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NOTE t;UR. UN SYSTEME D'.t\.

BLUTIONS
PllATIOuE A LA PIUSON DE ROUBI'f
1'1' APPLICAIILB A 'fOUS LBS GaAftDS ~TAIILISS&UNTS
d!fl'l'.!tft'lAIR!S OU AU1'RES

.._ .. D• . . . . . . . :DIIIel_.'l',
lüdeei• • obel dN pritODI 4~ l\04t•n, pror.........• l'io:ole ole ldolociae.

Au mois de novembre t8'12, le ministre de l'intárieor,


dans une circulaire relative au• aolns de propreté et l
l'hygiéne des détenus, demandait !'avis des médecina des
prisons sur lea moyen• d'edcution des mesures proposées.
a
L'étude laquelle je me livrai pour réponrlre! une quet-
tion aussi importante me suggéra un projet que je soumla
altappréeiation de l'administration (t ).
Les bains de propreté aont d'une utilité trop 6vidente
pour qu'il y ait lieu de a'arréter a en cooaeiller l'usagt~,
Seulement, avec une population ruusi nombreuae que oellc
des maiaona centrales ou rles priaons d6partementalea, il
davient presque toujoura difficile, 11inon impouible, d'y
soumettre les détenus aussi fréquemment que cel¡¡ aerait
n6ceasaire. O'était a cet inooqv6nient qu'il fallait obvler.
Qpejque tempa aupar~vant, j'avaia demandé la création
tl'uo servicc hydrotbérapique qomme moyen tbérapeu-
tique ; je repris cette idée en la développant de maniere A
utiliser l'installalion projetAe non plus aenlemcnt pour le
traitament de quelque¡¡ maladiea, mais encore comme moyco
d'bygieoe, pour remédi~ra l'in¡ufflsaooe actuflle dea baina.
La modiflcalion du projet primitif consistait dans la sub-
eUtution de l'eau cbaude a l'eau froide, et l'avantage du

(t) Rapport du u; DOYembre t~JI.


NO'l'B SU& UR IJft'iKB D'.ULUTIONS. ttt
proeMé, dans l'~eonomle qui en devait N\aulter au triple
poiot de vue du tempa, do ohauffage et de la quantit6
d'eau.
La queation de temps est importante, car il est néoeaeaire
de ne paa d6aorganiser le travall des atellers : sous ee rap-
port, le projet réallsait (alnsi qo'on le •erra plus loln) un
nantase t~s-notable.
Le ebauft'age, lorsqoe les trais d'installatlon des tuyaut
auraient été fafts, ne devait coO.ter ahsolument rien, car on
utiliserait. la vaptmr provenant de la machina deatinée l
élever l'eau dans les nlservolrs, vapeur qul étalt demeurée
jusque.lil saos emploi.
Enlln, retatlvement lla qnantité d'eau, une comparaison
empruntée aox usages les plus ramlliers, en dégageant ma
pen~e, donnalt.unc démonatratlon tréa-nette de l'écooomle
réali~e. Pour luer les maios dans une cuvette, il eat né-
eeasaire d'employer une assez grande quantl~ d'eau, tandis
qu'on &rrive l un résultat tout aussi comptet au moyen
d'une proportlon beaucoup plus faible d'eau eoulant d'un
robineL
Quant au~ détalls dans lesquels j'entrals retativement ll
l'e1écutlon de ce projet, Us trouveront mieux lenr plaee et
je les riserve pour la deserlption du ayst~me tel qt1'il est
maiotenant appliqué.
L'adminlstration eentrale n'ayant pas donné suite l eette
proposition, au mois de février suivant j'~rivis l M. Llzot,
préfet de la Seine-Inférieure (1), en lui faisant remarquer
les conditions exceptionnellement avantageuses qu'oft'rait
au polnt de vue de cettc créatlon la maison d'arrét eL de
correc~lon de Rouen, l'intérét qu'll y avait, par eonséquent,
l tenter une épreuve tout l la fois raelle et peu dbpen-
dieuse. Si les douches ~·eau froide, eomme moyen tbéra-

(l) Letln ea date de ti H...ter U71.


H:2 11 i::tll\ Y D~LAJIO:rr.

peutique, n'attendaient plus la consécratioo de l'expérience,


la pluie d'eau chaude utilisée comme moyen de propreté,
pour remplacer les bains tiédes, n'avait jamais été, a ma
conoaissance du moins, employée ni conseillée, et pouvait
avoir ltesoin, avant d'étre généralement adoptée, d'une
cxpérimentation décisive. Daos le cas oo l'éprcuve n'aurait
pas répondu a mon attente, du moins aurait-clle été saos
inconvénients et saos frais notables; si, au contraire, les
résultatta en étaient satisfaisants, elle devait ouvrir une
voie oouvelle ct réaliser un progres sérieux daos l'hy-
giene des prisons : l'exemple en pourrait étre dés lors
suivi ailleurs.
M. le préfet Lizot était tout disposé a eotrer daos ces
vues et Afavoriser l'exécution de ce projet; mais l'état des
finaoces du département ne lui perfneltait pas a cette
époque d'en faire la dépense; d'ailleurs, la prisoo de
Rouen n'est pas une propriété purement départementale,
et l'installation queje réclamais devait étre faite par l'État
plutOt que par le départemeot. Aussi le préfet transmit-í),
en l'appuyant fortement, ma lettre au ministre de l'inté-
rieur qui répondit (le 2 avril 1873) : e Ce projet, tant
A cause des avantages qu'il serait appelé A procurer que
des conditions dans Jesquelles il pourrait étre exécut.é,
paralt digne de ftxer l'attention de l'administratioo •, et
demanda que l'architecte du départemeot dressll un nou-
veau projet avec plans et devis et autres indications néces·
saires.
Le devis envoyé au minist.ere, et qui se mootait a 3000 fr.
environ, Cut trouvé trop élevé : la création que je réclamais
avec tant d'iosistance mena~;ait d'étre eotiérement aban-
donnée, lorsque M. le préfet Lizot résolut de preodre l'ini-
tiative et d'en prescrire l'exécution.
Habilement conduits par M. é. Vallet, directeur des
prisons de la Seine.Ioférieure, les trava01 d'installation ne
rcOTB sua un stsTiu D'.uLmons. tU
\ard~rent pasA étre terminés. La dépense ne s'éleva qu'A 1&
somme de i200 francs.
Depuia lors, ce nouvel établissement balnéaire n'a cess6
de fonctionner régulibrement et de donner les résuUats les
meilleors. Voici en qooi il consiste :
Une tour, au rez-de-cbaussée de laqoelle est située la
machine 1 vapeur, renferme, Asa partie supérieure, 1 une
bauteur de tia m~tres, deu.a: vastes réservoirs d'eao froide.
A l'étage inférieur existait un réservoir pouvant contenir
t200 litres et qui était sans emploi : on l'u&ilisa poor l'eao
chaode; un serpentín placé ll'intérieur laisse cireuler la
npeur qui él~ve la température de l'eau au degré conve-
nable. Des tuyaux qui partent des réservoirs d'eau froide et
d'eau chaude se rendent dans la pibce que nous allons
décrire, el permetlent de donner l volonté des doucbes
chaodes oo froides,
Ao pied de la tour se trouvent trois pi~ees contigues
~eetées l ce service, et chaufl'ées, pendan& la saison
froide, par des tuyaux daos lesquels circule de la vapeur:
la premiére, garnie de banca, sert de salle d'attente¡ la
deuxiéme présente douze compartiment& vestiaires, dans
lesquels un nombre égal de détenus peuvent s'babiller et se
désbabiller ; la troisibme, enftn, et la principale, contient
six stalles placées l'une ~ cóté de l'autre, et séparées par
de simples cloisons en planches; au-dessus de chaeune
d'elles est une pomme d'arrosoir flxée l l'extrémité d'un
loyau recourbé s'abouchant sur un condoit commun. Un
robinet placé sur ce conduit permet d'établir ou d'inter-
rompre a volonté la pluie d'eau chaude par les six pommes
d'arrosoir qui sont en outre munies de robinets indépen-
danta. Le sol, cimenté avec soin, a une pente qui facilite
l'koulement des eaux A l'extérieur par un caniveau; le
plafond est percé d'une ouvertore par laquelle s'écbappe
te IDR t87i.- !OH JLtn.- trt PAITIB,
1 a
tU IOIUY DBUBOIT.
la vapeur d'éau abondamment "d6pg6e par la pluie d'eau
chaude.
Siz dlitenua, apréa s'élre dáahabill's dans la pillee voi-
sioe, vienoent ae placer dana tea alallea; lea peiguoira dont
ils s'étaient couverts sont eulev4a par le gardien aurveil·
lant et átendut aur les conduita de npeur; le prisonnler
faisaot .t'onction de douoheut tourne le robinet; auuit6t la
plllie tombe et imbibe la aurfaco de leurs corps ; aprés une
demi-minate enviran, le robinet eat fermé; obacuu d'eux
prend du savon noir dépoa6 d1ns une petite bolle A l'en-
trée de la at&lle et a'en enduit; une nouvelle pluie vient
faoiliter l'applioation et l'aoUon do oe savon. Quatre a oinq
douobea son' aiuú. auQC4saiteJDent donnéee et permeUent,
dana l'e.pace de molos de cioq millutea, d'opérer un uet-
WJa&e oomplet, Lee peignoin chaufféa aout reudua aux aix
détenus qui retournent se sécher et s'habiller dans l'autre
piece. - Six noufe&UI détenus, qui a'ét.aieut déahabillés
pendant que le:s premiara étalent sous la douehe, viennent
prendre leur place. 1l y a ainsi une auccession non inter-
rompue de baigneurs, qlli évite toute perle de temps. En
deux joura toute la populalion, qui varie ordinairement
enLre 800 et t 200 déteoue, passe sous la douehe ; cbaque
jour, en outre, tou11 lee eotraots el les aortants aont sou·
mie a oe neltoJage. Les condamnés aont lav6a une fois par
moisl'biver; deudoia parmoia pendan& l'été. Une vingtaine
de litres d'eau suflit poor cbaouu, au lieu de 200 a300 litres
que. oéceeeite le baio ordioaire. J'ajoúte que l'on obtient
aotutllement un degré de propretá qui ne a'observait méme
pu auparavant cht~l lee entrants, auxquela oependant on
faisait preodre un baio; car la plupart d'eotre eu:a:, par
parease, iusouciance ou malpropreté innée, oégligeaient de
a'y livrer aux frictions nécessaires pour se nettoyer; tandis
que eous la douche et sous l'atil du ~ardieo qui asiste l
cette opé¡•ation, ils 1 sont obligéa. CeUe plllie d'eau chaude
ftO'l't SUB. Uft ST8'1'illl D1.ULUTIONS. tU
ea\ d'ailleun, a u dire de tous, vraiment agriable, et enpge
.. raire les frictions qui détachent les impuretés pendant
a
que l'eau qui coule la surfaee du corps lea entralne.
Le réaenoir d'eau chaude, quoique de dimeoliona r~
trcintes, autBt A cet usage, car une penoone •eille con-
stamment, pendan& tou&e la durée d'une óanoe, 08 que a
l'eau froide vienne A meaure remplacer l'eau chaude qoi
s'écoule. On obtient facilement une température ooutante
ea réglant. la quantité de vapeur qui circule daos le ser·
penun; ce&te température doit. étre un peu aupérieure a
celle dea baina fempérés, et s'éle•er de 85 l40 deg~s centi·
gradea, car il y a déperdition de calorique daos le trajet, et
surtouL par le faitde la dispersion de l'eau tombant en pluie.
Le directeur g6náral des prisons, M. Jaillant, qui s'oo-
cnpe uee tant de sollicitude et de compétence de toutea
les questions qui touchent au régime pénitenliaire, a bien
'foula Yenir Yiaiter notre installation hydrothérapique, el
DO~ croyons savoir qu'il a preeerit l'é&abliasement d'uq
aemblable &Jst~me dana la maison centrale de Poisay.
L'application en es& pouible partout; peut-élre ne ren..
oontrera-t·on paa toujours des ooodiliona auui favorables
qu'a la prison de Rouen, on noos possédions des locaux
poor ainsi dire &out préparés, de la npeur qui était sane
emploi et qoi, maiaLenant, eert A chauJfer aaps la plus
minime dépense l'eau des doaches et les pi~es deslindes a
eet uaage; un réservoir d'eau froide situé ~une élévaüon ·
de t4 métrea, de telle sorte qu'il a été facile d'éiablir aveo
la plua grande 6conomie, outre les douehes d' eau chaude
qai font. l'objet de cet al'&icle, des douches d'eau froide
d'one grande puiasance eL dea douches de vapeur• .Mais, a
dMaut de ces facilité& exoeptionnelles d'lnstallation, il DOUI
ee& alsé de dilmontrer qu'un aystitme analogue peut étre
appliqoé daos tout é&ablil88ment ateo quelqoes modiflca-
üooa d'importance tout A faileeooadaire.

,.,
4{6 MBIRT DBLABOST.
Daos toute prison il existe nn foumeau destiné k raire
chauft'er l'eau des bains. Que ce fourneau soit placé au
premier étage; a u moyen des bras des prisonniers ou d'uoe
pompe aspirante el foulante, on y fera arriver l'eau qui,
élevée au degré voulu, sera conduite par un tuyau daos la
pi~ce sous-jacente, a u reHe cbaussk, el distribuée par des
pommes d'arrosoir en nombre variable de la maniere que
nous avons décrite.
Est-il besoin, aptils ce qui a été exposá plus haut, de
faire ressortir l'écooomie de temps, d'eau et par suite de
combustible qui rásulterait de cette modification et qui ne
tarderait pas k compenser, et au deJA, les frais d'iostalla-
Uon? 20 litres suffisaut, au lieu de 200 que contient au
mínimum un baio, l'eau de dix bains suffiru pour nettoyer
oent personnes aussi bien et mieux par ce. systl!me qu'avec
cent bains.
Au point de vue de la propreté et de l'hygi~ne, il n'est
pas inutile d'insister encore sur ce point, que ce moyen pré-
state sur les bains de piscine l'incontestable avantage du
renouvellement constaot et de la pureté de l'eau.
Dans notre établissement, la pluie d'eau cbaude est pro-
jetée de haut en bas avec une certaine force, paree que
dans les conditions favorables ou nous noos trou,·ions pour
eréer ce systl!me, nous avons pu placer le réservoir d'eau
ebaudek unehauteurassez grande; or, si cette.force de pro-
jeetion est utile pour entrsloer les impuretés el aecélérer
le oettoyage, elle o'est pas pourlaot indispensable. Eo
effet, daos une expérienee préalable que nous avions faite
en presence de M. Girardot, architecte·iospecteur do dépar-
tement, un détenu ehoisi parmi les plus sales avait été
10umis a une doucbe d'eau chaude versée au moyen d'un
arrolloir que manamvrait un aide monté sur une échelle
double. Cctte eau tombait done d'une faible bauteur, et
cependant le prisonnier avait étá sufisammcnt nettoyé en
ROTB SUR Ufl SYS'JiMB D' ABLUTtO~S. t 11
quatre minutes et avec t6 litres seulement. 11 n'est done
pas néeessaire de placer le fourneau ou le rése"oir d'eau
chaude ll une grande hauteur.
Au cas ou l'ou n'aurait pas comme mode de chauft"age
la vapeur qui, daus. la prisou de Bouen, doone écouomi-
quementla températnre C?Onveoable aux trois pi~ces aft"ec-
t6es A ce senice, il serait facile d'obtenir la chaleur avec
de simples poéles.
Ce syst~me d'ablutions peut done étre établi partout avec
économie et devenir fécond en excellents résultats, mainte-
naot démontrés par l'expérience décisive faite daos la
prison de Rouen.
Nt pourrait-on fapplíguer ®Ui dans les casernes? Si,
comme me le faisait judicieusement observer un jour M. le
préfet de la Seine-Inférieure, on se préoccupe du sort des
prisonnien, ne doit-on pas aussi _cbercber tout particuli~re­
meot A améliorer celui de nos soldats, dignes A tant de
titres des soius et de la sollicitude du gouvernement? L'in-
novation que je propose ne serait-elle pas pour eux d'une
incontestable utilité ?
Daos les grands centres de population, daos les cités
induslrielles, des établissements de ce genre ne rendraient-
ils pas égalemeut service aux ouvriers qui, leur journée
ftnie, pourraient en peu de temps et avec une dépense trbs-
minime, débarrasser leur corps de toutes les poussi~res et
impuretés dont lenrs travaux les couvrent, souvent au
détrimeot de leur sauté? Les municipalités, les chefs de
graods établissemenls ne pourraient-ils preodre A cet égat·d
une initiative féconde?

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