance
8 9 10 11 12 13 14

15 16 17 18 19 20 21

22 23 24 25 26 27 28

29 30 31 1 2 3 5

Alternance horizontale en Spécificité

Figure 6 : interaction entre l’alternance horizontale en Spécificité (→) et la stabilisation de la performance (↓)
à l’échelle mensuelle (adapté par Oliveira, 2007)

► Sur la saison …

MOIS 1 MOIS 2 MOIS 3 …


L M M J V S D L M M J V S D L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7 1 2 3 4 1
8 9 10 11 12 13 14 5 6 7 8 9 10 11 2 3 4 5 6 7 8
15 16 17 18 19 20 21 12 13 14 15 16 17 18 9 10 11 12 13 14 15
22 23 24 25 26 27 28 19 20 21 22 23 24 25 16 17 18 19 20 21 22
29 30 31 26 27 28 29 30 31 23 24 25 26 27 28 29

Figure 7 : interaction entre l’alternance horizontale en Spécificité (→) et la stabilisation de la performance (↓)
sur la saison (adapté par Oliveira, 2007)

14
3/5/ Morphocycle : noyau dur de la Périodisation Tactique

Le morphocycle donne donc forme à la structure hebdomadaire des entraînements. Selon


Frade (2013), c’est la connexion des trois principes méthodologiques de la PT qui conduit au
concret de la Spécificité, c’est-à-dire la présence ininterrompue du morphocycle standard. A
travers sa structure et le lien indéfectible des principes méthodologiques qui le compose, le
morphocycle permet l’opérationnalisation du MDJ. De plus, le morphocycle standard de José
Mourinho (figure 8) nous permet de voir la prise en compte de l’ensemble des principes
méthodologiques que nous venons de détailler toujours en relation avec le MDJ souhaité donc
dans le respect du supra-principe de Spécificité :

► Le principe de propension via la répétition du MDJ et des PJ, SPJ et SSPJ établis tout au
long de la semaine.

►Le principe de progression complexe par la hiérarchisation des PJ selon le jour de la


semaine en lien avec la régulation de la complexité et l’organisation. Lors des jours
d’acquisition des principes (mercredi, jeudi et vendredi dans notre exemple), la priorité n’est
pas donnée à la récupération du match précédent (à J+1 et J+2) ni à la préservation pour le
match suivant (à J-1). Les différents PJ, SPJ et SSPJ peuvent être approfondis.

►Le principe d’alternance horizontale en Spécificité en alternant entre les séances le type
dominant de contractions musculaires et en régulant la relation entre charge et récupération
par les paramètres : durée de la séance, espaces de jeu, durée des séquences et discontinuité de
la séance.
MATCH RECUPERATION AQUISITION DES PRINCIPES RECUPERATION MATCH
DIMANCHE LUNDI MARDI MERCREDI JEUDI VENDREDI SAMEDI DIMANCHE
Sous-principes Sous-principes
Niveau Principes et
Sous-principes et sous-sous- et sous-sous- Sous-principes
d’organisation sous-principes
principes principes
Complexité Faible Moyenne Elevée Moyenne Faible
Sectorielle /
Sectorielle / Collective / Sectorielle / Intersectorielle /
Organisation Groupale /
Individuelle Intersectorielle Individuelle Sectorielle
Individuelle
Repos
Récupération
Dominante (récupération Force Endurance Vitesse Activation
active
passive)
Durée de la
45 à 60’ 90’ 90’ 90’ 45 à 60’
séance
Espaces de jeu Petits Petits Grands Moyens Moyens
Durée des Très courte (5’’- Très courte (5’’-
Courte (30’’-3’) Courte (30’’-3’) Moyenne (3’-6’)
séquences 30’’) 30’’)
Discontinuité
Forte Forte Faible Moyenne Forte
de la séance
Figure 8 : Morphocycle standard de José Mourinho (Adapté par Amieiro, N. et al. 2007).

L’un des aspects à prendre en compte lors de la composition du morphocycle est le temps
entre deux matchs en respectant la relation entre effort et récupération. C’est l’une des
contraintes majeures du football à prendre en compte dans la planification des entraînements.
Ainsi, plusieurs aménagements sont possibles tout en respectant les principes
méthodologiques. Avec 5 jours entre 2 matchs, le « jour prioritaire » à supprimer est le plus
couteux sur le plan physique et mental donc le jour à dominante endurance. Avec 4 jours entre
2 matchs, c’est le jour à dominante force qui est supprimé. Avec moins de 4 jours entre 2
rencontres c’est donc la récupération la priorité absolue ce qui n’empêche pas le maintien de
certains PJ du MDJ (respect de la Spécificité).

15
3/6/ Réflexion sur l’adaptation à la formation

« La rue m’a presque tout appris. […] Le trottoir m’a aidé à travailler ma technique. Idem
pour l’équilibre. Tomber dans la rue ça fait mal, et on n’a pas envie d’avoir mal. Alors tout
en jouant au foot, on apprend à ne pas tomber. » (Johan Cruyff, 2016).

Dans la première partie, nous avons vu que la création d’un Modèle de Jeu est tout à fait
applicable quel que soit le niveau de pratique, tout est dépendant du contexte dans lequel
l’entraîneur intervient. Dans chacun des facteurs à prendre en compte pour sa conception,
nous avons évoqué l’adaptabilité sur la formation. Dans le cadre plus large d’un projet club, le
MDJ pourrait permettre une transversalité au sein des catégories du club. En France, le Lille
Olympique Sporting Club (LOSC) applique le concept de PT dans toutes les catégories, des
U8 jusqu’aux pros dans le souhait d’avoir leur propre Modèle de Jeu. Réfléchissons à présent
aux ajustements à prendre en compte dans les principes méthodologiques pour des catégories
jeunes en rapport avec mon contexte d’intervention.

Du côté de la PT, la formation est vue à travers la nécessitée de transporter le football de rue à
l’école de football avant sa disparition imminente (Tamarit, 2010). Frade précise que les clubs
doivent, pour les joueurs de 5 à 14 ans, chercher à imiter le football de rue, en proposant des
jeux réduits, incitant les joueurs à garder le ballon et à créer (3c3 à 6c6).

Le 3 contre 3 chez les petits est un aspect fondamental. Entraîneur adjoint de l’équipe réserve
et responsable du secteur « Eveil » (U7 à U11) au LOSC, Dos Santos (2019) précise que « les
jeunes assimilent le 3 contre 3 pendant des mois. Chaque joueur doit maîtriser les
déplacements d’un triangle, les différentes passes, l’appui, la remise … Nous avons 33
variables de 3 contre 3, c’est considérable. ». Selon lui, en école de football, il n’y a aucun
intérêt à rythmer la semaine sur la sollicitation des contractions musculaires (principe
d’alternance horizontale en Spécificité) mais plutôt sur la sollicitation des centres nerveux.

Le supra-principe de Spécificité est applicable quelques soit la catégorie puisque le MDJ l’est.
Chaque contenu d’entraînement peut ainsi être construit en fonction du MDJ établi en
l’adaptant évidement aux caractéristiques de la catégorie. Tout comme le principe de
propension à travers la répétition des PJ, SPJ et SSPJ du MDJ qui devront, eux aussi, être
adaptés à la catégorie. Bien qu’ils soient moins approfondis en basses catégories, les PJ
doivent être hiérarchisés pour réduire la complexité suivant le principe de progression
complexe. Pour Frade, c’est seulement à partir de 14-15 ans, au moment où les joueurs sont
complets techniquement, que l’on peut aller dans les détails. Une complétude technique qui
peut être atteinte dans la PT par son approche globale de l’activité, où tout travail est
contextualisé. En effet, la technique au football doit être l’adaptation intelligente aux
situations du jeu (Tamarit, 2010). Des situations qui sont toujours différentes étant donné
l’incertitude et la variabilité qui accompagnent ce sport. Il faudrait donc apprendre en jouant !

Pour finir, la PT semble donc tout à fait applicable à tous publics à condition d’adapter
l’ensemble de ses fondements méthodologiques dont le Modèle de Jeu au public concerné et à
son contexte d’intervention.

16
4/ Bilan et conclusion
En conclusion, nous pouvons considérer que le Modèle de Jeu est la pierre angulaire d’une
méthodologie d’entraînement novatrice, la Périodisation Tactique, qui est encore très peu
démocratisée en France. Ce travail a eu pour objectif principal de s’y intéresser. Elle propose
une approche différente des méthodologies traditionnelles plus en adéquation avec ma
conception de l’entraînement et du football. D’autres sports collectifs s’intéressent également
à la PT. Eddie Jones, l’actuel sélectionneur de l’équipe d’Angleterre de rugby a avoué
récemment s’être inspiré du football et de la PT. Une ouverture avant d’autres ?

Nous avons vu que plusieurs facteurs sont à prendre en compte lors de la conception d’un
MDJ. Cette étape est vitale pour mener à bien son opérationnalisation. Le MDJ est la
référence de tout le processus d’entraînement, il permet un objectif commun entre tous les
protagonistes, des joueurs à l’entraîneur, dans un projet de jeu collectif. Les exemples
pratiques qui ont été utilisés pour illustrer les concepts peuvent bien évidement être optimisés
et adaptés selon les besoins de l’entraîneur. L’objectif n’est pas d’établir un MDJ fermé mais,
au contraire, d’ouvrir les possibilités aux entraîneurs souhaitant développer leur propre MDJ
avec réflexion et surtout en prenant en compte un élément fondamental : le contexte. De son
élaboration jusqu’à son opérationnalisation à travers le morphocycle et les principes
méthodologiques qui en découlent, le MDJ est donc le guide de l’ensemble du processus
d’entraînement dans la Périodisation Tactique. Elle semble adaptable à tous niveaux de
pratique (amateur comme élite) et à la formation, secteur où je devais intervenir.

Crédit images @flaticon.com

Figure 9 : schéma bilan de l’ossature organisationnelle de la Périodisation Tactique

17
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