Vous êtes sur la page 1sur 15

Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

Leçon 2
Niveaux et plans de
l’intentionnalité pulsionnelle :

  « Pour déployer notre potentiel humain… »,


 « Pour pouvoir transformer créativement notre
destin en vocation... »

 « … notre condition humaine nous impose en


permanence quatre tâ ches majeures :

1°, Prendre part aux grands rythmes de la vie.


Cette tâ che ne doit pas être confondue avec la capacité d’être, c’est-à -dire de nous approprier des
choses.

2°, Sé-duire, afin de tenir les choses en main.


Cette tâ che ne doit pas être confondue avec la capacité de faire, c’est-à -dire de modifier nos
entours.

3°, Assujettir préventivement des formes à d’autres


qui ne sont pas immédiatement données.
Cette tâ che adaptative ne doit pas être confondue avec la capacité d’émouvoir, c’est-à -dire de
prioriser ce qui importe.

4°, Recréer (culturellement) les choses.


Cette tâ che ne doit pas être confondue avec la capacité de savoir, c’est-à -dire d’éclairer.

 On déconstruit le concept de « vecteur » en niveau


et en champ (ou plan) pulsionnels.

1
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

Les circuits pulsionnels

§ 1. UN DÉVELOPPEMENT EN QUATRE PHASES DE L’EK-SISTER (SARTRE) :

Tout expérience humaine s’organise et motive par le jeu de nos pulsions. Celles-ci
carburent au nombre de quatre, ni plus ni moins. Pourquoi quatre ? Le schéma pulsion-
nel de Léopold Szondi (1893-1986) ci-dessous s’est d’abord cristallisé empiriquement
dans un rêve du neuropsychiatre hongrois, après des années de recherches cliniques et
au terme d’une monumentale intégration théorique.

Pulsions (Szondi) sexuelle paroxysmale du Moi de contact

Enjeux pulsionnels
(s’)établir, être-tel,
dans l’optique (se) faire bien faire conscientiser
prendre demeure
szondienne

La systématicité du schéma szondien fut fondée en bonne et due forme dans un


second temps par Jacques Schotte (1963). Celui-ci montra en effet que chaque vecteur
conditionne nos expériences suivant un circuit pulsionnel qui court d’une simple prise
du monde (quelque chose apparaît, prend, vient1) jusqu’à une recréation des choses. Ce
péristaltisme devra être revisité. Il mêle en effet selon moi deux lignes de déploiement
des expériences qu’on peut désigner pour l’instant comme ceux de l’abstraction du vécu
et de sa modalité. Si toutefois on considère la ligne des niveaux d’abstraction (sur lequel,
nous semble-t-il, portent les découvertes les plus originales de Schotte), on peut décrire
sommairement le circuit pulsionnel comme un processus qui délie l’individu de ses con-
ditionnements naturels. En l’affranchissant du milieu (de son « Umweltgebundenheit »),
il promeut son autonomie (littéralement sa propre loi). Le circuit pulsionnel achemine
ainsi vers l’obtention d’une tenue propre (Selbsterhaltung), par-delà les vicissitudes des
contextes ou des situations, par-delà aussi nos opérations, nos désirs et nos représenta-
tions.

En dialogue avec l’école rennaise, nous apprendrons à reconnaître en ce déploie-


ment l’accès à la culture stricto sensu. Le circuit pulsionnel fleurit dans cette optique
sous la forme de « dégagements » – nécessaires à toute création – qu’on nommera
« absence (ou arbitraire) », « loisir », « abstinence » et « impropriété (ou non-sens) ». Ces
dégagements, ces « exonérations » (Entlastungen : décharges, mises à distance) comme
dit encore Arnold Gehlen, Jean Gagnepain les référencie comme des « vides ». Il s’agit
des « disponibilités pour… » qui définissent l’« esprit » (le Noûs des anciens Grecs), cela
1
« Venue » au sens où l’on parle d’un blé qui « vient bien », ou d’un arbre de « belle venue ». Dire que le
cours naturel des choses est une « prise du monde » indique qu’à la base il n’existe qu’un lien, une
interface (par exemple l’échange mère-bébé), pas une relation unissant des opposés qualifiés (la mère
d’un cô té, son enfant de l’autre). Dans cette motivation réciproque, on ne sait jamais qui prend quoi.

2
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

en un sens bien sû r différent de celui qui faisait s’interroger Gabriel Marcel : « Je me


demande si on ne pourrait pas définir la vie spirituelle tout entière comme l’ensemble
des activités par lesquelles nous tendons à réduire en nous la part de l’indisponibilité »
(Être et avoir, 1935, éd. Aubier 1968, p. 86).

Le schéma ci-dessous, où la filière pulsionnelle se trouve symbolisée par une


flèche, clôt la série des pulsions puisque son quatrième et dernier moment réfléchit
l’ensemble des autres. Le circuit clô t la série, mais il l’éclaire aussi d’un jour nouveau, en
articulant chaque vecteur avec les autres. On a :

Les pulsions : Sexuelle Paroxysmale Moiïque Contactuelle

Comme modalités Faire Réagir, é-mouvoir In-former Subsister,


d’expérience : Conduite Comportement Conscience2 Condition

Comme niveaux Mises en forme Subordination Flux hylétiques,


Culture humaine
d’autonomie : gestaltiques entre gestalts battements

±
Réactions de
+ - 0
réponse :

Considérons le cas du mouvement :  au commencement, il faut qu’un agir


primitif prenne, autrement dit que se constituent des foyers sensori-moteurs (e.g. les
îlots de tonicité du bébé). Au niveau contactuel, la chose s’épuise dans la consommation
qu’on en fait (e.g. la prise du toxicomane).  Pour que l’individu développe sa tenue,
toutefois, il va falloir ensuite que les flux incoordonnés se concentrent littéralement.
C’est à la gestaltisation – à l’« objet », pour parler avec Schotte 3 – qu’incombe la tâ che de
totaliser les impulsions motrices. Car l’objet séduit (du latin « se-ducere », conduire vers
soi) ; il fascine (de « fascina », fascine, fagot, assemblage). D’où d’ailleurs le troisième
temps :  captivé-capturé par le pô le d’intérêt objectal qui le totalise, le mouvement à
l’arrêt doit être remobilisé, interpellé, assujetti, mis en demeure. À la séduction fait donc
suite une éconduction, une réduction qui prolonge et renverse le « (se) faire » en « bien
faire ».  Enfin, chez l’homme spécifiquement, un quatrième temps clô t ce métabolisme
en réfléchissant la structure entière : l’objet, mais aussi son rapport au sujet qui s’y
dévouait, sont revisités : ils sont décomposés, recadrés, questionnés, définis à nouveau,
réarticulés, bref : régénérés. L’homme en devient l’origine.
§ 2. DES SÉRIES ILLUSTRATIVES :
 Citation :
« Le moi est un rapport se
2
rapportant à lui-même ;
Exactitude oblige, on doit dire que le registre expérientiel du Moi définit celui de la « conscientisation ».
autrement dit, il est dans le
Szondi écrit en effet dans sa Ich-analyse (1956) : « Le moi n’est ni le rapport
centre de la conscience
l’orientation ni un
interne
morceau de l’inconscient ; il est l’axe à l’un des pô les duquel se trouve suspendue
de ce rapport ; le moi n’estet à
la conscience,
l’autre pô le duquel se trouve suspendu l’inconscient (Das Ich ist wederpas dasleZentrum
rapport, des
maisBewußtseins
le retour
noch ein Stück des Unbewußten ; es ist die Achse, an deren einem Polen dassur Bewußtsein,
lui-même du amrapport
anderen» das
Unbewußte, hängt) » (2ème partie, chapitre X). On verra dans notre avant-dernière
(Kierkegaard,leçon, en parlant
1813-1855 :
d’« internalisation », que cette conscientisation officie comme guide intérieur (innerer Lenker ;
Traité du désespoir, Livre Szondi
I
emprunte cette désignation aux Upanishad, un ensemble de textes fondamentaux de l’hindouisme
chap. 1, 1849). où
sont traités la nature de l’â me [atman] et ses rapports avec la conscience suprême [brahman]).
3
Pour l’œnologue, le vin constitue un pô le d’intérêt qui traverse le temps et les contextes (vigne, marché,
labels). Il s’oppose en cela au vin que l’alcoolique biberonne simplement pour « faire aller » son humeur.

3
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

Schotte rend encore plus intelligible sa conception dynamique de la systématicité


– donc de l’aspect clos – du quatuor pulsionnel en exploitant les triades proposées par le
phénoménologue Deese. Dans la marche, par exemple, le vivant se trouve d’abord perdu
dans un environnement qui bouge avec lui. On marche avec le monde et on mobilise le
monde dans la marche. Plus différencié, le jet va stabiliser un élément de la relation
pour permettre à un autre élément de bouger, tandis que le saut, enfin, reprend
réflexivement la structure du jet en la transcendant, et ce à titre de jet de soi-même. Le
saut marque un passage du continu au discontinu. En même temps, il réalise une
nouvelle unité au départ d’une scission dépassée. La pluralité créée par le saut (comme
fissure ou fêlure) se rassemble en un tout inédit.

Pulsions (Szondi) Sexuelle Paroxysmale Moiïque Contactuelle

LECTURE différenciation surdifférenciation dédifférenciation


TRIADIQUE DÉ LIE RELIE LIE4

Modes de JET
SAUT MARCHE
mouvement : ob-jet su-jet

Substantifs : FONDEMENT ORIGINE BASE

parties membres morceaux5

ge- ver- er-5 be-


Préfixes : le rapport met au le rapport met au le vrai centre devient la chose au centre :
centre le sujet-objet centre le sujet-assujetti le rapport lui-même dominance du noè me

qualification,
Grandeur : qualité adaptation à … mesure quantité

Considérons les concepts de « base », de « fondement » et d’« origine ». Métapho-


riquement parlant, on pourrait, dit Schotte, comparer la base au sol et au paysage,
toujours déjà là , où s’insère une cathédrale. Les fondements en seraient les fondations,
c’est-à -dire ce qui, s’enfonçant dans la roche, permet à l’édifice de se projeter vers le ciel.
Quant à l’origine, elle résiderait dans l’intention même d’élever la cathédrale.
 Une base est le déjà -là sur quoi toute démarche engrène. Exemple : les savoir-faire
préformés compris comme mélodies kinétiques rudimentaires, usages primitifs de

4
Au sens où , comme chez le maniaque, tout apparaît en lien avec tout. Au sens encore où , dans les rêves,
les morceaux que forment images et scènes se mêlent comme autant de touts en soi. Définissons d’ail-
leurs morceaux, parties et membres :  un morceau est un élément d’un tout semblable à n’importe
quel autre élément de ce tout, et qui forme un tout en soi (exemple : un morceau de gâ teau).  Une
partie est un élément d’un tout qui, pour réaliser une fonction de ce tout, contraste avec les autres élé-
ments conjointement auxquels il le configure (exemple : les ailes d’une buse).  Un membre est un
élément d’un tout capable de réarticuler ce tout en fonction de son appartenance à un autre tout
(exemples : la mission identitaire d’une entreprise, la capacité de norme, la capacité de sème).
5
Le préfixe allemand « er- » (insuffisamment rendu en français par « re- », comme dans « régénérer »),
exprime bien la complétude d’un spectre où nul cinquième terme ne ferait sens. Il marque le déploie-
ment d’un devenir qui aboutit à un résultat constitutif-transformateur jamais donné par avance. Ici,
dans le saut, le sujet se sépare d’avec soi comme ce qu’il aura été.  

4
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

notre corps : suivre un objet du regard, porter ses mains en avant durant une chute,
repousser une nourriture dégoû tante, etc.
 On nomme « fondement » une assise, cachée comme les fondations de la cathédrale,
qu’on retrouve pour faire bouger autre chose. C’est un centre de gravité – pourrait-on
dire – autour duquel des choses – visibles, elles – peuvent être mobilisées dans l’uni-
té d’une orbite. Exemple : la partition naturelle entre mâ les et femelles, qui fonde son
dépassement vers des identités de genre proprement culturelles.
 Quant à l’origine, elle définit ce qui récapitule, articule, unifie, orchestre, en un mot
« intègre » les constituants d’un ensemble, par exemple sous forme de récit de vie.
Toute véritable origine se prend, donc. Elle se prend dans la mesure où elle crée un
vide, une abstraction6 qui, générant une nouvelle unité et une nouvelle identité,
donne lieu à une nouvelle carrière.
Nota Bene : si un fondement se retrouve, l’origine n’existe que dans l’instant créateur
où , avec l’œuvre, le sujet se recrée lui-même en recréant le monde. En ce sens, toute
origine appert transobjectale7. À titre illustratif, la philosophie n’existe stricto sensu
que dans l’activité même de jardiner les évidences ou de soigner l’auto-interpréta-
tion de l’homme. Ce qui s’en dépose dans les livres mériterait déjà un autre nom.

Dans une approche systémique où


la structure vaut comme condition for-
melle de sens, chaque élément, on le voit,
ne se définit plus que par rapport aux
autres dans des réseaux de relations
significatives, plus rien n’ayant d’existence
autonome. Par opposition, et à titre illus-
tratif, la fameuse pyramide des besoins de
Maslow (ci-contre) empile des classes
dont la totalisation n’obéit à aucune loi
interne de structure. Elle rejoint en cela,
pour ajouter un dernier exemple connu, la
caractérologie d’Heymans et Wiersman. Bien que construite à partir de trois constitu-
ants « universels » (l’activité, le retentissement et l’émotivité), cette caractérologie
débouche sur huit classes par simple combinaison des constituants, sans qu’on sache en
vertu de quelle loi de production interne.
§ 3. LES CIRCUITS INTRAVECTORIELS :

Au sein de chaque vecteur, d’après Schotte, une marelle pulsionnelle sui generis
soumet l’expérience à un traitement quadriparti précisément ordonné. Chaque pulsion
active en son sein une première tendance de couleur contactuelle, une deuxième

6
Dans la série des moments par lesquels s’élabore toute expérience, il y a chez l’homme, « toujours un
4ème, essentiel à tout le jeu, qui n’est autre qu’(…) une sorte de zéro » (Schotte : Notice pour introduire le
problème structural de la Schicksalsanalyse, 1963, II 2).
7
Pour sa part, le commerce contactuel primitif avec les choses reste préobjectal, toujours pris dans un
lien qui l’enveloppe ou le circonvient, ceci à la façon dont nous baignons dans un groove jazzy, une
humeur ou une tradition (Scheler) toujours inobjectivables. Les vecteurs sexuel et paroxysmal, par
contre, font primer l’objet.

5
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

tendance au parfum sexualisé, une troisième tendance de timbre paroxysmal, enfin une
quatrième tendance (Schotte préfère dire « position ») au rayonnement moiïque.

Pulsions (Szondi) Séduction Position Identité-Unité Contact

h+ s+ e+ hy+ k+ p+ d+ m+
Les circuits
intravectoriels de
Schotte :
h- s- e- hy- k- p- d- m-

Puissante découverte (1975) ! Elle dégage dans la grille szondienne une symétrie
interne qui la valide formellement, et qui éclaire la clinique avec une rigueur sans pré-
cédents. Voyons sur quelques exemples comment, effectivement, chaque tendance syn-
thétise depuis Schotte des valences motivationnelles ignorées par Szondi.

Mouvements Propriété
CONTACT existentiels : structurale
illustrée : Exemples8 :

orientation
C m+ faire venir pré sentifiante
« Carpe diem ! » (Horace) « Tutto fa brodo. »

Tourisme et doudous comme phé nomè nes


S d- (se faire) aller orientation passé isante transition-nels maintiennent une ré alité passé e
qu’on a quitté e.

Le marchand d’art ou le trader prospectent en


P d+ (se faire) venir orientation futurisante
flairant la bonne affaire é ventuelle.

orientation vers le futur On recrée un environnement autre que celui


Moi m- faire aller anté rieur maternel, par exemple celui de la science-fiction.

Mouvements Propriété
SEXUALITÉ existentiels : vectorielle
illustrée : Exemples :

Demande des attentions de toutes sortes. A besoin


C h+ faire avancer quantité
d’ê tre choyé , câ liné , comblé sans demi-mesures.

Aime se rendre utile. Met en avant les qualité s qui


S s- (se faire) reculer qualité
lui permettent de se prê ter au faire de l’autre.

Victor « s’est fait » (a violé ) ses propres enfants. En


(se faire)
P s+ qualification prison, il « valide » son acte comme un geste
avancer pé dagogique : « C’é tait pour leur é ducation. »

Anne refuse qu’on la touche, mais palpe tout le


Moi h- faire reculer mesure
monde pour son mé tier (elle est kiné sithé rapeute).

POSITION : Mouvements Propriété vectorielle Exemples :

8
Les positions présentent deux fonctions définies plus loin, savoir celle de formants noétiques et celle
d’heuristiques (visées). Seule la seconde – mesurable au Szondi-test – est documentée sur mes tableaux.

6
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

existentiels : illustrée :

Un terroriste fait tout pé ter, et lui avec. Il en veut à


C e- faire sortir composition par 1
tous et à n’importe qui, indistinctement.

(se faire) composition par 2, Cherche à mettre l’autorité dans sa poche en se la


S hy+ rapport au double rendant complice.
entrer

Dans un conflit, se pose en tiers-exclu : « Je n’ai rien


P hy- (se faire) sortir composition par 3 à y voir, je n’y suis pour rien, c’est pas mes
oignons ».

Rassemble les brebis égaré es en en faisant ses


Moi e+ faire entrer intégration supé rieure
« frè res » et ses « sœurs » d’existence.

Mouvements Propriété vectorielle


Moi
existentiels : illustrée : Exemples :

Conspirationniste qui fonde ses soupçons sur des


C p- faire fermer pré dominance du site repré sentations (dé tails, bribes et morceaux
perceptifs) recueillis dans des photos publiques.9

(se faire) pré dominance de la S’é rige en belle statue autour de laquelle vient
S k+ place… graviter l’attention (starlette, beau parleur, etc.).
ouvrir

S’investit comme contrô leur de qualité , en vé rifiant


P k- (se faire) fermer …ou de la position
la conformité des produits aux standards pré é tablis.

Cette position utopique (Ricœur) contribue à ouvrir


pré dominance du des possibles, ce moins en croyant à ou que, mais en
Moi p+ faire ouvrir (non-)lieu croyant en. Elle « cause » le monde par une
intelligibilité visionnaire ou prophé tique.

C’est donc chaque pulsion qui diffracte l’intentionnalité en alternatives de niveaux


différents, en positions existentielles. C’est dans chaque pulsion que s’ouvre l’éventail
d’options agencé par les fonctionnalités de base, de fondement et d’origine, de marche,
d’objet-sujet ou de saut, de structuration par un, deux, trois ou quatre éléments, et ainsi
de suite.

Schotte, Mélon, Lekeuche, Deese et d’autres ont enrichi ces triades (ou tétrades)
d’une manière précieuse, notamment pour répondre, dans la relation vive avec les gens,
à la question « quel ressorts de la condition humaine » telle personne utilise-t-elle préfé-
rentiellement ? Ou « quels ressorts n’utilise-t-elle pas ? » Mon apport personnel en la
matière va consister toutefois à montrer que certaines tétrades concernent en réalité
non pas les niveaux de positions, mais les types de résistance par lesquels le réel guide
nos investissements, autrement dit chaque vecteur en tant que champ d’expérience : le

9
Voir Comment ne pas croire n’importe quoi, dans la revue Cerveau & Psycho N° 72 de décembre 2015. Cet
article montre comment certains conspirationnistes, après un attentat, voient en la couleur variable du
rétroviseur d’une voiture, sur différentes photographies, la preuve d’un coup monté.

7
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

contact comme prise par la « partageabilité » du réel, la « sexualité » comme prise par sa
faisabilité, la paroxysmalité comme prise par sa désirabilité (appétibilité), le Moi, enfin,
comme prise par sa connaissabilité.

§ 3. LE CIRCUIT PULSIONNEL NE BALISE AUCUNE ÉPIGENÈSE :

Les niveaux d’investissement échelonnés par Schotte s’opposent à l’idée de Piaget


selon laquelle l’intelligence évoluerait vers un constructivisme purement hypothético-
déductif. En réalité, les positions contactuelles, sexuelles, paroxysmales et moiïques
tissent l’être-au-monde humain comme autant de modalités intentionnelles coprésentes.
Elles s’expriment notamment dans les heuristiques détectées par la psychologie expé-
rimentale, et dans les biais que celles-ci génèrent : biais de disponibilité, congruence à
l’humeur, effet de halo, illusion de contrô le, etc.). 10 Pour s’étayer sur un déploiement
épigénétique, le circuit pulsionnel de Schotte ne se résout donc aucunement lui-même
en une épigenèse11. Les positions qu’il articule configurent en effet un clavier de ressour-
ces intentionnelles toujours disponibles concomitamment et toujours en incidence les
unes sur les autres, la position contactuelle d+ imprimant par exemple à la connaissance
un cachet de curiosité, ou à l’activité un timbre de débrouillardise.

§ 4. UN PROBLÈME ET SA SOLUTION. « PLANS » ET « NIVEAUX » D’EXPÉRIENCE :

La manière dont Schotte inscrit ses arpèges (ses successions de positions) sur le
schéma szondien soulève un sérieux problème. Pour chaque vecteur, elle télescope en
effet deux variables :
 d’une part, un niveau de fonctionnement (par exemple, pour la sexualité, un niveau
objectal où le sujet, pas encore conscient d’être à l’origine de son désir, ne se tient
qu’extatiquement au lieu de son objet d’élection, de son « double »). C’est ce
qu’illustre le fait d’être « ravi ».
 d’autre part, un champ d’expérience (prenez, sur la suggestion de Szondi lui-même,
la sexualité comme registre « en lien avec la technologie », notamment l’appétit s+
comme besoin d’emprise [Bemächtigungstrieb : prendre par…, prendre pour…]).
C’est ce qu’illustre le fait de ligoter un partenaire, dans le boundage.

Cet amalgame pose problème parce qu’il empêche d’attribuer à de nombreux


phénomènes ou processus humains ce qui leur revient en propre. En juillet 2017, lors du
XXIe Congrès de l’Association Internationale Szondi à Budapest, par exemple, Marc
Calmeyn, psychiatre à Bruges, questionne pertinemment la classification du DSM en
évoquant la problématique identitaire inhérente d’après Schotte aux psychoses. Il distille

10
L’heuristique (du grec εὑ ρίσκω, eurisko, « je trouve ») désigne « l’art d’inventer, de faire des décou-
vertes ». L’effet de halo, par exemple, se produit quand l’évaluation ou l’identification d’une personne se
base sur l’opinion que l’on a préalablement pour une de ses caractéristiques, mettons quand on croit ou
estime que Tartempion est digne de confiance ou intelligent parce qu’il est beau.
11
Processus allant du plus simple au plus complexe, du plus embryonnaire au plus différencié, telle la
formation des organes à partir des feuillets germinatifs (Von Baer, 1828, puis Remak, 1945, avec ses
stades de développement de l’endoderme, du mésoderme et de l’ectoderme).

8
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

avec justesse : « To begin to speak about psychosis is always to begin to speak about the
impossible. » Ce faisant, il rabat psychose, identité et possibilité sur le vecteur SCH. Or si
cela ne fait pas un pli en termes de niveaux, puisque le psychotique, comme le résume
Eugène Minkowski, a perdu le contact vital avec la réalité (il se montre obsédé par la
question de l’autonomie), qu’en est-il du champ expérientiel ? Que le Moi comme niveau
de fonctionnement impose une recréation originante du monde (voyez les néologismes
psychotiques), on en convient volontiers. Mais l’identité qua question existentielle, qua
modalité du souci, enjeu ou « lieu » du trouble, l’identité, l’être ne ressortissent-ils pas
davantage au champ contactuel du devenir ? C’est en tout cas ce que suggère de manière
fort convaincante la théorie cliniquement éprouvée des anthropologues rennais, les-
quels réservent au champ moiïque (SCH) les troubles du registre représentationnel
(mettons les agnosies, à un certain niveau, ou les aphasies à un niveau plus abstrait).

Jetons un coup d’œil à la personnalité d’Achille, une personnalité « contactuelle »


s’il en est. Ce qui caractérise Achille, c’est qu’il fait lien. Mais il le fait non seulement à
travers un niveau préobjectal de fonctionnement (notamment celui de son langage où les
index de référence manquent souvent, comme si locuteur et interlocuteur faisaient un),
mais aussi à travers des objets culturels en bonne et due forme, par exemple une « plate-
forme d’échange informatique » ou les partenariats multiples noués pour promouvoir la
« création d’événements (festivals, rencontres…) ». En un mot comme en cent, on trouve
chez Achille « du contactuel » qui, n’étant ni préobjectal ni syncrétique (dédifférenciant)
ni cyclique, force à discriminer, lorsqu’on parle de « vecteur », entre champ et niveau.
Tropismes bruts vectoriels :

33%
24%

23%
20%

Climats pulsionnels d'avant-plan :


12
10
8
6
4
2
0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

9
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

Chez ce bohème qui cueille les opportunités au jour le jour, le contact (en bleu) prime aussi bien en termes
de tropismes bruts12 que de positions contactuelles (m+, h+, e-, p-), au Szondi-test. Les chiffres de 1 à 10
renvoient aux dix passations effectuées à intervalles de quelques jours ou de quelques semaines.
Achille va et vient à travers le monde, à travers les dô jô s, les festivals et les foyers
provisoires, toujours avenant là où il passe. Ce n’est toutefois pas le voyage comme tel
qui le motive, ni l’étude ou le travail. En marchant de site en site, Achille laisse venir des
choses : « je vais peut-être rencontrer cet artiste, s’il est là ... », « je vais aller en Chine
avec ma copine... on verra si ça facilite l’obtention d'une bourse d’étude. » De dô jô en
dô jô , il se laisse inviter pour son excellence en jû dô , mais sans pouvoir tirer profit d’une
reconnaissance officielle (grades, professorat, appartenance fédérative) pour l’obtention
de laquelle il n’a jamais été motivé. Quelques années après le passage de ce test, Achille
laissera la Suisse pour mettre sur pied à Taïwan un lieu particulier, sorte d’épicerie-
restaurant où il servira des produits de son pays, la Grèce, et où pourront se produire
des artistes. Car les jobs aussi il les cueille comme ils viennent, à la fortune du pot. Sans
prétentions de salaire, sans durées ni cahiers de charges bien définis. Dans tout cela se
mêlent deux idiosyncrasies, encore une fois :
 Pour une part, une sorte de « laisser venir ». Il s’agit là d’une manière d’immersion
dans le cours des choses, de « vivre avec », de « faire un » à la faveur duquel, pour-
rait-on dire, Achille se ressource. Grappillons quelques manifestations de cet « être
pris dans » :
- Achille s’exprime de façon curieuse, souvent exigeante pour l’interlocuteur,
lequel doit faire de gros efforts pour comprendre à quoi il veut en venir, et de
quoi il parle au juste. Voici par exemple ce qu’il envoie tous azimuts dans l’un de
ses courriels, pour accompagner deux photos de rencontres musicales organisées
par lui (l’orthographe et la ponctuation sont d’Achille) : « nous avons décidés
d’être actif sur Face Book malgré ma réticence – nous communiquons d’où nous
sommes (europe, asie) en différentes langues – aucune logique – l’action peut
paraître incongrue il n’empêche que vous nous trouverez toujours un peu sous
l’identité 98XYZ – une manière de susciter l’interrogation nourrissant une valeur
inspirante, la curiosité – autant que vous pouvez_voulez joignez-nous afin de tout
simplement soutenir une création pluridisciplinaire et multiculturelle qui ne se la
pète pas ».
- Achille crée des œuvres musicales très « maternelles », de longs voyages électro-
niques où se succèdent effets et qualités sonores (bribes et morceaux sonores).
Ce sont des œuvres qui enveloppent plus qu’elles ne séduisent.

12
En ce qui concerne le Szondi-test, alias « diagnostic expérimental des pulsions (experimentelle Triebdia-
gnostik) », Patrick Derleyn, que j’ai rencontré à Bruxelles, parle aussi de « tropismes résidents » pour
désigner les champs vectoriels où les choix de photographies priment quantitativement.
Cela dit, j’ai renoncé à documenter toutes les notions de ce cours avec le « Szondi-test ». De temps en
temps, comme ici, et lorsque cela s’y prêtera, j’assaisonnerai mon propos de quelques données testolo-
giques à l’intention des connaisseurs. Pourquoi ce renoncement ? Pour deux raisons majeures : la pre-
mière tient à la surcharge qu’impliquerait l’étude du test. La seconde tient au fait que le test n’enregistre
pas l’activité des facultés rationnelles, mais seulement celle des heuristiques existentielles. Pour lire cor-
rectement un test, il faudra d’abord mettre au clair cette différence, ce qui exigera plusieurs leçons.

10
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

- À la batterie, il définit son point fort comme consistant à soutenir le groupe


(alloplastie) plutô t qu’à faire preuve de virtuosité ou de régularité (sic).
 Mais Achille vit aussi ses échanges sur le mode d’une authentique politique (Gagne-
pain), c’est-à -dire d’un commerce entre personnes bien distinctes négociant leurs
usages et leur devenir sociétal commun.
- Par exemple, il vit dans une coopérative au sein de laquelle, contre un loyer
modéré, il participe à la gestion et anime les fêtes.
- Achille bourlingue, rencontre, met en relation des gens depuis les quatre coins du
monde. Il abouche par exemple des pratiquants de différents arts martiaux (jû dô ,
Ba Gua, karaté…). Et dans une épicerie originale où des artistes viennent se
produire, il propose aujourd’hui en Asie « des valeurs qui instaurent une
ambiance positive dans l’intérêt de la société en général, et de la ville qui se doit
d’être repensée et réorganisée. »
- Pendant de nombreuses années, il a joué sa vie précaire au jour le jour, comme
« créateur d’événements ». On l’a dit, il a fondé une « plate-forme d’échange »,
une « exposition itinérante », une « agora » (sic) dont la mission se veut « de bien
public ». Voici comment il en dépeint le challenge : « La question est de créer un
espace autour d’un lieu, de réunir des conditions particulières qui elles-mêmes
favoriseront le développement d’une qualité artistique ».

Encore une fois, donc, une application différenciée des vecteurs s’impose pour
comprendre respectueusement les gens. D’un cô té, il faut ausculter le champ dans lequel
une personne s’investit (en l’occurrence, pour Achille, celui de l’individuation 13). D’un
autre cô té, il faut jauger le niveau où cet investissement s’effectue préférentiellement (en
l’occurrence, celui contactuel d’allées et de venues primordiales, celui d’une base
d’existence, d’un cours naturel des choses).

Le présent cours – l’ami lecteur veuille par avance en pardonner l’auteur ! – va


claironner ce distinguo. En rappelant à plusieurs reprises le problème, il va insister pour
qu’on précise désormais systématiquement, quand on évoque un vecteur ou une pulsion,
s’il s’agit de champ ou de niveau. Tout cela sera approfondi peu à peu. Disons pour
l’heure que le niveau renverra à la manière dont un processus affranchit le vivant de
l’immédiat. Certaines distinctions reprises ou élaborées par Schotte – voyez les triades
choses-affaires-œuvres ou morceaux-parties-membres – concernent les niveaux. Quant
au champ, il renverra à la modalité fondamentale d’expérience, à sa teneur. Certaines
autres distinctions reprises ou élaborées par l’école belge concernent les champs 14. Les
champs indiqueront quelles prises des choses occupent le vivant, par exemple leur
praticabilité ou leur représentabilité. Il s’agit :
13
Szondi brosse ce domaine d’existence comme celui où se fondent « toutes les manifestations existentiel-
les de la communication (Daseinserscheinungen der Kommunikation) ». Il s’agit politiquement du « be-
soin de reconnaissance, d’acceptation, de confirmation de pouvoir être tel de la part des autres (Bedü rfniß
nach Annahme, Akzeptation, Bestä tigung des So-Sein-Kö nnens durch den Anderen » (Lehrbuch der
experimentellen Triebdiagnostik, 3ème édition, Huber 1972, section VI, p. 176).
14
Je pense notamment à deux tétrades discutées plus loin, savoir le quatuor aristotélicien « cause maté-
rielle, cause efficiente, cause finale, cause formelle », et le quadrinô me freudien « source, objet, poussée,
fin ».

11
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

 Pour le contact : du plan de la constitution, de l’être (in fieri) ou de la condition. Ce


plan, présenté par Jean Kinable comme celui « des partages et des appartenances »,
peut être concerné au niveau contactuel, au niveau sexuel, au niveau paroxysmal ou
au niveau réflexif.
 Pour la sexualité : du plan de l’activité, du faire (de l’operari, par opposition avec
l’agere) ou de la conduite. Ce plan peut être concerné aux quatre niveaux indiqués.
 Pour la pulsion de surprise : du plan de la réactivité, de l’é-mouvoir ou du compor-
tement (volitif). Ce plan peut être concerné à quatre niveaux.
 Pour le Moi : du plan de l’in-formation, du représenter ou de la conscience. Ce plan
peut être concerné à quatre niveaux.
Bien entendu, cet affinage rendra notre apprentissage plus coû teux, à tout le
moins dans un premier temps. Avalons quand même la dragée pour gagner en puissance
explicative. Au prix de ce découplage, d’ailleurs, maintes facettes du devenir-homme
pourront entrer en scène que ni Szondi ni Schotte, à ma connaissance, n’ont aperçues. Le
champ contactuel, par exemple, viendra détendre au niveau moiïque des ressorts comme
la compétence, la responsabilité, la dignité ou la pudeur, qui, pour autant que je sache,
n’ont jamais impulsé chez les szondiens le scénario des partages et des appartenances.
Sur les planches sexuelles, pour illustrer encore notre détricotage du simple « vecteur »,
viendront jouer des processus telle l’installation technique, abstraite ou moiïque, d’un
matériau15 (souplesse, transparence, imperméabilité etc.) qui n’est pas plus senti
physiquement que le phonème, entité purement intelligible, n’est entendu ou prononcé.
Contrairement aux propriétés physiques de la matière qui existent positivement, ce
matériau abstrait, fruit de l’analyse que fait l’homme de sa capacité instrumentale,
n’existe que dans des systèmes culturels d’oppositions (déterminés par l’activité même)
et dans des assemblages tout aussi abstraits, manipulables séparément, de la chaîne
opératoire.16

15
Matériau à comprendre encore et toujours, contre le sens commun, comme faculté de mise en forme de
l’expérience.
On verra dans la conclusion de ce cours comment la norme dépositive elle aussi les mobiles qui nous
émeuvent pour nous donner droit à la satisfaction. Et j’ajouterai en annexes les descriptifs équivalents
du travail rendu possible par la faculté d’outil, de l’histoire sociale rendue possible par la faculté de
personne, enfin de la pensée rendue possible par la faculté de signe.
16
Les positions pulsionnelles opératoires reconnues par les szondiens sont des positions que nous parta-
geons en fait avec les autres animaux. Le « se prêter s- » qu’évoque Jean Kinable, par exemple, et qu’on
retrouve dans le choix de métiers serviles (concierge, femme de ménage, caissière, steward, magasinier,
serveur…) anime en effet aussi bien l’oie qui se laisse cocher par le jars, que le chien qui, mal gré qu’il en
ait, se laisse shampooigner par son maître. Rien de noétique dans tout cela !
La déconstruction que nous allons opérer des « vecteurs » permet au contraire de rattacher aux ten-
dances szondiennes un savoir-faire spécifiquement humain. Si mes analyses ne font pas fausse route, la
capacité s- va ainsi, au niveau structurel et qua formant noétique, commander l’éclatement (le « saut »)
du concret en qualités abstraites telles la conductibilité électrique ou la résonance, fabricables avec des
matières différentes (e.g. la transparence avec du verre ou du plastique) et maintenues disponibles
comme virtualités au service de fins diverses. Et ce, toujours en regroupant les qualités dans des unités,
i.e. dans des affaires isolables, des « minimum pour faire », des « nécessaires à … » manipulables de façon
autonome (ainsi l’élasticité, l’adhérence, la siccativité ou la non-rétractabilité viennent-elles faire un
dans la création abstraite du mastic élastomère). Qua visée, par ailleurs, la tendance s- impulsera un
faire magique.

12
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

Bref : notre déconstruction permettra d’intégrer rigoureusement à l’anthropo-


logie clinique belge la dimension noétique, spécifiquement humaine, qui n’y était limitée
qu’au vecteur SCH, celui du « soi comme représentation » (au sens théâ tral du terme).
Question, cependant : cet enrichissement n’a-t-il pas un prix ? N’impose-t-il pas de redé-
finir ce qui fait système dans la « forme entière de l’humaine condition » (Montaigne) 17 ?
Car si vraiment autres sont les niveaux, et autres les champs pulsionnels, si vraiment les
pulsions n’égrènent plus en tant que champs les phases hiérarchiquement ordonnées
d’un péristaltisme existentiel, comment affirmer encore que les positions d+, s+, hy- et
k-, mettons, font système en tant qu’elles sont toutes quodam modo « légalistes » ?
Comment soutenir, encore, que la position hy- court-bouillonne un je-ne-sais quoi de
paroxysmal par excellence ? Mais ce rébus n’est peut-être pas aussi abscons qu’il y
paraît. Pour le résoudre sans se payer de mots, il faudra simplement approfondir deux
aspects des circuits schottiens, à savoir d’abord le rapport particulier qui existe au
niveau gestaltique entre les moments sexuel (positions de niveau II : d-, s-, hy+, k+) et
paroxysmal (positions de niveau III : d+, s+, hy-, k-). Schotte décrit ce rapport comme
une relation de prolongement-renversement où les enjeux de la sexualité sont poussés
jusqu’au bout par la paroxysmalité. Il s’agit là d’une forme d’assujettissement d’une figure
à une autre que nous allons spécifier avec Gagnepain comme une subordination vitale de
contenus, immédiatement donnés, à d’autres contenus pré-figurés, comme lorsqu’un
élan affectif (mettons l’envie présente de se rafraîchir dans une rivière) est éconduit par
un autre élan affectif (mettons le désir d’arriver chez soi au plus vite). Le second aspect
des circuits que nous aurons à développer avant de pouvoir restituer la systémicité du
jeu pulsionnel humain se situe dans leur circulation à double sens. Nous connaissons
déjà la décontextualisation par strates du vécu, que l’école rennaise décrit comme un
« évidage » progressif des contenus expérientiels jusqu’à l’abstraction autonomisante
dont l’homme semble avoir l’apanage. À rebours de cette puissance abstrayante (dite
« ontologique »), il faudra toutefois homologuer une force concrétisatrice (dite « on-
tique ») des quatre niveaux de positions les uns par rapport aux autres. Contrairement à
ce que soutient Jean-Louis Feys dans l’Anthropopsychiatrie de Jacques Schotte, je pense
que ce bicaméralisme des ordonnancements pulsionnels interdit de concevoir la pri-
mauté ontologique, dans les circuits, comme une genèse.

En attendant d’aborder ces thèmes, puis de redéfinir la systémicité de l’humana


conditio (Sénèque), sténographions les rangs d’oignons vectoriels de Schotte à notre
façon :

niveaux
champs  Conduite Comportement Conscience Condition

C PHASE 1 Minimum vital – flux « indifférenciés » sans oppositions qualifiées.


Discerne

S PHASE 2a É mergence de figures avec fonctionnement dissocié du « ceci ou cela »


(distinction, qualité) et du « ceci et cela » (délimitation, quantité).

17
Scheler, 1874-1928, un des coryphées de l’anthropologie philosophique, plébiscite l’étude du « Trieb-
und Bedürfnißsystem » (Philosophische Weltanschaung, publié en 1929, § 1). Il écrit : notre « caractère
n’est jamais la résultante d’élans pulsionnels singuliers, mais d’une “structure pulsionnelle (Triebstruk-
tur)” » (Schriften aus dem Nachlaß, Band III, éd. Bouvier 1987, p. 67).

13
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________
(Verstand)ment

Relation de prolongement-retournement (sériation, subordination) des gestalts.


P Phase 2b

SCH PHASE 3 Technè Dikè Logos Nomos


Raison (Vernunft)

radical : h s e hy k p d m

hormai : + + + + + + + +

aphormai : - - - - - - - -

En lecture horizontale et en violet, on visualise un niveau d’existence de part en


part humain. Les flèches pointillées (seules quelques-unes sont dessinées, pour ne pas
encombrer le schéma) redimensionnent les « papillons schottiens » avec la lecture
suivante : en h+, on n’a pas affaire à quelque chose d’infrahumain, mais à une activité
outillée (technique) investie en faisant valoir certaines propriétés « primitives » (quoi-
que toujours humanisées) du vivre. Le sujet cherche par exemple à se faire faire des
choses sur le mode de l’immédiateté. Il faut qu’on le chérisse ici et maintenant, sous peine
de frustration et, par contrecoup, de « brutalité infantile » (Szondi).18

§ 5. LA REPRÉSENTATION DÉCOUPLÉE DES PULSIONS EN CONTRASTE :

En Programmation Neuro-Linguistique (PNL), un modèle inspiré des travaux de


Bertrand Russel sur les rapports logiques entre les classes et leurs éléments19, élaboré
par Robert Dilts vers 1980, organise en un « champ unifié » (unified field) tous les acquis
de la méthode. Ce champ s’étage en six niveaux dont la fonction consiste à synthétiser, à
organiser et à diriger les interactions du niveau inférieur. Une modification systémique
des deux niveaux inférieurs induit des changements nommés « remédiations » dont la
portée reste limitée à un contexte donné. Une modification systémique des deux niveaux
intermédiaires induit des changements dits « génératifs » transposables d’un contexte à
un autre. Une modification systémique des deux niveaux supérieurs, enfin, induit un
changement dit « évolutionnaire » affectant la structure profonde d’un individu.

18
Autres propriétés contactuelles : le fonctionnement par bribes et morceaux, la préobjectalité, l’allocen-
trage, le renversement en son contraire, le syncrétisme, l’immédiateté (les choses s’épuisent dans la
consommation qu’on en fait), la cyclicité ou l’immanence (entendez ici : l’absence de recul, le fait d’être
pris extatiquement dans les expériences, circonvenus par elles comme dans la marche [Schotte]).
19
Dans sa théorie des types logiques, Russell avance qu’il existe une discontinuité entre une classe et les
membres qui la composent. La classe ne peut effectivement être un membre d’elle-même, et doit donc
être pensée comme se situant à un niveau d’abstraction plus élevé que ses membres.

14
Maurizio Badanai Anthropologie clinique Leçon 2

__________________________________________________________________________________________________________________________

http://leblogdejonathanamselem.blogspot.com/2019/06/lorientation-partie-2.html

Or aussi fécond soit-il (il aide notamment à situer un problème, à choisir le type
d’intervention ou à mettre en puissance par alignement les ressources individuelles), ce
schéma, à l’instar de la représentation « séquentielle » des circuits, brouille des
« niveaux logiques » (Grégory Bateson) avec des plans d’expérience. Les valeurs et les
croyances qu’il mêle dans une même couche appartiennent en effet à des registres en
réalité distincts, savoir celui de l’émotivité ou du comportement (volitif) d’une part, celui
de la représentation, de la connaissance ou de la conscience d’autre part. Par ailleurs, le
niveau dit « de l’environnement » ne fait pas le départ entre les différentes strates
d’environnement (e.g. le biotope d’un cô té, ou de l’autre des entours culturels tels que
terroirs et religions).

15

Vous aimerez peut-être aussi