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REMISE EN CAUSE DU CANON DANS LES HISTOIRES DE LA

LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE

Frédéric Weinmann

Presses Universitaires de France | Revue d'histoire littéraire de la France

2014/1 - Vol. 114


pages 45 à 66
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Pour citer cet article :


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Weinmann Frédéric, « Remise en cause du canon dans les histoires de la littérature étrangère »,
Revue d'histoire littéraire de la France, 2014/1 Vol. 114, p. 45-66. DOI : 10.3917/rhlf.141.0045
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REMISE EN CAUSE DU CANON
DANS LES HISTOIRES DE LA LITTÉRATURE
ÉTRANGÈRE

Frédéric Weinmann

Ce n’est pas une découverte  : le canon littéraire français s’ouvre à


l’étranger vers la fin du Premier Empire. Les deux symptômes les plus
connus de cette évolution proviennent eux-mêmes de Suisse : il s’agit d’une
part de l’ouvrage de Sismonde de Sismondi, De la littérature du Midi de
l’Europe, publié à Paris en 1813, et d’autre part du célèbre De l’Allemagne
de Madame de Staël, dont les épreuves avaient été détruites par la censure
en 1810 et qui voit le jour à Londres en 1813 avant de paraître dans la capi-
tale française en 1814. S’inspirant des idées de Montesquieu et de ses
contemporains, ces deux titres fondateurs propagent l’idée d’une ouverture
nécessaire de l’horizon intellectuel français et posent les bases d’une nou-
velle lecture des littératures étrangères. Michel Espagne et Michal Werner
l’ont constaté depuis longtemps  : «  La littérature française ne se découvre
comme littérature nationale que par opposition aux littératures étrangères.
Auparavant, elle tend à être la littérature par excellence1. »
Un document beaucoup moins célèbre illustre de manière pourtant tout
aussi nette l’évolution frappante du canon littéraire autour de 1815. Je veux
parler des Leçons de littérature et de morale de l’inspecteur général François
Noël et du professeur d’éloquence à l’université de Paris François Delaplace,
ou plus exactement de la préface à la troisième édition des Leçons latines de
littérature et de morale, datant de 1816, qui fournit de précieux renseigne-
ments sur les aléas de leur projet. Se réclamant du célèbre recteur de

1.  Michel Espagne, Michael Werner (dir.), Philologiques III. Qu’est-ce qu’une littérature
nationale ? Approches pour une théorie interculturelle du champ littéraire, Paris, Fondation de la
Maison des Sciences de l’Homme, 1994, p. 7.
RHLF, 2014, n° 1, pp. 45-66
46 revue d’histoire littéraire de la france

l’université de Paris Charles Rollin (mort en 1741), les deux auteurs avaient
publié en 1804 un premier recueil de textes extraits de la littérature fran-
çaise des xviie et xviiie siècles. Quelques années plus tard, ils continuent
l’entreprise avec des Leçons latines de littérature et de morale, parues en
1808, et préparent une anthologie de textes grecs. Leur projet initial entend
permettre l’étude simultanée et comparative des trois langues de l’enseigne-
ment traditionnel, « ces trois belles langues, les plus belles qui aient existé
dans l’univers » selon la préface de 1816 (p. xv) ; il s’agit de démontrer aux
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élèves le caractère éternel des œuvres classiques :
Cette corrélation a été étendue de la prose à la poésie, et réciproquement de cha-
cune même des trois langues aux deux autres, en sorte que ces trois ouvrages du
même genre, dans des langues différentes, n’en fissent, pour ainsi dire, plus qu’un en
trois parties, dont la réunion et l’étude seroient ainsi plus utiles. Ces rapports entre les
trois recueils sont même extrêmement nombreux  ; et, pour le dire en passant, c’est
une chose assez singulière et digne d’observation, que la manière dont nos grands
écrivains, et ceux de la Grèce et de Rome se rapprochent et quelquefois semblent se
confondre dans les morceaux les mieux pensés et les mieux écrits de leurs
ou­vrages2.

Cette citation reflète la position conservatrice des auteurs qui ne visent


pas à dégager des différences, mais au contraire à souligner des points com-
muns entre les littératures de plusieurs langues, c’est-à-dire au fond à établir
des valeurs absolues : de même qu’il existerait des similitudes entre prose et
poésie, on trouverait des constantes à toute époque et dans tout pays. D’où
l’adoption du même plan pour chaque volume, à savoir une table des
matières «  systématique  », et non «  historique  », qui fera autorité dans
l’enseignement de la première partie du xixe siècle.
La préface à la troisième édition des Lettres latines nous rappelle toute-
fois que le projet n’a pas évolué dans le sens que les auteurs souhaitaient.
En 1816, les Leçons françaises en sont à la septième édition, les Latines à
la troisième (sans compter les contrefaçons), mais les Grecques toujours en
attente. Malgré leurs efforts, elles ne verront le jour qu’en 18253 – après la
mort de Delaplace. En revanche, Noël s’associe à Charles-Pierre Chapsal
pour éditer, la même année que la troisième édition des Lettres latines,
des Leçons anglaises de littérature et de morale, qui seront suivies par des
Leçons italiennes en 1824 et des Leçons allemandes en 1827. Cette modifi-
cation forcée, de la part de défenseurs des valeurs traditionnelles, illustre
mieux que toute publication d’inspiration libérale la remise en cause pro-
fonde du canon littéraire au début du xixe  siècle. Ce n’est pas un hasard
si leur collection s’appelle à partir de cette date «  Cours de littérature

2.  François Delaplace, François Noël, Leçons latines de littérature et de morale (…). Nouvelle
édition revue, corrigée et augmentée. Paris, Le Normant, 1816, p.  x.
3.  Nous n’avons pas trouvé ce titre dans le catalogue de la BnF. En revanche, il existe à la
Harvard College Library (Hollis number 006219433) et est disponible sur Google books.
remise en cause du canon 47

comparée », première occurrence du terme à ma connaissance. Pierre Brunel,


Claude Pichois et André-Michel Rousseau estiment à juste titre que cette
dénomination constitue un «  pavillon trompeur4  ». Il n’en reste pas moins
qu’elle traduit une rupture profonde dans l’approche des littératures étran­
gères devenues – si l’on me pardonne cet anachronisme  – «  incontour­
nables ».
D’autres inflexions discrètes de cette « collection devenue classique dès
l’origine » – comme s’exprime le traducteur du volume consacré à la litté-
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rature anglaise, Louis Mézières5  – témoignent elles aussi d’une irrésistible
mutation. Le simple fait qu’on traduise les anthologies de textes anglais et
allemands indique déjà en soi un changement d’objectif : il n’est plus ques-
tion ici d’apprendre une langue étrangère, mais de découvrir des littératures
dont on ne peut lire l’original. La préface de Louis Mézières va cependant
beaucoup plus loin. Dès la première phrase, il atteste l’évolution du canon
littéraire :
Depuis que les besoins de la civilisation, les progrès de l’éducation politique, et
l’instinct de nouveauté qui travaille les sociétés modernes, multiplient ou renouvelle-
ment incessamment les richesses de l’esprit humain, on a senti l’avantage de ces
recueils qui offrent à une classe nombreuse de lecteurs, sans les astreindre à des
recherches longues et pénibles, une idée des chefs-d’œuvre littéraires de chaque
nation, et qui réunissent dans un cadre étroit les beautés éparses dans de nombreux
modèles. S’il est une littérature qui exige surtout un pareil choix, c’est sans doute la
littérature anglaise, déjà si étendue, si féconde, si riche dans tous les genres, et qui,
après avoir parcouru avec honneur toutes les carrières, semble aujourd’hui se rajeu-
nir, et brille d’une gloire toute nouvelle, grâce au génie des Byron, des Moore, et des
Walter Scott6.

En apparence, le traducteur cautionne l’approche conservatrice des


auteurs ; en réalité, il fait un pas supplémentaire en direction de l’étranger.
Il loue par exemple Noël et Chapsal d’avoir sélectionné des textes suscep­
tibles de satisfaire le goût français. Il incite en outre les lecteurs à se livrer
à de traditionnels parallèles, à « comparer Pascal avec Addison, Clarendon
avec Bossuet, Voltaire tour à tour avec Shakespeare, Pope, et Parnell,
Massillon avec Blair, Delille avec Denham, Goldsmith, et Darwin, Thomson
avec Saint-Lambert, Florian avec Byron, M. Andrieu avec Pope, M. Baour-
Lormian avec Logan, M. de Châteaubriand avec Goldsmith7 » – fournissant
par la même occasion une brève liste des auteurs canoniques de l’enseigne-
ment pendant la Restauration. Enfin, dans une note en bas de page, il

4. Voir à ce sujet Pierre Brunel, Claude Pichois, André-Michel Rousseau, Qu’est-ce que la
littérature comparée ? Deuxième édition, Paris, Armand Colin, 2009, p. 18.
5.  Louis Mézières, Leçons anglaises de littérature et de morale traduites en français par
M. L. Mézières. Prose, Paris, Delestre-Boulage, 1823, t. I, p.  ii.
6.  Ibid., p.  i.
7.  Ibid., p.  vi.
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souligne par précaution que, bien loin de prouver la pauvreté de la langue


d’arrivée, les difficultés de traduction qu’il a rencontrées tendent au contraire
« à rehausser la gloire des écrivains français8 ».
Cependant, il s’écarte subrepticement de la version originale des Leçons
anglaises. Ainsi, il signale comme en passant dans un nota bene à la fin de
la préface qu’il a supprimé, entre autres choses, les passages traduits des
poètes anciens. Ce détail mérite de retenir toute notre attention. Dans la
première partie du xixe siècle, de nombreux Cours de langue vivante com-
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prennent en effet des extraits d’auteurs grecs ou latins, traduits en anglais ou
en allemand, pour inciter les élèves à comparer les idiomes entre eux et, de
manière indirecte, légitimer l’introduction des langues vivantes à l’école9.
La suppression de tels extraits suggère qu’il ne s’agit pas pour Mézières de
transmettre des valeurs éternelles, mais d’ouvrir aux élèves les arcanes
de l’étranger. Une citation importante confirme cette supposition :
J’ai cru devoir conserver avec soin l’empreinte des coutumes, des mœurs, et des
institutions, les allusions aux souvenirs historiques et aux croyances populaires, les
noms de pays et d’individus, et tout ce qui forme, en quelque sorte, le coloris local.
J’ai respecté les hardiesses, les originalités, souvent même les bizarreries qui se ren-
contrent dans les écrivains anglais. Sans doute quelques tableaux, tels que la Reine
Mab par Shakespeare et le Costume de sir Hudibras par Butler, paraîtront d’un goût
assez étrange à certains lecteurs  ; mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici d’une
littérature distincte, et pour ainsi dire isolée comme le peuple auquel elle appartient.
Par la même raison j’ai dû chercher à reproduire avec toute sa franchise l’expression
des sentiments, des opinions, ou des préjugés nationaux10.

Cette évolution apparaît de manière plus frappante encore dans un autre


manuel prétendant s’inscrire dans la lignée du premier, à savoir les Nouvelles
Leçons anglaises de littérature et de morale publiée en 1829 par Victor
Rendu – mieux connu comme ampélographe –, qui était alors âgé de vingt
ans. Avec une naïveté proche de l’hypocrisie, l’auteur se défend d’avoir eu
le premier l’idée d’un tel travail et rend hommage aux pionniers Noël et
Chapsal. Dans les faits, il se contente de récupérer le titre de la célèbre col-
lection, rompt avec la tradition incarnée par ses prédécesseurs et inscrit son
propre projet dans une perspective révolutionnaire. Dès la première page de
son introduction, il explique que la génération de 1830 ne ressemble pas à
celle de 1789 ; selon lui, on chercherait alors à s’ouvrir de nouvelles routes.

8.  Ibid., p.  ix.


9.  Sur ce point, on pourra consulter Élisabeth Rothmund, « Manuels, auteurs et éditeurs dans
les premières décennies de l’enseignement scolaire de l’allemand », dans Histoire de l’éducation,
n° 106, 2005, pp. 15-40 ainsi que Frédéric Weinmann, « Les meilleurs auteurs de langue allemande
dans les manuels scolaires de la première partie du xixe  siècle  », dans Nouveaux cahiers d’alle-
mand, n° 28, mars 2010, pp. 57-70.
10.  Louis Mézières, Leçons anglaises de littérature et de morale traduites en français, op. cit.,
pp.  vi-vii.
remise en cause du canon 49

La jeunesse réclamerait un nouveau mode d’enseignement et l’Université


aurait compris ce besoin de réforme :
Elle a senti qu’au xixe siècle, il n’était pas bon de renfermer l’éducation première
dans les bornes trop étroites des langues mortes ; elle a provoqué de salutaires amé-
liorations. Honneur à l’Université ! Désormais nous sommes affranchis de cet esprit
de restriction dont la France a si longtemps ressenti les funestes effets11.

Emporté par l’enthousiasme, il privilégie l’historien William Robertson


à cause de son impartialité et la pureté de son style, mais se flatte également
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d’offrir aux collégiens des extraits de Sterne, Goldsmith, Ben Jonson et
Scott pour la prose, Pope, Montgomery, Milton, Gay et Byron pour la poé-
sie. Dans la deuxième édition de son manuel, parue chez Hachette quinze
ans plus tard, il fait toutefois amende honorable, regrette d’avoir adopté
avec trop de complaisance les représentants de l’école moderne, dont
«  l’imagination brillante  » l’avait séduit, et annonce avoir été ramené à la
« saine littérature » par une étude plus approfondie de la langue anglaise. En
vérité, il se contente de puiser à d’autres sources  ; le nombre d’auteurs
sacrifiés demeure limité et insignifiant : Thomas Cranmer, Henri VI, Aaron
Hill, Henry Jones, Amelia Opie et Geoffrey de Vinsauf. Ce qui est plus
intéressant, c’est de comparer la liste des écrivains mise en avant dans la
préface de 1829 avec celle de 1844 :
C’est dans les ouvrages classiques de l’Angleterre, dans les écrivains qui peuvent
être considérés comme les modèles les plus parfaits de goût et de style que nous
avons choisi la plupart de nos extraits. Dryden, Pope, Addison, Johnson [sic], Milton,
Hume, Blair, Robertson, Goldsmith, Sterne, Swift, Gay, Chesterfield, ont été nos
auteurs de prédilection. Toutefois, notre admiration pour ces grands-maîtres ne nous
a pas rendu injuste  ; nous avons souvent puisé chez les modernes  : Montgomery,
Wordsworth, Southey, Macpherson, Byron, Th. Moore, Walter Scott, etc., nous ont
offert plus d’un passage que leurs devanciers n’auraient pas désavoué12.

On voit bien qu’un canon étranger s’impose en France dans la première


moitié du xixe siècle. Il se constitue d’une liste d’auteurs présentés comme
des références ; on retiendra en particulier l’emploi de termes autrefois réser-
vés aux langues anciennes ou au français, comme «  ouvrages classiques  »,
« grands maîtres » ou « modèles les plus parfaits de goût et de style ». La
littérature anglaise a donc acquis ses lettres de noblesse dans l’hexagone. Les
noms mis en avant nous étonnent parfois, notamment Blair et Robertson,
mais ils correspondent à un palmarès assez stable à cette époque. La déro-
bade de Rendu entre la première et la deuxième édition des Nouvelles Leçons

11. Victor Rendu, Nouvelles leçons Anglaises de littérature et de morale, Paris, Brunot-Labbe,


1829, p.  ii.
12. Victor Rendu, New Lessons of English Literature. Nouvelles leçons de littérature anglaise
recueillies par M.  V. Rendu. Ouvrage autorisé par le conseil royal de l’instruction publique.
Deuxième édition, Paris, Hachette, 1843, p.  i.
50 revue d’histoire littéraire de la france

anglaises prouve surtout que l’étude des littératures étrangères ne relève plus
d’une lubie de jeunes ébouriffés induits en erreur par leur exaltation, mais
qu’elle est désormais partie intégrante de l’enseignement et de la culture. Il
n’y a plus d’audace à reconnaître d’autres valeurs que les références clas­
siques ; depuis 1815, les conservateurs et l’institution ont entrevu la néces-
sité d’ouvrir le canon littéraire à la littérature étrangère.
Pour mesurer l’ampleur du changement, j’ai commencé par une étude si
l’on peut dire bibliométrique des publications relatives aux littératures étran-
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gères, dont on trouvera le résultat dans le tableau en annexe. À partir des
informations fournies par le catalogue général de la Bibliothèque nationale
de France et de quelques autres sources (notamment l’Histoire littéraire
française et étrangère d’Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, qui propose une
bibliographie de l’histoire littéraire étrangère, utile malgré son imprécision),
j’ai établi la liste des Histoires de la littérature étrangère parues avant 1914.
S’il en manque, c’est sans doute très peu. Ainsi ai-je écarté volontairement
l’Histoire biographique et critique de la littérature anglaise depuis cin-
quante ans d’Allan Cunningham, traduite par Philarète Chasles, parce
qu’elle fut seulement publiée dans la Revue des Deux Mondes entre le
1er novembre 1833 et le 15 janvier 1834 et jamais en volumes13.
Afin de réduire le champ d’investigation et gagner du temps, mais aussi
pour mieux souligner les caractères généraux de l’évolution, j’ai procédé
d’emblée à une double série de tris. Tout d’abord, j’ai exclu de mon enquête
les Histoires de la littérature française et les Histoires de la littérature
ancienne (c’est-à-dire grecque, romaine ou latine), une élision assurément
regrettable car le relevé exact et chiffré démontrerait l’évidente suprématie
de ces titres, au moins deux fois plus nombreux que les Histoires des autres
littératures ; et je ne parle pas ici des tirages ou des rééditions. Si les fron-
tières du canon littéraire s’ouvrent, il ne faut pas se leurrer sur la résistance
des valeurs traditionnelles qui restent dominantes. Par ailleurs, je n’ai retenu
que les titres dans lesquels figure l’expression «  histoire de la littérature
+ un adjectif » (avec quelques variantes du genre Histoire des lettres belges
d’expression française ou Histoire de la poésie provençale). Si j’ai un peu
triché en intégrant l’importante collection « Histoires des littératures  »
publiée chez Colin bien que le mot « histoire » n’apparaisse pas proprement
dans le titre des volumes, j’ai en revanche laissé de côté les Essais ou les
Études, même si celles de Philarète Chasles – à nouveau lui – constituent au
bout du compte des histoires de la littérature étrangère. Là encore, on pourra
déplorer la radicalité d’un procédé artificiel qui efface par exemple des pré-
curseurs intéressants comme la Letteratura turchesca de Giambatista

13. Voir Claude Pichois, Philarète Chasles et la vie littéraire au temps du romantisme, Paris,
Corti, 1965, t. I, pp. 376-377.
remise en cause du canon 51

Toderini, traduite en 1789, ou De la littérature des nègres d’Henri Grégoire,


publié en 1808. Du fait de ces principes, il manque aussi les ouvrages de
James Darmesteter, Études iraniennes et Essais orientaux (tous les deux
parus 1883), et surtout quatre études consacrées à la littérature américaine.
Mais les avantages me paraissent compenser les pertes. Ainsi, l’absence
de toute Histoire de la littérature américaine avant 1911 est révélatrice du
statut de cette production qui ne se dégage que peu à peu de la littérature
anglaise. Il ne peut pas y avoir d’Histoire de la littérature américaine
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puisque, aux yeux des contemporains, cette littérature n’a pas d’histoire. J’en
prendrai pour preuve le témoignage de Thérèse Bentzon dans le premier para-
graphe de son « Étude sur la littérature américaine » servant de préface à la
traduction de Miss Ludington’s Sister d’Edward Bellamy, parue en 1891 :
Il n’y a pas de pays où l’opinion, une fois faite, ait plus de peine à se modifier
qu’en France. On avait établi au commencement du siècle que le peuple américain,
essentiellement utilitaire, exclusivement préoccupé de progrès industriels, était inca-
pable d’exceller dans le domaine des arts et des lettres. Ce préjugé s’est perpétué
outre mesure : pendant une quarantaine d’années les démentis les plus éclatants n’ont
pas suffi pour le dissiper14.

Ce bilan semble encore fort optimiste quand on voit que dans son
Histoire des littératures étrangères parue la même année (c’est-à-dire à la
toute fin du siècle), Henri Tivier parle toujours de «  littérature anglo-
américaine  » et n’y consacre qu’un chapitre (soit six pages sur 662) pour
clore la partie consacrée à la littérature anglaise. Les deux filtres adoptés
font donc bien ressortir la lenteur et la faible amplitude de l’évolution. Le
fait qu’une littérature étrangère pénètre le champ littéraire français ne signi-
fie pas qu’elle soit canonisée. La Russie, avec tout juste quatre Histoires de
la littérature et sept études (non recensées dans le tableau ci-après), en four-
nit un autre exemple éclatant  : il faut bien distinguer la mode et le canon
(qui n’est qu’un aspect de la mode).
Les chiffres auxquels aboutit ce sondage démontrent de manière mathé-
matique l’implosion du canon littéraire français sous la pression de l’exté-
rieur à partir de la fin du xviiie siècle15. En effet, on constate que les premières
entreprises portant le nom d’Histoire littéraire viennent de l’étranger  ; on
notera en particulier le rôle précurseur de l’Italie dans ce mouvement : j’ai
évoqué plus haut De la littérature turque de l’abbé Toderini, mais il faudrait
signaler aussi l’Histoire de la littérature italienne, adaptée de celle de

14.  Thérèse Bentzon, « Étude sur la littérature américaine », dans Bellamy, Edward, La Sœur
de miss Ludington par Edward Bellamy. Traduction de R. Issant précédée d’une Étude sur la litté-
rature américaine par Th. Bentzon, Paris, J. Hetzel et Cie (Bibliothèque franco-étrangère), 1891,
pp. 1-148, ici p. 1.
15.  Il ne faut pas tenir compte de la Bibliothèque germanique, ou Histoire littéraire de l’Alle-
magne, de la Suisse et des pays du Nord, en fait une revue de l’actualité littéraire, parue à
Amsterdam entre 1720 et 1741.
52 revue d’histoire littéraire de la france

Girolamo Tiraboschi en 1784, et surtout l’œuvre fondamentale du jésuite


espagnol Juan Andrés, Dell’origine, dei progressi e dello stato attuale
d’ogni letteratura, traduite en 1805 sous le titre d’Histoire générale des
sciences et de la littérature depuis les temps antérieurs à l’histoire grecque
jusqu’à nos jours, qui consacre plusieurs chapitres au rôle de la culture
arabe dans l’évolution des lettres16. Si l’on y ajoute les noms de Jean
Senebier, Friedrich Bouterwek, Walter Scott, Francesco Salfi, Daniel
Stoeber, Friedrich Schlegel, Jan van s’Gravenweert et Carl Koberstein, onze
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des seize premiers auteurs figurant dans le tableau sont des étrangers, pour
la plupart traduits. L’impulsion vient donc de l’extérieur. C’est autour de
1835 que le mouvement prend de l’ampleur, c’est-à-dire que les Français
de souche se mettent à rédiger leurs propres Histoires de la littérature étran-
gère et que le champ d’investigation s’élargit à un nombre croissant de pays.
L’analyse des résultats fait apparaître une hiérarchie très nette entre les dif-
férentes nationalités.
Sur les 132 titres recensés avant l’année 1914, 19 concernent la littéra-
ture allemande, 13 l’anglaise, 11 l’espagnole et 10 l’italienne. On distingue
ensuite un deuxième bloc moins important, comprenant 5 Histoires de la
littérature provençale et 5 de la littérature belge, auxquelles on pourrait
adjoindre 2 Histoires de la littérature flamande et 2 Histoires de la littéra-
ture néerlandaise. Vient ensuite la longue liste des littératures ayant droit au
maximum à 3 publications (parfois simplement de l’ordre d’une dizaine de
pages), à savoir les littératures arabe, arménienne, brésilienne, canadienne,
catalane, danoise, géorgienne, haïtienne, hongroise, indienne, nordique, por-
tugaise, russe, scandinave, slave, suédoise et suisse, dont un certain nombre
est publié à l’étranger (Amsterdam, Bruxelles, Budapest, Genève, Louvain
ou Montréal) par des éditeurs soucieux de promouvoir la littérature de leur
pays. Restent pour terminer les 19 Histoires des littératures étrangères en
général, auxquelles je suis tenté d’adjoindre 2 Histoires de littérature euro-
péenne et une autre de la littérature occidentale. Ces publications ne font
que confirmer les chiffres précédents puisqu’elles consistent pour la plupart
en une présentation synthétique du premier groupe (les littératures alle-
mande, anglaise, espagnole et italienne), auquel seules quelques-unes
adjugent les littératures scandinaves, la littérature néerlandaise, quelques
littératures slaves ou la littérature américaine.
On voit donc bien se dégager le concept de « littérature(s) étrangère(s) »
(ou de «  littérature moderne  ») par opposition à la «  littérature française  »
d’une part, à la littérature ancienne ou antique d’autre part. Bien que la grande
majorité des titres préfèrent le pluriel, remarquons en passant l’emploi du

16. Voir à ce sujet Franco Arato, « Un comparatista : Juan Andrés », dans Cromohs 5, 2000,
pp. 1-14.
remise en cause du canon 53

singulier, officialisé en 1830 par la création d’une « chaire de littéraire étran-


gère  » en Sorbonne, puis d’autres chaires similaires à Lyon en 1838 ou à
Rennes en 183917. Cette notion complémentaire des deux piliers traditionnels
des belles-lettres, hérités des siècles précédents, couvre en réalité un horizon
restreint, à savoir la production des quatre grands pays voisins. Le concert des
nations ne produit encore que de la musique de chambre.
Pour donner une idée juste du canon de la littérature étrangère qui
domine tout le xixe  siècle, il faut s’arrêter un moment sur l’Histoire des
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lettres d’Amédée Duquesnel – même si Pierre Brunel, Claude Pichois et
André-Michel Rousseau estiment que la « gâte malheureusement un dessein
avoué d’apologétique18  ». Dans la préface à la première édition19, l’auteur
critique sans détour les Leçons de littérature de La Harpe, accusées de tra-
duire « une pensée étroite et souvent sans portée » (t. I, p. 7) : « Demandez-
leur ce que c’est que Dante, que Shakspeare, les plus grands noms de la
renaissance littéraire, les premiers génies qui aient surgi depuis l’antiquité ;
elles ne le savent pas  » (ibid.). On constate de cette manière une rupture
nette par rapport aux siècles précédents : Duquesnel réclame une plus grande
ouverture d’esprit, estimant du reste que « l’époque actuelle » permet plus
que toute autre « une appréciation impartiale de la littérature générale » (t. I,
p. 8) : « […] aujourd’hui, avance-t-il, les esprits se sont calmés, les préjugés
de nations et d’écoles ont disparu ; nous étudions assez froidement chaque
forme de l’art, et admirons le beau sous quelque bannière qu’il se trouve »
(ibid.). Jugement assez cocasse quand on lit ce qu’il écrit par ailleurs sur les
nuages qui enveloppent prétendument la pensée des Allemands. Pour justi-
fier son entreprise, il cite (en le modifiant quelque peu) un compte rendu
qu’il a publié dans la Revue européenne en octobre 1833 :
Un cours de littérature a pour mission de guider les hommes dans l’étude des
grands monuments de l’esprit humain, de suivre le génie depuis son apparition dans
les Livres saints, aux montagnes de Syrie, jusqu’au développement des derniers
siècles de notre Europe, à travers cette Grèce sensuelle et brillante, cette Italie qui
n’en est qu’un reflet d’abord, et qui vient, au moyen âge, donner à la poésie un de ses
plus beaux noms. On sent quelle foule de détails il faut négliger dans ce vaste ensei-
gnement. L’humanité semble choisir un interprète principal dans chaque siècle, tantôt
dans une contrée, tantôt dans une autre. Italien avec Dante, Anglais avec Shakspeare,
Français avec Bossuet, l’historien doit abdiquer tout étroit sentiment de patrio-
tisme20.

17. Voir Francis Claudon, Karen Haddad-Wotling, Précis de littérature comparée, Paris,


Armand Colin, coll. « 128 », p. 6 et Chevrel, Yves, La Littérature comparée (sixième édition mise
à jour), Paris, Puf (Que sais-je ?), 2009, pp. 10-12.
18.  Pierre Brunel, Claude  Pichois, André-Michel Rousseau, Qu’est-ce que la littérature com-
parée, op. cit., p. 20.
19.  Amédée Duquesnel, Histoire des Lettres avant le christianisme, Paris, Renduel, 1836.
20.  Amédée Duquesnel, « Cours de Littérature Profane et Sacrée par F. J. Colombet », dans
Revue européenne, t. VII, octobre 1833, pp. 244-250, p. 245. Cité ici dans la version de 1845.
54 revue d’histoire littéraire de la france

Le passage explique le principe même de la canonisation : une consécra-


tion d’œuvres majeures aux dépens des détails ; le moteur de cette sélection
est à ses yeux l’histoire de l’humanité elle-même. Sa préface ne révèle
aucune conscience d’un choix arbitraire ou de stéréotypes, mais traduit au
contraire la conviction d’une évidence. Pour lui  – on l’aura compris  –, le
moteur de l’histoire s’appelle Dieu – d’où la dénonciation de son « dessein
apologétique ». Néanmoins, que ces missions nationales soient voulues par
Dieu ou non ne change rien à l’affaire  ; il est même plutôt intéressant de
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noter à nouveau qu’en 1833, de telles positions ne sont plus radicales ou
laïques, mais qu’elles sont déjà établies. Même chez les plus conservateurs,
l’histoire en marche implique une succession de grandes œuvres dans plu-
sieurs pays et dans plusieurs langues. La préface à la deuxième édition
(« revue, corrigée et considérablement augmentée », quoique partielle) pré-
cise cette conception :
J’entrepris donc de présenter, autant que possible dans l’ordre chronologique,
l’histoire littéraire de chaque peuple : c’est-à-dire la biographie des grands écrivains,
une étude sur leurs ouvrages, les rapports de toutes les littératures entre elles, ce
qu’elles se doivent les unes aux autres, comment elles ont été l’expression de la
société, et comment aussi elles ont souvent modifié cette société elle-même, enfin
l’influence puissante exercée sur les œuvres de l’esprit humain par la religion, avant
et après l’établissement du christianisme21.

En réalité, l’étude comparatiste des «  rapports de toutes les littératures


entre elles  » se limite à bien peu de choses, sinon répéter que les grandes
créations de l’humanité sont l’œuvre de Dieu  ; un coup d’œil sur la table
des matières suffit à prouver que l’auteur se contente de juxtaposer des cha-
pitres où il traite une à une des poésies nationales, anciennes et modernes.
Pour comprendre ce plan, il faut s’interroger sur l’expression d’«  ordre
chronologique » qui, si elle paraît évidente pour la Bible, la Grèce ou Rome,
devient beaucoup plus subjective à propos des littératures dites modernes.
En fait, l’article de 1833 suggérait déjà l’association de chaque pays avec un
poète fondateur : l’ordre Italie, Espagne, Angleterre, Allemagne recouvre en
fin de compte l’ordre chronologique Dante, Cervantès, Shakespeare et – de
manière variable suivant les décennies  – Lessing, Schiller ou Goethe. On
retiendra de cet article fondateur la formulation «  un interprète principal
dans chaque siècle », qui résume la complémentarité des nations au sein du
canon étranger.
Cette organisation chronologique se retrouve dans toutes les histoires
de la littérature étrangère du xixe  siècle. Celle de Tivier, datant de 1891,
en offre un autre exemple magistral. Tivier conçoit l’histoire de la littérature

21.  Amédée Duquesnel, Histoire des lettres. Cours de littérature comparée par M. Amédée
Duquesnel. Considérations générales. L’orient. L’Inde. La Chine. La Bible. Deuxième édition,
revue, corrigée et considérablement augmentée, Paris, Coquebert, 1845, t. I, p. 2.
remise en cause du canon 55

comme une succession de sommets s’élevant l’un après l’autre dans


di­verses contrées  ; il emploie pour les décrire des expressions comme
«  âge d’or  », «  occuper la scène  » ou «  se transmettre le flambeau de la
poésie ». Après avoir évoqué en quelques lignes la littérature arabe, perse
ou indienne, il postule dès le début de sa préface qu’on ne saurait y trou-
ver ni réel plaisir ni véritable profit et que seule l’Europe mérite par
conséquent de retenir l’attention. Même s’il ajoute quelques langues plus
rares, son ouvrage reprend l’ordre canonique Italie, Espagne, Angleterre,
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Allemagne, Littérature du Nord (scandinave et hollandaise), slave (russe,
polonaise, hongroise), justifiant cette sélection par la prétendue date de
naissance des diverses littératures nationales. Le plus intéressant se trouve
néanmoins ailleurs. Les dernières phrases de la préface, dans lesquelles
l’ordre de présentation des nations ne respecte pas tout à fait l’ordre adopté
dans la table des matières, révèle le primat de Rome dans cette concep-
tion  : plus les pays sont éloignés de la «  reine des nations  », plus ils
mettent de temps à se réveiller. Pour Tivier, seules les littératures qui
reprennent l’héritage de la «  civilisation romaine  » appartiennent à propre-
ment parler au domaine de LA littérature. Son renvoi aux termes de
« Germanie », « Sarmatie » et « Scythie » prouve la résistance de la tradi-
tion gréco-latine jusqu’à la fin du siècle. Le schéma pseudo-chronologique
cache au bout du compte la conviction sous-jacente et tacite d’une diffu-
sion de la culture à partir de Rome.
Dans l’esprit des contemporains, cette succession d’acmés s’explique
par un phénomène historique dû à la rencontre de différents facteurs. Au fil
des publications, on voit se préciser – après la théorie des climats issue de
Bouhours et de Montesquieu22 et répandue au début du siècle par le « groupe
de Coppet » – la théorie des « littératures nationales » dont toute l’armature
se trouve déjà présente dans la préface à l’Histoire de la littérature anglaise
d’Hippolyte Taine, parue en 1863. Pour le matérialiste qu’est Taine, la vie
littéraire d’une nation résulte de la rencontre de trois «  forces primor­
diales » : la race, le milieu et le moment :
C’est ainsi que s’expliquent les longues impuissances et les éclatantes réussites
qui apparaissent irrégulièrement et sans raison apparente dans la vie d’un peuple  ;
elles ont pour causes des concordances lorsque, au dix-septième siècle, le caractère
sociable et l’esprit de conversation innés en France rencontrèrent les habitudes de
salon et le moment de l’analyse oratoire, lorsqu’au dix-neuvième siècle, le flexible et
profond génie d’Allemagne rencontra l’âge des synthèses philosophiques et de la
critique cosmopolite23.

22. Voir à ce sujet Gonthier Louis Fink,, «  De Bouhours à Herder. La théorie française des
climats et sa réception outre-Rhin », dans Études germaniques XV, 1985, pp. 3-15.
23. Hippolyte Taine, Histoire de la littérature anglaise par H. Taine. Paris, Hachette, 1863, t. I,
p.  xxxii.
56 revue d’histoire littéraire de la france

Quand l’esprit d’une époque contredit les tendances profondes d’une


nation, on constaterait en revanche un creux dans la production poétique
de celle-ci. Taine donne deux exemples de ce qu’il appelle des «  contra-
riétés » : les « beautés partielles » de la Pléiade ou le « théâtre avorté » du
xviie siècle anglais. Cette conception nationale (ou plutôt «  raciale  ») de
l’histoire littéraire suppose bien entendu des choix, des consécrations et
des exclusions qui restent difficiles à cerner à l’heure actuelle, dans la
mesure où nous partageons toujours maintes valeurs propres à cet arte-
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fact  : qui oserait contester la suprématie de Dante, de Cervantès, de
Shakespeare & Cie ?
Si l’on essaie pourtant de déterminer le moteur de cette canonisation, on
serait tenté de croire que les critiques, les censeurs, les professeurs du
xixe siècle décrétaient « grand » un auteur ou une œuvre qui leur semblaient
illustrer un certain caractère national prédéfini. Plutôt que de développer
l’exemple bien connu de Taine, je préfère m’attarder pour conclure sur l’un
de ses élèves, Jean-Jules Jusserand, qui reprend le sujet après la mort
du maître et publie à partir de 1894 une monumentale Histoire littéraire du
Peuple anglais en trois volumes, dont seuls deux virent le jour à ma connais-
sance. Un passage de la préface au deuxième tome laisse entrevoir la lo­gique
qui préside peut-être au palmarès. Jusserand y évoque le projet de John
Bale, à savoir l’immense Catalogue des Écrivains illustres qui ont fleuri
dans la Grande-Bretagne appelée aujourd’hui Angleterre et Écosse, depuis
Japhet, pendant l’espace de 3618 ans, achevé d’imprimer en 1559. Malgré
toute son admiration, Jusserand reproche à Bale d’avoir eu « peur de nuire
par omission à sa patrie » : « Tous les auteurs qu’un lien rattache à l’Angle-
terre, explique-t-il, sont compris dans sa liste, quelle que soit la langue dont
ils se soient servis24 […].  » Cette restriction reflète l’incompréhension de
Jusserand pour le projet de son lointain prédécesseur et la spécificité des
Histoires de la littérature depuis le début du xixe siècle : pour Bale, un écri-
vain anglais est un écrivain né sur le sol anglais ; pour Jusserand, c’est un
écrivain qui se sert de l’anglais ou plutôt, même s’il ne le dit pas, qui écrit
des genres anglais.
C’est ainsi qu’il peut distinguer dans l’histoire des lettres anglaises des
«  périodes de silence  », pour reprendre le titre d’une de ses sous-parties
(t. I, p.  209). La poésie du Moyen Âge, par exemple, ne compte pas dans
son canon de la littérature anglaise car elle s’inspire de modèles étrangers.
Inutile de préciser qu’à ses yeux, non seulement les œuvres écrites en fran-
çais par des écrivains anglais, mais aussi les traductions sont exclues du
patrimoine littéraire national. Quant aux autres œuvres, il y voit des échecs,

24.  Jean-Jules Jusserand, Histoire littéraire du peuple anglais par  J.-J. Jusserand. Paris,
Firmin-Didot, 1894-1904, t. II, p. 58.
remise en cause du canon 57

expliqués par l’incompatibilité du genre littéraire avec le caractère national.


Ainsi écrit-il à propos du Chant de Renart :
Toutefois, les poètes faiseurs de chansons n’atteignirent presque jamais la légè-
reté d’allure de l’insouciante muse française  ; à lire en grand nombre les romances
des deux pays, on est frappé de la différence. Le printemps des Anglais est mêlé
d’hiver et le nôtre d’été ; ils chantent mai se souvenant d’avril et nous chantons mai
pensant à juin. […] Le sérieux des Anglo-Saxons s’était atténué au contact des
nouveaux-venus, mais sans s’effacer entièrement et à jamais : on devine la possibilité
de retours tristes, jusqu’au milieu de la joie de « merry England »25.
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Pourtant, une lecture plus attentive contredit l’hypothèse première d’une
fondation du canon littéraire sur la base des caractères nationaux. Le cas de
Bacon, notamment, prouve que certains auteurs peuvent rester en lice même
s’ils contredisent le prétendu tempérament de leur peuple. En effet, la com-
paraison entre Bacon et Montaigne induit un renversement des valeurs.
Jusserand explique que les Essais de l’Anglais doivent beaucoup à l’œuvre
dont ils empruntent le titre. Mais la différence est frappante ; c’est l’inverse
de celle qu’on attendait :
Il est impossible de moins ressembler à un modèle que ne fait cet imitateur ; les
rôles habituels sont ici retournés ; c’est le Français qui est décousu, aventureux, pit-
toresque ; c’est l’Anglais qui demeure logique, pondéré, classique. […] Bacon parle
en homme appliqué et réfléchi […]. Classique dans l’âme, il dispose son jardin à la
française, avec des allées au cordeau, des charmilles, des fontaines et des haies
taillées en pyramide26 […].

Jusserand passe sans commentaire sur cette contradiction pourtant frap-


pante de son principe général. Il n’affirme pas, comme pour les chansons du
Moyen Âge ou le théâtre du xviie siècle, que les Essais de l’un ou de l’autre
constituent par définition des échecs. Tout au plus remarque-t-il que
Montaigne est Gascon, mais sans aller jusqu’à l’exclure du canon de la lit-
térature française27. On découvre donc un faux raisonnement qui mérite
réflexion.
Sur quoi repose en fin de compte le tri opéré ? Il semble peu probable
que ce soit sur les prétendus caractères nationaux, en vérité bien insigni-
fiants et manifestement accommodés à toutes les sauces. À la lecture des
Histoires de la littéraire étrangère, on acquiert peu à peu l’impression qu’un
consensus tacite règne entre les nations européennes qui s’attribuent réci-
proquement des temps forts et des qualités complémentaires. En même
temps, il existe – même avant le traumatisme de 1871  – un rapport de
concurrence entre les cultures étrangères. Pour Émile Gebhart par exemple,
il s’agit de justifier le retard de la France par rapport à l’Angleterre au

25.  Ibid., t. I, p. 231.


26.  Ibid., t. II, p. 865.
27. Voir à ce sujet les remarques de Mariane Bury dans son article sur Nisard.
58 revue d’histoire littéraire de la france

xviiie siècle. L’inévitable citation de Voltaire sur Shakespeare introduit des


considérations sur une époque militante et donc non littéraire  ; la mise en
valeur des aspects philosophiques et prérévolutionnaires du siècle des
Lumières permet de passer sous silence le fait que l’esthétique classique
continue de dominer en France et d’en arriver à une conclusion satisfaisante
à ses yeux :
Les aperçus qui précèdent suffisent à indiquer les différences essentielles d’ins-
piration et de génie qui séparent les écrivains français et les écrivains anglais du
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xviiie  siècle. L’Angleterre a produit alors une enquête curieuse, souvent profonde,
parfois malveillante, entreprise par des moralistes chagrins et sceptiques, sur la nature
humaine ; mais la France a essayé l’effort le plus généreux pour soulever l’homme et
l’améliorer en le rapprochant des deux objets les plus chers de son amour : la liberté
et la justice28.

On voit comment la lecture de la littérature française se définit en creux


(comme on aurait dit à l’heure du structuralisme) par rapport aux produc-
tions contemporaines des autres pays européens. La canonisation des littéra-
tures nationales au xixe siècle constitue un phénomène complexe, engageant
des agents multiples aux motivations variées29. Dans ce contexte, on peut se
demander si les médiateurs des littératures étrangères ne se contentent pas
de reprendre les valeurs élaborées au même moment dans les pays voisins.
Ainsi, les fluctuations du canon de la littérature allemande en France
reflètent-elles tout au long du xixe siècle les variations de ce même canon de
l’autre côté du Rhin. La rapide circulation des personnes et des idées dans
l’Europe de l’époque autorise une telle hypothèse. Le fait que les Histoires
de la littérature étrangère soient nécessairement des ouvrages de seconde
main la renforce30. Bien entendu, la personnalité et les goûts du compilateur
se font sentir par endroits  : une histoire de la littérature catholique défend
d’autres valeurs qu’une histoire d’inspiration matérialiste. Mais on peut
soutenir à bon droit, me semble-t-il, que la théorie des caractères nationaux
ne constitue qu’un vernis ou un liant pour légitimer un choix reposant en
fait sur d’autres critères.

28. Émile Gebhart, Le xviiie siècle anglais et le xviiie siècle français. Discours d’ouverture du
cours de littérature étrangère à la faculté de Nancy, par M. Émile Gebhart, professeur suppléant,
ancien membre de l’École française d’Athènes, Nancy, Lepage, 1868, pp. 36-37.
29. Voir Robert Charlier, «  Klassikermacher. Goethes Berliner “Agenten” der literarischen
Kanonbildung », dans Charlier, Robert, Lottes, Günther (Hg.), Kanonbildung. Protagonisten und
Prozesse der Herstellung kultureller Identität, Hannover, Wehrhahn (Aufklärung und Moderne
20), 2009, pp. 51-69.
30.  Eugène Hallberg remarque très justement au début de sa préface : « Une histoire abrégée,
mais aussi complète que possible, des littératures étrangères ne saurait être en général, qu’un livre
de seconde main ; le devoir de l’auteur est de s’appuyer sur les historiens les plus compétents de
chaque littérature, et de contrôler de son mieux leurs témoignages et leurs jugements avant de les
accepter » (Histoire des littératures étrangères, Paris, Lemerre, 1879, t. I, p.  i).
remise en cause du canon 59

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Landolphe Mme F., Abrégé de littérature anglaise de 666 à 1832, Paris, Delagrave,
1881.
Testard Henri, Histoire de la littérature anglaise depuis ses origines jusqu’à nos
jours, Paris, Bonhoure, 1882.
Filon Augustin, Histoire de la littérature anglaise depuis ses origines jusqu’à nos
jours, Paris, Hachette (Histoire universelle de la littérature), 1883.
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Boucher Léon, Histoire de la littérature anglaise, Paris, Garnier, 1890.
Brooke Stopford Augustus, Précis de l’histoire de la littérature anglaise, traduction
française […] par M. George Elwall, Paris, Delalain, 1892.
Jusserand Jean-Jules, Histoire littéraire du peuple anglais, Paris, Firmin-Didot,
1894.
Jusserand Jean-Jules, Histoire abrégée de la littérature anglaise. Paris, Delagrave,
1896.
Gosse Edmund, Littérature anglaise, traduction par H. Davray. Paris, Colin (Histoire
des littératures), 1900.

Littérature arabe
Cherbonneau Auguste, Histoire de la littérature arabe au Soudan [extrait n° 14 du
Journal asiatique], Paris, Imprimerie impériale, 1855.
Huart Clément Imbaut, Littérature arabe, Paris, Colin (Histoire des littératures),
1902.

Littérature arménienne
Langlois Victor, Notice […] suivie d’un aperçu sur l’histoire et la littérature de
l’Arménie, Venise, Typographie de Saint-Lazare, 1863.

Littérature belge
Goethals Félix-Victor, Histoire des lettres, des sciences et des arts en Belgique et
dans les pays limitrophes, Bruxelles, Société nationale pour la propagation des
bons livres, 1840.
Potvin Charles, Histoire des lettres en Belgique, Bruxelles (Cinquante ans de liberté,
t. IV), 1881.
Stecher Jean-Auguste, Histoire de la littérature néerlandaise en Belgique, Bruxelles,
Lebègue, 1886.
Nautet Francis, Histoire des lettres belges d’expression française, Bruxelles, Rozez
(Bibliothèque belge des connaissances modernes), 1892.
Liebrecht Henri, Histoire de la littérature belge d’expression française, Bruxelles,
Vanderlinden, 1909.

Littérature brésilienne
Denis Jean Ferdinand, Résumé de l’histoire littéraire du Portugal, suivi du résumé
de l’histoire littéraire du Brésil, Paris, Lecointe et Durey, 1826.
62 revue d’histoire littéraire de la france

Wolf Ferdinand Josef, Le Brésil littéraire : histoire de la littérature brésilienne, sui-


vie d’un choix de morceaux tirés des meilleurs auteurs brésiliens, Berlin, Cohn
et Collin, 1863.

Littérature canadienne
Lareau Edmond, Histoire de la littérature canadienne, Montréal, Lovell, 1874.
Réveillaud Eugène, Histoire du Canada […] avec un appendice sur la langue et la
littérature françaises au Canada, Paris, Grassard, 1884.
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Littérature catalane
Cambouliu François-Romain, Essai sur l’histoire de la littérature catalane [extrait des
Mémoires de l’Académie de Montpellier], Paris, Durand / Pedone-Lauriert, 1857.

Littérature chrétienne
Coquoin Henri, Histoire de la littérature chrétienne, Biville, L’Auteur, 1901.

Littérature danoise
Marmier Xavier, Histoire de la littérature en Danemark et en Suède, Paris, Bonnaire,
1839.

Littérature espagnole
Bouterwek Friedrich, Histoire de la littérature espagnole, traduite de l’allemand
[…] par le traducteur des lettres de Jean Muller, Paris, Renard, 1812.
Viardot Louis, Etudes sur l’histoire des institutions, de la littérature, du théâtre et
des beaux-arts en Espagne, Paris, Paulin, 1835.
Puibusque Adolphe de, Histoire comparée des littératures espagnole et française,
Paris, Denty, 1843.
Dozy Reinhart, Recherches sur l’histoire et la littérature de l’Espagne pendant le Moyen
âge, deuxième édition augmentée et entièrement refondue, Leyde, Brill, 1860.
Baret Eugène, Histoire de la littérature espagnole, Paris, Dezobry (Collection d’his-
toires littéraires), 1863.
Ticknor George, Histoire de littérature espagnole, traduit de l’anglais par
J. G. Magnabal, Paris, Durand (puis Hachette et Cie), 1864-1872.
Malleville Léonce, Cours de langue espagnole […] suivi d’une histoire abrégée de
sa littérature, Paris, Derache, 1865.
Loise Ferdinand, Histoire de la poésie en rapport avec la civilisation. La poésie
espagnole, Bruxelles, Hayez (Mémoire couronné par l’Académie royale de
Belgique, t. XX), 1868.
Hubbard Gustave, Histoire de la littérature contemporaine en Espagne, Paris,
Charpentier (Histoire de la littérature contemporaine dans les différents États de
l’Europe), 1876.
Fitzmaurice-Kelly James, Littérature espagnole […], traduction par H. Davray,
Paris, Colin (Histoire des littératures), 1904.
Mérimée Ernest, Précis d’histoire de la littérature espagnole, Paris, Garnier, 1908.
remise en cause du canon 63

Littérature européenne
Hallam Henri, Histoire de la littérature de l’Europe pendant les quinzième, seizième
et dix-septième siècles, traduit de l’anglais […] par Alphonse Borghers, Paris,
Baudry, 1840.
Buron Léon-Louis, Histoire abrégée des principales littératures de l’Europe
ancienne et moderne, Paris, Thorin, 1867.

Littérature flamande
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Snellaert Ferdinand Augustin, Histoire de la littérature flamande, Bruxelles, Jamar
(Bibliothèque nationale, Série littéraire 5), 1854.
Histoire de la littérature flamande. Conférences organisées par la Ligue de l’Ensei-
gnement, Gand, Vanderpoorten, 1913.

Littérature géorgienne
Isarlov Raphaël (dir.), Histoire de la Géorgie […] et abrégé de l’histoire et de la
littérature géorgienne par M. A.  Khakhanoff. Tiflis, Société géorgienne de
lettres, 1900.

Littérature haïtienne
La Selve Edgar, Histoire de la littérature haïtienne, depuis ses origines jusqu’à nos
jours, suivie d’une anthologie haïtienne, Versailles, Cerf, 1875.

Littérature hébraïque
Herder Johann Gottfried von, Histoire de la poésie des Hébreux par Herder, traduite
de l’allemand par Mme la Baronne A. de Carlowitz, Paris, Didier, 1846.
Schwab Moïse, Histoire littéraire. La littérature rabbinique et la littérature chré-
tienne au moyen âge [extraits des Annales de philosophie chrétienne, novembre/
décembre 1878], Argenteuil, Worms, 1878.
Bruston Charles, Histoire critique de la littérature prophétique des Hébreux depuis
les origines jusqu’à la mort d’Isaïe, thèse pour le doctorat en théologie, Paris,
Fischbacher, 1881.

Littérature hindoue
Garcin de Tassy Joseph-Héliodore, Histoire de la littérature hindoui et hindoustani,
Paris, Duprat, 1839-1847.
Enault Louis, Histoire de la littérature des Hindous, Paris, Durand, 1860.
Cazalis Henri (sous le pseudonyme de Jean Lahor), Histoire de la littérature hin-
doue. Les grands poèmes religieux et philosophiques, Paris, Charpentier (Histoire
de la littérature contemporaine dans les différents États de l’Europe), 1888.

Littérature hongroise
Horvath C., Kardos A., Endrödi A., Histoire de la littérature hongroise […], ouvrage
adapté du hongrois par I. Kont, Budapest, Athenaum, 1900.
64 revue d’histoire littéraire de la france

Littérature indienne
Webert Albrecht Friedrich, Histoire de la littérature indienne. Cours professé à
l’Université de Berlin par Albert Weber […], traduit de l’allemand par Alfred
Sadous, Paris, Durand, 1859.

Litérature indo-européenne
Regnaud Paul, Esquisse de la littérature indo-européenne, Paris, Guilmoto, 1905.
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Littérature italienne
Ginguené Pierre-Louis, Histoire littéraire d’Italie, Paris, Michaud, 1811.
Salfi Francesco Saverio, Résumé de l’histoire de la littérature italienne, Paris, Janet,
1826.
Perrens, François-Tommy, Histoire de la littérature italienne, depuis ses origines
jusqu’à nos jours (1150-1848), Paris, Delagrave, 1867.
Rocca Nonce, Quelques notes sur l’histoire littéraire de l’Italie et la géographie
ancienne de l’Afrique… [Extrait de la Revue de l’Instruction Publique, de la
littérature et des sciences], Paris, Salmon, 1868.
Roux Amédée, Histoire de la littérature italienne contemporaine (1800-1859), Paris,
Durand / Pedone-Lauriert, 1870.
Etienne Louis, Histoire de la littérature italienne depuis ses origines jusqu’à nos
jours, Paris, Hachette, 1875.
Zanardelli Tito, Histoire de la littérature italienne. Les premiers siècles. Dante et ses
précurseurs, Saint-Gille / Bruxelles, Dekonink, 1895.
Hauvette Henri, Littérature italienne, Paris, Colin (Histoire des littératures),
1902.
Finzi Giuseppe, Histoire de la littérature italienne…, traduite par Mme  Thiérard-
Baudrillart, Paris, Perrin, 1912.

Littérature japonaise
Aston William George, Littérature japonaise, traduction de Henry-D. Davray, Paris,
Colin (Histoire des littératures), 1906.

Littérature juive
Karpeles Gustav, Histoire de la littérature juive d’après G. Karpelès, par Isaac
Bloch et Émile Lévy, Paris, Leroux, 1901.
Pinès Méir, Histoire de la littérature judéo-allemande, Paris, Jouve, 1911.

Littérature néerlandaise
Gravenweert Jan van, Essai sur l’histoire de la littérature néerlandaise, Amsterdam,
Delachaux, 1830.
Backer Louis de, Histoire de la littérature néerlandaise depuis les temps les plus
reculés jusqu’à Vondel, cours fait à la Sorbonne en 1868-1869, Louvain,
Valinthout, 1871.
remise en cause du canon 65

Littérature nordique
Léouzon Le Duc Louis-Antoine, Histoire littéraire du Nord, Paris, Gide et Baudry, 1850.

Littérature occidentale
Ebert Adolph, Histoire de la littérature du Moyen Âge en Occident […], traduit de
l’allemand par le Dr. Joseph Aymeric et le Dr. James Condamin, Paris, Leroux,
1883.
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Littérature ottomane
Basmadian Garabed, Essai sur l’histoire de la littérature ottomane, Constantinople,
Balentz, 1910.

Littérature portugaise
Denis Jean Ferdinand, Résumé de l’histoire littéraire du Portugal, suivi du résumé
de l’histoire littéraire du Brésil, Paris, Lecointe et Durey, 1826.
Loiseau Arthur, Histoire de la littérature portugaise, depuis ses origines jusqu’à nos
jours, Paris, Thorin, 1886.

Littérature provençale
Mandet Francisque, Histoire de la langue romane […] suivie d’une histoire de la
littérature des poètes au moyen âge, Paris, Dauvin et Fontaine, 1840.
Closset Aloys de, Histoire de la langue et de la littérature provençales et de leur
influence sur l’Espagne ainsi que sur une partie de l’Italie durant les xie et
xiie  siècles, Bruxelles, Lesigne, 1845.
Laveleye Émile de, Histoire de la langue et de la littérature provençales [Mémoire
couronné au concours universitaire de 1843-1844, extrait des Annales des
Universités de Belgique], Bruxelles, Lesigne, 1845.
Fauriel Claude, Histoire de la poésie provençale, cours fait à la Faculté des lettres
de Paris, Paris, Duprat, 1846.
Restori Antonio, Histoire de la littérature provençale, depuis les temps les plus recu-
lés jusqu’à nos jours […] Ouvrage traduit de l’édition italienne par A. Martel
[…] Avec addition de plusieurs chapitres sur la littérature provençale moderne
par A. Roque-Ferrier, Montpellier, Hamelin frères, 1894.

Littérature russe
Courrière Céleste, Histoire de la littérature contemporaine en Russie, Paris,
Charpentier (Histoire de la littérature contemporaine dans les différents États de
l’Europe), 1875.
Sichler Léon, Histoire de la littérature russe depuis les origines jusqu’à nos jours,
Paris, Dupret, 1886.
Waliszewski Kazimierz Klemens, Littérature russe, Paris, Colin (Histoire des litté-
ratures), 1900.
Léger Louis, Histoire de la littérature russe, Paris, Larousse, 1907.
66 revue d’histoire littéraire de la france

Littérature scandinave
Duméril Edelestand, Histoire de la poésie scandinave, Paris, Brockaus et Avenius,
1839.

Littérature slave
Eichhoff Frédéric-Gustave, Histoire de la langue et de la littérature des Slaves,
Russes, Serbes, Bohèmes, Polonais et Lettons, considérées dans leur origine
indienne, leurs anciens monuments et leur état présent, Paris, Cherbuliez,
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1839.
Courrière Céleste, Histoire de la littérature contemporaine chez les Slaves, Paris,
Charpentier (Histoire de la littérature contemporaine dans les différents États de
l’Europe), 1879.
Pypine Aleksandr Nikolaevitch, Spasowicz Włodzimierz, Histoire des littératures
slaves, traduit du russe par Ernest Denis, Paris, Leroux, 1881.

Littérature suédoise
Marmier Xavier, Histoire de la littérature en Danemark et en Suède, Paris, Bonnaire,
1839.

Littérature suisse
Vulliemin Louis, La Suisse historique et pittoresque […] avec un précis des antiqui-
tés, du droit public, de la littérature, des arts et de l’industrie des vingt-deux
cantons, Genève, Gruaz, 1856.
Rossel Virgile, Histoire de la littérature suisse des origines à nos jours, Lausanne,
Payot, 1910.

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