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Sang et demi-sel

Nul ne saurait décrire le monstre aucun


langage plus particulièrement celle d’animaux
ne saurait peindre cette vision de folie, exotiques. Bien renseigné par Marcel
ce chaos de cris inarticulés, cette hideuse
contradiction Champion, un bignolon véreux, Louis
de toutes les lois de la matière et de l’ordre a appris qu’un douanier allait inspec-
cosmique. ter le petit entrepôt où il fait transi-
L’appel de Cthulhu - Lovecraft
ter habituellement ses bêtes. Il a donc
gardé la caisse contentant le crocodile
Fabula chez lui, le temps de le livrer secrète-
ment au Jardin d’acclimatation le len-
C’est à l’aube qu’un morceau de demain soir aidé par Michel Doron, son
main est retrouvé sur le trottoir d’une acolyte. Malheureusement, le reptile
rue de Maison-Alfort. Un passant la s’est libéré et a attaqué le couple en
découvre alors qu’il se rend au travail plein repas. Peur et traumatisme ont
sur les quais de la Marne (à deux pas vite eu raison des Chevratel, achevés
de l’île Charentonneau) tourne de la minute suivante pas les mâchoires
l’œil, attirant l’attention d’une voi- puissantes de l’animal. Avant l’aube,
sine. Cette dernière prévient immédia- Michel est venu chercher son complice
tement les forces de l’ordre. pour partir au travail, il a vu la main
Sur place, il pleut des cordes et la arrachée devant la porte et a paniqué.
zone de sécurité créée par les policiers Ne voulant pas se faire arrêter, il a pro-
pour éloigner les badauds sert surtout fité du feu de cheminée pour brûler la
à camoufler le morceau de main encore caisse en bois et s’est emparé d’une
au sol. Lorsque le premier agent de griffe de jardinage pour faire croire
police pénètre dans la demeure d’ou- à un monstre, espérant que le croco-
vrier, il y découvre deux cadavres mor- dile se soit enfui dans la Marne. Il est
celés, du sang partout et une chemi- ressorti discrètement de la demeure
née aux flammes hautes. En effet, il en fermant les portes pour enfin reve-
manque à l’homme une bonne partie nir innocemment une fois la police
de sa jambe et de son bras gauche et présente.
à la femme, un bout de pied et le bras Les personnages se retrouvent
droit (dont la main trône devant la donc sur un lieu de crime avec assez
maison). Plusieurs giclées de sang ont de preuves pour croire à un monstre
arrosé les murs et le plafond, il règne ou une intervention occulte, mais en
un grand désordre dans la pièce et il y creusant, ils pourraient remonter une
a plusieurs marques de griffes au mur filière de contrebandiers jusqu’aux
et sur un meuble. Avec ça, un journa- portes de la ménagerie du Jardin des
liste avide de sensationnel veut s’empa- Plantes.
rer de cette histoire et y souligner une
présence monstrueuse…
Ce drame sanguinaire amène un
monstre aux portes de Paris. Du Termes d’argot
moins, c’est ce qu’espère le journaliste Demi-sel : contrebandier.
Charles Trémont qui arrive rapidement Bignolon : policier.
sur place. En réalité, c’est un terrible
accident. Louis Chevratel est un demi-
sel, lorsqu’il ne transporte pas dans
son camion la marchandise déchargée
des bords de Marne, il profite de la
nuit pour pratiquer la contrebande et
Fabien Fernandez
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Scènes de Crimes

Environnement
Les investigateurs vont passer d’une pluie torren- après tout, ça pourrait être un héritage. Dès qu’on fran-
Chapitre 1

tielle à une petite maison surchauffée. Deux endroits chit le seuil, sur la gauche, il y a le salon, ou ce qu’il
propices à fausser les preuves d’une investigation poli- en reste. On y trouve un fauteuil, une petite banquette,
cière minutieuse. un guéridon renversé et un vaisselier dont l’une des
portes est défoncée (des assiettes se sont brisées au
Un policier dans l’entrée sol sous l’impact). Par terre, les dépouilles du couple :
Les personnages arrivent de bon matin, sous une il est extrêmement difficile d’estimer l’heure du décès
pluie battante face à une petite maison de briques à cause de la forte chaleur de la cheminée. Plusieurs
rouges avec une allée et un jardin d’un mètre cinquante giclures de sang partent du sol au plafond : un enquê-
de large devant. Sur le côté, un passage boueux où un teur peut aisément déduire que cela vient de l’arrachage
camion est garé amène au potager derrière la demeure. des membres. En dehors d’une infime trace de pas, les
Deux policiers dégoulinants font le pied de grue pour traînées sanguines entre le salon et la cuisine sont trop
empêcher les curieux d’avancer. Malgré le mauvais importantes pour deviner de quels tueur ou monstre il
climat, il y a une bonne dizaine de curieux. Juste devant peut s’agir. Un autre indice peut prêter à confusion : les
l’entrée une boîte est posée à même le sol : en réalité, six coups de griffes que l’on trouve au mur et sur le gué-
le bout de main arrachée est sommairement protégé de ridon. Impossible de savoir quel animal à fait cela. Une
la pluie (une idée de l’agent Gulvier). observation des corps permet de lire de l’effroi sur les
À l’intérieur, la première impression des person- visages. Une étude plus poussée amène à la conclusion
nages est qu’il fait très chaud (il y a encore des flam- que les membres ont été arrachés par une mâchoire
mèches dans la cheminée du salon). Un gros policier puissante et dotée de nombreux crocs. Seul un per-
(agent Bertrand Gulvier) attend les enquêteurs pour sonnage spécialisé en reptiles ou crocodiles pourrait
leur donner les premiers éléments de l’enquête (si les miraculeusement faire le rapprochement. Enfin, un
personnages ne sont pas des investigateurs de la police, enquêteur attentif trouvera étrange qu’il fasse si chaud
c’est à lui qu’il faut montrer patte blanche) : alors que le feu aurait dû s’éteindre tard dans la nuit :
Une main coupée a été trouvée devant la maison par une intervention démoniaque ? Une fouille des braises
Victor Tamassin, un voisin se rendant au travail. Il a permet de dénicher un morceau de bois qui ne devrait
tourné de l’œil et c’est Huguette Romassieu, la veuve pas s’y trouver : les restes d’une planche de pin. L’accès
d’en-face qui a fait venir la police. Victor Tamassin à la cuisine est couvert de sang presque séché. La pièce
attend dans la cuisine avec le Docteur Chimant. en elle-même est traversée de trainées brunes jusqu’à
Le crime a eu lieu dans le salon, il y a du sang partout la porte donnant sur le jardin : les traces disparaissent
et d’après Tamassin, la maison était fermée quand il est dehors. Au fond d’un placard se trouve un bocal rempli
passé devant. La scène de crime est en grand désordre : de piécettes, probablement des économies. Bien que
un combat semble avoir eu lieu dans la pièce. Il y a deux Doron ait nettoyé, il y a quelques copeaux de bois dans
victimes, Monsieur et Madame Chevratel. un coin. Celui qui a découvert la main reprend ici ses
On ne note aucune trace d’effraction ni de vol. esprits, avec le docteur. À l’étage, il y a un chandelier de
L’étage ne semble pas avoir été visité par un voleur. valeur notable par un amateur d’art et une magnifique
Le climat n’aidant pas, il n’y a aucune trace de sang paire de boucles d’oreilles sertie d’émeraudes dans une
ou de pas dehors. boîte à bijoux. Rien d’autre d’intéressant.
Après quoi, il se met à leur service s’ils lui demandent, Dehors, malgré le mauvais temps, on peut distinguer
ou reste assis au chaud sur sa chaise sans piper mot de quelques traces de pas : on a transporté quelque chose
peur de se faire envoyer sous la pluie avec ses collègues. de lourd du camion à la maison par la porte de derrière.
L’arrière du véhicule dévoile également le déplacement
Un rapide tour dans la maison d’une grosse boîte ou un coffre et des échardes de pin.
Un premier tour des lieux permet de se faire une Dans le camion, une fouille minutieuse permet de déni-
idée de la scène de crime et la vie des victimes. Il y a cher une série de photos érotiques dissimulées sous le
bien quelques traces de pas boueuses faites par l’agent siège conducteur, conservées avec une liste. Enfin, si les
Gulvier qui a fait son propre tour des lieux, mais sinon enquêteurs se rendent au cabanon, ils y trouvent tout
la scène de crime n’a pas été souillée. Voici pièce par un tas d’outils pour le potager. À cause de la pluie, il est
pièce ce que l’on voit : presque impossible de suivre la trace du crocodile qui a
Le rez-de-chaussée ne comporte que trois pièces. La fait un passage devant la maison, avant d’aller se cacher
première porte sur la droite en entrant donne sur les derrière le cabanon, sous l’épaisseur de la haie. Il dort
toilettes. Il n’y a rien d’intéressant ici, à part un miroir et est quasiment indétectable sous les branches ruisse-
un peu trop coûteux pour qui s’y connaît en art, mais lantes d’eau, mais il réagira violemment, s’il est agressé.

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Sang et demi-sel

indices
Afin d’avoir une meilleure compréhension de l’in- •  Les cadavres : les deux dépouillent n’ont pas bougé.

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trigue, vous trouverez les lieux entre parenthèses pour Bien que tués vers dix heures du soir, il est difficile
chacun des indices. d’estimé l’heure du décès à cause de la chaleur de la
•  Le pin : un peu partout sur la scène de crime, on cheminée : la décomposition et la rigidité cadavérique
déniche ce bois. Il vient de la caisse (des échardes ont pris du retard. Un vétérinaire pourrait détermi-
dans le camion d’où est sortie initialement la caisse) ner après plusieurs jours d’études le type de morsures
enfermant le crocodile que Michel Doron a débité (des ayant arraché les membres, et encore, il faudrait qu’il
copeaux dans la cuisine, bien qu’il ait passé un coup s’y connaisse en crocodiles.
de balai) afin que la police ne remonte pas jusqu’à son •  Les traces : deux paires de pas vont de l’arrière du
affaire de contrebande. Il s’en est ensuite débarrassé véhicule à la porte du jardin. Ils portaient quelque
dans le feu. Cependant, ce bois ne s’utilise pas dans les chose de lourd mais la pluie ne permet pas d’avoir des
cheminées car son essence brûle produit une fumée empreintes très précises. En revanche, la compétence
qui encrasse les conduits. de Pistage permet de déceler difficilement une légère
•  Les coups de griffes : lorsque Doron est arrivé sur les empreinte de chaussure (celle de Doron) a été faite
lieux, il a paniqué et tenté d’orienter la police bien loin post mortem en direction de la cuisine. Le crocodile a
de son réseau de contrebande : un monstre. Une idée bien fait un passage rapide devant la maison, mais la
qui lui est venue en se remémorant une conversation pluie torrentielle a tout effacé.
avec un passionné d’occultisme. Il s’est emparé de la •  Les contacts : si les personnages ont des relations dans
griffe métallique du potager et a accompli sa super- le milieu de la contrebande ou des manutentionnaires
cherie (sur les murs et le guéridon dans le salon). L’ou- de la Marne, ils y apprennent les activités illicites de
til a été replacé dans le cabanon. La compétence de Chevratel et Doron. Il faut cependant être très per-
Chasse ne permet pas de définir qu’aucun type d’ani- suasif car ce sont des activités qui rapportent. Ce qui
mal ne possède ces quatre griffes droites et solides. est plus facile à savoir est que Chevratel dépense pas
Par ailleurs, une observation minutieuse permet de ne mal d’argent (trop pour un chauffeur) en paris et en
déceler aucune trace de sang dans les griffures. prostitution. Enfin, il est éventuellement possible
•  La contrebande : Louis Chevratel faisait dans la contre- d’apprendre qu’il trafiquait avec le Jardin des plantes.
bande et cela peut se deviner en étudiant le miroir Néanmoins, aucun contact ne sait spécifiquement ce
des toilettes, le chandelier et les boucles d’oreilles à qu’il transportait.
l’étage, ou encore en vidant le bocal de pièces afin d’y
découvrir six Louis d’or. Enfin, étudier la liste (sous
le siège du camion) qui accompagne les clichés éro-
tiques donne deux noms aux enquêteurs : Martial L.
et Gustave G. Le premier est celui du chef des gar-
diens de nuit du Jardin des plantes et le second celui
d’un contact connu dans la contrebande d’animaux en
France. Aux investigateurs d’avoir eux-mêmes le bon
réseau pour remonter ces pistes.

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Scènes de Crimes

Conclusion
Cette enquête traite des apparences et présente un de mois en cargaisons illégales. On ne parle pas ici
Chapitre 1

cadre horrifique. Tout porte à croire au début qu’il y d’objets de grande valeur, mais plutôt d’alcool distillé
a quelque chose de monstrueux, voire de démoniaque illicitement voire des petites cargaisons d’opium. Une
alors qu’en réalité ce n’est qu’un animal sauvage tiré fois aux portes de Paris, différents groupuscules inter-
de son environnement par des contrebandiers. Cepen- lopes viennent faire leurs achats à quai ou plus discrè-
dant, la scène de crime présente avant tout du sang et tement avec une barque qu’ils mènent au milieu du
des membres arrachés, et c’est bien ça dont le jour- fleuve. Ensuite, d’un réseau à l’autre, on en retrouve
naliste Charles Trémont espère s’emparer. Ce sont ces dans toute la capitale.
horreurs dont son lectorat est friand selon lui. S’il le •  Ménagerie du Jardin d’acclimatation : comme par-
peut, il y écrira un entrefilet factuel, mais ce qui lui tout, les finances manquent et il est parfois plus simple
importe est d’avoir un article qui fait sensation, qu’on d’acquérir un nouvel animal illégalement pour un des
sache qu’il est capable de dénicher « ce qu’on tente de plus anciens zoos du monde. Le directeur n’est pas
dissimuler au monde ». L’autre facette de cette histoire au courant, mais quelques individus négocient dans
repose sur le trafic d’animaux qui a eu lieu durant la l’ombre en détournant de l’argent de la caisse de la
Belle époque et après pour remplir les zoos et les foires. ménagerie. Évidemment, ce n’est pas dans le seul but
Un démantèlement de l’écosystème plus ou moins légal de trouver de la viande à bas prix pour les résidants ou
pour le plus grand plaisir de l’homme. Seulement par- pour obtenir une nouvelle attraction : différents inter-
fois, le prédateur n’est pas celui qui croit l’être. La médiaires s’en mettent plein les poches. Le pivot prin-
nature reprend ses droits… morceau par morceau. cipal de cette organisation est Martial Lemain, chef
Donc, techniquement, il n’y a pas de délit autre que des surveillants de l’équipe de nuit. On peut remonter
celui de contrebande et de falsification de la scène de jusqu’à lui grâce à la liste du camion en déduisant qu’il
crime par Michel Doron. Si les personnages mènent ne doit pas y avoir beaucoup d’acheteur pour un croco-
correctement l’enquête, ils pourront le mettre sous les dile. De là à remonter le trafic jusqu’à Marseille voire
verrous. Cette affaire peut s’arrêter là, mais d’autres sur le continent africain, il n’y a qu’un pas.
pistes s’ouvrent potentiellement aux investigateurs. En •  La mère Huguette : plus un contact qu’une ouver-
voici quelques-unes : ture sur une campagne, Huguette connaît du monde
•  Les demi-sels et la Marne : le transport fluvial est très et nombreuses sont les filles qui passent la voir. Elle
important et peu surveillé. Les péniches véhiculent a donc beaucoup d’informations venant de la prosti-
énormément de marchandise et de matériaux, et cer- tution du sud-est de Paris. Peut-être une dame à qui
tains débardeurs n’hésitent pas à arrondir leurs fins offrir des fleurs régulièrement pour quelques tuyaux.

Protagonistes
Michel Doron (le complice) Charles Trémont (le journaliste)
« M’sieur, c’est la surprise qui étouffe le chagrin de la « Or donc, il y avait une main humaine et dévorée sur la
perte de mon ami ». chaussée ? Un enfant aurait pu la trouver… »
Michel Doron est un homme de 33 ans qui secondait Charles est un journaliste pour Le Petit Journal. Mal-
la victime et qui passe sinon son temps comme boxeur heureusement, à 40 ans passés, il n’a jamais obtenu de
amateur. Mais surtout, Doron est coupable ! Pas du Une. Cette histoire de main arrachée « balancée en pleine
meurtre, mais d’être arrivé vers 5 heures du matin et rue » pourrait lui offrir la notoriété et la reconnaissance de
d’avoir maquillé la scène de crime. Outre les faux coups la profession. En tout cas, c’est ce qu’il croit. Il a été pré-
de griffes, il a éteint toutes les lumières, il a débité et venu par le bouche à oreille car il habite dans le quartier.
brûlé la caisse du crocodile et il a fermé la porte de Il arrive peu de temps après les personnages et tente de
derrière. Une fois la police sur place, il arrivera pour se faufiler discrètement pour fureter dans le jardin après
ne pas être mis dans la liste des suspects. Ayant autre- avoir interrogé quelques badauds. Trémont n’est pas un
fois été comédien, il donne le change juste le temps mauvais bougre et il peut servir à débloquer une situation
d’être exclus de cette liste. Néanmoins, plus on l’oblige sans issue par une déduction ou en furetant dans la cabane
à rester, plus il est nerveux. De plus, si les personnages du fond du jardin si les personnages n’y ont pas songé.
font le rapprochement avec la griffe de jardinage, il Cependant, il tient à son papier et fera tout pour l’écrire,
craque et s’en va en courant. Après quoi, un interroga- même si c’est romancer des faits à l’aide des ragots de
toire en règle lui fait cracher le morceau : contrebande, curieux. Ça serait donc mieux s’il avait les éléments pour
ce qu’il a fait, le crocodile… mettre en avant les compétences de la police…

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Sang et demi-sel
Victor Tamassin (le voisin)  Huguette Romassieu (la veuve d’en-face)
« Je suis du quartier, c’est mon seul lien avec cette « Moi j’ai toujours su que c’était un d’mi-sel celui-là.
horreur ! » Vous trouvez ça normal vous, de travailler la nuit avec
Victor Tamassin est un homme sensible de 35 ans un camion ? »

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qui travail à Paris comme cordonnier. Père d’une petite Huguette est une femme de 69 ans usée par la vie.
fille avec une épouse qui l’attend à la maison. Il habite Dans le quartier tout le monde connaît « la veuve
à deux rues du lieu du crime et passe devant chaque Huguette » ou « la commère ». Elle passe le plus clair
jour. Ce matin, en arrivant devant, tête basse à cause du de son temps à la fenêtre, le reste de son temps elle se
temps, il a vu ce qu’il a pris dans un premier temps pour déplace difficilement sur ses jambes lourdes pour aller
un « petit animal mort ». En se rapprochant, il a réalisé nourrir son vieux chat. Elle mélange avec une grande
ce que c’était : « une main dévorée ! ». Et il a tourné facilité l’argot et le langage plus soutenu car en réalité,
de l’œil. C’est le docteur Chimant qui l’a réveillé. Il est elle n’est pas veuve, c’est une prostituée retirée. C’est
donc innocent et n’aspire qu’à une chose : aller travail- elle qui a vu « l’cordonnier s’viander » et elle a hélé le
ler car son patron va l’incendier pour son retard. premier venu pour qu’il aille chercher le « Doc et les
bignolons ». Elle n’en sait pas plus sur le crime en lui-
Docteur Antoine Chimant (le médecin du quartier) même, cependant si on use de diplomatie et de cajole-
« C’est un gentil quartier tranquille de travailleurs. Il rie elle précise que le camion est arrivé dans l’allée vers
n’y a pas de criminel, ici » neuf heures du soir. Avec la pluie elle n’a pas bien vu ce
Le docteur est un homme d’une cinquantaine d’an- qu’ils faisaient de louche (oui, ils étaient deux à sortir
nées avec une barbe grisonnante et un visage amical. du véhicule) derrière mais ça a duré une bonne dizaine
Il connaît tout le monde dans le quartier et se plaît à de minutes avant que l’un d’eux reparte sous les halle-
croire que le crime n’y existe pas. Il a été appelé par bardes et que les lumières du camion soient éteintes.
Vincent Zimann, un fleuriste de Paris (l’homme hélé par
Huguette). Il s’est « jeté dans sa redingote » pour courir Le crocodile
jusqu’ici sous son parapluie et il s’est occupé de mon- Véritable tueur de cette histoire, l’animal a mangé
sieur Tamassin. Une fois l’agent Gulvier arrivé, il s’est un bout et est ressorti. Il a contourné la maison avec un
installé dans un coin de la cuisine, au sec, pour attendre membre dans la gueule et un bruit de véhicule passant
les enquêteurs. Le docteur n’a rien à se reprocher, il rapidement l’a effrayé. Il a lâché la main et est parti
a soigné plusieurs fois les victimes pour des maladies se réfugier derrière le cabanon, où il est encore. C’est
bénignes ou les « petits bobos » que Louis Chevratel se au meneur de choisir si les personnages le découvrent
fait au travail (il est transporteur pour de nombreuses ou si par exemple, il devient une légende urbaine pari-
entreprises de Paris et ses environs). Bien qu’il se doute sienne : le crocodile des égouts. Il pourrait même res-
que Louis ne faisait pas que des courses légales, il n’en sortir d’ici quelques scénarios…
dit rien. Il sait également qu’Huguette était prostituée
mais préserve « l’intimité de ses patients ».

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