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l

INOUBLIABLE DIABLE

Il me fascinait tellement qu'à la fin, je regrettais pres-


que de voir Anne lui préférer Gilles. Qui donc?.. Lui ...
le Diable : Jules Berry L.. J'avais seize ans. C'était en
décembre 1942.
Chaque génération, chaque âge a ses idoles. Mon
c idole » d'adolescent des années 40 (nous disions alors,
plus simplement: c mon artiste préféré:.) c'était lui.
Certains de mes camarades admiraient davantage Louis
Jouvet ou Michel Simon, Jean Gabin ou Fernandel, Clark
Gable ou Gary Cooper. D'autres grands comédiens ont
rejoint plus tard Jules Berry dans mon petit firmament.
Mais c'est à lui que je dois la découverte du Septième Art.
Jusqu'en décembre 1942, je n'allais au cinéma que pour le
voir, lui. Peu m'importait le film.
J'ai soudain reçu le choc hallucinant des Visiteurs du
Soir et retenu le nom de Jacques Prévert: une c r6v61ation _
qui justifie bien l'hommage enfin rendu ici à l'inoubliable
acteur.
1 JULES BERRY
JULES BERRY 11
Les personnages diaboliques sont souvent les plus atti-
rants, les plus spectaculaires. Les vieux cinéphiles et autres . ant narines sensuelles, yeux clairs, lèvres minces) au
enragés de cinémathèque se souviennent du petit démon pUlSS
rire ,tour à tour tendre et f"eroce, remontaIt pour 1a
jovial qui, au début de ces années 40, années noires de l'oc- sou
dernière fois sur les planches, a, P a~ls,
. d ans une come,'dOle
cupation nazie, persécutait Pierre Fresnay dans La Main ' tico-démoniaque de Pascal Bastia : Ce Monde n est
poe
as fait pour les Anges, ou, , d e nouveau, 1'1 IncarnaIt
. . 1
e
du Diable. Ce petit bonhomme au ton sarcastique se nom-
mait Pierre Palau et ne manquait pas de vigueur. Puis ce 6iable. Un diable moins virulent que celui des Visiteurs ...
furent Gérard, P~lipe et Michel Sim~n qui se partagè;ent A une époque où la photogénie, la beauté classique
le r.ôle de Mephisto, dans La Beaute du Diable de René étaient jugées indispensables pour certains emplois, Jules
ClaIr et Armand Salacrou. Yves Montand l'incarna ensuite Berry ne semblait guère plus beau que les « idoles » actuel-
au~rès de Michèle Morgan: dans le film Marguerite de la les du public: Jean-Paul Belmondo ou Gérard Depardieu.
Nuit, de Claude Autant-Lara, d'après le roman de Pierre Il a pourtant joué d'innombrables séducteurs. Puis, entre
Mac Orlan, situé à ... Pigalle. Mais le plus grandiose, le plus Dieu et Diable, il a tenu le rôle d'Arsène Lupin et les
tru~~lent, fut certes féblouissant, inquiétant Jules Berry. cinéastes l'ont, peu à peu, spécialisé dans les canailles
Lw .... magnifiques ou dérisisoires, d'abord sympathiques, puis de
c L~ :., cela avait d'abord été, treize ans auparavant, plus en plus féroces, impitoyables. Persécuteur et victime
le r61e-~tre d'une comédie d'Alfred Savoir, précurseur des de René Lefèvre dans Le Crime de Monsieur Lange, en
plus bnllants auteurs d'aujourd'hui. Et déjà, c'était Jules 1935, il doit à Jacques Prévert son premier personnage
B~rry. Non dans le rôle du diable... mais dans celui de diabolique : Lange, au nom transparent, étant évidemment
DIeu .. ; ou d'un malade mental qui se prenait pour « lui ». son adversaire dans cette réalisation de Jean Renoir, que
Peu d acteurs ont ainsi joué Dieu et diable. l'on peut regarder comme le brouillon optimiste du film de
manO:Jrétendait q~'il n'apprenait pas ses rôles ... ou qu'il Marcel Carné : Le Jour se lève, écrit aussi par Jacques

:: q t de mémOIre, parce que le jeu, sur les champs


~s: et ?ans les casino~, d~v~ra,it tous ses loisirs, toutes
,'. tirait qu il ne co~sacr~t ru a 1écran ni à la scène. Il
Prévert, en 1939. La guerre était proche, les personnages
avaient perdu tout espoir. Jules Berry et Jean Gabin en
~ouraient (sur l'écran). Jules Berry manifestait davantage
daDB POurtant bIen : il mettait tous ses personnages d.arrogance et de force. Il était prêt, en 1942, pour « deve-
--le"
-
~he, comme il savait se mettre dans leur peau.
momdre e1fort.
nIr » vraiment un démon d'une vigueur et d'une âpre gaîté,
peu communes .
..,.;.'";," Oui, me rappelait-il, en décembre 1950 quelques .li a continué jusqu'à son décès, à jouer les aventuriers
- avant sa disp " ,
,... "nj.urs tea.u : tion (de l~ scène s~on de nos écrans), déSInvoltes et magiques .
...... ht.ei . . mêmes roles... mllls de façon parfois .Ce personnage de séducteur cynique il eut même la
.... 1\..0. _lISte, parfOIS plus cruelle
- ts 6J.égan; ... plaIsante 0 . '
Ir Il • : hanc~t, : ~ute taill~, sans oesse en mou-
Gan' ccaSlOn de le chanter, dans une comédie de Félix
N dera, filmée par Robert Siodmak en 1932 : Quick.
Oltes, au VIsage énergique (nez otre homme' '. .
s annonçait alosl, de sa voix railleuse et
12 JLLE BERRY
IULES BERRY

rauque, sur des paroles de Bernard Zimmer et une mu,ique 'fin' . . ' un peU "
paraltr31t . Mais les,
cimp1e
de W.-R. Heymann : Une telle de lU~n. b" . Paul Géraldy (son amt
. 1 onnalssalent len. . de
auteurs qUI e cd' . 1) Alfred Savoir, Yves Miran ,ne
Ouvre les yt!Ux, cher public, d 'enfance et con lSCIP e , éd" u'tulées L'HommL IÙ
d 'des corn les ID
Vois: je chante et je ris. lui ont-ils pas onne , des pièces où il entrait cota:me
Joie, Banco, Bluff, Baccara,
Mesdames et messieurs, je suis III! enfant de Paris, chez lui. "
Sous {ail méfiant des flics, Essayons d'en savoir davantage.
Fai grondi st!UI, sans fric.
Mon nom : c'est Quick ...
. .. . . .
~
n
... don ner mon cœur ....
qui VtllS-Je
?

Joli cadeau, pour une enfant.


Approchez, voyons, n'ayez pas pt!Ur :
(Jtuœul on n'en veut plus, on le rend.
POfUVU que vous soyez jolie,
Nous QVons fâge de déraison,
Filbons des folies,
& toutes saisons...
. .. . . .
Btre Mureux pendont quelques heures,
l!tN lleweux. cfest déjà très beau,
Ü leJrtp6 ~ se fanent les fleurs
. , lM c:m,um,...
IUCCtrseDl'S '1 Iean~Paul
Belmondo, Jean-

-* Jean-Pierre Cassel. entre autres, ont sou-


eu deux m.odNes : Jules Berry et Pierre
.....d ua joueur. Aux sens les plus
_ c~ J. ,.. au cartes, jouer aux courses.
.... Jouer, pter. Ne riea preadre au
. .- . . . lia .I.A
2

L'AUDACIEUX VIOLONISTE

Poitiers, en 1883, peut encore être considérée comme


une capitale. Grâce au prestige historique hérité de Charles
Martel, depuis plus de mille ans. Et parce qu'elle com~te
une quarantaine de milliers d'habitants. Mais cette glolre
provinciale ne suffira plus à M. Louis Paufichet, l'actif
quincaillier du Plan de l'Etoile. Son ambition (comme celle
de Rastignac et Rubempré, les bouillants Charentais,
soixante ans auparavant) l'appelle à Paris.
Le couple et ses trois fils habitent pourtant un quartier
admirable : le Plan de l'Etoile. Cet emplacement aujour-
d'hui disparu, ou plutôt métamorphosé, se situe au carre-
four de trois artères, derrière l'église Notre-Dame-La-
Grande, ancienne collégiale dont la façade romane du
XIII" .siècle emplit Poitiers d'orgueil. Le nom de cette place
provlent de la maison du numéro deux : son fronton
comporte une étoile sculptée.
Le petit Jules Paufichet vient de naître en face au
numéro un, le 9 février. Il affirmera plus tard avoir ..:ulà
18 JULES BERRY

JULES BERRY 19
depuis toujours, partout, aimé la musiqu
encore les facilités du phonographe et de la ;·.8.;t ~n ignore
de son solo pour infliger ~.son (p.remier) p~blic u?e :fIroya:
beaucoup plus tard dans l'ère des trans' t . n entrera
settes enregistrées. lS ors et des Cas_
ble cacophonie. Pendant d mtermmables mmutes, 11 n a ce:se
d'accumuler avec délices les fauss~s notes les. plus gnn-
Les enfants bien élevés apprennent 1 . antes. Le chef, lui-même, ne savalt comment mterrompre
pas du tout original. Ce meuble ({ commeel pIano. Ce n'est :ans brutalité ce récital entrepris avec tant de farouche
le salon de chaque appartement Q es autres '> Orne
. J I ' ue va-t-on ense' conviction.
petIt u es ? Pourquoi pas le Violon? Il ,. , Igner au La famille, consternée, s'est crue couverte de honte et
n ' . . n alille guer e h '1
n ~n Joue pas mal, mais n'a qu'un désir . , e~.
A de ridicule. Huit jours durant, Mme Paufichet n'a plus
pense. TI va devoir trouver une . en etre dIS- osé sortir de sa chambre. Elle aurait même refusé de servir
a imaginé chez l'épicier. ruse. Comme celle qu'il un clou à ses clients les plus fidèles.
n se présente, un matin devan 1 L'impitoyable et facétieux petit Jules a gagné : il sera
municipale qui donne cha' d' t e chef de l'Harmonie définitivement débarrassé du violon. li préfère le piano, s'ins-
le kiosque réservé à c' tt que rn:anche, un concert dans talle, d'autorité, devant le clavier et s'y entraîne à sa guise,
_ Je . . e e sympathique tradition. non sans habileté.
d'un ton t~~~p~~tOIOn, lui annonce le jeune ~ virtuose '>, Il profite parfois de sa taille menue et de son agilité
pour se faufiler, sans bourse délier, dans un petit 4: café
- Heureuse initiative l ' , .
autant qu'intrigué par son'~ 1Ul replique le chef: amusé chantant» où l'on entend les rengaines en vogue. Et dans
Notre « prodige p omb. Nous allons t'ecouter... les coulisses, il se mêle tout naturellement aux artistes.
est venu «armé »ù pour prouver qu'il n'exagère pas, Ceux-ci, divertis par leur juvénile admirateur, lui confient
contraint de lui ac~~ d ouvre so~ étui. Le chef se voit volontiers leurs partitions. Ils vont même, une fois, l'auto-
_ Bon d' r er une audIence immédiate: riser à chanter en public. Cela se passera de façon moins
suite. .. accord. Joue nous quelque chose tout de désastreuse que son solo de violon. Ses parents, informés,
se fâcheront de nouveau, évidemment hostiles à ce genre
Iules se débrouille fort b' d'exhibition.
facile, pour débutant et l' b' len. Il. a choisi un morceau
et décide : ' a len appns. Le chef en convient Partout, plus tard, dès qu'il verra un piano, il offrira
Un récital d'une heure, au moins, à son auditoire enchanté ...
- Pour te récomp ,. ou désespéré ... selon l'oreille et les goûts de chacun.
reviens à 5 heures Tu :nser d aVOIr si joliment travaillé,
Evénement in~s érioueras ~~ petit peu en public. . l?ans L'Habit vert, en tout cas, irIcarnant l'exubérant
fierté par Mme Pa:fich~t accue.llll, avec enthousiasme et plamste Parmeline, Jules Berry n'est pas doublé.
sé ~nfant ou ~dulte, .chaque .fois qu'il voudra vraiment
u_
DOuvelle à tous ses vo" '" q~1 S empresse d'annoncer la
. . 10:_

'f
ISIn8 affiIS t )'
COJnpréhensibl'
hat e.
e c lents, avec une émo- duue ses auditeurs, Il s'en tIrera très habilement .
l' E~ l'humiliation du kiosque à musique s'effacera dans
... • pour l'auditoire
- .. rt _ cruelle A-'__ ü' 1
et p us encore pour les Pau- oublI. La famille va quitter Poitiers. Nullement chassée
~Pon'Ie
. petit . provocateur a profité par la honte, mais parce que M. Louis Paufichet préfère
2 rULES BERRY

assurer à Paris l"avenir de ses trois fils. Et parce qu'il . JULES BERRY 21
d'obtenir la place de chef du rayon quincaillerie des gr:~nt
magasins du Printemps, boulevard Haussmann. dg , . . se de' roula " un peu pesamment.
d'eXposItIon t Enfin,
Mme Paufichet soupirera quand même, longtem Une sce~: s'ouvrit violemment. et le herOS gnmP~rué' habillé avec
apres : . ~ une por . erveilleusement
Il était si beau, SI m
,
. d Javel et Beaugrene e
II
ct d que Vaug1rar , .
- Jules a été un enfant remuant, dur à élever... affir. ant de splen eur Ion ue ovation. Berry, magru-
mera-t-elle, en 1935, interrogée par Le Journal de la Femm ~o!IllDuniquèrent da~s .~neLe sJence se rétablit. Mais BerI?'
Et voici Jo, Jules et Marcel inscrits au lycée Louis-le_ e. fique, souri~nt, atten al ~;~issait enchanté... mais ne pa:latt
Grand. Les trois frères sont très unis. Pour l'instant, c'est riait toujours ... Il p . 1 .ours par les quesuons
SOU , depUIS que ques J , '1" t
as Trop occupe, t dD maquillage, 1 naVal
Jo qui influence (un peu) Jules. Jo s'intéresse au dessin. P '. n scène de costumes e ~
Jules aussi. Jo s'orientera vers l'architecture. Jules se de ffilse e , ' d son rôle. > d
blié que d appren re , 'di' sous le pseu 0-
demande si telle est sa propre voie. Il vient de s'attacher, ou tout cas reC1 ve... l
au lycée, à Paul Lefèvre, plus jeune que lui de deux ans. Paul Lefèvre ~,en 'est d'ailleurs à l'occasion de ~
Ils ne suivaient pas les mêmes cours. Paul n'avait nyme de Paul Ger~d~. L'Homme de Joie, par s?n ~
:=
création de sa comedie . l'auteur s'est confié a Pans-
jamais remarqué le turbulent Jules, jusqu'au jour où ... (Mais
voici le récit de Paul, confié à Paris-Soir, le 22 février 1929) :
d'enfanc~ (et d'adolescence~e;~: surtout sa popularité à ~on
Soir. Mats le tendre P~ul M . L'un de ces textes: ct BaIsse
, es' TOI et 01.
recueil de poe~.
c '" Après la classe, dans une rue peu passante où nous .
, lusieurs générations de jeunes
jouions à la balle, un étrange garçon se mit devant moi, sur un peu l'abat-jour » a e~u p
les mains, balança un instant ses pieds à la hauteur de mon filles et de mères de famille. 'au lycée le virus du
visage, se rétablit d'un coup de reins ... C'est ainsi que j'ai Jules a-t-il également attrape
connu (le futur) Jules Berry... à l'âge où je dévorais Hugo et théâtre? , . r d'un instrument de musi-
OÙ Richepin me paraissait un grand poète. De toute façon, il heslt~. Joue d Mais jouer au théâ-
c n ne parlait que de théâtre. Il m'enchanta. Cet Arle- , ' b ' en vu .. bien enten u. . ., 1
que, c est tres 1 . • t d'étudier une acuv1te p us
quin. évidemment, ne rêvait que de rôles romantiques... » tre, c'est autre chose. Il conV1en pIe comme Jo. Tel
' .
ct serIeuse ».
L' h'tecture
arc l par exem ,
'nformer '"
Il obéit
Les pièces classiques figurant au programme scolaire ne ,

les pauioonent pas toujours. Alors ... on se met au travail. est le vœu de leurs parents. Jules, va CS ymmco a' l'ép'oque de
.. pensee 0 e
Par défi ? Par jeu ? Il va en résulter un acte en vers : Le toujours. Non sans arnere- " r ensuite à bifurquer.
Biniou. Il ne reste qu'à le mettre en scène. d . Ion pour se prepare , , ,
ses cours e VIO, "f t d'ailleurs autorise Jo,
c On répéta vaguement, dans un préau d'école, poursuit Les Paufichet, compréhen.s1 s, on B x-Arts Preuve de
• ,. nscnre aux eau .
Paul, daas PtITÎs-Soir. puis Jules et Marce1 a SI fI as d'une répu-
.,. . tte école ne sou re p
Le jour de la représentation, tout Vaugirard emplis-
c hberahsme, pUisque. ce . il faut aller jusqu'au bout :
tation trop conformiste. Mats , . Les parents
. . la .... n était même venu des gens de Javel et de
1::) WI1", .. On frappa les trois coups. On leva Je rideau.
·
devenir un arch Itecte, co mme on 1 a promIs. sera exaucé n
n'auront pas à se plaindre de Jo. Leur vœu .
--., JULES BERRY

ml bur~- d'études, rue Huy.smans. Il se mariera


cW.:x ezJants.
lF..am a I!:..~ son mdécisIon ne l'a pas encore "
S .....; G"~ L mm- . leP .G rand •" "
l i aune toujours le dessin
qUItté
_..
e.s Bez..:x·A"~5 Idu molns ceux·là) ne Je tentent pl ,malS
c-' II ._", ~_ • , us telle,
'-~ '-' ... - ~",.=, comme oeaucoup d adolescpnts U f
:!Se """'\'5::;' d . ~ , ne orte
- ..........."'ltI!le_. et emande a entrer au petit &ém' .'
Ses;;aI"':1IS. ._" f d 1 Inalre.
Or:'-'; M;' - .;~'""; OlS : p.$, ~e sont montrés indulgents.
~ w .~ -~~, On avaIt ele\'é selon des pnn' c'
~ro:;-" ~,..... =t li' Ipes
;:'':_':;,s':;'ci ~ef ~e~ ~e gout et la pratique du jeu
.<- ~~ • Olm.<1 ngueur morale. 3
~~ _",L",. -"';c •
y··.-~.- J-'~ ...., poUTC'.lOJ. pas éveq'ue? P 1-
f »-' "-::, :;e ~:t fi . . our a
O:::x.,. -.L::;' étt.e!. Et Jules ne manque pas d'am-
PARCE QU'IL PLEL-VAIT 1...

Jules Paufichet n'a supporté la discipline du séminajre


que pendant quelques mois. Là n'était ni son < emploi :. ci
son destin. La doctrine religieU5e lui demeurait trop obsrnre.
Le mystère de la divine Trinité le laissait finalement per-
plexe. Et le règlement lui semblait trop exigeant. Bref,
son mysticisme s'est vite évaporé. Tout le monde peut se
tromper,
Enfin résolu (ou résigné) a entrer aux Beaux·Arts, il Y
rejoint ses deux frères, Jo et Marcel.
, Selon une de ses confidences. narrée longtemps après, il
~ est d'abord laissé attirer (bien plus que par l'architectUre)
par la juvénile et jolie fille d'un voisin, précisément acchi-
texte :
- Elle avait des yeux ravissants.
d ~t pui.&q~e ce jeune homme étudie l'architecture, le papa
. e ~it demOISelle consent a rengager. Le "oid, en 1903,
a VIngt ans, commis d'architecte.
JU E_- BERR
L «p an_he >, po ft t. n'
,
n tra\"3.il e . . O;nml- e e le te:: e ..,:. ~n e
er es
,
e~ e-- a O:ltm ent 1: e- TI m'a Il quil fallait e J-

« 'lais il é n_ :: n c",ent' prendre d - 1 0 • se· ur ~ _ p:miicbet pr~t~n , d • Y."V\_ ~ :a p.lrt.. =CL>


~ _
dicuon >. affirm!.'rn a m.re, lor: de -e- Confiden e ~. Julc!'S - • lri Pans, ._ ~_ .. _
dé en 19 ... 1 .
Journal dl' la Femml'. en 19:::, Elle ~'e primera sans r~.
aCCOf ' '. U. é sur .;
nd uit ~t m~me FCl :, • - I.t.il'
œur, bien Ar: il e-t d'. rmaL ::élèbre. Mais elle ne POl!rn " - "ayait en\'o~ ' ou eo .u~~_
te-cte l • n. Et ,..
d' im 1er un regret attendri. Comme .i elle n'avait faro ...uv·. ur"- :unt-~fartl.. t ._ "'_ ~:].
approuYé l'in dépend an:: • rexcentricité de ::00 compone_ - La pluie me ;urpn.... e. c~ . .
ment. -érieusement . . ru e m~• ~'-e - ..~ ~I!!
. ' . en vue ~.
Déja, selon Pa 1 Géraldy (dans l'article de fénier 19_9) : tecteur n ~t~t _ _ _ u. • ue} je e:e
: n porch~ ~tr.Olt. m - - • •
« TI rêvait de se con-acrer au théâtre. II tourmentait on
m~rci de l'ondee.
père, hOIl1Irn! d'ordre t de me ure, qui voulut savoir à • e Je rest3i ::. un b n ID ,ment, hr ~ ~
quoi s'en tenir sur" a \ aieur dramatlque ". Il connaissait -'_:- ~n.
ue rétle..ùon. SOUu=li, J"'un~
" . • - ---
quelqu'un qui touchait de trè près au théâtre. C'était le ;e trouyait ?! côte de ru01. me l~~ ,
secrétaire d'un marchand de lunettes... lequel voulut bien - Al0rs ":... On' audltPnn. r .-
lui donner une lettre de recommandation pour M. Georges e - Auditionner'~ >
Berr", • t,
Il n'y pen_:ut plus. Jep".s : :: '1! ... t ..
Jules Paufichet a raconté, le lendemain, à son copain. avec George B err,._ ~Ll"" in r int.rl
SOn entrevue avec Iïmposant 'SOCiétaire de la Comédie-Fran- ence en un tel e!lJ'L':: ~ ", r
çaise : •
cation. Comme i! -sa~ .lit e ,
c J'arrive chez Georges Berr. On me fait attendre dan question insolite. l'autre, que 1 pl e e ."' .•. ~~;;:u~._
un salon, Je ne m'y connais pas, en salons ... je suis le ~~ ln ista

d'un quincaillier. Je n'ai jamais vu de salons. ~fais si jamals .. - Tu ,ien.· t'nt r t.l ,h::m.-",. , e , •
,.
j'ai un salon, il ne sera pas fait comme ça ... Son interIo 'uteur k 'r,') it-il tm '. , . t il
c Arrivée de M. Georges Berr : pOU\ ait ..etre ::Imt
' ,,Lu ~ ' r ""r;;:
' u ur re IUernl..1Jrer
c - Dites-moi quelque cho e, mon ami ... la scène?! pr': nter. ;:tti n '" d nn<:r l~: . ,..... ".,.
c Je lui récite Une tirade. Il me regarde et me dl~ : le Maitre 'J,,, Plu, ieuL j'une :- n' m\ al t
. c - Eh, bien, voila: vous n'avez ni physique, ni vo~,., la main ou ~ïcnor. i 'nt, pub ntr.u'nt.:
Dl ~t. Vous ne ferez jamais rien au théâtre. Il est inuule
"'militer,
arrogant-; ou f~brile ~. L ,')mml" tudl n-,
minait. d'abord indiîfe 'nt. :: '1\ ' ; ni, n r
C Alors, je suis Parti et je suis rentré chez moi. de affiche. d p nne3U ,un pan 'ar",
k ~ Eh. bien .. , m'a demandé mon père, Que t'a dit
&es Berr 1...
murs :
2b JULES BERRY JULES BERRY 27

s'en est souvenu ; il s'agit d'une extrait de L'Arlésienne,


THÉATRE ANTOINE d'Alphonse Daudet.
ENTRÉE DES ARTISTES Antoine l'engage et lui confie de petits rôles dans les
d pièces de son prochain spectacle ; La Mort du due
Au fait... Pourquoi pas? d~ghien, de Léon Hennique, et Le Perroquet vert, d'Ar-
c - Si je tentais ma chance, moi aussi ? .. » thur Schnitzler (l'auteur de La Ronde).
Et il suivi le flot des candidats. « A la dernière répétition de travail, Antoine, pour des
Le récit de son entrée chez Antoine, il nous l'a conté commodités de mise en scène ou pour gagner du temps,
dans un grand quotidien, VExee/sior, en janvier 1935 ; je ne sais, au lieu de faire répéter les actes dan~ le~r ordre,
« On me happe au passage : un, deux, trois, fait répéter dans un ordre arbItraire : un,
c - Qu'est-ce que vous donnez ?.. Vous avez une trois, deux. »
.• rep
'lique ., ?.... » Mais pour l'instant, notre débutant, un peu trop instable,
Réplique? Encore une expression dont le jeune Paufi- ignore la décision de son patron et metteur en scène :
chet ignore la signification, en 1903. Face aux regards gogue- « Etant du " trois ", je vais tranquillement me prome-
nards ou étonnés, puis grâce à quelques chuchotements ner sur le boulevard. Le " un " terminé, on commence le
in~ul~ents, il parvient vite à déduire qu'il s'agit de savoir " trois ". On me cherche partout ... on ne me trouve pas.
qUI, eventuellement, lui donnerait la réplique. Le régisseur, Antoine, dans une fureur noire, me congédie dès mon
Tune, se dévoue. Heureusement. Car l'impressionnant, retour. »
r,edou.table Antoine s'impatiente. Et une idée surgit dans Son séjour au Théâtre Libre d'André Antoine aura donc
1espnt de Jules Paufichet, une réminiscence du lycée; été court. Mais l'ex-étudiant architecte a désormais résolu-
c - Une scène du Dépit amoureux ... » ment choisi sa voie. Il ne se décourage pas. TI va poser sa
Mais il ne se rappelle guère plus de deux ou trois vers. candidature ailleurs et passer d'autres auditions. Sa mère
~t déjà ... no~ sans audace (puisqu'il a osé monter sur scène, en a aussi gardé le souvenir :
11 veut aller J~squ'au bout) il improvise. ~ Le premier jour où je l'ai YU jouer la comédie, j'avais
. c - MalS enfin L.. se fâche Antoine' mi-scandalisé, apprIS par une indiscrétion, qu'il devait passer une audi-
!Dl-amusé. Vous affabulez!... Sur Molière !..'.Vous ne vous hon. Cachée au fond de la salle, je l'ai entendu avec beau-
~oup d'émotion et de fierté. Alors, nous l'avons laissé prendre
rendez pas compte !... »
1Antoine
'f a quand meme
A devme
" le temperament
, .
de l'lm- ':s leçons chez Féraudy ... qui prétendait qu'il y avait de
1etoffe en lui... »
pu SI candidat. Laissons-le poursuivre son récit :
c - Revenez da h' . 11 Sans doute avait-il accompli quelques progrès. Ou bien
me lance-t-il. ns Ult Jours avec une autre scène »,
. FBéraudy ne partageait-il pas le point de vue de M. Geor-
c Cette fois je pre d ' . ges err.
produit un petit' ff n s une scene abracadabrante, qUI
e et. .. » L.es parents doutent souvent. Mais ni Féraudy ni
An tOIne ' 'd
Le comédien Léon B T , eVI emment, n'avaient eu tort. La preuve ...
e leres, alors débutant, comme lui,
28 JULES BERRY

JULES BERRY 29
Jules va oser se présenter au Conservatoire p
,
Geraldy , '1 e t'emom.
en a ete . . . aul
e Je le revis dans la vieille cour du faubourg POissa _ J'entrai. a, L'A m b''gu à .75 francs par mois, a-t-il pré-
- , . t ' L'Exce/slOr). .,
nière, le jour des examens d'entrée... n . é (dans son ~eci ~ , 't odeste: il apparaissait aupr~~1
e D'une fenêtre du premier étage, l'huissier du direc_ CIS Son rôle, bien s~r, .etal ~arnia surnommée c la trage-

teur lit les noms des candidats retenus pour la seConde de la chanteuse « rea:ls~::s une co~édie intitulée .Gigo./ette,
d'enne de la chanso~ , , ' lique ... mais troIs fOlS de
épreuve. Berry est sur la liste ... C'est son premier succès ... o~ il ne prononçaIt qu une rep
Hâtivement, dans un coin de la cour, il répète sa scène avec
une e Rosine:. de dix-sept ans. C'est une scène du Barbier... suite : d' us avez raison ... Tel Pandore, l'in ou-
Mais la demoiselle frissonne. D'anxiété? Elle prétend - Briga 1er, vo . 'lIe chanson de Gustave
bliable gendarme de la bonne VIel
avoir froid. Cette Rosine, en vérité, souhaite visiblement
être embrassée. Jules, ravi, l'enlace. Et comme rien ne Nadaud.
,-- urtant Il. ne pourra s'empêcher d'improviser b' ...
s'oppose à ce qu'ils répètent leur scène en se promenant, ils Dela, po. ' e Et le public s'en réjouira... len
des gestes, sillon du .text Aussi avouera-t-il, plus tard, avec
sortent de la Cour et, pour se dégourdir les jambes, ils plus que ses partenaires,
remontent le faubourg Poissonnière ... échangeant en jouant
(ou avec sincérité?) de tendres propos. Or, leur tour est malice:
I!: - Oui ce fut un droAle d e four'. ... où tous mes cama-
.
venu. L'ont-ils oublié? On les appelle. Trop loin, hélas, rades me bat~aient froid ... Et n~us fa~:~~/~~g:~~:~e~~~
ils ne peuvent entendre. Quand ils reviennent, euphoriques, importants, mes camarades et mm, e?,
leur tour est, hélas, passé... puisque l'insouciant a préféré, cigarette, sur le trottoir, de~ant le theatr: ..
une fois de plus, un « tour » de promenade, qui lui a joué... « Un jour André Brule passe par la .
un mauvais tour. « - Je d~is quitter Paris ce soir ... Je cherch~ un cama-
e - Aux suivants !... rade, pour me remplacer dans Les deux COl/rt/salles, aux
- Aucune importance ... :. affirment ces victimes d'une Mathurins ;', annonce-t-il.
trop agréable distraction. « Le soir-même, j'endosse toutes les affaires et le costume
d'André Brulé ... :.
Et tous deux, d'après Paul Géraldy, sont repartis gaie-
ment, bras dessus, bras dessous. Là, danger ... Le débutant risque d'y perdre sa person-
nalité :
« J'imitais si bien mon camarade que tout le monde
s'y trompait. Même les gens de théâtre me prenaient pour
*.* lui. A partir de ce moment-là, je fus classé :
Au ~ cents mètres seulement séparaient le Théâtre « Berry? .. Ah !. .. Non ... la doublure de Brulé... :.
....toe:œde l'Ambigu .(salle aujourd'hui détruite... une. de
Berry ?.. .
Le da- à la ~ubliquc:, sur le boulevard Saint-Martm). Oui. Est-ce pour ne pas e compromettre:. sa famille, en
taat a VIte franchi cette COurte distance. ce début de siècle hypocrite et bourgeois, où les parents
ne souhaitaient guère voir leurs enfants grimper sur les
30 JULES BERRY
JULES BERRY 31
planches ... à l'exception de la Comédie-Française? 0
contraire. en hommage à son père, « le Président Be~' al! enthèse : Lucien Brulé, le frère d'André, a été
et en souvenir du fameux duc tant admiré? Jules P ry ) cett~ ~ar 'éral du Théâtre Antoine... quarante ans après
chet veut etre d'eSOfillaIS
A . appel'e Jules B erry. Plus tard aUfi· secre~a~;s g;: Jules Berry sur cette scène. Et Claude Brulé,
. , , pOUr les debdeLU cI'en, a .été l'adaptateur, pour la TV, des aven·
aIler p1us vIte, pour avancer a son rythme, puisqu'il v't ' le fils
toute vitesse, tous ses familiers, ses compagnes, surt~uta tures d'Arsène Lupm.
vont le nommer « By ». '
Jules Berry se montre d'abord enchanté de doubl
*
~dr~ Brulé. Celui-ci est « jeune premier ». Jules Ber~ **
1 adIllire beaucoup. Il applaudit également avec enthou. Berry? La doublure de Brulé ?... . .
siasme, Victor Boucher, l'élégant et affectueux ivrogne gaf. Il ne double André Brulé que rarement: quand CelUI-cI
feur des Vignes du Seigneur. Tous deux se retrouveront
est souffrant. . .
trente ans après, dans la version cinématographique d~ Jules Berry deviendrait volontIers, aUSSI, un second
L'Habit vert.
De Max, le comédien favori, à cette époque-là, du p~bli.c
André Brulé... Victor Boucher ?... de la Maison de Molière. La tragédie le tente. MaIS il
, - J'ai la grandiloquence de l'un et le comique de comprend vite que sa véritable vocation l'o~ente ~ers ~a
1 autr~, affirmera Jules Berry, sans modestie, tout à fait fantaisie et la liberté des Boulevards. li ne Jouera JamaIS
ConSCIent de son propre talent.
un grand classique, hélas. On peut im~~er .quel exub~­
rant Scapin, quel brillant Figaro, quel diabolique Iago Il
aurait incarné.
*
** Bref, pour conquérir Paris, Jules Berry dena passer
par Bruxelles. Nul n'est prophète ... oui. proverbe trop connu.
Autorisons-nous, ici, une parenthèse, concernant le Et confirmé. En attendant, cinq ans s·écoulent.
dou~le personnage d'Arsène Lupin et d'André Brulé. Arsène
Lupm apparut pour la première fois au théâtre en 1908,
~~us les ,tt:~ts d'André Brulé, puis au cinéma en' 1937, par *
mtermediarre de son ancienne « doublure ». **
~s aontd'aill
Brule tenu le même
. rôle
, avec la même e'le'gance . André ..Jules, redevenu Paufichet, doit accomplir son service
réer E t ' eurs lUcarne, en 1938, le premier Vidocq de ~taire. Période certes monotone, sans événement notable.
de an. h Ion peut considérer le célèbre bagnard évadé, NI re~enu. Si notre acteur improvise, il u'écrit guère. L'ap-
..:~en~ c ef de la Sûreté nationale comme l'un des ancêtres prentissage des armes ne lui inspirera aucun vaudeville situé
Wlilonques de Lupin M' J l'B .
~ans els
A

davantage de b . " ais u es erry manIfeste peut-etre la lignée de ceux de Courteline ou de Mouezy-Eon.
no qu André Brulé.
;sqU , d'ailleurs, ont tout dit sur l'ambiance et les mœurs
Constatons, en outre, deux hasards, avant de fermer es casernes du début de notre siècle.
/ld.J.S III.Tlr y

11 n quand mérn<.: voulu rC~ler élég'lOl. POur il JVLES 8ERRY 33


ali~faclion , an c10utc l"UI) que pour J'honneur t'C)Pte
régiment. f~l avec; J'un de cs (;(Jpai/1f;, fils de mlnist e ~IO . s~rq cle . Tout comme Frédérick.
l 'ec' ran L
re, Il ~. débuts, devenir q l"ma inera Jacques Prévert, pour es
profité lI'une permI,s Ion
, pour 1><': rendre che7. un tailJ Lemaitre (tel q;:;ir IJul;c; Berry, le volubile, veut parler...
"
de bonnc rcputatlOn, pour lUI' (eman
J cl er li C 1UJ• confection eUr Enfants du Par . )
'
Un unlforrne p 1U~ con f orm<.: " !>es g()uts,
• . ct ~ nCr
a I>a taille "C expn'mer sa verve.
me ur~s... ans, t(~utef()i , en ~nodifler la jOlie teinte Téglc~
menlalre, bleu·horlzon , fI savélIt déjit, comme Jean c.octeau
« ju~qu'ou il pouvait aller trop loin ~. '
En tout cas, on ignore qui a payé la note. Sûrement
pas l'armée, Le ministre, peut·être '1

••'"
Retour au théâtre, Nous étions en 1903. Nous voici en
1908,
Après ses obligations militaires, Jules Berry n'a ces&é
d'obtenir de petits rôles, de L'A mhigu i.t L'A thénée, entre
autres, dans Roger·la·Honte, le mélodrame de Jules Mary,
L'Arlésienne (grâce à qui, naguère, Antoine l'avait engagé)
La Duchesse de.r Folies·Bergeres, de Georges Feydeau ...
Le cinématographe a dou7.e ans. Jules Berry tou~n e son.
premier film : Tirez, ,f'il vous plaÎt ... réalisé par LOUIS Gas •
, Nous ne savons rien de plus de cet improba bI e che'f.
naer,
d'œuvre. Il en tourne un second en J 9 J J : Cromwell, d'Henn
Detfontaines, d'après la pièce de Victor Hugo. LongtempS
apr., en 1928, Marcel L'Herbier l'engagera pour L'A :-gent,
tir, du roman d'Emile Zola, Ce sera tout pour le clOém~
lIlUet ,-- '_.1. én '
' &..W CI&IS>•• tel du '1: muet:. le jugeaient peu photog l
que. lia lui trOUvaient le nez trop long 1 .
MIl- tearet,
Je n'av.'111 pas l'"air d une carte postale ... recon n,.11-11
..

DeVenir acteur, cela ne peut signifier, pour lui, à seS


4

LE TEMPS DE SAVOIR

Reportons-nous en 1908 ... le temps de voir Jules Berry


happé, adopté par la Belgique.
« Après une tournée sans gloire, de province en pro-
vince, a-t-il confié à L'Excelsior, je décidai de partir pour
Bruxelles. »
Et là, il est remarqué par Franz Fonson, qui vient
d'écrire, en collaboration avec Fernand Wicheler, un vaude-
ville bientôt fameux: Le Mariage de Mademoiselle Beu/e-
mans.

cett On prétendra, plus tard ' de façon un peu excessive, que


1" e. œuvre fut, pour Bruxelles, toutes proportions gardées,
equlValent de la trilogie de Marcel Pagnol pour Marseille.
à J ~onson est, en tout cas, le premier auteur qui accorde
à 1~ es ~erry une confiance totale, puisqu'il n'hésite pas
SOUUI. offnr le rôle principal : celui d'Albert Delpierrc, le
pro~U'ant de la demoiselle. Et Jules Berry, à qui l'on ne
Il ne~ Püu.r l'instant, rien de mieux, accepte volontiers.
InPtalt pourtant pas s'expatrier:
JlLE - BERRY
rULES BERRY 37
c rayais cru n'aller à BnL-.;:elle- que pour une qUinz .
., , lilne 19.W) alors officier, le prend à son service.
de jours. J'y IDS reste 5uatorze ans .....>. mande en
On finira par ~rOlre belge ce Pan len d'origine poite_ aile hauffeur. 1 d
co!IllIle c P fichet a cependant 0 e affronter e anger
'IDe. Le sold~t
désID VOaluture coutumière. Téméraire . ou inconscient
.
n a joué Le fariage de Mademoiselle Beulemal/s trois a\'e~ sa , il a sauvé la vie de. 1 un d~ s~s offiCiers.
année de suite. Pui:, dan cette capitale francophone (et à « nsque-t~ut né sous la mitraille. LUl-meme en est
- qu 11 a rame . d
cinquante pour cent francophile). Jules Berry crée une autre blesse,
. ' o
s une egra" ' anure . Et il a reçu la CrOlx
. e guerre.
comédie des mêmes auteur" : La Demoiselle de Magasin. sortI« san
La ouerre, c'est la <>ouerre • . a constate. comme tout
Fonson monte ensuite fœu\Te de Robert de Flers et G.-A. de 0
1 romancier Yve Glbeau.
Caillavet: Miquerte et sa . 1ère. Et il écrit à Robert de Flers le monde, .e un J'eu aurait pu ajouter Jule- Berry.
« Ce n est pas . . 11
pour lui soumettre sa distribution. L'auteur de L'Habit vert . dé'à devait s'y connaitre. Ses pa s:ons ~er ?nne es
lui répond: qw,
furent, J" gene'ral , moins dangereuses.
en ~
maI aus 1 rumeuse .
- Non, pas Jules Berry. ce petit garçon sans talent, Quatre ans de guerre... . .
sans personnalité ... Quatorze ans d ,e.xiI (volontaire et dore) a Bru.~elles .. 1...
Le c petit garçon > ainsi condamné raconte encore, Jules Berry décide que ça lui suffit p?~ olllc~~er es
dans L'Excelsior : suffrages de Paris dans les meilleures condioons ~o Ible.
« A nous deux, maintenant... > se propo e-t-Il. Comme
c Le souyenir de la doublure d'André Brulé restait
dans les esprits des puissants auteurs parisiens... » son père. Et comme Rastignac. .
Fonson a quand même insisté : TI doit reprendre d'abord. avec Hélène Dieudonne. Le
Marioge de Mademoiselle Beulemlll1s. Succes? • bli ge ..TI va
- Berry est un excellent comédien. Vous n'avez pas
jouer ensuite Et Moi, j'te dis qu'elle t'a tait d'rail. de
le droit de le condamner sans l'entendre. Venez ...
Maurice Hennequin et Pierre Veber. au Pa1a~s-Roya1.
c De Flers arrive, me voit, m·entend. Je n'avais pas dit
Or, une douzaine d'année auparavant a debuté Alfred
quinu répliques... le voilà bondissant sur la scène, m'attra·
Savoir, l'auteur le plus brillant de a génération. Jule Be"?,
pant dans ses bras, m'embrassant et me faisant des excuses. >
et lui sont du même âge et ont tout pour 'entendre, ~lUS
Jules Berry jouera également à Bruxelles une comédie
~ Tristan Bernard: Le petit Café, puis Occupe-toi d'1mé: ne le savent pas encore. Il a fallu. en 1920, l'interventIon
d'une femme (qui ne manquait pas de perspicacité) pour les
lie, de Georges Feydeau. Et il reviendra (en tournee) a
Paria, en 1910, puis en 1913, avec Mademoiselle Beulemal1S mettre en présence l'un de l'autre. Mais d'abord un refus :
" La Demoiselle de Magasin. André Luguet a renoncé à créer le rôle principal de la
• :sa 1914, entracte. Jules Berry a trente et un ans. Il n~Uvelle comédie de Savoir... pour ne pas apparaître ur
.m-m pas la convocation. Dès la déclaration de guerre, scene en caleçon détail vestimentaire indi pensable à tout
v d . • J.
• ........ Et M: futur ministre André Maginot (l'inventeur au eville. Et raut"ur embarrasse,' a demandé à Char.._
l ' .. , . F_
.... tant. de la ligno du même nom, .. contournée par l'année Yses (la première épouse de Sacha Guitry ... et bient6t _
IULES BERRY 39
JULES BERRY

huitième Femme de Barbe-Bleue) qui elle vo ct . . é de Monsieur le comte, de Francis de


parenarre,
t' a'1 a pace
l d' Andre Luguet : uraItc °llltne L
pel ance , La Ivr e
- Jules Berry... a-t-elle spontanément rép ct Ain i ~a débuté, en tout cas, une longue, fid èle et aml-.
Croisset.
de l'applaudir, on u. Je viens o~plicité. Alfred Savoir n'a plus cessé d'écrire pour
Alfred Savoir ne ra encore jamais vu' . ca1e c . . t
lui. Et il a joué, rejoué Banco, par. mterrruttence, out au
dans les pièces de ses confrères Après t -t' III en ville ni lon de sa carrière, avec ses partenrures et compagnes suc-
Puisque Charlotte Lysès le sug~ère ou , po~r9uoi pas? a
vite à se présenter. 1:> ... avec autonte. On l'in- ces~ves de Suzy Prim à J osselyne Gaël.
Alfred Savoir, par conséquent. mérite bien quelques
L'insouciant attache-t-il peu d'im t ' paragraphes. Empruntons-les à Henri Jeanson (qui, d'ail-
matité? por ance a cette for-
leurs, écrira aussi certains dialogues de films pour Jules
Voyons dans L'Excelsior .,
il évoque ce souvenir : ' une derruere fois, comment Berry) :
« Alfred Savoir ... c'est Lugné-poe qui le mit au monde
«J" arrIve apres
, une nuit ' du théâtre, en lui jouant sa première pièce (en 1907) : Le
vêtements en désordre S . pas~ee de~ors, pas rasé, les
hurlant: . aVOIr m aperçOlt et se sauve en Troisième Couvert. Elle fut accueillie à coups de sifflets.
Alfred Savoir, mêlé aux spectateurs, siffla plus fort que tous,
. « - Je n'en veux , ' avec une joie féroce et une conviction désintéressée. Tels
smge '.....
I l a sorxante-quÎnze'
. pas .... C est affreux'.... C'est un
furent les débuts du plus plaisant des auteurs déplaisants. :.
Charlotte Lysès ' ans .... »
ap , peut-etre un p d ' Henri Jeanson évoque ensuite « sa ~ guerre :
parence de Jules Berr . eu eçue par la douteuse
« La guerre ... Savoir a horreur de ça... Il a même tel-
par bonheur, ne perd :~maIS certaine de son (bon) choix,
« Attendez' , . son calme : lement horreur de ça qu'il s'engage pour que ça finisse
1 .... replique t li ' plus vite. On lui flanque la Croix de guerre pour lui appren-
répéter. Vous le juge~: e ~ l'auteur effrayé. Lais-
sez-Alfre dre à se faire tuer et la Légion d'honneur pour lui appren-
ed Savoir pe 1 apres. :.
candida , r p exe dre à vivre.
t de Charlotte Lyse's' 'COlnse~t donc à entendre le « La guerre fait une longue, écœurante carrière: quatre
« Et q 1 a a re 'ti·
comme R bue ques minutes apr' pe tion du lendemain. ans. il en revient avec une mentalité d'ancien non combat-
bras et ; ~rts. de FIers à Bruxelies, Scon~lut Jules Berry,
« _ t~ . es, aVOIr tombe dans mes
tant. »
Oui, Alfred Savoir, d'origine polonaise, comme Guil-
vous... ande pardon L. Mais laume Apollinaire (et, longtemps après eux, Roman
c: Ce fut al une autre fois, rasez- Polansky) donnait à ses œuvres un aspect gentiment iro-
q\Il" m ont le miors que ' grace
'
à lu' . nique et cruel qui les élevait bien au-dessus de la moyenne
ceux de Bancoeux du G s, Je crois1, Je
permi' d 1es personnages
de créai des vaudevilles traditionnels. On peut le situer, aujourd'hui,
Lunéville, de i.. arÇon d'Etag' onner ma mesure: entre Georges Feydeau et André Roussin. Les plus grands
Géraldy et Spitzer UI... sans e, de L C comédiens l'ont joué : de Jules Berry à Gérard Phili
Q' Oublier L'H a outurière de
, Ulck, de Gandé omme de joie de (Le Figurant dt' la Galté, au Théâtre Montparnasse ::
ra, BIUft, de Georges
'
43
42 JULES BERRY JULES BERRY

c: Mais c'est moi, ce type-là, dit Berry C' d Gevel à La Renaissance, puis Simone est
fait cette pièce-là, c'est pas p05sible!... . est moi qui ai déra et Cla~'~ves Mirande et Alex Madis aux Capucines.
« Jacques. Chardonne, qui est mon hôt . coTTll1te ça,
a la lecture, nt de plaisir ... bien plus am ~ e~ qUI assiste
. pièces en 1921-
Ces tr~lS f'~rier 1922 à La potinière : Banco, l'aven-
. d Use Je . PUlS, en e qui risque
' tout ce qu "1 '1
1es mmes e Jules Berry que par la pi' ,croIS, par , 'oueur 1 a et meme ce qu 1
A

E . ece ... ture d un ] l'amour du J'eu et pour 1' amour d' une f emme ...
c: t pUIS ... des répétitions laborieuses .
des malheurs. Mais un Berry qui nous a' des difficultés, n'a pas pour
. ne , .
lui semble pas forcement '
mcompatlble. Il ressem-
cœur ... l! fait un effort pour ap rendre PP?rte tout SOn ceqUl Al' .
ble tellement à Jules Berry que son, ro e n ~uralt pu e. e
Atr
rament 1emporte. Il ne peut 'e mpec P • h er ,malS
par-co son tempé_, créé par un autre. Et à la fin de la meme annee Le Bégum,
broder un peu. Son esprit mou e " l, par-la, de
souvent répété a perdu sa fr • h ' deborde ... Le texte, trop de Pierre Wolff.
, alc eur Il faut En 1923, redevenu fidèle à Savoir, il joue La Coutu-
ver la sensibilité qu'l'l le . , pour en retrou- rière de Lunéville au Théâtre du Vaudeville, puis au Théâtre
" ' renouvelle un t t .
M aIs pns de scrupule il s' • ou petit peu ... Fémina (encore deux salles aujourd'hui disparues) et il
c: _ Le texte, no~ de D~ete, attrape la souffleuse :
reprend La huitième Femme ... aux Mathurins.
c J 1 B leu ... En 1924, il reste dans le même théâtre pour créer Ce
u es erry conclut Pa 1Gé
Le public a mis ~uelques te u à r~ldy, est un grand acteur. que Femme veut, puis une comédie d'André Birabeau :
c Il a fallu Made . m//ps s en apercevoir... Le Chemin des Ecoliers, avant La Grande Duchesse et le
d . mO/se e Beul .
~gne accepter ce Pari . emans pour que Pans
Figaro, de GavrOChe
prit de Paris ... :t '"
t en dans lequel pétille l'esprit de
a verve populaire française et l'es-
Garçon d'étage (lequel n'est garçon d'étage que provisoire-
ment, on l'aura deviné). Et il reprend Banco, jusqu'au
moment où Régis Gignoux, le chroniqueur enthousiaste lui
propose Le Fruit vert aux Variétés.
En 1925, ce sera, sur la même scène, L'Eternel Prin-
temps, de Henri Duvernois et Max Maurey. Puis il ter-
••• minera l'année aux Mathurins, pour jouer Parce que, de
De 1921 a 1933'1 ' Jean Ailey. Il y restera au printemps 1926, pour Monsieur
On
tes PO' urnut, aujourd'hui, 1 va Joue
r p1us de vingt-cinq pièces. de Saint-Obin, d'André Picard et H.M. Harwood.
~~nu Un énorme 'se: ~nclure qu'elles n'ont pas toU- .Il va ensuite à Marseille, pour Ta Bouche, l'opérette
repr~':D~' ti une comédie :p~s J ~gement rapide. A cette écnte par Yves Mirande, Albert WilIemetz et Maurice
B""C'A La on. Et lorsqu'elles salt rarement la centième Yvain. Et il regagne Bruxelles pour une tournée de Simone
_''', a hu','
COItIIII4r 1 leMe FeM~ c d marchaIent
. ~ bien (comme est comme ça. qu'il va rejouer en janvier 1927 à Paris à
4ewt or:ti~ Vie es' belle) lui: B~lTbe-BJeue. Simone (JI c L'Avenue :t. Et en mars, il crée Baccara, de René S;u-
Ce furen~', . s erry les reprenait entre nier, aux Mathurins, puis en octobre La Livrée de Monsieur
~e comte, la comédie de F. de Croisset, à L'Avenue ... où
au ,"-,,, 1llIlSi, tour à t
& _tre Michel L Our, après L ..
, a Maltresse im .0 ~ulttème Femme .. · 11 reste, pour Le Rabatteur, d'Henri Falk.
agmolre. de Félix Gan-
JULES BERRY JULES BERRY
44 45

En mai 1928, il passe à la Madeleine, pour la cOlllé ' ) mains et on m'a dit: .. Vous jouerez le rôle du
de Marcel Achard La Vil' l'st belle, die entre'e~\él1or ... Il nous faut de la fantaisie, voila tout .....
En ] 929, arrive L'Ro111l1le de joie, puis il reprend B premlR 'nhardt est content de moi ?.. Moi, je suis content
' l ' ff MaX . elC'est un metteur en scene " prestigIeux...
.
joue Lui. et Alfred SaVOir UI 0 re en outre un sketch Gllco,,' 'ous nous
crée au music-hall de L'Empire : Che::, les Chiens, qu Il de lUI. ions parfaitement,
. d t 1 é é' ,
pen an es r p tltlons ... avec
~~re n ' .
1930 : il incarne Le Cambrioleur, de Louis Verne '1 'nes avec des gestes ... parce que Je crOIS que les
des sig'" " 'd" "1
pUIS le c1own Q'k
, wc -, lH ' interprètes qui tradu~salent ses ln Ic~tJons, s Ids ne cOI~pre-
1931 : Bluff, , t pas le françaIs, ne comprenaIent pas u tout 1aBe-
nal en
1932 : il joue Cabrioles, de Roger-Ferdinand, et Maria roand. » , .
d'Alfred Savoir. ' Et comme son mterlocuteur lUI demande :
Enfin, en 1933, il apparaît au Théâtre Pigalle, dans « _ Cela vous amuse, de jouer l'opérette?
l'opérette composée par Johann Strauss, tirée du Réveillon « _ Pas encore, mais je pense que ça viendra. ,
de Meilhac et Halevy : La Chauve-Souris, sous la directio~ La Chauve-Souris aura été certes une exception, le long
de l'illustre metteur en scène allemand Max Reinhardt. de sa carrière,
Les critiques et chroniqueurs, d'abord sceptiques, peu Son véritable univers, outre les courses et les cartes,
habitués au mélange des genres, en sont les premiers sur· c'est celui d'Alfred Savoir. En souvenir de ses premiers
pris. L'un d'eux constate : succès en Belgique, il a, naguère, adopté deux griffons
. «Max Reinhardt a fait appel à Berry pour l'interpréta- bruxellois ... et a baptisé l'un « Banco > et l'autre « La-
tIOn de l'opérette qu'il doit monter au Théâtre Pigalle. huitième-Femme-de-Barbe-Bleue ».
« Mais Berry hésite. Se faire entendre aux côtés de On le remarque, parfois (avec eux) à la terrasse d'une
Mme Lotte Schone n'est pas une entreprise sans périls. D'au- brasserie des boulevards, non loin du théâtre où il joue.
tant que, lorsqu'il considère la partition, il aperçoit certains Les passants, qu'il contemple en dégustant son porto, sont,
sommets qui lui donnent le vertige ... pour lui (comme pour beaucoup d'auteurs et d'acteurs) un
. «Mais, dit-il, je n'y comprends rien! ... J'ai beau leur vivant et vaste champ d'observation, Mais quelqu'un s'ap-
dire qu~ je ne suis pas un chanteur, ils trouvent ça très bien proche. Un débiteur? Il sourit. Un créancier? Il change
et plus Je chante mal, plus ils rigolent... » de table. Un directeur de théâtre? Il consent à discuter. Un
Un autre affirme : au.teur ? Il glisse nonchalamment dans une poche le manus-
de c Son art magnifique, lorsqu'il chante l'opérette, c'est cnt que celui-ci vient de lui tendre. Puis il rentre au théâtre

:m ti:~Pas chanter. Il met d'ailleurs, à escamoter cette ...


il fficulté, tout le brio, tout l'entrain l'allègre fantaisie
est coutumier... » '
et regagne sa loge ... où le rejoint un bookmaker, qui lui
propose avec une certitude plus ou moins simulée le
4: .gagnant » du lendemain. Mais Jules Berry, à tort ou
c Pour tout d raISon, préfère se fier à son intuition personnelle et à sa pro-
Mu Rrinb'rdt m~ou~ avouer, confie Jules Berry, qua~ pre ex ' .
j'ai cru 'il a . mandé de jouer La Chauve-Solins, pe~le~ce des champs de courses.
qu se foutait de moi. On m'a mis une partition A mlOult, après le théâtre, il se dirige vers son cercle.
4 JULES BERRY

JULES BERRY 47
Lorsque le jour se lève (non, nous n'en somm
encore au film de Prévert et Camé) Jules Berry, absor~s, Pas ,. très sûr, au service d'un tempérament,
n metter
le jeu, se trouve toujours devant le tapis vert. II ren~r~:r Poss éder U re de th'âtre exceptionnelle. C' est 1e mel'11eur
chez lui un peu plus tard. a e l ' .
d'Une natu'est aUSSI, le plus difficile, c'est ce Ul que Je recom-
- Je prends la vie comme elle vient, affirme-t_il. Système, c
Mais la plupart des comédies de ces années-là, luI ande. uvoir s'en 'servir, il faut d'abord tra-
!Il .. , f ' pour po 'h'" l'
Berry ne s'est pas contente'de 1es Jouer,
. avec sa fantaisiees « lYJ.als up 'ensUi'te ne pas fme de , t eatre SIon
l'11er beau co , Or au)' ourd'hUl, on ne veut plus
son brio, ses improvisations. Il en a aussi assumé la mise e~ va d é pour ça..., '"
scène. Cela prouve qu'il a su y mettre toute la rigueur néces- n'est .pas 1 etoutout 1e monde se croit du geme... c est pour
saire. En véritable homme de théâtre et non en amuseur travaü er ds comédiens sont rares.
superficiel. cela que les gr~n être le personnage, c'est tout.
« pour mOl, ' à la sec ond e ou' l'on monte sur le , plateau ,
En mars 1927, au moment de mettre en scène et de
«POUVOlf'A
' 'ter etre ans a d 1 peau du rôle et
" de la sltuatlOn,
créer Baccara, il a exposé son point de vue dans le grand Pour repe,
quotidien Paris-Soir. t de la réussite au theatre.
l and secre , "t
c'est e gr en situation chaque fois que Ion ,repe e,
Plus de soixante ans après, son article, intitulé « Jouer « Se . rem~ttre
r a ne faIre' qu'un avec le personnage,, a force '
la Comédie >, mérite certes encore d'être édité, voire médité. pour arnve. 'l' ui compte et le reste n est nen,
d" vec lUi VOl a ce q d
etre a ,' " 'e t le métier s'appren .
« Jouer la comédie n'est pas une chose aussi facile que car c'est affaIre ~e .metle~a enser après qu'elle est dite à
l'imaginent les couturiers. « Diœ une rep~lque, r Pet arce qu'ils 'Suggèrent un
« C'est comme faire une robe : n'est-ce pas, Poiret 1 ... cause des mots q~, sont ,a les ~it en même temps qu'au
tout ça, c'est difficile ... sentiment au. comedIen qUi , la affe, c'est trop tard ...
c Il y a deux systèmes pour jouer la comédie : avoir un spectateur qUi les entend, ça, c est g 1 t un senti-
métier extraordinaire et ne se servir que de son métier « Penser, ressentir violemment,. tot~ em:~ 'rès comme
pour exprimer des sentiments à l'aide de grimaces, contor- ment d'abord et que les mots ne sment la qu p , age
' , .
le résultat sonore des vlbratlOns mteneu , ' ,. res du personn ,
sions, gesticulations de tous genres, c'est inépuisable, géné-
ralement propre et bien fait... ou bien avoir une nature, un là est la vérité la seule vérité au théâtre. 'b u si
igstjnct, le don ou le génie, quand cela se trouve, de mani- « Et c'est 'pour cela que les mo t s, le texte . " SI. ea, .
,
lmportant soit-il, doit passer apres , l' em~
' fI. on mteneuret gagneqUl, le
'7'1 il des impressions intérieures par le seul fait qu'on est
d la
.zN peau d'un personnage et c'est très limité, très seule, suggère, qui, seule, est commulllcatlve e
spectateur, ce qui est le but, après tout. . , . ur d'un
7 Ife, parfois magnifique et parfois complètement raté.
e Epfio, il y a un troisième système, qui consiste à « Sans quoi, un beau phonograph e à l'mtene
mannequin serait encore mieux. . d les plus
n ~ ~ .Idon...
0&",2.. • -
COIIten!.porajna. le couturier-dkoraleur le
lMeutif du J'I'eIIIier tien de c:e _le.
« Hélas !. .. il Y a tant de mannequlDs et ans
grandes maisons !... . ont la
« Certains comédiens, je ne parle pas pour mOl,
48 JULES BERRY
JULES BERRY 49

mauvaise réputation de ne pas dire le texte et font tre ément de tous vos gestes, votre attitude, votre
les auteurs susceptibles. Ils connaissent cependant Un lll.bl er "l'Vre spontanœl'l et dire tout de même le texte, n'hésitez
, '. votre .. , . .
que certains autres, plus exacts, ne connaltront iarnsUccè
. S vl sage,. orome mOl ... dites-le ... ,.
parce que ceux-là disent des mots. rien que des mots ats .. : pas .. , faites c
sont des choses mortes, quand la vie n'est pas derrièr~" qUI
« D'ailleurs, M. Lucien Dubech, dans Un récent ~ti' 1
.
de La Revue Un/verse Ile, n ,_.
ecnt-il pas: Ce

« .. M. Copeau 1 tien~ aujo:rrd'.h~ qu~ le, salut est dans le


retour à une forme de 1 art ou ru 1 habIlete de l'auteur n'
le texte n'aient d'importance. Retour provisoire, forme t~m~
\
poraire, administrée au malade comme une sorte de purge
radicale. Cet art qui supprime à la fois le commerce et la
littérature, est-il donc concevable ? .. Mais oui, puisqu'il a
déjà existé, qu'il a joué à l'origine de notre art dramatique
un rôle historique: c'est la comédie improvisée des acteurs
italiens. "
« M. Copeau a raison : c'est vers ce genre de théâtre
que mes goûts, mon instinct et mon amour du théâtre me
portent.
« Mes auteurs vont trembler devant ces déclarations :
qu'ils se rassurent, je joue tout de même le texte, quoiqu'en
pense mon vieil ennemi Tristan Bernard et si je dis autre
chœe, je suis à peu près sûr de ne pas me tromper de beau-
QOUpJ.
c Maintenant, si vous pouvez être le personnage, le

0Ipeau. rappelons-Ie, fut le maître et l'inspirateur d'un qua-


nommé c ~ ~l ~) non moins prestigieux : Gaston B!'t~
'~9SPitoëlfO. et Louis Jou~eL Tous dominèrent .le thféa~t
, PDlSque Jean-LoUIS Barrault et J can Vilar ure

~.. . . . ._~:~ftIDoDte _ loin, la (c mauvaise ~ ? ..) réputation


resptA:ler c à la Iettre ~ le texte de ses aU~i;
_ ,.,...
li... _ -~ PlU ranc:une, müonuc tout comme le public, 1
. • • *tu 'IE r--,. ,
5

L' EXCOMM UNIE

Henri Jeanson nous l'a signalé : c'est Aurélien-Marie


Lugné-Poe, le célèbre théoricien-metteur en scène et fon-
dateur du Théâtre de l'Œuvre qui a révélé Alfred Savoir
(après Ibsen et Strindberg).
Lugné-Poe a aussi reconnu, plus tard, le talent de Jules
Berry. Ce fut dans Comœdia, le 22 octobre 1933, un article
intitulé « Le Comédien ou l'Excommunié :t.
Avant de jouer l'opérette La Chauve-Souris, Jules Berry
avait créé la comédie d'Alfred Savoir Maria, et avait obtenu
u~ accueil critique et public moins chaleureux que d'ha-
bitude.
Ce fut, pour la première fois, presque un échec.
sablJules Ber~, déçu, blessé, déprimé, se crut seul respon-
qU"~ de cet Insuccès relatif. Aussi est-ce presque par défi
an~éea ~onsenti à « s'essayer :t dans l'opérette et, la même:
COnv" a renouer avec le cinéma... « qui parle :., donc lm
olent m'leux qu,au temps du « muet :..
r, Lugné-Poe B, lui-même, été révolté par l'injUltice
52 JULES BERRY
JULES BERRY 53
dont Maria et Jul~s Berry ont été victimes. Voici
extraits de son article : qUelqUes . dehors de la scène, si ce n'est, dit-on, de s'évader
« Je suis peiné que son travail, dans cette Ai . plaiSU', eo. ot. Mais qu'il y aille donc L.. Il n'y pénètre
pas ete, , sou 1"Igne avec p lu s d e t en dresse. Peut-êtaria' 11'ait vers un tnP de chose. Son . etre '
Vivant, 1e mel'11 eur de ce qui
appartenir à .. la coulisse" pour le remarquer... re faUt_il qu'av~C ,peucordé, il l'a laissé sur les planches. En voilà un
1U1·. a ete ac sidère pas le spectac1e meneur. f' . a, son mente.
, .
« L'atmosphère du théâtre serait-elle devenue m . Ul ne dédain
con chez ce bleu d' une quarantame . d' annees.
' .. Sa
Ollls q
pirable ?.. tes_
« A la première répétition, le créateur de Ba
Aucun . " est re1"Igleuse J .,. :!>
panique
La Coutunere ., d e L ' '1
uneVl e, 1 '
arnva, connaissant imnco, de
···· pertur.
bablement son texte. J e ne 1Ul VIS lamaIS de papier
les mams. . P'
UlS, 1'1 l' oubli'
a. ... T ot alement 1... Dès entre'il
entrait en scène, la répétition prenait une allure inco~~
insoupçonnée. Ayant la volonté d'étrangler sa mémoit:'
Berry vivait, virevoltait, se dépouillait, il était un autr;
homme. Il était" en transes" devant le régisseur, les cama-
rades, en prévision de demairl devant le public, il se dépen-
sait à jet continu.
e Depuis bien des années, je n'avais pas rencontré de
si grandes marques de respect pour le public, chez un
comédien ...
cIl" joue le théâtre " et il en crèvera. Sur scène, il
oublie tout de sa vie. Sa dépense physique est émouvante
au plus haut point.
c Quelle satisfaction de m'être trouvé vraiment vis-à-vis
du Co~édien, de l'Excommunié, celui que j'estime au plus
haut pomt, parce qu'il est, hors la scène, déraisonnable.
c .N'est~il pas beau, cet égarement, au milieu d'un m?ode
orgarus~, n admettant rien de pareil, n'en croyant nI ses
yeux ru ses oreilles ? ..
c Ce come'd'len-Ia, , enivré par sa terrible gymnas t'qu e
1. ,
de nerfs, de sauts mortels de joies aussi de sensibilite,
ignorera toul'ours de s, . ' ou de ,devenir fonctIOn . nn;r e.
lDstaller ~
la c P~ur quelle logique, alors, s'use-t-il, s'annihile-t-il d:
iéItte .... Il ne se drogue point, il n'est attiré par aueU 1. lugné.poe le savait-il ~ ... Jules Berry avait alors. déjà cinquante ans.
6

ELLES ET LUI

Blanche Fumoleau fut, après Hélène Dieudonné, puis


Charlotte Lysès, l'une des premières partenaires de Jules
Paufichet.
Fumoleau ? .. Paufichet ?... Non: en 1921, on le sait,
elle et lui s'appelaient déjà Gaby Morlay et Jules Berry.
Georges Debot rappelle, dans le livre qu'il a consacré à
Gaby Morlay, du Rire aux Larmes 1 :
, « Simone est comme ça ... Cette pièce dans le vent, très
Osee pour l'époque, a été refusée par une douzaine de direc-
teurs de théâtre. De même, quatre artistes de renom n'ont
pas v~ulu accepter le rôle, en prétendant qu'il ne corres-
ponda~t pas à leur tempérament. Gaby, en revanche, est
:nqUISe par ce personnage féminin, n'hésitant pas à otfrir à
homme tout ce qu'elle a ...
« Le soir de la générale, a rapporté Alex Madis (l'un

- 1. Ed"Ihons France E .
- mplre.
56 JULES BERRY
JULES BERlty 57
des deux auteurs de Simone ... ) au lever du r'd
. ,. " l eau '11 de mettre celle-ci à l'abri de ses fréquentes
jeune actrIce etaIt quasIment mconnue. A Un h' cette faII1l e,
· " e eUre rité d'une écuniaires.
matin, le Tout-P ans saVait qu une grande co ' . du atastrophes p compagne se nomme Yvonne Harnold,
venait de se révéler. llledIenne c En 1920, saI l' La famille Paufichet l'accueille volon-
« Aux côtés de Gaby, reprend Georges D b omme u. . 1
actrice, ~. t rompre, car. .. Jules Berry Joue e vaude-
.
autre acteur VIent aussI. de S'affi rmer. Il se nornme otJ' Un
tiers. MalS Ils von . Rennequin et p'lerre V eb er E t mOt,..,] te
' i l. reste son partenaire et eUles
Berry..Pd en ant des mOlS, il . ville d~ Mat~:/cf:it de l'œil, au Palais-Royal, av~c Victor
tera urnquement les Capucmes parce qu'un autre c qUit- dis qu elle. Palau Jeanne Renouardt et une Jeune pre-
le ree '1ame al'lleurs. Il es~ rempl ace' par André Luguet... ontrat» Boucher, ~lertr~cinq an's : Jane Marken.
"re de vrng ,
Jules Berry et Andre Luguet se sont ainsi, plusie nue M tkén (qui deviendra, longtemps apres - en
f OIS, relayes
. ' pUIsque
. 1e ref US d 'André Luguet a permi Urs Jane 1 a ère un peu replete, " gnsonnante et tr'es d'lab 0-
à Jul~s .BerI?" en ~920, d'.incarner ,Barbe-Bleue... ou Plutô~ 1950 d-S.~ :ne Signoret dans Manèges, de Jacques Sigurd
un milliardaIre maIntes fOlS divorce. Tous deux ont ensuite lique e l m ' , d t f rt
. Y Allégret) se montre alors, on s en ou e, 0
alterné auprès de Simone-Gaby. et v e s , . 'bl' h
séduisante. Jules Berry ne reste pas lDsenSI e a son carme.
Barbe-Bleue, Simone... et la suite nous amènent tout La preuve: Jane Marken l'a ra~onté. .
naturellement à évoquer les partenaires de Jules Berry ... qui La jeune actrice a la surpnse de VOIr entrer dans sa
furent parfois ses compagnes. loge, un soir, après la représent~tion, un solennel ~spagnol
< li aimait beaucoup de daInes... et celles-ci le lui ren- en livrée de chauffeur, venu lUI annoncer avec 1 emphase
daient avec usure et immodérément, racontera Renée Saint- exigée par sa tenue :
Cyr, pluB tard. Il a été passionnant, mais pas de tout repos, - La voiture de Madame est en bas.
pour lçs femmes qui l'ont aimé. » S'agit-il d'un canular imaginé par quelque envieux ... ou
Renée S~int-Cyr en parle avec beaucoup de tendresse. envieuse? Ou d'un cadeau vraiment offert par quelque
Non sans plaindre celles qui ont succombé à son charme. admirateur
. soupirant inconnu , du baenre «vieux mon-
~lotte Lysès, occupée ailleurs et Gaby Morlay aussi, sieur riche », rentier (comme on en compte encore un petit
n' t" . '
. ~ "té &es partenaIres que sur scène. Mais, comme aU nombre après la Première Guerre mondiale) souhaitarlt
~~ autorisons-nous ici un « flash back ». dé~oser une partie de sa fortune aux pieds d'une belle
SfJ spontançité, ses impulsions ne se manifestent pas artIste?

:u
WlJ1emont dans sa façon de jouer. Au théâtre. Ou aUX
ijq amour également la même fantaisie la même
....Ari~ance l'animent. Voilà pourquoi, peut-être, il ne
co [~ne Marken, stupéfaite et incrédule, veut quand même
« ~ roler cette annonce insolite. Elle va, en effet, retrouver
Sonon. », chauffeur devant une superbe Hispano-Suiza. Et, à
TO""fl"" MS. Cote Jule B " .
Jeune &es pas . f h' (et le ch' s erry ... qUi a gagne cette luxueuse VOiture
mèra.' SIOns, oUdroyantes, sincères, sont ép e- li offre 1aUffeur... ) au baccara, au Cercle de la Michodière.
Probabl e tout. .. et s'offre lui-même à sa partenaire. Eblouie?
Plus tard, lucide, il se juge incapable d'assurer la sécu-
elDent enchantée, comme toutes l~s femmes. par
5 JULES BERRY
JULES BERRY 59
l'allure, la fougue, l'audace de Jules Berry il
sitôt la décision de ne pas refuser une teil~' e ~ ~rend ails. che il a retrouvé, comme éxécutant, auprès
telle aventure. E t ce ne sera pas un feu de eXPènen revan , . d
aill ce, Une Bn le gOU't de la mUSIque et u piano... sinon du
épisode. Jane Marken et Jules Berry demeur~ e, Un bref de Jane,
treize ans. Jusqu'en 1933. rOnt enselllble vl'olon. , mUSI'cl'enne , ainsi que son père et son frère.
t tres
Passe la rancune ... Reste le souvenir d'une . Jane eS , t avec Jules Berry l'appartement du
. . certame f•. troIS occupen (' .
~~oo: ToUS Et c'est avec la famille Krab amsi
evar d Haussemann .
< C'était un prince, un seigneur. On ne parvenait' , boul 1 ère et le frère de Jane) que Jules Berry
se n omment . e P
à se fâcher, lorsqu'il jouait avec votre cœur conunJ<Un lllS . e du plana. Il .
e avec
sa f ortune :), affirmera-t-eile, en hommage à sonanci reJou 'd t en outre une impressionnante co ecuon
Ils passe en " ., L'
compagnon. en . classiques : en tête, Beethoven, SUIVI de lSZt et
de disques . . ;..."
Une liaison de treize ans équivaut à un mariage. Jul ;" enrecistrés par les plus prestlgIeux VlllUoses.
Berry a d 'ailleurs proInlS
. , es de Chop=, b , • ( '1
a Jane de l'épouser. TI est rentré La musique n'est pour Jules Berry qu un Jeu apres es
un soir, dans leur appartement, 50, boulevard Haussmann' tr es) et surtout un fond sonore. Mais pour Jane, ce sera
en lui annonçant : ' un dérivatif. Car ce tyran exclusif, jaloux « macho :), dir'
W
alt-
- Regarde par la fenêtre! ... on aujourd'hui) ne supporte pas de la voir entre les bras
~ vient d'acheter une confortable torpédo, garée en bas d'un autre. Même sur scène. Aussi joue-t-elle peu au théâ-
de l'lmmeuble. tre, pendant leurs treize années de vie comumne.
Répétition de l'histoire de l'Hispano-Suiza ? Oui et non, En compensation, Jules Berry mène presque une vraie
Ne voyons pas là, de la part de Jules Berry, un manque vie de famille, auprès de Jane et de ses quasi-beau-père et
d'imagination : l'Hispano, il a dû la revendre... peu de
temps après l'avoir gagnée. Pour éponger quelque dette
beau·frère.
, ,. Il voit aussi, fréquemment, les Paufichet : sa
DOUvelle. mere, qu Il adore, et ses deux frères Jo l'architecte et
M '"
arcel, qui travaille pour la Société des Glaciers de Paris.
n explique, cette fois, gaiement convaincant : Leur père est d'ece'd'e, Jeune. encore.
- rai acheté la torpédo pour te conduire à la mairie, Jo m ., ,
p'D.œr- nous marier... , ane, pere de deux garçons, partage le goût du jeu
avec Jules' h' .
Mais..• (il Y a toujours un < mais :) ... ) auparavant, !l plus . entage paternel? Aussi se voient-ils d'autant
Souvent Mar 1 . ,.
~ pPtegd contraint de ressortir... seul... appelé à l'exle' plus « r"
alsonnable d
ce, qUOIque celibataire, semble rester le
.
qut par quelque urgente et indispensable corvée. On ne beaucoup 1 h ~ es trOIS. Jules, pour sa part, fréquente
~. CDIJtater sa sincérité, mais... ses impulsions le et casinos e~ c a~ps de courses. Un peu moins les cercles
- Uni bien ce peij a v~e de recluse qu'il impose à Jane mérite
beurea plus tard, la voiture ne lui appartie~t
.. , es~ '::.!':.e.
. : : : ' fi
au jeu. Record battu. Et l'on oublie
0'
1920 t sacrifice .
". 1933 T '
aUra guère été 'he out s achève. Pour Jane, le chiffre 13
En rent ureux.
rant d
ans sa chambre, un soir, Jules Beny
60 JULES BERRY

trouve .ce texte, très bref, épinglé sur son oreiller ·


assez n. :. . < J'ai
Humour amer. Jane, en vérité, ne s'en Va p .
Elle a désormais une rivale plus insupportab~ g!llement.
· C J e, plus .
geante encore que 1e Jeu. omme ane Marken' ex\.
au théâtre, la partenaire habituelle de Jules Berry loue peu
se nonun
Suzy Prim. Et tous deux se rencontrent de plus en pl e
les heures de travail. us entre
Sortie de Jane Marken. Entrée de Suzy Prim C
dans une mIse . en scene.
' MaIS ' ch ez J ules Berry. . OllJ.me
7
Leur liaison, beaucoup plus brève, ne durera que trois
ans.
Elle sera cependant plus mouvementée, plus orageuse LEURS SCENES EN SCENE
avec de retentissants rebondissements sur scène ... et se ter:
minera par l'éternel retour. Non, pas le film de Jean Cac·
teau et Jean Delanoy : le film sans caméra de la vie privée
de Jules Berry. Eternel retour de circonstances plusieurs Certains hommes (la plupart, peut-être) lorsqu'ils chan-
fois vécues par lui: Suzy s'en ira ... comme Jane ... et comme gent de compagne, la choisissent de plus en plus jeune. Tous
s'en était allée Yvonne Harnold ... lorsqu'à son retour, Josse- les ogres préfèrent la chair fraîche. Et pas seulement les
lyne apparaîtra sur le plateau pour lui succéder. ogres. Il y aura certes une grosse différence d'âge entre
Jules Berry et sa dernière compagne. Nous n'en sommes
pas encore là. Mais nous en approchons. En 1933, quin-
quagénaire plus séduisant que jamais, il aime deux femmes
de trente-huit ans. Jane Krab et Suzanne Arduini sont, en
effet, nées en 1895 ... et toujours d'une éclatante beauté. TI
p.artage avec l'une sa vie privée, avec l'autre sa vie profes-
Slo~~el~e. Suzanne Arduini, c'est Suzy Prim.
Ob' S JOuent ensemble depuis 1926 : « Monsieur de Saint-
» (c'est lui) est déjà épris (sur scène) de Suzy Prim ...
q/n 1
1 e retrouv d B ' , de Monsieur
. 1e
COmt e ans anco, sous La lzvree
PUis e, P~ur Quick, La Vie est belle, Un Cambrioleur, etc.
,au clném d •
tation d .a, ans Mon Cœur et ses millions, dans 1 adap-
che (ou ~ QUlck, :trsène Lupin détective, Cargaison blan-
e Chemzn de Rio), 27, nue de la Paix, en 1936...
JULES BERRY
63
62 JULES BERRY

chauffeur noir. Suzy Prim semble


quoiqu'ils aient rompu depuis un an : métier b' duite par un " .
resteront d'ailleurs amis. Copains, dirait-on aUjouO d~ge: Ils elle con
bl aJl '
l'
, cons o ee,
Mais son
. A
amant precise.
hM' ,
Suzy Prim a joué la comédie de Noël Co r hUI, 1 aie raVIe, nous Irons feter ça c ez axun s.
éb a 'Tout à l'heure,
Amants tem'bl es, non avec 1m," maIS avec Andr' ' L
WardL'es - r d que je ressorte ...
Peu importe : les \Tais amants terribles, ce Sont ee ~guet. Il faut d'abo r toujours ... Joueur obstiné, amant inc?ns-
et Jules s'aiment violemment. Sinon tendrement. UX, Suzy Eternel retou, 1 s comme à Jane Marken, un manage
'1 e promet pu, , il' 1. .
Dans quelque autre pièce, au moment où le rid tant, 1 n, 'd' t Un festin bien arrose, vo a un p alSlr
eau iUlUle la . .bl
lève, tous deux achèvent une querelle commencée d se presque euvent se refuser des amants tem es,
t que ne P . 1 d
courant de l,apres-nu
, 'di , C e1a ne gene pas Jules Berry ans ,le
A
c~nere, conscients des réalités .. , et qUI ne sont p us es
neantn OlDS
qu 'il COnsl'd'ere 1e theatre comme le prolongement de PUIS·'
H ,

eaux .
"P" sa Vie J'ouvene f' Jul Be
pnvee. Ulsque sa partenarre et compagne est alor 1 Le festin sera, hélas, pour une autre OIS. es ?y,
même, ici et là, s a , retour avoue qu'il a déjà tout reperdu. Il a meme
a son , . h ff '
Tous deux, stimulés par leur jeu, ou plutôt par une eu le tort, la désinvolture de « paner » son c au eur.
~éri,table colère, s'insultent beaucoup plus que le texte ne Celui-ci, scandalisé, lui intente un procès.
1eXIge. lis se bousculent tellement que le décor en tremble Le jour de l'audience, notre joueur ne disposant plus
au ris~ue de s'écrouler. Et Jules Berry flanque à Suzy un~ d'aucune voiture, se prétend malade. Et il obtient le pri-
telle gifle qu'elle en perd l'équilibre et tombe. vilège d'être conduit en ambulance, pour aller affronter
. ~ ~ublic s'enthousiasme, persuadé que l'action est ses juges,
Jouee (vecue !... ) avec un réalisme hallucinant. Mais sur le Oui, des voitures, luxueuses autant que possible, et avec
~lateau et en coulisse, on s'inquiète. Suzy Prim s'est-elle ou sans cha~ffeur, il en achètera souvent, mais les perdra
evanouie ? Est-elle blessée? Doit-on baisser le rideau? Rem' presque ausSI vite.
bourser le public, pour l'instant subjugué mais tout à l'heure
peut-être déçu et furieux ? '
Suzy p' ,
, nm, actrice avant tout comme son partenaIfe
:!éré" a r~péré assez vite son' équilibre et sa lucidité,
qu elle s est redressée leur querelle simulée autant En 1935 Suz d . .
*
**
que réelle a ' ' , aVec Luguet' J lY Olt louer à Biarritz Les Amants terribles
ment de' resolument repris son cours... au vif soulage· . u es B e r r y ' '
Gran~~ camarades et de la direction du théâtre, aCCOlllpagne L' ' momentanement en vacances les
"'n_ ou ~gneur, pour fêter les réconciliations ou trêves, ChaUffeur e~ d un de ses neveux, c Nana > leur se~ de
moInS brèves J les ' au l i , e secrétair E '
1'-
-'Pifiques S ,u Berry offre touJours des ca e
d aux !vuralllar. D' 1 ~. t tous trois vont s'installer
. urtout . Ses la' . es e prem .
• OUt?) il . 81, par bonheur (malheureUX
eIl tOl1t lSlrs, se préci ite 1er so~r, Jules Berry, profitant de
si pe~ dont il dis: au c~mo et, naturellement, perd
VIent de g
~ f'1WI--.. n agner une forte somme au baccara, OU.
----. va, cette f . 'il Il ose
c "'né • Jane ~__ OlS, lui offrir (comme lorsqu Ils 1ll0nta~:1 demande, le i~~:als. ne se décourage pas pour
...uarken, méthode infaillible) une RO de son cachet e~~, à Suzy de lui confier le
... qu 1 reperd le soir-même. Or,
JULES BERRY 65
JULES BERRY

la rie de représentations se termine. Ils Vo t au Miramar... Tu vois bien que


chambre,
un .ou. a' Blarntz.
. . T ant pIS. . 0 n 1eur aCcordenu reste,r sans dans notre
~arage. pour le « p 1em · d' essence ». E t l' on Va chn cred't1 au sont short..· ,
~ .. 1e pays b asque. Seul' inconvé
aque a,Pres.
' is en . portance.... f
midi, en touristes, VIsIter je SU A ucune lm e deux cents rancs ...
- ~ us reste qu ,
on ne peut s'arrêter nulle part, pour consommer 1 llJ.ent : "Ct il ne nO ffira pour payer 1 essence. :.
- D .
Très bien ,
.... Ça' su
J les Berry. Le temps d' une très
feuille demeurant irrémédiablement vide. ' e POrte.
- e résiste pas a .u Et on parcourt la distance
Cette situation incommode ne peut s'éterniser J On n n acqUlesce. . d
Berry reçoit, par b0 nheur, un t e'legramme
' d'Yves Mir . ules ' hésitation, ° d' saltérer ni absorber la mom re
Il a déjà joué avec succès deux de ses pièces. Mir:~e, ~:~;itz-paris... san:d:: l'i:souciance indispe~sable ,à tou~e
cette fois, le prie de rentrer d'urgence à Paris, pour toum:; urriture. Sans pe l ' Du moins jusqu'au JOur ou, apres
nO U n avec Ul. ffi C si elle
Baccara, avec Marcelle Chantal et Lucien Barroux. Un tel vie en comOl u Prim décide que cela su t. ar ,
Jane Marken, S zy M ken elle a également pleure.
film, avec un tel titre, ne pourrait se dérouler sans Jules . mOle Jane ar , . . 1 te
Berry. a bien n, co . au Miramar de Blarntz, a no
A fait rassurez-vous .
- Parfait... se réjouit-il. Je prends le train et je vous a ete regl"ee. Avec un peu de retard.
, , u,
envoie de quoi payer l'hôtel.
Il a peu de bagages à emporter. Une petite valise lui
suffit. *
**
Il se déplace d'ailleurs toujours les mains dans les
poches. A propos de tournées, Jules Be~ a laissé au Carlton
Lors des tournées, ses costumes sont, en genera , , 1, trans·
, de Cannes un autre genre de souvernr. .
portés par son habilleuse. L'unique petite valise ne cont~en: Suzy Prim et lui jouent la comédie de Marcel Achard .
La Vie est belle. Belle, oui, parce que l'œuvre d'Achard se
que ses affaires de toilette, son linge de corps, che~;:.
et mouchoirs : ces immenses mouchoirs-pochettes, extre montre toujours pleine d'optimisme. Mais Jules Berry
incarne, ici, un clochard. Philosophe et généreux.
ment fins, confectionnés exprès pour lui: 'tre de
Suzy Prim et lui se déplacent, comme d'habitude, avec
c Malgré leur dimension considérable - un me rnes
le dévoué neveu Nana ... que Jules Berry appelle affectue~­
- - ses mouchoirs devaient pouvoir passe: p,a~ ser' sement « P'tit-con », mais qui ne s'en formalise pas et Salt
1Iague&, précisera, plus tard, Iosse1yne Gaël. Et il ~ ~sie et se rendre utile.
- en ville comme au théâtre, au gré de sa fan a
, N'ano a, par exemple, pour mission, de retenir, chaque
fie - jeux de scène. :. t Nano ~~~ h b .
V~ donc la valise rapidement bouclée. Suzy ed'avis: du M: c am res, avec un souper frOId ... au champagne...
Il tmseu leur compagnon à la gare. Il change alors to OS ne s' u~ ~ordon rouge, de préférence. Non, Jules Berry
• '","jon faite, ne nous quittons pas. Rentrons r:nJ.vre Jamais. li boit peu. Mais pas n'importe quoi.
-II. directement à Paris, en voiture. atfaires COUple ~alet de chambre, ce jour-là, ignore l'identité du
objdc1a Suzy, perplexe, toutes mes e la chambre en question. Peu lui importe. Dans
JULES BERRY 67
JULES BERRY

cet hôtel, avec le c train de vie ~ d e ce genre d


'ant même de signer son contrat. Il peut rembourser
ce
Le sont
al f orcément des c gens trè b i ne
~ '. des e client...." et a\
alors la plupart de ses ,dettes.
A l'
exceptl~n.
. d .•
e ses Impots,
eSt~ef ~ans ch~:
v et entre avec tout le re peet néc . gens riche
bre, déserte pour l'instant. Et le voilà la uïl ne paie jamais. C est presque un pnnclpe !
refusant d'en croire se yeux: il a p , rut, Scandalisé
q . '
Contribuables enVIeUX, ne SUivez pas son exemp1e. En
ché' remarque pe d ' 1927, il devait déjà cent mille francs au fisc, lequel ne se
sur un cmtre, de véritable guenl'lles ' n u, accro_
talo saI ~. une \"e t lassait pas de le traquer. Aussi notre joueur a-t-il, cette
.
pan n es, en loque sou le quel e et Un
tiers poussiéreux et diffo~e . - sont posés des SOU- année-là, révolté la presse et rUnion des Artistes en obte-
nant. à son profit exclusif. la recette réalisée au Théâtre
- Comment a-t-on pu accueillir de J'Avenue pour la répétition générale de la pièce d'Henri
demande le valet de chambre ') L C lun tel vagabond, se
Le client a dû, en outre,partir '. ean ar ton est déshonoré 1•'" Falk précisément intitulée Le Rabattellr. (On ne pouvait
1
Ce valet conformi t ' payer .... imaginer un titre plus opportun !)
suré pas ses collègue semie Le très sérieux hebdomadaire Comœdia ra sévèrement
et Ignorant
. f • a h eureusement ras-
ser
ment laissé là sa tenue ck ux ln ormes. Jules Berry a seule- blâmé, sous la plume de Paul Grégorio :
c ... Je croirais commettre une lâcheté, i je ne lui
pour en obtenir le netto a cloc?ard. un peu trop défraîchie,
ment, ne peut pas êtr y ge. ~n client du Carlton, évidem- disais sans ambages la réprobation unanime que ne man-
Et au tWtre rél' e un vrai clochard. Même clandestin quera pas de lui attirer le projet dit ingénieux que quelque -
, egant Jules Be ' . uns de ses amis bien intentionnés san doute, mai aveugles,
costume de clochard co b fT) ne peut porter qu'un
Et Oe valet ... nvena le. nous ont demandé. hier soir. à une heure tardive, de faire
tend'
qu au Casjno de de
chambre
CR choqué l' a-t-I'1 su ?... ) on pre·
' connaître par la voie de Comœdia.
• 1011
. de lUite la Rolls-R
__ nnes ' JuIes Be rry a gagné et perdu c Ce projet con i te à donner. la semaine prochaine et
au se.ul profit de M. Jules Berry la dernière répétition de
pu _ Noir, biaa sûr U oyce. Pas la blanche, conduite
,__ depuis. l ne autre ' p wsque. travall du nouveau pectacle du Théâtre de l'Avenue.
IpfIrteuit paua celle-ci ne lU!. c Certes, si le malheur était venu frapper à la porte
CCIIIIp" RoDa... ongtemps. Jules Berry aimait beau-
de M. Jules Berry, lui enlevant le brillants moyens qu'il
a de gagner sa vie, noUS serions les premien à patronner
une représentation à son ~néfice. Mais nous sommes heu-

.....,."-
reusement bien loin de cette éventualité.
••• c On nous dit que M. Jules Berry est en difficulté avec
-.~Ia - • h;;d le fisc et qu'en sa qualité de contribuable, il doit la coquette

_n. •
~ 1
III_ •

];
• 'Je te manifeste sans cesse, par-
~&:':L:o~r~ . . de prier
~cdtP: ceux qui l'emploient
cp&aacl on l'en
....) •=• _' _l . .•• .vedette . gage pour
un
somme de cent mille fraDCI à IOn percepteur. Ceci
tout au plUi que M. Jules Berry manque de ~=
d'6con~e. On a fait ~e une flcbeule publicité autour
de certa",es de _ prodiplitél. DM Ion, il me parait ...
.....pœs-
le ~IIlCOotest&, demande ible que les directeUR du 1b6ltre de l'Avenue et p
_ t da .
priICS de vues.··
69
Ill\ FS Hl\Uln IUI,ES nBRRY

; . l'ur sail donc aussi ~e montrer prudent.


d •1H mi I-all\ 1 l'Il'111
J adl plr.111 lIl\ 1111' '1'1\ ~ 11 pu,
l . 'It .
1\ Il 1'1111.1' ;\nù 1 Tt ur III1lIH':I\I sIWI'I,ldl' ' IS~I NCan. e )QlO
Restons uu début de~ ann 'e~
é 30
,:. .
rI l'SIIII1:\bl\ dlr\'I1iqlll'ur l'I'IÎt · 11 1l'1 Il la'"p,ngu,' 1 '" pnvée qu" S Identifie le mieux aux
• , ' C'cst d a S nsa VI, " " . .
l'II IIH11\1}ua11 Il d\':-.pril 'l SI' prl'n'Iil '1 • lypocri!u '5 'ltl1'lginés pour lUI par ses auteurs préférés .
~ ln dgak 7... " 1 pour la fourmi, fnel,) lCrsonnago '
~ t~oir Géraldy, Mirande, Gandéra.
ll' .1rl\il de 11~I,nl1s{,. par 1','l1helll' s" l'I"I(I'q , 1 Rdnéc Saint-Cyr S'Cil, souvient ~jcn'lElle .a raconté, dans
{ulm~ ln PI'l':O-'I'), 1 ( "J ul'~ Bu l',' , ~ , lIatt (kjù
,1
."
. .\ ~al('II1l'lIt r 'l' d ' son autobiographil.l Le 7 emps de Vivre , dédiée à son fils, le
pro f eSSl'lIr dl' IIlI'ra 1 : • 1 on li fi SOli
cinéaste Georges Lautner :
« MI'n dler l.rq;pril\ « Nous avons tourné plusieurs films ensemble. Je me
« ~hllh lIn,'IISI'. l\I11n inl1l\\ ntil'n ') "
,', , " r6licill; d'avoir connu Jules Berry comme je l'ai connu. J'ai
ell 1I\l1Il\Sdl' \ ingl-qu,lll\' hl .,. l" ~ \ Il ns slIl\plel110I1I,
cu de lui Je ll1eilleur ... :.
lion, .l'ai paye h ilS ,UI~S. I l II;UIlII' pl'l:.8 d'un mil- 'élait en 1933. La jeune actrice tournait une comé-
ct le lis\,' nussi 011'" t l~ml1 d,1 ans. me voilà lrnnquillc die de Louis V\!rn\!uiJ : Ar/eUe et ses papas, avec Jules
\,n n ~a\t)lI' si J.' ~ . . ' .
de dlmn r III1C dl mi \' " ~ , ' l: Il aV.IlS pus le drOIt
, "l

Berry, Max Dearly (col11édi\!n non moins surprenant) et


à nhm bcndil c ~r.I~~'C;III~11\ ~l' tr~vail pUI\.'lJlcnt pri-
mes amis qu', . g ,l~.l :1 1.\ bICI1\,cllJal1('l' de ceuX de Suzunne Duntès.
1 III I)nl ('u 1ldcI' ,', l ' « Ch!;)l' Berry ... écrit-elle avec tendresse. Il avait reçu
P rsonn Ile c t ' ' C 1 ~ une questIon purement sur le plateau la vi'sit\! de la dam\! de ses pensées ... :.
, qlll ne repardl' qUI' 1\I0i
« est cc qu'un jO\' 1 . " • Il pouvait alors s'agir de Jane Marken ou de Suzy Prim.
devait ct ' 1\ na spllllucl comOle le vôtre se Renée Saint-Cyl' n'a jal11~lis voulu le préciser. Josselyne,
e compr ndre :1\"3• nt l' IIlsCI1I011
. .' de cl'tl\! !cure... » pour sa parI, n'etait pas encore entrée, sinon en scène, du
moins dans la vie privée de Jules Berry. Mais redonnons
la parole à Ren6c Soi nt-Cyr ;
••• . « ... Je constatais qu'en sa présence. il jouait moins
Le product-.. ur~. d e fIlm'
. bien, moins détendu, Lo dome semhluit furieuse et me
c condition de p . ' en. tlllil cas 'Icl'eptent ses confia qu'il était fou de faire tourner cet homme ... qu'il
'. aloment:. N • ,
satisfactIOn, Mais . 1 . on seukmenl pour lui donner se tuait 1... qu'il cut été beaucoup mieux dans un sana.
. . n'entretient ga ement'
mcmc ' S,IIlS. loule
1 parce 'lu'eu x- J'étais atterrée. TUlIt de scènes d'omour, tant de baisers en
50 r pub he.
' Au si 1 l nt' pas de re'1,a t'Ions Idéuks
" avec le l'l'Il- perspectives 1... Tunt de possibilités d'être contaminée.
es agents li r .
tto
p tard pour saisir son en 'h
li I~C arnvent-ils toujours
« Je détC'lite le rhum, mois je m'étais laissée dire qu'il
Le comptable de la ~ et.
venait à bout de tous les microbes, Je m'adonnais donc aux
explique à ces messieurs: mIe, mi-sincère. mi .goguenard, grogs
\' et mon' hahilleuse,
,.. dès que nous attaquions une sc"gne
( (lmour, arrtV81t avec un "norme verre. J'y trempais mes
ce - Nous regrettons de vous déc .
6lm que pour nous remb~ eVolr. M. Berry ne tournLl
doit. urser I~ son unes qu "\1 nous 1 l'Ion ,
71
70 JULES BERRY JULES BERRY
"
l~vres et je m'étonnais: le verre se vida't ' -'" rlait avec lyrisme de la dame de ses pensées. >
dité 1... Parbleu!... C'était Berry qui l'e~ ~vec. U~e rapi_ «Ilmep a
, tié de Renee " Saillt-Cyr pour JI u es Berry ne ses 't
e Pas plus lui que moi n'eûmes de ~ outissalt. . ~ am:ténuée. Elle confiait à Cinévie, en octobre 1946 :
maladie diplomatique n'était qu'une sup ~cr?bes ... Cette j « Jea l'ai vu amoureux, J.,'
a1l1aIS al vu 1es f emmes f 0 Ile.s de lu'1.
adorablement jalouse... inventée pour erc ene de femme s'il a vieilli, il est toujo~rs un en~a~t. TI .a un ~ense
ravissante, mais la jolie dame av 't mb~ paralyser ... idée Travailler avec lm est un ventable Jeu. TI faIt des
t' é ' aI len tort B ta1ent. d' 'è'
oUJours te pour moi un grand enf . t
Il d an .
. erry a choses inattendues, vous ren:oie la b~lle une ~~ re SI
e y a es gens qui ne consentent .a . , amusante. Parfois, on se plamt de lUI, parce qu il n a pas
adultes, j'en fais un tout petit . J maIS a devenir beaucOUP de mémoire. Alors, il invente, il improvise. Cer-
fait partie tout à fait. peu partIe. Berry, lui, en
tains acteurs s'accommodent mal de cela. De temps
~ Il m'est difficile de parler de ce ., . en temps, le metteur en scène s'arrache les cheveux. C'est
passe. Ils ne sont pas morts . ux que J aIme au
ce qui se passa dans Arlette et ses papas.
surpris si je parle de J ule B en mm. Il ne faut pas être « Nous avons inventé des scènes entières. Elles furent
~'accord avec Renée S:.mtry ~u pr~s~nt.... »
ce bvre-ci est également réd' ,Cyr .... ~Olla bIen pourquoi
réussies, car elles étaient ., vraies ". :.
Renée Saint-Cyr poursuit, dans Le Temps de vivre:
sent. Mais citons-la Ige, en majeure partie, au pré-
« Avec Berry, j'ai appris à improviser: excellente école.
e Je ne connais ri:~c~:e, ave~ s~ permission :
J'ai appris à travailler en m'amusant. Je ne lui en serai
de plus désinvolte de plus ~edUlsant, de plus cynique,
jamais assez reconnaissante. Je le suivais, j'improvisais... et
possède l'abattage' Il PI~sd faseIllant que Jules Berry. Il
. posse e ce que ., Il'' 1 • " cette absence de contraintes donnait naissance à des scènes
e Il est aussi rh . Jappe e a grace . pleines de naturel et de gaieté. Mais... il Y avait Max
pour lui ne s'est j~m.me le plus Illconscient. Mon intérêt (Dearly). Très dur d'oreille, il apprenait son texte et celui
trouble ou plus doux a~ ~~sformé en un sentiment plus des autres. Il parvenait ainsi à dissimuler cette infirmité.
vivre ... un merveille' taIt trop passionnant à regarder Jules Berry dévoila ce laborieux subterfuge. Impossible à
c Je n' . . . ux spectacle.
al lamaIS com . Max de le suivre dans ses improvisations. TI se révolta et
vrer, au milieu de t prIS comment il arrivait à manœu- nous découvrîmes ses angoisses... ~
voltige. Je tremblais outes ces dames. C'était de la haute
sans Parfois quand même :
rencontres fâcheuses... :. cesse pour lUl,
' redoutant certaines
« Je suppliais Jules de dire le texte. Je passais des

avec une fraternelle solid . :n


Renée Saint-Cyr se dem da1t .
avec angoisse, presque
drame se produirait, n ant, pendant les répétitions quel
heures avec lui dans sa loge, pour l'obliger à innocuIer ses
répliques dans la tête. Il savait alors ce texte c au rasoir ~.
On descendait sur le plateau et... il racontait tout autre
cel dam on prévu P l ' .
, es (~ane Marken et S ar. e metteur en scène, 51 chose !...
Lune entr81t par une POrt ~ PrIm ? ..) se rencontraient. c Son jeu n'avait jamais l'air d'en être un ... il créait
c n avait vraiment laC, hautre traversait un décor : Il paraissait
. improviser. Toujours.
. En ' fait il impro' .-
VlS8lt
al tout cas, il était sinœre. c ance avec lui. Chaque fois, souvent, Jouant avec un texte qUI devenait du luIes BeI ly.
73
72 JULES BERRY JULES BERRY

Rien ne m'amusait davantage. Mais nos Un auteur lui reprochait de ne pas être fidèle au texte.
'é'f
Duuent t;
pas '
touJours d'accord. metteurs en scène
Jules Berry a riposté : .,.'
c Il voulait me persuader qu'il tra ill' _ Je ne récite pas votre texte, Je 1 mterprete.
que
. ses
. personnages étaient difficiles a' composer
va aIt beaucoup
J ' Selon Bélières, ce n'était pas une boutade:
)am8.1s cru. Berry ne jouait pas la co éd' . e ne l'ai « En dépit de ce qu'on dit souvent, Jules Berry apprenait
Comédie. » m le. Il était la ses textes. On improvise bien mieux sur un texte qu'on
connaît, Mais ses nerfs étaient plus rapides que l'éloquence
et l'entraînaient dans un perpétuel, éblouissant tourbillon.
D'ailleurs, les circonstances rendaient parfois l'improvisa-
*
**
tion nécessaire.
« Jules Berry ne pouvait admettre d'erreur ou de retard
Un soir, exceptionnellement fatigué p ., dans le travail. Un jour, la vedette féminine de la pièce que
tournage (ou une tro 10 . ar une Journee de
courses) craignant .p ngue tenslOn sur le1 champ' de.
Vf8.1IDent de ne pas
nous jouions manqua son entrée ... Nous prenions l'apéritif.
ques essentielles et surtout de se r~ppe. er !es repli- Jules Berry dut commander d'autres tournées... ce qui
pouvoir se rattraper comm ,ma.nquer d msprratlOn pour n'était pas prévu dans la mise en scène ... et improviser toute
cIe par quelque irn' . . e d .habltude, contourner l'obsta- une tirade, jusqu'à l'arrivée de la retardataire. TI était hors
provlsation 11 a p ,. ' de lui et, tout en continuant de jouer, il fit, à mi-voix, à sa
au souffleur (méti b ' ,ar precautlOn, demande
_ Envoyez mer. l 0 seur anonym
' e, d'lsparu d '
epUls): partenaire, entre les répliques (attendues) des reproches
Mais cela, ~t;l fe~ ve~bes... seulement les verbes. véhéments. Si bien qu'au lieu de jouer comme d'habitude, en
S e OlS, n a pu suffire souplesse et sur le ton de la fantaisie, il fit preuve d'une
ans perdre sa désinvoltu . , . fureur si manifeste que le public s'en aperçut. Un spectateur
lumineuse face re, il s est avancé vers la rampe
. ' et précieu
complaIsant au trou du .s" o u eurf fetl 'il a... souffle' au grogna:
E x auxiliarre . . «_ Nous sommes ici pour écouter la pièce et pas une
- nvoyez-moi
compléments. égal ..
ement les sUJets, les adjectifs et les discussion entre les acteurs 1. ..
« Jules Berry, planté au milieu de la scène, s'adressa
.Autre témoignage, donné en . au protestataire :
anus, le comédien Lé ,., maI 1951, par l'un de ses
Jules Berry : on Beheres 1, décédé un an après « _ Monsieur, on ne parle pas de la salle à la scène.
Quand on a une remarque à faire, on vient trouver l'ac-
c Pour ses parten .
miracle. C'était un prod~rr~s, i?uer à ses côtés tenait du teur dans sa loge.
19Ieux J.ailrlssement d'instinct Extrê- « Le spectateur est venu. Jules Berry s'est expliq ,
mement sensible très art' Tout s'est terminé par une tournée générale de champagne.ue.:.
sannages... :. ' l s t e , Il v lValt" '
entièrement . per-
ses

1. c SauveDir de Jules Berry


" émiaoioo ~Ié visée,
. 13 mai 1951.
JULES BERRY JULES BERRY
75

••• CoOlllle
beaucoup de salles de province (à l'aube des
., .... d dé
ées cinquante, avant les pretnl.eres In1tIatiV~S e cen-
l'
n indépendance à l'égard du texte aJ'o t '
- " u ee pa d snaln. u. on théâtrale et de création des MaIsons de la
tr lsa ' . é Il f 11 . . 1
ement a son amour du the âtre Jules Be
tés jusqu'au bout. '
1 ra oxa-
rry es a manifes. Culture) celle-ci n'.é~ait guè~e. eqUlp e. a aIt pUlser e
décor dans le mobilier n:un~clpal. . .
n participait aux Tournées Baret avec un " Jules Berry repéra ainSI une chaIse Incontestablement
~P~~ régisseur sexagénaire, lequel se te:~~erable et bancale. On ne pouvait s'asseoir sans risquer un gag invo-
lisse, mVlSlb~e, mai.s devait _oudain prononcer un . e~ cou- lontaire et incongru. Aussi prévint-il à haute voix le par-
sable et uruque replique : e m spen-
tenaire qui devait s'y installer :
- Monsieur est servi !... _ Attention, mon vieux L .. Tu vas te casser la gueule ...
Jules Berry lui reprocha un soir . li a tout naturellement évité une chute ridicule, qui
demeuré en tenue de yill't ' p~ malice, d'être aurait été désastreuse pour l'ambiance de la pièce... mais
ee sans maquillage .
- Tu compr ds . . n'a pas, un instant, perdu le fil de l'action, puisqu'il vivait
porte du déco . en '. c est tout à fait regrettable. Si la
vent ou r s OU''f~t ~alencontreusement, d'un coup de complètement ce qu'il jouait.
Au cours d'une scène (de théâtre) avec Josselyne Gaël,
que tu n,~arp~uve~qtuue mCIde~t technique, le public verrait
o comme il faut. Jules Berry devait projeter de se suicider et sortir un revol-
Le métIculeux serviteur d u spectacle ne pouvait que ver d'un tiroir. Ce soir-là, hélas, l'accessoiriste avait oublié
s'incliner Les
de disposer l'arme à sa place. Le tiroir vide ... ne dérouta
se.ntation· en . acteurs le virent dès lors, à chaque repré-
, maquill'
ngoureuse tenue pas le candidat au suicide :
nab1ement • de v al et d e chambre et conve- _ li ne me reste plus qu'à mourir d'une crise car-
Le dernier .e pour 1 annonce obligatoire.
SOlT, Jules Berry diaque !... déclara-t-il au public.
par cette parfaite ' cornbl'e autant qu'amuse, e Petite fille, se rappelle Michelle Berry, je l'ai vu et
d6cidé de le réco!~uve de conscience professionnelle, a entendu répéter avec maman. li apprenait ses rôles très
lancé un jovial : nser. li a ouvert la porte et lui a scrupuleusement. Mais mon Dieu ... après ... il vivait l'action.
- M.erci, Firmin , Et s~ un incident survenait sur scène ou sur un plateau
1:-'excellent ré~~ mé"nta.J.t bIen
p'blic:.
. ce remerciement
de cméma, il improvisait, brodait spontanément, selon son
humeur, les imprévus, les aléas des tournées et des tournages.
«, Au cours d'un spectacle auquel j'assistais, assise
~upres de ma grand-mère, aux fauteuils d'orchestre, il m'a
mterpellée, tel un chansonnier :
••• , e - Alors, ma chérie 'l ... Ça va 'l.o. T'es bien instal-
M"tc.beUe Berry a vu Jouer
la la . lee 1... T~ sais, t'as pas été. sage, tout à l'heure...
de sa vie. Elle se sou .p1USleurs
. fois son père vers e Puis, du même élan, il a gaiement félicit6
.rAn:rion. Vient d'une soirée au théâtre mère, pour ses qualités de cordon-bleu, à proposmdau grand-
succu-
6 JULES BERRY
77
JULES BERRY

lent ris-de-veau de son dernier repas et a incité l moins le public : elle


. e étonna beaucoup de femme fatale, vamp
a en déguster, au moins une fois. d'aussi bons ... Pu~:UbUc Partenau: , 'ternel personnage l' pnse' divine {ou sup-
ne pas )ajsse~ ~n (ou sa~ parten~rre. sombr~r dans le :~r son rva1t
nse
. son e
,
M' sous em
ndaine. ~ aIS
.•
nsformait, bien sur,
roi, il a aUSSItot replonge dans l actlOn ... S100n SUr l'eXact' cO rostituee IDO , ature vénale se tra
OU P cette cre . .
posée tell~}talll
réplique attendue. > e
. e miséricordIeuse. . n'ont pu se livrer a
saIIlan ., en tout cas, ils , tre se rat-
en cette Plece, rf' triviales. Peut-e, ?
Dans lles rituelles, pa .00S 'cile pour se defouler .
* leurs . quere lisse~ et a dorm ,
** trapalent- ils en cou :>

En 1929, à La Potinière, Jules Berry, toujours applaudi


pour sa fantaisie et son brio, a ébloui le public plus enCOre
que d'habitude, en créant la comédie d'Alfred Savoir tout
simplement (ou immodestement) intitulée Lui. On n'atten-
. surprenant que la
que aUSSI
dait pas de_ •. lui ... une telle incarnation. Un critique a ainsi En 1930, événement pres uzv invités à jouer e~ Itali
• e,
créati~n de !,ui :;~~~:;e~te~m~, ~ur une toU;:~a~=-
exprimé sa stupéfaction :
c Le viveur, le noceur effréné, " l'homme de joie " qui
à TurtIl, ~an, . ' aux sucees: Banco,.
fit si SOUvent les délices des foules, avait changé sa person- mois (mai-juin) leurs pnnclp . r de Saint-Obm.
nalité habituelle contre celle de ... l'Etre Supréme, Dieu Le t L a Vie est belle et j'yf:onsœu , le couple à cette occa-
Fùs ou plutôt celui qui se croyait tel. eur, ·tali mterroge . de La
Un journaliste 1 en a aris dans les coulisse~ . .
c li faUait tout le talent de Jules Berry pour ne pas sion avant son départ de. Pt m'ontré doublement m~wboetd'
sombrera dans le ridicule. li eut des gestes d'une pureté, ,
Potinière. Et Jules B eIT)'sUn
es Cambrioleur ? .. a-t-il d'a r
d'un cl "5ÎSiÏ5me remarquable. On l'aurait cru sorti d'un - Avez-vous entendu
1abIeau repré&entant la Sainte-Scène. li fut émouvant jus- demandé à son visiteur.
fou -1' , .On
qu'a? fballllcination. . se demandait: est-il Dieu ? .. Est-il - Oui. . Pour b'len apprécier les textes que
......... on n arnVaJ.t pas Cl conclure. - Il faudra revenlf. moÎll5 deux fois.
' .Joue, il
Je . faut ~'entendre au .
and vous Jouerez en Italie, pro-
c Padoii, il avait de, mots et des gestes du plus pur
c Beny ~, de ce Jules Berry gavroche et bambocheur, tel
_ Nous reviendrons qu
.'011 .~ ~ a .croire qu'il doit étre toujours. Alors, l'~' met le journaliste. 1 Italiens ne viennent pas nous en~n-
aéd.,lite dorDlnau, on a.vait de nouveau l'impression d'aVOIr - Je crains que es crois pas qu'on plUSse
. J les Berry. Je ne
JOUI ka yeux un fou éllmable et spirituel dre, lUI avoue u langue que la sienne.
c fi ~aut mieux encore que 58 rép~~tion, pourtant comprendre une autre E Italie tout le monde comprend
........ ~able Lui. dont la déité fut si visible que
Rassurez-voUS. n , . l' ttrart'
le français. Et vous a urez, pour mes compatnotes, a
-
. . illaWii ~ traduire Un formidable credo... > de la nouveauté .
t'etr:r Pnm, par COntrasae avec la SOudaine candeur de
78
JULES BERRY

en .- ali En tout cas ' d


ans l ' des h
a pIre
It en et tout sera arrang' ypothès es , Su .
- Qu'en dites-vous, Suzyep' . zY JOUera
_ Cela' seraIt pour m 1. nm? .
ne pas avoir de ~uccès e: , un~ grande déception
ancêtres étaient Italiens et .yahe. Mon père et ,que de
où je suis allée pOur 1 J ~~ longtemps vécu e tOlUS ses
' a premlere io' à" n talie
- Des quatre i' IS, 1 age de' '"
férez-vous ? p eces que vous jouerez q 1 se~ze ans.
'" ' Ue roI '
_ Cel' e pre-
E Ut de La Vie est belle
- t celui de Monsieur d '.
. - Je ne l'a'Ime pas du e Samt-Obin ?
. '" 8
SIr à J~l~s Berry ... :. tout. Je le joue pour faire pl ai-
. Féhcltons-en les Italiens . .
triotes avec autant d'enth : Ils ont accueilli nos compa- LE CINEMA ET LUI
pays francophones. ouslasme que les spectateurs des

1935 : pour Jules Berry, c'est l'année où il rencontre


J osselyne Gaël... et où il se réconcilie, sans conviction,
avec le cinéma.
Entre le Septième Art et lui, ne naîtra jamais un grand
amour. On peut, sur ce point, le constater: il va se mon-
trer ingrat. Le cinéma lui a donné ses plus beaux rôles. Du
moins de 1935 à 1942. Grâce à Jacques Prévert, Jean
Renoir et Marcel Carné. Le cinéma, en outre, lui a permis
de gagner beaucoup plus d'argent que le théâtre. Ce détail-
là, même s'il s'en moque, le joueur ne peut le dédaigner.
Autre avantage, non moins considérable pour lui : la briè-
veté des séquences, les interruptions de travail, pour les
r~glages et autres ~ervitudes exigées par la technique, le
dispensent de retemr de trop longues tirades. Sa mémoire
ne risque ~lus. de se t~ouver ~n défaut. Oui... mais il ne
peut plus s oHm le débce des Improvisations de la com li
cité avec le public, ni entendre les réaction;, les rires :.;
80 JULES BERRY 81
JULES BERRY

spectateurs ... ce dont souffrent d'ailleurs tous les , ne vogue limitée,


lorsqu'ils tournent un film. , obtenu qu u . , On ne
acteurs, . . Harvey, na. . 'té reproJetè.
et de Lilian ble: il n'a JamaIs e les ossesseurs de
Le stimulant de l'imprévu cède sa place à Une sécu . , seur"que incontestal petite écran. Tous .en;pourtant l'en-
peut-être un peu fade. Non, Jules Berry n'est guère sensi~t
à la magIe. d e l" ecran. e f~OjarnaiS vu ;:sra:nées 30 et ~~ sa;o::Ut de ce volume.
Phonographe de Jules Berry cIte ~ x e'voqué le séducteur
Il va tourner au moins quatre-vingt-dix films en vingt . ent , ait Illieu B
ans. D'abord un par trimestre. Puis onze en 1936. Quatorze reglstrero fession » n aur 'fi' par Jules erry.
en 1938. con rsoDm e Al lus
Aucune « cynique alors pe L'Habit vert, un ro e p .
désinvolte et 'nq ans après, dans virevoltant et varu-
Et il saura donner à la moindre de ses interprétations Il a tenu, Cl. de'voué mais gaffeur" d'Elvire Popesco,
un relief saisissant. Même lorsqu'il ne tiendra pas le rôle
principal, on ne verra plus, soudain, que lui.
.
cOOllque, d'aIID .
. 'ste Parmeline, aupres Parmeline av8.1't
teux : le plaID t de Victor Boucher. 1 Ce fut l'un
Il s'obstine quand même à préférer le théâtre et à en d'André Lefaur e, hUtre par Max Dear y. ût de

~:,b;~I': preférés ,de ;:~,!:;(;~s ~abitu,1s p"s,:a~:


regretter les planches. Car dès 1935, il monte moins sur ' d 'té incarne au t ea S us doute par go
scène. Le cinéma ne cesse plus de le réclamer, de l'acca-
parer. C'est pour lui une industrie alimentaire. Sans plus. la déri:sion, pUlSq~ Il c t rusés, souvent sympathiqou 'justi-
Il s'y soumet sans la joie, l'exaltation qu'il éprouve sur aventuriers aud~cleux ~ jours efficaces, escrocs 'ssaire
scène. Mais le plublic, ne doit pas le deviner. . fois déjà diaboliques, ou li . rs : comme le commI tre-
Selon Michelle Berry, son père n'a jamais aimé se vOIr ciers, cambrioleurs. ou fiks c~;ançais inspirés P~';;o:~e à
Sur l'écran, ni aller contempler d'autres films. Raucourt des preffilers ux en 1936 et
espionnage, Les oup L s entre e , rth
II ne les a quand même pas tous reniés.
Dès 1932, par exemple, il a dû tourner avec plaisir :a abattre en 1937. , ., en 1936 par An dr'e Be .0-
version cinématographique de Quick. Le succès de la come- Le Mort en fuite, realis~ Le Gouriadec, avec un dia-
mieu sur un scénario de LOlC ul film dans lequel Jul~
die de Félix Gandéra au théâtre deux ans auparavant,
attirait les producteurs. C'était d'ailleurs 1'époque du théâtre
logu~ de Carlo Rim, reste le se mais inoffensive... qUl
. . e .,. cocassendamné, au terme d'un
filmé ... dont le principe déplaisait aux critiques, mais re~e­
Beny incarne une VIcum
sauve sa vie et ceIl e d'un, autre. co s angoissant, tou t a utant
vait la faveur du public, fort peu préoccupé par les théOrIes .
suspense réjoUlssan e t t neanmOlD
c puristes :., exclusives, restrictives des cinéphiles. Et qu'un film d'Alfred Hitchcock. . de L'Homme en fuite
,
aujourd'hui encore, en dépit des modes, spectateurs et tél~-
, . le scénarIO .
Détail assez rare . è en 1937 une versIon
apectateurs se régalent sans restriction à la vue de L'HabIt . f' Un an apr s, , Il
a été filmé trOIS OIS. 1 titre de Fausses Nouve es,
vert, comme à celle de la trilogie de Pagnol ; Marius- était réalisée à Londres, so~sCle,,;r avec Maurice Chevalier
Fanny-César. Tel n'est pas le cas de Quick. . r écu pé _
par notre compatn'ote Rene 1954......André
, Berthoffileu
Ce film, probablement mineur, malgré le talent du h an Et en , p'
et .Jack Buc an .
. t pour 0 ru ff' a' Jean Richard et à Roger1 B terre,
..;"taste Robert Siodmak, d'origine allemande, naturalisé raIt , font 1a Paire, les rôles créés par Ju es erry
plas tard américain... et malgré la présence de Pierre Bras- dansson
Lessu]e
Deux
82 JULES BERRY 83
JULES BERRY

et Michel Simon : deux comédiens ratés (en dép't , athétique et pitoyable,


truculence 1. .. la seule . .
mvrrusem bl ance du :film) Idel
qUi ,eur ersonage le ~lus nua;~eèa~née du Mor~ en fuite)
laient le meurtre de l'un d'eux, pour obtenir enfin l sl1lJ.u. son p l'a incarne en 19 sous la directlOn d Abel
es
Jules BerrY Le Voleur de F emn: , Frondaie On y enten-
des jounaux ... dans la rubrique « faits-divers », PUi~ ~~e dev enan t an de PIerre '. ha
n'y parvenaient pas dans le domaine du spectacle. nq Ils en d'après un rom . 1 très mélodramatique c n-
. hard ' tout 1eur talent, n'ont
lgre ~oger Gance, la première fOlS, a t de Saint-leon, reprise
Pierre et Jean RIC , ma dait pour , ette : Mon Aman L film de
effacer le souvenir de leurs deux grandioses prédécesseu~u nnette-valse-mus , . de François Truffaut. e ,
sO L Dernier Metro, . . 'taient très « melo :t.
Michel Simon et Jules Berr~ ~'estimaient à leur iust~ dans e d Frondale aUSSI e
valeur et, sans doute, sympathIsaIent. Mais l'irascible et Gance et le roman e en « voleur de femmes », pas~~r
Et l'on y voit Jules. Berr~, d brillant fanfaron au fugitif
bourru ex-Boudu ne supportait guère les imprévisible fan. , tour avec VIrtuosIte, u
taisies de son coéquipier. Aussi, un jour, s'est-il fâché: tour a , , .
- Je te laisse faire ton numéro, a bougonné Michel lamentable. B ry le plus populaire fut, eVldem-
Mais « le »Jules er . t et triomphant, « trop-
Simon. Quand tu auras fini, tu demanderas au metteur ' olubile insouclan f n
en scène de m'appeler. ment, le h eros v , b 'oleur mais généreux, ro-
.
poli-pour-etre-'honnête» , cam n. d c tout natureIlemen t ,
- Mais pourquoi ? .. s'étonna Jules Berry (sincère ou deur malS . gentl'lhomme " Il devaIt. on,après Monsieur P er-
narquois). Quel numéro ? ..
incarner l'immortel Arsene Lupm ... 1 Allain) et suivi par
- Tu ne dis pas un mot du texte et ce que tu dis sonne (de Christian-Jaque et Marce d'Yves Mirande:
ne correspond pas du tout à ce que j'ai à te dire. Il m'est l'aventurier non moins mondain des film 5
impossible d'enchaîner ... , 1 F d et Paris-New York. .
Derriere Ila aça e . d' t' tiré par Jean Noham
Et Michel Simon lui mit le script sous le nez. Jules A d'A ène Lupm etec Ive, ,
Berry en parut désolé. Michel Simon en tout cas, s'est propos rs. bl c L'Agence Barnett, et rea-
déclaré vainqueur de ce petit conflit. ' du roman de Maurice .Le. an 'Be quelques critiques
lisé en 1937, par Henrt Dlam;n:- ~::;y Ces spectateurs
c La foi.s ~uivante, assura-t-il, Jules Berry savait son se sont déclarés décus pa~ u ~s . . perspicaces mais
texte et le disait sans le modifier. professionnels qui se voulaIent oglques, 1: t
. c Il .prétend.~t, vers 1934 ou 35, rappelait encore n'étaient que' tâtillons, refus~ient d'e~trer d~:s ec~e~ôl:
~chel ~unon: Mon médecin m'a recommandé le grand prétendaient qu'il ne pOUVait nous uper ..:
Iur. Voilà ~ourquoi je fais courir mes chevaux. Ainsi, je comme l,aurai't du' LupI'n ... puisqu'on le reconnaISSait,. .a
peux me sOigner et continuer à jouer !... " A jouer sur les chacune de ses apparitions, en dépit de ses divers dégUI-
champs. de ~urses ~ ... COmme au théâtre et au cinéma ... :t sements. S h G'try
conclwut Michel Sunon. Jules Berry possédait certes, comme ac a w •
comme Raimu, comme Jouvet, comme Fernandel et quel-
ques autres grands acteurs de leur génération, une personna-
••... lité considérable. Mais cela ne peut nous empêcher de
84 JULES BERRY

~ntester le jugement hâtif et dédaigneux d


detracteurs. e ses qUel qUes
Tout le comportement physique t '
'11 1 . 'é 'é
gOUaI e, a Vlvaclt , l'el gance de Jules Be
' oute 1 aIl Ure, la
exactement à la description d'Arsène Lurr~ correspondent
Leblanc. Comme si l'auteur avait copié 1,lllpar MaUrice
admettre également la complicité qui dO'tacteur ,! Il faut
, l se devel
entre l auteur et ses lecteurs, entre l'interpI'e' t t °pper
'b' e e son publi
On salt
l' " len, on devine que tel « nouveau venu » d c,
action est forcement le héros de l'aventure P , ans
uis' . eu lillporte 9
P que son partenaIre, son interlocuteur sa vI'cti'm '
t' 'l'" ' e ou son
Pro ege Ignore, Jusqu'au coup de théâtre final 0
cette convention avec J·oie. Si l'on dl'spose d ' . ~ accepte
f •h ' . u ffilOlillum de LUI EN « PERSONNE > ... VU PAR CHRISTIAN JAQUE
nu~ ~ur necessarre, pour s'inclure dans l'ambiance et y
partiCIper ... de son fauteuil.

Christian-J aque se souvient volontiers de Monsieur


Personne:
« 1935 ... C'était l'époque héroïque. Le cinéma ne .. par-
lait" que depuis cinq ans >, observe-t-il avec nostalgie.
Christian Maudet (devenu Christian-Jaque en hommage
à un ami décédé) avait d'abord été décorateur, affichiste et
même, quelque temps, journaliste, spécialiste du cinéma,
bien sûr, avant de réaliser plusieurs courts-métrages, deux
ou trois vaudevilles et une ou deux comédies policières.
Celui qui nous donnerait, plus tard, quelques-un des meil-
leurs films de Fernandel (François r, Un de la Légion, entre
autres) Les Perles de la Couronne, en collaboration avec
Sacha Guitry, puis Les Disparus de Saint-Agil et L'Enfer
des Anges, La Symphonie Fantastique, avec Jean-Louis
Barrault dans le rôle d'Hector Berlioz, Carmen, avec Viviane
R~man.ce et Jean Marais, Sortilèges, Boule-de-Suij, avec
Micheline Presle, Un revenant, avec Louis Jouvet et F
çois Périer, La Chartrewe de Parme et Fanjan-la-Tu~a;~
87
86 JULES BERRY JULES BERRY

pee Gérard Philipe, etc., n'était encore, en 1935, affinn . B ry transformait rarement cet ultime
, ative) de Jules ;r.
t-il. qu'un apprenti. Du moins comme cinéaste. Il aV~t
trente et un ans. ~~!t en liasses tr~s ~~al~:~ les société!; de produc~on et
e On tournait les films en une douzaine de jours, maxi. c Il ne con~a;ssal 'ni le chef opérateur ni I~ ~égtsseur.
mum .... On poUHÎt considérer Monsieur Personne Comme les studios de cI~en:a,. t au producteur, au caiSSier (po~
une super-production : j'avais exceptionnellement obtenu Ses relations se hID1:alen bien sûr, par nécessité, au réali-
lui demander son du) et,
dix-huit jonrs, pour le tournage de cette aventure policière
à suspense, farfelue et humoristique. sateur. ., éduire Jeanne, sa charmante
e l'avais tourné, deux ans auparavant, un moyen. e Il savait ega~ement \a mission chaque matin, vers
habilleuse ... pour lU! confier . nte ~e francs sur tel
J:OIbtage d'après Marcel Allain, l'un des deux auteurs (avec Il heures, d'aller mettre cmqua t Aussi l'babil-
Y.erre Soavero:e), de F antomas. Et Marcel Allain, satisfait . -cin mille sur tel autre, e~. • .
de ma première, quoique modeste adaptation de l'une de cheval, vmgt q 't-elle jamais a notre dispo-
leuse, trop dévouée, ne se trouvai
tel œuvres. m'avait proposé un autre bCénario, endormi au
sition sur le plateau: t d son cheval préféré.
food de l'un de ses tiroirs : l'histoire de ce gentleman- e Il nous parlait constamme~ ~ ui lui a par-
cambrioleur, MCJ1lSiror Pa onne, évidemment inspiré par C'était alors une jument: c Imperatnce: .. :. qd .lIeurs
Je héros de Maurice Leblanc. e aussi vite per ue al .
fois rapporté beaucoup ... somm . d préten-
e rai pensé a vous et a Jule~ Berry, insi~ta le demi- e Peu m'importe que je gagne ~u que Je per e,
pèu de FanlO1TI4S, avec un enthousiasme communicatif. dait-il, ce qui me fait jouir, c'est le Jeu. . '1 'était
e Tout devait reposer, en effet. sur )Cf> épaules de ce c Quand il quittait le plateau, cha~ue SOir, sin
~, cet homme hou du commun, plein de charme pas attendu au théâtre, il se dirige~it dlr~ct~ment v~rs son
et rlDlO1eoce qu'était Jules Berry. cercle habituel... où il passait la nUit. PUIS,. Il rentraI.t chez
e Lui et moi n'étiona pas vraiment amis ... nous étions lui à l'aube se douchait, se rasait et revenait au st~dio. O~
copaiN cie travaiJ. Il a bien voulu participer a trois de devine dans , ces condJllons,
.. 1 cu ltés 11 dev81t
quelles d'ffi
ilia filma: d'abord ce Monsieur Perfflnne, puis Rigolborhe, éprouver , pour apprendre et reteOlr . ses réJ'~ Iqucs..
Delà,
.
awc 'MjJtinguett. enfin La Symphonie Fanta.ftique. Mai, sans doute, provenait la nécessité de ses .tmprOv18attOD8,
LI cre la moments cie tournage, jJ le tenait tout a fait hors qu'il réussissait spontanément, avec une déslOvolture étour-
. . DOIre métier. Son véritable univer. le .huait au théâtre.
dissante.
Ma • pa.ion, le jeu, l'entrainait lur le. champs de c Dei rhumati8me articulaires, déjà, lui raidiuaient les
~ . . er doigts. Il en jouait cependant. Cela lui donnait une façon
c Ce qu"aJ apprkiait le plus, au cinéma. c'était Je très particulière de tenir .a cigarette et d'agiter Ica maiDl •••
'0*11, orez CODtidhable, qui lui permettait de rifl(juer.
c Sa nouvelle ct dernière compagne, Josselyne Gail,
Ad .. a, de r'-llel fortuDCI... jusqu'à ton demier billet de qui fut déjà, dan. Mons/eur Personn~, sa principale parte-
_ fi F M. Ce rectenp ~ papier devait littéralement jail·
Ir • _ 401.,·de m.pneu pour flamber, car la magie
naire, était une trèll jolie fille, bien en chair, avec une peau
89
ULES BERRY
JULES BER.R.Y J
.' du
sur 1'hippodrome vOlSlD
merveilleuse, des yeux superbes ... Elle se montrait en , . se rendre ,
hésite a d cure.' __.-.....;c-
fort bonne comédienne. ~ , OUtre , . 'a pas a soutane e, ceuX qui le r~uu:-
Dernier détail, à propos de Monsieur Personne' t ~r:IJ1bl~Y"'1::~: ao;u~:ec~~x
surprise
On lrnae.- ar d offusque
qui ne 1'identifi31ent
.
les ext6ri.eurs ont été tourné s 'a An'he . OUs
tl s, dans la propriété et le reg
de l'Aga Khan. saient.· .
pas.
Le charme de Josselyne Gaël envoûtait certes Jules
Berry davantage que les splendeurs environnantes. Mais
hors des heures de tournage, il visitait plutôt les salles des
casinos de Cannes, de Nice et de Monte-Carlo que les
paysages des Alpes-Maritimes. Et si Josselyne s'en plai-
gnait, il affirmait, sincère, n'avoir aucun autre motif que de
la combler de cadeaux... s'il gagnait, bien sûr !

*
**
llené Le&vre qui, en cette même année 1935, incarna
M. Lange, victime puis meurtrier de Jules Berry dans le
. . de Jean Renoir et Jacques Prévert, confirme le point
• vue de Christian-Jaque, mais constate :
c n ne retenait peut~e pas ses répliques, mais il
oatmUait comp1kement ses personnages, d'ailleurs écrits
.... lui. Aulli restait-il toujours Jules Berry, l'empereur
. . Ilurluher1ua.
D ..·.vait qu'une p!"éoccupation : le jeu. Au départ
_cio, il ne conn ais8ait que deux directions : celle des
... " . et celle des casinos. Ou inversement.
IAIn ciel prises de vues du CrlPM tk Monsieur Lange,
'en DUIt, ft • ,",fiU d'un ou deux plans d'ob il ~tait
" . demaader à Jean Renoir de le h"b6rer pendant
..... ft e8t ftMmU l8D8 un BOU. Le portier du studio
. . . . tai.
t d &OUI a'YODI toUl'ft6 lei ext6ieun l BIlghien,
10

... ET PAR LUI-MEME

Mais qui était le vrai Jules Berry? Il convient quand


même de se le demander... sans grand espoir de réponse,
la personnalité de chacun étant multiple... et plus encore
celle d'un comédien. Sans qu'il soit nécessaire d'en cultiver
le paradoxe.
Chaque vedette ayant sa légende, Jules Berry a su, mali-
cieusement, soigner la sienne: celle du joueur qui n'apprend
pas ses textes ou n'en retient que l'essentiel, pour s'exprimer
avec le maximum de sincérité. Quant à son go11t pour
les cartes, il a prétendu n'avoir appris à jouer au baccara
que par conscience professionnelle, pour la pièce et 10 film
portant ce titre :
- Ces cartes que l'on tourne: 8, 9, baccara 1•.. Une
fortune 1... C'est fou 1. ..
Se contredisait-il? Affirmait-il n'importe quoi solo
humeur .et selon le journaliste qui l'interrogeait? Ounbi~on
déformalt-on &es propos? en
Il confiait à Suzy Mathis entre d
, eux sôquoncea de
95
JULES BERRY
JULES BERRY
94
, . Il assimilait complètement ses
rôles, sauf le mien, Cela peut paraître paradOXal ' , tian sans res erve . 4:
cun s'arrange comme il l'entend, n'est-ce pas? 'J~aJ.s cha. adt11l1'a . il' "
ersonnages.:1> , ette catégorie d'acteurs pnv egIes qUl
.
très exactement les répliques de tous mes ca~~ dapprends P APpartenant a c bien entendu, il alterne, acceptant ~ne
gestes, leurs attitudes, les questions qu'ils me p a es, leUrs urnent sans cesse, p ' New York) entre deux roles
, oseront l
réponses qU'lIs me feront. De mon rôle, je ne pren d ,es to (nune dans arlS- ". '
silhouette co, Et l'on comprend qu 11 Jette a
tairement que l'idée générale et c'est au cours d s VOlon. "re lOlportance. '·1
. ' es rép'!, de prenue d'œil sur ces silhouettes fugitives qu 1 va
tions, dans le choc du d1alogue que mon personnag
'fi ' , .
e 1·
e troUVe peine un cou~ 'te' financière pour cause de dettes, parce
,Incarner par. necess 1
sa forme de muve, malS non pas invariable. Peu '
., . , . 1 a peu 1 Y s Mirande ' volent ains1, a, son secours ...
non sans arrière-pensée, peut-être, so~ nom, e~ bonne pace
1arnve
,. a etre e personnage
. lui-même, à le vivre vralIDent '
' que ses amlS, te v e ' 1
p~1sq~e le ne le Joue pas, puisque je ne sais jamais t"
' , ce qu'il va dire ni ce qu'il va faire ,SI'b~es
au générique et sur les affiches, attuant touJours un bon
blen a l'avance len
nombre de spectateurs.
~~~;. parfOlS, Je peux me demander comment l'histoire va Arletty, auprès de lui dans trois films don: deux chef~-
d'œuvre (Le Jour se lève, Les Visiteurs du Sozr et Portrait
c Le cinéma m'amuse aussi parce que les producteurs
d'un Assassin) conteste fermement la légende (cultivée pour-
sont des ~ens embêtants, parce que les metteurs en scène
tant par lui-même) de son infidélité au texte:
nQe me ~alssent pas toujours faire et dire ce que je veux, « Il disait vraiment ce que voulaient îes auteurs, assure-
uant, a mes camarades ' J" a dffilre ' l eur cran· car S1' Je'
connats leur texte, n
ils e peuvent pas touJours. ' prevQ1r
, , le t-elle, avec une chaleureuse conviction. Surtout lorsque les
, . répliques étaient d'une rare qualité, comme celles de Jacques
:e}n, et il leur faut parfois bien de 1'habileté pour ne pas Prévert. Et nous ne le redoutions pas. il ne cherchait pas à
alSser surprendre.
c Tout ceci du re t . . ' nous impressionner. il se montrait direct ... comme dans son
convaincu q ' , s e, est sans lmportance et Je SUiS comportement quotidien : naturel et d'une allure, d'une
tant L ' ue nen ' dans lVie, an · est'vraunent
· '
très lIDpor- classe impressionnantes. Il nous fascinait. Tous. ils n'est
un .arta magnifi
vie est une pièce
. épatante : Je
' la joue. Le cinéma est
pas d'une époque, mais de toutes les époques. Molière l'au-
content et moi' que : Je le vis . Ai nS1,. tout le monde es t
rait engagé dans sa troupe.
aUSSI, ce qui est l'essentiel. » <, S'il semblait un peu mystérieux, c'était sans le vou-
lor, J~ pense. Il se comportait en camarade merveilleux...

••.
sans et~e co~p~able aux autres, Il était à part, cet homme-
là; ~uJourd hw ou dans cent ans, il resterait identique En
deplt des modes. .
Sans doute Son ].eu (d'
r--"'es 1es molUS
....ri...... :.. . babil acteur) surprend-il ' parfOls
' ses c Je me r~ppel1e .une scène du Jour se lève, interprétée
1111 plaisir· d·laho·
lique. Maises,onEtl' peut -etre
• en éprouve-t-I'1 ~ar Jean Gabm et lUi. Je me cachais pour les b
~ précédentes, seul Michel S~ constaté à travers leS Il ~ous stupéfia tous, à commencer a:' ~ se~. U.
qUI se demandait .•• M · ' P GablD lw-même
Semt-Cyr s'en amuse et René Lef~mon s'en plaint. Renée . aIS qu est-ce qu'il fait, c'type-là 1... ~
vre a observé avec une
'lJI.ES nt~R RY

bin tentait en vain d'analyser la méthode la s ie


Jul~ Berr. () ~I,. J ca,n ('.a h'10 l' a ct Illiralt,
" • , nce de
beaucoup, Admi.
ration, en réalité réCiproque. Jean ahlll l'impression '
,
au 1. es eu d h l ' l' fT'
ommes au st Y C SI li crent sc ont immé. nalt
diatement re pectés, ~
Le solide et rude Gahin, presqu paralyslS par On diabo.
lique partenaire, en redevenait un débutant :
c C'était, pour moi, presque impossible de jouer avec
lui, a-t-il avoué à André Brunelin 1. J'en arrivais à m'arrêter
à plusieurs reprise. pour le regarder faire ct ce qu'il faisait
tenait du génie. J'en bâillai ùes ronds de chapeau, A ce
degré-là, c'est vraim nt quelque chose, Aucun acteur ne m'a
jamai épaté comme Berry dan Le jour M! lève, :.
c Par ailleurs, ajoute Arletty, si Jules Berry pensait à
. . cartes et à se chevaux, Jean Gabin, de son côté, se
pr60ccupait urtout du montant de ses cachets et grommelait
contre le percepteur qui lui en prenait une trop grosse
portion. Jules Berry s'en ouciait beaucoup moins, puisque
dM le premier jour du tournage, il avait déjà croqué tout
OC qui lui 6tait dit
c Trois ana après, je le retrouvais en diable des Visi-
...", du Soir. Ça lui allait bien, lui qui voulait être enterré
duI un cercueil en forme de abot... ,.
Et Arletty conclut, soudain rêveu e :
c Je lui ai connu peu de compagne:. : Jane Marken, AVl'l I.ucil'n Bamux tian, • Baccara. (1935), film dont le t,itre symbolise
Su)' Prim. Jouelyne GdJ. Mais je sais que ces femmes-là, la pa"jotl qUl' Jult', lkny l'prouvait pour le Jeu,
,alti Berry le a aj m 6es ... Josaelyne Gaël était ravissante,
c Avec moi a . en 1944, il s'est montré parfait. Vêlé-
PDC8 qu'il avait dans la vie, comme sur l'écran, il a su
ra.air avec moi, dans les moments les plus tragiques, les
p6aiblel que j'ai traver&6a. C'cst dans ces périodes-là
1°. OOIIlpte lei vraia amis : ils IOnt rarCI, ,.

r:.___________________________________ __________ ~ ~:=:f~!!!


eN/dits : laUIII
~lI1ustl'el\t __
Sous les drapeaux d 1914 d 1918, " sc-a
d~Loré de la crux d nu rre

Débuts au cinéma (muet) ; dans « A la conquête d'une dot » Cà droite,


coiffé d'un panama).

1 président
i:'"".!:----~-
Débuts au théâtre à Bruxelles dans • Le
Beulemans _. de Mademoiselle .
Son pén:, surn am me
Berry _ revêtit lUI
'
« e,
. aussi 1 un
Son port".. t, dans la même tenue de SOllee, ornera plus tard l'un u.:s
Il a ~lngl lrol ans et se fait déJ"
remarquer par son
élégance murs d'un cercle de jeux de Pa ri s.
Avec Ehire Popesco dans « Derriere la façade. • Aventure à Paris » avec Danièle Parola et Arletty,

• L'an 4()
• aVec Tr 1
Avec Jean Gabin dans « Le jour se lève " ame . Cécile Sorel
el Marcelle Praince,
A BCdu\allon, dan, le janhn ùe ~On ... un .,utumohill' prc..~ II..·n.·c, la Rolb·Ro\ce bleu-nu 11
. 1
qu'il gdgna ... ct reperdit .lU lL'u.
arnl d cnl •.1Ill;C, 1C pOt.'tc Paul
Photo de famille papa, Michelle (troIs ans) et maman .

1950 départ pOUl la dl.·lnicl~ loulnée lhl'iltralê ùe Julc~ BL~rn l't dê


M belle, f.. 'e de J "les Berry, cmq Jour. ap Tes sa naIssance
. . 1939)
(6 aout Ju"c1vnc Gaël.
dans 1es bras de sa mère • Jos ~c 1yne Gac"1
UN l'ER IAIN SOURIRE

97
JULES BERRY

1 et J osselyne Gaël furent, en eff~t~ l'une comme


Arlel Y 's après la Libération, de liaisons .. , coupa-
Ibles d eegens
,autre ' accus , situés du mauvaIs ' cote.
. ' AIle tty a su se
, davec es . , . ' a d mIra
c une cinglante ironie et une slllcente . bl e
défen re avee savoureuse. Quant à J osselyne Gael, .. noUS en
~~ t qu . '
reparlerons dans un procham chapitre.

..
*
A propos des deux films (Le JOllr se lè~'e et Les Visi-
teurs du Soir) dans lesquels Marcel Camé a dirigé Jules
Berry, l'exigeant et méticuleux cinéaste confirme les témoi-
gnages d'Arletty et de Jean Gabin:
« Il jouait merveilleusement d'instinct. II ne composait
pas son personnage : il était ce personnage. il absorbait
Dandy , sur la scène (23 ans). Aussi séduisant quand il est
militaire. complètement son rôle. ~
Quant à la scène, fameuse et pathétique entre Berry et
Gabin, qui a tellement fasciné Arletty, Camé précise:
« La séquence fut tournée en deux jours et jamais
Jules Berry ne sut aussi bien son texte, pourtant copieux.
Lui-même paraissait étonné de sa performance inhabi-
tuelle ... :0
Le cinéaste constate en outre, dans son livre, La Vie à
belles dents l :
c Berry faisait des étincelles. C'était vraiment le diable
avant la lettre, je veux dire avant Les Visitellrs du Soir. :0
En ~ffet, évoquant un peu plus tard ce film-ci, Marcel
Carné aJoute:
. c Aucun acteur ne nouS paraissait plus apte à jouer le
d~able que Jules Berry, après son M. Valentin du JOllr s
kve. e

1. Editions Jean-Pierre Olli\ier. 197~ •

/
Charmeur du cinéma d'avant- Irrés.is.llble démon des
guerre. « VlsJteurs du soir
'.
98 JULES BERRY

c Quand il jouait dans Les Visiteurs du Soir il te .


'
en meme temps des ro'1es d ans d eux ou trOIS
. ' filmsnatt
autres n
ne devait guère prendre plus d'une ou deux heures de s~ _
meiL Le matin, il était sur le plateau... à midi ailleU:
Il arrivait sur le plateau complètement groggy. Il ingur~
gitait alors une bouteille de champagne et... il se retrouvait
en pleine forme. Quoique... je me souviens d'une scène
qu'il a fallu reprendre vingt-quatre fois 1. ..
c Et il flambait ! ... Tout le temps !... Sans arrêt. Pour
signer avec lui un contrat, il fallait vraiment tenir à sa
présence. Il ne voulait être payé qu'au comptant et d'avance.
On savait que, trois jours après l'annonce par les journaux
de la signature du contrat, les agents du fisc se présente- DANS L'UNIVERS DE PREVERT
raient au bureau de la société de production. li ne possé-
dait rien. Tout ce qu'il gagnait était absorbé par le jeu ... :.
Bref, ses dettes n'entamaient nullement son moral, ni
son talent. Gavroche fredonnait :
Les historiens du cinéma, René Jeanne et Charles Ford
observent aussi, dans leur brochure Les Vedettes de l'Ecran, le suis tombé par terre, .
aux Presses universitaires de France : c Sa composition du C'est la faute à Voltaire ...
personnage du diable est un chef-d'œuvre de désinvolture
inquiétante. :. Jules Berry aurait pu, selon sa légende, modifier cette
formule pour se l'approprier:

le gouverne l'enfer,
C'est la faute à Prévert.

,. . 942 le costume du diable, qui l'agaçait


S il portaIt, en 1 : 1935 il avait tenté de duper et
un peu c'était parce qu e n , d
' u Lange comme on vou ra,
de corrompre l'ange· " 0 effet p' ar Le Crime de Monsieur
Tout a commencé, en , é
t ar le duel verbal, tour à tour mouvant
Lange. Ou plutÔ p _ 1 rusé L'action se déroulait en
et cocasse entre le nad et e .. b'
1935, à l'aube du Front populaIre, dans une am lance
100
101
JULES BERRY 'S UI.:.lotY
J UL l '

d'abord inquiétante, puis euphorique, ehez Un il11prim , en 1°35 s'acheve par 15


M()/l~i(!ltI' L~/ll:dce' 1 ange (parmi le que
7. ,
éditeur. eUro Crime de ., Les alniS ~ comme Jules
Le naïf, c'était René Lefèvre, alors spécialiste des rô] ~Iean de solidante. 'f léger et farceur,. s de 60n
un e . énéreux, VI , fi 1 s) con vainCU .
1-1 nn Guiso~, g dans d'autres 1 m.
. garçons reveurs
de gentils Ad et "evoues, souvent mystifiés es
IhcurcuX meurtrier
depuis qu'il avait incarné, en 1930, le J eall-de-la-LUlle d~ B:rry lui-meme'l réelle, aident le
. ccnce mora e, t lui permettre
J11~e
franchir la Cron-
Marcel Achard, personnage qu'il jouait encore dans GueUle
mno D' utres v o n . d
d'amour, en 1937, puis parmi Les Musiciel1s du Ciel, d'après
le roman dont il était l'auteur.
~ s'enfuir. a s de l'optÎlnlsme.. , de Prévert et e
a C' st le temp d s l'untvers d Jean
tière, e939 au contraire,. an 'me Prévert et e
L'imprimeur-éditeur, escroc et beau-parleur, parfois En 1 . , ucce' d e a' celuI du me .s
maître-chanteur, exploitant sans vergogne ses amies et Son Carn~ (qUI s o i r n'est plus ~erml ' . d Jacques Prévert,
RenOir) aucun esp . s 1 un ancIen ami e
personnel, a disparu soudain pour échapper à ses créanciers
B Brunlu. ,
et chercher quelques nouvelles combinaisons fructueuses. J acq u e s - . . ,~ Prévert, car
Son personnel, déjà partisan de l'auto-gestion et pour ne a écrit à ce propo.s l' qu'il faut attnbU~lr a plusieurs fois
pas chômer, s'organise en coopérative et publie de joyeux L "de'e géma e, LIge 1 a
,,1 . de Monsieur (If: our Jules Berry,
et ardents feuilletons (genre westerns) imaginés par Lange, depuis Le C~lm~ 'e un rôle de canaille p ct et faisandé,
l'un des membres de l'équipe. Ses brefs romans" à suivre » récidivé, c'était d écnr charme pervers, suspe séducteurs
obtiennent aussitôt Un vif succès auprès des amateurs d'aven- ce merveilleux aC,teur ~~ns des personnages dd e n'avoir per-
tures du Far West. Batala, l'imprimeur (qui, croit-on, est jusqu'alors gasplllé l ondo doit regretter e l : '
mort dans un accident de chemin de fer) en profite pour mondains. Comme B e m des rôles de ce genre ....
. mposer F d2 •
effectuer sa réapparition, sous la soutane d'un prêtre. Il sonne pour lUi co et Charles or . . ur Lange.
veut, naturellement, récupérer ses biens, sans le moindr,e 1 René Jeanne . de Monsle
Et se on dans Le c"me . 'affirmait
partage. Eclate alors une scène terrible entre Lange et IUJ. " Jules Berry, comme ui était en lui ~t qUI, 5 homme
Lange, exaspéré, révolté par le cynisme impitoyable, mépri- montra le gran,~ acteu~ I~it sous la direct~on d un indé-
sant, provocant, de son adversaire, !te trouve amené à le chaque fois qu II travaIl 'té qu'exigeait sa nat ure
tuer ... presque par accident. sachant prendre sU,r.lui l'auton
pendante et fantaISiste., •. moins admiré : 1 TV
Quatre ans plus tard: Le Jour se Leve ... Jules Berry
Robert Chazal ne 1a pa.s ue _ a-toi! déclaré u a
se retrouve à peu près dans la même situation. Principale
différence (pour donner un autre moteur à l'action) : il ne ~ Diable prest!gi~~~à ~~~~rcelaient Jacqueline ~::e~!
convoite plus une entreprise, mais une jeune femme. Et - . Ses mains qUI, ) longent tout un château la
d ' . Le Jour se lève: p lIure , son mystère, lont te
cette fois, c'est Jean Gabin qui le tue. ans ,
fantasttque. Son autonté, .on a
Le lour se lève. Oui, mais à l'aube UU uésespoir. Les
pœtea sont des prophètes, La Deuxième Guerre mondiale . Ii al du IIlm '-' JOUI' . . II~• .
va klater. Le devine-t-on malgré le c lâche soulagement • 1. • " l'ier",',
A,·un'~"'n,. nJt' c:omprcn.nl le lu~.n
colleClIon c .lue fai . je 7 • • Preu •• unlvcnl.
cie Munich? 2, 1•' . V rd~II" l'lM
liures de t ,.nce , .
1 _
JULES BERRY JULES BERRY
103

U 1 per,onnage confère 3 cette fabl


ite d,routant. :t e un ton d'authenti_ ersonnage du dlable un symbole d'AdoU Hitler. Conve-
~ons-en, le personnage imaginé par Jacques Prévert, Pierre
Pre\:en et Carné ont donc, tout natur Laroche et Marcel Carné a quand même, outre sa poésie
ce diable', pour lui conti ellement réCUpéré
Visiteur du Soin'. er sa tenue médiévale de féroce, une plus grandiose personnalité.
Je me souviens aussi de réactions négatives, à Paris, à
On remarque autant de Corn arai
Mons"ÎC/lr LaJlge et Le Jour se
L~s lïsiteurs.
r.
so~s possibles entre
el e qu entre ce Jour et
l'époque de la sortie de ce film... et plus tard, peut-être.
On ne peut séduire tout le monde, rai entendu quelques
spectateurs quitter la salle en ricanant : 4: C'est un film
L'adwrsaire de La.llQ:e parait sur . , pour paralytiques! .. Sans doute à cause de sa prétendue
Le rival de Gabin-dan L Jtout motive par le profit.
l t 't ' e our se lè' .. ,
P. u

0 a ses compagnes ..M "
S
~e smteresse lenteur.
nque. - aI:; son comportement est iden- Au moment où, sur un accord de mandoline, par la
volonté d'Arletty, l'action soudain s'arrête, chaque danseur
Dans Le Jour se l~'e Arl
détacher avec dégoût. Chez 'L ett)':. ~a complice, va s'en se figeant sur place. puis tout redémarrant au ralenti. le
en plus : Arlettv-Domini es T Is;teurs du Soir, poésie public, décontenancé, a cru à un incident technique. une
fidèle au Diable· ... l ' que. le menestrel féminin reste rupture de la pellicule. Et peut-être certains spectateurs
, n aIS ,on corn ' ' grincheux n'ont-ils pas pardonné au."'\: auteurs ce fau.-.;: désa-
se ré olte et le co b - pagnon. Gilles-Alain Cuny
fraîche :t, décide al:rsa~ L~ diable,a:n ateur de « chai; grément. Comme s'ils avaient été victimes d'un canular !
Une séquence, au moins. devait émouvoir Jules Bern'
comme il a tenté de sub' e s emparer d Anne (Marie Déa)
gile héroïne du Jour lJ~guer la non moins tendre et rra- (que son rôle agaçait. bien qu'il y mit toute sa fougue) : -
, se en' J acqu lin L Dans le superbe album de: VisiTeurs du Soir. publié
n a pratiquement J'am.,.'
__ !,JS revue e e aurent... que l'on
en 1974 1 (trente-deu." ans après la réalisation de ce c clas-
. U nenvoyee
e ' spéciale de C'. . . sique » indiscutable) et contenant le texte intégral. image
Sou au début de 1946 à Si~I~le a YU Les Visiteurs du
Constance : ' - anngen. au bord du lac de par image du film. Jean-Louis Bory constate. e~ postfad":
« La scène qui noUS montre les deu.-.;: c ,isiteurs :. se
c Com~e tout le monde ' . '. . . rendant chez le baron Hugues évoque une miniature des
que ce seraIt un grand . ' ecnr-elle, J etaIS convaincue
. sucee_ C tu Très Riches heures du duc de Berry. Tout y est: le château
aVIons-nous mal prévu les r'; :n. t un. Mais sans doute à l'arrière-plan. la courbe sensuelle des champs, jusqu'au
It!llTS dJI Soir déchaînèren ~ct~om allemandes. Les Visi-
~en.. et la finale furenttlle~ nr~s. L'arrivée d'Arlett ", la paysan du premier plan, l'échine courbée sur son labeur.
e meilleu Les images du parc. toutes mouchetées de tache de lumière.
JO)'eWie :-<_
SOUQ;. Pourtant, r ' . rs moments de 'J, cette
évoquent la technique d'une tapisserie médiévale. la scène
Jules Berry , appantIon du D' bl' .
dans amen8J.t chaque fois 1 . la e lDcarne par de la fontaine. la peinture d'un primitif. :.
~ ~e. :. e sIl en e le plus absolu
Jules Berry pouvait alors se rappeler combien son père.
le ~u 00 parle des réactio
nengue, certains Cbroniq::u~u public allemand (après
" ont cru \ OU',
. dans le 1. Balland.
107
JULES BERRY JULES BERRY
106

tian-Jaque, dans Rigolboche l'im re . Le chroniqueur Olivier Barrot écrit 1 :


du n donne au personnage de second plan, qu'il joue
l!~rt
En 1937, pour Les Rois S p ano de Mistin
film de Pierre Colombier et H
co~~ti~i:nn~~; av~
(Fernandel et R;:tt. e Le Voyageur de la Toussaint, une dimension inquié-
enthousiasmes de plaisantes il o,rganise ans ,.' . ' , Il d
d te d'une densite tres supeneure a ce qu e e e tans
PUIS, nouvelle c promotion :t • • ~quees. t ,
leanroman. Outre la durete'd u regar d ' 'du geste,
, al surete
~ publicité de L'Incorruptible . le VOICl responsable d Berry a cette faculté d'adaptation à des rôles qui vont de
Jeune patron n'est autre que ri un grand quotidien dont le la franche comédie a l'intense gravité. Quoiqu'il joue, il
dide provençal c parachute' epmandel:« Hercule:. ca e
de l' :t a ans c ' D- possède ce don de recréation du comédien pris sur le vif,
ex-propriétaire d' éd' omme unique b' ..
l'im . ec e, Le chef d 1 entIer donc surprenant. La fascination qu'il exerce provient essen-
d'HagInle, voudrait bien profiter du e a « pub :., on tellement de ce qu'il est imprévisible. Comme le prestidi-
, ereu. e pour d'mger
'. L Incorru t'bl manque d'expenence ,.
gitateur, il a tout dans la manchette, ce baladin, ce clown,
Journalistes (Pierre B P I e a sa guise Mais d
seco d rasseur et Gab M ' eux ce prestidigitateur continuellement en représentation, qui
ur~, u naïf. Il s'aoissait, la d y orlay) voleront au
rr~ par le b"journalisme
rançalS msp' , , u premi film emplit la scène ou l'écran de son charme, :t
fl'auteur Car e,r satirique D'aventures en aventures, d'enquêtes policières en
Intran .' travaillait alors à L'lntr~ , 10 Riro, qui en était comédies dramatiques, nous arrivons à ses dernières appa-
loi /geant.;, Ces deux titres ~lge~nt. Incorruptible.,.
nD un de 1 autre. ,on e VOit, ne se situent pas ritions, plus anodines :
En 1947, Si Jellnesse sal'ait. d'André Cerf et Marc-
écrit ans Carrefour, en 1938 Gilbert Sauvajon (avec le truculent Saturnin Fabre, Suzet
de sei;;bu~~é-raui Antoin~ ~~ ~~ :e ~urt Bernhardt, ~aïs et Jean Tissier). Le personnage de Jules Berry, paro-
de Monsi u es Berry se retrouve ~ ~ ameux Antoine diant Faust, est un vieux banquier qui, grâce à un génie,
chantage : ~ange et du Jour se la ml-chemin du Crime redevient un enfant de treize ans, .. sans rien oublier de sa
8fDn&ique pitoyable aupres d'un ,eve, e~ pratiquant un psychologie et de son expérience de financier rusé.
Dans le(~:~es Vanel), prObablel~~u~tnel intègre mais Et en 1950, il c découvre :t une Tête blonde, sur un
et André-Paul ~on blanc, de Léo Jo n ex-gangster. scénario plein d'humour noir du chanteur-auteur Georgius :
leurs du Soir 1'1 ,ntoine, aussitôt aprèannlon, André Cayatte la macabre mésaventure d'un malheureux qui, à l'époque
._ ,IDcarne s e diabl d ..
....t et nOn mo' . un personna . e es VlSl- des restrictions alimentaires, croit trouver dans le métro
auprà de Mar I~ génial, car là ge re~olument bienfai- ~ne énorme motte (cinq kg) de beurre enveloppée dans un
guertte M ,encore '1
tout le long d'u oreno, François Pé ~ 1 mène le jeu J~ur~al. Ce ,n'est, hélas, que la tête, blonde, comme le titre
d'lCCidentl pr n voyage de gitans ~er, Jean Parédès 1 mdlque, d une femme assassinée,
-"'....un:..
..A..-_!__ '
V.lent enauite L V
'
ovoqués b'len entend , plein d" Incidents et'
u, par d' abominables
Dans ses derniers rôles, évidemment, Jules Berry se
montre beaucoup moins désinvolte qu'autrefois, Mais cn
Daquin et Marcel ~ oyageur de la T
• 'DIl, avec J oussaint, de LoUIS
ymé, d'après un roman .
ean Deesa'U
1 y et Serge Re . de Georges 1. A v"n",cine, n" .~cial : Antholoaic du CiD6ma, f UClc:ule
. 69, ~ vu.
gglani.
10 lliLES nERRY 109
JULES BERRY

dépit de ~.es rhumatime - et de . Cs (cécls) d ' b . . . bas et l'emmenait à toute vitesse auX Variétés,
semble avoIr conservé tout son brl'o , t oute sa - C 01. rcs". 1" 1
sa , . t eOttendu par un directeur qUl. s arrach'
tlonnal 0
ait 1es ch e-
VivacIté. t
au 1'1 etait
o a frais comme une rose, toutes manchettes
J les
ave ~ et
dehors, n'avait que . le, ,te~ps entre.r den dscene, h - c
veuX... u , d' 0,
.. macristral qUl n etait pas le moJO re e ses carmes ...
*
et qui lui permettait de pallier ses trou~ e memOire, Jm-
ap 1om b " d ' . d"
1949Quatre monstre s sacres ' e SOnt retr '
, pour Le Portrait d' , A . Ouves côte-ù-côte roviser avec brio devant des partenaires résignés et une
Brasseu~, la toujours sup~;be s:;SSl/l .: le bouillantPi~r~~ ;alle qui n'y voyait que du feu.
e: Après le théâtre, il retournait au Cercle jusqu'a
non moms percutant 11ar 1 D . majestueuse Arletty 1
c Je tentais d'imiter ~~n . alio et leur aîné, Jules B:rr e 5 heures du matin. Les propriétaires de casinos auraient
chettes, avouait humbl Jeu, ses mouvements d y, dû le payer: c'était un animateur de parties hors pair. Il
et coc . ement Dalio ave . e man-
E asse .. ~faIS ... j'a\'ais l'air d' , c ~ne gnmace piteuse fallait le voir, tutoyant les joueurs :
t Daho a révélé, da un ~oUllleux !... :» e: _ Mais tu ne peux pas jouer, tu n'as pas assez
Tolles 1 : "ns son autoblO<>raphie
b M es A '
nnees d'argent. Je vais te le prendre, ton banco. je suis une fée ...
c Jules Berrv était d
une mauvaise fée ... Tiens, banco ! ... Ce n'est pas encore
regarder v!vre s~ns jam~s ces personnages que je pouvais pour cette fois ? ... Prête-moi cent mille francs. Tu n'as pas
planches
m . nI devant l ' meq lasser. Ce n'est m. sur les
a camera confiance en moi ? ... Tu exagères !... Je t'ai fait gagner un
le j:uaut~ur d:~ tables de jeu ..~eL~ou.s, nous étions connus, million, hier ! ... Marcel, c'est incroyable, on ne peut plus
rière'" e theatre, le cinéma 1 um~ ers de Jules, c'était Jouer ... ~
. L ' es amIs \'enaient loin der- Dalio raconte une autre anecdote : Jules Berry était
c a conversation a . terrorisé, assure-t-il, par l'idée d'une éventuelle fermeture
quelques mots suffis.' vec lUI, était réduite à l' . du casino de Deauville. Sa terreur provenait du projet
c Le ce l ' . aIent : banco h . essentiel. ..
SOuvent, ver:c~i et~1t notre perte, 'si ~t, :euf.. carte ...
douteux lancé par un échotier plus ou moins directeur d'un
ses cach nUlt... Charles Bo " P IS dire. J'y allais petit théâtre et surtout maître-chanteur. Celui-ci avait loué,
ets, la mi )er y ve" . tout près du casino, un bâtiment qu'il prétendait aménager
numéro de Be ,ne sombre, indifféren naIt aussI perdre
c Iules corry a la .table voisine. t au prodigieux
en centre de repos pour les c Gueules cassées " les anciens
combattants mutilés de la Première Guerre mondiale. Nom-
c l 'heure des hou'
mmençaIt' a jouer ft mid" breux, déjà, étaient ceuX qui venaient flâner devant le
Bourse qui env ~sle~~, à cause de cel, qu'~n appelait
AIS heures il ahiss!lIt le Cercle à l'h s messIeurs de la casino ... pour examiner les lieux, en quelque sorte attirés
par cette information c intéressante >. Intéressante surtout
jlllqu'a 21 heur~~~ se r~~o~er et reven:~;e du déjeuner.
. eme s Il Jouait au th'â vers 17 heures pour celui qui en avait lancé ridée.
e tre U .' Ce projet-canular consternait les élus de Deauville, alors
1. Jeu<laude . ne VOiture en pleine expansion. avec ses milliardaires d'outre-Manche
Lanès, 1976.
et d'outre-Atlantique. Et Jules Berry, parmi d'autres joueurs
111
110 JULES BERRY
IULES BERRY

n'y avait que Gabin, dans Le Jour se lève, pour


inc0r:ïgibles, se désolait à la pensée qu'un ét b .
morbIde éloignerait les habitués en ' éaallissement aussi lu1es, il
J I ' gen r supe ti· ouvoir Y résister ...
u es Berry fréquentait Deauville assidûm rs beux. p Admirable Illies ... inimitable jusque dans son élé-
lement pour le jeu, mais aussi pour les cou;nt, non seu- :e vestimentaire. Avec ses manteaux, qu'il jetait sur
gm h . 1
quatorze chevaux de son écun' , ses, pour les es épallies comme des peplums, ses manc ettes vrrevo-
C e.
ette angoisse collective peut-être e . . ~antes, ses chapeaux portés de travers mais qui semblaient
une délégation officielle à s; rendre Ch:z ~ cha.?table, mcita à leur place... »
teur du centre contesté : e pretendu fonda-
- Allez donc vous installer aill
rellement dédommagé. eurs. Vous serez natu- *
**
B L'astucieux
) personnage ( qu'aurait
. pu inc
erry ne demandait rien de plu Il amer Jules Armand Panigel, ancien spécialiste du Septième Art à la
somme probablement beaucou s. empoc~a, son « dû »... TV, nous a aussi rappelé ce détail :
c: mise de fonds» et il di P plus conSIderable que sa « Identique à la ville comme à la scène, il avait réussi
... sparut.
Jules
. Berry' rassure,, conserva « . à sa façon le paradoxe du comédien.
perdit bientôt son e: écuri son » caSInO, mais <\: Son élégance consistait à porter un veston à l'inté-
Re».
· c: len ne pouvait altérer s a ' . rieur duquel, sans cesse, il tirait non un lapin, mais un
smt Dalio. I l ' , . paSSIOn pour le Jeu pour- ilnmense mouchoir, dissimulé dans une manche. Car, pour
· avaIt essaye plusleu f" ,
valll. Lorsque nous tournA P rs OIS d abandonner. En ne pas déformer ses poches, il n'y mettait jamais rien. »
. ames ortra't d' A
P lerre
. f'
Brasseur il me d
'
. 1 un ssassin, avec
emanda un Jour d l' 'd
François Chalais en témoigne également:
1ait aIre un cadeau à sa fille ': , e ai er. Il vou- « Dans toutes ses pièces de théâtre, il apparaissait en
· e: - Marce, 1 J.,.
ai confiance e t ' J habit ou en smoking, bondissait, virevoltait, avec ses mains
~le francs ... Pendant ce tem sol' n. 01. e te confie cent de prestidigitateur et ses manchettes immaculées d'où il
Jeu. p a, Je ne les perdrai pas au tirait des tas de choses : mouchoir ou cartes à jouer, entre
autres. TI passait par les balcons, entrait dans des chambres,
e: D~s la nuit, il était venu me les
c Cuneux, ce tournage ... p'lerre et mo' reprendre ... à Monte-Carlo, où il rencontrait Suzy Prim et tombait dans
une beII e 1eçon de comédie Nous .. 1 Y avons pris ses bras 1... »
tuels, mais lorsque Berry ap' pa . y.falsIOns nos effets habi-
Il e 1 naturel même Il ralSSaIt
'tai't e ' . ' .nou s n'eXIstions
. plus.
C'était comme s'il avait ~ . n aVait Jamais l'air d'arriver *.*
as ,. oUJours été là Il .
P une scene, Il la continuait... . ne commençait
Denise Grey, toujours vaillante et vive, entre dans la
c Nous nous sentions gifi'es, empaquet' . ,
bell
pou e... deux petits garçons bal é es, Jetes dans une cat~gori~ de ceux qui se plaignent (un peu) de Jules Berry,
maitre... Cette suprême désinvolture ay s1par les ~anchettes du malS gaIement et sans rancune. Elle a été sa partenaire en
, a force Irrésistible de
13

SES MOTS. LE JEU ET LUI

Jules Berry l'affirmait. sans illusion: «. Un \Tai joueur


joue pour perdre. li)
Mais : « Quitte à perdre. je préfère perdre sur les che-
vau:'\: des autres.
« Je viens de passer trente-six heures à jouer. Et puis
après? ... Combien de gens passent trente-six ans à ne pas
.
Jouer.
« Ne pas avoir d'argent. ce n'est rien. L'ennuyeux, c'est
de ne pas en avoir assez. Je n'ai jamais su compter. Quand
je gagnais, je sortais d'un cercle. Quand je perdais, je quit-
tais un tripot. ;)
(Ce mot, notre joueur ra semble-t-il, emprunté à Yves
Mirande. Ou bien est-ce Mirande qui le lui a restitué. en
guise de réplique. dans Baccara 'l ... )
« Je ne me ferai pas sauter la cervelle pour dettes,
Je n'aurai jamais autant de cervelle que de dettes. La mort
joue avec moi. J'ai gagné deux ou trois fois, Elle attend
sa revanche.
116 JULES BERRY 117
JULES BERRY

« Il n'a certes pas renoncé au jeu, apr~s ma naissance,


, Si tu empruntes cent sous, tu t'humilies S·
tes cent louis, tu humilies celui qui te les ref· 1 tu emprun_
'f' , use. . . n'en ai jamais souffert », affirme MIchelle.
e M es fil ms pre eres sont ceux que J·'a· t ' matS Je teur Léopold Meur, l'un des meilleurs amis de
Stud·o d'E· L ' · " · 1 Ournes aUx Le doc .. . ·bl t
1 s
. pmay.
d. a, J etaIs assez près d'E h·
ng Inn Jules Berry et parrain de Michelle, enVIait VISI e~en
pOUVOIr pren re un taxI entre deux séquences t ~ pour l'écurie de courses du joueur. Et dès q~e Jules perdait un
la .. seconde" ou la " quatrième ". e VOIr Courir e médecin avouait sans detours son envie de
. « L'amour? C'est un jeu. Un drôle de ·eu . « b anc 0» , l A

s'en 'emparer. Mais un pur-sang coute cher. Alors, selon


~alt c~nnaître à la fois toutes les émotions de Il ,qUI vous ses pertes, le docteur Meur achetait tour à, ,tou~, une ~atte,
mcertItudes du " chemin de fer " les t d a roulette, les une oreille, une queue. Si bien que toute 1 ecune a firu par
' as uces u poker Q .
de plus normal qu'un joueur s'y ado? . UOI
Il bl . nne .... » lui appartenir. . ..,
sem aIt beaucoup moins 10 uac ' La chance, parfois, lui souriait. Il parvmt amSl a deve-
privée ou même de son me't. ~ e a propos de sa .vie
1er qu a propos du . , nir l'heureux propriétaire de quatorze chevaux! Pour peu
part les quelques articles qu'il ,. . ,leu ... miS a de temps. Oui, le docteur Meur a vite récupéré toute son
' . a ecnts ou dIctes .
J
c: ru tenu à peu p' t 1
conception du comédi ?r~, ous. es .roles possibles. Ma écurie.
A •

« Peu importe, constate Jules Berry, sans regret appa-


ches, je me suis tou· 0 en. eS,t ?len SImple : sur les plan-
rent, mais non sans espoir de nouvelle récupération de
ai brûlées parce q J. urs .figure etre dans la vie... et je les
l'écurie : les chevaux restent dans la famille !... »
tout ce qu'il èd Je SUIS un brAI
ue u eur ... un type qUI. flambe
c: L'id' 1poss e. Mon feu ? Le feu sacré
En 1950, il a, depuis longtemps, restitué ses chevaux,
ea est d'avoir une morceau par morceau, à son ami. Y compris sa belle « Impé-
m~l.tresse qui vous aime assez
A •

pour que ses amies ne ratrice », une jument championne prestigieuse de plusieurs
c: J'ai toujours ét' vous. reslStent qu'un instant.
jamais rate' un d'· e merveIlleux avec courses.
eJeuner ., . . .les femmes·. J·e n'ai Il doit alors 3 300 000 francs au fisc. Aussi a-t-il « offi-
eu quatre fem ... J arTiVais toujours à l'heure. J'ai
mes et une b 11 ' ciellement » quitté Josselyne et leur petite Michelle pour
helIe-mère. Car c' t . e e-mere. Je dis bien : une
es toujours 1 A occuper, seul, une chambre de l'hôtel Lutetia, face à leur
nombre de femmes. C'est un a. meme, quel que soit le
domicile, boulevard Raspail. Et toujours gouailleur, il pro-
pouvez pas prendre de f e 101 de la nature. Vous ne
On respecte sa fem en:me sans hériter de sa mère. clame:
belle-mère au sérieux. me, malS on ne peut pas prendre sa « Maintenant, je suis tranquille. Ces messieurs des
impôts peuvent me poursuivre : ils ne me plumeront pas.
c: Un amant peut être u .
c: Ma dernière fenun n,Joueur. Mais pas un coureur. Je suis un vagabond 1. »
l'espère qu,e1le ne J. ugerae m a donn'e Une fille admirable. Il n'a pourtant pas renoncé à la fréquentation des champs
n'écoute de courses. Il a emmené, un jour, sur le terrain de Long-
. lui ra pas les mauvaisespas et Son '
.1. pere et surtout qu'elle
rart raconter sur un joueur VI ames h·IS tOJres . qu'on pour-
n peut dormir tranquille :. • 1. Ici Paris : c Souvenirs >, 1947 et reproduit en 1987.
118 JULES BERRY 119
JULES BERRY

champ, un adolescent qui va, pl~ tard, s'~ rendre souvent. aI ·s auteur avec Charles Spaak du Por-
çois Ch al, " ' t aussi'
Par plaisir. Puis pour des motifs profesSIonnels. C'est le
Fr~un Assassin, s'inqUlet~ re~dre .. à la partie, au
fils d'un teinturier auquel Jules, Berry confie le nettoYage
n
(rait d oulait, touS les SOlIS, s~ 't (et fréquentait) tous
de ses chemises. li se nomme Leon Zltrone. « v . di .t 11 connalSS al ,
" coIDIIle il Sal. d Champs-Elysees.
club, " des Boulevards et es , 18 heures,
l "cercles . . t les tournages a
es C IDIIle on mterrompal f' s'am ter regarder
••• « 0
17 h 55, je le voy,
ais chaque OlS, 0" •
. di uée dans le scénano .
vers ontre... attitude null~ment m . q ais il interrompit la
sa m . lus impatIent que lam ,
« Dès qu'il avait termme une séquence au studio, a Un beau SOlI, P . . .
raconté la scripte Jeanne Witta" il me signalait : prise à six heures mo1IlS une .. st pas possible!... La partIe
« _ Mes enfants,. ce n e
« - Tu me fais dire quand il faut que je revienne.
« Et il rentrait dans sa loge. Mais quand on le cher- commence. Je m'en ValS. ., plateau alors que l'on
« Et il est parti. n a qUltte le
chait, on ne l'y trouvait pas. Et l'absence de sa grande cape
à carreaux en témoignait : il était reparti aux courses. TI continuait de tourner : . la' depuis 9 heures, ce
- J'en al. marr e ,.... Je SUlS
fallait presque renfermer, pour l'empêcher de déserter. Puis, c: La scène est terrnm . ée ...
' , >
matin.
sur le plateau, quand il avait oublié la situation à jouer,
il nous demandait simplement : " Rappelle-moi le sens de
la scène, je me débrouillerai toujours. " Et en effet, il y
parvenait en virtuose. Mais l'habilleuse et moi, nous devions •••
demeurer vigilantes. Nous prenions de continuelles précau- ,, .-même été le témoin de. la
tions ... sinon, il aurait endossé n'importe quoi. Nous devions Un coiffeur celebre a, lUl ul' B rry Cet « artISte
. de J es e .
vérifier, avant chaque scène, s'il portait bien la cravate, désinvolture et de la passI~n autobiographie, Les
capillaire > a am ..SI r aonte
c , dans son . t •
le costume, la chemise, les manchettes qui convenaient ... ,pA ( '0 de PaTIs .
Mille et Un cheveux u II 0111 . 'ssances suscepti-
« Le directeur artistique de la Paramount le cherchait,
en 1932, pour la signature d'un contrat. li dut aller à tout c: Il tapait allègrement.:ru~ et~~:::u de cinq cents
hasard, jusqu'à Deauville, pour le repérer derrière ie tapis bles de lui av~ce~ un. hl ~t er: runter à ses créanciers...
vert et lui tendre son contrat. ~ francs ... Il réUSSIssaIt rn.e~e D 1ne se dirigeant vers la
c: ... Je le re?co?tr81 eauv. e de François André, le
table de jeux. J étalS en com?agru .. notre cher ami allait
directeur du Casino, qui so~plIa que
••• encore prendre une culotte . 1 hall
« ... Une heure plus tard ... Jules Berry, dans e

1. c Ca dlen CÜIparua. • 1. Editions France-Empire. 1982.


l20 JULES BERRY 121
JULES BERRY

de r~ôtel... se grattait nerveusement 1 .


compnmes sans peine qu'il avait perdu j e~ JOues. No , , st pas en cause. Il ne s'agit probablement pas,
,K Andre n e ' ,
André s'enquit, pour la forme du ,usqlu au dernier s Us un' pIe réflexe de commerçant aVise.
, r e s u tat de la par~~
IV!.

de baccara: ,a, d'un s . ' .


l c On ne prête qu'aux nches », a constate Tnstan
~- . ~ssi.vé, mon cher, fit Berry.
NombreuX, cependant, ,sont ~es a?C1e?s ne :s, et ~s
Bernard. . . h 1
« PUIS il aJouta:
«,-. Ce qui m'ennuie le plus' . 'ennes stars touJ' ours neanmolfiS reputes, ad mlf es , qUI,
anCI '
en figurants attractifs, . et'
attirent stimulent, par leur pre- '
dans llIDpossibilité de régler demaU; lC est. que Je vais être
,« André lui répondit qu,il se f '. e pnx.d~ ma chambre sence aux tables de jeux comme à celles des restaurants
derer comme son invité. eraIt une JOIe de le consi~ de luxe, les milliardaires snobs ou « bons vivants », disposés
,c - Mais ce n'est pas tout h' . à y laisser de fortes sommes en leur compagnie.
~pres avoir remercié le directeur d' ren~ ent le comédien Ce rôle c vécu », Jules Berry l'a d'ailleurs également
Je vous l'avoue il ne me t ~ caSInO. Il faut bien qu~ tenu au cinéma.
le tr' E' ' res
am. t Je dois être dem . e meme , pa.s d e quOI. prendre Il flatte, par sa présence, tous les autres joueurs groupéS
Boulogne, où l'on m'attend am apres-mldi aux Studios de autour du même tapis vert et les galvanise par sa fougue,
C _ Qu'à 1 . pour tourner... sa gouaille, sa jovialité familière. Dans cette ambiance-là,
ce a ne tIenne fit Ad'
c Il calcula gé ' , n re. il se trouve « chez lui », plus que partout ailleurs. Et pour
le d' 1 nereusemen
B ep acement de l'acteur Il s fr' t le . ais qu'entraîneraient les directeurs de ces établissements, aucune publicité ne
erry et me confia une f": remit la somme à Jules serait plus efficace, plus rentable.
' OIS que ce1" Oui. Mais ne confondons pas bavardage et publicité.
C - Ce n'est pas trop Ul-CI fut reparti :
compte. grave. Je m'en tire à bon François André, assez subtil, ne risquait pas de com-
c La nuit était heU mettre ce genre d'erreurs. Jules Berry (selon une certaine
Quand'
d e. Je fis un petit
Je rentrai à l'hôtel" . tour de promenade légende... mais on ne prête qu'aux riches... bis) lui a
e Jules Berry J ' J aperçus And ' . dmandé un jour, avec sa verve habituelle et son sourire le
sitôt en '. e n'eus pas de ' ,re en compagnie
min de faOSsesslOn d.e la somme ... ~~ne a c?rnprendre que plus désarmant :
fut alors q~~~le de Jeux ... Il avait e~ry avait repris le che- _ Prête-moi dix mille francs, mon cher André. Je le
~ N 1 eut ce mot sublim . Core tout perdu... Ce dirai à tout le monde.
e vous méprenez e . François André n'a pas hésité. Il a sorti son porte-
quej) dans l'intention d/~~' mon cher André Je n'a" , [eu ilIes et précisé :
,. e toute façon F .us rembour~er" 1 Joue _ Voici vingt mille francs. Ne le !.lis à personne.
n lD1porte qui Le ' . rançols André le ..... »
perdent rien bien s directeurs de palaces savait mieux que
,,,... au célébr't'
CCÇlJlt ' au contra'Ire, 1orsqu'il et de caSIDOS
. ne
remboursement 1 {~ C .e~ difficulté ,.. ~è aCCordent quelque
. a generosité, sans ÙOutm~ sans espoir de
e IDcontestable de
14

SA JJHHNIEJΠCOMPAGNE

Rctournonl) une minute cn 1935.


Jules Berry rencontre Josselyne Gaël parmi Les Jeunes
Filles fL marier. ri ne l'épouse pas. Mais ils ne se quittent
rhl H. Ou preHque.
JI He sépare de SUi'.y Prim, comme il a rompu avec Jane
Marken .
En vérité, non, tout cela n'est pas aussi simple: il n'a
pUH rompu avec Jane. Rappelons-nous: iâche comme nous
le HOmme!) 10UH, pour ne pas causer la moindre peine aux
d:llneH que l'on a aimées ... il a préféré attendre que Jane
purte uprès avoir « assez ri :t ... non sans emertume. Quant
Il Suzy, on Huit qu'eJlc est restée sa partenaire et, malgr6

(0111 , Hon umie sincère.


Michelle en convient, objective ct solidaire de son père
HulllJlI que tics compagnes successives de celui-ci :
BlleH devaient certes s'accrocher, pour demeurer dans
on ~iIIage
124 J Il III ItRY 125
JUJ.l~S BERRY

. e et de combats de rues, pourtant situés à Paris .


••• barncad ' r compte évidemment, des métamorphoses de
l faut. tenl
1 au cours' du. ,ccou l'e. Le so lel'1 d
slecle e alcote
'
I
Un peu pJu~ en am rc : la caplta
. e,
néenne semble en outre pre'fera "Ile
' bl e .a l a gnsal
JOb&eJyne a quinze an' . rnéd1terra
. Tel est sans doute 1, aVIS
. des fon d ateurs nIçOIs
" des
au C.onbervat(IIf, 'c t I~ ilS~ Ilm/tc, JO/l>qu'clJe e~t a ' de ans. . ,. d •
Raymond Bernard (J'u d qu un an plus tard Je " ùrn/~c S P d'os de la Victorine. Les Inteneurs sont quan meme
remarque, Il s'apprête ~ r
r,e 111 <.le Tristan 'Bern~l~astc r~~Ii~éS a Joinville, dan s les studios Path~~Nathan.
versions les plu~ popul' ca 1 cr, en trois films )' ar ) la Hasard émouvant, pour Josselyne Gael : on tourne la
vin t ' aire de Misér bl ,une de scène du gâteau d'anniversaire de Cosette le 4 février 1933,
g -cmq ans avant celle d J a l'S dc Victor H S
jour précis des seize ans de la juvénile actrice. Elle n'a
Jean Gabin, cin u e ean-Paul I.e Cha . ugo:
avec Lino Ventu~a antc an avant celle de RoberntoH ' S, av~e révélé à personne cette coïncidence qui lui apparaît comme
J ' Osseln
un heureux présage.
ean Valjean le é é Le premier de ses partenaires qui la fascine, c'est, bien
Harry Baur ; Thén- ~ n reux, Ic sublime ex-ba n' r
~rt~, C~a~I~~ ~ e~t
'
sûr, le massif, rude, bourru, chaleureux Harry Baur, Mais,
lin; la Thénardlcr le n.on moins illustre
nard offre li Jo 1 rgucntc Morcno Et R ,U -
en 1935, pour les prises de vues des Jeunes Filles à marier
J e yne Ic rôle d C . aymond Ber- (le premier film français tourné en couleurs ... selon un pro-
osselyne a tenu ' e oseHe adolescent
fant.. , . de rôlese. d'en -
,auparavant , une d'.Izalne cédé aussitôt abandonné) la voici devant Jules Berry.
La jeune fille ne peut qu'être éblouie, comme tout le
lie a m!me d' monde par le magnifique et prestigieux quinquagénaire. Les
Paul Chaba ,abord été J'un des m '
de sable, d~ Toute petite, alors qU'Cl/od:les ~'un peintre: mauvaises langues ne sauraient prétendre qu'elle a voulu
a posé u 8 ~n &quare, le peintre J' e Jouait hur un tas profiter de celui-ci comme d'un tremplin pour son lancement.
EllePO r lU,I, en ange blond a observée ... puis elle EIJe a déjà entamé une carrière personnelle prometteuse, Et
durant .
a aUISI su' . .
IVI de COur de danse 'J . J~les Berry n'a pas encore atteint le sommet de sa popula-
Sa è c ass/que, dix an s nté. Il n'est alors applaudi (avec vigueur) que par les ama-
m re, comme he teurs de théâtre. Et les vedettes ne disposeront que plus
COmédienne C'elt aucoup d',
On la v~it a JOI5elyne qui m~~t;es, avait rêvé d'être tard de la télévision pour être acclamées partout en même
Maurice Maeterl~ogador, puis il J'Od: l>ur les planches. temps.
le .pécialilte dei ~~ck, ~'Oi.reau bleu. ~' dan~ la féerie de _ Entre nous, affirmc Josselyne Gaël, ce fut tout de
au temp. du c m ms d aventures ou d'é loUIS Feuillade, buite le grand amour.
uet :t, Clt le . pouvante ; é '. d Voilà qui ne plait guère à sa maman ... d'ailleurs éprise
Le tournage des Mil premIer cinéa t .a, plSO es,
Joaae .ur .i" moi. ~ rables. commen és e qUI 1emploie. de Jules Berry. en secret. Cette liaison lui parait déplorable.
exthieufi sont film~ enViron, ju.qu'au p~ en J 932, s'éche· pour deux raisons : leur considérable diJIérence d'âge et
annea et Nice La S IOU8 l'éclatante lum~tempi 1933. Les la terribl~ ré.putat.ion de joueur du compagnon de sa fiUe.
. , lionl confilruits les dé re de Biot, entre _ J avais hUit ou neuf ans, lorsque je l'ai vu pour la
Cors des bcenes de
\
1\ \ l ' III ~ It \ 127
'III l Il Rr.\

J"" hn '. •.Id. A'lri,,' lll!.1


{'l' 1\1'.1 r.I"'1l1 li Il nnu d !Il n Il
· 1')1
Il. 1 • lm ,,'01 t l, , l Ir.lIll.
. . 1\1,
Inltlull l , '1- ~'\ .u- ,t'.IIt,(. l n nllf. cl
\ i ,.1\ ',1'11 ,'\1\ rti '\ls .1'\1\1 ,It\ kri l h'lIt. ,,'I.Ii '!ll 11"'1' ,ill 1 P lIr 1 uj u
1 s. nI qui ,'II Il'nt .\l\~,i ." ih :.11 IImin 1· .Ibl e ,1
11 ,'sl f," IlU ,Ill ,lIl<. J P pl in, r
1 I,ilkh ,Il' b,l!lqUt t r, ir . tisf if lu ,h D1Jll
J.lhn l ,':Ih' '1, i,"":lis d,lUIl' dl' s,\l1 , pl it ni" "n 1 li! .
tlis llli.. j\"h' .Ii, 1I\'\'f "'1\ l i'I"lll.'l'. ~ LI I\\n,
(sI parti. Il lend"Ill.lin, 1 ur l'Ang! ICT '
1 J 1\', '1 l , 1\1' I\Il\1l11 r i , ,'11 h'lll'r l./li... 1\1\'1\ j,'"r
.luks Ikrrv. .1 l1..'nDl Il uil J un
li 1.1 h .. l ,'ur ,,'Il pf,'I''' 1'1.IISlf. ,', ri 'S l'lus qUl p,'lIf itlltlll'Ils' l'rl'un' d·.llll,)!lf : 1. prom n plu j uer.
l mi n ... l IIi : 1.1 pi d' l 1 ',1 S.n ,'ir.
H il s· si l'th)I" • qudqu (Dl • d
t.t nt UI 'Illh, u.i.l,ml • , h'l. j I\l 1 fus qu, plus
d.ml< ,'( yi"l' l'J\I.llh Il. 1.', l' tir Il u
1 rd. Il' {"l,·là ... 1.lssllud ,'U ilh·ap.h·il "·.ll'l'll,·itf, si
,1 Itll.ll·tlll·1l1 l Il Il plus tl'ft.
i un 1. suhtllile du 1 l '1 il r. ,'Ii,'n ... J • m, suis ,'Il,I"f-
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,.Iil pl s,'riplil'n. 11 n' 'U
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a manif sI ,1lI<,UIIJepll ... B )0 lll.mire,ll d' .lUlre l' rt un j
< M.m, \lm nI ... qu 1 tlrf 'lu! li '.I~I\,lil ll\,'rtlll'Ill nt
nt. li ~n, il l\ .\lH.lg· '1\,','f ••• :I\l'
j l u. . .1 U l','urSl $
dl'ul' 1':lr,',' qu'il 01 1'111\ .1>:
j:II11,lis j,'Ul) .Illpr " d' \>!\l ", ...
~Irt'u, II. s l 'lIhl ,\ J,·tt s.
j.lIn.lis in,'.lrn[', •
« 'us d ';,'n: m'li, mb.lrqu,·r J .11:tis, Pl'UI' 1II1l SMI
J 1'1 ·Il.lis r.lrfl'ÎS li - rel 1
g d Il • Il st, IllI 1\1 r;'jl,indrl sur k qll.li.
h'ssl'iyn' l'.\"1 - sur 1.1 t ·rT:I. Il '
mbre, abl p, r II tu lil , ~ 's l1<:lks m.tins l'\I\ r-
l', .u,1 R.Isp.lil ••1\1 Il'\1\ i Ill' 1. ~ • \). al-
mm (1( ur me ml'ntrer ù'ntbi n ,'II 's 1.1i 'nI VI le '.
hl'lIr, t'I U, 'fur'ur, un, i. in ·ui.
• tem ~ hap.: ~ d f lIlft: Ibultll ~\lr 1\\'11 Ùrt,il. II
m a u d un t mlstre : pl.üI 1lI:1 1 ·uu .... l"rt 's 1. • '1 n
c -, J'ai 1 lUI perdu li'. l 1lll'L"slhl li p.lwr. ,VII,'I-
. s.1 ).Il,'usi', Aussi d 'j I.I-t-i! nt
l U
..'t t dtu" m l p.retes' nt .f ' (h.s ... ,IJ,llll.I·!-I\'
' . ft de,· '1\\1 llIUIll d' ,igil.lIl1.·. Il l rd cIIll,
11\' s\lin .... l' 'llf 1
tran lion, Il l' 1 t .optmll 1 tl t tlIps ù,' p.ISSt r. s.lns
u Pl'" ubl III f ù il "l'II"I i:su'!
'tude lu d'un h . l spolr. 1 IIIt'nw ,
i\ hl , S :h.·lh il s r f; 'i "~.I>endant, r t
YeltnelU abandonn ). an, .. qUI n (>\.'11' il r 1\ l,ir dt"tlni·
.
C~,rtitude t g~u'
p.:u m r ùre ..• u ~"nStlll' .... , p.lrf"IS, 1 (1 ,,,'\11 l,N, u m)O\ nt 1
, ' \ lire ' l m lm nt : u l'l'lIIpli' Mi'h Il • c B t um 1 u Ha UeIK:e
n a pu refuser tt h ureu ll'\, ' {Inllld : P Iris " l n
DUi6 j 'entu III J Iyn u
Cl u ueur mll<! te bol t 1 mir'l ,',1 l' ',111 'h nt lit tn '1 t 'lI\\nlln
• t. J l"app,)ais
129
12 IULES BERRY JULES BERRY . n-
•• 1 braves gens, bien ID~
C - Tu es une enqulqumeuse .... protesta-t-il T de toUS < les rassens) qui auraient
attendu mon départ... attends mon retour ! ~ • U as , uiVOqu e auX y~u:urait dit George~!imité, Jules Berry a
e.q és ~ (CO mm tester sa mag
Si, plus tard, au cours des sombres années. de l'occupa_ HOnn • er oU con ,
tion nazie, elle passe pour volage, on peut aUSSI la compren_ U le blam 'avec elle .. ,.
P. . scène qu
dre. Leur différence d'âge n'est pas en cause. Les loisirs déclaré. emonteral sur 1 Berry l'a tenue. C'est
que Jules Berry consacre aux champs de Courses et à ses - Je ne r sse-Ià aussi, J~ es énéfice des FFI (le~
divers autres jeux doivent tant soit peu la frustrer, la Cette prames ectac1e donne au b touS deux ont joue
conduire a se trouver sacrifiée, à perdre patience et à cher- même "pour u~ ~ de l'Intérieur) que", des Chiens. Non
cher quelque dérivatif. Forces Fra~ça;:r:d Savoir : Le Cimetlere
Elle va se compromettre dans une c liaison dange- un sketch .d A ., , scandale provO-
reuse ~, trop dangereuse, avec le fils probablement sédui- sans angOlsse"t craindre l'éventualite .~ u~u au minimum,
sant d'un important négociant qui a choisi l'abominable ,on p~uv:~sence de Josselyne Ga~. De' telles manifes-
voie de la collaboration avec l'ennemi. .. comme de nombreux quel par :u~eurs hostiles dans la S~en\ été organisées, par
que ques . b yantes aval d p' rre
fonctionnaires, puisque tel était le choix, telle était la dis- tations, plus ou: mOl~la:Char, c;ntre les spectacles e le
cipline du régime pétainiste de Vichy. exemple, par Pierre ,
Et là, il ne s'agit, hélas, plus de cinéma, bon ou mau- Fresnay. '1 près de Jules B erry, tout sd'est
vais, ni d'un détestable feuilleton mélodramatique, mais Or, pour Josselyne G~e .au ais non sans applau IS-
d'une réalité regrettable, qui s'est achevée par un procès, à déroulé sans le moindre JOcldent, m
Lyon, après la Libération. sements. , nt
Et tous deux, rassures, 50 repa rtl'5 en tournée avec
Jules Rerry, qui n'a cessé de tourner qu'en 1944, a
repris ses activités dh le début de 1945. Il termine un Banco et d'autres comédies.
film à Pari. et prend aussitôt l'avion (moyen encore peu
••.
rationnel et peu rassurant de voyager, même pour un bref
parcours) pour aller témoigner ou plutôt plaider en faveur
de sa compagne. Il s'adresse au jury en des termes pour , as fait pour les Anga
lui tout à fait évidents : En 1951, dans Ce,.Monde.~::'e:semble) Jules Berry •
. - VOut pouvez bien lui pardonner, puisque moi, je lui (La dernière pièce q~ Ils ont : le tit chapeau (agtément6
SI pardo~. retrouvé le rôle du diable... e pe h t Carné
Ce tmIoigna~e d'amou~, aussi COurt qu'éloquent, a pro-
P é rt Laroc
d'une plume) du film de r ve., iné cette e e fois. .un ange
bablement convamcu le tnbunal mieul( encore que de Ion- Pascal Bastia, l'auteur, a I~~~ _. 'd'emporter l'Ame de
, . . plaidoiries. et le démon se disputant le pnvl ge
100000yne libérée, il. ne se IOnt jamais plus quittés de deul( amoureux, ~hacun d~ns :~~ ~:j~~e premi!re (et noo
.,., A 1951. , Josselyne Gaël est, ,bien •u'elle interpœte avec toute
l'ange). Et les scènes d amour q
Pour que lOIl comportement paraisie plui clair et lans
130 JULES BERRY 131
JULES BERRY

la conviction nécessaire, exaspèrent Iule 1 cer avec une malice puérile, par
. à' s Berry. I , afin de le remp a ,
ne pat'Vlent s y habituer. aillais il
« marte :t , ' 1
Le décor a été construit en trois étag . Je sien. . am ais mariés, c'est selon son ~t~me
pour l'enfer, comme il convient... et le nive es . ~e. sous-sol S'ils ne se sont J. d' muni d'argent et poursuIvI par
le ciel. au Supeneur POUr motif, parce que, touJours ee lui-même aussi infatigable
Au cours des scènes d'amour le Diabl d' . el se mon t r , ' b"
Je fisc (1 equ ulu rl'squer une saisie des IJOUX
une .sorte de soupente, s'agite s~ns cessee, ISSlmulé dans . ') "1 n'a pas vo
qu'obs tlOe , 1 cas d'OPposition sur ses biens.
coŒuque, non simulée. Selon sa vieille hab'; ~vec u~e rage de sa compagne, en
et ~a passion, il ne joue pas : il vit Et 1 :a e, Son lDstinct
attire tous les regards l'attention ,. '. d turellement, il
o . ' reloUJe u public
reux. n ne VOlt plus que lui. .. au détriment du couple' d'amou-
Josselyne Gaël se souvient avec émotion et tendresse de
Et la salle croule de' d' .
s'efforcent de corom . me en eplt de l'émotion que sa générosité : . .
Vengeance d' uruquer les deux tourtereaux. _ Il m'a rejoint deux jours avant mon anmve:s~!re,
. J acteur. Et vengeance d'amant un après-midi, dans une grande maison de cou.ture ou ) es-
AUSSI osselyne après h .
t-eUe avec fureur et' 'hé caque représentation, proteste- sayais une robe. J'en fus d'autant plus surpnse que, tels
ve mence' beaucoup d'hommes, il détestait ces c pertes de .temps. :t.
- Tu m'as encore fich " Je m'étonnais donc de son apparition. Il s'en expllqua VIte,
Jules Berry f u m a scene par terre 1. ..
. , aussement penaud ' ne peut que s'atten- avec enthousiasme: il venait d'acheter, pour moi, un magni-
drIr et affirmer:
fique bracelet (une c rivière :t de quarante-deux diamants)
- Pardonne-moi ma hé' et ne voulait pas attendre quarante-huit heures le plaisir
reco:mencerai plus .. : c rIe. Je te le promets, je ne
romc:sse de joueur. Et d'a '. de me l'offrir.
Le SOIr suivant son i ~ant toujours Jaloux. 4: Seulement, voilà... dans le taxi qui nous ramenait

accaparant de nou~eau à ~?UISlOn l'emporte : il récidive, boulevard Raspail, il m'a demandé dix francs afin de régler
pathétique (pour ses p~e ~nstant le plus tendre et le plus cette course. Il ne possédait plus un centime.
:a
et provoquant SOn hila . ues), toute l'attention du public
nt . Une hilarité intempestive.
c Une autre fois ... j'étais dans llDe clinique. On venait
de m'anesthésier pour m'ôter une douloureuse dent de
sagesse. Auparavant, j'avais pleurniché, par jeu, telle une
petite fille dont on arracherait les dents de lait, pour deman-
"
~. der si, en compensation, je trouverais sous mon oreiller
le cadeau traditionnel apporté par la •• petite souris ", .. By "
Certaines photos de films représe s'était caché dans une armoire de ma chambre, pour atten-
de mari6e, auprès de l'un de ntent JoSselyne en robe dre mon réveil ... et m'offrir deux clips en diamants. :t
ses parten .
COatpoie alors des montages déco aIres. Jules Berry
, upant le visage du
133
tl2 JULES BERRY JULES BERRY

. 'bsente moins souvent du


d ' rmatS s a .
Jules Berl!" .eso Se~es ses obligations p~ofeSS1on,-
••• . "le quasl-conJug. al l' toujours, pamennent a
dOuffilesCI(théâtre, cinéma) et e Jeu.
c .. Mastic ft, l'un de ses meilleur trotteurs, avait gagné ne é. .
l'attirer à l'ext neur. Marken puis de Suzy Pnm, au
le Prix d'Amérique. Cette fois, j'ai su intervenir assez ~ite
Du temps de J~neb
pour convertir ce gros gain en divers achats. Sinon j'en r att eaucoup' moins rencontré . « chez
'
6tais certaine, par expérience, il aurait tout perdu le len- contraire, on au~ ne d'eUes. On le voyait parfOlS aUSSI,
lui »... ou chez 1 ~ d Maurice Chevalier et de Georges
demain, en raison même de son acharnement à se fier à
alors, en compagmeT~re de nos champions de boxe. Jules
une chance trop souvent absente,:. _ Carpentier, le plus ce e port il va se lier, plus tard,
Ses violentes querelles sur scène, avec Suzy Prim, ses Berry at 'mant écralement
'" ce s ,
taquineries plus ou moins innnocentes et spectaculaires, plus avec Marcel Cerdan. . • e depuis Hercule et Les Rois
tard. au détriment de Josselyne Gaël, sa façon cocasse d'in- Fernandel fi.gure, IUl.-m~: h lie se clppelle avoir joué,
terpeller sa famille, installée dans les fauteuils d'orchestre, dll Sport, parmi ses anus. IC e
tout cela en témoigne: il ne parvenait jamais à séparer sa enfant, avec Franck Fernandel.
vie privée de sa vie publique.
Toute son existence, comme Jules Berry ra voulue, n'a
6té qu'un jeu, tour a tour plaisant ou dangereux, tendre ou
cruel. Son amour paternel même ne ra guère incité à
&:ooomiser... ni à freiner ses ardeurs de joueur. La maman de Josselyne, un peu plus jeune q~e ; :
A l'aube des années 1950, il compte encore quelques « presque:.> gendre et toujours épr.ise de lui, ~e ~:~~~:= s~
amis auteurs, cinéastes et acteurs. Mais c'est sur les champs cher, parfois, de révéler ses sentlments et et 0 de temps
de courses que ses relations restent les plus nombreuses. fille pour Ir sermonner, lui repr~her de passe~r~ Patin de le
dans les cercles de jeux. Ou bien, plus ten , l' 1
n rencontre souvent Jo, son frère aîné, le préféré, puis- retenir davantage à la maison, elle prépare, pour UI seu.
qae tous deux partagent la passion du jeu. Et Jo, quoique
ardlitecte a 6té plusieurs fois associé aux spectacles montés de succulents petits plats. . l ' e aIler
Gourmet, il mange peu, en général, matS se ~:e Par
par Jules Berry, enVÏlageant mmte rachat d'un théâtre.
volontiers à de considérables accès d~ gourm~vre' à la
Jo De IUl'YÏvra qu'un an à son brillant cadet. Marcel, exemple quand cette « belle-mère :. Idéale sc: tI!I
poartant maladif, quittera ce monde un quart de siècle cérémonie annuelle, traditionnelle, de la confection d: po
. . . tIrd. de confitures. « By », comme l'appellent .d6sormcessi ses
Les Paufichet n'appr6cient guère Josselyne. Belle et proches, va même se montrer capable de VIder su ve-
• 1zlJ:ieoHe, on la juge hautaine et irascible. Cela crée, en men trois pots ... jusqu'à l'écœurement.
, n c• qaeIquea complications. Mais connaît-on des famil-

.. - prob1àDea ni frictiOlll? Pour les fêtes respectant


.. Il n ... on se rend quand même les uns ch~ les autres.
15

SA FILLE ET LUI

_ Ma grand-mère et lui, au fond, s'adoraient, témoigne


Michelle.
Adoration qui ne les empêchait nullement, comme tous
les vieux ménages, de se quereller. Ce foyer d'artistes sem-
blait d'ailleurs insolite à leurs deux familles, d'origine
modeste, petite-bourgeoisie. Et les différences de vie et de
conceptions sociales provoquaient des heurts inévitables
entre les générations.
« Ma grand-mère - poursuit Michelle - en dépit
de son admiration et de sa tendresse pour mon père, esti-
mait que ses retours nocturnes, tardifs, perturbaient mon
sommeil. Reproche injuste, car notre appartement était assez
spacieux. Ma chambre se trouvait située au fond. Le bruit
ne pouvait me troubler. Mon père, las de ses remontrances
continuelles, a enfin perdu patience : il a loué une chambre
en face, à l'hôtel Lutétia. Ce qui ne l'éloignait guère. Et
là n'était pas la véritable cause de son prétendu départ. La
querelle (quasi-continuelle) concernant mon repos a seule-
139

. • l'l'est d larE
i" ème t'li.. e~cé-de,
cr U n ._ v'IUme,
. La tr
, -:ùo.: u : ç' pus ! _ '~""3.1'. 1 a-t-il d~-idé,
3 _"~ etait en effet capabe de se montrer ~ieu.,.
JoUAJ ....
4 -
de!i'ni'ti',,-1" : il ~ !I{0n ~ , 'un d~tail qui ne lui cOOyen8Jt pas.
~ tpus ' ero arqU3.lt tOuJours
h b'tue! Tomasini. dese~per:ut. .. pU! se 1=1-
.,.-L-'
n dre parler, llUll:ili 1. r .
n, taIlleur a l , un peu le caprice de papa. 1ors des
C 1 T'Otique
b bic" essa\age du c -tume du diab.le es lSft~
.-nJJt, e a e:'r ' 1 d V"
...• "
j.lnnrot:l . - ' d Pré rt
Soir, TI ne poUyait détester ce _chef-d. ~u.\Te. e
Laroche et Carné, Mai' il o'a aime, en wnte, ni son, rô!c 01
ve:
T t'eS ~:3Ilt.. : 1n costume, Son collant et s 0 pourpoint le bnd81ent.
BlCIde < _ ~ • ,:'e: lui a a !an - la
~_~men:;~ :t. .... n~ "l ;: :mariaient son indispensable liberté de mouvements. Il a
............~ ap!ai!i'ies.. - Ii . . . .= ...e mlènrres ou :-
fallu le lui recoudre et le réajuster une quinzaine de foi Et
fé:a:ü:njine.. e <, _. > en, pcrt3.it une en r,
"-1:.. nltml=ml.n
r dl pen J t un mm -~ul~- p"~nn' :JIU-
- il n'a jamais cessé de s'en plaindre, ,.
4. La ferocité du démon devait heurter, en outre. ce qu JI
OU<

pas dll:.mDé.. es Beuy n'était pourtant


conseryait. inconsciemment. de soo éducation religie~­
do li a
es., le pre 'el,
_re
me. manchette ami,
."5
Lorsqu'il entendait proclamer que soo Diahle était le plus
e...-.;:tr3ordinme de ses rôle., il enrageait, Il se préférait dans
WStœs ) eu Cocteau IDIIDa
Sadn' & sur 1e bord de ses .es per oODages de comédie, Surtout ceUX qu'i) a jou au
""'.mu a - - . ". • Guitry e Christian,Jaque ont
the3,tre,
li pcc"ait
".':;'Çiéc par le'::, apr-cs sond'bah't en
parure saphirs. Elle fUl
c Son métier, c'était la ,·ie.. , cette vie qu'il aimait SOUS
ch" ~
toutes ses force', Même ses insolences, il savait lees lan<:er
~ comme tant d'au·res
.. de
Et.. CD n:mtn... Jikn avec élégance. Il a menacé, un jour, SOD percepteur, qui le

:n
10.1 - U

. ce fuliiew i_uq_.hltent,
, ses dettes, poursui\ ait, consciencieux et implacable, de studio en stu-
qae cb ~ pla nerveux, machinal, ne CODSOm- dio :
daUrs », "cm..; _.ai_ Dl ~ d-- c P nnce
tes, ovales ''-~ . de _ Si vou continuez à m emmerder. us ne participe-
~lo rares objets lOU'cuin qu' pour lui. Son étui, l'un rez pas au prochain tirage 1..,
-op "w::nt &é spéciaL ""CDl COoçu
...".. a pu conserver sa fille, a Le fonctionnaire. interloqué, l'a prié de s'expliquer· Jules
pour y loger ces cil"a- Berry a poliment accepté de satisfaire cette légitime curio-
n se montrait _ _ e sité :
de s'habiDer'
~_ .
partll'''beremcnl inlransj
geant sur sa façon _ J'inscris le nom de mes créanciers sur un petit cam
c __ &raud ' de papier. que je plie en quatre et que je d6pose dans mon
M + Ile' -pcr-e (le pere de J
• ttant taillcnr, a lCDté tr".;. OSSe,lyoe Gaël) raconte
chapeau. Comme je ne peux les rembouner tous en m&ne
...... f olSdel- temps, j'effectue, chaque mois, un tirage. Tant pis pour
III confection-
140
JULES BERRY
141
JULES BERRY . .
vous. Si vous êtes raisonnable, vous
suivante. :t y aUrez droit la { , du tout apprécié .
OIS tibilité. 1l n'a pas Guitry n'a qu '.a
é à sa suscep confier un rôle, , m'a-t-il répli-
pas pens S'il veut me llement avec mOI,
«- personne .
....., ndre contact
pre offusqué. 'embarrassee. Je
, ne voulais pas, a
mme l'un des
qué, Sa réaction mGa'try déjà considéré ,C? quand même
Sacha Guitry et Jules Berry furent sans doute les deu1; « 'sser U l , é que J al ,
artistes qui surent le mieux (par défaut) échapper aux vigi. mon tour, frOl acteurs de cette po . "té
r la SOCle productnce
C
grands auteurs-, Sans résultat, ca B par chèque, e
réussi à les réu:;~~ voulait pa~er C y ;ur échapper ~ux:
lances fiscales. A ce niveau-là aussi, voilà bien une forme
d'art.
Sacha Guitry, Jules Berry: ces deux hommes de superb~
des films d\ Stoujours avec
qu'il refusai
vIgue~;'le ~ornprendre.
S ha Guitry deval
Mais ...
allure avaient tout pour s'entendre ... un égal amour du jeu contrôles fiscaux. ac, e en suspens. :.
(au moins sur scène) et une même irrésistible envie de son off re est demeure
s'exprimer, l'un par écrit, par les gestes et par la voix, l'autre
beaucoup moins par écrit, puisque les textes de ses auteurs
préférés lui suffisaient, quoi qu'il s'en servait sans excès de
....
id6lit6. e romotion de
figurer dans un P 'd rait
On ra prétendu et ce fut parfois vrai : Sacha Guitry Il avait été pro~osé :~~~neur. Mais (détail (~c dee~tes,
a surtout écrit pour c lui-même :.. Il n'a cependant pas l'Ordre de la LégiOn cette nomination) couv~r dépouiIler
ort avec J'arnaIs
hésité, pour ses œuvres majeures (sur scène et sur l'écran) être sans rapp t préférablc de n,e alsain de se
à .'entourer de grandes vedettes : Raimu, par exemple, il jugeait prudent e s'J'I estimait inutIle et m t de ne pas
son courner, ' Comme , 'lié », Et no n con ten 1 docu-
fi a rneme donné une pièce et un film 11 Fernandel, deux
à Michel Simon, un à Poiret et Serrault presque débutants. savoir un peu p1u,s c dcpoUl
, ait en menus morceaux roes osition
Ouant aux femmel, on le sait, il se voulait c tout contre) lire les lettres, il 1~c~l~e Ainsi n'apprit-il la ~'/diverti.
ments à en-tête 0 cie . p plus tard, Le gag dans ses
eUes. Et il a, outre &el épouses, engagé les plus spirituelles " e beaucou • t ait pas ,
et Ifacielliei Partenaires. Mais Jules Berry ? de nommatiOn qu . bic distinction n en r , d'acteur lUI
1011elyne Ga& m'a raconté : Cette haute et envia larité son prestige
rêves de gloire, Sa popu ,
- ]e jouais la pi~ de Sacha, inspirée par son père, suffisaient.
Lucien Guitry : Le Comédien.
c ~re amie, m'a-t-il annoncé, voulcz-vous pricr Berry
de prendre contact avec moi? ]e voudrail lui donner un •••
r6Je daDJ mon prochain film.
è de mcs grands-pare nts mater-
.
e Cette propolitioD m'a parue &liez digne d'intérêt. Je c Je vivais surtout aupr :rtait souvent jouer la comédie
,., .... emprel. de la COlDIDuniquer à c Dy». le n'avais nels. Ma mère, elle-m~me, P
144 JULES BERRy
145
JULES BERRY
BOUS .nous trouvions ce jour-là
rendait. en revanche tr' • seuls à la .
applaudir ses amis '. es ;olontiers au th ~aJson, 11 s . ue Michelle ne serait pas dispensée de sa première
. . , , mrus il s efforçait
bVité. Aucun défaut ne lui écha
ses partenaires le maximu d ppalt. Aussi exig .ObJ-ec.
titi m e concent·
maxim~
. au
eatre
ru:
eaJt-il d
e
y
déCidé q.
C • •
hUlt Jours aV
Elle s'y prépara donc, On se rappela seulement

, d procéder
, , ' so1enneIle ... que l' on aVal't
oflllllUfllon, ant cette ceremorue
~
à celle du bapteme. li f alutlVIte
' y reme- '
ODS... non sans les e b ratIon lors d . e oub. lieIl e'ensuivit à cette occaSIOn
. peute fAete au restau-
une '
ou modifi . , . m arrasser quand il es repé. dler. S l
. rut ses repliques pour' s se trom . rant Drouant, celui desGGoncourt,' ll
P ace al on.
il se rattrapait tou' ffileux les assimil PaIt « Et raconte Michelle Berry, lors de mon repas de
désorientait Jours afin de tirer d'embarras er, Mais
. ceux qu'il fiançai1le~, chez Drouant également, huit ans après, maman
c Je rai vu jouer à P ' . apprit que l'addition précéde~te n'avait yll~aiS été réglée.
quelques mois avant sa ~: ~~~ en ~ournée, avec maman La direction du restaurant avaIt bonne memotre. Sans doute
sensation de Ce Monde n'est' asru ~slsté à l'une des repré:
alors l'impression que de
sonnellement la parole' à
1: !alt pour les Anges, J'avais
scene, ~ nous adressait per-
y avait-il prescription. Cette information nous fut donnée
avec un sourire indulgent. Ma mère s'empressa quand même
de payer la vieille dette. Je ne sais si, dans cette confusion,
ma
que c'était parfois vrai n grand-mere et à moi. D'autant mon repas de fiançailles l'a été. Peut-être m'en présentera-
pensais nullement me t;ou e toute façon, à onze ans, je ne t-on la facture à l'occasion des fiançailles de ma petite-fille ...
Pa farnjJ]e, il se montrait ver ~evant ~n 4: monstre sacré ). dans plusieurs années, Pour l'instant, elle n'est encore âgée
de fantaisie. Comme sur t?u]ours drole, sarcastique, plein que de quelques mois.
c Quand je le revois~ne et comme sur l'écran. « A propos de ma famille, mon père n'aura pu, évi-
~ rôles, je le retrouve tel ans ses films, quels que soient demment connaître ses deux petits-fils: Patrick, né en 1959
nant, parlant avec 1 • que dans la réalité bougeant et devenu danseur soliste chez Maurice Béjart, puis direc-
c e meme b . ,. " ' teur d'une compagnie de danse à Cherbourg et, à son tour,
• ton :t personnage. Il rte no. Il n rnterprete pas ; il est
~ve, une pelisse à ~ , par exemple, dans Le Jour p~pa d'une fillette, Maéva, et le frère de Patrick, Didier,
n~pa-ait lia VIe- sans l petits
' carreaux que ]., al. b'len connue. ne en 1964. Celui-ci a préféré la technique, mais il est resté
.. lCèue ou de'cinémaa m)omdre affectation, dans ses tenues a~ service du spectacle ; il a débuté comme assistant de
Pierre Mondy, puis s'est orienté vers les problèmes d'éclai-
vaIDn6ea
u ~ (bientôt quarante
. e conserv
) e l"Impression, après tant
lui. ouvnr ma porte et a ans. en le retrouvant ainsi, qu'il rages de scène. :t
.. :t pparaItre chez moi... rentrer chez
: .
••• . ~ors de ses dernières apparitions en public, Jules Berry
Le pcü't ft-'_!_ • dISSImulait dans ses poches, d'un geste machinal qui ne
1 lK'WIII8lre avait prob ch~ngeait rien à sa désinvolture apparente, ses mains aux
~~mentMdégoûté
uJes Paufichet de la praüq'ne relIIPeUIe . 1e Jeune
. dOIgts longs et fins qui, naguère, virevoltaient sans cesse
. al8 la famille a
]46 JULES BERRy

147
comme des oiseaux. Coquetterie et pudeur de star . JULES BERRY
sait de révéler sa déchéance physique. qUI refu.
La maladie, peu à peu, le paralysait. Ses rhum f de son champagn e P référé. Le soir-même,
déguster ~ peu
déformants le torturaient de plus en plus. a ISmes il s'éteignaIt.
- Mes parents et moi devions l'aider Sur le plan Dl 1
' , 1 raconte Josselyne Gaël. Ora ,
1 matene,
comme sur le pan
Suzy Prim, seule, recevait encore ses COnfidences, alors
qu'ils étaient séparés depuis une quinzaine d'années. Ainsi il a vécu : sans argent, as~~e
alla-t-il revoir son ancienne compagne et partenaire au début Il est mort comme , ntait pour lui qu'un bIJOU
C ' t ne represe - et
du printemps 1951. Toujours optimiste et gai, malgré tout, Michelle. Mais 1 argen ,. . ait un cadeau pour mOl ...
Jules Berry, lui parla du nouveau traitement à la cortisone . offrir à la femme qu il alID ... unm
' euble à garder par
a
non quelque ch ose, meuble ou ,
qui promettait de le soulager, sinon de le guérir :
sécurité... »
- Je t'appelle demain, lui promit-il avant de la quitter.
Où veux-tu aller déjeuner?
Le lendemain, il entrait à l'hôpital Broussais. *
**
< Ce traitement était certes efficace, affirme Josselyne
Gaël. Il a bientôt recommencé à remuer sans peine bras et , • avril 1951. à l'hôpital Brous-
« Après son deces, le 29 '1 "ai voulu récupérer un
jambes. II parvint même à renouveler ses effets de man- sais, se rappelle Jos~elyn~ Ga~, J orté : la timbale dans
chettes.
gobelet d'argent que Je. lUI aVaI~ ~~Pétait petite.
< - Je pourrai de nouveau t'aimer, tu vois », mu r- laquelle Michelle bUVaIt: lorsqu el" na\Té, une infirmière.
mura-t-il avec un large sourire, à sa dernière compagn~. , « Trop tard, m'a repondu, au
Son vieil ami, l'acteur Léon Bélières, venu le vOIr a Un créancier a emporté ce gobelet. :.
rhôpital, a été agréablement surpris par sa bonne humeur
et son enthousiasme 1 :
. «Il sentait ses forces revenir. Il devait même, ce jour- *
*oo
la, donner le départ d'une Course d'étudiants en médecine.
Il s'est égale~e~t intéressé à l'organisation du prochain .
Josselyne a tout Juste pu .ép ing1er sur sa chemise, Jeà
1914-1918
gala dc:s Co~edlens combattants. II espérait y assister ... » .,
hauteur de sa pOltnn~,.
sa CroIX de guerre ,
't P' la jeune comédienne
, <;>UI, m3!S... on avait oublié de l'informer que son seul bien personnel qUI lUI restlU" UIS, Le fisc avait
médicament ne tole"t l' ., 1 J t uvées sans un sou,
Or à l' . rai pas a momdre absorptIOn d a coo . et sa fille se sont re ro séd't peu de choses, par
, OCCasion de la course des étudiants, il a cru pouvoir saisi tout ce que Jules Berry" pos é ,lU .. ~ sur la porte de
conséquent. Les scellés a~~ent te po "er domicile officiel
1. • SouVeair, • émiooion sa chambre de l'hôtel Lutetia, son d erm
• télé'ÎIée. 13 rnai 1951. avant Broussais.
Le fisc n' a rien dédaigné, rien oublié,

1 JULES BERRy 149


JULES BERRY

Sa ~~
TI fmalle contenait tous "'- co .turne d . , présence inoubliable. Mais l'œuvre
robotique d une
allut obtenir une autori atio n e ville et de sc' rtient désormais à un co Il echonneur
.
Jules Berry décemment sur son lit d pour pouvoir habl~llne.
UleO t sy
e mort. er de yan Don~e~; a;P~r de l'acteur ou du peintre? Je ne
Aw.u ..ra e
a~ éfi.cain~Claude . tté
Brialy, en tout cas, l'a vivement regre .
saiS. Jea.n l' heter pour décorer le hall de son restaurant.

•• Il voulait aC déplorer (sans chauvinisme) cette expatria-
On peut en effet ., 't' , t
. ffi . ) d'un comédien dont la carnere a e e a cen
Yves Mirande (comme He . J tlon (en e gie . '
ançaise et même presque exclusivement pan-
passer l' . de nn eanson) ne laissait . . pour cen t fr
OCC8SJOn lancer un bon Jamats
~on pour l'humour noir. L'auteur~ot'BAyec une prédi- sienne.
Selon le célèbre peintre, cité par Maunce essy
. B dan
s
FaçDlÙ, Paris New York t e . accara, Derrière son Histoire du Cinéma 1 (de 1936 à 1939) c: Jules .Berry
Sain J'._ ' e c confirut . S1. ,
~~J" dans le cortère qui co~duisait l e : .a Renée fut le plus mondain des comédiens >. V~i~à un pOfi.t de
ere demeure, au cimeti' d ' amI vers sa vue que l'on peut quand même juger restnchf. pour IUl. Et
_ Cest b' 1 ere u Pere-Lachaise'
len a pre"' f ' . pour d'autres.
à sa mémoire et illlere OlS que l'on rend hommage
Quant à moi. '~~est l~u~ se~, cam~ades peuvent le suivre ...
CIl 8!Nteur. .. erruere fOlS que je vais au cimetière
...
~

Lorsqu'à dix-huit ans, sept ans après le décès de son


.-• père, Michelle s'est mariée, le c: Trésor public> (bien pauvre
c: trésor , ... telle est sans doute sa justification) lui adressa
une lettre pour lui demander c: si elle reconnaissait l'héri-
Jules Berry et ses deu fr'
de5 Pauficbet. La tombe x ere.s reposent dans le caveau tage , de celui-ci. Surprise et anxieuse, elle entreprit d'abord
qua, pendant une vin . est ,touJours fleurie . On y remar- de se renseigner: de quel héritage pouvait-il s'agir? cOn.
quelde violettes o r e d années, un modeste petit bou- voulait seulement savoir (non sans candeur) si elle était
ou ____ l' e probable d'une fidèle ad~;"atn'ce
. - - , _aquelle ad ' ......... .., disposée à rembourser les millions réclamés jadis par Je
..... la légion perisie u, a son tour, disparaître, ou fisc . Dans l'affirmative, on lui restituerait la pelisse CD zibe-
BIle.
line de son père, ses boutons de manchettes, la timbale
d'argent, etc.
• _ J'ai refuié. Je n'avais pas les moyens de r6cup6rer
•• tout ça. Et papa se serait siUement retoUI'Dé de rase. daDa
Oadaità Van sa tombe, si j'avais accepté cette proposition. Mais qlIand
i. DB ciel -.'~dI"'~ portrait de Jules Berry .. _~:_"
~ IlDann, c son • uc:/I~
m

(CS U ,-"cie Hans


- - --.L-:
p . Ce hIbIeaa • •: . cercIe
IUAI_ certea d' Y figorer: prolonge- 1. PY&moli08. 1,.7.
150 JULES BERRY

j'ai eu vingt ans, le fisc, inlassable, a renOUvelé 4. 50


Sans plus de sucees.'D ' enfin'
epUls, ,Il ,e-t, semble-t_'l
n offre.~,
• s,est-il déb arrasse' d
gné' Peut-etre l ,
e ces quelques reli resl
u '
dans une Salle des Ventes. Je n'ai plus rien su. :) q es

.
.. *

Le public réagit encore, parfois, ayec la naïveté. la spon-


tanéité des spectateurs de mélodrames du siècle dernier. 16
e Le lendemain matin d'une rediffusion du Crime de
Monsieur Lange, à la TV, m'a raconté Michelle. je suis ~ AVIS PARTAGE
entrée dans une teinturerie, pour laisser quelques vêtements
à nettoyer. Et comme je donnais mon nom, la teinturière
s'est exclamée :
e - Ah ?... Berry ? .. Comme ce sale type, hier soir L.. . h dialogui tes et chro-
Henri Jeanson et PIerre L.arOC ,e ...irulente équipe du
e Ce fut la seule fois, heureusement. où j'ai subi ce t a ia
genre de réactions stupides. Les gens qui l'ont connu ont
,
nique urs feroces \.1'1 s appanenruen
" j mmentaire d •un film de
Calla"d Enchaîné) ont eC~lt e co rem jamois. Ce film
toujours apprécié sa courtoisie. sa drôlerie, sa faculté montage intitulé Les EtOIles ne meu .' antes séqueOOCS
d'am1ller. n aimait, il adorait divertir !... - '1 . des plus S8I~1 •
se composait d'une e ~c~\On
e Un soir, très pressée, j'apportais des costumes. pour
11De ânission de télé à laquelle participaient mes fils. On
Etat bloqu& dans un embouteillage et le chauffeur de taxi
l'iul(MMtientait autant que moi : entre autre, fort justemen
. " d d' able se
1
de réalisations interpretees par es p ble; du montage ont.
di;.parus. C'était en 1957. Les respoJnjsa Berry dans la
. t retenu u es
' d t urpri par un orage
preten an
sc.
lus!!l1lDds coJDédienS

de 1 appantlon u 1 50' .

J.
œez
C - : Moi aussi, grognait-il, je voudrais bien rentrer
1IlOi pour huit heures et demi. Je veux voir un film avec
Ben". C'6tait un bon copain L ..
C - Ab, bon 1... m'étonnais-je. Vous l'avez connu ? ..
<K Mon nom. m..
.
au cours du festm es ISI d V' 'tellrs
e titre ne vous
cho'e ... Je \ iens de 1 1010 ... ou
ailkurs ... tel est le d e un . du voyageur
.
du Ir.

is ? .....
_..d
diraient pas 6' ......-
:_-"u
blié dans son pays. .......~

S ; ; :...~~que ~, en effet, avaitré~u.lière­ Les Etoiles Ile meurent JamD. . sur' aurait clamé le
o 7 RL .. ""lM. plumeurs llIln6es durant, du • Lutetla au , M is c'est b len .. · .
.... "Je .'cMt. · --
-IS!n:o'll n m' ..1-_", • • Bang S.·lOg.... a tre inoubliable displlfu.
&
L •
"nsl, pendant vmgt rnmu- commi' aire Bourrel-Soupl~ •.au agé
_ ... l ils lUr ~ ~POrtement amical de \ ' 01'1'a sans doute un, aVIS bien part envahissan··1, dans le
lIOIl ~ Je ne lui .. ~ révélé mon identité,
.·· t trop
.. _ Ce c Diable :) qu Il JUgeai
propuc ont PIOC:urE un VIf plaisir. :.
152 JULES BERRY

costume qui le bridait, Jules Berry ra pOurtant é'


,
sur scène, quelques semrunes avant Son décès r dInca; lle.
· moms
comédie de Pascal Bastia, " Impressionnante , queans
l' la
vre de Prévert, Laroc he et Carne.. œu-
Mon souvenir de décembre 1942, peut-être inju te,
efface tous les autres.
Ebloui par Jules Berry, Arletty, Alain Cuny, Maria Déa
Marcel Herrand, Fernand Ledoux, par la poésie cruelle,
et tendre des dialogues et de la réali ation. j'ai cru voir en
couleurs ce fim noir et blanc,
J'avais seize ans.
Et depuis 1942, le cœur des Visiteurs du Soir bat tou-
jours.
CHRONOLOGIE
••
J'ai quand m&ne reçu un choc, en 1983. Non parce
qu'on oubliait de commémorer le centenaire de Jules Berry .. ,
lIlaia parce qu'un magasin de fourrures succédait soudain, à
la lIlle de cin6ma du boulevard de la Madeleine. à Puns,
M. 6tait IUf lIOn 6cran que j'avai vu surgir Les Visiteur.\' du
THEATRE

1903 (sa vingtième année) a 1907

Jules Berry tient de petits rôles au Théâtre Antoine,


puis à l'Ambigu et à l'Athénée, dans La Mort du duc
d'Enghien, de Léon Hennique, Le Perroquet vert,
d'Arthur Schnitzler, Roger-la-Honte, de Jules Mary,
L'Arlésienne, d'Alphonse Daudet, La Duchesse des
Folies-Bergère, de Georges Feydeau ...

/908 a /920 (avec J'entracte de la guerre de 1914-1918)

JI poursuit sa carrière à Bruxelles. au Théâtre des


Galeries-Saint-Hubert et à l'Olympia (de Bruxelles 6ga-
lernent) puis en toum6es. Avec: Le Mariage de Made-
mO;W'lIr Rc-ule111an.f, de Franz Fonson et Fernand
Wi\,;hencr, I.a Demoiselle de Magasin, des memes
auteurs, Miquette et sa M~re. de Robert de Flers et
G.-A. de Caillavet. Le Petit Café. de Tristan Bernard.
Occupe-toi d'Amélie, de Georges Feydeau ...
15 JULES UEHRY 159
JULES Bl!RRY
1926
et met en scène Banco, avec
cl
Et 1'1 repren ..
Il devient Monsieur de Saint·Obill, dan\ la comé<!' potinièr~~ a La potimere,
d'André Picard et H,-M. HarwOOd, aux Mathu ' le Suzy Prli ,
Pws. 1'1'Joue a. M arsel'II e T I l le, J' op é relte <.le Mau.
. a JOlle nns,
rice Yvain, Yves Mirande et Albert WilJemetz, nt il
termine cette année par une tournée en Belgique de 1930 , La potinière, Pour Guignol,
Berr
Simone est comme ça. te l'année a , uHe de Georges ,
11 reste, t~U eu rUne comé<he-bo avec Suzy pnm
Vil cambrlOl ''( qu'il met en ~ène, L Vie est belle
1927 et Louis ye;eburle, puis une repns~ d~ :élix Gandéra,
et Saturnl~ ade Quick, la comé<he, e ne comédie de
1 création ' d Beaute, u
Simone est comme ça (toujours) au Théâtre de l'Ave. eltl J'~ue ensuite Inst,tfut dee Jules Rateau,
nue. Il interprete ensuite une comédie de René Saunier : J. Valc1er, ct L e Pyjama,
Baccara aux Mathurins, Puis il endosse La Livrée de
' ,
Monsieur le comte, l'adaptation, par François de CrOIS-
liet, d'une pièce de Melville Collins, au Théâtre de
l'Avenue, ]93] au Théâtre
d'Henry K 'IS te maeckers,
, b'
d 50;/lt-0 /II,
Il est Déoelal, 's redevient MonSIeur" e de Georges
1928 Edouard VII, pu!. et crée Blu ,
'd le même théâtre,
ans 'été
Delance. aux Van s,
Le Rabatteur, d'Henri Falk, au Théâtre de l'Avenue.
PUÎI il met en ICène et joue La Vie est belle, de Ma~cel
Achard, avec Suzy Prim, au Théâtre de Ja Madeleme. 1932
Roger.Ferdinand, d'aprè Ler-
11 crée Cabrioles, de A de l'Œuvre, puil Maria,
1929 ' au Thé tre
neth-Holcma, , Ambassadeurs.
u' Alfred SavOIr, auX
n cr6e un lketch d'Alfred Savoir au music-hall de
J'Empire. PIlia il devient L'Homme de Joie. de Paul
O4raIdy et Robert Spitzer, 1 La Madeleine. JI joue /933 Suau... d••p....
_Ite L'A.ub., 1. 10lIl' .t ÛJ Nuit, de Dario Nicco. Souril l'op'rette de Johann Th6ltre Piaille.
dl ..t, et ChIt, ,. Chi."" .ketch d'Alfred Savoir, â La l_a Clwuve- d Meilhlc et Hal6vy, au
Le Rlveillon, e
163
162 JULES BERRY
JULES BERRY

(encore muet) de Marcel L 'Herbier


o retroUve ensuite Jules Berry dans Un Petit Trou pas
, tiré du n r un court métrage de Pierre-Jean Ducis, Yves
d'Emile Zola, rOman ce,
h S P , J l'
Mirande et Henri Caen, avec uzy nm et u len
Carette,
1931

Mon l
d Cœur
/a et ses
il M'll'
s , de Mod
. onyme de André Berthomie este Aveyres (pseu- 1935
Joue avec, déjà Suzy p ' u) dans lequel Jules Be Yves Mirande écrit et réalise Baccara, sans rapport
, nm et Madeleine 0 zeray. rry
avec la pièce de René Saunier créée en 1927 par le
même acteur, avec Lucien Baroux, Marcelle Chantal
1932 et Marcel Aimé dans les autres rôles principaux.
Jules Berry tourne ensuite Et moi j'te dis qu'elle t'a
Il retrouve sur l'écr fait de l'œil, d'après le vaudeville de Maurice Henne-
de Robert Siodmak a~, (et , chant~~ Quick, dans le fi lm quin et Pierre Veber, filmé par Jack Forrester, avec
(créée deux ans aup'ar apres la pIe ce de Félix Candéra Alice Tissot, Colette Darfeuil, Julien Carette et
avant) av L'li
Brasseur et Armand Ber ec ,l ,an Harvey, Pierre
Pauley,
des Paklces de C ' nard, PUIS Il devient Le R oi
Puis: Jeunes Filles à marier, de Jean Vallée, d'après
Henry Kist~maec::me dGal~one, d'après la pièce de Dollars, une comédie de Raoul Praxy, avec Josselyne
Henri-Georges Clouz~t a aptee, par Serge Veber et Gaël (qu'il rencontre à cette occasion), Maurice
Stockfeld), (avec SImone Simon et Betty
Escande et Mady Berry.
Suzy Prim et lui se retrouvent pour Le Crime de Mon-
sieur Pegotte, un cour-métrage de Pierre-Jean Ducis,
1933
avec Raymond Cordy.
Jean Dreville et Roger-Ferdinand l'engagent dans
Arlette et ses papas de H Touche-à-Tout, auprès de Colette Darfeuil et Fernand
et Louis Verneuil ' '1 ,enry Roussel, Georoes Berr
Suzanne Dantès e; ~u 1 DJoue avec Renée S~nt-Cyr Gravey.
ax early, ' Et voici Le Crime de Monsieur Lange, de Jean Renoir
et Jacques Prévert, d'après une idée de Jean Castanier,
où il s'oppose à René Lefèvre. Dans les autres rôles
1934 principaux, Florelle, Sylvia Bataille, Maurice Baquet,
Henri Guisol et Marcel Levesque.
Pierre
.....". • Colombier réal'Ise Une F Et pour terminer cette année, il devient Monsieur Per-
U r.Jvlre Popesco) d'après un ~mme chipée, (Il s'agit
e plCCC de Louis VerneuiJ,
1 165
)1JLES BEllay JULES BERRY

SOIlllt!, dUIi le film de Cbristi Richard pottier et Carlo Rim l'emmènent 27, rue de
a\leC Jossefyne Gaël. an-Jaque la'm, la Paix, avec Suzy Prim. Renée Saint-Cyr et Gabriel
Signoret.
puis il devient Le Voleur de Femmes, d'Abel Gance
1936 et pierre Frondaie, avec Annie Ducaux et Jean Max.

Richard Pottier réaU e Le D' e


André-Paul Antoine. Jean GaifqUct 413, imaginé pa
sont ses principau' part . an t Constant Ré r
L60 M h eoulres my 1937
n at ot tourne Les L .
roman de Charles-Robert ~ps entre. eux, d'après le Re/ldez-vo us Champs-EI)'sées. Il y rencontre Micheline
seurs en France,aventures
TI d uma,d 1 un des pree' ur-
Cheirel, Félix Oudart et Pierre Larquey.
P ~tr?uve ici Renée Saint-Cyr e contre-espionnage. Et le voici dans Le Club des Aristocrates, de Pierre
ws VIent La Cargaison blanche Colombier, Ashelbé, Jean Guitton et J.-P. Feydeau,
de Robert Siodmak et H . ou Le Chemin de Rio
~nn p~
avec Elvire Popesco, André Lefaur, Viviane Romance
un reportage de Jean Jean on, film inspiré
d~gue (déjà !... ) S\lZ) p~on ur les trafiquants de et Armand Bernard.
Pierre Colombier, Jean Guillon et Henri Jeanson fil-
Ple'!e Aumont l'entourent ' Kate de Nagy et Jean- ment ensemble Les Rois du Sport, où Jules Berry invite
Arrive ensuite La B2te aux . Raimu et Fernandel à tricher gaiement et résolument.
dia CafO.dt! nain de J sept Manteaux ou L'Homme Puis Roger Richebé réalise L'Habit vert, de Flers et
Avec aU85i Junie Ast' ean de Lirnur et P.-A. Fernic Caillavet, où Jules Berry retrouve Elvire Popesco,
Et il va tourner en Italie
or, Meg Lem onmer. et Roger Karl..
André Lefaur, Victor Boucher et Pierre Larquey.
de Charles-Félix ... Coup de ve1lt, une réali ation Jacques Houssin tourne Les deux Combifllll'ds. Le
n' ~aVllDO mm6
M iedent CIl France po~ deuxième combinard, c'est Georges Milton, sumo
arc Allégret Henri F lk une Aventure (J Paris de
Paro~ ArJ~tty
Bouboule. Avec aussi Josselyne Gaël, Charpin et
nesWc ct L . a et Carlo Rim, avec
André Borthomieu UCICD Baroux. ' Temerson.
Il devient ensuite Balthazar, dans un film de Pierre
lICkJ . de Loïc Lefilme
. ano G alors
' L a Mort en fuite, un Colombier et Léopold Marchand, avec Danièle Paroi a,
_., Julos Berry ourladec el dialogues de Carlo
Charpin et Alerme.
a.ri~.Jaqlle ~~;::ette avoc Michel Simon. Aleundre Esway filme Hercule, imagin6 par Carlo
PI. "1) de Mimnguett. , oche, ou il incarne l'im- Rim. Jules Berry s'efforce en vain de corrompre Fer-
Msuriœ Olei&e ru;- nandel, patron de journal malgr6 lui. Avec Pierre Bras-
•uoe com6die de Uopold
e Une Potde 8Uf' un mur, d'après
March seur et Gaby Morlay.
tpnM Fabre et Pierre Lacq::;.) (Avec Iules Berry, Il incarne ensuite Ar.rène Lupin dltective, dans le film
166 JULES BERRY 167
JULES BERRY

d'Henri Diamant-Berger et Jean Nohain, tiré du roman . c Robert Le Vigan et Colette


et pierre Labnc, ave
de Maurice Leblanc : L'Agence Barnett et Cie A nO fi , .
Suzy Prim, Rosine Deréan, Gabriel Signoret (l'ins~~~ Darfeuil. Oncle de Normandie, scenariO
teur Béchoux) et Mady Berry (la dévouée nOurrie Jean Dréville ~lme Son Josselyne Gaël et Pierre Lar-
Victoire). e de Paul Mesmer. Avec .
Et voici L'Occident, d'Henri Fescourt et Henry Kis- quey. film de Kurt Bernhardt et A.-P. AntoIne.
temaeckers, avec Charles Vanel et José Noguéro. Carrefour, un el et Suzy Prim.
Puis L'Homme à abattre, de Léon Mathot, Charles Avec Charles Van Natanso n et J.-P. Bay, en
Spaak et Charles-Robert Dumas, où l'on retrouve les Accord Final, de Jacques Josette Day, Georges
. Avec Kate de N agy,
personnages et acteurs des Loups entre eux. Avec SUlsse.
Roger Karl, Jean Max, Aimos, Viviane Romance et Rigaud et Aler~e. de Walter Kapps et L~opold
Jean Murat (dans le rôle du capitaine Benoît). Cas de conscience, P ·ro Roger Karl et
Gomez. Avec Jules Berry, Suzy fi •
A la fin de cette année, il participe à Un Déjeuner de
Soleil, de Roger Richebé, André Birabeau et A.-P. Jean Toulout.
Antoine, avec Jacques Baumer et Gaby Morlay.

1939
1938
. 0 Gaby Morlay, André
Jules Berry, Elvlre po~es~, . nd Erich von Stro-
André Berthomieu filme L'Inconnue de Monte-Carlo, . Aime Clano ,
Lefaur Michel Simon, Baumer etc., se retrou-
scénario de Jacques Constant. Avec Dita Parlo, Albert , Jacques'
Préjean et Jules Berry. heim, Lucien BarouX, e d'Yves Mirande et Georges
Puis le voici au Café de Paris, d'Yves Mirande et ven t Derrière la Façad , 1
Georges Lacombe, avec Vera Korène, Pierre Brasseur Lacombe., de Jacques Prévert et Marce
Le lour se leve, le film de Jacques Viot. Avec. Jean
et Jacques Baumer. rio
Camé, d'après un scén~ Laurent et Bernard Bher.
n va ensuite en Belgique pour tourner Mon Père et Gabin Arletty, JacquelinReen é Jayet et Valentine Kay.
mon papa, un film de Gaston Schoukens, Loïc Le Retour' h rd
au Bon eu ,e L Famille Duraton, d e Jean-
Gouriadec et Fernand Wicheler, avec Blanche Montel. Christian Stengel filme a. r dans une adaptation de
Revenu à Paris, il participe au film d'André Bertho- Jacques Vital et Jean Grarue iUanchette Brunoy, Mar-
mieu, Eusèbe député, scénario de Tristan Bernard. Noël-Noël, avec Ise.s a~lteuErst· bien entendu Jules Berry.
Avec Michel Simon, Marguerite Moréno et Alice Tis- . D 1 et moe. , L_ D ·'re
guente eva. e récupère la troupe film.,." eme
sot. Puis Yves Mlrand G b Morlay Andre Lefaur,
Et le voici dans L'Avion de Minuit, de Dimitri Kirsa- la Façade (Jules Berry, a Y ,
1 169
JULES BERRy JULES BERRY

'chel Simon, Jacques Ba . nnX ont Suzy Prim. Raimu. Fernandel et Claude
Gaude Dauphin umer, etc.) e Clp .....
Elvire Pope "'" 'Fpour Paris-New York n y ajoUtant Dauphin.
vent e nswte
-v, ernanÀ-I t J
. pour L'Hé' <.1Ç e ule Be
' .{ rès l'Orage, de Jean-P'lerre D ' et J.M arc- G'lbe
UClS 1 rt
. rry s s:uvajon, avec Charpin et Jules Berry.
Valentin Jean A ntzer des Mondé' e retrou_
,' urenche et p' Sir, d'Albe L'année 1941 se termine, pour lui, par La Symphonie
idée de Lucien Guidic lerre Bo t. d'a' n
Fernand Ri , e . pres une Fantastique, de Christian-Jaque (inspirée par la vie
\ er tourne L'E d'Hector Berlioz) avec Jean-Louis Barrault, Renée
pièce d'Henn' Kiste _ mbuscade, inspirée
Renoir et
L'ann'
V~entine~ec~ers,eSSler.
a\'ec Jules Berr/~' une
.' lerre
Saint-Cyr, Bernard Blier,

dans un ee film'
se termine "pour Jules Berrv Fa
les R he d Henn Fescourt tiré d' . ce au Destin,
_ 0 rt Dumas A un roman d Ch 1942
G ae-1 , ' vec Geor<>es c Rigaud et Josselyne
e ar-
Il tourne La Troisième dalle, de Michel Dulud. avec
Jim Gérald et Pierre Stéphen.
L'Assassin a peur la Nuit, de Jean Delannoy, Pierre
1940 Véry et Roger Vitrac, Avec Jean Chevrier. Mireille
La guerre n'a pas interrompu les créations cinémato- Balin, etc,
graphiques. Arrivent alors Les Visiteurs du Soir, de Jacques Pré-
vert, Pierre Laroche et Marcel Carné, Avec Arletty,
Un film d'And' re Hugon . CIuI Alain Cuny, Marie Déa, Fernand Ledoux, Marcel Her-
Berry , Josselyne G "1 . mbre 13, avec Jules
ae
Yves Mirande réalis :t Robert Le Vigan, rand et... le Diable 1."
Jules Berry, Cécile e~ An 40, Cela s'imposait !.. , Avec Le grand Combat, de Bernard Roland. Avec Jimmy
Jacques de B ,rel et Cbarpin. Gaillard, Blanchette Brunoy, Lucien Baroux et Jules
aroncelli et Y M'
au~e film : Soyez les B' ves rrande intitulent un Berry,
_,_ pouvait se d'lenvenus . (E n p l'
DBnc, ........ '
ellle occupatIOn Des Jeunes Filles da1ls la Nuit, de René Le Hénaf( et
La triste année ,Iseuter.) Yves Mirande. Avec Huguette Duflos, Gaby Morlay,
_ Be temnne qu
Rpt Nuits de Mar and meme
• par une Parade Fernand Ledoux, (Le rôle de Jules Berry flll coupé
Jalee Berry, Raunu e; Z;:~et. Avec Elvire Popesco, au montage,)
l Ç Lefaur,
Le Camion blanc, de Léo Joannon , A.·P. Antoine et
André Cayatte. Avec Marguerite Moréno, François
1941 Périer, Jean parédès.
Le Voyageur de la Toussaint, de Louis Daquin et Mar-
cel Aymé, d'après le roman de Georges Siménon. Avec
LA Pe1Û6 Rieru
1Fr de (eacore ,1...)
de dont
RaYllload
t__ Leboursier et Yves Jean Desailly, Serge Reggiani, Assia Noris.
ICI! autres lDterprètes
. prin-

"L é
Nœn

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Mlle J 7 Bai), Jo
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lII.ai Den .. et Clwlta


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fi A· 'li 1946
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.... où il
etAIjcIe
TABLE DES MATIERES

0
1. _ Inoubliable Diable .................... 1
15
2. - L'Audacieux violoniste ................. .
23
1 3· _ P arce qu "11 p1euvUlt
. ?..................... .
35
4. - Le temps de savoir ................... .
51
1 5· _ L'Excomillun!e ., ....................... .
55
6. - Elles et lui ......................... .
61
7· _ L eurs scenes
' en scene
' ................. .
79
8· _ L e" cmema et 1UI. . . . . . • . . . • . • . . • • ••••••
85
9. _ Lui en « Personne » ... vu par Christian Jaque.
91
1O. - ... Et par lui-même ..................... .
99
Il. _ Dans l'univers de Prévert ............... .
105
12. - Alternances ................ ......... .
115
13. _ Ses mots, le jeu et lui ................. .
123
14. _ Sa dernière compagne ................. .
15. - Sa fille et lui ......................... .
135
16. - Un avis partagé ..................... .
151
Chronologie. Théâtre ................. . 155
Achevé d'imprimer
sur les Presses Bretoliennes
27160 Breteuil-sur-Iton

D6p6t Upl : JUiD 1988


D· d'impr_ion : 674
Créateur des comédies boulevardières de Alfred
Savoir, Louis Verneuil, Henri Duvernois et Yves Mirande,
interprète fascinant de films tels : « Le crime de monsieur
Lange », « L'habit vert », « Le jour se lève », « Arsène Lupin
détective », « Marie Martine », « Le camion blanc}) et « Les
visiteurs du soir» dans lequel il campa un diable inoubliable,
Jules Berry, a dû attendre, trente-sept ans après sa mort, que
se révèle un biographe passionné mais scrupuleux.
Journaliste, spécialiste du 7 e Art, Henri Marc ne se
contente pas, en effet, de conter dans ce livre la vie éminem-
ment pittoresque d'un homme aussi désinvolte que les per-
sonnages qu'il incarnait sur la scène et sur l'écran. Il analyse
aussi, au fil d'anecdotes savoureuses, le caractère d'un
acteur qui, comme tous les grands artistes, n'était pas
exempt de défauts. Il les dévoile sans complaisance mais
sans atténuer une admiration méritée pour le brio, la viva-
cité, la verve de ce comédien qui a étonné Jean Gabin,
influencé Pierre Brasseur, Jean-Paul Belmondo, Jean-
Claude Brialy, Jean-Pierre Cassel et dont Arletty affirme
qu' « il est de toutes les époques».
Son défaut dominant était la passion des courses et des
cartes. Le jeu était sa vie. On comprendra ainsi pourquoi
Henri Marc a intitulé son livre : Jules Berry, le joueur.

Il Illa~I ""
3 7504 00523088 1
Il

7 ISBN r 704H W,'IO .~ 8 F1TC

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