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LE COAUTEUR

Il est fréquent que plusieurs personnes participent à la commission d’une


infraction, mais le rôle de chacune d’elles dans la réalisation du fait
répréhensible peut présenter des aspects différents.
Aux termes de l’article 128 du Code pénal marocain, la notion de coaction
repose sur l’existence d’une infraction principale, imputable en entier à plusieurs
individus qui ont contribué directement à la mise en existence de l’infraction. Le
Code pénal sanctionne alors comme coauteur celui qui réalise sciemment tous
les actes matériels constituant l’élément matériel de l’infraction ou une partie de
ces actes qui contribuent directement à la commission de l’infraction.
Avant d’étudier la sanction applicable au coauteur, il apparaît opportun de
définir la notion même de coauteur.

1. LA NOTION DE COAUTEUR

Le coauteur est défini, par l’article 128 du Code pénal, comme « Qui,
personnellement, a pris part à l'exécution matérielle de l'infraction.». Autrement
dit, c’est celui qui réalise directement le même élément matériel constitutif de
l’infraction ou une partie de cet élément, ou encore celui qui joue un rôle
prépondérant dans l’exécution de l’infraction et qui est souvent présent sur la
scène du crime ou du délit.
Le coauteur est donc celui qui participe matériellement à l’action au côté
de l’auteur principal ; il encourt les peines prévues pour la même infraction et
ceci même si l’auteur principal est finalement déclaré irresponsable, dans un cas
de démence par exemple. Le coauteur peut, malgré tout, bénéficier de
circonstances atténuantes, par exemple s’il est mineur, ou subir des
circonstances aggravantes, par exemple en cas de récidive.
Il en résulte que le coauteur est, comme l’auteur matériel, celui qui a
personnellement accompli les actes matériels constitutifs d’une infraction. Mais
parce qu’il les a accomplis avec un ou plusieurs autres individus, eux aussi
auteurs matériels de la même infraction, on le désigne sous le nom du coauteur.

La jurisprudence marocaine confirme cette conception de la coaction


criminelle en énonçant : « les coauteurs sont ceux qui ont procédé à l’exécution
de tous les actes ou une partie des actes constituant l’élément matériel de
l’infraction, comme le fait de donner la mort à la victime dans le meurtre, ou le
fait de causer une blessure dans la violence, ou le fait de soustraire l’objet
appartenant à autrui dans le vol »

Il se peut que les deux coauteurs aient commis les mêmes actes matériels.
C’est le cas lorsqu’ils donnent, tous les deux, successivement ou simultanément,
des coups mortels à la victime ou lorsqu’ils tirent, tous les deux, plusieurs balles
sur la même victime ou sur plusieurs personnes dans l’intention de leur donner
la mort. Pour la Chambre criminelle de la Cour de Cassation du Liban, le
deuxième accusé qui, partageant le même élément subjectif (mens rea ), avait
fait feu sur la victime qui avait survécu aux balles après avoir essuyé le tir du
premier accusé, doit être considéré comme un coauteur.

La coaction se caractérise non seulement lorsque le délinquant participe à


l’exécution de l’ensemble des actes constituant l’élément matériel de
l’infraction, mais également quand il exécute une partie de ces actes qui
contribuent directement à la mise en existence de l’infraction sur la scène du
crime ou du délit ou même à l’extérieur de cette scène. En l’occurrence,
l’élément matériel suppose, pour qu’il soit consommé, la réunion de plusieurs
actes différents dont chacun est exécuté par un individu faisant partie du groupe
criminel. À titre d’exemple, on peut citer le cas de la falsification d’un document
qui a nécessité que celui-ci soit rédigé par A et qu’il soit signé par B. Ici, tous
les deux (A et B) sont coauteurs de faux.

La coaction peut donc se réaliser dans le cas où le coauteur commet une


partie des actes matériels et non l’ensemble de ces actes matériels réalisant
l’infraction, peu importe que les actes commis par un membre du groupe (un
coauteur) soient plus importants que ceux commis par les autres. Il suffit que les
actes des différents coauteurs aient contribué, directement et conjointement ou
de façon divisible, à la mise en existence de l’infraction, abstraction faite du fait
que l’acte ou les actes commis par certains aient été plus importants que ceux
commis par d’autres.

Approuvant cette tendance doctrinale, la Cour de cassation marocaine a


décidé que « dans le cas où deux personnes agissent ensemble, en vertu d’une
entente préalable, pour dévaliser une maison et lorsque chacune d’entre elles
joue un rôle prépondérant dans l’exécution du vol qualifié et aggravé (vol en
réunion et avec violation de domicile), en grimpant l’un sur le dos de l’autre
pour avoir accès à la maison, alors que celui qui attendait dehors prenait soin
d’attraper les tapis jetés par la fenêtre par son comparse, les deux délinquants
ont commis des actes sans lesquels le vol n’aurait jamais été consommé et sont,
par conséquent, qualifiés de coauteurs »
Aussi, il est admis que celui qui maîtrise la victime afin qu’une autre
personne puisse lui donner un coup de couteau ou la violer est un coauteur de
violence ou du viol dans la mesure où il participe personnellement et
directement aux actes constituant l’élément matériel de l’infraction. À l’inverse,
celui qui ne fait que fournir l’arme du crime (le couteau ou le fusil) ou les clés
de la maison ou de l’appartement à l’auteur avant le passage à l’acte est
considéré comme complice par aide de violence ou du vol.

2. LA SANCTION APPLICABLE AU COAUTEUR

Le coauteur étant un auteur « à part entière », sa situation juridique est


différente de celle du complice. Sa responsabilité pénale est pleinement
personnelle et ne dépend en aucune manière de celle des autres coauteurs. Il peut
être poursuivi, et il doit être condamné dès lors que le fait qui lui est reproché est
punissable à son égard, quand bien même il ne le serait pas à l’égard de l’autre
coauteur pour une cause purement personnelle à ce dernier (par ex. immunité,
trouble mental ou minorité…).

Quant aux circonstances objectives ou réelles entraînant aggravation,


atténuation ou exemption de peine (faits justificatifs, amnistie réelle ou
prescription…), celles-ci ont systématiquement effet à l’égard de chacun des
coauteurs de l’infraction et de leurs complices (art. 130/3 du C. pén.).tandis que
Les circonstances personnelles d'où résultent aggravation, atténuation ou
exemption de peine n'ont d'effet qu'à l'égard du seul participant auquel elles se
rapportent (art. 130/3 du C. pén.).

Ainsi, le coauteur subit la peine prévue par la loi pour l’infraction qu’il a
commise. Toutefois, est aggravée, dans les conditions posées par l’article 152.
Toute autre circonstance (par ex. : circonstance atténuante purement personnelle
: démence ou trouble mental, minorité…) n’a effet qu’à l’égard de la personne
qu’elle concerne (art. 130/2 du C. pén.).

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