Vous êtes sur la page 1sur 4

Le « eu » ouvert et le « eu » fermé.

Tout d'abord, quels sont les deux « eu » dont on parle ?


Un petit moyen mnémotechnique : c'est deux « eu » me donnent une peur bleue.

Peur arrondie Bleu arrondie


|œ| ouverte |ø| fermée
antérieure antérieure
buccale buccale

Encore une fois, ces voyelles se distinguent l'une de l'autre par leur ouverture.

Le meurtre il ameute
la fleur affreux
le peuple le pleutre

Écriture et prononciation.

Attention :

1. L'harmonisation vocale joue également pour ces voyelles :


malheur |malœR| - malheureux |maløRø|

2. Le « E » naturel |ə| s'apparente fortement au « E » ouvert |œ|. C'est pourquoi nous


considérerons qu'il s'agit de la même voyelle.

Quand « eu » est-il ouvert ou fermé ?

• En début et finale de mot : fermé.


Exemples : Europe, euphorie, adieu, monsieur, des oeufs, des boeufs.

• En syllabe finale et suivi d'une consonne : ouvert.


Exemples : meuble, boeuf, oeuf, coeur, aveugle, couleuvre.
Exceptions : 1. jeûne, meule, veule.
2. Quand il est devant |t| et |z| : émeute, neutre, pieuse, deuxième.
• A l'intérieur des mots : fermé.
Exemples : leucémie, peuplier, pleurésie, déjeûner.
Exceptions : Meursault, beuverie.

Attention : tous les dérivés des mots contenant en syllabe tonique un « eu » ouvert ou fermé
conservent cette voyelle.

Pleur _____ pleurer |œ| il pleut _____ pleuvoir | ø|

Avant de voir plus en détail le comportement du « E » naturel, essayons encore une fois de déjouer
les pièges en identifiant les « EU » ouverts et les « EU » fermés.

Exercice.

Les boeufs pondaient des oeufs. « Pas possible ! Il bat le beurre ou il bluffe ! » s'écria le meunier, le
teint bleuâtre mais l'oeil curieux.
Comme il s'en retournait, songeur, à la meule de son moulin, il se dit : « Peut-être est-ce une
épreuve aveugle qu'un dieu rieur m'envoie pour éprouver mon ardeur, à moi, veule pécheur et
pauvre pleutre ? »
Et s'arrêtant sous le feuillage d'un peuplier, il décida : « Demain, je jeûne jusqu'à jeudi. L'enjeu en
vaut la peine, corbleu ! ».

Le « E » naturel.

Quand la lettre e ne représente pas de « E » fermé ou « E » ouvert, elle se prononce | ə| avec les
mêmes caractéristiques articulatoires que « EU » ouvert atone (c'est à dire non tonique).

• La lettre e ne se prononce jamais :


- lorsque, précédée d'une voyelle, elle termine une syllabe. Exemples : vie, haie,
dénuement.

- lorsqu'elle n'est qu'un signe orthographique. Exemples : pigeon, douceâtre.

• La lettre e ne se prononce généralement pas :


- à la fin du mot (même suivie d'une ou plusieurs lettres muettes). Exemples : pomme, tu
chantes, ils montent.

- à l'intérieur des mots. Exemples : carreleur, médecin, samedi.


• Généralement, la lettre e se prononce | ə| :
- pour éviter la rencontre de trois consonnes quand celles-ci forment un groupe
imprononçable. Exemples : vendredi, âpreté, escarpement, la grand(e) fenêtre, cett(e)
mesure.

- dans la première syllabe du mot isolé ou commençant une phrase. Exemple : dessous,
venin, jeter.

Attention :

1. la prononciation ou non du « E » naturel dans un même mot peut dépendre de la position


qu'occupe ce mot dans la phrase.

– Reviens ! - Tu r(e)viens de loin !

2. Dans les monosyllabes – le , de , que , me , ne , etc ... - la prononciation ou non du « E » naturel


obéit à des règles particulières et trop compliquées pour être envisagées ici. Exemple : fais c(e)
que j(e) te dis.

3. Certains mots conservent la prononciation du e obligatoire quelle que soit leur position dans la
phrase. -> la besace , en dehors , le benêt , dix deniers.

Pratiquement, dans la langue de tous les jours, on prononce peu le « E » naturel. On en prononce
davantage dans la lecture soutenue, dans les discours officiels, dans tous les cas où la précision des
propos soutenus exige une grande attention. Sa prononciation suit également des règles très
stricte en poésie, ces règles sont dites de « versification » et sont abordées au cours de
déclamation.

Exercices.

1. Ne prononce la lettre e que si c'est obligatoire.

Une fenêtre une tenue remarquable


Deux fenêtres Quelle remarquable tenue !
Trois fenêtres ta tenue est remarquable
Quatre fenêtres Je remarque cette tenue.
Cinq fenêtres Remarque cette tenue.
Six fenêtres Cette tenue, on la remarque.
Sept fenêtres Une petite cerise
Huit fenêtres Deux cerises si petites.
Neuf fenêtres De si petites cerises.
Dix fenêtres Cette cerise, je la rejette.

2. Interprète « Le Silence » de deux façons différentes et vérifie si cela influe sur la


prononciation des « E » naturels.

Le Silence.

... Bang ! Rien de tel qu'un coup de canon pour bien apprécier le silence.
Chut ! ... Il me faut votre entière collaboration. Cessez de respirer... pas de clignement de paupière
précipité ... un doigt qui craque et tout est à recommencer.
... Comment ? ... Le silence vous ennuie ? ... Mais il y a des silences de qualité qui méritent d'être
entendus. C'est très difficile d'interpréter le silence. Il y a des silences graves, des silences de plomb,
des silences gluants ... comme l'angoisse, des silences froids (et même de glace), des petits silences,
des silences longs (la minute de silence étant la plus répandue).
Dire un vrai silence, c'est plus délicat et plus épineux que de demander à une araignée de tisser la
plus fine des dentelles de Bruges.
Un silence, c'est comme une page blanche avant le premier trait de plume, c'est comme une
horloge sans aiguille. Le silence, c'est comme le goût de l'eau ou comme l'odeur de la neige
fraîche ...
Écoutez ...
Et n'applaudissez que si vous ne m'avez pas compris !

Vous aimerez peut-être aussi