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TRANSFERRED
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ABRÉGÉ
DE

THÉOLOGIE
DOGMATIQUE ET MORALE
HUMBLE PRIÈRE
De prendre connaissance des ouvrages annoncés
dans le catalogue, après la table des matières.

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ABRÉGÉ
DE

THÉOLOGIE
DOGMATIQUE ET MORALE
Avec les notions les plus importantes
de droit canon, de liturgie, de pastorale, de théologie
mystique et de philosophie chrétienne.

Par l'Abbé J. BEPJHIER, M. S.

EX LIBRIS
STi BASIL' S SCHULAo 1 IuABmucoup de choses que nous avons
apprises, avec le temps s'échappent de notre

^ ^ '7 '7 1 <y /sprik-, if jbuUdonc, par une étude assidue,


W»..</ ^ -^ <r -_-_si -—"^ l'C'gTraifpeTer
peler 'oujours
'ouiours à notre mémoire.

St Liguori, Praxis, N" 18,

SE TROUVE
Chez l'Auteur, La Salette, par Corps
(Isère).

1 8 9 S
APPROBATION
En donnant l' Imprimahir àl'édition latine de ce Compendiiim, nous
disions que cet ouvrage, soumis à un examen sérieux, avait été
jugé aplc à atteivdre le but, que l'auteur s'était proposé en le publiant,
à cause de la pureté de sa doctrine et de l'exposition claire et sobre des
questions. Les nombreux lecteurs de ce livre ont confirmé ce jugement.
Les revues Ibéologiques les plus estimées ont fait l'éloge de ce travail, qui
a demandé à son auteur de patientes reclierches, dirigées par une longue
expérience du ministère des missions. Ceux qui ont fait la critique de quel-
ques détails, ont avoué, nous le savons, qu'ils ne connaissaient pas de
résumé théologicjiie plus exact.
Cette édition nouvelle peut donc se présenter avec la confiance d'être
accueillie plus favorablement encore. Rien n'a été négligé pour la rendre
plus complète. La somme de St Thomas a été étudiée tout entière dans
ce but, ainsi que les auteurs de théologie dogmatique et morale les plus
recommandables et les plus récents. L'auteur a butiné sur chacun ce qui
lui a paru le plus pratique, sans sortir des limites de la brièveté, qu'il
s'est imposées.
Par !à il a réussi à faire un ouvrage qu'on pourrait justement appeler
le Trésor du Prêtre car on y trouve dans un volume, facile à revoir
;

en une année, les questions philosophiques les plus importantes, et la


théologie dogmatique et morale au moins aussi complète, (non conmie
développements sans doute, mais comme doctrine) que dans les auteurs
généralement suivis. La méthode de direction, le droit canon et même la
réglementation des fabriques en France^ s'y trouvent également résumés.
Sauf certaines questions, qui ne peuvent être traduites, le tout est pré-
senté au lecteur en un français correct et clair, qui aidera fort à saisir
certaines questions métaphysiques, assez abstraites par elles-mêmes. Sans
doute, la langue latine est celle de la théologie mais l'auieur a cru faire
;

une œuvre utile en répondant au désir de bons prêtres, qui lui ont de-
mandé une traduction. Un ne peut donc l'en blâmer car il tient l'édition
;

latine à la disposition de ceux qui la préfèrent.


Les prêtres qui sont absorbés par le ministère, seront heureux d'avoir
entre les mains, un ouvrage où iJs pourront découvrir sans effort la solu-
tion aux difficultés, (jui se présentent à eux dans leurs saintes fonctions.
Ce livre sera aussi fort utile aux séuiinaristes, qui auraient de la peine à
suivre d'autres auteurs, et à tous ceux ijui, à la lin de leurs études théolo-
giques, voudront embrasser dans un cadre, onime d'un coup d'œil, tout
(

ce qu'ils auront appris.


.Nous estimons donc que l'Abrégé de théologie dogmatique et morale
du ft. P. Rerthif.b, aidera à acquérir et à conserver la science sacrée, en
en rendant l'étude plus facile à un bon nombre de prêtres. Puisse ce livre
être connu et propagé dans les séminaires et les presbytères, et y rap-
peler, avec des principes sûrs, la connaissance des décisions récentes du
St Siège et les règles de conduite les plus sages pour l'administration du
sacrement de pénitence et la direction des âmes !

Grenoble, ce i^^' novembre i891.

F. MUSSEL,
Vicaire Général, Supérieur hon. du Grand Séminaire.
PRÉFACE
Les lèvres du prêtre garderont la science, et c'est de sa bouche qu'on
réclamera rexposition de la loi. Mal. II. 7. Mais, comme la mémoire de
l'homme est infiiièie, ce n'est point assez pour garder la science, d'avoir
étudié autrefois, comme le dit St Liguori. L'expérience l'apprend, en
effet, les connaissances les plus utiles et quelquefois les plus nécessaires

échappent à celui qui abandonne l'élude, pendant plusieurs années. II

faut donc étudier, étudier encore, et cela jusqu'à la fin de sa vie.


Les livres, qui traitent longuement de la théologie et de la philosophie
chrétienne, abondent ; mais, quelquefois le temps de les lire fait défaut ;

et cependant la doctrine sainte doit toujours être présente à l'esprit de

ceux, que Jésus-Christ a établis pour porter des fruits de salut, eu ensei-
gnant tout ce que le Maître a ordonné.
C'est pourquoi, il nous a semblé qu'il serait vraiment utile de publier
un livre, où seraient résumées, d'une manière pratique^ la doctrine dogma-
tique et morale et les principales questions de philosophie et de droit canon,

de telle soi le, que tout prêtre, même absorbé par les soins du saint mi-

nistère^ puisse le parcourir en entier en uue année, en en lisant chaque


jour deux ou trois pages, et qu'en demi-heure il puisse souvent revoir tout

un traité.

Nous avons donc entrepris ce travail^ après plus de vingt ans de minis-
tère dans les missions. L'ayant achevé avec l'aide de Dieu, nous l'avons
publié en latin en LSHT. Cette édition a été accueillie favorablement. Tou-
tefois un bon nombre de nos confrères dans le sacerdoce, nous ont invité
à la traduire en français ; nous assurant qu'elle aurait ainsi plus de lec-
teurs, et que les notions philosophiques seraient par là mieux comprises
des prêtres anciens, qui n'ont pas suivi la philosophie scolastique.

Ce n'est pas sans quelque hésitation que nous nous sommes décidé
à celte traduction. Le latin est si bien la langue de l'Eglise, ainsi que
de la philosophie et de la théologie chrétiennes, qui ont leurs termes
propres, difficiles à transporter dans la langue française ! Le français, du
reste, n'a pas la même précision ; et c'est augmenter ce volume déjà fort

,quc de le traduire. C'est donc l'uniiiue désir d'être utile à nos confrères, et
de céder à des demandes amies, qui nous persuade de publier aujourd'hui
en français celte seconde édition de notre Compcndiuiii.
b PREFACE

Du reste, St Liguori lui-même n'a pas craint de publier, en langue vul-


gaire, Le bon confesseur des gens de la campagne ; et le cardinal Gousset

a publié en français les Principes du droit canon et la théologie dogma-


tique et morale. On sait le succès, qu'ont obtenu ces ouvrages, qui sont

entre les mains de presque tous les ecclésiastiques. Toutefois depuis que
cet éminent prélat les a publiés, ont paru les Décrets du Concile du Va-

tican, la comûlulionApostolicœ Sedis et une foule de décisions nouvelles,


que les prôtres ne peuvent ignorer. Nous ne pensons pas qu'on ait édité en
France, aucune théologie française, qui les ait recueillies. Nous l'avons

fait nous même, dans cet abrégé, dont la traduction a par là-même sa rai-

son d'être.

Nous n'avons rien omis pour rendre cette nouvelle édition plus complète

encore et plus soignée que la précédente. Non seulement nous avons tenu
compte des critiques et des observations bienveillantes qui nous ont été

faites sur notre édition latine, mais encore nous y avons fait des additions
notables, surtout dans ce qui touche au droit canon. Nous n'avons point
travaillé seul à ce livre ; mais, aidé de plusieurs de nos confrères, nous

avons étudié, afin de le compléter, outre plusieurs traités de Franzelin et


de Suarez_, toute la somme théologique de St Thomas, les théologies dogma-
tiques de Perrone, d'Hurter, de Knoll, de Gousset, de Bonal, deSchouppe,
de Dubillard, les théologies morales de St Liguori, de Gury, (soit l'édition

annotée par Ballerini^ soit celle publiée par le père Dumas), de Marc, de
Lehmkulil, les traités de Droit canon du cardinal Soglia, du cardinal Tar-
quini, de Craisson, d'Huguenin, de Ferrente, l'exposition des principes du
droit canon de "Mgr Gousset. Pour la philosophie, nous avec s consulté toux
à tour San-Severino, Zigliara, Vallef. Il n'est aucune proposition dans ce
livre (jui ne soit appuyée sur l'autorité de quelques-uns de ces auteurs, bien
que nous ne renvoyions pas toujours à leurs ouvrages, afin de ne pas sur-
charger de notes ce volume, déjà plus étendu que nous ne l'aurions voulu.
Souvent néanmoins on y trouvera des renvois abrégés. A l'aide de ces

renvois et de la table d'abréviations que nous donnerons après la préface,


on pourra recourir aux auteurs que nous avons étudiés, en ayant soin,

sauf indication contraire, de chercher dans leurs ouvrages le traité cor-


respondant à celui d'où partent les renvois.

Il arrive parfois, qu'en renvoyant à un auteur, nous n'exposons pas


pour cela la doctrine qu'il professe lui-même, mais certaines opinions,
qu'il regarde comme plus ou moins probables. S'il nous est arrivé d'émet-

tre sur certaines questions, un sentiment que nous n'ayons pas trouvé dans
les auteurs, nous avons eu soin de l'indiquer assez clairement.
.\prês une étude si soigneuse, c'est avec une certaine- confiance que'
nous oiïrons ce livre aux ecclésiastiques, soit à ceux qui exercent le mi-
nistère dans les paroisses, les conunuuaulés, ou les missions, soit à ceux
qui étudient encore dans les séminaires. Nous demandons sincèrement
à Dieu qu'il leur soit utile et serve au salut des âmes, à la gloire de la

Vierge Marie et de notre divin Sauveur et Seigneur Jésus-(ihrist.


Il est loin de notre pensée, en publiant cet ouvrage^ de vouloir l'aire

abandonner des auteurs plus développés. Mais nous pensons pourtant,


qu'à l'aide de cet Abrégé, les jeunes prêtres, et ceux qui achèvent
leurs cours de théologie, pourront avec grand fruit, coordonner et

embrasser d"ua coup d'œil, tout ce qu ils ont appris ailleurs, et même le

compléter, car les auteurs élémentaires ont parfois des lacunes ; et les

prêtres, qui ont de grandes occupations, pourront avec ce volume se rap-

peler et conserver facilement les connaissances si nécessaires, qu'ils ont

acquises autrefois.
Aussi prions-nous humblement et instamment nos confrères dans le sa-

cerdoce, qui n'ont pas le temps de parcourir des volumes plus étendus,
de lire du moins fréquemment cet ouvrage.

Visant à la brié'.eté, nous n'avons pas répété plusieurs fois les mêmes
choses. Il faut don'', que nos lecteurs, s'ils veulent avoir une idée com-
plète d'un point de doctrine, aient soin de lire tous les numéros de ce
livre auxquels nous les renvoyons.
Nous avons bien prévu que certaines questions métaphysiques, bien
qu'exposées le plus clairement possible, paraîtront de prime abord obs-
cures à quelques-uns de nos lecteurs. Nous n'avons pas cru pour cela
pouvoH' les omettre. Il est si utile que ceux qui les ont étudiées ne les

oublient point ! Une fois comprises, elles éclairent merveilleusement la


doctrine ; et ceux à qui elles déplairaient peuvent facilement passer outre,
sans s'y arrêter.
Si dans la multitude de questions, que nous avons traitées, il s'était,

ce qu'à Uieu ne plaise, glissé quelque erreur, nous la désavouons et la

condamnons ; et c'est, avec une piété toute filiale, que nous soumettons
sans réserve, tout ce qui est contenu dans ce hvre, au jugement du St Siège
apostolique, la colonne et l'appui de la vérité.
ABRÉVIATIONS

n. Honal/rhéologie de Toulouse. IIu. Hurter, Théologie dogmati-


B.B. Italleiini, Bucceroni, Enchi- que.
ridion morale. L. Si Alphonse de Liguori,T/teo-
Concile. T. de Trente. V. du logiemorale. Œ. A. œu-
Vatican. vres ascétiques, Œ. D. œu-
ce. Code civil. vres dogmatiques, édition
eu. Catéchisme Romain ou du Casterman. H. Homo apos-
St Concile de Trente. tolicus. E. Examen des
Cr. Craisson, Manuel de dvoitca- ordinands. P, Pratique du
non. Cr. E. Eléments de confesseur.
droit canon. Cr. c. r. Ma- Le. Lehmkuhl, S, J. Théologie
miel des communautés re- morale. Le. c. Compen-
ligieuses à vœux simples. dium de théologie morale
D. Décision d'une Congrégation. M. Clément Marc. înstHiUions
D. I*. Décision de la Sa- de Ihéologie morale d'après
crée Pénitencerie. D. S.-O. St Alphonse.
Décisions du Saint Office. Ma. Maurel, S. i. Le chrétien
D.C.C. De la sacrée Congré- éclairé sur l'usage des
gation du Concile. D. C. B. indulgences.
De la sacrée Congrégation P. Proposition.
desRites. D.C. E. etB. De Pr. Preuves.
la sacrée Congrégation des P. à la tin du n", Perrone,T/*é''o-
Evoques et Béguliers. D. logie Dogmatique.
C. 1. De la sacrée Congre- S. S. San-Severino, Eléments de
gation des Immunités. C. philosophie.
In. des indulgences, etc. S. Schouppej Elément s de théo-
D. C. de la P. décision de logie Dogmatique.
la S. Congrégation de la So. Cardijial :Soglia, cours de
Propagande. droit cation.
F. Franzelin. T.ou D.T. Saint Thomas, le docteur
G. B. Gury Ballerini. G. C. Cas de angélique.
conscience. G. D. Gury Ta. Tarquini, cardinal, Institu-
édité par le P. Dumas. tions de droit canon pu-
Go. Gousset. D. lAl. Théologie dog- blic.
matique ou morale. E. Ex- To. Togni, examen des ordi-
position des principes du dinands.
droit canon. Go. Ce. Code Tr. Concile de Trente.
commenté.
civil V, Concile du Vatican.
Hugnenin, cours de droit ca- Z. Zigliara Philosophie chré-
:

non, revu par les P P. tienne. L. Logique. 0. On-


Marc et Jean, Rédempto- tologie. M. Morale.
ristes.

ER R ATA
Voir à la fin du livre, après la table.
INTRODUCTION PHILOSOPHIQUE

1. La philosophie est la ser- quelques-uns appellent physique


vante, qui ouvre la porte à la ou naturelle. Si on cherche à
théologie; l'obéissance que nous connaître ces choses, pour trou-
devons à la foi doit être rai- ver dans cette connaissance les
sonnable, au témoignage de règles qui doivent diriger la vo-
saint Paul. C'est donc à la lonté, c'est la philosophie mo-
raison de conduire l'homme rale. La philosophie a donc trois
là la foi. La philosophie est la branches la logique, la méta-
:

science (ju'à l'aide de la lumière physique et la morale. Or, il y a


naturelle de la raison, l'homme la métaphysique générale, qui
acquiert de tous les êtres, de traite des notions suprêmes de
leurs causes suprêmes et des tous les êtres, de l'être et des
principes essentiels quiles consti- propriétés générales de l'être,
tuent. La philosophie étudie c'est l'ontologie. Il y a de plus,
donc, non seulement les causes la métaphysique spéciale, qui,
efficientes qui produisent les si elle a Dieu pour objet, s'ap-

choses, mais encore la nature pelle Théologie naturelle, ou


intime, l'essence de tout être. Théodicée ; si elle s'exerce sur
2. Or, toutes les choses se le monde, elle se nomme Cos-
classifient ainsi: J) Les unes mologie ; si sur l'homme, An-

sont faites et coordonnées par thropologie si sur l'àme hu-


;

l'intelligence, comme les idées, maine seule. Psychologie.


les jugements, qu'on appelle 3. La théologie, à la lumière
êtres de raison, c'est la logi- de la révélation, traite aussi de
que qui les étudie logique
; la Dieu, du monde et de l'homme,
est, en effet, la science qui di- non pas seulement d'une ma-
rige la raison humaine dans nière spéculative, mais encore
la connaissance de la vérité. en vue de régler nos mœurs.
2j Les autres choses sont indé- Nous aurons donc souvent l'oc-
pendantes de l'esprit humain, casion dans tout le cours de cet
qui ne les produit pas et si on ne
; ouvrage, de rappeler les notiohs
les étudie que pour les connaî- les plus nécessaires de philoso-
tre elles sont la matière de la phie métaphysique et morale.
philosophie métaphysique spé- Qu'il suffise donc d'exposer ici
culative qui a pour objet Dieu, quelques notions de logique.
le monde et l'homme, et que 4. La logique, nous l'avons
dO Introduction

dit, est la science qui dirige la prit hésite sans raison, c'est le
raison humaine dans la décou- doute négatif, s'il a des raisons
verte et la démonstration certai- pour et contre, c'est le doute
ne de la vérité, La vérité logi- positif;
que est l'équation de l'intelli- 9. i) de l'opinmi, qui est
gence et de la chose connue, de l'adhésion de l'esprit à une
telle sorte que l'esprit dise, que chose, avec la crainte que la
la chose est ce qu'elle est réelle- contradictoire soit vraie; et du
ment; et ne dise pas ce qu'elle soupçon, par lequel, sans avoir
n'est pas. Voyez sur la vérité encore d'opinion formée, on est
métaphysique le n" 308. Tout être incliné à penser d'une certaine
considéré en lui-même est vrai, manière plutôt que d'une autre.
c'est-à-dire apte à donner à 10. La certitude comprend
l'intelligence la connaissance de trois choses (a) l'objet connu,
:

lui-même; si cette aptitude est qui peut être dans l'esprit de


telle que l'être se manifeste clai- l'homme, ou en ^iehors de lui ;
rement à l'intelligence et l'en- {b) Je motif, qui porte l'esprit à
traîne à le (îonnaîlre, le vrai se y adhérer. Et ce motif peut-être
nomme pour lors évident. La ou la claire connaissance d'une
vérité et l'évidence, considérées vérité nécessaire comme celle-ci :

dans l'objet à connaître, s'appel- Le tout est plus grand que sa


lent objectives ; si le vrai est partie ; et pour lors la certitude
connu tel qu'il est par l'intellect est métaphysique ou l'ordre
;

humain, l'intellect possède la constant des choses de ce monde,


vérité subjective ; et si l'esprit par lequel je suis sûr qu'une
perçoit clairement l'évidence ob- pierre lancée en l'air retombera
jective, il a l'évidence subjec- sur la terre, et c'est ce qu'on
tive. appelle certitude physique ou ;

5. La certilude est un des enfin le motif peut être le témoi-


états, où l'esprit humain peut se gnage des hommes. Ce témoi-
trouver, -par rapport à la vérité; gnage donne une certitude nio-
elle est donc principalement rale proprement dite, qu'il ne
dans le sujet Connaissant, et faut lias confondre avec une
secondairement dans l'objet certitude morale plus large ou
connu. On la définit l'adhésion improprement dite, qui n'est
ferme de l'esprit à la vérité autre chose qu'une grande pro-
connue. babilité, (c) La connaissance du
6. Ainsi elle diffère:!) de motif. Si ce motif est connu par
rerr<?ur, qui est l'adhésion ferme la raison, la certitude est natu-
à une proposition fausse; relle, s'il est connu par la révé-
7. 2) de rignorance, qui est lation divine, c'est la certitude
l'état de l'esprit privé de la con- surnaturelle.
naissance du vrai. L'ignorance 11. P. L'homme peut acquérir
s'appelle privative, si elle porte une certitude proprement dite.
sur une chose que l'intelligence C'est certain et clair, malgré les
doit savoir; sinon elle s'ap[)elle scepli([ues de tout genre. C'est
ignorance négalive; manifeste par la conscience et
8. 3) du, doute, ou de l'élat le sens commun de tous les
dans lequel l'esprit hésite, ne hommes, auxquels il est impos-
sachant à quoi s'attacher. Si l'es- sible de douter de certaines véri-
MiLOSOPHIQÙÈ 11

tés, soit au dedans, soit au 1-4. Tous les sens sont reliés
dehors d'eux-mêmes. Et tout ce entr'euxparun autre sens, qu'on
que les sceptiques allèguent est appelle commun, dont le siège
contradictoire. Ils admettent est dans le cerveau, et d'où par-
comme certain, qu'il n'y a rien tent tous les nerfs, qui aboutis-
de certain, donc ils confessent sent à chacun des sens exté-
par là même qu'il y a quelque rieurs. On l'appelle sens, parce
chose de certain. Ceux qui nient qu'il s'exerce sur les sensations,
qu'on puisse jamais avoir la cer- on l'appelle î??/ér?>«r parce qu'il
titude de ce qui est en dehors n'a pas d'organe apparent, et
de l'homme, avouent qu'il y a commun, parce qu'il perçoit,
quelque chose de certain en de- distingue et sent toutes les sen-
hors, savoir qu'il n'y a rien de sations des autres sens. Or,
certain dans les choses exté- il est certain que les sens exté-
rieures. rieurs, sont un critérium de
Mais quels sont les crité-
12. certitude ; et cette vérité sert de
riums de la certitude, ou les base à celle de la foi. Elle est
moyens sûrs qu'a l'homme de prouvée par la conscience et
l'acquérir ? les uns sont intrin- la persuasion de tous; et les
sèques à l'homme les autres,; animaux eux-mêmes sont plus
extrinsèques. philosophes que ceux qui la
§ I. Des Moyens intrin- nient. Un chat qui voit un rat,
sèques A l'Homme. Ce sont ne doute pas que ce rat n'existe.
les facultés mêmes de l'âme, C'est donc plutôt avec un bâton,
c'est-à-dire les sens extérieurs, qu'avec des raisonnements, qu'il
la mémoire, la conscience et faudrait réfuter les sceptiques,
l'inlellect. qui en doutent. En outre,
13. I. Des sens extérieurs. l'apôtre dit Que la foi vient
:

Ils sont au nombre de cinq la : pur Vou'ie. Si l'ouïe nous trom-


vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et pe, la certitude de la foi s'é-
le toucher, qui sont en harmonie croule. nécessaire toute-
Il est
avec les cinq qualités sensibles fois que les sens se trouvent
des corps, (voir n^473). Les sens dans les conditions voulues,
s'exercent par des organes cor- pour nous donner la certi-
porels nous voyons par lesyeux,
;
tude.
nous entendons par les oreilles, 15. II. De la mémoire. Le
etc.. Les corps qui sont hors de sens commun, dont nous venons
nous, par la vertu active qui leur de parler, transmet les images
est propre, impriment dans ces des choses à l'imagination. L'i-
organes, comme une image d'eux- magination est un sens interne,
mêmes, ce qu'il est facile de qui n'appartient pas à l'intelli-
constater par les yeux, où se gence, attendu qu'il est aussi le
forme une image des choses propre de quelques animaux.
extérieures. Par le moyen de L'imagination, selon saint Tho-
cette image, que philosophes
les mas, c'est le trésor des espèces,
appellent esprce spiisihlc, et qui ou des images transmises à l'â-
s'imprime dans l'organe, l'àme me par les sens extérieurs. Cette
permit non point cette image, facuUé s'exerce sur ces images
mais rnbjet extérieur lui-même et n(!'i sur les corps eux-mêmes.
et le'connaît. Elle les conserve comme présen-
12 INTRODUCTION

les à elle-même, et elle y puise opérations, comme vouloir, com-


ses connaissances; elle n'a rien prendre, ainsi que sa propre
qu'ellen'ait reçu des sens; mais existence. Elle diffère donc du
elle peut, par sa propre vertu, sens commun, par lequel nous
allier une autre, et
une image à ne connaissons que les sensa-
se représenter ainsi un être qui tions. Or, la conscience est un
n'existe pas dans la nature, par critérium assuré de certitude. Il
exemple un cheval ailé. est impossible de le nier. Celui
16. La mémoire sensible est qui dit Je nie, je me trompe.
:

aussi un sens intérieur, ou une assure par le fait même qu'il


faculté sensible, qui se souvient connaît qu'il existe, qu'il nie,
d'avoir perçuimages des
les qu'il se trompe. Si la conscience
corps extérieurs, dans un temps nous trompait, il nous faudrait
passé. Je dis la mémoire sensi- descendre jusqu'aux plus pro-
ble qui s'exerce sur les choses fonds abîmes du scepticisme
sensibles, et qui nous est com- universel.
mune avec les animaux; (on sait 18. Il est à remarquer que la
que l'oiseau se souvient de la conscience n'est pas une autre
roule qui mène à son nid. elc.j; faculté que l'intelligence comme ;

mais il y a en l'homme, une elle, en effet, elle a pour objet,


autre mémoire, qui n'est point non des choses sensibles, mais
une faculté distincte de l'intelli- des choses intelligibles, car
gence, mais bien un acte de l'in- l'acte de l'intellect et de la vo-
telligence, par lequel cette fa- lonté, et l'intellect lui-même
culté conserve ses idées, et se sont intelligibles et au-dessus
les rappelle comme étant pas- des sens, comme nous le ver-
sées. Or, l'une et l'autre mé- rons plus clairement par la
moire sont un critérium de cei'- suite.
titude, comme
en convainc l'in- 19. IV. De l'intelligence.
time persuasion de chacun. C'est la faculté de connaître les
D'ailleurs, enlevez la certi- choses, en tant qu'elles sont
tude de la mémoire, il n'y aura immatérielles et universelles.
plus de devoirs certains à rem- Les sens ne connaissent que des
plir à l'égard d'un père, d'un choses sensibles et particulières,
bienfaiteur et il sera impossible
; par exemple, tel animal, telle
de faire un raisonnement fondé ;
plante. L'intelligence, faisant
car les prémisses du raisonne- abstraction des caractères parti-
ment sont déjà passées, quand culiers propres à un individu du
on tire la conclusion. C'en est genre animal, ou végétal, con-
fait de la foi, si on ne se souvient naît la nature générale commune
pas avec certitude que Dieu a à tous les animaux, à tous les
parlé. végéîaux. Dans l'homme, qui a
17. III. De la conscience. un corps, par les sens duquel il
Ilne faut pas confondre la cons- perçoit les choses matérielles,
cience psychologique avec la rinlellect a pour principal objet,
conscience morale, par laquelle la nature ou l'essence des cho-
nous jugeons nos actions bonnes ses matérielles ; mais il peut
ou mauvaises. La conscience cependant connaître tout être.
psychologique est un acte, par Sa vertu s'étend à tout, au monde
lequel l'intelligence connaît ses et à tout ce qu'il y a dans le
PHILOSOPHIQUE 13

inonde, et même aux Anges et à leur ôfre utile ou nuisible. C'est


Dieu, et par conséquent à tout ainsi, qu'en voyant un loup pour
ce (jui ne tombe pas sous les la première fois, une brebis
sens, et à ce dont les sens ne prend la fuite. Cette faculté, ce
peuvent Iransmelire la connais- discernement, s'appelle cslinid-
sance. tive dans le langage de l'école ;
20. L'intelligence est donc et elle s'exerce seulement sur les
une faculté spirituelle, ne s'exer- choses sensibles. C'est donc une
çant point à l'aide d'un organe faculté commune aux
sensible
corporel. L'organe, en effet, est hommes aux animaux, mais
et
destiné à un usage déterminé et c'est le degré le plus élevé de la
particulier, l'œil est fait pour les connaissance de ces derniers.
couleurs, l'ouïe pour les sons, Dans l'homme l'estimative appro-
etc.. L'intelligence embrasse chant de près de l'intelligence,
tout. Et puisqu'on connaît la na- s'appelle cogitative ; et après les
ture des cboses par leurs opéra- actes de cette faculté et de la
tions, donc pas
l'intellect n'est mémoire sensible, vient l'acte
une organique comme
faculté propre et spécifique de l'intel-
les sens; mais une faculté spiri- lect.
tuelle, étrangère à la matière. 22. Par une vertu qui lui est
Aussi quand les sens s'affaiblis- propre et que les scolastiques
sent par un long exercice, on appellent m/e//^f/ cigeut, et d'au-
voit souvent que l'intelligence tres la force d'abstraciion^ l'in-
devient plus lucide, comme cela telligence écarte des fantômes^
arrive dans beaucoup de vieil- c'est-à-dire des images conser-
lards. Cependant il peut se faire vées dans l'imagination, tout ce
que les sens ne pouvant exercer qui est individuel, concret ou
leurs fonctions, l'intellect lui- particulier, et elle prépare ainsi
même en soit troublé dans les une image intelligible, qui est
siennes ; car l'homme n'est pas immatérielle et universelle par :

un ange. Il lient le milieu entre exemple en écartant de èo-


,

l'ange et l'animal sans raison il ; crate, de Platon, etc., tout ce en


faut doncqu'il ait comme l'ange, quoi ces philosophes différent
un intellect spirituel en vérité, enlr'eux et des aulres hommes,
mais uni pourtant à la matière, il ne reste plus que deux notions

et ayant besoin de choses sensi- qui conviennent à tous, l'anima-


bles pour produire son acte. Le lité et la raison. Les fantômes
très sage auteur de l'univers, fournissent donc à l'intellect
n'a pas laissé de lacune dans agent, la matière sur laquelle il
l'échelle admirablement disposée s'exerce, et sont comme les ins-
des êtres. truments dont il se sert.
21. Voici donc comment l'in- 23. L'image abstraite par l'in-
tellect agit. L'imagination, com- tellect agent est fournie à Tin-
me nous l'avons dit, conserve tellect que l'école appelle yws.si-
les images des choses sensibles, ble, et d'autres simplement in-
que lui transmet le sens com- tellect. On lui donne le nom de
mun. C'est ce qui a lieu aussi possible, parce que dans l'en-
dans les animaux. Ces derniers fance il ne comprenait rien, et
savent connaiire d'avance dans que dans le cours de la vie il
les choses sensibles ce qoi doit interrompt l'action de compren-
14 INTRODUCTION

(Ire. De même (|iie dans la con- Dans les fantômes qui les reiiré-
naissance sensible d'un arbre senlent à cette faculté, et qui
(jui est sous nos yeux, l'arbre sont encore des images maté-
n'entre pas dans noire àme, son rielles, l'intellect agent puise
imai,^e seule y pénètre, ainsi la l'image immatérielle de la nature
nature des choses n'entre pas des choses ; et l'intellect possi-
dans l'inlellect possible, l'image ble, de l'image de l'intellect
intelligible de celle nature y agent, se forme son image à lui, «
parvient seule. L'inlellect possi- dans laquelle il contemple la
ble reçoit donc les images imma- nature des choses. Et ceci est si
térielles, ou intelligibles (|ue lui vrai, que si les sens n'avaient
fournit l'intellect agent ; et c'est absolument rien fourni à l'ima-
par elles qu'il se détermine à gination, les opérations de l'in-
produire son acte propre, car il telligence ne pourraient pas
est par lui-même indifférent à s'exercer.
recevoir Itlle ou telle image. 25. C'est là, sur l'origine des
C'est par ces images qu'il passe idées^ la vérilable doctrine, éloi-
de la simple puissance de conce- gnée à la fois de toutes les
voir à l'acte de la conception. erreurs sur cette grave ques-
Or, son acte propre consiste à tion, éloignée par conséquent :

concevoir en lui-même une nou- 1) du subjectif isme de l'allemand


velle image, conforme à l'image Kant, qui veut que l'homme
intelligible, qui lui est lournie adapte les choses à sa façon de
par l'intellect agent. L'image de connaître, de sorte que l'homme,
l'intellect possible s'appelle terfte d'après lui, connaît h sa ma-
de l'esprit ; car en la concevant nière, mais non pas comme les
il se la révèle et se la parleen choses sont en elles-mêmes :

quelque sorte à lui-même. système qui ruine toute certi-


24. Ce verbe, cette parole tude dans la connaissance des
intérieure est comme un miroir choses extérieures.
représentant la nature même de 26. 2). Cette doctrine est
la chose dont elle est l'image; et aussi éloignée du système des
l'intellect voit, dans ce miroir, ^idées innées, qui enseigne que
non l'image, mais la nature elle- les idées, au lieu d'être tirées
même de la chose représentée. des choses elles-mêmes, sont
De même que par les sens, nous infuses dans notre esprit; de
voyons, non l'image sensible de telle sorte que l'homme ne peut
l'arbre, qui est devant nos yeux, savoir certainement la confor-
mais l'arbre lui-même, ainsi mité de ses idées avec les objets
l'esprit voit dans le verbe, non qu'elles représentent, que par
pas l'idée, ou l'image, qu'il ne ce raisonnement Dieu m'a
:

perçoit que par la réflexion, donné ces idées, donc elles sont
mais la nature de la chose dont rraies. Si ce système élait fondé,
l'idée est l'image. Et c'est ce qui ceux qui ignorent, ou «nient
fait voir clairement la réalité, la l'existence de Dieu, ne pour-
vérité objective des choses que raient rien connaître avec certi-
nous connaissons. En effet, les tude. Du reste, le concile du
choses elles-mêmes se manifes- Vatican enseigne que Dieu est
tent à nous telles qu'elles sont, connu par les créatures ; donc
par les sens, et l'imagination. les créatures peuvent et doivent
PHILOSOPHIQUE 15

être connues avant Diei!, dont l'ont fait maladroitement de Do-


l'exislence est prouvée d'une nald et quelques tradilioii^.lisles.
manière péremploire et à la Le verbe de l'esprit est l'image
portée de tous par le spectacle immatérielle de la chose; en lui
du monde visible. l'inlellect voit la nalure même
"21. 'S). Celle docirine s'écarte de cette chose, comme nousH'a-
aussi de Terreur plus absurde vous dit au n° 23 ; mais quand
encore de VOnlolofjisniP, qui l'intellect, lié à notre corps,
met l'objet d« nos idées en Dieu, connaît la chose, il se forme par
dans lequel, d'après ce système, son ordre dans l'imaginalion
nous contemplons la nature des une image, qui convient à celle
choses, et par le(piel nous con- de l'intelligence ; et dans laquelle
naissons tout le reste. hom- l'image intelligible se reflète
mes fortunés que les on!olo|;is- comme dans un miroir. (T.
tes, qui voient Dieu dès celle conlr. Génies 1. II c. 73). L'i-
vie ! L'homme n'est pourtant magination qui conserve les
pas un ange. (Voir n°^ 26S,328). noms déjà connus, donne aussi
28. 4). L'homme est un un nom à son image propre et ;

animal raisonnable, non pas un ce nom s'appelle le verbe de


animal simplement, comme le l'imagination, qui, s'il est pro-
voudraient ceux qui nient l'in- féré dehors, se nomme la
au
telligence, ou la confondent avec parole, ou le verbe vocal. Le
la sensation, affirmant avec Con- verbe, soit imaginé, soit parlé,
dillac que nos idées ne sont que n'est que le signe du verbe inté-
des sensations perfectionnées. rieur, ou de l'idée, et évidem-
Ces philosophes mettent l'homme ment la chose signifiée précède
au niveau de la brute. Mais qui ce qui la signifie. De plus, si la

ne comprend que les choses parole engendrait l'idée, le


sont essentiellement difïérentes, même mot produirait chez tous
quand elles ont des opérations la même conception. L'idée, par
et des objets différents? Or la là même qu'elle fait abstraction
sensation perçoit le matériel et de toutes les conditions qui
le parliculier, et l'intellect, l'in- individualisent et parlicularisent
telligible et l'universel ; donc une chose, par le fait même
l'inlellect est différent de la sen- qu'elle est l'image de la nalure
sation. des choses, est universelle et
29. 5). Cette doctrine est générale, de telle sorte qu'elle
éloignée aussi de l'erreur des peut et doit être appliquée à tous
ISominaur, qui prétendaient que les individus dont elle fait abs-
nos idées universelles, comme traction. L'humanité, par exem-
celle du genre, de l'espèce, ne ple, peut et doit être appliquée
sont que des mots qui ne dési- à tous les hommes et à chacun
gnent rien de de purs
réel, et d'eux. Et en réalité, l'esprit,
noms; tandis qu'en réalité nos l'applique chacun, quand,
à
idées sont la véritable image réfléchissant sur son acte propre,
des choses. il cherche à connaître les choses

30. Ne confondons pas le singulières, ou les individus.


verbe de l'esprit, ou l'idée de la 3L II faut remarauer, eu
chose avec le verbe de l'imagi- effet,que l'intellect, bien qu'il
ualion, ouïe verbe vocal, comme connaisse directement, comme
16 INTRODUCTION

son objet propre, l'universel, ou des choses spirituelles mais ;

la nature des choses, connaît quand il veut comprendre les


néanmoins indirectement les choses spirituelles, il se crée
choses singulières ou les indivi- dans l'imagination des fantômes,
dus dont il porte un jugement, bien que ces fantômes ne les
papexemple, quand il dit So- :
puissent pas représenter. C'est
crale est un homme. La nature en un clin d'oeil que s'opère la
des choses matérielles, qui est connaissance humaine que nous
l'objet proportionné à l'intelli- venons de décrira, peut-être
gence dé Thomme en celte vie, trop longuement. Il faudrait de

n'existe en réalité que dans un longues pages pour exposer le


être particulier l'hum.anité par
;
mécanisme du pied de Thomme;
exemple n'existe pas en dehors et on sait avec quelle facilité et
des hommes, l'intelligence hu- rapidité il se meut.
maine ne la connaîtrait donc 3'2. Il est temps toutefois de
pas parfaitement, si elle l'écar- dire que l'intelligence humaine
tait absolument de tout homme est un critérium de certitude.
particulier, dans lequel se trouve Or l'intelligence produit trois
la nature humaine. C'est pour- actes : 1) Elle voit d'un
l'idée
quoi l'intellect ne peut connaître objet, de l'homme par exemple.
une nature sans un fantôme, 2) Elle unit ou sépare deux
soit quand il la connaît pour la idées, ce qui se tait par le juge-
première fois, soit après qu'il l'a ment, par exemple : L'homme
connue déjà. Pour la compren- est juste. 3) De deux jugements,
dre de nouveau^ il a besoin de elle en tire un troisième par le
se tourner vers les fantômes, raisonnement; dans ces trois
or,
qui sont représentation d'un
la dans les
cas, l'intellect, agissant
être particulier. Il est néces- conditions voulues, est un crité-
saire, comme dit saint Thomas, rium de certitude.
que l'être qui connaît se propor- 33. 1). D'abord dans l'idée,
tionne à l'objet connu. T. I qui est la simple conception de
q. 84 En réfléchissant donc
a. 7. la nature, ou de la définition
sur le mode de sa connaissance, d'un objet, l'esprit est toujours
qui s'opère par le moyen des per se dans la vérité. En
images sensibles, et par les sens effet, par celle conception, ou
par conséquent, l'intellect con- l'esprit connaît la chose, ou il ne
naît indirectement les choses la connaît pas. Dans le premier
particulières, qui ont produit les cas, il ne se trompe pas; dans
fantômes, et remarque que la le second, il ne saisit pas la cho-
nature des choses qui est son se, il l'ignore; et, à sa place, il
objet propre se trouve dans les en saisit une autre, et parconsé-
choses particulières que l'imagi- quent il ne se trompe pas non
nation et les sens représentent. plus, pour cette chose qu'il sai-
C'est ainsi que les sens qui per- sit. Il peut arriver cependant ac-
çoivent directement la couleur cidentellement que l'erreur se
et les accidents d'un objet per- glisse dans nos conceptions, par
çoivent indirectement la subs- exemple si l'intelligence applique
tance. L'homme peut cependant au cercle la définition de l'hom-
par les clîoses sensibles, s'élever me; ou bien si dans une défini-
à une^ connaissance imparlaile tion elle unit ensemble des cho-
PHILOSOPHIQUE 17

ses qui ne vont point ensemble, che la vérité seulement pour là


par exemple, si elle définit connaître, et on la nomme pra-
l'homme, un animal rnisoniiable tique, si elle poursuit la vérité
ùqnalrc pieds, et c'est ce qui ar- afin de régler les mœurs.
rive quand on ajoute quel(|ue 3G. L'intellect connaissant les
chose à la simple conception. principes moraux, d'où laraison
(T. ibid. ad 3). pratique ses conclusions,
lire
3-4. 2). Le justement est un s'appelle syndérèse ; et c'est la
critérium de certitude dans les conscience morale qui juge de la
premiers principes. Les premiers licéité ou de Villicéité de l'acte à
principes qui sont connus par faire au moment présent. Ceci
eux-mêmes, sont ceux que l'es- étant posé, disons que le raison-
prit comprend dès qu'il a saisi nement est un critérium de cer-
les termes qui les expriment, titude. Car la raison est faite pour
parce que l'altribut se trouve clai- lavérité comme l'œil pour la vue;
rement renfermé dai>6 la défini- elle ne peut donc par elle-même
tion du sujet. En effet si, d'après se tromper; donc, si la raison
ce que nous avons dit au numéro s'exerce dans les conditions vou-
précédent, il ne peut y avoir y^g?' lues, elle ne peut errer. Or tous
Sé' d'erreur dans l'idée, ou la sim- nos raisonnements se ramènent
ple conception du sujetd'une pro- à deux espèces générales, savoir :

position il ne peut pas y en avoir


; au syllogisme ou à V induction..
non plus dans le jui.'ement qu'on 37. Le syllogisme part de l'u-
formule, si l'altribut convient né- niversel pour descendre au par-
cessairement au sujet, et est com- ticulier. On appelle prémisses les
pris dans sa définition. Or le pre- deux principes, d'où il tire une
mier principe philosophique, c'est conclusion; et au moins une des
le principe de contradiction qu'on prémisses doit être universelle,
énonce ainsi // est
: impossible ou générale. Mais pour le bien
qiCnnemême chose soit et ne soit saisir, il faut dire ici ce qu'on
pas sous le même rapport. A ce entend par universaur. Ce sont
premier principe, se ramènent des idées, ou des notions suprê-
les suivants Rien qui n'ait une
: mes qui conviennent à toutes les
cause suffisante de son être; le choses ou à un grand nombre
font est plus grand que sa partie. d'entre elles.
35. 3). Le raisonnement vient 38. Quelques-unes de ces idées
du mot raison, et laraison, c'est conviennent absolument à tous
l'acte de l'intelligence tirant les êtres, bien que dans un sens
une conclusion des principes. Il difîérent ce sont Vétrej le tin.
:

n'y a dans l'homme qu'une seule le vrai, le bien, le beau. La no-


et même raison. Toutefois, quand tion d'fVreest la plus générale de
elle s'exerce sur les choses éter- toutes, il n'y a rien d'existant ou
nelles et quand consulte
elle les de possible, ci quoi elle ne puisse
pour régler les choses du temps, convenir. Les idées de un, de
on l'appelle raison supérieure. vrai, de bien., de beau, convien-
Si elle ne considère que les cho- nent aussi ta tous les êtres, à Dieu,
ses temporelles ou contingentes à l'Ange, à (ouïe créature; mais
afin de les diriger, elle s'appelle on ne peut jamais appliquer ces
raison inférieure. On lui donne notions à Dieu dans lemême sens
le nom de spéculative, si elle cher- qu'aux créatures. Ces notion^ su-
18 INTRODUCTION

prêmes s'élèvent donc plus haut d'un des accidents, l'intelligence


que Ions les genres et toutes les emploie diverses manières géné-
catégories des êtres et peuvent rales qu'on appelle universaux
s'appliquer à tous. proprement dits, ou prédicables,
39. 11 est d'autres notions uni- parce que ce sont là des façons
verselles qui ne conviennent pas générales d'appliquer un attri-
absolument à tous les cires, mais but à un ôlre quel qu'il soit. En
à certaines catégories seulemoit effet un attribut quelconque ap-
et qui divisent les êtres en caté- partient essentiellement au su-
gories. Les scolastiques les ap- jet, ou non. Dans le premier cas,
pellent pour cela catégories. Ils ou il indique seulement une par-
leur donnent aussi le nom de tie de l'essence, et pour lors, s'il
prédicnmenls ou. d'attributs, par- désigne ce que le sujet a de com-
ce qu'on peut les attribuer, avec mun avec d'autres êtres on le
une catégorie d'fe-
vérité, à toute nomme genre, par exemple :

tres. Or deux attributs su-


il y a V homme est un animal l'attri- ;

prêmes, ou deux catégories su- but animal, c'est le genre. Mais


prêmes, qui partagent tous les s'il désigne la partie de l'essence

êtres, ce sont la substance et les qui distingue le sujetdesaiitres


accidents. êtres du même genre, par exem-
40. La notion de substance ple : Ufiomme est raisonnable;
convient à tout être, qui par sa le mot raisonnable s'appelle la
uature subsiste en lui-même, et différencepropre. Si l'attribut dé-
non dans un autre être. La no- signe l'essence tout entière, par
tion d'accident s'applique à tout exemple : U
homme est un ani-
être qui n'est pas une subs- mal raisonnable, les mots ani-
tance, et auquel il convient par mal raison nables'appeWeutespè-
conséquent de subsister, en un ce. L'espèce comprend tout le
autre et non en soi-même. Or genre et la dilTérence propre; et
il y a neuf accidents qui ajou- elle n'est autre chose que la dé-
tent neuf catégories à celle de finition du sujet, l'essence du su-
la substance. Les voici 1) La : jet ; et l'essence est ce par quoi
quantité, un être a la quantité un être est ce qu'il est et se dis-
quand il peut être divisé. i2) La tingue d'un autre. C'est ce qui
a qualité qui perfectionne la subs- constitue un être. Et le mot na-
tance, soit dans son existence, soit ture n'est autre chose que l'es-
dans ses opérations, comme la sence considérée, comme princi-
science dans l'homme. 3) La pe d'opération.
relation qui indique un rapport 42. Si l'attribut n'appartient
d'une substance avec une autre, pas à l'essence du sujet, ou il
par exemple d'un père à l'égard l'accompagne toujours, et n'ac-
de son fils. 4) Le lieu ou Ves- compagne qu'elle, et alors il

pace. 5) Le temps. 6) Le site, prend le nom de propre. C'est


par exemple être couché, ou as- ainsi que la faculté de rire est
sis. 7)La manière d'être d'un lepropre de l'homme. Si l'attri-
cor/}s, quand il est enveloppé d'un but n'accompagne pas toujours
vêtement ou d'un ornement. 8) l'essence du sujet, mais quel-
Vaction. 9) 142. passion. quefois seulement, il s'appelle
4;l.Enappliquantàun être quel- accident prédicable.\>aT exem\^\e,
conque l'attribut de substance ou \escheveux blancs dansl'homme
PHILOSOPHIQUE 19

Le mot accident est pris ici dans supérieur, doit l'èlre du genre
lesens d'une chose qui n'arrive et de l'espèce inférieurs. Tel
qu'accidenleilemenf, il ne faut est fondement' du raisonne-
le
donc pas le confondre avec Vac- ment, fondement évident et cer-
cident prédicmnenlaU\\\\ désigne tain. (Juand je dis Tout ani- :

tout être qui n'est pas une subs- mal est sensible, or Vhommp. est
tance. Il y a donc cinq univer- un animal, donc il est sensible ;
saux ou 2)i'édirnbl('s : le genre, ma conclusion est évidemment
ladifférence spérifiqne, Vespèce, contenue dans les préniisses ;

le propre et Varcident. car dire que tout animal est sen-


43. Or, les genres se divisent sible, c'est absolument comme
en suprêmes, en moyens et en si je disais La brute et l'homme
:

infimes et les espèces se divi-


; sont se)isibles.
sent de la même manière. La 44. il est toutefois des règles
substance, genre suprême, se à suivre pour obtenir la cerli-
divise en incorporelle comme tude par raisonnement, les
le
l'ange, et en corporelle. La voici : que trois
1) Qu'il n'y ait
corporelle se divise en inanimée termes dans le raisonnement, le
et en animée. L'animée, en in- majeur qui est l'attribut de la
sensible, comme les plantes, et conclusion, le mineur qui en
en sensible. La sensible, en est le sujet, et le moyen qui se
• animal sans raison et en l'hom- doit trouver comme
terme de
me. L'homme est donc l'espèce comparaison dans les deux pré-
infime, puis(|u'elle a toutes les misses. 2) La conclusion ne
aulres au-de.-sus d'elle, dans la doit pas s'étendre au-delà des
division des êtres, (et non point prémisses, on ne peut tirer un
cerles en dignité, comme on le baril d'une bouteille. 3) Le
conçoit facilement) ; et au-des- terme moyen ne doit jamais se
sous d'elle l'espèce humaine n'a trouver dans la conclusion. 4)
que des individus, Pierre, Jac- Le terme moyen doit être au
ques, etc.... Voilà la division moins une fois pris dans un
des substances nous avons ; sens universel, sans cela il ne
donné celle des accidents au pourrait pas conteuT la conclu-
no 40. Il est à remarquer que sion. 5) On ne peut rien con-
l'espèce infime, a tout ce qu'ont clure de deux prémisses néga-
les genres et les espèces qui tives. 6) On ne peut tirer une
sont au-dessus d'elle, et sous conclusion négative de deux
lesquels elle est classée. C'est affirmatives. 7) La conclusion
ainsi que l'homme a vraiment et a toujours la moindre part,
dans un sens propre la subs- c'est-à-dire que s'il y a seule-
tance corporelle, animée, sensible ment une prémisse négative, la
et en plus la différence spécifique. conclusion l'est aussi, que s'il
Tout ce qui convient au genre y a une prémi-^se particulière,
peut s'attribuer à l'espèce, et la conclusion doit l'être égale-
tout ce qui convient à l'espèce ment. 8) V.nixn on ne peut rien
convient aussi à tous les indi- conclure de deux prémisses
vidus de l'espèce. De là l'axio- parliculières.
me : Ce qui est dit de tous est 45. La seconde espèce de
dit de chacun ; et tout ce qui raisonnement est Vinductioti
est nié avec vérité du genre qui va des parties au tout, du
20 INTRODUCTION

particulier au s;énéra1, des indi- remarquons d'abord quelles mo-


vidus à l'espèce, etc Par yens extérieurs de trouver la
exemple Paul, Pierre et les
: vérité, ne serviraient de rien
antres hommes sont raisonna- sans les critériums intrinsè-
bles ; or, Paul, Pierre et les ques, et chose est éviden-
la
autres constituent l'espèce hu- te. Nous ne pouvons connaî-
maine. donc l'espèce humaine tre une doctrine qui nous vient
est raisonnable Il est évident
. du dehors, que par la raison et
que ce raisonnement donne la par l'ouïe, ou par la vue. Si
certitude quand on énumère donc ma raison est incapable de
toutes les parties, ou tous les in- juger la certitude de l'autorité
dividus de l'espèce. Il est clair divine ou humaine, si je ne
en effet, par exemple, que tous puis être certain que les yeux
les individus de l'humanité cons- et les oreilles, dont je me sers
tituent l'espèce humaine ; mais pour lire les écrits, pour rece-
quand l'énuméralion n'est pas voir le témoignage des hommes,
complète, il faut que je puisse et la foi elle-même, ne me trom-
ajouter aux individus énumérés, pent pas, je ne puis avoir au-
ces mots : et les autres hommes \ cune certitude sur la doctrine
et quand mon énumération des autres hommes, ni sur la
comprend un très grand nom- foi divine. C'est donc avec rai-
bre d'individus, je puis les son que l'Eglise a réprouvé soit •

ajouter avec certitude, appuyé \eFidéisme, qui enseigne que la


sur ce principe La nattire : foi est le seul critérium de cer-
opère toujoiirs d'une seule et titude, soit le Traditionalisme
même manière. Tout ce qui est sous toutes ses formes, car il
donc dans un très grand nom- enseigne que l'homme ne peut,
bre d'individus connus, se trouve par ses propres forces, atteindre
aussi dans les inconnus. Mais la vérité, vu qu'il a un besoin
si je ne vois que cent hommes absolu, d'après le système de
avec la barbe blanche, je n'en Bonald, du langage pour décou-
puis conclure que tous la por- vrir toute vérité morale, ou
tent. Concluons en un mot, bien, comme l'a enseigné de La-
tout ce que nous avons dit des mennais, de la raison univer-
critériums intrinsèques à l'hom- selle, c'est-à-dire du sens com-
me. L'homme en se servant, mun des autres hommes. Re-
comme il convient, des facultés marqiiez le texte du concile du
qui lui ont été données pour Vatican no 248. Cela étant posé,
connaître, peut atteindre avec disons un mot de l'autorité hu-
certitude la vérité, car ce n'est maine et de l'autorité divine.
qu'à cette fin que l'auteur de la 47. I. L'autorité du témoi-
nature, l'a doté de ces mêmes gnage humain a sa valeur soit
facultés. dans les questions de doctrine,
46. § II. Dks Critériums soit dans celle d'histoire. 1° Le
EXTRINSÈQUES. —
se rédui- Ils consentement de tous les peu-
sent tous à l'autorité du témoi- ples à admettre certains dogmes
gnage. Or, celle autorité peut et certaines vérités morales, est.

être humaine ou divine, et un critérium de certitude ; c'est

nous devons dire un mot de certain et cela touche à la foi.

l'une et de l'autre. Toutefois, Si la raison d'un homme pris


PHILOSOPHIQUE 21

en particulier est un critérium faitsqui établissent ces vérités.


de certitude, la raison de tous Lors même que ces faits
l'est à bien plus forte raison. sont surnaturels, ils n'en tom-
Celui qui le nierait, devrait nier bent pas moins sous les sens et
par là même, que la raison air. peuvent être aussi bien et mieux
pour fin de connaître la vérité; constatés que d'autres. Qui ne
et pour lors triompherait le comprend qu'on est aussi sûr
scepticisme universel. (Lisez le de voir revivre un homme, qui
concile du Vatican au no 248) était mort, qu'on était sûr de
48. 2» Quand il s'ai^it de l'avoir vu mort ?

faits Imloriqaes, soit naturels, 49. II. De l'autorité divine.


soit surnaturels, le témoignage Supposé que Dieu révèle, l'au-
des hommes, s'il se trouve torité de son témoignage est un
dans les conditions voulues, est critérium de certitude. Ce que
un critérium de certitude, soit nous dirons au n» 309 de la
qu'il se révèle par la tradition véracité de Dieu, rendra évi-
orale, soit qu'il se manifeste par dente cette proposition. Il y a
des monuments ou des écrits plus, la révélation donne une
historiques. C'est certain, et certitudemétaphysique, plus
cela apparfienl à la foi, comme grande que celle des connais-
nous le dirons au n^ 2*24^ en sances naturelles les plus clai-
parlant de la tradition, et c'est res, voir le n" 10 ; car, quand
évident par ce que nous avons Dieu a révélé une vérité, celte
dit déjà. La raison, en effet, vérité est nécessairement vraie.
est faite pour la vérité ; il est // est impossible, en effet, que

donc impossible que les hom- Dieu mente, ou se trompe,


mes en général se trompent, et voyez les n°^ 65 et suivants.
veuillent tromper, surtout dans Hàlons-nous donc d'entrepren-
les choses, dont ils n'ont à es- dre celle admirable étude de la
pérer aucun profit. C'est ce qui Théologie, qui nous fera connaî-
arrive surtout dans les vérités tre la vérité révélée aux hommes
religieuses et morales, qui gê- par Dieu !

nent les passions, et dans les


THÉOLOGIE

50, Le mot théologie vient de l'étudier non seulement avec


deux mois grecs, qui signifient ardeur, mais aussi avec un
discours sur Dieu. La théologie grand esprit de foi. On entre
est une science qui, partant des dans la vérité par la charité, se-
principes de la foi, Iraile de lon le mol de Pascal. La ihéolo-
Dieu et de ce qui regarde Dieu gie se divise en deux branches :

de quel(|ue manière. Elle diffère la dogmatique, qui a pour objet


donc de la philosophie qui part les vérités de la foi, ou les
des principes connus de la rai- dogmes que nous devons croire,
son. Son objet principal, c'est on l'appelle aussi tliéorique et la
Dieu, et ensuite les relations de morale qui a pour but de régler
Dieu avec le monde et avec , nos mœurs et nos actions con-
l'homme. Elle est donc la tormément à la doctrine révé-
science de loutes la plus excel- lée. Nous traiterons en abrégé
lente et aussi la plus nécessaire de l'une et de l'autre, en com-
pour le pritre. Nous devons mençant par la dogmatique.

THÉOLOGIE DOGMATIQUE

51. On appelle dogmatique objections qu'on pose contre


positive, celle (jui expose les elles,prennent le nom de polé-
dogmes qui sont proprement mique. Dans nos traités, nous
des articles de lo'\, et scolnstique unirons ensemble la théologie
celle qui expose et défend les scolastique à. la positive ; mais,
conclusions (jue les théologiens nous omettrons
afin d'être court,
tirent des dogmes. La doginali- presque toute polémique, per-
(jue positive et la scolastique, si suadé, du reste, qu'une claire
elles s'occupent de résoudre les exposition des vérités est le
24 RELIGION

meilleur moyen de résoudre ou tation de l'autoritéde cette ré-


de prévenir les objections. vélation, de celle de l'Eglise,
52. La dogmatique se divise ainsi que des principes théolo-
en i^énérale et en spéciale. La giques. La spéciale traite en
première conduit l'hemme, com- particulier de chacune des véri-
me par la main, à la connais- tés révélées. De là, les deux
sance de la révélation, à l'accep- parties suivantes :

PREMIÈRE PARTIE

DOGMATIQUE GÉNÉRALE
53. Elle comprend trois trai- tre les déistes ; le troisième,
tés : le premier, de la religion de la vraie Eglise de Jésus-
en général contre les athées ;
Christ, oudu catholicisme, contre
le second, de la vraie religion les hérétiques et les schisma-
révélée; ou du christianisme, con- tiques de toutes sortes.

TRAITÉ I. DE LA RELIGION
54. Le mot religion vient d'un les pratiques ne man-
athées
mot latin qui signifie relier ;
quent pas Disons contre le
; II.

elle est, en effet, un lien moral tolérantisme, que toutes les re-
qui relie les hommes
à Dieu, ligions ne sont pas également
tandis que les êtres sans raison agréables à Dieu III. Contre ;

sont eux-mêmes liés à leur l'indifférentisme que c'est un


Créateur par un lien nécessaire. devoir pour l'homme de recher-
Considérée en elle-même ou ob- cher quelle religion est plus
jectivement, la religion est l'en- agréable à Dieu.
semble des doctrines et des
devoirs de l'homme par rapport
à Dieu. Considérée subjective- CHAPITRE I.
ment, c'est-cà-dire dans l'homme,
c'est une vertu par laquelle LA RELIGION EST NÉCESSAIRE
riiomme, connaissant Dieu, met
en pratique ses devoirs envers
lui ; et l'acte par lequel l'hom-
I. A l'homme privé qui doit à
Dieu un culte intérieur et un
me rend à Dieu ses devoirs s'ap-
culte extérieur.
pelle culte. Le culte est inté-
rieur ou extérieur ; et l'exté-
II. A la société elle-même.
rieur est privé ou public. Gela Article I". — La religion
étant posé, disons L Que la : avec le calte intérieur et
religion est nécessaire, contre extérieur est nécessaire à
les panthéistes et les athées, si l'homme privé.
toutefois il existe des athées 55. Celte proposition eslincon-
spéculatifs, car un grand nom- testable, si : 1° Dieu existe, et
bre de théologiens en doutent, 2° si l'hommepeut etdoitlui ren-
bien que tous conviennent que dre le culte soit intérieur, soit ex-
RELtGIOX 5M

lérieur ; or, il en est ainsi. 2" Prouvons la seconde partie


i^Prouvons d'abord la première de la mineure, savoir que l'hom-
partie de la mineure: Dieu, c'est- me peut et doit rendre à Dieu un
à-dire un être indépendant^ néces- cul te soit intérieur, soit extérieur.
saire, cause de tous les autres 1). // le peut. De l'acte on peut
êtres, existe. On l'élablit par plu- conclure à la possibilité, or tous
sieurs sortes d'argu men ts : 1 ) .Par- les peuples et tous les hommes
mi les arguments métaphysiques sages rendent à Dieu l'un et l'au-
londés sur la nature des choses, tre culte. Donc l'homme peut le
nous en choisissons deux seule- faire. Du reste qui empêche
ment, {a) Tout être en ce mon- l'homme de se servir de sa rai-
de est contingent, ou non néces- son pour connaître Dieu à l'aide
saire il;ne porte pas en lui- de ses œuvres admirables, de se
même la raison suffisante de son servir de sa volonté pour l'ai-
existence, il fautdonc absolument mer, de sa langue pour le bénir?
qu'il existe un être nécessaire Non seulement rien ne s'y oppo-
qui ait produit tous les êtres se; mais l'homme acquiert, par
contingents ;
ce culte, sa perfection, en con-
(b). Il n'y a point d'effet sans naissant la vérité suprême, en ai-
cause, or le monde est plein d'ef- mant le souverain bien, ce qui le
fets. Ils ont donc une cause, qui préserve de l'amour charnel, et
est elle-même l'effet d'une autre en réglant ses actes selon cette
cause, et ainsi de suite jusqu'à connaissance et selon cet amour
ce qu'on arrive à la cause pre- divin.
mière, qui n'est effet d'aucune 2). L'homme doit à Dieu ce
autre cause, et sans laquelle il double culte. C'est ce qui ressort
n'y aurait aucune autre cause, ni de la nature même des choses.
aucun effet Dieu est le premier maître, il a
2).Argument physique. — donc droit à l'obéissance. Il est
Il règne dans le monde un ordre le premier Père, on lui doit donc
admirable, une beauté qui ravit; le respect ; il est tout-puissant et
donc si une maison bien dispo- nous sommes faibles, il faut donc
sée, si une horloge bien réglée
'
réclamer son secours il est ;

supposent un être intelligent qui le bienfaiteur suprême, il mérite


les a faites, à plus forte raison la donc la reconnaissance il est le
structure merveilleuse
suppose-t-elle
suprême! Le
du monde
une intelligence
même argument
souverain bien, il est donc
digne de toul amour. Et ces sen-
timents, l'homme, à moins qu'il
;

y^
peut se tirer de l'admirable dis- ne soit hypocrite, doit les mani-
position du corps humain. fester extérieurement. C'est dans
o). Arguments moraux. — sa nature, en effet, d'exprimer
Le premier se prend de la cons- au dehors les sentiments qui l'a-
cience humair.e qui se sent ré- niment. Du reste, puisqu'il est
glée par une loi, et celle loi sup- âme et corps, il doit par l'âme,
pose nécessairement un législa- comme par rendre à
le corps
teur qui domine l'homme. Le Dieu ses devoirs.
second se tire du consentement Une seconde preuve nous est
de tous les peuples, soit anciens, fournie par le sens commun de
soit modernes, soit civilisés, soit tous les hommes, qui tous, sauf
barbares. L'athée abdi(iue donc de monstrueuses exceptions, par-
le sens commun et la raison uni- tout et toujours, en rendant à la
verselle. divinité un culte intérieur et ex-
26 RELIGION

térieur, ont reconnu la nécessilé IV, 5). Or les diverses religions


(le l'un et de l'autre. D'ailleurs, qui se partagent l'humanité sont
Dieu lui-même ne peut dispenser en lutle les unes contre les au-
l'homme de lui rendre des de- tres, etenseignent des doctrines
voirs qui sont fondés sur la na- contradictoires ; donc, d'après les
ture même des choses Dieu ne
: règles de la logique la plus élé-
peut pas changer la nature. mentaire, elles ne peuvent être
toutes vraies, et Dieu qui est in-
Art. II. La religion est
finiment parlait, ne peut avoir
nécessaire à la société.
un culte faux pour agréable ; donc
56. La nature de l'homme de-
le tolérantisme est absurde.
mande qu'il vive en société; et
la humaine dépend de
société
Dieu comme un individu; donc, CHAPITRE ni.
en tant que société, elle lui doit
un culte d'obéissance^ de respect l'homme doit CHERCHER ENTRE
et de gratitude. L'homme a d'ail- LES DIVERSES RELIGIONS
leurs besoin d'un culte public QUELLE EST LA VRAIE.
pour alimenter en lui le culte
58. D'après le chapitre I, l'hom-
intérieur. Il doit à ses semblables
me doit à Dieu un culte, d'après
l'exemple de la vertu, de la reli-
gion par conséquent. —
En ou-
le deuxième, Dieu ne se contente
pas d'un culte faux; donc l'hom-
tre, que deviendraient les lois
me lui doit un culte vrai; mais,
sans les mœurs? De l'aveu des
pour le rendre à Dieu, il faut
incrédules et des païens eux-mê-
d'abord qu'il le connaisse : s'il
mes, sans religion la société est
ne connaît pas le culte vrai, il
impossible; donc les athées et
doit donc d'abord le rechercher.
les panthéistes sont les ennemis
S'il ne le faitpas, il frustre Dieu
et de Dieu, et de leur âme, et de
de ses droits; il se nuit à lui-
la société.
même, car il ne tend pas vers
sa fin, qui est le souverain bien,
CHAPITRE II. et qu'il ne peut atteindre que
TOUTES LES RELIGIONS NE SONT par un culte conforme à la droite
raison et à la volonté divine. En-
PAS ÉGALEMENT AGRÉABLES
fin, il prépare la ruine de la so-
A DIEU.
ciété, en renversant la religion
57. Dieu est le même pour tous qui en est le fondement, soit
les hommes, tous les hommes en soi-même, soit dans les au-
ont la même nature, donc tous tres, par le scandale. L'indiffé-
doivent avoir sur Dieu la même rentisme est donc aussi absurde
doctrine, et tous doivent rendre que le tolérantisme. C'est pour-
à Dieu le même culte. // n'y a quoi nous devons dans le traité
qu'un seul Seigneur, une même suivant rechercher quelle est la
foi,un seul baptême. (Ephés., vraie religion.
TRAITÉ IL DE LA VRAIE RELIGION
59. La religion peut être divi- dire indépendammentde son exis-
sée en naluvelle et en surnalu- tence, et ensuite d'une manière
relle. ha première serait celle concrète, c'est-à-dire en tant
qui nous fournirait par rapport qu'existante.
à Dieu, des connaissances et un
culte conformes à la raison. La
seconde est celle qui nous est CHAPITRE I.
connue d'une manière surnatu-
relle, et qui nous révèle des
DE LA RELIGION RÉVÉLÉE
dogmes ou des devoirs que la CONSIDÉRÉE d'une MANIÈRE
raison ne saurait découvrir. ABSTRAITE.
Quoi qu'en pensent les déistes,
nous n'avons pas à nous occuper
60. La religion révélée, c'est
l'ensemble des vérités et des de-
de la religion naturelle, car
voirs relatifsà la divinité, qui
1) elle n'a jamais existé, comme
nous sont manifestés surnatu-
nous nous en convaincrons en
parlant de la révélation et elle
rellement, par une autre voie
;

n'existe pas davantage de nos


que de la raison. Nous de-
celle
vons dire que la révélation est
2) Bien qu'absolument
:
jours.
parlant la raison humaine puisse I possible, II utile, III moralement
nécessaire, IV qu'elle peut être
découvrir sur Dieu et nos de-
voirs envers lui, certaines con
connue.
naissances naturelles, de fait les Article I. —
La révélation
philosophes (mt errépresquesur est possible.
toutes les plus importantes véri- 61. C'est une vérité de foi.
tés de l'ordre naturel. Il est très Si quelquun dit qu'il ne peut
difficile, en efîet, à la raison im- pas se faire, ou qu'il n'est pas
maine, obscurcie par les pas- utile^ que l homme soit instruit
sions et les préjugés, de connaî- par la révélation divine sur Dieu
tre facilement, sûrement, et fer- et sur le culte qui lui est dû,
mement les vérités de l'ordre na- qu'il soit anathème. Vat. can. 2.
turel. Nous avons à ce sujet l'a- La proposition est incontestable,
veu du fameux déiste Rousseau : si rien nes'oppose à la révéla-
« Je consultais les philosophes, tion, ni du côté de Dieu, ni du
je feuilletais leurs livres ;
j'exa- côté des vérités révélées, ni du
minais leurs diverses opinions ;
côté de l'homme.
je les trouvais tous fiers, affirma- Or 1" Rien ne s'y oppose du
tifs, dogmatiques même dans leur côté de Dieu. Celui qui donne la
scepticisme prétendu ; n'ignorant langue à l'homme peut parler ;

rien,ne prouvant rien, se mo- le souverain législateur peut édic-


quant les uns des autres, et ce ter des lois positives celui qui
;

point commun à tous, me paraît sait tout peut nous apprendre ce


le seul sur lequel ils ont tous que nous ignorerions sans lui ;

raison. » (Em., tom. II[, p. 21). et il est digne de la bonté d'un


Il faut donc rechercher la reli- tel Père d'instruire ses enfants
gion surnaturelle ou révélée qui ignorants et de les diriger par
fait l'objet de ce traité, et nous ses préceptes.
devons la considérer d'abord 2° Rien ne s'y oppose du côté
d'une manière abstraite, c'est-à- des vérités révélées. Il y a des
28 REVELATION

mystères dans la nature, donc il fectionnent les mœurs, unissent


y en a dans les choses surnatu- plus étroitement l'homme à Dieu,
relles; et ces mystères peuvent et fîivorisent la piété ; c'est ce

nous être manifestés comme toute dont nous nous convaincrons en-
autre vérité que nous ignorons. core mieux, en parlant plus loin
Evidemment on peut en dire au- des fruits de la vraie révélation,
tant des préceptes positifs. et en disant un mot dès mainte-

0:2. 30 Rien ne s'y oppoae du nant delà nécessité de la révéla-


côlé de riiomme, si l'homme est tion.
capahie de recevoir la révélation Art. III. —
La révélation
et de la connaître. Or ces deux est moralement nécessaire à
choses sont certaines. 1) L'hom- l'homme.
me est capable de recevoir la ré- Remarquons
64. C'est f?r/a«».
vélation; car par là même qu'il toutefois le mot moralement, car
est créature, il a l'habitude que ce serait, d'après le concile du
les philosophes nomment ohé- Vatican, une erreur de prétendre
dicntieUe, par laquelle il est dis- que la révélation est absolument
posé à se soumettre à une intel- nécessaire. La raison, qui est
ligence et à une volonté supérieu- naturelle à l'homme, lui a été
res ; et il est dans sa nature d'ê- donnée pour connaître les véri-
tre instruit par l'autorité d'un tés de l'ordre naturel; et Dieu
autre. Il ne saurait pas lire, s'il n'était point obligé d'élever
n'avait pas eu de maître. Et est- l'homme à l'état surnaturel. Sup-
il un maître plus noble que Dieu ?
posé qu'il l'y élevât, c'est certain
2) L'homme peut connaître le par le concile du Vatican, chap.
fait de la révélation, comme tout II, que la révélation devenait par
autre fait: bien plus, il peut dis- là- même absolument nécessaire.
cerner la vraie révélation de la (V. n" 2'23). Mais en dehors de
fausse, comme nous le dirons à l'hypothèse de l'élévation de
l'article IV. Donc de quelque l'homme à l'état surnaturel, la
côté qu'on l'envisage, la révéla- révélation esl moralement néces-
lion est possible. Tel a été le saire, et cela se prouve par l'im-
sentiment de tous les peuples, puissance de la raison, soit dans
car tous, dans tous les temps et le peuple qui sans la révélation
tous les lieu.x, se sont montrés a cru partout et toujoiirs, des
disposés à accepter une révéla- choses absurdes sur Dieu, et
tion et en ont même senti le be- s'est précipité dans toutes sortes
soin. de hontes, soit dans les philoso-
Art. II. — La révélation est phes dont nous avons dit un mot
utile .
au n" 59. Aussi quelques-uns
63. C'est de foi d'après le d'entre eux attendaient-ils un
texte cité au n" 61, et en voici les Dieu qui leur fit connaître la
raisons. 1). Par elle les vérités vérité. Dieu, qui dans sa bonté
et les lois morales de l'ordre na- donne à tous avec abondance,
turel sontconnues plusvile, plus n'a pas, sans doute, privé sa
facilement, plus sûrement, mê- créature d'un bien qui lui était
me par les ignorants. 2). Les moralement nécessaire. Cher-
mystères perieclionnent l'intel- chons donc à quels signes nous
ligence, en lui apportant denou- pouvons reconnaître sa révéla-
vèlles lumières; et des lois posi- tion.
tives, portées par un législateur
souverainement sage etbon, per-
REVELATION 29

Art. IV. —
On peut recon- dans un tel sujet, comme la ré-
naître la vraie révélation. surrection d'un mort. Les mira-
05. La proposition est certai- cles quant à la substance e[ quant
ne, s'il y a (les signes qui alles- au sujet se nomment miracles
.lent manifesleinent qu'une révé- contre nature, s'il resie dans la
lation est divine. Or tes signes nature des choses une disposi-
existent. Il en est d'intrinsèques tion contraire à l'efïet (\ue Dieu
et d'extrinsèques, de négalits et produit, comme par exemple, si
de positifs. Les signes intrinsè- quelqu'un reste sain et sauf dans
ques sont la sainteté de la doc- une lournaise ardente. S^il n'y a
trine et de ceux qui la prêchent, pas dans la nature des choses
et ces signes sont en même une disposition à contraire
temps négatifs, c'est-à-dire (pie l'effet produit,
miracle est le
s'ils manquent à une doctrine. appelé surnaturel. Enfin, il y a
ils rendent certaine ou du moins des miracles, quoad modum,
probable sa fausseté. Les signes quant à la manière. Ils ont lieu
extrinsèques sont les miracles quand un effet ne dépasse pas,
et les prophéties, qui sont aussi il est vrai, les forces de la natu-

des signes positifs, c'est-à-dire re, pas même dans un sujet


qu'ils rendent certaine la vérilé déterminé, mais seulement dans
de la révélation ;
parlons des uns la manière dont il est produit,
et des autres. par exemple la guérison subite
:

66. I I. Di'SMiracles. — d'une maladie grave sans alicun


Le miracle considéré comme remède. Ces sortes de miracles
signe de
la révélation divine, sont au dernier rang et on les
est un sensible qui dépasse
fait appelle prèternatnrels. Ily a des
les forces de loule la nature m\Y^c\e?, physiques, comme celui
créée ou créabic, et que Dieu seul que Josué, en arrêtant le
fit

peut faire c'est :pourquoi on soleil; il y a des miracles intel-

l'appelle de premier ordre. Le lectuels, comme ledon de pro-


miracle de second ordre dépasse phétie; il y a des miracles mo-
les forces de la nature corpo- raux comme la conversion de
relle, mais non celles de la na- Saint Paul.
ture spirituelle, ou angéliquo. 67. Cela posé, parlons de la
Les miracles se distinguent donc possibilité, de l'auteur, de la
du merveilleux, qui n'est qu'un connaissance, et de la force pro-
fait naturel, étonnant et rare; bante des miracles.
du prestige, qui n'est qu'une I. Le miracle est possible,

illusion procluite dans les sens, c'est de foi. Si quelqu'un dit

ou l'imagination, soit par une qu'aucun miracle nepeut se faire,


action humaine, soit par une qu'il anathème. Vat. c. 4.
soit

action diabolique; de la magie^ Il est facilede le prouver l^ :

qui est un fait merveilleux opéré Par les faits, car de nombreux
par l'adresse humaine ou par le miracles ont été opérés, comme
concours des mauvais esprits. H nous le verrons; 'apparie consen-
y a des miracles quant à la sub- tement des peuples 3° par la ;

stance, ce sonl ceux (\yie la nature raison. Dieu est tout-puissant


ne peut ni produire, ni exiger, et les lois naturelles de ce monde

commasi l'ombre recule sur un ne sont que contingentes celui ;

cadran solaire il y en a quant qui les a établies peut donc


; y
au sujet, ce sont ceux que la déroger. V. n" 405,
nature peut produire, mais pas
30 REVELATION

68. De l'auteur du mira-


II. et 2o nous pouvons être sûrs
cle. 1*^Dieu seul peut opérer qu'un tel fait est au-dessus des
des miracles de l^^ ordre, com- forces de la nature, si nous

me il est manifeste d'après ladéfi- connaissons bien ces forces. Et


nition que nous en avons donnée; nous les connaissons en effet.
mais pour les opérer, il peut Sans doute, nous ne connaissons
employer, comme instruments, pas toutes les lois, mais il faut
soit les anges, soit même les bien convenir que nous en con-
hommes. 2° Les anges, soit bons, naissons au moins quelques-unes;
soit mauvais, ont une vertu natu- autrement, c'en serait fait de
relle qui dépasse les forces de toute science. Il suffit que nous
la nature matérielle. Si les corps connaissions bien une loi pour
animés font des choses qui dé- pouvoir conclure sûrement que
passent les forces des corps l'effet, qui lui est contraire, est
inanimés, il n'est pas étonnant un miracle. Nous connaissons
(pie les esprits qui sont supé- aussi quelques propriétés de
rieurs aux corps vivants, puissent quelques êtres au moins, de
produire des effets qui sont au- telle sorte (|ue nous savons cer-
dessus des lois physiques de ce tainement, au moins ce que ces
monde ; mais quand les bons êtres ne peuvent pas fai'e, par
anges font des miracles, ils ne ex. nous n'ignorons pas que le
peuvent les faire contre la volon- feu est incapable de garder in-
té de Dieu, à laquelle ils sont tacts des hommes jetés dans une
parfaitement soumis, ni pour fournaise ardente et cela suffit
;

tromper les hommes ; les mira- pour constater un miracle, si ces


cles qu'ils font servent donc de hommes y restent sains et saufs
preuve à la vérité. Et les mauvais sans que personne les préserve
anges ne peuvent faire des mi- des atteintes des flammes. Aussi
racles de second ordre sans la voyons-nous que tous les peu-
permission de Dieu. Il est évi- ples ont manifesté par des sa-
dent, en effet, que la Providence crifices leur foi en cette vérité,
ne peut confier les rênes de ce que Dieu peut, à son gré, laire
monde au hasard, et encore mourir et faire revivre les êtres
moins aux esprits malins. La qu'il a créés.
bonté, la véracité, la sainteté de 70. IV. De la force probante
Dieu, demandent qu'il ne laisse des miracles. Le miracle est
pas égarer les hommes par des la seule preuve, et la preuve
prodiges diaboliques. V. n" ^SO. certaine de la divinité d'une
Aussi tous les peuples ont-ils doctrine. Tous les hommes ont
cru que tout dépend de Dieu été tellement persuadés de cette
dans les événements de ce vérité, que le miracle est la
monde. seule preuve d'une doctrine,
09. III. Le miracle peut être qu'ils ont voulu éfayer toujours
connu d'une manière cer- leurs erreurs sur de prétendus
taine. C'est de foi. Si quel- miracles." On ne peut, du reste,
qu'un dit que les miracles ne regarder comme vraiment divin
peuvent jamais être connus cer- que ce que Dieului-mêmeatteste.
tainement, qu'il soit anathème. Le miracle est la preuve cer-
Vat. canon A. En effet, 1° il ne taine d'une doctrine. C'est une
jieul y avoir de doiile sur le fait vérité de foi, s'il s'agTt d'un
miraculeux lui-même, qui est miracle proprement dit, fait

'sensible comme fout autre lait ; pour confirmer une docirine, ou


LE CHRISTIANISME 31

du moins connexe avec elle, plique donc à la prophétie vrai-


autrement Dieu fournirait à l'er- ment divine qu'on reconnaît aux
reur le secours de son autorité, siijnes suivants: il faut (ju'elle
et se ferait le fauteur du men- soit 1) digne de Dieu, 2) entourée
songe. V. n. 74 et suivant. Les de miracles, 3) vérifiée par l'évé-
miracles de second ordre peu- nement. C'est donc par les mi-
vent aussi prouver la vérité d'une racles et par les prophéties que
doctrine, s'ils sont faits par les nous reconnaissons d'une ma-
bons anges, qui sont toujours nière certaine, la révélation
soumis à Dieu, il suffit donc de divine, qui existe en réalité et
les discerner des prodiges dia- dont nous allons traiter.
boliques que l'on reconnaît aux
signes suivants 1) s'ils sont
:

surpassés par de plus grands


CHAPITRE II.

miracles; 2) s'ils sont indignes DE LA VRAIE RÉVÉLATION,


de Dieu et funestes aux hommes ; CONSIDÉRÉE d'une MANIÈRE
3) s'ils sont opérés par des tiom- CONCRÈTE, C'eST-A-DIRE DANS
mes pervers. LE FAIT DE SON EXISTENCE.
71 De par le concile de Trente,
.

l'évèque doit reconnaître et ap- 73. Puisque la religion est


prouver les miracles en s'eniou- nécessaire, et qu'entre toutes les
rant d'un conseil composé de religion^, il n'y en a qu'une
théologiens et d'autres hommes seule de vraie, puisque la reli-
pieux. Mais s'il s'agit de mira- gion révélée est moralement
cles opérés par des hommes nécessaire à l'homme, il im-
qui ne sont pas béatitiés, il doit porte donc de rechercher avant
défendre d'en rien publier, trans- tout, et d'embrasser celle-là
mettre toute l'affaire au Saint seule que Dieu a rraimenl ré-
Siège et attendre la réponse. vélée. Dieu, en effet, ne peut
V n. 2:2GG et suivant. révéler qu'une religion digne de
7'2.
I II. De la Propuétie. — lui et vraie par conséquent, utile

Dans un sens strict, la pro- à l'homme et adaptée à ses be-


phétie est la prédiction cer- soins. Entre plusieurs religions,
taine d'un événement futur, qui qui se disent révélées et qui
ne peut être prévu naturellement. enseignent des doctrines contra-
L'ititellect créé ne peut connaî- dictoires, il ne peut y en avoir
tre les choses qu'autant qu'elles qu'une qui soit vraiment révélée ;
existent actuellement, ou qu'elles car Dieu ne peut être en con-
seront produites naturellement tradiction avec lui-même. Or,
dans l'avenir par des causes la révélation chrétienne est
existant déjà. En dehors de rraimenl divine el elle est seule
là, sur (|uoi rintellecl créé (Urine. Nous allons le prouver
pourrait-il asseoir sa connais- dans les deux articles suivants :

sance? Il n'y a que Dieu A HT. I. —


La révélation
qui puisï;e sans un autre moyen chrétienne est divine.
que sa divine essence, connaî- 74. La révélation vraiment divi-
tre les choses luinres, dont la ne est celle dont les miracles et
cause naturelle n'est pas posée. les prophéties font connaître la di-
Donc, la prophétie est un vrai vinité or, la religion chrétienne
;

miracle, qui ne peut être attri- a cette double preuve de sa divine


bué qu'à Dieu seul. Tout ce que origine. (7e?,l de foi, de par le
nous avons dit du miracle s'ap- concile du Vatican. Si quchiunii
.

32 LE CHRISTIANISME

dit que CCS minirles ne pronrent et en ceux du nouveau Testa-


pas d'une manière convaincante ment.
rorigine divine de la religion I. Les livres de V ancien Tes-
chrétienne; qiCil soit anath. tament se subdivisent 1" en :

(( Afin que la soumission de protocanoniques, qui ont tou-


notre, esprit à la foi fût con- jours été regardés comme divins
forme à la raison, ajoute ce par l'Eglise ; et eh dcutcroca-
saint concile, Dieu a Joint aux noniques, dont la divinité n'a
secours intérieurs du Saint- pas toujours été admise par
Esprit, les preuves extérieures toutes les églises. Ces derniers
de sa révélation, c'est-à-dire les sont les livres de Tobie, de
faits mira-
divins et surtout les Judith, de la Sagesse, de l'Ec-
cles et prophéties
les qui ,
clésiastique, de Baruch, le l^r
faisant éclater la toute-puissance et le 2» livre des Machabées,
et l'infinie science de Dieu, sont Esther depuis le 4^ verset du
des signes très certains de la chapitre 10 jusqu'au verset 24
révélation divine.... Or, soit du chapitre 16 Daniel, depuis :

Moïse et les orophètes, soit le verset 2i du chapitre 3, jus-


surtout Jésus- Christ Notre-Sei- qu'au verset 90 du même cha-
gneur ont fait un grand nombre pitre et du chapitre 13 jusqu'à
;

de miracles et de prophéties la fin


très manifestes. » 2" En raison des matières, ils
Puisque le Christ, est, d'hier, se divisent 1) en légaux, qui
:

d'aujoiirdliui et de Ions les sont le Pentateuque, qui com-


siècles, la chrétienne
religion prend la Genèse, l'Exode, le
n'a pas, en effet, à commencée Lévitique, les Nombres et le
la venue de Jésus-Christ sur la Deutéronome ; et dont Moïse
terre, mais à la création' de est l'auteur, à l'exception du
l'homme. Dès le commencement, dernier chapitre qu'on attribue
une religion digne de Dieu et àJosué:'2) en historiques^ sa-
de l'homme a été en hon- voir, le livre de Josué, dont
neur. La religion divine a Josué lui-même est probable-
eu trois phases distinctes, d'a- ment l'auteur, celui des Juges
bord la période patriarcale, et celui de Rulh, écrits vrai-
la période mosaïque et enfin la semblablement par Samuel, les
période chrétienne proprement quatre livres des Rois Sa- .

dite et dans ces trois périodes,


; muel est probablement l'au-
la religion chrétienne a été teur du premier, à l'exception
vraiment révélée de Dieu. Pour des sept derniers chapitres. Les
l'établir, il suffit I de faire: voyants, Nathan et Cad sont
voir l'autorité humaine incon- vraisemblablement les auteiirs
testable et la vérité des livres du second et on attribue vrai-
; ,

sacrés de la religion chrétienne, semblablement le troisième et


et 11 d'exposer les caractères de le quatrième à Jérémie ou à
divinité, que ces livres attri- Esdras. Les deux livres des Para-
buent à la religion chrétienne, lipomènes, dont vraisemblable-
dans ces trois phases différen- ment Esdras est Pauteur ; les
tes. deux livres d'Esdras, dont le
75. § I. Des Livres Saints. premier a été écrit certaine-
— Ces en raison de leur
livres, ment par Esdras et le second
plus ou moins grande antiquité, par Néhémie. Le livre de Tobie
se divisent en livres de l'ancien dont probablement les deux
LK CHUISTIANISME 33

Tobie sont les auteurs le livre : ment, du chapitre i:2 de saint


de Judith écrit probablement Luc, du 2« au 12" verset du cha-
par le pontife Jcailiini, et celui pitre 8 de* saint Jean.
d'Esllier attribué à Mardochée ; î^^IIsse divisent aussi: I) en lé-
le livre île Job, qui a probable- gaux, qui compremientles quatre
ment pour auteur Job lui-même. Evangiles, (jui portent chaciiii le
Quelques-uns cependant le di- nom de leur auteur; 2) en Jiislo-
sent écrit par Moïse les : deux riqucs, savoir, les Actes îles A[iù-
livres des Macbabées, dont tres écrits par saint Luc; 8) e.n
les auteurs sont inconnus, moraux qui comprennent qua-
3) En nwrau.r, qui comprennent torze épîtres de saint Paul, une
d'abord les Psaumes composés de saint Jacques, deux de saint
cerlainement en grande partie Pierre, trois de saint Jean, une
par David et dont quelipies-uns, de saint Jude; -4) en proiihéli-
comme leur titre l'indique, sont ques. la seule apocalypse de
attribués à iMoïse, à Salomon, 'à St Jean est dans celte catégorie.
Asapli, Idithum et à Jérémie
ci
;
77. Au total, les Saints Livres
les livresdes Proverbes, de sont au nombre de 72: -iS de
l'Ecclésiaste, du Cantique des l'Ancien, et 27 du Nouveau Tes-
«•antiques dus à Salomon, le tament. Ils ont été écrits tous,
livre de la Sagesse écrit vrai- dans l'espace de lôOOans. Pres-
semblablement par un des que tous ceux de l'Ancien Tes-
soixante-dix interprèles, l'Ec- tament ont été écrits en langue
clésiastique dont Jésus, fils de hébraïque quelques-uns cepen-
;

Sirach l'ancien, est certaine- dant l'ont été en langue cbaldaï-


ment l'auteur. que, et quelques autres, en grec.
70. A). Eu prophéliijiies dont Tous les livres du Nouveai' Tes-
on connaît cerlainen)ent les aa-- tament ont été écrits en grec, ex-
leurs, excepté celui de la pro- cepté l'Evangile de St Mathieu,
phétie de Jonas,*car il n'est que écrit en hébreu. Tous les livres
probable que Jonas en soit l'au- du Nouveau Testament, et la
teur. Il y a quatre grands pro- plupart de ceux de l'Ancien, ont
phètes qui sont Isaïe, Jérémie,
: été écrits en prose. Ont été écrits
(aux prophéties duquel on ajoute en vers. Job. les Psaumes, les
celles de Baruch), Ezéchiel et Proverbes, l'Ecclésiaste, le Canti-
Daniel. Il y a douze petits pro- que des cantiques, et presque
phètes, savoir: Osée, Joël, Amos, tous les prophètes. Nous avons
Abdias, Jonas, Michée, Nahum, à traiter de l'autorité humaine
Habacuc, Sophonias, Aggée, des saints Livres et d'abord :

Zacharie et Malachie. 78. I. Des Livres de l'An-


II. Parmi leslirres du Nouveau cien Test.\ment. —
Tous sont
Teslamenl, on distingue aussi :
aufhmtiques, intègres et céri-
1" Les protocanoniques et les appelle authen-
diques. (On
deutérocanoniques. Ces derniers tique un livre qui est bien
sont, l'épître aux Hébreux, celle de l'auteur, ou d.u moins du
de saint Jacques, la seconde de temps, auquel on l'attribue
saint Pierre, la 2* et la 3« de vulgairement, intègre celui qui
saint Jean, l'épître de saint n'a pas été altéré, ni par addi-
Jude, l'Apocalypse et les frag- tion, ni par soustraction.) La
ments suivants du î|« verset au
:
[iropositiou est certaine et se
"10'' du chapitre
10 de St iMarc, prouve par parties. 1» Uaut lient i-
du 43'= au 41'= verset inclusive- cilé reîsorl du style de ces livres,
34 LE CHRISTIANISME

des fails qu'ils racontent, de 79. II. Livres du N. Testament.


l'enchaînement des livres les uns — Ils sont authentiques, intè-
avec les autres, du témoignage gres et véridiques. C'est certain,
des livres moins anciens. i^ Leur authenticité est reconnue
par tous les chrétiens, par tous
'2'^Vintégritc se prouve par le
les hérétiques des premiers siè-
soin religieux et scrupuleux, avec
cles, bien plus, par les philoso-
lequel les Juifs ont conservé ces
phes païens les plus hostiles au
livres, par le nombre d'exem-
christianisme.
plaires de ces livres répandus
2° Ils sont intègres. Leur altéra-
de foutes parts, par l'impossibi-
tion a été impossible, vu la dif-
lité de les altérer, sans que ré-
fusion de ces livres, surtout
clamassent les Samaritainsavant
parmi des sectes dissidentes; et
J.-C, et les chrétiens, on les
nous avons aujourd'hui ces livres
Juifs, plus tard.Yoirsur ce sujet
tels que les ont cités autrefois les
la foi calholique n" 208.
Pères les plus anciens. 3"^ Ils sont
3° La réiarilé de ces livres res-
véridiques ; leurs auteurs n'ont
sort de l'argument suivant : Les
pu èlre trompés, ils racontent
auteurs de ces livres, 1) n'ont pas
des faits publics et contempo-
pu èlre trompés, car ils racontent
rains, dont ils ont été le plus
des faits publics de la plus haute
souvent témoins. Ils n'ont pas
importance, dont ils ont élé les
voulu tromper: ils ont tous subi
témoins, et qu'ils ont connus par
la mort, pour attester la vérité
une tradition certaine. Ceci est
de ce qu'ils racontent. Ils n'au-
vrai même pour le Pentateuque,
raient pu tromper, lors même
car à cause de la longévité des
qu'ils l'auraient voulu, car s'ils
premiers hommes. Moïse a pu
avaient menti, tous les Juifs, tous
connaître avec une certitude en-
les Gentils les auraient contre-
tière, les faits primitifs qu'il
dits. Or Josèphe, historien juif,
raconte. 2) Ils n'ont pas voulu
est obligé d'avouer que Jésus-
tromper, car c'étaient des hom-
Christ a fait des choses merveil-
mes de sainte vie, ou qui du leuses; et plusieurs fails évan-
moins montrent dans leurs écrits géliques sont racontés par les
une sincérité et une simplicité historiens païens eux-mêmes.
admirables. 3) Ils n'auraient pas
D'ailleurs, comment le monde
pu tromper, lors mémo qu'ils aurait-il cru une doctrine, si con-
l'auraient voulu, car on aurait
traire aux passionsaux pré-
et
vu aussitôt réclamer les Juifs,
jugés, si ce qu'ont raconté les
dont ces livres racontent l'infidé-
auteurs du Nouveau Testament
lité, l'ingratitude et les défaites
n'était pas vrai? Ces raisons suf-
ignominieuses.
fisent pour réfuter le mylhisnic
Enfin, on prouve, en général, de Strauss et des autres.
l'authenticité, l'intégrité et la 80. Il faut donc convenir que
véracitédes livres de l'Ancien les livres soit du nouveau, soit
Testament par la tradition per- de l'ancien Testament, ont une
pétuelle du peuple juif, et du autorité humaine. Bien plus, il
peuple chrétien, et surtout par n'est aucun livre ancien qui ait
le Nouveau Testament, qui cite
des caractères aussi certains
et vénère les livres de l'Ancien.
d'authenticité, d'intégrité et de
Or nous allons parler aussitôt de véracité (jue la Bible. 11 faut
l'indiscutable autorité des livres donc admettre les lails qu'elle
du Nouveau Testament. rapporte, ou bien rejeter toute
.

LE CHRISTIANISME 35

foi à l'histoire. Or, les saints tombé; ou bien il ne l'y a pas


Livres tiirei,'istrent des faits mi- p'acé. Dans le premier cas, la
raculcux, des prophéties qui révélation est admise; dans le
prouvent la divinité de la reli- second, bien que Dieu pût créer
gion chrétienne dans chacune de l'homme tel qu'il est aujour-
ses trois piiases, comme nous d'hui, il semble qu'il élait bien
allons le voir dans le paragraphe à propos qu'il dotât l'homme
suivant. d'une raison capable de connaî-
81. §11- La Divinité du Chris- tre facilement la religion et si ;

tianisme EST PROUVÉE PAR Dieu avait doté l'homme d'une


NOS SAINTS Livres, et cela telle capacité, nous l'aurions en-

DANS CHACUNE DE SES PHASES. core, puisque, dans celle hypo-


— I. — D'abord dans la thèse, il n'y aurait point eu de
religion primitive. Par les — chute originelle. Or, d'après ce
livres de Moïse, qui sont tout à que nous avons dit, notre raison
fait dignes de loi, il est clair que a les plus grandes difficultés à
Dieu a parlé à nos premiers pa- découvrir les vérités morales et
rents, qu'il s'est fait connaître à religieuses. Jamais une religion
eux comme le Créateur et le Maî- purement naturelle n'a existé,
tre de toutes choses, qu'il leur et partout où l'homme a oublié
a donné une loi positive, les me- la révélation, il est tombé dans
naçant de les punir s'ils la trans- l'idolâtrie.

gressaient, et promettant d'être 83. II. — De la religion


loi-même la récompense de mosaïque. — 1" Elle a été révé-
leur fidélité, qu'il a prédit la léede Dieu ;
2'^ elle devait être

mort, punition après la chute,


la abrogée 3°; elle a été abrogée.
le Rédempteur futur, par qui P Elle a élé rérélée de Dieu,
l'hunianilé pourrait être sauvée. c'est certain. Vour l'établir, rien

le déluge, la ruine de Sodome, n'a manqué, ni les miracles ni

et qu'il a prouvé par des mira- les prophéties.Les miracles


cles la foi que les Patriarches abondent le passage de la mer
:

avaient en celle doctrine. C'est Rouge, la manne du désert, la


certainement à la révélation pri- terre qui s'entr'ouvre pour en-
milive, qu'il faut attribuer soit gloutir les rebelles, le soleil qui
la pureté de la doctrine q'.;e les s'arrête. Dieu obéissant à la voix
patriarches conservèrent, au mi- d'un homme, enfin tous les pro-
lieu des nations infidèles, soit diges opérés par les prophètes
l'usage des sacrifices et le sou- pour confirmer la loi de Moïse.
venir, que tous les peuples ont Les prophéties ne sont pas moins
gardé, de l'âge d'or, de la sain- éclatantes : Jacob prédit que le

teté du septième jour, de la chute sceptre demeurera dans la mai-


originelle, du déluge, etc., sou- son de Juda, jusqu'à ce qu'arrive
venir qui confirme la véracité de celui qui doit être envoyé ; Moïse,
Moïse que tous les Israélites mourront
82. Aussi les philosophes dans le désert Isaïe annonce
;

païens eux-mêmes vénéraient-ils Cyrus et le désigne par son nom,


l'autorité des anciens, comme plusieurs prophètes annoncent
étant plus proches de ladivinilé. la captivité de Babyione et celle

Et, en effet, ou Dieu a placé d'Assyrie, etc. C'en est assez, car
l'homme dès lo commencement tous connaissent la pureté de la
|)ar la révélalion, dans un élat doctrine niosaniue <|ui est résu-
surnaturel, d'où l'homme est mée dans le décalogue. Dieu
36 LE CHRISTIANISME

voulul en donnant cette révéla- pouvait s'exercer que dans un


tion nonvelle congerveret répan- seul temple, un nouveau sacer-
dre parmi les antres peuples la doce et par conséquent la fin du
révélation primitive, dont les sacerdoce Lévitique, un nouveau
nations, dispersées dans l'uni- sacrifice, donc la cessation des
vers, perdaient peu à peu le sou- anciens, la destruction du tem-
venir, en attendant que vint le ple, donc la ruine du culte. La loi
rèi^ne universel du Christ. Dieu ancienne n'était qu'une prépara-
a atteint son but, il est vraisem- tion à la venue du Messie qui
blable que c'est par la révélation devait donner aux hommes une
mosaïque que les philosophes loi nouvelle.
païens ont connu les belles cho- 85. 3° Elle est abrogée réelle-
ses (ju'ils ont dites sur Dieu ; et ment. C'est certain, si le temps
il est certain quegrands em-
les divinement fixé pour son abro-
pires des Assyriens, des Mèdes gation dans la loi mosaique elle-
et des Perses ont connu le vrai même est écoulé, et si le Messie
Dieu par les Juifs. Au reste, Dieu est venu promulguer la loi nou-
en se révélant à son peuple, n'a- velle ;or, ces deux conditions
bandonna pas les Gentils, parmi sont certainement accomplies.
lesquels il suscita des hommes ]) Le temps est écoulé, (a) D'a-
saints comme Job, ou même des près la prophétie de Jacob, Le
prophètes, comme Balaam ; et sceptre ne sera pas enlevé de
quelques auteurs pensent que Juda jusqu'à ce qu'arrive celui
les Sybillesont lait de vraies pro- quidoit et reenvoyé. Gen. XLIX,8.
phéties. Saint Thomas enseigne Or, Hérode Tiduméen s'empara
que la venue de Jésus-Christ a de toute autorité sur le peuple
été révélée à un grand nombre juif, (b) D'après la prophétie de
de Gentils. (2.2 q.'2. a. 7 ad. 3). Daniel, depuis le décret de la réé-
84. 2" La religion mosaïque dification de Jérusalem jusqu'au
devait ètredbrogée: elle compre- Cnrist roi, il y aura sept semai-
nait les dogmes, la loi morale nes et soi.rante-deux semaines, (il
de la religion primitive, et de s'agitde semaines d'années, selon
plus des lois civiles et cérémo- la manière de compter des Hé-
nielles. Il ne peut être question hvexw), et... le Christ sera mis
de l'abrogation des dogmes, car à mort, et le peuple qui doit le
la vérité du Seigneur demeure renier ne sera plus son peuple.
éternellement, ni de l'abrogation Dan., IX, 22. Il y a eu trois dé-
de la loi naturelle, car elle est crets permettant de réédifier
londéesur la nature et l'essence Jérusalem, l'un de Cyrus, l'autre
de l'homme qui ne peut chan- de Darius, fils d'Hystaspe, le
ger. Seules donc les lois civiles troisième d'Artaxercès Longue-
et céréinoHielles comportaient main. Duquel s'agit-il ? on ne"
l'abrogation. Or, ces lois devaient le sait, mais il n'est pas douteux
être abrogées. C'est certain de que les semaines n'aient été écou-
par la révélation rtiosaïque elle- lées, vers le moment de la venue
même, dont nous avons prouvé du Christ, (c). Au chapitre second
La loi mosaïque, en
la divinité. d'Aggée est prédite la gloire du
effet,prédit une nouvelle alliance second temple, où viendra le
et par conséquent l'abrogation de désiré de toutes les nations.
l'ancienne, la conversion des Dans son 3" chapitre, Malachie
Gentils et par conséquent l'im- dit aux Juils : // viendra it son
possibilité du culte juif, (jui ne temple, le dominateur que vous
LE CHRISTIANISME 37

cherchez. Or le temple a été ils honorent Dieu qui leur a promis la'
prospérité' étaient lidôles. Donc
s'ils
détruit sous Titus bientôt après la loi a été abolie. C'en est
judaïiiue
Jésus-Christ, le Messie a donc assez contre les Juifs qui depuis N.-S.
dû venir avant. se sont partagés en quatre sectes prin-
cipales. La premièi'c est celle des Karaï-
86. 2) // esl en cffelrcnu, car
tes qui n'admettent que l'Ecriture. La
c'est N.-S. Jésus-Christ; (a) et seconde est celle des Talmudistes ou
en elîet si ce n'était pas lui, quel Rabbinistes qui suivent les absurdes
traditions contenues dans !e Talmud,
serait-il? Que les Juifs nous le
livre qui a deux parties : la première
disent, eux qui l'attendaient à appelée Mischna ou seconde loi, a été
cette époque. Au reste, ils n'é- recueillie parmi les traditions par Judas
Ilakadoscb, vers l'an ^50 de l'ère ciiré-
taient pas les seuls à l'attendre.
tienne. La seconde, appelée Gémare,
Les païens eux-mêmes
soupi- comprend outre la Mischna, des com-
raient alors après sa venue, com- mentaires ajoutés au texte primitif. La
me l'attestent leurs historiens, troisième .secte juive est celle des
Réchabites qui vivent en Arahie la
Tacite et Suétone en particulier, quatrième est celle des Samaritains qui
;

(b) Jésus-Christ est le Messie, si habitent JalTa et Naplouse. Toutes ces


toutes les prophéties concernant sectes conservent l'Ecriture Sainte,
le Messie se sont accomplies en
comme un témoin de leur infidélité, et
elles sont comme les bibliothécaires de
lui. Or, il en esl ainsi. D'après l'Eglise chrétienne.
l'Ancien Testament, le Messie 88. Parmi les Juifs, ont acquis une
doit venir à un temps déterminé, certaine célébrité, d'abord les Masxo-
rèlcs qui, au Vl» siècle, ont ajouté les
comme il vient d'être dit; il doit points voyelles à la Sainte Ecriture qui
liaître de la race de David, d'une n'avait que des consonnes. Ils ont ainsi
vierge, à Bethléem, passer sa aidé ù garder l'intégrité du texte sacré;
ensuite les Cabalistes, qui, au X^ siècle,
vie dès sa jeunesse dans les
ont imaginé la cabale, ou les explica-
labeurs, avoir un précurseur qui tions énigmatiques de la Sainte Ecri-
lui prépare la voie, prêcher à ture.
son i)euple les préceptes du Sei- 89. Parmi ces sectes, quelques-unes
attendent un Messie puissant, qui ramè-
ifueur, l'aire des miracles, con-
nera les juifs en Palesline quelques
;

clure une alliance nouvelle avec autres en attendent deux, l'un riche,
les hommes, être prêtre selon l'autre pauvre; d'autres rejettent la

l'ordre de Mblchisédech, roi des croyance au Messie et d'autres qui


;

sont mieux dans la vérité, avouent que


rois, et cependant pauvre, assis
le Messie est venu, mais que son peuple
sur un ànon, homme de dou- à cause de ses crimes n'a pu le connaître.
leur, et connaissant l'infirmité. Prions donc pour ces perfides Juifs,
afin que Dieu enlève le bandeau qui
H doit être trahi par l'un des couvre les yeux de leur cœur; car
siens pour 80 deniers, et aban- leur religion n'a plus aucun signe de
donné par les autres; il doit divinité, ni miracles, ni prophéties.

subir les crachats, les soufflets, 90. Quand a cessé la loi ancienne ?
D'après tous les auteurs, elle n'a pas
le crucifiement en compagnie de
cessé avant la mort de J.-C, qui s'est
scélérats, il abreuvé de
doit être fait un devoir de l'observer. Les uns
fiel et de mais ses os
vinaii,Te ;
disent avec S. Thomas, qu'elle a cessé
d'obliger à la mort de J.-C. d'autres,
ne seront pas rompus, il ressus- ;

au jour de la Pentecôte; mais elle' n'a


citera, et ensuite, assis à ladroite él'' condamnée sous peine de péché
de Dieu, il doit régner sur les qu'après la promulgation de l'Evangile,
c'est-à-dire, d'après plusieurs, après la
nations. Or, toutesces prophéties
ruine de Jérusalem.
se sont accomplies dans le
Christ. Donc le Christ esl le 01. III. La religion chré-
Messie, doncle Messie est venu. tienne est vraiment révélée
de Dieu. C'est cerlain, c'est de
87. Parle fait, de|tui.s -19 siècles les
n'ont ni temple, ni gouvernement,
.liiifs
foi\ et cela résulte clairement
ni distinction de tribus, et cependant de ce que nous avons dit. La loi
38 LE CHRISTIANISME

mosaïque, qui élait divine, a isme, il en est le changement.


prédit la venue du Messie; or, le Qui dira qu'un chêne, mis à la
Messie est venu, et c'est J.-C. place d'un roseau, est un roseau
Donc, d'après la révélation mo- perfectionné. L'erreurdu progrès
saïque elle-même, la révélation continu, est en contradiction
chrétienne est divine. Mais, pour avec toute l'histoire, qui nous
plus de développements, nous apprend que tous les premiers
allons prouver notre proposition hommes ont été monothéistes au
par les signes divins, tant intrin- moins jusqu'au déluge. Les ido-
sèques qu'extrinsèques, que lâtres et les polythéistes n'ont
possède la révélation chrétienne, pas passé par judaïsme pour
le
et d'abord : se faire chrétiens, voir ce que
i" La Religion chrétienne est nous dirons au n'' 126 et suiv.
divine, car elle a tous les signes de l'indéfectibilité de l'Eglise.
intrinsèques de divinité, qui 93. 2) La vie de J.-C. et des
sont la sainteté de la doctrine, apôtres a élé sainte, (a) Seul
et celle de ceux qui la prêchent. J.-C. apu dire Qui me convain-
:

1) La doctrine est sainte {a) dans cra dépêché? Dans sa vie et dans
ce qu'elle nous fait croire de vrai, sa mort, il faitenvers éclater,
d'admirable de Dieu et de ses Dieu une grande envers piété ;

attributs, de sa Providence, de les infirmes, les pauvres, les


sa bonté, de sa justice, de enfants, envers ses ennemis eux-
l'homme, de son origine, de sa mêmes, une humilité, une mo-
noblesse, de son immortalité ;
destie, une pureté incompara-
du monde, de sa création et de bles, de telle sorte que Pilate
sa fin; {b) dans ce qu'elle lui-même fui obligé de le décla-
ordonne de faire. Elle trace avec rer innocent; elles bourreaux
clarté, fermeté et sûreté, tous les eux-mêmes en descendant du
devoirs de l'homme envers Dieu, Calvaire disaient: Cet homme
envers les autres, soit supérieurs, était vraiment le Fils de Dieu.
soit égaux, soit inférieurs, et à 94. (b) La sainteté de la vie des
l'égard de soi-même. Si celte apôtres s'est manifestée par les
doctrine était mise en pratique, travaux qu'ils ont entrepris, pour
l'homme s'élèverait presque au la sainte doctrine qu'ils prê-
niveau des anges. De là, on peut chaient, par les mépris qu'ils
tirer ce raisonnement jamais la : ont eus pour les choses du mon-
raison humaine n'a pu découvrir de, par la vénération qu'ils ont
une telle doctrine, cette doctrine inspirée, par les écrits qu'ils
est donc divine. nous ont laissés, et par la mort
92. C'est donc en vain que qu'ils ont subie pour la vérité.
les partisans du progrès conti- Oui ne sait ce que l'histoire
nu soutiennent, que la raison rapporte de leurs disciples, les
humaine a successivement per- premiers chrétiens, dont la vie
fectionné ses connaissances sur était un sujet d'admiration pour
Dieu, passant de l'idolâtrie au les infidèles? La religion chré-
monothéisme, du monothéisme tienne a donc tous les signes
au Christianisme, Pour s'en intrinsèques de divinité.
convaincre, qu'on se souvienne 95. 2» La vérité et la divinité
de ce que nous avons dit de l'in- de la révélation chrétienne se
firmité de la raison, au n" 64. prouvent aussi par les mir<wles
D'ailleurs, le monothéisme n'est et les prophéties, c'est certain,
pas une perfection du polythé- c'est même de foi, d'après le
39 LE CHRISTIANISME

Concile du Vatican. Si quel- cette conversion même est un


quun (Ut que les récils de ces miracle éclatant qu'il suffit à
si

{miracles), même ceux qui sont lui seul pour prouver lu divinité

contenus dans la sainte Ecriture, du Christianisme. A ce genre de


doivent être relégués, parmi les prodige, se rattache la conser-
fables et les mythes, et qu'ils ne vation perpétuelle de la religion
prourent pas à' une manière con- chrétienne qui sans armes ,
,

vaincante que la religion chré- triomphe des ennemis les plus


tienne est divine, qu'il soit anat. acharnés, des passions, des pré-
1) Il y a les miracles dans l'ordre jugés, des sophismes, des haines,
physique. Hes prodiges vraiment des persécutions, ne promettant
divins, ont accompagné la nais- pour tout bien en ce monde que
sance de J.-C. comme l'appari- la paix de la conscience et l'es-
tion des anges et d'une étoile pérance de la vie éternelle. Là,
merveilleuse. Les Evangiles sont a sa place aussi, la constance
remplis de guérisons d'infir- des martyrs, de tout âge et de
mes. Les aveuiïles voient, les tout sexe, qui, au nombre de
sourds entendent, les muets 16 millions ont subi, avec un
parlent, les lépreu.x sont guéris, courage intrépide, des tourments
les morts ressuscitent. A la mort dont souvent le seul souvenir
de J.-C. le soleil s'obscurcit (et épouvante. Parmi eux, il y avait
ce fait est raconté même par des de jeunes filles délicates, de
écrivains païens) les rochers se
; faibles enfants. Comment ex-
fendirent. Les juifs eux-mêmes pliquer tout cela sans une assis-
reconnurent la mort du Sauveur, tance surhumaine, divine même?
qui se fit voir plus tard vivant, à Que dire des admirables effets
plus de 500 témoins, et remonta de la religionchrétienne ? Elle
au en présence de ses disci-
ciel, a banni l'idolâtrie qui s'était
ples. Les Apôtres, selon la pré- répandue partout, excepté chez
diction de leur Maître, firent de les Juifs, cependant plusieurs
plus grands miracles que lui. La fois entraînés au culte des idoles;
seule ombre de saint Pierre et mais, depuis le Christianisme,
les mouchoirs de saint Paul les faux prophètes n'ont plus
guérissaient les malades. Nous osé prêcher l'idolâtrie Mahomet ;

ne disons rien du don des lan- lui-même ne l'a pas tenté, lui,
gues dont les Apôtres usèrent en dont le paradis semble réclamer
présence de tout le peuple juit. le culte de Vénus. Le Christia-

2) Il y
9(). a les miracles de nisme a aboli les ignobles mys-
l'ordre moral. Telle est la con- tères des païens, il a réhabilité
versionde 8,000 hommes au jour le pauvre et l'infirme, il a anobli

de la Pentecôte, telle est celle la femme, affranchi l'esclave. A


du monde qui a passé des hontes la vue de telles œuvres qui, s'il
et des erreurs monstrueuses du n'est insensé n'est forcé de
,

paganisme , à la pureté et à la s'écrier ; Le doigt de Dieu est là.


vérité du Christianisme. Saint 97.3) Dans l'ordre intellectuel,
Augustin à propos de cette con- ily a les prophéties. Or, les pro-
version fait ce raisonnement : phéties prouvent la vérité de la
Ou le monde s'est converti par révélation chrétienne. C'est cer-
les miracles, et la religion que tain et c'est de foi définie par
des miracles lui ont fait embras- le concile du Vatican. J.-C. a
ser est divine ; ou il s'est con- prédit sa mort avec ses circons-
verti sans niiracle, et pour lors, tances, la trahison de Judas, le
40 LE CHRISTIANISME

reniement de Si Pierre sa , A lui se rapportent par consé-


propre résurrection etc., les , quent le Magisme ou la religion
miracles que devaient opérer de Zoroastre, qui, dans la Perse,
ceux qui croiraient en lui, les honore deux principes, et révère
persécutions qu'ils devaient le feu ; le Sabéisme qui , en
subir, la ruine de Jérusalem, le Arabie, rend un culte aux corps
triomphe de son Eglise ; et célestes ; le Brahnuuilsjne qui
toutes ces prophéties ont été professe dans l'Inde le Poly-
justifiées par l'événement. Donc théisme et la Mélempsychose ;
la religion chrétienne a lous les la religion de Confucius qui
signes extrinsèques de divinité. règne en Chine (c'est un mélange
Son divin fondateur a prophé- de Panthéisme et de matéria-
tisé, afin que lorsque l'évère- lisme) ;le Bouddhisme ou le
mcnt se serait accompli on , Lamaïsme au Thibet et en Corée,
crût t/i cum factum fueril
: et ailleurs, c'est un composé de
credads ; il a fait des miracles Polythéisme et de Métempsy-
pour qu'ils prouvassent sa doc- chose, le Sintisme au Japon,
trine. Operibuh crédite. D'ail- c'est le culte des Génies le ;

leurs, nous avons vu que le Fétichisme en Afrique et eu


Christianisme a les signes intrin- Océanie , c'est l'adoration de
sèques de divinité, donc il est divers corps. Comme il est
vraiment divin, donc la religion manifeste, toutes ces religions
prmiitive et la religion mosaïque se résument en deux erreurs
sont divines, puisque J.-G. les absurdes, celles des deux prin-
a regardées comme telles. La cipes et le Polythéisme, erreurs
vraie révélation divine depuis le qui sont tout à fait contre la
commencement du monde illu- raison, comme nous le dirons en
mine donc l'humanité, à travers parlant de l'unité de Dieu. Elles
le désert de la vie, jusqu'à ce n'ont donc aucun signe intrin-
qu'elle la conduise à la terre sèque de divinité et elles ne
;

promise du Ciel, et ceux qui la peuvent par conséquent point en


repoussent marchent dans les avoir d'extrinsèques, ou de posi-
ténèbres, ne sachant pas où ils tifs, car Dieu ne peut faire ni mi-
vont tomber, comme nous allons racles, ni prophéties pour accré-
le voir. diter des erreurs contrôla raison.

Art. II. — La religion chré- Toutes ces religions doiventdonc


être rejelées. Il reste encore le
tienne est seule divine.
c'est prouvé
C'est ccrUiin, et
mahométisme.
par de tous les autres
la fausseté 99. I II. Du Mahométisme. —
cultes. Nous avons déjà parlé au Son aulciir, Mahomet, né en 571, à
la Mecque, en Arabie, exerça d'aljord
n'^ 84 et suivant du Judaïsme; le négoce et entreprit ensuite de domi-
et toutes les autres religions en ner ses compatriotes par la religion.
dehors du Judaïsme et du Chris- Chassé de la Mecque, il se réfugia à
Médine. y assembla des troupes, à l'aide
tianisme se réduisent au paga-
desquelles il s'empara de la Mecque et
nisme et au mahométisme, dont poursuivit ses victoires en imposant ses
nous devons dire un mot. cruyances par celte menace :Crois ou
meurs. Il écrivit sa doctrine dans le
.^ 1. Du Paganisme. Coran ou le Livre. En voici les princi-
il comprend tous ceux qui ne pau.\ articles dogtnaliqacs : («) il n'y

reconnaissent pas un seul vrai a qu'un Dieu et Mahomet est son en-
voyé, (b) la prédestination et la répro-
Dieu , Créateur du momie, et bation absolues, indépendamment des
qui adorent de fausses divinités. mérites, (c) l'existence des anges et des
,

CHRISTIANISME 41

démons, (d) la résurreclion et le juge-


les signes positifs extrinsèques.
ment futur, (e) le Purgatoire, le saut
fabuleux du pont Sarat, que traversent Donc il doit être rejeté. Nous
les justes et d'où les méchants sont avons déjà que tous les
dit
précipités, (f) l'enfer et un paradis plein
autres cultes païens doivent être
de voluptés sensuelles, (g) le fata-
lisme. rejetés et que le Judaïsme est
2" Les articles moraux sont : (a) la abrogé, donc toutes les religions
prière cinq fois par jour, (b) l'aumône, autres que la religion chrétienne,
(c) le du Ramadan, sorte de
jeûne
carême de
ne sont pas divines, donc la
jours, (d) pas question de
iJ!)

vertus intérieures, comme l'humilité et révélation chrétienne est la seule


la charilé, (e) il faut reconnaître qu'il divine. Mais comme la religion
n'y a qu'une seule puissance spirituelle
et temporelle tout à la fois, (/") la poly-
est nécessaire à l'homme et "à la
gamie est pei'mise à l'exemple du pro- société, il faut donc embrasser
phète qui a eu à la fois lo femmes et le Christianisme qui est seule la
d'innombrables concubines, {g) la for- vraie religion. C'est qu'a là ce
nication est pourtant défendue, bien
que par révélation divine, elle ait été
voulu J.-G. qui a dit Celui qui :

permise au prophète, (li) tous les péchés croira sera sauvé ; celui qui ne
sont remis par le pèlerinage de la croira pas sera condamné. Ceux
Mecque, (i) on ne doit pas discuter sur
qui ne sont pas catholiqiîes n'ont
les questions religieuses, mais les im-
poser le glaive à la main, (j) ceux qui donc plus qy'à rechercher entre
succombent à la guerre sont absolu- les diverses sociétés chrétiennes,
ment sûrs du paradis. celle qui est la véritable Eglise
100. Il faut rejeter le Maho- de J.-C, établie par lui et gar-
métisine, car I» il est en coii-
: dant sa doctrine dans toute sa
Iradiction avec le Christianisme, pureté et ce sera là, la matière
;

dont nous avons prouvé la divi- du Les catholiques


traité suivant.
nité; 2» il est en contradiction n'ont pas à faire cette recherche,
avec la raison, la répcobalion ils connaissent la vraie Eglise
absolue répugne à la bonté de dont ils sont les pnembres, ils
Dieu le paradis de délices char-
; doivenf s'attacher fermement à
nelles rebute autant quç la plu- elle, en bannissant tout doute.
ralité des femmes la fornica- ;
(Voir n» lO'i). Mais tous ceux
tion du prophète prouve sa cor- qui ne sont pas catholiques doi-
ruption ; le fatalisme ruine la vent trouver la vraie Eglise
iiberlé dont la raison démontre puisque J.-C. ne protnet de
l'existence.Il n'a donc pas même sauver que celui qui croit sa
les signes négatifs intrinsèques doctrine.
dedivinité, il ne peut donc avoir

TRAITÉ III. DU VRAI CHRISTIANISME


OU DE LA VÉRITARLE ÉGLISE DE J.-C.
101. J.-C, dont nous venons vraie doctrine de J.-C, ils se
d'établir la divine mission, a séparent des autres hommes, qui
apporté la vraie révélation, la professent une autre doctrine
;
vraie religion aux hommes, qui ils se réunissent donc entre eux
sont tenus de l'embrasser, comme par la profession d'une même
nous l'avons dit. Par là même foi et constituent ainsi la Société,
que les hommes embrassent la ou l'Eglise Chrétienne, car le

3
4â Le vrai CHRIStiANiSAfÉ

mot Eglise signifie société. gnement de l'Eglise, qu'il soit


102. J.-C. a élabli une Eglise. anathème. » De fide, c. 6.
C'est de foi d'après le Credo, je 105. Cela étant posé, pour
crois l'Eglise catholique. Pr. 1). résoudre celle question, dans un
D'après les saintes Ecritures que premier article, nous exposerons
les prolestants regardent comme les notes, c'est-à-dire les signes
divines, et qui comme livres his- extérieurs, les indices à l'aide
toriques sont certainement véri- desquels on reconnaît la véri-
diques, J.-C. a dit je bdlirai : table Eglise, dans un second
et
mou Eglise. 2). La perpétuelle faisant l'application de ces notes,
tradition du peuple chrétien nous démontrerons que l'Eglise
qu'il au moins
faut respecter, catholique romaine est, et est
comme témoignage humain , seule le vrai christianisme, ou la
nous apprend que J.-C. a fondé véritable Eglise de Jésus-Christ.
une Eglise. 3). L'histoire nous
montre toujours à travers les
Article I. — Des notes de
la véritable Eglise de Jésus-
siècles, une société attri,buant Christ.
son origine à J.-C. sans que 106. Les notes sont la mani-
personne même parmi les infi- festation apparente d'une pro-
dèles, ose le nier. priété que l'Eglise doit nécessai-
103. Toutefois plusieurs so- reuîent avoir. Nous ne pouvons
ciétés humaines se disen t l'Eglise assigner ces notes qu'en nous
de J.-C, et comme elles ensei- basant sur la doctrine de Jésus-
gnent des dogmes contradic- Christ, qui se trouve dans les
toires , ne peuvent être
elles Saintes Ecritures, livres vraiment
vraies toutesla fois , nous
à authentiques, et vrais comme
montrerons donc dans un pre- nous l'avons dit. Lors même
mier chapitrç quelle est la véri- qu'il s'yrencontre bien des pas-
table Eglise de J.-C. et d'ans un sages obscurs et difficiles à com-
second, nous dirons ce qu'est prendre,, on y rencontre aussi
celte Eglise, démontrée véritable des témoignages pleins de clarté
dans le i)remier. ipie nous pouvons déjà apporter
en preuve, renvoyant plus loin
la (piestion de l'interprétation
CHAPITRE I«^
des Ecritures. Quelles sont donc,
d'après les Saints Livres les ,
QUELLE EST LA VÉRITABLE ÉGLISE
noies de l'Eglise de Jésus-
DE JÉSUS-CHRIST.
Christ?
104. Avant tout, remarquons 107. D'abord, ce ne sont pas,
bien les paroles du Concile du comme le veulent les protestants,
Vatican « Si quelqu'un dit que
: la prédication de la vraie doc-
la condition des fidèles est la trine et la bonne administration
même que celle de ceux qui ne des sacrements car la note dmt
;

sont pas encore arrivés à la être plus claire et plus vite


seule vraie foi, de telle sorte que saisie que l'Eglise elle-même,
les catholiques puissent, jusqu'à par un esprit même sans culture,
ce qu'ils aient achevé la démons- puisque la noie doit désigner
Iralion scientifique de la crédi- l'Eglise or quel homme même
;

bilité et de la vérité de leurs savant peut à première vue con-


croyances, suspendre leur asseii- naître la vraie doctrine et quels
limenl et mettre en doute la foi, sont bien les vrais sacre-
qu'ils ont déjà repie de l'ensei- ments ?
LE VRAI CHRISTIANISME 43

108. Parmi ces noies, les unes distinguent de toute


autre
sont négntires J'Ei'lise qui les : société. Une chosepeut être
a, n'est pas par là-même prouvée propre à l'Eglise de fait, de telle
véritable ; mais celle qui ne les sorte qu'elle ne convienne qu'à
a pas est convaincue de ne pas l'Eglise, bien qu'elle puisse con-
être l'E^^lise de Jésus-Christ ; venir aussi à une autre société.
les autres sont positives, et elles Ou bien une chose peut être
prouvent (pie l'Eglise qui les a, propre in se, en soi, à l'Eglise,
est vraiment celle de Jésus- de telle sorte qu'elle ne puisse
Clirist nous devons dire un
; convenir à aucune autre société.
mol des unes et des autres. Le symbole de Nicée énumère
100. ^ I. Dks notes néga- les quatre propriétés de la vraie

TiVKS. — Ce sont l'autorité, l'in- Eglise k Je crois... l'Eglise,


:

dôfectibililé, la perpétuité, pro- une^ sainte, catholique et apos-


priétés do l'Eglise dont nous, tolique. » L unité est propre à
parlerons plus loin, et la visi- l'Eglise, au moins de fait, et
bilité sur laquelle nous établis- d'après quelques auteurs, elle
sons aussitôt la proposition sui- est aussi propre in se; et les
vante :
trois autres sont propres in se.

110. P. Jésus-Christ a établi Les propriétés, en tant qu'elles


son. Eglise comme une société servent à faire connaître la véri-
lisible c'est certiiin et voisin
:
table Eglise de Jésus-Christ, sont
(le la foi, contre Jean Huss et et se nomment notes positives.
les Jansénistes, qui pensaient que Consacrons leur à chacune un
l'Eglise n'était composée que des numéro.
prédestinés, et contre les pro- 112. I. L'Unité. —
L'unité
lestants qui étaient impuissants exclut la pluralité, soit simul-
à faire voir leur église avant la tanée, soit successive, et la divi-
prétendue réforme. On le prouve: sion, car elle suppose l'union
1'^ par l'Ecriture Vous êtes la :
dans la foi et la charité sous une
lumière du monde. On ne peut seule autorité et avec le même
cacher une cité établie sur les culte, et cela partout et toujours.
montagnes. Math. V. 14. — Or l'unité P
est une pro-
:

2" par le concile du Vatican :


priété de l'Eglise. C'est de foi :
Dieu ,
par son Fils unique a Je crois l'Eglise une. Cela se
établi l'Eglise ; et Va munie de prouve par l'Écriture qui l'appelle
notes manifestes de sa divine Eglise non les Eglises) mai-
(et

instiluliGn , afin qu'elle puisse son, temple, un seul bercail d'un


être connue par tous, comme la seul pasteur, et nous apprend
gardienne et la mail r esse de la que dans l'Eglise, // ni/ a qu'un
parole révélée. Dei Fjlius c. IJI. seul Dieu une seule foi, un seul
— 3" par la nature de l'Eglise. baptême. Eph. IV, 5 2" L'unilé;

L'Eglise a été établie pour les est une noie de la véritable


hommes il faut donc que les
:
Eglise ; c'est certain de par la
hommes la connaissent, afin de foi, et c'est prouvé par les
s'y attacher; mais venons aux mêmes textes des Ecritures.
notes positives. Cette unité, en effet, éclate exlé
m. § II. Des notes posi- rieurement et apparaît manifesie
tives. —
Ces notes sont en dans lesSymboles, dans un seul
même temps des propriétés de chef, dans le culte partout suivi,
l'Eglise, ou des qualités qui ne et aide ainsi à connaître facile-
conviennent qu'à elle, et qui la ment l'Eglise. L'unité dans les
44 LE VRAI CHRiSTtANlsMÈ

points fondamentaux qu'ont ima- tous les hommes partout et


£^inée les protestants, n'a été toujours; en tant que note, c'est
inventée que pour le besoin de la diffusion de' l'Eglise parmi
la cause. Là où Jésus -Christ ne toutes les nations, ou successi-
dislingue pas, nous ne devons vement , ce qui suffit d'après
pas distinguer. L'Eglise doit être plusieurs, ou simultanément,
une dans tout ce que marque comme l'exigent d'autres avec
l'Ecrilure. plus de probabilité. Toutefois,
113. II. La Sainteté de personne n'exige une catholicité
l'Eglise, en tantque propriété, physique tous se contentent
;

suppose la sainteté de son d'une catholicité morale.


auteur, de sa nature, de sa lin, ]" La catholicité est une pro-
de ses moyens, de ses membres priété de l'Eglise. C'est de foi :

dont quelques-uns ^doivent pra- Je crois... l'Eglise catfwlique.


tiquer des vertus héroïques, et Pr. 1) par l'Ecriture Allez :

quelques autres opérer des mi- dans tout l'univers et prêchez


racles. En que note, la
tant l'Evangile à toute Créature.
sainteté doit éclater dans le corps (Marc. XVI, 15) je suis avec
et dans les membres de l'Eglise vous jusqu'à la consommation
par pratique des grandes
la des siècles. (Math. XXVIII, 20).
vertus et par les miracles. 2j par la raison. Dieu veut le
l» Lasainlcté est une propriété salut de tous les hommes et cela
de l'Eglise c'est de foi
: Je : par l'Eglise celui qui croira
;

crois... la sainte Eglise. Pr. 1) sera sauvé.


par l'Ecriture Jésus-Christ s est
: 2° La catholicité est une note
livré pour l'Eglise, afin qu'elle de l'Eglise c'est certain de par
:

soit sainte et immaculée. (Eph. V, la foi ce que nous avons dit le


;

25. '2J II a voulu qu'on gardât prouve ; du reste , comment


toujours dans son sein les trois croire sans prédicateur? Com-
conseils (qui sont le chemin de ment prêcher si on n'est envoyé?
la perfection) et des vertus héroï- (liom. X, 15) et cela partout?
ques. 3j 11 a voulu (jue dans son 115. IV. L'Aposïolicité sup-
sein il s'opérât des miracles. pose 1) la même doctrine que
:

Celui qui croit en moi, dit-il, les apôtres, et â) une succession


fera encore de plus grands pro- légitime et non interrompue
dige^. (Jean. XIV, 12). depuis les apôtres jusqu'à
^^ La Sainteté est une note de nous.
l'Eglise. C'est certain de par la 1° L'Apostolicité est une pro-
foi On reconnaîtra que vous
: priété de l'Eglise. C'est de foi.
êtes mes disciples, si ootis vous Je crois... l'Eglise apostolique.
aimez les tins les autres. Pr. 1) par l'Ecriture : Vous êtes
(Jean XIII, 35). Rien ne faisait élevés sur le fondement des
'

connaître aux infidèles la divinité apôtres. (Ephés. II, 19). 2) Com-


de l'Eglise, comme la charité, ment prêcheront- ils sans mis-
qui n'est chose que la
autre sion? (Rom. X. 15).
sainteté et les grandes vertus
;
2" L'apostolicilé est une note
et les miracles ont une vertu de l'Eglise c'est certain de par
:

merveilleuse pour attirer et la foi. Rien n'indique d'une


toucher les hommes. manière plus claire la véritable
114. III. La Catholicité. — Eglise de Jésus-Christ, qu'une
En tant que propriété, c'est la succession légitime et non inter-
mission de l'Eglise à l'égard de rompue de pasteurs, depuis les
LE VRAI CHRISTIANISME Vu

apôtres jusqu'à nous. Voir S. son sein se pratiquent d'hé-


110 258. roïques vertus. Sans parler de
110. Les Pères ont admis ces ses innombrables martyrs, elle
quaires notes et s'en sont servis compte des légions de religieux
pour réfuter les premiers héré- et de vierges, qui font viru de
tiques. Si une d'elles prise sépa- suivre les conseils évangéliques
rément ne suffisait pas, la réu- à l'exemple de Notre-Seigneur.
nion des quatre indi(]ue certai- Toujours elle a eu des hommes
nement la véritable Eirlise de vraiment apostoli(jues comme,

Jésus-Clirist ;défaut de
et le en témoigne l'histoire et ces ;

quelques-unes, ou même d'une hommes ont souvent opéré des


seule, suffit pour faire connaîlrc miracles, comme le prouve le
la fausseté d'une secte, puisque procès de leur canonisation. 11
comme nous l'avons dit, chacune y a sans doute des pécheurs
d'elles est une propriété essen- dans son sein qui s'en étonne-
;

tielle de la véritable Eglise. rait, quand il y en a eu parmi


Il ne nous reste donc plus les apôtres? mais leurs péchés
qu'à faire voir claireme))t la ne portent pas atteinte à la sain-
vraie Ei^^ise, en lui appliquant teté de l'Eglise qui, en mère
ces quatre notes. Il serait su- miséricordieuse, déplore leurs
perflu de lui appliquer les noies égarements. Parmi les miracles
négatives, qui ne peuvent donner qui s'accomplissent dans l'Eglise,
une preuve positive. qui n'admirerait cette merveilleu-
Article IL L'Eglise — se durée, en dépit de tant d'enne-

catholique romaine est la mis toujours acharnés? Toutes


véritable Eglise de Jésus- les œuvres humaines s'usent et

Christ. vieillissent; l'Eglise,de loin

117. En effet, la vérilable dépérir, s'étend toujours parmi


Eglise de Jésus-Christ est celle, les infidèles, auxtpjcls elle porte

qui a et qui a seule toutes les avec sa foi, la civilisation.


or l'Eglise 8" Elle est catholiqve. C'est
notes positives ;
catholique romaine les a toutes sous celle dénomination que la dé-
et lésa seule: ces deux parlies signent ses ennemis eux-mêmes.
de la mineure seront établies Elle compte plus de deux cents
dans les paragraphes suivants. millions d'hommes ; et comme
la montagne que Daniel con-
118. I I. L'Eglise catho-
templa dans sa vision, elle
lique ROMAINE A toutes LES
remplit la terre, et toutes les
quatre NOTES DE LA VRAIE
nations viendront à elle. La suc-
Eglise c'est certain de par In
:

1° Elle est une, elle exclut cession non interrompue de ses


foi :

pasteurs, et surtout des Pontifes


toutes les erreurs, professe par-
romains, est un fait avéré donc,
tout le même Symbole, c(uiserve
:

4» Elle est apostolique. Partout


et administre les mêmes sacre-
ses enfants professent le même
ments, a partout le même sacri-
symbole, qui est celui même
par conséquent le même
fice, et
culte essentiel elle est soumise des apôtres car c'est une loi de
;
;
l'Eglise de ne rien innover en
dans tout l'univers aux mêmes
pasteurs, dont l'unique chef est
dehors de la tradition. Tous ses
pasieurs tiennent leur juridic-
le Poutile romain, connue il est
lion, ou leur mission, du Pon-
facile de s'en convaincre, si peu
tife romain , qui remonte par
qu'on ouvre les yeux.
2^ Elle est sainte, car dans une série continue de Pontifes
46 LE VRAI CHRISTIANISME

jusqu'à saint Pierre . comme l'Amérique septentrionale (c) ;

l'histoire l'alleste. L'Eglise ca- ils ne peuvent pas même avoir

tholique romaine a donc loules l'unité, car (a) ils n'ont point
les notes de la véritable Eglise d'autorité suprême, qui soit un
de .lésus-Chrisî. centre de ralliement ; et sans
llî). II. Et elle les a autorité, on n'a que des membres
i
SEULE , car toutes les autres épars, mais sans tête (b) leur ;

sectes chrélieiines en sont dé- principe d'interprétation privée


pourvues. Ces secles se divisent de la Sainte Ecriture, rend aussi
en hért'sics et en schismes. l'unité impossible parmi eux,
car chacun interprète la Bible à
Les
I. sont mulliples. Il y
liéràxies
a encore en Orient les Nesloriens en
:
sa guise.
Chaldée, les Eulycliiens ou Jacobites 2) Jls n'ovi jias la sainteté :
en Syrie, en Arménie et en Egypte. Il c'estcertain ; ils n'ont pas celle
n'est' jtas besoin d'en parler, car qui
de la doctrine, comme nous le
ne Vdit ijne ces sectes ne sont pas
catboijiiues? verrons dans le cours de ce livre,
Les licrésies (rOccidcpl, connues en parlant de leurs erreurs.
sous le niini générique de protestants, Leurs londaleurs, loin d'avoir
sont de ;!00 espèces difterenfes. qui ont
voué au calbolicisnie une commune été des saints, ont, pour la plu-
haine. Elles ont eu pour précurseurs part, foulé aux pieds leurs vœux
au XVc siècle, en An£;lelerre ^Viclef, et religieux, et se sont mariés avec
en Bohême, Jean Huss. Au siècle sui-
vant, elles ont eu pour pères, en Alle-
des femmes, qu'ils avaient arra-
magne Luther et Mélanchthon ; en
,
chées au cloître. Du reste, com-
Suisse, Zwingle, Œcolampade, Calvin ment donneraient-ils de grands
et IJèze ; en Angleterre, Henri VIII et
exemples de vertus, eux qui
Cramnier en Italie, les Socins
, en ;

Hollande, Arminius. prétendent que la foi sauve sans


\-H). 11. Le schisme oriental, com- les œuvres? On ne doit pas non
mencé sous Photius en 857, a él6 plus attendre d'eux des miracles,
consiunmé au XI" siècle par Michel
Cérullaire. Le schisme russe commença
car Lulher répondit à Erasme
en i.'iO
1 jiar Pholius, archevêque de qui leur reprochait de n'avoir
Kiow ; cl, en 1680, Nicon, métropo- pas même guéri un cheval boi-
litain de Moscou, rejeta l'autorité du
teux « On ne doit pas exiger
:

Patriarche de Constantinople enfin ,

l'empereur Pierre le"" substitua à l'auto- des miracles de nous qui nions
l'ité du patriarche, un conseil ecclésias- le libre arbitre. »
ti(iuc aui|uel l'empereur jiréside. Or, ni
3) Ils n'ont pas la catholicité
les protoslanls, ni les schismatiques
orientaux n'ont les notes de la véritable
{a) ni celle du temps, car où
Eglise de Jésus-Christ c'est certain,,
élaienl-ils avant Lulher, pendant
et nous allons le prouver dans les deux les premiers siècles? {b) ni
1.5
numéros suivants.
celle des lieux, car leurs secles
121. 1» Les prolestants d'a- ne s'étendent pas au-del<à des
bord n'ont pas les noies de la royaumes, qui les protègent et ;

vraie Eglise. ) Ils n'ont pas 1 du reste, comment sans unité


r unité : c'est certain (a) d'après acquérir la catholicité?

leur propre aveu, Lulher disait : 4) Ils vont pas l'aposloUcité :

« Le diable est parmi nous il ; c'est certain, et c'est manifeste

y a autant de fois que de tètes ; par leur origine. Comment après


quand le papisme vivait, on ne 15 siècles auraient-ils lenu leur
voyait pas de telles divisions. » doctrine et leur mission des
(b) Déparies faits; ces diverses apôtres ? S'ils aTaient eu une
sectes sont presque innom- mission extraordinaire, ils au-
brables. Dans la seule Angleterre, raient di^i le prouver en guéris-
on en compte 148, et 288 dans sant au moins un clieval aveugle.
,

LE VRAI CHRISTIANISME 47

Ils n'ont donc aucune dos notes orientaux. L'Eglise catlioli(|ue


de la vérilahle Eglise; et sont romaine est donc la seule (pii

des sarments détachés du cep ;


les possède ; donc la
elle est
ils ne portent aucun fruit et se seule véritable Eglise de Jésus-
dessèchent. Chnst, la seule religion vraiment
122. 2" Les schismatiqiies révélée et divine, et par con-
orientaux n'ont pas non plus les séquent la seule religion véri-
notes de la vraie Eglise : c'est table, nécessaire à la société ;
certain, bien qu'ils aient conservé tous donc doivent l'embrasser
une sorte de hiérarchie, et pres- pour être sauvés tous doivent
;

que tous les dogmes de foi se soumettre à son autorité, car


catholique. Jésus-Christ à dit Si guelqiiun :

1) //.s n'ont pna Viniilé : n'écoute pas V Eglise, regardez-


L'Eglise russe est indépendante le comme un païen et un publi-

de la grecque. ne peuvent
Ils cain. (Mat.XVIIl, 17). Donc tous
même l'avoir, puisque d'après doivent accepter sa doctrine ,
le^rs principes, les Evoques sont comme il ressortira de ce que
indépendants les uns des autres nous dirons plus loin.
il y aura donc forcément parmi 124. Toutefois, ne l'oublions
eux autant d'Eglises que pas, si la raison nous fournit
d'Evèques. des motifs de crédibilité, qui
2) Ils n'ont pas la saint été, ni nous font connaître la vraie
dans le clergé qui, sous le joug Eglise de Jésus-Christ, et les
du pouvoir séculier, s'avilit dans raisons de l'embrasser, sans la
l'avarice et dans d'autres vices, grâce, la raison est impuissante
ni dans peuple qui, sous de
le à nous donner la foi et le com-
tels guides, vit dans une grande mencement de la foi ; soutenir
ignorance ; et de plus, il ne se le contraire serait une hérésie.
tait aucun miracle parmi eux. Donc, si (jnelqu''un a besoin de la
3) Ils nont pas la catholicité, sagesse, qu.il la demande à Dieu
enfermés qu'ils sont dans les qui donne à tous avec abondance.
limites du pouvoir politi(iue qui (Jac. 1-5).
les domine. Nous avons donc dit quelle
4) Us n'ont pas non plus est la véritable Eglise de Jésus-
l'apostolicité ; car l'intrus l'iio- Christ. Il nous reste <à dire ce
tius s'est complètement séparé qu'elle est.
de la communion des autres
fidèles pour fonder une société
nouvelle. Les patriarches schis- CHAPITRE II.
matiques reçoivent leur mission
du pouvoir civil et ils nient en
; CE qu'est la véritable église
fait la foi à la primauté du Pon- DE j.-c. OU l'Église catho-
tile romain, bien que leurs pères lique ROMAINE.
l'aient professée pendant dix
siècles, et que leur lilurgie la 12"). L'Eglise catholique ro-
préconise encore. maine est une société d'hommes,
123. Les schismatiques n'ont réunis parla profession de la
donc point les notes de la vraie même chrétienne et par la
foi
Eglise de Jésus-Christ. Nous participation aux mêmes sacre-
avons dit plus haut (pu; les ments, dans le but d'arriver à
protestants en sont dépourvu^, la sainteté et au saint éternel,
aussi bien que les hérjéliiiues sous la conduite des pasteurs
48 l'église catholique romaine

léti;iliineset principalement du dans son existence, son


l'Eglise
Ponlil'eromain, le seul vicaire de inlaillibilitédans l'enseigne-
Jésus-Clirist sur la terre. Nous ment, son autorité dans le gou-
disons socièlc, car elle a un
:
vernement des âmes. Toutefois,
chef, et (iile n'est point un as- devant traiter de l'infaillibilité
semblage d'hommes sans auto- et de l'autorité dans l'article
rité pour les régir. Nous disons : suivant en parlant des pasteurs,
réunis ddfis lebut d'arrircr à la nous nous contentons ici de
sainteté et an salut éternel, car traiter de l'indéfectibilité. L'E-
c'est là la finde l'Eglise c'est ;
glise serait ruinée si ses dogmes
certain de par le Concile du et sa constitution étaient changés
Vatican, chap. III Le Pasteur : ou détruits l'indéfectibilité sup-
;

éternel... afin de rendre perpé- pose donc deux choses l'im- :

tnellc Vœurre salutaire , de la mutabilité et la perpétuité.


Rédemption, a décrété d'établir 127. Or l'Eglise catholique
la sainte Eglise. C'est en cela que romaine est indéfectible : c'est
l'Eglise se distingue des sociélés de foi, de par le symbole, i^ui

humaines, ont pour fin le


(|ui sera récité par tous les fidèles
bien naturel des hommes dans jusqu'à la consommation des
l'ordre physique, intellectuel et siècles. Pr en effet,
L'Eglise,
moral. Nous disons réunis par : est indéfectible, Jésus-Christ a
si

la participation de la même foi voulu qu elle fût perpétuelle et


chrétienne et des mêmes sacre- immuable dans sa doctrine. Or
ments, pour exclure les héré- la chose en est ainsi 1° Il a :

tiques qui ont perdu la foi et voulu qu'elle fût perpétuelle.


les infidèles qui ne l'ont jamais 1) Son règne n'aura point de fin.
eue et qui ne participent pas (Luc, I, 33). Voici que je suis
aux sacrements. Nous ajoutons : arec vous jusqu'à la consomma-
sous la conduite du Pontife tion des siècles. (Mat. XXVIII, 20).
romain, pour exclure les schis- i) La fin de l'Eglise, c'est le
maliques. salut'des hommes or Dieu veut ;

Pour donner une connaissance que tous les hommes soient


suffisante de cette société vrai- sauvés, et cela jusqu'à la fin.
ment divine, nous devons traiter: 2° Il a voulu que son Eglise
I de ses propriétés ; II de sa fut immuable, dans sa doctrine.
constitution III de sa doctrine,
;
Les preuves de sa perpétuité
ou de la règle de la foi, et telle établissent également son im-
sera la matière des trois articles mutabilité. De plus : La vérité
suivants. du Seigneur demeure éternelle-

Article I. — Des propriétés ment. (Ps. CXVI, 1). Les portes


de l'enfer ne prévaudront pas
de l'Eglise.
contre elle, (Mal. XVI, 18), ni
J26. Nous avons dit au
dans le cours, ni à la fin de son
: n» 106, ce que c'est qu'une pro-
existence. « Si quelqu'un dit,
priété ; de plus . nous avons
qu'ilpeul se faire, sous l'influence
parlé aux n^^ 110, 112, 11.'3,
du- jrogrès des sciences, qu'on
I i,I 115, de la visibilité, de
donne un jour aux dogmes pro-
l'unité, de la sainteté, de la
posés par l'Eglise, un autre sens,
catholicité et de l'apostolicité qui
que celui que leur a donné, et
sont en même temps des pro-
leur donne, l'Eglise elle-même,
priétés et des notes de l'Eglise.
qu'il soit anat.. » Vat. cap. IV,
Ilne nous reste donc plus qu'à
can. 3.
exposer l'indéfectibilité de
L EGLISE CATHOLIQUE ROMAINE 49

De il faut conclure que la


là 130. C'est la réception du
de Jésus-Christ est telle-
relijjMon saiîrement de l'Ordre, qui cons-
men! parlaite, qu'elle ne peut titue la hiérarchie d'ordre, en
plus se perfectionner en elie- conférant la puissance de
niême, bien qu'accidentellement donner validement les sacre-
elle puisse se perfectionner sub- ments. La consécration une
jectivement daiTs les hommes, fois donnée par le sacrement de
qui peuvent la connaîire plus ou l'Ordre, ne se perd plus ; c'est
moins bien. La révélation chré- pourquoi les prêtres , même
tienne a été achevée et clause à hérétiques, administrent valide-
la mort du dernier des apôtres ; ment les sacrements qui ne
et il faut en dire autant des demandent pas la juridiction.
Livres inspirés. Or, qu'on remarque ce canon du
Article IL De la cons- — Concile de Trente : Si quelqu'un
dit qu'il 7i'y a pas dans l'Église
titution de l'Eglise.
128. L'Ep;lise est appelée,
une hiérarchie, établie par l'Iiis-
tituiÀon divine , se composant
dans nos saints Livres le corps
d'Evêques, de prêtres et de mi-
de Jésus-Christ. Or Jésus- ,

nistres, qu'il soit annt.


Christ ressuscité ne meurt plus;
Il est certain, en effet, par
son corps mystique, l'Eglise est
l'histoire qu'il y a toujours eu
donc \ivanle ; elle a donc elle-
même comme tout corps vivant,
dans l'Eglise depuis le temps
un corps et une âme qui le
des apôtres, des Evêques, des
prêtres et des diacres, et on
vivifie; le corps de l'Eglise, c'est
la colleclion extérieure des n'en peut trouver la raison que
hommes qui sont membres de dans l'institulion de Jésus-
Christ.
l'Eglise ; il- est par conséquent
visible , landis que Tàme est
131.' La hiérarchie de juri-
iiivi.siljle. Parlons de l'un et de diction , ou de mission , est

l'autre.
établie par l'institulion cano-
nique : elle confère la dignité,
129. I L Du CORPS DE
l'Eglise. —
Un corps se com-
le rang
mander aux
puissance de com-
et la
comme à des
fidèles
pose de la tète et des membres.
sujets, et de leur administrer
I. De la Hiérarchie de
licitement les sacrements, sup-
l'Eglise . La fin de l'Eglise, c'est
posé qu'on ait reçu le sacrement
le salut desàmes.Orle salut se
de rUrdre. Cette puissance se
procure par la grâce sanctifiante et
perd, si celui qui l'a conférée la
par la coopération de l'homme.
retire. Or la hiérarchie de juri-
C'est pourquoi Jésus-Christ a
diction se compose
de droit
institué dans son Eijlise une
divin, de primauté aposto-
la
double hiérarchie, c'est-à-dire
lique et des Evêques, que Dieu
une double réunion d'hommes,
a établis pour gouverner l'Eglise;
placés dans des rangs <^livers
et elle se compose, de droit
d'autorité La hiérarchie
sacrée.
ecclésiastique, de ceux à qui le
d'ordre but de donner
a pour
Pape et les Evêques donnent la
aux hommes la grâce sancti-
juridiclion, et en particulier des
fiante en leur administrant les
prêtres qui exercent le ministère.
sacrements ; et la hiérarchie de
Nous allons parler des uns et
juridiclion a pour but de diriger,
des autres.
par sa puissance, la coopération
des hommes à la grâce de Dieu.
50 l'église catholique romaine

132. 1» De la primauté voulu que celte primauté fut per-


apostolique. pétuelle et fut transmise aux
Il y a une double primaulé ;
successeurs de Pierre. C'est de
l'une iriionneur ou de dij^nilé, foi, d'après les mêmes preuves.
ou de préséance seulement, et Voici sur ce sujet la définition
une aulre d'honneur et de juri- du Concile du Vatican: Si quel-
diction loiit à la lois. Il s'agit de qu'un dit que c& n'est pas d'insti-
cette dernière. Nous verrons, ]) tution de Jésus-Christ ou de
quel est le sujet en qui elle droit divin, que le B. Pierre ait
réside, 2) sa nature, 3) les droits des successeurs perpétuels de sa
qu'elle donne. primaulé, sur toute l'Eglise,
]o3.'l) Le Sujet *EN QUI réside qu'il soit analh. V. can. 2.
la Primauté, c'est le Pontife 135. P. III. Le Pontife romain
romain , comme il ressortira est le successeur légitime de Saint

clairement ûe?' propositions sui- Pierre, dans cette même pri-


vantes. mante, et cela de droit divin.
P. I, Jésus-Christ a donné à C'est de foi, de par le Concile
sailli Pierre, sur foule rEijlise, du Vatican Si quelqu'un dit que
:

une primmité non senlemeiit


,
le Pontife romain n'est pas le

d'honneur, mais encore de juri- successeur du B. Pierre dans


diction. Cesl de foi, contre les cette ]irimauté, qu'il soit anal.
schismatiques, les prolestants et La raison prouve, en effet, cette

les jansénistes ; Pr. (a) par les vérité. Saint Pierre a établi son
paroles de Jésns-Glirist Je vous : siège à P>oine; l'histoire la plus
donnerai les clefs du royaume certaine en fait foi. C'est là qu'il
des Cienx. (Mat. XVI 19.) ,
est mort ; par conséquent
c'est là
Paissez mes agneaux, paissez qu'il a laissé à son successeur
mes brebis iiean. XXI, 1&), c'est- sa primaulé et tous ses droits.
à-dire les fidèles elles Evêques. 136. J'ai dit que celte trans-
// nij aura qu'un bercail et mission de la primaulé du Pon-
qu'un pasteur, (.loan X. 16), {b) de droit divin et c'est
tife, était

c'est certain, par la perpétuelle aussi de foi d'après le même


tradition de l'Eglise, que fixe à Concile: Il faut croire, dit-il,
jamais ce texte du Concile du que le plein pouvoir de pailre,
Vatican Si donc quelqu'un dii
:
de régir et de gouverner l'Eglise
que le bienheureux Pierre, apô- universelle, a été donné au Pontife
tre, n'a pas été établi par Jésus- romain en la personne du B.
Christ, Noire-Seigneur, prince Pierre. {De Ecclesiâ, cap. 3). Il
de tous les apôtres et chef visible est donc de foi par conséquent
de toute l'Eglise militante, ou s'il que le Pontife romain ne tient
dit qu'il n'a reçu directement et pas sa primaulé de l'Eglise,
immédiatement de Noire-Sei- comme l'a voulu le synode de
gneur Jésus- Christ qu'une pri- Pistoie, ni à plus forte raison
mauté d'honneur,, mais non de des princes temporels: aussi le
vraie juridiction propremen t dite,, Syllabus condamne-t-il la 35'"<'
qu'il soit anathème, V. Pastor proposition qui enseigne que le
œlernus. c. 1. (c) par la raison. Siège de Rome n'est pas néces-
Comment une société pourrait- sairement lié au successeurole
elle l'ormer un corps uni, sans St Pierre, de telle sorte (|u'on
une tête (pii en rattache les pourrait séparer la primaulé de
divers membres? ce même Siège. Comment serait
134. P. II. Jésus-Christ a le successeur de Pierre, celui
LE SOUVERAIN PONTIFE ol

qui ne serait pas le Pontife ro- qu'il n'en a pas foule la pléni-
main, le(|iiel de droit divin est tude, ou que sa puissance n'est
successeur de Pierre? Le Pon- pas ordinaire et immédiate, soit
tife romain peut, il est vrai, chan- sur toutes les Eglises et chacune
iîer de résidence ; mais il ne d'elles, soit surtous les pasieurs
|)eut chanijer de Siège. et les fidèles et surchacun d'eux,
137. 2) De la Nature de cette qu'il soit anat. » {Be Ecdesiâ,
Prlmauté. —
in) Elle est mani- cap. III).
festement, d'après ce que nous Il est évident, par là, que la

venons de dire, indêpeudanle de constitution de l'Eglise est une


toute puissance humaine. Donc monarchie et même une mo-
lePapeest au-dessus des Canons, narchie bien que
absolue; car
(|uoi qu'en aient pensé les Galli- l'épiscopai soit une sorte d'aris-
cans, dans leurs fameux articles tocratie, il n'y a néanmoins dans
de 1682. Donc on ne peut pas l'épiscopat aucun droit que le
en appeler du Pape à un concile; Pontife romain n'ait pas, comme
donc, et c'est là une vérité de nous allons le dire.
fni., « Je Pontife romain a le loU. 3j Des Droits de la
droit, dans l'exercice de sa Primauté. —
Le Souverain
charge, de communiquer libre- Pontife a tous les droits néces-
ment avec tous les pasieurs et <?airespour conserver l'unité de
tous les troupeaux de l'Eglise... l'Eglise, pour exercer entière-
C'est pourquoi nous condam- ment la puissance suprême,
nons et réprouviins les opinions que .Jésus-Christ lui adonnéesur
de ceux qui disent qu'on peut toute l'Eglise, et pour procurer
licitement empêcher celte com- le salut des brebis et des pas-
munication du Chef suprême de teurs, d'où il ressort que l'Egli-
l'Eglise avec les pasteurs et les se n'est pas une société égale,
troupeaux, ou qui assujettissent comme un
collège composé
celte communication à la puis- d'homme d'égal rang, mais une
.sance séculière. » (Val. cap. 3). société inégale, ayant une puis-
Celte condamnation atteint sance suprême ; et par con-
entr'aulres Van Espen, juriste séquent elle est une société
Hollandais. parfaite et non pas une so-
l.'JS. {b) Elle est universelle ciété imparfaite et dépendante
à l'égard des pasteurs, soit réu- de lapuissance civile, comme
nis en Concile, soit dispersés; l'ont dit les protestants pour
elle est irnmédiale à l'égard de flatter les princes temporels.
chaque fidèle. Ecoutez encore le L'exercice de celle puissance,
Concile du Vatican : « Nous ensei- date du temps de.Iésus-Christ lui-
gnons (]ue celte puissance de même; Jean XXII ajustement
et
juridiction du Pontife romain est condamné l'article suivant de
ntnnédlnte, et égard
qu'à son Marsille de Padoue « Le bien- :

les pasteurs et les fidèles


de tout heureux Pierre n'a pas plus été
riteel d'une dignité quelconque, le chef de l'Eglise que tout au-
pris individuellement, ou tous tre des Apôtres. Jésus-Christ
ensemble, sont liés par le de- n'a point donné de chef à son
voir de la subordination hiérar- Eglise, et n'a établi personne
tliique et d'une véritable obé- pour son vicaire. » El InnorenI X
issance... Si (pielqu'un dit qu'il a condamné comme hérétique
a seulement la plus grande part la doctrine janséniste qui faisait
de la suprême puissance, mais saint Paul, comme saint Pierre,
.

52 L EGLISE CATHOLIQUE ROMAINE

chef de l'Eglise. Tons les apôtres de par les paroles de Jésus-


avaient reçu, il est vrai, de Jésus- Christ : « Mais fai priépour toi,
Christ la mission de prêcher afin que ta foi ne défaille pas. .

partout infailliblement, de fon- affermis tes frères. » (Luc XXII,


der parlout des Eglises; mais 32) (b) par la raison. Si le Pasteur
c'était chez eu\ un pouvoir ex- suprême pouvait C(»nduire les
traordinaire qu'ils ne pouvaient brebis fidèles dans les pâturages
pas transmettre à leurs succes- empoisonnés de l'erreur, que
seurs. Ils devaient du reste, deviendrait le troupeau? Ecou-
soumettre les Eglises qu'ils fon- tons les paroles du Concile du
daient à St-Pierre, à qui ils étaient Vatican: « Ce privilège de la té-
eux-mêmes subordonnés, comme rite et d'une foi qui ne défaille
il est clair par les paroles de jamais, a été accordé à Pierre
Notre Seigneur à saint Pierre et à ses successeurs dans cette
et par la conduite de ce dernier chaire apostolique, afin que...
au Concile de Jérusalem. En toute l'Eglise conservât son unité,
Pierre, ces pouvoirs étaient or- et qu'appuyé sur son fondement,
dinaires et devaient se trans- elle se tînt ferme contre les por-
mettre à ses successeurs. Mais tes de l'enfer. ^> Et en effet, sans
disons d'une manière précise un juge infaillible, on verrait
les droits des successeurs du dans l'Eglise le droit de cité
Prince des Apôtres. acquis à toutes les erreurs, que
140. Il est (Je foi d'après ce personne ne pourrait proscrire
que nous avons dit plus haut, assez efficacement pour tranquil-
no 135, que le Pontife romain a liser la conscience des fidèles.
la pleine puissance de paître et Parlons: (a) de l'exercice de
de gouverner. Traitons de l'une l'infaillibilité; {b) de l'objet de
et de l'autre et d'abord (A) du
: l'infîiillibilité.
POUVOIR DE PAITRE. Le froupeau 142. (a) De l'exercice de Vin-
fidèle est nourri par la doctrine faillibilité. — Le
Souverain
de la vérité et par les sacrements. Pontife enseigne l'Eglise, ou en
Il faut donc dire un mot (a) du dehors des conciles ou dans
pouvoir d'enseigner et (b) de les conciles . Touchant ces divers
celui d'administrer les sacre- modes d'exercer l'infaillibilité,
ments. établissons les propositions sui-
141. (a) Du Pouvoir d'ensei- vantes.
gner. —
« Le Saint Siège a tou- 143. P. I. Le Souverain Pontife^
jours cru, l'usage perpétuel de en enseignant l'Eglise, est infail-
l'Eglise prouve, et les Conciles lible indépendamment de l'assen-
œcuméniques eux-mêmes ont timent des Evéques. C'est de foi
déclaré que dans la primauté contre les Gallicans qui exi-
apostolique était la puissance geaient, pour que les définitions
suprême du magistère » ou le du Pape fussent infaillibles,
droit suprême d'enseigner l'Egli- qu'elles fussent acceptées expres-
se universelle. (Vat. chap. IV). sément ou tacitement par les
Or le wagis^ère du Souverain Evoques. Celte proposition s'éta-
Pontife est infaillible: (l'infailli- blit par les mêmes preuves que
bilité est l'exemption en vertu la précédente, n» 141. Aussi le
d'un secours efficace de Dieu, de Concile du Vatican dit-il « Nous :

tout danger d'erreur en ensei- enseignons et définissons que


gnant aux hommes la doctrine de c'est un dogme révélé de Dieu,
Jésus-Christ). Cesi de foi. Pr. (a) que lorsqu'il parle ex cathedra,
LE SOUVERAIN PONtlfË 53

c'est-à-dire, lorsque remplissant regardés comme


ayant une auto-
ses fonctions de Paster.r et de rité irréfragable. A plus forte
Docteur de tous les chrétiens, raison devrait-on les considérer
il dans sa suprême auto-
définit comme tels, bien qu'ils fussent
rité apostolique, qu'une doctrine d'une (orme moins solennelle
concernant la foi, ou les mœurs, qu'une définition, s'ils étaient
doit être crue par toute l'Eglise, adressés par le Pape à toute
de par l'assistance divine, qui lui l'Eglise. L'essence ou la condi-
a été promise en la personne du tion nécessaire de l'infaillibililé,
Ij. Pierre, le Pontife romain n'est pas, en effet, dans une
jouit de l'infaillibilité même que forme accidentelle et variable,
le divin Piédempteur a voulu que mais en ce que le Souverain
son Eglise possédât, touchant la Pontife, remplissant les fonc-
foi et les mœurs, et que par tions de sa charge,* enseigne
conséquent ses définitions sont l'Eglise comme docteursuprême.
irréformables par elles-inêmes et S. no 123.
non par le consentement de 145. Au reste rien de plus
l'Eglise. » Et en effet, si le Sou- sage pour chacun des membres
verain Pontife parlant ex cathe- du troupeau fidèle que d'écouter
dra, se trompait, les fidèles de- toujours la voix de celui que
vraient ou se séparer du centre Jésus-Christ a établi le Pasteu^
de l'unité et du fondement de des agneaux et des brebis. Il est
l'Eglise, ou embrasser l'erreur ;
inoui dans l'histoire qu'un Pape
et les deux hypothèses répugnent ait enseigné l'erreur à l'Eglise ;
à la raison. et il ne manque pas de théolo-
144. Pour que le jugement du giens qui soutiennent qu'un
Pontife romain soit infaillible, il Pape ne peut pas tomber dans
est nécessaire qu'il définisse une hérésie même privée, et de
comme docteur universel, et fait jamais Pape n'est devenu
noncomme homme privé, une hérétique.
doctrine concernant la foi et les 146. La plupart des théolo-
mœurs, devant être crue par giens avant le gallicanisme, ont
tous ; mai.s il n'est pas néces- enseigné que la Synagogue, et
saire qu'il frappe d'anathème en particulier le Grand-Prêtre de
ceux qui la nient. Il n'est pas la Synagogue était infaillible,
nécessaire pour l'inlaillibililé car de par ordre de Dieu, celui
d'une définition excalhédrd, que qui récusait ses jugements con-
le Souverain Pontife adresse la cernant la loi, devait subir la
définition àtous les Evêques ; peine de mort ; et ils ajoutent
il suffit qu^il l'envoie à un seul, que la Synagogue a failli pour
avec l'intention manilesle de la la première fois, quand elle a
faire arriver à tous. Bien plus, prononcé que Jésus-Christ élait
outre les solennelles définitions digne de mort, ce qui a été sa
e.r cathedra, qui sont adressées ruine. Ce n'est donc pas éton-
à toute l'Eglise, il y a des répon- nant que Dieu ait donné l'infail-
ses doctrinales des Souverains libilité au Souverain Pontife de
Pontifes, qui sont dirigées à cer- son Eglise, dont la Synagogue
tains Evêques, ou à une Eglise n'était que la figure.
particulière. Ces documents 147. Qu'on ne dise pas que
moins solennels, où leSouverain cette doctrine rend inutiles les
Pontife parle ex officio et comme Conciles œcuméniques Saint f

Pasteur suprême, doivent être Liguori répondrait : • Ils sont


34 l'église catholique romaine

utiles pour que les peuples est infaillible s'il définit une
acceptent plus facilement leurs doctrine dans un concile œcumé-
décrets, pour que les Evêques nique. C'est de foi, ei cela résulte
connaissent mieux les raisons manifestement de tout ce qui
de ces décrets et les exposent précède. Les décrets des conciles
plus clairement aux fidèles. Ils œcuméniques ont toujours été
sont utiles aussi pour fermer regardés comme infaillibles par
•la bouche aux hérétiques, qui l'Eglise.
font peu de cas des définitions Pour qu'un concile soit œcu-
du Pape. » L. Œ. D. tome 2, ménique, il faut 1) qu'il soit
:

page 0^4. convoqué par le Pape, qui seul a


148. P. II. Le Pontife romain le droit de le convoquer, de le
esl infaillible quand il définit transférer et de le dissoudre. Il
une doclr'ene dans un Concile est cependant deux cas où saint
pariiculier, qu'il préside, et Liguori enseigne que les Cardi-
quand il étend ex cathedra à naux et les Evêques peuvent
l'Eglise tout entière la définition convoquer un concile le pre- :

d'un concile particulier. Cela mier est celui où le Pape est


résulte clairement de ce que douteux, comme il arriva au
nous venons de dire. temps du schisme d'Occident ;
149. P. III. Le Pontife romain le second, c'est celui où un Pape
eït infaillible^ s'il croit
et en- tomberait d'une manière persé-
seigne comme révélée une doc- vérante et notoire dans l'hérésie.
trine que la plus grande partie Cette hypothèse est chimérique
des Evêques, répandus dans sans doute. Dans le premier
l'univers, enseignent également. cas, chacun des Papes douteux
C'est une vérité (/e /bi. Car de est tenu d'obéir aux décrets du
tout temps on a retfardé comme Concile, car le Siège romain est
catholique une doctrine qu'uni- regardé comme vacant. L. Œ. D.
versellement le corps épiscopal, tom. 2, pag. 165, Dans le —
uni à son chef, enseigne comme second cas, le Pape serait des-
étant révélée de Dieu. C'est aux titué ipso facto du Pontificat,
Apôtres ayant Pierre pour chef, car il dehors de l'Eglise
serait en
qu'il a été dit par Noire-Seigneur : et ne pourrait par conséquent pas
« Allez enseigner toutes les en être le chef, ce que le Concile
nations... Je suis avec vous jus- déclarerait. L. Œ. D. loin. 9,
qu'à la consommation des siècles. pag. 23:2. Selon l'opinion com-
Mat. XXVIII, 20. Ces promesses mune, aucun autre crime ((ue
étant perpétuelles, donnentl'in- l'hérésie n'entraîne la déché-
faillibilitéausuccesseurde Saint- ance du Souverain Pontife. V. sur
Pierre et aux Evêques succes- la simonie le n" 2314.
seurs des Apôtres .unis à leur 2) Pour qu'un concile soit
chef. C'est pourquoi
le peuple œcuménique, il faut que les
fidèle qui, en brebis docile, Evêques soient en nombre suffi-
écoute la voix de ses Pasteurs sant pour représenter l'Eglise
unis au Pasteur suprême, n'a pas enseignante. Pour cela il suffit,
l'infaillibilité qui est le propre dit Hurter, que la convocation
des Pasteurs, mais il a, comme soit générale, qu'aucun Evêque
disent les théologiens, Viner- ne soit exclu, qu'il en vienne
rance qui fait qu'il n'est pas qqelques-uns des régions loin-
trompé. taines, et qu'il y en ait plusieurs
150. P. IV. Le Pontife romain des contrées voisines.
uu
LE SOUVERAIN PONTIFE 00

3) Il faut que
les questions toujours unies et qu'il ne peut
soient d'une manière
traitées pas se faire qu'elles soient en
légitime, c'est-à-dire avec mûre désaccord.
délibération et liberté et que le 153. Le Pape est donc le juge
Pape y préside par lui-mt>ine ou suprême des controverses qui
par ses légats. intéressent la foi, le centre de
4) Il faut que le Souverain l'unilé de doctrine. C'est ici .le
Pontile confirme les décrets du lieu de s'écrier avec le Psalmiste :

Concile, d'où il est facile de Seigneur, vous avez tout fait


voir, une fois de plus, la supé- nrec sagesse, Ps. CIII, 24, eu
du Pape sur les conciles.
riorité donnant à tous, surtout aux
• 151. Dans le cas où le Pape, pauvres et aux petits, un mo-
après avoir convoqué le Concile, yen sûr et facile de connaître ce
s'en séparerait, il aurait pleine que vous avez caché aux sages et
puissance sur le Concile, comme aux prudents du siècle! Un en-
il est évident ^'après ce qui a fant, en effet, qui ne sait pas
été dit plus haut, n» 138. Et le lire, peut apprendre de ses pa-
Concile sans le Pape ne peut rents, de son pasteur, des fidè-
rien définir concernant la foi, les et des prêtres voisins, ce
dit St Liguori (Œ. D. lom. 2. qu'enseigne le Pape, ce qu'en-
pag. 220) ; car il n'est pas œcu- seigne l'Eglise, àquiDieu a pro-
ménique ; bien que quelques- mis l'assistance jusqu'à la 4in
uns pensent qu'en cas de vacan- du monde, l'Eglise qui remplit
ce du Saint-Siège, le Concile le monde et qui a tant de mar-
puisse définir des questions de ques de la divinité de son origi-
loi, surtout si la nécessité l'exi- ne et de l'assistance de Dieu,
geait. dont la doctrine est acceptée par
152. Il semble qu'il faut nier tant de fidèles sur toute la sur-
l'hypothèse où le Pape présidant face de la terre, et a été crue par
un Concile, la majeure partie tant de docteurs, de martyrs et
des Evêques soutiendrait une de saints qui ont opéré des mira-
doctrine contraire à celle de cles et pratiqué d'éclatantes ver-
leur Chef ; « mais si cela arri- tus. Et ainsi, la foi de cet igno-
vait, le Concile ne serait pas rant devient une soumission rai-
œcuménique, dit St Liguori ; ce sonnable à l'enseignement divin
serait un tronc mutilé ; il ne par un motif de crédibilité, qui
représenterait pas l'Eglise, car est tout à fait à sa portée. Mais
l'Eglise doit avoir une tête. » Et que ceux qui instruisent les en-
le saint Docteur ajoute: «dans fants et les ignorants aient soin
l'Eglise, le pouvoir suprême est de leur apprendre les motifs de
un et non double, à moins que crédibilité de la doctrine de
vous ne vouliez attribuer à l'Eglise romaine, et qu'ils pren-
l'Eglise deux têles. » L. Œ. D. nent garde que les catholiques
tom. 2. pag. 216.* Il n'y a donc ignorants n'aient pas une foi
qu'une infaillibilité dans l'Eglise. plus solide que les protestants,
Elle réside dans la tète, et elle qui écoutent leurs ministres,
est communiquée aux Evêques sans connaître la pierre fonda-
unis à leur Chef, bien que quel- mentale sur laquelle Jésus-
ques-uns distinguent l'infaillibi- Christ a établi son Eglise. Voir
litédu Pape de celle qu'ils attri- les n»« 1307 et suiv. et 2194 et
buent à la majorité des Evêques, suiv.
avouant toutefois qu'elles sont 154. Ceux qui parmi les chré-
56 L*ÈGLISE CATHOLIQUE ROMAINE

tiens n'admirent pas la sagesse clique Quanta curâ,àa 8 décem-


de Jésus-Ciirist, iournissant, en bre 1864, Pie IX a condamné
saint Pierre et en ses succes- comme souverainement contraire
seurs, un moyen infaillible de au dogme, l'opinion qui pré-
connaître et de croire la doctrine tend : qu'on peut sans péché
((

révélée, et qui prêchent que et sans préjudice de la profes-


l'iyiique règle de la loi est la sion de la foi chrétienne, refu-
sainte Ecriture, doivent ensei- ser son assentimentetson obéis-
gner qu'un chrétien avec l'Ecri- sance, aux jugements et aux dé-
ture peut se tromper, et par crets du Siège apostolique, dont
conséquent se perdre, et alors l'objet avoué ne regarde que le
à quoi lui sert l'Eciiture? ou bien général, les droits et la dis-,
bien qu'il trouve toujours avec cipline de l'Eglise, pourvu qu'il
l'Ecriture la vérité, et pour lors n'atteigne ni la foi, ni les
ils attribuent à tout fidèle, mœurs. »
même ignorant, le privilège de 157. De là il ^t évident que
l'infaillibilitéqu'ils refusent au l'Eglise est infaillible dans la
Pape, car le Pape a au moins discipline générale, de telle sorte
aussi bien qu'un autre, à son qu'elle ne peut rien ordonner,
usage, l'Ecriture sainte, qu'il qui soit contre les bonnes
est chargée d'expliquer à tous. mœurs; elle est infaillible dans
i55. (b) De Vobjel de Vinfailli- l'interprétation de la sainte Ecri-
hiliié. Il est évident d'après le ture, dans les jugements qu'elle
texte du Concile du Vatican porte sur les traductions des
n» 148, que tout ce qu'on dit de saints Livres, dans le choix
l'infaillibilité du Pape se dit de qu'elle fait dans la tradition
l'inlaillibilité de l'Eglise et vice des vérités révélées, dans l'ap-
versa. Là où est Pierre, là est probation des constitutions des
l'Eglise ; là où est le Pape, là ordres religieux. Quant à la ca-
est l'Eglise. nonisation des saints, il en est
P. I. Le Souverain Pontife qui pensent qu'il est de foi que
enseignant ex cathedra es< infail- l'Eglise est infaillible en la pro-
lible, concernant la foi et les nonçant. Le nier serait au moins
mœurs c'est de foi, d'après le
: téméraire. Dans la Béatification,
Concile du Vatican. V. n° 143. le jugement de l'Eglise n'étant
156. P. II. Il est infaillible en pas définitif, on ne peut affirmer
déterminant l'extension de ses comme certain que l'Eglise est
droits et de son autorité : c'est Benoît XIV, bien
infaillible, dit
de foi, et cela résulte clairement que cependant plusieurs théolo-
de ce que nous avons dit au n" giens le soutiennent. L'Eglise
143. 1) si le Pape pouvait se est certainement infaillible dans
tromper en excédant les limites les jugements qu'elle porte sur
de ses pouvoirs, les fidèles au- les faitsdogmatiques, (on ap-
raient toujours lieu de se de- pelle fait dogmatique celui qui
mander s'il les a dépassées, ou est lié à un dogme, par exem-
non, dans ses décisions, et 2) si ple :telle erreur est soutenue
le Pape ajoutait ou retranchait par tel auteur, ou est contenue
quelque chose à ses droits, il irait dans tel livre).
contre la parole de Notre-Sei- 158. L'Eglise est infaillible
gneur Enseignez tout ce que
: dans la condamnation qu'elle
jevous ai ordonné. {Math. XXVIII, porte contre certaines prouosi-
20). C'est pourquoi dans l'ency- tions, soit contre chacune en
LK SOUVEHAIN PONTIFE 57

parliculier, soit contre plusieurs suspectes d'erreur, fausses, blasphéma-


toires, impies, pernicieuses, scanda-
à la (ois, même lorsque, les pro-
leuses, captieuses, malsonnantes, ofl'en-
posilions seraient ilu domaine sives des oreilles pieuses, témépi-
delà philosophie, dessciencesou rcs, séditieuses, etc. El dans ce cas,

des arts, si elles sont contraires chaque proposition niérile au moins


une de ces qualifications. Une proposi-
à la révélation. L'E!,Mise dans tion est //eVe;«V/He, quand elle est con-
tout ce (jue nous venons de dire, tradictoire à un dogme catholique. Voir
,y,s ^-2!)^ ^iO; elle est schismatiqiie,
se reconnaît le droit de juger
(|uand elle va conlic la soumission due
d'une manière irréfurmable. aux Kvéïiucs. La pr(ji)Osi-
iia l'apc et
15i). Ne dites pas (jue la rai- tiiin rouine de l' hérésie q?.\, opposée à
son est indépendante. Elle dé- un dogme qui peut se définir, voir
pend nécessairement de Dieu et n" ^i([, ou bien elle nionc à l'hérésie ; ^ h i~.

elle sent l'hérésie, bien ([u'ellc ne soit


de la vérité. Or la doctrine de l)as hérétique, quand, vu les circons-
l'Eirlise et du souverain Pontile, tanc2s, elle fait supposer que son au-*
c'est la vérité. Par là même que teur n'admet pas un dogme catholique.
L'erronée est celle qui est opposée à
la raison est raison, elle doit s'y
une proposition certaine de par la foi;
soumettre, une raison indépen- or, on Vi\>^e.\\c certaines de par la foi,
dante de la vérité serait la dérai- les conclusions théologiques tirées de

son. Ecoulons le concile du Va- prémisses, dont l'une au moins est de


fui catholi(jue, ou divine, quand ces
tican « Si qnelquan iJil tjue la
:
conclusions sont admises par tous les
raison humnine csl lellemcul in- théologiens, bien qu'elles ne soient [las
(h'Iicndunlt', nue Dieu ne peut pan définies : si elles étaient définies par
l'Eglise, leur contradiction serait héré-
lui ronimander lu foi, (jn^il soil
tique; (voir le n" 258 et suiv.). On ap-
unulhèmc. » (V. Chap. III, can. pelle aussi certaine de par la foi,
\.) — « Si quelqu'un dit (|ue les
: une proposition déclarée vraie dans un
sciences humaines îloiveiit être Concile œcuménique, ou dans une cons-
titution ex cathedra, bien qu'elle ne
traitées avec une liberté telle soit pas l'objet de la définition
; on aj)-
(jue, bien que leurs assertions pelle fausse une proposition opposée à
soient contraires à la vérité ré- la vérité historique ; et téméraire,
celle qui. ne reposant sur aucun fonde-
vélée, on puisse néanmoins les
ment, est opposée à d'autres opinions
soutenir, et que l'Eiilise ne solidement fondées. Les autres qualifi-
puisse pas les proscrire, qu'il cations nous semblent assez claires
soit anat. » {Ibid. Chap. IV, pour n'avoir pas besoin de défini-
tion.
can. 2). En mettant son ensei-
i^nement pour barrière à la rai- 161. La censure d'une propo-
son et aux sciences, l'Eiilise les sition s'appelle JMrfw:?Vrir^, si elle
empêche de rouler dans des abî- est portée par le Pape, ou par
mes. En comparant la philoso- lesEvêques; et doririuule, si elh^
phie chrétienne à celle des est portée par les théologiens.
païens ou des rationalistes de Concernant les propositions con -

tous les temps, il sera facile de damnées, il faut bien remarquer


voir les services, que l'enseigne- les paroles du concile du Vati-
ment de l'Eglise a rendus aux can : (( Vu que
ce n'est point
sciences. assez d'éviter la malice de l'hé-
d()0. condamne do deux ma-
1,'F.sflisc résie, si on ne fuit les erreurs
nières les propositions InUéi-odoxos :
qui s'en approclienl plus (ki
ou elle inflige à chacune la noie qu'elle
moins, nous avertissons tous les
niérile, ou hien elle en condamne plu-
sieurs à la fois, in (jlob», comme étanl fidèles du devoir oii ils sont,
respeclivement lién'tiques, scliismali- d'observer les constitutions elles
qucs, voisines de riiérésic, sentant décrets par lestpiels ces opi-
l'hérésie favorisant, suspectes
ou la
nions perverses, que nous n'énu-
d'hérésie, erronées, voisines de l'er-
reur, sentant l'erreur ou la favorisant, niérons pas ici, sont proscrites
:i8 L EGLISK CAtHOUQUE ROMÀtNË

**t déreiiiliies par le Saint- autrement si une université était fon-


dée par un gouvernement, ou même
Siège. » V. Cliap. IV. Remar- par un Ei«éque. sans le consentement
quez ce mol deroir ; ce n'est pas du Pape. Les universités comprennent
(ionc une queslion de dévolion, les facultés qui s'occupent de l'ensei-
gnenicnt de quelque science ou de
mais bien une o!)lii!alion de re-
quelque art particulier^ comme les fa-
jeter une doctrine mauvaise. Snr cultés de lliéologie, de droit, de méde-
les conclusions théoioyiques, voir cine.

le no:255 et suiv. Les grades conférés par les univer-


d'abord celui de bachelier, puis
sités, sont
162. iXon seulement l'Eglise celui di licencié, quidonne le droit de
a, inthépendainment de toute prendre îe titre de docteur ou de mai-
puissance civile, le droit d'en- Ire. Ces deux derniers titres reviennent
au même, celui de docteur a prévalu
seigner toutes les nations des
aujourd'hui.
choses de la foi, mais encore elle 11 y a des gradués qui ont parcouru

peut, indépendamment de la so- les cours ordinaires des études et subi


les examens voulus. 11 y a les gradués
ciété civile, des écoles
ouvrir
de faveuv, qui, possédant la "science
])our y enseigner les sciences hu-
voulue, ont été dispensés du temps
maines. L'Eglise est, en elTef, des étude.s et de certaines lormalités ré-
une société parfaite et même la gulières ; et il y a les gradués de pri-
vilérje, qui ont reçu ce titre du souve-
plus partaile de toutes, et insti-
rain Pontife avec dispense des études
tuée par Dieu lui-même. Donc, et dos examens.
si la société civile, par là-même Les gradués ont le |irivilcge de pou-
qu'elle est société, se reconnaît voir être i)ronuis aux Prélatures, d'être
constitués en dignité, et d'être chargés
le droit d'ouvrir des écoles, l'E-
s'ils sont docteurs, d'exécuter les lellres
glise a ce droit à plus forte rai- apostoliques.
son. Toutes les sciences, au Le concile de Trente exhorte de confé-
rer autant (j%e possible aux gradués
reste, ont quelque rapport avec
les dignités ecclésiastiques et la ma-
la théologie, et même en dépen- jeure ])ai'tie des canonicats.
dent d'une certaine manière. Les universités de l'Etal où on donne
Consultez le Syllabus, proposi- un enseignement théologique, canoni-
([ue, philosophique, en deliors de l'ac-
tions 42 et suivantes ; elle Sylla- tion de l'Eglise, sont la source la plus
bus a une autorité infaillible, féconde de la iierversii'n des intelli-
dit Hurler, au moins en tant gences dans la classe dirigeante.
qu'il a été accepté |)ar toute l'E- H est clair que de
les facullés
glise, bien que toutes les propo- canon ne
théologie et de droit
sitions (pii y sont condamnées dépendent absolument que de
ne soient pas héréliipies. l'Eglise, et que le souverain
Ifô.Bien plus, quand le [)ou- Ponlif'e seul, peut])ar lui-même
voir civil ouvi'e des écoles, il n'a ou par son délégué en conférer
pas le droit de choisir à sa guise les grades.
les maîtres, de prescrire les mé- L'éducation des clercs et la
thodes et les doctrines. Ce droit méthode d'enseignement dans
appartient ta l'Eglise qui peut les sétninaires est aussi tout à
par le souverain Pontife seul, fait indépendante de la puis-
ériger des universités d'études. sance civile. A plus forle raison
K!4. l'ar iinivcrsilé, on cnlenil un celte puissance ne peut-elle nul-
collège établi par rauloi'iiû i)ulili(|iie lement s'immiscer au réijime
pour enseigner loules les sciences.
des couvents et à la discipline
On peut donc y accourir de parloul; et
aui)Oinlde vue du droit ecclésiastique, régulière. Ces principes sont
si l'universilé qui les a conférés aux très certains dit
, Craisson ,
ccclésiasti(|ucs, est établie par le sou- n" 5529. Voir Zig. M. 63-5. et le
verain l'oiUile, les grades ro(;us don-
Syllabus, propos. 45, 10,47, 48,
nent droit partout à tous les privilèges
que l'Kglisi' y a attachés. Il en serait
LE SOUVERAIN PONTII'Ë d9

165. (b) Du Pouvoir d'Admi- comme hommes publics, aux rois


MSTKER SACREMENTS.
LES — eux-mêmes et aux sociétés chré-
D'iiprès ce (jue nous avons dit tiennes. —
Kn sorte que ces so-
"jy. au ro 137, le souverain PoiilKe ciétés ne peuventrejeterle magis-
a lo pouvoir plein el immédiat lère, ni la puissance de l'Eglise,
• d'adminislrt-r les sacrements par ni même se montrer indiffé-
lui-même ou par tl'autres à tous rentes à l'égard de l'Eglise. C'est
les (idèles de l'univers. C'est de certain, quoi qu'en puissent dire
foi.
* les politiciens qui proclament la
166. B. Du Pouvoir de Gou- loi alliée et la séparation de l'E-

verner.— L'Eglise est une so- glise de l'Etat, quoi (pi'en disent
ciélé parfaite ; la doctrine con- les gallicans qui ont prétemlu
Iraire est condamnée dans la 19® que le Pape n'avait aucun pou-
proposition du Syllabus. Or, voirdirect, ni indirect, sur le tem-
loule société parfaite a (a) ua porel des rois, et les callioli-
pouvoir à exercer sur ses sujets, (pies-libéraux qui enseignent
et (r.) la faculté de posséder des (|ue la liberté de penser, la
biens temporels; donc et à plus liberté de la presse, celle de la
forte raison l'Eglise a ce droit. conscience et des cultes, sont le
(a) Du pouvoir ifii'a l'Eglise droit de tout homme, droit (jue
sur ses aujets. —
Disons {(i) l'é- la société doit défendre.
lendue de ce pouvoir, (h) les Pr. 1) par ce que nous avons
divers droils qu'il comporte. dit au n» 138. 2) L'Eglise est le
1G7. («.) Etendue de ce pou- royaume de Jésus-Christ; or :

voir. \. La puissance de l'Eglise Votre roijaume est de tous les


ne s'élAid pas au.x infidèles : {Ps\C\Ll\\ 13). Deman-
siècles.
Est-ce qu'il m'iipparlient , dit dez-moi el je vous donnerai les
saint Paul, de juf/er ceux qui nations en héritage. (Ps. Il, 8).
sont en dehors de la foi? (' Cor. 3) par la raison. L'Eglise sans
V. 12). Elle ne peut donc user doute n'a pas droit sur la sociélé
de violence pour les convertir: civile, pour les choses qui sont
mais en verlu de la parole de purement dans le but de celle
N. S. : Prècliez l'Erauijile à sociélé, dont la fin est le bien
toute créature, elle a le droit de temporel des hommes; et l'E-
leur envoyer des hommes apos- glise s'élève plus haut que cette
toliques ; el si les infidèles les fin purement naturelle, elle (|ui

repoussent ou les persécutent, a un but spirituel; mais l'Eglise


l'Eglise peut exciter les princes a droit sur la sociélé civile, en
cliréliens à entreprendre conlre tout ce qui, dans celte sociélé,
eux des expéditions saintes pour peut ailler la fin de l'Kglise,
tlél'endre la liberté de l'Evangile. c'est-à-dire la vie éternelle. L'E-
Les infidèles ne |teuvent être glise l'emporle sur la société
excusés de faute, s'ils refusent civile comme l'àme l'emporte
de se soumeltre à l'Eglise f|ui est sur le corps, Dieu sur le monde ;

la seule vraie religion, à moins elle a le droit de la régir en ce


qu'ils ne soient dans une igno- qui est conforme à la fin qu'elle
rance invincible: c'est ce qui ré- poursuit, et dans ces limites, !a
sulte de ce que nous avons dit société civile doit se soumelireà
plus haut n'J 100. l'Eglise, comme un inférieur à
108. 2. Le pouvoir ée l'E- son supérieur.
glise s'étend à tous les ckrét'icns, KiO. Dans un cas de conflit
soit comme hommes privés, soit entre les deux puissances, c'est
(JO L^ÉGLISE catholique kOMAINË

à l'Eglise à juger. C'est certain ;


faire cession de ce droit aux
et la société civile non seulement princes et aux laïques; mais dans
ne doit rien faire contre les toute l'hypothèse, c'est elle seule
droits de mais encore
l'Eglise; qui donne l'institution canoni-
elle doit les défendre sans pré- que, ou la mission.
venir toutefois son jugement. 171. De ce que nous avons
Elle doit aider l'Eglise à con- dit, il faut conclure aussi que
duire les hommes à la fin, qui c'est avec raison, qu'ont été con-
lui est propre, car le bien tem- damnés dans le SijllUbus et l'En-
porel qu'a en vue la société ci- cyclique Quanta cura, les prin-
vile ne saurait être complet, s'il cipes des catholiques libéraux.
n'est pas ordonné pour le bien Pour atteindre sa fin, l'Eglise a
spirituel et éternel. Du reste, besoin du secours de la puis-
qui ne sait (|ue la religion, et la sancecivile; elle ne peut doncpas
religion véritable est le fonde- être séparée de l'Etat, autrement
ment de la société? C'est donc elle n'atteindrait pas la fin que

avec raison qu'ont été condam- Jésus-Christ lui a marquée. Le


nés les articles de la déclaration mal et l'erreur, étant le néant,
du clergé gallican. ou la privation de l'être, ne peu-
170. Le Pontife romain peut, vent avoir aucun droit. La so-
mais non de droit divin, èlreroi ciété civile peut les tolérer, si de
temporel, comme nous dirons le graves raisons justifient cette
bientôt. Il peut donc avoir des tolérance, de même qu'on peut
vassaux sur lesquels il ait un coopérer indirectement au mal
pouvoir direct et que par con- pour une grave raison mais le ;

séquent il puisse destituera son mal et Terreur ne peuvent avoir


gré ; et il a sur tous les rois ni le droit, ni la liberté de sé-
chrétiens de droit divin un ]^o\\- duire les hommes. Qu'on re-
voïr indirect, de telle sorte qu'il tienne donc bien la condamna-
peut, non à son gré, mais si tion portée par l'encyclique
c'est nécessaire pour atteindre la Quanta curd, dont l'autorité est,
fin spirituelle de l'Eglise, leur sans nul doute, irréfragable,
infliger des peines et même les contre la proposition suivante :

déposer comme cela s'est vu du « La liberté de la conscience et


reste dans l'histoire. Quelques- des cultes est le droit propre de
uns n'admettent qu'un pouvoir tout homme; la loi doit l'affir-
directif\ydr lequel l'Eglise peut mer et le proclamer dans toute
résoudre les cas de conscience société bien établie; et les ci-
des peuples et des rois;* mais toyens ont le droit, qu'aucune
celte opinion est regardée comme loi ecclésiasliijue etaucune au-
erronée par plusieurs auteurs torité civilene peuvent restrein-
graves. (Voir Cr. 60!). Tarq. dre, à l'entière liberté de ma-
passim; Zig. M. de Eccle>>id\ T. nifester publiquement leurs
2 q. 12 a. 2). Le pouvoir tempo- pensées, quelles qu'elles soient,
rel doit donc se souvenir que soit de vive voix, soit par la
c'est à lui à apprendre et non à presse, soit d'une autre ma-
etiseigner et qu'il doit soumettre nière. » Qu'on ne dise pas que
ses actes à la direction de l'E- c'est seulement la liberté immo-
glise, au lieu de lui imposer ses dérée de la presse que l'Eglise
volontés. C'e€t à l'Eglise seule réprouve. Là ou la loi ne dislin-
qu'il appartient de conférer les gue pas, nous n'avons pas à
bénéfices. Elle peut, il est vrai. faire de distinction: une erreur
LE SOUVERAIN PONTIFE 61

modérée n'a pas plus de droit son autorité, doit ou ne pas s'en-
qu'une erreur des plus lunestes. gager, ou respecter les engage-
Voir rencyclicjue QuanUî cura i» ments pris, à moins qu'ils ne de-
et V^ et le Syllabus, prop. 24, viennent funestes au bien spiri-
34,41,4-2, 'i8,5-i, 55, 77,78, tuel, car dans ce cas les vrais

71), 80. La doctrine que nous contrats eux-mêmes peuvent être


exposons, est devenue plus claire rescindés. Ta.
encore par suite de l'admirable 173. {b). Desdkers droilsfjue
encyclique de Léon XIII, Im- comporte la puissance de gourer-
mnknle Dei, du l*"" novembre ver. —
Disons-le encore une
1885. fois : l'Eglise est une société
Vrl. Corollaihk. Puisque — parfaite ; or, toute société par-
'

l'Eeflise aune puissance sociale, faite a, de droit naturel, le droit


elle peut la tempérer par des (a) de faire des lois, (^) de juger
conventions ou des concordats (c) de punir les coupables. Donc
contractés avec les sociétés ca- l'Église a tout cela.
tholiques, hérétiques ou infi- 174. 1. De la puissance lé-

dèles mais ces sortes de con-


; f/islalire. — Il est de foi que le
ventions sont réservées au sou- Pontife romain peut faire des lois
verain Ponlile; et, si elles c[ui obligent tous les fidèles, et

étaient exloirinéos |)ar la crainte, cela indépendamment de la puis-


elles seraient invalides comme sance civile. V. n° 138. Le concile
les contrats. œcuménique a le même droit.
Les (*oncordals passés avec Le Pontilé romain peut donc,
les puissances catholiques sont soit en concile, soit en dehors
comme des privilèges non oné- du concile, abroger les lois qui
reux; on sait que les privilèges ont été faites, ou en dispenser,
communs ou accordés à un dio- c'est certain, et cela ressort clai-
cèse, à une Société sont obliga- rement de ce que nous avons
toires, et que ceux qui les ont dit.
reçus ne peuvent pas les révo- 175. 2. De la puissance de
quer, comme nous le verrons jager. —
Ecoutons la grande
dans le traité des lois; mais l'E- voix de l'Eglise dans le concile
glise, qui concède des concor- du Vatican « Nous enseignons
:

dats, peut les interpréter d'une et nous déclarons, que le Pon-


manière favorable, et même les tife romain est le juge suprême

révoquer comme
des privilèges des fidèles, que dans toutes les
gratuits. Il est cependant des au- causes qui sont du ressort de la
teurs qui regardent les Concor- puissance ecclésiastique, on peut
dats passés même avec les ca- recourir à son jugement, que
tholiques, comme des contrats les jugements du Siège aposto-
synallagmatiques qui engagent lique, qui n'a point d'autorité
les deux parties contractantes. supérieure, ne peuvent être cas-
Si les concordats sont conclus sés par personne, et qu'il n'est
avec les hérétiques, ou les infi- permis à personne de les juger.
dèles, assurément les hérétiques C'est pourquoi ils errent hors du
et les infidèles doivent respec- sentier de la vérité, ceux qui
tei", comme les calliolitiues, ces affirment, qu'il est permis d'en
sortes de conventions et ils ne appeler des jugements du Pon-
peuvent les révo(juer ; et l'Eglise, tife romain à un concile œcumé-
quand elle traite avec les socié- nique, comme si le concile
tés, (|ui ne reconnaissent pas œcuménique était une autorité
62 L KGLISE CATHOLIQUE ROMAINE

supérieure au Pontife romain. » son. Il fut un temps où les Evê-


170. 3. De la imissnnce coer- (|ues avaient des prisons.
cilive. —
Ce pouvoir appartient 179. Bien plus, d'après plu-
à l'Eglise comme nous l'avons sieurs auteurs des plus graves,
dit au n» 17o ; or l'Egiise peut dont le sentiment est loin, il est
l'exercer; 1) par les censures, vrai, d'être partagé par tous les
et c'est de loi que l'Eglise peut ibéologieiis, l'Eglise peut, comme
les porter, comme nous le di- toute société parfaite, user du
rons II" SO.'îo i2) par des peines
; glaive, ou punir de la peine ca-
temporelles. Certainement l'E- pitale. Les Evêques et les clercs
glisu lie peut pas employer la inférieurs ne le peuvent point,
violence pour faire endirasserla les lois ecclésiastiques le leur
loi aux infidèles, mais elle peut, défendent; mais au témoignage
par des peines matérielles, ré- du cardinal Tarquini, il ne man-
duire et punir ses entants re- que pas de docteurs ecclésiasti-
belles. C'est certain. Bien plus, ques qui infligent une grave cen-
Suarez pense que c'est de foi; sure à ceux qui relusent ce droit
du moins serait-il erroné et té- au Pape et aux conciles œcuiné-
méraire de soutenir le contraii'e. ni(|ues. On dira (jue cela répu-
Cr. o'ii)"). Au II" 8 de rencycli- gne à la mansuétude de l'Eglise;
(|ue (Jiianld rurd, est condam- et il laut convenir ipi'en lait de
née la proposition suivante : mansuétude, on n'a pas prati-
« L'Egiise n'a pas le droit de quement de reproclie à faire à
réprimer par des peines tempo- l'Eglise mais qui dira (pie les
;

relles la violation de ses lois ». supplices des réprouvés répu-


On peut voir aussi dans le Syl- gnent à ia miséricorde de Dieu?
labus les propositions 4 et 5 du (V.Tarq. de iioteslale coercU. et
synode de Pisloie. Z. M. de Ecclei^id et parmi les
177. De là il faut conclure, Œ. D. de saint Liguori, tome 4,
que l'Eglise a le
premièreitiriit l'appendice n" 8, voir aussi plus
droit d'appeler à son secours le loin; 110^ 8195-3-280).

bras séculier pour infliger ces 180. (b). Du droit qu'a l'E-
sortes de peines, et le bras sé- fjlhe de posséder des biens et un
culier doit lui prêter son minis- royaume. —
Nous avons parlé
tère. C'es[ certain; aussi l'ency- du pouvoir du Pontife romain
clique (Juaiitd curd a-t-elle con- sur le temporel des rois, n" 170.
damné ia proposition suivante : Bien (|ue sa lin soit spirituelle,
(( La meilleure condition d'une l'Eglise est néanmoins établie
société, qu'on n'y recon-
c'est parmi les hommes, qui ont be-
naisse pas à l'einpirele devoir de soin de biens temporels, soit
réprimer par les peines portées pour subvenir aux frais du culte
par le droit, les violateurs des divin, soit pour propager la foi,
lois ecclésiastiques, excepté dans soit pour sustenter les ministres
le cas où la paix publique sacrés donc l'Eglise a le droit
;

l'exige. )>
de posséder les biens néces-
178. Secondement l'Eglise y saires pour atteindre sa fin ;

peut elle-même infliger ces sor- sans cela le Dieu, qui l'a établie,
tes de peines et de fait l'Iiis-
; ne l'aurait pas pourvue suffisam-
toire atteste qu'elle a puni ses ment. Cette doctrine est cer-
enfants rebelles parla proscrip- taim- : bien plus, elli^ est dr foi
tion de leurs biens, par la lla- coiilre les llussiles. Et il est
gellation, par l'exil, par la pri- cerlaiu que l'Eglise u ce droit.
.

LKS KVKQLES 03

coînme elle a l'existence, indé- 2" Des Evêques.


pendamment des puissances ci- 183. L'Evêqufc est un prêtre,
viles; et les biens acquis par qui a recula plénitude du sacer-
l'Eglise n'appartiennent en au- doce i^our gouverner une EgJise.
cune 'manière à l'Elat, qui n'a C'est de droit divin (|u'il y a des
pas même de Ijaut domaine sur Evêques dans l'Eglisa de Dieu.
ces biens, attendu qu'il est loin C'est de fol. Tr. ses. 23, can.
d'ctre supérieur à rEi,^lise. S'il G. C'est aussi de foi que l'Evê-
en a besoin, il est nécessaire qne est supérieur aux prêtres.
(|u'il obtienne le consentement Tr. ses. 23. can. 7; et il est
(le l'Eglise. (Cr. 5:2(36.) cerlaiiique celle sin)ériorité est
181. Delà il faut conclure,: de droit divin, car la doctrine
premicremeiit, que non seule- contraire a été condamnée dans
ment ne répugne pas, mais
il Marsile de Padoue. S. 148.
([u'il convenable et morale-
est 18i. L'Evêque a deux puis-
ment nécessaire, que le Pontife sances d'abord, celle d'Ordre,
:

romain ail un royaume tempo- par laquelle il peut administrer


rel, comme il ressort des raisons tous les sacrements et en parti-
que nous venons d'exposer du ; culier la Gontirmation et l'Or-
reste, ne faut-il pas qu'il ait sa dre. Quant à celte puissance, les
liberté, son indépendance, et Evêques sont les successeurs
(|ue toutes les sociétés chrétien- des Apôtres; il n'y a pas de con-
nes puissent recourir à lui avec troverse à ce sujet. Cr. SOl.SliO.
contiance sans le soupçonner Ensuite TEvêque a la puissance
d'être contraint par une puis- de jnridiclion ; mais en fait de
sance étrangère ? (V. Z'kj. ih'id. juridiction, l'Evêque n'a pas
l'I les prop. /.') cl 76 du Syllabus succédé aux Apôtres d'une ma-
i'I reHvijclhjHe Qiianlà ciirà). nière complète; car les Apôtres,
182. Scroiidcnu'iil ; donc le par un privilège extraordinaire,
souverain Pontife, les Evoques, avaient une jnridiclion univer-
les familles religieuses peuvent selle, tandis que l'Evêque n'a
acquérir, posséder, régir des juridiction que sur son diocèse;
biens temporels; et c'est un sa- mais néanmoins son autorité
crilège (juede les en dépouiller. ressemble à celle des Apôtres,
{Voir dans le Syllabus (esprop. en ce sens que l'Evêque est le
20, "27 .) Par conséquent, elles premier après le Pape, et qu'il
sont inicpies, les lois (pii défen- est supérieur dé droit ordinaire
dent aux particuliers de céder aii.K prêtres et aux autres clercs

leurs biens à 'l'église, ou aux


l de son diocèse, tandis que, ce
œuvres pies. A propos d'une n'est (jue par un droit extraor-
loi semblable portée par Valen- dinaire, qu'un simple prêtre a
linien, saint Jérôme écrivait : une juridiction épiscopale, par
« Les pnMres des idoles, les co- exemple, un préfet apostolique,
médiens, les cochers, les fem- ou, i)endant les vacances du
mes de mauvaise vie, peuvent siège, un vicaire capilulaire.
recevoir des héritages, il n'y a Ecoulons le concile du Vatican :

que les clercs et les moines à « Loin de nuire <à la puissance


(|ui la loi l'interdise; et cette in- ordinaire et immédiate de juri-
lerdiclion est portée non par des diction par laquelle les Evêtpies,
persécuteurs, mais par des prin- qui, établis par le Saint-Esprit,
ces cliréliens! » Voir n"^ 2743 sont successeurs des Apôlres,
et 20U2 et suiv paissent et régissent chacun,
G4 L KGLISE CATHOLIQUE ROMAINE

comme de vrais pasteurs, les faire gouverner certains diocèses


troupeaux qui leur sont assi- par ses délégués. La puissance
lïiiés, la puissance du Pontife des Evèques est indépendante
Roiyain, pasteur suprènje et de la société civile. (F. /(?Sylla-
universel, ne iait qu'alfirmer, bus, prop. 25, 'i2, 4i, 19, 50,
corroborer et venger la puis- 51); et même cette ne
société
sance épiscopale. St Gréi,'oire peut pas plus elle-même
par
le Grand a dit : Muii honneur, nommer les Evèques que l'Eglise
c'eM celui de F Eglise unirerselle, ne peut instituer des magistrats
mon honneur fait la force et la civils. Ce n'est qu'en vertu des
soUdilé de mes frères. Je suis concordats que les gouverne-
rniimciit honoré, quand l'hon- rpents ont le droit de présenter
neur est rendu à ceux à qui il est les Evèques. De droit commun,
dû. » V. cap. 111. le Pape se réserve la nomina-
185. Les Evèques ont donc tion d'un certain nombre d'Evè-
une juridiction ordinaire et im- (|ues et dans un certain nom-
;

médiate sur leur diocèse ; mais bre de diocèses, c'est le Chapi-


de qui la lionnent-ils? Les uns tre qui les élit à la majorité des
pensent qu'elle leurvient immé- voix; mais, dans toute hypo-
diatement de Dieu, au moment thèse, le Pape seul donne l'ins-
de leur consécration; les autres, titution canonique aux Evèques ;

bien plus probablement, esti- et un Evèque élunon préco- et


ment qu'elle leur vient du Pape, nisé ne peut prendre en main
par l'institution canonique; et l'administrafion de son diocèse,
de fait, cliaque Evèque, après sa pas même comme vicaire capi-
préconisation, et avant sa con- tulaire. (V. n" 3554 et suiv.)
sécration, qu'il peut retarder de 187. Les Evèques ont de par
trois mois, peut gouverner son le concile du Vatican 1) le :

Eglise, dès qu'il a pris posses- pouvoir de paître, et 2) celui de


sion de son siège. Avant cette gouverner.
prise de possession, les actes de 1) Ils PAissEiM leur trou-
juridiction d'un Evèque, seraient peau (a) par la doctrine, et (d)
nuls. (Cr. 1133.) par l'administration des sacre-
186. Le pouvoir des Evèques ments.
est donc dépendant de celui du 188. (a) Par la doctrine. Une
Pape, (lui peut seul restreindre, des fonctions de l'Evêque, c'est
étendre, transièrer et mèmeen- d'enseigner. Allez, enseignez.,
lever leur juriiliction, comme il leur a dit N.-S. L'Evêque seul,
peut seul' ériger, ou démembrer, de l'aveu de lousles théologiens,
ou supprimer un diocèse, ou unir est le témoin et le juge de lafoi.
ensemble deux diocèses. C'est dans les conciles que les
Cependant le Pape ne pour- Evèques jugent, (a) Dans les
rait pas supprimer tous les Evè- conciles œcuméniques, les Evè-
ques du monde, pour les rem- ques ne sont pas de purs conseil-
placer par des vicaires, car ce lers, ils sont vraiment juges et ;

serait aller contre l'institution s'ils sont d'accord avec le Sou-


du Christ, qui a établi les Evo- verain Pontife, ils sont juges
ques pour gouverner régulière- infaillibles, d'après ce que nous
ment son Eglise, ce qui n'empê- avons dit n" 150. Pris indivi-
che pas que, exceptionnellement duellement, les Evè(|ues ne sont
et pour de justes raisons, son pas infaillibles; et l'histoire est
Vicaire sur la terre ne puisse Ità pour nous apprendre qu'un
LES ÉVl^^QUES 65

cerlain nombre (renlr'enx sont prélats peuvent siéger mais avec voix
;

cunsullativc seulement, ainsi que les


tombés clans l'hérésie. Il n'y a délégués des Chapitres. Si le concile le
que les Evérpies qui aient e.v of- juge" bon, le Procureur d'un Evêque,
pno voix ilélibéralive flans les légitimement ah.sent, peut avoir voix
délibéralive. Go. E. 257.
Conciles ; ce n'est que par pri-
C'est celui qui a convoqué un Con-
vilèfïe que l'ont, les Cardinaux cile provincial qui le préside. C'est la
qui ne sont pas Evèques, les gé- majorité des voix qui fait loi en cas :

néraux d'Ordre, et les abbés qui


'

de conflit égal, il faut recourir au St-


Siège. Le président ne peut, sans le
ont une juridiction quasi-épis-
consentement de l'assemblée, dissoudre
copale. le Concile, et l'assemblée ne^le peut
180. {b) Les Evèques n'assis- pas non plus sans le président. (.S'H)"
tent pas seulement aux Conciles l'ordre des préséances V. Go. E.

généraux, ils siègent aussi dans


w •292 et suiv.).
•19:2. Les conciles particuliers ne peu-

les Conciles particuliers. Les vent trancher les causes majeures, car
Conciles nationaux sont ceux où elles sont réservées au St-Siège. Parmi
les causes majeures, il faut compter les
sont convoqués tous les Evè- ,

questions de foi, de liturgie, de disci-


ques d'une nation ; les Conciles pline générale, d'interprétation de la
provinciaux sont ceux, où sont SainteEcriture, de droit divin, ou de
droit canonique, la déposition d'un
convoqués tous les Evèques d'une
Evêque. le divorce des rois, et les au-
province. Ils ont toute l'aulorité
tres alVaires difficiles et de grande im-
des Eglises qu'ils représentent, portance. Du reste, les actes de tout
et leurs canons obligent dans concile particulier, avant d'être pu-
bliés, doivent être soumis à la correc-
toute la nation, ou dans toute la
tion -du St-Siège. Si le St-Siège a[)-
province, selon qu'ils sont natio- prouve leurs décrets, dans la forme or-
naux ou provinciaux. dinaire, il ne leur donne aucune force
particulière; mais si. après un examen
190. Il faut remar(|iicr que ni les
détaillé, il les approuve avec celte for-
conciles nationaux, ni ceux qui se
mule motu proprio, ex certà scien-
:

composent des Evoques de plusieurs


tid ,les inférieurs au Pape ne les
provinces ecclésiastiques ne peuvent se
peuvent plus changer, et ces décrets
réunir sans l'assentiment du Pape qui
abrogent le droit commun auquel ils
permette à un légat, ou à un primai,
seraient contraires. (V. Cr. 84 et suiv.
ou à un autre prélat, ou même à un
et 87o, Go. E. 264.)
prince, de les convoquer. Le président
n'est pas dési£jné par le Saint-Siège, il 193. (c) Outre les Conciles il
est élu i)arle Concile.

D'après le droit, les conciles


lill.
y a dans l'Eglise les synodes dio-
provinciaux peuvent et doivent être césains auxquels, malgré lacou-
convoqués tous les trois ans, sansqu"il tuiTie contraire, dont la légiti-
y ait besoin de la permission du Pape, mité est douteuse, les Evèques,
par r.\rcl)evèt|ue, ou. à .smi défaut,
par le plus ancien des Evèques de la le vicaire capitulaire doivent, de
province. par les prescriptions du concile
Un Evcquc qui n'ajjparlient àaucune de Trente, convoquer chaque
province doit en choisir une, où il
puisse assister au (Concile mais, dans ;
année les chanoines, les curés
ce cas. il ne ptMit convoqiiei' le cimcile inamovibles, les plus anciens des
lui-même, lors même qu'il serait le plus curés amovibles de chaque dis-
ancien, bien qu'il ait droit d'èlre con-
trict, ainsi que les prélats régu-
voqué, de donner.son vole délibératif, et
qu'il soil tenu de se soumettre aux dé- liers et les réguliers qui feraient
crets. Sont tenus d'assister à ces Con- les fonctions de curé. Go. E.
ciles tous les Evèques de la province,
:
333.
même non consacrés, pourvu qu'ayant
reçu leurs bulles, ils aient pris pos- On y traite des questions qui orTt
session de leur siècle, tous les abbés rapport à la charge pastorale; l'Evê-
qui ont une juridiction quasi-épisco- que seul tranche les questions, car
pale. et ils ont tous voix délibéralive tous les autres membres du synode
ainsi que les vicaires capitulaires, du- n'ont que voix consultative. Que l'E-
rant la vacance du Siège. Les autres véque évite avec soin de rien décréter
.

66 l'église catholique romaine

contre le droil commun, et de trancher pense l'Evêque de consulter le


des questions controversées entre les Chapitre, M. 141. Les constitu-
théologiens car les questions de loi
;

sont réservées au St-Siège. tions synodales portées en syno-


194. C'est dans un synode que doi- de sont par là même suffisam-
vent être élus les témoins aijnodaiix, ment promulguées, bien que
qui ont pour l'onction de veiller dans
l'Evêque doive régulièrement,
chaque diocèse sur les abus, et de les
dénoncer. Si cela n'avait pas été fait avant de les publier, consulter
au Concile provincial, il faudrait aussi le Chapitre. Les statuts syno-
nommer en synode diocésain quatre daux n'expirent pas par la mort
jufjcs minoilaux, pour être employi's
dans l'occasion aux procédures ordon- de l'Evètiue quant aux statuts
;

nées par le Saint-Siège. portés en dehors du synode, les


'J95. Par là même que l'Evê- Canonistes ne sont pas d'accord,
que estjuge de la foi, il a le mais l'opinion la plus vraie sou-
droit et le devoir d'examiner et tient qu'ils n'expirent pas non

d'approuver les livres qui sont plus à la mort de l'Evêque.


imprimés dans son diocèse, sur- Cr. 047.
tout les livres liturgiques et de 198. Les Evèques peuvent dis-
veiller sur les écoles privées penser des statuts synodaux et
ou puljli(|ues (Cr. 743.955 et des décrets des Conciles provin-
suiv.). ciaux quant aux lois générales
;

196. (lî) Par radminhlradon de TEglise, il est des théologiens


des Sdcremenis. —
Par là môme qui petisent que les Evèques en
(jue l'Evêque a une juridiclion peuvent dispenser, à moins que
immédiate et (U'dinaire dans son le texiede la loi ne leur enlève

diocèse, comme le reconnaît le formellement ce pouvoir; mais


Concile du Vatican, il peut par St-Liguori n'accepte pas ce sen-
lui-même ou par ses délégués, timent, et, avec l'opinion la plus
administrer les Sacrements et vraie, il enseigne que les Evè-

prêcher la parole de Dieu, dans ques ne peuvent point, en règle


tout le territoire de son diocèse, générale, dispenser du droit
sans la permission des Curés et commun, à moins que la loi elle-
même malgré eux (V. Cr. n. même, ou la coutume, ne leur en
873 et suiv.). donne le droit, comme il arrive
197. 2) Les Evèques ont le pour les jefines, les abstinences,

POUVOIR DE gouverner. J.-C. le travail du dimanche, bien que

a établi les Eréques pour régir Benoit XIV soutienne que même
V Eglise de Dieu. Act. XX. 28. dans ces cas, ils ne peuvent pas
Donc (a) l'Evêque dans son dispenser. Ceux qui pensent
diocèse peut faire des lois. qu'ils le peuvent, avouent que
« Personne, dit Benoît XIV, ne ce n'est que pour des cas parti-
peut, sans aller contre la foi, culiers et avec une raison, et
refuser aux Evèques le pouvoir ([u'ils ne pourraient pas accor-

de gouverner leurs ouailles par der ces dispenses d'une manière


des lois, auxquelles elles soient générale à tous leurs diocésains.
obligées d'obéir. » Ordinaire- D'après l'enseignement commun,
ment, les ordonnances épiscopa- dans les choses même réservées
les n'ont force de loi, que lors- au Pape, cotnme dans les vœux
qu'elles ont été portées en syno- et les empêchements, les Evè-
de, ou du moins, qu'après que (|ues peuvent dispenser dans le
rEvê(|ue a pris à ce sujet le iloute de l'obligation, ou bien lors
conseil du Chapitre, à moins même (|ue l'obligation est certai-

toutefois que la coutume ne dis- ne, si le cas est urgent, si la


LES KVEQUES 67

dispense est nécessaire ou du surveiller la conduite des autres


moins Irès utile, et si le recours prêtres, et la manière dont ils
au l'ape est trop diKicile. Toule- remplissent leurs saintes fonc-
lois, voyez ce que nous dirons tions, afin d'en rendre compte
des cas réservés, au u° ['H')3 et à l'Evêque. Ils n'ont de plus que
suiv. et 1271 et suiv. Cr. 97 1-960. les autres curés que les pouvoirs
499. (h) UEi'èqnc peut juger. que l'Evêque leur confère.
— C'est cerlaiii il le peut dans
; 202. Le curé a de droit ecclé-
le for intérinir, puisque tous siastique seulement la juridic-
les confesseurs séculiers tiennent tion au for de la conscience, et
de lui le pouvoir d'absoudre; il non au for extérieur sur les
peut aussi dans le for e.rtérieitr ouailles qui lui sont confiées.
couli'iilieiij., juger les causes Mais pour qu'il puisse exercer
d'hérésie, et toutes celles qui, la juridiction au St Tribunal, il
étant du ressort de l'Eglise, ne est nécessaire qu'il soit prêtre.
sont pas réservées au St-Siège. Nous disons de droit ecclésiasti-
Le Vicaire (iénéral, qui est censé que, car c'est l'Eglise ([ui a insti-
lu; faire (lu'un avec l'Evoque, a tué les curés, qui n'ont i)as exis-
lui aussi celte juridiction dans té avant le 4""^ siècle. Ils sont
l'un et l'autre for ; et cette juri- néanmoins, proprement pas-
diction ordinaire
est comme teurs, et leur juridiction est or-
celle de l'Evèque. (Gr. 990 et dinaire. Ils la reçoivent par l'ins-
1125 et suiv.) Voir sur les Vicai- tilution canonique; mais, dans
res Généraux le n-^ 3020 et suiv. l'exercice de leurs fonctions, ils
;200. (c)Les Evéqncs peuvent dépendent de l'Evêque, qui peut
exercer le pouvoir coercUif, par restreindre leur juridiction, et
des censures, connue nous le même dans certains cas, la leur
dirons au n" 303;) et par des enlever.
peines temporelles, et même Pie VI a condamné la doctrine
corporelles; mais ils n'ont pas du Synode de Pistoie, qui vou-
le droit du glaive. V. n» 179. lait que dans un synode, les
20 1. ;]o 11 y a de DrxOiT uivi.x curés fussent juges delà foi.
DANS l'ËGLLSE des I'RÊTRES ET Comme nous devrons parler
DES MINISTRES, c'esl-à-dire, au des autres clercs dans le sacre-
moins des diacres, l'our être ment (le l'Ordre, il ne nous reste
capable d'avoir la juridiction plus rien à dire ici de la hiérar-
ecclésiastique, il suffit d'être chie, ni de la tèle de l'Eglise. H
clerc; cependant un prêtre et est donc temps de parler briève-
un diacre n'ont, en tant que tels, ment de ses membres.
aucunejuridiction à moins qu'ils 203. II. Des Memijues de
ne soient cui'és. Entre ces der- l'Eglise. — Nous avons déjà
niers, on distingue les arrhi- dit que l'Eglise n'est pas com-
jirêlres ou les doyens. Le titre posée des seuls prédestinés. La
d'archiprêtre était réservé autre- définition que nous avons donnée
lois à la première dignité des de cette société divine au n» 125
cathédrales après l'archidiacre ; nous fait connaître et ceux qui
aujourd'hui, en France, on l'at- sont ses membres et ceux (jui
tribue aux curés de certaines ne le sont pas. Tous ceux qui
grandes villes, ou aux curés de professent fa même foi en la
canton. Les //rv/ÛY'.s forainssoul docirine de .lésus-CliiisI, parii-
aussi des curés de mérite qui cipeiit aux mêmes sacrements,
oui ordinairement la charge de et sont soumis aux mêmes pas-
68 l'église catholique romaine

leurs légilimes, sont membres cipalement à l'âme de l'Eglise


de l'Eglise, bien qu'ils soient le» justes, qui vivent de la grâce
pécheurs et réprouvés; c'est cer- sanctifiante et de la vie de J.-C. ;
tain. Bien plus, il est de foi que puis secondairement appartien-
les pécheurs et les réprouvés nent à l'âme de l'Eglise ceux
peuvent être niembres de l'Eglise qui participent de quelque ma-
(S. 170). Tous ceux qui n'ont nière à cette vie surnaturelle,
pas la toi, comme les infidèles par l'espérance, ou au moins
ou les hérétiques, ou qui ne par la foi, qui sont comme le
participent pas aux sacrements, commencement de cette vie.
comme les catéchumènes et les 205. En dehors du corps de
excommuniés, ou qui ne sont l'Eglise, soit les infidèles éclai-

pas soumis aux pasteurs de rés de la grâce intérieure de la


l'Eglise, comme les schismati- foi, soit les hérétiques qui igno-

ques, en rigueur de principe ne rent invinciblement la vraie Egli-


sont pas membres de l'Eglise. se de J.-C. peuvent se sauver,
Toutetois l'Eglise étant une so- pourvu qu'ils purifient leurs
ciété visible, comme il convient âmes par la charité parfaite, car
à la nature de l'homme, un cer- ils appartiennent l'âme de
à
tain nombre de théologiens re- l'Eglise, et c'est l'Espril qui ri-

gardent comme étant ses mem- vifie. Mais en dehors de l'âme

bres ceux qui en sont exclus en de il n'y a


l'Eglise, point de sa-
rigueur de droit, tant qu'ils ne lut ; de fol, car le IY'"«
c'est

se sont pas séparés d'elle, d'une Concile de Latran a porté cette


manière notoire et publique -,
définition Il n'i/ a qu'une Egli-
:

mais d'autres théologiens sont se unirerselle pour tous les fidè-


moins indulgents. Quoi qu'il en les, en dehors de laquelle il nij

soit, bien qu'en raison du baptê- a point de salut. Malheur donc


me validemenf reçu, ils soient à ceux qui négligent de la décou-
sujets de l'Eglise, les hérétiques vrir, ou qui, la connaissant, ne

notoires même dans la bonne foi, l'embrassent pas, ou la mé-


les scbismaliques publics, les prisent C'est l'arche de Noé en
!

excommuniés dénoncés, ne sont dehors de laquelle tous sont sub-


pas membres de l'Eglise. mergés par le déluge. Prions
Telle est la constitution du donc le Père, sans le secours
corps de l'Eglise ce corps doit
;
duquel personne ne vient à son
être vivant, et par conséquent Fils, de faire luire sa lumière
être vivifié par l'âme dont nous sur cei\x qui sont assis dans les
avons à parler. ténèbres et à l'ombre de la mort,
et afin que ceux qui sont appelés
1 II. De l'Ame de l'Eglise.
204.
— L'âme de l'Eglise, c'est un au festin du père de famille se
revêtent de la robe nuptiale de
esprit intérieur, ou une influen-
la grâce sanctifiante, sans la-
ce du Christ qui vivifie les âmes
quelle ils seront rejelés dans les
par la grâce. Cette vivification a
divers degrés, le premier, c'est ténèbres extérieures. Nous —
la loi; le deuxième, c'est l'espé-
avons parlé des propriétés de
l'Eglise et de sa constitution; il
rance; troisième et le plus
le
élevé, qui est la plénitude de la nous reste à traiter de sa doctri-
vie chrétienne, c'est la grâce ne qui est la règle do la foi.
sanctifiante qu'accompagne né- Ar.TK.LK m. — De la doctrine
cessairement la charité. De telle de l'Eglise.
sorte qu'ils appartiennent prin- 2UG. Comme son divin (onda-
isA DOCtRiNË 09

leur, l'Eglise peut dire : 3Ia doc- roles : Le synode œcuménique


trine ne^^t pas la mienne, mais reçoit et vénérée tous les Livres,
celle de celui qui m'a envoyé. tant de Vancien que du nouveau
(Jean, VII, 10.) L'Eglise, en effet, Testament, puisqu'un seul et mê-
bien qu'elle soilinraillible,nefait me Dieu est l'auteur de l'un et
pas la vérité, elle la conserve :
de l'autre, lia jugé qu'il fallait
Gardez le défiât, dit Saint-Paul. joindre à ce décret le catalogue
(Tim. VI, 20). Sa doctrine, c'est de ces Livres, afin que tous sa-
la parole de Dieu, qui est trans- chent, sans en pouvoir douter,
mise aux liommes par une double quels sont ceux que le Concile
voie, par l'Ecriture et par la Tra- reçoit. Ce sont les suivants: Ici
dition, dont nous allons parler vient rénumération telle que nous
dans cet article. Ce sujet est l'avons donnée au n" 75 et suiv:
appelé par les uns la rètjlc de la Si qwlqu'un ne reçoit pas pour
foi, et par les autres, les Lieux sacrés et canoniques ces livres
lliéologiques. entiers, avec toutes leurs parties,
207. § I. De la Parole de tels qu'ils se trouvent dans Van-

DlEC ÉCRITE, ou DE l'EcRITURE cienne édition de la Vulgate,


Sainte. qu'il soit anal. (Sess. 4). Cet
L'Ecriture Sainte, c'est la pa- analhème est lancé contre Lu-
role de Dieu, écrite sous l'ins- ther qui rejetait les Livres deu-
piration divine. Nous avons dit térocanoniques. (Voir le Conc.
au n*" 78, son autorité humaine, du Vat. de revelatione chap. 2.) •

c'est-à-dire, son authenticité, son Quand le concile de Trente dit


intégrité et sa véracité ; et, à qu'il faut recevoir toutes les par-
l'aidede cette autorité humaine, ties de cesLivres, telles qu'elles
nous avons tait connaître l'exis- se trouvent dans la Vulgate, ce-
tence, la divinité, et l'infaillibilité la doit s'entendre d'après Hur-
de l'Eglise catiiolique Piomaine; ler, de chaque texte de la Vul-
nous pouvons donc maintenant, gate certainement dogmatique et
sans être accusé de faire un cer- reçu dans l'Eglise depuis de longs
cle vicieux I démontrer par le
: siècles comme étant la parole
moyen de l'Eglise, la divinité des de Dieu. Bien qu'il y ait des
Saintes Ecritures, II indiquer divergences dans le mode entre
quelle est la traduction authen- la Vulgate et le texte original,
tique de nos Saints Livres, et il n'y a point de dogmati-
texte
m donner la vraie règle de l'in- que dans la Vulgate qu'on ne
terprétalion des Ecritures. trouve dans le texte original et ;

208. I. De la Divinité des entre l'un et l'autre, il n'y a ja-


Saintes Ecritures. —Comme mais de contradiction sur un
nous l'avons dit, les Livres Saints, point de dogme.
soit de rancien, soit du nouveau C'est donc de foi (pie tous ces
Testament, tels (juc nous les Livres, soit lesprolocanoniques,
avons énumérés au n>» 75 et suiv., soit les deutérocanoniques, sont
et dans le nombre précis que tous divins et inspirés. Tous, du
nous avons indiqué, sont cano- reste, se trouvaient énumérés
niques, et ils ont toujours été dans le canon du pape Gélase I,
regardés comme contenant la en l'année 494, et dans le III'"*
parole de Dieu et la règle de la Concile de Carthage, en l'année
foi. Le concile de Trente a tracé o97. Les schismatiques et tou-
le canon, ou Igi règle de l'énumé- tes les sectes orientales les re-
ration de ces Livres par ces pa- gardent comme sacrés.
.

70 l'kgijse catholîql'e romaine

par le Sl-Espril, pas toutes des dogmes de foi,


C'csl inspirés
puisqu'il en est qui ne louchent
on l parlé les saints hommes
(j II'
en rien à la foi, ni aux mœurs ;
de Diea, dit Sl-Pierre, à propos
mais, en les niant, on nie impli-
(lesauteurs des Ecritures. (II Pet
donc dire: citement l'inspiration qui est de
I. 21). Nous allons
1° en quoi consiste la divinité ou foi.

l'inspiration des Saints Livres, 2) L'inspiration s'étend-elle aux, plus


2" à quoi elle s'étend. petites circonstances qui n'ont aucune
et
importance ? A cette question, Palrizi
209. 1" Vinspiralion est une répond : Je n'oserais pas condamner
action de Dieu sur l'Ecrilure, ou celui qui le nierait, mais je n'oserais
sur l'écrivain, en vertu de la- pas non plus ie nier moi-même.
o) L'inspiration s'élend-elle à toutes les
quelle l'Ecriture est censée avoir
paroles? C'est controversé entre les
et aen réalité Dieu lui-même théologiens catholiques qui
,
tous
,

pour anleur. pourtant s'accordent à dire que certai-


nes paroles de grande importance ont
Mais, sur le mode de cette action été dictées par le Saint-Esprit, par ex.
divine, y a plusieurs opinions parmi
il
Le Verbe s'est fait chair, etc.
les callioli(iues : —
Il en est qui disent

(|u'il suflit qu'un livre, écritd'une ma- 211.11. De LA VERSION AU-


nière humaine, soil plus tard approuvé THENTIQUE DES Saints Livres.
par le S»int-Esprit mais celte opinion
Il existe plusieurs traductions du
;

est justement rejetée, car ce mode


n'est pas une inspiration proprement texte sacré. Les plus célèhres
dite. (V. Conc. V. de révélât, ch. 2.) sont pour l'ancien Teslaïuenl:
- D'autres enseignent quel'inspiration
1) la chaldaïque, dite aussi Tar.
né(ja!ive siUTit, et par là ils entendent
une action ae Dieu poussant l'auteur à gum, 2) la syriaque, 3) la version
écrire et l'assistant pour qu'il n'écrive grecque des Septante, -4) les ver-
aucune erreur, sans lui suggérer pour- sions grecques d'Aquila, de
tant la vérité. —
L'opinion la plus
Théodotion et de Symmaque, 5)
commune des théologiens est exprimée
dans la proposition suivante : pour les deux Testaments, les 2
Toute l'Ecriture Saintea été écrite versions latines: l'une, appelée
nous une inspiration positive Par ins-
ancienne ou itaUque, qui fut en
.

piration positive, on entend une action


de Dieu, ([ui pousse l'écrivain sacré à usajiedès les temps apostoliques ;
pendant (ju'il écrit, l'aide,
écrire, qui. l'autre, plus récente, qui est no-
le suggère ce qu'il doit dire,
dirige, lui tre Vuhjate actuelle. Celte der-
d'une manière efficace. Aous disons
toute l'Ecriture, car toutes les opinions
nière se compose en partie de
admettent qu'il y a dans les Saints Li- l'ancienne italique, et en partie
vres des passages positivement ins- des traductions de St-Jérôme;
pirés, par exemple, les prophéties, l'r. t)
a elle esten usagedepuis le temps
par VEcriture. Toute l'Ecriture
été divinement inspirée. (inimAll, 16) de St Grégoire le Grand. L'Egli-
'2) Tout ce ipii doit être cru de fui divi- se n'a rien défini ni pour ni
ne, doit être révélé de Dieu; or, toute contre les versions autres que
l'Ecriture doit être crue de foi divine,
donc, etc. Si l'inspiration des Saints les latines, mais voici le décret
Livres n'était pas positive, quelle dilTé- qu'a porté le Concile de Trente
rence y aurait-il entre l'Ecriture Sainte sur la Vulgate. Le saint Concile
et les définitions de l'Eglise ?
statue et. déclare que cette édition
210. 2° A quoi s'étend l'inspira- ancienne appelée Vulgate, qui a
tion':^ 1) Il est certain:, il est été approuvée dans l'Eglise mê-
même de foi, d'après le concile me par le long usage de tant de
de Trente, que l'inspiration s'é- siècles, soit regardée comme au-
tend à chacun des Livres Saints thentique, dans les leçons, dispu-
et à leurs diverses parties, V. tes, prédications et exposifioyis
n" 208, et par conséquent aux publiques, et que personne, sous
histoires, hien qu'elles ne soient quelque prétexte qfie ce soil n'use
SA DOCTRINE 71

la rejeter, fii ne le présume. les règles de l'interprétation des


(Ses. 4.) saints Livres s'appelle Ifermé-
"212. Le mot itiilJieiirKjne, si- iienlique ; et l'appiication de ces
l'iiilie fuièle; mais àquoi s'élentl règles en interprétant les saints
celle fidélilé? C'est controversé Livres, se nomme Exêijèse. Or,
entre les théologiens. Sans aller il y a deux sortes d'interpréta-
contre le Concile de Trente on ne tion, l'une scientifique que tout
pourrait pas restreindre cette théologien peut donner, en sui-
lidélilé uniquement à ce qui tou- vant les règles voulues; et l'au-
che à la foi et aux mœurs; mais tre authentique, qui se fait par
parmi les théologiens catholi- l'Eglise. Disons un mot de l'une
(|ues, les uns disent ((ue la Vul- et de l'autre.
gate est fidèle dans toutes les 215. 1" Be
l'interprMation
opinions même historiques, tout seieulifique. — L'élude de
la Sle

en admettant qu'il puisse s'y être Ecriture est entre toutes la plus
glissé (|uelques fautes acciden- nécessaire au prêtre. L'écriture,
telles. D'autres soutiennent que en effet, a une autorité divine.
la Vulgate est fidèle même dans Rien de plus utile pour sa pro-
les plus petits détails. Quoi qu'il pre sanctification et celle des au-
en soit^ les savants peuvent re- tres que de l'étudier. C'est là
courir en sûreté de conscience qu'o^ puise, comme dans sa
aux versions autres que la Vul- source, la doctrine sainte. C'est
gate; mais il faut convenir que pourquoi St Jérôme écrivait à
le décret du Concile de Trente Népotien « Lisez très souvent
:

donne à celle dernière une très l'Ecriture ; bien plus, que vos
grande autorité; car ce décret de mains ne déposent jamais ce
l'aveu de tous estdogmalicpie, et Livre sacré. Apprenez-y ce que
non disciplinaire. vous devez enseigner, puisez-y
213. Concernant les traduc- le langage fidèle qui est selon la
tions de la Bible en langue vul- vraie doctrine ». Au moins lau-
gaire, il faut remarquer qu'elles drait-il qu'un prêtre ne passai
ne sont pas permises, à moins pas lin jour sans lire en la mé-
qu'elles n'aient été approuvées ditant avec foi et respect une
j)ar le Sl-Siège, ou publiées avec page de la Bible (1).
des notes tirées des Pères, ou 'JKi. Ciîlui (\ai veut «"applifiuei' avec
d'auteurs savants et callioli(jues. IVuil à celle élude doil savoir: 1) com-
Celle mcb^re a été prise avec bien la parole de Dieu a de sens dillë-
rents, !2) à l'aide de quels secours on
raison par la S. Congrégation de ])eul découvrir le sens véritahle. •>}
rjndex. afin d'empêcher divers quelles sont les règles de l'interpréta-
abus, et en particulier le péril tion, 4) ([uelusage on peut faire en
théologie de l'Ecriture Sainte?
(le l'interprétation privée. G. t.
\) Des divers sens de l'Ecriture.
:M0-27. S 110. V. n° 3088. (x) Il y a d'abord le sens des mots seu-
214. III. Dk l'I.mkuprktation lement, qu'on appelle grammatical;
1H-; LA Sai.nte Ecritcri:. — il l'ait connaître \yiv quel mot d'une au-
Dans l'Ecriture, dit St Pierre,
il y a des elioses dJf/iclh's à com-

prendre, que (l) Nous nvoiis extrait de la Bible les textes


les 'ujnoriiiils cl les
les plus forts, les |iliis clairs, et les plus
esjjrils siius li.rilé déiirarenl. usilés ; et nous les avons publics, en les

(H. Pet. m, l(i) La Sainte Ecri- classant par ui-dru sons divers
apliabctique
litres iiratiqucs, surtouten vue de la prédica-
ture a donc besoin d'être inter- tion. tJu'il désirer que les jeunes
sor.ùl à
prétée d'une manière (piien pré- ))rètrcs, et les élèves des séniuiaircs, ap(piMs-
seut par co3ur ce pelil li'i.ueil, iiililulé
cise le vrai sens. L'art qui trace SmiciUix et exempla biblica.
72 l'église catholique romaine

tre langue, traduire un mot de


il faut rique, l'Egli.se; dans le sens anagogi-
la Bible. y a le sens accomnio-
dO II que, le Ciel; dans le sens moral, l'àme
datice, qui n'est pas dans le texte sa- fidèle.
cré, il est seulement dans l'esprit de 218. 2) Quels sont les secours au
celui (jui accommode un texte de l'E- moiien desquels on peut découvrir
criture à ce (|u'il pense. Le Concile de te vrai sens des Ecritures ? L'inter-
Trente blâme ceux qui font servir les prétation scientifique a. besoin du
textes de la Bible à des boufîbnneries, concours d'une multitude de sciences
à des flatteries et autres choses sem- et d'arts, en particulier de la linguisti-
blables ; mais employer, d'une manière que, de la critique, de la poésie, de
pieuse, naturelle et conforme à la vé- l'histoire du peuple de Dieu, de l'his-
rité, les paroles de l'Ecriture, pour ex- toire ancienne, de la géographie, de
primer ses proiires pensées, non seu- la chronologie, de l'archéologie, sur-
lement c'est permis, mais même c'est tout en ce qui regarde les poids et les
utile et conforme à la pratique de l'E- mesures, de la philosophie, de la théo-
glise (jui applique à tous les confes- logie, de la connaissance des diverses
seurs ces mots Il ne s'en est point
: traductions de la Bible et dès com-
trourî'de semblable à lui. et à l'usage mentateurs anciens et modernes. Mais
de tous les prédicateurs qui louent les tout cela n'est pas nécessaire pour le
Saints, en leur appliquant des textes grand nombre des prêtres. Il suffit
de l'Ecrituie. Nous n'avons rien-au- pour étudier avec grand fruit l'Ecriture
tre à dire sur les deux sens précédents, Sainte, d'avoir entre les mains, sur
car l'Esprit Saint ne les a point eus en chaque Livre, un des commentateui's
^ue. (c) Le sens ou la pensée que le les plus juslenient estimés, tels que
St Esprit a eu en vue, se divise en Corneille de la Pierre, Tirin et Méno-
sens littéral et en sens spirituel ou chius.
mystique. • 219. ?>) Quelles sont les règles d'in-

(a ) Le sens littéral est la pensée terprétation ? Nous ne donnons ici


que le St Esprit a eue en vue, et que que les règles générales de l'interpré-
les paroles expriment d'une manière tation scientifique seule car nous don-
;

prochaine et immédiate. Le sens litté- nerons au no 223 celle de l'interpréta-


ral s'appelle propre, s'il est signiiié tion dogmatique. Toutes ces règles se
par des mots qui ne sont pas pris dans réduisent à trois {a) Règle philologi-
un sens figuré: et il s'appelle /«eia/j/iO- que. Il faut faire attention à la force,
rique.^ si les mots sont pris dans un à la valeur des mots, d'après les lois
.sens (iguré.Les théologiens .se deman- de la grammaire et de la rhétorique.
dent si mêmes mots de la Sainte
les {b) Règle logique. Le vrai sens doit
Ecriture peuvent avoir plusieurs sens se découvrir par le contexte, le but
littéraux. Et sur celte question, il y a de l'auteur, les antécédents, les con-
trois opinions différentes. Les uns affir- séquents, les passages parallèles qui
ment, les autres nient, d'autres enfin expriment la même idée avec des mots
affirment pour les prophéties, et nient ditiférents, et par les préceptes de la
pour les textes dogmatiques et les faits logique. En voici un des plus prati-
historiques. ques Les paroles doivent être prises
:

217. (b) Le sens mustique. c'est-à- dans leur sens propre, et non dans
dire secret ou caché, est celui que l'au- un sens figuré, toutes les fois que
teur sacré a eu en vue, mais qui n'est l'usage, ou les circonstairces, nu une
pas signifié par les paroles d'une ma- certaine répugnance n'indiquent pas le
nière prochaine et immédiate, mais contraire, (c) Règle historique. Il faut
bien par les choses que les paroles si- en cherchant le sens véritable, tenir
gnifient. On l'appelle aussi spirituel compte de la tradition des Pères, de la
ou tijpique. Si ce qui est exprimé par fui chrétienne, des mœurs et des usages,
les paroles indiiiue quelque chose, qui de l'histoire sainte, de la chronologie.
se rapporte à J.-C. ou à l'Eglise mili- 220. 4) Quel usage peut-on faire
tante, le sens mystique s'appelle allé- en théologie de l'Ecriture Sainte ?
(jorique. Si cela se rapporte à l'Eglise ((f) Le sens littéral que le St-Esprit a

triomphante, on le nomme anagogique. eu d'abord en vue, peut être employé


Si cela se rapporte aux mœurs ou aux à prouver la vérité. C'est évident. Le
vertus chrétiennes, on le désigne sous sens mgsliqne ne peut régulièrement
le nom de tropologiqne ou de moral. servir de preuve, car il est plus diffi-
Le St Esprit lui-même indique en un cile d'acquérir la certitude que le St-
grand nombre de passages le sens Esprit l'a eu en vue ; mais s'il est
mystique, et tous les Pères, tous les prouvé par l'Ecriture elle-même, ou par
commentateurs l'ont exposé. Le mot de la Tradition, que le St-Esprit a eu en
.lérusalem embrasse ces divers sens. vue ce sens, on peut dès lors en tirer
Pris dans le sens littéral, il signifie une un argument certain.
ville de Palestine ; dans le sens allégo- 221. Loin de suivre ces règles, les
SA DOCTRINE 73

protestants ne cherchent à interpréter Déjà Saint Augustin avait dit:


l'Ecritureque par l'Ecriture même, et I Je ne croirais pas à l'Evan-
par la manière usuelle de parier, et gile, si l'autorité de l'Eglise ca-
cela par le propre esprit, ou l'inspira-
celui qui l'étudié, tholique ne m'y portait. » Ecou-
tion particulière de
ou selon d'autres, d'après la raison lons encore le Concile du Vati-
humaine. Quelques-uns d'entre eux can « Jamais la raison ne peut
:

ont même admis le principe d'accom-


devenir capable de percevoir les
modation, osant dire que J.-C. et les
apôtres ont accommodé leurs paroles mystères comme les vérités qui
aux préjugés du peuple, et ont inventé constituent son objet propre.
des histoires pour le morali^r. Ce Parleur propre nature, en effet,
principe blasphématoire ruine toute ré-
vélation. Quant à l'interprétation par
les divins mystères dépassent
l'esprit privé, ou par la raison, nous les bornes d'une intelligence
allons en faire justice. créée. » {ch.i,De ration, etfide).
222.2° De V'inlerprèlation aii- {]t il ajoute, ch. 1 : « Si quel-
Ihetilique. — Elle ne peut se faire qu'un dit que dans la révélation
parlcxprit privé-, car ou l'esprit divine il n'y a point de vérita-
privé (Lonne à chacun l'infailli- bles mystères, à proprement
bilité, et alors il admettre
faut parler ; mais qu'une raison bien
que toutes les opinions erronées cultivée, partant de principes
et contradictoires, qui sont sorties naturels, peut comprendre et

(le cet esprit, sont vraies en mê- démontrer tous les dogmes de
me temps, ce qui répui^ne à la la foi, qu^il soit anat. »

plus vulgaire logique ou il ne ; 224. I II. De la parole de


donne pas l'infaillibilité, et, Dieu, transmise de vive voix.
pour lors, il ne suffit pas à dé- Tout ce que Dieu a révélé, n'est
couvrir sijrement le vrai sens de pas consigné dans l'Ecriture.
l'Ecpiture, et il risque d'entraî- Si Jean dit", en effet: Il y a beau-
ner dans l'erreur, comme de fait coup de choses que Jésus a faites ;
on le constate sans peine. Elle si on les écrivait en détail je ne
ne peut se faire par la raison pense pas que le monde pût conte-
individuelle., car la raison hu- nir les livres qu'il faudrait
maine n'est pas infaillible, com- écrire. (Jea.XXI.25), Jésus a dit
me il est manifeste ; et si la aussi des choses qui ne sont pas
raison connaît et juge par elle- écrites et ce qu'il a dit et qui
;

même tout ce qu'il y a dans n'a pas été écrit a la même auto-
l'Ecriture, toute foi est ruinée, rité que ce qui est consigné dans
et on tombe dans le rationa- l'Ecriture Sainte, et c'est vrai-
lisme. ment parole de Dieu. C'est la
la
223. Acceptons donc la règle Tradition divine donnée aux
dogmatique, formulée par le Apôtres et par eux à l'Eglise ;

Concile de Trente, dont ce que elle a pu être dans la


écrite
nous avons dit de rinfaillibilité suite par les S S. Pères mais ;

de l'Eglise prouve l'iiiconles- elle ne l'a pas été par les écri-
table autorité : Que personne., .se vains sacrés. que C'est d'elle
fiant en sa propre prudence dans nous parlons ici qu'on ne la ;

les choses qui regardent la foi ou confonde pas avec la tradition


les nupurs, n'ose in 1erprêter la ecclésiastique qui est humaine ;

Sainte Ecriture, dans un autre ni avec la manière dont la tra-


sens, que celui qu'a ou et que dition divine nous est transmise,
croit la Sainte Mère l'Eglise, ni manière que les théologiens ap-
contrairement au consentement pellent aussi tradition. Or, tou-
unanime des Pères. (Ses. 4.) chant la Tradition proprement
74 l'église catholique romaine

divine, nous avons à parler I de qu'un donc méprise sciemment


son existence, et II de l'inléyrité et volontairement les susdites
de sa transmission. Traditions, qu'il soitanathème.»
2i5. I. De l'existence de la (Tr. Ses. 4.)
Tradition. —
Les prolestants Notons qu'on regarder,doit
admettent une espèce de tradi- comme révélé par la
Tradition
tion expliquant les vérités conte- divine, ce qui, n'ayant pas été
nues dans l'Ecriture ; mais ils établi par un Concile, a toujours
repoussent toute tradition divine, été et est encore cru par l'E-
distincte et séparée de l'Ecri- glise» universelle, ainsi que ce
ture. Etablissons donc contre que l'Eglise Romaine a toujours
eux la proposition suivante // : cru et enseigné qu'on devait
existe une vérilable Tradition croire.
dont Dieu même est fauteur. 22Ç. II. De la transmission
C'est de foi d'après le Concile intégre de la Tradition divine.
de Trente (Ses. -4). Pr. 1) par — Dieu, en donnant sa parole
l'Ecriture : Gardez les traditions non écrite a dû prendre soin
que vous avez apprises, soit par qu'elle nous arrivât intacte et ;

mes paroles, soit par ma lettre. c'est ce qu'il a fait. L'intégrité des
(II Thés. II, 14). 2) par la ?w- Traditions divines est une vérité
son. Au commencement de l'E- au moins voisine de la foi d'après
glise, rien du nouveau Testa- le texte du Concile de Trente que
ment n'était écrit. L'Evangile de nous avons cité, et d'après les
St Mathieu, écrit le premier, ne paroles du Concile du Vatican:
l'a été que huit ans après l'As- « Ces traditions reçues des
cension. N. S. a chargé ses Apô- Apôtres, ou données par les
tres de prêcher l'Evangile, et Apôtres, sous la dictée du St
non de distribuer des Bibles. Il Esprit, comme de main en main,
ne leur u pas donné l'ordre de sont parvenues jusqu'à nous. »
rien écrire. Comment
pro- les de revcl.) L'intégrité des
(cil. Il,

lestants savent-ils par Bible la Traditions est tout aussi certaine


que tout est dans la Bible? On que celle des Ecritures, puisque
ne le lit nulle part. Où ont-ils l'une et l'autre sont confiées à la
trouvé dans l'Ecriture le Canon garde de l'Eglise infaillible,
de l'Ecriture, même celui qu'ils contre laquelle les portes de l'en-
acceptent? Où l'obligation de ter ne sauraient prévaloir. Or
sancli/ier ledimanche, ou débap- les portes de l'enfer prévau-
tiser les enfants? Comment sans draient contre l'Eglise, si elle ne
laTradilion interpréter les choses gardait pas la vérité qui lui a
qui sont difficiles à. comprendre'! été confiée. Mais nous avons à
3) Par l'autorité de l'Eglise. « Le rechercher par quelles voies
saint Concile reçoit avec un égal nous est transmise la Tradition
respect et une égale vénération divine.
les Livres soit de l'ancien, soit 'l-ll. d'abord par les consti-
lo C'est
du nouveau Testament, et aussi TurioNS EX CATUEDKA di'S Suuvcrains
les traditions elles-mêmes, con- l'ontifes, et par les décrets des conci-
les ŒcuMÉNiouES, dont nous avons éta-
cernant la foi ou les mœurs, l)li au n^-i W
et suiv. l'infaillibilité. Or les
comme étant sorties de la bouche conciles ujcuinéniiiucs sont au nombre
de J.-C, ou dictées par le Saint- de vingt. (Iclui de 2\icce contre les
Esprit, et ayant été conservées Ariens le I de Cunsiantinople contre
;

les Macédoniens celui li'Ephrse contre


;

par une continuelle succession Nestorius; celui de Clialccdoine conlve


dans l'Eglise catholique. Si quel- Eutychès; le II de Constantinople,
SA DOCTRINE 78

contre Origène et les trois Chapitres, les Apôtres eux-mêmes 2) celui ;

le m de Constantinople, contre les de Nicéc et de Constantinople, *


Monothéliles, le H de Nicée, contre les
qui comprend et développe celui
Iconoclastes; le IV de Constantinople,
contre les Iconoclastes et contre Photius; des Apôtres. Commencé au con-
le I de Latran, contre les investitures; cile de Nicée, continué dans
le II de Lalvan contre le schisme celui de Constantinople, il a été
d'Anaclet II, contre Pierre de Bruis et
Arnaud de Bresce; le III de Latran, complété par l'addition du mot
contre les Cathares, les Albigeois et les Filioque, que l'Eglise y a faite au
Vaudois, le IV de Latran contre les neuvième siècle; 3) celui de St
albigeois et Almaric: le II de Lyon,
Athanase, ainsi appelé parce que
contre le schisme grec, celui de Vienne,
contre les Fratricelles et les Templiers, selon beaucoup d'auteurs, il a
celui de Constance, contre le schisme été composé par lui, ou parce
d'Occident, et contre les Wicléfistes et
que, selon d'autres, il contient
les Hussiles; (beaucoup de théologiens
ne le regardent pas comme œcuméni- la doctrine de ce saint. Quoi
que, cependant Martin V a confirmé qu'il en soit, il est reçu comme
quelques-uns de ses actes) celui de Fio-
;
règle de foidans l'Eglise d'Orient,
rence pour l'union des Grecs et des
Arméniens avec l'Eglise, le V de Lairan,
et dans celle d'Occident. 4) Les
pour éteindre le schisme causé par le professions de foi et les livres
conciliabule de Pise, celui de Trente symboliques, ou les catéchismes,
contre les protestants, et celui du Vati- suivent de près les symboles.
can, contre les erreurs modernes, et le
Gallicanisme en particulier. Les théo- Le catéchisme Romain, ou du
logiens sont loin d'admettre tous l'œcu- concile de Trente, a une très
uiénicité des conciles de Pise et de Bàle. grande autorité. Les Pasteurs
2'28. Outre les Conciles œcuméniques, y
trouvent une doctrine sfire et
il en est d'autres qui, tout en étant par-

ticuliers, ont la même autorité à cause abondante, assurément rien


et
de l'approbation que leur a donnée le n'est plus utile que de l'expli-
Souverain Pontife ce sont le second
; :
quer aux fidèles du haut de la
concile de Milève et celui de Carthage,
en 418, contre les Pélagiens, le second chaire, les jours de dimanche et
d'Orange, contre les semipélagiens, ce- de fête.
lui d'Embrun contre les Jansénistes. 231.' 3° Les SS. Pçres sont
i-ld. Or, pour distinguer ce qui, dans
aussi les porte-voix de la Tradi-
les constitutions Pontilicales, ou dans
les décrets des Conciles, est dogme de tion. On donne le nom de Pères
foi de ce qui ne l'est pas, les théolo- à des hommes célèbres par leur
giens donnent les règlfts suivantes. Les
sainteté et leur doctrine, qui ont
décrets sont de foi: 1) s'ils prononcent
qu'une chose doit être crue formelle- comme nourriet sou tenu l'Eglise,
ment, ou que l'Eglise le délinit, ou dans son enfance et son adoles-
qu'elle le croit et l'enseigne; 2) s'ils cence. On compte néanmoins '

disent que la doctrine C(Mitraire, est


opposée à la foi, ou hérétique, ou im-
parmi eux Origène et TertuUien,
pie, 3) s'ils lancent l'analhôme conlre à cause de leur science et de
ceux qui pensent autrement, pourvu leur antiquité.
que le décret ne soit pas purement dis-
2o2. Par Ecrivains Ecclésias-
ciplinaire.
tiques, on entend des hoinmes
230. 2" Les Symboles sont qui ont édifié l'Eglise par leurs
une règle abrégée de la foi que écrits, bien qu'ils ne fussent pas
l'Eglise propose à croire à lous. remarquables par leur sainteté,
Il principaux symboles
y a trois Eusèbe par exemple.
1) celui des Apôtres, qui, de
233. Onappelle docteurs pri-
l'aveu même des liéréliques,
vés ceux qui ont obtenu dans
contient la doctrine des Apôtres
quelque académie le grade de
et a été publié de leur temps, et
docteur, et docteurs publics ou
que les catlioliques croient com- docteurs de rEglise,i\es hommes
munément avoir été composé par d'une science et d'une sainteté
76 L EGLISE CATHOLIQUE ROMAINE

éminente, auxquels l'Eglise a raison grave qui a échappé à


décerné ce titre. tous, ou une autorité d'un grand
1) Sur l'autorité des Pères et poids, n'excuse.
des docteurs, écoutons St A. de 235. 5° La Liturgie sacrée
Liguori. (Œ.-D. t. 2, p. 28.) est un témoin irrécusable de la
« Dans les choses qui concer- Tradition dans les rites qui sont
nent la foi ou les mœurs, nous liés avec le dogme. La règle de
devons regarder comme dogme la prière est aussi celle de la foi.
de foi, ce qui a été approuvé 236. 6° Les actes des mar-
comme tel par le consentement tyrs, qu'on lisait autrefois dans
commun des docteurs. Les Pères les Eglises, et où se trouvent les
ne peuvent pas tous se tromper, professions de foi que ces saints
sans que l'Eglise elle-même se faisaient devant les tyrans, sont
trompe, r II faut en dire autant aussi une preuve certaine de la
du consentement de tous les Pè- Tradition.
res d'Occident. 237. 7° Les écrits des hé-
2) Quand quelques Pères seu- rétiques attestent aussi les dog-
lement soutiennent une opinion mes catholiques, soit qu'ils les
ils peuvent se tremper. Il arrive admettent, repous-
soit qu'ils les
pourtant que le sentiment d'un sent, car c'est en les repous-
seul fait loi lorsque l'Eglise a sant que leurs auteurs ont été
approuvé sa doctrine, sur un déclarés hérétiques.
dogme, comme par exemple la 8° Il en faut dire autant des
doctrine de St Athanase contre Ecrivains ecclésiastiques, qui
les Ariens, celle de St Cyrille rapportent la pratique et la loi
d'Alexandrie contre Nestorius, de l'Eglise, et
celle de St Augustin contre les 238. 9° Des monuments, des
Pélagiens. Quand les Pères par- autels, des temples, des tom-
lent non comme docteurs, mais beaux des martyrs, des inscrip-
comme ^émoins de la foi des tions qui témoignent de la foi
fidèles, leur témoignage est d'un des premiers chrétiens.
grand poids. 239. Quand il est certain
234. 4° Les vérités de Tradi- qu'une vérité a été toujours crue
tion, se conservent par le consen- partout et par tous, on doit la
tement UNANIME DES THÉOLO- croire comme élant de foi défi-
GIENS. Si tous affirment qu'une nie, dit Hurter; et quand il est
vérité est révélée, leur témoi- sur qu'à une certaine époque la
gnage est incontestable; ils sont, foi en une vérité était établie
en effet, comme le prolongement partout, et acceplée par tous, on
de la chaîne dont les Pères ont peut confondre ceux qui la
été les premiers anneaux. Ce nieraient par l'argument de
sont eux qui fournissent aux prescriplion, en leur disant :

Pasteurs ce qu'ils enseignent aux Prouvez que cette croyance a été


peuples et leur doctrine est
; introduite après les Apôtres, et
quelquefois approuvée par le St par qui argu-
elle l'a élé ;.et cet
Siège. Quand une doctrine est ment négatif devient positif, si
communément enseignée par les on prouve qu'un tel changement
Théologiens, il est téméraire de de doctrine a été impossible.
la contredire, à moins qu'une

—'s^<Sjk^>''o^-'
SX DOCTRINE 77

CONCLUSION DE LA THÉOLOGIE GÉNÉRALE ET


DU TRAITÉ DE L'ÉGLISE.

240. Nous savons donc main- sont des dogmes de foi catholi-

tenant ce que c'est que la doc- que, ou des articles de foi. Tou-
trine de l'Eglise c'est la parole
: tefois on réserve le nom d'arti-
de Dieu écrite ou transmise par cles à des vérités premières et
la Tradilion. Celte parole de principales qui sont plus néces-
Dieu est la règle de foi éloignée. saires à croire.
L'interprète infaillible de l'Ecri- Quand ondit qu'une vérité est
ture et de la Tradition, c'est l'E- de on entend qu'eWe est de
loi,
glise catholique qui est la règle foi catholique, V. n" 2191 et
prochaine de la loi. suiv. Une proposition contraire
« Or. il faut croire de foi divine à un dogme catholique, s'appelle
et catholique tout ce qui est con- hérétique, ou hérésie.
tenu dans la parole de Dieu 2i2. Mais il n'y a pas que les
écrite ou transmise par la Tra- dogmes strictement catholiques
dilion, et qui, en même temps, qui soient vraiment divins. Il ne
est proposé comme étant divine- manque pas, en effet, de vérités
ment révélé, à la foi des fidèles, contenues dans l'Ecriture Sainte,
soit par un solennel jugement ou transmises par la Tradition,
de l'Eglise, soit par le magis- qui doivent être crues de foi di-
tère ordinaire et universel. » vine, comme étant vraiment ré-
v. n° 229. (V. ch. III, de fîde.) vélées de Dieu, bien qu'elles ne
Un jugement splennel, c'est soient pas formellement et ex-
une constitution ex cathedra, ou plicitement proposées par l'E-
la définition d'un concile œcu- glise. Celui qui les nie sciem-
ménique, ou un symbole pro- ment tombe dans l'erreur, et
posé par l'Eglise. Le magistère est hérétique devant Dieu, dont
ordinaire et universel de l'Eglise, il rejette la parole il pèche donc
;

c'est l'Eglise enseignante, dis- gravement contre la foi; mais il


persée dans l'univers, sous la n'est pas hérétique devant l'E-
dépendance de son Chef ; c'est glise, à moins que celle-ci ne le
aussi le Pontife Romain qui, condamne comme tel, et il n'en-
seul entre les Evoques, a un ma- court pas les censures. (V. P. de
gistère ordinaire universel. Ce locis Thcologicis p. 3, n^ 345,
qui est enseigné partout par les in notaj.
Evoques comme étant révélé de Or, ces vérités s'appellent de
Dieu, et que par conséquent tous foi divine ou définissable, et,
les théologiens regardent comme d'après plusieurs théologiens,
étant de foi, appartient à la foi leur contradictoire est voisui^. de
catholique, dit Ilurter. El il rhérésic, et il ne lui manque,
ajoute que, d'après l'opinion pour être hérétique, qu'une défi-
commune, il suffit, pour qu'un nition de l'Eglise; d'autres théo-
dogme soit de loi catholique, logiens l'appellent spécifiquement
qu'il soit très clairement ex- erronée; mais la note d'erronée
primé dans la Ste Ecriture, ou semble mieux s'appliquer à la
par une tradition manifeste. contradictoire d'une proposition
2 il. Les vérités ainsi décla- ccriiiiiiede par la foi. V. le n» 160.
rées par l'Eglise, ou ainsi nette- 243. Ce que nous venons de
ment connues comme révélées dire prouve que les définitions
78 L EGLISE CATHOLIQUE ROMAINE

de l'Eglise ne changent point le rence de contradiction entre la


dogme qui, étant la parole de raison et la foi, vient surtout
Dieu, demeure èlerneUement. La de ce qu'on ne conçoit pas,
définition de l'Eglise n'ajoute et de ce qu'on n'explique pas
rien à une vérité considérée en les dogmes de la foi dans le
elle-même; elle lait seulement sens de l'Eglise, ou de ce qu'on
que celui qui, avant elle, était prend de vaines opinions pour
hérétique devant Dieu, soif aussi des principes de la raison. Nous
après ellCj liérétique devant l'E- définissons donc que toute as-
glise. sertion contraire à une vérité
244. Nous avons donc sous la manifestée par la foi est tout à
main les4)rincipes théologiques, faitfausse. C'est pourquoi non
c'est-à-dire la parole de Dieu et seulement les fidèles chrétiens
les définitions de l'Eglise, d'où ne peuvent pas en conscience
nous pouvons tirer des conclu- soutenir, comme des conclu-
sions certaines. Nous avons de sions légitimes de la science,
plus les lieux théologiques, ou des doctrines contraires à la foi,
les arsenaux, où les théologiens surtout si elles ont été réprou-
font provision de leurs armes. vées par l'Eglise; mais même ils
Ce sont, outre l'Ecriture Sainte sont absolument obligés de les
et la Tradition, les constitutions regarder comme des erreurs, qui
des Papes et des Conciles, les se présentent sous la trompeuse
Symboles, les Saints Pères, les apparence de la vérité. Non seu-
théologiens, les liturgies, les ac- lement la foi et la raison ne peu-
tes des martyrs, les écrits des vent jamais être en désaccord;
hérétiques et des historiens ec- mais même elles se prêtent un
clésiastiques, et les monuments mutuel secoure, pui.ique la rai-
de l'antiquité nous avons parlé
; son démontre les fondements de
de leur autorité au n^ 227 et suiv. la foi, et qu'éclairée par sa lu-
A ces lieux théologiques prin- mière, elle cultive la science des
cipaux s'ajoutent les principes choses divines, tandis que la foi
du droit et la raison, qui aident affranchit la raison des erreurs,
beaucoup à la science théologi- la soutient et la meuble de plu-
que. La raison surtoutlui fournit sieurs connaissances qu'elle igno-
des principes philosophiques rait. C'est pourquoi, loin de
certains. s'opposer à la culture de la
245. La théologie, en effet, science et des arts humains,
et la foi au lieu de détruire la l'Eglise l'aide et l'encourage de
raison, la supposent et l'affer- diverses manières... Sans doute
missent. Ecoulons le Concile du elle n'empêche pas que ces
Vatican. « Bien que la foi soit sciences usent, chacune dans sa
au-dessus de la raison, il ne sphère, des principes et de la
peut cependant exister aucun méthode qui leur sont propres,
réel désaccord entre l'une et mais tout en leur reconnaissant
l'autre, puisque le mênje Dieu cette légitime liberté, elle évite
qui a révélé les mystères et ré- avec soin de laisser ces sciences
pandu la foi, a aussi donné à admettre des erreurs, en se met-
l'esprit humain la lumière de la tant en opposition avec la doc-
raison. Et Dieu ne peut pas se trine divine, ou empiéter sur
renier lui-même, et la vérité ne le domaine de la foi, et y por-
peut pas être en contradiction, ter le trouble, en dépassant les
avec la vérité. Cette fausse appa- limitée qui leur sont propres.
SA DOCTRINE 79

246. » La doctrine que Dieu a connaissance et à la perfection


révélée n'est pas en elîet, comme naturelles mais que de lui-même
;

un système philosophique pro- l'homme peut et doit par un


posé aux esprits iuimains pour continuel progrès, arriver à la
être perfectionné; mais c'est un possession de toute vérité et de
dépùtconhéà l'Epouse de J.-C. tout bien, qu'il soit anathème.
qui doit irarder tidèlement celle (F. cnn. :i).
doctrine, et l'expliquer inlailli- 250. y> Si quelqu'un dit que
blemenf. De là il suit qu'il faut la raison humaine est tellement
perpétuellement retenir le sens indépendante que Dieu ne peut
des dogmes sacrés que l'Eglise a pas lui commander la foi, qu'il
une fois déclaré; et jamais il ne soitanath. (De fide, C(in. 1).
faut s'écarter de ce sens, sous le 251. » Si quelqu'un dit que la
prétexte ou l'apparence d'une foi divine ne se distingue pas de

plus haute intelligence. ))(Fa^) la connaissance naturelle de Dieu


2i7. La raison peut sans l'au- et des choses morales, et que,
torité démontrer les vérités qui par conséquent il n'est pas né-
sont les préambules de la loi, cessaire, pour avoir la foi divine,
savoir, l'existence de Dieu, la li- de croire la vérité révélée à cau-
berté, la spiritualité de l'àme, la se de rautrfrilé de Dieu révélant,
nécessité de la religion, les mo- qu'il soit an, {De fuie. cnn. 2.)
tifs de crédibilité de larévélation 252. » Si quebju'un dit que
et de l'Eglise catholique, c'est l'assentiment à la loi chrétienne
certain. De la spiritualilé de n'est pas libre, mais qu'il est
l'àme, la raison peut conclure à nécessairement produit par les
son immortalité; mais elle ne arguments de la raison humaine,
peut par sa vertu propre, sans le ou que la grâce de Dieu n'est né-
secours de la grâce, arriver au cessaire que pour la foi vive, qui
commencement de la foi, ni faire opère par la charité, qu'il soit
un acte de foi, ni empêcher la an. {De fuie., rati. ,7.)

liberté de l'acte de foi. par lequel 25:3. » Siquelqu'un dit que la


l'homme accepte une vérité sur révélation ne contient aucuns
l'autorité de la parole de Dieu, vrais mystères proprement dits,
ni refuser à Dieu le droit de com- mais qu'une raison bien cultivée
mander à la raison, ni compren- peut de principes naturels tirer la
dre les mystères, ni les démon- connaissance et la démonstration
trer, ni à plus forte raison les de tons les dogmes de la foi, qu'il
perfectionner. Y. n. 2:23-253. Les soit an. » {De pdc et ratione,
textes suivants du fjoncile du Va- cnn. i .)
can élucideront ces propositions: 254. La raison, quand elle a
i248. >^ Si (luehju'un dit (jue le accepté la fui, ne peut pas sou-
seul vrai Dieu, noire Créateur et mettre à un examen (ltibilatif\es
notre Seigneur ne peut être vérités révélées, car l'Eglise a
connu certainement par la lu- condamné dans Hermès cet exa-
mière naturelle de la raison, par men dubitatif; mais la raison
le moyen des choses qu'il a peut, par un examen coiifinna-
faites, qu'il soit anathème. (Y. tjf., rechercher et défendre la
De rcrelal'wne, cnii. 1). doctrine catholique et chacun de
2'4'.). )) Si quehiu'un dit que ses dogmes; elle peut faire sur
l'homme ne peut pas être élevé les vérités chrétiennes des Irai-
par Dieu à une connaissance et à tés vraiment scientifiques, et
une perfection supérieures à la montrer la convenance des dog-
80 l'église catholique romaine

mes révélés. réellement présent dans une hostie


consacrée, c'est de foi; mais d'après
255. Elle peut encore de prin-
ces théologiens, il n'est pas de foi
cipes Ihéologiques certains tirer qu'il soit présent dans telle hostie en
des conclusions certaines, dont particulier, lors même qu'elle est cer-

nous devons dire ici quelques tainement consacrée, parce que sa pré-
sence dépend du fait contingent de la
mois. Il y a des vérités qjii sont consécration de l'hostie. Mais tous con-
contenues formeUement, immé- viennent que telle hostie consacrée en
dialement et explicitement dans particulier, peut et doit être prudem-
ment adorée ; la prudence est la règle
la parole de Dieu, par ex, cette
de la piété ; et elle peut 3e fonder sur
proposition Le Verbe s est faU un fait certain, mais la foi ne se fonde
chair d'autres vérités y sont
; que sur la parole de Dieu.
208. Une conclusion proprement dite
contenues formellement, mais
peut se tirer de deux prémisses révé-
d'une manière implicite seule- lées, ou d'une prémisse révélée et d'une
ment, c'est-à-dire qu'elles ne se autre connue naturellement. -1) Si de
trouvent pas exprimées en pro- deux prémisses révélées on tire selon
toutes les règles et avec certitude par
pres termes, mais seulement conclusion, celte
conséquent, une
d'une manière confuse, dans une conclusion étant renfermée matérielle-
proposition explicitement révélée ment dans la majeure qui est univer-
selle, et qui est de foi, est en elle-
et cela arrive :

même de foi, comme étant implicite-


1) Quand une proposition est la même ment révélée, d'après (je que nous
quant au sens, qu'une proposition révé- avons dit; cependant celui qui la dé-
lée, ce qui a lieu clans trois cas dift'é- duit ne ferait pas formellement un acte
rents: (a) Si on se sert de termes synony- de foi, si, en l'admettant, il se confiait
mes, par ex. si au lieu de dire
; Le : à la force de la logique, et non en la
Verbe s'est [ail chair, je d\s: Le Ver- panjle de Dieu.
be s'est fait homme ; {b) si on emploie 209. "2) La conclusion strictement
des termes corrélalii's, par ex., si au théologique est proprement celle qui se
lieu de dire: J.-C. est le Fils de Dieu, tire d'après toutes les règles de la lo-
je dis Dieu est le Père de J.-C. (c)
; gique, e1 par conséquent d'une manière
si on use de termes contradictoires, par certaine, de deux prémisses dont l'une
ex., si je dis : J.-C. n'est pas une pure seulement est de foi et les théologiens
;

créature, au lieu de dire : J.-C. est se demandent si elle est l'objet de la


Dieu. foi. Et sur cette question, il y a trois
!2) Une proposition
est implicitement opinions. Les uns disent que cette con-
révélée, quand
est révélé l'ormellemenl. clusion n'est de foi divine ni avant, ni
et explicitement, le tout actuel ou réel après la définition de l'Eglise mais
;

dont cette proposition est une partie qu'après la définition, elle est de foi
essentielle, par ex., s'il est révélé que ecclésiastique. La foi ecclésiastique,
J.-C. est homme, il est révélé par là c'est l'assentiment donné auxjugements
même a un corps humain.
qu'il de l'Eglise sur les choses qui ne sont
206. 3) Si un tout potentiel, ou, en pas révélées, mais que l'Eglise a pour-
d'autres ternies, une proposition uni- tant droit de juger. Rejeter ces juge-
verselle, est révélé, la proposition par- ments, c'est aller immédiatement contre
ticulière ou singulière comprise dans la foi divine, car Dieu a donné à son
l'universelle est révélée par là même, Eglise le pouvoir de juger. Celui donc
par ex., si cette proposition: Tous res- qui nierait une conclusion théologique
susciteront, est révélée, il faut croire définie serait dans l'erreur il péche-
:

de foi divine cette autre proposition : rait contre l'autorité de l'Eglise ; mais
Pierre ressuscitera. Dans tous les cas d'après cette opinion, il ne serait pas
qui précèdent, il n'y a pas proprement hérétique, car la définition ne fait pas
de conclusions théologiques; il n'y a un dogme nouveau. D'autres disent que
pas en effet de déduction, de raisonne- la conclusion théologique est de foi di-
ment proprement dit, mais une sorte vine, soit avant, soit après la définition
d'interprétation de la vérité révélée de l'Eglise; et d'autres enfin disent
que les philosophes appellent illation. qu'elle est de foi divine, seulement
207. Plusieurs théologiens toutefois, après la définition. (V. n" '160, et B. de
contrairement à d'autres, pensent que objecto fidei.)
les propositions singulières, qui dépen-
dent d'un fait contingent même certain,
260. Tous s'accordent donc à
ne sont pas de foi, bien que leur uni- regarder comme erronée la con-
verselle soit de foi, par ex., J.-C. est tradictoire d'une conclusion Ihéo-
SA DOCTRINE 81

logique certaine, et la chose aucun auteur catholique.


n'est pas en effet douteuse. Tou- 261. Ceci étant posé, nous
tefois, toutes les conclusions des pouvons entreprendre l'étude de
théologiens ne sont pas des con- la dogmatique spéciale, qui traite
clusions théologiques certaines, de chaque dogme de l'Eglise et
et, parmi les docteurs catholi- des questions qui s'y rattachent.
ques, il y a une foule de contro- Dans nos traités, nous suivrons
verses qu'on peut soutenir de la méthode synthétique qui con-
part et d'autre sans préjudice de vient surtout aux sciences qui
la loi. Qu'on se garde toutefois ont des principes certains, et
de les soutenir au détriment de qui va du simple au composé, de
la charité, ce serait pécher con- l'universel au' particulier, de la
tre la charité que d'infliger des cause à l'effet, par le moyen du
notes injurieuses aux opinions syllogisme.
libres des autres; (V. n° 2969) 262. L'analyse, qui remonte
qu'on prenne donc pour règle des effets à la cause, du composé
l'axiome suivant Dans les choses
: au simple, du particulier au gé-
nécessaires r unité; dans les dou- néral, convient surtout aux
teuses la liberté ; dans toutes la sciences naturelles, et spéciale-
charité ; aussi n'altaquerons-nous ment aux sciences physiques,
dans ce livre que les erreurs, et dont il faut découvrir les princi-
jamais les personnes nous n'en-
; pes au moyen de l'induction.
trerons même endiscussion.avec
DEUXIEME PARTIE

DOGMATIQUE SPÉCIALE
deuxième partie se
i263. Celte même ; la seconde, de Dieu
divise endeux sections la pre- : considéré par rapport au monde.
mière traitera de Dieu en lui-

SECTION PREMIÈRE.
])E DIEU CONSIDÉRÉ EN LUI-MÊME.
20-4. Que Dieu soit incompré- Jiin, nom pluriel qui signifie
hensible, en ce sens qu'aucune juge, Adonaï, c'est-à-dire
ou
créature ne puisse le compren- Seigneur, ou encore Saddaï,
dre par ses forces naturelles, c'est-à-dire Tout-puissant, ou Sa-
c'est une vérité de foi ; et il est baoth, nom qui signifie Dieu des
certain qu'aucune créature même armées. Ce Nom est saint et ter-
élevée à des forces surnaturelles, rible, il faut donc le prononcer
ne peut le comprendre entière- avec «respect, le louer avec re-
ment; il faudrait en effet pour connaissance et amour, et l'in-
cela qu'elle fût infinie, et Dieu, voquer avec confiance.
pas même de puissance absolue, 26(3. Par ce nom, nous dési-
ne peut faire une créature infi- gnons l'Etreabsolument néces-
nie. {IIu.) saire ,
parlait en tout, distinct
265. Par là même que Dieu de ce monde, et la cause suf-
est incompréhensible, il est fisante de tout ce qui existe.
ineftable. Cependant la Sainte La vie éternelle, de vous c'est
Ecriture lui donne des noms qui connaître vous seul, vrai Dieu.
le distinguentde (out autre être. (Jean XVII. 3.); pour ac-
Dans l'ancien Testament, Dieu quérir cette sublime connais- I
est appelé JeJiora et par abrévia- sance, nous devons traiter de
tion Jah, mot qui signifie Celui : l'unité de Dieu, et de la Trinité
qui est ; il est aussi appelé Elo- des personnes divines.

TRAITÉ I. DE L'UNITÉ DE DIEU


'
Dans nous par-
trois chapitres, connaître la divinité. Ils ont été con-
lerons de l'existence de Dieu,
: I
damnés par le Concile du Vatican. (V.
n" 248.)
II de son essence ; III de ses 268. D'autres pensent que la démons-
attributs. tration de l'existence de Dieu est inu-
tile, et parmi eux se trouvent en pre-
mière ligne {a) les Ontologistcf.. Les
:

CHAPITRE 1er.
plu?. niHinccs d'entre eux osent dire
avec Malebranclie que l'intellect hu-
DE l'existence DE DIEU main jouit dès ce monde de la vision
de l'essence divine, archétype de tous
267. Lestradilionalistes disent que les êtres,qui nous est mieux connue
la démonstration de l'existence de Dieu que tout autre chose, et par laquelle
est impossible par la raison, à laquelle nous connaissons tout le reste, même
Ua enlèvent ainsi toute puissance pour ce qui tombe sous nos sens. Les onto*
DIEU 83

logisles modérés prétendent que l'in- que le sophisme appelé passage d'un
tellect humain voit l'infinité de Dieu, genre à un autre: et en effet on passe
dans cette inlinilé les univeisaux ou dans ce raisonnement de l'ordre idéal
et
comme
le bien,
et logique à l'ordre réel.
les vérités générales,
beau, qui sont l'objet
le vrai, etc.,
273. Mais l'existence de Dieu, cause
le
première de tojit, se démontra d'une
de l'intelligence, tandis que les choses
singulières comme Pierre. Paul, etc.
manière si péremptoire a pos'.eriori,
c'est-à-dire par les effets produits par
sont connues par les sens et non pas
lui, qu'il y a controverse entre les au-
en Dieu. De telle sorte que, d'après
teurs sur cette question Peut-il y avoir
eux. l'intelligence connaît le monde
:

par Dieu, et non pas Dieu par le monde. des athées spéculatifs? Une opinion
l'affirme; une autre soutient, avec plus
Leur doctrine, d'après une décision de
la S. C. du .Saint Office du 18 septem-
de raison, qu'il est impossible qu'un
bre 18(i'l, ne peut être enseignée en homme dont la raison est saine, puisse
sûreté, ce qu'il est facile de compren- surtout pendant longtemps, nier avec
dre, si l'on médite les paroles du Concile
conviction l'existence de Dieu. Mais
du Vatican, no 248. tous conviennent qu'il peut y avoir des
269. ib) Puis viennent les parti- athées pratiques, c'est-à-dire îles hom-
sans des idées innées. En soutenant mes qui vivent comme si Dieu n'exis-
tait pas. Nous avons au n» oo. prouvé
que l'idée de Dieu est innée dans no-
tre esprit, c'est-à-dire, répandue natu- a, posteriori l'existence de Oieu par
rellement en nous par Dieu, ils nient plusieurs arguments qui, aux yeux de
la raison, ont une force indi.-.cutable ;
par là même la nécessité de démontrer
son existence. Le système des idées contentons-nous ici d'une preuve théo-
innées, en attribuant à l'homme une logique.
connaissance qui lui vient indépen- P. Dieu exifilc. C'est de foi
damment desobjets connus, et qui par
là même est idéale et non réelle, favo-
d'après tous les symboles et d'a-
rise l'idéalisme et même conduit au près le Concile du Vatican: Si
scepticisme. Il doit, donc être rejeté. quelqu'un nie qiCil y a un ><cul
270. (c) Enfin les sentimcntalistes
vrai Dieu, Créaleur et Seignew
prétendent que Dieu est moins connu
par la raison qu'il n'est atteint, ou des choses visibles et invisibles,
plutôt touché par un sens secret, qui qu'il soit annt. Si quelqu'un ne
nous fait sentir son existence. Ce sys- rougit pas d'affirmé?' qu'il n'y a
tème exclut, sans s'en douter, non seu-
lement la démonstration de l'existence rien en dehors de la matière,
de Dieu, mais même la connaissance qu'il soit anat. (V. de Deo, can.
de Dieu. L'homme, en elFet, n'a pas i.-2.j Et, en effet, un être qui
d'autres moyens de connaître que les
sens extérieurs et la raison. Ce pré-
s est nnanifesté aux hommes de
tendu sens intérieur ne peut donc lui la manière plus certaine,
la
fournir une connaissance. Il faut donc existe certainement. Or Dieu s'est
admettre que l'existence de Dieu peut manifesté très certainement aux
et doit être démontrée.
271. faut convenir cependant que
Il
hommes par larévélation, contime
cette vérité ne peut pas être démon- nous l'avons prouvé, (n" 81 et
trée a priori, c'est-à-dire par des prin- suiv.) Donc il existe.
cipes ou des causes, d'où on la tire.
Comment faire sortir d'une cause celui Quelques philosophes
27-4.
qui est la cause de tous les êtres? et modernes, tout en disant de Dieu
Dieu ne dépasse-t-il pas tous les prin- (les choses merveilleuses, n'en-
cipes?
tendent par le mot Dieu que
272. Peut-on démontrer l'existence
de Dieu par l'argument que les philo- l'être universel que les hommes
sophes appellent a simullaneo, et par conçoivent d'une manière logi-
lequel on conclut que Dieu existe de que, et que les logiciens divisent
l'idée que l'homme a de lui ? Voici
cet argument
en genres et en espèces ; le
Je conçois comme pos-
:

sible l'existence réelle d'un être, qui Concile du A'atican laft justice de
ait toutes les perfections; or, il ne se- ces athées perfides et hypocrites,
rait pas possible que cet être existât,
et il les frappe d'analhème. (V.
s'il n'existe pa.'< déjà; car (|ui pourrait

le produire? Donc
no 303.)
il existe. Quelques
auteurs vantent beaucoup cet argu- Il est donc certain qu'on doit
ment ; mais les scolastiques n"y voient croire à l'existence de Dieu
DIEU

comme à un article de foi. Si Paul n'existe aucune espèce de distinction


dit en elTet Il faut que celui qui.
:
entre l'essence divine et les attributs
divins, ni entre les divers attributs di-
approche de Dieu croit qu'il vins, et par conséquent selon eux l'es-
existe. Et le Concile de TreiUe, sence divine, c'est l'ensemble, le com-
citant ces paroles,* ajoute que ble des attributs divins. Mais cette
opinion est en dehors de la question,
cette foi est le principe et la
et part d'un principe faux, comme nous
raison de la justification. (Ses. le dirons au n" 29r2.
6. c. 6.) 278. Les Scotistes disent que l'exi-
gence de l'infinité est ce qui constitue
27J). Bien que Si Thomas enseigne
l'essence divine mais qui ne voit que
;
avec d'autres théologiens que la science
cette exigence suppose un sujet, dans
et la foi ne peuvent pas avoir le même
lequel elle réside ? Entre les Thomistes,
objet, parce ([u'un ne peut croire ce
les uns disent que ce qui constitue l'es-
que Ton voit, un grand nombre de
sence divine, c'est l'intelligence par-
théologiens sont d'un autre sentiment.
faite actuelle par laquelle Dieu connaît
Sans doute, si on admet l'existence de
parfaitement ; d'autres pensent que c'est
Dieu uniquement parce que la raison
l'intelligence radicale, c'est-à-dire l'e-
la démontre, on ne fait pas un acte de
xigence d'une intelligence qui connaisse
foi; mais rien n'empêche que. convaincu
parfaitement; mais l'une et l'autre
par ma raison de l'existence de Dieu,
supposent aussi un sujet dans lequel
je pense en même temps que Dieu s'est
elles résident.
révélé aux hommes, et que sur l'auto-
279. Il est donc plus probable que
rité de sa révélation, je lui dise que je
ce qui constitue l'essence divine, c'est
crois qu'il existe, faisant prédominer
Vaséité, ou cet attribut par lequel
dans mon esprit le motif de la révéla-
Dieu a l'être de par lui-même et sub-
tion sur celui de la raison ? Qui em-
siste par lui-même et non de par un
pêche qu'à des moments différents, je
autre. C'est,en effet, cet attribut
fasse agir tantôt ma raison et tantôt
qu'on conçoit en premier lieu; car dès
ma foi ?
que nous découvrons l'existence de
Dieu que nous prouvent les créatures,
CHAPITRE II. nous le concevons comme la première
cause de tous les êtres, n'ayant lui-
DE l'essence de DIEU même point de cause et par conséquent
étant a se. Cet attribut distingue Dieu
276. L'essence, c'est ce par de tous les autres êtres; car tous les au-
tres êtres viennent d'un autre; enfin ïa-
quoi un être est ce qu'il est, et
séité est la source de toutes les autres
se dislingue de tout autre être. perfections. En effet l'être a se est
L'essence, en tant qu'elle est le l'être subsistant par lui-même.
principe des opérations d'un être, 280. Dans tous les autres êtres, l'es-
sence se distingue réellement de l'exis-
s'appelle nature. Bien que l'es- tence. L'essence, nous l'avons dit, c'est
sence de Dieu soit très simple, ce par quoi un être est ce qu'il est: par
les théologiens distinguent en lui exemple, l'homme est un composé d'âme
raisonnable et de corps ; or je puis
l'essence métaphysique ou logi-
concevoir l'homme et le définir, sans
que et l'essence réelle. qu'il existe; donc son existence ne se

Article premier. — De l'es-


confond pas avec son essence ; et on
peut distinguer réellement l'une de
sence métaphysique de Dieu. l'autre, soit dans un homme purement
possible^ soit dans un homme réelle-
277. Selon noire manière de
ment existant ; et par conséquent
concevoir, qu'est-ce qui consti- l'homme n'a pas la raison et la cause
tue l'essence divine? En d'autres de son existence dans son essence ;
termes, quel est l'attribut divin, car cette essence ne supposant pas
nécessairement l'existence, ne peut pas
que nous concevons tout d'abord donner l'existence mais dans l'être
;

comme distinguant Dieu de tout a se, l'existence ne se distingue pas


autre être, et comme étant à nos réellement de l'essence. Si elle s'en
distinguait en effet réellement, l'exi.'^-
yeux la source d'ovi découlent
tence aurait sa raison d'être, ou dans
toutes les perfections divines? l'essence elle-même, ou dans un autre
Sur cette question, les opinions sont être. Si elle l'avait dans un autre,
partagées. D'après les nominaux, il l'être a se ne serait plus a se, mais
SON ESSENCE 85

ab alio; si elle l'avait dans l'essence, nous avons dit au no 280; et


comment cette essence qui, dans l'hy- théolo.niquement c'est rfg/bi.Pr.l)
pothèse, n'aurait pas l'existence et
par l'Écriture Sa grandeur n'a
:
serait réellement distincte d'elle, don-
nerait-elle ce qu'elle n'aurait pas. Il point de (in. (Ps. CXLIV. 3.) Il
faut donc conclure que dans fèlre a se, est grand et n'a point de fin, il
l'essence ne se dislingue pas de l'exis-
est élevé et immense. (Baruch. III.
tence, et par conséquent, l'Etre a se
subsiste nécessairement et par lui- 25.) Il n'a besoin de personne,
même. Or, l'Etre qui subsiste par lui- puisqu'il donne à tous avec abon-
même, n'a pas de limites, car s'il en
avait, ou elles lui seraient posées par
dance. (Act. XVII. 25.) 2) par —
le concile du Vatican « La :
un autre, et pour lors, il ne "serait
plus indépendant, il ne serait plus l'être sainte Eglise croit... qu'il y a un
a se; ou elles lui viendraient de lui- seul vrai Dieu, vivant. Créa-
même, ou de son essence. Or, non teur et Seigneur du Ciel et de
seulement l'essence de l'être subsis-
tant par lui-même ne suppose pas de la terre, tout-puissant, éternel,
limites, mais plutôt l'idée même de cet immense, incompréhensible, in-
être excluttoute limite, comme le finidans son intelligence et sa
néant absolu exclut tout être, même le
volonlé, et dans toute perfection,
plus petit. Donc toutes les perfections
de Dieu nous semblent dériver de son qui est une intelligence spiri-
aséité. Aussi Dieu s'est-il défini lui- tuelle, immuable. ))(C. DeiFilius.
même Je suis celui qui suis. (Exod.
:
Ch.I).
III. 14.) Donc l'essence de Dieu consi-
dérée logiciuement, c'est Vaséilé. 283. Il faut remarquer que
l'homme se fait l'idée de l'infini,
281. Mais s'il y a controverse
par le fini, qui tombe sous ses
,
enire les auteurs sur la question
sens, en écartant par abstraction
précédente, il est de foi, d'après
toute limite du fini. Il n'a donc
le Synnbole de St Athanase que
aucune valeur le raisonnement
Dieu est l'Etre iîicréé ; il est
suivant de Descartes J'ai l'idée :
donc TElre premier, car tous les
de l'infini, que le fini ne peut
autres ont été créés par lui ; "il

est donc indépendant qui


l'Etre
me donner ; donc celte idée est
innée en moi. Et ce raisonne-
n'a besoin de personne et de
ment faux ruine la preuve la
qui tout dépend ; il est donc
plus claire et la plus- solide de
l'Etre nécessaire dont la non-
l'existence de Dieu, qui se tire
existence est impossible et tous ;
des choses créées. V. n» 269.
les autres Etres qui dépendent
d'un autre sont contingents, et 284. Par là même que Dieu a des
perfections inlinies, il faut en conclure
par conséquent pourraient n'a- qu'il a toutes celles que nous remar-
voir pas existé. Malheur donc à quons dans les Créatures. Notons tou-
celui qui résiste à Dieu. Qui lui tefois qu'entre les perfections, en est il

que les philosophes appellent


simple-
a résisté, et a eu la paix ? (Job.
ment simples, c'est-à-dire sans mé-
IX. 4.) lange d'imperfection, comme la bonté ;
Art. II. —
De l'essence phy- d'autres sont appelées perfections se-
cundum quid, c'est-à-dire sous un
sique de Dieu. point de vue, parce qu'elles sont mélan-
gées à quelque imperfection, comme
282. L'essence physique de
le corps, ou le raisonnement qui suppose
Dieu c'est l'ensemble réel de une imperfection de l'intelligence. Dieu
toutes les perfections qui con- a toutes les perfections simples for-
viennent à sa nature, et qui sont mellemenl, c'est-à-dire dans toute l'é-
tendue de leur définition, mais d'une
vraiment en elle. Dieu a toutes manière infiniment plus parfaite et
les perfectians et d'une manière plus éminente ([ue les Créatures. Quant
infime, de telle sorte qu'il est aux perfections secundum quid, il ne
les a pas selon le sens de leur défini-
infini en tout. C'est philosophi-
tion, mais il les a vi)tuellement puis-
quement certain d'après ce que qu'il les donne aux créatures, et il lea
86 DIEU

a éminemment, c'est-à-dire d'une ma- attributs opératifs ,


que nous
nière plus sublime ne raisonne
s'il :

concevons comme agissants. On


pas, il voit tout. De là il faut conclure
qu'il y a deux voies pour connaître les encore en attributs
divise
Dieu. Lune s'appelle voie d'affirma- absolus qui se rapportent à
tion, car par elle nous attribuons à l'essence divine^ et en attributs
Dieu toutes les perfections des créatu-
relatifs. Ces derniers se disent
res t à un degré incomparablement
(

plus sublime; l'autre se nomme voie adititra, s'ils se rapportent aux


de négation, car par elle nous écar- Personnes divines, et ad extra,
tons de lui toute imperfection. si on les considère par rapport

285. Puisque Dieu a d'une aux -créatures.


manière infinie toutes les per-
289. I III. Les Attributs
fections possibles, il en faut
SONT-ILS distincts DE L'ESSENCE
conclure que nous devons l'ai-
DIVINE, ET SONT-ILS DISTINCTS LES
mer par-dessus tout, si nous UNS DES AUTRES ?
avons le gotît du bien et du beau.
La grandeur de Dieu estsansfin, Pour résoudre cette question, il faut
remarquer qu'il y a deux sortes de
dit saint Augustin que votre:
distinction, l'une réelle, qui est vrai-
louange soit aussi sans fin. ment dans les choses, et l'autre logique
Mais il est temps d'entrer dans qui n'est que dans l'esprit. La distinc-
tion réelle se subdivise en deux l'une
plus de détails en parlant des
:

s'appelle réelle majeure ou plus que


attributs divins. modale ; c'est celle qui existe entre
deux choses dont ni l'une ni l'autre
n'est lemode de l'autre, par ex. dans :

CHAPITRE III. les choses créées, entre une substance,


et une autre, entre Pierre et Paul, par
DES ATTRIBUTS DE DIEU. exemple, ou dans l'homme, entre le
corps et l'àme, et en Dieu, entre les
Et d'abord en général, et en- Personnes divines^ L'autre s'appelle
réelle mineure, c'est celle qui existe
suite en particulier.
entre la substance et son mode, ou
Art. 1. —
Des attributs de entre divers modes de la même subs-
tance, par exemple, entre la dimension
Dieu en général. du doigt et sa courbure. La distinction
286. Nous devons dire ici :
logique est aussi de deux sortes, l'une
est dans l'esprit, mais a son fondement
I ce que c'est qu'un attribut; dans Jes choses par ex. dans l'àme,
: :

II comment se divisent les attri- qui est simple, la raison trouve la vie
buts divins, et III si les attributs végétative, la vie sensitive et la vie
intellectuelle et en effet l'àme a une
sont distincts de l'essence de ;

vertu capable de produire cette triple


Dieu et s'ils sont distincts entre vie. Cette distinction s'appelle virtuelle
eux. ou de raison raisonnée ; l'autre n'est
que dans l'esprit et n'a aucun fonde-
287. 1 1. Un Attribut est une ment dans les choses ;par ex. si ma :

perfection simplement simple raison distingue entre Céphas et Pierre.


que peut appliquer absolu-
l'on Cette distinction est purement nomi-
nale, et s'appelle de raison raison-
ment à Dieu, parce qu'elle appar'
nante ; on ne peut supposer aucune
lient à son essence. Y. n° 284. espèce de distinction qui ne soit com-
288. 1 II. Comment DiviSE-T-ON prise dans celles que nous venons
d'énuméïer. Cela posé, établissons les
lis Attributs divins ? Bien
propositions suivantes.
({u'il n'y ail pas de division
réelle dans les attributs divins, 290. P. I. Contre Gilbert de
les théologiens les divisent ce- la Poirée : Tous les allribuis,
))endant d'une manière logique divins, soil absolus, soit relatifs
(Mlattributs en repos quiescentia, ne se distinguent pas réelleniciit
ainsi appelés parce que nous les de l'essence diriue. C'est de foi
concevons sans opération, et en définie par le IV*^ Concile de
SES ATTRIBUTS 87

Latran contre l'abbé Joachim, guer des attributs,


qui adinellait une distinction 293. P. IV. Les attributs ab-
réelle entre les Personnes divi- solus et les relatifs ad exlra sont
nes et la substance divine. — virtuellement distincts entre eux.
Pr. L'essence et les attributs, (Nous parlerons au n" 352 des
d'après ce que nous avons dit,* attributs relatifs ad intra). C'est
sont infinis ; s'ils se distinguent certain de par les mêmes argu-
réellement, il y a donc plusieurs ments que la proposition précé-
infinis, ce qui' répugne. Si les dente. Dans l'unité de l'essence
attributs se distinguent de l'es- divine, il y a toutes les perfec-
sence, comme l'accident de la tions que la raison perçoit com-
-iO.), Dieu
substance, (V. n^ est me distinctes dans les créatures,
donc composé de substance et et qu'elle distingue en Dieu, dont
d'accidents ; et l'absolue simpli- elle ne peut embrasser la vertu
cité de Dieu, dont nous parlerons infinie dans une seule pensée.
au n° 296, est détruite.
Art. II. Des attributs de
291. P. II. Les altribuls de Dieu
Dieu en particulier.
absolus et lesrelalifs ad extra, ne
se (listing ucnl.pasréellenient entre 294. § I. Des attributs en re-
eu.L\ C'est certain de
par les pos ET I DE CEUX QUI NOUS PA-
mèntMîS preuves que la proposi- RAISSENT EN QUELQUE SORTE PLUS
tion précédente et cela appar-
;
PRÉS DE l'essence DIVINE. —
tient à la foi. Nous ne parlons pas Tout être est un, vrai, bon et
ici des attributs relatifs ad inlra
beau. Un être est un, quand il
qui feront la matière du Traité n'est pas divisé en lui-même,
de la Trinité. car s'il l'était, il ne serait plus
2U2. P. III. Tous les attributs un être, mais deux êtres. Un être
absolus et relatifs même ad intra est vrai en tant qu'il peut être

se distinguent virtuellement de connu par l'intelligence il est ;

Vessence divine. C'est certain, bon en tant qu'il est l'objet de


quoi qu'en aient pensé les Ano- l'appétit, qui porte vers lui; il

méens" et les Nominaux qui n'ad- est beau, si clans son unité, il

mettaient qu'une distinction pu- laisse resplendir un ordre qui

rement nominale. Pr. 1.) Ça et charme celui qui le connaît, lors


là l'Ecriture sainte et tous les même que ce dernier ne désire-
Tliéologiens parlent de l'essence rait pas le posséder. Or Dieu est

divine, puis des divers attributs l'être simplement dit, subsistant

de cette essence, en se servant par lui-même, excluant tout non-


de termes qui ne sont pas syno- être; donc il est souverainement

nymes, et ce n'est pas en se un, vrai, bon, beau; mais en-


jouant ; donc il y a une distinc- trons dans le détail.

tion entre l'essence et les attri- 295. 1" De l'unité de Dieu.


buts. 2.) On appelle virtuelle la De ce que nous venons de dire,
il suit que Dieu est un en ce sens
distinction qui a son fondement
dans les choses, or l'essence di- qu'iln'estpasdivisé en lui-môme;
divine équivaut et au-delà à ce et en ce sens même un être

qui dans les créatures nous ap- composé, comme l'homme, est
paraît comme distinct ; et dans un. L'unité peut être prise dans
les choses créées nous distin- d'autres sens 1) en tant qu'elle
guons les attributs de l'essence, exclut toute composition; et 2)
donc l'essence divine nous four- en ce sens qu'elle exclut la plu-
nit un fondement pour la distin- ralité d'êtres de même nature.
88 DIEU

296. 1). P. I. Dieu est abso- c'est l'exercice qui perfectionne la puis-
sance ainsi entendue. L'homme qui fer-
lument simple. C'est de foi de me les yeux, a la puissance de voir sans
par le IV^ Concile de Lalran voir actuellement. Pendant qu'il a la
:

« L'essencedeDieu est une, c'est puissance sans l'exercer, il est par ce


une substance, ou une nature» côié-là imparfait; donc en Dieu qui est
infiniment parfait, il ne peut y avoirde
tout à (ait simple. » Pr. 1) Dieu puissance ainsi entendue; donc Dieu
est un esprit. (Jean IV. 24.) 2.) est un acte pur. Il n'y a point en
La simplicité est la négation de lui de distinction réelle entre l'essence

composition or, en Dieu, il n'y


et l'existence comme nous l'avons prou-
;
vé au n» 280, ni aucune composition
a aucune composition. En efTet, de substance et d'accident; supposer
dans tout composé quelle que qu'un accident s'ajoute à sa substance,
soif sanature, il y a toujours des ce serait dire qu'il manque quelque chose
à la substance divine qui est infinie.
composants. Le composé est plus Il n'y a en Dieu que sa divine essence.
parfait que chacun des compo- 300. (c) Il n'y a pas non plus en lui
sants, donc ceux-ci ne sont pas de composition logique, qui se fait par
l'union du genre et de la différence pro-
infiniment parfaits car s'ils l'é- ;
pre. Le genre, c'est ce en quoi un être
taient, ils n'auraient pas besoin ressemble par nature à d'autres êtres,
de s'unir à autre chose pour for- par ex. en l'homme, l'animalité est ce
:

mer un être plus parfait ; donc en quoi il ressemble à la brute la dif-


,

férence, ce en quoi un être diffère des


le composé n'est pas infini, car
autres êtres avec lesquels il a un genre
deux choses finies, unies entre commun. La raison est la différence qui
elles, peuvent étendre leurs limi- distingue l'homme de la brute. L'espèce,
c'est la réunion du genre et de la diffé-
tes, mais non les enlever. Donc
rence propre c'est par elle qu'on défi-
;

il faut exclure de Dieu qui est nit UM être. Cette définition: L homme
un être infini toute composition, est un animal raisonnable, dit bien
ce qu'est l'espèce humaine. Mais Dieu
297 /aj D'abord \a. composition physi-
est au-dessus de lout genre et de toute
que qui résulte de l'union de plusieurs
espèce dans aucune caté-
il n'entre
parties physiques intégrantes, comme
;

gorie. Donc il n'y a rien en Dieu que


les membres d'un corps, ou essentielles
Dieu ou l'essence divine. Au contraire
comme l'àme et le corps dans l'homme.
tout être créé se compose de puissance
Donc Dieu n'est pas corps ni matière ;
et d'acte, de genre et de diflêrence;
ni même il n'a point de corps comme
donc les créatures n'ont jamais une ab-
l'ont voulu les anthropomorphites, et
solue simplicité, pas même les Anges.
s'ilest représenté quelquefois avec des
Dieu, esprit souverainement parfait,
pieds et des mains, etc., ce n'est que
c'est en esprit et en vérité que nous
pour nous manifester sa vertu par un
devons vous adorer (Jean. IV. 24.)
!

signe sensible. (V. n. 282.)


"298. Donc il forme du
n'est pas la 301. P. IL Le Panthéisme est
corps, ni du monde, faisant avec le
une docirine réprouvée. C'est de
monde un composé ; donc il est invi-
sible à nos yeux de chair, et par consé- foi ; et cela ressort clairement
quent les apparitions de Dieu ont été de ce que nous venons de dire
faites par le ministère des Anges, et si
de l'absolue simplicité de Dieu,
elles ont eu lieu quelquefois sans leur
ministère. Dieu s'est servi de la repré-
n° 296. Le Panthéisme a trois
sentation qu'il a voulue ; mais celte re- formes: 1). VEmanalisme, qui
présentation ne lui était point naturelle. fait sortir de la substance de
Bien plus, Dieu est invisible pour l'in-
Dieu d'autres personnes, ou in-
telligence, si elle n'est éclairée de la lu-
mière de la gloire. dividus, ayant tous une commu-
299. (h) 11 n'y a point non plus en ne nature divine: c'est l'erreur
Dieu de composition métaphysique, des Indiens et des Néoplatoni-
qui se fait par la réunion de la puis-
sance et de l'acte, ou de l'essence et de ciens: 2°) le Formalisme qui ad-
l'existence, ou de la substance et de mettant l'unité de substance,
l'accident; la puissance, c'est la capa- mais aussi la pluralité des per-
cité qu'a un être de recevoir, ou de
sonnes ou des individus, veut que
faire quelque chose, sans qu'il le re-
çoive, ou le fasse actuellement et l'acte, ;
tous les êtres autres que la subs-
SES ATTRIBUTS 89

tance divine, qui est unique, ne d'autres. C'est rfe /oi d'après tous
soient que des formes ou des les symboles. Pr. 1.) Voyez que
modes de cette substance c'est:
je suis le seul Dieu et qu'il n'y en
l'erreur de Spinosa; 3°) le pan- a pas d'autre que moi. (Deul.
théisme idéaliste, ou allemand, XXXII. 39.) 2) par la raison,
qui se tonde sur ce principe nos :
comme on le verra par ce qui suit.
idées ne se distinguent pas des
80(i. (a) Il faut donc réprouver le
choses qu'elles représentent ; ce dualisme, soit celui des
philosophes
qui pense est la même chose que qui supposaient la matière éternelle
ce (pii est pensé. Par là est rui- comme Dieu, soit celui des Manichéens
([ui admettaient deux principes, l'un
née la dislinclion entre le sujet
bon, l'autre mauvais.
qui pense et l'objet de la pen- Si kl matière est éternelle indépen-
sée. Il n'y a donc rien en de- damment de Dieu, elle est a se, c'est
hors de l'être idéal, ou universel l'être absolu, elle a des perfections in-
finies, d'après ce que nous avons dit
et indéfini, qui se termine par
n" 280, ce qui est aussi absurde que faux.
les genres et les espèces. Ces On affirme gratuitement l'existence
trois foames du Panthéisme ont de deux principes. On argumente juste en
concluant des êtres contingents à l'exis-
été l'objet des foudres du Concile
tence d'un èti'e nécessaire mais un ;
du Vatican :
être nécessaire suflît pour expliquer
302. « Si quelqu'un dit qu'une tous les contingents. Si on suppose deux
seule et même substance, ou es- principes, ou tous deux sont finis, et
pour lors ils ne sont Dieu ni l'un ni
sence, est celle de Dieu et de tou-
l'autre; ou l'un est fini et l'autre infini,
tes choses, qu'il soit analhème. » et ce dernier dans l'hypothcsc est seul
303. « Si quelqu'un dit que Dieu, ou tous deux sont infinis et l'un
n'a pas ce par quoi l'autre se distingue
les choses finies, soit corporelles,
de lui, il lui manque quelque chose,
soif spirituelles, ou au moins les
il n'est donc pas infini.

spiiHfuelles, ont émané de la di- ;!07. Donc, à plus forte raison, le poly-

vine substance, ou que la divine théisme est absurde. S'il ne peut y


avoir deux êtres infinis, comment y en
essence par ses manifestations
aurait-il des centaines. Ayant le bon-
ou évolutions, devient toutes heur de croire en un seul Dieu, ban-
choses, ou enfin que Dieu est nissons toute idole de notre cœur. Nul
l'être universel ne peut servir deux maîtres.
et indéfini qui,
en se déterminant, constitue l'en- 308. 2° De la Vérité de Dieu.
semble des choses qui se divi - — Dieu vrai. C'est de foi
est
sent en genres, en espèces, ou d'après le texte du Concile du
en individus, qu'il soit analhè- Vatican cité au n^ !273. Pr. 1)
me. » (V. de Deo. c. 3 et 4.) La vie éternelle c'est de vous con-
30-i. Rien de plus absurde que naitre., vous seul vrai Dieu. (Jean
le Panthéisme. Contrairement au XVII, 3). 2) par la raison:
sens commuli, il ose soutenir
Il y a trois sortes de vérités(a) l'uneme-
qu'il n'y a qu'une substance ; il taphijsique qiii est latonformité d'une
nie la simplicité de Dieu dans
;
chose avec l'intellect divin. Or l'essence
la même substance il met des divine non seulement est conforme à
l'intellect de Dieu, mais à cause de l'ab-
attributs contradictoires, le bien
solue simplicité de Dieu, elle nefaitqu'un
et le mal, il renverse toute reli- avec l'intelligence divine. Donc elle
gion et par là-môme toute so- est la plus grande vérité métaphysique.
(b) 11 y "a la vérité lorpque, qui est
ciété et foute vertu.
laconformité de l'intellect avec la chose
305. 2) L'unité exclut la plu- connue; or Dieu connaît son essence,
ralité et indique qu'un être est et tous les autres êtres et son intellect
;

unique. est sonessence môme, comme nous


l'avons dit; il ne peut donc pas lui être
(a) Il n'y a qu'un seul Dieu, en
plus parfaitement conforme. Et quant
dehors duquel il n'y en a point aux autres êtres, la connaissance que
90 DIEU

Dieu lin a esl la cause de ces êtres, qui


souverainement enviable. Ah pourquoi !

faut-il qu'on ne le comprenne pas et


ne sont que parce que Dieu les connaît.
qu'on aime de misérables créatures?
J.a connaissance :1e Dieu est donc la
311. 2; Il y a la bonté morale, ou la
mesure de ces êtres, qui n'ont d"êlre
sainteté, qui en Dieu est la volonté im-
et de vérité que ce que Dieu leur en
connaît, et Jeur en 'Jonne en les con-
muable d'agir toujours d'une manière
naissant. Dieu est donc la souveraine
conforme à ses perfections, en haïssant
le mal et en aimant le bien. Mais
vérité logique, cause de toute vérité ;
c'est lui qui rend toute intelligence ca-
qu'on remarque bien que Dieu n'a point
de qui régisse sa volonté. La sain-
loi
pable d'avoir la vérité logique. 11 est la
teté de Dieu,c'est Dieu lui-même qui
cause efficiente de tous les êtres qui,
en dehors de lui, peuvent être connus,
donne les lois de la sainteté, mais qui
n'a point de loi au-dessus de lui. La
et il les rend vrais métaphysiquement
sainteté de Dieu est, il est vrai, un at-
par là-même qu'il les connaît et les pro-
duit et les choses sont la mesure de
;
tribut opératif,comme la bonté deDieu
par rapport aux créatures, mais nous
l'intelligence créée qui, pour juger avec
vérité, doit se conformer à elles en les
en traitons ici, afin de n'avoir pas à
revenir sur la bonté.
connaissant telles qu'elles sont.
309.(c) Il y a la vérité morale qui
P. Dieu est infiniment saint.
est conformité des paroles et des
la
actes avec la pensée à cette vérité est
;
C'est de foi au moins divine.
opposé le mensonge, et entendue dans Pr. 1) Vous n'êtes pas un Dieu
ce sens, la vérité s'appelle véracité. voulant l'iniquité. (Ps. V. 5.)
I,a véracilé'est un allrihut npéralif de
Dieu ;néanmoins alin d'achever cette Dieu est sans iniquité, juste et
question, nous la plaçons ici et nous droit. (Deut. XXXV. 4).
établissons la proposition suivante :

312. 2; par la raison. Le mal, c'est


P. Dieu est infiniment réridi- la privation d'une perfection qu'on doit
avoir, car la privation d'une perfection
qiie, soit en révélant des vérités,
qu'on ne doit pas avoir, n'est pas pro-
soit en promettant des biens. prement un mal. Ainsi ce n'est pas un
C'est de foi au moins divine. mal pour la pierre de n'avoir point
Pr. Dieu est fidèle dans toutes d'yeux. Il y a deux sortes de perfec-
tion : l'une physique, l'autre mo»ale ;

ses paroles. CXLIV. 13).


(Ps. il y a donc deux sortes de maux le:

// est impossible que Dieu mente. mal physique, par ex. la privation
(Heb. VI, 18.) D'où il faut con- d'un bras chez un homme ; et le mal

clure que la révélation donne la


moral qui est, dans un acte, la pri-
vation de conformité avec la loi di-
certitude métaphysique, qui vine. Or Dieu ne peut aimer per se
consiste en ce que la contradic- le mal en lui-même, ni le mal physi-
toire d'une proposition révélée que, ni le mal moral; car l'un et l'au-
tre, n'étant pas un être, ni un bien,
ne peut absolument pas être mais une privation, ne sont pas envia-
vraie, tandis que la proposition bles. Dieu ne peut non plus vouloir le
révélée est nécessairement vraie, mal moral par accident, c'est-à-dire
pour atteindre un autre bien celui
car il est absolument impossible ;

en efl'et, qui veut un mal moral, pour


que Dieu mente, et qu'il se atteindre un autre bien, aime ce der-
trompe, comme nous le verrons nier bien plus (lue le b^en moral, dont
en parlant de la science de Dieu. il se |irive par le mal i|u'il fuit, en vue
(raltcindrcle bien qu'il poursuit. Or le
310. 30 De la Bonté de bien moral tend à la lin dernière de l'être
Dieu. —
La bonté se prend en intelligent, fin (|ui est Dieu lui-même. Le
plusieurs sens. l)icn moral, en clVct, c'est la confor-
mité d'un acte avec la loi qui dirige
\) 11 y a d'abord la bonté natu- l'homme vers Dieu ; cl il n'est aucun
relle qui cunsisle dans l'excellence d'un bien ((u'on i)uissc préférer à Dieu. Si
être. Or Dieu est en lui-même sourc- les créatures le font, elles s'écartent de
rainement bon. C'est de foi ; car c'est la voie et s'égarent ; mais un tel écart
la doctrine manifeste de l'Eglise. Pr.l.) ne peut se supposer en Dieu.
Personne n'est bon que Dieu seul. 313. Mais Dieu peut vouloir per ac-
(Luc. XVIII, 19;. i>) par la raison : cidens le mal physique car cette sorte
;

Tout en tant qu'être, est bon; or


être, de mal peut être, pour un être intelli-
Dieu est l'être absolu, le souverain gent, un moyen de tendre à sa fin der-
Etre, il est donc le souverain bien, nière, en lui faisant exercer la patience,
SES ATTRIBUTS 91

en rall'erniissanl dans la vertu, en lui être est d'autant plus beau rfu'il
faisant expier ses fautes. Le mal phy-
est plus parfait. Or, dans l'unité
sique sert (lu reste à l'ordre de l'uni-
vers, ordre que Dieit a eu en vue en de son essence, Dieua à un degré
créant. De môme que l'inégalité des infini toutes les perleclions que
conditions sert au bien de la société, nous admirons dans les créa-
de môme la diversité des êtres, dontles
tures. Que d'attribuls sont en
uns sont corruptibles, les autres incor-
ruptibles, met dans l'univers une va- lui essentiellennent unis et nous
riété admirable, qui manifeste la toute- apparaissent comnne virtuelle-
puissance de Dieu. D'ailleurs lu
ment distincts Il y a donc lieu
!

cori'uption d'un être enijendrc un au-


tre être cl rien ne se détruit. de s'écrier avec 8t Augustin :

HIV. D'après ce quanous avons dit, « beauté toujours ancienne et


Dieu ne fait pas le mal moral ; bien toujours nouvelle, je vous ai
plus il le défend et le punit. Ce mal
vient donc de la liberté humaine, et cer-
connue trop lard! »
tes, il vaut mieux que l'être intelligent 317. II. Des autres attributs
ait une liberté capable de faillir, que en repos qui nous paraissent
s'il n'avait point de liberté. Enfin la
MOINS PRÈS DE l'eSSENCE DIVINE.
sagesse de Dieu tire le bien du mal :

les pécheurs donnent parfois le jour à Ces attributs sont l'immensité,


des saints, ou bien ils perfectionnent l'immutabilité et l'éternité.
la vertu des saints, par les épreuves 1" De l'immensité de Dieu.
qu'ils leur font subir; les |)ersé('ntions
envoient au Ciel des martyrs l'heu-
L'ubiquité de Dieu, c'est la pré-
;

reuse faute d'Adam nous a valu la ré- sence de sa substance dans tous
demption de Jésus-Christ. C'est ainsi les lieux qui existent; l'immen-
que nous trouvons la raison du mal,
silé va plus loin, et elle suppose
tout en mettant absolument à couvert
la sainteté et la providence de Dieu. que Dieu serait présent dans tous
Soyons saints comme Dieu est saint; les mondes possibles, qu'il plai-
comme lui, ayons en horreur le mal, et rait à sa de
toute- puissance
faisons le bien. Conformons nos actes à
la loi divine. V. no 400 et 408.
créer. L'ubiquité est relativeaux
;iio. ;îj. La bonté relative c'est la
;
cboses qui existent dans le temps
bénignité, la bienfaisance de Dieu. On et dans le lieu l'immensité est
;
la délinit la volonté constante de Dieu
éternelle et elle atteint les clio^s
de faire le bien à ses créatures. Si elle
accorde des faveurs à ceux qui ne les existantes et les choses possibles.
méritent pas, elle prend le nom de (jrdce, P. Dieu est immense. C'est de
et si elle vient au secours du malheur,
foi d'après le Concile du Vati-
on l'appelle miséricorde.*
can. V. no 28-2. Pr. 1) Est-ce
P. Dieu est souverainement que je ne remjjlis pas le ciel et
bon à l'égard de ses créai ures. la terre? (Jér. XXIIl. 23). 2)
C'est de foi. Voit les preuves par la raison. Tous les êtres qui
du n» 310. Nous avons tous existent^ ou peuvent exister, ne
reçu de sa plénikide. (Jean sont, ou ne seront que par la
I. 16 j Ses miséricordes sont vertu créatrice et conservatrice
nu-dessiis de toutes ses œu- de Dieu. Celte vertu est ou sera
vres. (Ps. CXLIV. 9.) Tout ce donc en eux. Or, là oii est la
qu'il y a de perfections, de grâ- vertu de Dieu, là est la subs-
ces, etc., dans les créatures vient tance et l'esseuce de Dieu, à
de Dieu. Soyons donc reconnais- cause de l'absolue simplicité et
sants envers lui. f unité de l'Etre divin. Qu'on se
310. 4" De LAiiEAUTÉ dkDieu. garde donc de considérer l'im-
— P. Dieu est souverahicmenl mensité de Dieu comme une
beau. C'est de fol au nnoins di- vaste étendue, comme les rayons
vine. Pr. 1) Combien le Domi- du soleil, par exemple. Dieu est
naleur de ces êtres est plus beau partout, non par une partie de sa
qu'eux! (Sag. Xlfl. 3). 2) Un substance, mais avec toute sa
.

1)2 DlEtl

substance, coinine l'âme est toute n'aurait point de fin, ou bien


entière dans tout le corps; mais qui, créé ab œterno, ne fini-
qu'on se souvienne que Dieu rait jamais inais
, ne jouirait
n'est pas uni au monde, comme pourtant pas à la fois de toute
l'àme au corps, et qu'on se garde la durée successive de son
bien de dire comme l'impie : être. L'autre s'appelle simulta-
Personne ne nous voU ; mais née, et se définit la parfaite
:

qu'on se rappelle le mot de Dieu possession d'une vie sans fin,


à Abraham Marchez en ma
: dont on jouit entièrement et
présence et l'ons serez parfait. tout à la fois. Cette éternité ne
318. 2'' De l'immutabilité de peut appartenir qu'à Dieu
Dieu. L'immutabilité, c'est l'ex- P. Dieu est éternel. C'est de foi.
clusion de tout changement. Or, (V. n» 282). Pr. 1) Avant que
Dieu est immuable. C'est de foi. fussent formés la terre et l'uni-
(Voir n° 282). Pr. 1) En lui il vers., vous êtes. Dieu, depuis les
n'y a point de changement, ni siècles et piour toujours. (Ps.
ombre de vicissitude. fJac. 1, 17). LXXXIX.2). 2) par la raison; un
2) par la raison. Tout être chan- êtreimmuable cesserait del'être,
geant est au moins en puissance s'il un commencement, ou
avait
de passer de l'étal dans lequel une fin, ou une succession. Donc
il est, dans un autre état, ou il n'y a en Dieu ni passé, ni pré-
bien il a des accidents qui seront sent, ni avenir; et quand la
remplacés par d'autres. Or, en Sainte Ecriture applique à Dieu
Dieu qui est infiniment simple, ces mots, c'est pour se mettre à
il n'y a ni puissance ni accident, la portée de l'intelligence hu-
comme nous l'avons dit au maine. « Si vous voulez avoir
no 299 et suiv. Donc il est im- une joie éternelle, dit Saint Au-
muable soit dans ses décrets, gustin, attachez-vous à celui qui
soit dans ses opérations, et pour est éternel. »
les mêmes raisons. L'effet ou Quelques scotistes, tout en recon-
l'objet extérieur des décrets di- naissant l'immutabiliié et l'éternité de
Dieu, admettent en lui une sorte de
vins, étant créé, peut changer ;
succession, ce qui est difficile pourtant
mais la volonté divine ne change à concilier. Les Thomistes sont plus
pas. Dieu a décrété de donner dans le vrai Sn niant en Dieu toute suc-
cession.
des biens à ceux qui le prient et
de les refuser à ceux qui ne le 320. Corollaire. —
De ce que
prient pas mais ses décrets sont
; nous venons de dire, il suit que
éternels. L'homme peut s'ac- Dieu dans ses attributs trouve
commoder à l'un et à l'autre eu une béalituide parfaite. La sou-
priant ou en ne priant pas, mais veraine béatitude de Dieu est
les décrets sont toujours les une vérité de foi d'après le
mêmes. Ne vous fiez pas aux Concile du Vatican (C. Dei:

créatures ; elles s'usent comme Filius, chap. 1.) «On doit dire...
un vêtement ; mais vous, Sei- que Dieu très heureux en
est
gneur , vous êtes toujours le lui-même de par lui-même. »
et
même. Pr. 1) Jl n'a besoin de rien.
319. 3"^ De l'Eternité de (Act. XVII. 25). // est heureux
Dieu. — Il y a deux éternités : et seul puissant. (I. Tim. VI.
l'une successive, qui serait celle 15.) 2) par la raison. Celui qui
d'un être qui créé ab wterno pé- donne à tous abondamment, a
rirait;ou bien qui, créé dans le tout. Hàtons-nous donc d'entrer
temps, comme l'àme humaine, dans ce repos bienheureux, nous
SES ATTRIBUTS 93

qui avons la foi. 323. I). P. T)ieucM d'une in-


II, Dks attributs opératifs. tcUirjenre infrnic. C'est de foi.
Déjà nous avons parlé au n" SOU, (Voir no 282). Pr. L'Esprit srrute
de la véracité, au n» 811, de la tout.,même les profondeurs de
sainteté, au n» 815, de la bonté ;
Dieu. (I. Cor. IL 10). 2) par la

il nous reste donc à traiter de la raison. L'intelligence, quand on


vie, de l'intellisfence, de la vo- en écarte le raisonnement, est
lonté, de la sagesse, de la toute- une perfection simplement simple,
puissance, de la providence et. donc elle est en Dieu. C'est lui
de la justice de Dieu. du reste qui donne l'intelligence
'A'2l. V De la vik dr Diku.
— aux petits enfants. (Ps. CXVIII.
La substance vivante est celle qui 130j.
peut agir par elle-même. Le de- Dieu connaît donc son essence, bien
gré le plus inférieur de la vie plus sa science est son essence elle-même;
donc il connaît loutes les créatures pos-
est celui des plantes qui crois-
sibles qui n'existeront jamais, toutes
sent, ce que ne fait, pas la pierre; celles qui existent, ou qui existeront
un second degré plus parfait, absolument, et même, bien que quelques-
c'est celui des animaux qui cou- uns le contestent, celles qui existeront
conditionnellement; il connaît les choses
rent; un troisième degré est ce-
qui ne sont ([ue dans l'imai^ination de
lui de l'homme et de Tange qui l'homme, celles (|uc l'intellecît humain
agissent librement et non néces- abstrait, et que Ibcologiens appel-
les
lent enuntidhiliii il connaît le bien et
sairement, mais dépendamment :

le mal ;
« Car tout cxl à nu dpvant
de Dieu et enfin le plus parfait,
;
xes lieux, dit le Concile du Vatican
c'est Dieu dont l'action est indé- citant St Paul, rrif-me lex clioses qui
pendante. seront faites par la libre action des
créatures. >>

P. Dieu est rivant. C'est fie


824. 2.) Comment les Théologiens
foi. (Voir no "IS^l.) Pr. 1) Je ris divisent-ils la science do Dieul Bien que
éteruellement. fDeul. XXXII. 4.0) celte science soit absolument une, les

donne la vie à tousiesètres


'2) Il
Théologiens la divisent d'une manière
logique. Si Dieu connaît sans agir hors
vivants; il l'a donc lui-même, et
de lui, ce qui arrive lorsqu'il connaît
à un degré souverainement par- son essence, ou les choses possibles
fait ; bien plus, il est la vie même qui ne doiventjaniais exister, sa science
est appelée par eux spéculative, ou né-
à cause de son absolue simpli-
cessaire, ou
de simple intelligence.
cité. (Voir no» 289-296). Puis- Quand il connaît et produit hors de lui
que c'est en lui et par lui que en les connaissant, d'auires êtres exis-
nous avons la vie, il ne faut donc tants actuellement, ou devant exister
plus tard, la science divine s'appelle
pas vivre pour nous-mêmes, mais pratique, ou libre, ou de vision. Les
pour lui. thomistes n'admettent pas d'autres mem-
•J22 2°. De l'intelligence de bres dans cette division car, disent- ;

ils, tout ce que Dieu connaît est néces-


Dieu. En Dieu l'intelligence n'est
sairement ou nécessaire, ou contingent.
pas une puissance, mais un acte. Mais d'autres théologiens admettent de
Son intelligence, c'est sa connais- plus ce qu'ils nomment la science
sance, ou sa science. En elle, il moyenne et qui consiste dans la con-
naissance des futurs libres, qui arrive-
n'y a pas le raisonnement qui raient, si la condition de laquelle ils
est une imperfection, mais la vi- dépendent, était posée, par ex. la con-
sion. Après avoir établi 1) que :
naissance de la conversion de Tyr et de
Sidon, si leurs habitants avaient vu les
la science de Dieu est infinie,
miracles du Sauveur.
nous verrons 2) comment les thé-
:
32Î). o) Du moijen de la science de
ologiens la divisent :
8) par quel Dieu. Le miroir est le moyen de connaî-
moy3n tre notre image. L'image que les choses
elle s'exerce : i) quelle
sensibles produisent dans nos yeux, est
est son elficacilé, et 5) nous di- le moyen de les connaître. Les théolo-
rons un mot des idées divines. giens se demandent donc par quel moyen
94 DIEU

Dieu connaît. Tous s'aixonlcnl à iliie soit possibles, soit devant être créés.
qu'il se connaît lui-même sans moyen, Lcsidées divines sont doncl'exemplaire,
qu'il voit son essence, cl que, (luanl selon lequel tout doit être fait; et com-
aux autres objets (le sa connaissance, me elles sont en Dieu, elles sont Dieu
il les connaît d'une connaissance par- lui-même, car en Dieu il n'y a que
faite autant qu'ils peuvent être connus, sa divine essence et tout ce qui est
;

et sans que sa connaissance dépende créé, est, par une certaine ressemblance,
des choses créées; mais quant au moyen conforme aux idées divines. Qu'on se
par lequel Dieu connaît les choses, qui garde donc de confondre avec les idées
sont en dehors de lui, les opinions sont divines, l'essence des choses, que l'in-
partagées. Les thomistes disent que tellect humain perçoit comme univer-
Dieu connaît réellement les choses en selle en l'abstrayant des choses. L'es-
dehors de lui, dans son essence, ou sence, ou la définition des choses, a son
dans ses décrets qui ne se distinguent fondement dans ces choses elles-mêmes ;
pas de son essence. Les autres disent mais en réalité, elle n'est pas univer-
(lu'il les connaît, en partie dans son selle dans les choses, mais bien parti-
essence et en partie immédiatement, culière. L'humanité n'est pas universelle
car ces êtres sont capables d'élre con- dans Socrate. Ce n'est que dans notre
nus en eux-mêmes. esprit que l'essence des êtres est univer-
S:26. Ces divers systèmes amènent selle. Les idées divines sont l'exemplaire
diverses manières de concilier la pre- de l'être créé l'être créé n'est qu'une
;

science divine avec la liberté humaine reproduction plus ou moins conforme à


qui est certaine. Les thomistes disent :
l'exemplaire divin et l'essence que l'es-
;

Les actes libres de l'homme que Dieu a prit humain abstrait de l'être créé qui la
connus d'avance, arrivent infaillible- lui fournit, n'est qu'une reproduction
ment, mais pas nécessairement ; car aussi, puisqu'elle est prise sur une re-
Dieu a préconnu non seulement l'acte, production. Les onlologistes en pla-
mais encore la liberté de l'aclc, et sa çant en Dieu l'essence des choses
prescience, loin de détruire cette liberté, créées, identifient cette essence avec
en est elle-même la cause. Les autres celle de Dieu, car en Dieu, il n'y a que
théologiens disent ; Dieu connaît d'a- l'essence divine : et si on admet «|ue
vance l'acte libre, tel qu'il est en lui- l'essence de Dieu est l'essence des choses
même. L'acte ne sera donc pas posé, créées on tombe dans le panthéisme. V.
parce que Dieu le sait d'avance, mais no 338.
Dieu le connaît d'avance, parce qu'il
sera posé librement. On peut choisir ;32*) 3^ De la volonté dk Dieu.
entre ces deux opinions ; mais il ne A cause de l'absolue simplicité
faut pas oublier que le Seiçineur est
de Dieu, la volonté n'est point
le Dieu des sciences, et par conséquent
il faut que tous lui disent: Donnez- une puissance en lui, mais l'acte
moi l'intelligence, afin que je C07i- de vouloir. Nous parlerons
naisse votre loi.
d'abord de la volonté divine, et
3:27. 4) De l'efficacité de la science
de Dieu. La science de Dieu est effi- ensuite de la liberté de cette vo-
cace, et est la cause des êtres qui exis- lonté adorable.
tent. C'est certain, et cela appartient
1) Delà volonté de Dieu. Après
//, la foi. La science de Dieu, c'est l'es-
avoir établi (A) que Dieu a une
sence de Dieu et nul doute que l'essen-
;

ce divine ne soit la première cause de volonté infiniment parfaite, nous


tout. Mais de quelle manière ? voilà oii dirons (Bj comment les théolo-
les théologiens se partagent. Les tho-
giens divisent cette volonté et (G)
mistes disent que la science de Dieu est
la cause adéquate des choses, de telle nous parlerons de ses effets.
sorte que cette science appliquée parla (A) P. Dieu a une volonté in-
volonté divine, produit les choses tota-
finitnent parfaite. C'est de foi.
lement et immédiatement. Les autres
disent que la science n'est que la cause
(Voir n'>28'2.) Pr. 1) // a fait
inadéquate des choses, car la science selonsa volonté, soit dans les ver-
dirige la volonté divine dans sa libre tus du fiel, soit chez les habi-
détermination et dans la manière dont
tants de la terre. (Dan. IV. 32).
les choses doivent se faire ; mais la vo-
lonté applique la toute-l'uissance à faire 2) Celui qui donne le vouloir et
immédiatement les choses. le faire, doit vouloir lui-même.
328. o) Des idées divines. Les idées Donc volonté de Dieu est in-
la
divines ne sont autre chose que l'essen-
ce divine, dans laquelle Dieu voit tout
dépendante de toute loi ; car Tin-
ce qui peut être communiqué aux êtres, dépendance est une perfection,
SES ATTRIBUTS 95

fois cet amour, plus grand pour les


donc la volonté de Dieu ne peut
créatures plus parfaites, n'en est pas
pas passer d'un acte à l'autre, pour cela plus intense en lui-même,
autrement Dieu serait sujet au mais il est plus efficace. (Voir n" 'Mo.)
chani;ement. ?Jous donc, aimons Dieu puisqu'il nous
a aimés le premier.
330. (B) Comment divixe-t-on la 3;W. '2) De la liberté de la volonté
volontédivine ? Bien que celle volonté divine. Puisque Dieu est infiniment
soit essentiellement simple, les Tliéolo- parfait, il ne peut pas ne pas aimer le
giens distinguent la volonté de hon souverain Bien qui est lui-même. Il est
plaisir, et la volonté dp signe, (a) La donc dans sa nature de se vouloir, ou de
volonté lie bon plaisir, c'est la volition, s'aimer nécessairement lui-même, et de
ou l'acte de la volonté divine ; ([u'ils vouloir les relations divines ad inlra,
subdivisent encore en (a) volonté nr- ou les Personnes divines; il ne peut
cessaire; c'est celle par laquelle Dieu donc être question de liberté en Dieu
s'aime lui-même, et en volonté libre par que, quand il s'agit de ses œuvres ad
laquelle Dieu aime les êtres distincts de extra, comme la création.
lui. Dieu est en effet lui-même l'objet
principal et nécessaire de sa volonté, Sur ce sujet, établissons (a)
les autres êtres n'en sont que l'objet se- que Dieu est libre dans ses œu-
condaire et libre, (b) La volonté de bon
vres ad e.rlra ; .(b) voyons coni-
plaisir se subdivise encore en volonté
menf cette liberté se concilie
antécédente, par laquelle Dieu veut,
une chose en elle-même, et en ne te- avec l'immutabilité.
nant pas compte des circonstances et ;
;}.38. (a) (a) P. Dieu est soure-
en conscqucnle par laquelle Dieu vent
une cho.se, mais en tensnt conq)te de
raincmcnl libre dnnsseii œuvres
toutes les circonstances, ('/est ainsi ad extra. Si quelqu'un dit que
((

qu'un juge peut vouloir antéiu'demmcnt Dieu a créé aussi nécessairement


rendre la liberté à l'accusé, et ensuite
qu'il s'aime nécessairement lui-
considérant toutes les circonstances de
son crime, il veut conséquemment le même, et non par une volonté
condamner, (c) Enfin la volonté de bon libre de toute nécessité, qu'il
plaisir peut être absolue, ou sans con- soitanalh.))(V. c. DeiFilius, can.
dition, ou conditionnelle &'\ elle dépend
d'une condition, que doit poser la liberté 5) ; et il en faut dire autant et
humaine ; par ex. Dieu veut vous don* pour les mêmes raisons des œu-
ner la grâce, si vous priez. vres surnaturelles, comme la grâ-
(b) La volonté de signe n'est pas
ce, l'Incarnation et la Rédemp-
proprement la volonté divine: mais
iiien la manifestation de cette volonté, tion. Pr. l) // a fnii tout ce qu'il
manifestation qui .se fait par l'ordr*", la a voulu. (Ps.CXXXÏV 6). 2) La
défense, la permission, le conseil et une sorte d'indépen-
liberté est
l'exemple. Il faut remarquer que Dieu
ne permet point le mal puisqu'il le pro- dance que Dieu donne aux créa-
hibe, il le tolère simplement il p«rmet
; tures les plus parfaites; c'est
un bien moindre, comme le mariage, une perfection par conséquent ;
et conseille un bien plus grand, par
ex. la virginité.
donc elle est en Dieu et d'une
'AM. (C) Des effets de la volonté de manière infinie; donc elle n'a
Dieu. Pour se mettre à la portée de la point en lui de limites, comme
manière de parler de l'homme, la sainte elle en a en l'homme; donc la li-
Ecriture, de môme qu'elle attribue à
Dieu des pieds, des mains, lui prête berté en Dieu ne peut pas faillir

aussi des .sentiments qui, à proprement dans le bien, car ce serait une
parler, ne sont pas en lui. Ainsi en imperfection donc la liberté en
;

Dieu il n'y a ni désir, ni espérance, ni


Dieu ne peut pas être inclinée,
désespoir, puisqu'il a tout, et qu'il peut
tout; il n'y a point de tristesse, ni de ou mue, par les objets extérieurs,
repentir, ni de colère, ni de jalousie, qui met tout en
car c'est elle
ni de haine proprement dite. Mais en
mouvement. Dieu a lait à sa res-
Dieu il y a un amour infini pour sa
divine essence, et aussi l'amour de semblance l'homme liltre. Gar-
toutes les créatures. En les aimant, dons cette liberté. Celui qui
Dieu leur donne tout ce qu'elles ont commet le péché en est esclave.
d'être et il les aime d'autant plus qu'il
leur donne plus de perfection toute-
; 3o'k (b) Dieu estait tenu de faire le
96 DIEU

plm parfait ? Lcibnilz l'a prétendu ; lïlise. Pr. 1) Sa Sagesse n'a 'point
mais csl rerlaiue,
l'oitinion conlraiic
'de limites. (Ps. CXLVI. 5).
d'après ce (juc iidus venons de dire. Si
Dieu est libre dans ses opérations, 2) Toute Sagesse vient de Dieu,
coniinent ne le serait-il pas dans le mo- Eccl. I-l ; donc Dieu l'a. Cette
de de ses opérai ions? Si Dieu était sagesse divine n'a en dehors
tenu au plus paifail, le monde actuel se-
d'elle, ni fin, ni loi; c'est elle
rait le plus parfait possible. S'il était le
plus parfait possible, la toute-puissance qui marque créatures leur
au.v
de Dieu serait épuisée^ ce qui est ab- fin. Elle n'a pas besoin d'emplo-
surde donc ce monde n'est pas le plus
:
yer des moyens, comme la sa-
parfait, donc Dieu n'est pas tenu de
l'aire le plus parfait. (Voir n" 394).
gesse humaine; il suffit q'j'elle
33o. (R) Comment concilier en Dieu veuille; si elle emploie les cau-
la liberté avec l'immutabilité ? Ces ses secondes, c'est par son bon
deux attributs sont certainement en
plaisir. Donc si quelqu'un d'entre
Dieu, c'est une vérité de foi si nous ;

ne pouvons pas ])crcevoir le lien qui vous a besoin de la sagesse, qu'il


les unit, humilions-nous sous la main la demande à D'ieii.
puissante de celui qui a mis des bor- 337. 5°. De la Toute-Puis-
nes à notre intelligence. Cherchons ce-
pendant, autant que nous en sommes sance DE Dieu. La Toute-Puis-
capables, à expliquer ce lien mysté- sance en Dieu, c'est la volonté
rieux. Quand nous disons que Dieu divine elle-même, qui peut faire
s'aime nécessairement lui-même, ncuis
toutes les choses existantes et
considérons cette nécessité dans l'objet
de la volonté divine, mais cette volonté possibles. Elle ne se dislingue de
elle-même n'est enchaînée par aucune la volonté que par la raison, qui
loi, car elle est tout à fait indépendante.
la considère comme produisant
Quand l'objet de la volonté divine est
Dieu lui-même, cet objet est néces- ce que la volonté a décrété.
saire; quand c'est autre chose que Dieu, P. Dieu est t ont -piiissan t. C'est
il est contingent et libre. Le monde de /b?' d'après les Symboles. Pr.l)
n'est pas jilus nécessaire pour Dieu,
que les autres êtres purement possibles.
lia fait tout ce qu'il a voulu. {Vs.
L'acte de vouloir créer est nécessaireen CXIIL 1 1). :2) L'essence divine est
Dieu, parce que cet acte, c'est Dieu lui- ijifinie, or la Toute-Puissance,
même et que Dieu est immuable mais ;
c'est l'essence divine. Au reste
par rapport à l'objet, cet acte est libre,
car ce même acte jiouvait faire un autre qui a résisté à Dieu !

monde, ou n'en point faire. L'immuta- Cependant volonté de signe n'est


la
bilité au reste ne répugne pas essentiel- pas toujours accomplie, comme on le
lement à la liberté. L'homme qui veut voit clairement la volonté de bon plai-
;

le bien avec persévérance est libre ; sir antécédente ou conditionnelle ne


donc Dieu qui veut d'une manière im- s'accomplit pas toujours mais la volon-
;

muable bien ad extra est libre.


le té conséquente ou absolue s'accomplit
Mais, dira-t-on, l'homme peut changer toujours. V. n. 330.
de volonté. Oui assurément, ou pour le 338. Il faut remarquer que Dieu peut
bien, ou pour le mal: et c'est là une faire toutes les choses possibles, non
imperfection de .sa volonté. Dieu ne peut seulement celles que peuvent faire les
changer, car il veut toujours le bien : anges, ou les hommes, et qu'on appelle
et en voulant un être, il le fait être, et physiquement possibles: mais encore
il le faitbon. S'il changeait de volonté, toutes les choses qui sont possibles mé-
il y aurait en lui une défaillance pour taphysiquement. Or les êtres métaithysi-
le bien. qiiemenl possibles ne sont autre chose
que la divine essence infinie, en tant
336. 4°. De la Sage.sse de qu'elle est communicable aux créatures.
Dieu. La Sagesse comprend avec Les possibles métaphysiquement dépen-
une parfaite connaissance, une dent (|uant à leur existence de la vo-
lonté de Dieu mais dans leur essence,
parfaite rectitude de volonté, par ;

en tant qu'ils sont en Dieu, ils ne dé-


rapport à la fin et aux moyens pendent (]uedeî"intelligence divine,, qui
qui conduisent à la tin. connaît l'essence divine en tant qu'elle
P. Dieu
souverainement
est peut être participée par les créatures;
et les essences des choses possibles,
sage. C'est de à cause de
foi, en tant qu'elles sont en Dieu, ne sont
l'enseignement manifeste de l'E- pas autre chose que les idées divines
SES ATTRIBUTS 97

qui dépcndenl de l'intelligence divine, et contre ceux qui attribuent


ou plulôl sont l'intelligence divine, ré- toutau.x causes secondes, établis-
gie de toute possibilité. Ces idées,
exemplaires de toutes choses, sont sons la proposition suivante:
immuables, éternelles, nécessaires com- P. La Providence de Dieu gou-
me Dieu mais les essences des choses
;
verne tout. C'est de foi de par le
créées, telles qu'elles sont dans notre
Concile du Vatican. « Dieu con-
esprit, ne sont pas proprement éternel-
les, bien qu'elles fassent abstraction du serve et gouverne par sa Provi-
temjis ; elles ne sont nécessaires que dence tout ce qu'il a créé. ))Pr. 1)
supposé qu'existent les choses dont elles Père, voire Providence gouverne.
sont l'essence ; elles sont immuables,
car elles sont fondées sur la nature des (Sag. XIV. 8). 2j Si Dieu ne ré-
choses desquelles l'intellect humain les gissait pas tout, même les plus
tire par abstraction, cl elles ne peuvent peliles choses, ce serait o'a parce
pas même être changées par la Toute-
qu'il ne le voudrait pas, ou parce
Puissance de Dieu. La nature des cho-
ses a en eftet une sorte de ressemblance qu'il ne le pourrait pas; or jii
avec les idées divines qui, étant l'es- l'un ni l'autre ne peuvent se dire
sence même de Dieu, sont immuables.
d'un être infiniment bon et Toul-
Et c'est là le fondement des sciences.
Si la nature des choses changeait, puissanl. Rien donc n'arrive par
l'homme ne pourrait rien affirmer avec le hasard ce qui semble fortuit
;

certitude. La nature des choses est la par rapport aux causes secondes,
reproduction que Dieu a faite dans le
temps, conforme en quelque manière à
ne l'est point paf rapport à la
l'exemplaire éternel, c'est-à-dire à sa cause première. C'est ainsi que
divine essence. V. n. H-IS. la rencontre de deux serviteurs
339. Dieu peut faire ce qui est physi-
dans le même lieu, sans qu'ils
quement impossible, c'est-à-dire les
miracles, nous l'avons dit au n^ 66 et s'y attendent, leur semble for-
suiv. et 9a. Il ne peut pas faire ce qui tuite, mais elle ne l'est pas pour
est métaphysiquement impossible ; mais le maître, qui les y a envoyés
il serait plus vrai de dire que ce
qui est métaphysiquement impossible
séparément. Tout ce qui arrive
ne peut pas être f;ii( : car cela implique est préordonné par la Providence.
contradiction, comme par ex. un cercle Rejetez donc sur Dieu toute votre
carré; et ce qui implique contradiction
sollicitude, car il a soin de vous.
n'est rien. Dieu ne peut faire ce qui
répugne à ses attributs, comme de se Nous parlerons des effets de la
reposer, de se tromper, de mourir, car Providence aux n. 397, 399.
s'il pouvait le faire, il ne serait pas Quant cà la conciliation de la Pro-
tout-puissant. 11 ne i)eut pas non plus
faire que ce qui a été fait, ne l'ait pas
vidence et du mal. v. n. 312 et
été, car s'il le faisait, il ferait une chose suiv, et 4-01 et suiv.
fausse. 341 70 De la Justice de
.

Si
crainte
nous
;
fai.sons le bien,
Dieu est pour nous, qui sera
si
soyons sans Dieu. —
Par ce moi juslice on
contre nous? Si vous faites le mal, peut entendre d'abord l'ensem-
craignez celui qui après avoir ôté la ble de toutes les perfections ; et,
vie, peut envoyer en enfer. (Luc. XIL o).
prise dans ce sens, la justice ne
340. 6° De la Providence se dislingue pas de la saintelé
DIVINE. — La Providence est dont nous avons parlé au n''31i.
dans l'inlelliiïence divine, h rai- La justice peut s'entendre en se-
son de l'ordre des choses, par cond lieu d'un attribut spécial,
rapport à leur fin. C'est en effet (jui fait que Dieu rend à chacun
l'intelligence (jui règle l'ordre ce qui lui revient. C'est en lui
des choses mais l'e.xécution de
; la volonté constante de donner
l'ordre par les moyens voulus ap- aux bons des récompenses, d'in-
partient à la volonté. Contre les lliger aux méchants des peines,
qui prétendent que tout
îataliste.s selon le mérite de chacun.
en ce monde est régi par une né- P. Di''u est infiniment juste.
cessité aveugle ou par les étoiles, C'est de foi d'après tous les sym-
98 DIEU

boles, Pr. 1) Votre main droite repentons, ne désespérons pas ;

est pleine de justice. (Ps. XLVII, mais ne présumons pas non


11). 2) C'est par moi que les plus, en ajoutant le péché au
léi,MsIateurs décrètent des choses péché.
justes, dit le Seigneur. 11 a Voilà ce que la foi et la raison
donc la justice celui qui la donne nous font connaître des attributs
aux hommes. divins; et certes Dieu nous a
La justice, non seulement ne révélé des merveilles de sa na-
nuit pas à la miséricorde, mais ture infinie ; mais maintenant
c'est la miséricorde même. nous ne voyons qu'à l'aide d'un
Quand Dieu pardonne, sa jus- miroir et en énigme. Au Ciel,
tice e.xiire le repentir; quand il nous verrons Dieu, tel qu'il est.
punit, il retire le pécheur du Dieu, montrez-nous votre face
maj, ce qui est une œuvre de et nous serons sauvés?
miséricorde. Donc si nous nous

TRAITÉ IL DE Là TPJNÏTÉ
342. Nous avons établi l'unité est donc ce par quoi une substance
de Dieu à l'aide de la raison et complète, raisonnable, est sui juris, ou
s'appartient à elle-mên?e.
de la révélation au n» 305. Nous
344. La personnalité est-elle une per-
n'y reviendrons donc pas ici ; fection, ou une pure négation? Plusieurs
mais nous devons traiter des théologiens, à la suite de Scot, pensent
trois Personnes réellement dis- que ce n'est que la négation de l'union
d'une substance raisonnable à une au-
tinctes dans l'unité de nature et
tre substance qui la perfectionne et de
d'essence. Toutefois, avant tout, l'aptitude à cette union; mais d'autres
disons ce que c'est que la per- ]iensent que la personnalité est une
perfection, car elle constitue une sorte
sonnalité.
d'indé|iendancc, et par conséquentune
343. La substance est un être qui a perfection distincte delà nature et sur-
la propriété de suljsisteren soi, et non ajoutée à la nature, et bien que la na-
dans un autre. Or il y a deux sortes de ture tende à subsister en elle-même,
substance; les unes sont incomplètes, comme les accidents tendent à adhérer
comme le corps humain qui, s'il est à la substance, cependant la nature
seul, ne suffit pas pour faire ses opé- peut être élevée à subsister dans une
rations les autres sont complètes et
; personnalité plus parfaite, comme cela
peuvent exercer toutes les opéialions, arrive à la nature humaine en Jésus-
que comporte leur nature, comme Christ; de même que les accidentspeu-
l'homme. Les substances incomplètes vent par la puissance divine, être sou-
ne sont pas des accidents, car elles tenus sans subsiance, ce qui arrive
n'adhèrent pas à une autre substance dans l'Eucharistie.
comme à leur sujet mais elles ne s'ap-
; 34.T. Que la personnalité convienne à
partiennent non plus pas à elles-mêmes, Dieu, c'est certain. Dieu est l'Etre né-
puisqu'elles sont une partie d'un com- cessaire, en qui il ne peut y avoir d'ac-
posé qui les perfectionne. La substance cident, il ne peut donc être qu'une
complète, par là même qu'elle n'est pas substance, et même une substance a se
la partie d'un composé, et qu'elle cons- et non ah alto, et existant en elle-
titue un être individuel, s'appartient à même et non en une autre, tandis que
elle-même. Or, dans un être individuel, les substances créées sont de par un
on donne le r)om de subsistance hcetie autre, existent par elles-mêmes et non
perfection qui fait que cet être est sui dans un autre, et la substance de Dieu
juris. YA la subsistance, dans un être est très complète, puis((u''lle est inli-
privé de raison, comme dans une pierre, nie, elle est incommunicable à une au-
un animal, se nomme suppà'., et dans tre, indépendante et souverainement
un être raisonnable elle s'appelle per- intelligente.Qu on remarque les pa-
sonne ou liijpostase. La personnalité roles du Concile du Vatican « Puis-
:
LA trinitp: 99

que Dieu est une substance spirituelle, père était un homme complet, avant
une, singulière, tout à fait simple et d'être père. La paternité n'est donc pas
immuable, on doit dire qu"ilest en réa- essentielle à l'homme; mais dans la di-
lité et par son essence, distinct du vinité, dit St Thomas, la relation n'est
monde, très heureux en lui-même et de pas un accident qui adhère au sujet;
par lui-même et élevé au-dessus de toute mais c'est la divine essence elle-même.
chose d'une manière inefl'able. « Or en Dieu il y a, comme nous le ver-
346. Mais il faut bien remarquer que rons bientôt, trois relations subsis-
si le mot de personnalité, entendue tantes qui sont les trois Personnes di-
dans le sens de substance raisonnable vines, le Père, le Fils et le St-Espril.
eisuijuris, est appliqué à Dieu, comme Voici d'après St Thomas, la raison qui
quelques théologiens le font avec saint a porté l'Eglise à réserver le nom de
Thomas, il doit être pris dans le sens personnalité à ces relations. Le mot de
d'attribut absolu, car si on l'appliquait jjersonne appliqué, aux choses créées,
aux Personnes divines, on tomberait signifie tout ce qui est distinct dans
dans une hérésie contre la foi et dans une substance complète par exemple,
;

une cireur contre la raison, c'est-à- ma personne signifie mon corps et mon
dire dans la doctrine des Trithéistes, âme. Or, en Dieu il n'y a rien de réel-
de Philipone, de Pioscellin et de l'abbé lement distinct que les relations subsis-
Joachim. Voir ni^s O9,';.30o. tantes. Th. 1, q. 29, a. 4. L'unique
oi7. La personnalité en Dieu est un nature divine est communiquée aux
attribut relatif, indiquant les relations trois Personnes; mais la paternité ne
essentielles, qui sont en Dieu, et qu'on peut être communiquée au
Fils, ni au
appelle immanentos, parce qu'elles ne Sl-Esprit; et ainsi des autres relations
passent pas en dehors de la divine es- subsistantes. Ne dites donc pas que la
sence. La personnalité en Dieu ne se dis- nature divine, ne se distinguant pas
tingue pas réellement de la nature, com- réellement des Personnes, est aussi in-
me il arrive dans les choses créées, c'est communicable qu'elle. St Thomas ré-
une vérilé de foi (voir n" 2fl0) elle
; pondrait A ce qui est le même en
:

est essentielle à la nature divine. Le réalité, mais qui diffère à un autre


mot (le personne en Dieu, comme dans point de vue, on peut donner des atlri-
les créatures, ajoute à l'idée d'essence, buts différents. L'essence et la ju-o-
ou de nature, la notion d'une manière priété, ou la relation, étant la même
d'être qui consiste à élre distinctd'une chose en réalité, diffèrent à un autre
autre personne. Ce qui est commun point de vue ; rien n'enqiêche donc que
entre plusieurspersonnes humaines, la nature jiuisse se communiquer sans
une
c'est nature spécifiquement, mais les propriétés, ou les relations. S. S.
non numériquement unique. Dans les
personnes divines, nature divine est
la
349. Ce sont, ces trois person-
une. même numériquement; et, à cause nes divines qui font l'objet du
de son infinie fécondité,elle est com- traité de la Trinilé. Ce mot Tri-
muniquée aux trois Personnes divines.
nité veut dire unité de trois. Et
Dans les personnes créées, la person-
nalité, selon plusieurs théologiens, est la raison ne peut trouver aucune
conslituée par un être surajouté à la contradiction dans ce mystère.
nature ; mais d'après San Sévérino, il
Il y aurait contradiction, en
serait absurde de supposer que la per-
sonnalité en Dieu ajoute quelque chose elTet^ si les mots un et trois
à une nature infinie, avec laquelle elle étaient appliqués au môme sujet ;
n'est qu'une seule et même chose. Que car un ets'excluent ; mais
trois
sont donc ces personnalités? Ce ne
sont point des accidents, ce ne .sont
dans la Trinité divine, l'unilé
jioint des substances; ce sont des rela- s'applique à l'essence, et la Tri-
tions subsistantes, non distincles do la nilé aux personnes, aux relations
nature, mais distincles entre elles. S. S.
subsistantes, aux propriétés de
3i8. Pour comprendre cette doctrine,
nous devons exposer ici la notion de la l'essence divine. Il n'y a qu'une
relation. La relation est un ordre, ou nature, etil y a trois Personnes.
un rapport, qui existe entre deux choses 350. Mais si la raison n'a rien
disiinolcs. C'est ainsi que la paternité
est un ordre, ou un rapport entre un
à opposer à ce mystère, elle ne
père et son fils. Dans toute relation il trouve rien dans la nature des
y a deux termes. Le père, jiar exemple, cboses,qui puisse le lui faire coti-
est le prei.iier terme, son fils est le se-
naître en sorte que, livrée à elle-
;
cond. Dans les choses créées la relation
est un accident, qui survient à un être même, elle n'auraitcerlainement
et qui pourrait ne pas lui survenir. Un pas pu le découvrir, ni à plus
400 DIEU

forte raison, le démonlrcr. Le distinctes ; dans le deuxième, de

Concile du Vatican parlant de ces la manière d'être de la Ste Tri-


mystères, dit «qu'ils ne peuvent nité, et dans le troisième, de la
être connus que par la révélation manière de parler de ce mystère.
divine y> et ces paroles doivent
;

s'appliquer à la Trinité qui,


CHAPITRE L
même après la révélation ne peut
certainement pas être démontrée DE l'existence DE TROIS PER-
par la raison humaine, comme SONNES RÉELLEMENT DISTINC-
il ressort de la condamnation de TES EN LX SEUL DIEU, ET d'a-
Rosmini. Les païens n'ont donc BORD EN GÉNÉRAL, ET ENSUITE
pas pu connaître la Trinité; ou DE CHAQUE PERSONNE EN PAR-
si quelques-uns l'ont connue, ce TICULIER .

n'a pu être que par leurs rapports


avec les Juifs les plus savants, Article L Des trois person-
qui ne l'ignoraient pas. Le peu- nes en généraL
ple Juif, d'après la plupart des 352. P. Il y a en Dieu trois
théologiens, ne connaissait la Personnes réellement distinctes.
Trinité qued'une manière confu- C'est une vérité de foi contre les
se, et en tant que celte connais- Sabelliens, qui prétendaient qu'il
sance est implicitement contenue y avait en Dieu une seule per-
dans l'attente du Messie. A cau- sonne, avec trois modes diffé-
se de la tendance de ce peuple à rents; contre Abeilard et les
l'idolâtrie, Dieu ne lui avait pas protestants modalistes qui ont
manilesté clairement ce mystère. soutenu la même doctrine; contre
Qu'il soit donc béni le Dieu qui a Paul de Samosate qui n'admet-
tinigné nous appeler des ténèbres tait que le Verbe, encore voulait-
à son admirable lumière, et nous il qu'avant l'Incarnation, il ne
introduire dans cette viedivine, à fût pas distinct du Père; contre
laquelle nous participons déjà en Photin qui enseigna que le Fils
ce monde, par la grâce, et qui et le St-Esprit n'étaient que l'ex-
sera consommée en nous par la tension du ?(ire<id extra. Pr. 1)
gloire, Allez..., baptisez toutes les na-
351. A de la révélation,
l'aide tions au nom du Père., et du Fils
traitons de ce mystère qui est le et du St-EspriL Mat. XXVIII,
fondement de toute la religion 19. Il y en a trois qui rendent
chrétienne. Mais notons aupara- témoignage dans le ciel, le Père,
vant que, dans le langage de le Verbe, Sl-Expril, et ces
et le
l'Eglise, les mots subtance, es- trois ne font quun.
1. Jean V, 7.

sence, forme, nature, sontsyno- Çà et là la Ste Ecriture nous


nymes (bien qu'en philosophie montre agissants, tantôt le Père,
le mot nature exprime l'essence, tantôt le Vils, et tantôt le St-Es-
en tant qu'elle est principe d'o- prif, auxquels
elle attribue tour
pération) les mots personne,
; à tour des opérations diverses.
personnalité, hypostase, subsis- Or les actions appartiennent aux
tance et suppôt, ont aussi le mê- suppôts, ou aux personnes. '2)
me sens, dans le langage de la Par tous les symboles et surtout
théologie. par celui de 8t Athanase. Ecou-
Nous divisons ce traité en trois lons-le: Autre la Personne du
(c

chapitres.Dans le premier nous Père, autre celle du Fils, autre


parlerons de l'existence de trois celle du St-Esprit ; mais le Père,
Personnes en Dieu, réellement leFilsetle St-Esprit n'ont qu'une

I
LA TKIiMTE 101

seule divinité. » 3) Par la raison, volonté qui en réalité ne sont pas d s-


tînctes, produisent deux Personnes lé-
qui, supposé la révélation, peut
ellement distinctes, Suarez répond qu'eu
découvrir une certaine conve- Dieu est toute la perfection de l'intelli-
nance dans un mystère, qu'elle gence, et que cette perfection est telle
ne peut pourtant pas démontrer. qu'elle a son terme propre et adéquat
produit par elle, tout aussi bien quo si
Dieu est vie, et sa vie s'exerce elle étaitune perfection distincte; et
par une intelligence, et une vo- on peut en dire autant de la volonté.
ionlé indnie. Donc il se connaît
L'unilé dans la Trinité est un
et il s'aime lui-même. Donc il y
grand exemple pour les chrétiens,
a en lui trois termes de relation
pour lesijuels N.-S. a adressé à
bien distincts. Le connaissant et
son Père cette prière: Je vous
aimanl, voilà le premier et mê-
prie, ô mon Père, pour qu'ils
me terme le connu, voilà le se-
;
soient unis comme vous et moi.
cond et l'ainié^ voilà le troisiè-
;
Jean. XVH, 22.
me. Il y a donc en Dieu trois re-
lations opposées et par consé- Art. II. —
Des trois per-
(juent distinctes; ces relalions sonnes divines en particulier.
sont subsistantes puisqu'il n'y a 355. § I. De Dieu le Pèp,e.
point d'accident en Dieu, et cha- Personne parmi les chrétiens n'a

cune d'elles est l'essence divine nié la personnalité de Dieu le


Père. Il n'est donc pas besoin de
elle-même 323) infiniment(v. n.
intelligente etin<iépendanle. Les la prouver longuement.
trois relations n'ayant qu'une P. Le Père est vraiment une
seule et même nature ne font pas Personne divine distincte. C'est
trois infinis, ce qui répugnerait de foi par les symboles. V. n.
à l'unité de Dieu (v. n. 305). 352. La Sainle-Ecriture dit en
effet Il n'y a qu'un seul Dieu le
:
333. Il est de foi tiu'ily a en Dieu
trois Personnes, il estde foi que Dieu Père de qui vient tout. I. Cor.
est simple. Comment accorder ces deux VIII, 6. Le Père célesle qui n'a
vérités C'est là une difficile question.
?
qu'un Fils unique nous a adop-
La nature divine, dit Hurter, n'a pas
tés pour ses enfants, disons-lui
les imperfections des natures créées.
A cause de pauvreté de son être, la
la donc avec confiance Notre Père. :

même nature créée, ne peut constityer


qu'un seul suppôt; mais l'essence di-
350 ^ II. De Dieu le
F'ils.
vine a une telle richesse, que tout en La divinité du a été attaquée
Fils

étant essentiellement une et simple, par plusieurs hérétiques, en parliculier


elle se communique à plusieurs person-
par les Ariens qui, à la suite d'Arius,
nes en même temps. St Thomas dit leur chef, osèrent dire que J.-C. était
:

Si on envisage les personnes divines une pure créature, et non consubstan-


liel au Père. Ils furent condami es en
par rapport à l'essence, il est clair qu'il
n'y a point de composition entre elles ?do, au concile de Nicée et se divisè-
et l'essence, puisqu'elles sont l'essence
rent en diverses branches parmi les-
elle-même si on les envisage les unes quelles on compte les Eusébiens qui
;

par rapport aux autres, elles sont dis- avaient à leur tête Eusèbe de Nico-
tinctes, il n'y a donc point de composi- médie, et les Anoméens. Ces derniers
tion entre elles, car la composition sup- se partageaient en Semi-ariens qui
pose une union. /7m. prétendaient que le Fils était sembla-
3o4. De ce que nous avons dit, il ble au Père, quant à la substance,
faut conclure qu'en Dieu il n'y a que comme un fils, parmi les honmies, est

trois Personnes. La Sainte Ecriture qui semblable à son père ; et en Acaciens •

nous fait connaiire tout ce que nous qui enseignaient que le Fils était en
devons savoir de Dieu, n'en mentionne tout semblable au Père, à l'exception
que trois et nous ne pouvons pas con-
;
de la substance, comme une statue
cevoir d'autres relations subsistantes en ressemble à celui qu'elle représente.
Dieu, que celles que nous avons Contre eux et contre tant d'Ariens de
indi-
quées; car on ne peut attribuer à un nos jours, établissons la proposition
pur esprit la iJuisance seiRitive. Si on suivante.
se demande comment l'intelligence et la
..

102 DIEU

P. Le Fils de Dieu est une Per- n'y a rien qui soit avant ou après ;
sonne divine distincte. C'est de mais toutes ces trois personnes
foi d'après tous les symboles. sont coéternelles et coégales. »
Pr.) Le Verbe' était en Dieu et le 360. P. III. Tous les attributs
Verbe était Dieu. (Jean I, 1). 2) absolus qui conviennent à r essence
par tous les ariçuments qui éta- divine, conviennent aux trois
blissent la divinité de J, -G. V, n. Personnes ; c'est de foi. « Le
563. Disons à N. S. comme Père est éternel, dit le symbole
Saint-Thomas Vous êtes mon
: de St Athanase, le Fils est éter-
Seigneur et mon Dieu ! afin nel, le St-Esprit est éternel, etc. »
qu'il nous réponde Heureux: 361. P. IV. Les attribut s rela-
ceux qui n'ont pas vu et qui pour- tifs ad extra, ou les opérations
tant ont cru ! ad extra «onf communs aux trois
357. § m. De Dieu le St- Personnes ; c'est au moins cer-
EspRiT. Macédonius, archevêque tain. V. n. 290. iVinsi, la Créa-
de Consfantinople, osa nier la tion, l'Incarnation, la Rédemp-
divinité du Saint-Esprit, et il fut tion, bien que le Fils seul se
condamné au premier concile de soit incarné, sont communes aux
Conslantinople en 381. trois personnes. C'est pour cela

P. Le Saint-Esprit est une Per- queJ.-C. a dit : Tout ce qua


sonne divine distincte. C'est de mon Père est à moi ; et de là
foi d'après les symboles. V. n. l'axiome scolastique Les œuvres :

352. Pr. Je vous enverrai de la ad extra sont par indivis.


part du Père, l'Esprit de vérité 362. P. V. Il existe entre les
quiprocède duPère. [Jean XY,26) personnes une parfaite circu-
Gardons-nous donc de contrister mincession ou circumméation,
le Saint-Esprit, et si nous enten- une existence intime
c'est-à-dire
dons en ce jour sa voix, n'en- d'une personne dans une autre
durcissons pas nos cœurs. sans conlusion. C'est certain.
Je suis dans le Père et le Père est
en moi ; ditN. S. (Jean XIV, 10).
CHAPITRE II.
Et pour les mêmes raisons, le

DE LA MANIÈRE d'ÈTRE DE LA St-Esprit peut dire de même.


TRINITÉ. Art. il —
De ce qui est
spécial aux trois personnes.
Disons dans un I article ce qui Nous devons traiter ici I des :

est commun aux trois Personnes, processions, II des missions,


et dans un II, ce qui est spécial à
III des relations, IV des subsis-
chacune d'elles.
tances, V des'propriélés, VI des
358. Art. I . —
De ce qui est notions, VU des appropriations.
commun aux trois personnes
— P. I. La même divinité, est 363. § I. Des Processions.
commune aux trois Personnes La procession, prise dans un sens J

large, c'est l'origine d'une chose venant J


divines. C'est de foi, v. n. 295. d'une autre, comme parmi les hommes
Le Symbole de St Athanase dit ; l'origine du fils descendant de son père.
« Le Père
est Dieu, le Fils est 11 y a deux sortes de processions, l'une j

extérieure comme celle du fils, par j


Dieu, St-Esprit est Dieu, et
le
rapport au père l'autre immanente,
, i
cependant il n'y a pas trois Dieux comme l'idée dans l'esprit de l'homme
mais un seul Dieu. » qui pense. Mais l'idée n'est qu'imparfaite-

359. P. IL Les trois Person- ment immanente, car elle se distingue


de l'intelligence humainp et ne fait pas
nes sont tout à fait égales; c'est une seule"(niose avec elle. Il y a une
de foi : « Dans cette Trinité, il autre sorte de procession immanente,
LA TRINITE 103

qui est parfaite, parce que le terme


367. I. De la Procession du
qui procède ne fait qu'un avec la subs-
tance (Je son principe et telles sont les :
Fils el 1^ de la procession elle-
processions divines. même.
364. P Le Père ne -procède de
.
10 P. Le Fils procède du Père.
personne. C'esî de foi, d'après C'est de foi ; le Symbole de St
Alhanase dit « Le Fils \ient
le symbole de St Athanase :
:

« Le Père n'a élé fait, ni créé, du seul Père ». Pr. Je procède de


Dieu. (Jean VIFI, 4^2).
ni eni,^endré par personne. » V.
n. 355. C'est pour cela qu'on 368. '^1''
De la manière dont il

l'appelle innascible et piincipe procède. —


Il peut y avoir plu-
sieurs manières de procéder en
sans principe.
Dieu, comme dans les créatures.
;i()o. Le principe est ce dont une
chose son origine. Les théologiens
lire Une de ces manières a lieu par
distinguent le principe qiiod, c'est-à- la génération. Or, la génération,
dire personne de laquelle quelque
la
dans les choses créées, c'est l'o-
chose procède, et le principe quo. Dans
les choses créées, le principe quo se
rigine qu'un être vivant lire d'un
divise en éloigné et en prochain. Le principe vivant, qui lui est uni,
principe quo éloigné, c'est la nature et auquel il ressemble par la
du suppôt, ou de la personne; le pro-
chain, c'est la faculté par laquelle la
même nature.
personne opère. Quand l'homme com- P. Le Fils procède du Père
prend, la personne est le principe qaod; par une vraie génération. C'est
la nature «aisonnable, le principe quo
de foi, d'après le Symbole de St
éloigné, et l'intelligence, le principe
quo prochain. Dans les processions Alhanase « Le Fils n'est pas
:

divines, il est certain que la personne lait, ni créé, mais engendré. »


est le principe quod, et que la nature, Pr. 1) Vous êtes mon Fils, el je
ou l'essence, est le principe quo éloi-
vous ai engendré aujourd'hui.
gné. Mais y a-t-il outre l'essence un
principe gHOprochain? Lesunsle nient; (Heb. I, 5) ; 2) par la raison
les autres l'affirment, et ces derniers théologique. Le Père qui est la
disent que la nature considérée comme
vie souveraine, conçoit une idée
intelligence et volonté est le principe
quo prochain. Mais ne prennent pasils
substantielle de lui-même, oi: le
l'intelligence volonté d'une ma-
et la Verbe, qui, d'après la nature
nière absolue, mais en tant que l'intel- des opérations intellectuelles,
ligence est attribuée au Père, et la
volonté au Père et au Fils. Il ne s'agit
quand elles s'exercent comme il
d'ailleurs ici qiîe du principe quod. convient, est parfaitement con-
366. Comme le Père n'a pas de prin- forme à l'objet connu, c'est-à-
cipe, il s'ensuit qu'il y a deux proces-
dire consubstanliel, intini, etc.,
sions, et qu'il n'y en a que deux. C'est
une vérité de foi qu'il y a deux pro- ayant par conséquent tout ce
cessions, comme il est clair d'après les qu'il faut pour une vraie géné-
divers symboles et ces processions
;
ration.
sont nécessaires, éternelles, substan-
tielles, et sans changement du principe
369. II. De la Procession du
et de ce qui procède du principe. En Saint-Esprit, et 1° du principe
sorte que le principe n'a qu'une prio- de cette procession.
rité logique à raison de l'origine seu-
P. I. L'Esprit -Saint procède
lement, et non une priorité de temps,
ni une supériorité de nature, comme il du Père c'est de foi, contre les
;

ari'ive dans les choses créées. Kn sorte Eunomiens, d'après le Symbole


que le Père s'appelle la première Per- de St Athanase: « L'Esprit-Saint. ..
sonne par rapport aux autres, seulement
à raison de l'origine, sans qu'il ait
procédant du Père. » Pr. L'Es-
existé avant elles, et sans qu'il leur prit de vérité qui procède du
soit supérieur; et le Fils, dans le Père. (Jean XV, 26).
même sens, s'appelle la seconde Per- 370. P. 11. L'Esprit-Saint pro-
sonne par rapport au St-Fsprit. Nous
devons dire un mot 1 de la procession
:
cède du Fils ; c'est de foi contre
'lu Fils et II de celle du Saint-Esprit. les Grecs qui.avecPhotius, nient
104 DIEU

la procession du Fils, qu'ils ont 373. I II. Des Missions. —


cependant admise dans plusieurs Donner une mission, cela sup-
conciles. Le Symbole de Nicée pose chez les créatures un com-
dit du Saint-Esprit qu'il pro- mandement, ou un conseil; il
cède du Père et du Fils. Le mot n'en est pas ainsi en Dieu ; car
F'dioque (et du Fils) a été ajouté aucune des Personnes n'est su-
à ce Symbole au neuvième siè- périeure à l'autre. On dit cepen-
cle, et a accepté par les
été dant que le soleil envoie ses
Grecs au second concile de Lyon rayons, et c'est là une image des
en 1274. Pr. Je vous enrerrai de missions divines car elles ne ;

la part de mon Père l'E!<prit de sont autre chose que la proces-


virile. (Jean XV, 25). Une Per- sion ad intra avec une certaine
sonne ne peut être envoyée par manière d'exister ad extra. T. I

une autre, qu'aulant qu'elle en q. 4-3, a. 1.


procède. 37-4. I. Quelle personne di-
371. P. m. Le St- Esprit pro- vine PEUT être envoyée? Le
cède du Père et du Fih comme Père peut venir, mais il ne peut
d'un seul principe cl par une pas être envoyé, puisqu'une pro-
seule spiration. C'est de foi, d'a- cède d'aucun autre le Fils peut ;

près le second concile de Lyon : être envoyé par le Père seul, et


€ Nous confessons... que le St- le St-Esprit peut être envoyé par
Esprit procède du Père et du le Père et le Fils à là fois; le
Fils, non comme de deux prin- St-Esprit ne peut pas envoyer.
cipes,mais comme d'un seul,
La mission considérée ad intra est
non par deux spirations, mais propre dans le sens actif à la personne
par une seule. » Pr, Tout ce que qui envoie; dans le sens passif elle est
propre à la personne qui est envoyée.
mon Père a m'appartient, c'est Si on considère la mission ad extra,
pour cela que fai dit que le Sl- elle a pour cause efficiente la Trinité
Espril recevra du mien. (Jean tout entière ; comme
toute œuvre ad
XYI, 15). La spiration duSt-Es- extra. V. n" 361. Ainsi ce sont les
trois Personnes, qui ont uni la nature
prit appartient donc au Fils,
humaine à la Personne du Verbe ; ce
comme au Père. sont elles qui ont formé la colombe et
372. 2" Bu mode de proces- les langues de feu, qui ont signifié la

sion du St-Esprit. —
Le St-Es- descente du St-Esprit sur N.-S. d'a-
bord, et ensuite sur l'Eglise, mais dans
prit ne procède pas par mode ces missions la personne envoyée a eu
de génération ; c'est de foi, d'a- cela de propre, qu'Elle, qui était dès
près le symbole de St Athanase : le commencement dans le molide par
son essence, a commencé, comme parle
.( Le St-Esprit n'est ni fait, ni St Thomas, à y être d'une nouvelle ma-
créé, ni engendré. » Pr. Le pro- nière. Ainsi avant l'incarnation, le
pre des opérations intellectuelles, Verbe était dans le monde in mundo
que l'idée soit conforme à erat, mais selon sa divinité. Par l'in-
c'est
carnation il a commencé à y être comme
la chose connue; mais il n'en est homme : et c'est le Verbe qui s'est fait
pas de même des opérations de homme et non le Père ni le St-Espril.
la volonté. Celui qui est aimé ne Et par les signes sensibles qui ont été
produits par la Trinité tout entière, au
ressemble pas nécessairement à jour de la Pentecôte, c'est le St-Esprit
celui qui aime. Sans doute le St- qui a été désigné et montré. Une Per-
Esprit est semblable et même sonne divine peut, en ellet, être dési-
consubstantiel au Père et au Fils, gnée non seulement par un nom, mais
par un signe extérieur. (V. T. 1, q. 43,
comme nous l'avons dit no^ 305 a. 1 et 1).
et mais ce n'est pas en
358 ;

vertu de la manière dont il en 375. II, Combien y a-t-il de


procède. SORTES de Missions? Les mis- —
;

LA TRINITE 105

sions sont de deux sorles, les Père ; les lliéoloi^iens l'appellent


iines sont visibles, les autres in- filiation ,• 3" celle du Père et du
visibles. Fils à la fois par rapport au St-
[" Les missions viaiblcs se aianifes- Esprit; elle prend le nom de
leiilpar un lait sensible, (lui a rap- 4" celle du
spiriUiuii (lettre, et
port à la sanctilioation des âmes. Il y
St-Esprit par rapport au Père et
a deux missions visibles La mission
:

du dans l'incarnation
b'ils Dieu a :
au Fils ; on la nomme spirai'ion
cuvoiic' son Fils en ce monde, pour imssive^ v. n» 372.
sauper le vionae par lui. (Jean III,
17). El la mission du St-Esprit, (|ui se 377. I IV. Des sudsi.stances.
subdivise en purement reiirt'sentalivc;
telle lut celle qui eut lieu, (juand leSl-
— Bien que le mot de subsis-
Es|)rit, sous la forme d'une colombe, tance se prenne dans le même
manifesta (ju'il babitait dans le Cbrist ;
sens, que celui de personne, ce-
et il babitait eu lui depuis la concep- pendant dans un sens plus pro-
linu et en mission représeulalive et
;
pre, il signifie la raison qui cons-
ej'ftcace cnmihne temps. Telles lurent
d'aboid rinsulllalion de N.-S. sur les titue la personnalilé. Ainsi la
Apôtres avec ces paroles Recevez le
; paternité est la raison, pour la-
si-Esprit; et surtout la descente de (juclle le Père est une Personne ;
cet Esprit divin sur les Apôtres, au Cé-
nacle. Ainsi donc les missions visibles
la niiation est la raison de la
ont commencéavec N.-S.; et on ne sait personnalilé du Fils; laspiration
pas si depuis le jour de la Pentecôte, il active commune
au Père et aii
doit y en avoir de nouvelles, car la l'oi
est suflisamment établie.
Fils subsiste dans la Personne
oTîi. "-lo La mission invisible a lieu, du Père et du Fils. Elle ne se
(|uand un elVet spirituel et invisible se distingue pas réellement de la
produit, comme dans la justilicalion et
paternité et de la filiation, et ne
la gioi ification d'une àme. Dans la mis-
sion visible une Personne peut èti'e en-
donne pas par consétjuent la
voyée sans l'autre; mais dans la mis- raison d'une subsistance distinc-
sion invisible le Père vient; le Fils et te ; autrement il y aurait quater-
le St-Esprit sont envoyés à la fois. C'est
nilé en Dieu, ce qui est contre la
là ce qu'enseignent communément les
théologiens. Cette mission invisible n'a foi. La relation du Père est op-
lieu, en ce monde, que lorsque la grâce posée à celle du Fils; le même
sanctifiante est répandue dans l'àme,
ne petit pas être Père et Fils
et non pas quand une grâce actuelle lui
est donnée. Les trois Personnes divi-
lout à la fois mais la spiralion
;

nes habitent substantiellement l'àme active n'est opposée ni à la pa-


qui est en état de grâce, non de la ma- ternité, ni à la filiation; mais
nière dont elles sont pbysi(iueraent
présentes à toute créature, mais d'une
seulement à la spiration passive
manière plus intime, et avec une sorte dont elle se distingue réellement,
d'amitié d'après la parole de N.-S. J.-C. et qui est la raison de la Per-
« Si quelqu'un m'aime... nous vien-
sonne du St-Esprit.
drons en lui et nous ferons en lui
notre demeure. r> (Jean XIV, 28). C'est
encore l'enseignement commun. Il est
378.I V. Des propriétés.

plus probable que cette mission invi-
Il y a autant de propriétés en
sible se renouvelle toutes les fois que Dieii qu'il y a de subsistances
la grâce sanctifiante est répandue de distinctes et de relations oppo-
nouveau dans l'àme, par la réception
sées ; bien plus les propriétés
des sacrements, par exemple. B. 90.
« .Vf savez-rous pas que vous êtes le sont les relations opposées elles-
temple de Dieu, et que le St-Esinit mêmes. <i .Nous ne comprenons
habite en vous? » (1 Cor. III, lli;. la distinction des trois Person-
376. 1 III. Des relations. — nes que par leurs propriétés, »
Ily a en Dieu (juatre relations : dit le catécliisme romain. Bien
1° celle du Père par rapport au plus, St Thomas dit que les pro-
Fils ; elle s'appelle hpatennlé priétés sont les Personnes. (I. q.
2o celle du Fils par rapport au 40. a. 1). Les propriétés sont
DIEU
106
au Fils, qui est la conception du
donc laPalernilé, la Filiation, la
Père ; et celles de la bonté au
Spiralion passive, qui sont telle- l'amour du
Sl-Esprit qui est
ment propres à chaque Person-
Père et du Fils. S'il est difficile
ne, qu'elles ne peuvent être com-
de parler de vous sur la terre,
muniquées à une autre. ô Bienheureuse Trinité, qu'il se-
379. § VI. Des notions.
— ra doux de vous contempler au
ce
Les théologiens appellent de ciel !

nom, des notes, des attributs qui CHAPITRE m.


servent à désigner une ou
deux
la notion
personnes divines ;
DE LA MANIÈRE DE PARLER DE
peut en effet convenir à
deux
LA SAINTE TRINITÉ.
Personnes et c'est en cela
qu'elles se distinguent des
pro- un premier
Indiquons dans
priétés ; mais elle ne peut
con- des
article les noms divers
venir à plus de deux. Les no- Personnes divines, et dans un
tions sont au nombre de
cinq:
second donnons les règles, qui
l'innascibilité et la paternité,
qui
tracent la manière de parler de
ne conviennent qu'au Père la ;
la Ste-Trinité.
filiation qui ne convient
qu'au
381 § I Des noms des per-
.


.

Fils ; spiration active, qui con-


la L La premiè-
la
sonnes DIVINES.
vient au Père et au Fils ; et
re Personne se nomme principe,
spiralion passive, qui ne convient
mais non pas cause, car la cause
qu'au Saint-Esprit. suppose une priorité. On l'ap-
Pour aider notre mémoire, sa-
pelle aussi innascible, inengen-
chons qu'il y a en Dieu, une es-
dré, et surtout Père. Par appro-
sence, deux processions, et par priation on l'appelle Père des
conséquent deux Personnes qui créatures, Créateur, Tout-Puis-
peuvent être envoyées, trois Per-
sant.
propriétés, trois
sonnes, trois
IL La seconde Personne s'ap-
subsistances, quatre relations,
pelle Fils, Verbe, car elle est le
cinq notions. verbe, ou la parole intérieure de
380. § VIL De l'appropria- du Père, ou encore
l'intelligence
tion. —
Bien que dans un sens l'Image du Père, et en tant
propre et strict, les seules no- qu'Homme-Dieu, on l'appelle Mé-
tions conviennent aux Personnes diateur, Rédempteur, Sauveur.
divines, qu'elles distinguent, ce- Par appropriation, on appelle la
pendant d'après l'usage de l'E- seconde Personne, Sagesse.
glise,quelques notes communes III. La troisième Personne se
aux trois Personnes, sont appli- nomme St-Esprit, Amour. Cha-
à l'une
quées spécialement rité, Lien [nexus et amplexiis)
que les Ihéo-
d'elles ei c'est
;
ce Union et Don. Par appropriation,
logiensappellenll'rt/J/>'"oprtrt/«o/4. on l'appelle Sanctificateur, Pa-
En Dieu puissance,
éclatent la racletou Consolateur, Excitateur.
la sagesse et la bonté. La puis-
382. § IL Des règles pour
sance est le principe de la sa- PARLER JUSTE DE LA TrINITÉ.

gesse et de la bonté ; la puissan- lo Qu'on n'applique pas à une Per-
et ré-
ce et la sagesse précèdent sonne les propriétés et les notions spé-
gissent la bonté ; c'est pourquoi ciales à une autre. Qu'on n'applique
loute-puissance pas non plus ces mômes notions à l'es-
îes œuvres de la
sence prise d'une manière abstraite. Il
sont attribuées au Père, qui
est l'essence en-
ne faut donc pas dire :

le principe; celles de la sagesse gendre mais si on prend le mot Dieu


;
LA CREATION 1Ô7

d'une manière concrète, on peut dire ployés au pluriel, autrement ils indi-
d'une manière affirmative: Dieu engen- queraient plusieurs essences. Qu'on ne
dre; mais qu'on ne dise pas: Dieu n'en- dise donc pas trois substances, ni trois
gendre pas, car la négation exclut éternels; mais bien un éternel.
toutes les Personnes divines. 4° Les adjectifs qui ne sont pas pris
"2" Qu'on ne dise rien non plus <iui substantivement, et qui indiquent un
puisse jeter quelque ombre, sur l'unité attribut absolu, ou relatif ad extra,
de nature, ou la distinction des Per- commun aux trois Personnes, peuvent
sonnes. Ainsi on ne peut pas dire que être appliqués aux Personnes divines, au
Dieu est triple, ni qu'il est solitaire, ni pluriel car par là on n'indique que la
;

que les Personnes sont diverses, ni distinction des Personnes. On peut donc
qu'elles sont semblables en suitslancc, dire : Les trois Personnes sont éter-
ni que le Père est autre cbose que 1« nelles, etc.
Fils mais qu'il est autre que le Fils.
; Nous connaissons peu de choses de
;j" Les noms (|ui indiquent des attri- vos gloires, ô Sainte Trinité, mais nous
buts absolus ou relatifs ad extra, s'ils avons un grand désir de les contem-
sont des substantifs, ou des adjectifs pler. Faites que ceux qui vous prient
pris substantivement, et s'ils désignent ici-bas, vous louent un jour parmi les
diiectement l'essence et secondairement Elus t

les Personnes, ne doivent pas être em-

SECTION IL DE LA DOGMATIQUE SPÉCIALE.


DE DIEU CONSIDÉRÉ PAR RAPPORT AU MONDE.
Cette section comprend quatre dempteur; la Ilf, sur DieuSanc-
dissertalions : La I, sur Dieu tificateur; la' IV, sur Dieu
Créateur ; la II, sur Dieu Ré- Consommateur.

DISSERTATION I.

DE DIEU CRÉATEUR.

Dans celte dissertation nous même et ensuite de ses effets,


devons traiter de la création elle- De là deux parties distinctes.

Ire PAPiTIE DE L\ ire DISSERTATION.

Elle ne comprend «{ue le Traité suivant.

TRAITÉ DE LA CRÉATION
Nous divisons ce traité en qua- CHAPITRE I.

tre chapitres Dans le I nous


:

parlerons de la création dans le ; DE LA CRÉATION.


II, de conservation ([ui estune
la
création continuée; dans le III, 383. Pris dans un sens large,
du concours divin dans le IV, ; le mot création signifie une pro-
du gouvernement du monde. duction quelconque, une œuvre
108 blEU CUEATEUH

d'art, un pot'ine par exemple; voulu les Manichéens? Mais l'existence


de ces deux principes est absurde; v.
dans un sens slricl, la création n» aOtà. Est-ce par un autre que Dieu '?

est la production faite de rien Mais alors cet être serait infini, car,
d'une substance complète. Tout comme il y a une distance infinie entre
le néant et l'être, la création suppose
être peut produire des accidents,
une vertu infinie. Aussi quoi qu'en aient
(|uel(|ues êtres peuvent produire dit les Gnostiques qui veulent que le
des substances complètes tirées monde ail été créé par les Eons, sorte
d'autres substances, connne il
d'émanalion de la Divinité, Dieu ne
peut pas, pour créer, se servir du mi-
arrive dans la génération ; mais nistère des créatui'cs. Pour qu'on em-
ce n'est pas là une création. ploie un instrument, il faut qu'il ait une
Dans la génération, en elTet, une certaine vertu, au moins pour préparer
quelque chose, sans cela il ne servirait
nouvelle forme est produite, il
de rien à celui qui l'emploie or, qu8:

est vrai, maib c'est d'une ma- peut-on préparer dans le néant?
tière préexistante. Il ne reste donc plus que deux hy-
Nous avons à dire ici : 1. l'exis- pothèses ou que le monde est émané
:

de Dieu, et l'émanation répugne à la


tence ; II, le temps; 111, la lin de simplicité de Dieu et est contraire à la
la création. foi, v. nos 09(} et suiv.; ou il a été

Article 1. — De l'existence créé ; et c'est là la vérité catholique.

de la création. Que Dieu est puissant ! En


884. Cette vérité inconnue des travaillant à notre sanctification
anciens qui n'avaient pas les lu- ou à celle des autres, ne nous
mières delà révélation, peut être décourageons pas; mais espé-
démontrée, soit par la raison, rons en celui qui peut avec des
soit par la loi. pierres laire des enfants d'A-
P. Dieu a créé de rien tous braham.
les éires disiincts' de lui. C'est
de foi d'après tous les symboles ;
Art. II. —
Du temps de la
création.
et le Concile du Vatican dit :

385. Il est certain que le


« Si quelqu'un ne conlesse pas
monde ne peut pas être éternel
que le monde et toutes les choses,
d'une éternité simultanée, la-
soit spirituelles, soit matérielles,
quelle étant infinie ne peut ap-
qu'il contient, n'ont pas été.
partenir qu'à Dieu; v. n" 319.
dans toute leur substance, pro-
Il est certain aussi qu'il ne peut
duites de rien par Dieu, qu'il
être indépendant de Dieu. Mais
soit analhème. » {De Deo, can.
une création éternelle ab œlerno
5). Pr. 1) Dieu a fuit ces choses
est-elle possible? Quelques-uns
de rieu. [IL Mac. Yll, :28) 2) par
l'affirment avec St Thomas ; les
la raison :
autres le nient avec St Bonaven-
Ou le mon'de est éternel et indépen-
ture ; mais quoiqu'il en soit de
dant de Dieu, ou il a commencé. S'il
est éternel, c'est quant ù matière la la question de possibilité, le fait
seulement, comme l'ont voulu Epicure n'est pas douteux.
et d'autres, tel que Platon qui accorde
P. Dieu a créé le monde dans
à Dieu la disposition de la matière ou ;

bien c'est quant à la matière et quant


letemps. C'est de foi, d'après le
à la forme à la fois, comme l'ensei- Concile du Vatican « Dieu dès :

gnait Aristote, et dans ces deux hypo- le commencement du temps a


thèses la matière est a se, éternelle,
et par conséquent, immuable et infinie,
fait de rien la créature. » Pr.
ce qui répugne; v. no* 279 et suiv., Au commencement. Dieu a créé
296 et suiv. iJ06-.S19. Si le monde n'est le ciel et la terre. Gen. I, 1.
pas éternel, indépendamment de Dieu, Sans parler des preuves de la
il a donc été fait. Est-ce par lui-même ?

Le rien ne peut rien faire. Est-ce par durée limitée du monde, que les
l'un dos deux principes, comme l'ont savants trouvent dans la terre
DTEU CREATEUR 109

elle-même, il convenait que Dieu agirai/ c.rira. Tout être impar-


fitbien voir que le monde avait fait est poussé à» agir, afin d'ac-

une cause de son existence; et quérir quelque chose ; mais Dieu


c'est ce qui ressort bien plus qui se sullit pleinement à lui-
clairement par la création dans même, n'agit extérieurement que
le temps. ponr donner. Qu'on remarque
Avanl le monde il n'y avaitdonc
.!8(i. cepeiulaiit Dieu, comme
(jne
point de temps et ce n'est que par
; nous l'avons dit au n» 332, agit
l'imagination qu'on peut se représenter librement, et c'est ce qui ressor-
des siècles s'écoulant avant l'existence
tira aussi de la question suivante.
du monde. Qu'est-ce en efiet que le
temps, sinon un accident des choses 390. II. A QUELLE 'fin Dieu a-
changeantes, qui vont se succédant les T-IL DE.STINÉ LE MONDE ? Il est
unes aux autres; et l'accident ne peut
fie foi, d'après le concile du Va-
suhsister sans la substance à laquelle
il adhère? Avant le monde, il n'y avait
tican, que Dieu n'a pas créé
((

donc que l'éternité. Tout s'écoule le monde pour acquérir, ou pour


excepté Dieu ; donc, ne donnons pas accroître sa béatitude.» Le monde,
notre cœur aux choses créées.
;!S7. D'après les .Saintes Ecritures,
en elTet, n'ajoute rien à la béati-
Dieu a créé le monde en six jours. Les tude intrinsèque et nécessaire
auteurs sont partagés sur ce qu'il faut de Dieu, ni à sa gloire intérieure
entendre par ces six jours. Les uns
qui n'est autre chose que l'en-
disent que ces six jours doivent être
pris dans un sens allégorique, et indi- semble des perlections divines.
quent la distinction des divers êtres
et l'oi'dre successif de leur création, o9t. Dieu a créé chaque être pour
quia été faite en un seul et uiéme momen l
la i)ropre perfection de cet être ;il a
;

un bien plus grand nombre pensent créé pour la perfection de l'homme


(|uc ces six jours sont des jours de les êti'es inférieurs à l'homme ; et il a
;ii heures, comme ceux que nous avons; créé chaque être pour la perfection de
enfin d'autres entendent par le mot l'univers. La suprême perfection, qui
jour des périodes de longue durée. est la fin de tout l'univers, c'est la par-
;^88. Dieu s'est reposé le septième faite béatitude des saints, qui sera
joui", car depuis le sixième il n'a point complète à la consommation des siè-
créé d'espèces nouvelles, bien qu'il cles. Enfin, l'univers, avec toutes ses
crée tous les jours des individus, c'est- parties, se rapporte à Dieu comme à
à-dire des âmes humaines; et c'est en sa fin. T. I. q. 6i>. a. 2. Lors même
ce sens qu'on peut dire qu'il n'y a rien que les êtres inféi'icurs à l'homme ont
de nouveau sous le .soleil. pour fin la perfection de l'homme, il ne

Art. m. —De la fin de la


s'ensuit pas (ju'ils ne se rapportent
pas à la gloire de Dieu. La fin pro-
Création. chaine n'excfut point la fin dernière ;

et tout être, en tant qu'il est bon,


389. Pourquoi Dieu a-t-il
représente la bonté de Dieu.
VOULU CRÉER? Celle queslion en ;{92. Les êtres destitués d'intelligence
comprend deux : ne sont pas sans doute l'image de
I. Quelle a été e.\ Dieu la Dieu, mais ils en sont les vestiges.
L'homme découvrant dans les créatures
RAISON DE CRÉER ? Cerlaiiiemeiit
les vestiges de Dieu, loue le Créateur,
rien d'extérieur n'a pu détermi- et c'est ainsi que les créatures servent
ner Dieu à créer, puisqu'avant (à la perfection do l'homme, laquelle
réside dans l'intelligence et dans la
la création, il n'y avait rien en
volonté et l'intelligence est d'autant
;

dehors de lui et Dieu qui est


;
plus parfaite qu'elle connaît mieux le
le premier agent ne peut être Créateur, et la volonté est d'autant
nii'i par un autre que lui; autre- plus parfaite qu'elle l'aime davantage.
L'homme qui a l'être, l'intelligence et
ment il ne serait pins le premier la volonté, est par là comme une image
agent. Dieu.etc'esld'aprèsleCon- de la Trinité. Il est le Pontife des créa-
ciledu Vatican une vérité de foi : tures, car c'est par lui qu'elles louent

((Dieu, par sa bonté alaitla créa- Dieu , et lui, comme toute intelligence,
a pour lin Dieu qu'il peut atteindre par
ture de rien. » (]e n'est que par sa la connaissance et par l'amour, comme
bonté intrinsèque que Dieu peut l'cri.-^eigne le Docteur Angélique.
MO DIEU CREATEUR

P. Dieu pour manifester ses CHAPITRE II.

pcrfeclmis par les biens qu'il DE LA. CONSERVATION DU MONDE •

accorde aux créatures... a fait


les créatures spirituelles et cor- 397. La conservation c'est
porelles. C'est (le foi, car ce sont Parction de Dieu, soutenant con-
les paroles mêmes du concile du tinuellement dans leur être, les
Vatican. Pr. Le Seigneur a tout choses créées. Gassendi pensait
fait pour lui-même. Prov. XVI. que les créatures avaient en elles-
4. 2) par la raison. La fin est la mêmesla forcede persévérerdans
plus noble des causes, car c'est leur être, jusqu'à ce que Dieu les
pour elle qu'agissent toutes les anéantit mais il n'en est rien.
;

causes efficientes. Donc la fin P. Dieu soutient par sa Pro-


suprême ne peut être qu'un vidence tout ce qu'il a créé. C'est
être très noble, c'est-à-dire Dieu. de foi, car ce sont les paroles
Je suis l'alpha et l'oméga, a-t-il mêmes du Concile du Vatican,
dil, le commencement et la fin. ch. I. Pr. Ilportc tout par saparo-
Aussi le Concile du Vatican dit- le puissante. (Ileb. I. 3). 2) par
il : « Si quelqu'un nie que le la raison. Ou la conservation
monde a été fait pour la gloire de l'êlre créé est nécessaire, ou
de Dieu, qu'il soitanalh. " Cette elle dépend de cet êlre lui-mê-
gloire de Dieu que procure le ine, ou elle dépend de Dieu. Or,
monde, n'est que la gloire exté- les deux premières suppositions
rieure, c'est-à-dire la claire con- répugnent à la raison, la pre-
naissance de Dieu, accompagnée mière, parce que rien n'est né-
des louanges de ses créatures. cessaire dans les choses contin-
V. no 390.^^ gentes ; et la seconde, parce que
o9o. Ce que nous venons de dire personne ne donne ce qu'il n'a
s'applique aussi à l'ordre surnaturel pas. Mon existence de demain
de la sanclificalion des âmes elde leur n'est pas celle d'aujourd'hui.
glorification. Hieu ne l'a établique par
bonté, etpuur manifester ses perfections
Comment me la doimerais-je ?

et point du tout pour augmenter sa Donc, la continuation de l'exis-


béatitude. tence vient de Dieu et cette ;

394. De là il est clair que la fin de


continuation demande la même
l'univers est très parfaite, puisque c'est
Dieu lui-même : et les moyens de l'at- puissance que la création^ et
teindre sont excellents," puisqu'ils ont Dieu seul peut la donner.
été établis par la souveraine sagesse.
398. On voit par là que Dieu n'a pas
Le monde est donc parfait en un sens,
besoin d'un acte positif pour anéantir
quoiqu'une soit pas le plus parfait de
la créature, il suffit qu'il lui retire son
tous. V. n" 834.
action mais, dit St Thomas, aucune
;
395. De là encore il faut conclure
créature n'a le pouvoir d'anéantir. La
que le monde n'est pas fait pour le plai-
créature peut modifier les accidents,
sir, ni précisément pour l'utilité de
amener la corruption des substances
l'homme, mais pour sa perfection, afin
corruptibles mais de telle sorte pour-
;
qu'à sa vue l'homme connaisse et loue
tant qu'il reste toujours une substance
Dieu. Il faudrait donc avoir soin de
formée de celle qui se corrompt. —^
nous élever des choses visibles aux
Puisque Dieu nous donne toujours la
invisibles, et d'avoir toujours sur nos
vie, toujours nous la lui devons. Em-
lèvres une louange au Créateur.
ployons-la donc teus les jours à le ser-
39H. De là enfin, concluons que la lin
vir. Dieu anéantira-t-il quelque chose î
dernière de l'univers est toujours
V. n. 1814. et D. T, 1. q. -104, a. 4.
atteinte car les créatures libres qui
;

abusant de leur liberté, n'ont pas loué


Dieu, et qui sont vouées à .d'éter- CHAPITRE III.
nels supplices manifestent la justice
divine.
DU CONCOURS DIVIN.

399. I. Par la création. Dieu


DIEU CREATEUR 111

donne aux êtres l'existence et la CHAPITRE IV.


puissance d'acfir, ou le concours
médiat, afin qu'ils puissent agir; DU GOUVERNEMENT DU MONDE.
mais ce concoure médiat suffit-
il pour que les êtres créés agis- 401. est de foi que la Pro-
Il

sent réellement? L'opinion qui vidence conserve et gouverne


l'alfirme a été soutenue par Du- tout, V. n" 34(>. Le gouverne-
rand de Mende mais c'est une
;
ment, suppose la disposition des
erreur. choses, par rapport à leur fin.
P. Le concours positif de Dieu Celte disposition est en Dieu,
est nécessaire pour qwxin être qui connaît dans ses idées ce
créé fasse tin acte quelconque. qui, dans son essence, est com-
C'est certain. Pr, Vous avez municable aux créatures, quelle
opéré.en nous toutes vos œuvres. est la fin de tout être créé, et
h. XXVI, 12. 2) Il n'y a point quels moyens doivent le mener
d'être qui ne vienne de Dieu ;
à cette fin. Cette disposition
or un acte est un être. Rien ne considérée en Dieu est une
peut être indépendant de Dieu, conception divine, et par consé-
donc pas même un acte. Remar- quent éternelle; c'est la loi
quez laparole du Concile du Vati- éternelle, car la raison de celui
can « Dieu soutient et gouverne
: qui gouverne une communauté
toutes les choses qu'il u laites. » s'appelleloi. Or, comme Dieu
gouverne l'univers, sa raison est
400. II. Des diversea eapêces de
concours positifs ou immédiats. On la loi éternelle des êtres. Le
dislingue le concours simultané, par gouvernement, c'est l'application
lequel Dieu aide l'agent, sans le préve- de la loi éternelle, ad extra, au
nir, mais agissant en même lenips que
lui, d'une manière semblable à celle
monde.
dont deux hommes traîneraient le Dans l'être intelligent, celle appli-
même char. Il y a le concours préve- cation se fait par la raison qui est une
nant (\a\, outre le concours simultané, sorte de participation à la raison de
suppose que Dieu prévient l'agent, et Dieu ou à la loi éternelle, dictant à cet
le puusse à agir, par ce que les Tho- être ce (ju'il doit faire et ce qu'il doit
mistes appellent une prémotinn physi- éviter pour atteindre sa fin et elle ;

que. Sans détriment pour la foi, les s'appelle loi naturelle, car c'est la na-
Molinistes disent que le concours si- ture qui l'a mise dans l'être raisonna-
multané suffit les Thomistes soutien-
; ble ;elle incline du reste cet être à
nent la nécessité du concours préve- tendre vers une fin conforme à sa na-
nant. Remarquez toutefois les paroles ture. Mais celle participation à la rai-
du Catéchisme romain Dieu, par sa
: :< son éternelle ne peut être que limitée
vertu intime, pousse au mouvement et dans un être fini tel que l'homme.
à l'action les choses qui se meuvent et 40"2. De même que l'intellect spécu-
agissent, de telle sorte que bien qu'il latif connaît seulement les premiers
n'empêche pas l'efficacité des causes principes, et que l'homme a besoin du
secondes, il la prévient néanmoins. » raisonnement pour découvrir les scien-
Si ce concours n'empêche pas l'effica- ces ;de même l'intellect pratique ne
cité des causes secondes, il n'empêche connaît que les premiers principes, qui
pas non plus la liberté dans les êtres doivent diriger l'homme vers sa (in;
intelligents; bien plus, l'acte libre doit en sorte que l'homme, pour en bien
à ce concours divin d'être libre. Ce tirer les conclusions, a besoin du rai-
concours ne rend pas non plus Dieu sonnement, ou d'une autre loi positive,
l'auteur du péché car dans le péché il
; qui lui soit tracée par la raison mieux
y a un être puisque c'est un acte, et il cultivée d'autres hommes.
y a de plus le défaut d'être. Dieu 40;). Dieu gouverne aussi ies êtres»
concourt à l'être et non au défaut de sans raison ; mais comme ils sont inca-
l'être, qui n'est rien et qui provient de pables de connaître leur lin, et les
l'imperfection jle la créature. Sei- moyens de l'atteindre ce gouvernement:

gneur, donnez-nous ce que vous ordon- fondé aussi sur la loi éternelle ne peut
nez, et ordonnez ce que vous voudrez! s'appeler loi que par analogie. Les ani-
V. n»* ol2 et suiv. et 'M. maux sont conduits par l'estimative,
112 DIEU CREATEUR

ou par la connaissance sensitive, qu'on Quant aux choses, qui ne s'op-


nomme vulgairement l'inslinct. et par
sensitil' (|ui agit
nécessaire-
posent pas directement à la fin
rai)iiétit
ment. Les corps participent aussi de l'homme, la loi naturelle ne
d'une certaine manière à la loi éter- peut changer non plus, puis-
nelle, en tant que sous l'impression de
qu'elle est l'ondée sur la nature
cette loi, ils ont des inclinations non
libres, mais ni'cessaires qui les])ortftnl
raisonnablede l'homme, laquelle
aux actes et aux lins qui leui- sont estune participation à l'élernelle
propres. Tout ce que nous disons ici est raison de Dieu. Et Dieu ne peut
de St Thomas. •), 2, q. 111, a. 2. 11 e.st

donc clair i|ue éternelle est !a


la loi
changer la nature des choses.
règle et la mesure de fous les êtres, et V. n"^ 328 et338. Dieu ne peut
que toute loi doit lui être conforme, donc pas faire que l'homme
sans quoi elle serait injuste.
agisse licitement, en allant con-
404. Le jronvernement de tre sa raison. Mais commel'acle
Dieu, si on le considère du côté de l'homme a ordinairement un
de Dien lni-m(*'mft est libre objet extérieur. Dieu peut écar-
comme In création et non néces- ter de cet objet extérieur les
saire; mais supposé la créalion, conditions qui le rendent contraire
il est impossible qu'un être se à la raison, par exemple il
puisse soustraire au ç^ouverne- peut enlever à un homme le
jnent divin, autrement il ne se- droit qu'il a sur cet objet; et, ce
rait plus un être. droit une fois enlevé, la raison
iO."). Dieu ne peut pas clian.çer n'empêche plus à un aulre
la nature des clioses corporelles boinmede s'emparer de ce même
d'après ce que nous avons dit objet. Les Hébreux ne se rendi-
n°o38; mais il peut changer rent donc point coupables de
leurs opérations qui se distin- vol, quand, par ordre de Dieu,
guent réellementde leur nature. ils emportèrent les vases pré-
Il peut donc, l'essence du monde cieux des Egyptiens.
étant sauvegardée, changer Tor- 407. Quel(|uefnis aussi l'obli-
dre du monde, car cet ordre gation d'un précepte de droit na-
n'est aulre chose «pie l'opération turel cesse, (et c'est la raison qui
régulière et conslanle des choses le fait comprendre), quand un
contingentes de ce monde, opé- autre précepte d'un ordre supé-
ration qui se distingue de leur rieur oblige en même temps ; par
essence, et qui, par là même ex. je ne suis pas tenu de rendre
qu'elle est régulière et constante une épée à celui qui l'a déposée
prend le nom de loi, mais dans chez moi, et, qui la réclame pour
un sens impropre ; et le monde, me tuer; car l'obligation de con-
qui subit, par des miracles, ce server ma vie l'emporte sur celle
changement accidentel, bien loin de rendre un dépôt; cependant
de s'écarter de sa fin, qui est la les circonstances changeant, je
manifestation de la gloire de serai obligé de rendre l'épée. Les
Dieu, l'atteint d'une manière circonstances changent, la loi ne
plus efficace. change pas.
406. Quant à la loi naturelle, 408. Ainsi donc dans l'ordre
comme elle dirige l'homine vers de la nature, tout est gouverné
sa fin nécessaire, (jui est Dieu, par Dieu; tout tend vers sa lin,
elle est absolument immuable qui est la gloire de Dieu. Si un
dans ce qui regarde directement être particulier s'en écarte, cela
cette fin. Ainsi Dieu ne peut pas ne point une objection contre
(ait

faire que le blasphème, ou que la providence de Dieu, qui da


la haine de Dieu, s«it j)ermis. mal physique sait tirer le bien de
DIEU CREATEUR 113

lacréature raisonnable, el qui en voyant face à face l'essence


éclalersa jiislice à propos du
fait divine. Fin sublime à laquelle
mal moral lui-même, v. n^ 312, ni l'homme ni l'ange ne peuvent
et suiv. Cependant ne peut pas
il avoir, par nature, aucu-n droit,
se faire que tous êtres de
les et qui exige des moyens en rap-
même espèce n'alteie:nent pas port avec son élévation, et surna-
leur fin, autrement les vues de turels par conséquent. L'état sur-
la sagesse divine ne seraient pas naturel se nomme aussi l'état de
atteintes. Ainsi il ne peut pas se grâce et le concours de Dieu
faire que tous les yeux soient nécessaire pour y élever, pour le
aveugles. conserver et le perfectionner
409. Ce que nous avons dit de s'appelle la grâce. Dieu seul est
l'ordre naturel s'applique cà pius l'auteur, le conservateur, le gou-
forte raison à l'ordre surnaturel, verneur, et la fin dernière de
qui est la direction de l'être in- l'ordre surnaturel.
telligent vers une fin qu'il ne Heureux ceux qui sont imma-
peut atteindre par ses forces na- culés dans leur voie, et qui mar-
turelles, puisqu'elle est la parti- chent dans la loi du Seigneur !

cipation à la Béatitude divine, Ps. CXVIII. I.

PARTIE II. DE I.A PREMIERE DISSERTATION.

DES EFFETS DE LA CRÉATION.

Dieu, dit le Concile du Vati- que chose de commun avec l'ange


can, a créé la nature angélique, et le monde. De là. trois traités,
le monde,et l'homme qui a quel-

TRAITÉ I. DES ANGES.


410. L'Ange est une substan- CHAPITRE I.
ce créée, spirituelle et complète.
Il se distingue par conséquent DES ANGES EN GÉNÉRAL.
de Dieu, des corps et de l'âme
humaine qui, sans le corps, est Nous traiterons successive-
incomplète. Quelques Pères ont ment dans trois articles, de
nié la spiritualité des Anges, l'existence, de la nature et de la
auxquels ils attribuaient des grâce des Anges.
corps subtils commt l'air; mais Art. I. — De l'existence des
il est rertnin, de par le Concile Anges.
du Yalican, (|ue les Anges sont -ill. P. Les Auges e.risleni,
des substances spirituelles. Cou- c'est rf^/b)contre les Sadducéens
d'ulit credliirtimapirHiudem.Dieu et les rationalistes. Le Concile
se sert des Esprlls, pour en faire du Vatican dit: «. Dieu, au com-
ses (inihassddeiirs. Hebr. I. 1'. mencement du temps, créa de
Parlons d'abord des Anges en rien l'une et l'autre créature,
général, et ensuite des bons et l'angélique et mondaine, » (le
la
des mauvais en particulier. monde). Que de passages de nos
.

114 DIEU CREATEUR

Saints Livres nous parlent de mais peuvent-ils y exercer tous à la


fois leur vertu ? les uns l'affirment, les
l'existence et des actions des An- autres le nient avec St Thomas. K. c.
ges ! Tous les peuples ont, du §. iGi.
reste, cru à l'existence des es- 413. Y a-t-il plusieurs anges de mê-
prits.
me espèce, ou bien chaque ange forme-
t-il une espèce particulière ? C'est con-
4d2. P. Les Anges ont élé
II. troversé entre les théologiens. St Tho-
créés et l'ont dans le temps,
été mas, enseignant que l'espèce n'est in-
comme le monde lui-même. La dividuée que par la matière, nie par là-
même que parmi les anges, qui n'ont
première partie est de foi ; et la point de matière, il y ait plusieurs in-
seconde est voisine de In foi. Cela dividus de même espèce ; mais les sco-
ressort de la proposition précé- tistes l'affirment, car plusieurs anges
sont destinés au même ministère, et la
dente. C'est dans le Ciel qu'ont
société est plus facile entre les indivi-
été créés les Anges, et Dieu les dus de la même espèce du reste les
;

fit à son image. Saintes Ecritures les divisent en plu-


413. P. III. Les Anges sont sieurs catégories, qui semblent com-
prendre des anges de même rang.
en grand nombre. Des millions
le servaient, et des centaines de
Art. II. — De la nature des
millions assistaient devant lui. anges
Dan. VII. 10. Il est, en effet, di- 416. § I. De LA NATURE ELLE-
gne du Souverain Roi, d'avoir MÊME. — Fm nature des anges
I.

à son service d'innombrables lé- est plus excellente qiœ celle des
gions de soldats. Aussi, St Tho- Iwmnies, car le Psalmiste dit :

mas dit-il, que les espèces an- Vous navez qunn peu abaissé
géliques sont en un nombre (l'homme) au-dessous des anges.
incomparablement plus grand Ps. VIII. 6.— II. La nature des an-
que celui des espèces des choses ges est limitée. C'est certain et
matérielles. voisin de la foi. C'est clair par
414. P. IV. Les Anges sont l'Ecriture et par la nalure même
dans un lieu. C'est certain. Une des êtres créés.
substance ne peut être que quel- 417. I II. Des OPÉRATIONS des
que part; et la Sainte Ecriture, ANGES. —
Les anges sont des
en parlant d'eux, les met, ou substances spirituelles. Or, il
dans le ciel, ou sur la terre, ou appartient à une substance spi-
dans les enfers. Mais ils ne sont rituelle de comprendre, de vou-
pas comme les corps circonscrits loir, de manifester à d'autres ses
dans un lieu, de manière à ce propres pensées, et d'agir,
qu'une partie de l'ange soit 418. I. Les Anges connais-
dans une partie du lieu. Ils y sent, et 1" ils se connaissent
sont définitivement comme l'âme eux-mêmes, ilsconnaissent Dieu,
humaine est dans le corps, tout les autres anges, l'âme humaine;
entière dans chaque partie du c'est certain. L'homme se con-
corps, et contenant le corps plu- naît lui-même, il connaît Dieu,
tôt qu'elle n'estcontenue par lui. l'âme, donc, à plus forte raison,
Toutefois la présence et les opé- l'ange connaît tout cela. Toute-
rations de l'ange s'étendent plus lois, l'ange ne connaît pas Dieu
loin que celles de l'àme humaine. naturellement dans son essence.
Les anges peuvent changer de lieu
Quelle intelligence finie pourrait
avec une vitesse merveilleuse. Ils atteindre une essence infinie?
peuvent, non pas naturellement, mais mais l'ange trouve en soi l'image
surnaturellement, être à la fois dans
de Dieu. T. I. q. 5G. a. ;L II est
plusieurs lieux séparés. Comme ils n'ont
point d'étendue, ils peuvent être plu- nécessaire aussi que l'ange con-
sieurs à la fois dans le même lieu ; naisse les autres anges, puisqu'il
.

LES ANGES 115

doit lier société avec eux. ture raisonnable exige que, sans
419. 2° Les anges connaissent son consentement, aucune autre
les natures matérielles, même créature ne puisse connaître ses
les individus de ces natures. volontés.
C'estl'opinion commune. L'hom- 423 6" Us ne peuvent connaî-
me les connaît en effet, et l'ange tre lesmystères de la foi ni les
est plus parfait que l'homme. Du faits surnaturels avant qu'ils ar-
reste l'ange ayant une action à rivent. Les mystères, en effet, dé-
exercer sur les choses de ce passent toute intelligence créée;
monde, ne peut pas les ignorer. et les faits surnaturels ou les
420. 30 Ils connaissent les miracles, dépendent de la vo-
futurs nécessaires qui ne doivent lonté libre de Dieu, et d'après
pas être empêchés par quelque ce que nous venons de dire, les
accident. C'est certain ; ils con- anges ne connaissent pas même
naissent, en effet, les causes ou dans l'homme les futurs libres.
les lois et par conséquent les Après le fait, les anges ont pu,
effets ; mais si l'effet doit être par conjecture, connaître la

empêché par quelque accident, de J.-C. etc.


divinité
St Thomas enseigne qu'ils ne le 424. 7" Ni les bons, ni les
connaissent que par conjecture. mauvais ^nges ne peuvent se
Le même docteur ajoute qu'ils tromper dans les choses natu-
ne font pas de raisonnement, car relles qu'ils connaissent; car
le raisonnement est une imper- tous ont une nature intègre et
fection de l'intelligence; quel- une intelligence parfaite. Dans
(jues auteurs cependant admet- les choses surnaturelles, les bons
tent que les anges, dans les anges ne se trompent pas, car
choses qu'ils ne connaissent que ils sont soumis à la divine sa-

par conjecture, peuvent raison- gesse, mais les mauvais, q«n s'en
ner d'une manière bien plus sont écartés, par leur volonté
rapide que l'homme. perverse, se trompent. (T. I. q.
-421. 4" Ils ne connaissent pas 58, a. 5).
les futurslibres.Pr. l.) Personne 425. II. De la volonté des
n'est semblable à mol, annonçant ANGES. Comme tout être intelli-
dès le commencement ce qui au- gent, les anges ont une volonté
ra lieu à la pn. Is. XLVI. 10. capable de se porter vers tout
i2)lls lie connaissent pas leseff'ets ce que leur intelligence connaît.
futurs en eux-mêmes, puisqu'ils Dans cette volonté qui est pure-
n'y sont pas présents ; ils ne les ment intellectuelle, il n'y a pas
connaissent pas non plus dans d'appétit irascible, ni concupis-
leurs causes, puisque d'elles- cible, comme dans l'homme; ce
mêmes elles sont indifférentes à n'est donc que d'une manière
produire ces effets ou d'autres. ligurée qu'on leur attribue la
422. 50 Ils ne connaissent pas colère. (T. I. q. 59, a. 4.)
d'une manière certaine la vo- 426. Mais la volonté del'ange
lonté des autres anges, ni la est 1» Libre ; c'est certain par
pensée des hommes, si ce n'est l'Ecriture qui les représente
dans leurs effets. C'est certain comme capables de mérite et de
et c'est de foi dulue quant aux peine et aussi par la raison.
actes libres de la volonté. Pr. I) Partout où il y a intelligence, il
Vous seul connaissez les cœurs y a libre arbitre, et ainsi il est
des enfants des hommes. (II Par. clair que le libre arbitre est,
VI. 30). 2) La dignité de la créa- d'une manière plus exeellente,
116 DIEU CRKATEUR

dans les anges que dans l'iiom- supérieurs parlent avec les infé-
me. (T.I. rieurs, on dit qu'ils les illumi-
q. 59, a. 3). Et com-
me ni les bons, ni les mauvais nent; mais les inférieurs ne
anges n'ont perdu leurs dons peuvent, sans une grâce spéciale
naturels, il s'ensuit que les uns de Dieu, illuminer les supérieurs;
et les autres conservent leur les supérieurs ne peuvent pas

liberté, non par rapport à leur toutefois mouvoir la volonté des

fin dernière, à laquelle les bons inférieurs. T. I. q. 106. Pour


sont à jamais fixés, et de laquelle qu'un ange manifeste ses pensées
les mauvais sont éloignés irré- à un autre, il suffit qu'il le

vocablement mais pour tel acte veuille, et cette manifestation à


;

ou tel autre, ils ont la liberté de laquelle une grande distance


contradiction et de spécifient ion, n'est point un obstacle, se fait
V. n. 510, 1748, 1765. St Tho- par leconcours divin. T. I. q. 107.
mas enseigne qu'avant de choisir 4'29. Les anges peuvent par-

un acte, la volonté de l'ange leraux hommes, soit intérieure-


peut changer mais qu'après,
;
ment, soit extérieurement, com-
elle ne le peut plus cependant
;
me il est manifeste par les Stes
plusieurs auteurs soutiennent Ecritures, et par ce que nous
que, même après Télection, elle dirons des bons et des mauvais
peut encore changer. angi^s.
427. 2» Leur volonté est pec- 430. IV. // est certain, par

cable. C'est certain. Pr. \) Il l'Ecriture, que les anges, soit


trouve des taches, dans les anges. bons., soit mauvais, ^oyr une ac-

Job. IV. 18. 2) On peut con- TR>N sur les choses DE CE MONDE.
clure de l'acte à la puissance ; Bien plus, ils peuvent faire des
or les anges ont péché. Dans la prodiges qui dépassent les forces
divine volonté, ditSt Thomas, il humaines, mouvoir les corps,
ne peut y avoir de péché, mais soulever les vents et les tempê-
le péché a entrée dans toute tes, se revêtir d'un corps étran-

volonté créée (I. q. 63. a. 1) à ger, etc. (T. I. q. 114, a. 4. q.

moins que Dieu ne la confirme 110. a. 3). Ils ne peuvent cepen-


dans le bien par une grâce par- dant changer lavolonté humaine,
ticulière. St Thomas enseiî;ne sinon par la persuasion, ou en
que les anges ne peuvent pécher excitant l'imagination, ou les
véniellement, car, connaissant passions. (T. l q. 111, a. 2et3.)
ils peuvent apparaître, soit en
leur fin, ils ont trop d'intelligence
pour dévier dans le choix des agissant seulement sur l'imagi-
moyens, s'ils ne dévient pas de nation, ou bien sur les sens seu-
la fin elle-même. "2. 89. lement, comme des auteurs le
(1. q,
a. 4.)
prétendent, soit en prenant un
428. III. Les AxGEs PEUVENT, corps qui ne leur appartienne
non au moyen d'une voix qui pas; mais qui les représpute.
leur soit propre, mais d'une D'après St Thomas, les appari-
autre manière, ma.mfester leurs tions des anges, sous une forme

PENSÉES. C'est l'opinion com- humaine, dans l'ancien testament,


mune. Ils peuvent parler à Dieu ont été des figures de l'Incarna-
tion.
soit en consultant sa volonté,
soit en admirant ses perfections. AriT. Ut. — De la grâce des
Les anges inférieurs peuvent anges.
parler à ceux d'un ordre supé- 431. T — Les roxs et les
rieur et rice versa. Si les anges MAUVAIS ANT.ES ONT ÉTÉ ÉLEVÉS
11'
LES ANGES

A LA GRACE ET A L ÉTAT SUUNATU- grâce des anges ; il était donc conve-


iiable que les anges connussent celui
REL. C'est certain. Ecoulons sur à qui ils devaient leur perl'eclion. Tou-
ce sujet le catéchisme romain : tefois, d'après Si Thomas, ils ne con-
(( Puisque nous IrouNons, dans nurent pas toutes les circonstances de
ce mystère. Qu'en connurent-ils d'une
les Saintes Ecritures, que le dé-
manière précise ? nous l'ignorons. (T.
mon n'est pas demeuré dans la III. q. 8, a. 'k g. — I. q. o7, a. 7.)
vérité, il est clair que lui et les
434. Parmi les anges un
III.
autres anges rebelles ont été,
GRAND NOMBRE FIRENT UN ACTE
dès le comme ticemetil de leur
MÉRITOIRE DE LA BÉATITUDE. C'est
création, doués de la i,Tàce. 11
certain d'après l'Ecriture, qui
faut croire que les bons ani,'es
nous apprend, qu'un grand nom-
n'ont jamais été sans bonne vo-
bre furent couronnés; et per-
lonté, c'est-à-dire sans amour de
sonne n'est couronné, s'il n'a
Dieu. » Les animes et les hommes
légitimement combattu. St Tho-
sont récompensés, ou punis, de
mas enseigne que, c'est par un
la nnnne manière ; donc ils ont
seul acte surnaturel, que les an-
été tous élevés au même état.
ges nîéritèrent aussitôt l'augmen-
432. II. C'est au premier ins-
tation de la grâce et la béatitude,
tant DE LEUR création QUE LES
qu'ils obtinrent aussitôt; il est
ANGES ONT ÉTÉ ÉLEVÉS A LA GRA-
cependant des théologiens qui
CE. C'est plus probable, d'après
pensent qu'ils eurent un certain
les paroles du calécliisme ro-
temps, pour accroître leur mé-
main que nous venons de citer,
bien que plusieurs soutiennent
rite. (T. I.q. 62, a. 5. B. 42.) —
435. IV. Quelques anges ont
une opinion conlraire. Il est plus
PÉCHÉ. C'est de foi. L'Ecriture
probable aussi (jue l'homme lut
nous l'atteste; et le quatrième
élevé dès sa création à l'élat sur-
Concile de Latran dit • Le dia-
donc il en est de même
:

naturel,
ble et les autres démons ont été
de l'anire. La grâce des anges lut
créés par Dieu, bons par nature;
proportionnée à l'excellence de
c'est par eux-mêmes qu'ils sont
leurnalure, dételle sorte que les
devenus mauvais. »
anges d'un ordre supérieur reçu-
436. Quel a été le péché des anges ?
rent une grâce plus grande. (T.
Certainement ce n'a point été un péché
I. (|. 0:2. a. G), l'our mériter leur
de concupiscence des sens, puisque les
béatitude ils eurent aussi la grâ- anges n'en ont pas. C'a été par consé-
ce actuelle, d'après l'opinion quent un péché d'orgueil ou d'envie.
(T. I. q. 63, a. 2.)
commune. 11 y a cependant sur 437. En
quoi a consisté cet orgueil
cette question une controverse dea Anges / Les uns disent qu'ils ont
semblable à celle qui existe sur voulu être comme Dieu, non pas en dé-
sirant d'avoir l'essence divine, car il
la grâce actuelle du premier
est impossible qu'ils se .soient égarés
homme (v. n. 523). à ce point; mais en désirant la souve-
U'à'A.Dès leur élévation à l'ordre sur- raineté de Dieu sur les ci'éalures, ou
naturel, il est certain que les anges en désii'ant pour eux l'union hyposiati-
connurent sur Dieu, non seulement les que qu'ils enviaient à l'iiiimmc. v. n. ÎJSS.
vérités naturelles, mais encore quelques 4o8. Le prince des démons étail-il
vérités surnaturelles, c'est-à-dire au le plus parfait des anges ;^ St Thomas
moins, que Dieu devait récompenser l'enseigne; et il ajoute qu'il a élé la
les bons par la vision de son essence. cause "du péché des autres, non pas en
Selon l'opinion commune, ils connu- les y contraignant, mais en les indui-
rent aussi le mystère de la Trinité, qui sant, et qu'avec lui ont péché des an-
nst la vie divine, à la partici|)alion de ges de tous les ordres. (T. I. q. 63, a.
la(|uelle mène la grâce, et plus proba- 7. et 9.;
blement aussi ils connurent
mystère le D'auli'es cependant enseignent que
de riiicarnalion car, d'après une opi-
; Lucifer n'a é(é que le plus élevé des
nion pi'obable, J.-C. est l'auteur de la auges de l'ordre le plus inférieur, et
118 WEU CREATEUR
avec lui, que des an-
qu'il n'a entraîné communément, dit St Thomas,
ges de cet ordre. Les anges déchus qu'après le jugement dernier, il
sont en petit nombre relalivemenl à
ceux qui sont restés fidèles. (T. I. q. n'y aura plus ni mérite, ni dé-
63. a. 9). mérite... Mais il en est qui pen-
439. Ont-ils eu le temps de se re- sent qu'avant le jugement, les
pentir? Les uns autres l'af-
le nient, les
justes méritent, et les damnés
firment, mais il est certain que Dieu ne
les a pas épargnés, (IL Pelr. H. 4); et déméritent mais cela ne peut
;

par conséquent qu'ils n'ont pas fait être pour la récompense essen-
pénitence, et que Dieu les a livrés aux
tielle, ni pour la peine princi-
tourments de l'enfer, d'après le même
texte. Cependant avant le jour du juge- pale. Cela peut être toutefois
ment, le lieu des supplices des démons pour la récompense accidentelle
est, soit l'enfer, soit l'air ténébreux de et la peine secondaire. (T. I. q,
cette terre, d'où ils tentent les hom-
62, a. 8. Sup. q. 98, a. 6). Sur
mes, mais, partout où ils vont, ils por-
tent le feu de l'enfer, (T. I, q, 64, a. 4); les connaissances des anges béa-
ce qu'il faut entendre peut-être de leur tifiés v. n° 1764. St Augustin
peine qui n'est point adoucie, plutôt appelle connaissance du matin^
que du feu lui-même, bien que quel-
ques-uns l'entendent de cette dernière celle que les anges puisent dans
manière. Quelques anciens ont même le Verbe ou dans l'essence di-
pensé, que les démons ne seraient plon- vine; et appelle connaissance
il
gés dans l'enfer, qu'après le jugement.
Et après le jugement en effet, l'enfer
du soir celle qu'ils ont des créa-
sera leur séjour pour l'éternité. tures en elles-mêmes.
Il est probable, dit St Thomas, que Bien que la gloire des anges
leurs sièges restés vides sont réservés
soit très grande, puisqu'elle est
aux hommes parmi les divers ordres
angéliques. (I. q. 63, a. 9). proportionnée à leur grâce, la-
quelle a été, comme nous l'avons
vu, en rapport avec l'excellence
CHAPITRE IL de leur nature, les auteurs en-
seignent cependant communé-
DES ANGES EN PARTICULIER. ment que quelques hommes par
une grande sainteté peuvent ar-
Article L— Des bons Anges river aussi haut qu'eux. Bien
440. De leur gloire.
§ I.
— plus, la B. V. Marie est placée
Les bons anges ont certainement au Ciel par delà tous les anges.
été mis en possession de la béa- V. n» 1791.
titude, avant la résurrection de 441. § II.Des relations des
J.-C. qui a dit ; « Leurs anges BONS Anges I avec Dieu.
: Ils —
coienl toujours la face du Père » TaiiTient nécessairement, du mo-
(Mat. XVIII, 10) et même avant ment oîi ils le voient dans son
la venue de J.-C., comme il ré- essence, face à face, ou intuitive-
sulte du te.xte de Daniel cité au ment, sans comprendre toutefois
n" 413 il; est même plus pro- pleinement l'essence divine qui
bable qu'ils l'ont obtenue avant la est incompréhensible. Tout cela
chute de l'homme ; car il est est certain d'après ce que nous
juste qu'ils aient reçu leur ré- dirons duCieln» 1763. Ils obéis-
compense, aussitôt que les mau- sent volontiers et de plein cœur à
vais anges ont reçu leur châti- la puissance divine, dit le caté-
ment. Par là même que les bons chisme romain. (P. 4, n" 25).
anges voient l'essence divine, il 442. II. Entre eux. Les —
estcerlain qu'ils ne peuvent plus anges constituent une hiérarchie
pécher, bien qu'ils soient libres; ou une principauté sainte, sous
mais ils ne peuvent pas néan- un seul chef, et avec une seule
moins mériter « Tous avouent
: fin dernière qui est Dieu. Celle
LES BONS ANGES 119

hiérarchie se divise en trois or- de ce gouvernement, en effet, est


dres, et chaque ordre se subdi- de mener les êtres à leur per-
vise en trois chœurs. C'est ce7'- fection ; et les êtres qui gouver-
tain.La Sainte Ecriture parle nent sont plus parfaits que les
des neuf chœurs des anges et ;
autres. Le Maître se montre
le 5« Concile de Latran dit : plus habile, si ne se contentant
« Dieu a établi d^ns le Ciel trois pas d'enseigner, il rend ses dis-
principautés, qu'on appelle hié- ciples capables d'enseigner les
rarchies, et il a marqué dans aulres.(T.q.l03a.6etq.ll0a.l)
chaque principauté autant de Le docteur angélique ajoute « Tou-:

chœurs angéliques. » tes les choses corporelles sont


gouvernées par les anges. C'est ce que
Ces dislinclions parmi les anges sont pensent, non seulement les saints doc-
fondées sur l'excellence de leur grâce, teurs mais encore tous les philoso-
;

sur celle de leur nature et aussi sur phes qui ont admis les substances
leur ministère. A la première hiérar- incorporelles. Chaque chose visible en
chie appartient la contemplation de la ce monde a une puissance angélique
tin, ou de Dieu ; à la seconde, la dis- qui la régit. II est probable que les
position générale de ce qui doit être diverses espèces de choses ont à leur
fait dansie monde à la troisième, l'ap-
; tête divers anges du même ordre, (l.
plication de la disposition, c'est-à-dire q. d 13, a. 2.^
rexécution...(B. 8Û.T. I,q.l08,a. -ietb).
Tous s'accordent à placer dans la Avec les hommes.
4^45. V. —
première hiérarchie les Séraphins ou 1° Les anges sont députés par
ardents, les Chérubins ou savants, et
Dieu à la garde des hommes.
les ïhrùnes ou élevés vers Dieu. Dans
la seconde les uns placent les Domina-
Dans ce sens général la propo-
tionSj les Vertus et les Puissances; et sition esldefoi, d'après les textes
d'autres, les Dominations, les Princi- de l'Ecriture déjà cités n" 440,
pautés et les Puissances. La troisième
et à cause de la fêle des anges
selon les uns se compose des Princi-
pautés, des Archanges et des Anges, gardiens. (P. et S.)
et selon d'autres des Vertus, des Ar- 446. Chaque fidèle, même
changes et des Anges. (T. Ibid.). pécheur et même chaque infidèle
Celte variété d'ordres dilTérents
donne au ciel une merveilleuse beauté, a son ange gardien c'est l'opi-
;

de même que la diversité des Etats sur nion commune. LaSteEcriture et


la terre aide à la beauté de l'Eglise, les Pères parlent sans restriction.
dans laquelle J.-C. a établi aussi une
hiérarchie sainte comprenant trois or-
Donc tous les saints ont eu leur
dres difl'érents. Qu'il fera bon au Ciel angegardien, mêmela SainteVier-
contempler ces phalanges célestes, dis- ge. Il est même vraisemblable
posées admirablement autour du trône
qu'elle en a eu plusieurs, car St
de l'Eternel!
Il est clair que brûlant d'amour pour
Thomas enseigne que parfois
Dieu qu'ils voient face à face, les An- plusieurs sont députés à la garde
ges doivent s'entr'aimer d'un amour d'un seul. Il est cependant quel-
parfait.
(jues théologiens qui disent que
4-43. III. Avec les Démons. la Sainte Vierge n'avait point
— St Thomas enseigne que les d'ange pour la garder, allendu
bons Anges ont la supériorité qu'elle n'en avait pas besoin.
sur les mauvais, et qu'ils les (V. T. I. q. 113, a. 2 ad 1.)
gouvernent (T. I. q. 109. ai). J.-C. n'a point eu d'anges pour
4-44. IV. Avec le monde. — le garder, mais il en a eu plu-
La Providence, comme nous l'a- sieurs pour le servir.
vons dit, gouverne tous les êtres, St Thomas pense qu'un ange est
même les plus petits, immédia- donné à chaque homme au moment
tement; mais elle se sert des de sa naissance seulenumt, d'autres
veulent que ce soit au moment de sa
causes secondes dans l'exécu- conception, et d'autres, enfin, au
tion du gouvernement. Le but moment de son baptême.
I2U DIEU CREATEUR

L'opinion commune enseigne, com- infligent des peines médicinales


me conclusion certaine de ce que nous
et parfois des châtiments, bien
apprennent les Saints Livres, qu'un
ange est commis à la garde des ro- qu'ils ne puissent pas avoir de
yaumes, surtout do l'Eglise ("qui a douleurproprementditede leurs
pour la défendre Saint Michel) et des péchés, vu qu'ils jouissent de la
communautés pieuses. Les prélats ont
béatitude. Ils n'abandonnent pas
deux anges gardiens, selon plusieurs
auteurs. le pécheur, sinon en lui refusant,
U7. Quels sont les anges qui sont en punition de ses fautes, un
députés à la (jarde des créatures ? secours spécial. 4) L'ange gar-
Tous les anges assistent devant Dieu
en ce sens qu'ils le contemplent tous dien, d'après l'opinion commune
face à face mais il est des anges
;
accompagne son protégé au ju-
qu'on appelle proprement assistants, gement et d'après St Thomas,
;
parce qu'ils ne sont employés à aucun
il reste avec lui dans le ciel.
ministère. Il n'y a que les anges de la
première hiérarcliie qui assistent à D'après d'autres auteurs, il le
proprement parler. Les dominations visite et le console en purgatoire.
sont comptées parmi les anges, qui
L'ange gardien dudamné l'aban-
sont employés à quelque ministère, non
pas qu'ils l'exécutent, mais ils dispo- donne au jugement, et un démon
sent et ordonnent ce que les autres le remplace eu enfer pour le
anges doivent faire, sans être envoyés tourment du réprouvé, comme
eux-mêmes; leur nom n'indique aucune
l'enseigne St Thomas (L q. 113
exécution mais les noms de tous les
;

autres anges supposent une exécution. a. 4 et a. 7). D'imi ordonne à


(T. I. q. 112, a. 3 et 4.) Les Scotistes ses anges de nous garder ; ô
pensent néanmoins probablement que admirable tendresse, et charité
tous les anges peuvent être envoyés
dans certains cas particuliers. véritablement grande, s'écrie
Le docteur angélique enseigne que St Bernard Heureux ceux qui
!

les anges gardiens de chaque homme savent en profiter !

appartiennent au dernier ordre des


anges, et que les ordres supérieurs ont
450. Les devoirs des hommes
une action plus générale. D'après lui, envers leur ange gardien. Nous
les Principautés, ou peut-être les Ar- devons aux anges gardiens,
changes, ont la garde de la multitude d'après St Bernard le respect :

des humains les Vertus, celle de tou-


;

tes les natures corporelles les Puis-


;
pour leur présence, la dévotion
sances, celle des démons ; les Princi- pour leur bienveillance et la
pautés, ou peut-être les Dominations, confiance pour leur protection.
celle des bons anges. (I.q. H^, a. o.)
448. Il faut remarquer toutefois que
Toutes les fois donc qu'une
dans le dernier ordre des anges, il y en grave tentation nous attaque,
a qui sont plus élevés que les autres ; invoquons notre ange gardien.
et il est probable que les anges les
plus élevés sont chargés de la garde
Art. il —
Des mauvais
de ceux que Dieu destine à une plus anges ou des démons.
grande gloire (T. I. q. -113, a. 3 ad 1). 451. § L De leur état. Les
2° Des effets de la garde
44-9. démons, dit St Thomas, ne sont
des auges. Voici ceux que nous pas mauvais par nature et leurs ;

indiquent les Saintes Ecritures, dons naturels qui n'ont point été
les Pères et les Théologiens. changés, sont encore intègres et
1) Les bons anges offrent à Dieu très éclatants. (T. L q. 68, a. -i
les prières et les bonnes œuvres et q. 6i, a. 1). La connaissance

de leurs clients ; 2) ils éclairent effective de Dieu, acquise par la


leur intelligence, et meuvent grâce leur a été entièrement
leur imagination, en vue du enlevée la connaissance spécu-
;

bien; 3) ils repoussent les démons, lative, acquise par la grâce, n'a
apaisent les tentations, écartent pas été totalement enlevée, mais
les périls de l'àme et du corps, diminuée et leur connaissance
;

prient pour leurs protégés, leur naturelle demeure entière. Leur


LES MAUVAIS ANGES 121

volonté, en tant que nature n'est rontplusnullement,et leur sup-


pas mauvaise ; car c'est un don plice en sera aggravé. Ilspeuvent
de Dieu, mais dans l'exercice de apprendre des bienheureux cer-
cette volonlé, ils persévèrent taines choses spéculatives. (T.
obstinés dans le mal ; et ils com- sup. q.98, a. 9. ellq. 04, a. 1).
mettent tous les péchés, quant à 454. III. Entre EUX, il n'existe
la culpabilité,car ils portent les pas à proprement parler de hié-
hommes à toutes sortes de pé- rarchie, puisque sous ce nom on
chés; mais ils ne sontpas portés désigne une principauté sainte ;
eux-mêmes à faire des péchés cependant, il reste chez eux
de concupiscence, ils ne font diverses catégories dont les unes
que des péchés d'ori^ueil, d'après sont supérieures aux autres,
ce que nous avons dit n» 4^G, et puisque, d'après St Thomas, ils
ils ne peuvent démériter que sont tombés de divers ordres et
dans le sons marqué n'^ iiO. Ils qu'ils ont gardé leur rang natu-
n'éprouvent pas de douleur, ni rel. Toutefois, l'union des dé-
de crainte dans l'appétit sensitit mons entre eux ne vient point
qu'ils n'ont pas mais il est ; de l'amilié, mais de la malice
nécessaire de dire qu'ils éprou- commune qui les porte à haïr
vent une douleur dans la volonté, l'homme. Les théologiens regar-
car il est dans la nature du châ- dent communémentLucifer com-
timent de contrarier la volonté. me le chef des démons. (V, T.
Ils sont, du reste, privés du I. q. 109, a. 1 et a. 2).
bonheur désirent natu-
qu'ils 455. IV. Avec le monde et
rellement, et leur volonté per- AVEC LES HOMMES. Voir ce qui a
verse rencontre une multitude été dit aux n^^ 429, 430. Dieu se
d'obstacles qui la gênent et, ; sert du ministère des démons,
comme les âmes damnées, ils pour punir les hommes, soit
endurent tous les supplices de quelquefois en cette vie, soit
l'enfer. (T. 1 , q. 64, a. 2 et a. 3). dans la vie future. St Thomas
452. § H. Des relations des enseigne que chaque réprouvé
DÉMONS. I. Avec Dieu. Ils lui a, dans l'enfer, un démon pour
obéissent servilement; ils lui par- le tourmenter. Poussés par la
lent et attendent ses ordres, com- haine de la justice de Dieu et
me nous dans Job. Ils
le lisons par leur jalousie, les démons
le haïssent,non pas dans son veulent entraîner les hommes à
essence, qu'ils ne peuvent sai- la perdition ; et ils ont une
sir, mais dans les effets de sa action, soit sur les âmes, soit sur
justice, qui sont les châtiments les corps.
qu'ils subissent. Ils ne peuvent 456. P Sur les âmes, ils peu-
même pas penser à Dieu, en vent exercer des tentations, soit
tant qu'il est le principe de la ordinaires, soit extraordinaires
bonté surnaturelle, mais ils pen- 1) Des tentai ions ordinaires.
sent assez aux efïels de sa jus- Dieu le permettant ainsi, les
tice. (T.sup. q. 98, a. 7 et a. 8). démons ont la fonction de tenter
458. II Avec les bons anges.
. les hommes. C'est cerlain: Notre
Ils doivent leur obéir, d'après ennemi le démon, comme un lion
ce que nous avons dit. Ils les rugissant, rode, cherchant qui
haïssent ; ils voient, d'une cer- dévorer (I. Pet. V. 8.) Dieu le
taine manière imjiarfaite leur permet, pour faire éclater la
béatitude, jusfju'au jour du juge- puissance de sa grâce, pour
ment ; mais après, ils ne la ver- augmenter l'humilité et les mé-

8
1
122 DIEU CREATEUR

riles (le l'homme, poiirliumiiier désagréables, comme de colère, de haine;


mais non aux occasions agréables com-
le (léiTion, qui, vaiiuineiir dans
me celles des péchés contre la sainte
le paradis lerreslre, est Ions les vertu, contre la tempérance dans le boi-
jours vaincu par les sainis. re et le manger.

458. 2) Des leutaiiouf^ c.rlra-


\t\l.
nnine,
Selon une
cliiuiiic
(ipinion
lioninie a
assez coni-
un (l(!'mon nrdtmtires. —
Il n'est pas douteux

))our le lenler. Cependant, ce démon, que les démons ne puissent, par


(|uand il est vaincu, se relire parfois
leur puissance naturelle, faire et
pour revenir ensuite à la charge (B.
i'i'.i. T. 1. q. Hi, a. 8). Il y a des au- connaître des choses merveil-
teurs qui pensent que toutes les tenta- leuses, pour séduire les hommes.
tions viennent du démon les autres le ;
(T. 1,'q. 114. a. 4). C'est ma-
nient ; car il est écrit Chacun est :

nifeste par la Sainte Ecriture; et


tenté par ien'.ralnement delà con-
cupiscence. Jac. I. 14. (T. I. q. dU, le démon peut opérer ces prodi-
a. 3) 15. -ItJl. Quoi(]u'il en soit, que ges, par le moyen d'hommes
votre cœur ne se trouble pas. ni ne pervers qui sont en commerce
tremble pas. Dieu est l'uléle et il donne
son secours dans la tentation. (ICor. avec lui.
X. 13). .I.-C. est venu pour arracher Or un pacte avec le démon peut être
ceux qui croient en lui à la puissance exprès ou tacite. Le pacte est e.vprès
du démon, selon ces paroles de l'Évan- si on invoque le démon, ou si on fait
gile Le prince de ce monde sera
:
quelque chose avec l'intention formelle,
ckassé.ic. Xll. (T. III, q. 4i, a. I) que le démon se mêle à l'action, qu'on
Toutefois, résistons avec toute la lui promette quelque chose ou non.
force de noli-e foi, car personne n'est C'est là un péché certainement grave
couronné, s'il n'a légitimement com- qui n'admet pas de légèreté de matière.
battu et nous pouvons toujours vain-
; (L. liv. 3. do). C'est clair par la Ste
cre, car il est certain que la tentation Ecriture. Celui qui consultera les
n'enlève pas la liberté. Mages sera e.rterminé du milieu de
On résiste par la vigilance, vigilale, mon peuple. I.cv. XX. (î. Le pacte est
c'est-à-dire, fuyez les occasions. V. n»
implicite ou tacite, quand pour obtenir
Y.Vl'i et suiv. So\jez sobres. Le corps un etVet merveilleux, on emploie des
(|uise corrompt aggrave l'àme. Tra- moyens vains, qui n'ont aucune aptitu-
vaillons, car l'oisiveté engendre tous de naturelle à le produire, el qui n'ont
les vices. Prions, orate. Dieu, la
point été établis par Dieu dans ce but.
Vierge, les anges el les saints, nous 11 est clair, que par le fait, on attend
servant des invocations appelées orai- que le démon produise cet efl'et, bien
sons jaculatoires, qu'il est bon de qu'on proteste qu'on n'invoque pas le
redire souvent dans le péril. Munissons- démon. Celle protestation n'enlève la
nous du signe de la croix. 11 est utile malice de l'acte que dans le cas où
aussi de dire des injures au démon et l'ou donlfi si l'olTcl est naturel ou non.
(le le maudire non on tant (ju'il est
(G. 1. !2(>i). Le pacte implicite est en
créature de Dieu, mais en tant qu'il soi un p ché grave de supcrslilion, par
est mauvais, comme l'a fait J.-C. Va- Iciiuel l'homme s'expose à être le jouet
t-en, en arrière Satan, ce que lu (\\i^ ruses du démon. Cependant l'igno-
m'otl'res, est mauvais ; bois toi-même l'ance, ou la simplicité, peuvent excu-
tes poisons. ser de faute grave. (L. I. ii.ir,). Sur les
Il faut repousser par des actes
con-
diverses espèces de superstition, voir
traires les tentations qui offrent une le n" :2"278 et suiv.
•satisfaclion aux sens, ])arce qu'on est
exposé à s'y complaire ; telles sont les 450. 2" .4 l'égard (les corps. —
tentations contre la sainte vertu, la Le démon peut obséder, c'est-à-
charité, les pensées d'envie et de
dire attaquer et molesler exté-
vaine gloire mais il n'est pas néces-
;

saire d'e résister d'une manièi'C positive


rieurement corps de l'homme;
le

à celles qui ne tlattenl pas les sens, il peut aussi le posséder, c'est-
comme les pensées de blasphème, les à-dire s'y établir intérieurement
doutes contre la foi, les pensées impies.
el le tourmenter. C'est cerlain
Même certaines personnes de cons-
cience délicate, que les tentations de de par lu foi:, et c'est évident,
])remicre catégorie efl'rayent trop, feront parce (|ue nous dit le Si Evan-
bien de se contenter de les mépriser gile,des possédés délivrés par
au lieu de les comliallre. On peut
s'exposer aux occasions de tentation
N.-S. et par la pratique de
LES CORPS 123

Dieu, qui se sert du démon pour éprou-


exorcismes. Il est vrai qu'au-
ver les âmes; d'autres fois, les Saints
jourd'hui les possessions sont dans le même but; et enfin d'autres fois
rares, et qu'il ne faut pas se les magiciens, ou sorciers, en haine de

presser d'en trouver, dans les Dieu et des hommes.


460. Les exorcistes ne peuvent pas
cas, qui semblent les indiquer. aujourd'hui exorciser, sans la permis-
Voicicependant, d'après leKiluel sion de l'Evcque, qui confie ordinaire-
romain, lessiîrnesauxquelson les ment ce ministère à des prêtres véné-
rables. Mais tout homme peut, en ne se
reconnaît: « Parler loni;;uemenl
servant pas des exorcismes solennels,
une langue inconnue, ou compren- qui sont dans le Rituel romain, exorci-
dre ceux qui parlent celte lani,nie; ser en particulier et adjurer le démon
découvrir des choses éloignées, de s'éloigner, dans tous les cas ou la
serment est permis (L. I. 8. -19;!. ('•. 'Md.)
ou secrètes; montrer des forces V. n» i^W). Nous dirons au n" i'Aii la
au-dessus de son âge ou de sa manière dont un confesseur doit se
condition, et autres choses de (M«nduirc à l'égard de ceux qui sont
tiMirmcntés par le dérnon.
ce genre, qui si elles se trouvent
Nous n'avons pas seulement à lutter
réunies plusieurs ensen;l)le, contre la chair et le sang, mais encore
constituent une preuve plus claire contre les princes de ce monde de té-
nèl»i-es, et contre les esprits malins. Je
de la possession. »
n'eflacerai pas du livre de vie celui qui
Les causes de la possession peuvent aura vaincu, dit le Seigneur. (Ephes.
dire quelquefois les péctiés, quelquefois, VI. 12. Apo. m. 5).

TRAITÉ IL DU MONDE, OU DES CORPS.

461. Bien que ce sujet appar- l'or, à tous; et nous dirons quels sont
les principes constitutifs, ou l'essence
tienne à la philosophie, nous de-
des corps, et qu'elles sont leurs pro-
vons en traiter ici brièvement ; priétés.
car il sert beaucoup à expliquer
AuT. l. — Des principes in-
la nature de l'homme et même trinsèques et universels des
certains mystères de la foi. Si corps.
cependant, les questions méta- 468. Il ne s'agit pas ici des causes
extrinsèques, ou efficientes, qui produi-
physiques ne vous plaisent point, sent les corps, mais des causes intrin-
rien n'empêche de laisser de sèques, des premiers principes. Or les
côté ce traité et de passer aussi- premiers principes intrinsèques des
corps sont ces éléments qui, n'étant pas
tôt à celui de lliomme.
constitués par d'autres causes intrin-
Nous avons déjà parlédes sèques, constituent eux-mêmes tous les
substances et des accidents au corps; s'ils étaient constitués par d'au-
n" 4-0, 343, 351, delà matière au tres principes, ils ne seraient pas cux-
nièmcs les premiers principes.
no -297, 306, 384, des lois du
4G4. Us sont donc en dehors de la
monde au n" 403; parlons donc question philosophique ceux qui disent,
ici des corps d'abord inanimés, avec Epicure, que les premiers princi-
pes des corps sont des atomes, ayant
ou inorganiques et ensuite des
déjà une étendue, ou avec les physiciens
corps vivants, ou organiques. et les chimistes modernes que ce sont
des molécules étendues car de leur
;

propre aveu ces atonies, ces molécules


CHAPITRE I. sont déjà des corps dont ils ne nous
disent pas les principes constitutifs.
DES CORPS INANIMÉS. 46o. Ceux (|ui avec Leibnilz l'ont con-
sister les principes des corps dans des
46;2. Nous ne devons point Iraiter ici monades simples et sans étendues,
des corps particuliers, comme l'or, le douées d'une force inlrinsè(iue, n'expl!-
fer, etc. mais des corps en général, c'est- ([uenl pas la formation des corps; car
à-dire de ce qui est commun au fer, à le siuq)lcqui n'a point d'étendue, ajouté
J24 DIEU CKEATEUR

à un autre, ne l'ait pas plus une étendue avec la forme accidentelle, qui modi-
réelle, deux anges ajoutés ensem-
(lue fie une substance déjà existante, tout

ble ne font un corps; et si nous leur en la laissant dans la même essence.


concédons (|ue deux monades simples La forme d'une table, ou d'un banc de
peuvent faire une étendue, ils devront, bois, n'affecte pas la substance du bois,
au moin*, nous dire si ces simples sont dont cette table ou ce baiic sont faits.
de même nature, ou non. S'ils sont de Cette forme est donc accidentelle. La
nature différente, chacun a donc des forme substantielle fait que ce bois est
principes propres, dont les fauleurs de bois, et non pas pierre.
ce système devi'aient nous indi(iuer la 467 Pour constituer réellement les
nature, ce (|u'ils ne font i)as. S'ils sont premiers corps. Dieu a ûv\ créer en
de même nature, un corps n'est donc même temps la matière et la forme
qu'une aggrégation accidentelle de prin- substantielle car la matière, n'étant
;

cipes de même nature ; il n'a donc point qu'une puissance, ne peut pas être en
d'unité ; il n'est donc point distinct acte, sans un autre principe et la for-
;

d'un autre corps, sinon accidenlelie- me substantielle, étant l'acte de la ma-


menl, ce qui est contraiie au sens com- lière, ne peut exister sans la matière
mun ; car tous admelient (|ue les corps dont elle est l'acte, à moins que celte
sont des substances diverses, qui ont forme ne soit un ange, ou une autre
des opérations dillerentes. forme subsistant, indépendamment du
461). Il en faut donc venir à la doc- corps.
trine de St Tliumas et desScolastiques: 468. Mais Dieu n'a créé qu'une fois,
Tout corps se compose de matière et et il n'anéantit rien. Les choses corpo-
de forme. Mais |iar matière gardons- relles s'engeniirent pai- la transforma-
nous d'ciiiendre ce qu'on entend com- tion, c'est-à-dire par le passage d'une
munément, car vulgairement le mot forme à une autre forme. De nouvelles
matière désigne un corps déjà consti- formes substantielles sont engendrées
tué. Les philosophes chrétiens distin- de la matière par la corruption ; c'est
guent la malièrc première, qui en ré- ainsi que la coiTU|)tion des chairs en-
alité n'existe pas dans la nature car ; gendre des cendres, qui sont une nou-
tout être corporel a une matière unie velle substance, ayant une nouvelle
à la forme et la matière unie à la. for-
; forme dillérente de la forme des chairs:
me est ce qu'ils appellent matière se- et la forme des chairs ne pourrait pas
conde. La matière première, considérée se transformer en forme de la cendre,
comme séparée du corps, est une abs- si elle avait déjà celle forme de la cen-

traction de notre esprit, qui a son fon- dre. Pour qu'une substance corporelle
dement dans les corps, ut elle se défi- en engendre une autre, il est néces-
nit Quelque chose, qui étant dépour-
: saire qu'elle n'ait pas la fonne qu'elle
vu (le toute essence, et de toute pro- engendre: la de la forme
[irivalion
priété, est en puissance de recer^oir nouvelle à produire, est donc la con-
une essence, ou une propriété quel- dition sine qua non de la transforma-
conque. Et comme elle est par elle-mê- tion. La matière de la cendre n'était
me indilTérente à recevoirune essence qu'en puissance dans les chairs, avant
ou une autre, elle a besoin d'une forme la transformation; puisque la forme n'y
substantielle, qui la détermine. La for- était pas ; il n'y avait donc dans les
me considérée ahstractivement est chairs qu'une matière capable de pren-
l'acte premier de la matière car la; dre la forme de la cendre, ou la matière
matière est une puissance, et la forme première île la cendre. Une même
la détermine à avoir actuellement une chose n'a jamais deux formes et la
;

espèce déterminée, ou particulière. Je matière n'est jamais sans forme donc, ;

dis considérée abslraclireuient, car quand une foime manque, il est néces-
quand nouspailonsde matière première saire que la matière en prenne une
et d'acte premier de la matière, ou de nouvelle; de là l'axiome: La corruption
la forme première, nous les considérons d'une chose est la génération d'une
en dehors de leur existence réelle, a;t^/"«.Etpourledire en deux mots: tout
comme quand nous disons que l'anima- corps a une matière déterminée quand ;

lité et la raison constituent l'es- il perd la forme qu'il avait, il en prend


sence de l'homme. Car si nous consi- une autre qu'il n'avait pas, sans que la
dérons un corpsexistanl réellement avec matière soit anéantie mais elle est
;

sa matière et sa forme unies ensemble, transformée par une forme nouvelle.


la matière devient la matière seconde, L'engendrant engendre un composi-,
comme nous l'avons déjà reniari|ué ;
qui lui est semblable car l'engendré
;

et laforme prend le nom d'acte second est, lui aussi, composé de matière et
de la matière. Toutefois, gardons-nous de forme ; mais dans les êtres inani-
de confondre la forme substantielle, més l'engendré n'est pas toujours de la
dont il est iiuestion, et ijui détermine même substance, que l'engendrant le :

la matière à une essjncj particulière, fou n'est pas de la même substance que

i
LES CORPS 125

le boi*, ou que la pierre dont on le lire, clair que l'étendue n'est pas l'essence
(ielle génération (|ui est opposée à la des corps, mais un accident de la subs-
création n'est donc pas la génération tance corporelle, et /igliara appelle
proprenienl dilc, par la(|uello un ('^rc cette conclusion très vraie.
vivant tire S(in oris^ine d'un principe il'i. ('.C|)endant, tous les [ibilosophes
vivant; mais l'une et autre ne peuvent
1 avouent (|ue l'aptitude à l'étendue, ou
avoir lieu ipie dans les siilislam-es com- plutôt l'exigence de l'éleiiduc, appai-
posées, qui en produisent d'autres par tienl à l'essence des corps, qui, en
la corruption. cela, se distinguent des substances*
i()i). l'iiFXVKS nu SVSTKMF. DIÎS Scor.AS- simples. Celles-ci, en effet, loin d'exi-
TiyLT.s. La nature des corps nous est ger l'étendue, l'excluent au cimtraire.
connue par leurs opérations. Or, pour Tout corps se compose, nous l'avons
rendre compte de toutes les opérations dit, de matière et de forme, et la ma-
des corps, deux principes sont néces- tière est naturellement apteà l'étendue.
saires et suflisanls, savoir, la matière
et la l'orme. Articli: n. Des propriétés des
l) Ib sont nécessaires : car dans corps.
les corps il y a l'unité, il y a l'action 4Tô. Les unes sont principales; telles
pai' la(|uelle ils engendrent et produi- sont rétendue, la divisibilité, la ligure,
sent des etVets sous nos yeux, etc. Il y l'impénétrabilité, l'activité et l'unité ;
a de plus la divisibilité, ia passivité, la les autres, secondaires, comme les
privation de mouvement dune, à ;
couleurs, les odeurs, les saveurs, les
moins d'admettre à la fois dans le même sons, et la tactilité. ^'uus ne dirons
[irincipe des choses contradictoires, rien de ces dernières, sinon qu'elles
c'est-à-dire, l'unité et la divisibilité, sont plutôt dans nos sens, que dans
l'action et la passion, l'activité et la les substances corporelles. Les corps
privation du mouvement, vous devez cependant ont en eux (|uelque chose
foicément admettre deux principes dis- qui agit sur nos sens pour produire en
tincls^ ou la matière, l'au-
l'un passif nous les sensations des couleurs, etc.
tre actifou la forme. Quant aux premières, nous n'en di-
:2) Ces deux principes suffisent. rons que ce qui a ([uelque rapport aux
car ils rendent raison des puissances mystères de la foi. ,

passives des corps et de leurs puissan-- 474. L'étendue, ou la quanîilé con-


ces actives. Ajoutez que les corps, tinue, est cette propriété en vertu de
comme tels, sont semblables aux ani- laifuelle les corps ont des parties en
maux; or il est certain (pie les .ani- deiiors des parties, toutes unies ensem-
maux .sont constitués jiar la matière et ble par un lien commun, qui est la
par la forme donc les corps inanimés
; lorme. Or, si on considère les parties
ont les mêmes piincipes. dans l'ordre qu'elles ont entre elles, par
470. Hemarquons en outre (|ue c'est exeiii|)le, si ou considère le cou au-
une vérité de foi catholique que les dessus (lu corps de l'homme, et la tête
accidents dans l'Eucliaiistie sont sépa- au-dessus du cou, en faisant abstrac-
rés de leur substance: donc le systè- tion du lieu dans lequel se trouve le
me des atomes, qui enseigne que l'es- corps, on a l'étendue interne des di-
sence des corps c'est l'étendue, est mensions du corps. Si on considère
faux. Si l'étendue était de l'essence du ces pai lies par rapport au lieu qu'elles
pain. Dieu lui-même ne pourrait pas occupent, on a l'étendue externe des
l'en séparer. dimensions, ou l'étendue par rap[iort
47-1. Le système dynamique, qui, au lieu. L'une et l'autre peuvent être
niant la réalité objective de l'élenaue, en réalité séparées du ciu'ps par la
enseigne iju'ellc n'est (lu'apiiarciite, puissance de Dieu. Les accidents, en
enseigne pai' là-même que l'éiendue du elVet, d'après les philosophes, se dis-
pain n'est pas réellement dans l'Eucha- tinguent réellement de la substance et :

ristie, mais seulement dans nos yeux. bien qu'ils aient une aptitude natu-
Ce qui semble aussi faux philosophi- relle à adhérer à une substance qui
quement et c'est contraire au senti-
; les porte (voir n» 401), l'adhésion ac-
ment commun des Tères et des fidèles tuelle à cette substance n'est pas de
qui croient l'enseignement du caté- leur essence :et Dieu peut séparer
chisme romain dont voici les paroles : quelques-uns d'entre eux de leur subs-
« Les accidents du pain et du vin tance. Et sa toute-puissance est plus
méritent vraiment et absolument qu'on capable de les soutenir, que la subs-
les nomme ainsi... Il est permis de '
tance elle-même, qui est leur sujet
voie, (dans l'Eucharistie) tous les acci- ordinaire. H en faut dire autant de la
dents du pain et du vin. (pii. bien que divisilnlitr, de Vimpènétralnlité, dd
n'adhérant à aucune substance, se VacUvilè, de la /iijnrc. i|ui n'est
soutiennent par eux-mêmes par la autre chose que ce (pii toruiine l'éten-
toute-puissance de Dieu. » 11 est donc due, ou la quantité.
126 DIKU CKEATEUR

'»7o. Toutefois, un sujet de Viinpéiié- D'après ce que nous avons dit* au


trabilité. nous avons (luelques rcmai- no 474, l'étendue extérieure, qui a rap-
«lucs à' faire. Tout corps occupe un port au lieu, bien qu'elle soit naturelle
espace. L'espace, c'est, dans le sens , aa corps qui a l'étendue interne, peut
ordinaire, la distance qu'il y a entre un être empêchée par Dieu, puisque l'es-
corps cl un autr'c, ou l'étendue qu'il y sence d'un corps n'est pas dans l'éten-
a entre une partie d'un corps et une due, surtout extérieure.
autre partie. L'espace suit donc l'clen- 478. Par les paroles sacramentelles,
* due des dilVércnts corps, et il n'est la substance du pain se change en celle
autre chose (|ue la l'elation t]ue les du corps de J.-Cl. Il n'y a donc dans
diverses parties des corps ont entre l'Eucharistie, en vertu de ces paroles,
elles, ou que des corps divers ont en- que la substance du corps du Sauveur,
Ire' eux. La relation n'est qu'un acci- mais cette substance doit être accom-
dent. V. n"oi8. L'espace ne peut donc pagnée de l'étendue interne et des au-
exister sans l'étendue et l'étendue
; tres accidents qui lui sont naturels, et
n'existe pas sans le corps. L'espace qui n'ont pas de rapport au lieu, non
donc que nous nous représentons avoir plus en vertu des ])aroles sacramen-
existé avant le monde, ou exister encore telles, mais par la force des choses.
hors du monde est purement imagi- Quand je vois du lait dans une
naire ce n'est qu'un rien spacieux,
; coupe, mes. yeux n'aperçoivent que la
comme rap|)ellc St Augustin. blancheur, mais je sais que la douceur
47(1. Le lieu est aussi un accident du lait accompagne toujours sa blan-
des dimensions des corps. Si vous cheur. Les paroles sacramentelles ne
considérez la sui'face des dimensions me parlent que de la substance du
des corps en elles-mêmes, abstraction corps de J.-C; mais je sais que cette
faite des corps ambiants, vous avez le substance ne va pas sans ses accidents
lieu interne si vous
; considérez les naturels, qui n'ont pas de rapport à un
dimensions des corps qui en environ- lieu ;mais ces accidents ne sont dans
nent un autre, et Je circonscrivent de l'Eucharistie, que de la manière dont la
toutes parts immédiatement, vous avez substance s'y trouve et la substance
;

le lieu extérieur. Le lieu circonscrip- se trouve dans l'Eucharistie tout en-


til; qui environne un corps de telle tière, dans une petite parcelle, comme
sorte qu'une partie du corps soit dans dans une grande, comme la substance
une partie du lieu, et une autre partie humaine est aussi entière dans un en-
du corps dans une autre partie du lieu, fant, que dans un homme de haute
ne peut se concevoir sans l'étendue taiUe. Il en est de même des accidents
externe, puisqu'il n'est qu'un accident du corps de N.-S., et en particulier de
des dimensions externes. Mais on dit l'étendue interne. Du reste, avant la
qu'un être est dans un lieu, quand il Iransubslantiation, la substance du
est dans les choses d'une manière quel- pain et du vin se trinivait aussi entière
conque, par exemple, en y agissant, dans chaijue parcelle; mais comme
ou en y existant, bien qu'il n'ait aucune nous l'avuns remarqué, ni le corps de
dimension extérieure; et c'est alors ce N.-S. ni sa quantité interne, ne peuvent
que les scolastiques appellent le lieu dans l'Eucharistie, être mesurés par
définitif \ parce que, dans ce cas, l'être le lieu et c'est pour cela que N.-S.,
:

est tellement défini et fixé dans ce lieu, dans l'Eucharistie peut exercer les opé-
qu'il n'est pas dans un autre. Ainsi en rations de l'intelligence et de la vo-
est-il de l'ange, ou de l'àme humaine. lonté, mais non les opérations de la vie
Toutefois un esprit conlienl plutôt le sensilive, qui exigent Kélendue externe:
lieu (Ju'il n'est contenu jiarlui. ainsi N.-S. ne peut se mouvoir qu'au-
477. Les philosophes, outre le lieu tant qu'on change de place les acci-
circonscriptif ou définitif, distinguent dents; el ainsi il ne peut rien smitTiir
encore le lieu improprement dit, viiVnhi des agents externes, ni être divisé.
sacramentel, propre à la Sainte Eu- T. 3: q. 7(j a. 4. L. (JE. D. t. u. p.i20'f. 4)
;

charistie. Le corps de J.-C. n'est pas N.-S., pour la même raison, ne peut
dans le sacrement d'une manière défi- être vu par les yeux du corps, ni par
nitive, puisqu'il dsl partout, oii il y a l'intelligence d'un'homme vivant, mais
des hosties consacrées, et en même il peut être vu par l'intelligence d'un
temps dans le ciel. A plus forte raison, ange du ou d'un bienheureux.
ciel,
il n'y est pas d'une manière circons- Quand on dans l'histoire que l'on a
lit

criptive, puisqu'il n'y a point d'éten- vu dans l'Eucharistie N.-S. sous la for-
due externe, ou par rapport au lieu. Il me d'un enfant, cette présence était
n'est ilonc pas dans l'Eucharistie miraculeu.se, mais n'était pas la. pré-
comme dans un lieu et le lieu de l'Eu-
; sence sacramentelle qui ne tombe pas
charistie est rempli des accidents du sous les sens.
pain et du vin, qui occupent tout l'es- 479. Puisque J.-C. est tout entier
pace. dans l'Eucharistie avec ses dimensions
.

LES COUPS VIVANTS 127

internes par manière de substance, il lement de celles des corps inanimés ;


s'ensuit qu'il y a non pas seulement sa car les plantes ont la vie végétative,
chair, mais encore ses os, ses nerfs, par laquelle elles font trois opérations :

son sançr, o'.c. et une partie ilc son


: celle de la nutrition, par la(|uelle elles
corps, n'y est pas confondue avec l'autre, s'alimentent; celle de l'augmentation,
il a aussi les (|ualités des corps i^lo- l)ar la(|uelle elles croissent ; et celle de
rieux-fV. T. ;>. (|. 7(i. a. l. L. Ibidem). la génération proprement dite, par la-
Il suit de ce i[ue nous avims dit (|uo quelle elles produisent des plantes sem-
le corps de N.-S. n'est naturellement et blables à elles. Donc, etc.
ciicûnscri|)tivemeut que dans le ciel . 484. Or, celte forme de la plante est
et il est sacramenlellement dans toutes une, comme il est évident par la dis-
les hosties consacrées, sans «[u'il soit position merveilleuse de tous les orga-
multiplié ; c'est seulement sa présence nes, qui tendent tous à une même lin.
(|ui est multipliée, mais c'est partout h; Au l'csle, si cette forme était double,
même corps. L. Ibidem, p. t2!)"2. il y aurait une double plante dans la
480. Tous les tliéologieris s'accordent même, ce qui répugne au sens com-
à dire qu'un corps qui est circonscri|)- mun. De plus, cette forme est simple,
tivenienl dans un lieu, peut [)ar la puis- car si le principe de vie de la plante,
sance divine, être en même temps non ou son àme en d'autres termes, n'était
cireonscriptivement dans un autre lieu: pas simple, il serait une matière ou un
mais un corps peut-il être cireonscrip- corps. « Or, dit St Thomas, il est im-
tivement à la fois dans deux lieux dilTi'- possible que le premier principe de vie
rents?St Thomas le nie; d'autres l'af- soit un corps. » A la vérité, certains
firment. (S. de Eueharist. liiti). corps peuvent être un princii)e de vie.
Ainsi, d'a|)rès St Tlumias, ([uand a comuK! le cœur dans riiomme ; mais
lieu le miracle de la bilocation, c'est- cela n'arrive pas par le fait niênieiiu'ils
à-dire lors(|u'un corps qui est cireons- sont corps, autrement tous les corps
criptivement dans un lieu, se montre seraient un principe de vie; cela leur
dans un autre, cela s'opère par le ]ni- arrive parce qu'ils sont tel corps dé-
nistère des Anges, ou par la production leruiiné. Or, un corps n'est un corps
d'un nouveau corps, ou tiré du néant, ou déterminé que par la forme, qui fixe la
forméd'uneautre matière. S. S. 0. nOoi28. matière aune espèce particulière, et eu
481. Par là-même qu'un corps occupe fait tel corps déterminé. T. I. <]. 7.-), a. 1

un lieu, par une force de résistance Donc le premiei' princi|)e de vie est
qui lui est propre, il repousse de ce lieu une àme simple, et non un coi'ps. Cette
un autre corps; par conséquent le forme est tirée des plantes par la gé-
corps est naturellement impénétrable; nération, comme nous le dironscn par-
mais par la toute-puissance de Dieu lant des animaux. Elle n'est pas pro-
il peut être pénétre par un autre corps. duite, en effet, par les forces de la
Y. nos 474 et suiv. matière même organique, c'es;-à-dire
tirée des corps qui ont des organes,
comme nous l'apprend.
r.expérience
CHAPITRE IL Quel est, en chimiste qui, en
effet, le
combinant et en exploitant les forces
DES CORPS VIVANTS de la matière, est parvenu à faire un
grain de moutarde?
482. On appelle vivants les corps qui Mais les plantes n'ont pas la vie
ont en eux un principe de mouvement. sensitive proprement dite, quoique
On les appelle aussi animés parce qu'ils certains i)bénomènes semblent l'intli-
ont une âme et un principe de vie, et qucr. Car il n'y a rien d'inutile dans
organi((ues parce r|u'ils sont pourvus les œuvres du sage ; et il serait inutile
d'organes. Ils se divisent en végétaux de donner les organes de la sensation
et en animaux. Nous devons parler des aux plantes, qui ne peuvent se mou-
uns et des autres. voir, ni par conséquent se soustraire
aux attaques des animaux.
Article I. — Des végétaux.
48;{. Les végétaux sont des corps; Art. II. — Des animaux.
ils ont par conséquent, comme tout 48"). A moinsde nier le témoignage
corps, une matière indifrérenle à rece- des sens, il est impossible de ne pas
voir telle ou telle l'imie, el une forme admettre (lue les animaux ont un prin-
qui lixe la matière dans une espèce cipe de vie. De.scartes a tenté d'intro-
particulière d'être ; mais la forme des duire dlins la philosophie cette espèce
végétaux est d'une autre es|)ècc que de scepticisme qui est une erreui' en
celle des corps sans vie. Deux choses contradiction avec la raison. Or, l'àme
durèrent enlr'elles quand elles ont des de l'animal a tout ce qu'ont les formes
opérations difTérentes. Or, les opéra- des corps inanimés et des végétaux ;
lions des végétaux dilTèrent essentiel- el elle se distingue d'elles, en ce qu'elle
d28 DIEU CREATEUR

est douée de sensibilité. Là, revient proportionnée à la nature de l'être ; et


donc notre argiimenl La nature est
: la nature de l'être, à ses opérations ;
connue par les opérations or, les ; car un être n'existe que pour exercer
animaux voient, entendent, éprouvent les opérations qui lui sont propres ; or
de la douleur, ce que ne font pas les l'opération essentiellement propre de
v(igétaux ni les corps donc l'âme des
: la vie animale, c'est la sensation qui
animaux diffère spécifiquement des ne peut exister sans le corps. Enlevez
formes des autres corps. Qu'elle soit les yeux aux animaux, ils ne voient
une, simple, c'est manifeste d'après ce plus ; les oreillos, et ils n'entendent
que nous avons dit au n" 48'f. plus ;et vous ne trouverez rien dans
486. Comment naît l'âme de l'ayii- l'âme des animaux, qui se fasse au-
mal ? Ce n'est certainement pas de la trement que par le corps; donc,
matière inanimée, car la génération sans le corps, cette âme est incomplète
spontanée de la matière sans aucun comme substance, puisque sans lui
germe fécond est contraire à toute elle ne peut rien faire: et par consé-
expérience, au moins pour les animaux quent ne peut pas même exister ; car
plus parfaits, et probablement pour les un être n'est que pour agir. Elle n'est
plus imparfaits, d'après ce que nous pas cependant un accident du corps,
avons dit au n" 484. Dieu aurait-il pu puisqu'elle donne l'essence au corps
donner à la matière organique la vertu qui, sans elle, ne serait point un corps
de produire des animaux vivants ? Les vivant mais elle est un principe subs-
;

uns plus probablement le nient, les tantiel incomplet.


autres l'affirment mais ces derniers
; 488. Puisque la matière, comme
ne doivent pas être confondus avec les telle, ne peut pas par elle-même pro-
matérialistes qui pensent que la matière duire l'âme des végétaux, ni celle des
produit tout et qu'elle est éternelle, animaux, puisque ces âmes végétales
supposition absurde, d'après ce que et animales ne sont pas produites par
nous avons dit au no 806. Du reste, création, vu qu'elles ne sont pas des
personne ne donne ce qu'il n'a pas, et si substances complètes ; il en faut con-

la matière avait pu donner la vie aux clure qu'elles sont tirées par la géné-
animaux, elle le pourrait encore aujour- ration d'une substance vivante, non
d'hui tout aussi bien. En fait, non pas de l'âme de la substance vivante,
seulement la nature matérielle ne pro- car cette âme étant simple ne peut se
duit aucun animal nouveau mais,
; diviser, ni non plus de la matière, oj
même avec l'industrie bumaine, il est tant que telle, de la substance vivante,
impossible d'obtenir une espèce nou- caria matière ne peut pas être un
velle par le croisement de plusieurs, principe de vie, v. no 484 ; mais elles
car, ou les fruits de ce mélange sont sont tirées de la substance vivante par
stériles, xirut mnlnx, ou après deux l'action de la vertu que les scolastiques
ou trois générations, ils reviennent à appellent formatrice, et qui se trouve
l'une ou à l'autre des espèces qui les in seminc, sous l'influence de l'âme
ont produits. de l'être qui engendre. De même, en
487. Cependant l'âme des animaux effet, que sous l'influence de l'âme, la
à l'exception de la première souche de matière se change dans l'opération de
chaque race, n'a pas été créée par la nutrition, et passe dans le corjis
Dieu, car la création n'a pas lieu qu'elle alimente, de même, sous l'action
pour les substances incomplètes, com- de la vertu formatrice, la matière se
me nous l'avons dit au n" 38;;î. Or, transforme pour engendrer un fruit.
l'âme des animaux n'est pas une subs- S. S. Elementa ex î). T.
tance complète, ni comme espèce, ni 489. Comment périt l'âme des ani-
même comme substance ; donc, elle maux et des végétaux ? Il est mani-
n'est pas le produit d'une création. On feste, d'après ce qui a été dit, que
appelle complète comme substance, et celte âme ne peut se décomposer
non comme espèce, une substance qui par elle-même, puisqu'elle est simple
peut subsister en elle-même sans être et, que d'autre pai't, elle ne peut pas,
unie à une autre, bien qu'elle demande même comme substance, subsister sans
celte union pour être fixée dans une le corps. Donc, le corps se décompo-
espèce bien déterminée; telle est l'âme sant, elle cesse par le l'ail même, et
humaine qui, comme nous le dirons cette lin n'est ])as son anc'anUsscnicnt
bientôt, peut subsister sans le corps, proprement dit. car l'anéiiulisscment
mais qui demande à être unie ^n corps n'a lieu que dans la substance com-
pour constituer un homme compici, et ])lète que p?'oduil la création ;cl l'àmu
élre fixée d'une manière claire dans dont nous [larlons n'est pas une subs-
une espèce distincte de l'ange. Or, tance complète ;elle périt donc par
l'âme des animaux ne peut passubsis- accident, comme parlent les scolasti-
ter sans le cor|)s, pas même comme ques, dès que son coi'ps est dissous.
substance. L'opération, en cU'et, est 490. Du moment où cette âme est
LHOMME 129

simple, elle ne peut, par sa nalure qui a élé divisée par accident. Pour
même, être divisée : elle ne le peut e.Kpliquer ce phénouiène, quelques au-
qu'à raison du composé dont elle fait teurs cependant pensent que la vie
partie. Quand vous partagez un lingot n'est pas divisée, mais qu'elle reste
de fer, vous ne divisez pas la forme entière, après la division dans une
du fer, mais le composé de matière et seule des parties ; tandis qu'une autre
de forme. La forme .se trouve donc vie surgit comme par une sorte de
divisée par accident, et reste entière génération, et anime les autres parties.
dans chacune des parties. C'est ce 11 est certain toutefois que cela ne peut

qui arrive à certaines plantes, dont arriver dans les animaux plus parfaits,
chaque bouture a la vie, et c'est ce chez lesquels la forme a besoin, pour
qu'on constate même dans certains subsister d'un plus grand nombre d'or-
animaux imparfaits. En partageant ganes.
certains vers, chaque partie a la vie

TRAITÉ lîl. DE L'HOMME


491. Seigneur, vous avez tout du premier homme; et le troi-
fait avec sagesse ! En effet, la sième, de sa chute.
divine Providence a su relier la
nature des animaux qui ne sub-
sistent que dans les corps, avec CHAPITRE I

la nature angélique, indépen-


dante de tout corps, par la na- DE LA NATURE DE l'hOMME.
ture humaine, qui a une âme
intelligente comme les anges, 493. L'homme est un animal
animant un corps semblable à raisonnable. C'est là sa défini-
celui des animaux. tion propre. Par \k même qu'il
492. L'homme a élé créé par est animal, il a, comme les
Dieu, c'est de foi, d'après le autres corps, une matière qui a
Concile du Vatican et d'après ce toutes les propriétés des corps,
que nous avons dit, n» 38-4. v. n" -473. Mais le corps de
Tous les hommes descendent l'homme sur[>asse, en beauté et
d'une tige unique; cela appar- en perfection, toutes les autres
tient à la foi, puisque c'est un matières les mieux organisées.
dogme que tous les
catholifjue C'est ce qui indique le soin par-
hommes contractent le péché ticulier, que Dieu a pris de
originel, qui leur a été transmis l'homme dans la création. Le
par leur premier père. Cette corps de l'homme, dit St Tho-
vérité est du reste confirmée par mas, après la divine Ecriture,
toute l'histoire et par toutes les a élé formé immédiatement par
langues, chez lesquelles on re- Dieu du limon de la terre le ;

mar(|ue une racine connmune. corps de la première femme a été


Les lois physiologiques la prou- aussi formé imiTiédiafemeiit par
vent également, car tous les Dieu, d'une côte d'Adam, à la-
hommes et de toutes les races, quelle Dieu ajouta une matière
en se mariant ensemble, ont des qu'il créa plus probablement.
rejetons qui se propagent, v. n» Elle est fausse, si elle n'est pas
480. hérétique, l'opinion de ceux qui
l*our être complet dans ce prétendent que le corps de
grand sujet, nous divisons ce l'homme est parvenu par des
en trois chapitres. Le pre-
traité évolutions successives à la per-
mier traitera de la nature de fection voulue, pour que. Dieu
l'homme; le second, de la grâce lui donnât, en la créant, une
130 blEV CREATEUR

âme humaine. lectuelle est la forme substan-


i94. Du inomeiil où riionime tielle du corps de l'homme, de
est animal, c'esl-à-dire corps telle sorte qu'elle n'est pas
ar.imé, donc une àme et
il a : unie accidentellement au corps,
relativement à l'àme, nous de- comme le moteur à ce qui est
vons remarquer. mis en mouvement, ou comme
1" Que ce n'est pas une seule le cavalier à son cheval mais ;

el même âme, qui anime tous les elle lui est unie substantielle-
hommes. C'est de foi contre ment, de telle sorte que le corps
Averroës et Pomponace. Ecou- n'est ni humain, ni animé, au-
lons le cinquième concile de trement que par l'àme. C'est de
Latraii : t». Nous condamnons foi contre Pierre d'Oliva, d'après
tous ceux qui disent que l'àme le concile de Vienne dont voici
inlellii;enle est mortelle, ou les paroles « Nous définissons
:

qu'elle a été multipliée, qu'elle qu'il doit être regardé comme


se multiplie et qu'elle se mulli- hérétique, quiconque présumera
pUera à l'avenir pour chaque in- d'affirmer que l'àme intellec-
dividu de multitude des hom-
la tuelle n'est pas par elle-même
mes. » Donc, chaque corps hu- el essentiellement la forme du
main a une àme intellectuelle. corps humain. »
Si tous n'avaient que la même 497. Il est impossible, dit Si Tho-
àme, il n'y aurait entre fous les mas, tiiie les choses qui ont un être
iliircrenl aient la même opération. Or,
hommes qu'une seule intelli- le corps et l'àme dans l'homme ont
gence. Or, autant de tètes, autant quelques opérations communes, par
de sentiments, autant de pensées exemple la sensation, qui ne peut exis-
ter ni dans le corps sans l'àme, ni
dilléieiiles.
dans l'àinc sans le corps. Donc le corps
41)5. -i'^ H n'y a dans le même et l'àme font une seule substance coiu-
homme ijuune seule àme. C'est plètc, une personne, un homme, de
telle sorte que le corps n'est une sub-
de foi contre les duodynamistes
stance bumainc que par l'àme. II est
et les tfidynamistes, qui met-
donc incomplet sans l'àme, même
tent dans cha(iue homme, outre comme substance, el l'àme sans le
l'àme intelligente, une àme sen- corps n'est pas complète comme es-
pèce car elle ne se dislingue de
silive à laquelle les derniers ;

l'ange que par l'aptitude qu'elle a à


ajoutent encore une àme végéta- être unie à un corps, v. n» 487. Mais
tive. Ecoutons le quatrième sans le corps, l'àme est complète
concile de Gonstantinople « Il :
comme substance; car elle peut sans
un organe corporel, exercer ses opé-
parait (pie quelques-uns en sont qui sont en
rations intellectuelles
venus à un tel degré d'impiété, dehors de toute matière (w. n" -19 et
qu'ils osent enseigner impu- suiv.) Donc l'àme est la forme sub-
slanlielle du corps de l'homme.
demment que l'homme a deux
498. Pour nous rendre compte de la
âmes. Le concile universel ana- manière dont l'àme intellectuelle exerce
ihémalise donc les inventeurs avec le corps les fonctions végétatives
de celte impiété et ceux qui et sensitives, écoutons St Thomas :

« L'àme intellectuelle a une vertu qui


pensent comme eux. » S'il y renferme tout ce qu'ont l'àme sensi-
avait deux formes dans l'hounne, tive des brûles cl la végétative des
il ne serait plus animé par plantes. De même qu'une surface, <|ni
a une ligure à cinq angles n'a pas bis in
l'àme intellectuelle; mais par
d'une ligure à quatre angles, et d'un
un autre principe, par l'àme autre à cinq angles pour la représen-
sensitite par exemple, et l'àme ter ;la ligure à quatre angles serait

intellecluelle ne serait plus la de trop en elVet, vu qu'elle esl conte-


nue dans la figure à cini] angles, de
forme substantielle du corps. Or. même, Socrale n'est pas homme par
49(3. 3" L'àme, et l'âme intel- une àme, et animal par une autre;
LHOMMi:. SON AME 131

mais il esthomme et animal par une n" 484, assez voir que l'àme
fait
-l'iile et môme âme. El de même »iue la
lii,nircà cinq angles dépasse la ligure est simple, ou qu'elle n'est pas
a quatre angles qu'elle contient, de composée de parties et la sim- ;

nu'me, l'àme, en tant qu'elle est intel- plicité de l'àme appartient à la


lectuelle, dépasse l'animalité, de telle
siirie que l'àme humaine n'est pas une
foi quoiqti'en puissent dire les
l'iirmeentièrement enfermée et noyée matérialistes de tous les temps.
dans la matière corporelle; et par La spiritualité ajoute à la sim-
M conséquent rien n'cmpôchc que quel-
plicité une certaine indépendance
qu'une de ses t'onctions ne soit pas un
acte du corps et c'est pourquoi l'àme
;
de la matière. L'àme des brutes
reste dans son être après ((ue le corps est simple; elle n'est pas compo-
est détruit, ce qui est impossible aux sée de parties; mais elle n'est
autres formes. (/,. d'après St Thomas).
T. (\. Tli a.;i
pas pour cela spirituelle, mais
Tous les catholiques admettent
W!). bien matérielle ; parce qu'elle
que le corps n'est un corps humain et est enchaînée à une matière,
n'est animé que par l'àme intellec-
dont elle n'est nullement indé-
luclle mais est-il corps par l'àme, ou
;

par une autre forme ? SI Thomas sou- pendante, La spiritualité de


tient que le corps n'est corps que par l'àme humaine se démontre phi-
l'àme; Scol prétend qu'il est corps par losophiquement d'une manière
une autre foi'mc, qu'il appelle forme
v. nos lOet 4l)8; et c'est
certaine
de corporéité mais son senlime.it
;

paraît à peine probable. en même temps une vérité de


oOO. De ce que nous avons dit, on foi. Dieu, dit le Concile du
(c

peut conclure de quelle manière le


Vatican, fit la créature humaine
corps et l'àme dans l'Iiumnie agissent
mutuellement l'un sur Taulre. Il faut composée d'esprit et de corps. •

d'abord rejeter comme contraires à la Il est dit, en eiret, dans l'Ecri-


saine doctrine tous les systèmes sup- ture que Dieu souffla siu- le
posant, qu'il n'y a entre l'àme et le
corps (]u'une union accidentelle. L'union
corps (le rhomnu' vu souffle de
substantielle est une vérité catholique; i:ie. (Gen. II. 7). Et ce souille di-

et par conséquent l'àme est la forme vin ne pouvait être une matière.
du corps; elle lui donne, d'après SI
Thomas, l'être, et d'après tous, elle lui
Nous avons prouvé au n'^ 497
donne d'élre animé et d'être humain. que l'àme sans le corps est in-
L'àme perçoit par les sens, et elle agit complète comme espèce et ,

immédiatement sur le corps elle le ;


qu'elle est unie avec lui d'une
meut elle est la cause de la nutrition
;

et de tout acte de vie. Mais le corps,


manière substantielle.
par l'être qu'il reçoit de l'àme, com- L'àme a plusieurs puissances
plète la substance humaine, et agit ou facultés qui découlent de son
physiquement sur l'àme, non par lui-
essence et qui nous sont connues
même, il est vrai, car il est plus exact

de dire que l'àme agit sur elle-même par leurs opérations (T. I, q.
par le moyen du corps. (Z.) 77, a. 6j.
Ces principes étant posés,
nous devons entrer dans quel-
Art. II. — Des propriétés
de l'âme.
ques détails sur l'àme elle-
502. Dans l'introduction, nous
même et parler 1° De son
avons parlé des facultés par les-
essence, 2" de ses propriétés,
3° de son origine, 4» de son im- quelles l'àme connaît d'abord :

mortalité.
des sens internes et externes au
n" 13, de la mémoire au n" 15,
Art 1. — De l'essence de de la conscience psychologique
l'àme. au n'J 17, de rintelligence au
501. L'àine est une substance n^ 19. Il ne nous reste donc plus
simple, spirituelle et incom-

qu'à dire ici quelques mots des
plète, unie subslantiellement au puissances que les philosophes
corps. Ce que nous avons dit appellent appélilives.
132 DIEU CREATEUR

fiOS. L'appétit est l'inclination vers mettre à J'empire de la raison et si :

une chose qui convient. Il y a (a) l'ap- ellesne sont pas bridées, elles peuvent
pétit naturel qui n'est autre chnseque mouvoir indirectement la volonté en colo-
la tendance, que tout être a nécessai- lant leurobjet, de manière à ce iiuil se
rement vers la lin (|ue Dieu lui a mar- présente à l'homme, autre qu'il n'est en
quée c'est ainsi que Tieil tend avoir,
: réalité, c'est ainsi que le miel semble
et que l'ihne tend au bien universel, ou amer à Donc n'o-
celui qui a la lièvre.
à béatitude, (h) Il y a l'appétit sen-
la béissez pas à ros passions. (Rom.
silif. qui est une inclination vers le VI. h2).
bien, que perçoivent les sens, (c) En- En les combattant avec énergie, on
fin il y a l'appétit iatelligent ou rai- les domine; mais jamais,' en ce monde,
sonnable; c'est l'inclination vers le on n'arrive à les éteindre complète-
bien perçu par l'intelligence. Nous de- ment. Soutenir le contraire serait tom-
vons entrer dans quelques détails sur ber dans l'erreur des quiétistes.
ces deux dernières sortes d'appétit.
o04. § l. Dr l'appétit sknsitif. — I II. De L'ArrÉTiT intelligent
Cet appétit nous est commun avec les ou DE LA VOLONTÉ et 1 de la vo- ;

animaux qui connaissent aussi par les lonté elle-même; et II de la li-


sens. C'est une puissance par laquelle
berlé de celle volonté.
l'àme poursuit le bien et fuit le mal
perçus par les sens. Or, si le bien elle 507.1. La voloxté est l'appétit raison-
mal sensibles peuvent être atteints, ou nable du bien, perçu par l'intelligence,
évités facilement, l'appétit concupis- qui est la faculté la plus noble de
cible ou le désir suffit mais si le bien
; l'homme. La volonté est donc unepui.s-
est diflicile à atteindre et le mal à évi- sance inorganique et spirituelle. Son
ter, il faut le secours de la colère, ou objet est le bien raisonnable et uni-
de l'appétit irascible. L'appétit concu- versel, qui convient à l'homme. De
piscible et l'appétit irascible ont donc même que l'objet de l'intelligence est
cela de commun qu'ils poursuivent l'un le vrai universel, de même, le bien
et l'autre le bien sensible: mais ils universel est l'objet de la volonté, car
ilifTèrent en ce que le concupiscible le bien et le vrai ne sont autre chose
considère le bien comme délectable, et que l'être considéré sous un point de
l'irascible le regarde comme difficile. vue dilVérenl. V. no 38. La volonté ne
oOo. Les passions sont autres
ne peut pas ne pas vouloir le bien et ;

choses que les mouvements de l'appé- quand elle veut le mal, elle le consi-
tit sensible. Dans l'appétit concupi.sci- dère comme un bien et en efl'et, tout
;

ble, y a six passions difl'érentes,


il être a en réalité quei^iue chose de bien.
dont trois à l'égard du bien Yamour, : Par conséquent l'inclination par laquelle
ou l'inclination à s'unir au bien le dé- : nous tendons vers le bien universel, ou
sir qui nous pousse à le posséder; la vers le bonheur parfait n'est pas libre.
joie, quand on l'a atteint et trois à
: Mais de même que le vrai universel
l'égard du mal la haine, l'arerxwn.
.'
embrasse tout être. Dieu et les créa-
ou la fuite du mal. la douleur, ou la tures, ainsi le bien universel comprend
tristesse, quand on ne peut l'éviter. tous les êtres, la lin de l'homme, et les
Dans l'appétit irascible, il y a cinq moyens de l'atteindre, Dieu et les créa-
passions \'espoir par lequel nous nous
: tures. Et l'homme peut vouloir Dieu,
e.Ncitons à atteindre un bien difficile; ou les êtres créés. Avant de connaître
le dé-iespoir, s'il est impossible de l'at- Dieu, il peut connaître le vrai et peut
teindre, ou si le mal est inévitable : tendre par sa volonté au bien, au bon-
l'audace, par laquelle nous nous etTor- heui' en général. Bien que Dieu soit en
çons de poursuivre avec courage un lui-même le seul bien parfait, capable
bien difficile, ou d'éviter un mal grave; de faire la pleine béatitude de l'homme,
la crainte, qui nous abat, quand un dont il est la fin dernière, l'homme ne
mal que nous pouvons à peine sur- le connaît pas parfaitement en cette
monter, est imminent et enfin la co-; vie en sorte qu'il peut se faire que
;

lère par laquelle nous luttons contre le l'homme ne le considère pas comme le
mal qui nous attaque, ou désirons de bien parfait et complet, mais comme
nous venger. (V. T. 1. :2. q.2-2 et seq.). un bien particulier; le service de Dieu,
o06. La première des passions est en etVet, exige un certain elVort, une
l'amour, car le bien passe avant le certaine peine que nous redoutons.
mal. >"i les unes ni les autres ne sont Nous ]iouvons donc nous tromper à ce
mauvaises par elles-mêmes ; mais elles sujet en ne regardant pas le service de
deviennent vicieuses, si elles s'empor- Dieu comme le bien parfait jinur nous,
tent hors des limites de la raison et de tout en tendant néces.sairement à la
la foi. Etant, en efl'et, des mouvements béatitude parfaite. Delà la liberté. (V.
de l'appétit sensilif, ou de la partie in- S. S. E. Idêulogie, n"« 8(i. 87;.
férieure (le l'âme, elles doivent se sou- nQH. II. I)i; i.A i.iitKiniv hk la vo-
l'homme, son AME 133

iiivïK. —
La liberté est la puissance C'est de foi contre les protes-
i|ii'a volonté de choisir entre plu-
la
tants et les jansénistes, comme
Mcurscboses. Or, la volonté peut être
il manifeste par la proposi-
est
iinpéchée dans son exercice, d'abord
par une cause extrinsèque à l'houime; tion précédente n» 509, et par
it si elle en est atlranchie, elle a la le texte suivant du Concile de
liberté qu'on appelle de coac'ion. La
Trente «Si quelqu'un dit, qu'a-
:
rouction ou la contrainte peut empêcher
l'acte extérieur, ([ue la volonté com- près le péché d'Adam, le libre
mande; elle peut retenir mon bras, arbitre a été perdu et éteint,
i|aandje veux frapper; mais elle ne qu'il soitanalh. » Ses. 6. can. 5.
jieul ni'empècher de vouloir frapper.
Si quelqu'un m'empêchait de vouloir,
Pr. 1) Qui a pu transgresser
par là-mème je ne voudrais pas et si ; et ne l'a pas fait. Eccli, XXXI,
je veux, donc personne ne m'empêche. 10). 2) par notre conscience qui
La volonté peut être empêchée par
le témoii,'ne. 3) par le consente-
une lorce intrinsèque; et si elle en est
atl'ranchie, elle a la liberté qu'on ap- ment de tous, car tous emploient
pelle de nécessité el qui est à propre- les exhortations, les menaces,
ment parler la liberté. Elle se subdi- les peines, etc. 4) par la raison,
vise en trois, (a) La liberté de contra-
riété, qui est la faculté de choisir en-
comme nous au n»
l'avons dit
tre deux choses contraires, comme 507. Du reste, comment mériter
entre l'amour et la haine, ou entre le ou démériter sans la liberté ? Il
bien et le mal. Celle faculté, loin d'être
faut remarquer que rEi,'lise a
de l'essence de la liberté, en est plutôt un
défaut, comme
raisonnement n'est
le condamné la proposition qui
pas de l'essence de l'esprit, mais plutôt affirtTie que pour qu'un acte soit
une imperfeclion. Aussi ni Dieu, ni les péché, il suffit qu'il soit volon-
bienheureux n'ont-ils cette sorte de li-
berté mais elle est naturelle à tout taire dans sa cause, c'est-à-dire
;

être créé,
intelligent, tant qu'il est dans le péché originel et dans la
dans la voie, c'est-à-dire tant qu'il n'est volonté d'AdaiTi coupable. Et il
pas parvenu à sa fin.
importe de ne pas confondre la
509. Uhomme
peut faire le liberté physique par laquelle
bien mal. C'est de foi. Pr.
et le l'homme peut, s'il le veut, faire
1) Devant l'homme, .^t'offrent le toute espèce de mal, avec la li-
bien et le mal. Eccli. XV, 14.:2) Par berté morale ([ui est liée par la loi.
l'expérience de chaque jour. Cette confusion est le fondement
3) « Si ([ueiqu'un dit qu'il n'est de l'erreur des libéraux, qui, de
pas au pouvoir de l'homme de ce que l'hoiiime peut physique-
rendre ses voies mauvaises, qu'il ment faire le mal, en concluent
soit analh. » T. Ses. 0. can. 6. de le faire licite-
qu'il a le droit
510. (b) Il y a une autre liberté ment, comme s'il était indépen-
qu'on appelle de spécification ; c'est la
dant de Dieu, de la raison, de la
faculté de choisir entre deux choses
d'espèce différente, par exemple, entre conscience et de toute loi hu-
la promenade et l'étude. maine.
Enlin il y a la liberté de contra-
«;)
diction, qui n'est autre que le pouvoir
Art. m. — De l'origine de
de choisir entre deux choses contra- l'âme.
dictoires, par ex. entre se promener et 5r2. ?.l. L'âme de l'homme
ne pas se promener. Celle liberté est
ne rient pas de ses parents (a) ni
de l'essence de la liberté, car si je ne
peux pas choisir entre faire et ne pas de la matière, per semen corpo'
faire, ou j'agis nécessairement, ou je renm, car, dit St Thomas, il est
m'abstiens nécessairement d'agir; et hérétique de le soutenir et il en ;
par consé(|ueiit, je ne suis pas la clause,
ni le maître de umn acte. Aussi cette
donne la raison f II est impos- :

l'berlé esl-elle dans tout être intelli- sible que la vertu active qui est
gent. dans la matière puisse s'étendre
511. La liberté de contradic- jus(|u'à produire un effet iinina-
tion existe dans l'homme déchu. tériel et il est manifeste que
;
.

DIEL CREATEUR
I
134

le principe intellectuel dépasse des hommes préexistent, et sont


toute matière. « I. q. 118, a. 2. envoyées dans le corps pour
Ni (h) (Je Vdme des parents ;
leur supplice, qu'il soit anathè-
ceslcerlaiv, et on ne peut le me. » (K. de Prœdeslin. c. 1
nier sans une 1res c;rande témé- a. i'.) C'est, en effet, contre na-

rité. C'est ce qui résulte de ture pour l'âme d'être sans le


plusieurs décrets des Souverains corps, dit St Thomas, et, hors
Pontifes, qui ne définissent ce- du corps, elle n'a pas toute la
pendant pointcette vérité. Si l'ùme perfection de sa nature. Il n'a
des parents engendrait une au- pas été convenable que Dieu
tre âme, elle ne serait plus commençât son œuvre par une
spirituelle. V. Z. Psyc. I. c. A. chose imparfaite. S'il n'a pas
a. 2. fait l'homme sans la main, à

518. P. II. Uàme ii émane plus forte raison n'a-t-il pas fait
pas (le Dieu. C'est de foi, contre l'âme sans le corps. » T. I. q.
les Manichéens, d'après le texte 118, a. 3.
du Concile du Vatican, cité ol6. L'âme est-elle répandue dans le
n° 303, et cela ressort clairement corps au premier moment de la con-
ception, comme on le pense plus
de ce que nous avons dit au communément aujourd'hui ou seule- ;

n» 296 de la simplicité de Dieu, ment quand la génération est complète


et au n» 384, de la création. ce qui arrive après 40 jours, comme
l'enseigne St Thomas ? C'est une ques-
514. P. III. Chaque cime est
tion controversée mais, en pratique,
;

créée immédiatement par Dieu. il faut toujours, dès la conception,


Cest certain et voisin de la foi, baptiser le germe et, ceux qui procu-
;

d'après le n» 512. Pr. 1) Que rent l'avortement, même avant le


40e jour après la conception, sont
Vesprit retourne à Dieu qui l'a
frappés de censures toutefois, il n'y
;

donné. (Eccl. XII. ~). 2) Créer, a pas d'irrégularité encourue, si on


c'est tirer du néant une subs- commet ce crime avant le 40'"^ jour.
tance ; or, comme substance, Art. IV. —De l'immorta-
l'âme humaine est complète (V. lité de l'âme.
n» 49") ; donc, elle doit être 517. Il est manifeste que le
tirée du néant ; donc elle est corps étant composé de parties
créée par Dieu, car Dieu seul peut se décomposer mais, Vdme :

peut créer (V. no 512) les


; humaine est immortelle. C'est de
créatures ne peuvent que par foi d'après tous les symboles, et
corruption ou génération, tirer d'après le texte du concile de
de la matière des formes non Latran cité au n» 494. Pr. 1)
subsistantes, et, par conséquent, (Les méchants) « iront à un
dépendantes de la matière du ; supjdice éternel et les justes à la
reste, la fausseté des deux pre- rie éternelle. » (Mat. XXV. 46). 2)
mières opinions démontre la par le consentement de tous les
vérité de celle-ci. peuples, manifesté par le culte
515. P. IV. Vâme n'est pas des morts, l'apothéose, les chants
créée avant son union arec le des poètes, etc. ; 3) une subs-
corps. C'est r/e foi contre Platon tance simple ne peut pas, par
et Origène qui ont enseigné que elle-même, être détruite ; ce n'est
l'àmeélaitenferméedans le corps que par accident qu'elle peut
en punition de certaines fautes. périr, si elle est incapabled'exer-
Le cinquième concile de Cons- cer sans le corps aucune opéra-
tantinople condamne ainsi la tion : or, l'âme humaine exerce
doctrine contraire « Si quel-
: sans le corps les opérations in-
qu'un dil, on pense, que lésâmes tellectuelles ; donc, elle ne peut
L HOMMK. SON AME 135

pas périr quand curps se le lenani. Dieu cùt-il pu le créer ainsi


de puissance bien ordonnée? Oui, pourla
décompose, et tourne
elle se
même raison Quelques-uns cependant
:

alors vers la connaissance des le nient, tout en avouant que l'homme

choses imnialérielles. V. n"" 1710 tel qu'il est, est bon, et non mauvais,
et c'est en ceci qu'ils .se séparent des
et suiv. En oulre, l'homme lait,
Jansénistes et de Baïus. V. no (jtJo.
avec liberté, le bien ou le mal ;

donc, il mérite une récompense, 520. Si l'homme avait été créé


ou un châtiment qu'il ne reçoit sans péché et sans grâce, il eût
pas en celle vie il laut donc été dans l'état que les théologiens
;

qu'il les reçoive dans l'autre vie. appellent de pure nature; à cet état
518. 11 bien remarquer
faut ajoutez l'exemption de la concu-

que l'état de l'ùme séparée du piscence, et vous avez l'état de


corps par la mort, n'est point nature intègre. Toutefois, il
que âme était digne de la grande bonté
parlait , et cette
tend à se réunir à ce mê- de Dieu d'élever l'homme à l'état
me corps qu'elle a animé surnaturel, par les dons de la
et qui est une partie naturelle
grâce. (V. n» 549.)
de l'homme complet. Elle ne
tend point à s'unir à un autre
CHAPITRE n.
corps, comme l'ont prétendu les
fauteurs de la métempsycose,
De la. GRACE DE l'hOMME, OU
système erroné en pliilosopliie,
DE l'État de nature fÎLE-
dit St Thomas, et hérétique aux
VÉE.
yeux de la loi. La foi, en effet,
nous enseigne qu'après la Ré- 521. P. L Uélévalinn de
surrection, l'âme reprendra le rhomme à un élat, qui dépasse
même corps qu'elle a déposé. lesforcer de sa nainre, est pos-
(CorUra Genl. lib. 2. C. 44.) sible. Ce&ldefoi. Il n'y a rien,
Le système de la Paleiigeiihe, en eff"et, qui s'y oppose (a) du
qui enseii,me que l'âme de l'Iiom- côté de Dieu, à qui tout est pos-
nie est une particule de Dieu, sible ; un tel élat convient même
qui est absorbée après la mort en admirablement à sa bonté et à
Dieu même, n'est pas plus heu- sa sagesse. Ni (b) du côté de
reux que la métempsycose. Si l'homme qui, en tant que CBéa-
l'àuie est absoibée, elle perd donc ture, est apte à recevoir l'action
son être propre. et la faveur divines même sur-
519. De ce (lue nous venons de dire, .naturelles. Cette capacité que les
il est permis de conclure quelle est la théologiens appellent puissance
nature de riioninie. et quelles sont les obédientielle, résulte de la dé-
choses que Dieu doit donner à l'homme
supposé qu'il veuille le créer. Dieu, en pendance que l'être créé a vis-à-
créant l'homme, lui doit tout ce vis du Créateur; et, en ce sens,
qu'exige la nature humaine, c'est-à- elle est naturelle; l'être créé n'a
dire un corps, une âme si)irituelle et
lihre, unie suhstantiellementà ce corp.s,
cependant pas l'appétit des cho-
et une (in naturelle. Dieu aurait-il pu ses surnaturelles comme il l'a
créer l'homme sans le péché dont Dieu pour les choses naturelles. Ni
ne peut pas être l'auteur, mais dans
(c) de la part de l'ordre na-
l'état où l'homme est aujourd'hui, avec
les mêmes infirmités du corps et de
turel qui pas détruit
n'est
l'àme ? Dieu l'aurait certainement pu par l'ordre surnaturel, ni con-
de puissance ahsolue c'est ce qui
:
fondu avec lui ; mais qui en
résulte de la condamnation de la
îiMe proposition de Baïus
est plutôt par là perfectionné.
Dieu n'au-:

rait pa^ pu c.rrcr, dêx le rovimcn- Ecoutons le Concile du Vatican :

ccniinil, l'hiiinmr Ici (/u'il nuit iiiiiin- '(Si (|uelqu'u.i dit que Dieu ne
13G DIEU CREATEUR

de nos propres panants.


peut élever l'homme à une con- 3^23. Il est donc certain qu'Adam a
naissance et à une perfection qui eu au moins la grâce hahiluelle Quant
dépasse la connaissance et la à la grâce actuelle d'Adam innocent,

perleclion naturelles, qu'il soit il y a trois opinions. Quelques-uns


disent qu'il n'avait pas la grâce
anat. » [De recel, c. 3j. actuelle, car il n'en avait pas besoin ;

522. P. II. L'homme a été éta- quelques autres, qu'il avait ia grâce
par Dieu dans relut de actuelle pour son intelligence, mais
bli
une dans non pour sa volonté. L'opinion la plus
grdre, c'est-à-dire,
probable et la plus commune, est qu'il
sainteté surnaturelle, avec une avait l'une et l'autre grâce actuelle.
fin qui n'était pas due à sa
na- 5:24. L'homme a-t-il été élevé à
l'état surnaturel aussitôt qu'il a été
ture, et des moyens gratuits
créé ? Oui, plus probablement, et il en
pour atteindre cette fin. Cette a été de même des Anges. Dieu a
proposition est contre Baïus et fait i'Iiomme droit, dit l'Ecriture et :

conséquence de
!es Jansénistes; et elle appar- cette rectitude est la
la grâce, comme nous allons le voir.
tient à la foi. d'aprôsle texte sui-
Cependant, quelques théologiens dis-
vant du Concile de Trente: « Si tinguant l'innocence originelle de la
quelqu'un ne confesse pas que grâce, disent qu'Adam est resté quel-
temps dans celte justice (qu'ils
le premier homme... a perdu la
(|ue
font consister dans la santé du corps,
sainteté et la justice dans les- et dans la rectitude de l'âme) avant
quelles il avait été étahli, qu'il d'être élevé à la grâce ; ils admettent
soit anat. » Pr. 1.) Faisons toutefois qu'il y a été élevé avant la
image et à chute. B. de Gratiâ, n» i>Ûl.
l'homme à nuire
noire resscmblame. (Gen.,1, 26). 525. P. III. En élevant
Or, les saints Pères entendent l'homme à la grâce. Dieu lui a
communément, par le mot accordé des dons excellents ; et
image, la nature qui est apte à surtout, il l'a affranchi de l'igno-
connaître et à aimer Dieu natu- rance, de la concupiscence, de la
rellement ; et par ressemblance, vieillesse, (à laquelle il pouvait,
la grâce qui est propre aux seuls d'après St Thom-as, se sous-
justes, et par laquelle ils peu- traii'e par l'arbre de vie), de la

vent connaître et aimer Dieu mort, des maladies et des épreu-


surnalurellement; cette ressem- ves de cette vie (a). L'exemption
blance se perfectionne encore de l'ignorance est certaine Il :

dans la gloire. 2) Cette vérité créa en eux la science de F es-


est attestée par toute la Tra- prit. (EccM. XVII, 5). De plus,
dition 3) La nature des choses
.
les œuvres de Dieu sont par-
étant immuable, l'homme n'au- faites et,
; puisque le corps
rait pas pu perdre la grâce, s'il d'Adam fut intègre, à plus forte
l'eût eue naturellement; et c'est raison, son âme. Donc, d'après
certain de par la foi, que la l'opinion commune, qui n'est
grâce est un don, qui n'est pas cependant pas entièrement cer-
dû à la nature. L'Eglise a taine, Adam n'était sujet ni à
condamné dans Baïus la propo- l'oubli, ni à l'erreur; et il

sition suivante « L'élévation


: connaissait toutes les sciences
de lanature de l'homme à la naturelles qu'un homme peut
participation à la nature divine connaître. Surnaturellement, il
lui était due, et, par conséquent, connaissait Dieu comme fin sur-
on doit l'appeler naturelle. » naturelle de l'homme, la Tri-
Hurler fait remarquer que si le nité, l'Incarnation, en tant
premier homme n'avait pas été doté de ([u'elle devait être la source de
dons surnaturels, quand même il eût sa gloire, et non en tant qu'elle
péché, son péché ne nous aurait pas
été transmis, pas plus que les péchés
serait celle de sa réparation,
l'homme. l'ECHiî ORIGINEL 137

car il iunorait qu'il diU tom- propres enfants seraient nés néanmoins
dans la justice.
ber. T. '2. 2. q. 2. a. 7. 527. Le paradis terrestre, où Dieu
(b) L'eiemplion de la concu- plaça nos premiers parents, était réel-
piscence est aussi certaine : Uun lement, d'après l'opinion commune, un
lieu de cette terre, qui nous est incon-
et Vaulre claienl nus, et ils ne nu.
rougissaient pas. (Gen., II, 3).
Et Concile de Trente déclare
le
que concupiscence s'appelle
la CHAPITRE III.

péché, parce qu'elle est venue


du péché; donc, avant lui, elle DE LA CHUTE DE l'hOMME ET DU
n'existait pas. PÉCHÉ ORIGINEL.
(c) Limmunilé de la mort est
de foi. Dieu a créé Vhomme inex- 528. Il est évident par l'Ecri-

terniinable. (Sap. II, 23). Voici ture que Dieu avait défendu à
un texte du Concile de Milcve nos premiers parents de manger
contre les Pélagiens « Si quel-
:
du fruit d'un certain arbre. Le
qu'un dit qu'Adam a été l'ait démon, <|ui ne pouvait pas tenter
mortel, qu'il soit anat. » intérieurement nos premiers pa-
renls, avant leur chute, se revê-
(d) Uimmunité de toute dou-
leur est d'enseignement com- tit de la forme d'un serpent pour
les séduire extérieurement.
mun ; et même tous les peuples
ont gardé le souvenir de cet âge C'est de foi qu^Ws transgressè-

iieureux qu'ils ont appelé l'âge rent le précepte divin. (Eve)

d'or.
donna (le fruit) à son mari qui
en mangea. (Gen. II. 17.) Voirie
(e) Il faut ajouter qu'Adam
texte du Concile de Trente au
reçut l'empire sur tous les ani-
n" 531.
maux qui lui obéissaient, et
Or, leur péché fut grave. C'est
aussi sur les autres êtres corpo-
évident par la menace de mort
rels de ce monde terrestre.
que Dieu leur avait faite s'ils
Or, tous ces dons furent gra-
transgressaient ses ordres ; et
tuits, car s'ils avaient été natu-
puis, ils voulurent être comme
rels, ils ne se seraient point
Dieu ; et c'est pour plaire à sa
perdus par le péché, v. n° 522.
femme (|u'Adam désobéit. Du
C'est ce qui résulte de la condam-
reste St Thomas enseigne, con-
nation de cette, proposition de
trairement à d'autres théologiens,
Baïus L'intégrité de la pre-
:

que l'iiornme dans l'innocence


mière création fut sa condition
ne pouvait, pas plus que l'ange,
nalurelle.
pécher véniellement, v. n" 427,
526. Dans l'état d'innocence, l'hom-
etT. I. 2. q. 89. a. 3.
me avait cependanl besoin de nourri-
ture ; et il se serait propagé de la Nos premiers parents, non plus que
même manière qu'aujourd'hui, bien l'ange, n'ont pu désirer pour eux la
que quelques Pères, sur ce dernier nature divine ; ils étaient trop éclairés
point, aient soutenu une opinion con- pour croire qu'un tel désir fût réalisa-
traire. Si le premier homme eût persé- ble ils ont donc désiré
; une ressem-
véré, tous ses descendants seraient nés blance avec Dieu, non une ressemblance
dans la justice, accompagnée des dons de nature qui leur avait été donnée à leur
gratuits que nous avons indiqués ;
création mais le premier homme, ou
;

cependant, ils n'auraient pas été im- a désiré comme l'ange, la principauté
peccables, ni iis n'auraient jias eu de Dieu sur toutes les créatures, ou
toute la science d'Adam. Ils auraient pu mieux, une ressemblance de science
cependant l'acquérir, en la découvrant avec: I)ieu, voulant, comme le dit Cor-
ou en l'apprenant, mais très facilement. neille de la Pierre, se passer des
. Et lors même que les enfants d'Adam lumières divines, pour faire le bien et
demeuré innocent, eussent péché, leurs éviter le mal, et arriver ainsi à sa lin

9
138 DIEU CREATEUR

dernière, par ses propres forces et par dit : « Si quelqu'un affirme


sa propre raison. qu'Adam, souillé parle péché de
K29. Le péché d'Adam n'a pas élé le
désobéissance, n'a transmis à
plus grand de tous, si on considère sa
nature mais il a été le plus grand si
;
tout le genre humain, que la
on en considère les circonstances. mort et les peines du corps,
Ainsi parle St Thomas qui ajoute mais non le péché qui est la
qu'Eve a été moins coupable dans les
circonstances du péché, mais plus cou- mort de l'àme, qu'il soit anat. »
pable dans le péché lui-mèuic. C'est (Ses. 5. G. 2).
elle qui a cru la première au démon, 532.Le saint Concile dé-
((

et qui a été cause du péché de son


mari. Mais tous deux ont fait pénitence
clareque l'Eglise catholique n'a
et ont été sauvés, comme l'enseigne jamais entendu qu'on appelât
ro|)iiiion commune. la concupiscence, péché, en ce
Api'ès ce (lue nous avons dit de la
nos
sens qu'elle soit vraiinent et
chute des Anges 4;-}(5 et 508. il

n'est pas étonnant qu'Adam et Eve proprement un péché chez ceux


aient péché, même en étant atlranchis qui sont baptisés, mais en ce
de la concupiscence. En punition de
leur faute, ils perdirent la grâce et
sens qu'elle vient du péché. —
tous les dons dont nous avons parlé au
Ce péché d'Adam, transmis à
n" r^io. tous par la propagation, est un
t^lW. Le péché
actuel, et originant,
d'Adam
comme
fut
parle la
en lui péché propre à chacun, Si —
sa fin
quelqu'un dit que les enfants
théologie et il le détourna de
qui viennent de naître même de
;

surnaturelle, comme l'enseignent tous


les théologiens. En tant qu'actuel, il n'a parents baptisés, n'ont rien con-
pas élé transmis à ses descendants ;
tracté d'Adam, en fait de péché
mais, par suite du péché actuel d'Adam,
originel, qu'il soitanath. » Can. 4
le péché originel, qui est un vrai péché
non pas actuel, il est vrai, mais habi- Hélas nous avons été cont^-us
!

tuel, dérivant du péché d'Adam, est dans l'iniquité. Qui peut rendre
transmis à tous ses enfants, à mesure
pur celui, qui a été souillé dans
qu'ils sont conçus.
sa conception, sinon vous seul,
Nous allons traiter I de :
ô mon Dieu ?
l'existence du péché originel ;
533. Nous avons dit que tous
II de son essence III de la ma-;
contractent le péché originel à
nière dont il se propage ; IV de moins d'un privilège spécial. Il
ses effets. est évident, d'abord, que le
531. 1 1. De l'existence du péché d'Adam n'a pu atteindre
PÉCHÉ originel. I. P. Tous les N. S. J.-C. conçu du St-Esprit.
hommes, non seulement ont V. no 579. Affirmer le contraire,
hérité des effets du péché origi- ce serait un blasphème. L'apô-
nel ; mais encore ils contractent tre St Paul, dit qu'il a été
dans leur conception, une sorte éprouvé en toutes choses comme
de péché qui leur est transmis par nous, excepté le péché. (Ileb.
Adam, à moins qu'ils ne soient, IV. 15). Si on pouvait supposer
par un privilège spécial, affran- en lui un péché, comme il n'a
chis de cette loi. Cette proposition qu'une persionne en deux natu-
est de foi contre Pélagiens, les res, le péché serait imputable à
les Protestants, Pr. i) La
etc. la Personne divine. Il serait im-
mort a passé chez tous les hom- pie de le penser.
mes par celui en qui tous ont 534. Par un privilège spécial
péché. (Rom. XV. 12). Tous sont à Elle, accordé en vue des mé-
morts. (II Cor. V. 14). 2) Par la rites de J.-C, la B. V. Marie a
pratique de baptiser les enfants, été affranchie du péché originel,
et par les exorcismes du bap- et, par conséquent, immaculée
tême : aussi le Concile de Trente dans sa Conception. C'est de foi.
L HOMME. LE PECHE ORIGLNEL 139

Pr. I) Elle
l'écrasera la télé. il de la volonté d'un hom-
suffit

(Gen. 14.) Je vous salue,


III. me, qui n'e.viste pas encore,
pleine de (jrdce. (Luc. I. 28.) volonté qui soit moralement
2) Par la fôle de l'Immaculée enfermée dans celle d'un autre
Conception. 3) Par la définilion homme, déjà existant, et se ren-
solennelle de Pie IX « Nous : dant coupable de péché. Or,
définissons que la doctrine, qui d'après les thomistes, le genre
tient que la R. V. Marie a été humain ne forme qu'un seul
préservée, affranchie, au premier corps, dont Adam est le chef
instant de sa Conception de naturel. L'acte de la main n'est
toute tache de faute originelle volontaire que dans la volonté
est révélée de Dieu. « (Bul. de l'àme, qui meut la main ;
Ineffalnlis). et cependant, la main sera tour-
Vous êtes tonte belle, ô ma mentée en enfer, parce qu'elle
bien aimée, et aucune tache n'est fait partie du corps de l'homme

en vous faites donc que vos


; pécheur de même le péché
;

entants imitent la pureté de leur originel n'est le péché de tel

Mère. homme en particulier, que parce


.>3u. La concejition adive de la H. V. que cet homme reçoit sa nature
M., ceu opua parentum y^enerantium de son premier père, qui, par la
illam, a-t-clle été préservée aussi de
génération meut tous ceux qui
toute tache dans l'ànie de ses parents?
C'est une question libre entre les théo- descendent de lui, v. T. I. 2. q.
logiens. 81. a. 1. D'autres théologiens
Il est donc de foi qu'en fait, la SIe
disent qu'Adam est non seule-
Vierge n'a pas contracté le péché ori-
ginel ; mais, d'après ce que nous avons ment le chef naturel, mais encore
dit au noo31, elle devait le contracter. le chef moral de tout le genre
Toutefois, il y a deux manières de humain et que, par un décret
;

devoir contracter le péché, l'une,


divin, toutes les volontés des
éloignée, qui consiste en ce que, bien
qu'on n'ait pas péché réellement, à hommes étaient attachées à celle
cause du privilège, on eut dû cependant d'Adam, et dépendaient d'elle
pécher en Adam si ce privilège n'eut
;
dans la conservation, ou la perte
pas été accordé et il est certain que
;

la Ste Vierge devait, dans ce sens con-


de la grâce, selon qu'Adam obéi-
U'acler le péché. L'autre manière qu'on rait ou non à l'ordre de Dieu. Si
appelle prochaine consiste en ce que nous pouvons, en effet, nous-
la Vierge, bien que de fait elle n'ait pas
contracté le péché originel, dans sa
même enchaîner notre volonté
Conception, ait péché néanmoins en à celle d'un procureur, qui traite
Adam, en qui tous ont péché et, sur ; nos affaires à notre place, à plus
ce sujet, les uns disent que Marie a
forte raison Dieu, qui est tout-
été atVranchie de cette seconde manière;
les autres, plus communément, le nient
puissant, a-t-il pu, sans notre
(S. n''i264). Celle question s'élucide par consentement, enchaîner toutes
ce que nous allons dire. nos volontés à .celle d'Adam,
536. II. {Comment tous ont-ils puisqu'il est le souverain maître
péché en Adam ? C'est là le mys- de tous les hommes. V. S. n»
tère du péché originel dont 256 et K. §192.
l'e.vistence est de foi. Il est cer- Siquelqu'un était tenté de
tain que pour un péché actuel, regarder comme injuste celte
il faut volonté
la propre de doctrine du péché originel, nous
l'homme mais, pour un péché
;
lui dirions La justice de Dieu
:

habituel, ou l'état de péché, ou est une vérité de foi la bonté;

la souillure du péché, il n'est de Dieu également. Si vous re-


pas besoin de la volonté physi- tranchez le péché originel, vous
que d'un homme, déjà existant, laissez les mêmes misères, dont
140 DIEU CREATEUR

il est pour lors plus difficile péché originel? 1) Ce n'est pas


d'assigner la cause, aussi bien la mort, ni la concupiscence qui
que d'expliquer la justice de nous incline au péché, comme
Dieu. le voulait Luther c'est de foi
:

537. De ce que nous venons d'après ce que nous avons dit


de dire, il suit que ceux qui au n" 532 ; ce n'est pas non
n'auraient pas Adam pour père, plus une disposition à avoir
ne contracteraient pas le péché une concupiscence désordonnée,
originel. Mais lors même qu'Eve comme l'a dit Hermès, qui s'est
n'aurait pas péché, tous les approché en ceci des protestants.
hommes lecontracteraient ; et, 2) Ce n'est pas la corruption
si Adam avait été nous fidèle, substantielle de la nature hu-
eussions été affranchis du péché maine, comme l'a enseigné Cal-
quand même notre première vin ; et cette doctrine est héréli-
mère aurait désobéi à Dieu. Le que; car la nature est immua-
concile de Trente dit : « Si les ble; et une corruption pareille,
Jiommes ne naissaient pas de la si elle était possible, ne pourrait
race d'Adam, ils ne naîtraient être faite que par Dieu, et ren-
pas coupables. » Ses. 6. c. 3. drait, par conséquent, Dieu l'au-
538. I II. De l'Essence du teur du péché. 3) Ce n'est pas
Péché originel. I. Dans — non plus le péché actuel d'Adam,
Adam. Chez notre premier père, imputé à tous ses descendants,
lepéché qui est originel pour comme l'a dit Catharin, car cette
nous, fut un péché actuel, qui imputation extérieure ne nous
détourna Adam de Dieu, comme rendrait pas réellement pécheurs;
fin surnaturelle, et aussi comme et le Concile de Trente déclare
fin naturelle. En effet ou, que le péché originel est propre
l'homme doit obéir à Dieu qui à chacun 4) Ce n'est pas non
.

l'élève à une fin surnaturelle, ou plus l'imitation d'Adam, comme


non. S'il ne lui doit pas obéir, il l'a enseigné Pelage, et cette doc-
est donc indépendant de Dieu, trine est réprouvée par le Concile
ce qui est absurde s'il le doit,
; de Trente. (V. Ses.5, can. 2-3.)
en désobéissant, il renverse donc 5) Ce n'est pas l'obligation de
l'ordre de la nature qui veut que porter un châtiment, comme l'a
toute créature soit soumise au cru Durand, car ce n'est pas là
Créateur. Là-dessus pas de con- le péché, mais l'efTet du péché.
troverse. 6) Ce n'est pas la limitation de
De là, concluons qu'après son la nature humaine, puisque toute
péché, qu'après avoir perdu la créature est limitée, et que ces
grâce, et avant la promesse d'un limites sont marquées par Dieu.
Rédempteur, Adam ne pouvait 7) Ce n'est pas enfin quelque
pas aimer Dieu par-dessus tout, chose de positif, car celte doc-
comme fin naturelle, car pour se trine a été condamnée dans les
convertir à Dieu naturellement, propositions 48 et -49 de Baius.
il devait d'abord se repentir sur- Qu'est-ce donc? C'est, comme
naturellement d'avoir perdu la tout péché, la privation d'une
grâce ce qu'il ne pouvait faire
: chose que l'on devrait avoir. (V.
sans la grâce; il est cependant le n" 312). Mais quelle est celte
quelques théologiens qui pen- privation? Les uns disent que le
sent autrement. V, n» 542. péché originel est la culpabilité
539. IL Dans les Descendants d'Adam, ou la privation de l'a-

d'Adam. Quelle est l'essenc» du miiié de Dieu, jointe à l'obliga-


LHOMME. LE PECHK ORIGINEL 141

tion de porter la haine de Dieu, à un corps blessé.


qui persévère dans ses descen- 541. Adam, qui a transmis à
dants. D'autres, avec St Thomas, ses descendants sa faute, ne leur
disent que la privation de la a pas transmis sa pénitence; car
grâce est ce qu'il y a de formel il ne fut le chef moral de tout le

dans le péché originel, et que le genre humain que dans l'obser-


désordre des forces de ràme,est vation ou la transgression du
ce qu'il y a en lui de matériel. premier précepte divin; en sorte
540. §111. Dk la Pnop.\GATi()N ((ue les enfants, nés de parents
DU Pkciik originel. —
11 est cor- baptisés, ont cependant la souil-
tain que cette propagation ne se lure originelle. C'est ainsi que
fait pas par la création de l'àme, d'un froment mondé naît un épi,
autrement Dieu serait l'auteur où le grain est mêlé de paille,
du péché. Elle se fait donc par comme dit St Augustin, S. n»
la génération, d'après ce que -2(j3. V. no^ 536, 532.

nous avons dit n"^ 537 mais 542. I IV. Des Effets du Pé-
de quelle manière? l) Certaine-
;

ché ORIGINEL. —
Nous avous dit
ment le péché originel ne se pro- quels furent en Adam les effets
page pas par la concupiscence de sa chute; il nous reste à dire
des parents i/i nclu conjngaii, quels ils furent dans ses descen-
comme l'ont soutenu Calvin et dants.
Jansénius; car cette même concu- I. En cette VIE. 1'^ Le péché
piscence dans des hommes, qui originel détourne l'homme de
ne descendraient pas d'Adam, Dieu comme fin surnaturelle.
n'entraînerait pas le péché ori- C'est de foi Nous sommes en-
:

gine! ; et si on enlevait cette fants de colère par nature, dit


concupiscence, par un privilège St Paul. (Eph.IÏ. 3); et le Concile
de Dieu, aux parents qui des- de Trente déjà cité (n» 531), dit
cendent d'Adam, leurs enlants que ce péché est la mort de l'àme.
n'en naîtraient pas moins dans 2° Mais le péché originel dé-
la disgrâce de Dieu. V. n» 537. tourne-t-il l'homme de sa fin
2) Le péché originel ne vient pas naturelle, qui est de connaître
de ce que l'àme de l'enfant est et d'aimer Dieu par-dessus tout,
tirée de l'càme souillée de son non dans son essence, que la
père ; car l'opinion qui fait venir créature ne peut atteindre par
l'àme de l'enfant de celle du père ses forces naturelles mais par
;

est au moins erronée. V. n'*512. ses œuvres, ou par les créatures?


3) Il en est qui disent que le Les uns l'affirment plus commu-
péché originel se transmet par nément pour la raison alléguée
suite du décret de Dieu, qui a au n» 538; les autres le nient,
attaché à la désobéissance d'A- fondés sur ce que le péché ne
dam la privation de la justice change pas la nature.
pour tous ses descendants, d'a- 543. 3" Le péché originel a
près ce (jue nous avons dit n" privé l'homme de tous les dons
5o'î. Ce sentiment est probable. gratuits, dont nous avons parlé
4) Elle est probable aussi l'o- no 525. Ce n'est ((ue trop prouvé
pinion des thomistes qui ensei- par l'expérience; et le Concile
gnent que l'àme est maculée, de Trente enseigne qu"Adam,
parce qu'elle est unie à un corps par son péché, nous a transmis
formé d'un germe corrompu, de la mort et les peines du corps,
la même manière qu'elle souf- que la concupiscence vient du
frirait aussitôt, si elle était unie péché, (jue le libre arbitre :i'a
.

142 DIEU CREATEUR

pas été aUeiiil, mais a élé aifai- (T. 2.2.q. 116 a. 1). Tous ces
bli et incliné au inal.(V. iio^f)!!, restes du péché originel demeu-
531 et suiv. et Tr. Ses. 5. can rent en l'homme jusqi:'à la ré-
2 et 5J. surrection ; et, l'effet du bap-
't" Il csl lerlain fine la nature de
tême sur ces suites du péché
riionime ne iiciit se perdre, ni par le reste suspendu jusque-là. Dieu
péché orii^incl, ni parie |)é(;lié actuel;
le permet ainsi dans sa sagesse
mais, par suite du péclié oiiginel, est-
cile devenue pire que la nature pure ?
pour éprouver les hommes. Du
(V. n" iW)). IVjnr répondre à celte reste, la concupiscence, comme
(lucslinn, il faut distinguer la détériora- le dit le Concile de Trente, ne
tion inlrinsi'quc delà nature humaine,
peut pas nuire à ceux qui n'y
de la détérioration cxtrinsrque qui
vient des empêchements extérieurs. consentent point bien plus, ce- ;

Les uns soutiennent (juenature


la lui qui aura légitimement com-
humaine a été détériorée en elle-même; battu sera couronné. (Ses. 5.
et le Concile de Trente dit, en etlet,
can. 5). V. S. n^ 268 et suiv.
(ju'Adam tout entier a été changé en
])ire et pour son corps et pour son unie. 545. II. Dans l'autre Vie. —
Ses. o. can. !cr. Tous les degrés de la Tous ceux qui meurent sans pé-
nature humaine ne sont pas essentiels;
ché actuel, et avec le seul péché
et on peut en perdre quelques-uns,
sans que la nature soit entièrement originel, seront punis de la peine
changée. Les autres disent que la na- éternelle du dam, ou de la pri-
ture humaine n'est pas devenue pire en
vation de la vision intuitive de
elle-même, que la nature pure, hien
qu'elle mérite moins certains secours
Dieu. C'est de foi. Si queJquuu
naturels que Dieu lui doit en quelque n'est né de nouveau, il ne }^eut
manière la raison en est que la na-
.
pas entrer dans le royaume de
ture ne change pas. Mais ils admettent
extrinsèiiue, qui vient
Dieu. (Jean. III. 5). Le Concile
la détérioration
des périls de salut, des ohstacles exté- de Florence dit « Nous définis-
:

rieurs, et surtout de l'influence du sons que les âmes de ceux qui


démon. meurent avec le péché mortel,
544.Quoi qu'il en soit, le ou avec le seul péché originel,
baptême ôte non seulement tout descendent aussitôt dans l'enfer
péché, mais encore toute peine pour y être punies par des pei-
due au péché il n'y a
; point, nes d'un genre difTérent».
en effets de sujet de damnation
oiG. Ceux qui meurent avec le seul
en ceux qui sont en J.-C. , comme péché originel o^it-ila quelque dou-
dit St Paul.
Toutefois, ce qui leur de laprirationde la vision béa-
est une peine du péché en ceux tifique ? Les uns i'aflirment, parce que,
disent-ils, ils sentent qu'ils sont privés
qui n'ont pas reçu le baptême, de la compagnie des bienheureux; les
demeure en ceux qui l'ont reçu, autres le nient, car ces sortes de dam'-
non comme une peine propre- nés ne savent pas ce que c'est que la
vision de Dieu.
ment dite, mais comme une pé-
.")'f7. Mais, sont-ils punis de la
nalité, ou comme un défaut na- peine du feu, ou du sens f^lcs uns
turel. Ainsi donc, il leur reste disent que oui, tout en avouant que
l'ignorance dans l'intelligence, celte peine est très légère; les autres
disent non avec St Thomas et cette ;

la malice dans la volonté, l'in-


dernière opinion est aujourd'hui très
firmité, la concupiscence, ou l'in- communément enseignée.
clination vers les biens qui pas- .'iiS. Jouissent-ils d'une béalitude
naturelle f Les uns le nient; les autres
sent, la douleur, la mort qui est
I'aflirment, cl di.scnt que l'.cs âmes peu-
naturelle à l'homme à cause de vent aimer Dieu par-dessus tout. (lu'elles
son corps qui peut se décompo- sont allrancliies de la concupi.scence et
ser, mais qui est pénale, à. cause de la soull'rance. Mais il ne faut pas
confondre cette dernière opinion avec
de la perte du bienfait divin qui l'erreur de Pelage, qui leur enlevait
préservait Thomme de la mort. aussi le péché originel, (juc tous les
DIEU REDEMPTEUR 143

théologiens adnicltenf. Comme ces di- 549. De tout ce qui précède il


verses opinions ne sont pas certaines, résulte que l'état de pure nature
el qu'il est d'ailleurs certain et même
de foi que les enfants morts sans bap- n'a jamais e.xisté, pas même, se-
tême ne jouiront jamais de la vision lon l'opinion plus probable,
la
béatifique, et seront privés, par con- avant l'élévation d'Adam
à l'état
séquent, à jamais du souverain bien,
il s'ensuit que les théologiens regar-
de grâce, élévation qu'on appelle
dent comme étant dans une nécessité aussi communément, état d'in-
extrême celui qui est exposé à mourir nocence. Après son péché, Adam
sans baptême, et que, par consé(iuent, tut dans l'état de nature déchue
on est obligé, même au péril de la vie
de l'assister si on le peut. Donc, par et non réparée, état qui ne dura
suite du péché d'Adam, toute la niasse que jusqu'à la proiDesse du libé-
du genre humain s'en allait, roulant rateur; car aussitôt après celle
dans l'abîme de la privation de la vi-
sion de l'essence divine. Mais le Dieu
promesse, Adam fut comme
de toute consolation promit à Adam nous, dans l'état de nature dé-
coupable un réparateur, par les mé- chue et réparée. V. n^ 520.
rites duquel il pourrait, lui avec toute
C'est du Libérateur promis à
sa race, recouvrer la grâce. C'est une
vérité certaine de parla foi. L'Ecriture noire premier père que nous al-
Sainte nous la fait connaître, et le lons avoir la consolation de trai-
Concile de Trente l'indique. V. n" .'ifld. ter dans la dissertation suivante.

DISSERTATION II.

DE DIEL; KÉDEMPTEUa.
550. Ecoutons le Concile de par un admirable dessei)^ de la
Trente ce Comme tous les hom-
: Sagesse divine, dit St Thomas,
mes avaient perdu l'innocence que le Fils de Dieu n'a pas été
dans la prévarication d'Adam... envoyé aussitôt après la chute.
ils étaient telleiDent les esclaves Ilfallait donner à l'homme le
du péché, qu'ils ne pouvaient en temps de constater sa faiblesse,
être affranchis, ni s'en relever, et d'appeler à son secours le
ni les païens par la force de la médecin et à cause de la di-
;

nature, ni les Juifs par la lettre gnité du Verbe incarné, il était


même de la loi de Moïse. ))(Ses. convenable de le faire précéder
6. c. 1). C'est pour rernédier à d'une longue série de hérauts.
cette situation « que le Père cé- T. 3. q. 1. a. 5.
leste a envoyé aux hommes J.- Mais quand est arrivée la plé-
C, son Fils, annoncé et promis nitude des temps, le Ve7'be s'est
à beaucoup de saints patriar- fait chair et il nous a rachelés.
ches, soit avant la loi de Moïse, Parlons donc dans un double
soit après, afin que tous reçus- traité, d'abord de l'Incarnation
sent par lui l'adoption des en- du Rédempteur, et ensuite du
fants de Dieu. » Trid. ibid. C'est Rédempteur lui-même.

TRAITÉ I. DE L'INCARNATION, OU DE LA
DIVINE CONSTITUTION DU RÉDEMPTEUR.
QUESTIONS PRÉLIMINAIRES le personne,la Personne du Ver-

551. L'Incarnation sedéfinit: be. Pour comprendre cette défini-


L'union de la nature humaine, l'on, voir ce que nous avons dit

aveclanaturedivinedansuneseu- ^" n» 343 et suivants et Sol.


144 DIEU RKDEMI'ÏEUR

;i;il2. Inrtirnaliou eU-elle pos-


I. Ij' car la Piédemption est une œuvre de
silUe ? Dieu peut l'aire tout ce qui ne sage? se et de vertu, et la sagesse et la ver-
i'(''|)ui;nc pas à la raison or, ce mys-;
tu sont appropriéesauFils.(3q.3 a. 8.)
tère, loin (le répugner à la raison, lui riîie. III. L'Incarnation était-elle
j)ara)t très convenable, comme nous nécessaire ? -1" Certainement, elle n'é-
allons le dire. Cependant la raison ne tait pas nécessaire du côté de Dieu, car

lient démontrer ce mystère. Il est de toutes les œuvres ad extra sont libres.
foi (|ue l'Incarnation a eu lieu, comme V. n" Or, l'Incarnation est une
Mo?).

nous allons le voir donc elle est possible.


;
œuvre ad extra, puisqu'elle s'est faite

Chacune des trois Personnes, d'après dans le temps, et que tout ce qui est
St Thomas, aurait pu prendre la nature ad intra est éternel donc, elle a été :

libre. De là il ressort que l'Incarnation,


humaine, et même plusieurs natures
humaines numériquement distinctes en par làmême qu'elle est une œuvre ad
unité de personne. extra est commune aux trois Person-
nes, dont chacune n'a rien de propre
î>58. La nature divine, si on fait
que la personnalité mais le ; Verbe seul
abstraction par l'intelligence des trois nature
s'est uni personnellement la
l'crsonncs, aurait-elle pu prendre la
humaine c'est une vérité de
: foi d'après
nature humaine ? Si Thomas l'affirme IVe concile de Latran qui dit
le :

car, dit-il, cette nature est subsistante;


« Senl de la Ste Trinité, le Fils de
d'autres le nient. Mais
pas il n'est
Dieu a été incarné par la Trinité
douteux que la nature divine ne peut
to'tt entiéi-e.» B. lOtî.V. ci-dessusni87;->.
pas s'unir la nature humaine, de ma- oo7. 2o L'Incarnation a-t-elle été
nière à ne former avec elle qu'une l'homme
nécessaire au salut de ? St
seule nature, comme l'a voulu Euty-
Thomas répond que l'Incarnation, mê-
chès, v. n" 602. Dieu ne pouvait pas
me pour le salut de l'homme, n'était pas
non plus prendre un homme ou une absolument nécessaire, car la toute-
personne humaine, comme l'enseigne
puissance divine avait beaucoup d'au-
St Thomas et il est de foi que dans
tres moyens de réparer la nature
;

l'Incarnation, il n'y a paseu de personne


humaine mais pour la réparer d'une
;
humaine en J. C. T. ;î q. ?<, a. Ci. manière plus parfaite et plus convena-
Soi. Dieu pouvait-il prendre une ble, il était nécessaire que Dieu s'in-
autre nature que la nature humaine? carnât. T. 8, q. -1 a. 2.
Oui, dit SI Thomas, de puissance abso- ,Sn8. s'accordent à dire que ni
Tous
lue, il peut prendre une nature créée homme, ni ange ne pourrait sans la
quelconque et de [luissançe bien or-
;
grâce satisfaire à Dieu pour un péché
donnée, il |ieut prendre la créalure mortel qu'il aurait commis, ni pour le
qu'il convient à sa sagesse de choisir. péché mortel d'un autre. Scot pense
— Il n'y a que Dieu, dit Hurter, qu'une créature revêtue de la grâce
qui soit capable de prendre une nature pourrait satisfaire pour les autres non
raisonnable dans l'unité de personne. pas d'une manière rigoureusement
îiii'i. II. \: Incarnation était-elle équivalente, mais selon une mesure
utile et convenable 9 St Thomas ré- que Dieu s'engagerait par promesse à
pond Il :n'y avait point de moyen accepte)' ; mais l'opinion de Scot est
plus convenable de guérir notre mi- contraire au sentiment commun. Pour
sère ; et il en fournit plusieurs raisons: ce qui est du péché véniel, voir n" 2J42.
rien de plus utils pour promouvoir le St Thomas, avec le commun des au-
hien, pour affermir la foi, pour agran- teurs enseigne que dans l'hypothèse que
dir l'espérance, pour enflammer la Dieu exigeât une satisfaction équiva-
charité, pour nous amener à sanctifier lente pour le péché, l'Iucarnalion était
nosieuvres. en nous mettant sous les nécessaire. Aussi le catéchisme du
yeux les exemples d'un Dieu, et pour concile de Trente dit-il « Le genre :

nous faire participer plus pleinement à humain ne pouvait nullement être réta-
la Divinité. ]>ien de plus utile non bli dans son premier étal par les l'or-
plus pour éloigner le mal. Par elle, ces des hommes ni par celles dos
l'homme apprend à s'estimer lui-même, Anges. »
à ne pas trop ci'aindre le démon par
conséquent, et à ne pas profaner par 559. La réparation de l'homme
le péché sa nature élevée si haut par a-t-elle été le but de Vlncarna-
Dieu lui-même. Notre orgueil est guéri tion ? Oui, c'est de foL d'nprô.s
par l'humilité du Verbe Incarné. Un
homme seul ne pouvait pas satisfaire le Symbole. :< C'est jiour nous,
pour le péché Dieu n'y était pas
; hommes, pour noire snluf que
et,

obligé il fallait donc


;
que J. C, Dieu J. C. est descendu des Cienx. »
et homme tout ensemble, le fit. T.
'à.
L'Ecriture nous l'apprend d'une
q. 1 a. 2. Le Saint docteur ajoute qu'il
était convenable que le Verbe s'incarnât manière claire. Dieu a euroyé
.

LINCARNATION 143

NO/; Fils pour sauver le monde fruitde toute autre incarnation se trou-
vent par là même exclus. Hu. n» 473.
jiitr lui. (Jean III. 17). Quant à
la fin dernière de rincarnalion, Parlons donc de la seule di-
voir ce que nous avons dit au vine Incarnation du Verbe, et,
no 380 et suiv. suivant la définition que nous en
avons donnée n» 551 disons ,

560. l'homme n'avait pan pé-


Si
qu'en J.-C. il y a I la nature
cJié, le Verbe se serail-il incarné? :

St Thomas le nie. Enlevez les maladies divine; II la nature humaine;


cl les blessures, dit-il. et ,i plus n'y
il
III l'union hypostatique ou per-
besoin de médecin. Mais Scot l'aflirme
sonnelle de l'une et de l'autre.
disant que Dieu se serait incarné pour
donner à l'univers toute sa perfection De là les trois chapitres suivants.
Cl pour mériter la grâce aux anges et
aux hommes, (|ui tous auraient dû leur
sanctilication aux mérites du Verbe in- CHAPITRE I.
carné.
Après le fait de l'Incarnation^ plu-
DE LA DIVINITÉ DE J. -CHRIST.
sieurs auteurs disent qu'elle a en eflet
deux fins, la réparation et la perfec-
tion de l'univers; chacune d'elles suffi- 503. J.-C, Fils de Marie, est
sait, mais toutes deux ensemble sont la vraiment Fils de Dieu et Dieu
fin adéquate de ce mystère.
lui-même. C'est de foi contre les
Du fait de VJncarna-
561. IV. Ariens, les rationalistes , etc.
tïon. —
Ce mystère a été cru Cela résulte de ce que nous
d'une manière explicite par les avons dit au no 561, et de la mis-
S. S. Patriarches et par les pro- sion divine du Christ n"* 91 et
phètes; ilcru implicite-
a été suiv. J.-C. envoyé de Dieu, a af-
ment ati moins par le peuple firmé sa divinité; il l'a prouvée
juif, qui attendait le Messie ; par des miracles, en particulier,
bien plus, il a été révélé à quel- par sa résurrection et son ascen-
ques Gentils, comme à Job et à sion i'Iorieuse, par l'institution
Balaam, qui ont pu, par cette loi et les progrès de son Eglise, par
être sauvés. les victoires qu'elle a rempor-
P. Le Fils de Dieu s'est, in- tées sur les persécuteurs, les
carné, et c'est J.-C. ne de la sophismes, les haines, par les
Vierge Marie. C'est un doi^me vertus pratiquées dans son sein,
principal de la loi catholique d'a- par le sang de millions de mar-
près tous les symboles. Le Verbe tyrs répandu pour attester la di-
s'est fait chair, et il a habité vinité de J.-C, par les miracles
parmi nous. (Jean. I.) Nous di- opérés dans l'Église, par le bien
sons en récitant le Symbole de que la doctrine de l'Eglise ap-
Nicée Je crois en J.-C. Fils
: portée du Ciel par N.-S. a opéré
unique de Bien, fjui s'est incarné dans le monde, d'oii elle a banni
du St-Esprit et est né de la les ténèbres de l'ignorance et de
Vierge Marie l'erreur, et oii elle a lait fieurir
la pureté à la place des plus hon-
i\(i-2. Il n'y a eu assurément qu'une
incarnation, dit Hurter, car^ non seu- teuses corruptions. V. n" 95 et
lement toute l'anliiiuilé chrétienne suivants.
garde de toute autre incarnation un
profond silence; mais même elle exalte
lellement (avec l'Ecriture) l'excellence CHAPITRE II.
de l'Incarnation du Verbe, par la(|uelle
il est devenu le chef et le maître de DE l'humanité de J. -CHRIST.
tout, et n'est éleré au-dessus des
Cieu.r pour tout accomplir, comme
le dit SI Paul (Eph. IV. -lo;, que la né-
504. P. I. J.-C. est véritable-
cessité, la convenance, le but, et le ment homme, ou : Le Verbe a
146 DIEU RÉDEMPTEUR

l)ris la nature humaine de même avoir une mère, dit St Bernard,


substance que la nôtre. D'après elle ne pouvait être qu'une
le Concile de Constantinople, Vierge, et si une vierge devait
c'est de foi contre les Docètes devenir mère, ce devait être d'un
qui niaient la réalité du corps de Dieu. 3) Le Concile de Latran,
J.-C. et contre les Eutychiens sous Martin I, l'a ainsi défini en
qui niaient qu'il y eût deux na- 649 « Si quelqu'un ne con-
:

tures en J.-C.. attendu que d'a- fesse pas que Marie a conçu
près eux, la nature humaine absque semine du St-Esprit,
avait été absorbée dans la nature qu'elle a enfanté J.-C. d'une ma-
divine. Pr. Vous cherchez à me nière incorruptible, sa virginité
lue/', moi homme ciui vous ai (lit demeurant entière même après
la vérité. Jean YIII, iO. L'Evan- son enfantement, qu'il soit con-
gile nous fait voir jX. S., man- damné. » S. 1(>2. « Le corps de
geant, buvant, étant fatigué delà N. S., dit le catéchisme romain,
roule, etc. S'il n'avait pas été est sorti du sein de Marie, comme
homme, il n'aurait pu, ni souf- il est sorti du tombeau après sa
frir, ni satisfaire pour nous. résurrection , et comme les
Aussi le Symbole de St Atha- rayons du soleil traversent le
nase dit-il de lui Cesl un: cristal. »
homme parfait dont la substance Il appartient donc à la foi que

est formée d'une dme raisonnable iS. S. a eu un corps humain et


et d'un corps humain. une âme raisonnable; il faut
565. P. II. Il a été conçu du parler de l'un et de l'autre.
Si- Esprit dans le sein de la
Vierge Marie C'est de foi de par
Article I. —
Du Corps de
.
Jésus-Christ
le Symbole. Pr. Ce qui est né en
567. Le corps de N. S. d'a-
elle estdu St-Esprit. Mat. 1.20. près ce que nous avons dit au
Cependant la conception étant réel et vrai, non
n** 564, a été
une œuvre ad extra., est com- pas ou aérien, comme
céleste
mune aux trois Personnes elle ;
l'ont prétendu Valentin, Appelle
est attribuée au St-Esprit, dit le
et leurs sectateurs, mais terres-
catéchisme romain parce que ,
tre et composé de chair comme
c'est une œuvre de charité le ;
le nôtre, par conséquent sensible
sens de la proposition est donc
et mortel. Tout cela appartient
que N. S. n'a point eu d'autre
à la foi, d'après le Concile de
père que Dieu lui-même. On ne
Chalcédoine qui définit que J.-C.
peut pas dire qu'il est Fils du
a été en tout semblable à nous,
Sl-Esprif, parce que,ditSt Tho-
excepté le péché, et par le Sym-
mas, la filiation suppose la gé-
bole qui nous dit qu'il a soufîert
nération en ressemblance déna-
sous Ponce-Pilate. Pr. 1) Tou-
ture. 3. q. 32, a. 3.
chez et voyez qu'un esprit n'a
566. P. III. Marie a été Vierge
pas chair et os comme vous voyez ,

soit avant, soit pendant, soit


que je les ai. (Luc XXIV. 39.) 2).
après son enfantement divin. (
11 a fallu que N. S. souffrît pour
'

C'est de foi contre Jovinien,Hel-


nous racheter.
vidius. etc. Pr. I). Voici qu'une
Il est donc de que le corps de
fui
Vierge concerra et enfantera. N. S. a été mais ra-l-il été
passible
;

h. VII. 14. Je ne connais par miracle ou connatureilemcnl. Quel-


point d'homme. Luc. I. 34, c'est- ques-uns ont pensé qu'il ne l'était (|ue
par miracle, à cause de la vision béa-
à-dire, j'ai fait vœu de virginité. tilique ; mais le sentiment certain et
2) Par la raison. Si Dieu devait commun que Péronne appelle roixin de
JÉSUS-CHRIST. SON HUMANITE Ul
Le SI Docteur enseigne cependant
la foi, enseigne que le corps de N. S. avec les autres théologiens, que le
élail passible par la condition incmc
Verbe a été uni au corps par le moyen
de sa nature. Cependant ce défaut à de l'âme, mais sans priorité de temps,
été volontaire dans le Christ ([ui, s'il
et avec priorité de nature seulement.
l'avait voulu aurait pu absolument
L'âme tient en ellet le milieu entre
prendre un corps impassible, ou em- Dieu et le corps et par là
;
même
pêcher qu'il ne souffrît, mais en lui la qu'elle est la forme du corps, elle est
souffrance n'était point une dette à
la cause formelle qui le constitue et la ;

payer pour le péché dont N. S. était cause a la priorité sur l'effet. (3, q. 6,
absolument exempt. a. 1.)
Toutefois le Christ n'a pas pris les dans le même sens qu on en-
C'est
défauts accidentels du corps, comme seigne que les parties de la nature ont
ïes maladies, car cela ne convenait pas été prises par le moyen de la nature.
à son corps formé par le S(-Esprit ; et La nature, dans l'inlention du Verbe
il n'a pas pris non plus les défauts qui qui la prenait, était avant ses '.parties,
réi)ugnaient à la grâce et à la science bien que celles-ci aient été prises en
de so^i âme divine, comme l'ignorance, même temps.
l'inclination au mal, la difficulté à
faire le bien c'est certain et tous les
:
Art. II. —
De l'âme.
théologiens l'enseignent après St Tho- Et d'abord de sa nature, et
mas. 3, q. XIV, a. 2, a. a, a. 4. ensuite de sa grâce.
568. Le corps de A. S. a-t-il été 570. %\. De la nature de
beau ? Lesauteurs l'affirment plus
communément d'après ces paroles :
l'ame de N. s. L'âme de N. S.
Vous êtes le plus beau des enfants a été plus parfaite que toute âme
des hommes. Ps. XLIV. Mais il
;-!.
humaine, comme il était conve-
n'est pas certain que ces paroles s'ap-
nable à sa dignité. C'est l'ensei-
pliquent à son corps. On enseigne plus
probablement que le corps de N. S. n'a gnement commun. Etait-elle
pas été joli, mais doué d'une beauté plus parfaite par nature que les
grave. Quoi qu'il en soit, on ne chante anges ? On peut l'affirmer, mais
rien avec plus de plaisir, on n'entend
c'est cependant controversé en-
rien de plus doux que Jésus, le Fils de
Dieu. tre les théologiens. (B. n*' 110.)

571. I. De l'intelligence de
569. Le corps de N. S. dans —
l'ame de J.-C. J.-C. cornme
l'Incarnation a-t-iiété pris avant
Dieu a eu la toute science divine;
l'âme ? Il est certain que l'Incar-
et puisqu'il avait deux natures
nation a été laite en un instant
distinctes, il a eu aussi, et dès
par conséquent, ni le corps ni
l'instant de sa conception une
l'âme n'ont été pris avant ni
science humaine. Quelle a été
après. Le corps n'est pas hu-
cette science ?
main sans l'âme, et l'âme n'existe
certain que le
572. 1" Il est
pas avant d'être unie à un corps.
Christ a eu dans sa vie mortelle
T. 3, q. 6, a. 4. Cette vérité est
et dès l'instant de sa conception
même de foi, d'après le con- la science bienheureuse, c'est-
cile de Conslantinople, le sixiè-
à-dire qu'il a joui de la vision
me général « Le Verbe divin
:

intuitive de l'essence divine. Pr.


s'incarne, n'étant pas uni à un
En lui sont tous les trésors de la
corps préexistant ni à une âme
scAence de la sagesse. (Col. II-
et
préexistante ; mais l'une et l'au-
3) Or, celui qui ne voit pas l'es-
tre venant à l'existence, quand le
sence divine ne connaît les cho-
Verbe divin leur est uni. »
ses qu'incomplètement ex parte,
L'âme de X. S. a été unie à comme dit St Paul, T. 3, q. î),
son corps; ce serait UrrrliqucAe a, 2.
penser le contraire, dit 8t Tho- Toutefois, l'âme de N. S. étant
mas ; ce serait ruiner la vérité créée, et par conséquent finie,
de l'humanité de J. C. (3, q. 2, ne peut comprendre pleinement
a. 5.) qui est infinie.
la divine e.ssence
148 DIKU REDEMPTEUR
1
T. 3, q. 10, mais elle
a. 1 ;
pleinement que tous les autres ;

connaîl proprement dans le sans se tourner vers les repré-


Verbe tout ce qui, de quelque sentations de l'imagination, il a
manière que ce soit, a été, est connu anges et les âmes. Ce
les
ou sera, tout ce que les créa- n'est cependant que par la
tures peuvent taire. L'âme de science bienheureuse, et non
N. S. ne sait pas tout ce que par la science infuse, qu'il a
Dieu peut faire, autrement elle connu l'essence divine. T. 3, q.
comprendrait l'essence divine. 11, a. 1, a. 2.
T. 3, q. 10, a. 1 et 4. Cependant 57.5. 3» L'àme de N". S. a eu
comme elle est très parfaitement la science acquise ou expéri-
unie au Verbe, elle voit l'essence mentale, lia appris l'obéissance
divine plus clairement et plus par ce gail a souffert. Rien n'a
parfaitement que les autres créa- manqué à la nature humaine,
tures ; elle voit l'unité et la prise par le Verbe, dit St Tho-
Trinité de Dieu. Aussi le sixième mas or, dans l'homme, il a
:

concile ifénéral a-l-il lancé l'ana- l'intellect agent, comme l'intel-

thènie contre Thémistius qui lect possible donc, il a été en


;

soutenait que le Christ comme J. C. Par cette science N. S. a


homme n'avait pas connu le connu tout ce que l'homme peut
jour du jugement. connaître, en faisant agir l'intel-
573. Cette science bienheureuse n'a lect agent, mais il n'a pas pu
pas empêché N. S. d'être, comme dit connaître l'essence des anges,
la fois viateur et compré-
l'école, à ni toutes les choses singulières
henseur. C'est certain. On appelle
compréhenseur celui dont l'àme jouit
passées, présentes et futures,
déjà de la béatitude. Or, le Christ avait qu'il a cependant connues par la
la science bienheureuse ; donc, il science infuse.
était compréhenseur. On appelle via-
teur celai qui tend à la béatitude ; or, Comme les actions de l'intellect agent
Jésus-Christ, en tant que son âme sont successives, iN. S. par cette science
était passible et son corps mortel ten- n'a pas tout connu dans le commence-
dail vers la béatitude il fallait
; de ment; mais il a tout connu peu à peu
plus qu'il méritât pour nous : donc, il et après quelque temps d'expérience,
était viateur. Il n'y a pas de contradic- c'est à dire après que son enfance a été
tion entre ces deux conclusions, car, passée aussi l'évangéliste dil-il qu'il
;

comme le dit St Thomas, un homme avançait en science et en âge. Mais


peut être savant par rapport à ce qu'il îs'. S. ii'a pu faire aucun progrès dans
connaîl, et ayant besoin d'apprendre la science bienheureuse, ni dans la
par rapport à ce qu'il ne connaît pas. la science infuse, qui étaient en lui
(S, q. -lo, a. dO.) l'ctl'et d'une vertu infinie; il les a eues

parfaites dès le commencement, bien


574. 2° Outre la science bien-
qu'en avançant en âge il fit paraître
heureuse J. G. a eu la science des eflfets plus grands d'une science
INFUSE par des idées innées qui était parfaite dès le principe. Tout
dans son intellect possible, com- ce que nous disons ici est de Si Thomas
q. 9, a. 4, q. il, a. 6, q. 12, a. ±
me dans rintelligencedes iVnges. ;j,

C'est l'opinion commune qui n'a 576.EnsortequeN.S. 1) a con-


que peu de contradicteurs. nu commeDieu dans l'essence di-
L'Ecriture nous l'enseigne V Es- : vine, par la science bienheu-
prit de sagesse et (T intelligence, reuse comme les anges, dans
;

de science et de conseil reposera les idées innées, par la science


sur lui. (Is. II. 2). Par cette infuse ; et comme les hommes
science N. S. a connu tout ce par science expérimentale.
la
qui était du domaine de la !2) Il n'a rien appris des hommes

science humaine, et tout ce qui celui que son père avait donné
poLfs a été révélé, et cela plus pour précepteur aux nations. Is.
JESUS-CHRIST. SON AME 149

LV. 4, ni des anges, lui qui dès a été exempte de tout péché. C'est
sa conception savait tout par la de foi, (a) du péché originel
science infuse. 3j J. C. n'a point d'après ce que nous avons dit
eu d'ignorance. (T. 3 q. 12 a. 3 n° 533 (b) de tout péché actuel.
et 4 et q. 15. a. 3). Il est donc la Pr. 1) ]l convenait que lions
vraie lumière, qui éclaire tout eussions un Pontife saint, inno-
homme venant en ce monde. cent., sans tache. (Hebr. VII. 26.
Approchons-nous de lui et nous 2). Leconcile d'Ephèse prononça
serons éclairés. l'analhème « contre celui qui
577. II. Delà volonté del'ame dirait que J.-C. s'est offert en
UE N.-S. —
J.-C. a eu deux sacrifice pour lui-même... 11 n'a
volontés, l'une divine, l'autre pas eu besoin d'oblation, celui
humaine, avec les opérations qui n'a absolument pas connu le
propres à la nature de chacune péché. » 3). Tout péché en J. C.
d'elles. C'est de foi contre les eut élé imputable à la Personne
iMonolhèlites. Pr. 1) Que votre divine.
volonté se fasse et non la D'oii il faut conclure, que la
mienne. Luc XXII, 42. 2) Par la volonté de N. S. était absolument
raison, J. -Christ a pris une na- impeccable, et c'est certain
ture humaine parfaite et une ; d'après ce que nous venons de
volonté humaine fait partie né- dire.
cessairementde la nature humai- 580. Comment concilier avecrimpec-
ne. Aussi le sixième concile cabilité de N. S. sa liberté surtout
général dit-il : « Nous ensei- dans sa mort, jjuisqu'il avait reçu de
son Père l'ordre de sacrifier sa vie ?
gnons qu'il y a en lui (J.-C)
D'abord l'impeccabilité n'exclut point la
deux volontés naturelles et doux liberté ;car la faculté de péclier n'ap-
opérations naturelles. » T. 3 q. partient pas à l'essence de la liberté,
18, a. 1. dont elle est plutôt un défaut. Ouelques-
uns disent que la volonté du l'ère
Ayant traité de la volonté di- n'était qu'un simple bon plaisir, et non
vine au n"^ 329 et suiv. nous ne un ordre ; d'autres, que J. C. a élé
parlerons ici que de la volonté libre non sur la substance du précepte
mais sur les circonstances ; d'autres
humaine,
enfin qu'il pouvait obtenir la dispense
578. 1° La volonté de J.-C. a de ce précepte ; mais rien de tout cela
été libre : C'est de foi. Je livre n'est nécessaire pour nous convaincre
ma vie et j'ai le pouvoir de la de la liberté de N. S. il suffit pour
l'expliquer qu'il ait eu un secours effi-
livrer et de la reprendre. (Jean
cace qui était dû à sa dignité, et qui
X, 17). 2)11 a élé homme parfait l'ait rendu impeccable ; et un secours
d'après le symbole de St Alha- efficace n'empêche pas que l'acte ne
soit libre, il rend plutôt l'acte libre.
nase ; donc, il était libre. 3j II
V. n" 400.
devait mériter, ce qu'il ne pou-
vait faire sans liberté. De là, concluons que N. S a
pu mériter, puisqu'il était via-
Comment concilier la liberté de
J. C. avec la l'ision béatifique ? Sur teur, libre, et plein de grâce,
ce sujet, les auteurs ne s'accordent pas. comme nous le dirons au
Les uns distinguent entre l'amour no 588.
de Dieu en lui-même, qui est nécessaire
el l'amour des créatures à cause de 581. 3° La volonté de J. C. a-
Dieu qui n'enlève pas la liberté. Les t-elleété toute puissante ? St
autres disent que l'amour de Dieu ne
découle pas nécessairement de la vision
Thomas répond Puisque l'âme
:

béatifique et qu'il peut être libre, lors de N. S. faisait partie de sa na-


môme que l'intelligence voit Dieu. B. ture humaine, il est impossible
qu'elle fût toute-puissante. 3, q.
579. 2° La volonté de N.-S. 13, a. 1. Par sa vertu propre,
150 DIEU REDEMPTEUR

l'âme de N. S. pouvait i^ouver- lonté humaine ne résistait pas,


nerson corps, disposer ses actes ne mais
luttait pas^ plutôt qu'elle
humains, et illuminer toutes les était soumise à la divine vo-
les créatures raisonnables par lonté. » Cependant, St Tho- dit
la plénitude de sa science mas, selon ou plulôt
la volonté,

et de sa grâce ; mais ni les ac- l'appétit sensible, J.-C. a pu vou-


tions de la vie végétative du loir autre chose que Dieu. Nous

corps deN, S., ni le changement allons l'expliquer aussitôt. T. 3^


de l'ordre de la nature n'élaient q. 18, a. 5.
soumis à l'empire propre de 585. III. De la sensibilité de
son âme. l'ame de J.-C. 1» Uâme de N. S.
58!2. Toutefois, comme ins- a été ixissïble c'est de foi d'a-
:

trument du Verbe, l'âme deN. S. près le Symbole. V. n» 517. lia


avait une vertu instrumentale, vraiment porté nos douleurs, dit
capable de laire, soit dans son Isaïe. LXIIl. 4. Le Christ a donc
propre corps, soitdansles autres été sujet à la tristesse et à la
créatures tous les changements crainte : Il commença à élre
miraculeux, qui avaient quelque triste et à craindre ; et si vous
rapport à la fin de l'Incarnation. demandez comment cela a pu se
Le don des miracles, dit St Tho- faire avec la vision béatifique, St

mas, a été donné d'une manière Thomas répond que naturelle-


très excellente à l'âme de N. S., ment de l'âme doit re-
la gloire
de telle sorte que non seulement jaillir sur le corps, à cause de

elle pouvait faire des miracles, leur union mutuelle ; mais que
mais encore elle pouvait commu- celle disposition naturelle était
niquer ce don aux autres. Tou- en J.-C. soumise à sa volonté di-
tefois, elle ne pouvait rien vine, qui a voulu que la gloire
anéantir, car ce pouvoir appar- restât dans l'âme et n'arrivât pas
tient à Dieu seul. 3, q. 13, a. 2, jusqu'au corps, et que le corps
a. 3. pût ainsi soufTrir. Le saint Doc-
teur ajoute « Le Fils de Dieu
:

o83. Cependant il est vrai de dire que


permettait, avant sa passion, à
J.-C. comme homme, a pu faire tout ce
qu'il a voulu ; car il ne convenait pas son corps et à son âme de souf-
à sa sagesse de vouloir ce qui n'était frir ce qui était propre à la na-
pas en son pouvoir mais ce qu'il a
;
ture de chacun. Et il est mani-
voulu faire par sa puissance divine, il
n'a pu le faire que comme
instrument feste que la volonté sensible a
du Verbe. T. Ibid. a. 4. naturellement en aversion les
L'humanité de N. S. faisait-elle phy- douleurs sensibles 11 n'y avait
siquenaent elle-même des miracles, les
opérant elle-même? les thomistes disent
donc point en N. S. de contra-
que oui; les scolistes disent que non, riété de volontés, car il plaisait à
et enseignent qu'elle n'opérait les mi- la volonté divine et à la volonté
racles que moralement en obtenant par
raisonnable de N. S. que sa vo-
la prière fussent faits. D'auU'es
qu'ils
disent que N. S. opérait physiquement lonté sensible agît selon sa na-
les miracles quand il était présent, et ture. » Il serait donc erroné
moralement, quand il était absent. K. d'affirmer qu'il y ait eu dans
§335.
l'âme de N. S. un trouble invo-
La volonté raisonna-
58-4. A° lontaire, comme l'a fait Fénelon.
ble, en N. S., voulait toujours la vV. T. 3, q. 15, a. 5, a. 0, a. 7,
même chose que la volonté di- q. 14, a. 1, q. 18, a. 5 et 6).
vine. C'est de foi, d'après les 58G. 2" Il n'y a imnt eu en
paroles du 6*' Concile Général : J.-C. de foyer de 'péché, et par
« Nous enseignons que la vo- conséquent le corps de Notre
JESUS-CHRIST. SON AME loi

Seigneur a été d'une parfaite grâce; et la grâce est le principe


sainteté, comme il convenait à sa du mérite. Cependant les saints
dignité. J.-C. a eu, il est vrai, patriarches et la Vierge Marie,
les mouvements del'appétilsen- ont mérité l'incarnation d'un mé-
sitif,qu'on appelle passions dans rite de convenance par leurs dé-
les autres hommes mais qu'on ; sirs et leurs prières. T. 3, q.
nomme propassions en X. S.; 2, a. 11. La grâce d'union a fait
car elles n'étaient pas en lui in- J.-C. Fils de Dieu et par consé-
clinées vers le mal, ni préve- quent souverainement agréable
nant, ni entravant en quelque à son Père. C'est là mon Fils
manière la raison. T. 3, q.l5, bien-aimé, en qui j'ai mis mes
a. 2 et 4. Qu'il arrive donc en complaisances. Math. III. 17.
nous le règne de Dieu et que vo- C'est la grâce absolument pro-
tre volonté, ù Père céleste, se pre à N. S. qui n'esl communi-
fasse en nous, comme dansl'àme quée à personne autre.
de votre Fils Jésus ! La grâce d'union, et la grâce
Les théologiens se demandent habituelle de N. S., dont nous
si le Verbe eût pu prendre la allons parler, ne peuvent être
nature humaine avec les mouve- appelées naturellt3s, en ce sens
ments désordonnés des passions. qu'elles constituent en lui la na-
Ils répondent communément ture humaine mais seulement
;

d'une manière négative avec en ce sens qu'elles ont été pro-


Suarez, contre de Lugo, etc. duites par la nature divine du
V. no 519. Verbe, ou encore en ce sens
587. I II. De la grâce de que le Christ les a eues, dès sa
l'ame du Christ. I De la grâce conception. T. 3, q. 2, a. 12.
QUI LE REND AGRÉABLE A DiEU, 588. La GRACE habituelle,
gratum faciente. Cette grâce est qui sanctifie la nature humaine
triple en N. S. de J.-C. est un effet qui découle
1° La GRACE d'union. Par cette de l'union de cette nature à la
grâce, il faut entendre, non l'acte personne du Verbe. Il était né-
par lequel le Verbe a pris la na- cessaire que le Christ eût la
ture humaine, acte que les théo- grâce habituelle, pour trois rai-
logiens appellent unition et qui sons â cause de son union
:

est commun aux


Person- trois avec le Verbe; à cause de la no-
nes mais la grâce à'élre uni
; blesse de son âme, dont les opé-
personnellement au Verbe de rations touchaient de si près la
Dieu, comme parle St Thomas, Divinité; et parce qu il fallait que
ou l'être personnel qui est donné sa grâce rejaillît sur les autres.
gratuitement âla nature humaine Si on considère, celle grâce
en la personne du Verbe; et il comme sanctifiant l'âme de l\. S.
est certain que celle grâce est elle s'appelle simplement habi-
iniinie, puisque la personne du tuelle ; et si on la considère
Verbe est infinie. T. 3, q. 6, a. comme rejaillissant sur les au-
6, q. 7, a. 11. Celte union est tres, on la nomme grdcedechef.
une grâce, car elle n'a été mé- Parlons (A) de toutes deux en
:

ritée condignement ni par le général, et (B) de la grâce de


Christ, ni par personne; elle est chef en particulier.
au-<lessus de tout l'objet du mé- (A). Or, l'une et l'autre peu-
rite, qui est l'union des bien- vent être considérées l)comine :

heureux avec Dieu; et elle est un être, et il est nécessaire que


elle-même le principe de toute cet être soit fini ; car il est dans
lo2 DIEU REDEMPTEUR

Tàme de N. S., comme dans son quand il possède pleinement la


sujet ; et l'âme de N. S. est une grâce vu sa condition, soit d'une
créature, qui a une capacité li- manière intense, selon la me-
mitée. 2) On peut les considérer sure marquée par Dieu, soit
au point de vue de la j^ràce elle- d'une manière étendue, par rap-
même, et de ce qu'elle com- port à ceux auprès desquels il a
porte ; on peut dire que
et ainsi une mission à remplir. Et cette
cette grâce est infinie dans le dernière sorte de plénitude est
Christ, parce que rien ne lui communiquée par J.-C. aux au-
manque de tout ce que la grâce tres et surtout à la B. Vierge
comporte, de la même manière Marie. Ibid. a. 10.
qu'on peut dire que la lumière Comme J.-C. a eu toute la
du soleil est infinie, non pas se- plénitude de la grâce dès le com-
lon son être, mais parce qu'elle mencement, il est impossible
a tout ce que comporte la lu- que la grâce ait augmenté en lui
mière. T. 3, q. 7, a. 11. de quelque manière. Ibid, a. 12.
589. (a). J.-C. a eu dejmis 591. (c). Jésus -Christ arec la
sa conception la plénitude de la grâce a eu toutes les vertus qui
grâce, soit d'une manière intense convenaient à sa dignité. C'est
en lui-même, soit d'une manière certain. De même que la grâce
extensive pour la communiquer perfectionne l'essence de l'âme,
aux autres. C'est certain. Pr. l) de même les vertus perfection-
Nous l'avons vu plein de grâce et nent ses puissances; et de même
de vérité. (Jean. 1). 2) Plus un ré- que les puissances de l'âme dé-
cipient s'approche de la source, coulent de l'âme elle-même, de
plus il reçoit abondamment. Or, même les vertus découlent delà
l'âme du Christ est unie à Dieu grâce. Donc, puisque la grâce de
plus intimement que toute au- J.-C. a été 1res excellente, il
tre donc elle a eu la grâce au
; s'ensuit que toutes les vertus en
plus haut degré et de la manière ont découlé. Cependant X. S. n'a
la plus parfaite qu'on puisse l'a- pas eu la foi, car il voyait, ni
voir. De plus, l'âme du Christ l'espérance de la vision béatifi-
recevait la grâce pour la répandre que, dont il jouissait. Il espérait
sur les autres, et il a fallu par cependant ce qu'il ne possédait
conséquent, qu'il eût une très pas encore, comme la gloire de
grande grâce, comme le feu qui son corps. Il n'a pas eu non plus
est la cause de la chaleur est lui- pour lui-même la vertu de pé-
même très chaud. 3. q. 7, a. 9. et nitence, puisqu'il était impecca-
q. 34, a. A. ble. Voir nos 2028 et 2036. T.
590. (6). Seul N. S. J -C. a 3, q. 7, a. 2, a. 3, a. 4.
eula plénitudede la grâce, d'une 592. (rf) Puisque J.-C. était
manière intense, c'est-à-dire, le parfaitement guidé par le St-
plus excellent et plus haut de-
le Esprit, il a eu d'une manière
gré de l'essence de
la grâce, et très excellente les dons de cet
d'une manière extensive, c'est- Esprit divin. C'est certain par
à-dire pour la répandre sur tous ces paroles d'Isaïe L'Esprit-
:

et en produire en tous les effets; Saint reposera sur lui,elc., v. n"


mais il y a une autre plénitude 574. Sans doute il n'a pas eu la
de grâce, considérée, non en elle- crainte d'être séparé de Dieu par
même, mais dans le sujet qui la une faute, ni la crainte d'être
reçoit; et ainsi, on dit que quel- puni pour un péché, puisqu'il
qu'un a la plénitudede la grâce, était sans souillure ; mais per-
JESUS-CHUIST. SON AME 153

sonne n'a eu, au même dei,'ré tous les fidèles; c'estvoisin de


que lui, un sentiment de reli- la foi qu'il larépand sur les in-
gion et de respect pour Dieu. ï. fidèles adultes. (Quant aux en-
3, q. 7, a. 5, a. 6. fants qui meurent sans baptême
503. (B) De la grâce de chef. voir 11» G4'J). C'est l'opinion
— Cette grâce ne se distingue commune (lu'il a répandu la
de la grâce habituelle, que par grâce sur Adam dans l'état d'in-
la raison qui considère la grâce nocence. B. 220. (iependant J.-C.
habituelle de N. S., comme se n'est actuellement et réellement
répandant sur les autres. T.III ,q. le chef que des bienheureux, des
8, a. 5. justes, et de ceux qui ont la foi;
P. Jésus-Christ est le chef de en dehors d'eux, ce n'est qu'en
l Eglise. C'est certain. Dieu., dit puissance qu'il est le chef de
S. Paul, Va placé comme chef au- tous les prédestinés et de tous
dessus de toute V Eglise. Eph. I. ceux qui doivent être damnés.
Quand on dit que Jésus-Christ Ceux qui déjà sont damnés ne
est la lète ou le chef de l'Eglise, sont plus, mais ont été pendant
cela signifie :
1) qu'il est placé leur vie, en puissance de devenir
plus haut que tous les membres membres de J.-C. D. T.
de l'Eglise, 2) qu'il est plus par- 595. {b). Par rapport aux
fait que tous, car la tète est le anges. Ce n'est pas douteux que
siège où se réunissent tous les N. S. soit le chef des anges dans
sens intérieurs et extérieurs. Et les deux premiers sens que nous
il est certain que N. S. est chef avons indiqués. // est, dit St
de l'Eglise, dans ces deux pre- Paul, le chef de toute principauié
miers sens, car il est plus près et de toute puissance. Col. 2;
de Dieu ; il a une perfeclion de mais il s'agit ici du troisième
grâce supérieure à celle des an- sens. Tous admettent que quel-
ges. Tanto melior angelis effec- ques biens ont découlé du Christ
tus. Jleb. l.A. —
3)Gela signifie sur les anges, par ex. la con-
:

que, comme la tète influe sur naissance de l'Incarnation, la


tout le corps, ainsi N. S. répand joie du salut des hommes; mais
la grâce sur tous les membres les anges ont-ils obtenu leur
de l'Eglise, selon cette parole : grâce et leur gloire par les mé-
Nous avons tous reçu de sa plé- rites de J.-C. ? Les uns l'affir-
nitude Et N. S. influe par son ment, les autres le nient B.2'i7.
humanité, soit par son âme, soit 506. Si vous demandez com-
par son corps, sur les âmes prin- ment le Christ, avant d'exister
cipalement et secondairement comme homme, a répandu la
sur les corps, en ce sens que les grâce sur les anges et sur Adam,
corps, par la grâce répandue nous répondrons que ce n'est
dans l'âme deviennent des ins- pas plus difficile de l'expliquer
truments de justice, et que la que pour les saints de l'Ancien
vie de la gloire de l'âme rejail- Testament et pour Adam coupa-
lira sur le corps. T. III, q. S, a. 1 ble, comme nous allons le voir
et a. 2. aussitôt.
594. Mais précisons d'une ma- 597, La prédestination.^ c'est
nière nette, la manière dont la disposition éternelle faite par
N. S, est le chef de l'Eglise, Dieu, des choses que la grâce
dans ce troisième sens. {a). Par opère dans le temps. Or, J.-C.
rapport aux hommes. C'est de a été prédestiné de toute éternité
foi qu'il répand la grâce sur à être Fils de Dieu. On ne peut

10
154 DIEU REDEMPTEUR

pas dire en eïïet, que Dieu n'a Il est certain que J.-C. est la

pas disposé de toute éternité cause méritoire de la grâce pour


l'union des deux natures, qui tous les hommes et la cause in-
s'est accomplie dans le temps, strumentale et secondaire de la
en J.-C. ; autrement il s'en sui- grâce. V. n. 711.
vrait qu'il surviendrait quelque Mais les théologiens se demandent si
chose de nouveau à l'intelligence J.-C, comme homme, répand la grâce
divine. physiquement, comme cause physique,
prédestiné
comme par exemple une hache fend le
Et N.-S. a été
bois, ou seulement, s'il répand la grâ-
comme homme, et non comme ce d'une manière morale, comme par
Dieu, car la prédestination re- ex le commandement du chef produit
:

la manœuvre du soldat, de telle sorte


garde les choses de la grâce; et
qu'à la voix, ou à la prière de N.-S.,
ce n'a pas été une grâce pour la Dieu sanctifie les âmes. Tous s'accor-
nature divine de s'unira la nature dent à dire que N.-S. n'a pas produit
humaine ; mais c'a été une grâce physiquement la grâce dans les hom-
mes qui ont précédé sa venue sur la
pour la nature humaine d'être terre ; mais, après sa venue, les tho-
unie au Verbe. (T. III, q. 24, a. mistes pensent que N.-S. influe la grâ-
ce |)hysiquement, comme cause instru-
on considère la prédestina- mentale et secondaire les autres, tout
Si ;

en attribuant à N.-S. une vraie effica-


tion de J.-C. dans l'acte de Dieu cité dans la production de la grâce,
prédestinant, il est clair que ce di.sent qu'il ne la répand que morale-

seul et même acte a prédestiné ment. V. S. des Sacrements, no 118


et suiv. et -140. V. ci-dessus no 583.
J.-C. et les hommes; mais, si
pouvoir que J.-C. comme homme
I.e
on considère l'effet et le terme a de produire physiquement la grâce,
de la prédestination de J.-C, soit par les sacrements, soit d'une au-
ti'e manière, s'appelle puissance d'ex-
cette prédestination est le modè-
cellence. T. III, (j. G4, a. 3.
le et la cause de la nôtre le :

modèle, car la prédestination de La Grâce actuelle.


599. 3"
J.-C. a été gratuite comme la nô- Nous avons donc parlé de la
tre, il a été prédestiné à cire Fils grâce habituelle de N.-S. et de
unique de Dieu, comme nous sa grâce de chef nous n'avons
;

sommes prédestinés à être les plus qu'à ajouter un mot sur sa


enfants adoplifs de Dieu. La pré- grâce actuelle. N.-S. n'a pas eu
destination de J.-C. est la cause de grâce actuelle excitante, car
de la nôtre: car Dieu a disposé à cause de son union au Verbe,
éternellement notre salut, en son âme était dans une vigilance
prédestinant qu'il serait opéré continuelle. Mais il est probable
par J.-C; car la prédeslinalion qu'il a eu la i^ràce adjurante. S.
atteint non seulement ce qui se 262.
fait dans le temps, mais encore 600. II. De la Grâce gratui-
la manière dont cela se tait. T. tement i)ON>ÉE a N.-S. gratis
III, q. 2i, a. 3 et 4. Et il est data. V. 110 667. J.-C. a eu toutes
clair que tout ce que dit St Tho- les grâces graluitement données.
mas de l'homme déchu peut s'ap- C'est certain. De même que dans
pliquer parfaitement à Adam in- la tête se réunissen