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Leadership et Développement Africain


les Défis, les Modèles et les Principes

Prof. Mamadou KOULIBALY


Président de l'Assemblée Nationale

"Pour ce qui est des véritables « commanditaires» et acteurs de cette tragédie, les Arabo-
musulmans et les Européens ont réellement imposé une pratique déshumanisante aux africains,
sous une forme et des proportions jamais connues avant leur arrivée. ( ... ) Après de nombreuses
razzias ils se sont ensuite assurés par des pacotilles, la collaboration de certains chefs locaux,
( ... ). D'autres monarques préoccupés par la puissance et le prestige, que seul le verdict des
armes pouvait assurer en ces lieux entrèrent à leur tour en « collaboration ». Et dans ce contexte,
pour gagner en efficacité, tous eurent de plus en plus besoin de moyens aussi sophistiqués que
meurtriers. Les européens comprenaient, encourageaient et exploitaient cette logique. La
complicité des classes dirigeantes locales était le plus souvent du « sale boulot laissé aux gens du
cru ... ». Tout en se faisant des guerres au profit des négriers, ces chefs africains furent
progressivement piégés par les mécanismes d'échanges de la traite. Pour disposer de plus
d'armement et de chevaux, gage de leur puissance, ils furent obligés de vendre d'avantage de
captifs en engageant des guerres contre les royaumes voisins pour se fournir. "
Tidiane N'diaye : (2006) L'Eclipse des Dieux;Grandeur et désespérance des peuples noirs. ed: Le
serpent à plumes. Paris.P270

"Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s'exposent à ce qu'elle recommence." Elie Wiesel

"Diviser pour régner est une devise valable.


Mais rassembler et guider en est une bien meilleure." Margaret Thatcher

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Table des matières


I/ Introduction.......................................................................................................................................3
II/ Quel problème le leadership en Afrique doit-il résoudre? ..............................................................4
III/ Les secrets de la richesse................................................................................................................5
IV/ Pourquoi le capital intangible est si faible en Afrique? ..............................................................12
V/ Les valeurs et les leçons du leadership..........................................................................................18
VI/Conclusion ...................................................................................................................................23

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I/ Introduction

Dans un ouvrage publié en 2006 sur les modèles de compétitions entre les pays, leurs stratégies,
la structure de la concurrence entre eux et les formes de gouvernement des Etats qui y ont du
succès, le professeur Richard H.K Vietor de la Harvard Business School, à Boston aux Usa écrivait
ceci: «Les pays, pour se développer, sont en compétition. Et cela est une des modalités de la
mondialisation. Ils se concurrencent pour obtenir des marchés, pour accéder à la technologie, aux
compétences et à l'investissement international. Les pays se concurrencent pour obtenir le plus de
croissance économique et pour améliorer le niveau de vie de leurs populations. Dans cet
environnement de compétition, ce sont les gouvernements qui invariablement, partout et toujours,
procurent les avantages qui font la différence entre les entreprises: une épargne en grande quantité,
des taux d'intérêt faibles pour stimuler l'investissement, des droits de propriété non dilués, des règles
de bonnes gouvernance et une main d'œuvre disponible et technologiquement motivée, un taux
d'inflation faible et des possibilités d'expansion rapide du marché intérieur. »
Aucune nation ne peut se soustraire à cette compétition sans en payer les conséquences. Et le
Professeur Vietor de citer Georges W. Bush, le Président des Etats-Unis d'Amérique, qui déclarait
lors de son discours sur l'Etat de la Nation Américaine le 31 Décembre 2006 : « Préparons notre
nation à la compétition ... c'est le but que nous devons tous partager.» Et le Président américain
poursuit en disant que dans une économie mondiale en mouvement «Nous voyons arriver de
nouveaux compétiteurs comme la Chine et l'Inde, et cela crée des incertitudes.» (Voir Richard H.K
Vietor:( 2006) How countries compete. Strategy, structure and government in the global economy.
Harvard Business School Press.).Page1
Dans le processus de développement, la compétition entre les pays, les Etats, les gouvernements
et les entreprises joue un rôle majeur. Les Etats sont des agents qui peuvent être de grands
stimulateurs ou de grands facteurs de blocage de la prospérité et du progrès des économies. Les
systèmes et les régimes politiques, sont s'ils sont judicieusement sélectionnés, de véritables
catalyseurs du progrès économique et social. L'ouverture des marchés ou leur fermeture dépend
des mesures de politiques internes que prennent les Etats. Or qui dit rôles des Etats dit aussi rôles
des élites qui gouvernent ces Etats. Donc sont concernés par le problème les leaders des Etats
comme ceux des entreprises. Les défis du développement économique et social s'adressent au
leadership africain - à celui des administrations publiques comme à celui des administrations du
secteur privé et des entreprises. Il s'agit en réalité du même ancien problème de la défiance
perpétuelle lancée à l'élite africaine qui n'arrive pas encore à sortir, par des pratiques adaptées,
l'Afrique de la pauvreté et à conduire les pays et les peuples à la prospérité.
Cette élite africaine est constituée d'hommes et de femmes et ceux-ci sont donc concernés par la
problématique du leadership. La mondialisation telle qu'elle est présentée par les analystes revient
aussi à une compétition entre les élites, les leaderships. Les économies africaines, lorsqu'elles
entrent en compétition dans la globalisation mettent, en fait, à l'épreuve les initiatives, les
politiques et les décisions du leadership africain face aux autres leaderships mondiaux dans tous
les domaines qui concernent l'amélioration des conditions de vie des hommes. Le leadership dans
chacun des pays africains est en compétition scientifique, économique, technologique, financière,
entrepreneuriale, juridique, sociale et politique avec le leadership mondial. La mondialisation a

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pour avantage d'engager le leadership africain, hommes et femmes, du secteur public comme du
privé, dans la compétition pour rechercher des niveaux élevés d'épargne pour l'Afrique
et des taux d'intérêt faibles pour y stimuler l'investissement. Les leaders africains sont invités,
chaque jour, par la mondialisation à préciser les droits de la propriété et à en assurer une bonne
gouvernance. Ceux qui, en Afrique, dirigent les administrations publiques, sont invités par la
globalisation à prendre des mesures adéquates pour qu'une main d'œuvre qualifiée soit disponible
et trouve à s'employer avec la perspective d'accès à un pouvoir d'achat élevé sur des marchés
intérieurs dynamiques et compétitifs à tous égards. Le leadership africain doit pour cela être
capable d'instaurer et de maintenir une grande fluidité économique qui marquerait la capacité des
pays africains à s'adapter aux changements de circonstances et d'environnement. Il doit montrer
au reste du monde toute son habilité à absorber les adaptations productives dynamiques et faire
preuve d'intelligence et d'ouverture aux nouvelles idées qui se diffusent.
Telle est la problématique du thème que la REFAMP-CI a choisi à l'occasion de la célébration de
son 10e anniversaire. Les femmes leaders des gouvernements, des parlements, des entreprises et
des ONG de la société civile ont choisi ce thème et elles y ont travaillé pendant ces deux derniers
jours. Elles m'ont demandé de prononcer le discours de clôture de leur manifestation. La question
du thème abordé, telle que je l'ai introduite, provient d'un besoin impérieux pour nous tous qui
assumons des parties de ce leadership en Afrique, d'en préciser les contours. Et ma contribution
n'est ni une synthèse de ce qui aura été dit pendant ces deux journées, ni un compte-rendu des
conclusions auxquelles elles ont abouti. L'objectif dans cette communication est de proposer une
vision des défis qui sont lancés au leadership en Afrique, avant de suggérer un modèle de leader à
imiter et une méthodologie pour aborder avec des chances plus grandes de succès les questions
qui harcèlent de toutes parts.

II/ Quel problème le leadership en Afrique doit-il résoudre?

Dans la mondialisation, le succès et les avancées des pays résultent d'abord des prouesses de son
leadership à relever correctement, avec compétence les défis. Les échecs et les retards sont, de la
même façon, interprétés comme des carences ou des faiblesses de leadership. La place de
l'Afrique dans l'économie mondiale montre combien le leadership africain a été défaillant. L'histoire
récente de l'humanité montre comment les leaders africains ont été incapables d'enrichir l'Afrique
comparée aux autres continents du monde. Très souvent, les analystes se sont focalisés sur les
approches du développement et leurs critiques. En général, les élites africaines se demandent
comment enrichir l'Afrique, la rendre prospère mais très rarement elles se sont attardées sur ce
qu'est la richesse elle-même. Qu'est-ce donc que la richesse des nations? Où donc se trouve la
richesse de la nation? Comment se présente la richesse elle-même? Telles sont les questions qu'il
nous faut avant tout aborder.

Dans un ouvrage publié en 2006 et intitulé «Where is the wealth of Nations? Measuring capital for
the 21st century» la Banque mondiale (voir http://siteresources.worldbank.org/) aborde ces
questions dans une perspective qui semble révolutionnaire quant on connaît les méthodes

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traditionnelles de cette institution internationale. La question revient à rechercher le sens de


l'enrichissement des nations. Si le leadership peut enrichir les nations, il importe avant savoir ce
qu'est la richesse elle-même. Quels sont les déterminants de la richesse? Quels instruments
permettent d'agir sur ces déterminants? Répondre à ces questions permet automatiquement
d'identifier des leviers d'action pour moduler le développement durable ou pour s'échapper de la
trappe à pauvreté durable.

III/ Les secrets de la richesse

Pour comprendre la richesse d'une personne ou d'un pays, il faut commencer par distinguer
l'argent de la richesse. Généralement quand on dit qu'une personne est riche, cela se résume à
notre mesure de la quantité d'argent qu'elle a. Mais, en fait, les choses sont techniquement un peu
plus compliquées. L'argent liquide que les personnes détiennent se résume à leur porte-monnaie.
Le porte-monnaie étant un concept qui saisit l'argent liquide, les billets de banque et pièces
métalliques qui constituent alors la richesse. Mais au-delà de l'argent liquide, lorsque nous avons
de la quasi monnaie, c'est-à-dire de la monnaie qui n'est pas liquide mais que nous pouvons, dans
des délais très courts, transformer en argent, la richesse passe au portefeuille. C'est le cas par
exemple des fonds déposés sur les comptes d'épargne et dans les coffres des banques et pour
lesquels des titres de reconnaissances nous sont remis. C'est le cas des actions que nous achetons
pour participer à différentes initiatives entrepreneuriales et des obligations que nous achetons
auprès des entreprises et des Etats lorsque nous leur prêtons nos fonds disponibles, et qui
rapportent intérêts et dividendes selon les options. Un portefeuille contient le porte-monnaie plus
des feuilles représentant les titres des autres actifs faciles à convertir en argent.
La richesse se constitue pour un Etat ou pour un individu de son portefeuille, auquel il faut ajouter
tout son patrimoine non monétaire. Le patrimoine physique bâti ou pas, mobile ou immobile,
présent et futur et son capital social selon les taux de rendement applicables à chacun de ses
actifs.
La Banque Mondiale, pour mesurer la richesse des nations part, de cette conception et commence
d'abord par définir le patrimoine naturel des nations, désigné capital naturel, puis elle distingue par
la suite le capital produit et le capital intangible. L'ensemble des trois types donnant le capital total
pris comme richesse totale.
Le capital naturel des nations est constitué par les richesses initiales que la nature leur a donné
sans qu'aucun travail ne les fabrique ou qu'aucune industrie ne les crée en particulier. Entrent
dans cette catégorie:
-les ressources énergétiques (pétrole, gaz naturel, charbon, lignite et autres dotations non
renouvelables du sol et du sous sol);
-les ressources minières (bauxite, or, fer, nickel, diamant, phosphate, zinc ... ) ;
-les ressources forestières (bois) et qui sont renouvelables et celles qui sont
animales par exemple;
-les terres agricoles ;
-les pâturages, les rivières et les fleuves;
-les espaces naturels protégés.

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Le capital produit, quant à lui, est constitué des machines et des infrastructures construites, de
même que les terres et espaces urbains aménagés pour l'habitat de l'homme.
Les analystes de la Banque Mondiale se rendent alors compte que lorsqu'ils additionnent le capital
naturel et le capital produit par pays, ils n'épuisent pas pour autant le capital total de la nation
concernée. On découvre des pays avec un capital naturel très élevé et un capital produit faible
comparé à d'autres qui ont du capital naturel faible mais du capital produit très élevé. La valeur qui
vient équilibrer les comptes se trouve dans la richesse intangible des nations.
Le capital intangible est cette partie de la richesse que l'on ne peut toucher car elle est
immatérielle. Il constitue la partie la plus importante de la richesse des nations et se compose
d'une part du capital humain et de l'autre de la qualité des institutions. Il peut se déduire comme
un résidu, c'est-à-dire la différence entre le capital total et la somme du capital naturel et du
capital produit. Mais le capital intangible peut aussi se déterminer directement comme la valeur,
entre autre, du capital humain et de la qualité des institutions. Les institutions sont des systèmes
durables de règles sociales établies pour gouverner les interactions sociales. Elles peuvent avoir
des structures formelles comme les règles de droit, les lois et les constitutions. Mais elles peuvent
aussi se présenter sous un aspect informel regroupant des normes de comportements coutumiers
et traditionnels avec, à chaque fois, leur mode de récompenses en cas de respect et de sanctions
en cas de déviances.
Bien que le capital intangible ne soit comptabilisé nulle part, il se compose en partie du fruit de la
formation, de l'éducation et du savoir-faire acquis par les populations de la nation. En outre, il faut
y ajouter le capital social, c'est-à-dire la confiance qui règne entre les différentes composantes de
la nation et leur capacité à travailler ensemble de façon coordonnée, avec un minimum d'effets
pervers et de nuisances individuelles et collectives, dans le but commun de s'enrichir. En plus,
dans le capital intangible il faut prendre en compte les données de la gouvernance qui, elles,
stimulent ou limitent la productivité globale de l'économie. L'idée que l'on décèle derrière le rôle du
capital intangible sert à reconnaître l'effet induit du système judiciaire, du type, du mode et de
régime de gouvernement, des méthodes de calcul du consentement collectif et des droits de
propriété dans l'activité sociale et sur l'agir humain. Dès lors la qualité des institutions compte dans
la richesse des nations comme dans celle des familles et des individus. Certaines organisations
institutionnelles sont de nature à réduire l'accroissement de la richesse, d'autres au contraire
stimulent son amélioration.
Lorsque la justice est efficiente et que les droits de la propriété sont claires et précis, que les
gouvernants et autres leaders doivent rendre compte de leur gestion, alors la richesse intangible
augmente et la richesse globale aussi. Dans les cas contraires lorsque le pays est mal gouverné
ou pas gouverné du tout, lorsque le système judiciaire est corrompu, mal équipé et incompétent
ou lorsque les droits de propriété sont flous et mal définis, alors le capital intangible se réduit et
fait baisser du même coup la richesse totale de la nation.
Le capital humain s'améliore avec le stock de capacités productives de l'économie qui elles, sont
influencées par les dépenses d'éducation en qualité et en quantité, l'apprentissage et la formation
continue, l'investissement dans le système de santé et de nutrition. Dans les pays africains, le
capital humain est très rentable car le rendement de l'éducation est plus élevé dans les pays à

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faible revenu que dans les autres pays. Le tableau qui suit (tableau 1) nous donne justement le
rendement de l'éducation par niveau de richesse des pays. Il présente le constat que le
rendement social qu'un dollar investi dans l'éducation primaire dans les pays pauvres rapporte
plus à ce pays que le même dollar dépensé dans le primaire dans un pays plus riche. Donc l'effet
de l'éducation dans les pays africains sur la richesse intangible est effectif.

Tableau1 : Rendement social de 1$ investi dans l'éducation par niveau de groupes de pays.
(Extrait de «where is the wealth of nation ...» (2006) Page 91 d'après les travaux de psacharopoulos et
patrinos (2004) voir http://siteresource.worldbank.org...)

Rendement social de l'investissement dans l'éducation


Groupes de Pays
en %

Primaire Secondaire Supérieure

Pays à haut niveau de revenu 13,4 10.3 9,5

Pays à niveau de revenu


18,8 12,9 11,3
intermédiaire

Pays à bas niveau de revenu 21,3 15,7 11,2

Moyenne mondiale 18,9 13,1 10,8

Partout il apparaît qu'investir dans l'éducation rapporte aux nations. Comment évoluera alors le
capital intangible selon les modifications qui surviendront dans l'une ou l'autre des composantes?
Le tableau 2, extrait du document de la Banque Mondiale, présente les variations subies par le
capital intangible lorsque l'une ou l'autre des composantes varie d'une unité selon que l'on est
dans un pays riche ou dans un pays moins riche.

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Tableau 2: Variation du capital intangible par groupes de pays, suite à un changement d'une
unité de ses composantes. Exprimée en $ par tête d'habitants. (Extrait de Banque Mondiale: (2006)
«where is the wealth of nation ...» http://siteresource.worldbank.org...)

Groupes de pays Variation du rendement Variation du rendement de


de l'école la qualité des institutions

Ensemble des pays de l'OCDE 16.430 2.973

Pays à revenu élevé 2.398 481

Pays à revenu intermédiaire 1721 362

Pays à revenu faible 838 111

Dans ce tableau nous voyons qu'un accroissement de la qualité des règles de droit, une fois, dans
un pays à faible revenu, peut rapporter au capital intangible 111 $ par tête, là où les mêmes
améliorations juridiques et institutionnelles au sein des pays de l'OCDE rapportent à chaque fois en
moyenne 2973 $ par tête d'habitants. On remarque aussi qu'une durée de la scolarité d'une année
rapporte au capital intangible 838 $ par tête dans les pays à faible revenu alors que dans les pays
de l'OCDE le rapport est de 16.430 $ par tête d'habitants. Les montants les plus faibles
s'obtiennent toujours en Afrique et le défis du leadership serait de les améliorer pour que la
richesse prenne son envol.
Le défi qui attend le leadership est que celui-ci puisse être audacieux et se résoudre à s'engager
dans les réformes décisives qui vont améliorer les institutions et le capital intangible très faible en
Afrique. Le système éducatif rapporte peu aux Africains comparé au reste du monde. Il faut
l'améliorer en amplifiant les réformes de l'école, de la formation et tout cela dans le respect des
institutions qui souvent sont inadaptées, dépassées ou bien sclérosées et contre-productives.
C'est seulement par les réformes et le respect du droit que le leadership africain sera capable de
fluidité politico économique susceptible de relever le défi que la mondialisation lui lance.
Regardons ensemble le tableau 3 qui compare la distribution de la richesse intangible dans un
certain nombre de pays. Sources: Banque Mondiale

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Tableau 3 : Répartition des richesses naturelle, produite et intangible des pays africains
comparées à celles de certains pays de l'OCDE. (Extrait de Banque Mondiale: (2006) «where is the
wealth of nation ...» http://siteresource.worldbank.org...)
Tableau 3 Capital Capital Capital Total

naturel produit+ Terre


intangible/tête capital/tête
$/tête urbaine

Burkina 1.219 821 3.047 5.087

Bénin 1.333 771 5.791 7.895


Cameroun 4.733 1.749 4.271 10.753
Cap Vert 711 3.902 28.329 32.942
Tchad 1.861 289 2.307 4.458

RD Congo 9.330 6.343 -12.158 3.516

RCI 3.121 997 10.125 14.243

Gabon 28.586 17.797 -3.215 43.168

Ghana 1.336 686 8.343 10.365

Guinée Bissau 1.858 549 1.566 3.974

Madagascar 1.681 395 2.944 5.020

Mali 2.157 621 2.463 5.241

Niger 1.975 286 1.434 3.695

Nigeria 4.040 667 -1.959 2.748

Sénégal 1.272 975 7.920 10.167


Afrique du Sud 3.400 7.270 48.959 59.629

Togo 915 800 5.394 7.109

Etats-Unis 14.752 79.851 418.009 512.612

Royaume-Uni 7.167 55.239 346.347 408.753


Suisse 5.943 99.904 542.394 648.241

Japon 1.513 150.258 341.470 493.241

Italie 4.678 51.943 316.045 372.666


Allemagne 4.445 68.678 423.324 496.447
France 6.335 57.814 403.874 468.024

Belgique 3.030 60.561 388.123 451.714

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Ce tableau nous donne plusieurs leçons. Tirons-en quelques unes.


1. Le document de la Banque Mondiale donne la distribution internationale du capital
intangible par tête d'habitants. Le capital intangible est faible en Afrique comparé au reste du
monde et l'échantillon donné le montre bien en partie. Les défis sont là pour le leadership africain.
2. Des pays comme la République Démocratique du Congo, le Gabon et le Nigeria ont même
du capital intangible négatif par tête d'habitants. Alors que ces pays sont bien dotés en capital
naturel, ils ont du capital intangible négatif lié, selon le rapport, à des institutions de piètre qualité
et un capital humain tout aussi faible et inefficace. Les défis sont aussi là.
3. Dans l'échantillon, seule l'Afrique du Sud a, avec le Cap-Vert, un capital naturel plus faible
que le capital produit. Partout ailleurs, la contribution de l'exploitation du capital naturel est de très
loin plus élevée que ce que rapporte le capital produit. Le capital produit est faible par tête
d'habitants. Or c'est le capital produit par tête qui, en réalité, importe dans les efforts productifs
que font les pays pour sortir de la trappe à pauvreté durable et entrer dans une dynamique de
développement durable. Les terres urbaines sont mal exploitées, mal organisées, mal entretenues.
Les industries ne correspondent pas aux normes compatibles avec la mondialisation. Le système
monétaire est défaillant et incapable de financer l'investissement risqué. Le marché du travail est
soit administré ou informel si non inexistant.
4. La Suisse avec 5943 $ a moins de capital naturel par tête que le Gabon (28 586 $), ou la
RDC (9 330 $). Le Japon a moins de capital naturel que la Côte d'Ivoire, le Mali, le Tchad ou la
Guinée Bissau. La Belgique a moins de capital naturel que la RDC ou le Nigeria. Et pourtant, le
capital produit de la Belgique (60 551 $) est presque aussi important que celui de l'ensemble des
pays africains de l'échantillon du tableau 3. Le Japon avec 150 258 $ par tête de capital produit
dispose de presque du double du montant total du capital produit par l'ensemble des pays de
l'échantillon. Le défi est là.
Le leadership africain doit immédiatement prendre les dispositions pour que cette posture
honteuse pour les élites africaines change au plus tôt. Est-il capable d'une telle audace qui
l'amènerait à choisir des principes permanents d'un leadership inspiré et capable d'éclairer une
vision qui apporte des solutions cohérentes et rigoureuses à ces défis majeurs? Si le Gabon (28
586 $) dépasse la France (6 335 $) avec la donne du capital naturel, la comparaison tourne au
ridicule quand on passe au capital produit. Gabon (17 797 $) ; France (57 814 $).
Dans les pays riches membres de l'OCDE, le capital intangible est incomparable avec le capital
total des Africains, à plus forte raison à vouloir faire des comparaisons avec le capital produit et le
capital intangible. Les défis sont là.
La richesse ne provient pas en réalité du potentiel de capital naturel. Elle provient d'abord de la
qualité de la population et de celle des institutions. Il n'y a de richesses que d'hommes disent les
économistes. Les valeurs intangibles de l'éducation et des institutions sont les principaux moteurs
du capital intangible qui lui-même est de très loin le premier composant de la richesse des nations.
Le tableau l'illustre bien. Le leadership en Afrique n'est pas encore arrivé à modifier de façon
décisive les leviers de la richesse des populations africaines malgré les énormes ressources
naturelles non renouvelables. Que se passera-t-il lorsque ces ressources, dans deux ou trois

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siècles, auront disparu: puits de pétrole asséchés, minerais épuisés, exploitation terminée, et
ensuite ? Les leviers de la richesse des nations se trouvent dans l'éducation et les institutions. Les
cadres institutionnels mis en place par les élites africaines depuis toujours n'ont jamais répondu
aux attentes des populations africaines. Rester dans la trappe à pauvreté n'est pourtant pas une
fatalité. Les voies pour s'en sortir existent. Il ne nous manque que le courage de décider de notre
entrée dans le monde des riches. Les élites se renouvellent de génération en génération, mais ce
changement se fait dans la stabilité des habitudes d'inefficacité et parfois, il arrive même que les
générations nouvelles soient de moins bonne qualité que les générations passées. Le défi du
leadership se trouve dans sa capacité d'adoption de méthodes institutionnelles qui soient
favorables à la richesse. L'entropie institutionnelle doit s'arrêter. Revendiquer la démocratie ne
suffit pas. Faire des élections ne suffit pas. Il faut changer de cadre institutionnel et de modes de
gouvernement et d'éducation afin qu'ils nous rendent aptes à entrer dans la mondialisation.
5. Lorsqu'un Africain quitte son pays pour émigrer en France, il accède automatiquement au
cadre institutionnel et éducatif d'un pays qui a un capital intangible de 403 874 $ par tête comparé
au capital intangible par tête du pays d'origine, sachant que l'Afrique du Sud, qui est en tête du
continent, n'a que 48 959 $ par tête. Le capital intangible des pays européens attire les Africains
vers l'Europe et les pays de l'OCDE. Le niveau et la force du capital intangible dans ces pays sont
un puissant facteur d'attraction, surtout que les élites africaines adoptent des politiques qui
fournissent un capital intangible de répulsion et d'exclusion des populations dont elles proclament
en principe qu'elles sont des leaders.

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IV/ Pourquoi le capital intangible est si faible en Afrique?

Heritage Foundation, think tank américain installé dans la ville de Washington vient de publier, en
collaboration avec le Wall Street Journal, un quotidien New-yorkais, l'indice de la liberté
économique pour l'année 2008. Cet indice montre que les scores en matière de liberté économique
sont très faibles en Afrique. Le tableau 4 présente l'indice pour les pays Africains membres de
l'échantillon. La liberté économique que mesure cet indice est une évaluation de dix critères choisis
et qui reprennent de nombreux éléments de la richesse intangible.
Voir Index of Economic Freedom (http:/ /www.heritage.org/research/features/index/). Ces critères
sont:

01/ La liberté d'entreprise


02/ La liberté de commerce
03/ La liberté de pas être pressuré par les prélèvements obligatoires
04/ La liberté de contrôle de la taille du gouvernement
05/ La liberté d'avoir une monnaie indépendante
06/ La liberté pour l'investissement
07 / La liberté financière
08/ La liberté de protéger les droits de la propriété
09/ La liberté de s'émanciper de la corruption
10/ La liberté de contrat sur le marché du travail

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Tableau 4: Indice de la liberté économique en Afrique noire. (Source: Index of Economic Freedom.
(http://www.heritage.org/research/features/ index/))

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Le rapport est très net sur l'appréciation de la situation: «L'Afrique sub-saharienne est bien connue
comme la région du monde la plus pauvre et la plus violente. Elle semble aussi être la région du monde
qui continue encore de dormir derrière le voile des cinquante dernières années du siècle passé plutôt
que d'avancer en terme de bien-être matériel pour ses populations.»
Le produit intérieur brut par tête d'habitant en Afrique, selon le rapport, n'est que de 1 984 $, le
plus faible du monde, et l'Afrique est pourtant la région du monde qui reçoit le plus d'aide
publique au développement, et qui est de surcroit la moins peuplée du monde.
Entre 1995 et 2007, en moyenne, selon la Heritage Foundation, le score de l'Afrique en matière
de liberté économique est resté plus faible que dans toute autre région du monde. La tendance
pour l'Afrique, et cela depuis 2001 - 2002 est même, au contraire, à la dégradation de ce score
Comme le suggère le graphique1 ci dessous.

Graphique 1: Evolution de la liberté économique dans le temps en Afrique noire comparée à la


moyenne mondiale. (Source: Index of Economic Freedom. (http://www.heritage.org/research/features/
index/))

Dans le même rapport, il est établi clairement qu'il y a une relation croissante entre la liberté
économique et le produit intérieur brut (Pib) par tête en Afrique sub-saharienne comme dans le
reste du monde.

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Graphique 2 : Relation entre Pib par tête et indice de liberté économique en Afrique noire.
((Source: Index of Economic Freedom. (http://www.heritage.org/research/features/ index/))

L'indice permet aussi de classer les pays africains des plus libres vers les moins libres. La majorité
des pays africains tombent dans la catégorie des pays non libres. Plusieurs pays sont classés dans
la catégorie des pays à liberté réprimée (pays liberticide) et quelques uns seulement sont classés
comme étant des pays modérément libres comme le montre le graphique 3 ci-dessous.

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Graphique 3 : répartition de pays d’Afrique noire selon leur degré de liberté économique.
((Source: Index of Economic Freedom. (http://www.heritage.org/research/features/ index/))

La dispersion des pays autour de cette situation des pays non libres est très faible. C'est donc dire
que les pays sont donc regroupés autour de cette catégorie. Les pays africains les plus libres, Ile
Maurice et Botswana, sont classés respectivement à la 34ème et à la 35ème place au classement
mondial. L'Afrique du Sud, le 3ème pays d'Afrique le plus libre, arrive 52ème dans le classement
mondial. En outre, on peut remarquer dans ce rapport que parmi les 20 pays qui répriment le plus
la liberté dans le monde 8 sont situés en Afrique. Et cela à n'en point douter est le résultat du
leadership africain.
Evaluée relativement aux dix critères donnés par le rapport, l'Afrique sub-saharienne a de piètres
scores car elle n'arrive pas à se libérer de la corruption, à préciser les droits de la propriété privée
des populations face aux Etats, à libérer d'investissement des tracasseries administratives, à
libérer les structures de financement de la production, et à promouvoir la liberté d'entreprise
comme l'illustre le graphique 4.
Et le rapport de poursuivre «Il apparait que les pays d'Afrique sub-saharienne ont été affligés par les
plus mauvaises politiques de leurs anciens colonisateurs européens, mais par aucune de leurs
politiques de prospérité.» Les leaders africains se doivent de méditer cette pensée.

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Graphique 4 : Performance globale des pays d'Afrique noire selon les critères de la liberté
économique. ((Source: Index of Economic Freedom. (http://www.heritage.org/research/features/ index/))

La liberté économique est une appréciation de l'autonomie des individus vis-à-vis de l'Etat et des
autres organisations plus ou moins prédatrices et liberticides. L'individu libre est celui qui peut
contrôler son travail et sa propriété. La liberté économique est nécessaire à la liberté politique mais
en soi, elle constitue une valeur qui mérite d'être défendue, soutient également le même rapport.
La liberté économique se définit comme une absence de coercition contre l'action humaine
responsable et qui fait qu'elle est différente de l'anarchie dans laquelle tout serait librement
permis. La liberté économique contient toutes les libertés qui vont déterminer la qualité des
institutions et celle du capital produit.
La liberté d'entreprise mesure la capacité de créer, de gérer et de fermer son entreprise sans
qu'aucune barrière ne vienne la bloquer ou la restreindre. Quels sont les procédures, les délais, les
coûts et le capital minimum exigé pour créer une affaire? Même question pour l'obtention des
autorisations (licences) et la gestion quotidienne des affaires. La liberté de faire du commerce
pose le problème des barrières tarifaires et non tarifaires, des quotas et autres autorisations
préalables des administrations, du protectionnisme et des règles abusives imposées par certaines
unions commerciales et économiques. La liberté fiscale est la mesure quantitative de la charge
fiscale que l'Etat impose. La pression fiscale, la dispersion fiscale, les produits fiscaux sont
questionnés pour savoir en quoi ils encouragent l'acquisition du capital intangible. Le
gouvernement qui prélève l'impôt devrait rendre compte aux contribuables.
La taille du gouvernement mesure non seulement le montant des dépenses de l'Etat, mais aussi la
disponibilité des biens publics pour l'ensemble de la population en qualité et en quantité
compatibles avec les prélèvements obligatoires qui sont en principe organisés par les élites
étatiques. Les biens et les services publics sont-ils fournis selon des critères justes d'équité et

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d'efficacité de la dépense publique? Concernant la liberté monétaire, les auteurs du rapport


écrivent que «La liberté monétaire est à l'économie de marché ce que la liberté de parole est à la
démocratie. Les hommes libres ont besoin d'une monnaie stable et fiable comme moyen d'échange et
réserve de valeur. Sans liberté monétaire, il est difficile de créer de la valeur sur la longue période.» Le
leadership africain qui préfère dans une large mesure la formule des «comptes d'opérations» ou
celle des banques centrales sous tutelle ministérielle devrait savoir qu'elles ne lui offre que de la
servitude ou de la bureaucratie monétaire.

La liberté financière dans un pays offre aux banques, aux assurances et aux activités financières
non bancaires les opportunités de création de produits financiers adaptés aux besoins de la
production. L'investissement risqué et les financements longs sont-ils encouragés ou est ce
seulement l'acquisition les biens de consommation durable qui est financée? Libérer les pays
africains de la corruption n'a pas besoin d'être longuement expliqué ici comme d'ailleurs la liberté
des droits de la propriété et la liberté d'investissement et du contrat de travail.
Pour chacune de ces libertés, un défi attend le leadership africain, mais pour aborder ces défis,
quelles doivent être les postures du leadership lui-même? Quels sont, au niveau de l'élite, les
principes et les valeurs à observer pour se présenter sans complexe devant ces défis?
L'expérience du développement des cinquante dernières années nous aura donné de mieux:
comprendre les échecs du leadership africain. Les secrets du capital étant maintenant connus,
dans quel état d'esprit le leadership devrait-il aborder ces questions? Comment l'élite peut-elle se
transformer en leader?

V/ Les valeurs et les leçons du leadership

Le leadership est un mélange de bravoure et d'humilité, d'audace et de capacité d'anticipation. La


conduite des affaires publiques ou privées exige du leadership une capacité d'influencer de
nombreuses personnes en leur offrant un but commun à poursuivre, une direction à prendre
ensemble et de bonnes raisons argumentées qui les amènent à y adhérer en toute confiance
quand la mission lui est confiée ou la nécessité lui est imposée de travailler à l'amélioration de la
situation collective de l'organisation ou du pays. Le leader, pour être effectif, c'est-à-dire pour
avoir de l'effet, doit avoir confiance en lui-même et inspirer confiance aux autres. Ceux qui se
laissent diriger par lui doivent avoir réellement confiance en ses capacités, à son caractère et à
l'éthique qui fonde son engagement.

Pour que cela soit, il convient qu'au commencement le leader lui-même se fasse confiance et ait
un caractère à toute épreuve et une moralité qui rassure. Les personnes qui acceptent le
leadership d'une autre doivent trouver en elle une source d'inspiration pour la réflexion comme

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pour l'action et sentir sincèrement sa foi comme étant inébranlable. Ceux que le leader inspire
doivent juger ses décisions comme crédibles, justes et efficaces. Même s'il est difficile de définir la
subtilité du leadership, il est facile de reconnaître un leader. Le leadership est en partie inné et en
partie cultivé par l'expérience que l'épreuve de la vie impose.
La partie innée n'est qu'une prédisposition car l'on ne naît pas leader, on le devient. Le leader se
forme au prix d'un labeur exigeant attendu de tous ceux qui veulent atteindre des objectifs et des
buts qu'ils jugent dignes d'être poursuivis. Le leadership a donc des capacités, des qualités, des
compétences qui le rendent capable de conduire de façon efficiente les peuples ou les
organisations vers le succès. Les hommes, lorsqu'ils se laissent conduire, ne cherchent pas
seulement un rulership, un chef, un dirigeant, un conducteur, un patron. Ils veulent aussi et
surtout un leadership éprouvé.
Pour dégager les principes et règles de comportement de leader en Afrique, prenons un exemple
de leadership qui a été un succès. Prenons le cas remarquable de George Washington, le premier
Président des Etats-Unis d'Amérique (1789-1797). Washington a été commandeur en chef de
l'armée américaine pendant la guerre d'indépendance que les "rebelles" américains ont livré à
l'armée la plus puissante du monde de l'époque : l'armée britannique. Dans l'exercice de ses
fonctions comme dans sa vie de tous les jours, il a manifesté un leadership d'exception, dit-on,
avec une vision qui a profondément marqué l'histoire des Etats-Unis. Il lui a été proposé dans le
monde de 1789 de se faire introniser roi après sa victoire contre la puissance coloniale. Il a refusé.
Alors qu'il était considéré par les Américains comme un grand héros en 1783, à la fin de la guerre
d'indépendance, il ne chercha pas à s'emparer du pouvoir. Lorsque les Etats confédérés
commencèrent, pendant les premières années d'indépendance, à se quereller sur les questions de
frontières, sur celles de l'utilisation des cours d'eau et sur les problèmes de voisinage, c'est chez lui
que se réunirent les facilitateurs et autres médiateurs en 1785 pour faire la paix. Devant les
difficultés et l'importance des problèmes entre les Etats nouvellement indépendants, une
convention se réunit en 1787 à Philadelphie et elle est présidée par George Washington, qui donne
aux débats l'éclat de son prestige personnel. De cette convention, il sort une constitution qui
conduit à la première élection qu'il gagne et il commence son premier mandat le 30 avril 1789, qui
sera renouvelé en 1792. Contrairement à de nombreux leaders charismatiques des indépendances
africaines, Il refuse un troisième mandat et respecte scrupuleusement les termes et dispositions de
la constitution que les Américains s'étaient librement donnée. Il passe pacifiquement le pouvoir au
deuxième président des Etats Unis: John Adams. Il se retire du pouvoir et vit dans sa ferme du
Mont Vernon où il meurt en décembre 1799 à l'âge de 67ans. Après sa mort, George Washington
est devenu encore plus grand dans le cœur des Américains, qui lui vouent un culte particulier issu
d'un leadership exceptionnel. L'encyclopédie universaliste raconte que des universités, des cours
d'eau, des montagnes, des comtés, des rues et des avenues, des villes (dont la capitale fédérale)
et des villages et même un Etat de la côte pacifique américaine portent son illustre nom. Son
anniversaire est la seule fête, avec la fête d'indépendance, que tous les Etats de l'union célèbrent
chaque année. (22 février 1732). Et Il est par ailleurs également immortalisé sur la monnaie
américaine, sur les pièces autant que sur les billets, non pas ceux de cent dollars mais sur ceux de

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un dollar. Après sa mort. À méditer aussi.

Quels ont été les traits marquants du leadership américain des indépendances? Comment George
Washington a-t-il été ce leader exceptionnel qu'il fallait justement, à cette époque cruciale pour la
jeune nation américaine? Un ancien directeur de l'association du Mont Vernon, James c. Rees et
un écrivain, Stephen Spignesi ont publié aux éditions John Wiley, en 2007, un ouvrage pour
répondre, selon eux, à la question de savoir quelles ont été les leçons de leadership que le père
fondateur des USA peut nous enseigner plus de deux siècles après sa mort. Le titre de cette
œuvre est tout un programme «George Washington's Leadership Lessons: What the father of our
country can teach us about effective leadership and character ».
Les auteurs résument en quinze leçons ce que le leadership de Washington peut nous enseigner.

l- le leader a une vision claire


2- le leader est honnête
3- le leader est ambitieux
4- le leader est courageux
5-le leader est discipliné et sait se maîtriser (self control)
6- le leader sait prendre ses responsabilités quand il le faut
7 - le leader est toujours déterminé
8- le leader a une forte éthique opérationnelle
9- le leader a un bon jugement
10- le leader sait tirer les leçons de ses erreurs
11- le leader est humble
12-le leader fait de la Recherche-Développement
13- le leader soigne sa présentation
14- le leader sait anticiper les attentes
15-le leader a foi en ce qu'il fait et aux autres

Les élites africaines peuvent simplement s'inspirer des leçons de George Washington. Cependant,
on peut dire que le premier président américain est un mythe de l'histoire de son pays et que son
type de leadership n'est pas à la portée de tous et ne peut intéresser que ceux qui aspirent à
gouverner des Etats et à bâtir des nations prospères, durables et paisibles. Il existe toutefois dans
les business schools, des enseignements en matière de leadership. Les professeurs de
management enseignent dans les grandes universités du monde les principes du leadership. Parmi
eux Scott Snair, qui est un Leading Business Consultant et ancien étudiant de la fameuse école
militaire de West Point située sur la rive gauche de d'Hudson au nord de New York et créée en
1802 dans le but de former des jeunes officiers des armées de terre et de l'air des USA. Snair a
publié en 2004 un livre qui présente les leçons de leadership que l'on peut tirer de la formation à
West Point. Certes West Point est une académie militaire dira t'on, mais même si nombre de ses
diplômés sont connus pour avoir été de grand soldats américains dont leadership n'est pas

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contesté, plusieurs de ses diplômés sont des leaders ailleurs dans la vie économique et sociale.
Parmi les grands généraux américains, on peut citer pêle-mêle Ulysse S. Grant, Robert E. Lee,
Dwight D. Eisenhower, Douglas Mc Arthur, Norman Schwarzkopf, George S. Patton. Cependant, de
nombreux élèves de West Point travaillent en dehors de l'armée et font montre d'un leadership
remarquable qui ne leur fait pas seulement gagner des guerres pour leur pays, mais qui va aussi
contribuer à bâtir une nation puissante, prospère et stable.
Les élèves de West Point devenus de grands leaders ont par exemple construit des autoroutes
entre les Etats de la Fédération (Francis Greene). Ils ont bâti le système de chemin de fer de New
York (Horace Porter). Ils ont servi les présidents de leur pays (Jefferson Davis, Ulysse S Grant, D D
Eisenhower). D'autres ont voyagé dans l'espace, c'est le cas de Franck Borman, Buzz Aldrin,
Michael Colins. Certains ont présidé de grandes compagnies multinationales comme John Hayes
chez Coca-Cola et Marshall Larsen (Goodrich). D'autres encore ont révolutionné la technologie et le
business lui-même comme Jim Kimsey de AOL. Plusieurs autres exemples existent qui pourraient
inspirer le leadership africain. Quelle philosophie peut-on extraire de la formation de cette école
d'élite qu'est West Point?
Scott Snair nous propose une dizaine de principes de base qui forgent le caractère, la personnalité
et impriment la force du leadership dans les élèves de West Point.

Leçon 1: Le devoir est au-dessus de tout et le leader se donne une conviction peu ordinaire de la
responsabilité qu'il a.

Leçons 2 : L'honneur, qui permet à tout instant de la vie de suivre un code de bonne conduite: ne
pas mentir, ne pas tricher, ne pas voler ou tolérer ceux qui le font.

Leçon 3 : La nation, qui implique pour le leader qu'il se sente soumis à quelque chose de plus
grand que lui. Personne n'est au dessus du droit qui est le ciment qui soude la nation. Le leader se
dévoue à cette nation et lui reste loyal.

Leçon 4 : La mission, à laquelle le leader doit se consacrer entièrement. Il doit comprendre


clairement sa mission, la vivre et en faire la promotion auprès de ceux qu'il conduit et leur faire
assumer à chacun d'eux leurs responsabilités.

Leçon 5 : La perspicacité qui offre aux leaders l'occasion de traiter ceux qui sont affectés aux
différentes tâches de la mission comme s'ils étaient plus importants que lui-même pour la cause,
avec la conviction qu'ils le sont effectivement.

Leçon 6 : L'exécution qui permet au leader de laisser ses actions le définir et influencer la
perception que les autres ont de lui. Le leader doit donner partout et toujours l'exemple.

Leçon 7 : Une stratégie intelligente que le leader adopte en tenant compte des subtilités de
l'environnement et avec une bonne tactique et du bon timing.

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Leçon 8: Par sa compétence, le leader s'efforce d'être un expert dans ce qu'il sait faire le mieux. Il
partage ses connaissances et ne vit pas la compétence comme la définition d'un domaine (les
compétences du Ministère) mais comme sa capacité à résoudre les problèmes et à exercer
effectivement la mission.

Leçon 9 : La loyauté. Pour le leader, une fois les objectifs, les méthodes et les instruments de
l'action définis il faut s'y conformer strictement, sans à peu près, sans se trahir, sans trahir les
autres et sans trahir la cause et la mission car pour le leader les autres comptent beaucoup plus
que lui-même.

Leçon 10 : La maîtrise et le contrôle du changement. Les habitudes et les pratiques quotidiennes


finissent par imposer des routines et rendre le changement inéluctable. Le changement est un
autre nom du progrès, de la croissance et du développement. Le leader doit être capable de
rassurer ceux qui ont peur du changement et qui lui résistent. Il doit inspirer la confiance et le
courage et donner l'assurance aux autres que le progrès peut être anticipé, maîtrisé, organisé.

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VI/Conclusion

Dans cette communication, nous avons voulu comprendre comment fonctionnait la mondialisation.
Il nous est apparu qu'elle était faite essentiellement de compétitions entre pays qui aspirent tous à
devenir riches. Nous avons accepté l'idée que cette compétition entre pays était en réalité une
compétition entre les décideurs de chacun des pays. Les élites et les leaders sont en compétition à
travers la globalisation. Et cette perspective engage donc le leadership dans des défis plus ou
moins difficiles. Nous avons repositionné le débat sur le leadership africain dans la construction
des nations. Pour réussir dans cette compétition mondiale, il faut pouvoir enrichir son pays et ses
populations dans un monde ouvert. Mais alors qu'est-ce que la richesse? Nous avons accepté que
la richesse d'une nation ne soit pas déterminée principalement par les ressources naturelles et les
ressources en capital produit et construit. Le capital intangible a été présenté comme le principal
déterminant, le plus décisif de la richesse globale des nations.
Le capital intangible a plusieurs déterminants, nous en avons retenu deux, le capital humain
(formation, santé ... ) et la qualité des institutions qui se sont révélés avoir des effets
d'amplification plus forts sur la richesse intangible et la richesse totale.
Le principal défi pour le leadership serait de se pencher plus sur les questions que pose le capital
intangible si l'Afrique doit compter sur ses élites pour s'enrichir. Mais pour cela il nous fallait
identifier les leviers et instruments qui influencent le capital humain et les institutions. Cette
question trouve réponses dans l'analyse que nous faisons de l'indice de la liberté économique qui
nous reprécise le travail qui attend le leadership en matière de capital intangible. Puis vient alors la
question du leader lui-même. Comment faire pour lui imprimer un caractère à toute épreuve et
une éthique irréprochable tout en inspirant les autres?
Pour répondre à cette dernière question, nous avons tiré les leçons du leadership exceptionnel du
premier Président des Etats-Unis d'Amérique G Washington en vu de mettre à la disposition du
leadership africain un modèle de bravoure, d'humilité, d'audace et de capacité d'anticipation
intelligente. Construire une Nation en sortant d'une période coloniale peut se faire mais pour cela
non seulement il faut des modèles mais de surcroît il faut comprendre les principes du leadership.
Ces principes nous les avons puisés dans les leçons de leadership que donne la formation à l'école
militaire de West Point aux Etats-Unis. Ces principes simples s'agencent autour d'idées toutes aussi
simples que nous avons rappelées.
La mondialisation est une course à l'enrichissement des nations dans laquelle tous les participants
peuvent gagner à condition que le leadership de chaque pays s'adapte aux conditions de la
concurrence globale. Le discours soutient que, plus les leaders des pays démantèlent les politiques
abusives de régulation sociale et les autres barrières à la liberté de l'entreprise et du citoyen plus
la croissance se manifeste avec d'avantage de prospérité pour les populations.
Le fait d'avoir été colonisé ne demeure une tare séculaire qu'à la seule condition que le leadership
refuse l'abandonne les vestiges institutionnels de la colonisation. Hong Kong classé depuis 14 ans
comme le premier pays libre économiquement. Et Singapour une ancienne colonie britannique elle

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aussi est bien classée selon l'indice, de même que l'Australie et les Etats-Unis.
La liberté rend les économies et les pays plus prospères et les populations plus riches et plus
heureuses. Les élites africaines doivent le savoir et engager leur leadership dans cette voie. Le
devoir n'est rien sans conviction. La vision n'est rien sans ambition. La détermination n'est rien
sans courage et l'exécution ne sert à rien sans compétence.

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