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LA SOUVERAINETÉ MONÉTAIRE

DES PAYS AFRICAINS

Prof. Mamadou KOULIBALY


Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire

Conférence prononcée à l'invitation de l'Association "REPÉRES".


Centre International de Conférence de Bamako (Mali)
Le 15 Août 2009.

1
PLAN DE L’EXPOSÉ

I. La souveraineté monétaire ..................................................................................................... 4

II. Qui décide de la politique monétaire ?................................................................................. 6

III. Quels avantages découlent de ce transfert de souveraineté monétaire ? ...................... 10

- La solidarité intra zone.......................................................................................................... 10

- Le surcoût des importations .................................................................................................. 12

- L’inflation.............................................................................................................................. 13

- Un frein à l’essor du secteur privé ........................................................................................ 15

IV. Redevenir des peuples souverains...................................................................................... 21

V. Documents annexes............................................................................................................... 25

VI. Lectures complémentaires.................................................................................................... 37

2
« La souveraineté est révolte, ce n’est pas
l’exercice du pouvoir.
L’authentique souveraineté refuse…»
Georges Bataille (1897-1962)
In Méthode de méditation – Ed Gallimard

Au cours de cette conférence initiée par l’Association « Repères », je m’efforcerai de


défendre la thèse suivante : Alors que les constitutions africaines proclament la
souveraineté de leurs Etats et de leurs peuples, dans les faits, aucun d’entre eux ne
décide de manière souveraine de sa politique économique. Ils demeurent soumis à la
prééminence des contraintes venues de l’extérieur.

J’appuierai essentiellement mon exposé sur l’analyse de la souveraineté monétaire


dans la Zone Franc. Les aberrations du système conduisent à des conséquences
déconcertantes économiquement telles que des banques accumulant des surliquidités
sur des marchés où les entreprises privées et les particuliers manquent d’accès aux
crédits et où les Etats trouvent facilement financement.

Les avantages souvent mis en avant sur le Fcfa, tels que la solidarité des pays de la
zone ou encore la maîtrise de l’inflation, ne résistent pas à une analyse objective des
résultats.

Alors que la France, assurant la tutelle monétaire de la Zone Franc, a transféré sa


propre souveraineté monétaire à la Banque Centrale Européenne, le contexte est
favorable au changement. Le recouvrement de la souveraineté monétaire par les pays
de la Zone Franc n’est pas un leurre. Toutefois, cela suppose, en préalable,
l’élaboration d’un nouveau cadre institutionnel démocratique dissipant les pièges du
tribalisme.

3
I. La souveraineté monétaire

La souveraineté, selon l’encyclopédie universelle Larousse 2009, est une notion qui
relève du droit international public lorsqu’il s’agit de la souveraineté des Etats et du
droit constitutionnel lorsque l’on s’intéresse à la souveraineté à l’intérieur des Etats.
L’Etat souverain, nous dit la même source, est indépendant par opposition aux
colonies ou aux protectorats.

Cette définition élémentaire nous aidera dans notre argumentaire. Le souverain est
l’instance qui exerce le pouvoir suprême qui n’est limité par aucun autre. Le
souverain monétaire est l’organe qui décide de l’émission et de la politique
monétaires effectivement mises en œuvre dans un pays. La souveraineté monétaire
suppose le pouvoir autonome dans l’allocation des crédits et dans la gestion de la
valeur de la monnaie.

La constitution française de 1958, à l’article 3, dit que la souveraineté appartient au


peuple qui l’exerce par ses représentants et par voie du referendum. L’article 34
précise, entre autres, que la loi fixe les règles concernant le régime d’émission de la
monnaie. La France avait donc sur cette base légale, sa monnaie, le Franc français. De
façon souveraine, l'Etat français décidait de l'émission de la monnaie et de la
politique monétaire.

Suite à la signature, le 7 Février 1992, du traité de Maastricht, la France a révisé sa


constitution le 23 Juin de la même année, pour céder sa souveraineté monétaire à la
Banque Centrale Européenne qui émet l’euro, devise officielle de l’ensemble des pays
de l’Union Européenne entrée en vigueur le 1er Janvier 2002 après le referendum du
20 Septembre 1992. Le peuple de France, après avoir effectivement exercé sa
souveraineté, a décidé lui-même de la céder par voie référendaire.
Les constitutions africaines proclament, en la matière, des principes qu’il faut
rappeler : le Ghana, dans son chapitre 1er proclame que la souveraineté appartient au
peuple tandis que l’article 183 est rédigé comme suit « The Bank of Ghana shall be the
central bank of Ghana and shall be the only authority to issue the currency of Ghana ».
Conformément à ces dispositions constitutionnelles, le Ghana Cedis est émis et géré
par le peuple souverain du Ghana à travers ses élus.

De nombreux autres pays africains reprennent les mêmes dispositions


constitutionnelles. C’est cependant dans l’analyse de la souveraineté monétaire au
sein de la Zone Franc, que le sujet prend toute sa profondeur. Nous étudierons donc
spécifiquement leur cas comme cas d’école, même si les autres monnaies ne
manquent pas d’intérêt.
4
Les pays ayant en commun le Franc cfa sont au nombre de quinze (15). Huit (8) en
Afrique de l’Ouest : le Benin, le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le
Niger, le Sénégal et le Togo. Ces pays sont réunis au sein de l’Uemoa (l’Union
Economique et Monétaire Ouest Africaine) et ont pour institution commune
d’émission monétaire la Bceao (Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest). Ils
appartiennent également à la Cedeao avec d’autres pays hors Zone Franc : le Cap
Vert, la Gambie, le Ghana, le Liberia, le Nigeria et la Sierra Léone qui disposent de
monnaies nationales1.

De l’autre côté, en Afrique centrale, réunis dans la Cemac (Communauté


Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale), six (6) pays : le Cameroun, la
Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad ont le même
institut d’émission, la Beac (Banque des Etats d’Afrique Centrale). Eux aussi
appartiennent à la Communauté Economique des Etats d’Afrique Centrale qui est
comme la Cedeao plus vaste avec des pays francophones, anglophones et
lusophones.

Les analyses que nous présenterons ici porteront essentiellement sur les pays de
l’Uemoa et ceux de la Cemac dont les constitutions proclament, elles aussi, leur
souveraineté monétaire.

La constitution du Niger énonce dans son article 5 que la souveraineté appartient au


peuple et à son article 81, que c’est le Parlement du Niger qui fixe, par la loi, les
règles concernant le régime d’émission de la monnaie. La constitution du Sénégal en
fait de même avec respectivement ses articles 3 et 67. Il en est de même de la
constitution du Burkina Faso dans ses articles 32 et 101. La constitution malienne fait
pareil avec ses articles 26 et 70. La Côte d’Ivoire n’échappe pas à la règle avec les
articles 31 et 71 de sa constitution.

Dans les deux zones Uemoa et Cemac, les constitutions sont formelles sur la question
de la souveraineté monétaire : C’est le peuple qui est souverain et ce sont ses
représentants qui, par la loi, fixent le régime d'émission de la monnaie, mènent la
politique monétaire, allouent les crédits et gèrent la valeur de la monnaie.

Qu’en est-il dans le fond ? Ces Etats, après avoir proclamé que la monnaie est un
attribut de l’Etat et de sa souveraineté, sont-ils capables de la gérer ? Les Banques

1 Selon l’Agence Ouest Africain pour l’Unité Monétaire, la Cedeao envisage, après plusieurs reports,
l’adoption de l’Eco comme monnaie commune ouest africaine, à partir du 1er décembre 2009.

5
Centrales étant des établissements publics exercent-elles la souveraineté monétaire
que la constitution leur octroie ?

II. Qui décide de la Politique Monétaire ?

Selon article 12 du traité de l’Uemoa du 14 novembre 1973, le responsable de la


politique monétaire dans l’Uemoa est le Conseil des Ministres qui donne les
directives.

La conduite de la politique monétaire est confiée au Conseil d’Administration de la


Bceao avec le « concours » des comités nationaux de crédits (article 52 du statut de la
Bceao).
L’exécution de la politique monétaire est le fait du gouverneur de la Bceao.

Dans la zone Cemac un Comité de Politique Monétaire (Cpm) définit la stratégie, les
objectifs et les instruments de la politique monétaire et de la gestion des réserves de
change. Ce comité est présidé par le Gouverneur de la Beac. Le Cpm fixe, dans la
communauté, les objectifs d’avoirs extérieurs nets par pays, les objectifs de croissance
des crédits à l’économie, ceux de la masse monétaire et ceux du refinancement du
système bancaire.

A la Beac, comme à la Bceao, les objectifs de la politique monétaire, selon les


dispositions statutaires, consistent à garantir la stabilité de la monnaie commune le
Fcfa et à soutenir les politiques de développement des Etats.

Il nous apparait donc clairement que plusieurs organes sont impliqués dans
l’exercice de la souveraineté monétaire :

- Le Conseil des Ministres qui donne les directives


- Le Conseil d’Administration de la Bceao qui conduit la politique en
liaison avec les comités nationaux de crédit.
- Le Comité de Politique Monétaire qui fixe les objectifs (quand il est mis
en place comme dans la Cemac)
- Le Gouverneur qui exécute les tâches.

La monnaie légale, ayant pouvoir libératoire sur toute l’étendue de chacune des deux
zones, est le Fcfa dont la garantie est offerte par le Trésor Public Français selon les
termes de la convention du compte d’opérations signée, 4 décembre 1973, entre l’Etat
français et le Président du Conseil des Ministres de l’Umoa, modifiée par l’avenant

6
n°1 du 20 septembre 2005. C’est donc le Trésor français qui apporte, selon les termes
de cette convention, sa souveraineté tutélaire au Fcfa.

Dans les premiers accords de coopération en matière économique, monétaire et


financière, les sièges des instituts d’émission étaient à Paris et c’est en 1973 qu’ils ont
été délocalisés en Afrique, Dakar pour la Bceao et Yaoundé pour la Beac.

Aujourd’hui, au nom de la confiance qu’il offre au Fcfa, le gouvernement français


gère 50% des réserves de change déposées sur le compte d’opérations. Cette part de
la quotité des avoirs en devises des pays africains de la Zone Franc déposés au Trésor
français était de 65% entre 1973, date de la signature de la convention, et juillet 2007,
date de la mise en application de l’avenant n°1. Dans la zone Cemac la quotité est à
50% depuis 2005.

En échange de la souveraineté monétaire transférée par les pays de la zone au


gouvernement français, ce dernier promettait de leur octroyer :

- une parité fixe entre le Fcfa et l’euro (hier c’était entre les Fcfa et le FF) ;
- une unité de la réglementation des changes face aux pays non membres
des zones cfa par la mise en commun des réserves de changes déposées
dans les comptes d'opérations ;
- une convertibilité intégrale et illimitée des monnaies africaines vendues
à l’extérieur ;
- une garantie donnée par le Trésor français au Fcfa.

Alors que le Conseil des Ministres confie la responsabilité de la politique monétaire


des pays de la zone Fcfa au gouvernement français, que faut-il attendre des Conseils
d’Administration et des Comités Politiques Monétaires sinon la servitude au-delà de
la perte de souveraineté ?

L’article 10 de l’accord de coopération entre la République Française et les


Républiques membres de l’Umoa dit : « Deux administrateurs désignés par le
gouvernement français participent au Conseil d’Administration de la Bceao dans les mêmes
conditions et avec les mêmes attributions que les administrateurs désignés par les Etats
membres de l’Union »

Au sein du Conseil d’Administration de la Beac trois (3) administrateurs sur 13


représentent la France.

Au sein du Conseil d’Administration de la Bceao deux (2) administrateurs sur 16


représentent le gouvernement français.
7
Après la révision du statut de la Beac, en septembre 2007, un Comité de Politique
Monétaire (Cpm) mis en place comprend quatorze (14) membres délibérant à raison
de deux par Etat membre de la zone d’émission et de deux pour la France.

De même, dans la zone Cemac, la convention de coopération monétaire du 23


novembre 1972, signée entre l’Etat français et les Etats membres de la Beac, permet à
ces derniers de renoncer à leur souveraineté monétaire pour la laisser aux mains des
autorités officielles françaises. Outre ce renoncement, l’Etat français apporte une
garantie de convertibilité du Fcfa de la Beac en lui consentant dit-on un droit de
tirage illimité sur un compte d’opérations ouvert au Trésor français. Cette
renonciation à la souveraineté monétaire donne automatiquement un droit de veto à
l’Etat français dans le Conseil d’Administration des Banques Centrales Africaines
(Bceao, Beac). Idem pour les Comités Nationaux de Crédit dans lesquels il y a, de
façon statutaire, un représentant de l’Etat français.

Par exemple, le Conseil d’Administration de la Bceao est composé de deux


administrateurs par pays, augmentés de deux représentants de l’Etat français, soit un
total de 18 personnes. Les décisions du Conseil d’Administration qui dirige la
politique monétaire, selon l’Article 51 du statut, sont arrêtées à la majorité simple
sauf pour les opérations d’escompte, d’acquisition, de vente, de prise en pension ou
en gage des créances sur les Etats de l’Union, les entreprises et particuliers entre bien
d'autres instruments de politique monétaires. Pour ces opérations d’exception qui
sont en fait au cœur de la politique de la monnaie, il est requis une majorité des six
septièmes des voix. Cette même majorité qualifiée est exigée pour tous les choix de
politiques monétaires énoncés dans les articles 10 à 15 du statut et aux articles 52-3 et
52-8.

La recherche de cette majorité qualifiée des six septièmes des voix rend illusoire toute
reforme qui serait initiée sans que l’unanimité ne soit acquise, du moins, sans réunir
au moins 86% des voix. La souveraineté monétaire pourrait dans ce cas, si les Etats
africains le souhaitaient vraiment, s’obtenir à condition que tous s’entendent sur les
choix à faire même sans l’aval des représentants français. Autant dire que c’est
illusoire. D’ailleurs, pourquoi s’engageraient-ils sur une telle voie alors que le cadre
des accords est réputé sécurisant, sans risque et confortable pour les Etats africains et
leurs Banques centrales ?

Le gouvernement français, quant à lui, pour décider de la politique monétaire dans


les pays de la Zone Franc, ne s’encombre ni de conseils d'administration, ni de
majorités simples ou qualifiées. Constat révélateur, en août 1993, alors que le chef de

8
l'Etat français était un socialiste et que le chef du gouvernement était de droite.
Prétextant une lutte contre la fuite des capitaux de la Zone Franc, le gouvernement
Balladur a unilatéralement remis en cause la clause de la convertibilité illimitée du
Fcfa, ceci contrairement aux dispositions du compte d'opérations2. Cette démarche
qualifiée savamment de "doctrine Balladur" sera complétée, quelques mois après, en
janvier 1994, par la décision, toujours unilatérale de la part de la France, de dévaluer
le Fcfa de 100%.

Certains désignent la conjonction de ces deux décisions par l'expression "ligne


d'Abidjan". Selon cette ligne, les règles du jeu entre la France et les pays de la Zone
Franc ont largement changé. Les pays africains membres de la zone ont perdu, de par
cette doctrine, leurs droits de tirage automatique sur le compte d'opérations.

La France se positionne alors en prêteur résiduel, intervenant en second rang après


les institutions de Bretton Woods. Dans le cadre des programmes d’ajustement
structurels d'alors, la mise en œuvre des politiques d’équilibrage financier devait
conduire, de fait, à une certaine convergence des politiques économiques des pays
membres. La mise en place de systèmes de surveillance et d’indicateurs de
convergence devait aboutir à une coordination des politiques budgétaires qui aurait
permit de fonder, selon cette doctrine, le Franc cfa davantage sur des bases internes
que sur la garantie du Trésor Public Français.

Devant cette violation d'un accord international dont ils étaient signataires, les Etats
africains n'ont rien eu à dire. Cette soumission a permis une certaine normalisation
des relations des pays de la zone avec l’ancienne puissance coloniale qui, d’ailleurs,
pour certaines autorités africaines devait légitimement rester la tutelle nourricière. En
retour, celle-ci les a assurés de son soutien pour la mobilisation de capitaux publics et
privés sur le marché international à des conditions concessionnelles. Elle s’est
également engagée à assurer, par d'autres voies, la crédibilité de la signature des
pays de la zone. Il a été dit, à l'époque, que cette décision de la France avait pour but
de rassurer ses partenaires européens sur la fin du statut de chasse gardée ou de pré
carré des pays africains de la Zone Franc. Toujours est-il qu'après la décision d'août
1993 la Bceao et la Beac suspendaient, automatiquement leurs rachats des billets de
cfa exportés hors des deux zones d'émission.

En septembre 1993, la Beac appliquait cette mesure contre la Bceao qui, en décembre,
en représailles, faisait de même contre la Beac. En clair, les cfa des deux zones,

2On peut approfondir ce sujet avec Cécile Richard : (1995) "La suspension partielle de la convertibilité
du Fcfa est elle susceptible de combattre les sorties de capitaux ?" Revue Tiers Monde, Vol.36. N°143,
PP 685-693.

9
autrefois interchangeables, ne l’ont plus été ce qui n’a pas été sans conséquences sur
les échanges commerciaux, l'intégration régionale et la prétendue solidarité. Les
mesures prises à l'époque avaient été présentées comme provisoires. Aujourd'hui
encore, seize ans après la dévaluation, elles sont toujours en vigueur et l'on continue
de présenter comme le sésame la convertibilité illimitée assurée par le compte
d'opérations. Etrangement, aucun Etat africain n'a dénoncé cet état de fait comme si
la souveraineté en cause n'était pas que monétaire.

Mais, pour quelle efficacité ces Etats ont-ils renoncés à leur souveraineté monétaire ?

III. Quels avantages découlent de ce transfert de souveraineté monétaire ?

La politique monétaire, dans les systèmes hiérarchisés et monopolistiques, se fixe


pour objectif, une bonne maîtrise de l’inflation qui assure une valeur adéquate de la
monnaie émise et une bonne allocation du crédit.

- La solidarité intra zone

Dans le discours officiel, l’autre avantage justifiant la renonciation à la souveraineté


monétaire serait la solidarité des pays africains membres de la Zone Franc. En effet,
le compte d’opérations, symbole de cette perte de souveraineté, offre, aux pays
membres des deux banques centrales, un pool de mise en commun des réserves de
change.

De cette mise en commun, les pays les plus pauvres de la zone pourraient bénéficier
des surplus de devises dégagés par les pays plus riches à des conditions
avantageuses comparées aux marchés internationaux de devises. La principale
question qu’il convient de se poser est celle de savoir qui gagne dans cette solidarité
institutionnalisée par le jeu du compte d’opérations ?

Les réserves de changes servent à assurer les moyens de paiements des importations
des pays membres du pool de chaque banque centrale. Plus les réserves de change
sont élevées, plus le nombre de mois d’importations est grand et plus le pays est
assuré de pouvoir payer en devises les factures de son commerce extérieur.

La solidarité voudrait que les plus pauvres profitent à moindres frais des plus riches.
Or, selon les économistes qui ont étudié cette question dans les années 1974 à 1988, il
n’en a rien été. La solidarité ne s’est pas exprimée au sens où nous l’entendons

10
habituellement3. Bien au contraire, les pays pauvres en terme de produit national
brut par tête ont moins profité du pooling des devises que les pays plus riches qui,
eux, ont vécu au-dessus de leurs moyens, profitant des excédants de réserves de
change que dégageaient les autres. Ces économistes montrent qu’il est vrai que la
mise en commun des réserves amoindrit, pour chaque pays membre du pool, la
volatilité des avoirs extérieurs nets. On doit donc reconnaître au compte d’opérations
cet avantage. Chaque pays est assuré de bénéficier de plusieurs mois d’importations
au-delà de ses propres capacités de réserves. Le gain retiré est d’autant plus élevé
pour un pays que son coefficient de variation des réserves de change est élevé. Les
pays qui vivent essentiellement de recettes d'exportations instables peuvent donc
épargner des devises pour l'achat de leurs importations.

Cependant, les travaux économétriques mettent en évidence que la mise en commun


des réserves crée des politiques monétaires laxistes, asymétriques et incohérentes
dans les économies africaines membres de la Zone Franc. Les pays les plus pauvres
épargnent des devises qui sont gaspillées par les économies les moins pauvres des
Unions monétaires africaines. Les pays qui ont un produit national brut par tête
élevé importent plus, tout en maintenant de faibles niveaux de réserves. Ils profitent
des surplus dégagés par les plus pauvres qui importent peu. Ainsi, la solidarité
institutionnelle du compte d’opérations soutient l’exploitation des pays les plus
modestes des Unions par les pays les plus dépensiers4. De surcroît, la parité fixe du
Fcfa avec la monnaie de garantie étant identique entre ces différents pays, les déficits
budgétaires créés par les membres les plus dépensiers produiront de l’inflation qui se
transmettra aux autres pays. Les pays les plus inflationnistes feront payer à ceux qui
le sont moins un impôt d’inflation5.

Au-delà, le système du compte d’opérations produit un seigneuriage6 qui peut être


soit réutilisé par l'Etat français, soit dépensé par les banques centrales elles-mêmes

3 Rohinton Medhora: (1992) "reserves pooling in West African Monetary Union. Economia
Internazionale, vol 45, n° 2, PP209-222
Allechi Mbet, Madeleine A Niamkey: (1994) “The European Monetary Integration and the Franc Zone"
Joint Research Program Series; n°101. Institute of Developing Economies
Allechi Mbet, Madeleine A Niamkey: (1994) Evaluating the net gains from the CFA franc zone
membership: A different perspective” World Development, IMF. Vol 22, n° 8, Special Issue. August,
pp 1147-1160.
4 Allechi Mbet, Madeleine A. Niamkey: (1997) “European Economic Integration and the Franc Zone:

the future of the Cfa franc after 1999” part II – African Economic Research consortium – March.
5 Rohinton Medhora : (1996) "Les leçons de l’Umoa". In Intégration et Coopération régionales en
Afrique de l’Ouest. Ed Karthala-Crdi. Sous la direction de Real Lavergne. PP 251-275.
6 Ce terme désigne le privilège de l'institution qui émet de la monnaie et qui par cette activité empoche

la différence entre d'une part la valeur des montants émis augmentés des revenus tirés des intérêts de
refinancement payés par les banques de second rang et, d'autre part, les coûts de fabrication, de mise

11
pour se financer leurs extras, soit reversé comme dividendes aux actionnaires que
sont les Etats africains ou bien affecté à des secteurs prioritaires désignés par les
autorités monétaires7.

- Le surcoût des importations

Par ailleurs, les économistes de la Banque Mondiale ont soutenu que le modèle de
coopération qui lie les anciennes colonies aux anciennes puissances coloniales
entraîne des surcoûts qui font que les économies africaines paient plus chères leurs
importations que les autres pays non-membres d’accords spécifiques avec l’Europe.
Alexander Yeats s’est posé cette question en 1990 et sa réponse est sans ambigüité.
Les pays africains membres de la Zone Franc surpayent leurs importations quand ils
commercent avec la France dans le cadre d’accords spécifiques qui, à première vue,
ont pour but d'assurer des garanties de change, la stabilité monétaire et la solidarité
entre les nations.

Les surcoûts supportés par les importateurs africains augmentent les coûts des
facteurs de production dans la zone et réduisent la compétitivité des entreprises
même si, dans ces économies, l’inflation est faible et la main d’œuvre abondante8.

Ainsi, les pays de la Zone Franc, comparés aux autres, doivent payer plus cher leurs
importations. Ces surcoûts permettent au Trésor français de prélever des
seigneuriages incalculables et de les recycler dans l’économie française. Les
économistes expliquent ces surcoûts par l’existence, pour les importateurs des pays
africains de la Zone Franc, d’un nombre limité de partenaires à l’échelle
internationale. En effet, les échanges se feront dans un cadre institutionnel formaté et
protégé de la concurrence mondiale. Les arrangements politiques prennent alors le
pas sur les affaires avec pour résultats la corruption, les intimidations, les réseaux
d'affairismes. Or toutes ces activités coûtent et quelqu'un doit bien en faire les frais.

en circulation et d'entretien des billets et pièces produites. Les banques centrales retirent par cette voie
d'énormes avantages financiers. Le système bancaire lui aussi tire le même type de revenus par la
différence entre le coût de gestion des comptes clients et les taux d'intérêt directeurs fixés par la
Banque centrale auprès de laquelle les banques commerciales, après qu'elles aient consentis des
crédits à leurs clientèles, vont se refinancer.
7 Rohinton Medhora: (1995) the allocation of seigniorage in Franc Zone: the Beac and Bceao regions
compared.
8 Alexander Yeat: (1990) "Do African countries pays more for imports? Yes" the World Bank Economic

review. Vol.4 N°1.

12
Les économies africaines hors Zone Franc, plus ouvertes, ayant diversifié leurs
échanges commerciaux avec d’autres pays, tireront de meilleurs avantages de la
mondialisation, payeront moins chers leurs importations et vendront mieux leurs
exportations. Encore qu'elles aussi restent tout de même des économies africaines.

Les accords qui autorisent l’abandon de la souveraineté monétaire, même s’ils


peuvent donner un sentiment de sécurité, de solidarité et de tranquillité, n’en
demeurent pas moins coûteux et pénalisant pour l’investissement et pour l’emploi.
Les surcoûts proviennent aussi de l'étroitesse des marchés internes car les accords de
renonciation à la souveraineté monétaire tracent un cadre global de politiques
monétaire et budgétaire dans lequel il faut protéger certains secteurs d’activités en
contrepartie de la stabilité des prix et des changes. Ces accords vont de pair avec des
accords commerciaux, militaires et diplomatiques. Toute restriction du marché
intérieur aura tendance à cacher des protectionnismes appauvrissant pour les pays.

- L’inflation

Il faut aussi remarquer que ce qui est désigné comme "la stabilité des prix" dans les
accords de cession de la souveraineté monétaire n’est rien d’autre que la rigidité des
prix et du change. Ainsi, dans les pays africains de la Zone Franc, les taux d’intérêt,
variable d’ajustement du marché de la monnaie, sont fixés administrativement et ne
subissent des changements que par à-coup. Ainsi, par exemple, de 1962 à 1973, le
taux d’intérêt est resté fixé à un faible niveau par les autorités monétaires. Cette
approche, disait-on, devait permettre d’encourager l’investissement des premières
années d’indépendance. Malheureusement, les taux d’intérêt faibles ont découragé
l’épargne domestique qui a fini par fuir en France. Pendant plus d’une dizaine
d’années, jusqu’au premier choc pétrolier, cette politique n’a pas changé. Après 1973,
les taux d’intérêt vont augmenter pour, disait-on cette fois, encourager l’épargne et
permettre ainsi aux opérateurs économiques de se financer sur le marché
domestique.

La rigidité du taux d’intérêt, haut ou bas, n’est pas significative de stabilité. Elle
neutralise cet instrument de politique économique dont l’influence sur l’activité est
compensée par les politiques d’intervention directe.

En effet, dans les pays africains de la Zone Franc, les banques centrales, ont
aujourd’hui trois types d’instruments de politiques monétaires :

13
A l’Ouest, à la Bceao, il y a les plafonds des concours globaux aux Etats, aux banques
et aux établissements financiers ; les réserves obligatoires et les taux d’intérêts
directeurs.

En Afrique centrale, à la Beac, il y a le refinancement des banques, les taux d’intérêt


et les réserves obligatoires.

Ici et là, ces trois instruments se résument à une gestion administrative de la


politique monétaire. Aucune place n’est laissée aux marchés de la monnaie et du
change, à l’innovation financière et bancaire et à la flexibilité des processus
marchands. Ces politiques monétaires assurent certes une faible inflation aux pays de
la Zone Franc comparés à ceux hors zone mais la croissance économique y est par
contre plus faible en terme réel comme le montrent les deux tableaux qui suivent9.
Dans les pays africains de la Zone Franc, lorsque l'on corrige la croissance des effets
de l'inflation, les résultats sont moins bons que dans les autres pays ayant leur
souveraineté monétaire et une inflation plus élevée. En terme réel, le taux de
croissance ne donne pas un avantage décisif aux pays qui bénéficient de la stabilité
des prix dans un contexte rigide de marchés protégés comparés aux autres.

9Ces tableaux sont extraits du communiqué de presse publié par la Banque de France à Paris le 7
octobre 2008 pour la présentation du "Rapport de la Zone Franc 2007". Voir la version électronique
sur : www.banque-france.fr/fr/instit/telechar/discours/communiq_081007.pdf.

14
Entre 1994 et 2000, les mêmes phénomènes s'observent. La rigidité des prix dans les
pays africains de la Zone Franc ne leur donne pas un avantage décisif en matière de
taux de croissance réel du PIB. Même quand l'inflation est plus forte hors Zone Franc,
malgré la dévaluation du cfa en 1994, la croissance réelle n'est pas dominée par les
pays de la zone.

En définitive, le compte d’opérations et la politique monétaire qu’il implique limite la


souveraineté monétaire et cambiaire des gouvernements, des banques centrales et
impose des contraintes administratives hors marchés aux systèmes bancaires et aux
usagers des banques.

- Un frein à l’essor du secteur privé

La politique monétaire administrée par les interventions directes des Etats déforme
l’information sur la liquidité bancaire que le marché libre de la monnaie et de la
banque aurait fait émerger. Les banques centrales, prêteuses en dernier ressort aux
Etats et à l’économie, orientent l’activité de telle sorte que, dans les pays de la zone,
coexistent des agents à besoin de financements qui se heurtent à des banques
surliquides mais incapables de financer les projets de production présentés par leurs
clients.

Les Pme, les Pmi, les micro-entreprises et les particuliers du secteur privé manquent
de financement alors que les banques sont surliquides et que les économies sont elles
mêmes sous bancarisées. La bancarisation d’un pays mesure l’accès de sa population
au compte bancaire. Dans les pays africains de la Zone Franc, il est estimé que moins
de 4 personnes sur 100 ont un compte bancaire alors qu’en Algérie et au Maroc, ce

15
ratio est proche de 20% et qu'il dépasse les 50% en Afrique du Sud là où il est proche
des 100% en France. L'appartenance à la Zone Franc ne donne pas, ici aussi, un
avantage décisif aux Etats africains qui ont décidé de céder leur souveraineté
monétaire à la France. En effet, la faiblesse de ce ratio est une preuve supplémentaire
de l’incohérence entre les offres et demandes de monnaie dans l’Uemoa et dans la
Cemac. La politique monétaire reste inadaptée.

De même que d’autres indices permettent de mesurer l’accès à l’éducation, à la santé,


à l’eau potable, à la démocratie et à la liberté économique et politique, le taux de
bancarisation mesure le degré d’exclusion bancaire et financière dans les pays
pauvres d’Afrique. Les systèmes bancaires issus des politiques monétaires adoptées
dans les pays de la Zone Franc ne permettent pas un accès facile aux instruments
modernes de paiements et lorsque certains produits financiers existent, la clientèle
qui y accède est sélectionnée de sorte que de nombreuses personnes sont exclues des
établissements de financement. Les comptes bancaires dans les pays à faible
bancarisation sont gérés comme des caisses dans lesquelles l’on dépose de la
monnaie liquide à un moment donné pour ensuite faire des retraits. L’épargne dans
les cas de faible bancarisation est découragée et les services de paiement sont
rudimentaires. Cette faiblesse s’explique par les coûts de transaction qu’imposent les
autorités monétaires en termes de prix, de taxes et de procédures d’ouverture des
comptes.

La renonciation à la souveraineté monétaire ne facilite donc pas non plus la


bancarisation des économies des pays africains membres de la Zone Franc. Pourtant,
les quelques banques existantes restent surliquides ce qui signifie que les prêts
bancaires restent inférieurs aux dépôts. Les bilans des banques laissent apparaître
alors des excès de fonds prêtables oisifs et stériles. Alors qu’en Europe, par exemple,
les dépôts n’arrivent pas à couvrir les prêts, conduisant le système bancaire à créer ex
nihilo de la monnaie, dans les pays africains, qui pourtant ont des besoins énormes
insatisfaits de financements, les fonds liquides dorment sans affectation précise
attendant les besoins de l'Etat.

Au début des années 2000, le taux de surliquidité a été estimé à 20% ce qui signifiait
que les prêts n’utilisaient qu’environ 80% des dépôts alors que, dans la même
période, en Europe, ce taux était de 123% signifiant que les prêts épuisaient les
dépôts et induisaient en même temps une création monétaire de 23%. C'est ce que
nous montre le tableau suivant10.

10Ce tableau est extrait de la communication de Soumaila Doumbia : "Les sous financements des
entreprises dans un contexte de surliquidité bancaire : le paradoxe de l'Uemoa". Colloque

16
Dans les pays africains de la Zone Franc, les banques surliquides préfèrent constituer
des encaisses oisives plutôt que de prendre des risques. Cette rente de situation
profite aux Etats qui peuvent y accéder par le biais des emprunts publics avec pour
conséquences les déficits budgétaires, l'endettement et la pression fiscale qui va avec.
Les tableaux qui suivent montrent bien comment les Etats recourent, plus que les
banques, aux guichets des banques centrales pour y trouver des financements.

Source : www.banque-france.fr/fr/eurosys/zonefr/page2.htm

international sur "La vulnérabilité de TPE et des PME dans un environnement mondialisé." 27-19 mai
2009, Canada.

17
Source : www.banque-france.fr/fr/eurosys/zonefr/page2.htm

La surliquidité du système bancaire provient, avant tout, de l’objectif même de la


politique monétaire. En effet, il faut constituer des réserves de change pour stabiliser
la valeur de la monnaie cfa dans un régime de parité fixe et de couverture intégrale
de la base monétaire. Une répression financière est donc organisée pour rechercher
partout des devises. Le système financier, frileux, préfère financer le commerce
international des produits agricoles et miniers que la production à risque. Dès lors,
les crédits à court terme dans la zone Bceao représenteront plus des deux tiers (2/3)
des crédits à l’économie. Cela est une caractéristique structurelle chronique et une
tendance lourde du système de financement de la zone depuis toujours, ainsi que le
montrent les deux tableaux suivants pour la période allant de 2004 à 2007. Le constat
est le même si l'on remonte plus loin dans le temps comme le montre les annexes :
18
Source : www.banque-france.fr/fr/eurosys/zonefr/page2.htm

19
Les proportions sont quasiment conservées dans la zone Cemac11.

Source : www.banque-france.fr/fr/eurosys/zonefr/page2.htm

Le système bancaire, en sacrifiant la souveraineté monétaire dans les conditions


précédemment énoncées, sacrifie aussi l’investissement. Les taux d’investissement,
qui ne sont spécifiquement plus élevés en Zone Franc qu'ailleurs en Afrique, sont
relativement faibles en pourcentage du Pib et sont plus influencés par les
investissements publics qui évincent d’un marché déjà étroit les investisseurs privés.
Or, sans investissement, il est difficile de créer des emplois et de résorber le surplus
de main d’œuvre et le chômage. Ainsi, le système de la zone cfa entretient
implicitement le chômage même si l’inflation y est maîtrisée.

11 Ces deux tableaux qui présentent la ventilation des crédits selon le terme sont extraits du "Rapport
Zone Franc" publié par la Banque de France en 2007. Voir la version électronique du rapport
disponible sur Internet : www.banque-france.fr/fr/eurosys/zonefr/page2.htm

20
IV. Redevenir des peuples souverains

Avec l’Euro comme monnaie unique européenne, la France auprès de laquelle les
pays africains de la Zone Franc ont mis leur souveraineté monétaire sous tutelle, a
cessé d’être une puissance monétaire comme elle l’était lorsque la Banque de France
émettait de Franc Français12. Le Fcfa ne bénéficie donc plus de la garantie d’une
puissance monétaire. Selon des spécialistes du droit international public, Edmond
JOUVE et Dominique KOUNKOU, l’Etat français a perdu le pouvoir qui lui
permettait d’être partie aux conventions de coopération qui instituent et statuent sur
la monnaie en Afrique. Ainsi, conformément à l’article 62 de la convention de Vienne
13 « un changement fondamental de circonstances qui s’est produit par rapport à celles qui

existaient au moment de la conclusion d’un traité et qui n’avait pas été prévu par les parties
ne peut être invoquée comme motif pour mettre fin au traité ou pour s’en retirer, à moins
que :
a) L’existence de ces circonstances n’ait constitué une base essentielle du
consentement des parties à être liées par le traité ; et que
b) Ce changement n’ait pour effet de transformer radicalement la portée des
obligations qui restent à exécuter en vertu du traité (…)

En s’appuyant sur ce texte, les Etats africains peuvent de droit reprendre leur
souveraineté mise sous tutelle depuis trop longtemps. Après avoir proclamé des
indépendances sans souveraineté, promulgué des souverainetés sans compétences et
accepté des compétences sans indépendance, les pays de la Zone Franc peuvent, sur
la base du droit, recouvrer leur liberté. Encore faut-il que les peuples et les élites le
sachent et le souhaitent.

12
Au sein de l'Union Européenne il y a le système élargi de banque centrale (Sebc) que l'on qualifie de
fédéral dans la mesure où les décisions monétaires sont centralisées au niveau de la Bce, alors que leur
exécution est décentralisée au niveau des différentes banques centrales nationales. La Bce est seule
habilitée à autoriser l'émission de billets de banque en euros. Le Conseil des gouverneurs prend les
décisions de politique monétaire (variations des taux directeurs et des taux de réserves obligatoires).
Les conseils des banques centrales nationales indépendantes (Conseil de la politique monétaire
français, Conseil de la Banque fédérale d'Allemagne, par exemple) ont transmis, le 1er janvier 1999,
leur pouvoir de décision monétaire au Conseil des gouverneurs de la Bce. Ce dernier réunit un
directoire de personnes, nommées, par les chefs d'État ou de gouvernement des pays adhérents, ainsi
que les gouverneurs des banques centrales nationales de ces pays. De façon décentralisée, le Sebc émet
les billets qui seront les seuls à avoir cours légal dans l'UE.

13 La convention de Vienne sur le droit des traités, du 23 mai 1969 est entrée en vigueur le 27 janvier

1980.Voir http://untreaty.un.org/ilc/texts/instruments/francais/traites/1_1_1969_francais.pdf.
Article 62 : Changement fondamental de circonstances.

21
La France, ayant perdu sa souveraineté monétaire au profit de l’Union Européenne, a
disparu en tant que tutelle monétaire. Les Etats africains sont donc en droit de
dénoncer les conventions monétaires qui les lient à elle car, pour reprendre les
termes de la convention de Vienne, il y a eu un changement fondamental de
circonstances. L’occasion permet donc aux pays de la Zone Franc de demander,
juridiquement et politiquement, une renégociation globale des obligations
conventionnelles14.

Pour Jouve et Kounkou, les règles draconiennes imposées aux banques centrales
africaines donnent au Trésor français, un « veto de fait » sur la politique monétaire
des pays membres et ce veto de fait est la caractéristique de ce qu’ils appellent des
"traités inégaux" fondés sur l’histoire des signataires eux-mêmes. En effet, les
signataires de ces traités, tout en étant égaux en Droit, sont de fait inégaux et les
relations contractuelles entre eux sont asymétriques.

Avec l’instauration de l’Euro, le gouvernement français interprète les conventions


monétaires signées comme de simples accords budgétaires. Ainsi, les autres Etats de
l’Union Européenne pourraient exiger l’application de la clause de la Nation la plus
favorisée, pour bénéficier eux aussi des privilèges et avantages que le Trésor français
accorde aux Etats africains sous tutelle monétaire.

En clair, comme ces juristes le disent, la France est devenue juridiquement incapable
de soutenir les pays africains de la Zone Franc avec la garantie que sa monnaie
apportait au Fcfa. C’est donc sur une base juridique évidente que les Etats africains
concernés devraient oser s’appuyer pour recouvrer leur souveraineté monétaire et
l’exercer à leur guise en toute liberté.

La souveraineté monétaire n’est certes pas la seule en cause dans une analyse plus
globale de la souveraineté, mais, si elle nourrit avec vigueur notre débat, c’est qu’elle
en est la clé de voûte. Comme le disait Jacques Rueff en 1950, le « destin de l’homme se
joue sur la monnaie ».

La recherche de la souveraineté monétaire spoliée suscite une autre question : Qui est
souverain en Afrique ? Les Etats, les peuples ou les humains ? Le destin de l'homme
se joue sur la monnaie dit l'académicien. Mais, cet homme lui-même ne préexiste t-il
pas à son destin ? Contrairement à des fictions juridiques comme l'Etat ou le peuple,
l'humain est bien réel. Pour jouer son destin il faut déjà qu'il soit. Et, en tant

14Voir Edmond Jouve et Dominique Kounkou, Monnaie africaine : la question de la Zone Franc en
Afrique centrale, Editions l’harmattan, Paris 2008.

22
qu'homme, il a des droits inaliénables qu'il doit d'abord faire reconnaître. Mais, pour
les faire reconnaitre ne faut-il pas déjà qu'il les connaisse lui-même ?

Le fond du débat se trouve alors dans le principe démocratique qui gouverne les
relations entre les peuples souverains d’Afrique et leurs représentants qui décident
en leur nom. La souveraineté monétaire, dans les pays africains de la Zone Franc, n’a
pas été mise sous tutelle par le jeu d’un libre choix démocratique exercé par les
peuples souverains. Dans la période coloniale, elle a été imposée par l’Etat impérial
français. A l’indépendance, elle a été organisée par l’Etat tutélaire français pour le
compte des micro-Etats africains laissés en héritage aux africains. Jamais, les peuples
d’Afrique n’ont été consultés sur ce qu’ils entendaient faire de leur souveraineté
monétaire. Les gouvernements ont décidé sans qu’aucun référendum ne leur ait
permis de s’exprimer sur cette question fondamentale.

Avant toute revendication de souveraineté monétaire, les pays africains auraient tout
intérêt à rompre avec les anciens régimes et à renouer avec la démocratie moderne.
L’instauration d’un cadre institutionnel nouveau est un préalable nécessaire à toute
voie de progrès. La démocratie tribale, la démocratie à l'africaine n’ont pas apporté
d’avancées.

C’est une démocratie libérale qu’il convient d’instaurer, fondée sur la précision des
droits de propriété sur les terres africaines, la liberté d’échange des terres, un régime
parlementaire et un mode de scrutin majoritaire à un tour pour l’élection des
représentants en charge la gestion de l'Etat. L’analyse des différents modèles montre
que ces principes élémentaires sont les plus capables d’ancrer la démocratie dans les
économies africaines et de limiter le pouvoir de l’Etat qui ne doit plus seul engager le
destin des peuples dans des contrats léonins sans leur libre consentement.

La liberté ne s’exprime pas qu’à travers un bulletin de vote, les populations africaines
ont besoin de titres fonciers sur les terres. La précision des droits de la propriété
foncière réglerait les conflits fonciers, donnerait la possibilité de financement
hypothécaire de l’agriculture auprès du système bancaire, élargirait la bancarisation
des économies, augmenterait la production agricole et les revenus des populations
qui s’adonnent à cette activité. La liberté d’échange faciliterait la location, le prêt, la
vente des terres et favoriserait l’apparition de véritables exploitants agricoles à la
place des pauvres paysans d’aujourd’hui, donnerait la possibilité aux systèmes
bancaires d’innover dans des produits financiers susceptibles de financer la
production agricole.

23
Le régime parlementaire selon le modèle de Westminster accroîtrait le contrôle des
populations sur leurs élus et autres dirigeants, limiterait le pouvoir des hommes
politiques tout en garantissant des institutions solides et durables. Le régime
présidentiel a largement montré ses limites en Afrique dérivant trop souvent vers la
dictature, la tyrannie et l’autocratie fondées sur le tribalisme, les coups d’Etat et les
rébellions. L’expérience montre que le régime parlementaire est mieux adapté aux
petits pays pauvres constitués largement de populations analphabètes et très peu
homogènes sur le plan tribal.

Alors que les Etats refusent d’exercer leur souveraineté internationale et imposent
leur laxisme aux populations, la souveraineté doit être rendue aux peuples car
l’émancipation passe par eux. Sans un peuple fort sur lequel s’appuyer, les Etats
d’Afrique demeurent faibles et se laissent prendre à tous les pièges des accords inter-
étatiques inégaux. Ce sont des peuples libres et non des Etats prédateurs qui peuvent
redessiner l’avenir du continent. Avec les anniversaires du cinquantenaire des dates
de transferts, par l'Etat Français, des compétences sans indépendance aux Etats
Africains de la Zone Franc nous ne manquons pas de matières pour organiser les
célébrations de ces indépendances Tcha Tcha Tcha. A vos marques.
Je vous remercie

24
V. Documents annexes

Le Bilan des Banques Centrales en 2007

www.banquefrance.fr/fr/eurosys/zonefr/page2.htm

25
www.banquefrance.fr/fr/eurosys/zonefr/page2.htm

Extrait du bilan des Banques Centrales :


www.banquefrance.fr/fr/eurosys/zonefr/page2.htm

26
Selon ces tableaux et graphiques, l’évolution de la situation des comptes d’opérations des
deux instituts d'émissions (Bceao et Beac) suit des trajectoires quasi opposés. Alors que le
compte d’opérations de la Bceao suit une tendance à la baisse, celui de la Beac est à la hausse.
On observe, cependant, quelques nuances. Sur la période 2000–2004, le compte d’opérations
de la Bceao connait une hausse progressive avant de subir une chute vertigineuse à partir de
2004. Au niveau de celui de la Beac, l’évolution est stable avant de connaitre un pic de
croissance à partir de 2004.

Zone Uemoa :

Selon les différents rapports sur la politique et les agrégats monétaires dans l’Uemoa de 2000
à 2007, la hausse des ressources du compte d’opérations entre 2000 et 2004 s’explique par
une augmentation des avoirs officiels nets. Cette évolution est la résultante d’une nouvelle
augmentation des réserves officielles de change brutes (total des avoirs) et d’un recul des
engagements.

L’augmentation des réserves de change s’explique notamment par l’encaissement du produit


de la garantie de change du Trésor français au titre du compte d’opérations de la Bceao et
par la cession de francs français aux guichets de la Bceao, en liaison avec l’entrée en vigueur
de l’euro fiduciaire au 1er janvier 2002.

Les pays de l’Uemoa présentent des niveaux d’avoirs extérieurs nets et de réserves de
change brutes, très variables d’un État à l’autre. Ainsi, sur la période 2000 - 2003, les avoirs
extérieurs nets étaient-ils très faibles pour trois pays : la Guinée-Bissau, le Togo et le Niger, et

27
élevés pour quatre autres pays : le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Mali et le Sénégal. Les réserves
de change brutes représentaient ainsi plus de 7,5 mois d’importations de biens et services au
Bénin, 4,3 mois au Mali, 3,8 mois en Côte d’Ivoire et 3,1 mois au Sénégal.

Cependant, à la fin de l’année 2004, les avoirs officiels nets ont faiblement augmenté en
termes nominaux. Les réserves officielles de change brutes (total des avoirs) sont restées
globalement inchangées au cours de la période, s'inscrivant à 3 730 milliards de fcfa à fin
décembre 2004 contre 3 735 milliards de fcfa en décembre 2003. L'essentiel de l'évolution des
avoirs extérieurs nets est imputable au recul des engagements. Ce mouvement traduit l'effet
des annulations de dette consenties au titre de l'initiative PPTE, ainsi que la faiblesse de la
mobilisation des concours extérieurs en faveur de la Côte d’Ivoire, du Togo et de la Guinée-
Bissau.

En termes de couverture des importations, les réserves officielles de change brutes ont fléchi,
passant de l'équivalent de 6 mois d'importations en 2003 à 5,5 mois en 2004. Le taux de
couverture de l’émission monétaire a de ce fait quelque peu décrût, de 119,6 % à fin 2003, à
117,2 % à fin 2004.

L’augmentation des avoirs officiels nets a été prononcée au Sénégal (+ 55 %) et au Togo (+ 91


%). À l’inverse, trois pays ont vu leurs avoirs officiels nets se dégrader : le Bénin (– 25%) le
Burkina (– 5,5%) et le Niger (– 11%).
Les pays de l’Uemoa présentent ainsi des niveaux de réserves de change brutes très inégaux.
Fin 2004, évalués en termes relatifs, les avoirs extérieurs étaient faibles pour deux pays, le
Niger et le Togo, élevés pour le Mali et situés dans une zone intermédiaire pour les autres
pays de l'Union. Les réserves officielles de change brutes représentaient ainsi seulement 1,0
mois d’importations de biens et services au Niger et 3,3 mois au Togo, mais plus de 7,4 mois
au Mali, 4,5 mois au Bénin, et 4,1 mois au Burkina et en Côte d’Ivoire.

L’importance relative des réserves de change par pays doit toutefois être relativisée, du fait
du principe de solidarité financière et de centralisation des avoirs extérieurs dans le cadre de
l’Union monétaire.
Entre 2005 et 2007, les avoirs officiels nets ont augmenté de 5,5 % en 2005 (+166 milliards de
fcfa). Les réserves officielles de change brutes ont également enregistré une très faible
progression au cours de la période, s'inscrivant à 3 769 milliards de fcfa à fin décembre 2005
contre 3 730 milliards de fcfa en décembre 2004. L'essentiel de l'évolution des avoirs
extérieurs nets est ainsi imputable au recul des engagements. Ce mouvement traduit l'effet
des règlements effectués au profit du FMI, des annulations de dette consenties au titre de
l'initiative PPTE, ainsi que de la faiblesse de la mobilisation des concours extérieurs en faveur
de la Côte d’Ivoire, du Togo et de la Guinée-Bissau.

En termes de couverture des importations, les réserves officielles de change brutes se sont
stabilisées, passant de l'équivalent de 5,5 mois d'importations en 2004 à environ 5,2 mois en
2005. Le taux de couverture de l’émission monétaire a quelque peu progressé, passant de
117,2 % fin 2004 à 120,3 % fin 2005.

Zone Cemac :

Dans cette zone, on note qu’en 2000, les avoirs officiels nets ont progressé de + 471,7
milliards de fcfa, après une augmentation de 31,5 milliards de fcfa en 1999. A la fin 2000, les

28
réserves extérieures brutes représentaient 2,1 mois d’importations de biens et services contre
1,2 mois en 1999.

Les pays de la Cemac présentent des divergences importantes en ce qui concerne les avoirs
officiels nets et les réserves de change brutes. En dépit d’une forte amélioration en 2000, les
avoirs officiels nets du Cameroun restent légèrement négatifs ; ceux du Gabon, négatifs
depuis 1998, sont redevenus positifs en 2000. Les avoirs officiels nets de la RCA et du Congo
sont largement positifs, notamment dans le cas du Congo, où ils se sont accrus de 120
milliards de fcfa, au prix toutefois d’un net alourdissement des arriérés extérieurs (+271,6
milliards de fcfa). Les réserves extérieures brutes en RCA représentent 10,4 mois
d’importations de biens et services alors qu’elles ne correspondent qu’à 0,4 mois en Guinée
Équatoriale.

En 2004, les avoirs extérieurs nets ont très fortement progressé (+ 87,1%), grâce, notamment,
à la hausse des recettes d’exportations (effet pétrole), mais aussi du fait d’un rapatriement
plus régulier de celles–ci ainsi que des allègements de dettes extérieures obtenus par certains
pays. En 2006, les avoirs extérieurs nets ont à nouveau connu une croissance exceptionnelle
(+ 61,6%). Comme en 2005 (où elle avait atteint + 98%), celle-ci est due essentiellement à la
hausse des recettes d’exportations (effet pétrole) et à leur rapatriement plus régulier, ainsi
que, plus marginalement, aux allégements de dettes extérieures obtenus par certains pays.
Les avoirs officiels nets ont progressé de 66,9% en 2006 et ont crû dans tous les pays, à
l’exception de la RCA. Alors que les réserves officielles brutes ont augmenté de 54,5 %, les
engagements extérieurs ont fléchi de 59,2 % (de 285,3 milliards de fcfa fin 2005 à 116,4
milliards de fcfa fin 2006), du fait principalement des remboursements des concours au FMI
et des allégements de dette.

L'évolution comparée de l'inflation et du PIB réel dans les années 90

29
30
31
Seulement 15 pays sur 53 (soit 28%) ont une monnaie commune, le franc CFA. Et
pourtant leur niveau de développement n'est pas significativement différent de
celui des 38 autres pays africains (71%) qui ont leurs monnaies nationales.

32
Positions indicatrices des Etats par rapport aux critères de surveillance
multilatérale de leurs politiques économique et budgétaire

I. Cadre théorique

Afin de tirer toutes les conséquences de l’union monétaire et de l’ancrage à une


monnaie externe, les deux unions de la Zone franc, Uemoa et Cemac, se sont dotées à
partir de 1994 de mécanismes de surveillance multilatérale. En d’autres termes, les
Etats membres après avoir perdu leur souveraineté monétaire sont tenus à la
réalisation d’objectifs de convergence, portant à la fois sur la politique économique et
budgétaire. La perte de la souveraineté monétaire à donc ainsi des conséquences sur
la souveraineté des budgets et des économies.

Quels sont ces critères pour les deux instituts.

1.1. Zone Uemoa

Critères de surveillance multilatérale et critères du Pacte de Convergence

Critères de la surveillance multilatérale en Uemoa Critères du Pacte de Convergence, de Stabilité, de


pour 1999 Croissance et de Solidarité entre les Etats membres
de l’Uemoa

Critères de premier rang

- le solde budgétaire de base rapporté au pib


nominal doit être supérieur ou égal à 0% en
2002 (critères clé)
- le solde primaire de base dépasse 15% des - l’inflation est maintenue à moins de 3% par
recettes fiscales an
- l’inflation est maintenue à moins de 3% sur - l’Etat n’accumule pas d’arriérés de paiement
l’année intérieurs ni extérieurs sur la gestion de la
- l’Etat n’accumule pas d’arriérés de paiement période courante. D’ici 2002, les Etats doivent
intérieurs et extérieurs et réduit les stocks éliminer les stocks d’arriérés existants
d’arriérés existants - l’encours de la dette intérieure et extérieure
- la masse salariale n’excède pas 40% des rapporté au PIB nominal n’excède pas 70% en
recettes fiscales et les investissements 2002.
financés sur ressources internes dépassent Critères de second rang
20% des recettes fiscales.
- la masse salariale n’excède pas 35% des
recettes fiscales en 2002
- les investissements publics financés sur
ressources internes atteignent au moins 20%
des recettes fiscales en 2002
- le déficit extérieur courant hors dons rapporté
au pib nominal n’excède pas 5% en 2002
- les recettes fiscales sont supérieures ou égales
à 17% du pib nominal en 2002.

33
1.2. Zone Cemac

Critères de surveillance multilatérale et critères du Pacte de Convergence Cemac

Les critères de surveillance multilatérale et les critères du pacte de convergence de


l’Uemoa ont été repris ici. Néanmoins, les indicateurs dits « corrigés » ont vocation à
compléter et affiner le diagnostic.

Ces indicateurs sont :

- Un indice d’inflation sous-jacente, qui soustrait de l’indicateur d’inflation les


principaux éléments volatils. En Uemoa, il est calculé en soustrayant du panier de
consommation les produits alimentaires non transformés (produits frais) et les
dépenses d’acquisition d’énergie (fonctions "logement" et "transports"). En Cemac, où
la nomenclature n’est pas encore totalement uniforme, il s’agit d’un indice « hors
alimentation».

- Un solde budgétaire de base corrigé, qui permet de mieux apprécier la


situation structurelle des finances publiques. En Cemac : le solde budgétaire de base
corrigé correspondant au solde budgétaire de base dans lequel on prend pour
montant des recettes pétrolières de l'année considérée la valeur moyenne des trois
dernières années, ce qui permet de supprimer les effets ponctuels de variations des
cours ou de la production. En Uemoa, le solde budgétaire de base corrigé est calculé
en ajoutant aux recettes totales hors dons le montant des dons budgétaires et de
l’aide ppte ayant financé les dépenses courantes et les dépenses d’investissement. Cet
indicateur donne une vision plus juste de l’effort budgétaire réalisé,
indépendamment toujours des dépenses financées directement sous forme d’aide-
projet.

- Pour les économies pétrolières, un indicateur d’évolution de la couverture


des dépenses courantes hors intérêts par les recettes fiscales non pétrolières afin
d’analyser la soutenabilité structurelle des dépenses de fonctionnement des budgets.

34
II. Analyse des résultats de la recherche de convergence

Les tableaux ci-dessous donnent une idée du respect des critères par les pays dans
chacune des Zones.

Zone Uemoa :

Nombre
Années de fois
que le
critère est
Pays 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 respecté
Bénin 3/4 3/4 4/4 3/4 4/4 3/4 2/4 4/4 3
Burkina Faso 2/4 2/4 3/4 3/4 3/4 2/4 3/4 3/4 0
Côte d'Ivoire 1/4 1/4 1/4 0/4 1/4 0/4 1/4 2/4 0
Guinée-Bissau 0/4 0/4 0/4 1/4 1/4 0/4 1/4 0/4 0
Mali 1/4 1/4 1/4 4/4 4/4 3/4 3/4 3/4 2
Niger 1/4 0/4 2/4 2/4 1/4 1/4 4/4 3/4 1
Sénégal 3/4 2/4 4/4 4/4 4/4 4/4 3/4 2/4 4
Togo 1/4 1/4 1/4 2/4 2/4 0/4 1/4 1/4 0
Nombre de pays ayant
respecté les critères de
convergence sur la 0 0 2 2 3 1 1 1
période (2000-2007)

Sur la période de 2000 à 2007, le Sénégal et le Bénin ont respecté respectivement 4 et 3


fois les critères de convergence. Suivent le Mali (2 fois) et le Niger (1 fois). La Côte
d’Ivoire, le Togo, la Guinée-Bissau et le Burkina Faso constituent les maillons faibles
du respect des critères. Ce résultat semble logique dans la mesure où les trois
premiers pays sont ceux qui connaissent une situation d’instabilité sociopolitique
depuis 2000. On peut alors penser qu’il serait difficile pour l’ensemble des pays de
satisfaire ces critères tant que certains connaîtront des situations d’instabilités
sociopolitiques.

35
Zone Cemac :

Années Nombre de
fois que le
Pays critère est
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 respecté

Cameroun 3/4 4/4 4/4 4/4 3/4 4/4 3/4 4/4 5


RCA 2/4 2/4 1/4 0/4 1/4 1/4 0/4 2/4 0
Congo 3/4 2/4 0/4 2/4 2/4 2/4 1/4 2/4 0
Gabon 4/4 1/4 3/4 3/4 3/4 4/4 3/4 3/4 2
Guinée Equatoriale 3/4 4/4 2/4 3/4 3/4 3/4 3/4 3/4 1
Tchad 1/4 1/4 1/4 2/4 3/4 2/4 2/4 3/4 0
Nombre de pays ayant
respecté les critères 1 2 1 1 0 2 1 0

Au niveau de la zone Cemac, le Cameroun et le Gabon ont pu respecter 5 fois et 2


fois les critères de convergence. Les pays les plus faibles qui n’ont malheureusement
pas pu respecter une fois ces critères sont la RCA, le Congo et le Tchad qui sont
encore une fois des pays en situation sociopolitique instable.

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VI. Lectures complémentaires

Nicolas Agbohou : (1999) Le Franc cfa et l'Euro contre l'Afrique. Ed Solidarité


Mondiale. Paris.
Frédéric Bastiat : (2004) Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas. Romillat. Paris.
William Easterly: (2006) The Whyte man's burden: Why the west's efforts to aid the
rest have done so much ill and so little good. Oxford University press.
Karamoko Kané : (2003) Mondialisation, développement et indépendance
monétaire : l'exemple du Franc cfa. Edition A3. Paris.
Mamadou Koulibaly : (1992) Le Libéralisme, nouveau départ pour l'Afrique Noire.
L'Harmattan. Paris.
Mamadou Koulibaly : (2005) Les servitudes du pacte colonial. Nei et Ceda. Abidjan.
Steve Kayizi-Mugerwa :( 2003) Reforming Africa's Institutions. United Nation
University Press. Tokyo
Désiré Mandilou : (2008) L'économie du partage en Afrique. L'Harmattan. Paris.
Ludwig Von Mises : (1985) L'action humaine : traité d'économie. Puf. Paris.
Dambisa Moyo: (2009) Dead aid: Why aid is not working and how there is another
way for Africa. Penguin books. London.
Germain Ndjieunde : (2005) Performances économiques des pays africains de la
Zone Franc. Presse Universitaires de Yaoundé.
Eugène Nyambal : (2008) Afrique la voie de la prospérité. L'Harmattan. Paris.
Ousmane Ouédraogo : (1999) Plaidoyer macroéconomique pour l'Afrique. Karthala.
Paris.
Hernando de Soto : (2002) Le mystère du capital : Pourquoi le capitalisme triomphe
en occident et échoue partout ailleurs. Nouveaux horizons. Paris.
Richard H K Vietor: (2007) How Countries compete: Strategy, Structure, and
government in global economy. Harvard business school press.

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