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Rachid Benzine

2 juin 2008 à 13:16


Par Clélia Fortier - Clélia Fortier
Mis à jour le 2 juin 2008 à 13:16
Ancien champion de kickboxing, l’intellectuel marocain est devenu, à 37
ans, une référence en France dans la réflexion sur l’islam. Iconoclaste et
moderne.

« J’aimerais bien prendre ma retraite ! » À 37 ans, l’islamologue Rachid Benzine


rêve déjà de se retirer à la campagne, « quelque part où il y a des chevaux ».
Dans le hall de la Faculté libre de théologie protestante de Paris, où il s’apprête à
dispenser son cours semestriel, le jeune homme, téléphone mobile scotché à la
main, envoie des textos en évoquant les É critures coraniques. « Ce que je vis, je
le vis pleinement », dit-il. À preuve, il termine ses conférences littéralement
épuisé. « Beaucoup plus que si je sortais d’un ring. » Loin de l’image un rien
poussiéreuse du prof de fac, cet intellectuel iconoclaste a conservé l’allure d’un
sportif de haut niveau. Dans une autre vie, Benzine fut en effet champion de
France de kickboxing. C’était en 1996. Bien avant qu’il ne devienne un
enseignant-chercheur de renom. 
Entre Trappes, en banlieue parisienne, où il habite, et Paris, Aix-en-Provence et
Louvain-la-Neuve (Belgique), où il enseigne, entre le Maroc, d’où il est
originaire, et la France, qu’il ne peut se résoudre à quitter, cet universitaire au
confluent des mondes n’en finit pas de franchir les frontières. Tant
géographiques qu’intellectuelles. Je vis « entre ciel et terre », s’amuse-t-il. 
Adepte de la « déconstruction » chère au philosophe Jacques Derrida, Benzine
peut également citer le rappeur français Kery James : « Je ne suis pas venu vous
dire ce que vous avez envie d’entendre ! » En clair, il n’est « pas là pour rassurer
les gens, pour leur dire que l’islam est une gentille religion, mais pour essayer de
bousculer les évidences ». 

Double vocation 
Déconstruire pour mieux reconstruire, tel est son credo. Et le sens de sa double
vocation d’enseignant à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et de
chercheur à l’Observatoire du religieux, dans cette même ville. Ses recherches, il
les consacre à l’analyse de sourates du Coran à travers le prisme des sciences
humaines. Pour faire simple, disons qu’il s’attache à concilier la doctrine
islamique avec les connaissances actuelles et les évolutions de la société. 
Ce soir-là , le débat qu’il anime à la faculté protestante est l’occasion de retrouver
un aréopage d’étudiants qui, tous, parlent avec admiration des Nouveaux
Penseurs de l’islam, un livre paru en 2004 chez Albin Michel dans lequel
Benzine présente le travail de huit intellectuels musulmans porteurs d’une vision
« libératrice de l’islam ». Dans l’amphithéâ tre sont également présents des
copains en transit, des chefs d’entreprise français à peine débarqués d’Abou
Dhabi ou de Casablanca. « Notre génération emprunte le chemin inverse de celui
de nos parents. Sans doute serai-je amené à passer de plus en plus de temps au
Maroc », commente-t-il. 
Né à Kénitra, près de Rabat, en 1971, Rachid Benzine cultive des liens étroits
avec son pays d’origine. Depuis la parution des Nouveaux Penseurs, il le sillonne
fréquemment, donne des cours d’analyse du Coran à la Haute É cole de
management de Marrakech, multiplie les conférences à Casa ou à Tanger et
publie une chronique régulière dans le quotidien d’information Aujourd’hui le
Maroc. C’est, explique-t-il, qu’il a « besoin de retrouver des gens qui [lui]
ressemblent, qui partagent la même langue. Or une langue véhicule un
imaginaire, une manière de vivre, un mode de représentation ». 
L’arabe et sa « douce psalmodie » lui furent légués en héritage. Tout comme sa
foi. Mais de cela, pas un mot. Benzine n’en parle jamais. Tout juste confie-t-il
avoir vu le jour « dans un univers où Dieu était partout nommé ». On l’aura
compris : l’islamologue ne s’est pas fait en un jour. 
Ses premiers enseignements religieux, il les reçoit de la bouche même de son
père, fondateur à Kénitra d’une jamaa, une petite école coranique où il enseignait
aux siens et à d’autres enfants issus de milieux défavorisés. De ce père très
pieux, il salue, non sans émotion, « l’exemplarité » et le sens du sacrifice. 
Débarqué à Trappes, celui-ci ?est contraint de renoncer à sa vocation de lettré.
Pour faire vivre sa famille, il devient ouvrier du bâ timent. Le jeune Rachid
passera les sept premières années ?de sa vie à Kénitra avant de le rejoindre, avec
sa mère et ses huit frères et s urs. 
L’adaptation se fait sans encombre. Benzine est bon élève et, très vite, s’engage
dans le mouvement associatif. À 14 ans, il participe à la création d’Issue de
secours, une association qui se consacre au soutien scolaire et à l’organisation
d’activités culturelles. Là , son chemin croise celui de Jean-Michel Degorce, dit «
Bunny ». Ce prêtre du diocèse de Versailles sera « le premier adulte à [lui] faire
confiance ». Une rencontre qui va tout déclencher. « J’ai pu me rendre compte
que, contrairement aux musulmans, les chrétiens ont le souci des autres avant
celui de la prière. » 
Trois ans après, nouveau déclic. À 17 ans, Rachid Benzine découvre les travaux
du théologien et psychanalyste allemand Eugen Drewermann, qui s’efforce de
réconcilier la doctrine de l’É glise avec les sciences humaines. Le jeune homme
est séduit. Pour lui, le dialogue sera interreligieux ou ne sera pas. Resté fidèle à
cet engagement, il fait la rencontre, une décennie plus tard, de Christian
Delorme, prêtre du diocèse de Lyon avec qui il écrira son premier livre : Nous
avons tant de choses à nous dire (Albin Michel, 1998). 
Entre-temps, Benzine, qui rêve de mener à bien les ambitions contrariées de son
père, s’est tourné vers l’enseignement. Un DEA d’économie, un autre de
sciences politiques, et le voilà professeur de lycée, puis à l’université de Paris X-
Nanterre. Mais la découverte des exégètes chrétiens, la lecture de leurs alter ego
musulmans et une thèse à l’université Lyon-II consacrée à « l’herméneutique
coranique » le ramènent bientô t sur les voies de Dieu. « Un hasard transformé en
un destin par un choix continu », explique-t-il, empruntant la citation à Paul
Ric ur, l’un de ses maîtres à penser. La boucle est bouclée. 

Dieu soit loué ! 


Au lendemain de la parution de son premier livre, il devient directeur de la
collection « L’islam des Lumières » chez Albin Michel. On lui doit la publication
en France d’auteurs tels que l’historien tunisien Abdelmajid Charfi, le théologien
sud-africain Farid Esack ou la Tunisienne Olfa Youssef, éminente représentante,
au cô té de Benzine, justement, de cette nouvelle génération de chercheurs «
réformistes » – un mot qu’il n’apprécie guère. 
Actuellement, il met la dernière main à Hypothèses pour une lecture du Coran,
titre – provisoire – de son prochain ouvrage, dont la sortie est prévue en 2009. En
attendant, il continue de donner des cours et multiplie les interventions dans les
médias. En France comme au Maroc. 
Une anecdote, pour finir. Un soir, à Saint-Antoine-l’Abbaye, un « trou paumé »
entre Lyon et Valence, dans le sud de la France, où il est venu parler des
É critures devant un large public, il s’émerveille de n’être pas totalement coupé
du monde. « Le téléphone capte mal, lance-t-il, mais, miracle, il y a Internet dans
cette abbaye ! Dieu soit loué ! » Rachid Benzine est comme ça.
Né en 1971 au Maroc, Rachid Benzine arrive en France, à  Trappes, à l'â ge de
sept ans3 et devient, en 1996, champion de France de kick-boxing4. Avec le père Christian Delorme, il publie un livre, Nous avons
tant de choses à nous dire, paru en 19985.

Carrière
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Il a enseigné à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence2 depuis 20053, dans le cadre du master « Religions et société », et a été

chercheur associé à l'Observatoire du religieuxcréé par Bruno É tienne6. Il a enseigné à l'université catholique de Louvain (UCL) et à
la faculté de théologie protestante de Paris6, où il est chercheur associé au Fonds Paul Ricœur7. Il a publié un article, « Lire le Coran
avec Paul Ricœur ». 

Rachid Benzine a été codirecteur de la collection « Islam des lumières » aux éditions Albin Michel. En 2004, il publie Les Nouveaux
Penseurs de l'islam8,9.

En janvier 2016, le dramaturge et réalisateur Ismaël Saidi, le militant pour un « islam européen » Michaël Privot et Rachid Benzine

reçoivent de la région de Bruxelles-Capitale un financement de 275 000 euros pour, entre autres, réaliser des « capsules vidéo » expliquant

l'islam aux jeunes. La députée flamande du sp.a (parti socialiste flamand) Yamila Idrissi soutient l'entreprise10, comme le ministre-président
bruxellois, le socialiste francophone Rudi Vervoort11. Mais Saidi, Privot et Benzine annoncent se retirer du projet12.
Depuis 2019, il appartient au conseil scientifique de la DILCRAH13.
En décembre 2019, il est désigné membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement par le roi du Maroc14. Quelques

jours plus tard, le 27 décembre 2019, il prend position sur Twitter en faveur du journaliste marocain Omar Radi, arrêté et placé en détention

pour un tweet considéré critique envers un magistrat chargé des procès en lien avec le Mouvement populaire du Rif15.

Pensé e
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Rachid Benzine se situe dans la mouvance et l’esprit des coranistes16 et d'une approche historico-critique. Selon lui, les hadiths sont « issus

de la tradition juridique ou totalement légendaires (...) malheureusement mis sur le même plan de validité que le Coran ». Et

la sîra (biographie du prophète Mahomet) est une commande de la dynastie abbaside qui leur permet de légitimer leur dynastie à travers la

valorisation de la figure prophétique qui commence déjà à se dé-tribaliser et à s'islamiser17. Partisan de l'islam des  Lumières, Rachid

Benzine prô ne, face au défi que certaines pratiques de l'islam contemporain posent aux sociétés sécularisées, l'abandon de ces pratiques et

une lecture « plus philosophique et allégorique » du Coran18.

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