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Le citoyen non-musulman dans un état musulman

L’arrestation des six Iraqiens qui ont fui leurs pays à la suite des persécutions laisse
entrevoir le désarroi de ceux qui sont obligés de faire face d’une situation nouvelle crée
par une guerre inattendue et non souhaitée. Invitée par la branche mauricienne
d’Amnesty International à rencontrer les six Iraqiens, j’ai pu constater la situation
difficile de ces personnes qui ont dû tout laisser derrière eux pour leur survie. Mais, il est
bon de souligner que la persécution de ces chrétiens d’origine iraqienne n’est pas d’ordre
religieux mais plutôt politique sinon on aurait pas vu une persécution similaire vécue par
les shiites et sunnites en même temps. Les six Iraqis sont unanimes à dire que sous le
règne de Saddam Hussein, ils vivaient, certes, sous une dictature mais en parfaite
harmonie indépendamment de leur religion ou appartenance éthnique. Ce n’est qu’après
2003 que leur monde a basculé quand la situation politique et sociale en Iraq s’est
dégradée.

A ce stade, il est bon de voir ce que l’Islam prône à l’égard des droits des minorités dans
un état islamique. L’Islam ne fait aucune distinction entre les hommes et prône l’égalité
de tous les hommes devant Dieu car « tous les hommes ont été créés à partir d’un même
souffle ».

Concernant le dialogue avec les non-musulmans, Dieu dit dans le Coran à la sourate 16 V
125 « Appelle dans la Voie de ton Seigneur par la sagesse et la bonne parole et discute
avec eux de la façon la plus douce.. » C’est un verset chargé d’amour et l’aspect
essentiel de cette recommendation divine c’est la sagesse. « Ne discute avec les gens du
livre que de manière la plus courtoise » (S29, V 46).

L’Islam ne se contente pas d’accepter les autres religions du Livre, il leur apporte une
réelle légitimité : « Dites : Nous croyons en Dieu, à ce qui nous a été révélé, à ce qui a
été révélé à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus ; à ce qui a été donné à
Moïse et à Jésus; à ce qui a été donné aux prophètes de la part de leur Seigneur. Nous
ne faisons entre eux aucune discrimination. Nous sommes soumis à Dieu » (S2, V136)

Le Coran ne cesse de répeter que Dieu a envoyé un messager à chaque peuple : « Nous
avons donné, à chacun d’entre eux, une règle et une loi. Si Dieu l’avait voulu, Il aurait
créé une seule communauté, mais Il a voulu vous éprouver par le don qu’Il vous a fait.
Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans les bonnes actions. Votre retour, à
tous, se fera vers Dieu ; Il vous éclaiera, alors, au sujet de vos différends » (S5 V48)

Quant au Prophète Mohammad (p.s.s.l), tout au long de sa vie, il a adopté un


comportement exemplaire vis-à-vis des non-musulmans. Autour du Prophète
Mohammad (p.s.s.l), personne ne souffrait de sa couleur, de son appartenance sociale,
religieuse ou politique. Le Prophète (p.s.s.l) a reçu dans la mosquée de Médine les
Chrétiens de Najran et les logea dans les appartements avoisinant la mosquée bénie. Il les
honora en leur servant à manger lui-même et lorsqu’ils cherchèrent un lieu pour prier, le
Prophète (p.s.s.l) leur offrit le sanctuaire de sa mosquée. Il priait dans cette même
mosquée et il n’y a pas eu de conversion. Ils étaient tous venus en tant que frères

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croyant demander au Prophète (p.s..sl) le contenu de son message. Il y avait
autour du Prophète (p.s.s.l) le prototype de chaque race, de chaque culture. Bilaal était un
Abyséen, Salmaan un Persan, Abdullah bin Salaam un Juif, Haroon un occidental.

Quand les musulmans étaient persecutés en masse à la Mecque à l’aube de l’Islam, Dieu
inspira le Prophète (p.s.s.l) de les envoyer se réfugier en Abyssinie, pays chrétien régi par
le roi Négus. Celui-ci accueillit les musulmans à bras ouverts et les questionna sur leur
religion. Malgré la pression des Quraiches, le roi Négus refusa de livrer les musulmans.

L’Islam est apparue sur un terrain marqué par une diversité d’origines et de confessions.
Le Prophète (p.s.s.l) a été dans la communauté de Médine le Chef d’état des musulmans,
des chrétiens et des juifs. La constitution de Médine a été rédigée conjointement par les
représentants de trois grandes religions. Elle déclare que chaque communauté jouira de
la liberté de conscience et de la tolérance réciproque. Les juifs auront leur religion tout
comme les musulmans. La tolérance réciproque impliquera pour chacun, non seulement
la liberté quant au respect des dogmes et de la pratique du culte, mais également la liberté
d’obéir aux lois de la communauté à laquelle il appartient : les juifs seront jugés par la loi
juive, les chrétiens par la loi chrétienne...

En effet, le Prophète (p.s.s.l) a établi le droit de culte même à ceux qui suivent d’autres
religions; bien plus il demande aux musulmans de défendre et de garantir ce droit. Car
l’Islam est un système universel de liberté qui permet à tout le monde de vivre en société
en jouissant des libertés religieuses dans une égalité parfaite. Il accordait aux non-
musulmans leurs coutumes, moeurs et individualités. Au nom de la justice, le Prophète
(p.s.s.l) a donné gain de cause à un juif face à un musulman qui était dans l’erreur. Dans
l’application des lois islamique, le Prophète (p.s.s.l) ne faisait pas de discrimination.
Ainsi, il déclara, durant ces derniers jours : « Observez scrupuleusement la protection
donnée par moi aux sujets non-musulmans » Il alla même jusqu’à dire « si quelqu’un
opprime des sujets non-musulmans, je serai avocat, au Jour de la Résurrection, contre
l’oppresseur musulman ». Le comportement d’un musulman doit être tel qu’un non-
musulman doit se sentir en securité en sa compagnie tel que l’a assuré le Prophète (p.s.s.l)

L’état islamique, après la mort du Prophète (p.s.s.l), et au cours de toutes ses époques,
suivait la même politique tolérante durant le règne des quatre califes et de leurs
successeurs. Dans un discours prononcé devant l’armée musulmane en Syrie, le premier
Calife de l’Islam, Abu Bakr disait : « Si vous croisez des hommes qui prient, laissez les
faire leur prière ». Omar Ibn Al-Khattab, le deuxième calife promit au peuple de
Jérusalem la sécurité totale de leurs âmes, propriétés, croyances et églises. Il ordonna
qu’on ne loge pas dans les églises ni qu’on en diminue le nombre. Les chrétiens ne sont
pas obligés de renoncer leur religion. La bonté, les bons traitements envers les adeptes
des livres sacrés ont duré tout au long de son règne. A la veille de sa mort, Omar
demanda qu’on s’occupât des non-musulmans. Il dit : « Je conseille au Calife qui me
succédera de bien traiter les non-musulmans, de les ménager en temps de guerre et de ne
pas leur demander plus qu’ils ne peuvent donner ». Les non-musulmans furent
également bien traités sous le règne du Calife Osman Ibn Affan et Ali Ibn Abou Taleb.

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Al-Walid Ibn Okba, un des chefs osmanistes en Iraq attribua des pensions mensuelles aux
chrétiens.

Il est bon de souligner que certains postes gouvernementaux étaient confiés à des sujets
non-musulmans à l’époque islamique. Des juifs avaient des charges publiques; Abu
Moussa Al-Ashary, gouverneur de l’Iraq avait un clerc juif. Ibn Sergyon, chrétien, était
le clerc d’Abdel Malek Ibn Marawan. Nasr Ibn Haroun, le Ministre d’Adod Al-Dawlah
était chrétien. Bien d’autres occupaient des postes-clés dans l’État Islamique comme
Thabet Ibn Qurah, le ministre d’Almo’tadid. Jerjees Ibn Bakhtaishoo’e, le médecin
d’Abi Ja’far Al Mansoor était chrétien et Gabriel Ben Bakhtaishoo’e était le médecin de
Haroon Al-Rachid. N’oublions pas que Tareq Aziz, un chrétien avait un poste clé sous le
règne de Saddam Hussein en Iraq.

L’esprit d’indulgennce de l’Islam trouve ses racines dans le Coran car Dieu dit : »Pas de
contrainte en religion » (S 2 V256). Mais, si aujourd’hui les droits des minorité sont
bafoués dans certains pays islamique c’est parce que les enseignements coraniques ont
été ignorés et mis à l’écart. L’ouverture que prêchait le St. Prophète (p..s.s.l) a été mise
au second plan. Une autre image de l’Islam est médiatisée. C’est en fait l’image négative
des actes individuels bien plus que la religion islamique elle-même qui est projetée, ce au
détriment de l’Islam et ses valeurs. Donc, il est devenu impérieux pour chaque
musulman de se faire un devoir de médiatiser autant que possible les vrais messages
originels de l’Islam. C’est de cette façon qu’on pourra s’ouvrir aux autres et nous faire
connaître comme il se doit.

Je voudrai terminer en souhaitant aux Iraqiens un retour en sécurité dans leur pays
d’adoption. Que Dieu les assiste dans leurs démarches et leur permette de retrouver les
membres de leur famille !

Allia Syed Hossen-Gooljar


Responsable
Centre des Dames Mourides (CDM)

cdm_1992@yahoo.com