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Direction de la publication :

Isabelle Jeuge-Maynart et Ghislaine Stora

Direction éditoriale :
Élodie Bourdon

Édition :
Mélissa Lagrange

Conception de la couverture :
Marthe Oréal

Conception de la maquette intérieure :


Florian Hue

Préparation de copie :
Isabelle Chave

Mise en pages :
Nord Compo

Fabrication :
Karine Mangili

© Larousse 2018

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certification environnementale reconnue.

ISBN : 978-2-03-595060-4
« J’ai beaucoup mieux à faire que de m’inquiéter pour l’avenir. J’ai à le
préparer. »
Félix-Antoine Savard
Préface
Dans son ouvrage Les gens heureux ont toujours un plan B,
Laurence Bourgeois illustre avec pédagogie, esprit pratique et
humour ce principe selon lequel la meilleure façon d’entretenir son
optimisme et son enthousiasme face à un projet ou un défi est de
s’entraîner à réfléchir à ce que l’on pourrait faire… si par hasard ça
tourne mal ! Aucun pessimisme ni doute dans l’approche de
Laurence Bourgeois mais un choix serein nourri de la conviction
positive que la réalité de la vie est faite tout autant de plans
d’action que d’aléas, d’étapes prédictibles autant que
d’événements inattendus. Raisonner en mode « plan B », pour
l’auteure, c’est vivre sa vie en mode « fitness ». C’est se maintenir
en mode de tension vers l’action ; c’est s’entraîner à explorer sans
relâche et avec créativité les failles du réel, les angles morts du
devenir et les points aveugles des projets les mieux élaborés.
Un ouvrage réellement adapté aux périodes de turbulence,
d’incertitude et de remise en question. Une réflexion structurée qui
clarifie les concepts mais donne également des pistes lumineuses
d’action permettant à chacun de se réapproprier la vie telle
qu’elle est, dans toute sa beauté chaotique.
Philippe GABILLIET
Avant-propos
Ce livre est né d’une sensation de déséquilibre intérieur. Comme si,
chaque matin, consacrer mes trente minutes de trajet en métro à
réfléchir à mon plan B me faisait basculer dans un autre monde.
Ainsi coupée des autres et de toutes les choses qui m’entouraient,
j’ai senti que le fait de mettre au point, dans le plus grand secret,
ce plan à déployer « le jour où… », me faisait du bien. Mieux, cela
me permettait d’une certaine façon de vivre trente minutes… en
équilibre !
J’ai interrogé des proches, afin de recueillir leur avis sur la
question. Tous étaient unanimes sur la nécessité de se ménager
des solutions de repli « au cas où ». Pour les plus débrouillards
d’entre eux, les bienfaits du plan B n’étaient clairement plus à
démontrer.
Je vous conseille cet ouvrage si vous avez envie…
• de vous sentir à l’aise pour affronter les aléas du quotidien ;
• de vous donner les moyens de prendre des décisions éclairées
qui vous ressemblent ;
• de mettre toutes les chances de votre côté pour rebondir
après un échec ;
• de vous motiver à passer à l’action ;
• de profiter de l’instant présent (et d’apprendre à l’apprivoiser) ;
• de donner corps à vos désirs.
Bienvenue dans
un monde où il fait bon
avoir plus d’un tour
dans son sac !
Outre-Atlantique, le plan B est sur toutes les lèvres. Une tempête
de grêle menace de s’abattre sur les hectares de champs de
maïs ? Plan B ! Une crevaison sur la Route 66 ? Plan B ! Le cours de
la Bourse secoue Manhattan ? L’impossibilité d’atteindre ses
objectifs ? Encore le plan B. Dans son best-seller Père riche, père
pauvre1, l’Américain Robert Kiyosaki, spécialiste en développement
personnel, incite les jeunes à disposer en permanence de plusieurs
cordes à leur arc, par exemple en dénichant un travail d’appoint
ou encore en se constituant une épargne. L’objectif ? Envisager
des alternatives permettant d’anticiper ou de faire face à des
situations incertaines, voire déjà totalement bloquées. Le choix
des solutions de rechange varie en fonction de la nature de
l’événement perturbateur : est-il progressif (donc prévisible) ou
soudain ? Contrôlable ou en dehors de toute emprise ? Vous vous
en doutez, plus le risque est grand, plus l’environnement est
hostile, plus il devient primordial de prévoir une issue de secours.
Chez nous, les expressions servant à désigner ce fameux plan B,
toutes plus imagées les unes que les autres, foisonnent : assurer
ses arrières, avoir plus d’un tour dans son sac, ne pas mettre tous
ses œufs dans le même panier, sortir une roue de secours ou un
lapin du chapeau, etc. Pour autant, rares sont celles et ceux qui,
dans un contexte où le sentiment de crainte se généralise et où
les gens redoutent l’avenir, savent réellement se ménager des
positions de repli en cas de nécessité. Que faire quand nos projets
de carrière s’effondrent ? Quand nous ne pouvons plus voir notre
conjoint en peinture ? Quand notre chef nous harcèle, au point
d’être prêt à prendre la porte sur-le-champ ?
Plutôt que de nous prendre en main pour faire face aux aléas du
quotidien et préparer sereinement l’avenir, nous préférons nous
engluer dans une routine déplaisante (quoique finalement plutôt
confortable), nous laisser dicter nos choix, subir tant bien que mal
le changement ou encore nous évertuer à atteindre des objectifs
inatteignables. Est-ce par manque d’anticipation ? de lucidité ?
de créativité ? d’audace ? Ou bien par crainte de devoir
systématiquement envisager des issues fâcheuses ?
Sur ce dernier point, les détracteurs du plan B (je pense par
exemple aux aficionados de la méthode Coué ou de la pensée
positive) argueront qu’à force d’être obnubilé par la peur de
l’échec et de vivre en permanence avec l’angoisse du lendemain,
tout ce qui risquait de ne pas aller… va forcément mal aller. Ceci
est loin d’être démontré. En effet, nous avons tendance à penser
que le fait de réfléchir aux catastrophes les plus atroces
augmente les chances de les voir se produire. Il n’y a rien de plus
faux ! Comme nous le fait très justement remarquer le spécialiste
de l’optimisme Philippe Gabilliet, savoir imaginer de nouvelles
trajectoires dès que le vent tourne représente une caractéristique
majeure de l’individu optimiste, capable, selon lui de « refuser
l’idée même d’impossibilité et de fatalité, l’idée qu’un quelconque
problème puisse être une impasse2 ». Dans une conférence dédiée
à l’optimisme en période difficile, l’expert soutient que « les vrais
gagnants sont ceux qui savent ce qu’ils feront si par malheur ils
perdent3 ». Existe-t-il en effet meilleure option que celle de
construire un radeau de sauvetage pour voguer vers une issue
favorable quand l’incertitude menace ? Et, finalement, quelle
meilleure « forme de créativité dans l’urgence, qui nous oblige à
vivre pleinement4 » ?
L’objectif de ce livre n’est pas de vous livrer une méthode unique
pour élaborer un bon plan B, mais, sur la base de quelques
principes et de petites tranches de vie, de vous placer dans un
état d’esprit vous permettant de bifurquer en cas de nécessité.
Dans les pages qui vont suivre, vous allez pouvoir constater
combien, dans certaines situations bien identifiées (première
partie), l’élaboration et la mise en œuvre d’alternatives efficaces
et en totale harmonie avec vos désirs et vos objectifs de vie
(deuxième partie) contribuent à votre bien-être. En effet, imaginer
des scénarios de rechange en cas d’échec de votre plan A (celui
qui est en cours d’exécution) constitue un excellent médicament
pour le cerveau. Outre le développement de votre potentiel
créatif, l’exercice vous aidera à prendre du recul sur les situations
actuelles (et, par voie de conséquence, à mieux vivre l’instant
présent), à prendre des décisions susceptibles de faire changer
positivement les choses, à retrouver une certaine forme d’énergie,
de motivation et, parfois aussi, à réaliser vos rêves les plus fous.
Certes, vous devrez gérer des résistances, apprendre à négocier
avec vous-même, mais je parie qu’après avoir mesuré tous les
bienfaits du plan B (troisième partie), vous serez parfaitement
armés pour braver l’inconnu et éviterez à jamais de tirer des
plans… sur une seule comète !
Excellente lecture.
« Tu as
deux choix
dans la vie :
accepter les choses
telles qu’elles sont
ou
prendre la décision
de les changer »
– Sidney Friedman –
On dit de la vie qu’elle se résume à un changement perpétuel, que
notre époque est celle de l’urgence, des solutions de repli et que,
dans ce contexte, nous sommes contraints de nous adapter en
permanence.
On dit aussi qu’aujourd’hui, la capacité à rebondir appartient
essentiellement à la génération Y, laquelle a appris à concevoir
des solutions de rechange à chaque coup dur, en « slashant »
entre plusieurs activités professionnelles, plusieurs lieux de vie,
plusieurs partenaires, etc.
Quel que soit notre âge, notre profession ou le milieu dans lequel
nous évoluons, que ce soit dans le domaine de la santé, de la
famille, au bureau, en vacances ou encore dans la file d’attente
au cinéma, nous aurions tous intérêt à nous inscrire dans une
démarche de remise en question permanente, à apprendre à
identifier les risques potentiels puis à réorienter nos plans. Cette
capacité de remise en cause est particulièrement cruciale dans
trois situations. Tout d’abord, lorsqu’un changement menace de
frapper notre plan A (si ce n’est déjà fait). Ensuite, devant des
objectifs qu’en dépit de nos efforts, nous redoutons de ne pouvoir
atteindre. Enfin, lorsque le ras-le-bol s’installe, faisant
soudainement déborder une coupe déjà trop pleine.
Dites-vous que chacun de ces trois cas de figure vous poussera à
changer votre fusil d’épaule.
Quand ça change :
« On dirait que le vent tourne… »
« Personne ne peut diriger le vent, mais on peut toujours apprendre
à ajuster ses voiles. »
Anonyme

À partir du moment où l’on prend conscience que notre existence


est jalonnée d’aubaines et de coups de malchance qui
représentent autant d’opportunités et de contraintes, le concept
de plan B s’impose de lui-même : plus qu’une nécessité, il devient
une composante vitale de notre quotidien.

Au travail comme en amour, jamais sans mon plan B !


Au niveau professionnel, la rapidité étourdissante à laquelle se
développent les nouvelles technologies, les plans sociaux à
répétition ainsi que l’évolution de l’environnement économique ou
social, nous obligent à diversifier nos compétences, à acquérir de
nouvelles connaissances, à nous réinventer sans cesse, sous peine
d’être mis sur la touche en deux temps trois mouvements. En
d’autres termes, il paraît difficilement envisageable de se
contenter d’un seul bagage définitivement acquis. Il devient
urgent, comme le notait avec humour Francis Blanche, de « penser
le changement plutôt que de changer le pansement ».

Pourtant, nous avons naturellement tendance à nous raccrocher à


nos habitudes, à nos façons de faire, de penser ou de nous
comporter, partant du principe qu’elles seules permettent de nous
satisfaire ou tout du moins de nous maintenir en équilibre.
Accrochés à ces béquilles, nous nous emmurons dans nos
certitudes. Nous résistons, même si cette résistance nous
demande beaucoup d’énergie. Nous nous obstinons, ignorant que
« bien des souffrances viennent […] de la résistance au
changement1 ».

Mylène, l’autruche
Lorsque ses premières douleurs lombaires sont apparues, Mylène aurait mieux
fait de réfléchir à l’aménagement de son activité professionnelle. Au lieu de
cela, sans doute parce qu’elle redoutait de regarder la réalité en face et de
devoir se reconvertir un jour, cette coiffeuse de 37 ans a préféré faire l’autruche.
Juchée sur ses talons aiguilles plus de huit heures par jour, elle peignait avec
vigueur des tignasses hirsutes, proposait des colorations chatoyantes à ses
clientes, les appliquait consciencieusement avant de regagner le bac de
lavage derrière lequel, pliée en deux, les mollets aussi tendus que des
Sandows, elle rinçait, puis rinçait encore, avant d’aller tailler de nouvelles
tignasses. Du lundi au samedi, ses dix doigts n’en finissaient plus de gigoter et
son dos était soumis à rude épreuve. Dans la famille de Mylène, on était
coiffeuse de mère en fille. Mylène adorait son métier et pour rien au monde elle
n’aurait envisagé de faire autre chose. Plus jeune, poussée par son père (qui
avait rêvé pour elle une carrière plus « brillante »), elle avait tout de même
poursuivi des études de gestion à l’IAE de Lille, études qui lui auraient permis,
lorsque son mal de dos s’est intensifié au point d’avoir du mal à tenir debout,
de bifurquer, par exemple en reprenant la franchise lilloise. Son plan B était
donc tout trouvé. Mais Mylène a continué à coiffer, tant bien que mal, jusqu’au
jour où elle est restée clouée au lit. On lui a diagnostiqué une hernie discale
lombaire paralysante. Prise en charge dans le service de neurochirurgie au
CHU de Lille, elle a été opérée en urgence. Hélas, la récupération n’a pu être
totale : la hernie ayant endommagé un nerf, Mylène a malheureusement été
atteinte d’un déficit moteur l’empêchant de poursuivre son activité
professionnelle.

L’histoire de Mylène illustre parfaitement la théorie dite « du


ressort », décrite par les spécialistes de l’approche systémique de
la conduite du changement : lorsqu’un changement indépendant
de notre volonté se produit, nous avons le réflexe de nous y
opposer avec une résistance de force équivalente… plutôt que de
chercher à l’amortir en douceur.
Au lieu de mettre le nez dehors pour sentir d’où vient le vent et
mettre au point différentes options en cas de tempête, nous
poursuivons tête baissée dans la direction que nous nous sommes
initialement fixée. Et si, pour une raison ou pour une autre, cette
dernière se trouve modifiée, nous préférons prendre le risque de
nous retrouver totalement déstabilisés, voire anéantis.
Dans l’univers plus intime des relations amoureuses, l’heure n’est
pas non plus à la stabilité. Les couples se fragilisent, le nombre de
ruptures explose2, on assiste à une succession d’unions au fil des
ans, à une poussée des tribus recomposées et à un bond de la
monoparentalité. Dans ce contexte, où tout ce qui pouvait
paraître jusque-là limpide menace soudainement de s’assombrir,
où les couples se font et se défont en quelques mois et où nous
utilisons des « applis » pour cibler nos partenaires, comment limiter
l’effet des coups durs ? Comment amortir le choc provoqué par
une déviation de trajectoire imprévue (mais pas imprévisible) ?

Jérémy, le couteau suisse


Le jour où, en classe de terminale, sa petite amie lui a posé un lapin, une
déchirure d’une rare violence a fendu Jérémy du crâne aux orteils, un peu
comme du bois sec sous les coups d’une hache. Depuis, de crainte de devoir
subir une nouvelle déconvenue amoureuse, il a décidé de jouer le « couteau
suisse », dégainant systématiquement en cas d’imprévu une parade qui lui
permet de digérer l’événement dans un état d’esprit positif, sans perdre la face.
Ainsi, lorsque Clara, sa nouvelle compagne du moment, lui a envoyé (et ce
moins de dix minutes avant l’heure prévue de leurs retrouvailles à la gare
Saint-Lazare) ce texto sibyllin : « Vais pas pouvoir venir… Me sens pas bien…
Désolée ☺ » (formule classique de l’excuse bidon suivie d’un qualificatif censé
traduire l’état de désespoir dans lequel se trouve l’émetteur du message – et,
par conséquent, le vôtre), Jérémy est parvenu sans aucune difficulté à amortir
sa déception car, le même jour, il avait planifié un rendez-vous avec un ami. Il
est allé tranquillement s’installer à la terrasse d’un café et, en attendant ce
dernier, a sorti de sa besace son ordinateur portable pour terminer une
présentation, après quoi il a mis un texto à Clara : « Pas de problème. Je vois
Seb et je m’avance dans mon boulot. On se verra le WE prochain. »

Anticiper et s’adapter en toutes circonstances…


C’est possible !
« Renifle régulièrement le fromage pour savoir quand il devient
trop vieux3. » Voici un des nombreux conseils délivré dans Qui a
piqué mon fromage, best-seller sur la conduite du changement.
Puisque nous ne pouvons rien déterminer une fois pour toutes, que
ce soit au cours d’une carrière, à la naissance d’une relation à
deux, d’un enfant, au démarrage d’un projet ou d’un chantier, il
s’agit d’anticiper les changements susceptibles de modifier nos
habitudes et de nous faire dévier de notre route. Il en est
notamment ainsi de tous ces événements qui nous chuchotent à
l’oreille que nous ne sommes pas infaillibles ou immortels : la
maladie, le décès d’un proche, l’incapacité professionnelle, le
chômage (et, avec lui, l’immense gêne occasionnée par la
difficulté de répondre à la question qui anime toutes les lèvres :
« Et dans la vie, tu fais quoi ? »).
Stephen R. Covey4 dresse une typologie des différents
changements :
• les changements directement contrôlables (qui mettent en jeu
notre propre personne) ;
• les changements indirectement contrôlables (qui mettent
également en jeu d’autres personnes) ;
• les changements incontrôlables, sur lesquels nous n’avons
aucune prise, comme notre histoire, notre apparence physique,
une pandémie mondiale ou la chute d’une météorite.
Appartiennent également à cette catégorie les événements
caractérisant la force majeure (imprévisibles, irrésistibles et
extérieurs aux parties prenantes).

Face au changement,
il faut d’abord être
capable de changer…
dans sa tête !

Même si la dernière catégorie semble offrir un degré de maîtrise et


d’anticipation proche du zéro absolu, dites-vous que « nous
tenons tous entre nos mains (et ce quelle que soit la nature du
problème) le début de la solution : changer nos habitudes,
changer nos méthodes de persuasion et changer notre façon de
voir les choses5 ».
Ainsi la volonté d’envisager un plan B repose avant tout sur notre
état d’esprit et sur notre agilité, grâce à laquelle il nous est
possible de coller au maximum aux imprévus et de réorienter nos
plans en conséquence.

La trottinette de Jean-Damien
Depuis près de cinq ans, Jean-Damien travaillait dans la plus haute tour du
quartier d’affaires parisien de La Défense, là où niche le siège social du leader
de l’industrie pharmaceutique. Ce matin-là, le P.-D.G. de la filiale l’avait
convoqué à la première heure, afin que Jean-Damien lui présente les plans
marketing des trois médicaments les plus juteux du laboratoire. Jean-Damien
le savait, de la qualité de sa prestation dépendait son évolution de carrière.
Ses objectifs : réussir à convaincre le numéro 1 de l’entreprise et… arriver à
l’heure au rendez-vous. Jean-Damien n’habitait qu’à une dizaine de stations
de métro de son bureau mais l’enjeu étant de taille, il avait pris une demi-heure
d’avance. Sur le quai, il s’est positionné pile devant l’ouverture des portes
palières. Le panneau d’affichage indiquait le prochain métro dans trois
minutes. Si aucun incident d’exploitation ou problème de signalisation ne
venait perturber son trajet, il arriverait pile à l’heure. Le moment tant attendu
est enfin arrivé : dans un grincement assourdissant, la navette a surgi, Jean-
Damien s’est engouffré dans la rame. À la station Sablons, un brusque
ralentissement a fait trébucher tous les voyageurs. La voix synthétique a
annoncé la présence d’un colis suspect. Tandis que les uns se sont mis à pester
sauvagement contre cet arrêt intempestif, les autres ont levé les yeux au ciel
en soupirant. D’autres encore ont regardé leur montre en se lamentant. Jean-
Damien aussi a consulté l’heure : son avenir se jouait dans 33 minutes
exactement ! Ni une ni deux, il a respiré un bon coup avant de décrocher de
son épaule sa trottinette, qu’il avait pris soin d’emporter avec lui « au cas où ».
Il a ainsi sillonné l’avenue Charles de Gaulle comme un dératé avant de se
présenter, en nage mais à l’heure, à son rendez-vous. Son P.-D.G. l’a largement
félicité pour la qualité de sa présentation et la pertinence de son analyse.
N’est-il pas du ressort de tout un chacun que de transformer les
problèmes, contraintes et contretemps en autant de défis à
relever ? Simple question d’état d’esprit, une nouvelle fois…
Quand ça coince :
« Je n’y arriverai jamais »
« Si vous séchez, changez de stylo. »
Paul Arden, Vous pouvez être ce que vous voulez
être

À l’ère du « zéro défaut », combien d’entre nous acceptent-ils


d’être imparfaits ? Croulant sous le poids du culte de la
performance et de la perfection, l’idée de ne pas atteindre nos
objectifs (que nous nous les soyons nous-mêmes fixés ou bien qu’ils
l’aient été par d’autres) nous rend malade. Bien des fois, nous nous
mettons la barre très haut et nous nous acharnons à la franchir,
coûte que coûte. Forcément, dans la mesure où certains
paramètres échappent à notre volonté ou à notre contrôle, il nous
arrive de cumuler déceptions, frustrations et insatisfactions, quand
bien même nous comptons à notre actif plusieurs réussites. Alors
que faire si nos efforts débouchent sur un résultat en deçà de nos
attentes, voire sur rien du tout ?
Afin de ne pas entacher notre confiance en soi, trois options
peuvent être envisagées. Tout d’abord, décider de bifurquer avant
de tomber dans la spirale de l’échec. Ensuite, travailler à la
redéfinition de ses objectifs. Enfin, se montrer prêt à se lancer dans
une phase de négociation, à l’issue de laquelle une solution
acceptable peut être envisagée.

Ne pas confondre ténacité et bêtise


Détermination et persévérance sont deux qualités incontournables
pour atteindre nos objectifs et je défie quiconque de soutenir
l’inverse ! La psychologue et conférencière américaine Angela Lee
Duckworth va jusqu’à faire de la ténacité un élément différenciant
entre ceux qui réussissent et ceux qui échouent1. « La ténacité,
c’est la passion et la persévérance pour des objectifs à long
terme », affirme-t-elle. « C’est travailler dur pour que le rêve
devienne réalité. » Lors de ses recherches, elle a constaté que la
réussite des élèves aux examens n’était fonction ni du milieu social,
ni du quotient intellectuel, ni même du talent, cette dernière
composante se révélant, de façon tout à fait paradoxale,
inversement proportionnelle à la ténacité.
Être persévérant, c’est donc essentiel. Mais quand la persévérance
ne suffit pas à atteindre un objectif, qu’elle tourne à l’obsession,
voire au découragement ou à la dépression, c’est signe qu’il est
temps de se ménager des solutions de repli.

Plan B au quotidien
Avez-vous essayé ?
Noyé dans la foule, vous tentez de vous frayer un chemin pour arriver à l’heure à votre rendez-vous, trois rues plus loin.
Immanquablement, vous vous cognez contre untel, butez contre unetelle, foncez tête baissée avec au ventre l’énervante
impression que toutes ces personnes agglutinées sur le trottoir font exprès de vous ralentir en si bon chemin. Essayez
plutôt ceci : levez la tête et regardez-le plus loin possible devant vous. Effet garanti : les personnes s’écarteront d’elles-
mêmes de votre chemin !

Parfois, plus on fait des efforts pour que quelque chose arrive, plus
cette chose s’éloigne. Et toujours plus de la même chose donnera
toujours plus du même résultat. D’où l’impérieuse nécessité de ne
pas s’entêter. L’idée n’est pas forcément de faire marche arrière,
mais de lever le nez pour regarder loin à l’horizon et d’être ainsi en
mesure de bifurquer au bon moment, quitte à en profiter pour
revoir ses objectifs de départ.
À quoi bon s’obstiner (de façon parfois obsessionnelle) sur son
objectif ou son rêve, quand le fait de s’en détacher provisoirement
peut permettre à votre cerveau de faire émerger des solutions
originales ? Surtout lorsqu’il s’agit d’un objectif ambitieux, comme
celui de réussir une reconversion professionnelle de carreleur alors
qu’on est business man (ou l’inverse), de remporter la médaille d’or
aux championnats de France de handball alors que l’on vient tout
juste d’être sélectionné à l’AS de Gournay-en-Bray, de faire publier
un premier roman quand on sait que seul un manuscrit sur six mille
est susceptible de retenir l’attention des maisons d’édition, etc.
Établir une solution de repli permet alors de s’éviter trop de
pression et de déception au cas où nos efforts ne débouchent pas
sur le résultat escompté.

Inutile d’attendre de toucher le fond (situation d’échec représentée


sur le schéma ci-dessus) pour se sortir de l’impasse. Passez à la
vitesse supérieure en redéfinissant vos objectifs et en envisageant
dès la mise en route de vos premières actions toutes les options
alternatives acceptables possibles !
« Faute de grives, on mange des merles », dit-on. Eh bien le plan B,
c’est en quelque sorte le merle de nos projets non aboutis !

Jean et le merle
Jean est artiste peintre. Comme beaucoup de ses confrères, il rêve de vivre de
son art. Ce matin-là, seul dans sa véranda ensoleillée, il s’attelle à un nu (une
jeune femme en position debout, que l’on aperçoit dans l’entrebâillement de la
porte d’une maison de campagne). On est en été, il fait bon, la porte vitrée est
grande ouverte. Soudain, un merle passe à toute allure devant ses yeux.
L’oiseau traverse la véranda. Il bat des ailes comme un fou, vole entre les
plantes et les chevalets, perdant quelques plumes au passage. Impossible pour
lui de s’échapper : il se cogne contre les vitres. Jean attrape alors un chiffon
maculé de taches de peinture pour tenter de le guider vers la sortie, en vain. Le
merle prend peur, se jette une nouvelle fois contre la vitre et, épuisé, regarde le
ciel de ses yeux écarquillés. Jean réussit finalement à lui rendre sa liberté. De
retour à ses pinceaux, il se met à réfléchir. L’histoire de ce merle lui fait penser à
la façon dont vivent la plupart d’entre nous : souvent, nous savons
pertinemment ce que nous voulons mais au lieu de viser le ciel, nous passons
notre temps à nous tuer à la tâche, sans succès, tout simplement parce que nos
façons de faire ne sont pas les bonnes. En pareille situation, se dit Jean, mieux
vaut finalement s’arrêter et se poser quelques minutes. Sitôt dit, sitôt fait : Jean
s’assoit sur son trépied et sourit à la femme qui lui ouvre grand la porte sur son
rêve. Il ne lui reste plus qu’à voler dans cette direction…

Évitons de nous enfermer dans des stratégies inefficaces où l’on se


croit patient et endurant, alors qu’on est tout bonnement en train
de tourner en rond ! Persévérez dans l’effort, oui, dans l’erreur, non !
Quand l’objectif est trop gros, découpez-le en petits morceaux
Si le morceau est trop gros,
attaquez-vous à plus petit,
tout en gardant à l’esprit
le morceau initial.

Nous vivons dans le monde de l’instantané, de la vitesse, des


applis, des crèmes amincissantes miracles et des vernis déjà secs
avant d’avoir été posés. C’est l’univers du « tout, tout de suite »,
dans lequel nous cherchons à satisfaire nos désirs de façon
immédiate. Or, comme nous le font très justement remarquer
Philippe Bazin et Jean Doridot dans leur petit manuel d’auto-
coaching, « un enfant qui commence le piano ne fait pas ses
premiers pas sur du Rachmaninov ou du Gershwin. Il apprend
d’abord à faire des gammes encore et encore. Lorsqu’il joue son
premier morceau en entier, une étude très simple parfois
composée par un inconnu, il remporte sur lui et sur l’instrument un
succès énorme2 ». Les auteurs concluent : « Chacun d’entre nous
serait capable de dévorer un éléphant, à condition de le découper
en petits morceaux et d’accepter le temps nécessaire. »
Le fait de saucissonner un objectif ne doit pas être vécu comme un
renoncement. Au contraire ! Il n’y a rien de pire que de s’évertuer à
atteindre un objectif par nature inatteignable. Ne pas réussir rend
très vulnérable… et très triste. Sans compter que lorsque nos efforts
ne sont pas couronnés de succès, la chute peut être plus rude
encore : dévalorisation de soi, irritabilité, agressivité, colère, voire
déprime.

Bérénice, écrivain en herbe (1re partie)


Comme plus de onze millions de Français3, Bérénice écrit. Des romans à l’eau de
rose, essentiellement. Son but dans la vie ? Être publiée par une grande maison
d’édition pour espérer, un jour, vivre de sa plume. Mais voilà : plus de six mille
manuscrits arrivent chaque mois dans la boîte aux lettres des plus grands
éditeurs et dans le lot, moins d’un manuscrit accède à la publication. Vu sous
cet angle, l’objectif de Bérénice paraît irréaliste, voire complètement absurde.
En dépit de ces statistiques effarantes, elle s’accroche à son rêve qui finit par
devenir son unique raison de vivre. Mais étrangement, plus elle redouble d’effort,
plus elle a l’impression que son rêve s’éloigne. Peu à peu, elle se coupe de sa
famille, fuit ses amis et, seule devant son ordinateur, s’acharne à lire et relire ses
manuscrits, à retravailler chaque phrase, à peser chaque mot. Elle tente de
cibler de nouveaux éditeurs, en vain. À chaque lettre de refus, Bérénice se
trouve « de plus en plus nulle ».

Incontestablement, Bérénice s’est attaquée à un trop gros


morceau et sa vie se transforme en cauchemar. Quelles étapes
intermédiaires pourraient-elles la conduire vers son objectif ?
Quelles solutions alternatives envisager ? Des options moins
désirables à court terme, peut-être, mais qui resteraient tout de
même acceptables (parce qu’elles lui permettraient in fine
d’atteindre son objectif). Comment les mettre en œuvre ? Quel
soutien solliciter auprès de son réseau ? Quels sponsors
rencontrer ? Etc.

Redimensionner ses objectifs


ne signifie pas renoncer :
c’est avancer à petits pas
pour atteindre le succès.

Le plan B de Bérénice (2e partie)


Poussée par son mari, dont la principale préoccupation consiste à sortir
Bérénice de l’épisode dépressif dans lequel elle s’enfonce, cette dernière décide
de se prendre en main. Elle recherche les coordonnées d’auteurs de romans
sentimentaux sur Internet et prend contact avec eux. Peu à peu, elle tisse des
relations dans le milieu littéraire, en parcourant les salons du livre en quête
d’informations sur les lignes éditoriales des éditeurs et en « testant » son
manuscrit auprès des libraires de son quartier. Avant de se lancer dans un
roman de plus de trois cents pages, ces derniers lui conseillent de débuter par
l’écriture de nouvelles et de participer à des concours littéraires, histoire de se
construire progressivement une image et de se faire « un nom ». Enfin, on
l’encourage à créer un blog, ce qu’elle fait sans attendre. Quelques mois plus
tard, elle décide d’autoéditer son ouvrage sur Internet. Devant le succès
remporté par son livre, elle sera contactée par une maison d’édition. Pas une
des plus grandes, mais cela sera déjà pour Bérénice un bon début…

Si, comme Bérénice, vous avez dès le départ les yeux plus gros que
le ventre, il y a de fortes chances que vous baissiez les bras. Alors
que si vous apprenez à découper et à « smartiser » vos objectifs
(les rendre « intelligents », en français), vous multipliez vos chances
de réussite.
Des objectifs « SMART » sont :

S Spécifiques

M Mesurables

A Atteignables

R Raisonnables

T Temporellement définis

Ce concept a été introduit dès les années 1950 par le théoricien


américain du management Peter Drucker. Il s’inscrit dans la droite
ligne de la gestion par objectifs (GPO), méthode de management
développée dans les années 1990, qui s’appuie sur une
participation active de tous les acteurs de l’entreprise à la fixation
de leurs propres objectifs.
Par exemple, avoir pour objectif d’acheter une maison, de rouler en
Porsche Cayenne ou de devenir célèbre ne constituent pas des
objectifs « SMART », dans la mesure où ils sont exprimés de façon
imprécise, sans fixation de délai de réalisation. Par ailleurs, aucun
indicateur ne permet de mesurer leur degré de faisabilité et les
critères de réussite qui y sont associés. Transformez vos buts à
atteindre en sous-objectifs « SMART » : un jour, vous regarderez en
arrière et mesurerez tout le chemin que ces étapes intermédiaires
vous ont fait parcourir.

Si la négociation échoue, dégainez votre plan B !


Comme en témoigne le cas de Bérénice, déployer un plan B
implique de négocier avec soi-même. D’assouplir ses positions. De
réviser ses objectifs, sans pour autant perdre de vue son ambition
ultime.
L’histoire se complique lorsqu’un second protagoniste entre dans la
danse et que les intérêts des parties en présence divergent. C’est
alors l’occasion de voir émerger des désaccords, des disputes, tout
simplement parce que votre interlocuteur se satisfait de la
situation actuelle telle qu’elle se présente, mais pas vous. Ou vice
versa. Et, comme il n’est pas possible de changer d’enfant ou de
mari, de démissionner ou de rompre avec sa belle-famille à
chaque fois qu’un problème se pose, la négociation devient un
moyen presque naturel de régler ces situations.
Négocier, c’est tenter de résoudre un problème en fonction
d’intérêts divergents. Notez que la plupart du temps, ce ne sont
pas les intérêts qui le sont, mais les positions adoptées pour les
défendre. D’où la nécessité, avant d’imaginer des solutions
créatives acceptables pour les deux parties, d’identifier les besoins
sous-jacents de votre interlocuteur.
Dans la vie, vous constaterez que beaucoup de choses peuvent
faire l’objet de négociation : votre bambin refuse de se mettre au
lit ? On négocie ! Cet été, pour une fois, vous aimeriez faire un peu
de farniente sous les cocotiers tandis que votre cher et tendre rêve
d’aller cueillir les girolles en Dordogne ? On négocie ! Votre
acheteur vous demande de baisser le prix de votre appartement
pour tenir compte des travaux à venir ? On négocie encore !
Si vous ne parvenez pas à un accord avec votre interlocuteur,
plutôt que de chercher à passer en force, il est préférable
d’emprunter des chemins de traverse. Le plan B représente « la
meilleure action susceptible de remplacer la négociation et de
faire avancer vos intérêts4 »5.

Voici quelques exemples qui permettent d’illustrer ce principe de


l’affrontement des forces contraires :
• au lieu de poursuivre les négociations sur les augmentations de
salaire auxquelles la direction est vivement opposée (et ce
malgré les concessions que les salariés de l’entreprise sont prêts
à faire en termes de productivité), vous décidez de bloquer le
site de production en déposant un préavis de grève (plan B).
• pour supporter les manipulations perverses de votre nouveau
collègue, vous avez tenté de négocier un bureau individuel et
votre mutation dans un autre service. Vous n’avez pas obtenu
gain de cause ; plutôt démissionner (plan B) que de rester dans
ces conditions.
• le locataire de votre studio refuse de quitter les lieux malgré la
rupture du contrat de bail. Vous lui avez déjà accordé un délai
supplémentaire. Cette fois-ci, vous vous apprêtez à engager
une action en justice (plan B).
Si tout peut faire l’objet de négociation, en revanche, tout n’est pas
négociable. En effet, à partir du moment où nos intérêts
fondamentaux ou nos valeurs (croyances durables qui composent
notre axe) sont remis en cause, il est temps de sortir du chapeau
une solution de rechange.

Les valeurs de Mathilde


Chaque jour, étriquée dans sa panoplie de secrétaire, Mathilde répète les
mêmes gestes : elle attrape sa souris puis appuie ses doigts sur les touches du
clavier pour taper des comptes rendus à toute vitesse. Elle réserve en classe
business des vols Paris-Zurich (le siège européen du leader de l’emballage
alimentaire qui l’emploie) et change avec une dextérité impressionnante les
cartouches des imprimantes. Justifiant d’une dizaine d’années d’expérience
dans la fonction, elle estime aujourd’hui pouvoir légitimement accéder à la
qualification d’assistante, statut cadre. Cette évolution lui permettrait de
bénéficier d’un niveau de rémunération supérieur, ce qui, juste après la
naissance de son bébé, serait bienvenu. Poussée par ses collègues, elle ose
enfin aller en discuter avec son responsable hiérarchique, pour qui elle travaille
depuis plusieurs années. Après étude du dossier de sa collaboratrice, ce dernier
justifie son refus par une position très claire de la direction des ressources
humaines : comme stipulé dans le référentiel de compétences du personnel
administratif, le statut d’assistante est strictement réservé aux Bac + 4. Pour lui
faire passer la pilule, il renouvelle à Mathilde sa grande satisfaction de
collaborer avec elle et clôt l’échange en la remerciant pour tout le travail
accompli. Lors du déjeuner qui suit la discussion, Mathilde descend à la cantine
en compagnie de Claudine, l’assistante du directeur des ressources humaines.
Elle en profite pour évoquer sa situation. Claudine lui révèle qu’en réalité, c’est le
manager de Mathilde qui s’est opposé à sa promotion. Il est même récemment
venu se plaindre à la DRH de l’insuffisance professionnelle et de la baisse de
motivation de sa collaboratrice. Pire encore, il s’apprêtait à prononcer une
sanction disciplinaire à son égard ! Touchée dans ses valeurs les plus
fondamentales, Mathilde décide de quitter l’entreprise sur-le-champ, sans
réclamer la moindre indemnité. Elle ne pouvait envisager de poursuivre une
collaboration où les valeurs de confiance et de respect étaient bafouées.

Preuve qu’il y a dans la vie des choses avec lesquelles on ne


négocie pas. En général, les seuils « non négociables » sont plutôt
d’ordre quantitatif. Par exemple, pour un acheteur, il s’agira du prix
maximum qu’il acceptera d’acquitter. Pour un vendeur, du prix
plancher en dessous duquel il refusera de vendre. « Ainsi armé d’un
seuil non négociable, on sera mieux à même de résister aux
pressions de l’autre partie et aux tentations du moment6 ». Et
surtout, on évitera ainsi de prendre des décisions que l’on pourrait
regretter par la suite.
Quand ça ne peut plus durer :
« Trop, c’est trop ! »
« Elle est arrivée au bout, au bout de ce qu’elle peut supporter, au bout
de ce qu’il est humainement possible de supporter. »
Delphine de Vigan, Les Heures souterraines

Selon une étude OpinionWay-Afpa , 75 % des Français disent


1

vouloir changer de vie ou de région et 48 % d’entre eux envisagent


une reconversion professionnelle. Mais derrière ces chiffres assez
impressionnants se cache une réalité : le changement fait peur.
Ainsi, ils sont plus de neuf sur dix à admettre que passer le cap
n’est pas le plus facile.
Vous vous reconnaissez bien là : vous non plus, vous ne supportez
plus votre petite vie réglée au millimètre ! Vous rêvez de sortir de
votre rôle de collègue modèle ou de mère de famille dévouée, à
devoir vous coltiner les corvées tandis que votre mari se la coule
douce au café du coin ! Et vous ? Vous enragez d’être payé au
lance-pierre bien que bardé de diplômes ? La pollution vous sort
par les trous de nez et vous brûlez de vous exiler à la campagne ?
Autant de situations dans lesquelles, chaque jour, vous avez
l’impression d’accomplir l’impossible. De supporter l’insupportable.
Vous le sentez : tant sur le plan physique que psychologique, vous
avez atteint vos limites. Combien de fois vous êtes-vous dit que
cela ne pouvait plus durer ? Et combien de fois êtes-vous resté à
vous lamenter, sans réagir ?
Vous avez envie de stopper la machine infernale avant d’exploser
de façon définitive ? Qu’à cela ne tienne ! Réfléchissez à votre
plan B !L

Laissez parler votre instinct de survie


Vous êtes au bout
du rouleau ?
C’est donc une très
bonne nouvelle…

Le phénomène se produit en général à partir de la quarantaine :


arrive un moment où le corps ressent un profond ras-le-bol, « un
besoin d’aller de l’avant, la nécessité pleine et entière de faire
cesser une souffrance insupportable ou un inconfort clairement
perçu comme caduc, inutile et qui fait perdre de l’énergie pour
rien2 ». Vous en avez certainement déjà fait l’expérience : aussi
surprenant que cela puisse paraître, le too much présente
l’extraordinaire pouvoir de déclencher le besoin et l’envie. Envie de
tout stopper pour partir sur de nouvelles bases, envie de porter au
grand jour ce projet qui mûrit dans un coin de votre tête depuis
quelque temps, envie d’emprunter ces chemins de traverse
indispensables à votre équilibre. Pourquoi cela ? Parce que c’est
dans ces moments-là qu’Éros demande à s’échapper de l’endroit
où il sommeille, c’est-à-dire du plus profond de nous. Portant le
nom du dieu grec de l’amour, cette pulsion vibratoire a largement
été analysée et décrite par le père de la psychanalyse, Sigmund
Freud3. Selon lui, nous portons tous en nous deux pulsions
contraires : Éros et Thanatos. Tandis que la première traduit notre
instinct de conservation et de survie, la seconde nous entraîne sur
le chemin de l’inactif, de l’inanimé, de la lassitude et de la
démotivation. Thanatos freine nos capacités de création, Éros
dynamise nos projets.

La révélation de Catherine4
« À 40 ans, il me reste peut-être encore quarante autres années à vivre. Peut-
être… »
Catherine a épousé un homme qui lui mène la vie dure. Il la martyrise
psychologiquement, la rabroue lorsqu’elle s’achète une nouvelle tenue, lui
reprochant de dilapider l’argent du ménage. Depuis peu, il s’est mis à relever
toutes ses dépenses, l’oblige à remplacer son gel douche par du savon de
Marseille (bien plus économique) et le pain grillé par des biscottes. À 40 ans,
Catherine est chef de rayon dans une grande enseigne d’articles de sport.
Entre des horaires à rallonge, une charge de travail grandissante liée à la
création de deux nouvelles gammes de produits (« cyclisme » et « équitation »)
et les humeurs de son mari, Catherine craque. Elle ne supporte plus son
emprise, mais comme elle déteste les conflits, elle préfère laisser glisser en
attendant que ça passe. Le déclic s’est produit l’été dernier, quand elle est
allée rendre visite à son grand cousin qui réside aux « Bleuets », un
établissement pour personnes âgées. Comme si le fait de côtoyer des petits
vieux lui avait subitement ouvert les yeux, elle a pensé : « À 40 ans, il me reste
peut-être encore quarante autres années à vivre. Peut-être… Cela ne peut plus
durer, je ne veux plus vivre comme ça. » Dans la mesure où elle pouvait
subvenir à ses besoins et où elle n’avait pas eu d’enfant avec cet homme, elle a
fait sa valise et quitté le domicile conjugal sans plus attendre.

Un plan B permet de
réduire l’écart entre
ce que nous sommes
et ce que nous rêvons
d’être. Entre ce que nous
faisons et ce que nous
rêvons de faire.

L’histoire de Catherine démontre à quel point un détail de la vie


est susceptible de conduire à une réflexion profonde… et de tout
faire basculer ! Un événement en apparence anodin peut réveiller
en nous un instinct de survie (Éros) suffisamment puissant pour
nous inciter à nous ménager des positions de repli en cas d’échec
ou de blocage. Seul Éros nous encouragera à abandonner nos
habitudes et à lâcher prise. Par exemple, à quitter un travail
correctement rémunéré pour lancer une autre activité (souvent
sans aucune garantie financière). Et après tout, peu importe si nos
désirs sont infiltrés par des pulsions contraires qui nous chuchotent
à l’oreille que nous n’y arriverons pas ! Car ces échappatoires nous
apporteront un bénéfice majeur : celui de renouer avec ce que
nous sommes réellement.

Changer de cap sans tout plaquer


Lorsque la coupe est pleine, lorsque nous brûlons de sortir de
l’ornière dans laquelle, chaque jour, nous nous embourbons
davantage, nous avons tendance à imaginer des plans
révolutionnaires, qui balayent tout sur leur passage. En effet, nous
partons du principe que pour aller mieux, il est préférable de TOUT
changer. Tout quitter, repartir à zéro, tourner définitivement la
page, voire disparaître, à l’instar de cet homme qui est descendu
chercher du pain… et n’est jamais revenu5.

Tout ça pour une baguette de pain ?


« Mon mari a disparu. Il est rentré du travail, il a posé sa serviette contre le mur,
il m’a demandé si j’avais acheté du pain. Il devait être aux alentours de sept
heures et demie. Mon mari a-t-il disparu parce que, ce soir-là, après des
années de négligences de ma part, il en a eu assez de devoir, jour après jour,
redescendre nos cinq étages en quête de pain ? J’ai essayé d’aider les
enquêteurs : était-ce vraiment un jour comme les autres6 ? » Quand ces
derniers ont cherché à savoir si le mari de l’héroïne avait une maîtresse ou si la
dépression le guettait et qu’ils ont passé au peigne fin ses papiers, fouillé dans
les messages de son téléphone portable, dans son agenda, ils n’ont rien trouvé
qui puisse expliquer sa fuite. Et si, tout simplement, il en avait vraiment eu assez
de devoir, chaque jour, descendre cinq étages pour aller chercher le pain ?

Aux grands maux,


préférez les petits
remèdes !

Cette impérieuse nécessité de croire que seules des décisions


radicales permettent d’enrayer le ras-le-bol est un leurre. Ou une
bonne excuse pour ne pas passer à l’acte. En matière de plan B,
nul besoin de sortir obligatoirement l’artillerie lourde et d’opérer un
virage à 360 degrés. Par exemple, à quoi bon vouloir déménager à
tout prix quand un simple réaménagement de votre appartement
(plan B) suffirait à vous faire gagner de l’espace et à vous y sentir
plus à l’aise ? Dans votre couple, pourquoi jeter l’éponge alors
qu’un peu plus de communication (plan B) pourrait recréer les
conditions d’une relation mutuellement satisfaisante ? Êtes-vous
bien sûr de vouloir démissionner ? N’existe-t-il pas d’autres choix ?
Pourquoi ne pas faire un break, par exemple ? Ou bien prendre
des vacances pour souffler et remettre vos neurones en place ?
Ou encore demander un temps partiel pour mieux profiter de vos
proches ? Plutôt que de mettre la clé sous la porte, pourquoi ne
pas procéder à un appel de fonds pour vous aider à redémarrer ?
Bifurquer, oui, mais pas n’importe comment
En soi, il paraît délicat d’affirmer qu’il existe de bons et de mauvais
plans B car tout dépend des limites que vous vous fixez et des
objectifs que vous poursuivez (nous y reviendrons dans la seconde
partie de cet ouvrage).
Toutefois, un bon plan B n’échappe pas à un certain nombre de
critères :
• Il doit vous procurer un niveau de satisfaction au moins égal à
celui de votre plan A (la situation actuelle). Comme nous le
recommande Laurent Lagarde dans son ouvrage La Boîte à
outils du développement personnel en entreprise7, « pour mettre
à jour d’autres solutions, vous pouvez […] raisonner en termes de
besoin à satisfaire ». Pour ce faire, il suggère d’identifier « le
besoin profond que votre solution originelle cherche à satisfaire.
Généralement, la réponse tient en un mot : sécurité, respect,
reconnaissance… Posez-vous ensuite la question de savoir ce
que sont toutes les solutions qui peuvent contribuer à satisfaire
ce besoin ».
• Il impose d’identifier les points sur lesquels vous n’accepterez
jamais de transiger (mais aussi ceux qu’il vous semble
envisageable d’accepter). Lesquels de vos intérêts ne tolèrent-
ils aucun compromis ? Lesquelles de vos valeurs ne supportent-
elles pas d’être bafouées ? Quel est votre seuil de tolérance ?
Comment réagiriez-vous si vous l’outrepassiez ?
• Il correspond à vos goûts, à vos désirs, à vos objectifs de vie.
Nous développerons largement ce point dans la deuxième
partie de ce livre, à laquelle je vous propose de vous référer.
• Il émane d’un brainstorming au cours duquel vous aurez pris
soin de ratisser le champ des possibles. Libérez votre
créativité ! Listez un maximum d’issues envisageables, de la plus
raisonnable à la plus farfelue. Choisissez ensuite celle qui
constituera votre meilleur itinéraire bis.
• Il vous porte vers ce que vous voulez vraiment plutôt que de
représenter une fuite de la situation actuelle (dont, forcément,
vous ne voulez plus). Définir ce que l’on souhaite n’est pas
toujours facile, dans la mesure où nous présentons une
tendance naturelle à nous raccrocher aux éléments que nous
connaissons (plan A), persuadé qu’eux seuls nous maintiennent
en équilibre.
• Il doit être adapté aux enjeux et aux contraintes de la
situation et, donc, rester réaliste. Par-là, j’entends que vous
devez être en mesure de commencer votre plan B dès que le
besoin s’en fait sentir. Lancer des actions en décalage complet
avec vos contraintes personnelles ou professionnelles du
moment, c’est prendre le risque d’entrer en conflit avec vous-
même et, par la même occasion, de trouver un bon prétexte à
votre immobilisme !
• Il ne doit jamais être vécu comme un pis-aller, ni prendre la
forme d’une menace. Présentez votre plan B comme une
alternative, éventuellement un avertissement (annonce de ce
qui va objectivement se produire en cas d’échec), mais en
aucun cas comme une menace (annonce de ce que vous ferez
à la partie adverse en cas d’échec). En effet, parce qu’elle pique
votre interlocuteur au vif, la menace peut avoir des
conséquences désastreuses.
Nous arrivons au terme de cette première partie et je vous
propose à présent une petite séance de coaching…
Séance no 1
Comment bien préparer
ses arrières ?
Commencez par vous remémorer des événements qui ont
brusquement bouleversé votre quotidien, des situations où
vous vous êtes retrouvé dans une impasse, où vous avez
essuyé un échec, où vous avez pressenti un risque
susceptible de remettre en question vos plans initiaux.
■ Questions générales pour identifier quelles sont vos stratégies pour
surmonter les événements

Avez-vous l’impression d’avoir réussi à surmonter


naturellement les obstacles ?
Si oui, comment y êtes-vous parvenu ? Quelles qualités
avez-vous mises en œuvre ? Existait-il différents scénarios
possibles ? Lequel avez-vous choisi ? Aujourd’hui, avec du
recul, quels éléments vous permettent d’affirmer que vous
avez pris la bonne voie ? Par exemple, êtes-vous en ligne
avec vos objectifs et vos valeurs ? Comment faire en sorte
que votre succès se reproduise ?
Si non, quel bon plan B auriez-vous pu mettre en place ?
Quels bénéfices en auriez-vous tiré ? Existait-il plusieurs
options possibles ? Lesquelles ? Laquelle auriez-vous
préféré et pourquoi ? Qu’auriez-vous aimé faire que vous
n’avez pas fait ? Pourquoi ? Et si c’était à refaire… ?
■ Questions spécifiques à vous poser en période de changement (pour
réinvestir vos responsabilités et éviter de rendre un individu ou un événement
« externe » responsable de vos échecs)

Face à ce changement (imprévu ou non voulu), comment


avez-vous réagi ? Qu’est-ce qui relevait totalement de
votre responsabilité ? Sur quelles compétences auriez-vous
pu vous appuyer pour y faire face ? Dans quelle direction
auriez-vous gagné à faire évoluer votre état d’esprit ?
■ Questions spécifiques à vous poser en cas de blocage

Que ferez-vous si vous n’atteignez pas votre but ?


Quel serait le premier pas (le plus petit changement
possible) que vous pourriez initier (par exemple dès demain)
pour atteindre votre objectif ?
Si vous deviez découper l’obstacle en cinq morceaux, quel
serait le premier auquel vous vous attaqueriez ?
■ Questions spécifiques à vous poser quand vous vous heurtez
à l’immobilisme… et attendez passivement le déclic qui va vous pousser
à agir

Quelle goutte d’eau ferait déborder votre vase ?


Visualisez-la : à quoi ressemble-t-elle ? Que renferme-t-
elle ? Quelles personnes sont impliquées ? Avez-vous
réellement envie qu’elle tombe dans votre vase ou bien
préférez-vous la retenir encore un peu ? Pour quelles
raisons ?
Supposez que rien ne change pendant encore deux ans.
Comment, selon vous, la situation va-t-elle évoluer ?
Par rapport à cette situation, à supposer qu’il soit urgent
de ne rien faire, combien de temps vous donnez-vous
avant de dégainer votre plan B ?
Parce qu’un bon plan B, nous l’avons vu, ne doit pas être vécu
comme un pis-aller, une fuite ou un départ précipité, à la
recherche d’options créatives devra immanquablement succéder
de la méthode. Nous allons donc nous livrer ici à un peu de
gymnastique… cérébrale !
Dans un premier temps, je vais vous encourager à réfléchir à votre
but. À ce stade, votre cerveau droit1 va travailler à plein régime :
vos idées doivent fuser ! Lorsqu’un changement se prépare ou
qu’un échec menace, où souhaitez-vous réellement aller ? Quel
serait votre rêve le plus fou ? Où en êtes-vous dans la définition
de votre vision ? Dites-vous bien qu’aucun chemin de traverse ne
peut être tracé si l’on n’a pas défini en amont son ambition… et si
l’on ne cultive pas d’emblée un état d’esprit positif et ouvert.
Cette étape créative doit immanquablement être suivie d’une
démarche méthodique et structurée, incontournable pour passer
de la réflexion à l’action. Ainsi, pendant les phases de préparation
et de déclenchement de votre plan B, votre cerveau gauche2
devra prendre le relais. Comment préparer un plan B efficace ? À
quel moment le déclencher ? Et, surtout, comment être sûr d’avoir
choisi la meilleure option ? Telles sont les thématiques qui
jalonnent cette seconde partie.
Définir ses objectifs de vie :
I have a dream
« C’est la possibilité de réaliser un rêve qui rend la vie intéressante. »
Paolo Coelho

La capacité à rebondir suppose une grande agilité d’esprit, c’est-


à-dire une aptitude à mettre rapidement en place des actions
correctrices de court terme, sans pour autant perdre de vue son
objectif final (ou objectif de vie). Sans cette vision à plus longue
échéance, il paraît délicat de qualifier le succès. En effet, quelles
opportunités pourraient véritablement s’offrir à quelqu’un dépourvu
de projets ?
À écouter les spécialistes du développement personnel, « les
personnes qui suivent une vision sont plus heureuses que celles qui
n’en ont pas1 ». Pourquoi ? Tout simplement parce que chaque jour
qui passe, elles inscrivent une grande partie de leurs actions dans
la finalité à laquelle elles aspirent, aussi idéaliste soit-elle. Elles
savent rêver. Rêver… Voilà une excellente façon, sans doute la
meilleure, de donner du sens à sa vie. De garder le cap en toutes
circonstances. Grâce au rêve, lorsqu’un risque se profile à l’horizon
ou que l’on ressent le besoin d’opérer un virage dans sa vie,
chacune de nos bifurcations nous mène à destination.

Oser rêver
I have a dream… Cette phrase a traversé les décennies et sa
puissance demeure intacte. Martin Luther King a toujours eu un
rêve, celui d’une nation américaine colorée. Le 28 août 1963, devant
plus de 250 000 manifestants, il appelle à la fin de la ségrégation
aux États-Unis et revendique l’égalité des droits entre Blancs et
Afro-Américains. La menace plane sur lui mais délibérément, il
décide de continuer son chemin. Il déclenche un des plus grands
mouvements pour les droits civiques de l’histoire. Toute sa vie, il
restera aligné sur sa valeur la plus forte, la non-violence. Son
ambition ne le quittera jamais.
Avoir une ambition implique de se questionner sur ce que nous
voulons réellement, plutôt que de ressasser ce dont nous ne
voulons plus. À l’affirmation : « Je ne veux plus de ça ! », préférez la
question : « De quoi ai-je vraiment envie ? »
Mais happés par un quotidien vertigineux, noyés dans le stress et
l’hyperactivité, submergés par toutes ces tâches qui ne méritent
pourtant pas tout le temps passé pour elles (du traitement des
factures EDF au lavage des sols à grande eau en passant par le
contrôle technique de notre vieille Twingo), nous oublions de nous
poser les vraies questions et, au final, nous ne trouvons plus
forcément de sens à nos actions. Nous manquons de sources
d’inspiration motivantes sur le long terme, d’une force intérieure
capable de nous inspirer et de nous animer. D’une direction claire,
vers laquelle tous nos pas devraient nous conduire. D’une énergie
positive qui nous rendrait moins vulnérable face aux aléas du
quotidien. Bref, nous ne savons pas (ou plus) rêver. Comme si le fait
d’élever notre esprit vers des idéaux était tout bonnement
impossible, voire répréhensible. Comme si l’hyperréalisme était
devenu tout-puissant. Pourtant, « la trace des rêves n’est pas
moins réelle que celle d’un pas », nous rappelait l’historien Georges
Duby.
C’est vous, là, engoncé dans ce deux-pièces gris
tourterelle ?
D’un air satisfait, vous tendez à votre chef le rapport sur lequel vous vous
arrachez les cheveux depuis des semaines. Plutôt que de vous féliciter, celui-ci
se met à hurler, vous reprochant de ne pas avoir pris en compte les dernières
données dont, selon lui, vous auriez dû avoir connaissance. Dépité, vous quittez
le bureau et rampez jusqu’aux toilettes. Vos pas résonnent dans votre crâne. La
tête vous tourne, si bien que vous devez prendre appui sur le lavabo. Vous
entreprenez de vous rafraîchir les paupières dans vos paumes remplies d’eau,
après quoi vous relevez le nez, terrorisé par votre reflet dans le miroir. Une
espèce d’anxiété enfle soudainement dans votre poitrine : pour la première fois,
vous, qui tout petit, à l’immanquable question : « Tu veux faire quoi plus tard ? »,
répondiez invariablement : « Bûcheron… », sentez subitement que le pantin
endimanché qui vous fait face ressemble à tout, sauf à l’homme que vous êtes
vraiment. Et tout à coup, l’atroce sensation d’avoir raté votre vie vous électrifie
jusqu’à la racine des cheveux. Vous n’avez jamais osé prendre la hache ni enfiler
la chemise à carreaux. Vous rêviez de nature et de grands espaces, vous vous
retrouvez engoncé dans ce misérable costume gris tourterelle, en plein cœur de
la zone industrielle du sud parisien.

Et si vous commenciez par remplacer vos ruminations par une vraie


réflexion sur ce qui vous motiverait réellement aujourd’hui ? Si vous
décidiez enfin d’écouter votre cœur ?
Suivez vos passions ! Renouez avec l’optimisme de votre enfance !

Le rêve de Ruby2
Mère de quatre enfants, Ruby Holt a passé toute sa vie dans le Tennessee.
Élevée dans une ferme, où elle a travaillé dur pendant de longues années avant
d’être embauchée dans une fabrique de chemises, Ruby n’a jamais eu les
moyens de voyager. Arrivée à l’âge de 100 ans, elle a émis un souhait avant de
célébrer son 101e anniversaire : voir l’océan pour la première fois de sa vie… Là
avait toujours été son rêve. Grâce au soutien de la maison de retraite où elle
résidait et à l’association « Wish of a Lifetime » (« Le souhait d’une vie »), son
rêve a pu devenir réalité : accompagnée d’une équipe soignante, Ruby a fêté
son 101e anniversaire à Orange Beach, dans le golfe du Mexique, à 650
kilomètres de chez elle. Avec une très grande émotion, elle a admiré l’immensité
de l’océan avant de descendre de son fauteuil roulant pour aller se tremper les
pieds dans l’eau de mer. Son rêve de gosse venait de se réaliser.

Comme quoi un rêve peut être tout simple…


Si vous avez du mal à rêver, voici un parcours en deux étapes qui
devrait vous aider à définir votre ambition.
1. Tout d’abord, placez-vous dans un état d’esprit positif : les rêves
ne se réalisent que sur un terreau fertile en énergies positives et
pauvre en émotions paralysantes (peur, anxiété, découragement,
doute, impuissance, etc.).

Chassez le négatif…
Le rêve reviendra
au galop !

La tâche est loin d’être aisée, c’est vrai, car autant nous n’avons en
général aucun problème à mettre des mots sur ce qui nous
insupporte, autant définir ce que nous voulons vraiment semble
relever du défi. Prenez donc déjà cinq minutes pour réfléchir à cela.
2. Ensuite, visualisez votre rêve. Associez-y des personnages, des
objets, des lieux, une atmosphère, etc. Nous pensons en images.
Par exemple, si je vous dis : « Le bouledogue des voisins porte du
rouge à lèvres violet », vous allez immédiatement l’avoir à l’esprit.
Nourrissez donc votre cerveau droit d’images qui vous tiennent à
cœur. Pour vous convaincre de la puissance de la visualisation, je
vous propose une petite mise en jambes, avec l’exercice du citron.
L’idéal est de le pratiquer loin du bruit environnant, seul.
Concentrez-vous.

Plan B au quotidien
L’exercice du citron
Fermez les yeux. Vous êtes dans votre cuisine. Vous vous dirigez vers votre réfrigérateur, ouvrez la porte aimantée,
apercevez un citron dans le bac à légumes. Vous le prenez dans votre main, il est froid. (Pause : ressentez-vous la
sensation de froid ?) Avec votre index, vous touchez sa peau un peu granuleuse. Vous le posez sur une planche à découper
et attrapez un couteau. En tenant bien le citron entre vos doigts, vous le coupez en deux. Vous sentez le jus du citron
couler sur vos doigts. L’odeur du citron est assez forte. (Pause : la sentez-vous ?) Maintenant, vous le coupez à nouveau
en deux. Vous prenez un quartier entre vos doigts en le pressant un peu pour que le jus commence à couler. (Pause :
quelles sensations vous envahissent ?) Mettez le quartier dans votre bouche et croquez-le à pleines dents. Ça y est ?
Vous êtes en train de saliver ?
Je vous propose maintenant de remplacer le citron par votre objectif le plus cher. Posez-vous les questions suivantes et
répondez-y honnêtement (à ce stade, il peut s’avérer utile de consigner vos idées par écrit) :

• Est-ce que j’aime ma vie ?

• Est-ce que ma relation avec mon conjoint/ma conjointe me convient ?

• Est-ce que je m’épanouis dans mon travail ?

• Est-ce que mon lieu de vie me convient ?

• Lors de vos réflexions, pensez à vous, rien qu’à vous.

Votre bien-être avant tout ! Il vous appartient, ne le laissez pas sous influence.

Trop souvent, nous faisons les choses pour faire plaisir aux autres.
Mais au fond, qu’est-ce qui vous rendrait vraiment heureux ? Si
vous aviez une baguette magique, que feriez-vous ?

N’ayez pas peur


de viser haut

Andréa Bocelli, par exemple, avait entamé de brillantes études à


l’université de Pise pour devenir avocat, lorsqu’il a décidé de lâcher
brusquement le droit pour se lancer dans la chanson, sa passion
de toujours.
Décrivez votre idéal, en dehors de toutes considérations
financières, familiales ou professionnelles. N’ayez pas peur de viser
haut, seules des aspirations élevées, aussi farfelues soient-elles,
pourront réellement vous guider.
Ce sont les grandes visions qui inspirent l’être humain. Alors, rêvez
en grand ! Enthousiasmez-vous ! Sentez votre cœur qui palpite…
Tenez, Sabine, par exemple, son plan B, c’est de se marier avec
Christophe Mae, de vivre de jus de mangues fraîches sur un îlot du
Pacifique, loin du fisc et de la paperasse administrative. Ce rêve
l’aide à tenir bon les soirs de vague à l’âme. Après tout, elle pourrait
tout envoyer balader pour aller rejoindre Christophe ! Pour d’autres,
le plan B, c’est de gagner à l’EuroMillion et d’acheter une Maserati
décapotable pour frimer à la sortie du fameux club de handball de
Gournay-en-Bray. Pour d’autres encore, c’est de devenir aussi
célèbre que Madonna.
Peu importe que votre rêve paraisse complètement fou ; revenez-y
régulièrement, puisque c’est en lui que se trouvent l’énergie et la
passion qui vous animent vraiment.

Redonner du sens à sa vie


Le sens indique à la fois la direction (les objectifs) et la signification
(les valeurs).
Donner du sens, c’est répondre à la question : « Pour quoi faire ? »
Si l’on vous demande de faire un effort sans que vous en perceviez
l’intérêt ou le bénéfice, vous le ferez uniquement par obligation ou
pour faire plaisir.
« On ne sait pas où on va », « On passe des heures en réunion, sans
savoir à quoi ça sert », « Pourquoi apprendre tous ces
algorithmes ? Je ne m’en servirai jamais dans la vie ! », etc. Autant
de phrases qui reviennent en boucle à nos oreilles, tel un disque
rayé. Comme le note le coach et formateur Laurent Lagarde, « trop
de gens ont le sentiment de travailler dur et en même temps la
frustration de ne pas arriver à quelque chose qui en vaut la peine :
« Pourquoi je fais ça ? » ; « À quoi ça sert3 ? ». Or, comme l’a écrit S.
R. Covey, « savoir dès le départ où l’on veut aller permet de mieux
comprendre où l’on en est et de s’assurer que tous nos pas nous
mènent dans la bonne direction4 ».
Seulement voilà : quand le surmenage guette, que les tâches
répétitives s’enchaînent, presque automatiquement, que l’on ne
trouve plus d’intérêt aux choses, le sens fait défaut. Dès lors, il
devient impossible d’inscrire son action dans une vision (individuelle
ou collective) à plus long terme et, donc, de répondre à des
objectifs de vie.

Alexandra, esthéticienne
Alexandra a été confirmée en contrat à durée indéterminée chez Wellbhom5.
Pour célébrer l’événement en grande pompe, toutes les filles ayant passé avec
succès le cap de la période d’essai ont été conviées à La Grande Traversière, un
hôtel luxueux du centre-ville lyonnais. Aujourd’hui, pourtant, Alexandra ressent
l’impression désagréable de se trouver en permanence sur un siège éjectable.
Le rythme de travail s’est intensifié, les séances s’enchaînent à une vitesse
vertigineuse. Non seulement Alexandra commence par perdre le sens de son
métier (à la base, elle aime « faire du bien aux gens ») mais à tout moment, elle
sait qu’à force d’agir sans réfléchir, elle risque de commettre une erreur qui
pourrait lui être fatale. Il y a quelques jours, d’ailleurs, deux filles ont quitté le
salon, victimes d’un accident du travail. Pour Lola, la nuque cisaillée par une
chaîne en argent restée coincée dans le mécanisme électrique d’un aspirateur
à cellulite et pour Cindy, une rétine fichue pour avoir oublié ses lunettes de
protection lors d’une séance de lumière pulsée. Écrasée par la pression,
Alexandra ne voit plus du tout son métier de la même façon. Elle a l’impression
d’être devenue une machine à arracher le poil, à transformer à toute allure les
ongles rongés en bonbons acidulés, à pétrir la chair, gommer, extirper les points
noirs, limer la corne. Productivité oblige, elle ne s’accorde plus aucun moment
pour échanger avec les clientes. Alexandra en vient à se demander pourquoi
elle continue de se lever le matin. Elle envisage de quitter Wellbhom.

« Pour quoi faire ? », telle est peut-être aussi la question que vous
ne prenez même plus le temps de vous poser. Une chose est
certaine : ce n’est pas avec la tête dans le guidon que vous
pourrez réfléchir à des chemins de traverse (et, donc, à des
objectifs d’étape) permettant d’améliorer votre vie professionnelle
ou personnelle en cas de déboires.

Il faut parfois savoir freiner,


bifurquer, voire reculer,
pour mieux avancer.

La difficulté à atteindre la cible réside d’une part dans le fait que


cette dernière est souvent très éloignée de notre situation actuelle
et, d’autre part, que notre environnement n’est pas stable. D’où la
nécessité de jalonner le chemin de bouées de sauvetage. Peu
importe si vous ajoutez des objectifs d’étape qui vous ralentissent
en cours de route.
Par exemple, au cours d’une carrière professionnelle, si l’on
souhaite acquérir de nouvelles compétences, il s’avère souvent
nécessaire de s’orienter vers des postes moins bien positionnés et
moins bien rémunérés que son poste actuel, pour, plus tard, avoir
l’opportunité d’accéder à davantage de responsabilités.
« Chaque homme doit inventer son chemin », disait Jean-Paul
Sartre. Construisez donc le vôtre, sur la base d’objectifs
intermédiaires précis qui vont éclairer vos actions quotidiennes :
concrètement, que devez-vous faire pour réaliser votre vision ?
Comment devez-vous vous comporter ? Où souhaitez-vous être
rendu dans quinze jours ? dans six mois ? dans trois ans ? Fixez-
vous des objectifs suffisamment motivants pour vous donner envie
d’aller toucher votre cible et de transformer votre vision du futur en
réalité. C’est la progression vers le but plus que son atteinte qui
contribue à notre bien-être.
Face à un obstacle, l’erreur consisterait à baisser son niveau
d’exigence en réévaluant sa cible. Or c’est justement quand les
difficultés s’accumulent qu’il faut maintenir coûte que coûte son
niveau d’exigence et s’attacher à combler le gap6 entre la réalité
(plan A) et l’ambition. Pour ce faire, rien de tel que de construire des
plans d’étape alternatifs (plans B). Apprenez à apprécier le trajet
et à vous récompenser en cours de route.
Soyez patient, soyez confiant. Gardez toute votre attention sur la
destination car sans cela, votre énergie sera happée par des
contraintes externes et dissipée dans la satisfaction des besoins
du moment.

Passez en mode éponge !


Il n’y a pas de secret, la meilleure façon de coller aux imprévus,
c’est d’accroître notre réceptivité aux signes avant-coureurs. De
sentir les menaces ou les opportunités qui se profilent à l’horizon
comme les battements de notre cœur qui nous murmurent qu’il est
grand temps de changer notre fusil d’épaule. De nous réinventer en
permanence, de penser différemment, de renverser les
paradigmes. De prendre le temps d’observer les choses qui nous
entourent et, surtout, d’y porter un regard neuf.

Pour anticiper l’avenir,


rien de tel que de faire
l’éponge.

Ne vous est-il jamais arrivé, par exemple, d’arpenter votre rue en y


découvrant, de façon tout à fait fortuite, une nouvelle demeure
que vous n’aviez pas encore remarquée ? Tout simplement parce
que ce matin-là, vous avez décidé d’arrêter de courir et d’élargir
votre champ de vision, pour vous rendre un peu plus perméable à
votre environnement.
L’éponge ne se laisse pas manipuler par les aléas du quotidien. Elle
absorbe les signaux précurseurs (qu’elle voit comme autant de
nouvelles possibilités) et, de facto, trouve des solutions
intelligentes non encore exploitées pour transformer les risques en
atouts. Parce qu’elle est plus sensible aux dangers cachés (et, par
voie de conséquence, aux solutions alternatives), l’éponge
présente l’extraordinaire pouvoir de faire taire notre brouhaha
interne.

Thomas et les lutins


Thomas vient de passer de justesse en CM1, dans une école de la banlieue
rouennaise. Un brin superstitieux, il se met un jour en tête de rencontrer les
Goubelins, ces lutins malicieux des contes de Normandie. Il pense que seuls ces
petits êtres pourront lui jeter un charme pour l’aider à obtenir de meilleures
notes en classe. Il se rend donc dans la forêt du Trait-Maulévrier, à deux pas de
chez lui. En plein milieu d’un chemin, il s’arrête et s’assoit en tailleur. Il ferme très
fort les yeux et se met à prier pour que les créatures apparaissent. Comme par
miracle, un Goubelin sort du bosquet et se plante juste derrière Thomas. Il
tapote sur l’épaule du petit qui, les yeux toujours fermés, lui demande de ne pas
le déranger, trop occupé à penser à la punition que lui feront subir ses parents si
ses évaluations demeurent si basses.

Cette petite histoire montre qu’à trop écouter les bruits de nos
ruminations, nous passons à côté des événements (positifs ou
négatifs) susceptibles de créer dans notre existence mille
possibilités. « Notre propre vie – professionnelle, familiale, amicale,
amoureuse, intérieure — n’est en fait que le produit raffiné de la
succession des opportunités que nous avons rencontrées ou non,
osé saisir ou non et su plus ou moins bien utiliser par la suite », note
à ce sujet Philippe Gabilliet7.
En effet, à tout moment, les circonstances de la vie (la lecture d’un
roman, un nouvel article sur notre blog préféré, une découverte lors
de notre dernière séance de psychothérapie, etc.) ou encore des
rencontres fortuites (au café du coin, au cours de judo, sur un salon
professionnel, dans une salle d’attente, au bureau, etc.) sont
susceptibles de nourrir des plans de secours. Pour entrevoir ce que
ces événements et mises en relation peuvent générer de positif
dans le futur, encore faut-il se trouver dans des dispositions
favorables.
Pour conclure, je comparerais volontiers « l’éponge attitude » à la
posture d’un drôle d’animal : le chien de prairie (vous ne voyez pas
de quoi il a l’air ? C’est le moment d’aller le « googliser » !). Mi-
marmotte (à laquelle il ressemble comme deux gouttes d’eau), mi-
chien (dont il imite l’aboiement), observez-le attentivement ;
chaque seconde qui passe, le chien de prairie donne l’impression
de se trouver en état de veille active : position corporelle très
droite, tête redressée, regard acéré, narines frémissantes, il semble
à l’affût de toute chose inhabituelle qui flotterait dans
l’atmosphère et dont il pourrait ensuite se servir de façon plus
structurée.
Finalement, c’est exactement cela, la culture du plan B :
l’association de l’intuition et de la réflexion. De la souplesse (pour
coller au maximum aux imprévus et aux changements) et de la
détermination (pour ne jamais abandonner). De la créativité (pour
définir ses objectifs de vie) et du pragmatisme (pour les décliner en
étapes réalistes et atteignables). De la réactivité (parce que
certaines décisions ne peuvent attendre) et de la planification
raisonnée. Il est justement temps, maintenant que nous avons fait
travailler notre cerveau droit, de mettre notre imagination et notre
créativité au service de nos besoins rationnels.
Savoir se préparer :
« Prêt… ? »
« Que l’on me donne six heures pour couper un arbre, j’en passerai
quatre à préparer ma hache. »
Abraham Lincoln

Face à un imprévu, il existe des situations où une bifurcation


rapide s’impose (par exemple en cas de danger grave, imminent
et fortuit). Mais le plus souvent, un plan B résulte d’une décision qui
a été mûrement préparée, sa qualité dépendant avant tout des
actions qui précèdent son déclenchement. Bâtir un plan de
solutions alternatives ne peut donc s’effectuer d’un simple
claquement de doigts.
Nous l’avons vu, il convient de prendre en compte non seulement
les risques et les incertitudes, mais aussi nos atouts, nos
aspirations et les réalités de l’environnement qui nous entourent.
Là résident autant de pièces de puzzle sur lesquelles nous allons
devoir construire des hypothèses. Tout ceci prend du temps et ne
laisse aucune place à l’improvisation. Tout ceci nécessite de se
mettre dans les conditions de réflexion les plus favorables
possible. Tout ceci se peaufine, se prépare, un peu comme on
préparerait un plan de bataille. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas
un hasard si le terme de « plan B » est d’abord apparu dans le
jargon militaire. « Par construction, le plan B est une roue de
secours moins satisfaisante pour les initiateurs que le plan
principal, mais pas encore catastrophique : le commandement a
encore un plan, il n’est pas encore réduit à improviser, tout n’est
donc pas perdu. […] Le commandant en chef, au dernier moment,
choisira le plan principal et, le cas échéant, décidera qu’il est
nécessaire de passer à la variante “B”3. »

Savoir se poser
Pour la plupart d’entre nous, l’hyperactivité est devenue la norme.
Imbibé d’Internet et de réseaux sociaux, notre esprit n’a guère plus
l’habitude de gérer l’ennui, ni même les silences. Nous passons
notre temps à étaler publiquement des bavardages superficiels,
des discussions futiles et des relations virtuelles, plutôt que de
chercher à nous extraire du vacarme ambiant pour réfléchir aux
bouleversements à venir, approfondir nos désirs et sentir les
choses. « Pour vivre confortablement dans les recoins silencieux
d’un monde bruyant, il nous faut […] comprendre que même le
silence dit quelque chose. Et nous assurer qu’il n’envoie pas les
mauvais messages », précise la blogueuse Sophia Dembling4.

Plan B au quotidien
Soyez à l’écoute des signes avant-coureurs
Dans cette phase de préparation d’options, procédez en plusieurs étapes :
Posez-vous les bonnes questions : par exemple, qu’allez-vous faire si la nuance de peinture avec laquelle vous êtes en
train de repeindre votre salon tombe subitement en rupture de stock ? Si votre Lyon-Paris est annulé à la dernière
minute ? Si le prix de votre séjour dans les fjords de Norvège est plus élevé que prévu ? Si la création de votre petite
entreprise s’avère être un gouffre financier ? Etc.
Passez en revue les différentes éventualités, avec un plan de secours associé à chacune d’elles. « Vous devez mettre à
jour un plan B pour chaque situation de votre vie qui pourrait aboutir à un blocage ou une impasse1 ».
Mobilisez votre créativité et votre pragmatisme pour dresser une liste de solutions alternatives. En la matière, vous ne
serez jamais assez fou : même si ces dernières vous paraissent saugrenues et que vous savez pertinemment que vous ne
les retiendrez pas, elles vous serviront quoi qu’il arrive à nourrir votre réflexion.
Sélectionnez la ou les deux options les plus réalistes pour vous. En règle générale, les meilleures sont celles qui se
rapprochent le plus de votre plan A. « Quand vous réfléchissez aux alternatives à votre plan B, choisissez de préférence
les options où vous gardez un pied là où il est pendant que l’autre pied s’aventure en territoire inconnu. Bifurquez vers
un créneau voisin », recommandent les experts de l’entrepreneuriat Reid Hoffman et Ben Casnocha2.
Définissez comment vous allez pouvoir concrètement mettre en œuvre chaque solution.

Pour embrasser un vaste ensemble de risques, votre plan B se doit


d’être extrêmement robuste. Un plan élaboré à la va-vite
reviendrait à poser une échelle sur un mur dont on n’a pas testé au
préalable la solidité.

Les choses prennent


le temps qu’on veut
bien leur donner.

Par exemple, si vous vous accordez deux heures pour faire le


ménage de printemps dans votre quarante-huit mètres carrés,
cette action prendra deux heures. Si vous vous donnez un an pour
réaliser un projet, il y a fort à parier que la mise en place de ce
dernier sera effective au bout d’une année.
Pour avancer, n’hésitez donc pas à vous poser, sereinement, à
marquer des temps d’arrêt, loin du brouhaha. Faites taire vos
rengaines internes. Inutile d’aller jusqu’à enfiler votre robe de
chambre pour méditer en tailleur dans un recoin de votre salle de
bains ; essayez simplement de trouver un moment propice pour
passer en mode éponge et faire émerger votre intelligence
instinctive.
Les meilleurs plans B se construisent… la nuit ! Faites le test ! Ne
vous est-il jamais arrivé de vous lever le matin en ayant résolu un
problème que vous aviez la veille ? L’imaginaire est un excellent
médicament pour le cerveau. Alors, éloignez-vous quelques
instants des tracas, de vos pensées parasites, de votre montre, de
votre to-do list, de votre agenda Outlook. Retenez-vous de
consulter vos e-mails et de loucher sur Facebook. Fuyez iPads,
iPhones et autres rongeurs de l’ombre. Bref, ne vous laissez pas
distraire.
Consacrer du temps à évaluer les événements permet de prendre
du recul et d’agir posément. Par exemple, lorsqu’à l’aéroport, vous
courrez à perdre haleine parce que votre avion décolle dans cinq
minutes, vous agissez comme si c’était une question de vie ou de
mort. À bien y réfléchir, vous auriez très bien pu prendre le suivant
(solution de rechange) sans que les conséquences soient si
fâcheuses que cela…

Réfléchir à son plan B, une activité comme une autre


« On ne m’ôtera pas de l’idée qu’il faut avoir un petit coin de sa tête
accroché dans les étoiles. »
Delphine de Vigan, No et moi

Je vous propose ici de revenir sur la notion de déséquilibre


intérieur avec laquelle j’ai introduit cet ouvrage… et de commencer
par vous raconter mon histoire.

Mes vingt minutes de préparation quotidienne


Chaque matin, sur le trajet qui me menait vers ma tour de verre et d’acier, une
étrange sensation m’envahissait dès que je me mettais à réfléchir à toutes
sortes d’activités professionnelles dans lesquelles je rêvais secrètement de me
lancer : travailler dans le conseil en stratégie en rejoignant un des plus gros
cabinets de la capitale, reprendre la librairie désaffectée du centre-ville de
Bourg-Saint-Maurice, ouvrir un Bed&Breakfast sur les hauteurs d’Annecy,
acheter une petite galerie de peinture… Tout y passait et cet état
d’effervescence ne me quittait pas d’un bout à l’autre de la ligne de métro.
Ainsi, chaque jour, pendant trente minutes, mes neurones s’agitaient, à la façon
de puces prises au piège dans une boîte de Pétri. C’était très simple, dans ces
moments-là, plus rien ne semblait me peser. Je ressentais un état d’allégresse
absolument délicieux, en décalage total avec celui dans lequel j’allais me
plonger quelques minutes plus tard, croulant sous le poids des dossiers à
traiter. En fait, au cours d’une même journée, j’avais un peu l’impression de
mener deux vies en parallèle. Alors puisque cet état me procurait un tel bien-
être, pourquoi ne pas consacrer davantage de temps à la préparation de mon
plan B ? Trente petites minutes ? C’était vraiment trop peu ! Pour retrouver
l’équilibre qui commençait sérieusement à me faire défaut dans ma vie
professionnelle, il ne tenait qu’à moi d’en faire une activité quotidienne plus
conséquente.

Au niveau professionnel, quand s’accumulent les doutes, les


incertitudes, les frustrations, voire les humiliations au travail, il
devient indispensable d’échafauder des plans de secours, et de
préférence dans le plus grand secret. Si c’est votre cas, n’hésitez
donc pas à dédier une partie de votre journée à tirer des plans sur
la comète, soit en dehors de votre activité professionnelle (le soir à
la maison, sous la douche ou devant le four à micro-ondes, le
week-end, pendant les vacances, etc.), soit – signe que le
problème devient de plus en plus aigu — pendant les heures de
travail (en réunion, seul cloîtré dans votre bureau, planqué derrière
l’écran de votre PC, etc.).
Afin de vous convaincre de l’importance de travailler chaque jour,
dans un petit coin de votre tête, des voies parallèles, j’aimerais
vous faire part de l’avis de deux professionnels du sujet : Reid
Hoffman (le co-fondateur de LinkedIn, premier réseau
professionnel mondial) et Ben Casnocha (un entrepreneur et
blogueur américain)5. Pour eux, décider de concocter des plans de
repli doit représenter une véritable activité secondaire : « Une des
façons d’opérer votre métamorphose est de commencer votre
plan B potentiel à temps partiel, sauf si vous devez agir
immédiatement6 », notent les experts. Par exemple, pourquoi ne
pas prendre quelques cours du soir pour élargir vos domaines de
compétences ? Profiter du week-end pour réfléchir à nouveau à
des projets qui vous tiennent à cœur ? « Commencez à vous faire
des relations avec des gens qui travaillent dans le secteur voisin.
Posez votre candidature pour des stages à temps partiel.
Commencez à faire du conseil en plus de votre activité
principale », recommandent les auteurs7.

Faites de la culture
du plan B le fil conducteur
de votre carrière !

Vous qui brûlez de prendre un nouveau virage, commencez donc,


dès demain, à consacrer quelques heures par jour ou par semaine
(voire par mois) à travailler sur un projet fiable sur lequel vous
pouvez vous rabattre quand la confiance dans votre plan A aura
totalement disparu.
Lancez-vous ! Si l’idée de monter votre propre business vous
trotte dans la tête, si l’idée de reprendre un salon de toilettage
pour chiens vous a déjà effleuré l’esprit, si l’envie d’aller vivre en
Chine ne vous quitte plus, qu’attendez-vous ? On ne vous
demande pas de tout quitter du jour au lendemain ! Alors
commencez à « temps partiel » et voyez ce qui se passe ! Ciblez
des contacts dans le domaine concerné (via LinkedIn, par
exemple), proposez des rendez-vous à des personnes qui
gravitent dans des secteurs proches de ceux que vous
ambitionnez. Renseignez-vous sur des sites tels que
www.vocationvacation.com (société fondée en 2004 aux États-
Unis) ou www.pivotplanet.com, qui vous permettent de découvrir
et de tester des centaines de métiers, du danseur classique à
l’agent immobilier, en passant par le conseiller fiscal ou encore le
viticulteur.
Dès que vous disposerez d’une solution de repli en adéquation
avec vos ambitions et vos valeurs, il vous sera bien plus facile de
tolérer les échecs… et de naviguer en eaux troubles.

En matière de plan B, mieux vaut être seul que mal accompagné


« On est plus intelligent à plusieurs », dit l’adage. Est-ce à dire qu’il
est nécessaire d’exposer ouvertement ses ambitions et de
partager ses objectifs de vie pour les enrichir de différents avis ?
L’échange contribuerait-il à leur réalisation ? Les autres
joueraient-ils un rôle de catalyseur de motivation ? Agiraient-ils
comme un levier nous incitant à agir ? Ce point de vue repose
sans doute sur une douloureuse réalité : nous sommes tous, à
divers degrés, sensibles au regard et au jugement de l’autre, au
point de souhaiter verrouiller toutes nos décisions avec notre
entourage, de peur de les décevoir ou de paraître inconsistant. Et
pour nous sécuriser, toute occasion est bonne à prendre. Par
exemple, lors d’un apéritif entre amis, entre deux olives et une
bière, nous n’hésiterons pas à nous renseigner, à peser le pour et le
contre, à analyser les risques, à décanter les alternatives et, dans
le brouhaha ambiant, à mûrir, tant bien que mal, notre décision
(ou, plutôt, celle des autres…).
La seule personne à qui vous
devez plaire, c’est vous !

Stop ! Si vous continuez d’agir de la sorte, vous foncez droit dans


le mur.
Sauf à être entouré d’optimistes hors pair (ce qui, dans
l’Hexagone, paraît somme toute assez improbable), parler de son
plan B alors que celui-ci n’est qu’au stade de souhait ou
d’ébauche, c’est risquer de le tuer dans l’œuf. En effet, seules des
assises très solides permettent de s’extraire du regard de l’autre et
des influences externes (amis, relations professionnelles, lectures,
émissions radio…).
Mettez-vous quelques secondes à la place de vos proches.
Comment réagiriez-vous si un ami vous annonçait, des étoiles
plein les yeux :
• « Je démissionne pour me reconvertir en gardien de phare » ?
• « Je pars faire la traversée de l’Atlantique à la rame » ?
• « J’emprunte cinq cent mille euros pour financer l’affaire de
mes rêves » ?
• « J’ai eu un coup de foudre la semaine dernière, c’est décidé, je
me marie » ?
• « Je vais sauter à l’élastique du viaduc de Millau » ?
• Etc.
Que lui diriez-vous ? « C’est super ! », « Vas-y ! Fonce ! » ou bien :
« Fais gaffe ! », « Mais c’est du grand n’importe quoi ! », « Tu es fou
ou quoi ! », « Oui, mais as-tu pensé à… », « Attention ! » (Avec dans
la voix une espèce de peur panique, comme si votre ami en
question s’apprêtait à plonger sa main dans une cocotte remplie
d’huile bouillante.)
Encourageriez-vous réellement la prise de risque et le lâcher-
prise ? Vous, que les superhéros de votre enfance ont pourtant
encouragé à braver les pires dangers. Vous, qui avez toujours rêvé
de ressembler à toutes ces aventurières de séries télé. Est-ce bien
toujours vous, qui déclenchez toutes les alarmes à la seconde où
l’on s’apprête à faire un pas dans une nouvelle direction ?
Comme vous, les autres sont enclins à pointer le doigt sur ce qui
ne fonctionnera pas, à objecter mille raisons de ne pas se lancer,
à distiller le doute et l’inquiétude. Au final, vous avez toutes les
chances de reculer et ce, avant même de vous être engagés dans
l’action !
Des recherches menées au sein du département de psychologie
de l’université de New York8 vont jusqu’à mettre en lumière
l’existence d’une relation inversement proportionnelle entre
l’expression publique des rêves et le passage à l’action. Les
auteurs démontrent notamment que le fait de parler de ses
projets pourrait produire l’effet inverse par rapport à celui
initialement recherché, en réduisant notre capacité à les mettre
en œuvre. Selon eux, partager ouvertement ses objectifs de vie
donne l’illusion d’avoir avancé dans la construction d’un projet,
alors qu’en réalité, nous venons tout juste d’en poser la première
pierre !
Ainsi, prendre des décisions en solitaire, c’est se donner toutes les
chances de développer une force intérieure imperméable aux
réactions de notre entourage.
Pour conclure, je tiens malgré tout à souligner ma bienveillance
envers toutes les personnes qui nous mettent en garde et nous
conseillent le statu quo ; la plupart du temps, elles sont animées
de bonnes intentions et cherchent avant tout à nous signifier
qu’elles se font du souci pour nous (et aussi qu’elles se sentiraient
beaucoup mieux si nous nous abstenions de prendre des risques
incontrôlés !).
Enclencher son plan B :
« Partez ! »
« Si vous désirez vraiment faire quelque chose, vous trouverez
un moyen. Sinon, vous trouverez une excuse. »
Jim Rohn

On pourrait penser de la philosophie du plan B qu’elle nous rend


trop précautionneux. Que passer son temps à envisager des
solutions de repli « au cas où » nous cantonne à l’hyper-réflexion,
voire à l’hyper-passivité. Que ruminer des heures, des jours, voire
des mois, à planifier le coup parfait constitue la clé du succès.
C’est tout le contraire ! Bâtir un plan B, c’est avant tout agir. Ce
n’est pas se contenter de collectionner les hypothèses, ou étudier
de long en large chaque alternative, ou même souhaiter changer
sans jamais passer à l’acte.
Déployer différentes options en cas de risques à venir, c’est se
donner les moyens de se faufiler sous les fourches caudines des
résistances inhérentes à toute mise en action. C’est se décider
coûte que coûte à emprunter des chemins de traverse en flairant
le moment opportun pour déclencher un bon plan B.
C’est apprivoiser les doutes, lever les barrières et gommer les
remords, histoire de ne pas se faire mettre hors-jeu quand le plus
terrible se prépare.

Gérer les résistances


Comme nous le fait justement remarquer l’humoriste Jean-Marie
Bigard, « c’est au pied du mur que l’on voit le mieux le mur ». De ce
fait, quand on se retrouve devant le fait accompli, quand le risque
potentiel se transforme en danger réel, quand on doit se
prononcer dans l’urgence, il n’y a plus à hésiter : il faut agir. Dans
ces moments-là, les résistances tombent d’elles-mêmes. Dans ces
moments-là, consacrer ne serait-ce qu’un quart d’heure à dresser,
dans une colonne les inconvénients, dans une autre les
avantages, puis comparer les deux, c’est prendre le risque que la
situation initiale tourne au désastre. Par exemple, on ne réfléchira
pas deux secondes avant de se précipiter sur un gamin qui quitte
brusquement le trottoir pour aller récupérer son ballon roulant sur
la chaussée.
En revanche, si la situation s’avère moins urgente ou le
changement en cours moins radical, le doute commence à
s’installer : on s’interroge, on hésite, nos atermoiements
s’intensifient, au point de nous brouiller l’esprit et de ralentir notre
prise de décision. Comme l’a écrit L. Janin-Devillars : « La
résistance est une solide défense, difficile à surmonter, qu’on
n’entame pas d’un petit coup de dents1 ».
Bien entendu, lorsque les résistances s’en mêlent, il devient
extrêmement laborieux d’anticiper l’avenir de façon sereine et
d’entrevoir des solutions capables de contrecarrer les risques.

L’angoisse des dirigeants de Mont-Joly


Cette année-là, réchauffement climatique oblige, les dirigeants de la petite
station de Mont-Joly avaient misé sur une année sans neige. Pari perdu : dès le
premier jour des vacances scolaires, la station s’était peuplée de chamois de
bronze, de fondus de fondue et de skieurs du dimanche. Cette année-là,
portés par un climat favorable, ils avaient préféré fermer les yeux sur la
tendance de fond qui menaçait les Alpes : la baisse de 50 % du niveau
d’enneigement depuis les cinquante dernières années (avec une diminution du
même ordre à prévoir d’ici 2050). Les dirigeants savaient pertinemment que la
multiplication des canons à neige ne résoudrait pas le problème (d’autant que
d’après leurs calculs, les investissements nécessaires pour produire de la neige
de culture ne seraient amortis qu’à longue échéance). Le seul moyen de
maintenir un taux de fréquentation acceptable pendant la saison hivernale
consistait en une diversification des activités (plan B) avec, à la clé, des
investissements colossaux dont la rentabilité était malheureusement plus
qu’hasardeuse : construction d’un centre aquatique, d’un mini-golf, de pistes
de VTT et d’une télécabine permettant de rejoindre la grotte de glace de la
station voisine. Conscient de la nécessité de trouver de nouvelles alternatives
aux sports de glisse, le comité de direction n’a pourtant jamais lancé le projet
en raison d’une résistance de taille : la crainte presque viscérale de devoir le
cas échéant se séparer d’une partie du personnel embauché pour travailler sur
le domaine skiable (un directeur d’exploitation et pas moins d’une vingtaine de
pisteurs-secouristes, nivoculteurs, conducteurs de dameuses et hôtesses de
caisse). Le personnel ne roulait pas sur l’or et tout licenciement, en plus de faire
pleurer dans les chaumières, aurait fortement entaché l’image de la petite
station. Pour les dirigeants, les blocages étaient si importants qu’ils avaient
préféré ne jamais envisager de reclasser le personnel (solution pourtant
acceptable moyennant des formations adaptées) ni même d’étudier la façon
dont rentabiliser au mieux les investissements à prévoir. Et si, après tout ça, la
station faisait faillite ? Cette question était sur toutes les lèvres. Un beau jour,
le patron de la Compagnie des Edelweiss (la maison-mère gérant tout le
domaine skiable des Alpes) débarqua et s’adressa à eux en ces termes :
« Demain est un autre jour et même si nous avons tous parfaitement
conscience des changements climatiques qui nous menacent, personne ne
peut exactement prédire ce qui se passera demain. Par contre, en préparant
dès aujourd’hui des réponses aux hypothèses les plus probables, vous mettez
toutes les chances de votre côté de réussir demain. »

Lorsqu’un changement se profile à l’horizon, toutes sortes de


pressions apparaissent. La liste est longue : la peur de ne pas y
arriver, de ne pas se montrer à la hauteur, de ne pas trouver de
voie de reconversion, de perdre (car tout changement de
direction équivaut à un renoncement par rapport à une situation
initiale, assimilable en quelque sorte à un deuil), la peur d’être jugé,
de commettre une erreur, de rompre avec un modèle familial (et,
donc, d’être mal vu, voire rejeté), la panique causée par l’urgence
à trouver des solutions, les incertitudes sur les décisions à prendre,
les préjugés de tous ordres (« Je suis trop vieux pour… », « Que va
penser ma femme ? », « Je n’ai pas les compétences pour… »), les
messages parentaux (« Ça ne se fait pas »), les questions d’ordre
financier, etc. Dites « Stop ! » aux alibis montés de toutes pièces,
qui chassent de nos esprits la notion même de solution et tuent
notre désir d’agir.
Exercice compliqué, car nos résistances viennent de très loin.
Parfois, c’est à se demander si elles ne nous ont pas nourris en
même temps que les petits pots… De ce fait, si vous cherchez à les
balayer d’un simple revers de la main, tout, absolument tout
s’érigera naturellement en obstacle à vos actions. Ainsi, au lieu de
lancer votre plan B, vous resterez emmurés dans des stratégies
d’évitement, de procrastination et d’échec qui vous feront tourner
en rond.
Tant que vous n’analyserez pas les causes de ces blocages, vous
continuerez de stationner au point mort. Et tandis que d’autres
obtiendront de jolies promotions, braveront vents et marées pour
faire le tour du monde, actionneront ardemment leur réseau pour
se sortir d’une impasse professionnelle ou se lanceront dans la
musique, leur passion de toujours, vous végéterez dans
l’immobilisme. Où bloquez-vous ? Pourquoi craignez-vous de
passer le seuil du bureau directorial pour exprimer vos souhaits
d’évolution ? Pour quelles raisons continuez-vous d’embarquer sur
une coquille de noix alors qu’on vous offre les plus beaux voiliers ?
Comment expliquez-vous votre appréhension à décrocher votre
téléphone ? Pourquoi prétexter que les leçons de solfège coûtent
trop cher, que vous n’avez pas la place d’installer un piano chez
vous ou que les voisins vont se plaindre du bruit ? Affrontez vos
résistances, de façon à mieux les comprendre… et à définir des
stratégies aptes à les contourner.
Ainsi, quand vous sentez la peur prendre le dessus, plutôt que de
chercher à l’ignorer, accueillez-la, acceptez-la et décortiquez-la,
afin de mettre le doigt sur ce qui vous effraie vraiment et pouvoir
ensuite la transformer et l’utiliser à votre avantage.

Le casse-tête de Camille
Camille venait d’avoir 40 ans ; une période de la vie propice à l’étalage de
banalités exaspérantes : « C’est le plus bel âge pour une femme », « Tu ne les
fais vraiment pas, ma vieille ! », « 40 ans, c’est l’heure du bilan », « Faut profiter,
Camillou, parce que le compte à rebours a commencé… Et la vie ne tient qu’à
un fil, tu sais… » Abstraction faite de ces lieux communs horripilants, ses deux
fois vingt bougies lui avaient craché au visage que le temps allait à présent
défiler à toute allure et qu’il serait peut-être temps de réaliser le rêve de sa
vie : devenir violoniste professionnelle. L’objectif lui paraissait insurmontable,
d’autant que Camille avait appris seule le solfège et le violon. Chaque soir,
hermétiquement enfermée dans une petite chambre qui faisait office de
cagibi, elle faisait vibrer les cordes de son instrument mais n’avait encore
jamais osé jouer en public. Jusque-là, il n’avait donc été donné à aucun
membre de sa famille, à aucun voisin, à aucun de ses meilleurs amis,
l’opportunité de l’entendre faire des gammes. En fait, Camille avait peur. Peur
de se sentir ridicule parce qu’elle ne maîtrisait pas son instrument à la
perfection. Quand le doute l’envahissait au plus haut point, elle tentait de se
rassurer en se passant en boucle les paroles de ses copines (celles qui lui
assénaient que la vie ne tient qu’à un fil) : « Dis-nous, Camillou, que se
passerait-il si ton morceau était totalement inaudible ? – Si mon morceau était
totalement inaudible, j’aurais l’air stupide. – Et alors ? – Alors on se moquerait
de moi. – Et alors ? – Et alors j’aurais honte. – Es-tu bien en train de nous dire
que tu ne te lances pas pour éviter de te sentir stupide et d’avoir honte… ? »

Une manière de se sortir de cette situation inextricable serait de


voir les choses différemment, en se posant les bonnes questions :
Camille se sentirait-elle moins stupide et honteuse si elle
continuait de jouer seule dans son cagibi ? Pas sûr ! Devenir
violoniste dans un orchestre a toujours été son rêve… Alors sa
stratégie de ne pas s’exposer en public afin de ne pas se sentir
stupide et honteuse fonctionne-t-elle vraiment ? Non. Et
puisqu’elle risque de se sentir stupide et honteuse dans les deux
cas, quelle est la pire situation ?

L’action chasse la peur


de l’action.

Si vous avez peur de quelque chose, le mieux est de passer à


l’action et de réaliser ce quelque chose.
En effet, agir représente le moyen le plus rapide et le plus efficace
de dépasser une peur. Comme lorsque vous portez une paire de
mocassins toute neuve, il y a une courte période d’inconfort, au
début. Mais à la seconde même où vous entrez dans l’action, vous
vous concentrez immédiatement sur ce que vous faites et ne
pensez même plus à avoir peur ! Pourquoi ? Tout simplement
parce que le fait d’agir vous extirpe de votre monde intérieur, où
nichent vos angoisses, pour passer dans le monde extérieur, celui
où vous visez des résultats. Si vous ne savez pas quoi faire et que
vous vous posez la question suivante : « D’accord, mais que puis-
je faire ? », la réponse coule de source : n’importe quoi ! Faites
quelque chose, même n’importe quoi ; cela sera bien plus efficace
que de ne rien faire du tout !
Inutile de vous faire un dessin, le déclenchement d’un plan B n’est
pas chose facile. Non seulement, nous venons de le voir, parce
qu’il fait naître bon nombre de résistances mais aussi, et c’est là
que la tâche se complique encore davantage, parce qu’un plan B,
ça a un coût… Eh oui !

Un plan B, ça coûte combien ?


On a coutume d’affirmer que « l’herbe n’est pas plus verte
ailleurs », « qu’on sait ce que l’on perd mais que l’on ne sait jamais
ce que l’on retrouve » ou encore « qu’un tiens vaut mieux que deux
tu l’auras ». En d’autres termes, une situation existante (plan A)
vaudrait mieux qu’une situation attendue ou promise, c’est-à-dire
incertaine.
Ce principe de prudence repose sur un fait indéniable : l’avenir
renferme toujours une zone d’ombre, aussi infime soit-elle. De ce
fait, tout plan B, parce qu’il s’inscrit dans le futur (en réponse à un
risque ou à un changement affectant une situation A actuelle
parfaitement connue) comporte également un delta d’incertitude.
Tout plan B a un prix, celui du « renoncement nécessaire à de
confortables accoutumances de tous ordres2 ». Celles et ceux
pour qui ce principe de prudence guide la prise de décision (voire,
dans certains cas, la vie tout entière…) se retrouvent devant un
vrai dilemme au moment d’emprunter un itinéraire bis : faut-il se
lancer ou pas ? Finalement, ne risque-t-on pas de perdre
davantage avec notre plan B qu’en maintenant notre plan A ?
Aux résistances diverses et variées ralentissant notre dynamique
d’action, s’ajoute un autre facteur, qui pousse les plus hésitants
d’entre nous à privilégier systématiquement la proie pour l’ombre :
les coûts irrécupérables. « En économie comportementale et dans
l’analyse de la décision, les coûts irrécupérables (sunk costs, en
anglais) sont les coûts qui ont déjà été payés définitivement ; ils
ne sont ni remboursables, ni récupérables par un autre moyen.
Pour un agent rationnel, ces coûts ne devraient pas peser dans la
balance pour les choix qui sont réalisés après qu’ils ont été
engagés. En pratique cependant, ils interviennent souvent dans le
raisonnement, du fait de l’aversion à la perte3. »
Inutile d’être un as de la micro-économie pour comprendre le
phénomène ; l’idée est la suivante : celui qui se laisse bercer par
l’illusion des coûts irrécupérables4 est extrêmement réticent à
l’idée d’abandonner une situation initiale pour un plan B.
Pourquoi ? parce qu’il a commencé à investir de l’argent et de
l’énergie dans un projet, sans aucune garantie de succès par la
suite. D’ailleurs, qui sait ? Ledit projet est peut-être voué à
l’échec ? Rien ne lui permet d’affirmer avec certitude que son
projet lui « remboursera » plus tard tout l’argent et toute l’énergie
qu’il y a consacrés.
Illustrons cette théorie par deux petites histoires qui, j’en suis sûre,
vous rappelleront quelque chose…

Le billet de cinéma (salle parisienne,


prix plein tarif : 10 euros)
Juliette vient de s’installer au premier rang, sa place favorite ; elle se réjouit
d’être parmi les premières spectatrices du dernier thriller de Luis Dalpez. Mais
au bout d’un petit quart d’heure, Juliette trouve le scénario cousu de fil blanc.
Elle déplore la platitude des dialogues. Cerise sur le gâteau, l’acteur principal
n’est pas dans ses meilleurs jours… « Je ferais mieux de sortir et d’aller finir mes
achats », pense Juliette. Elle hésite un instant et se ravise : si elle quitte la salle
avant la fin du film, elle aura l’impression d’avoir perdu dix euros. Ce sentiment
de gâchis ne se serait pas fait sentir si on lui avait donné gratuitement le billet :
elle n’aurait alors eu aucune hésitation à partir !

À y regarder de près, les deux options (rester ou partir) sont, en


tout point, équivalentes car, dans les deux cas, le fait de quitter la
salle n’entraîne aucun coût. Et l’utilité du temps passé à l’extérieur
par rapport à celui passé à regarder le film jusqu’à la fin est, lui
aussi, parfaitement identique. Ainsi, pour des acteurs parfaitement
rationnels, conscients des biais engendrés par le phénomène des
coûts irrécupérables, le ratio utilité/coût de chaque option serait
le même. Un spectateur averti aurait donc quitté la salle sans
hésiter.

Le forfait de ski (prix pour une personne et pour


une semaine sur le domaine de Mont-Joly : 290 euros)
Le principe est le même à une différence près : quand on sait qu’un forfait
coûte vingt-neuf fois plus cher qu’une place de cinéma, on hésite encore
davantage avant de rentrer se la couler douce devant le feu qui crépite…
Même par – 15 degrés et un brouillard à couper au couteau !

Avant de lancer votre plan B, posez-vous systématiquement la


question suivante : le bénéfice de ma solution de repli est-il au
moins égal au coût déjà engagé dans mon plan A ? Si la réponse
est « oui », il n’y a pas à hésiter une seconde ! Foncez !

Aucune solution n’est gratuite :


à vous d’identifier celle qui présente
le meilleur rapport utilité/coût.

Pour bifurquer quand le vent se met à tourner, il faut donc garder


en permanence à l’esprit cette notion de coût et, surtout, savoir
négocier… avec soi-même ! En effet, pas question ici, comme dans
le cadre d’une négociation classique, de faire accepter votre
position à un interlocuteur externe. Dans le cas du plan B, la
personne que vous allez devoir convaincre d’agir, c’est vous !

Identifier le point de bascule


Se laisser transbahuter par le train-train quotidien, se ronger les
ongles à l’idée de devoir changer quelque chose dans nos petites
vies (trop) bien huilées ou rester écrasés sous le poids d’objectifs
inatteignables, chacune de ces situations semble ne pas
perturber grand monde. À croire que nous tirons un bénéfice
caché à nous complaire dans l’immobilisme. À croire que le fait de
nous dire : « Allez ! Il est temps de changer ton fusil d’épaule ! »,
nous plonge dans un état léthargique somme toute loin d’être
désagréable.
Volontairement ou non, nous préférons attendre. Attendre le
détonateur, le coup de pouce qui va tout faire basculer. Et
pendant que nous patientons, notre plan B, lui, reste bien au
chaud.
Tout l’enjeu consiste à savoir si nous avons vraiment intérêt à le
dégainer et, le cas échéant, à quel moment le faire. Changer de
lieu d’habitation, de métier, de partenaire, de vie, oui ! Mais
quand ? « Le choix du moment de changer de train tient à la fois
de l’art et de la science ; il y faut de l’intuition et une grande
attention au retour d’informations et aux données que vous
recueillez […] De surcroît, il faut s’attendre à rencontrer en cours de
route des aubaines et des coups de malchance qui ouvriront ou
fermeront des fenêtres d’opportunités inattendues5 »,
reconnaissent les experts. Parfois, un événement tout à fait anodin
peut suffire à bouleverser le cours des choses : une rencontre, un
oubli, une dispute, une lecture, une phrase, un mot, un décès…

Les petits coups de pouce de Luc et Emma


Emma est conseillère de clientèle dans une banque. Il y a une dizaine d’années,
elle a quitté les montagnes de son Piémont natal pour s’installer en banlieue
parisienne, où elle a rencontré Luc (un Breton d’origine). Luc est responsable de
la gestion des stocks dans une grande enseigne de la distribution. À eux deux,
Emma et Luc gagnent très correctement leur vie, même si le travail d’Emma
commence à lui sortir par les yeux. En effet, depuis peu, le directeur de l’agence
a doublé ses objectifs, en lui confiant la responsabilité des opérations « coup
de poing » : crédits revolving, assurances-vie, comptes sur livret, anciens
Codevi nouveaux LDD, assurances auto… Au total, Emma est contrainte de
vendre huit produits par jour, contre quatre précédemment. Les veilles de
week-end de trois jours, histoire de décompresser, Luc et Emma s’échappent à
Cancale, sur la côte bretonne, dans la petite bicoque ayant appartenu à la
famille de Luc. Mais leur séjour n’est généralement pas de tout repos, le couple
s’astreignant avant tout à défricher le jardinet, à nettoyer la maison et à
lasurer la balustrade attaquée par les embruns. Sans compter les kilomètres de
bouchons qui les attendent le dimanche soir pour rentrer… Luc et Emma
profitent du week-end du 1er mai pour aller rendre visite à Gwenaëlle, la
cousine de Luc, qui réside dans la région depuis toujours. Lors du déjeuner de
famille, tandis qu’Emma raconte avec dégoût ses journées à la banque,
Gwenaëlle lance, de façon tout à fait inattendue : « Et si vous ouvriez un
restaurant italien dans le coin ? Ça nous changerait des crêpes ! » La
suggestion de Gwenaëlle se présente au couple comme une évidence : la
cuisine a toujours été la passion d’Emma, Luc n’aurait plus qu’à se
perfectionner en comptabilité et à s’immerger dans l’univers de la restauration.
Les jours qui ont suivi, Luc a demandé à bénéficier d’une formation de
reconversion dans le cadre du CPF. Le couple a engagé des démarches auprès
de la chambre de commerce d’Ille-et-Vilaine. Suite au décès du gérant de la
crêperie Belle-Océane, le fonds de commerce venait justement d’être mis en
location à Port-Mer, à deux pas de Cancale. Emma s’est empressée de
démissionner sur-le-champ. Pour Luc et Emma, l’aventure recommençait.

« Vous n’êtes pas obligés


d’attendre un échec pour
effectuer un changement
intelligent3. »

Deux événements, que l’on pourrait qualifier de signes, de


coïncidences ou encore de hasards de la vie, sont venus cisailler
une routine dans laquelle le couple s’enfonçait gentiment : le
déjeuner chez Gwenaëlle et le rendez-vous à la chambre de
commerce. Mais dans la vie, les changements peuvent être bien
plus conséquents (par exemple un licenciement, une
délocalisation, la naissance d’un enfant, un accident de voiture,
etc.), exigeant de sortir in extremis un plan B du chapeau. Dans
son ouvrage intitulé Seuls les paranoïaques survivent6, Andrew, un
des fondateurs d’Intel, qualifie ces événements majeurs de
« points d’inflexion stratégiques ». Pour ce businessman américain,
le point d’inflexion stratégique correspond à un véritable raz-de-
marée, où ce qui était vrai avant, ne l’est plus et où, pour survivre, il
devient impératif de changer de stratégie. Il illustre cette notion
par l’histoire d’Intel : « Vers le milieu des années 1980, les
producteurs japonais se mettent soudainement à fabriquer des
puces à mémoire. La société Intel connaît alors une crise sans
précédent. Pour s’adapter, elle se lance dans l’aventure des
microprocesseurs et met à son tour les constructeurs de grands
ordinateurs traditionnels en difficulté7. » On pense aussi, par
exemple, aux petits commerces, pour qui l’installation
d’hypermarchés dans des rayons géographiquement proches a
fait l’effet d’un tremblement de terre. Ou encore aux fabricants de
CD, avec l’arrivée massive des MP3. La liste est longue.
Une chose est sûre : qu’il s’agisse d’un petit grain de sable ou
d’une catastrophe majeure, la meilleure façon d’accueillir le
détonateur qui va vous pousser vers une issue de secours (à
défaut de la déclencher vous-même), réside dans votre capacité
à avancer en terre inconnue.
Je reprendrai cette idée en conclusion. En attendant, pour
apprivoiser l’incertitude, je vous propose de passer avec vous-
même un contrat très simple : engagez-vous à sortir de votre zone
de confort au moins une fois par jour. Trouvez de nouvelles
options, testez-les. L’une d’entre elles vous a conduit droit dans le
mur ? Qu’à cela ne tienne ! Recommencez ! Qui sait ? Elle vous
réserve peut-être de bonnes surprises à venir…

Être sûr d’avoir fait le bon choix


Vous venez d’opter pour un plan B et a priori, toutes les conditions
semblent réunies pour qu’il se déroule à merveille. Mais voilà,
plutôt que de pousser un soupir de soulagement, une espèce
d’angoisse se met à gonfler dans votre poitrine : et si, en lâchant
votre plan A, vous n’aviez pas choisi la meilleure option ?
C’est LA question que vous allez certainement vous poser :
comment être sûr d’avoir opté pour LE meilleur plan B ? D’avoir
trouvé LA meilleure option ? Question légitime si, après avoir mis
en place votre nouveau plan d’attaque, vous n’atterrissez pas
immédiatement à l’endroit souhaité ou si vous voyez votre
existence virer au désastre… N’ayez crainte, c’est un excellent
signe ! En effet, dites-vous que la recrudescence des symptômes
précède souvent la guérison. Par exemple, vous connaissez
comme moi des personnes ayant cessé de fumer, dont la vie s’est
transformée en un véritable enfer, avant qu’elles ressentent les
premiers bénéfices liés à l’arrêt du tabac. Ou encore des
adolescents boutonneux dont le visage s’est truffé de pustules
avant de finir complètement asséché sous l’effet des traitements
antiacnéiques. Lorsqu’on opte pour un plan B, on est souvent
confronté au même phénomène.
D’où l’importance de tester ce plan dans la durée, de prendre le
temps d’en tirer les enseignements nécessaires, plutôt que de
considérer les premiers symptômes comme un signe annonciateur
d’échec. Donc, pour savoir si vous avez choisi la meilleure option,
prenez le temps de la tester !
Si vous avez respecté les grands principes d’un plan B réussi (cf.
p. 48), il y a tout lieu de penser que votre test se révélera positif ;
en toute logique, le bénéfice de votre plan B (devenu finalement
votre nouveau plan A) devrait être au moins égal à celui de votre
ancien plan A. Si l’équation ne vous saute pas aux yeux, je suis en
revanche sûre d’une chose : vous avez déjà fait 80 % du chemin et
quoi qu’il arrive, vous êtes dans la bonne direction.
Les vingt pourcents restants ? de l’intuition !
Certains oiseaux font le tour du globe pour aller s’accoupler, en se
fiant à leur unique instinct. C’est aussi grâce à leur instinct que les
lapins et les mulots échappent aux griffes des prédateurs. Notre
instinct animal s’étant effacé au profit d’un esprit cartésien
surdéveloppé, nous avons forcément beaucoup plus de mal à le
solliciter que les oiseaux, les lapins et les mulots. Rappelez-vous
de la dernière fois où vous avez ruminé : « Je le savais ! J’aurais dû
faire comme cela. » En réalité, vous ne le saviez pas : vous le
sentiez ! Pourquoi n’avez-vous pas osé écouter les sensations qui
se sont exprimées en vous ? Parce que vous vous êtes laissé
influencer. Soit par quelqu’un de votre entourage, soit… par vous-
même ! Seule une confiance en soi indéfectible vous aurait permis
de réagir « au feeling », avec vos tripes plutôt qu’avec votre
cerveau.

Quand on croit en soi,


on sait se pardonner
un virage mal négocié.

Faites-vous confiance ! Même si votre plan B ne vous mène pas


tout à fait à l’endroit idéalement souhaité, vous avez déjà
parcouru un bon bout de chemin. Vous avez fait de votre mieux ;
ne soyez pas critique envers vous-même. Évitez d’auto-saboter
votre plan.
Vous pouvez être fier de vous : au moins, vous avez agi ! Vous avez
tenté. Et, de facto, vous avez contribué à changer la donne
initiale, même si c’est de façon infinitésimale. Si vous pensez avoir
raté, dites-vous que vous seriez certainement plus malheureux
encore de ne rien avoir essayé du tout !

Plan B au quotidien
Comment entrer en contact avec son intelligence instinctive
Le petit chimiste
Prenez deux liquides miscibles entre eux, par exemple de l’eau et du sirop de citron. Verser l’eau dans un verre, ajoutez-
y une bonne dose de sirop. Le mélange est d’abord opaque, un peu comme le sont vos idées avant de prendre une
décision. Et puis tout à coup, le précipité chimique se forme, le tout décante, le sirop, plus lourd que l’eau, tombe au fond
du verre. Maintenant, le liquide est parfaitement clair. En regardant le phénomène se produire, vos pensées s’ordonnent,
tranquillement. Tout à coup, vous êtes saisi par une évidence. Ne réfléchissez plus davantage : c’est le signe que vous
avez trouvé la bonne solution !
Question de feeling
Vous vous apprêtez à faire un choix. Avant de prendre toute décision, concentrez-vous un instant, par exemple en
respirant profondément. Puis posez-vous cette question binaire, toute simple : « Est-ce que je le sens ou pas ? »
« C’est la possibilité de
réaliser
un rêve
qui rend la vie
intéressante. »
– Paolo Coelho –
Séance no 2
Comment préparer
et mettre en place
un bon plan B ?
Je vous propose maintenant de débuter cette séance par
des questions qui vous permettront de formuler, à l’oral ou
à l’écrit, vos buts, vos désirs, vos rêves. À ce stade, un seul
mot d’ordre : osez !
Veillez à être le plus précis possible : n’hésitez pas à
détailler vos réponses, à vous fixer des délais de réalisation.
Comme dans la séance de mini-coaching précédente,
commencez par vous remémorer une situation dont vous
brûlez de vous dépêtrer, parce qu’elle vous empoisonne la
vie.
■ Questions à se poser pour travailler sur la motivation et le désir

Que ressentez-vous par rapport à cette situation ?


Pourquoi vous agace-t-elle autant ? Avez-vous connu des
situations semblables par le passé ? Lesquelles ?
Que souhaiteriez-vous voir changer ?
Que voulez-vous vraiment ? (Si, en répondant à cette
question, vous sentez votre cœur qui bat plus rapidement
que de coutume, c’est bon signe : vous êtes en harmonie
avec vous-même).
Quels sont vos espoirs les plus profonds ? votre envie la
plus fondamentale ?
■ Questions à se poser pour rêver en grand

Si vous aviez une baguette magique, quel serait votre rêve


le plus fou ? Quels objectifs souhaiteriez-vous atteindre ?
Quel serait votre objectif le plus ambitieux ? (Attribuez-lui
une note sur une échelle d’un à dix.)
Quel serait votre meilleur scénario ? Comment se finirait-il ?
Faites une description (même béate et naïve) du futur que
vous imaginez en commençant par la phrase suivante : « Je
rêve d’un monde dans lequel… »
Ensuite, identifiez les étapes nécessaires à l’atteinte de
cette vision. Que devez-vous mettre en œuvre ? Comment
devez-vous vous comporter ?
Que ferait votre héros préféré afin de se sortir
définitivement de la situation embarrassante que vous
vivez ? Que vous conseillerait la voix du sage qui sommeille
en vous ?
■ Questions à se poser pour une mise en œuvre efficace de votre plan B

Quelles actions êtes-vous prêt à initier dans l’immédiat


pour poser les premières pierres de l’édifice de votre rêve ?
Quelles sont, selon vous, les étapes suivantes ? Comment
allez-vous les mettre en place ? sous quels délais ?
Comptez-vous agir tout de suite ou bien préférez-vous
laisser mûrir la situation ?
Si vous décidiez de prendre tout votre temps avant de
mettre en place une alternative efficace, jusqu’à quand
reporteriez-vous votre échéance ?
Sur qui compter ? Quels sponsors solliciter pour vous suivre
dans votre plan B ? Quelles sont les personnes qui vous
soutiendront le plus activement dans votre démarche ?
■ Questions à se poser pour mettre en lumière vos résistances

Quelle émotion négative freine la mise en œuvre de votre


plan B ? Est-ce la peur, la tristesse, la colère ? Essayez de
décrire précisément cette émotion. Que ressentez-vous
physiquement ?
Des personnes de votre entourage viennent-elles perturber
votre projet ? lesquelles ? Que vous disent-elles ? Que
pourriez-vous leur dire pour les rassurer ?
Compte tenu de vos objectifs, qu’est-ce qui pourrait vous
faire échouer ?
Vos croyances ? Mes croyances sont les suivantes :

Vos tactiques d’autosabotage ? Mes tactiques préférées :

Mes messages parentaux ? Il s’agit des messages suivants :

■ Questions à se poser pour provoquer une recrudescence


des symptômes… et prendre conscience du pire

Dans les pages précédentes, j’évoquais la recrudescence


des symptômes comme signe annonciateur de guérison.
Calées sur ce phénomène, certaines méthodes de
questionnement employées en coaching vous
encouragent, de façon tout à fait paradoxale, à rester
confiné dans l’attentisme ou le pessimisme, afin de vous
amener, grâce à des solutions constructives, à prendre
vous-même le contre-pied pour vous sortir de l’impasse.
Si une résistance devait faire échouer votre plan B, quelle
serait-elle ?
Comment vous y prendriez-vous pour faire en sorte de
foncer tout droit dans le mur ?
Si vous deviez saboter votre plan, comment procéderiez-
vous ? Est-ce que quelqu’un ou quelque chose vous aide
dans cette démarche de destruction ? Si oui, de qui ou de
quoi s’agit-il ? Pourquoi cette personne/chose reste-t-elle
dans l’ombre ?
Quel pire scénario catastrophe pourriez-vous envisager ?
Finalement, derrière ce que vous affirmez, quelle est votre
réelle préoccupation ?
Je souhaite introduire cette troisième et dernière partie en
m’adressant aux détracteurs du plan B, aux aficionados de la
pensée positive, aux partisans du positivisme à tous crins, à tous
les fondus de la méthode Coué1 (pour qui, quels que soient les
risques se profilant à l’horizon, tout va toujours très bien, Madame
la Marquise), aux rares chercheurs dont les travaux tendraient à
montrer que les plans de repli atténueraient la performance à
court terme2, à celles et ceux qui soutiennent que le fait
d’envisager des dangers ou des risques potentiels transforme nos
existences en un véritable enfer. Bref, à tous ceux qui se mettent
des œillères pour mieux réfuter l’irréfutable : tout d’abord,
préparer des alternatives à un plan A permet de s’affirmer par
rapport à son environnement et de garder (ou de reprendre) le
contrôle sur les événements. Même les animaux en sont
convaincus ! Sincèrement, pourquoi pensez-vous que le lapin de
garenne prenne autant de soin à construire différentes sorties
quand il creuse son terrier ? Ensuite, sécuriser demain concourt à
lâcher prise aujourd’hui et à favoriser la prise de risque. Logique :
le trapéziste sera plus performant et plus serein s’il sait bénéficier
d’un filet de sécurité. Idem pour l’alpiniste : il sera plus enclin à
s’arrêter en cours de route pour admirer la beauté des glaciers s’il
est encordé. Enfin, apprendre à être à l’aise face à l’inconnu
concourt à réduire nos attentes (souvent très, voire trop élevées)
et, donc, à amortir nos déceptions.
Le réflexe « plan B », c’est donc triple bénéfice !
Assumer ses décisions et s’affirmer :
« C’est mon choix »
« Tu as deux choix dans la vie : accepter les choses telles qu’elles sont
ou prendre la décision de les changer. »
Sidney FRIEDMAN

S’il est une qualité de la personne responsable, c’est bien celle-ci :


la capacité à se prémunir contre ce qui pourrait arriver de moins
favorable pour ne pas être pris au dépourvu. Comme la fourmi de
La Fontaine, en quelque sorte. Plutôt que de se complaire dans un
rôle de victime, en rejetant systématiquement l’échec sur l’autre,
plutôt que de se lamenter et de regretter (« Si j’avais su, j’aurais
dû… »), la personne responsable cherche à s’affirmer par rapport à
son environnement (qu’il soit professionnel, personnel, climatique
ou technologique), en déroulant notamment plusieurs pistes
d’atterrissage. Elle n’admet pas (ou plus) qu’on tire les ficelles à sa
place. Elle ne craint pas de se retrouver face à elle-même, pour
avancer dans le sillon qu’elle a elle-même choisi de tracer.
Pour elle, plan B rime certes avec prudence et précaution, mais
aussi, et surtout, avec ambition et désir d’affirmation de soi. Pour
agir plutôt que subir, voici sa recette : dans un premier temps, un
travail sur elle-même dans le but de s’assumer et de s’affirmer car
oser dévier d’un plan A demande une sacrée dose de confiance en
soi. Pas facile, de parvenir à être maître de ses décisions, qui plus
est dans une société qui a acquis « un goût immodéré pour le rôle
de victime1 »… Dans un second temps, la personne responsable
prépare son avenir en échafaudant des plans lui permettant de
conserver le maximum de contrôle sur les événements.

Prendre ses responsabilités


Mettre au point des solutions alternatives est à la portée de tous…
pour peu que nous le voulions vraiment. Et que nous cessions, en
cas d’échec ou de difficultés, de pointer un doigt accusateur sur
les personnes ou les choses qui nous entourent. C’est sûr, lorsque
les événements ne se réalisent pas comme prévu, il semble plus
facile de se mentir en incriminant des éléments extérieurs, plutôt
que de se regarder droit dans la glace. Mais ce faisant, d’une part
nous jetons aux oubliettes notre estime de soi et, d’autre part, nous
restons englués dans des situations qui ne nous conviennent pas,
en adoptant, appelons un chat un chat, une position de victime.

Quelques paroles de victimes


« Je me suis fait distancer au poteau. Forcément, le terrain était trop lourd » (un
jockey désabusé).
« Je n’ai pas vendu une seule toile. Normal, personne ne comprend rien à l’art. Et
puis c’est la crise… »
« Oui, j’ai des sales notes. Mais c’est à cause d’Anna, elle m’oblige à bavarder en
classe avec elle. »
« Pourquoi j’ai raté la vente de cette moto ? C’est de la faute du client ; il ne
savait même pas quel modèle acheter ! »
« Ah ! Si mon mari rangeait mieux ses affaires… » ; « Ah, si ma femme était moins
tatillonne… »
Etc.

Vous l’avez compris, la victime telle que nous l’entendons ici n’a pas
fait l’objet d’un vol à l’arraché, d’un cambriolage, d’un acte criminel
ou de vandalisme. Pourtant, elle aussi se fait abuser. Elle se laisse
manipuler de façon nettement plus insidieuse, par des individus ou
des événements qui la conduisent malgré elle dans une direction
qu’elle n’aurait pas spontanément choisie.
Pour résumer, la victime :
• organise sa vie en fonction des desiderata des autres ;
• se sent guidée par des forces externes contraires à sa volonté ;
• a fréquemment la sensation de se laisser dominer, sa confiance
en soi ne lui permettant pas de s’affirmer comme elle le
souhaiterait ;
• a tendance à adopter des comportements négatifs (anxiété,
tristesse, dépression, découragement…).
Il est intéressant de constater que le phénomène de victimisation
commence très tôt, soutenu par le potentiel hautement créatif des
plus jeunes. Lisez plutôt…

Émilie ? Une question d’allergie


Émilie Brassec est une enfant chétive, tellement complexée par sa maigreur et
sa petite taille que pour se grandir, la gamine porte de longues jupes qui, dixit
son père, lui donnent l’air d’un liseron fané. Elle masque son visage derrière de
longs cheveux, afin d’échapper au regard moqueur des élèves de sa classe.
Dans sa famille, on ne lui fait pas de cadeau : son père passe son temps à la
réprimander. D’après lui, « les squelettes sont des bons à rien, ils se laissent
manger la laine sur le dos ». Sa mère, quant à elle, a élégamment qualifié Émilie
d’enfant « délicate ». Pour cesser les humiliations, Émilie s’est construit un plan
de repli en s’inventant des allergies à tire-larigot : les poils de chat, pour éviter
le goûter chez les copines le mercredi après-midi, le pollen et le chlore, pour
échapper aux sorties avec les enfants du centre aéré, la fumée de cigarette,
pour pouvoir rester dans sa chambre quand ses parents reçoivent des amis.
Agacé, le père a suggéré de la conduire chez un allergologue. La mère, quant à
elle, a fini par comprendre le manège de sa fille, ayant elle-même souffert dans
son enfance de capacités physiques et sociales peu développées.

Émilie est devenue ce que les autres s’attendaient à ce qu’elle


devienne. Encore trop jeune pour se rendre compte que ses
dispositions réelles étaient finalement supérieures à celles qu’on lui
avait d’emblée attribuées, elle s’est bâti un plan B dont elle a
compris plus tard qu’il ne représentait qu’une fuite en avant. À
l’adolescence, elle a demandé à sa mère de prendre rendez-vous
avec un psychologue. Ce dernier l’a aidée à assumer son corps tel
qu’il était et à reprendre confiance en elle. D’elle-même, Émilie a
décidé de se couper les cheveux et de maquiller ses grands yeux
bleus. Enfin, elle s’est mise à sourire. Et le plus important : plus
jamais elle ne s’est laissé traiter de liseron fané.
Si autant de personnes (vous aussi, peut-être… ?) se trouvent tout
le temps des tonnes d’excuses, c’est essentiellement par confort,
par crainte du jugement d’autrui ou pour mieux plaire. Le plus
curieux, c’est que toutes les victimes savent pertinemment que
leurs prétextes ne sont en réalité qu’un ramassis de mensonges
auxquels elles s’efforcent de croire.
En cas d’échec, ne fuyez pas vos responsabilités : la première
personne vers qui vous tourner, c’est vous ! Prenez les choses en
main ; c’est en réfléchissant aux différentes options permettant de
contourner les risques potentiels, les difficultés ou les échecs, que
vous vous comporterez, pour reprendre le qualificatif employé par
les experts de l’analyse transactionnelle2, en véritable « gagnant ».
Je porte de longue date un intérêt à cette théorie qui m’a apporté
de précieux éclairages dans les mécanismes régissant les relations
interpersonnelles, tant au niveau personnel qu’en milieu
professionnel (notamment dans les situations de management).
Ainsi, pour les spécialistes de l’analyse transactionnelle, sont
qualifiés de « gagnants » ceux qui ont défini leur but dans la vie et
qui se sont fixé des objectifs clairs3. Les gagnants refusent de se
laisser ballotter au gré des événements et dicter leur façon de
penser, d’agir ou de se comporter. En d’autres termes, ils décident
d’être maîtres de leur vie.
Vous sentez vos décisions vous échapper ? Ne cherchez plus :
quelqu’un vous manipule et vous l’autorisez à le faire ! Sauf à croire
en votre absolue perfection en matière d’affirmation de soi,
j’aimerais, au risque de vous bousculer un peu, vous inciter à
davantage de rébellion dans vos relations avec les autres. En effet,
sans tomber dans l’arrogance ou dans l’agressivité, je suis
convaincue des bénéfices à savoir dire non et à faire preuve de
résistance, si l’on souhaite stopper toute manipulation.
Pour vous faire respecter, comportez-vous de la même manière
que les personnes que vous respectez. Sur ce point, votre
communication non verbale (attitudes, ton de la voix, gestes,
habillement, regard, posture…) compte tout autant que vos
messages. Honnêtement, penseriez-vous inspirer le respect si vous
étiez complètement voûté, avec la bouche à l’envers, le regard
hagard, la poignée de main plus molle qu’un chiffon accroché à un
fil à linge ou la voix aussi monocorde qu’une danse macabre ?
S’entraîner à faire preuve de respect et à gonfler la confiance en
soi n’a rien de sorcier. Lisez les exemples ci-contre et essayez à
votre tour. Chacun de ces cas (plan A initial) comporte un risque
identifié, face auquel il s’avère tentant de ne rien faire, de laisser
glisser. Toutes les options présentées ci-contre offrent l’avantage
de vous positionner en acteur. Si vous les analysez de plus près,
vous constaterez qu’il n’est pas bien compliqué de contourner les
risques, en développant des options créatives et en faisant preuve
de suffisamment de confiance en soi pour faire bouger les choses.
En procédant de la sorte, qu’avez-vous à perdre ? Au moins, vous
tentez de nouveaux plans, destinés à évacuer vos désagréments
initiaux. Ne vaut-il pas mieux un plan B qu’une solution dégradée
dans laquelle vous seriez de toute façon perdant ? Si l’on poursuit
cette logique, le plan B représente donc un moyen incontestable
de vous affirmer et d’oser plus facilement dire non.

Plan B au quotidien
S’affirmer chaque jour, c’est tout simple… Surtout quand
on a plus d’un tour dans son sac !
■ Vous récupérez votre jean chez le couturier. L’ourlet est visiblement trop large. Très bien pour la pêche aux moules
mais vous habitez Paris et… et on risque de se moquer de vous, avec votre pantalon trop court. Cela vous met en rogne !
Pour autant, vous ruminez sans oser demander de reprendre la couture. De toute façon, c’est trop tard, le tissu est coupé.
➾ Optiono1 : Vous décidez de transformer ce pantalon en short de plage et demandez au couturier de vous offrir la
nouvelle reprise.
➾ Option no 2 : Vous annoncez calmement au couturier que c’est la seconde fois qu’il se trompe dans les mesures et que
dans ces conditions, vous ne souhaitez plus avoir recours à ses services.

■ Vous rentrez très tard du bureau, exténué. Arrivé sur le pas de votre porte, vous cherchez vos clés. Malheur ! Elles sont
restées près de votre ordinateur. Après vous être maudit, vous vous résignez à appeler SOSerrures. Le technicien parvient
à ouvrir votre porte. Pour le service rendu, il vous demande un prix exorbitant. C’est la fin du mois et vous risquez de vous
retrouver dans le rouge. Vous faites un chèque en grimaçant mais n’osez rien dire… Après tout, sans lui, vous étiez dans la
panade.
➾ Option no 1 : Vous le questionnez pour savoir ce que comprend exactement le prix annoncé (main-d’œuvre,
déplacement, pièces…) et tentez de négocier au moins un des éléments.
➾ Option no 2 : Pour le tarif, vous lui demandez gentiment s’il peut vous refaire trois nouveaux jeux de clés, gratuitement.
Vous en profitez pour lui parler du balcon en fer forgé de votre vieille tante, qui mériterait une petite rénovation (qu’il
pourrait aussi vous offrir, bien entendu).
■ Vous consultez votre site de recherche d’emploi favori et vous arrêtez net sur l’annonce de vos rêves. Votre cœur se
met à tambouriner dans votre poitrine par à-coups incontrôlés : de toute évidence, ce poste est fait pour vous ! Oui mais
voilà, vous risquez de vous retrouver face à des candidats bien plus compétents et plus diplômés que vous…
➾ Option no 1 : Vous décidez de jouer la différence et prenez les devants en sollicitant directement un entretien avec le
numéro 1 de l’entreprise en question.
➾ Option no 2 : Vous décidez de ne pas mettre tous vos œufs dans le même panier, en répondant à une seconde annonce
qui vous tente également. Ainsi, vous êtes sûr d’arriver plus serein à l’entretien.

■ Vous faites la queue depuis une vingtaine de minutes à la caisse de votre supermarché. Vous risquez d’arriver en
retard pour libérer la baby-sitter. Mais les yeux rivés sur votre caddie, vous vous résignez : « En fin de semaine, c’est
toujours le rush. De toute façon, il n’y a rien à faire… ».
➾ Option no 1 : Vous demandez à voir le gérant du magasin pour lui signaler la grosse affluence aux caisses le vendredi
soir. Vous lui suggérez d’ouvrir ponctuellement des caisses supplémentaires et le mettez en garde sur le manque à gagner
car vous estimez qu’il y a de quoi perdre des clients à cause de cela.
➾ Option no 2 : Vous vous positionnez au bout du tapis roulant et mettez les bouchées doubles pour aider les clients à
ranger leurs articles dans leurs cabas.

Garder le contrôle sur les événements


« Admettons qu’il nous est impossible d’exercer une maîtrise totale
sur notre vie : les failles par lesquelles l’impromptu surgit sont
imprévisibles », note le philosophe Frédéric Lenoir4. Point de vue a
priori imparable. Du reste, loin de moi l’idée de vous inciter à vouloir
à tout prix contrôler l’incontrôlable ; non seulement cela reviendrait
à vivre dans une angoisse permanente mais surtout, le combat
serait perdu d’avance.
Cela signifie-t-il pour autant que nous devons nous laisser bercer
par l’illusion d’une stabilité et d’une sécurité qui ne font désormais
plus partie de ce monde ? Que nous devons rester suspendus à un
fil, balancés au rythme du bon vouloir des autres et des
événements ? Certainement pas ! Tout d’abord, sentir que l’on
conserve la main sur ses propres décisions renforce l’estime de soi.
Ensuite, apporter sa pierre à l’édifice, en anticipant les évolutions
de son environnement afin de s’y ajuster au mieux, est bien plus
efficace pour limiter l’effet des coups durs que de les subir en
restant les bras ballants.

Construire de bons plans B visant à modifier le cours des


événements peut s’opérer de différentes manières.
La première se résume en une conviction : quelle que soit la nature
du risque ou du changement qui s’annonce (cf. p. 27 pour revenir
sur la typologie des différents changements), vous avez toujours la
possibilité de reprendre une part, même modeste, sur le contrôle
des événements. Même ceux sur lesquels vous pensez n’avoir a
priori que très peu, voire aucune emprise (par exemple, les
conditions climatiques, le temps qui passe, le résultat des
élections, l’âge, la taille, les guerres dans le monde, les régimes
fiscaux, le comportement des autres, la mort, etc.). Nul besoin
d’être doté de superpouvoir : nous portons tous en nous la
capacité d’accepter ces événements, de les voir sous un angle de
vue plus positif, de développer une certaine capacité de résilience
et d’influer sur leurs conséquences. Question d’état d’esprit, là
encore…

La calvitie de Jean-Paul
Certains viennent au monde avec un cheveu sur la langue, d’autres avec un
pied bot, d’autres encore avec une maladie incurable. Dans la famille de Jean-
Paul, on était chauve, de père en fils. Pas de naissance, mais presque. Jean-
Paul avait grandi entre un grand-père qui dissimulait sa tonsure de moine
derrière une large mèche grasse méticuleusement plaquée sur le sommet de
son crâne et un père, dont la principale préoccupation consistait à compter
désespérément le nombre de cheveux tapissant quotidiennement le fond de la
douche. Quand il eut 7 ans, les parents de Jean-Paul le mirent en garde : les
androgènes étaient responsables de la chute des cheveux des hommes de la
famille et rien ni personne ne pouvait enrayer ce phénomène héréditaire. Dès
l’adolescence, pour ne pas sombrer dans la dépression qu’avait connue son
père quand il se livrait au comptage des touffes dans la salle de bains, Jean-
Paul s’était toujours juré de prendre le contrôle sur les événements : il se raserait
le crâne dès l’apparition des premières pelades, résolument décidé à ne pas se
retrouver victime de l’hérédité ni du temps qui passe. Jean-Paul vécut sa
calvitie bien plus sereinement que ses ancêtres.
Hérédité et vieillissement, les changements qui se sont imposés à Jean-Paul
étaient de taille ! Plus précisément, ils présentaient les caractéristiques
suivantes :

Le plan B de Jean-Paul n’aura permis ni d’enrayer le temps qui


passe, ni de ralentir la production d’hormones mâles. Mais en
jouant sur son apparence physique, le jeune homme a pu vivre
positivement le changement auquel il s’était préparé à faire face.
N’oublions pas que nous portons tous en nous la faculté de prendre
la main… sur des changements par nature incontrôlables… sur des
choses que nous pensons ne pas pouvoir changer.
La seconde façon de conserver un maximum de contrôle sur les
événements à venir consiste à accroître notre capacité d’influence.
Dans son best-seller Les sept habitudes de ceux qui réussissent
tout ce qu’ils entreprennent, Stephen R. Covey conseille de
focaliser tous nos efforts sur notre « cercle d’influence » (composé
des éléments sur lesquels nous avons le pouvoir d’exercer un
certain contrôle) et de l’élargir, le plus possible5.

Selon l’auteur, « les réactifs se concentrent […] sur le cercle des


préoccupations […], sur la faiblesse d’autres personnes, sur les
problèmes d’environnement et sur des circonstances qui
échappent à leur contrôle. Cette focalisation se traduit par une
attitude réprobatrice ou accusatrice envers les autres, un langage
réactif et le sentiment accru d’être une victime. […] Tant que nous
travaillons à notre cercle de préoccupations, nous acceptons que
les éléments qu’il contient nous commandent et nous ne prenons
pas l’initiative proactive nécessaire pour amener un changement
positif6 ». Au contraire, les personnes proactives et positives, celles
qui savent retourner les problèmes et les contraintes en autant
d’enjeux et de défis, elles, se concentrent sur leur cercle
d’influence, élargissent le champ des possibles, privilégient une
approche introspective, acceptent de se remettre en question et
de prendre l’initiative de provoquer les événements. Tandis que les
pessimistes, plus passifs, se laissent emporter par leurs émotions,
les optimistes font turbiner leur cerveau gauche pour se sortir de
l’impasse : collecte d’informations, recherche de solutions
alternatives, élaboration d’un plan structuré, suivi de leurs actions.
La troisième piste consiste à renforcer sa capacité de décision.
Par-là, j’entends essentiellement l’aptitude à faire des choix,
qualité première de l’adulte responsable.
Face à une difficulté, un risque ou un blocage, de deux choses
l’une : soit nous restons emmurés dans le fatalisme et la résignation
en acceptant sans sourciller de poursuivre dans une voie tracée
par d’autres, soit nous décidons de choisir, c’est-à-dire de
renoncer à l’option dans laquelle nous nous sommes initialement
engagés (avec, bien sûr, la part de risque que cela comporte) et
d’accepter « de fermer certains chemins afin d’être en mesure de
concentrer (notre) énergie sur d’autres7 ». Dans le cadre d’une
négociation, par exemple, lorsque l’on nous conseille de définir à
l’avance notre MEilleure SOlution de REchange (les experts du sujet
parlent de « M.E.S.O.R.E », ou plan B) au cas où les discussions
tourneraient en notre défaveur, on nous engage de facto à
effectuer un choix : continuer de négocier ou bien sortir de la table
de la négociation en annonçant un plan B ? Décision souvent
difficile à prendre car nous avons du mal à lâcher la proie pour
l’ombre et à nous résoudre à opter pour une solution de repli, par
nature un peu moins favorable que celle faisant l’objet de la
négociation. Faute de grives… Alors à vous de faire en sorte que
vos merles soient les meilleurs possible !
« La vie que nous avons aujourd’hui
est, que cela nous plaise ou non, le
produit de l’ensemble des choix que
nous avons faits ou que nous avons
refusé de faire8 ! »

La quatrième et dernière façon de reprendre du pouvoir sur les


choses est sans doute la plus compliquée car elle fait appel… à
notre sens inné de l’optimisme ! En effet, je suis certaine qu’un
simple changement d’état d’esprit suffit parfois à considérer un
succès là ou d’autres verraient un échec absolu, une opportunité là
où on pourrait tout aussi bien évoquer une menace. J’ai connu un
artiste peintre qui se lamentait à moins de cinq toiles vendues par
exposition. La crise n’incitait pas à l’achat de biens non utilitaires.
Tandis que ses confrères tiraient la langue et lui enviaient ses
ventes (en moyenne, il en concluait trois par exposition), lui jugeait
ses résultats très médiocres. Question de point de vue…
Puisqu’il est question de point de vue, je vous livre ici un mot que
j’aimerais que vous reteniez car il est doté d’un pouvoir
extraordinaire, celui de donner des ailes pour aller investiguer tout
le champ des possibles. Le voici : Lfdtvlcclfdtlv
Si vous gardez ce mot « tout simple » dans un coin de votre tête,
vous détiendrez en vous, en toutes circonstances, le plan B qui
permettra d’opérer un virage… dans votre esprit !
Vous avez du mal à le prononcer ? Je vais vous le traduire.
Lfdtvlcclfdtlv signifie : « La façon dont tu vois les choses change la
façon dont tu les vis ! »
Illustrons ce concept.

La neige, c’est froid ou ça réchauffe ?


Vous voici planté dans un champ de neige. Il fait un froid de canard et tout
autour de vous, du blanc, rien que du blanc. Un vent glacial vous gifle le visage.
Vos oreilles vous font mal à en pleurer. De prime abord, vous êtes bien sûr tenté
de vous plaindre mais ce ne sont pas vos gémissements qui feront monter la
température. Vous avez aussi le choix de considérer ce qui vous entoure d’un
œil neuf, d’essayer de mobiliser votre esprit malgré le froid et de décider de
profiter au maximum de la situation : vous vous arrêtez un instant, vous sentez le
vent balayer vos désagréments. Vous admirez le sol immaculé, tendez l’oreille
pour apprécier le silence, contemplez le vol du choucas qui passe juste au-
dessus de vous. Vous vous remémorez les sapins qu’enfant, vous preniez tant de
plaisir à décorer. Dans votre bouche, la saveur de la bûche de Noël… Cette fois-
ci, vous avez vraiment les larmes aux yeux, mais pour la bonne cause.

N’oubliez pas : Lfdtvlcclfdtlv ! Alors, la neige ? Qu’en pensez-vous ?


Mieux vivre le présent en sécurisant l’avenir :
Carpe diem !
« L’avenir nous tourmente, le passé nous retient. C’est pour ces raisons
que le présent nous échappe. »
Gustave Flaubert

Le constat suivant n’a rien du scoop : nous vivons dans un monde


hostile et dangereux, où la confiance a disparu, au profit d’un
sentiment de crainte généralisée. Les horreurs dont nous sommes
quotidiennement abreuvés sont là pour en témoigner. Hier encore,
au programme des réjouissances de Direct Matin, « les lycées sont
à l’abandon, un jeune homme est poignardé dans le bus, un
adolescent sera jugé pour le meurtre de son père, un suspect
interpellé à Lille pour avoir cherché à écraser une troupe de
sentinelles et 3 % de hausse du tarif de la carte de transport
réservée aux jeunes de moins de 26 ans en Île-de-France seront
appliqués dès la rentrée ». La peur, omniprésente, peut faire
tourner notre existence au cauchemar. On n’ose plus prendre le
RER de peur qu’une bombe n’y explose, on n’ose plus changer de
job de peur de ne pas passer le cap de la période d’essai ou
d’essuyer une restructuration, on n’ose plus prendre l’avion de peur
qu’un commandant fou en prenne les commandes, on n’ose plus
manger d’œufs de peur d’une contamination au fipronil, etc. La
liste pourrait se dérouler à l’infini. Dans ce contexte, comment
renouer avec le positivisme et la confiance ? Par quels moyens
retrouver un tant soit peu de quiétude pour lâcher prise et profiter
des petits cadeaux de la vie ? Comment renouer avec la prise de
risque ? De quelle manière transformer l’instant présent en une
vraie parenthèse, dans laquelle nous avons la ferme intention de
nous sentir bien dans notre peau, coupé de nos rancœurs et de
nos angoisses passées, de nos préoccupations et de nos doutes
futurs ?
Pour nous réconcilier avec la joie d’une existence vécue
intensément et durablement et contre toute attente peut-être,
une solution : le réflexe « plan B » !

C’est « ici et maintenant » que tout se joue


« Pendant que nous parlons, le temps jaloux a fui. Cueille
l’aujourd’hui sans te fier à demain. » On a franchement du mal à
croire que cette citation d’Horace date d’avant Jésus-Christ, tant
elle résonne encore aujourd’hui. Crainte et morosité obligent, le
fameux Carpe diem (que l’on peut littéralement traduire par
« profite du jour présent ») agite tous les esprits.

Le seul vrai moment


sur lequel nous avons
le pouvoir d’agir,
c’est le présent.

Pour vous en convaincre, allez donc flâner dans la librairie de votre


quartier et observez. Observez s’étaler sous vos yeux le parterre de
livres destinés à vous faire toucher du doigt « l’ici et maintenant »,
cet instant fugace et magique censé se diffuser en vous aussi
subtilement que les arômes d’un bon vin sur vos papilles :
techniques de « lâcher-prise », méthodes favorisant la « zen
attitude », cours de relaxation, de sophrologie, d’hypnose, de
yoga, exercices de respiration ventrale, promotion de tous types
de méditation (tibétaine, taoïste, transcendantale, sophronique et
j’en passe).
Dans la mesure où le passé n’existe plus (au moment même où
j’ouvre cette parenthèse, le début de cette phrase n’existe déjà
plus…), que l’avenir n’est pas encore réel (normal, puisqu’il n’existe
pas encore), le seul moment qui compte est forcément le présent.
Dans « l’ici et maintenant », non seulement nous avons tous la
capacité d’influencer la majorité des événements mais aussi, et
surtout, de limiter leurs conséquences et d’agir sur la façon dont
nous choisissons de les vivre. Seul le présent permet donc de libérer
notre créativité.
Mais, allez-vous me rétorquer, comment tout peut-il se jouer « ici et
maintenant », alors que justement, la culture du plan B implique de
se projeter dans l’avenir pour anticiper les blocages potentiels ?
Même les philosophes recommandent de s’attacher au futur ! Par
exemple, dans son Petit Traité de vie intérieure, Frédéric Lenoir
soutient qu’« il est normal de se soucier du lendemain, d’être
prévoyant, d’envisager les obstacles plausibles plutôt que d’être
naïf ou béatement optimiste1 ». Alors quoi ? Alors, trop souvent,
avenir rime davantage avec peur, échec et paralysie qu’avec
vision, anticipation et action. Le Français est ainsi fait, dit-on ; il a
tendance à voir le verre à moitié vide plutôt que celui moitié plein.
Dès lors, notre appréciation du futur « est parfois si forte qu’elle
nous rend malheureux dans le présent2 ».
Face à l’avenir, nous avons deux façons de voir les choses :
• La première : « Quoi que je fasse, je vais échouer. » Cette
position empêche toute jouissance de l’instant présent.
• La seconde : « Si jamais j’échoue, voilà ce que j’envisage de
faire. » Seule cette position permet de profiter pleinement de
« l’ici et maintenant ».
Anticipez les risques pour
profiter des bons moments
qu’offre l’existence !

Prévoir un plan B, avec pour ambition d’accueillir et d’amortir au


mieux les déconvenues et les imprévus de l’existence, permet de
vivre bien plus sereinement l’instant présent. Par exemple, quand
vous montez à bord d’un Boeing-747, vous n’avez pas l’intention
d’utiliser le gilet de sauvetage placé sous votre siège. En revanche,
pour faire un bon voyage, vous écoutez attentivement les
consignes de sécurité pour savoir où le trouver en cas de besoin.
Pour vivre « relax », rien ne vaut une bonne anticipation. Ainsi, vous
aurez l’esprit plus tranquille si vous laissez un téléphone portable à
votre fils pour son séjour en colonie de vacances. De même, vous
serez rassurée de savoir que vous pourrez retrouver votre copine
près de la boulangerie si jamais vous vous perdez. Anticiper les
risques permet de mettre toutes les chances de son côté pour
profiter des bons moments qu’offre l’existence.
Opter pour le plan B, c’est donc accepter de consacrer un temps
pour chaque chose : un temps pour l’anticipation et la réflexion
d’abord, un temps pour profiter du moment présent, ensuite. Et le
second sera d’autant plus bénéfique que le premier aura été
efficacement exploité.
La nuit existe parce qu’existe le jour. De même, le repos de l’esprit
aujourd’hui existe à condition d’avoir réfléchi à demain… Nos
pensées positives émergent si nous avons laissé suffisamment de
place à nos préoccupations négatives.
J’attire votre attention sur le risque de tomber dans l’hyper-
réflexion. En effet, lorsqu’elle est poussée à l’extrême, la réflexion
peut vite devenir pathologique et freiner votre capacité d’action…
et votre envie de vivre. Hors de question, par exemple, d’établir un
arbre décisionnel pour un oui ou pour un non ! Ce serait l’échec
assuré. Pour vivre en toute quiétude, ménagez-vous des instants
où vous vous gorgerez d’états d’âme positifs (bonne humeur,
allégresse, sérénité, confiance, etc.). Dans ces moments-là, votre
esprit n’aura plus guère la possibilité de s’égarer dans le passé ou
d’appréhender le futur. Ne cherchez pas à vous préoccuper de
quoi demain sera fait ; profitez à fond de ces instants sacrés,
pendant lesquels vous apprendrez à lâcher prise, à vous
abandonner. Par exemple, vous vous surprendrez à admirer un
paon faire la roue, à sentir les premiers rayons du soleil, à regarder
votre rangée de tulipes perroquet en vous demandant si elle
n’aurait pas été davantage mise en valeur à gauche plutôt qu’à
droite du perron. Vous vous délecterez à ranger votre sac à main,
histoire de vous remplir d’une sensation d’ordre intérieur, vous
confectionnerez un bouquet de fleurs séchées pour renouer avec
votre potentiel créatif. Vous déciderez d’apprécier les choses
simples, par exemple déguster un bon fromage accompagné d’un
bon vin. Dans ces moments-là, vous serez heureux de vivre.
À ce point précis, je vous propose de revenir sur quelques-unes des
histoires que je vous ai relatées tout au long de cet ouvrage, pour
que vous puissiez prendre toute la mesure des retombées positives
des plans B mis en œuvre.
Dès lors que nous nous préparons à toutes les éventualités, nous
abordons les événements avec sérénité et nous connectons plus
facilement à l’instant présent.

Prendre des risques et partir à l’aventure… en toute sécurité


Pour débuter ce chapitre, je vous propose une petite mise en
bouche, avec ce dialogue entre Stanislas (Louis de Funès) et Mac
Intosh (Mike Marshall), extrait de La Grande Vadrouille :
STANISLAS : If I go to the turkish bath, I risk. I risk énormément.
MAC INTOSH : Yes.
STANISLAS : But, if you, you go out, si vous sortez, the Germans, les
Allemands, ils vont vous attraper et ri-ri-ri-ri [geste de quelqu’un
que l’on torture], vous allez parler et moi I risk encore plus !
MAC INTOSH : Yes.
STANISLAS : Donc, I risk on the two tableaux !
MAC INTOSH : Yes3.
Je vous vois sourire… Pourtant, dans cette scène, le visage crispé
de Louis de Funès est loin d’inspirer la bonne humeur ! Et pour
cause : le risque fait peur, l’incertitude paralyse, et ce qu’elle qu’en
soit l’issue. En effet, c’est davantage l’appréhension de plonger en
territoire inconnu plutôt que les potentielles retombées d’un échec
qui effraient. On reste au bord de la piscine, les yeux remplis autant
d’envie que d’angoisse, sans oser se jeter à l’eau. Mais chaque jour,
pourtant, nous prenons de nombreuses décisions incertaines… sans
nous en rendre forcément compte.

Les tergiversations d’Antoine


En cette veille de Noël, Paula avait demandé à Antoine d’acheter les
indispensables du sempiternel repas de fin d’année. Sur un bout de papier
glacé arraché de son Femme actuelle, elle avait noté : « Un pain de seigle non
tranché, du beurre salé, un navarin framboises (surgelé), trois douzaines
d’huîtres (Marennes) et du saumon sous vide. » L’air soucieux, Antoine restait
planté devant le rayon frais/surgelés : « Paula m’a demandé d’acheter du
saumon sous vide mais elle n’a rien précisé : quatre ou six tranches ? Et lequel
choisir ? Tous ont l’air fort appétissant… Si jamais elle préférait le norvégien à
l’écossais ? En plus, elle a oublié de me dire si je dois aussi prendre les blinis et
le citron… J’ai peur de me planter… »

Voici une situation où le risque est faible et où l’élaboration d’un


plan B aurait néanmoins été bienvenue : puisque son budget le lui
permettait, Antoine aurait très bien pu prendre l’initiative d’acheter
du saumon en provenance des deux pays et de prendre aussi des
blinis. Au lieu de cela, il a préféré rentrer demander des précisions à
sa femme, ce qui l’a obligé à sortir une seconde fois pour terminer
ses emplettes. Typiquement, un plan B lui aurait permis de faire
preuve d’un peu plus d’audace et qui sait ? Aux yeux de Paula,
peut-être aurait-il marqué des points ! La situation comportait une
petite part d’incertitude tout à fait acceptable, dans la mesure où
les gains étaient plus importants que la perte potentielle. Au pire, il
se serait gentiment fait rabrouer et tout aurait été oublié dans
l’heure. En aucun cas Paula ne lui aurait demandé le divorce pour si
peu !
Face à un risque facile à prendre, le plan B apparaît comme un
nice to have.
A contrario, il existe des risques que l’on peut très difficilement se
permettre de courir (voire pas du tout) car les conséquences
associées peuvent s’avérer désastreuses. Par exemple, si Luc et
Emma (cf. p. 91) avaient eu des enfants en bas âge, jamais ils
n’auraient pu envisager de quitter simultanément leur travail : le
niveau de risque aurait été rédhibitoire. De même, on compte sur
les doigts d’une main ceux qui pourraient se permettre de parier au
jeu leur appartement ou leur maison. Ou encore d’investir en
Bourse la totalité de leur patrimoine financier. Une telle prise de
risque s’assimilerait d’ailleurs davantage à un suicide qu’à de
l’audace ! Lorsque le niveau de risque est élevé, votre plan B a
intérêt à être en béton armé !
Face à un risque que l’on ne peut pas se permettre de prendre, le
plan B apparaît comme un must.

Entre ces deux cas de figure, il existe des situations moins


extrêmes, dans lesquelles, pour se permettre de prendre un risque
(avéré mais pas démesuré), il est capital de bien préparer ses
arrières. C’est ce qu’aurait dû faire Ghislaine…

Ghislaine veut rester dans le coup


Ghislaine est célibataire, professeur d’anglais et d’espagnol au collège Émile-
Zola, à Rennes. Après trente ans de métier dans l’enseignement en Bretagne,
elle rêve de tout lâcher pour aller s’installer sur la Côte d’Azur et proposer ses
services aux gérants des restaurants de plage les plus en vogue. Son
enthousiasme s’est décuplé depuis qu’elle a lu dans le dernier Challenges que
plusieurs entrepreneurs s’étaient lancés avec succès dans le créneau, en
dispensant des cours de langues pour le personnel saisonnier. À l’heure où l’on
monte son entreprise en un seul clic sur Internet, Ghislaine ne voit pas ce qui
pourrait l’arrêter. Elle ne perçoit pas l’intérêt de se faire aider pour élaborer une
étude de marché ou un business plan, comme le lui ont pourtant conseillé ses
proches. D’après elle, ses compétences en langues feront la différence.

À la différence d’Antoine, Ghislaine peut clairement être qualifiée


de risque-tout ! Dans une situation comme la sienne, il aurait été
raisonnable d’avoir une échappatoire au cas où son nouveau
business ne lui permette plus de maintenir son train de vie.
Face à un risque modéré, le plan B est nécessaire.

Dans ces situations, plus vous développerez d’alternatives, plus le


risque diminuera et plus vos chances de réussite augmenteront.

« C’est quand une personne ose


prendre des risques et s’impliquer
personnellement qu’elle peut
grandir et évoluer4.»

En règle générale, savoir que l’on peut se raccrocher à une bouée


de sauvetage en cas d’échec, de changement ou d’imprévus,
permet d’atténuer la sensation de peur inhérente à la prise de
risque. Mais le besoin de tout maîtriser, le manque de confiance en
soi, la crainte de l’échec (à force d’évoluer dans un système où l’on
doit en permanence rendre compte de tout, l’échec marque
forcément nos esprits…), la peur du regard des autres ou
l’appréhension face à l’inconnu, représentent autant de raisons qui
nous empêchent de lâcher sereinement notre trapèze… Pourtant,
ce n’est qu’à cette condition que nous développons notre capacité
d’apprentissage. Un jour ou l’autre, le bébé finit bien par se lâcher
de son parc, pour s’essayer à la marche… Le bébé n’a pas de
plan B, me ferez-vous remarquer. C’est vrai. Mais tout jeune déjà, il
comprend que pour grandir, il va devoir se lancer. Et peu importe
que l’issue soit bonne ou mauvaise : ce qui compte réellement,
c’est qu’en sortant de sa zone de confort, il apprend quelque
chose.
Prendre des risques ne signifie pas nécessairement s’exposer à de
graves conséquences : au pire, notre bébé risque de s’affaler sur sa
couche… Et là où ses parents voient plutôt l’ampleur de l’effort à
accomplir, le bébé, lui, perçoit davantage la chance de pouvoir
expérimenter quelque chose de nouveau. Au fond, il doit sentir qu’il
ne tombera pas de très haut ! Il a peut-être préparé ses arrières,
qui sait… ?

Plan B au quotidien
Concrètement, comment réussir à se jeter à l’eau ?
Pour décider de se lancer (ou pas) à l’aventure, les plus cartésiens d’entre vous pourraient être tentés de faire appel à des
formules mathématiques, par exemple en basant leur prise de décision sur le résultat du ratio « investissement sur
risque ».
Mais la peur étant dictée par l’irrationalité la plus totale, il y a mieux à faire que de se référer à ce genre de calculs
savants.
Voici une façon bien plus adaptée de procéder, en trois étapes :
Étape 1 : Jouez la sécurité.
Puisque la prise de risque repose essentiellement sur la certitude de trouver la sécurité, la première chose à faire consiste
à préparer vos arrières. Cela tombe bien, ce livre est fait pour cela. Dès lors que vous aurez choisi d’adopter le réflexe
plan B, vous constaterez avec soulagement que le simple fait de savoir que vous avez la possibilité de mettre vos œufs
dans plusieurs paniers vous rassurera autant que de savoir que vous avez au fond de votre poche un bonbon à sucer en
cas de crise d’hypoglycémie.
Étape 2 : Sautez !
C’est en quittant la zone de confort dans laquelle vous êtes tranquillement en train de ronronner que des choses
extraordinaires pourront vous arriver. Si vous ressentez une petite boule toute dure au niveau de votre estomac, que cette
petite boule remonte le long de votre œsophage lorsque vous vous approchez de la falaise, que la peur se visse dans
votre gorge et que votre langue s’assèche, c’est bon signe : vous vous apprêtez à sortir de votre bulle. Essayez ! Un des
meilleurs moyens de développer votre capacité à prendre des risques consiste à faire des choses qui vous font peur.
Étape 3 : Entraînez-vous !
L’audace est un muscle : plus vous la solliciterez, plus elle se développera. Analysez vos peurs (vous constaterez combien
la plupart du temps, elles sont infondées). Maîtrisez-les, dominez-les et… allez de l’avant !

Parce qu’il favorise l’audace et la prise de risque, le plan B permet :


• de prendre conscience des opportunités qui nous entourent ;
• de sortir de la routine et de nos habitudes, de repousser nos
limites, de quitter notre zone de confort ;
• de renforcer la confiance en soi ;
• de créer de nouvelles zones d’apprentissage ;
• de dépasser nos peurs ;
• de nous familiariser avec le changement ;
• d’atteindre nos ambitions et, donc, de prendre conscience que
le succès est à notre portée !
Pour clore ce chapitre, je ne saurais que trop vous encourager à
faire chaque jour des petits pas de côté, vers des terres encore
inconnues. En deux temps trois mouvements, vous allez être
embarqué dans un cercle vertueux. Lorsqu’on a la culture du plan B
dans le sang, la curiosité devient réellement une seconde nature.
Inconsciemment, vous vous tiendrez prêt… pour de nouvelles
aventures !
Amortir les déconvenues :
« Plus jamais déçu ! »
« Dans les romans, l’amour c’est merveilleux, parce que là, le héros
a toujours les qualités dont rêvait l’héroïne. Tandis que dans la vie… !
Quelle déception ! »
Simone Bussières

Eh oui, dans la vie, arrive un jour où l’on s’aperçoit, non sans


amertume, que la ravissante princesse que l’on pensait dénuée de
toute animosité cache une vipère acariâtre. De surcroît, sa jolie
robe évasée dissimule une croupe molle truffée de cellules
adipeuses.
Le désenchantement est total. À la contrariété succède la colère :
nous qui nous mettions une pression démesurée pour la courtiser,
avons désormais la ferme intention de l’envoyer valser et de lui
trouver une remplaçante dans les plus brefs délais. Quelque part,
depuis que nos rêves se sont effondrés et que nous avons pris
conscience de l’existence d’une solution de repli (après tout, il
existe sur le marché des tonnes de filles issues de familles plus
modestes mais tout aussi gentilles et jolies que la princesse), nous
nous sentons soulagés. Nous prenons davantage de recul, afin de
mieux réfléchir à la façon dont nous envisageons de mener notre
vie, de définir nos ambitions, d’atteindre nos objectifs. Et nous
constatons avec bonheur que nos options alternatives nous
guident peu à peu vers le succès. Plus précisément, nous prenons
conscience qu’en ayant sous le coude plusieurs issues, nous
maximisons nos chances de connaître des lendemains qui
chantent.

Minimiser ses attentes tout en préservant son niveau d’ambition


Comme le signifie l’étymologie du terme, nos attentes nous
conduisent à… attendre1. Nous attendons, dans une relation de
dépendance aux événements externes et aux personnes qui nous
entourent. Par exemple, nous attendons que notre responsable
daigne nous accorder une augmentation de salaire digne de ce
nom, que notre mari prenne les devants pour planifier les
prochaines vacances, que nos enfants soient parfaits, que le prix
de l’immobilier baisse, que le vin mis en carafe se montre à la
hauteur de son étiquette, que la mode des années 1970 soit remise
au goût du jour, histoire de ressortir nos pantalons à pattes
d’éléphant. Si le résultat escompté ne se produit pas ou s’il s’avère
en deçà de nos espérances, c’est la douche froide.
Attendre quelque chose qui ne dépend pas de nous revient à
laisser trop de place à l’incertitude… et donc au risque de
déconvenues. Dans la mesure où nous n’avons pas de boule de
cristal, rien ni personne ne peut nous garantir que tout se passera
comme prévu. Pour peu que la balle tombe du mauvais côté du
filet, c’est la désillusion assurée. Nous réagissons alors tantôt par la
colère, en incriminant « la faute à pas de chance », tantôt par la
tristesse, le désabusement, la dépression, voire l’autoflagellation.
Quand on sait que la force de nos émotions face à la déception
est proportionnelle à nos attentes (« Plus l’espérance est grande,
plus la déception est violente », faisait remarquer l’éditorialiste
Franz-Olivier Giesbert), il est préférable d’avoir sous la main une ou
plusieurs solutions de rechange.
N’accordez jamais à quelqu’un d’autre
que vous le pouvoir de vous rendre
heureux ou malheureux.

Tout d’abord, préparer un plan B permet de diversifier ses options


(si vous mettez tous vos œufs dans le même panier, vous aurez l’air
malin, le jour où vous vous apercevrez qu’ils sont pourris…). Ensuite,
cela vous conduit forcément à privilégier des solutions qui vous
satisfont puisque ce sont… les vôtres ! Enfin, vous minimisez ou
supprimez le risque de déception car d’une certaine façon, vous
reprenez le pouvoir sur les autres et sur les événements.
Afin d’illustrer cette idée, je vous propose de lire l’histoire des
employés de Flopstock.

Tous ensemble !
L’entrepôt pyrénéen Flopstock vivait au rythme du va-et-vient des monte-
charges sur lesquels, dans un éternel recommencement, des centaines de
pièces de bois numérotées venaient s’empiler. Peu après la pause de 15 heures,
Joséphine quitta la borne d’accueil et débarqua dans l’usine l’air affolé, son
chemisier à losanges à moitié défait et son gobelet de café à moitié rempli.
Hervé leva les yeux de son chariot et, immédiatement, se douta de ce qui était
arrivé : leur machine à café avait rendu l’âme. Ni une ni deux, il héla son collègue
Benjamin. Au pas de course, tous deux suivirent Joséphine jusqu’à la réception.
Le distributeur de boissons s’était effectivement mis à vomir un liquide jaunâtre.
Pour la petite équipe soumise à des cadences infernales et au respect de ratios
de rentabilité de plus en plus serrés, la pause-café représentait un moment
sacré, indispensable à la décompression des corps et à la cohésion du groupe.
La machine à café H.S., c’était « la fin des haricots », comme disait Hervé. Ils
décidèrent de demander au patron de Flopstock d’en racheter une, mais rien ne
garantissait que ce dernier accède à leur demande, d’autant que depuis
plusieurs mois, l’équipe ne touchait déjà plus de primes de surprod’. L’heure
n’était clairement pas à l’engagement de nouvelles dépenses. Peu importe, la
petite équipe ne resta pas les bras croisés ; au fond, il ne tenait qu’à eux de ne
pas rester suspendus au bon vouloir de la direction. Dès le lendemain matin, le
hall d’entrée de Flopstock accueillait la vieille cafetière de Joséphine, la
bouteille isotherme d’Hervé et la théière de Benjamin.

L’ambition de Joséphine, Hervé et Benjamin était claire : continuer


de discuter de tout et de rien à la pause-café, afin de maintenir le
lien social. Il s’agissait pour eux d’un enjeu majeur, presque vital. Ils
auraient très bien pu rester dans l’expectative, à attendre les bras
croisés la réponse de leur chef. Au lieu de cela, ils ont décidé de
mettre en place un système D car pour rien au monde il n’aurait
sacrifié leur ambition.
Si les adeptes du plan B ont davantage de chance de voir la vie en
rose, c’est parce qu’ils savent gommer leurs attentes sans pour
autant céder à la facilité. En effet, comme nous l’avons expliqué
dans la deuxième partie de cet ouvrage consacrée à la définition
des objectifs de vie (cf. p. 57), l’ambition, parce qu’elle donne un
sens à l’existence, n’est jamais trop élevée. Michel-Ange estimait
que « pour la plupart d’entre nous, le plus grand danger n’est pas
d’avoir un but trop élevé et de ne pas l’atteindre, mais au contraire
d’en avoir un trop peu ambitieux et de l’atteindre ».
Aujourd’hui, l’ambition a une mauvaise image et c’est d’ailleurs bien
dommage ; qui pense ambition pense immédiatement à la
grenouille qui gonfle, qui gonfle, jusqu’à devenir aussi grosse que le
bœuf ou encore au jeune cadre dynamique aux dents longues,
prêt à tout pour gravir les échelons et gagner quelques grammes
de reconnaissance sociale. Mais l’ambition, c’est bien plus que cela.
Je dirais même que c’est l’opposé de cela !
L’ambition, quelle qu’en soit sa nature, génère des objectifs et,
donc, des attentes par rapport à la réalisation de ces derniers.
Parce qu’il vous engage à voir loin et à déployer une énergie
créatrice tournée vers le meilleur, votre plan B, tout en minimisant
vos espérances, doit au contraire vous aider à maintenir la barre
de votre niveau d’ambition suffisamment haute. Si vous avez la
ferme intention de bifurquer, n’hésitez donc jamais à projeter
quelque chose d’idéal.
Réduire la pression
D’après Alexandre Million, célèbre commissaire-priseur parisien,
« on mène sa vie sous la pression d’une existence que bien peu
d’entre nous peuvent se féliciter d’avoir choisie ». Si notre existence
ne subissait pas elle-même une pression considérable, on verrait
sans doute les choses sous un angle plus optimiste ! Mais
aujourd’hui, les faits sont là : la pression rôde, insidieuse, aussi bien
à l’école qu’en famille, entre amis et surtout au travail. Nous
sommes perpétuellement chronométrés, notés, coachés, jugés,
classés, puis à nouveau pressés, réévalués, remis en concurrence…
Comme si une tension incompressible était indispensable pour aller
de l’avant. Comme si nous n’étions que des mulets, devant lesquels
il suffirait d’agiter une carotte pour qu’ils avancent… Mais s’il devait
sortir quelque chose de positif de la pressurisation des corps et des
esprits, cela se saurait ! « La pression à froid des méninges n’a
jamais donné l’huile qui fluidifie la pensée, bien au contraire : elle
nous met des hoquets plein la cafetière en rendant la réflexion plus
hachée, plus laborieuse et plus décousue, la prise de décision plus
épineuse, elle nous met la confiance aux abonnés absents », note
avec humour la coach en plaisir au travail Sylvaine Pascual2.
Dans ce monde de l’exigence, de l’immédiateté, de la performance
et de l’apparence valorisées à outrance, parvenir à prendre du
recul n’est pas simple, d’autant qu’en plus de la pression subie
(celle exercée par notre entourage, par la société, par
l’environnement…), nous avons tendance à nous mettre nous-
même une seconde couche, d’une autre nature celle-ci : il s’agit là
d’une pression interne, pétrie d’exigences personnelles très
ancrées, qui dévaste sur son passage nos désirs, nos envies, nos
élans.
Et plus l’enjeu est important (par exemple, décrocher ce poste de
manager dont nous rêvons depuis des lustres, gagner le tournoi de
volley de Sucy-en-Brie, trouver enfin « sa moitié » pour construire
une vie à deux, etc.), plus la tension ressentie est forte. C’est dans
ces moments-là que le plan B prend tout son sens, et ce pour deux
raisons :
Primo, avoir la possibilité de sortir un lapin du chapeau en cas de
coup dur, c’est avoir également la certitude que l’on pourra se
relever dignement, quoi qu’il arrive. Quelque part, le plan B fait de
nous des culbutos, ces petits personnages dont la base arrondie
est lestée, de sorte que même si le jouet est frappé ou renversé, il
se redresse, revenant à la verticale en oscillant. Donc, plus vous
développerez d’alternatives, plus vous aurez de chance de vous
transformer en culbuto !
Votre nouvelle relation amoureuse tourne à la catastrophe ? Si
vous êtes convaincu d’avoir mille autres options et de retrouver
quelqu’un d’autre dans la foulée, cela va tout de suite beaucoup
mieux ! Après tout, cela n’est pas grave : une de perdue… dit-on.
Avez-vous remarqué que votre plan B attire à vous cette petite
phrase : « Après tout, cela n’est pas si grave… » ?
Écoutez-la : c’est votre petite voix intérieure… Elle vous invite à
remettre vos pendules à l’heure, à prendre du recul sur ce qui vous
arrive, à relativiser, à stimuler votre capacité à rebondir, à vous
recentrer sur l’essentiel, à trouver des solutions susceptibles de
vous sortir de l’ornière. Elle vous plonge à la fois dans un état
d’ouverture et d’introspection, dans lequel vous savourez le plaisir
de la mise en perspective et du questionnement. C’est vrai, après
tout, non ? Si vous échouez, cela n’est pas si grave… Au pire, vous
rebrousserez chemin ! Du reste, le retour à votre plan A initial est
sans doute possible… Peut-être même avez-vous la possibilité de
construire un plan C, D, E ou… Z !

Avec un bon plan B,


vous retomberez sur vos
pattes, quoi qu’il arrive.

Secundo, disposer d’un matelas de sécurité dénoue les tensions et


apaise les esprits agités. La pression ainsi évacuée, vous voici
propulsé dans un environnement mental et physique propice à la
réflexion et à la prise de décisions. D’ailleurs, aucune décision ne
devrait se prendre en situation de stress ou d’émotions trop
intenses, au risque de conduire au mal-être, au remords ou à la
culpabilité. Lisez la façon dont les salariés de Flopstock ont
finalement géré la situation : il y a de la graine à prendre !

Tous ensemble ! (suite)


Chez Flopstock, le moral était revenu au beau fixe : autour de la vieille cafetière
de Joséphine, les ouvriers de l’entrepôt se réunissaient à nouveau pendant les
pauses (deux fois 16 minutes par jour exactement) ; là se trouvait leur sas de
décompression. De façon assez extraordinaire, le plan B avait réussi à ressouder
l’ensemble du personnel, faisant réapparaître des sourires sur les visages
habituellement fermés. À présent, l’équipe semblait beaucoup plus sereine (et
aussi beaucoup plus forte) pour s’engager dans l’action. Ils n’avaient pas perdu
de vue leur objectif : obtenir gain de cause auprès de leur chef pour le décider à
acheter un nouveau distributeur de boissons. Pour le convaincre de leur
engagement à l’entreprise, ils proposèrent de mettre en place des indicateurs
de performance. « La direction adore ces machins-là… » avait prétendu
Benjamin. Tous avaient trouvé l’idée excellente. Hervé avait garanti le
déplacement de dix palettes par monte-charge et par jour, au lieu de sept
précédemment, avec trente-cinq allers-retours de l’usine à la livraison, ce qui
faisait au total trois cent cinquante palettes. Chiffres à l’appui, Joséphine avait
ensuite eu l’idée de rédiger une pétition, écrite de sa propre main, sur un beau
papier velouté. Caristes, agents d’entretien, techniciens du stockage et
préparateurs de commandes, tous s’étaient engagés à accroître leur
productivité de 40 %, à pointer à la pause et à ne pas dépasser les deux fois 16
minutes prévues par le règlement intérieur. Le lendemain, lorsque le directeur de
l’entrepôt prit connaissance du projet collectif qui accompagnait la pétition, il
fut immédiatement séduit. Il promit de commander la plus sophistiquée des
machines à café et de la faire livrer sans plus attendre à la réception de
Flopstock.

Conclusion (danoise) : « Quand on a l’impression de n’avoir qu’un


seul choix dans sa vie, on a très peur de perdre ce que l’on a. La
peur nous fait souvent prendre les mauvaises décisions pour les
mauvaises raisons. En ayant envisagé d’autres chemins possibles,
on est mieux préparé à surmonter les épreuves de notre plan A
d’une manière qui nous ressemble3. »

Positiver le négatif pour passer plus facilement la ligne d’arrivée


Nous entamons le dernier chapitre de ce livre et je suppose que
pour vous, le cheminement suivant commence à s’imposer comme
une évidence : activer des contenus mentaux négatifs (obstacles)
permet d’anticiper les aléas de la vie, de se préparer à y faire face
et, donc, de mettre toutes les chances de son côté pour atteindre
plus facilement ses objectifs (et, par voie de conséquence, pour
attirer à soi du positif). Il est malgré tout probable que vous ayez
encore quelques doutes (surtout si vous êtes fan de la pensée
positive ou de la méthode Coué) sur le sujet.
Afin de lever vos dernières interrogations, je ne résiste pas à l’envie
de faire maintenant appel à la science. En effet, comme le
soutenait le peintre Georges Braque, si « l’art trouble, la science
rassure ». Alors à votre paillasse !
Dans un premier temps, je vous engage à revenir quelques minutes
sur les bancs de l’école et d’essayer de vous souvenir de vos cours
de physique chimie. Plus précisément, tentez de vous remémorer
vos leçons d’électromagnétisme : les électrons, le spectre
magnétique, la loi de polarité… Vous y êtes ? Alors vous vous
rappelez certainement que les charges négatives (le pôle sud d’un
aimant, par exemple) repoussent les charges négatives et attirent
le positif. Quand on sait que le corps humain contient des cristaux
de magnétite, la boucle est bouclée : avoir en tête des pensées
perturbatrices (à condition que votre cerveau n’en soit pas farci,
bien entendu) n’attire pas forcément du négatif. Et au contraire !
Par exemple, ce n’est pas parce que vous décidez un beau jour
d’installer un paratonnerre sur le toit de votre maison que cette
dernière attirera davantage la foudre ! Eh bien lorsqu’on prépare
un plan B, c’est exactement la même chose.

Le négatif n’attire pas


le négatif. De même, il ne suffit pas de « penser
positif » pour que tout
aille bien.

Exit, donc, la loi d’attraction4, selon laquelle nos pensées, véritables


prophéties autoréalisatrices, attireraient obligatoirement à elles
des pensées de même nature. Comme si des incantations positives
créaient de facto les conditions de leur réalisation. Comme s’il
suffisait de fermer très fort les yeux, de visualiser une Mercedes
intérieur cuir posée au beau milieu de notre parterre de pétunias
pour la voir apparaître !
Bien que l’on s’accorde aujourd’hui à reconnaître les bénéfices
immédiats (confiance en soi, bien-être, ouverture, optimisme) de
cette théorie qui soutient le développement personnel depuis une
dizaine d’années5, on s’accorde aussi à en constater les limites.

Plan B au quotidien
La ligne d’arrivée de la pensée positive représente le point
de départ du plan B
Premier constat
Une vie sans anicroche, sans obstacle à l’horizon, ça n’existe pas. Qui pourrait se vanter de n’avoir jamais eu la moindre
tuile ? De n’avoir jamais pris de râteau ? De n’avoir jamais connu l’échec ? L’influence de nos pensées sur les événements
est donc relative, dans la mesure où il existe d’autres paramètres (internes ou externes) susceptibles de venir jouer les
trouble-fêtes et de modifier les règles du jeu initiales. Que faire, si ces petits cailloux, que nous n’avions pas repérés, se
glissent insidieusement dans nos chaussures et finissent par nous picoter les pieds ?
Second constat
Les recettes miracles, qui produisent des merveilles instantanées, sans impliquer le moindre effort de notre part, cela
n’existe pas non plus. Même notre bien-aimée sorcière Samantha Stevens ressent régulièrement le besoin d’entretenir
ses superpouvoirs ! L’action conditionne donc en partie le succès.

Ces constats posés, vous voilà prêts à accueillir une découverte


scientifique que je qualifierais de « révolutionnaire », dans le sens
où elle a balayé d’un revers de main tous les beaux principes de la
pensée positive, en introduisant les notions d’obstacle et de plan B,
indispensables pour qui ambitionne d’atteindre ses objectifs. Il
s’agit des conclusions redoutables de Gabriele Oettingen6,
chercheuse et professeur de psychologie à l’université de New York
et de Hambourg.
Parce qu’elle s’est intéressée de près à l’apport de la visualisation
positive, cette scientifique d’origine allemande a mené des
dizaines d’études incluant plusieurs milliers de personnes et
s’étalant sur plus de vingt ans. Son objectif ne consistait pas à
démontrer les bienfaits à court terme de l’imagination comme
source de motivation (ce dont elle était déjà convaincue), mais
plutôt de mesurer l’efficacité de cette dernière sur l’atteinte des
objectifs de chacun. Au moment où elle livra ses conclusions, ce fut
le branle-bas de combat dans le milieu de la psychologie positive :
contre toute attente et ce quel que soit le domaine concerné
(relationnel, amoureux, professionnel, scolaire…), les techniques de
visualisation créatrice utilisées seules se révélèrent… contre-
productives ! En effet, selon l’experte, se centrer exclusivement sur
l’idéal que l’on cherche à atteindre, sans jamais prendre en
considération le degré de motivation de l’individu (et donc l’effort
prêt à être consenti) ou les obstacles susceptibles de contrecarrer
nos plans, ne sert absolument à rien. Pire, cela engendre de la
démotivation. Oscar Wilde disait : « Il faut toujours viser la Lune car
même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles. » Peut-être, mais
comment être sûr de poser un pied sur la Lune, si l’on n’a pas pris le
temps (ou fait l’effort) de visualiser les éventuelles barrières et mis
en place des plans pour les contourner ? Sans compter qu’arrive un
jour où, à trop flirter avec les étoiles (ce qui certes, fait beaucoup
de bien…), on ne voit même plus la Lune ! Selon Gabriele Oettingen,
la visualisation seule d’un rêve rassasie notre cerveau lequel, bercé
par de douces illusions, inhibe nos efforts et notre capacité à agir
dans le sens de nos désirs.

Firmin l’outsider
Cette année, la descente du super-G a lieu à Chamonix, sur la piste des
Houches. La course alpine s’annonce palpitante. Bien qu’ayant manqué les
entraînements de descente, on annonce l’Autrichien Peter Jaeger favori. Face
aux géants du ski européen, Firmin a peu de chance de remporter la médaille
d’or. Cependant, tous les supporters de la région sont là pour l’encourager. Top
chrono ! Firmin est dans les portillons, c’est parti ! Il pousse sur ses bâtons
comme un fou, passe la double porte, réussit son premier saut (42 mètres) et
arrive au Rocher Blanc, l’obstacle majeur du parcours. À la surprise générale, il
parvient à déclencher son virage sur le mamelon et reprend sa vitesse du début
de piste. Cela va vite. Très vite, même : 140 km/heure en super-G, du jamais vu !
Tout vient de se jouer au Rocher Blanc, Firmin le sait. Malgré le froid qui lui glace
la peau, il y a du feu sur ses joues et dans sa tête, un tonnerre
d’applaudissements. À l’arrivée, les spectateurs sont en liesse ! Firmin ne lâche
pas, il appuie sur ses carres comme un forcené, passe le goulet et arrive
triomphant, transcendé par sa course. Firmin a de quoi être heureux : il est
premier au classement !

Le secret de Firmin ? Avoir adopté une stratégie gagnante sur le


long terme, en mêlant visualisation positive et sens des réalités (à
chaque tronçon, il avait une idée très claire de ses objectifs). Plutôt
que de se contenter de viser la première place sur le podium, il a
mobilisé toutes ses ressources pour passer avec brio toutes les
difficultés du parcours. Pendant des mois, il a retracé le parcours
dans sa tête, dans les moindres détails. Il a revu chacun de ses
gestes, en se concentrant sur les difficultés qu’il allait devoir
surmonter, notamment le virage du Rocher Blanc, à 180 degrés.

L’anticipation d’un obstacle


et sa visualisation permettent
d’y faire face le moment venu.

Il faut dire que Firmin avait tout prévu : si la neige avait été plus
molle, il aurait négocié son virage différemment, en appuyant
davantage sur son ski aval et en reprenant de la vitesse juste
après le mamelon. Avec l’aide de son entraîneur, il a mis au point
différentes tactiques pour réussir le passage le plus délicat du
parcours. Ce faisant, non seulement il a maximisé ses chances de
succès, mais il a également pris davantage confiance en lui.
Je conclurai ce chapitre en vous présentant l’outil que notre
chercheuse a construit pour résumer les conclusions de ses travaux
de recherche. Cet outil peut se résumer en quatre lettres : WOOP7.
Étape 1 W Wish
(Désir)

Étape 2 O Outcome
(Résultat escompté, accompagné d’une visualisation détaillée)

Étape 3 O Obstacle
(Obstacle, accompagné d’une visualisation détaillée)

Étape 4 P Plan
(Plan B, exprimé sous la forme : « Si… alors… »)

Afin d’illustrer le WOOP (ou DROP, en français), prenons l’exemple


d’une femme un peu trop enrobée à son goût, dont le désir le plus
cher consiste à perdre du poids. Elle visualise le résultat escompté
de la façon suivante : déambuler sur le trottoir dans sa jupe fluide
bleu glacier taillée juste au-dessus du genou et ressentir en
marchant la délicieuse impression d’être une princesse foulant un
champ d’herbe fraîche. Elle imagine ensuite les obstacles
(dépendants d’elle) susceptibles de venir contrarier la réalisation
de son rêve : sa gourmandise (le soir, elle se plante régulièrement
devant le placard à gâteaux), son manque de volonté et sa haine
du sport. Elle met donc en place des plans alternatifs (plans B) :
accrocher des photos d’elle, boulotte, sur le placard de la cuisine,
revoir ses cassettes de Véronique et Davina pour l’encourager à se
bouger et s’accorder une récompense à chaque kilo perdu : un
massage californien au centre de kinésithérapie du coin.
Mettre au point un plan B permet donc de travailler sur nos
attentes positives (objectifs, buts, aspirations) en même temps que
sur la prise de conscience de nos propres ressources internes
(questionnement, points forts, prise en compte de notre
environnement). En plus de nous inciter à être attentif à ce qui se
passe autour de nous, la culture du plan B crée un environnement
mental dans lequel nous avons davantage de facilité à nous
projeter harmonieusement.
Séance no 3
Mesurer les bénéfices
de votre plan B
Tout bon coaching doit aller au-delà de la simple prise de
conscience, en débouchant sur un plan d’actions factuel,
basé sur des mises en pratique mesurables et durables.
Dans les séances précédentes, vous êtes resté au stade du
questionnement. Je vous encourage désormais à assurer
un suivi a posteriori des actions que vous allez mettre en
place. En effet, à quoi cela servirait-il de passer des heures
à concocter une recette si vous ne vous souciez pas de son
accueil auprès de ceux pour qui vous avez cuisiné ?
Comment l’améliorer sinon ?
■ Les questions générales à se poser, pour une mise en pratique efficace

Concrètement, comment comptez-vous mener votre


plan B dans le temps ?
Sur quels critères mesurer vos progrès ? votre réussite ?
Si, chaque jour, vous deviez vous attribuer une note de 1 à
10 pour caractériser l’état d’avancement de votre plan, où
vous situeriez-vous ?
Quel serait votre premier « DROP » ?
– Désir :

– Résultat escompté :

– Obstacle (dépendant de vous) :

– Plan B « Si…, alors… » :

Comment avez-vous fait pour surmonter les difficultés ?


Quelles compétences avez-vous mises en œuvre ?
De façon générale, quelles sont les qualités que votre
entourage vous reconnaît ? Comment les mettre
systématiquement au service de la réalisation de votre
plan B ?
■ Les questions à se poser pour reprendre le contrôle

Ressentez-vous fréquemment l’impression que quelqu’un


tire les ficelles à votre place ?
En général, qui ou qu’est-ce qui vous manipule ? Pourquoi
vous laissez-vous faire ?
Qu’avez-vous envie de faire pour reprendre les
commandes ?
■ Les questions à se poser pour favoriser la prise de risque

Quels bénéfices tirez-vous de la répétition quotidienne de


vos actions ? Ressentez-vous un réel besoin de faire
bouger les choses ? d’apprendre ? de partir à votre propre
découverte ?
En règle générale, quelle est votre attitude face au risque ?
Qu’est-ce qui vous angoisse ou vous bloque le plus ?
Quelles stratégies vous permettraient d’affronter vos peurs
et de vous lancer ?
Enviez-vous ceux qui prennent des risques ? Quelles vies
vous rendent vraiment jaloux ? Que font les gens que vous
admirez ? Soyez précis sur ce qui vous fait envie dans la vie
des autres et construisez un nouveau « DROP » pour y
répondre.
■ Les questions à se poser pour évacuer les déceptions et baisser
la pression

Face à une situation donnée, qu’attendez-vous


exactement ? Qu’est-ce que cette situation doit être en
mesure de vous apporter ?
Que mettrez-vous en place si elle ne se présente pas
comme vous le souhaitez ? Existe-il d’autres moyens
d’obtenir ces bénéfices ?
Lorsque vous êtes déçu, tentez de décrypter vos émotions :
quels messages cachés recèlent-elles ?
Comment faire en sorte de combler ce besoin d’une autre
façon ?
Qui ou qu’est-ce qui vous oblige à accepter la pression ?
Est-ce la peur de ne pas être aimé, accepté, reconnu, de
ne pas y arriver ?
Concrètement, quelles résolutions allez-vous prendre dans
les jours qui viennent pour gagner en sérénité ?
« personne ne peut
diriger le vent,
mais on peut toujours
apprendre à
ajuster
ses voiles »
Le plan B, un concentré d’optimisme à cultiver
à bon
escient, de préférence…
quand tout va bien !
Arrivés au terme de ce livre, vous comprenez sans doute mieux
pourquoi les as de la débrouillardise comme Jérémy, Catherine,
Jean-Damien, Mathilde et tant d’autres, ont fait du plan B leur
credo ; véritable booster de créativité, catalyseur de sérénité,
révélateur d’anticipation, amortisseur de déconvenues, source
d’équilibre entretenant un état d’esprit orienté vers les solutions, les
raisons d’être confiant et d’espérer, le plan alternatif procure des
bienfaits multiples. À vous de les maximiser ! Pour ce faire, je vous
incite à réfléchir et à mettre en œuvre deux principes. Le premier
fait appel à votre capacité de discernement, le second à votre
bon sens.

Principe 1 :
le plan B oui, mais pas à tout bout de champ
L’idée n’est pas de passer des journées entières à cogiter sur ce qui
va bien pouvoir se produire ! Surtout que, jusqu’à preuve du
contraire, vous ne vous appelez pas Madame Irma, vous ne
disposez pas de boule de cristal et n’avez certainement aucun don
pour lire dans le marc de café. Qui plus est, vous aurez beau
essayer de tout prévoir, les choses se passeront souvent
autrement ; certains imprévus passeront au travers des mailles du
filet, et fort heureusement d’ailleurs. Car ce sont tous ces petits
piments, heureux ou malheureux, qui rendent la vie intéressante !
L’idée n’est pas non plus de chercher à tout contrôler en
permanence car à vouloir tout canaliser, on finit par ne plus rien
contrôler du tout. Un peu comme avec un microscope : à force de
le régler pour gagner en précision, tout devient flou. Mettez donc
en place vos plans de repli à bon escient et gardez en tête que
l’essentiel consiste à se positionner dans un état d’esprit favorable
pour observer et sentir ce qui peut se profiler à l’horizon (souvenez-
vous de la posture du chien de prairie…).

Principe 2 :
le plan B, c’est encore meilleur… quand tout va bien !
Vous vivez une idylle avec votre nouvel ami, vous venez d’acquérir
un charmant petit appartement près d’Annecy (la ville où vous
avez toujours eu envie de nicher votre nid douillet) et de décrocher
le job de vos rêves. Bref, pour vous, tout va bien dans le meilleur
des mondes. Sans jouer les oiseaux de mauvais augure, vous savez
comme moi que la vie n’est pas un long fleuve tranquille ; elle est en
perpétuel mouvement. Profitez donc des moments d’accalmie pour
travailler sur vos options alternatives à déployer « au cas où ».
D’une part, parce que plus votre esprit est serein, rempli de bonnes
intentions et libéré du stress, plus vous êtes enclins à penser au
futur et à prendre de bonnes décisions pour les jours ou les mois
qui viennent, à savoir des décisions éclairées, réfléchies,
construites, susceptibles de vous apporter des bénéfices futurs.
D’autre part, parce que les bénéfices du plan B sont tels qu’on
peut finalement se demander pourquoi on les réserverait aux
seules situations où un danger menace, où nous risquons de
planter nos objectifs et où nous menaçons de tout laisser tomber
quand la coupe est pleine. C’est justement quand le climat est au
beau fixe qu’il convient de préparer avec soin son avenir ! Les
compagnies de banque et d’assurance l’ont bien compris :
« Enfants, achat de votre logement, retraite, ces différentes étapes
de la vie vous semblent peut-être encore lointaines… Pour y faire
face sereinement, préparez-les le plus tôt possible. Différentes
solutions s’offrent à vous : livrets, plans d’épargne, assurance-
vie… » Voici l’argumentaire développé par l’une d’elles dans une
jolie brochure en quadrichromie sur laquelle, sur un fond bleu azur,
on peut admirer une brochette d’individus tout sourire collés les uns
aux autres : des bébés joufflus, des parents resplendissants, des
papis rajeunis et, sous cette famille si joliment réunie, le slogan
« Préparer votre avenir ».
J’espère sincèrement que ce livre vous mette sur la ligne de départ,
qu’il vous donne envie d’adopter au quotidien le réflexe plan B, qu’il
soit votre allié pour vous transformer en as de la débrouillardise,
qu’il vous incite à diffuser autour de vous cette culture de
l’itinéraire bis et, surtout, qu’il vous convainque définitivement
d’une chose : nous portons tous en nous la possibilité de bifurquer,
pour faire en sorte que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.
Bibliographie

Psychologie, développement personnel, efficacité professionnelle


André Ch., Vivre heureux. Psychologie du bonheur, Odile Jacob,
2003.
André Ch., Sérénité. 25 histoires d’équilibre intérieur, Odile Jacob,
2012.
Arden P., Vous pouvez être ce que vous voulez être, Phaidon,
2004.
Bazin Ph., Doridot, J., Petit Manuel d’auto-coaching, InterEditions,
2015.
Covey S.R., Les sept habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils
entreprennent, First, 2005.
Gabilliet Ph., Éloge de l’optimisme, Éditions Saint-Simon, 2010.
Hoffman R., Casnocha B., Manager votre carrière comme une
start-up, Leduc. S Éditions, 2013.
James M., Jongeward D., Naître gagnant. L’analyse
transactionnelle dans la vie quotidienne, InterEditions, 2000.
Janin-Devillars L., Changez sa vie. Il n’est jamais trop tard,
Éditions Michel Lafon, 2013.
Lagarde L., La Boîte à outils du développement personnel en
entreprise, Dunod, 2014.
Lenoir F., Petit Traité de vie intérieure, Plon, 2010.
Loron Ph., Reinach D., Les Fabuleuses Richesses économiques du
cerveau, Éditions du Dauphin, 1997.
Maslow A., Devenir le meilleur de soi-même : besoins
fondamentaux, motivation et personnalité, Eyrolles, 2008.
Oettingen G., Rethink Positive Thinking : Inside the New Science of
Motivation, Current, 2014.
Seligman M., La Force de l’optimisme. Apprendre à faire confiance
à la vie, InterEditions, 2008.

Gestion du changement
Johnson S., Qui a piqué mon fromage ? Michel Lafon, 2000.

Techniques de négociation
Fisher R., Ury W., Patton B., Comment réussir une négociation, Le
Seuil, 2006.
Kyprianou A., Le Guide visuel de la négociation, Eyrolles, 2016.
Index

A
affrontement des forces contraires 1
agir 1
alternative 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18
ambition 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12
analyse transactionnelle 1, 2
arbre décisionnel 1
audace 1, 2, 3, 4, 5

B
Bazin, Ph. 1
blocage 1, 2, 3, 4
bon choix 1

C
Casnocha, B. 1, 2
cercle d’influence 1, 2
cerveau droit 1, 2, 3, 4
cerveau gauche 1, 2, 3
changement 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17,
18
choix 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11
conduite du changement 1, 2
confiance en soi 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9
contrôle 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10
coûts irrécupérables 1, 2, 3
Covey, S. R. 1, 2
Covey, S.R. 1
créativité 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8
culture du plan B 1, 2, 3, 4, 5

D
déception 1, 2, 3, 4
Dembling, S. 1
déséquilibre intérieur 1
désir 1, 2, 3
dire non 1, 2
Doridot, J. 1
DROP 1, 2, 3
Drucker, P. 1
Duckworth, A. L. 1

E
écart aspirationnel 1
échec 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19,
20, 21
estime de soi 1, 2

F
Freud, S. 1

G
Gabilliet, Ph. 1, 2
gestion par objectifs 1
Grove, A. 1

H
habitude 1, 2, 3, 4, 5
Hoffman, R. 1, 2

I
incertitude 1, 2, 3, 4, 5, 6
instinct de survie 1, 2, 3
intuition 1, 2, 3

J
Janin-Devillars, L. 1

K
King, M. L. 1

L
l’ici et maintenant 1, 2, 3
lâcher-prise 1, 2
Lagarde, L. 1, 2
Lenoir, F. 1, 2
limites 1, 2, 3, 4
loi d’attraction 1, 2

M
M.E.S.O.R.E 1
méthode Coué 1, 2, 3, 4
motivation 1, 2, 3, 4

N
négociation 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8

O
objectif 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19,
20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34
objectifs SMART 1, 2
Oettingen, G. 1, 2
optimisme 1, 2, 3, 4, 5

P
Pascual, S. 1
pensée positive 1, 2, 3, 4, 5, 6
plan de secours 1, 2
plans d’étape alternatifs 1
point de bascule 1
prise de décision 1, 2, 3, 4
prise de risque 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8

R
rapport utilité/coût 1
reconversion 1, 2, 3, 4
réflexion 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9
résilience 1
résistance 1, 2, 3, 4, 5
résistances 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9
risque 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17

S
solution de repli 1, 2, 3, 4, 5
solutions de rechange 1, 2

V
valeurs 1, 2, 3, 4, 5
victime 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7

W
WOOP 1
Voir DROP

Z
zone de confort 1, 2, 3, 4
zones d’apprentissage 1
Notes
1. R. T. Kiyosaki, S. L. Lechter, Père riche, père pauvre : ce que les parents riches
enseignent à leurs enfants à propos de l’argent afin qu’il soit à leur service, Éditions Un
monde différent, 2000.

2. Ph. Gabilliet, Éloge de l’optimisme, Éditions Saint-Simon, 2010, p. 24.

3. Source : intervention de Philippe Gabilliet (professeur associé à l’ESCP Europe et


auteur de plusieurs ouvrages sur l’optimisme) : « Comment rester optimiste en période
difficile ».

4. 3. Source : L’Express « Style », « Touche pas à mon plan B », 20 avril 2016, p. 75.
Notes
1. F. Lenoir, Petit Traité de vie intérieure, Plon, 2010, p. 21.

2. Entre 1993 et 1996, l’Insee a enregistré 155 000 séparations de couples par an en
moyenne. Entre 2009 et 2012, ce nombre est passé à 253 000, soit une augmentation
de 63 %. Fin 2013, une personne sur trois âgée de 26 à 65 ans vivant en couple avait
déjà connu une séparation.

3. S. Johnson, Qui a piqué mon fromage ? Michel Lafon, 2000, p. 80.

4. S.R. Covey, Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent,
First, 2005, p. 96.

5. Idem.
Notes
1. Source : www.loptimisme.com.

2. Ph. Bazin, J. Doridot, Petit Manuel d’auto-coaching, InterEditions, 2015, p. 201-202.

3. Source : sondage Ifop réalisé pour MonBestSeller.com, in BibliObs, « Les Français


écrivent beaucoup… et lisent peu », février 2013.

4. A. Kyprianou, Le Guide visuel de la négociation, Eyrolles, 2016, p. 14.

5. Ibid.

6. R. Fisher, W. Ury, B. Patton, Comment réussir une négociation, Le Seuil, 2006, p. 150.
Notes
1. Étude réalisée pour RTL, Les Échos et 20 Minutes (source : www.lefigaro.fr et
www.oserchanger.com).

2. S. Chabline, Cache-cache face-à-face ou les mésaventures d’une psychologue,


Atramenta, 2014, p. 214.

3. Source : S. Freud, Pulsions et destin des pulsions, Payot, coll. « Petite Bibliothèque
Payot », 2010.

4. Cette histoire est inspirée d’une histoire vraie, relatée par Luce Janin-Devillars
dans Changer sa vie, il n’est jamais trop tard, Éditions Michel Lafon, 2013, p. 233-234.

5. Source : M. Darrieusecq, Naissance des fantômes, POL, 1998.

6. Ibid., p. 11-12 (Gallimard, coll. « Folio »).

7. L. Lagarde, La Boîte à outils du développement personnel en entreprise, Dunod,


2014, p. 61.
Notes
1. L’hémisphère droit de notre cerveau gère les images, les émotions, les intuitions. Il
innove. Le cerveau droit gère le ressenti et la créativité. Il fait appel à l’imagination, au
rêve, à la mémoire et aux passions.

2. L’hémisphère gauche du cerveau analyse les situations et les problèmes. C’est


l’hémisphère du raisonnement. Il gère le langage et les codes. Une personne très
« cerveau gauche » a un esprit logique, analytique, rationnel. Elle analyse et met en
œuvre des plans d’actions efficaces répondant à des objectifs précis.
Notes
1. L. Lagarde, op. cit., p. 58.

2. Cette histoire s’est déroulée en novembre 2014 aux États-Unis.

3. Idem.

4. S.R. Covey, op. cit., p. 107.

5. Wellbhom est une nouvelle chaîne de neuf « maisons du bien-être » réparties


entre Paris, Lyon et Aix-en-Provence. Aux clientes qui s’interrogent sur le nom étrange
de l’enseigne, Alexandra doit expliquer qu’il s’agit d’une contraction (well-being pour
« bien-être » et home pour « maison ») et que les salons de beauté n’ont absolument
rien à voir avec Weldom, le géant du bricolage.

6. Certains cabinets conseil spécialisés en management (comme le Creci), parlent à


ce sujet « d’écart aspirationnel ».

7. Ph. Gabilliet, op. cit., p. 91-92.


Notes
1. L. Lagarde, op. cit., p. 61.

2. R. Hoffman, B. Casnocha, Manager votre carrière comme une start-up, Leduc. S


Éditeur, 2013, p. 81.

3. Source : « Plan B », Wikipédia, mise à jour 25 février 2017.

4. S. Dembling, La Revanche des discrets. Au royaume des bavards, les discrets sont
rois, Marabout, 2013, p. 52.

5. R. Hoffman, B. Casnocha, op. cit., p. 81-84.

6. Ibid., p. 81.

7. Idem.

8. P. M. Gollwitzer, P. Sheeran, V. Michalski, A. E. Seifert, « When Intentions Go Public :


Does Social Reality Widen the Intention-Behavior Gap ? », in Psychol. Sci., Pubmed,
mai 2009 (source : www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19389130).
Notes
1. L. Janin-Devillars, Changer sa vie. Il n’est jamais trop tard, Michel Lafon, 2013, p. 81.

2. L. Janin-Devillars, op. cit., p. 19.

3. Source : « Coûts irrécupérables », Wikipédia, mise à jour 14 novembre 2016.

4. En anglais, ce biais est désigné par le terme sunk cost fallacy.

5. R. Hoffman, B. Casnocha, op. cit., p. 77.

6. A. Grove, Seuls les paranoïaques survivent, Village Mondial, 2004.

7. A. Grove, in Wikipédia, « Point d’inflexion stratégique », mise à jour 27 septembre


2016.

3. R. Hoffman, B. Casnocha, op. cit., p. 77.


Notes
1. La méthode Coué est une prophétie autoréalisatrice fondée sur l’autosuggestion.
Elle tire son nom des travaux du psychologue et pharmacien Émile Coué de la
Châtaigneraie (1857-1926). La formule qui la définit est : « Tous les jours, à tous points
de vue, je vais de mieux en mieux. » Source : Wikipédia, « Méthode Coué », mise à jour
mars 2017.

2. Dans une expérience, Christopher Napolitano et Alexandra Freund, deux


chercheurs de l’université de Zurich, ont concocté un jeu consistant à lancer le plus de
balles de ping-pong possible dans une corbeille de bureau placée à quelques mètres
d’eux. Ils ont donné la possibilité à la moitié des participants de pouvoir remplacer, s’ils
le souhaitaient, les balles de ping-pong contre des balles de tennis, plus faciles à
lancer. Au moment de faire les comptes, on a constaté que les joueurs ayant eu le
choix d’opter pour les balles de tennis avaient lancé nettement moins de balles de
ping-pong dans la corbeille. Conclusion des chercheurs : disposer d’options de
rechange ne concourt pas à améliorer la performance à court terme. Source : C.M.
Napolitano, A.M. Freund, « On the Use and Usefulness of Backup Plans », Perspectives
on Psychological Science, 11 (1), 56-73 in APS, « When Backup Plans Backfire », 2016.
Notes
1. S.R. Covey, op. cit., p. 13.

2. L’analyse transactionnelle (ou AT) est une théorie de la personnalité, des rapports
sociaux et de la communication. Créée dans les années 1950 par le médecin
psychiatre et psychanalyste Éric Berne, elle postule des « états du Moi » (Parent,
Adulte, Enfant) et étudie les phénomènes intrapsychiques à travers les échanges
relationnels de deux personnes ou plus, appelés transactions. (Source : Wikipédia,
mise à jour 28 avril 2017).

3. Source : M. James, D. Jongeward, Naître gagnant. L’analyse transactionnelle dans


la vie quotidienne, InterEditions, 2000, p. 1-3.

4. F. Lenoir, op. cit., p. 28.

5. S. R. Covey, op. cit., p. 91-95.

6. Idem.

7. Gabilliet, Ph., op. cit., p. 112.

8. Ph. Gabilliet, op. cit., p. 111.


Notes
1. F. Lenoir, op. cit., p. 142.

2. Idem.

3. La Grande Vadrouille, film franco-britannique réalisé par Gérard Oury en 1966.

4. Herbert Otto.
Notes
1. « Attendre » (verbe d’état, donc passif) : « Rester en un lieu jusqu’à ce que
quelqu’un arrive, que quelque chose soit prêt ou se produise. », « Compter sur une
action de quelqu’un, sur le résultat de quelque chose » (source : dictionnaire Larousse).

2. Source : www.ithaquecoaching.com, « Reconversion : trois bonnes raisons d’avoir


un plan B », par Sylvaine Pascual, 2010.

3. M. Rydahl, Heureux comme un Danois, J’ai lu, 2015, p. 181-182.

4. La loi d’attraction universelle (ou loi de Newton) décrit la gravitation comme une
force responsable de la chute des corps et du mouvement des corps célestes et, plus
généralement, de l’attraction entre des corps ayant une masse. Rapportée au
domaine psychologique, la loi d’attraction est un principe systémique partant du
postulat que les événements extérieurs ne seraient pas fortuits, mais provoqués pour
tout ou partie à l’intérieur de nous-même. En d’autres termes, on attirerait à soi des
événements en fonction de nos pensées et de nos émotions.

5. Quelques best-sellers internationaux sur la pensée positive : Le Secret de Rondha


Byrne (Éditions Un monde différent, 2 008), La Loi d’attraction d’Esther et Jerry Hicks
(Guy Trédaniel Éditeur, 2008), La Puissance de votre subconscient de Joseph Murphy
(Éditions de l’Homme, 2013).

6. G. Oettingen, Rethink Positive Thinking : Inside the New Science of Motivation,


Current, 2014.

7. Source : www.woopmylife.org.

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