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DRO

CIV
T L I 1
TOME I 

Droit des personnes

Par

COULIBALY CLIMANLO Jérôme

Edition 2020
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- Cours de Droit Constitutionnel et de Science Politique
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Par le Professeur Coulibaly Climanlo Jérôme
Maître de conférences -Agrégé des Facultés de Droit
- Cours de Droit Civil I - Droit des Personnes et de la Famille
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- Cours d’Histoire comparative des Institutions méditerranéennes et négro-africaines
- Cours d’Histoire des institutions coloniales de l’Afrique Occidentale Française
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- Annales de Sciences Physiques / Terminales C, D & E
- Annales des sciences de la vie et de la terre / Terminale D
- La source du succès en Histoire-Géographie / Terminales A, B, C & D
- Cahier de cours de philosophie – Recherche des idées par les textes / Terminale toutes séries
- La dissertation et le commentaire en bref - La méthode de la culture pour affronter les épreuves
de philosophie au BAC
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Table des matières

Pages
INTRODUCTION GÉNÉRALE.............................................................…13
SECTION 1 - L'OBJET DU DROIT CIVIL...............................................................14
Paragraphe 1 - La place du droit civil dans les divisions du droit......15
A- Le droit civil est une branche du droit privé.............................................15
B- Le droit civil est un droit substantiel.........................................................16
Paragraphe 2  : La place du cours de droit civil de 1ère année dans
les divisions du droit civil.............................................................................17
SECTION 2 - LES SOURCES DU DROIT CIVIL.....................................................18
Paragraphe 1 - La loi écrite source prédominante en droit civil............19
A- L'évolution historique du droit civil français.............................................19
1- Avant le Code Civil.................................................................................19
2- Le Code Civil...........................................................................................21
3- L'évolution postérieure du Code Civil...................................................22
B- L'évolution historique du droit civil ivoirien..............................................22
Paragraphe 2 - Les sources secondaires du droit civil...................................26
A- La coutume..................................................................................................26
1– Généralité sur la coutume.....................................................................26
a- Les éléments constitutifs de la coutume..........................................26
b- Les rapports Coutume-Loi.................................................................26
2- Le rôle de la coutume en Droit Ivoirien................................................27
a- En droit positif (lege lata)...................................................................27
b- Le droit souhaitable (lege ferenda)...................................................29
B- La jurisprudence.........................................................................................29
C- La doctrine...................................................................................................32
TOME I: DROIT DES PERSONNES......................................................35
PREMIÈRE PARTIE:LES PERSONNES PHYSIQUES........................39
TITRE 1ER: L'INDIVIDUALISATION DE LA PERSONNE PHYSIQUE. 40
CHAPITRE 1: L’EXISTENCE DE LA PERSONNE PHYSIQUE...........41
SECTION 1 - LE DÉBUT ET LA FIN DE LA PERSONNALITÉ.................................41
Paragraphe 1 - Le début de la personnalité juridique............................41
A- Le principe...................................................................................................42
B- Les tempéraments au principe..................................................................43
1- Les conditions d'application de la règle "infans conceptus"…..........44
Conclusion...........................................................................................46
2- La portée de la règle infans conceptus................................................46
3- La preuve de la date de la conception.................................................48
Paragraphe 2 - La fin de la personnalité juridique..................................51
A- La fin de la personnalité juridique par le constat de la mort physique. 51

Table des matières


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

B- La survie de la personnalité juridique après la mort physique..............52


SECTION 2 - L'EXISTENCE INCERTAINE DE LA PERSONNE PHYSIQUE..............52
Paragraphe 1- Les mesures pouvant être prises en cas de non
présence........................................................................................................54
Paragraphe 2 - La disparition.....................................................................55
A- La procédure de déclaration du décès.....................................................56
B- Le retour du disparu...................................................................................57
Paragraphe 3 - Le régime juridique de l'absence............................................60
A- Evolution historique du régime de l'absence...........................................60
B- La situation pendant l'absence..................................................................61
C- Le retour de l'absent...................................................................................63

CHAPITRE 2: L'IDENTIFICATION DE LA PERSONNE PHYSIQUE. .65


SECTION 1 – LE NOM DES PERSONNES PHYSIQUES........................................65
Paragraphe 1 - L'attribution du nom..........................................................67
A- L'attribution originaire du nom...................................................................67
1- Le nom de l'enfant légitime....................................................................68
2- Le nom de l'enfant naturel.....................................................................70
3- Le nom de l'enfant non reconnu...........................................................70
B- L'attribution par changement de nom.......................................................71
1- Les changements de nom par voie de conséquence.........................71
a- Le nom de l'adopté.............................................................................72
- En cas d'adoption plénière...........................................................72
- En cas d'adoption simple..............................................................72
b- Modification du nom par l'effet du mariage.....................................73
2- Le changement de nom à titre principal...............................................75
Paragraphe 2 - La nature juridique du nom.............................................77
A- Le nom considéré comme une institution de police...............................77
1- L’immutabilité du nom............................................................................78
2- Le caractère obligatoire du nom...........................................................79
B- Le nom considéré comme un droit individuel..........................................80
Paragraphe 3 - La défense du nom...........................................................82
A- L'usurpation proprement dite du nom.......................................................83
B- L'utilisation du nom d'autrui sans autorisation.........................................84
1- L’utilisation à des fins commerciales....................................................85
2- L’utilisation du nom d'autrui dans une œuvre littéraire.......................85
Paragraphe 4 – Les compléments et les accessoires du nom.............87
A- Le prénom....................................................................................................87
B- Les accessoires du nom............................................................................89
1- Les surnoms et les pseudonymes........................................................89
2- Les particules..........................................................................................91
SECTION 2 - LE DOMICILE DES PERSONNES PHYSIQUES.................................91
Paragraphe 1 - Les fonctions du domicile................................................92
A- Le domicile, point de rattachement a une circonscription territoriale. .92
1- Le domicile, critère de compétence territoriale des tribunaux........93

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Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

2- Le domicile, lieu de célébration et d'accomplissement de certains


actes juridiques............................................................................................94
B- Le domicile, lieu présomptif de la présence permanente de la
personne...........................................................................................................95
Paragraphe 2 - La détermination du domicile..........................................95
A- Le domicile volontaire................................................................................96
B- Le domicile légal.........................................................................................97
1- Les domiciles de fonction.......................................................................97
2- Les domiciles de dépendance...............................................................97
Paragraphe 3 - Les caractères du domicile.............................................99
A- Le caractère obligatoire du domicile.........................................................99
B- L'unité du domicile......................................................................................99
C- La fixité du domicile..................................................................................101

CHAPITRE 3: L'ÉTAT CIVIL DES PERSONNES PHYSIQUES.........103


SECTION 1 - LA CONSTITUTION DE L'ÉTAT CIVIL : LES ACTIONS D'ÉTAT........104
Paragraphe 1 - Les caractères généraux des actions d'état...............105
A- Le caractère personnel des actions d'état.............................................105
B- L'indisponibilité des actions d'état...........................................................106
C- L'imprescriptibilité des actions d'état......................................................107
Paragraphe 2 - L'autorité des jugements d'état.....................................107
SECTION 2 - LA CONSTATATION DE L'ÉTAT CIVIL : LES ACTES D'ÉTAT CIVIL. 108
Paragraphe 1 - L'organisation de l'état civil...........................................109
A- La division territoriale de l'état civil.........................................................109
B- Le personnel de l'état civil.......................................................................109
C- Les documents d'état civil.......................................................................110
1- Les registres..........................................................................................110
2- Le livret de famille.................................................................................110
Paragraphe 2 - Les actes d'état civil.......................................................111
A- Le formalisme des actes d'état civil........................................................111
1- Les règles normales.............................................................................111
a- Les règles communes à tous les actes de l'état Civil..................111
b- Les règles spéciales à chaque catégorie d'acte d'état Civil........114
2- Les mécanismes de suppléance.........................................................114
a- Le défaut d'acte................................................................................114
- Les procédures transitoires en cas de défaut d'acte d'état Civil
............................................................................................................114
- Les dispositions permanentes....................................................115
b- La destruction de l’acte....................................................................116
3- La méconnaissance des règles de forme..........................................116
a- Les sanctions....................................................................................116
b- La rectification des actes d'état Civil..............................................117
B- La fonction des actes de l'état civil.........................................................119
1- Les actes de l'état Civil, éléments de publicité..................................119
2- La force probante des actes d'état Civil.............................................120

Table des matières


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

TITRE II: LES ATTRIBUTS DES PERSONNES PHYSIQUES...........121


SOUS-TITRE I: LES COMPOSANTES DES DROITS DES PERSONNES
PHYSIQUES.......................................................................................... 122
CHAPITRE 1: LES DROITS EXTRA-PATRIMONIAUX......................123
SECTION 1 - LES DIFFÉRENTS DROITS EXTRAPATRIMONIAUX........................123
Paragraphe 1 - Les droits publics et politiques de la personne
physique.......................................................................................................123
A- La consécration juridique des droits de l'homme..................................123
B- Le contenu juridique des droits de l'homme..........................................124
C- Les conséquences civiles des droits de l'homme................................125
Paragraphe 2 - Les droits privés de la personne physique ou droits
privés de la personnalité...........................................................................126
A- Les droits à l'intégrité morale..................................................................127
1- Le droit à l'honneur...............................................................................127
2- Le droit au respect de la vie privée.....................................................128
a- L'existence du droit..........................................................................128
b- Les sanctions du droit......................................................................129
3- Le droit à l'image...................................................................................130
B- Les droits sur les œuvres de l'esprit.......................................................131
SECTION 2 - LE RÉGIME JURIDIQUE DES DROITS DE LA PERSONNALITÉ.......132
Paragraphe 1 - Les caractères.................................................................132
Paragraphe 2 - Les sanctions..................................................................133
CHAPITRE 2: LES DROITS PATRIMONIAUX....................................134
SECTION 1 - L'ANALYSE DES DIFFÉRENTS DROITS PATRIMONIAUX................134
Paragraphe 1 - La définition du droit réel et du droit personnel..........134
A- Le droit réel................................................................................................134
1- Les droits réels principaux...................................................................135
2- Les droits réels accessoires................................................................135
B- Le droit personnel.....................................................................................136
Paragraphe 2 - La comparaison entre le droit réel et le droit
personnel.....................................................................................................136
A- Les différences..........................................................................................136
B- Les rapprochements entre les deux droits............................................138
SECTION 2 - LA SYNTHÈSE DES DROITS PATRIMONIAUX : LE PATRIMOINE....138
Paragraphe 1 - La composition du patrimoine.......................................139
Paragraphe 2 - Les caractères du patrimoine.......................................140
SOUS-TITRE II: LES LIMITES AUX DROITS DES PERSONNES
PHYSIQUES : LES INCAPACITÉS.....................................................141
Section préliminaire - Généralités sur les incapables..........................141
Paragraphe 1 - Classification et fondements des incapacités............141
A- Les incapacités de jouissance................................................................142

Table des matières


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

B- Les incapacités d'exercice.......................................................................143


Paragraphe 2 - Les remèdes aux incapacités.......................................143
A- Les mesures préventives.........................................................................143
1- La protection de l'incapable suppose donc un choix entre un
mécanisme de représentation et un mécanisme d'assistance............144
2- Il y a en effet une échelle des actes juridiques.................................144
B- Les mesures répressives.........................................................................145
CHAPITRE 1: L'INCAPACITÉ DU MINEUR........................................147
Section 1- L’organisation de la protection du mineur...........................147
Sous-section 1- Le système normal : La puissance paternelle et
l'administration légale...............................................................................147
Paragraphe 1 - L'attribution de la puissance paternelle................................148
A- Les règles normales d'attribution............................................................148
1- Les enfants soumis à la puissance paternelle..................................148
2- Les parents titulaires de la puissance paternelle.............................149
B- Les modifications des règles légales d'attribution................................151
1- Les aménagements de la puissance paternelle................................152
a- L’assistance éducative.....................................................................152
b- La délégation de la puissance paternelle......................................153
2- La déchéance et le retrait partiel des droits de la puissance
paternelle....................................................................................................154
Paragraphe 2 - Les attributs de la puissance paternelle...............................156
A- Les attributs relatifs à la personne de l'enfant.......................................156
1- La garde et la surveillance de l'enfant................................................157
2- L'entretien et l'éducation de l'enfant...................................................158
B- Les attributs relatifs aux biens de l'enfant..............................................158
1- Le droit d'administrer les biens de l'enfant........................................159
a- Les règles communes aux deux formes d'administration légale 159
 - L'ouverture et la fin de l'administration légale........................159
- Les organes de l'administration légale......................................159
- Le fonctionnement de l'administration légale............................160
b- Les règles particulières à chacune des deux formes
d'administration.....................................................................................160
- L'administration légale pure et simple.......................................160
- L'administration légale sous contrôle judiciaire........................161
2- Le droit de disposer des revenus de l'enfant.....................................161
Sous-section 2 - Le système exceptionnel : La tutelle.........................162
Paragraphe 1 - L'organisation de la tutelle............................................162
A- Ouverture et fin de la tutelle....................................................................162
1- Les cas d'ouverture..............................................................................162
a- L’ouverture de plein droit de la tutelle............................................162
b- L’ouverture facultative de la tutelle.................................................163
2- La fin de la tutelle..................................................................................163
B- Les organes de la tutelle..........................................................................163
1- Les organes étatiques..........................................................................163

Table des matières


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

2- Les organes familiaux..........................................................................163


a- Le tuteur.............................................................................................163
- La dévolution de la charge tutélaire..........................................164
- Les caractères de la charge tutélaire........................................164
b- Le conseil de famille.........................................................................165
- Composition..................................................................................165
- Rôle du conseil de famille...........................................................165
- Fonctionnement du conseil de famille.......................................166
Paragraphe 2 – Le fonctionnement de la tutelle............................................166
A- Tutelle et personne du mineur................................................................166
B- Tutelle et biens du mineur.......................................................................167
SECTION 2 - LA CONDITION JURIDIQUE DU MINEUR.......................................169
Paragraphe 1 - La situation du mineur non émancipé.........................169
A- Le mineur et les actes juridiques............................................................169
1- Le principe.............................................................................................169
2- Les dérogations et tempéraments à l'article 27 de la loi.................170
B- Les faits juridiques....................................................................................171
Paragraphe 2 - La situation du mineur émancipé..........................................172

CHAPITRE 2: LES INCAPACITÉS DES MAJEURS..........................173


SECTION 1 - LES MAJEURS N'AYANT PAS FAIT L'OBJET DE MESURES DE
PROTECTION....................................................................................................173
Paragraphe 1 – Les faits juridiques.........................................................173
Paragraphe 2 - Les actes juridiques........................................................174
SECTION 2 - LES MAJEURS AYANT FAIT L'OBJET DE MESURES DE
PROTECTION......................................................................................................175
Paragraphe 1 - Le régime de l'interdiction judiciaire.....................................175
A- Les conditions de l'interdiction judiciaire................................................175
B- Les effets de l'interdiction........................................................................176
1- L’incapacité de l'interdit........................................................................176
2- Le régime de protection : la tutelle......................................................176
Paragraphe 2 – L'internement..................................................................177
A- La procédure.............................................................................................177
1- Le placement d'office ou administratif................................................177
2- Le placement volontaire......................................................................177
B- La situation juridique des internés..........................................................177
1- Le principe de l'incapacité de l'interné...............................................177
2- La gestion des biens de l'interné........................................................178
Paragraphe 3 – Le conseil judiciaire.......................................................178
DEUXIÈME PARTIE:LES PERSONNES MORALES.........................179
CHAPITRE 1: LA RECONNAISSANCE DE LA PERSONNALITÉ
CIVILE................................................................................................... 181
SECTION 1 - LA RECONNAISSANCE DE LA PERSONNALITÉ CIVILE PAR LA LOI
.........................................................................................................................181

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Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Paragraphe 1 - Les personnes morales instituées par la loi...............181


A- Les personnes morales publiques..........................................................181
B- Les personnes morales mixtes...............................................................182
1- Les organismes publics du secteur économique..............................182
2- Les groupements obligatoires du secteur professionnel................183
Paragraphe 2 - Les personnes morales instituées par la volonté de
l'homme........................................................................................................183
A- Les groupements d'individus...................................................................183
1- Les personnes morales à but lucratif.................................................184
2- Les personnes morales sans but lucratif...........................................185
B- Les groupements de biens......................................................................186
SECTION 2 - LA RECONNAISSANCE DE LA PERSONNALITÉ CIVILE EN DEHORS
DE LA LOI.........................................................................................................187
Paragraphe 1 - La controverse doctrinale..............................................187
A- La thèse de la fiction de la personnalité morale...................................188
B- Les thèses de la réalité de la personne morale....................................188
Paragraphe 2 - La solution du droit positif..............................................190
A- La consécration des thèses de la réalité...............................................190
B- Les limites de la thèse de la réalité........................................................191
1- Par rapport aux personnes physiques...............................................191
2- Par rapport au législateur....................................................................192

CHAPITRE 2:LE RÉGIME JURIDIQUE DES PERSONNES MORALES193


SECTION 1 - CRÉATION ET DISPARITION DES PERSONNES MORALES............193
Paragraphe 1  - La constitution des personnes morales......................193
A- L'acte initial de constitution......................................................................193
B- Les formalités supplémentaires..............................................................193
Paragraphe 2  - La disparition des personnes morales........................194
A- Les causes de la disparition....................................................................194
B- Les conséquences de la disparition.......................................................195
SECTION 2 - ORGANISATION ET FONCTIONNEMENT DES PERSONNES
MORALES.........................................................................................................196
Paragraphe 1  - Les principes d'organisation.........................................196
A- Le principe d'autonomie...........................................................................196
B- Le principe de division du travail.............................................................197
1- L’organe délibérant...............................................................................197
2- L’organe exécutif...................................................................................198
Paragraphe 2  - Le fonctionnement des personnes morales...............198
A- Les moyens de l'autonomie : La personnalité civile des personnes
morales...........................................................................................................198
1- L'aptitude à être titulaire de droit.........................................................199
a- Le patrimoine de la personne morale............................................199
b- Les attributs extra-patrimoniaux de la personne morale.............200
* L e n o m ...............................................................................................200
2- L’aptitude à exercer les droits.............................................................202

Table des matières


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

B- Les limites de l'autonomie des personnes morales : Le principe de


spécialité.........................................................................................................202

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Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Introduction générale
Le mot Droit comporte, traditionnellement, deux
significations :

 Dans un premier sens, le mot Droit désigne


l'ensemble des règles destinées à organiser la vie en
société.

Dans cette première acception, la règle de droit


concerne chacun et ne désigne personne en particulier.
Ainsi, par exemple, l'article 1382 du Code Civil
dispose : « Tout fait quelconque de l'Homme qui cause à
autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est
arrivé à le réparer ».
Cet article, cité en exemple, pose un principe
destiné à s'appliquer à tous ; ce principe est général et
impersonnel.
L'ensemble des règles de Droit qui posent de tels
principes (généraux et impersonnels) constitue ce qu'il
est convenu d'appeler le Droit objectif.

On parle de Droit Objectif dans la mesure où le


Droit est défini par son objet, c'est-à-dire l'organisation
de la vie sociale. Cette première définition envisage la
règle de Droit en elle- même et pour elle- même ; on ne
tient pas compte de l'application de la règle de Droit aux
personnes qui y sont soumises. On n'envisage pas la
mise en œuvre de la règle de droit.

Vous conviendrez avec moi que cette première


définition du mot Droit est trop abstraite. En effet, elle
ne permet pas de saisir réellement l'essence des règles
de Droit ; elle ne met pas en lumière le but essentiel des
règles de Droit, à savoir, organiser la vie en société, en
d'autres termes, régir les personnes c'est-à-dire les
sujets de Droit.

Introduction générale 14
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

 On comprend donc que le mot Droit comporte


une seconde acception.

Cette fois-ci le Droit sera envisagé de manière plus


concrète et particulière. Ainsi le mot Droit visera des
prérogatives individuelles que les sujets de Droit ont
vocation à puiser dans l'ensemble des règles qui
constituent le Droit objectif. Autrement dit, le Droit sera
le pouvoir qu'ont les personnes, sujets de droit,
d'évoquer l'application de la règle de Droit générale et
impersonnelle (droit objectif) à leur situation particulière.
Le mot Droit qu'évoque cette application de la règle
de Droit à des situations individuelles et particulières est
qualifié de Droits subjectifs car ces droits seront
envisagés par rapport à leurs sujets. Si l'on reprend
l'hypothèse de l'article 1382 du Code Civil, il s'agira
alors du Droit reconnu par exemple à Kouadio qui a subi
un dommage par la faute de Konan d'en réclamer la
réparation à celui- ci.

Notons pour terminer que les deux significations du


mot « Droit » que nous venons de voir ne s'opposent pas
l'une à l'autre. Bien au contraire, elles sont
fondamentalement complémentaires car elles sont deux
manières différentes d'envisager un même phénomène :
le droit.

Il convient à présent de nous demander ce qu'est le


Droit Civil.
Le Droit Civil peut se définir soit par son objet, soit
par ses sources.

 Deux sections

Section 1 - L'objet du droit civil


Pour définir l'objet du Droit Civil, il faut déterminer
la place du Droit Civil dans les grandes divisions du
Droit.

Introduction générale 15
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Paragraphe 1 - La place du droit civil dans les divisions


du droit.
On procède traditionnellement à une distinction
entre Droit Privé et Droit Public :

- Le Droit Privé regroupe l'ensemble des


règles qui s'appliquent aux rapports entre les
particuliers et qui assurent en priorité la sauvegarde
d'intérêts individuels.

- Quant au Droit Public, il rassemble les


règles qui organisent l'Etat et les collectivités
publiques. Le Droit Public comprend également les
règles qui régissent les relations établies par l'Etat et
les collectivités publiques, pris comme expression de
la puissance publique, avec les particuliers.

Cette "summa divisio" - Droit public - Droit privé -


n'est pas exempte de critiques. En effet, cette distinction
tend à masquer l'unité du Droit, expression d'un projet
politique unique.
Malgré cette critique, il convient cependant de
retenir la distinction, car elle est un instrument
nécessaire de classification.

Dès lors dans laquelle de ces deux branches se


situe le Droit Civil  ?

On peut affirmer que le Droit Civil est non


seulement une branche du Droit Privé, mais également
un Droit substantiel du Droit Privé.

A- Le droit civil est une branche du droit privé.


Le Droit Civil va étudier par exemple le statut des
personnes : mariage, divorce. Il va étudier la propriété,
les contrats, les successions et le régime des biens des
personnes mariées.
On peut donc définir le Droit Civil comme
l'ensemble des règles applicables aux rapports des

Introduction générale 16
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

particuliers entre eux sans considération de leurs


professions.

Le Droit Civil régit les rapports entre les particuliers


tels qu'entre un bailleur et son locataire, entre les
héritiers, entre les parents et leurs enfants, etc.

Le Droit Civil est donc essentiellement une branche


du Droit Privé. Il ne s'intéresse qu'aux rapports entre
des personnes privées.

A l'intérieur du Droit Privé, le Droit Civil occupe une


place importance : c'est un Droit fondamental.

B- Le droit civil est un droit substantiel.


Le Droit Civil est le Droit Privé fondamental parce
qu'il règle les rapports juridiques entre des personnes
privées dans ce qu'elles ont d'essentiel et de général.
Cela donne une vocation particulière au Droit Civil : il va
être le lieu des concepts fondamentaux du Droit :
Exemple : Théorie des nullités, des contrats, de la
responsabilité.

Dans le Droit Privé, il y a des droits spéciaux


applicables à certaines personnes en fonction de leur
emploi. Ainsi par exemple, le Droit Commercial va régir
les rapports entre commerçants ; le Droit du Travail va
définir la condition des travailleurs salariés, le Droit rural
réunit l'ensemble des règles qui organisent l'espace
foncier agricole, … le Droit des assurances, le Droit des
transports etc.

Le Droit Civil, c'est le Droit Privé , moins tous ces


droits spéciaux.

Le Droit Civil peut être désigné comme le Droit


Commun Privé. Chaque fois qu'un Droit spécial ne règle
pas un rapport juridique entre deux personnes, c'est le
Droit Civil qui s'applique.

Introduction générale 17
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Par exemple, la mise en demeure, c'est la


réclamation officielle qu'on adresse à un débiteur qui ne
paie pas. Avec la mise en demeure, la dette va
s'augmenter progressivement (intérêt).

En Droit Commercial, la mise en demeure se fait par


tous moyens: tels que les lettres recommandées etc.

En Droit Civil, la mise en demeure ne peut se faire


par lettre recommandée ; elle doit se faire par un acte
d'huissier.

La règle de Droit Commercial (Droit spécial) va


s'appliquer uniquement dans les rapports entre
commerçants. Si le débiteur est un commerçant, on le
met en demeure par une lettre recommandée. Mais
chaque fois que le débiteur n'est pas un commerçant, on
le met en demeure par l'intermédiaire d'un huissier.

Comme on vient donc de le voir, le Droit Civil est le


Droit fondamental de tous les droits qui composent le
Droit Privé : c'est le Droit Commun Privé.
Mais ce Droit Commun Privé se subdivise lui-même
en différentes branches. Il convient dès lors de se
demander quel est la place du cours de Droit Civil de
première année dans les divisions du Droit Civil.

Paragraphe 2 : La place du cours de droit civil de 1ère


année dans les divisions du droit civil.

Le Droit Civil recouvre un vaste domaine.

 Une division logique ou classique du Droit Civil


conduit à distinguer:
1°) l'étude des personnes (l'identification des
personnes),
2°) l'étude des relations de famille (mariage,
divorce, la filiation, la famille naturelle),
3°) l'étude des biens c'est-à-dire les droits que
peuvent avoir des personnes sur des choses,

Introduction générale 18
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

4°) l'étude du Droit des obligations (contrat,


responsabilité),
5°) l'étude des successions.

 Mais une distinction fonctionnelle du Droit Civil


conduit à opposer d'un côté le Droit des personnes, de la
famille et des biens familiaux aux droits du patrimoine
(contrat, propriété, responsabilité).

Cette distinction est intéressante parce que les


différentes branches évolues différemment dans le
temps, car elles sont soumises à des facteurs sociaux
différents : la 1ère branche (Droit des personnes, de la
famille et des biens familiaux) est soumise à des
facteurs sociologiques tandis que le Droit du patrimoine
est soumis à des facteurs économiques (progrès
économiques et techniques).

C'est la division logique (classique) qui déterminera


notre programme de Droit Civil de 1ère année : nous
étudierons essentiellement le Droit des personnes et de
la famille qui constituent une partie de la 1ère branche
selon la distinction fonctionnelle.
Si le Droit Civil peut être défini à partir de son
objet, il peut également être défini de par ses sources
(Section II).

Section 2 - Les sources du droit civil


Les sources du Droit Civil sont au nombre de
quatre. Il y a :
- la loi
- la coutume
- la jurisprudence
- la doctrine.

Ces sources n'ont pas la même importance en Droit


Civil. On établit une hiérarchie entre la loi écrite qui est
la source prédominante d'une part, et d'autre part les
sources secondaires que sont la coutume, la
jurisprudence et la doctrine.

Introduction générale 19
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Paragraphe 1 - La loi écrite source prédominante en droit


civil
- Au sens large ou matériel, la loi est une règle de
Droit formulée par un organe étatique compétent et qui
revêt une forme écrite et solennelle.

- Dans un sens restreint (ou organique), la loi est la


règle qui émane du parlement par opposition au
règlement qui est la règle de Droit qui émane du
gouvernement.
La loi écrite sera envisagée ici dans son sens large.

Problème : Quelles sont les lois écrites qui sont à la


source du Droit Civil Ivoirien ?

Selon l'article 76 de la première Constitution


Ivoirienne du 03 novembre 1960, les lois en vigueur au
jour de l'indépendance restent applicables jusqu'à ce
qu’elles aient été remplacées par des lois nouvelles.
Donc, le Droit Civil Ivoirien comportera deux grands
corps de textes : l'ancienne législation et la législation
nouvelle élaborée après 1960.
Ce qui nous conduit à examiner nécessairement
l'évolution du Droit Civil Français avant d'étudier
l'évolution du Droit Civil Ivoirien proprement dit .

A- L'évolution historique du droit civil français.


Trois périodes :
- avant le Code Civil
- le Code Civil
- Evolution.
Il y a dans le Droit Civil Français, une période
charnière, une date clé  : c'est l'année 1804, date de
promulgation et d'entrée en vigueur du Code Civil

1- Avant le Code Civil.

Introduction générale 20
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Il faut rappeler qu'avant le Code Civil (qu'à la fin du


18 e s), le Droit Civil était morcelé, confessionnel,
inégalitaire.

 Le Droit Civil était morcelé car bien que vivant


dans une même patrie, les Français n'étaient pas soumis
aux mêmes règles .

En effet, on avait au Sud de la France, les pays de


Droit écrit. Ce Droit n'était autre que le Droit Romain tel
qu'il avait été hérité de l'empire Romain et tel qu'il s'était
maintenu par la tradition.

Au Nord de la France, étaient les pays de coutume.


Les envahisseurs barbares du 16 e siècle avaient imposé
leur coutume (non écrite) qui était très morcelée ;
chaque province avait sa coutume.

A la fin du 18 e siècle, on a voulu faire l'unité de la


France en supprimant les coutumes.

 Le Droit Civil était un Droit confessionnel


comportant des règles juridiques.
La monarchie française se réclamait de la religion
catholique. Aussi la religion catholique était à la base de
certains droits, de certaines règles.
Par exemple la théorie du mariage provient du Droit
de l'Eglise Catholique.

 Le Droit Civil était un Droit inégalitaire parce qu'il


prenait en considération l'appartenance des individus à
une classe sociale donnée : le clergé, la noblesse, le
tiers état.

Il y avait tout de même à la fin de l'ancien régime


certaines tendances à une unification du Droit Civil.
D'abord parce que le Droit de l'Eglise Catholique se
voulait unitaire ; ensuite parce que les Rois de France
avaient pris des ordonnances qui étaient les mêmes
dans tout le pays ; et enfin, lorsqu'on se trouvait en face
d'une difficulté nouvelle, en matière par exemple de

Introduction générale 21
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

contrat, les juristes avaient tendance à rechercher une


solution dans l'ancien droit Romain.

2- Le Code Civil
La révolution de 1789 arrive avec ses
bouleversements dont le plus notable pour nous est
l'élaboration du Code Civil appelé Code Napoléon.
Ce Code Napoléon est systématique, égalitaire,
individualiste et non confessionnel.

 Il est systématique à deux points de vue :

- Il a la prétention de recouvrir l'ensemble des


matières du Droit Civil. On a abrogé toutes les anciennes
coutumes, toutes les anciennes ordonnances royales.
C'est le Code Civil qui rassemble la totalité, l'intégralité
des droits en matière civile.

- Il opère un classement, une mise en ordre des


dispositions qu'il contient.
Ces dispositions sont mises en articles regroupés
en sections, regroupés en chapitres, regroupés en titres
et les titres regroupés en livres. Finalement on arrive à
trois livres : les personnes, les biens et les différentes
manières dont on acquiert la propriété.

 Il est égalitaire parce que pour la première fois, le


Droit Civil était pour tous le même au Sud comme au
Nord.

 Il est un droit individualiste parce que le Code


Civil accorde une grande importance à l'individu à
travers le Droit de propriété donné à l'individu et aussi
dans le Droit des contrats gouverné par la seule volonté
des parties .

 Il est non confessionnel parce qu'il n'y a plus


aucune allusion à l'appartenance d'un individu à une
religion donnée.

Introduction générale 22
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Et, en particulier, le mariage religieux est remplacé


par le mariage civil. Afin de faire entrer le mariage civil
dans les mœurs, le Code pose la règle selon laquelle les
prêtres, les ministres des cultes n'ont pas le droit de
célébrer un mariage religieux avant que le mariage à la
mairie ne soit réalisé.

3- L'évolution postérieure du Code Civil.


Durant le 19 e siècle, le Code Civil a peu évolué. Le
seul point manquant fut le divorce. L'évolution a
véritablement commencé après 1918. Des modifications
se sont faites après 1960.

Malgré ces modifications, le Code Civil a été


conservé. Les principes posés par le Code Civil n'ont
pas été modifiés. Certaines des nouvelles lois édictées
appelées annexes n'ont pas été incorporées au Code,
notamment le Droit économique et le Droit de la
consommation. De même le Droit du patrimoine a évolué
en dehors du Code Civil.

B- L'évolution historique du droit civil ivoirien.


On peut distinguer trois phases historiques.

 1 è r e phase : La phase avant la colonisation .


Le Droit Civil est intégralement un Droit Coutumier.
Par conséquent, c'est l'organisation sociale coutumière
qui élabore elle- même ses règles de droit. C'est un Droit
morcelé, non écrit.

 2 e phase : La période coloniale.


C'est un système qui gouverne encore aujourd'hui la
théorie des sources du Droit.
Il y avait un principe selon lequel les lois faites pour
la métropole n'étaient pas automatiquement applicables
dans les colonies : c'est ce qu'on appelait l'absence
d'application de plein droit.

Introduction générale 23
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Il y avait deux procédés pour légiférer dans les


colonies.
- le 1 e r procédé consistait à fabriquer des lois
spéciales ou des règlements spéciaux destinés aux
colonies.

- le second procédé consistait à faire une extension,


c'est-à-dire qu'une loi française faite pour la métropole
était ensuite étendue à certaines colonies.
Cette extension se faisait par le moyen d'un décret.
Ainsi, le Code Civil Français a été étendu à l'A.O.F.
à la fin du 19 e siècle il est alors devenu applicable en
Côte d'Ivoire.

Il faut cependant faire deux remarques importantes :


- la 1 è r e concerne les modifications qui ont été
apportées au Code Civil en France après le décret
d'extension. On appliquait toujours le même système à
savoir que ces modifications n'étaient elles mêmes
applicables en Côte d'Ivoire que si elles avaient fait
l'objet d'un décret d'extension.
Par exemple en 1919 on a modifié en France, le
Droit de la filiation ; Cette modification ne pouvait entrer
en vigueur en Côte d'Ivoire que si elle était étendue par
un décret d'extension.
Bien entendu, toutes les modifications ne peuvent
pas être étendues.

- La seconde remarque, c'est que dans le domaine


du Droit des personnes et de la famille, l'extension du
Code Civil n'avait été que partielle parce qu'on a
considéré que malgré l'extension du Code Civil, les
statuts coutumiers continuaient d'exister. Les gens
pouvaient choisir entre le statut de Droit Civil Français et
le statut coutumier.
Il y avait des citoyens qui vivaient sous le régime du
Code Civil Français (mariage, divorce, filiation), et
d'autres qui vivaient sous les règles de leur coutume.
Concernant le Droit Patrimonial l'extension a été
beaucoup plus générale.

Introduction générale 24
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

 La 3 e phase remarque : L'indépendance avec


l'entrée en vigueur de la Constitution.
L'article 76 de la Constitution de Côte d'Ivoire au
moment de l’indépendance pose en principe que
l'ancienne législation en vigueur au 3 nov. 1960 reste
applicable sauf intervention de textes nouveaux.
Des textes nouveaux intéressant les droits des
personnes et de la famille sont intervenus ; ils
contiennent les lois civiles de 70 et 1964 qui sont au
nombre de 9.

Les 8 premières lois sont :


1) La loi relative au nom
2) La loi relative à l'Etat Civil
3) La loi relative au mariage
4) La loi relative au divorce et à la séparation de
corps
5) La loi relative à la paternité et à la filiation
6) La loi relative à l'adoption.
7) La loi relative aux successions
8) La loi relative aux donations et aux testaments.

La 9 e loi qui est de portée générale concernait


l'entrée en vigueur des 8 lois civiles et leur adaptation à
certaines situations coutumières.
L'élaboration et le contenu de ces diverses lois
appellent quelques observations générales :
Tout d'abord on notera que le législateur ivoirien a
préféré édicter des lois civiles particulières plutôt que de
mettre en place un Code Civil. Ces lois ne constituent
pas un Code Civil parce que chacune a sa numérotation.
Ensuite on constate que ces lois de 1964 recouvrent
pratiquement tout le statut des personnes et de la
famille.

Dans le domaine des lois civiles, l'unification du


Droit Civil se trouve réalisée. Il n'y a plus comme sous la
période coloniale deux statuts : le statut de Droit Civil et
celui du Droit Coutumier.
Deux conséquences découlent de l'unification du
Droit Civil Ivoirien:

Introduction générale 25
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- La première, c'est que les dispositions


correspondantes de l'ancien Code Civil Français sont
abrogées.
- la seconde conséquence , c'est que dans la même
matière, les anciennes coutumes de la Côte d'Ivoire sont
abrogées. Cette abrogation est proclamée dans l' art. 1
in fine de la loi du 7 oct. 1964 qui dit ceci : « A
compter du jour où ces lois seront devenues exécutoires,
les lois, les règlements et les coutumes antérieurement
applicables cesseront d'avoir effet dans les matières qui
sont l'objet des dites lois ».
On remarquera que la formule est très large ; elle
ne dit pas «  sont abrogées les dispositions et les
coutumes contraires aux nouvelles lois  ».
A côté de ces lois du 7 oct. 1964, deux sortes de
textes sont intervenues :
- Une loi du 3 août 1970 concernant la minorité et la
tutelle, et deux lois du 2 août 1983 qui ont modifié sur
certains points particuliers les lois du 7 octobre 1964 : il
s'agit des lois relatives au nom, à l'état civil et à la
filiation ; la loi relative au mariage a été également
modifiée, mais de façon plus substantielle.
Naturellement, certaines dispositions des lois de
1964 ont subi l'influence du Code Civil Français.
S'agissant du Droit du patrimoine (contrat,
propriété, responsabilité), le Droit Civil Ivoirien est
constitué par le Code Civil Français tel qu'il avait été
étendu au cours de la période coloniale.
C'est donc la législation de l'époque coloniale qui
joue un rôle prépondérant.
En définitive, nous avons en Côte d'Ivoire différents
grands volets, différents grands corps de lois :
- Les lois civiles de 1964 élaborées par le
législateur ivoirien qui constituent les lois nouvelles et
qui régissent pratiquement l'ensemble du Droit des
personnes et de la Famille.

- Le second volet est constitué par un fond de


législation ancienne, en particulier le Code Civil Français
tel qu'il avait été étendu en Côte d'Ivoire, et une série de

Introduction générale 26
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

lois particulières ayant des objets spéciaux élaborées


depuis l'indépendance et qui régit le Droit du patrimoine.

Qu’en est-il des sources secondaires du Droit


Civil ?

Paragraphe 2 - Les sources secondaires du droit civil.

Elles sont dans la hiérarchie des normes


nécessairement inférieures à la loi écrite.
Ces autres sources sont : la coutume, la
jurisprudence et la doctrine.

A- La coutume.
Elle exprime une règle de Droit. Historiquement elle
est la source la plus ancienne.

1– Généralité sur la coutume.


a- Les éléments constitutifs de la coutume.
A la différence de la loi, la coutume n'émane pas
des autorités étatiques. Elle émane du groupe social lui-
même. C'est une règle de droit sécrétée par la société.
Mais cette règle ne devient règle de droit qu'à deux
conditions : il faut qu'il existe :
- 1 élément matériel
- et 1 élément psychologique

 L'élément matériel consiste dans la répétition : un


usage ancien qui correspond à une pratique suivie
depuis longtemps. La coutume est donc fondée sur la
répétition. C'est ce que résume la sagesse populaire
dans l'adage  : "Une fois n'est pas coutume".

 L'élément psychologique réside en ce que les


personnes qui suivent la règle coutumière doivent avoir
la conviction d'agir en vertu d'une règle juridique.

Quel rapport la coutume entretient-elle avec la loi ?

Introduction générale 27
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

b- Les rapports Coutume-Loi.

La coutume entretient différents rapports avec la


loi :
- La coutume peut être une règle de droit par
délégation lorsqu'elle s'applique en vertu d'un
texte légal.

Par exemple : l'art. 1135 du Code Civil permet de


faire référence aux usagers, à la coutume.

-La coutume peut être une règle de droit autonome


lorsqu'elle complète les vides de la loi écrite (coutume
praeter legem) ou lorsqu'elle adopte une solution
contraire à la loi écrite (coutume contra legem).
Voyons à présent le rôle de la coutume en droit
ivoirien.

2- Le rôle de la coutume en Droit Ivoirien


Précisons qu'il n'y a pas une coutume en Côte
d'Ivoire mais des coutumes qui correspondent chacune à
un groupe ethnique donné.

Pour apprécier le rôle des coutumes en Droit


Ivoirien, il faut faire une distinction entre deux points de
vues :
- Le Droit positif (lege lata)
- Le Droit souhaitable (lege ferenda)

a- En droit positif (lege lata)

Le Droit positif est le Droit effectivement applicable


à un moment donné.
Si l'on analyse le Droit positif Ivoirien, on constate
que la loi écrite laisse très peu de places aux institutions
coutumières.
En effet, s'agissant du Droit des personnes et de la
famille, l'art. 1 de la 9 e loi du 7 oct. 1964 abroge toutes

Introduction générale 28
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

les coutumes dans les matières qui sont maintenant


réglées par les lois civiles.
La conséquence c'est qu'aujourd'hui, en Côte
d'Ivoire, le juge ne peut en aucun cas fonder sa décision
sur les anciennes coutumes.
Il ne peut pas motiver sa décision en se référant
aux anciennes règles coutumières. Il doit motiver son
jugement en se référant à une ou plusieurs dispositions
des lois civiles en particulier celles de 1964. Même dans
le silence de la loi, le juge ne pourra pas faire appel aux
règles coutumières traditionnelles.

Il ne pourra procéder que par une interprétation de


la loi écrite. A la rigueur, on pourrait admettre que si le
juge est placé en face de deux interprétations également
valable, il pourrait choisir celle qui lui semble le mieux
correspondre à la règle coutumière mais à condition qu'il
s'agisse d'une règle coutumière commune à l'ensemble
de la Côte d'Ivoire.

- Si l'on considère maintenant le droit du patrimoine


(propriété, contrat, responsabilité), on s'aperçoit que la
coutume n'a pas été expressément abrogée.
D'abord, dans ce domaine, la coutume ne joue pas
un rôle très important.
Il y a, selon la théorie générale du Droit, les
coutumes que l'on appelle "contra legem" (contre la loi)
qui n'ont pas d'autorité juridique. Dans un système
juridique moderne on n’admet que la coutume praeter
legem (celle qui vient compléter la loi ou qui sert à
interpréter la loi).

En matière de responsabilité civile, il existe un


principe fondamental selon lequel celui qui a causé à
autrui un dommage par sa faute doit le réparer. Ce
principe inscrit dans l'art. 1382 du Code Civil français
fait parti de l'ordre juridique ivoirien.

L'une des difficultés posées par cet article est de


prouver la faute commise. Pour savoir si une personne a
ou non commis une faute, il va sans doute être utile

Introduction générale 29
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

quelques fois de se référer à la coutume. La coutume


dans ce cas aiderait à interpréter la loi.
L'autre point de vue, c'est celui du droit
souhaitable.

b- Le droit souhaitable (lege ferenda)

Le problème est de savoir si la loi écrite doit rompre


totalement avec la coutume ou alors si elle doit
s'efforcer de tenir compte des initiatives coutumières.
Soit on peut soutenir qu'il ne faut pas que les
législations civiles demeurent trop éloignées des
institutions coutumières, soit on peut considérer que la
coutume morcelle le pays.

En définitive, la source essentielle du Droit Civil


est la loi écrite.
Qu'en est-il de la jurisprudence ?

B- La jurisprudence.
C'est un ensemble de décisions de justice
concordantes rendues à propos d'une question de Droit
déterminée. Pour qu'il y ait jurisprudence, il faut 3
conditions :

- Il faut qu'il se pose une question de Droit (Civil)


précise qui n'est pas résolue par la loi écrite (par
exemple, le nom des personnes physiques peut-il se
perdre par prescription extinctive ?)
La prescription extinctive est une institution de droit
selon laquelle un droit ou une prérogative se perd si l'on
n'en fait pas usage pendant un certain délai.

- Il faut que cette question de droit ait été posée


dans une série de procès.

- Il faudra que les tribunaux aient donné des


réponses concordantes à la question posée.

Introduction générale 30
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Si ces trois conditions sont remplies, nous aurons


une jurisprudence.
Cependant, il convient de faire deux précisions :

* Tout d'abord, l'autorité de la jurisprudence dépend


de la juridiction dont elle émane. L'autorité appartiendra
en principe à la jurisprudence de la Cour Suprême. Juge
du Droit, elle a pour objet de garantir l'unité de la
jurisprudence.

S'il n'y a pas jurisprudence de la Cour Suprême,


alors on pourra prendre en considération celle d'une
Cour d'Appel.

La jurisprudence peut avoir une autorité plus ou


moins grande.

Si une question a été tranchée d'une certaine


manière pendant plusieurs années, on a une
jurisprudence avec une grande influence.
Si, en revanche, une question est tranchée par un
seul arrêt de la Cour Suprême nous avons une
jurisprudence plus incertaine.

La seule jurisprudence envisageable, digne de ce


nom, c'est la jurisprudence des juridictions ivoiriennes.

Ne confondons pas jurisprudence et autorité de


jugement.
Il se peut en effet, qu'une décision rendue dans une
affaire particulière (exemple : divorce) par les
juridictions ivoiriennes soit retenue à l'étranger et qu'elle
puisse y être exécutée. Mais la jurisprudence est une
règle de droit qui se dégage d'un ensemble de
décisions ; elle ne vaut que sur le territoire de Côte
d'Ivoire ; elle n'a pas d'influence à l'étranger et ne peut
subir aucune influence étrangère.

* La seconde remarque, c'est que la jurisprudence


donne naissance à une règle de Droit mais dont l'autorité
est plus fragile que celle de la loi écrite.

Introduction générale 31
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Elle est fragile cette règle de droit parce que la


jurisprudence peut changer, peut évoluer : on parle alors
de revirement de jurisprudence. En cela, le système de
Droit écrit comme celui de la Côte d'Ivoire et de l’Europe
continentale (France, Italie, Allemagne, Espagne)
s'oppose aux systèmes juridiques anglo- saxons.

Dans les systèmes anglo- saxons, on reconnaît le


système du précédent ; cela veut dire que si à l'occasion
d'un procès, un tribunal a pris parti sur une question de
droit, ce tribunal est ensuite lié par sa décision. En
d'autres termes, lorsque ce tribunal aura, dans un autre
procès, la même question de droit à trancher, il devra
obligatoirement la trancher de la même façon que dans
le précédent litige.
De ce fait, dans les pays anglo- saxons, la
jurisprudence est particulièrement stable.

Ce système du précédent , au contraire, n'est pas du


tout retenu par nos systèmes juridiques. Dans le système
ivoirien, ou français, on admet le revirement de
jurisprudence. C'est-à-dire qu'un tribunal qui aujourd'hui
tranche une question de droit dans un certain sens peut
très bien, demain dans un autre procès, la trancher dans
un sens différent.

Cela pour deux raisons :


- D'abord parce que dans nos systèmes juridiques,
le juge est soumis à la loi écrite.
- Ensuite, la jurisprudence a une instabilité parce
que tout jugement ou arrêt rendu en dernier ressort peut
être attaqué devant la Cour Suprême par la voie du
pourvoi en cassation. Le recours en cassation invite la
Cour Suprême à dire si le jugement du tribunal ou l'arrêt
de la Cour d'Appel qui lui est déféré est conforme ou non
au droit.

De sorte que la Cour Suprême pourra toujours faire


prévaloir sa propre jurisprudence sur les arrêts rendus
par les cours d'appels et sur les jugements rendus par
les tribunaux.

Introduction générale 32
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

La Cour Suprême va être le régulateur de la


jurisprudence. Elle va assurer l'unité de jurisprudence et
une certaine stabilité de jurisprudence.

La Cour Suprême peut, dans certains cas, changer


sa jurisprudence. Elle peut procéder à un revirement de
jurisprudence à propos d'une question de Droit Civil
difficile. Les revirements permettent l'adaptation de la
jurisprudence aux réalités économiques et sociales.

En Droit Civil, le rôle de la jurisprudence est


considérable parce que la loi écrite, aussi bien faite soit-
elle, ne peut pas tout prévoir : ainsi :

- Il y a des cas où la loi écrite n'a pas prévu une


solution : on dit qu'il y a silence de la loi . La
jurisprudence va alors essayer d'interpréter la loi pour
trouver une solution adéquate.

- Il se peut aussi que la loi écrite soit trop générale ,


il faut alors la préciser et c'est la jurisprudence qui le
fait.

- Il y a des cas où la loi écrite est obscure,


contradictoire , là encore, c'est la jurisprudence qui va lui
donner un sens claire et précis.

Comme on le voit, la jurisprudence est au service de


la loi écrite ; elle ne va pas contre la loi ; elle vient la
compléter, la préciser.

Dans cette tâche, la jurisprudence est aidée,


éclairée par la doctrine qui constitue la 3 e source.

C- La doctrine
La doctrine c'est l'opinion concordante des auteurs
lorsque ceux-ci font autorité, c'est-à-dire lorsque leur
valeur est généralement reconnue dans le milieu
professionnel.

Introduction générale 33
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Si la loi ne dit rien et la jurisprudence également,


on fait appel à la doctrine qui est un argument. La
doctrine ne donne pas naissance à une règle de droit.
Elle n'est pas une source de droit car elle ne formule pas
de règles de droit. Mais elle constitue un argument, c'est
une autorité puisque c'est une source d'inspiration tant
pour le législateur que pour le juge.
La doctrine se manifeste à travers des traités, des
manuels, des ouvrages spécialisés et des articles.

Ceci nous emmène à vous proposer quelques


éléments de Bibliographie :
 Les ouvrages généraux de Droit Civil.

Les ouvrages de Droit Civil Français se répartissent


en 3 catégories:
1 e ) La catégorie des grands traités
- Aubert et RAU.
- Planiol et Ripert

2 e ) Les traités du Droit Civil


- Le traité du Droit Civil de Marty et
Raynaud
- Les leçons du Droit Civil de Mazeaud
- Nouveau traité de Droit Civil de
Ghestin
3 e ) Catégorie, les ouvrages faits pour étudiants
 Précis et manuels
- Dans la collection Dalloz, il y a le Précis de Weill
et Terré
- Dans la Collection Thémis, Droit Civil de
Carbonier
 Ouvrages en Droit Ivoirien
- Ouvrage de M. Dumetz (Marcy "Droit du mariage
en Côte d'Ivoire".
- Mme TANOH "Le mineur en Droit Ivoirien"

Introduction générale 34
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- SARRASSORO Yacinthe "L'enfant naturel en


Droit Ivoirien".
- AGOH Konan "Le concubinage en Droit Ivoirien".
- Précis de Droit Civil Ivoirien (les personnes - la
famille, 1 è r e édition, Edition LDI, librairie de Droit Ivoirien
de ASSI- ESSO Anne Marie Hortense.
Plan du Cours :
Deux livres :
- Tome I : Droit des personnes
- Tome II  : Droit de la famille

Introduction générale 35
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

TOME I
Droit des personnes

Droit des personnes 37


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Que faut-il entendre par le mot personne ?

On constate que le mot personne n'est pas entendu


dans le même sens selon qu'il s'agit de la langue
courante ou selon qu'il s'agit du langage juridique.

- Dans le langage courant, on désigne par ce terme


un être humain. Exemple : Je suis une personne.

- Dans le langage juridique, le mot a une acception


un peu différente. La personne en Droit est celui qui est
apte à avoir des droits et des obligations. On l'appelle
aussi sujet de droit.

Or ces deux définitions ne coïncident pas


nécessairement. Car d'une part toute personne humaine
n'est pas (ou plutôt n'était pas) sujet de droit, et d'autre
part, il n'y a pas que les personnes humaines qui sont
des sujets de droit.

 premièrement : toute personne humaine n'était pas


sujet de droit.
En effet, lorsque l'on examine l'histoire ancienne et
même récente, on s'aperçoit que dans certains systèmes
juridiques, il a existé des êtres humains qui n'étaient pas
des personnes juridiques. On trouvait 3 sortes de
situations de ce genre :
- Celle correspondant à l'esclavage où l'esclave
n'avait pas de droit.
- La situation des étrangers qui n'étaient pas
toujours considérés comme des personnes au sens
juridique. La personnalité juridique était réservée aux
citoyens, aux nationaux.
- la mort civile : c'était en quelque sorte une
déchéance qui frappait les personnes condamnées à un
emprisonnement à vie. Elles cessaient d'être des
personnes au sens juridique. Par conséquent, on ouvrait
leur succession et on partageait leurs biens comme si
ces personnes étaient mortes.

Droit des personnes 38


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Actuellement, dans nos systèmes modernes, ces


situations ne se rencontrent plus et toutes les personnes
physiques ont une personnalité juridique.

 Deuxièmement : il n'y a pas que les personnes


humaines qui sont sujets de droit.
On constate qu'il y a des personnes au sens
juridique du mot qui ne sont pas des personnes
humaines : ce sont les personnes morales constituées
essentiellement des groupements de personnes
humaines.

On distingue les personnes morales de droit privé


que sont les sociétés, les associations, les syndicats etc.
des personnes morales de droit public à savoir les
collectivités locales (communes, départements, les
établissements publics, l'Etat lui- même dans ses
relations internationales est pourvu de la personnalité
morale).
Etudier le Droit des personnes impose que l'on
examine non seulement les personnes physiques (I e
partie) mais également les personnes morales (II e
partie).

Droit des personnes 39


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Première Partie
Les personnes physiques

Deux problèmes se rencontrent pour cette étude :

- Comment va-t-on individualiser une personne


physique à l'intérieur du groupe social ?

- Quels sont les droits qui sont reconnus et attachés


à une personne physique ?

Nous tenterons de fournir une réponse à ces


questions à travers deux titres.

Les personnes physiques 41


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Titre 1er
L'individualisation de la personne physique

Il est absolument nécessaire de distinguer une


personne physique déterminée des autres personnes
faisant partie de la communauté. Pour individualiser, il
faudra déterminer 3 aspects de la personnalité :

- Il faudra savoir si cette personne existe, si elle est


encore vivante C'est le problème de l'existence de la
personne (chapitre 1).

- L'identité de la personne (nom, domicile)


(Chapitre 2).

- L'état des personnes, c'est-à-dire la place


qu'occupe la personne dans la société et sa place dans
la famille.
C'est le problème de l'Etat Civil ( Chapitre 3).

L'individualisation de la personne physique


42
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Chapitre 1
L’existence de la personne physique
Deux questions doivent être résolues :

- D'abord une question de durée de la personnalité.


Plus précisément quand commence la personnalité et
quand finit-elle ? (Section 1).

- La seconde question concerne les cas où


l'existence de la personnalité elle- même est incertaine.
(Section 2)

Section 1 - Le début et la fin de la personnalité


A quel moment précis commence-t-on à exister
juridiquement ?

Paragraphe 1 - Le début de la personnalité juridique

L'existence de la personnalité physique est


conditionnée par des données biologiques. Pour qu’il y
ait personne physique, il faut qu'il y ait un corps humain
animé par la vie. La personnalité juridique commence
donc avec la vie humaine. On peut donc dire que tout
être humain a la personnalité juridique. Mais, on
constate que cette affirmation n'est pas directement
consacrée par la loi. Cependant, elle se déduit du
préambule de la constitution de Côte d'Ivoire de
1960, parce que ce préambule se réfère expressément
à deux déclarations célèbres, celle des droits de
l'Homme et du citoyen de 1789 et la déclaration
universelle de 1948.
Ces déclarations nous disent que tous les hommes
naissent libres égaux.

L’existence de la personne physique 43


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Si tous les hommes naissent égaux, cela veut dire


que tout homme à sa naissance se voit reconnaître la
personnalité juridique.

On exposera le principe ( A) avant de rechercher s'il


ne comporte pas des tempéraments ( B).

A- Le principe
Ce principe est simple. Tout être humain quel qu'il
soit, acquiert par sa naissance la personnalité juridique,
c'est-à-dire devient par sa naissance, un sujet de droit.
Au regard du droit, la naissance est donc très
importante, car la personnalité commence avec elle. Il
faut en informer les pouvoirs publics et les autres
individus. Il faut donc constater juridiquement la
naissance.
C'est ce qui ressort de l'article 41 de la loi du 7
oct. 1964 relative à l'état Civil modifiée par la loi
n°83-799 du 02 Août 1983 et la loi n°99-691 du 14
décembre 1999 qui dispose que «  toute naissance doit
être déclarée à l'Etat Civil dans les 3 mois de
l'accouchement   ».
Le moment même de l'accouchement est établi par
l'acte de naissance dressé par les services de l'Etat
Civil. La déclaration de la naissance échoit à l'un des
parents. A défaut de ceux-ci, la déclaration peut être
faite par les ascendants.

Au cas où les intéressés omettraient de faire la


déclaration dans les délais impartis, ils seront soumis à
une amende légale.
Si aucune déclaration n'est faite au moment de la
naissance, le représentant du mineur ou l'intéressé lui-
même devenu majeur, pourraient alors demander un
jugement supplétif, en présence de deux témoins
majeurs qui attesteront de la date approximative de la
naissance.

L’existence de la personne physique 44


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Il convient de signaler une difficulté qui peut surgir


en pratique. Il s'agit de l'hypothèse où l'acte est dressé
dans les 3 mois de la naissance mais ne correspond
pas à la réalité, l'erreur provenant des déclarants de la
naissance. Dans ce cas, l'intéressé aura à introduire une
action en rectification de l'état Civil. Le Tribunal
ordonnera une enquête et une expertise pour la
rectification de la déclaration inexacte.
Une autre difficulté est celle relative aux enfants
trouvés. Cette hypothèse est couverte par l'article 46 de
la loi sur l'état Civil. Ce texte fait obligation à toute
personne qui trouve un enfant de le déclarer à l'Etat
Civil. Un procès verbal sera dressé fixant les conditions
et circonstances de la découverte. On établira alors un
acte de naissance provisoire avec une date qui
déterminera l'âge apparent de l'enfant. L’officier de l'Etat
Civil peut recourir à un médecin pour déterminer la date
de naissance, l'âge physiologique de l'enfant.

Si la personnalité juridique commence en principe


avec la naissance, ce principe comporte cependant des
tempéraments (B).

B- Les tempéraments au principe.


Il apparaît à l'analyse que la naissance n'est pas
une condition juridique nécessaire et suffisante de la
personnalité.
En effet, la personnalité juridique peut commencer
avec la conception de l'homme. C'est la règle "infans
conceptus"… (Enfant conçu).
Le Droit Civil Ivoirien reprend ici une règle juridique
française traditionnelle.
Selon cette règle, l'enfant peut faire remonter le
début de sa personnalité juridique à la date de sa
conception, si tel est son intérêt. Cela veut dire que
cette règle ne peut nuire à l'enfant.

L’existence de la personne physique 45


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Cette règle permettra par exemple à un enfant déjà


conçu de recueillir la succession de son père mort avant
l'accouchement 1 .

Cette règle soulève trois interrogations


essentielles :
- Les conditions d'application de la règle ?
- La portée de la règle ?
- La preuve de la date de conception ?

1- Les conditions d'application de la règle "infans


conceptus"…
On considère l'enfant conçu pour né. Ce principe en
Droit Ivoirien résulte de deux textes.

- Tout d'abord l'art. 5 de la loi de 1964 relative aux


successions dispose qu'est incapable de succéder celui
qui n'est pas conçu. On en déduit, à contrario, que
l'enfant conçu est capable de succéder.

- Ensuite selon l'art. 9 de la loi relative aux


testaments et donations, pour être capable de recevoir
entre vifs, il faut être conçu au moment de la donation. Il
apparaît par conséquent qu'un père peut faire un
testament pour son enfant déjà conçu.
On peut donc dégager de tout ce qui précède deux
grandes conditions d'application de la règle infans
conceptus :

1 è r e condition : La règle ne s'applique que dans les


cas où l'enfant y a intérêt.

2 e condition : La règle ne va jouer que si l'enfant


est né vivant et viable.

1
Civ. 4 janvier 1935, D.P. 1935, 1, 5, note Rouast ; S. 1936.1., 17 note P. Esmein ; Ch. réun.
8 mars 1939, D.C. 1941, J. 137 note Juilliot de la Morandière, S. 1941, 1, 25, note Batiffo

L’existence de la personne physique 46


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Si la première condition n'appelle pas de remarques


particulières, la seconde mérite qu'on s'y attarde quelque
peu.
Deux précisions doivent être apportées relativement
à cette condition.
- Si l'enfant est né déjà décédé, le Droit lui refuse la
personnalité juridique.
- Si l'enfant naît vivant mais décède quelques
heures ou quelques jours plus tard parce qu'il n'est pas
viable, la règle infans conceptus ne s'applique pas non
plus.

Dès lors quand peut on dire qu'un enfant est né


vivant et viable  ?

- On considère généralement qu'est vivant l'enfant


qui respire après l'accouchement. Mais sur ce point, les
tribunaux s'en réfèrent aux certificats médicaux.

- L'enfant est viable lorsqu'il a la capacité naturelle


de vivre. C'est-à-dire lorsqu’il dispose des organes
indispensables à la vie.
En revanche, l'enfant est dit non viable lorsque
médicalement, il n'était pas possible qu'il puisse survivre
plus de quelques heures ou à l'extrême rigueur plus de
quelques journées, puisqu'il ne dispose pas de tous les
organes nécessaires à la vie.

Si l'enfant au contraire est né viable mais est


décédé accidentellement dans les heures qui ont suivi sa
naissance, il est réputé avoir eu la personnalité
juridique. Il aura pu succédé et pourra ensuite
transmettre cette succession.
Mais comment va-t-on prouver la viabilité ou la non
viabilité ?
Remarquons que ce n'est pas la déclaration des
parents qui établira cette preuve.
En effet, selon l'art. 48 de la loi relative à l'Etat
Civil, si un enfant meurt quelques heures ou quelques
jours après sa naissance, il doit être déclaré à l'Etat

L’existence de la personne physique 47


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Civil enfant sans vie, sans qu'il en résulte aucun préjugé


sur la question de savoir si l'enfant a eu vie ou non.

Tout enfant né vivant est présumé viable même s'il


meurt quelques minutes après la naissance.

Il appartient à ceux qui le considèrent comme non


viable d'en apporter la preuve. Toute personne
intéressée peut démontrer qu'en raison par exemple de
déformations, l'enfant n'était pas viable.
La preuve se fait par tous moyens : témoignages,
expertise médicale etc….
L'intérêt pratique d'une telle preuve pourrait être
important : supposons qu'un homme marié décède
pendant la grossesse de sa femme en laissant un
patrimoine relativement important. Cet homme n'a pas
d'autres enfants ; par contre, à son décès, il laisse lui-
même son père et sa mère.
La femme met au monde un enfant vivant qui
décède quelques heures plus tard après sa naissance.

Deux situations totalement différentes vont se


présenter, selon que l'enfant est né viable ou non.

 Première situation : L'enfant est né viable et il est


décédé accidentellement.
La loi lui reconnaît alors la personnalité juridique
qui remonte au jour de la conception. Par conséquent cet
enfant reçoit la succession de son père. Mais il meurt
quelques heures plus tard et de ce fait il transmet la
succession à son plus proche parent, en l'espèce sa
mère (voir article 26 de la loi relative à la succession).

 2 e situation : L'enfant n'est pas né viable parce


qu'il n'avait pas tous les organes nécessaires à la vie.
Cet enfant n'ayant pas eu d'existence juridique ne
succède pas à son père. On appliquera la loi relative aux
successions et les biens du monsieur (le De Cujus)
seront dévolus à ses parents, à ses frères et sœurs. La
femme ne reçoit rien.

L’existence de la personne physique 48


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Conclusion.
En Droit Positif, la règle infans conceptus est
subordonnée à la condition de viabilité de l'enfant.

2- La portée de la règle infans conceptus.


Problème : Dans quel domaine va-t-elle produire
ses effets ?
La règle joue essentiellement en matière de
donation, de succession, de testament ces cas étant
prévus par la loi (voir art. 5 de la loi de 1964 relatives
aux successions. Art. 9 de la loi relative aux testaments
et donation).

Qu'en est-il des cas non prévus par la loi ?


Prenons un exemple : L'on sait que lorsqu'un père
décède par suite d'un accident de travail, il reçoit, en
principe, des indemnités qui peuvent être versées à ses
enfants.
Supposons qu'un homme décède dans un accident
de travail pendant la grossesse de sa femme, l'enfant
issu de cette grossesse pourra-t-il bénéficier des
indemnités ?

Le problème qui se pose est de savoir si la règle


infans conceptus peut s'appliquer dans ces cas non
prévus par la loi.
La réponse à cette question a suscité une
controverse doctrinale.
Deux thèses se sont opposées :

 Selon la 1 è r e , on ne pourrait pas appliquer la règle


infans conceptus car cette règle serait d'interprétation
restrictive, c'est-à-dire qu'on ne peut l'étendre à des cas
non prévus par la loi, car la règle reposerait sur une
fiction juridique. Pour les tenants de cette thèse, dire
que l'enfant a la personnalité juridique avant sa
naissance, c'est une fiction et non la réalité.

L’existence de la personne physique 49


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Rappelons que la fiction est un procédé par lequel


la loi, le droit, nie une réalité du monde physique pour
donner satisfaction à un intérêt légitime particulier.
Lorsqu'il y a fiction, il y a une sorte de divorce entre le
droit et la réalité.

Les fictions ne peuvent être étendues en dehors des


prévisions de la loi car elles ont une interprétation
restrictive.

Selon la première opinion, la règle infans conceptus


reposerait sur une fiction parce qu'un embryon n'a pas la
personnalité juridique.

 Cette opinion est combattue par d'autres auteurs


qui soutiennent qu'il n'y a aucune fiction dans la règle
infans conceptus car, disent- ils, la vie existe avant la
naissance. Pour ces derniers, il n'y a pas de raison de
ne pas considérer l'embryon, le fœtus qui est en devenir,
comme une personne juridique.

Il y a là deux positions irréductibles. Qu'il y ait une


vie avant la naissance nous apparaît évident ; mais que
celle- ci soit celle d'une personne humaine est un autre
problème.

Les tribunaux français ont tranché, à propos des


indemnités d'accident de travail, dans le sens de la règle
favorable à l'enfant.
Ils ont admis la règle infans conceptus, même dans
le cas où la loi ne le prévoit pas. Par cette solution, les
tribunaux français n'ont pas pour autant pris position sur
le point de savoir si la personnalité juridique de l'enfant
est une fiction ou non. Ils ont seulement dit que la règle
infans conceptus, d'après son contenu coutumier, est
destinée à protéger les intérêts de l'enfant. Par
conséquent, il faut l'appliquer dans tous les cas où
l'enfant y a intérêt, même si la loi ne le prévoit pas.
Ainsi, dans le cas des accidents de travail par exemple,
l'enfant doit pouvoir toucher les indemnités, à condition

L’existence de la personne physique 50


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

d'avoir été conçu avant le décès de son père. Ceci


soulève le problème de la preuve de la date de la
conception.

3- La preuve de la date de la conception


C'est une question qui concerne également le Droit
de la filiation légitime.
Sera légitime un enfant qui est présumé conçu
pendant le mariage.
La preuve de la date exacte de la conception sera
difficile à faire. Aussi, le droit va venir au secours de
l'enfant en le dispensant de prouver la date exacte de sa
conception.
Pour ce faire, on va édicter au profit de l'enfant une
présomption légale appelée présomption légale de durée
de la grossesse.
L'enfant est présumé conçu au plutôt le 300 e jour
avant la naissance, et au plus tard le 180e jour avant la
naissance.
Si par exemple le mari est décédé 310 jours avant
la naissance de l'enfant, on dira qu'au moment où le mari
mourrait, l'enfant n'était pas encore conçu.
Mais si le mari est décédé 200 jours avant la
naissance, l'enfant est présumé conçu avant la mort de
celui- ci .Il ne s’ agit cependant que d’ une
présomption .Comme on le constate la présomption joue
un rôle très important en matière de preuve.. Mais
qu’est-ce qu’une présomption  ?
L’art 1349 du code civil définit les présomptions
comme des conséquences que la loi ou le magistrat tire
d’un fait connu à un fait inconnu.
En l’espèce le droit connu, c’est la date de
naissance, la date de l’accouchement. Le fait connu,
c’est la date de la conception.
Le droit considère que la conception remonte à une
date quelconque entre le 180 e jour et le 300 e jour avant
la naissance. Rappelons que c’est l’art 1 e r de la loi de
1964 relative à la filiation légitime qui, reprenant l’ancien

L’existence de la personne physique 51


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

article 312 du code civil français, pose cette


présomption.
Dès lors on peut se demander si la présomption de
conception prescrite par l’art 1 e r de la loi de 1964
précitée, qui vise à déterminer la probabilité de
paternité du mari, peut être utiliser en dehors de ce
cas ?
En d’autres termes, peut on de façon générale,
utiliser la présomption légale de durée de la grossesse
pour prouver la date de la conception  ?
La question se pose parce que les présomptions
légales sont d’interprétations restrictives, c’est-à-dire
qu’elles ne peuvent intervenir que dans les cas pour
lesquels la loi les a expressément édictées  ; on peut
donc hésiter à appliquer cette présomption légale en
dehors dudit cas.
Mais, dans un arrêt très important du 8 mars 1939,
les chambres réunies de la constitution française avaient
admis l'application de la présomption affirmée par l'art.
312 de l'ancien Code Civil en dehors du cas prévu par ce
texte.
Dans la mesure où l'article 1 e r de la loi de 1964
relative à la filiation légitime reprend, s'inspire, de
l'article 312 de l'ancien Code Civil Français, on pourrait
admettre en Droit Ivoirien la solution jurisprudentielle
française de 1939 : La preuve de la date de la
conception pourrait donc se faire à partir de la
présomption légale de durée de la grossesse.
Mais quelle est la nature de cette présomption ?
Cette question se justifie par l'existence de deux
sortes de présomptions légales : Les présomptions
simples et les présomptions irréfragables.

 Les présomptions simples peuvent être renversées


par la preuve contraire.
Par exemple, dans le Droit de la responsabilité, il
existe une règle selon laquelle les parents d'un enfant
mineur sont présumés responsables en cas de
dommages causé par l'enfant. On présume que les

L’existence de la personne physique 52


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

parents ont commis une faute de surveillance. La victime


n'a pas à prouver la faute des parents.
Mais cette présomption est une présomption simple
parce que les parents peuvent se dégager de leur
responsabilité en prouvant qu'ils n'ont pas commis de
faute de surveillance. Ils vont donc détruire la
présomption par une preuve simple.
La présomption simple opère donc dispense de
preuve par renversement du fardeau de la preuve. On
l'appelle aussi présomption juristantum
A l'inverse, nous avons une seconde catégorie : Les
présomptions irréfragables.
Ces présomptions ne peuvent pas être détruites par
la preuve contraire. Elles sont établies de façon
définitive ; elles sont inébranlables.
Un exemple toujours tiré du Droit de la
responsabilité : La loi présume responsable, le gardien
d'une chose lorsque cette chose a occasionné un
dommage à autrui. Cette présomption ne peut pas être
détruite par la preuve contraire. Le gardien n'est pas
admis à prouver qu'il n'a commis aucune faute  ; il ne
peut apporter la preuve contraire ; la présomption est
irréfragable.
Le Droit dans ce cas édicte plus une règle de fond
qu'une règle de preuve.
Ces présomptions irréfragables sont assez proches
de la fiction.
On les appelle aussi présomption juris et de jure.
Pour répondre à la question posée plus haut, il faut
dire que si en droit de la filiation, la présomption est
irréfragable, en revanche, dans l'application de la règle
infans conceptus, la présomption sera une présomption
simple.

Paragraphe 2 - La fin de la personnalité juridique

Tout individu conserve sa personnalité juridique


jusqu'à sa mort. La personnalité juridique dure autant
que la vie ; elle prend fin avec le décès de la personne
humaine.

L’existence de la personne physique 53


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Si en principe la mort physique constatée met fin à


la personnalité juridique, ce principe connaît un
tempérament, car il y a une survie de la personne après
la mort.
Envisageons ces deux idées :

A- La fin de la personnalité juridique par le constat de


la mort physique
* La notion même de mort physique peut prêter à
discussion. Il n'y a pas de définition juridique de la mort.
La mort est un phénomène biologique. On se réfère aux
données médicales. Ainsi est considéré comme mort un
homme qui ne respire plus et dont le sang est arrêté, ne
circule plus.
* La mort doit être constatée et portée à la
connaissance de l'Etat. Cette constatation donne lieu à
la rédaction, par l'officier d'Etat Civil, d'un acte de décès
établi, à la suite de la déclaration faite soit par les
parents, les proches du défunt ou par toute personne
ayant connaissance du décès.
L'acte de décès pourra quelques fois être erroné ;
on procédera alors à un jugement rectificatif.

L’existence de la personne physique 54


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

B- La survie de la personnalité juridique après la mort


physique
Cette survie se manifeste sur deux points :
- un certain prolongement de la personnalité après
la mort.
- le respect du pouvoir de la volonté du défunt après
la mort.

 Le prolongement de la personne après la mort se


manifeste sur le plan extra patrimonial.
En effet, les atteintes à la mémoire des morts
constituent une faute qui engage la responsabilité de
leurs auteurs.
Par ailleurs, les héritiers continuent la personne du
défunt. A ce titre, ils répondent des dettes de celui- ci.

 Quant au respect du pouvoir de la volonté du


défunt, il apparaît dans la validité des dispositions
testamentaires.
Le testament est un acte par lequel une personne
lègue une partie ou tous ses biens à d'autres personnes.
Le testament respecte la volonté du défunt.
Enfin, il se peut que le défunt ait prévu de léguer
son corps ou certains de ses organes à la science. Le
droit admet la validité de telles dispositions.
Nous savons à présent, quand commence la
personnalité juridique et quand elle finit.
Cependant, des problèmes graves vont se poser à
propos de l'existence même de la personne dans les cas
où cette existence est incertaine.
Ce sont ces difficultés qui seront examinées dans la
section II.

Section 2 - L'existence incertaine de la personne


physique.
Il arrive que des personnes disparaissent et qu'on
ignore si elles sont mortes ou vivantes (guerres ou
troubles, ou même période de paix). La personne

L’existence de la personne physique 55


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

disparue doit-elle être considérée sur le plan juridique


comme vivante ou morte ?
Le droit ivoirien prévoit deux régimes juridiques :
- celui de l'absence.
- celui de la disparition.
Mais avant d'étudier ces deux régimes, une
précision terminologique s'impose ; car il y a une
différence entre le langage juridique et le langage
commun.
Dans le langage commun, on utilise sans faire
beaucoup de différence, un certain nombre d'expressions
à peu près semblables pour dire qu'une personne est
absente : disparu, parti sans laisser d'adresse, aucune
nouvelle, abandon de domicile.
Au contraire, le langage juridique est très précis. Il
va distinguer de façon très nette, 3 situations différentes
:
- la non-présence
- la disparition
- l'absence proprement dite.

 La non-présence correspond au cas où il n'y a


aucun doute sur l'existence de l'individu. On sait que la
personne est vivante. On en a la certitude. Seulement le
"non présent" refuse de répondre aux convocations, aux
lettres, etc. (il fait le mort) volontairement.
Dans d'autres cas, son silence peut être involontaire
ou contraint: c'est par exemple le cas d'un prisonnier.
 La disparition doit être entendue dans un sens très
précis. Dans ce cas là, la personne est disparue dans
des circonstances qui sont connus et vraisemblablement
considérées comme causes de sa mort, mais le corps de
la personne n'a pas pu être retrouvé. Par exemple : un
accident d'avion dans lequel la personne a pris place.

 L'absence proprement dite correspond au cas de


l'individu dont on ignore s'il est vivant ou mort, car il n'a
pas donné de nouvelles depuis longtemps. C'est le doute
absolu.

L’existence de la personne physique 56


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Exemple : un cousin parti étudier en France depuis


15 à 20 ans sans qu’on ait de nouvelles de lui.
Le droit va prendre en compte l'absence et la
disparition.
Quels sont les intérêts que le droit va prendre en
considération ?
En effet, les intérêts sont ici contradictoires : il y a
les intérêts de l'absent ou de celui qui a disparu ; il est
peut être éloigné contre sa volonté il faut donc protéger
ses biens.
Mais il y a aussi les intérêts des membres de la
famille du disparu ou de l'absent.
Ceux-ci ont le droit de vivre ; on ne peut les obliger
à attendre indéfiniment le retour du disparu ou de
l'absent. les membres de la famille du disparu ou de
l'absent sont des héritiers présomptifs qui voudraient
bien se partager la succession.
Selon l'hypothèse, le droit va faire prévaloir les
intérêts des uns et des autres, et on va rechercher un
certain équilibre.

Nous allons donc étudier successivement les


différentes hypothèses à travers trois paragraphes.

Paragraphe 1- Les mesures pouvant être prises en cas de


non présence

Il est hors de question de déclarer son mariage


dissout du seul fait de la non présence.
Deux situations sont à distinguer, selon que le non
présent à une famille ou non.

 Si le non présent n'a ni conjoint ni enfant , la loi ne


prévoit pas spécialement cette hypothèse pour
administrer le patrimoine de cette personne.
L'un de ses parents même éloigné ou même l'un de
ses voisins peut accomplir les actes conservatoires,
c'est-à-dire prendre les mesures nécessaires, pour que

L’existence de la personne physique 57


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

le non présent ne soit pas privé de certains de ses biens


telle la gestion d'affaires.
 Si au contraire le non présent est marié , on pourra
trouver quelques secours dans la loi du 7 oct. 1964
relative au mariage. Il s'agit des articles 62 et 64 qui
s'appliquent lorsque l'un des 2 époux est hors d'état de
manifester sa volonté ou refuse de faire un acte alors
que ce refus n'est pas justifié par l'intérêt de la famille.
L'article 64 précise que l'autre conjoint doit se faire
habiliter par la justice afin de représenter celui qui est
hors d'état de manifester sa volonté (cas du non
présent).
Le représentant est celui qui agit au nom et pour le
compte d'une autre personne. On l'appelle généralement
un mandataire.
Si la non-présence de l'un des époux est
consécutive à un abandon, soit de la famille par le mari,
soit du domicile conjugal par la femme, cet abandon est
une cause de divorce.
L'époux abandonné pourra demander et obtenir le
divorce à son profit.
En cas de divorce, le régime matrimonial sera
liquidé et chaque époux reprendra la propriété de ses
biens.
Que se passera-t-il s'il y a disparition ?

Paragraphe 2 - La disparition

Dans le cas de la disparition stricto sensu (sens


strict du terme), le décès du disparu est vraisemblable et
pratiquement certain. Mais faute d'avoir retrouvé le
cadavre, on ne peut constater le décès.
Aussi, le législateur prend une précaution : il est
interdit que l'on dresse un acte de décès tant qu'on n'a
pas retrouvé le corps du défunt.
Néanmoins, comme le décès est à peu près certain,
on va autoriser tout intéressé à demander un jugement
du tribunal déclarant le décès . Cette possibilité est
ouverte par la loi de 1964 relative à l'état Civil dans les
articles 64 et suivants (A).

L’existence de la personne physique 58


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

La loi part de l'idée que le décès est vraisemblable


mais n'est pas absolument certain.
En tenant compte de cette double idée, on a
aménagé un régime réservant la possibilité d'un retour
du disparu (B).
A- La procédure de déclaration du décès.
Le terme "déclarer" à un sens très précis en droit,
surtout lorsqu'il s'agit d'une déclaration faite par un
tribunal.
Le mot "déclarer" signifie alors "constater une
situation de fait ou de droit préexistante".
Le jugement déclaratif est donc celui qui constate
une situation juridique, une situation préexistante. Le
tribunal se déclare par un jugement.
En l'espèce, le jugement prononçant le décès n'est
pas en réalité déclaratif mais plutôt constitutif. La
procédure concernant la déclaration du décès sera une
procédure judiciaire c'est-à-dire devant le tribunal,
aboutissant à un jugement. L'officier d'état Civil ne peut
pas rendre lui-même un jugement déclaratif de décès,
car il n'est pas un tribunal.
Tant qu’on n’aura pas trouvé le corps du défunt, la
procédure de déclaration de décès sera nécessairement
judiciaire.
Si, par exemple, un avion explose en l'air ou un
navire coule en mer, il y aura des disparitions. Une
requête sera alors adressée au tribunal afin d'établir un
jugement déclaratif de décès. Cette requête est formée
soit par une personne privée (un membre de la famille du
disparu ou un légataire) soit par le procureur de la
République; le tribunal compétent est en principe celui
du lieu de la disparition.
Lorsque la disparition a lieu à l'étranger, l'article 65
de la loi sur l'état Civil prévoit que le Tribunal compétent
sera celui du domicile ou de la dernière résidence du
disparu.
Le tribunal saisi instruit l'affaire ; il peut ordonner
des enquêtes pour faire établir les circonstances de la
disparition.

L’existence de la personne physique 59


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

En matière de jugement déclaratif, on a recours à la


procédure gracieuse . Il y a procédure gracieuse lorsqu'il
n'y a pas de litige, de débat contradictoire.
La procédure gracieuse s'oppose à la procédure
contentieuse.
Le jugement déclaratif de décès rendu par le
tribunal est transcrit sur le registre de l'état Civil.
Ce jugement est, selon l'art. 68 alinéa 3 (de la loi
de 64 sur l'état Civil), opposable aux tiers. C'est une
dérogation aux principes selon lesquels les décisions de
justice ont un effet relatif . C'est ce qu'on appelle aussi
l'effet relatif de la chose jugée . Cela veut dire que le
jugement n'a autorité qu'à l'égard des personnes qui ont
été parties au procès. Au contraire, un jugement n'a pas,
en principe, d'autorité à l'égard des personnes qui ne
sont pas représentées au procès : c'est la relativité de la
chose jugée.
Or, par exception, le jugement déclaratif de décès
est, selon la formule de l'art. 68, opposable aux tiers ; il
a autorité absolue de chose jugée ; on dit qu'il a autorité
erga omnes (c'est-à-dire à l'égard de tous).
Voyons le cas où le disparu vient à réapparaître (B).

B- Le retour du disparu
C'est une hypothèse exceptionnelle. En cas de
disparition, on est généralement à peu près certain que
le disparu est décédé ; mais comme on n'a jamais
retrouvé le corps du présumé défunt, on est obligé
d'envisager une hypothèse de son retour.
L'art. 69 de la loi de 1964 sur l'état Civil prévoit un
certain nombre de mesures ; la principale est
l'annulation du jugement déclaratif de décès .
On devra obtenir cette annulation dans les mêmes
formes que celles qui avaient entourées le jugement
déclaratif lui- même. C'est donc le tribunal qui avait
rendu le jugement déclaratif qui devra être saisi de
l'instance en annulation : c'est ce qu'on appelle le
parallélisme des formes. Si certaines formes étaient

L’existence de la personne physique 60


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

exigées pour prendre un acte, ce sont les mêmes formes


qui seront applicables à l'annulation de cet acte.

L’existence de la personne physique 61


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Quelles sont les conséquences de l'annulation


du jugement déclaratif de décès ?

Dans toute la mesure du possible, on va remettre


les choses en l'état, c'est-à-dire qu'on va faire comme si
le décès n'avait jamais été déclaré.
Ainsi, l'art. 69 (loi sur l'état Civil) dispose que le
disparu revenu reprend ses biens mais dans l'état où il
se trouve. Si le bien a été revendu par l'héritier, le
disparu pourra reprendre ce prix s'il existe.
Si l'héritier a dépensé l'argent provenant de la vente
du bien, le disparu va lui demander des comptes.
De même, selon l'art. 69 précité, si le disparu était
marié sous le régime de la communauté, c'est le régime
de la communauté qui reprend son cours entre les
époux. Néanmoins, on ne reviendra pas sur la liquidation
de la communauté qui avait eu lieu. Les biens liquidés,
partagés, resteront des biens propres à chacun des 2
époux.
Mais que se passera-t-il si le conjoint du disparu se
remarie après le jugement déclaratif de décès ?
En principe, le mariage est automatiquement
dissous par la mort de l'un des deux époux.
Le jugement déclaratif de décès met normalement
fin au 1 e r mariage et l'autre conjoint est autorisé à se
marier à condition, s'il s'agit d'une femme, à observer un
délai de 300 jours à compter du jour du jugement
déclaratif (délai de viduité).

Dans le cas où le disparu réapparaît, va-t-on déclarer


nul ou valable le deuxième mariage ?

Face au silence de la loi sur ce point, deux


positions peuvent être soutenues :
On peut soutenir, dans une première opinion, que
l'annulation du jugement déclaratif de décès fait revivre
rétroactivement le premier mariage. Tout se passe
comme si ce premier mariage n'avait pas été dissous. En
conséquence, le second mariage est entaché de

L’existence de la personne physique 62


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

bigamie : la bigamie c'est le fait de conclure un second


mariage avant que le précédent soit dissous.
Or, la loi ivoirienne de 1964 interdit la bigamie. Par
conséquent, la bigamie est une cause de la nullité du
second mariage. On dira que le second mariage est nul.
Le disparu fait annuler le jugement déclaratif de
décès et le second mariage, et il demande à sa femme
de reprendre la vie d'alors.
On peut reprocher à cette première opinion
d'appliquer de façon excessive, brutale, l'idée de l'effet
rétroactif de l'annulation. On revient intégralement à la
situation antérieure comme si rien ne s'était passé.
Tout en admettant qu'en cas de nullité d'un acte, on
revienne à la situation antérieure, on peut dans une
seconde opinion, suggérer de tenir compte des situations
acquises sur le fondement de l'apparence et de la bonne
foi.
En effet, le conjoint qui se remarie sera de bonne
foi, étant persuadé de la mort du disparu. Or l'art. 69 de
la loi du 7 oct. 1964 relative à l'état Civil s'efforce de
conserver les situations acquises de bonne foi,
nonobstant l'annulation du jugement déclaratif de décès.
Ainsi, l'art. 69 de la ladite loi autorise le disparu à
reprendre ses biens seulement si ceux-ci existent
encore. Si une liquidation a eu lieu, elle est maintenue.
On pourrait, en résumant l'esprit du texte,
généraliser les solutions données par l'art. 69 et prendre
en considération les situations acquises sur le
fondement de l'apparence et de la bonne foi.
Dans ce cas, on devra admettre que le second
mariage est maintenu et le premier mariage, au
contraire, continue à être réputé dissous. Mais cette
solution n'est pas retenue par la jurisprudence.
Heureusement que ces situations sont très
exceptionnelles.
Ceci montre à quel point le tribunal doit être prudent
lorsqu'il rend son jugement déclaratif. Dès lors qu'un
tribunal a des doutes, il devrait s'abstenir de déclarer
judiciairement le décès.

L’existence de la personne physique 63


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Qu'en est-il en cas d'absence ? La réponse à la


question sera fournie dans un (Paragraphe III) :

Paragraphe 3 - Le régime juridique de l'absence.

Il y a absence dans l'acception stricte du terme


lorsque l'on ne sait pas si une personne est vivante ou
décédée.
Cette situation était relativement fréquente autrefois
à cause des périls divers et de l'insuffisance des
moyens de communication.
Aujourd'hui, heureusement, les véritables
phénomènes d'absence sont rares grâce aux moyens de
communications modernes (téléphone, postes, télex, fax,
courrier électronique, etc…
En cas d'absence, l'opposition des intérêts peut se
faire très durement sentir parce que les membres de la
famille voudraient voir cesser une situation provisoire qui
n'a que trop durée.
Il faut néanmoins protéger les intérêts de l'absent
en vue de son retour possible.
Si l'on analyse les systèmes juridiques on s'aperçoit
que généralement la loi relative à l'absence se fonde sur
deux idées :
- D'abord la loi va tenir compte de la durée de
l'absence ; plus l'absence aura durée longtemps, plus le
décès sera vraisemblable mais sans certitude.
- Ensuite, l'absence ne faisant apparaître aucun
indice permettant de penser que l'absent est mort ou
vivant, il faut s'en tenir à une présomption : soit plutôt
présumer qu'il est vivant, soit plutôt présumer qu'il est
mort.
Dans les systèmes anciens, on avait tendance à
présumer que l'absent était vivant. Dans les systèmes
modernes, on a plutôt tendance à présumer que l'absent
est décédé.

A- Evolution historique du régime de l'absence.

L’existence de la personne physique 64


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Le Code Civil en 1804 a mis en place un régime de


l'absence reposant sur l'idée que l'absent peut être
présumé vivant.
En conséquence, le Code Civil prévoyait un régime
très protecteur des droits de l'absent. Même une longue
absence (50 ans) ne permettait jamais de tenir l'absent
pour mort, donc ne permettait pas d'ouvrir la succession
de l'absent, ni de déclarer son mariage dissout.
Or, c'est ce système quelque peu archaïque qui est
toujours en vigueur en Côte d'Ivoire.
Ce sont en effet les articles 112 à 140 du Code Civil
Français, dans leur rédaction en vigueur le 3 novembre
1960, qui forment le droit positif ivoirien sur ce point. Or,
en 1960, les articles 112 à 140 du Code Civil avaient
encore conservé leur rédaction originale de 1804. Par
conséquent, à l'indépendance ces textes sont incorporés
dans le code civil ivoirien. Dans la mesure où les lois
civiles ivoiriennes de 1964 n'ont pas réglementé le
régime de l'absence, on peut donc dire que la matière de
l'absence n'a pas fait l'objet de lois civiles nouvelles
promulguées après l'indépendance. Ce sont donc les
articles 112 à 140 du Code Civil français qui constituent
en la matière le droit positif ivoirien.
Dans la plupart des autres Etats, des systèmes plus
simples ont remplacé le régime antique de l'absence.
Ainsi, le droit français actuel modifié en 1977
décide que le jugement déclaratif d'absence a les mêmes
effets que le décès et que ce jugement de déclaration
d'absence peut être obtenu dix ans après le début de
l'absence.
Mais le régime ivoirien s'en tient toujours au vieux
système du Code Civil qui est excessivement protecteur
des droits de l'absent.

B- La situation pendant l'absence


Le système des articles 112 à 140 du code civil
aboutit à reconnaître à l'absence 3 périodes successives
:
 1 è r e Période : La présomption d'absence

L’existence de la personne physique 65


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Elle peut durer 10 ans (art.121 code civil) selon que


l'absent a ou non laissé un mandataire.
- Elle va durer 4 ans si l'absent est parti sans
laisser de mandataire (art. 115 code civil).
- Si au contraire l'absent a laissé un mandataire, la
présomption d'absence va durer 10 ans (art. 121 code
civil).
Quoi qu'il en soit, au cours de cette période, la loi
organise uniquement des mesures d'administration
provisoires .
La seule chose que peuvent faire les héritiers
présomptifs c'est de demander au tribunal de nommer un
administrateur provisoire. Si les héritiers présomptifs
n'agissent pas, le tribunal pourra lui- même demander un
administrateur provisoire.
Si le patrimoine de l'absent est modeste c'est
seulement les héritiers présomptifs qui prennent les
actes conservatoires.

A la fin de la 1 è r e période, on va pouvoir obtenir une


déclaration de l'absence.

 2 e Période : La période de l'envoi en


possession provisoire

Cette période s'ouvre 5 ans après les dernières


nouvelles reçues de l'absent (qui n'a pas laissé de
mandataire) ou 11 ans quand il avait laissé un
mandataire.
Cette période commence avec la déclaration de
l'absence. Les héritiers peuvent demander au tribunal de
rendre un jugement déclaratif d'absence (art. 115).
Le tribunal saisi ordonnera une enquête (art. 116).
Le jugement de déclaration d'absence n'interviendra
qu'un an après le jugement ordonnant l'enquête (art. 119
code civil)
Mais bien que la procédure soit proche de celle du
jugement déclaratif de décès, le jugement déclaratif
d'absence n'est pas un jugement déclaratif de décès.

L’existence de la personne physique 66


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Néanmoins, les héritiers pourront demander alors


l'envoi en possession provisoire. C'est-à-dire qu'on va
partager la succession, chaque héritier va recevoir une
partie de la succession, mais il n'en sera que le
dépositaire (art. 125). Cela veut dire que l'héritier ne
pourra pas disposer des biens qu'il a reçu. Il ne pourra
pas les vendre ni les modifier ; il n'a que l'administration
et la jouissance des biens pour lesquels il a été envoyé
en possession provisoire.

 3 e Période : L'envoi en possession définitive.

30 ans après l'envoi en possession provisoire ou


100 ans après la naissance de l'absent, ses héritiers
peuvent obtenir l'envoi en possession définitive (art. 129
code civil).
Le tribunal va consolider leurs droits sur les biens
de l'absent. Les héritiers pourront faire de ces biens ce
qu'ils veulent.
Cependant, même à ce stade, le décès n'est jamais
tenu pour certain, il n'est jamais déclaré et par
conséquent le mariage de l'absent n'est pas dissout.
On remarque que dans une certaine mesure on
traite l'absent comme s'il était mort ; mais ce sont des
hypothèses particulières. Ainsi, lorsque s'ouvre une
succession à laquelle l'absent aurait été appelé (par
exemple : le père décède et laisse 3 enfants dont un est
absent). On va procéder au partage sans tenir compte de
l'absent. Mais naturellement la succession sera remise
en cause si l'absent apparaît. Cela se comprend car
même au stade de l'envoi en possession définitive, le
décès n'est jamais tenu pour certain ; le décès n'est
jamais déclaré et par conséquent, le mariage de l'absent,
par exemple n'est pas dissous.
En définitive, si par l'envoi en possession définitive,
les héritiers de l'absent peuvent faire des biens qui leur
sont échus ce qu'ils veulent, ils n'ont cependant pas tout
à fait la propriété de ces biens. En effet, au cas de
retour de l'absent, leurs droits sur les biens seront remis
en cause.

L’existence de la personne physique 67


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

C- Le retour de l'absent
L'absent qui réapparaît va pouvoir reprendre
immédiatement la possession de ses biens. Il n'est point
besoin d'obtenir un jugement. Il n'est pas nécessaire de
faire annuler la déclaration d'absence .
Si les biens se retrouvent en nature entre les mains
des héritiers, l'absent les reprend dans l'état où ils se
trouvent. Les héritiers conservent les fruits (revenus) et,
par ailleurs, ils ne devront pas d'indemnité si le bien
s'est déprécié sans qu'ils aient commis de faute.
Si les biens ont été vendus (35 ans après
l'absence), l'absent pourra reprendre le capital (le prix)
si celui- ci existe. Si le prix a servi à l'héritier pour
acheter un autre bien en remplacement du bien vendu,
l'absent pourra reprendre le bien acquis en remploi du
bien vendu (art. 132 code civil). Il faudra démontrer que
le second bien a été véritablement acheté à l'aide des
sommes d'argent qui provenaient de la vente du premier
bien. C'est le système du remploi. Il se produit une
subrogation réelle. La subrogation est le fait de prendre
la place de quelque chose ou de quelqu'un d'autre.
Le bien acquis en remploi remplace le bien vendu
par le jeu de la subrogation réelle.
Rappelons que, le mariage de l'absent n'est jamais
dissous ; de ce fait, le conjoint n'a pas le droit de se
remarier aussi longtemps que durera l'absence.
Les enfants qui viendront à naître pendant
l'absence seront considérés comme des enfants
légitimes de l'absent.
Evidemment, si l'absent revient et s'il trouve des
enfants nés plus de 300 jours après son départ, il pourra
dans les deux mois de son retour, intenter une action en
désaveu pour démontrer qu'il ne peut pas être le père de
ces enfants. [Cependant voir civil 19 déc. 1906 D 1907
I e , ..].
En définitive, nous venons de voir que pour que la
personne physique puisse être individualisée encore
faut-il qu’elle existe ! Après avoir passé en revue, les

L’existence de la personne physique 68


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

différents problèmes que soulèvent l'existence de la


personne physique, il nous faut à présent, toujours dans
le souci d'individualiser la personne physique, réfléchir
sur les modes d'identification de la personne physique.

L’existence de la personne physique 69


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Chapitre 2 
L'identification de la personne physique

Identifier une personne, c'est la distinguer de ses


semblables à l'intérieur du groupe social ou familial.
L'identification est absolument nécessaire afin que
l'on puisse reconnaître les droits et les obligations qui
sont attachés à chaque personne.
L'identification va se faire par deux moyens :
- par le nom de la personne (Section 1)
- par le domicile de la personne (Section 2).

Section 1 – Le nom des personnes physiques


Le nom peut être défini comme un vocable qui sert
à désigner une personne. Dans le nom au sens large, il y
a 3 sortes d'éléments :
- le nom de famille : il peut être un nom
patronymique c'est-à-dire transmis du père à ses
enfants. Mais il y a une certaine place pour le nom
matronymique.
- Le prénom : il sert à désigner la personne à
l'intérieur de sa famille. Il est généralement choisi dans
les différents calendriers par la famille.
- Les accessoires du nom : il peut s'agir soit d'un
surnom, soit d'un pseudonyme. Il y a éventuellement les
titres de noblesse ou les distinctions religieuses.
Cet usage n'a pas été toujours suivi.
Historiquement, on a connu des systèmes différents.
C'est ainsi qu'à l'époque romaine, le nom se
décomposait en 3 éléments bien différents de ceux
évoqués plus haut. On avait :
- le prénom
- un nom de clan appelé nom gentilice
- un surnom tiré d'un signe particulier de l'individu.
A partir du 4 e siècle, sous l'effet de la
christianisation de l'occident, ces usages ont été
modifiés et l'église a voulu rompre avec la tradition
L'identification de la personne physique
65
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

romaine. D'une façon symbolique, on donnait un nouveau


nom aux personnes qui se faisaient baptiser. Cela
symbolisait la nouvelle existence spirituelle du baptisé.
Mais finalement, beaucoup de personnes portaient le
même nom et on n'arrivait plus à les distinguer. On leur
donnait alors un surnom en plus de leur nom de
baptême, compte tenu de leur particularité relative, ou
on leur donnait un surnom en fonction de leur lieu
d'habitation.
Selon l'usage, c'est finalement le surnom qui a pris
la première place. Transmis de père en fils, le surnom
est devenu le nom patronymique et le nom de baptême
est devenu le prénom.
Cet usage s'est introduit en Afrique avec la
colonisation et s'est assez répandu. Cette règle du nom
et du prénom a été généralisée et rendue obligatoire en
Côte d'Ivoire après l'indépendance, par la loi relative au
nom contenu dans les 9 lois civiles du 7 oct. 1964.
Ainsi, l'article 1 de la loi relative au nom dispose : «
Toute personne doit avoir un nom patronymique et un ou
plusieurs prénoms ».
Le droit s'intéresse de très près à la réglementation
du nom des personnes. En effet, le nom des personnes
est l'objet d'intérêts divers voire même opposés que le
droit doit concilier. Le droit vise la réalisation d'une sorte
d'équilibre entre ces intérêts divers qui sont de trois
ordres:

- L'intérêt de l'Etat c'est-à-dire l'intérêt public.


L'Etat a intérêt à ce que chaque citoyen puisse être
désigné de façon stable. L'Etat veut savoir si les
individus ont rempli leurs obligations civiles. On dit que
sous ce point de vue, le nom est une institution de police
civile, c'est-à-dire une institution purement
administrative.
- Le nom est l'objet d'un intérêt familial. Le nom
apparaît aussi comme la propriété d'une famille. En
effet, le nom va unir les membres de la famille, et il est
le symbole d'une certaine cohésion familiale, d'un orgueil
familial.

L'identification de la personne physique


66
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Le code familial va défendre le nom et chercher à le


perpétuer.

- Le nom fait également l'objet d'un intérêt


individuel, purement personnel de celui qui le porte. Ce
n'est pas une étiquette ; il devient une partie essentielle
de la personne, de l'individu.
L'individu peut changer de nom en changeant de
personnalité ou d'état.

Le nom des personnes physiques réelles recèle 3


intérêts : un intérêt étatique, un intérêt familial et un
intérêt individuel.
Or, il ne faut pas que l'un de ces intérêts s'exacerbe
au détriment des autres ; Il ne faut pas que l'un de ces
intérêts passe au premier plan en repoussant les autres.
Le droit va essayer de les concilier. Cela explique
que le régime juridique du nom englobe des aspirations
diverses, d'origines diverses, ayant des buts différents. Il
faudra les harmoniser. Ainsi, il y a des règles en matière
de nom qui se rattachent à l'institution de police, mais il
y a aussi des règles qui sont profondément inspirées par
les usages familiaux.
Nous serons donc conduits à étudier, dans un
premier temps l'attribution du nom (Paragraphe I), pour,
dans un second temps, rechercher la nature juridique du
nom (Paragraphe II).

Paragraphe 1 - L'attribution du nom

Comment le nom (de famille) peut-il être attribué à


une personne  ?
L'attribution du nom est réglée de façon détaillée
par la loi du 7 octobre 1964 relative au nom. Cette loi a
été modifiée en certaines de ses dispositions par celle
du 2 août 1983 (publiée au JORCI 1983 page 526).
On peut distinguer 2 grandes catégories
d'attribution du nom :
- l'attribution originaire (A).
- l'attribution par changement de nom (B).

L'identification de la personne physique


67
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

A- L'attribution originaire du nom.


Le nom de famille n'est pas laissé au libre choix des
individus ou de leur famille. Les règles légales en cette
matière sont impératives et d'ordre public.
Le principe essentiel qui guide l'attribution du nom
est le principe patronymique, c'est-à-dire le principe de
la transmission du nom du père à ses enfants.
Mais, dans sa mise en œuvre, ce principe varie
selon les différents cas de filiation.
Aussi on envisagera 3 hypothèses :
- le nom de l'enfant légitime
- le nom de l'enfant naturel
- le nom de l'enfant non reconnu.

1- Le nom de l'enfant légitime


L'article 2 de la loi de 1964 relative au nom pose un
principe et un tempérament  :
- Le principe veut que l'enfant légitime porte le nom
de son père (article 2 : l'enfant né dans le mariage porte
le nom de son père) ; c'est le principe patronymique.
(Il est à noter que ce principe est formulé en Côte
d'Ivoire par une loi écrite alors que dans le droit
Français cette règle est coutumière).
S’agissant des enfants légitimés on peut, en raison
même de l’objet de toute légitimation, considérer que ces
enfants prennent le nom de leur père alors même qu’ils
ont porté le nom de leur mère.
- Le tempérament : même dans la famille légitime,
l'enfant peut parfois porter aussi le nom de sa mère. On
fait ainsi une certaine place au principe matronymique
même dans la famille légitime.
Le doit ivoirien diffère sur ce point du droit français,
car le principe matronymique n'est jamais reconnu dans
la famille légitime française.
En Côte d'Ivoire, selon l'article 2 de la loi relative
au nom, le père peut demander qu'il soit ajouté au nom
de l'enfant le nom de la mère. Cela se fera normalement
au moment de la rédaction de l'acte de naissance.

L'identification de la personne physique


68
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Mais quid si l'adjonction du nom de la mère n'a pas


été faite au moment de l'établissement de l'acte de
naissance ?
Est-ce que le père pourrait, plus tard, changer
d'avis et demander que le nom de la mère soit également
donné à l'enfant ?
Une réponse affirmative peut être donnée à cette
question, car la loi ne précise pas que le père doit
assurer son option au moment de la rédaction de l'acte
de naissance.
Alors est-ce qu'il ne faudrait pas aller plus loin et
décider qu'un enfant devenu majeur pourrait demander
pour son compte, l'adjonction du nom de sa mère ?
Cette interprétation extensive de l'article 2 nous
paraît difficile à admettre, car il semble bien que
l'adjonction du nom de la mère suppose le consentement
du père.

Il faut donc le consentement du père qui peut le


faire tant qu'il est vivant.

Une dernière difficulté mérite d'être examinée  :


Supposons qu'un monsieur A épouse une dame B.
L'enfant issu de leur union pourrait s'appeler A-B. Si cet
enfant appelé A-B épouse à son tour une dame appelée
C. L'enfant issu de cette dernière union pourrait-il porter
le nom composé A-B-C ?

Si A épouse B

L'enfant s'appellera A-B qui épouse C

A-B-C ?

La réponse à cette question doit être négative car


aux termes de l'article 10 de la loi relative au nom « en
aucun cas, il ne peut y avoir adjonction d'un nom à un
nom patronymique double et réciproquement».

L'identification de la personne physique


69
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Cette solution est sage car elle permet d'éviter les


noms kilométriques.
Envisageons à présent l'hypothèse de l'enfant
naturel.

2- Le nom de l'enfant naturel


En cas de naissance hors mariage, le principe
patronymique joue de façon mois systématique. Les
règles d'attributions sont posées dans l'article 3 de la loi
relative au nom, dans sa nouvelle rédaction issu de la loi
du 2 août 1983. 3 situations peuvent se présenter
s'agissant de l'enfant naturel.

 La filiation naturelle est établie simultanément à


l'égard des 2 parents ; cela veut dire que l'enfant naturel
est reconnu en même temps par le père et la mère. Dans
ce cas là, l'enfant prend le nom de son père naturel. L'on
remarquera qu'il n'a pas la possibilité d'ajouter le nom
de sa mère. L'article 3 alinéa 2 ne mentionne pas
l'adjonction.
 La filiation est établie à l'égard d'un seul des deux
parents, soit le père, soit la mère. Alors, l'enfant prend
le nom de celui à l'égard de qui la filiation est reconnue.
Si c'est le père seul qui a reconnu l'enfant celui- ci prend
le nom du père ; si c'est la mère seule qui l'a reconnu,
l'enfant prend son nom.
 La filiation est établie en premier lieu à l'égard de
la mère puis en second lieu, quelques temps après, à
l'égard du père.
Dans ce cas, l'enfant aura évidemment pris le nom
de sa mère. Il ajoutera alors celui de son père (article 3
alinéa 4). Ce principe du nom double reçoit lui- même des
assouplissements :
- Les deux parents peuvent se mettre d'accord
pour que l'enfant ne conserve que le seul nom de son
père (article 3 alinéa 5).
- Les deux parents peuvent décider également
que l'enfant portera un nom double mais en inversant
L'identification de la personne physique
70
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

l'ordre des noms, c'est-à-dire mettre le nom du père en


premier et celui de la mère en second. (art.3 al. 5 in
fine).

3- Le nom de l'enfant non reconnu.


Lorsque l'enfant est né de père et une mère
inconnu, dans ce cas là on procède à une attribution
administrative du nom. L'enfant est déclaré à l'état Civil
comme né de parents inconnus.
L'article 5 de la loi relative au nom prévoit alors que
c'est l'officier de l'état Civil lui-même qui attribue un nom
à l'enfant.
L'officier de l'état Civil donnera à l'enfant deux
prénoms dont le premier servira de nom.
Naturellement, si par la suite l'enfant venait à être
reconnu par ses parents naturels ou si l'on retrouve ses
parents légitimes, on fera rectifier son acte de
naissance.
A côté de ces différents types d'attributions
originaires du nom existe un second mode d'attribution :
celui qui s'effectue par changement de nom.

B- L'attribution par changement de nom.


En principe, le nom est dit immuable.
C'est le principe formulé par l'art. 11 de la loi
relative au nom : «Nul ne peut porter de nom ni de
prénom autres que ceux exprimés dans son acte de
naissance ». C'est le principe de l'immuabilité du nom.
Ici apparaît l'idée que dans un intérêt d'ordre public,
tout individu doit garder son nom. Cela signifie que le
titulaire d'un nom ne peut pas en changer par un simple
caprice de volonté, en dehors des cas prévus par la loi.
C'est dire qu'il y a des dérogations au principe de
l'immuabilité du nom qui sont de deux sortes :
- Il y a d'abord des changements de nom qui sont
consécutifs à un changement d’état civil. Le cas le plus
évident est celui du mariage. C'est ce qu'on appelle les
changements de nom par voie de conséquence .

L'identification de la personne physique


71
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- Il y a ensuite d'autres hypothèses qui


correspondent à des changements de nom mais sans
changement d'état civil : c'est ce qu'on appelle les
changements de nom à titre principal.

1- Les changements de nom par voie de conséquence


Il y a changement de nom parce qu'il y a
changement d’état civil qui peut résulter soit de
l'adoption, soit du mariage.

a- Le nom de l'adopté
L'adoption entraîne un changement important dans
la vie d'un homme puisque l'adopté quitte sa famille
d'origine pour en intégrer une autre : sa famille adoptive.
L'adopté va changer son nom mais dans une mesure
variable selon le degré de rupture avec la famille
d'origine.
Depuis la réforme de 1983, la loi ivoirienne
reconnaît deux sortes d'adoptions :
- l'adoption plénière
- et l'adoption simple.

 - En cas d'adoption plénière.


Dans ce cas, il s'agit en principe d'enfant âgé de
moins de 15 ans, la filiation adoptive se substitue à la
filiation d’origine.
Ce principe posé par l'article 28 de la loi sur
l'adoption signifie qu'en cas d'adoption plénière, l'adopté
cesse d'appartenir à sa famille d'origine c'est-à-dire sa
famille de sang.
L'adopté perd son nom d'origine et il le remplace
par le nom de l'adoptant.
A partir de ce moment, 3 hypothèses doivent être
envisagées :
1) L'adoption plénière de l'enfant est le fait de deux
personnes mariées ensemble : l'enfant prend le nom du
mari.

L'identification de la personne physique


72
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

2) L'adoption plénière est le fait d'un homme


célibataire, l'enfant prend le nom de celui- ci.
3) L'enfant est adopté par une femme mariée mais
pas par le mari de celle- ci. Dans ce cas, avec l'accord du
mari de l'adoptante, l'enfant prendra le nom de celui- ci
(art. 4 bis de la loi sur le nom).

 - En cas d'adoption simple.

Dans l'adoption simple, l'enfant est intégré à une


nouvelle famille sans rompre les liens avec sa famille
par le sang.
La conséquence au niveau du nom est que l'adopté
simple ajoute à son nom patronymique d'origine, le nom
propre de l'adoptant. Il y a un double nom : la règle
résulte de l'art. 4 de la loi sur le nom.
L'enfant a deux familles. Le régime du nom va
refléter la situation.
L'enfant conserve son nom d'origine et il y ajoute le
nom de l'adoptant.
Si l'adoption simple est le fait de deux personnes
mariées, l'enfant ajoutera le nom du mari à son nom
d'origine. Ce qui laisse tout de même sans solution le
problème de ce qui va se passer si l'adopté portait un
nom double d'origine. Il est évident que la loi sur le nom
lui refuse le nom triple. Selon l'article 10 « en aucun cas,
il ne peut y avoir adjonction d'un nom à un nom
patronymique double et réciproquement ».
La meilleure solution est de laisser à l'adopté s'il
est majeur, ou à l'adoptant si l'enfant est mineur, le
choix de deux formules :
- Conserver son nom double d'origine sans
adjonction du nom de l'adoptant.
- Garder le premier élément du nom d'origine et y
adjoindre le nom de l'adoptant.
Le tribunal en homologuant l'adoption prendrait
acte, dans le jugement d'homologation, du nom qui a été
conféré à l'adopté.

L'identification de la personne physique


73
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

L'autre changement de nom par voie de


conséquence concerne le changement de nom par le
mariage.

b- Modification du nom par l'effet du mariage

Le but poursuivi par le législateur est de manifester


l'unité du couple par l'unité du nom. En principe, le
mariage n'influe que sur l'usage du nom patronymique.
L'art. 57 de la loi ivoirienne relative au mariage
dispose que « la femme a l'usage du nom du mari ».
De cette disposition, trois conséquences peuvent
être dégagées :
- Le mari n'acquiert pas l'usage du nom de la
femme.
- La femme n'acquiert que l'usage du nom de son
mari. Donc elle prend le nom du mari mais elle ne perd
pas son nom d'origine. Ainsi, dans les actes officiels
(carte d'identité, passeport, etc.), elle sera appelée par
son nom de jeune fille, c'est-à-dire son nom d'origine.
Par exemple : Nom : Coulibaly née Koné ou Koné épouse
Coulibaly . (Voir dans ce sens, à titre comparatif Paris 17
sept. 1941 D.A. 1941, 364 qui a décidé qu’une femme
pharmacienne a satisfait à l’obligation légale d’apposer
son nom sur le produit qu’elle délivre en faisant figurer
son nom de jeune fille)
- L'usage du nom du mari constitue à la fois un droit
et une obligation pour la femme.
C'est un droit et à ce titre, elle peut l'utiliser dans
l'exercice de sa profession. Elle peut d'ailleurs ne se
faire connaître que sous le nom du mari.
C'est une obligation car la femme ne peut cesser de
porter le nom de son mari que sur autorisation du juge
(art. 29 de la loi relative au divorce et à la séparation de
corps).
Dès lors, va se poser la question de savoir ce qui
va se passer à la dissolution du mariage !
Le mariage peut être dissout soit par la mort du
mari, soit par le divorce

L'identification de la personne physique


74
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- Si le mariage est dissous par la mort du mari, la


femme pourra conserver, si elle le désire, le nom de son
mari.
- En revanche, si le mariage est dissous par le
divorce, l'art. 24 de la loi relative au divorce et à la
séparation de corps indique la solution : "Par l'effet du
divorce, la femme reprendra l'usage de son nom", dit la
loi. Cette solution se comprend car il n'existe plus de
raison d'ordre affectif justifiant l'usage du nom du mari.
Dès lors, la femme ne pourra plus se faire connaître
sous le nom de son mari qui pourrait lui interdire de
continuer à user de son nom.
Mais ce principe lui-même reçoit certains
aménagements, car il faut tout de même considérer
l'intérêt d'une femme mariée qui s'est fait connaître sous
le nom de son mari.
C'est ainsi que la loi sur le divorce et la séparation
de corps a été améliorée sur ce point, par la loi du 2
août 1983.
La loi du 2 août 1983 a ajouté à l'art. 24 précité un
second alinéa selon lequel, "la femme peut conserver
l'usage du nom du mari avec l'autorisation du juge, si
elle justifie qu'un intérêt particulier s'y attache pour elle-
même ou pour les enfants".
On peut dire que sur cette question, le droit ivoirien
précède le droit français.
En effet, le droit français tolère une convention
passée entre les époux permettant à la femme de
continuer à user du nom du mari. Mais cette convention
est précaire, fragile, parce qu'elle se heurte au principe
de l'indisponibilité du nom.
Au contraire, le droit ivoirien admet de façon
expresse et catégorique un véritable contrat entre époux,
par une dérogation légale au principe de l'indisponibilité
du nom.
Par conséquent, ce contrat étant admis aujourd'hui
par la loi ivoirienne, seul le tribunal pourra, par
jugement, en prononcer la résolution.
Par ailleurs, la femme peut conserver le nom du
mari même contre la volonté de celui- ci. Mais pour cela,

L'identification de la personne physique


75
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

elle doit obtenir une autorisation du tribunal qui, pour ce


faire, examinera l'intérêt dont elle se prévaut.
Qu'en est-il en cas de séparation de corps ?
La séparation de corps ne rompt pas les liens du
mariage mais les distant. Dans ce cas, l'art. 29 de la loi
relative au divorce et à la séparation de corps prévoit
que le jugement de séparation de corps peut interdire à
la femme de porter le nom du mari, ou peut l'autoriser à
ne plus le porter. Mais pour cela, il faut que le jugement
de séparation de corps le précise.
En effet, la séparation de corps ne met pas fin au
mariage; la femme continue, en principe, à avoir l'usage
du nom du mari. A moins que selon l'art. 29, le jugement
de séparation de corps le lui interdise ou l'en dispense.

2- Le changement de nom à titre principal


C'est un changement de nom en dehors de tout
changement d'état  ; c'est donc une véritable exception
qui est posée au principe de l'immuabilité, et cette
exception ne peut résulter que d'une disposition
expresse de la loi.
La loi ivoirienne prévoit-elle un mécanisme de
changement de nom ?
Cette question soulève un problème de texte
applicable en Côte d'Ivoire. Quels sont les textes qui, en
matière de changement de nom à titre principal, sont
applicables dans notre pays ?
La question se pose parce qu’en droit français, il y
a un vieux texte de l'époque révolutionnaire qui prévoit
une procédure administrative de changement de nom. Ce
texte, c'est la loi du 11 germinal An XI. La procédure
mise en place par cette vieille loi est lourde : il faut
adresser une requête en changement de nom au ministre
de la justice ; après avis favorable du conseil d'Etat, le
gouvernement décide par décret.
La pratique veut que le changement soit autorisé si
le titulaire porte un nom ridicule ou un nom déshonoré
dans une histoire, ou en cas de relèvement de nom.
Cette vieille loi française avait été rendue
applicable au Sénégal et, à la fin du 19 e siècle, elle avait
L'identification de la personne physique
76
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

été étendue à la Côte d'Ivoire. La question est de savoir


si elle est encore applicable dans notre pays, ou si l'on
peut considérer cette loi comme ayant été abrogée du
fait de la promulgation, en 1965, de la loi sur le nom ?
Certains auteurs ont soutenu que la loi de germinal
An 11 n'étant contraire à aucune des dispositions de la
loi relative au nom doit continuer de s'appliquer en Côte
d'Ivoire. Et pourtant, cet argument paraît contestable car
il convient de savoir qu'en droit ivoirien, depuis les lois
de 1964, ce ne sont pas seulement les textes antérieurs
contraires aux lois civiles qui sont abrogées, mais d'une
façon plus générale, tous les textes antérieurs
concernant une matière ( voir art. 1 e r in fine de la 9 e loi
du 7 oct. 1964 : « à compter du jour où ces lois seront
devenues méritoires, les lois, les règlements et les
coutumes antérieurement applicables cesseront d'avoir
effet dans les matières qui sont l'objet des dites lois . ».
Or le changement de nom est possible dans le cadre des
lois civiles de 1964. Donc on doit considérer que la loi
de germinal An 11 a cessé d'être applicable dans notre
pays.
Quels sont les cas de changement de nom admis
aujourd'hui en Côte d'Ivoire ?
La loi prévoit deux possibilités concernant le
changement de nom  :
- L'art. 7 de la loi relative au nom vise l'hypothèse
du relèvement du nom de son ascendant par adjonction
au sien propre.
- Les arts. 4 et 5 des dispositions transitoires (9 e
loi) visent le changement de nom par substitution du nom
de l'un des ascendants au sien propre.
On s'aperçoit que les lois ivoiriennes relatives au
nom ne semblent pas avoir retenu l'hypothèse du
changement de nom pour des raisons de pure
commodité, telle que l'autorisait la loi de germinal An
XI.

Exemples : Noms ridicules : Groscul - Connard


etc.
Noms déshonorés : célèbre assassin etc.

L'identification de la personne physique


77
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Il convient à présent de nous interroger sur la


nature juridique du nom.

Paragraphe 2 - La nature juridique du nom

Dans la doctrine, on a assisté à une discussion très


animée à propos de la nature juridique du nom. La
question était de savoir si le nom est uniquement une
institution de police civile ou au contraire un droit
subjectif c'est-à-dire un droit reconnu à l'individu qui en
est donc le propriétaire.
L'intérêt de cette discussion est que la solution
retenue permet de dégager les caractères du nom.
En définitive, les auteurs sont d'accord aujourd'hui
pour reconnaître que le nom est à la fois une institution
de police civile et un droit subjectif.

A- Le nom considéré comme une institution de police


Cette thèse a été défendue au début du siècle par
le civiliste Raynaud.
Selon lui, le nom n'est pas une propriété de
l'individu ; il est imposé par la société ; c'est un procédé
d'identification des personnes.
Deux caractères découlent de cette nature du nom :
l'immutabilité du nom et son caractère obligatoire.

1- L’immutabilité du nom
L'immutabilité du nom signifie que le nom est
attribué à un individu et que celui- ci ne peut pas le
changer.
Néanmoins, il existe deux possibilités de
changement de nom. Il s'agit du relèvement du nom par
adjonction et du relèvement par substitution :

 Dans le 1 e r cas, c'est-à-dire le relèvement par


adjonction, la loi est assez stricte ; il faut que celui qui
demande le relèvement ait un ascendant commun avec le

L'identification de la personne physique


78
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

dernier représentant mâle de la famille, celui-ci étant lui-


même décédé sans postérité mâle.
Dans ce cas, celui qui a un auteur, un ascendant
commun avec le défunt peut demander à relever le nom,
c'est-à-dire d'ajouter le nom de la famille qui allait
disparaître à son nom propre. C'est donc un cas de
relèvement de nom par adjonction.
C'est l'hypothèse par exemple du dernier fils d'une
famille qui meurt sans laisser d'enfant mâle, alors que sa
sœur mariée par ailleurs, a eu un garçon (qui est donc le
neveu du décédé). Ce neveu qui porte déjà le nom de
son propre père peut demander à porter, en l'ajoutant, le
nom de son oncle.
Tous ceux qui ont un auteur commun avec le défunt
pourront demander le relèvement.
Ensuite, le nom double sera transmis aux enfants.
La procédure de relèvement est prévue aux articles
8 et 9 de la loi relative au nom : celui qui veut relever le
nom fait une déclaration devant l'officier de l'état civil du
lieu de son domicile. Cette déclaration est transmise au
tribunal de 1 è r e instance qui l'examine en chambre du
conseil. Le tribunal rend un jugement appelé jugement
d'homologation constatant le relèvement du nom.
On pourra alors procéder à la rectification des actes
de l'état civil.
 La seconde possibilité de changement de nom est
celle établie par les dispositions transitoires de la loi
N°64- 381 du 7 août 1964 que nous avons appelé la 9 e loi
: il s'agit du relèvement de nom par substitution prévu
par les art. 4, 5 et 6 de ladite loi.
Aux termes de l'art. 4, "Tout individu peut demander
pour son compte et pour celui de ses enfants mineurs
nés ou à naître, à porter le nom de l'un de ses
ascendants".
Ce cas de changement de nom est soumis à des
conditions libérales : il suffit de montrer que l'on
descend bien de cet ancêtre. L'art. 7 des dispositions
transitoires (9 e loi) prévoyait qu'il serait mis fin à cette
possibilité de changer de nom par un décret ultérieur.
Jusqu'à ce jour, ce décret n'étant pas intervenu, on doit

L'identification de la personne physique


79
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

admettre qu'il est encore possible de changer de nom en


application des arts. 4, 5 et 6 de la 9 e loi civile.
Les deux possibilités de changement de noms ci-
dessus exposés ne portent pas véritablement atteinte au
principe de l'immutabilité du nom, car le changement de
nom n'est possible que dans la stricte mesure de la loi.
Si la loi n'autorise pas le changement, celui-ci devient
impossible.

2- Le caractère obligatoire du nom


Une personne n'a pas le droit de se faire connaître
par un nom autre que celui de son acte de naissance.
C'est ce qui ressort de l'art. 11 nouveau de la loi
ivoirienne relative au nom : "Nul ne peut porter de nom
ni de prénoms autres que ceux exprimés dans son acte
de naissance".
Il ne faut cependant pas exagérer ce caractère qui
connaît des assouplissements. En effet, on distingue
entre la vie juridique et la vie extra juridique.

- Dans la vie juridique, la personne doit se faire


connaître par son nom, pas de remplacement de nom,
rien que son nom.

- Dans la vie extra juridique, l'individu peut, par


usage, garder l'anonymat et se faire connaître par ses
initiales, par un pseudonyme (auteur, article).
La seule condition est de ne pas empiéter sur le
droit de quelqu'un d'autre ; il ne faut pas qu'il y ait une
confusion avec les titulaires légitimes de cette
appellation.
Si le nom est une institution de police, il n'a pas
exclusivement cette nature.
Il est également un droit individuel.

B- Le nom considéré comme un droit individuel


Quel type de droit peut correspondre au nom de
famille ? Quelle est la nature du droit au nom ?

L'identification de la personne physique


80
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

A cette question, la doctrine ancienne avait


soutenu, en droit français, que le nom constituait un
véritable droit de propriété : on serait propriétaire du
nom comme on l'est pour un terrain . (Civ. 25 oct. 1911 S.
1912, 1, 95 Civ. 1ère sect. civ. 11 juin 1963, D. 1964, 186)
Mais la doctrine moderne critique le recours au droit
de propriété.
Les auteurs contemporains relèvent que le nom est
inaliénable alors qu'au contraire, la propriété est un droit
qui porte sur les choses évaluables en argent, sur des
choses cessibles.
Le nom est un droit extra-patrimonial c'est-à-dire
qu’il n'appartient pas au patrimoine.
Plus particulièrement, à l'intérieur des droits extra-
patrimoniaux, le droit au nom ressort à la catégorie des
droits de la personnalité c'est-à-dire les droits
primordiaux de la personne tel le droit à la vie, à
l’honneur, droit à son image etc.
Quoi qu'inexacte, cette explication n'est que
partielle. En effet, le nom dépasse l'individu, il est le
signe de l'appartenance à une famille. Il fait partie du
patrimoine moral de la famille, c'est un droit qui a un
caractère collectif.
Cela explique deux autres caractères du droit au
nom qui ne sont pas absolus :
- le nom est indisponible
- le nom est imprescriptible.

1 e r caractère : L'indisponibilité du nom.

Cela veut dire que le titulaire du nom ne peut pas


en disposer. Le nom ne peut pas être l'objet de
convention privée, il n'est pas cessible.
Cependant, ce principe n'est pas absolu, il connaît
des exceptions. En effet, la loi admet parfois certaines
conventions relatives à l'usage du nom.
- La première véritable exception concerne les
conventions entre époux divorcés : la femme peut

L'identification de la personne physique


81
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

continuer de porter le nom de son mari avec l'accord de


celui- ci (art. 24 loi sur le divorce et séparation de corps).
C'est une véritable exception au principe de
l'indisponibilité du nom.
- L'autre exception est une fausse exception ou une
exception apparente. Il s'agit de l'hypothèse où le nom
de famille est utilisé par son titulaire comme nom
commercial.
Dans ce cas, il crée une clientèle autour de son
nom. Ce nom devient le signe de ralliement de la
clientèle commerciale. En ce moment, le nom commercial
se détache de la personne de son titulaire et peut être
cédé avec la maison de commerce, avec le fonds de
commerce. Celui qui a acheté le nom commercial va s'en
servir.
Il s'agit d'une exception apparente à l'indisponibilité
du nom car le nom commercial perd sa nature de droit de
la personnalité pour devenir un droit patrimonial qui n'est
plus soumis au principe de l'indisponibilité.

2 e caractère : L'imprescriptibilité du nom

La prescription est un procédé juridique qui entraîne


la perte ou au contraire l'acquisition d'un droit à
l'écoulement de certains délais.
Ainsi on aura les prescriptions extinctive et
acquisitive :
- On dit que la prescription est extinctive lorsqu'une
personne perd un droit parce qu'en fait elle ne l'a pas
utilisé pendant un certain temps (30 ans). Si pendant 30
ans, je ne réclame pas l'argent qu'on me doit, je perds le
droit de le réclamer.
- Il y a prescription acquisitive lorsqu'une personne,
sans être titulaire d'un droit, l'exerce en fait pendant un
certain temps (propriété immobilière).

 Le droit au nom ne se perd pas en prescription


extinctive par le non usage. C'est pourquoi on peut
relever le nom de son ancêtre.

L'identification de la personne physique


82
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Voir en droit français, Req. 21 juillet 1926. S. 1926,


1, 310.

Req. 14 avr. 1934, D.H. 1934. 265 (cet arrêt a


décidé qu’un nom de famille peut être réclamé par les
membres d’une famille, quelque long qu’ait été le laps de
temps pendant lequel il n’a pas été porté.
Il a été jugé aussi que le droit au nom étant
imprescriptibles, le droit de rectification des actes
probatoires doit être imprescriptible (Caen 23 févr. 1965
D. 1966, 271)
 Le droit au nom ne s'acquiert pas par
prescription acquisitive. Si je me sers pendant 30 ans
d'un nom qui n'est pas le mien, il ne deviendra pas pour
autant mon nom. Mais sur ce dernier point, il y a eu une
dérogation de la jurisprudence française qui a admis
l’acquisition d’un nom par un très long usage (usage
centenaire ininterrompu) mais à la condition que l’usage
de ce nom ait été «  loyal, public, incontesté  » (Civ. 5
mars 1923, D.P. 1923, 1, 81   ; Civ. 1ère sect. Civ. 13
juillet 1955, D. 1955, 717   ; Gaz Pal 1965, 2.198.)
La nature juridique du nom à savoir qu'il est à la
fois une institution de police et un droit subjectif
commande d'envisager sa protection.

Paragraphe 3 - La défense du nom

Le droit au nom comporte une prérogative


essentielle : c'est le droit de s'opposer à un usurpateur
du nom c'est-à-dire à l'usage fait de ce nom indûment
par un tiers .
On trouve en principe deux situations :
- celle d'une personne qui porte le nom qui ne lui
appartient pas : c'est l'usurpation proprement dite (A).
- celle d'une personne qui, sans s'attribuer elle-
même le nom, l'utilise sans droit, c'est l'utilisation du
nom d'autrui sans autorisation (B).

A- L'usurpation proprement dite du nom

L'identification de la personne physique


83
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

C'est l'hypothèse où une personne se fait connaître


sous un nom qui ne lui appartient pas. Le véritable
titulaire pourra défendre son nom en agissant en justice ;
il demandera au tribunal de rendre un jugement
interdisant à l'usurpateur de continuer à porter le nom.
Ce principe provient de ce que le nom est un droit
individuel de la personnalité.
Ce principe est affirmé de façon expresse par l'art.
13 de la loi relative au nom qui dispose : «  le porteur
d'un nom ou ses descendants, même s'ils ne portent pas
eux-mêmes ce nom, peuvent s'opposer, sans préjudice
de dommages- intérêts, à ce qu’il soit usurpé ou utilisé
par un tiers, à titre de nom, surnom ou pseudonyme   »
Quelles sont les conditions de succès de l'action ?

La question s'était posée de savoir si celui qui


défend son nom doit faire la preuve d'un préjudice,
preuve du dommage que lui cause l'usurpateur.
Cette question avait divisé les auteurs qui faisaient
dépendre la réponse de la nature du droit au nom. Ainsi,
on a soutenu que  :
- si le droit au nom est un droit de propriété, la
preuve du préjudice n'est pas nécessaire ; il suffit de
montrer qu'il y a un emploi illicite de son nom.
- si au contraire le nom est un droit de la
personnalité, la sanction de l'usurpation suppose la
preuve d'un préjudice subi par le titulaire, parce que le
droit de la personnalité est sanctionné par une action en
responsabilité. Or l'action en responsabilité suppose que
l'on fasse la preuve d'une faute et d'un préjudice.
Cette distinction parait artificielle parce qu'en
réalité le problème est mal posé.
- En effet, même si le nom était un objet de
propriété, celui qui agit pour le défendre devra faire la
preuve qu'il a un intérêt à agir : c'est l'application d'un
principe de procédure qui se résume ainsi : pas d'intérêt
- pas d'action.
L'intérêt à agir ici, c'est d'éviter un risque de
confusion entre l'usurpateur et le véritable titulaire du
nom.

L'identification de la personne physique


84
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Ce risque de confusion n'existe pas si le nom dont il


s'agit est un nom courant, un nom banal, un nom porté
par de nombreuses personnes.
Celui qui porte un nom très courant n'a pas d'intérêt
à agir ; on lui refusera l'action ; il n'a pas intérêt à agir.

- Si le droit au nom est un droit de la personnalité,


ici encore, il faut un intérêt pour agir. Le préjudice est
encore le risque de confusion entre l'usurpateur et le
véritable propriétaire du nom.

- Quelle que soit la nature juridique du nom, le


résultat est le même: il suffit pour agir en défense du
nom, d'une seule condition : que le nom ne soit pas
courant, qu'il présente une réelle originalité afin qu'il y
ait un risque réel de confusion.

Quelle est la décision que peut prendre le


Tribunal ?
Le tribunal va prendre une sanction civile ; il va
interdire à l'usurpateur de continuer à porter le nom
usurpé. Pour garantir la condamnation, le tribunal va
assortir la sanction d'astreinte, c'est-à-dire la
condamnation au paiement d'une certaine somme
d'argent par jour de retard dans l'exécution du jugement.
Le tribunal pourrait ordonner la publication du
jugement dans un journal. Pour réparer le préjudice
passé, le tribunal peut condamner l'usurpateur a versé
au titulaire du nom des dommages- intérêts.
A côté de l'usurpation proprement dite du nom,
existe l'hypothèse de l'utilisation du nom d'autrui sans
autorisation.

B- L'utilisation du nom d'autrui sans autorisation


Deux cas peuvent se présenter en pratique :
- L'utilisation à des fins commerciales
- L'utilisation à des fins littéraires.
1- L’utilisation à des fins commerciales

L'identification de la personne physique


85
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Une personne utilise le nom d'autrui à titre de nom


commercial ou même de marque de produits.
Evidemment, le titulaire du nom pourra interdire cet
usage indu de son nom.
Ici, il pourra obtenir une condamnation sous
astreintes voire même des dommages-intérêts.
Cependant, il faudrait que deux conditions soient
remplies :

1°) Il faut que l'utilisateur soit sans droit .


Par exemple, une personne devient célèbre par son
nom (musicien) ; une autre personne dépose sur une
marque de fabrique, son nom qui est le même que celui
du musicien célèbre. Ce dernier ne pourra pas s'opposer
car l'autre a agi selon ses droits, puisqu'il porte le nom.

2°) Il faut que le nom ne soit pas trop courant . Il


faut un nom relativement peu ordinaire afin qu'il y ait un
risque réel de confusion.

2- L’utilisation du nom d'autrui dans une œuvre littéraire


Supposons qu'on donne à un personnage de roman
le nom d'une personne réelle, cette dernière peut-elle
agir en justice contre l'auteur du roman ?

La réponse est affirmative mais à certaines


conditions :

- Il faudra que l'auteur ait agi sans droit, qu'il n'ait


pas été autorisé à utiliser le nom.

- Il faudra que ce nom ne soit pas trop courant, il


doit avoir une originalité.

- Pour admette la défense du nom, les tribunaux


posent une 3 e condition : il faut qu'il y ait similitude entre
le personnage imaginaire décrit dans le roman et le vrai
titulaire du nom, de sorte que les lecteurs soient

L'identification de la personne physique


86
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

poussés à faire des rapprochements entre le personnage


imaginaire et la personne réelle.

Ceci dit, les décisions des tribunaux en droit


français font apparaître certaines divergences entre les
juridictions.
La jurisprudence n'est donc pas tout à fait fixée sur
ce point. En effet, certaines décisions de justice ont
exigé des conditions supplémentaires, à savoir
l'existence d'un préjudice et d'une faute commise par
l'auteur du roman ou de la pièce incriminée.
Selon ces décisions, le préjudice proviendrait du fait
que le personnage du roman est ridicule, stupide ou
odieux.
Quant à la faute commise par l'auteur, elle
consisterait, tout au moins, en une faute de négligence
due au fait que l'auteur ne s'est pas suffisamment
renseigné pour savoir si une personne réelle ne portait
par le nom attribué au personnage imaginaire.
Il nous semble que les conditions supplémentaires
contenues dans ces arrêts ne sont pas justifiées en droit
; en effet, elles procèdent, selon nous, d'une confusion
entre l'action en défense du nom et l'action en
responsabilité pour faute.
Pendant très longtemps, on a cru que les droits de
la personnalité ne pouvaient être défendus, sanctionnés,
que par une action en responsabilité. D'où l'exigence
d'un préjudice caractérisé et d'une faute.
Mais aujourd'hui, les conceptions ont évoluées. On
admet que les droits de la personnalité sont des droits
subjectifs défendus en tant que tels, et qu'il n'est pas
nécessaire, pour les défendre, que soient remplies les
conditions d'une action en responsabilité.
Il suffit que le titulaire du droit ait un intérêt à agir.
Il suffit donc que la confusion soit vraisemblable dans
l'esprit du public entre le personnage du roman et le
véritable titulaire du nom.
Il ne nous semble donc pas logique d'exiger en
outre, la preuve d'un préjudice spécial et la preuve d'une
faute.

L'identification de la personne physique


87
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Si le nom patronymique peut faire l'objet d'une


protection qu'en est-il des compléments et accessoires
du nom ?

Paragraphe 4 – Les compléments et les accessoires du


nom
Ils jouent naturellement un rôle moins important que
le nom de famille, mais ils sont tout de même l'objet
d'une certaine protection.
Il y a les prénoms qui sont les compléments du nom
et il y a ensuite les accessoires du nom (surnom et
pseudonyme).

A- Le prénom
Il sert à désigner une personne à l'intérieur de sa
famille. Il est d'ailleurs obligatoire. En effet, selon
l'article 1 de la loi relative au nom, "toute personne doit
avoir un ou plusieurs prénoms".
Les prénoms ont les mêmes caractères généraux
que le nom. (ils sont obligatoires et immuables).
Comment sont attribués les prénoms ?
Les prénoms sont donnés librement par les
parents ; mais ce choix n'est pas entièrement libre. En
effet, l'article 6 de la loi précitée interdit aux officiers de
l'Etat Civil de recevoir des prénoms autres que ceux
figurant dans les différents calendriers ou ceux
consacrés par les usages et la tradition.
Le prénom est en principe immuable. Cependant, la
loi relative au nom permet le changement de prénom
dans deux cas : un cas général et un cas particulier.
- Le cas général : c'est celui prévu par l'article 11
de la loi relative au nom, modifiée par la loi de 1983 :
"Toute personne justifiant d'un intérêt légitime peut
solliciter du tribunal la modification de son ou de ses
prénoms ou l'adjonction de nouveaux prénoms à ceux
mentionnés sur son acte de naissance". Comment doit-
on apprécier l’intérêt légitime  ? La jurisprudence
française a évolué sur l’appréciation de l’intérêt
légitime  »

L'identification de la personne physique


88
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Dans un premier temps, elle s’est montrée dans


l’ensemble, assez stricte dans cette appréciation. Pour
elle l’intérêt légitime doit se comprendre dans le sens
d’un intérêt majeur.
Paris 14 mai 1960 D. 1960, 623
Paris 2 mars 1963, D. 1963, 524, S. 1963, 296.
Dans un second temps, elle va manifester un
assouplissement très net dans l’appréciation de la notion
d’intérêt légitime et ce depuis un arrêt de la Cour de
cassation en date du 26 janv. 1965 (Civ. 1ère 26 janv.
1965, D. 1965, 216  ; Sem. Jur. 1965, II, 14  064  ; Gaz Pal
1965, 1, 335.
Ainsi l'intérêt légitime sera par exemple le fait de
porter un prénom banale, répandue ou ridicule. S'il y a
des homonymes c'est-à-dire un prénom courant porté par
tout le monde, on peut demander à le changer.
La procédure de changement de prénom est prévue
par les articles 78 et suivant de la loi relative à l'Etat
Civil.

- Le cas particulier : Lorsqu'il y a adoption, les


adoptants peuvent demander au tribunal la modification
des prénoms de l'adopté mais à condition que ce dernier
soit âgé de moins de 16 ans (article 4 nouveau alinéa 6
de la loi relative au nom).
On remarque que dans ce cas particulier, les
adoptants n'ont pas à justifier d'un intérêt particulier ; ils
peuvent demander le changement de prénom de l'adopté
tout simplement parce que celui- ci entre dans leur
famille.
Quels sont les effets juridiques qui s'attachent aux
prénoms ?
Ces effets varient suivant qu'on envisage le prénom
de manière isolée ou en groupe.
Isolés des noms patronymiques, les prénoms sont
sans conséquences juridiques car ils n'individualisent
pas la personne de manière suffisante. Il en résulte
qu'ils ne peuvent être défendus en justice.

L'identification de la personne physique


89
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

En revanche, lorsqu'ils sont associés aux noms


patronymiques, les prénoms suivent le même régime que
le nom.
L'individu a le droit de porter son prénom et d'en
faire un élément de sa signature.
Il a le droit d'interdire qu'un homonyme ne
l'emprunte indûment pour rendre une confusion plus
complète. A l'inverse, il y a obligation de porter le
prénom associé ou nom, si l'emploi du seul nom peut
entraîner une homonymie préjudiciable à un tiers.
Voyons à présent les accessoires du nom.

B- Les accessoires du nom


Quels rôles jouent les surnoms, et les
pseudonymes et à quoi servent les particules ?

1- Les surnoms et les pseudonymes


- Le surnom est un nom de fantaisie qui est donné à
un individu par son entourage.
- Le pseudonyme au contraire est un nom de
fantaisie choisi par la personne elle- même, qui veut se
faire connaître sous ce pseudonyme : c'est une pratique
courante dans les milieux littéraires et artistiques.
Cette pratique est admise par la loi. L'article 12
alinéa 2 de la loi relative au nom consacre formellement
la possibilité d'utiliser un surnom ou un pseudonyme. En
effet, selon ce texte, dans un acte officiel (contrat,
déclaration etc.), il n'est pas interdit d'ajouter le surnom
ou le pseudonyme connu au nom et prénom.
La question la plus intéressante concerne le
pseudonyme : constitue-t-il un droit dont la défense
serait assurée comme celle du droit au nom ?
Généralement, on l'admet avec une condition
particulière : il faut que le pseudonyme ait été utilisé
assez longtemps et qu'il ait jouit d'une certaine
notoriété. Si cette condition est remplie, le titulaire
pourra s'opposer à ce qu'un tiers utilise le même
pseudonyme.

L'identification de la personne physique


90
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Exemple: Alpha Blondy


Jonny Haliday.
De même quels usages le titulaire de ce droit peut-il
en faire ?
La réponse à ces questions dépend de la nature
juridique qu’on reconnaît au droit au pseudonyme.
L’étude du pseudonyme fait apparaître un droit
extra-patrimonial.
Comme le droit au nom, la jurisprudence le
reconnaît comme un droit de propriété. En tant que tel, il
doit être efficacement protégé.
Cependant, force est de reconnaître que
contrairement au droit de propriété, le droit reconnu au
pseudonyme ne peut faire l’objet de cession parce que
n’ayant pas une valeur pécuniaire.
En réalité tout comme le droit au nom est l’un des
droits de la personnalité, il en est ainsi du droit au
pseudonyme.
Mais le droit au pseudonyme est un droit à
caractère individuel contrairement au droit au nom qui a
un caractère collectif, familial.
Il résulte de ce qui précède que le pseudonyme doit
avoir été choisi par la personne qui l’utilise, qu’il ne se
transmet pas aux descendants, qu’il est protégé moins
efficacement que le droit au nom car son usurpation n’a
pas pour résultat de faire passer une personne pour
membre d’une famille à laquelle elle n’appartient pas  : la
protection ne joue donc que si l’usurpation du
pseudonyme cause un préjudice à son titulaire.
On se demande aussi si le droit au pseudonyme est
un droit de nature pécuniaire.
Il peut exister un intérêt pécuniaire pour son
titulaire à ce qu’il ne soit pas violé.
Mais on hésite encore aujourd’hui à reconnaître une
nature pécuniaire au droit au pseudonyme parce qu’on
n’admet pas qu’il existe des droits mixtes (à la fois
patrimoniaux et extrapatrimoniaux).

L'identification de la personne physique


91
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

On admet d'ailleurs que les membres de la famille


du titulaire du pseudonyme pourront agir pour défendre
celui- ci.
Mais une difficulté demeure :
Quid du conflit entre le porteur du pseudonyme et le
titulaire d'un nom patronymique semblable au
pseudonyme ?
En France, la solution retenue est la suivante :
- Le porteur du pseudonyme, même après un long
usage, ne peut interdire au titulaire du nom de faire
usage de celui- ci même si une confusion est possible.
- A l'inverse, le porteur du nom peut empêcher le
porteur du pseudonyme de l'utiliser s'il y a un risque de
confusion.
On voit donc que dans l'hypothèse envisagée, c'est
le titulaire du nom qui l'emporte sur le titulaire du
pseudonyme.

2- Les particules
Exemple : De Gaule, Giscard d'Estaing
La particule passe en général pour un signe de
noblesse (En France).
Quoi qu'il en soit, au regard du droit, elle n'est
qu'un élément constitutif du nom. Elle suit par
conséquent le sort du nom entier. Elle se transmet avec
le nom suivant les mêmes règles.
Si la particule a été oubliée dans un acte d'Etat
Civil, il est possible de réparer l'oubli par une action en
rectification de l'acte. (Voir en ce sens un arrêt de la CA
d'Abidjan du 18/02/1977 RID 1978/3 page).
En plus du nom, il existe un second moyen pour
identifier les personnes physiques : il s'agit du domicile.

Section 2 - Le domicile des personnes physiques


Le terme de domicile reçoit dans le langage
juridique une signification très précise. Alors que dans la
langue courante, le domicile, c'est le lieu où l'on
demeure habituellement, dans la langue juridique au
contraire, le domicile est, selon une expression

L'identification de la personne physique


92
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

consacrée, le lieu du principal établissement. C'est en


quelque sorte le centre des intérêts de la personne . Le
domicile va donc traduire un rattachement des personnes
à un certain lieu géographique. C'est ce qu'on appelle la
localisation de la personne . Par conséquent le domicile
qui est une notion de droit doit être soigneusement
distingué de la résidence et de l'habitation qui sont des
notions de fait.
La résidence et l'habitation sont des lieux où la
personne se trouve effectivement pendant un certain
temps.
La résidence est le lieu où la personne vit de façon
normale, quotidienne, alors que l'habitation est le lieu
d'un séjour bref. Exemple : Hôtel.
On peut avoir plusieurs résidences, mais on n'a
qu'un seul domicile. Si dans la majorité des hypothèses
domicile et résidence coïncident, il peut cependant
arriver une dissociation entre le domicile et la résidence.
Exemple : un enfant mineur qui réside à la cité
universitaire à son domicile chez ses parents.
Signalons que dans le droit positif ivoirien il n'y a
pas de loi particulière qui soit intervenue depuis
l'indépendance pour régir le domicile. On continue donc
d'appliquer les articles du code civil français relatifs au
domicile dans leur rédaction du 03/11/60. Il s'agit des
articles 102 à 111 du code civil.
Maintenant que nous savons ce que c'est qu'un
domicile en droit, il nous faut répondre à 3 questions :
-à quoi sert le domicile  ?
-comment détermine-t-on le domicile  ?
-Quels sont les caractères du domicile ?

Paragraphe 1 - Les fonctions du domicile


A quoi sert le domicile ?
En droit civil, le domicile va avoir une double
fonction :
- D'abord, il situe la personne dans une
circonscription territoriale,
- Ensuite, il permet de présumer la présence
permanente de la personne dans un certain lieu.
L'identification de la personne physique
93
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

A- Le domicile, point de rattachement a une


circonscription territoriale
La plupart des Etats sont divisés en circonscriptions
territoriales. Le domicile revêt une importance capitale,
puisqu'il permet de situer l'individu à l'intérieur de la
circonscription. A ce niveau, un double rôle peut être
dévolu au domicile :
- C'est d'abord le critère de compétence territoriale
des tribunaux.
- Ensuite, c'est le lieu de célébration et
d'accomplissement de certains actes juridiques.

1- Le domicile, critère de compétence territoriale des


tribunaux.
Le domicile est particulièrement utile lorsqu'il s'agit
de déterminer ce que l'on appelle le ressort territorial
d'un tribunal.
En effet, le domicile va permettre de déterminer le
tribunal territorialement compétent. Il existe une grande
règle de procédure civile selon laquelle le tribunal
territorialement compétent pour connaître d'un procès
est celui dans le ressort duquel se trouve le domicile du
défendeur. C'est une règle de bonne foi ; il est normal
que celui qui prend l'initiative du procès, c'est-à-dire le
demandeur, supporte les risques et inconvénients du
déplacement.
Le défendeur qui a un rôle passif pourra se
défendre chez lui, devant le tribunal de son domicile.
Il est à noter que ce rôle du domicile dans la
détermination du tribunal compétent tend à diminuer.
En effet, la résidence joue effectivement un rôle.
Elle intervient à titre subalterne à défaut de domicile
connu, et de manière exceptionnelle, en matière de
divorce où la résidence l'emporte sur le domicile.

On a par ailleurs d'autres types de compétence :


par exemple le lieu de situation d'un immeuble.

L'identification de la personne physique


94
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

De même en matière de contrat, le tribunal


compétent est celui du lieu d'exécution du contrat. Il est
même possible que les parties d'un commun accord,
choisissent le tribunal qui sera territorialement
compétent.

La jurisprudence en France a admis un certain


assouplissement de la règle selon laquelle le domicile
est le critère de compétence territoriale des tribunaux,
dans l'hypothèse où une société à des établissements
multiples. Si une société a des établissements sur
l'ensemble du territoire, les personnes qui forment une
demande en justice contre cette société sont autorisées
à saisir le tribunal de l'établissement le plus voisin.
Cette jurisprudence s'est formée à propos des procès qui
ont été faits aux compagnies de chemins de fer. Celles-
ci avaient leur siège à Paris et cela obligeait les
personnes en procès contre ces compagnies à aller à
Paris. La jurisprudence les a autorisé à porter le procès
devant le tribunal de la gare où a été passé le contrat.
D'où le nom donné à cette jurisprudence dite la
jurisprudence des gares principales .
En définitive, la compétence du tribunal du domicile
du défendeur sera la compétence retenue chaque fois
qu'il n'y a pas un type particulier de compétence. C'est
ce qu'on appelle une règle résidentielle .
D'où l'importance du domicile qui va d'ailleurs jouer
un second rôle:

2- Le domicile, lieu de célébration et d'accomplissement


de certains actes juridiques
En tant que rattachement à une circonscription
territoriale, le domicile détermine le lieu de célébration
et d'accomplissement de certains actes juridiques.
Ainsi par exemple, l'article 24 de la loi sur le
mariage prévoit que le mariage doit être célébré au siège
de la circonscription ou du centre d'état Civil du domicile
de l'un ou l'autre des futurs époux.
De même, l'article 10 de la loi relative à l'adoption
dispose : « La requête aux fins d'adoption est présentée,
L'identification de la personne physique
95
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

par la personne qui se propose d'adopter, au tribunal de


première instance ou à la section du tribunal de son
domicile, ou, si elle est domiciliée à l'étranger, du
domicile de la personne à adopter ». Comme vous le
voyez, on se sert du domicile pour rattacher les
personnes à des circonscriptions territoriales. Mais le
domicile joue un autre rôle : il est le lieu présomptif de la
présence permanente de la personne.

B- Le domicile, lieu présomptif de la présence


permanente de la personne
Le domicile est considéré comme l'endroit où l'on
est sensé trouver la personne. Cela revêt une
importance car, d'une part, le code de procédure civile
prévoit que l'on doit signifier les actes de procédures au
domicile de l'intéressé. D'autre part, le code civil prévoit
que les obligations doivent être exécutées au domicile
du débiteur, c'est-à-dire que le créancier doit se rendre
au domicile du débiteur pour se faire payer. C'est ce
qu'exprime en substance l'article 1247 alinéa 3 et que
l'on résume dans la formule : "Les dettes sont quérables
et non portables".
Après avoir vu à quoi sert le domicile, recherchons
maintenant comment on détermine le domicile ?

Paragraphe 2 - La détermination du domicile

On peut imaginer en théorie, deux grands systèmes


possibles :

*Dans un premier système, le critère de


détermination du domicile serait un critère formel.
Par exemple le fait que l'on soit inscrit sur un
registre spécial tenu dans une commune.

*Dans un second système au contraire, le critère


serait purement matériel ; le domicile serait le centre
réel des intérêts de la personne.
L'identification de la personne physique
96
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- Le premier système a l'avantage de la sécurité,


mais il a l'inconvénient de recouvrir des situations
fictives.
- Le second système a l’avantage de coller à la
réalité.
Dans le droit français, c'est le second système qui
est appliqué. Le domicile sera donc le lieu du principal
établissement.
En principe, une personne fixe librement le lieu de
son domicile appelé domicile volontaire. (A)
Mais, il y a de nombreux cas dans lesquels on n'a
pas le choix, parce que la loi impose, attribue un
domicile à certaines personnes : le domicile est alors dit
légal. (B)
Voyons tout d'abord le domicile volontaire.

A- Le domicile volontaire.
Toute personne majeure est, en principe, libre de
choisir son domicile. La volonté individuelle est donc
déterminante.
Mais comment reconnaît-on le domicile ?
Selon une formule classique figurant dans l'article
102 du code civil, " le domicile est au lieu où la personne
a son principal établissement ".
Pour sa part, l'article 103 du code civil qui vise le
changement de domicile dispose : « Le changement de
domicile s'opérera par le fait d'une habitation réelle dans
un autre lieu, joint à l'intention d'y fixer son principal
établissement ».
Si on analyse ensemble ces deux textes (article 102
et 103 du code civil), l'on constate que la loi exige deux
éléments pour qu'il y ait domicile :
- Un élément intentionnel, la volonté d'avoir son
principal établissement.
- Un élément matériel qui est le fait que l'endroit
choisi correspond bien au principal établissement.
Ces deux éléments sont cumulatifs . Si l'un des deux
faits défaut, il n'y a pas de domicile.

L'identification de la personne physique


97
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Dans certains cas, on pourra hésiter parce qu'il y a


certaines personnes qui ont plusieurs résidences. Il
faudra alors déterminer avec des preuves le principal
établissement parmi toutes ses résidences.
La détermination du domicile est une question de
fait laissée à l'appréciation des juges du fond, c'est-à-
dire des juges qui sont compétents pour statuer sur les
questions de fait (1 e r et 2 e degré) (voir Cour Suprême 16
février 1968 RID 69/1, 22).
Le code civil prévoyait à l'article 104 une procédure
dite des doubles déclarations.
La preuve de l'intention de changer de domicile
résulte d'une déclaration expresse faite tant à la
municipalité du lieu que l'on quitte qu'à celle du lieu où
on compte transférer son domicile.
Mais cette procédure n'est pas suivie dès lors que
l'article 105 du code civil dit que la preuve du domicile
est libre et dépend des circonstances .
Ainsi, les juges du fond doivent rechercher si le
transfert est effectif et s’il ne s’agit pas d’une apparence
trompeuse. (Civ., sect. Soc., 8 juin 1951, D. 1951, 510).
A défaut d’une preuve contraire d’un changement non
équivoque de domicile, la jurisprudence française se
prononce en faveur de la conservation de l’ancien
domicile lequel subsiste dès qu’un doute existe. (Civ.
Sect. Soc. 25 mai 1951, D. 1951, 509  ; Civ. 2e, 26 févr.
1965, Bull. Civ., II, n°208, p.145.)
Qu'en est-il du domicile légal ?

B- Le domicile légal
C'est le domicile que la loi attribue d'office à
certaines personnes.
Il y a deux sortes de domiciles légaux :
- les domiciles de fonctions
- les domiciles de dépendance.

1- Les domiciles de fonction


Ce sont les domiciles légaux attribués à certains
fonctionnaires inamovibles ou irrévocables (article 107

L'identification de la personne physique


98
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

du code civil). Il en est ainsi notamment des magistrats,


de certains officiers ministériels, tels les notaires, qui
ont nécessairement leur domicile au lieu de leur
fonction.
Si les domiciles de fonction ne soulèvent pas de
problèmes juridiques majeurs, il en va autrement des
domiciles de dépendance.

2- Les domiciles de dépendance


Il y a un nombre de personnes qui n'ont pas de
domicile propre, mais sont domiciliées chez autrui ; ces
personnes sont rattachées, par la loi, au domicile d'une
autre personne.
Le plus important de ces domiciles de dépendance
est le domicile des mineurs.
Aux termes de l'article 108 du code civil, tous les
mineurs non émancipés sont légalement domiciliés chez
leur père et mère.
En cas de divorce des parents, le mineur est
domicilié chez celui des deux parents qui en a la garde.
Ce rattachement de l'enfant est familial, mais il
n'implique pas communauté de vie. L'enfant peut vivre
chez certains de ses parents (oncle, tante, etc.), il n'en
demeure pas moins domicilié chez ses père et mère.
Ce rattachement dure jusqu'à la majorité ou à
l'émancipation. Parvenu à la majorité, l'enfant conserve
son domicile chez ses parents, c'est le domicile
d'origine, jusqu'à ce qu'il ait choisi un domicile
volontaire.
- Les majeurs incapables ou interdits (aliénés) ont
également des domiciles de dépendance. Selon l'article
108 du code civil alinéa 2 in fine, ils sont domiciliés chez
leur tuteur.
- Les domestiques, c'est-à-dire ceux qui travaillent
habituellement au service, au profit d'autrui et qui vivent
chez leur employeur, sont domiciliés chez ce dernier
(article 109 du code civil).
- La femme mariée a un domicile de dépendance.
L'article 108 alinéa 1 du code civil est expressif : " La

L'identification de la personne physique


99
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

femme mariée n'a point d'autre domicile que celui du


mari". C'est un domicile légal, elle n'a pas le choix.
En cas de séparation de corps, la femme peut être
autorisée à avoir une résidence séparée, mais non le
domicile c'est-à-dire le centre de ses intérêts publics, qui
reste chez son mari.
Si le mari abandonne le foyer, il change de
domicile, la femme est alors domiciliée au lieu où se
trouve le mari.
Si le mari ou la femme demande le divorce, le
tribunal compétent sera celui où le mari a élu domicile.
Certains tribunaux ont essayé de réagir dans
l'intérêt de la femme en disant que le domicile du mari
reste le dernier domicile commun des époux.
La loi française sous l'influence des conceptions
féminines a abandonné le système du domicile légal de
la femme. Les époux ont chacun leur domicile. Il se peut
que les deux domiciles coïncident, mais la femme peut
toujours choisir un domicile volontaire dans un autre
lieu.

Paragraphe 3 - Les caractères du domicile

Trois caractères sont attachés au domicile :


- le domicile est obligatoire
- le domicile est unique
- le domicile est fixe.

A- Le caractère obligatoire du domicile


Cela signifie que toute personne doit avoir
obligatoirement un domicile. Ce caractère du domicile
résulte de sa fonction de police civile.
Ainsi, toute personne a nécessairement un domicile,
même si celui-ci est difficile à déterminer. Toute
personne a au moins un domicile d'origine : c'est le
domicile de ses père et mère jusqu'au moment où l'on
est parvenu à la majorité. On le conserve, après la
majorité, jusqu'à ce qu'on ait adopté un domicile

L'identification de la personne physique


100
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

volontairement, c'est-à-dire jusqu'à ce que l'on ait fixé


ailleurs le lieu du son principal établissement.
Il y a un cas qui soulève des difficultés : c'est celui
des personnes nomades qui n'ont pas en réalité un
établissement fixe.
Il est souhaitable que ces nomades aient un
domicile de rattachement c'est-à-dire une commune dans
laquelle ils se font inscrire.
La loi ivoirienne ne prévoit pas cette possibilité.

B- L'unité du domicile
Le principe de l'unité du domicile veut qu'une
personne n'ait qu'un domicile.

L'identification de la personne physique


101
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Si une personne acquiert un nouveau domicile, elle


perd le précédent.
Cette règle est assez souvent critiquée car elle est
jugée mal commode. Le code civil allemand admet la
pluralité de domicile (commercial, fiscal etc.)
Si traditionnellement le principe de l'unité du
domicile est maintenu, on admet cependant des
dérogations (assouplissements).

 La première dérogation repose sur une fausse


exception : on parle assez souvent de domiciles
spéciaux. Ainsi, une personne pourrait avoir un domicile
électoral qui n'est pas le lieu de son principal
établissement, ou on peut dire qu'une personne a un
domicile commercial distinct de son principal
établissement.
Il y aurait aussi le domicile fiscal (lieu où l'on paie
son impôt).
Ces domiciles spéciaux créent un rattachement
seulement pour l'exercice de certains droits ou
l'accomplissement de certaines obligations.
En réalité, on ne devrait pas parler de domicile ; ces
domiciles spéciaux sont des résidences auxquelles on
attache certains effets de droit.

 La véritable exception ou atteinte au principe


de l'unicité du domicile résulte deux exceptions
jurisprudentielles   :
Le domicile apparent, c'est une résidence que les
tiers, de bonne foi, estiment être le véritable domicile de
la personne.
Prenons l'exemple d'une femme mariée qui quitte
son mari (séparation de fait) et s'installe ailleurs où elle
se fait passer pour célibataire. Les tiers croient que son
domicile, c'est-à-dire son principal établissement, est
dans la ville où elle s'est installée. Mais cette femme a
un domicile légal, celui de son mari ; la ville où elle se
trouve n'est donc qu'un domicile apparent. Quand cette
apparence est très forte au point de tromper les tiers, la
jurisprudence décide que le domicile apparent aura les

L'identification de la personne physique


100
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

mêmes effets qu'un domicile réel. Ainsi, une signification


par voie d'huissier sera valablement faite au domicile
apparent.

C- La fixité du domicile
On ne peut pas changer de domicile par une simple
manifestation de volonté. Il faut que cette volonté
s'accompagne d'un déplacement réel, concret, du
principal établissement.
Cependant, il y a une dérogation importante formée
par ce qu'on appelle le domicile élu (élection de
domicile).
La situation est la suivante : Dans un contrat, une
personne convient avec son partenaire (le cocontractant)
que pour tout ce qui concerne le contrat, elle sera
réputée domiciliée dans une ville désignée dans le
contrat.
On dit que l'une des parties élit domicile dans une
ville désignée pour l'exécution du contrat.
Le domicile élu est donc un domicile choisi pour une
affaire particulière (contrat de vente, de fourniture, etc.)
Quel est l'effet de cette convention ?
Cela dépend du degré de précision de la clause
d'élection de domicile. Il y a deux grands cas qui se
rencontrent en pratique :

1 e r cas : La clause d'élection de domicile désigne,


sans aucune précision, une ville déterminée. Cette
clause équivaut alors à une attribution de compétence au
tribunal du lieu du domicile élu.
Cette clause est valable. En effet, la compétence
territoriale n'est pas un principe d'ordre public. On peut y
déroger par une convention (élection de domicile).

2 e cas : La clause est plus précise. Elle comporte


non seulement le nom de la ville, mais l'adresse dans
cette ville. Elle se fera en l'étude d'un notaire ou au
cabinet d'un avocat. L'effet de la clause est alors plus
étendu. Non seulement le tribunal du lieu sera compétent
en cas de procès, mais encore toute la correspondance
L'identification de la personne physique
101
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

relative à cette affaire sera valablement adressée au


domicile élu. Les significations seront valablement faites
au domicile élu. Bien plus, si dans l'élection de domicile,
on désigne une personne, cette personne est désignée
mandataire pour recevoir tous les actes de la procédure.
Ainsi s'achève l'étude relative au domicile. Nous
allons à présent aborder l'Etat Civil des personnes dans
un chapitre 3.

L'identification de la personne physique


102
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Chapitre 3 
L'état civil des personnes physiques

On peut définir l'état civil des personnes comme


l'ensemble des qualités des personnes que la loi prend
en considération pour y attacher des effets de droit.
(C’est la situation juridique, le statut juridique d'une
personne).
Ces qualités sont : la nationalité, l'âge, le sexe, la
situation matrimoniale (marié ou célibataire).
Ces qualités semblent être de deux sortes :

- D'abord, elles résultent de la situation occupée


par la personne dans le groupe, dans la nation : c'est ce
qu'on appelle l'état politique de la personne.

- Elles découlent aussi de la situation dans la


famille (est-on marié, a-t-on des enfants  ?). Cette
situation est appelée l'état familial .

Dans les conceptions anciennes, l'état d'une


personne se réduisait à cela : les seuls actes d'état Civil
étaient les actes de naissance, de mariage, de décès.
Aujourd'hui, la notion d'état à tendance à s'élargir et
on y comprend ce que l'on appelle l'état individuel .
Par exemple le sexe, l'âge, la capacité, l'état de
divorcé, etc.
L'état des personnes doit être protégé de façon
vigilante avec des précautions particulières à deux
niveaux :
- Tout d'abord au niveau de la constitution de l'état.
Bien souvent l'état d'une personne sera établi ou
contesté par une action en justice.
Par exemple, un enfant né de parents inconnus les
découvre et fait établir sa filiation par jugement. Ou au
contraire, un père peut désavouer un enfant qu'il estime

L'état civil des personnes physiques 103


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

ne pas être de lui. Pour détruire cet état, il faut une


action d'état en justice.

- Ensuite cette protection de l'état des personnes


doit se manifester au niveau de la preuve de l'état.
Il y a un système utilisé appelé l'état civil . Le
service de l'état Civil a pour fonction d'établir la preuve
de l'état d'une personne entraînant deux (02) questions :
- Comment se constitue l'état Civil?
- comment le constate t-on ?

Section 1 - La constitution de l'état civil : Les


actions d'état
Ce sont des actions en justice destinées à obtenir
un jugement pour établir ou pour modifier l'état d'une
personne. Il y a deux grandes catégories d'action d'état :
Les actions déclaratives d'état et les actions
constitutives d'état.

 Les actions déclaratives d'état


Aboutissent à un jugement déclaratif. Elles tendent
à faire constater par le tribunal, une situation juridique
préexistante. Ces actions déclaratives se subdivisent en
deux : Les actions en réclamation d'état et les actions en
contestation d'état .
- Les actions en réclamation d'état visent à faire
reconnaître un état non officiellement établi. Par
exemple, l'enfant qui est né de père et mère inconnus,
s'il retrouve ses parents mariés peut introduire une
action en réclamation d'enfant légitime.
- Quant aux actions en contestation d'état , elles
visent à détruire un état apparent. Par exemple, le mari
agit en désaveu de l'un de ses présumés enfants.

 Les actions constitutives d'état


Elles ont pour but un jugement constitutif. L'action
constitutive d'état tend à créer une situation juridique
nouvelle .

L'état civil des personnes physiques 104


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Par exemple, la demande en divorce, en séparation


de corps ou la demande d'homologation d’une adoption.
En stricte logique, les actions d'Etat doivent être
distinguées des actions en rectification d'un acte de
l'état Civil.
- Une action d'état entraîne une modification de
l'état civil , elle cherche à modifier l'état.
Au contraire, les actions en rectification d'état
visent à réparer une erreur commise dans l'acte de l'état
Civil.
Mais avant d'étudier l'autorité des jugements d'état,
voyons d'abord les caractères généraux des actions
d'état.

Paragraphe 1 - Les caractères généraux des actions d'état


Les actions d'état doivent être soumises à un
régime protecteur de l'individu. Les actions d'état
doivent être de la compétence exclusive des juridictions
civiles.
Si une question d'état vient à se poser devant un
autre tribunal, très souvent celui- ci ne pourra pas la
trancher, il s'agira d'une question préjudicielle.
Les actions d'état présentent trois (03) caractères
traditionnels  ; elles sont :
- personnelles
- indisponibles
- imprescriptibles

A- Le caractère personnel des actions d'état


Le mot personnel est ici un peu ambiguë. En effet,
on appelle action personnelle une action en justice qui
met en œuvre un droit de créance.
L'emploi du mot personnel suggère ici l'idée que les
actions d'état sont des actions attachées à la personne.
De cela découlent deux particularités :

- Première particularité : généralement, l'action


d'état ne pourra être exercée normalement que par la
personne dont l'état est en cause.

L'état civil des personnes physiques 105


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Par exemple, l'action en divorce ne pourra être


introduite que par l'un des époux et non par quelqu'un
d'autre.
De même une recherche en paternité naturelle ne
pourra être intentée que par l'enfant ou à la rigueur par
la mère si l'enfant est mineur.

- Mais, cela n'est pas toujours vrai car la loi


autorise d'autres personnes à agir, tels que les héritiers,
ou de manière plus générale toute personne qui a intérêt
à agir.
Si les actions d'état sont, en principe, ouvertes à
toute personne ayant un intérêt légitime, cependant le
cercle des personnes ayant qualité pour intenter une
action d'état est plus ou moins étendue et toujours limité
par la loi.

- Deuxième particularité : En droit commun, il est


admis que les créanciers d'une personne peuvent agir en
justice à sa place. Par exemple le créancier d'une
personne pourra agir contre le débiteur de celui- ci. (Il
peut agir contre le débiteur de son débiteur).
En matière d'action d'état, l'action des créanciers
n'est jamais recevable.

B- L'indisponibilité des actions d'état


Cela veut dire que le titulaire de l'action d'état ne
peut pas en disposer, il ne peut pas y renoncer.
De même, une personne qui a perdu son procès
relativement à une action d'état ne peut pas renoncer à
exercer une voie de recours. Par exemple, si une
personne a perdu son procès devant le tribunal de
première instance, elle dispose d'une voie de recours
devant la cour d'appel. Cette personne peut renoncer à
cette voie de recours ; dans ce cas, elle acquiesce le
jugement.
Or en matière d'action d'état, l'acquiescement est
interdit. Les actions d'état ne peuvent pas faire l'objet
d'une transaction.

L'état civil des personnes physiques 106


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

On appelle transaction, le contrat ou arrangement


par lequel on met fin à un litige.

C- L'imprescriptibilité des actions d'état 


Une action en justice sera en principe perdue,
éteinte au bout de 30 ans si on ne l'exerce pas.
Mais les actions d'état ne peuvent pas
généralement se perdre par la prescription. Il n'y a pas,
en principe, de délai pour intenter des actions d'état.
Mais l'imprescriptibilité n'est pas absolue car la loi
enferme parfois l'action d'état dans des délais très brefs
afin que les intéressés agissent très vite. Il y a des
actions d'état qui ne sont pas très bien vues.
Par exemple, l'action en désaveu  ; elle doit être
faite dans un délai de 2 mois ; de même les actions en
recherche de paternité naturelle se font dans un délai
court.
Ces courts délais s'appellent des délais de
forclusion . On dit de celui qui n'a pas agi dans le délai
qu'il est forclos.
Après avoir vu les caractères des actions d'état
(personnel, indisponible, imprescriptible), on peut à
présent se demander quelle est l'autorité des jugements
d'état.

Paragraphe 2 - L'autorité des jugements d'état

La question qui se pose est de savoir si les


jugements d'état ont une autorité relative ou absolue de
chose jugée.
L'autorité du jugement est dite relative si le
jugement s'impose uniquement aux personnes qui étaient
présentes ou représentées au procès, parce que ces
personnes ont pu se défendre.
Prenons l'exemple d'un jugement en divorce: va-t-on
dire que le conjoint divorcé par rapport à son ex-époux

L'état civil des personnes physiques 107


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

est divorcé et par rapport aux autres personnes est


toujours mariées ?
En matière de jugement d'état, la tendance est de
faire admettre l'autorité absolue de la chose jugée :
c'est-à-dire que les jugements d'état seront opposables
à tous.
Ce principe de l'autorité absolue a toujours été
admis sans discussion dans les jugements constitutifs
d'état (création d'une situation juridique nouvelle).
Il y a eu beaucoup plus d'hésitation dans le cas des
jugements déclaratifs ; mais il est admis en doctrine et
en jurisprudence que ces jugements déclaratifs ont eux
aussi l'autorité absolue de chose jugée.
La loi sur l'état Civil ne dit pas que tous les
jugements déclaratifs ont une autorité absolue, mais elle
le dit à propos de certains d'entre eux.
Ainsi, par exemple, selon l'article 48, les jugements
déclaratifs de décès sont opposables aux tiers.
L'article 83 admet, à propos des jugements
supplétifs d'Etat Civil, une voie de recours particulière
que l'on appelle la tierce opposition. C'est la voie de
recours qui permet à un tiers non partie au procès de
s'attaquer à la décision qui lui porte préjudice, parce que
ce jugement lui est opposable.
Si on admet la tierce opposition, c'est bien le signe
que le jugement avait autorité absolue de chose jugée.
Enfin, comme les actions d'état ont un caractère
personnel, aucune autre personne ne peut contester
l'état reconnu par le jugement déclaratif ; il en résulte
que la situation reconnue s'impose à tous par ce fait.
Mais comment va-t-on constater cet état ? C’est à
cette interrogation que nous allons répondre dans la
section 2.

Section 2 - La constatation de l'état civil : Les


actes d'état civil
Les actes d'état civil sont des actes écrits, reçus et
rédigés par le service de l'état Civil. Ces actes ont pour

L'état civil des personnes physiques 108


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

but la constatation officielle des faits et des actes


pouvant affecter l'état des personnes.
L'état civil est une vieille institution française qui,
au départ, avait des raisons religieuses : c'était une
institution religieuse. Elle a été sécularisée et
généralisée en France, et par la suite, exportée vers les
colonies. Mais, elle ne concernait, dans les colonies, que
les personnes soumises au statut français. En Côte
d'Ivoire, c'est le législateur qui a généralisé l'état civil
par la loi du 7 octobre 1964 relative à l'état Civil .
Nous allons voir d'abord, comment l'état Civil a été
organisé en Côte d'Ivoire et ensuite, quels sont les actes
d'état Civil.

Paragraphe 1 - L'organisation de l'état civil


L'état Civil est un service public qui est confié à la
fois à des autorités administratives et aux autorités
judiciaires.
L'organisation de l'état Civil en Côte d'Ivoire repose
sur 3 éléments :
- une division territoriale
- un personnel
- des documents.

A- La division territoriale de l'état civil


En France, l'état Civil était confié à la commune.
Mais compte tenu du faible nombre de communes en
Côte d'Ivoire, on a adopté une division territoriale
différente.
- Cette division territoriale repose sur ce qu'on
appelle les circonscriptions d'état Civil . Celles- ci sont
déterminées par décret à l'intérieur de chaque sous-
préfecture.

- A l'intérieur de ces circonscriptions peuvent être


organisés des centres secondaires administratifs d'état
Civil.

L'état civil des personnes physiques 109


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Quel est le personnel qui fait fonctionner ces


circonscriptions territoriales ou ces centres secondaires
administratifs d'état Civil ?

B- Le personnel de l'état civil


Il est constitué par des fonctionnaires. Chaque
circonscription a à sa tête un officier d'état civil . Les
centres secondaires sont dirigés par des agents d'état
civil , fonctionnaires nommés par décret, agissant sous le
contrôle hiérarchique des officiers d'état civil.
Les officiers et les agents d'état civil sont tous les
deux sous le contrôle des autorités judiciaires .
Les agents d'état Civil ont seulement pour fonction
de dresser les actes de naissance et de décès. Au
contraire, les officiers d'état Civil peuvent célébrer les
mariages et sont compétents pour dresser tous les actes
d'état Civil.
Les actes d'état Civil ainsi dressés par les officiers
d'état Civil sont transcrits dans les documents d'état
Civil.

C- Les documents d'état civil


On a deux grandes catégories de documents :
- les registres
- le livret de famille.

1- Les registres
Ce sont les éléments les plus importants de l'état
Civil. Ils sont tenus par l'officier d'état Civil en
application de certaines règles fixées par la loi. Ces
registres existent en double exemplaire. Ils sont ouverts
chaque année pour l'année qui commence.
Ils sont interdits au public et contrôlés par les
autorités judiciaires.
La loi prévoit quatre (04) registres sur lesquels sont
dressés les actes. Il y a :
- un registre des naissances
- un registre des décès
- un registre des mariages

L'état civil des personnes physiques 110


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

-un registre pour les déclarations autres que les


précédentes. (exemple adoption).
A côté des quatre (04) registres il y a le livret de
famille.

2- Le livret de famille
Il est prévu et organisé par les articles 89 et 94 de
la loi relative à l'état civil.
Il est remis aux époux lors du mariage et il est
destiné à recueillir un certain nombre d'actes d'état civil.
C'est ainsi qu'on a la date et le lieu du mariage
ainsi que les indications relatives aux naissances,
divorce, décès, etc.
Le livret de famille joue un rôle important, car s'il
est dûment côté et paraphé par l'officier d'état Civil, il
fait foi de sa conformité avec les registres d'état Civil.

Paragraphe 2 - Les actes d'état civil

Il y a trois catégories d'actes d'état Civil proprement


dit :
- les actes de naissance
- les actes de mariage
- les actes de décès.

Ces actes d'état civil obéissent à un formalisme


important qui justifie l'importance de la fonction qu'ils
jouent.

A- Le formalisme des actes d'état civil


Les actes d'état Civil sont ce qu'on appelle des
actes solennels c'est-à-dire que des formes particulières
sont requises pour leur existence même. D'où des règles
très précises sont prévues pour leur élaboration. Mais
comme il faut par ailleurs que les individus puissent faire
la preuve de leur état, le législateur ivoirien a été obligé
de prévoir des mécanismes de suppléance pour les
hypothèses où les règles normales n'auraient pas été

L'état civil des personnes physiques 111


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

respectées. La loi prévoit aussi le cas où les règles de


forme seraient méconnues.

1- Les règles normales


Il y a d'une part des règles communes à tous les
actes, et d'autre part des règles spéciales à chaque
catégorie d'actes d'état Civil.

a- Les règles communes à tous les actes de l'état Civil.

Ces règles sont contenues dans les articles 24 à 40


de la loi sur l'état Civil. Elles posent essentiellement des
règles de formalités . Ces formalités comportent deux
éléments :

- Le 1 e r élément est constitué par la présence de


l'officier d'état Civil, des parties, et si nécessaire des
témoins.
L'acte d'état civil est dressé par l'officier, est donc
dépourvu d’authenticité, l’acte reçu par la seule
secrétaire de mairie en l’absence du maire qui n’a eu
connaissance de l’acte et ne l’a signé que
postérieurement.
Civ. Sect. Com. 27 mai 1952. D. 1953 125 note J.
Savatier ; JCP 1953 II. 7348 note Laurent.
L’acte est lu à haute voix, éventuellement traduit si
nécessaire. Il peut être relu par les parties. Toutes ces
personnes doivent signer la déclaration.
La signature des actes revêt une importance que la
jurisprudence française a considéré que, lorsque des
actes ont été reçus par un officier de l’état civil qui
ensuite décède avant de les avoir revêtus de sa
signature, lesdits actes manquent d’un de leurs éléments
essentiels. Il appartient alors au tribunal de donner force
et vie à ces actes au moyen d’un jugement. (Civ. Seine
28 fév. 1919. D.P. 1920. 2. 83. L’article 38 de la loi
ivoirienne est allé dans le sens de cette jurisprudence.
L’article 29 de la loi relative à l’état civil ne
prononçant pas la nullité pour absence de signature des

L'état civil des personnes physiques 112


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

comparants, il appartient aux juges du fond d’apprécier


si cette irrégularité est le résultat d’une inadvertance ou
si elle doit être attribuée à un changement de volonté du
comparant non signataire, l’acte étant dans ce dernier
cas privé d’effets. (Req. 8 nov. 1876  : D.P. 1817. 1.
367.)
- Le second élément des formalités est l'inscription
de l'acte sur le registre adéquat de l'état civil avec un
certain nombre de mentions obligatoires qui sont
énumérées par l'article 24.
L’officier d’état civil peut-il insérer dans les actes
qu’il reçoit d’autres mentions que celles prévues par
l’article 24  ?
En France, l’article 35 de la loi relative aux actes de
l’état civil dispose que «  les officiers de l’état civil ne
pourront rien insérer dans les actes qu’ils recevront, soit
par note, soit par énonciation quelconque, que ce qui
doit être déclaré par les comparants  ».
Cet article fait donc défense aux officiers de l’état
civil d’insérer une quelconque mention dans les actes en
dehors de ce qui doit être déclaré. Et selon la
jurisprudence française, la nationalité ne figure pas
parmi les renseignements devant être portés dans les
actes. (Poitiers 14 janv. 1914 D.P. 1916 2. 1. note Bine.)
En s’inspirant de la jurisprudence sus-indiquée,
l’officier de l’état civil en Côte d’Ivoire ne devrait pas lui
aussi pouvoir insérer dans l’acte aucune mention autre
que ce qui doit être déclaré.
D’ailleurs, ces articles 24 et 41 sont énumératifs
des énonciations substantielles que doivent contenir des
actes de l’état civil mais n’excluent pas d’autres
mentions complétives telles que des titres nobiliaires
propres à mieux constater l’identité de ceux qui y sont
dénommés.
Ces mentions obligatoires peuvent donc être
complétées par les transcriptions et les mentions en
marge.
 L'on parle de transcription lorsque la loi ordonne
de reporter, de reproduire sur des registres, des actes

L'état civil des personnes physiques 113


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

dont l'original se trouve ailleurs, ou des jugements


rendus en matière d'état.
C'est par exemple le cas des actes d'état civil des
ivoiriens dressés à l'étranger  ; il en va également ainsi
de certains actes de décès particuliers (décès pendant
un voyage à l'étranger, ou les jugements déclaratifs de
décès). On va aussi transcrire sur un registre les
dispositifs de tous les jugements d'état (divorce,
homologation d'adoption etc.).

 Au contraire, les mentions en marge interviennent


lorsqu'un élément de l'état civil d'une personne vient à
être modifié. Dans ce cas, l'on mentionne en marge de
l'acte d'état civil originel cet événement. Par exemple, le
mariage d'un individu sera mentionné en marge de son
acte de naissance, de même que son divorce et son
décès.
Le jugement de divorce non seulement sera
transcrit sur le registre, mais il en sera fait mention en
marge de l'acte de mariage et de naissance.
L'objectif visé est de pouvoir disposer d'un tableau
complet de la situation d'un individu en consultant son
seul acte de naissance par exemple.
Les mentions en marge vont permettre d'assurer
une certaine cohérence de l'état civil et de réaliser une
centralisation des éléments, des renseignements
concernant l'état civil d'un individu.

b- Les règles spéciales à chaque catégorie d'acte d'état Civil

Ces règles spéciales sont prévues aux articles 41 à


52 pour les actes de naissance. Pour les actes de décès
ce sont les articles 53 à 69 de la loi sur l'état civil. Et
enfin pour les actes de mariage ce sont les articles 70 à
73.
La loi énumère de manière très précise les mentions
qui doivent figurer dans chaque catégorie d'acte.
Elle énumère les signatures qui sont nécessaires à
la validité de l'acte.

L'état civil des personnes physiques 114


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

2- Les mécanismes de suppléance


Ils s'avèrent nécessaires dans deux circonstances :
- Soit il s'agit d'un défaut d'acte d'état Civil
- Soit l'acte a existé mais a été détruit.

a- Le défaut d'acte
C'est l'hypothèse la plus fréquente. Aussi est-il
prévu des dispositions permanentes et des dispositions
transitoires pour ces situations :

 - Les procédures transitoires en cas de défaut


d'acte d'état Civil
En 1964, lors de l'adoption de la loi sur l'état Civil,
le législateur a été obligé de prévoir la situation des
personnes nées avant 1964, dépourvues d'actes d'état
civil.
La loi transitoire N° 64-382 du 7 octobre 1964 a
rendu obligatoire l'enregistrement des naissances et des
mariages qui n'avaient pas été auparavant déclaré. Cette
loi prévoyait des registres spéciaux.
- un registre global pour les années antérieures
à 1950.
- un registre annuel pour les années allant de
1950 à 1964.

Le système reposait sur une déclaration à l'officier


d'état civil. Cette déclaration devrait être faite en
présence de deux témoins. Les fausses déclarations
étaient sanctionnées pénalement.
Cette loi devait permettre la régularisation des
situations antérieures à 1964. En pratique ce fut un
échec. En effet, lorsqu'il s'est agi d'établir les listes
électorales, on s'est aperçu que de nombreuses
personnes n'avaient pas d'acte d'état civil.
Une seconde loi est intervenue le 8 novembre 1984 ,
posant à nouveau le principe de la déclaration des
naissances afin de permettre une régularisation des

L'état civil des personnes physiques 115


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

actes de naissance, et ce jusqu'au 30 juin 1985. Le


système était identique à celui de 1964 c'est-à-dire
déclaration en présence de deux témoins; une autre loi
du 15 décembre 1986 portant prorogation des
dispositions de la loi du 8 novembre 1984 est intervenue.

 - Les dispositions permanentes.


Dans la loi sur l'état civil, deux mécanismes de
suppléance sont prévus pour les individus qui n'ont
jamais eu d'acte d'état Civil.

- Le 1 e r mécanisme est celui de l'acte de notoriété


réglementé par les articles 95 et 97 de la loi précitée.
L'acte de notoriété permet de palier le défaut d'acte
de naissance lorsqu'on veut se marier devant l'état Civil.
Dans cette hypothèse, l'acte de naissance défaillant
peut être remplacé par un acte de notoriété qui est établi
par le président du tribunal du lieu de naissance ou du
domicile.

- Le second mécanisme qui est beaucoup plus usité


est celui des jugements supplétifs d'actes de l'état Civil.

Les jugements supplétifs sont réglementaires par


les articles 82 à 84 de la loi sur l'état Civil.
Le mécanisme du jugement supplétif permet de
palier le défaut de tous les actes d'Etat Civil. L'acte
d'état Civil est remplacé par un jugement qui est rendu
sur requête adressée au tribunal du lieu où l'acte aurait
dû être dressé.
Tout intéressé peut saisir le tribunal d'une telle
requête. Le tribunal peut ordonner les mesures
d'instruction nécessaires. Le dispositif du jugement est
transcrit sur les registres du lieu où le fait s'est produit.

b- La destruction de l’acte.
En cas de destruction de l'acte on procède à son
remplacement en se référant aux registres. Si tous les
registres ont été détruits on procède à leur

L'état civil des personnes physiques 116


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

remplacement. Cela pourra se faire aisément car la loi a


pris la précaution de faire tenir les registres en deux
exemplaires dont l'un reste au tribunal.
Si les deux exemplaires sont détruits, il faudra
obtenir un jugement supplétif qui sera transcrit dans un
nouveau registre.

3- La méconnaissance des règles de forme.


Les actes d'état Civil sont des actes solennels. Dès
lors que faire en cas de méconnaissance des règles de
forme lors de leur établissement?
L'on peut recourir à des sanctions mais
généralement, l'on préfère procéder à la rectification de
l'acte.

a- Les sanctions.
En cas d'inobservation des règles de forme, la loi
prévoit deux séries de sanctions : des sanctions civiles
et des sanctions pénales.

 En matière de sanctions civiles, l'on peut


envisager la responsabilité civile de l'officier d'état Civil
s'il rédige de faux actes d'état Civil ou s'il les signe.
- l'on peut également envisager la nullité de l'acte.
La loi est muette sur les hypothèses de nullité des actes
d'état Civil. Seule la nullité des mariages est réglementé.
Pour les autres actes, l'on déduit du silence de la loi
que l'inobservation des règles de forme n'est pas
automatiquement sanctionnée par la nullité. En cette
matière, les tribunaux disposent d'un large pouvoir
d'appréciation. Ils ne prononceront la nullité de l'acte
qu'en cas de violation particulière des règles de forme
notamment en une omission d’une formalité substantielle
ou en l’inexactitude d’une énonciation ou encore si le
rédacteur de l'acte est incompétent. (Civ. Sect. Com. 27
mai 1952. D. 1953, 125 note J. Savatier).

 S'agissant des sanctions pénales , elles


n'apparaissent pas dans la loi de 1964 sur l'état Civil.

L'état civil des personnes physiques 117


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Elles sont surtout organisées dans les dispositions


transitoires fondées sur le mécanisme de la déclaration.
Des sanctions pénales punissent les fausses
déclarations et l'enregistrement délibéré de fausses
déclarations.

b- La rectification des actes d'état Civil.

Elle intervient en cas d'erreurs ou d’omissions dans


l'acte. la loi de 1964 réglemente la rectification de l'acte
dans les articles 78 à 81. L'officier de l'état Civil ne peut
jamais rectifier de son propre chef un acte présentant
des défauts.
Les actions en rectification d’actes de l’état civil
sont distinctes des actions d’état.
Ainsi relève de l’article 78 les actions ayant pour
objet de réparer une erreur sur le sexe et une omission
quant au prénom prétendument commises par l’officier
de l’état civil lors de l’inscription d’une reconnaissance  ;
cette action ne s’analysant ni en une action relative à la
véracité ou au caractère mensonger de la filiation
résultant de cette reconnaissance, ni en une demande
tendant à suppléer un acte de l’état civil.
De même l’action ayant pour objet de faire
supprimer de l’acte de naissance d’enfants une mention
erronée s’analyse en une action en rectification d’état
civil.
Echappe par contre au domaine de l’article 78 une
action remettant en cause une filiation. De même, une
requête en rectification d’état civil formée par une
personne désireuse de faire ajouter certains mots à son
nom patronymique.
La rectification peut être administrative ou
judiciaire.

- Il y a possibilité d'une rectification administrative


lorsque l'erreur ou l'omission est purement matérielle .
Exemple  : la mauvaise orthographe d’un nom ou d’un
prénom, l’erreur manifeste sur le sexe, le domicile, la
profession, etc. L’acte est surabondant lorsqu’il contient

L'état civil des personnes physiques 118


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

des énonciations non règlementaires ou prohibées. Dans


ce cas la rectification consiste dans la suppression des
mentions surabondantes.
L’acte peut contenir des énonciations inexactes.
Exemple  : un nom est mal orthographié, une indication
est erronée. Cette rectification administrative est
ordonnée par le procureur de la République chargé de
contrôler les registres d'état civil.

- Dans les autres cas d'erreurs, la rectification ne


peut être que judiciaire.
Elle est judiciaire lorsque l'acte est incomplet ; par
exemple l'oubli de la particule dans le nom patronymique
(cf. CAA 10/02/1977 RID 1978/3- 4, page) ou bien l'acte
contient des mentions surabondantes ou inexactes.

Dans ces cas, tout intéressé peut saisir le tribunal


du lieu où l'acte a été dressé.
La question se pose de savoir si l’intéressé qui
délibérément se soumet à un traitement hormonal ou une
intervention chirurgicale à l’effet de changer de sexe
peut aussi obtenir du Tribunal le remplacement dans
l’acte de naissance de la mention «  sexe masculin par la
mention à sexe féminin  ». A défaut de jurisprudence
ivoirienne, on peut utilement s’inspirer d’un arrêt en date
du 16 déc. 1975 de la Cour de cassation française qui
n’a pas fait droit à une telle demande. (Civ. 1 è r e , 16 déc.
1975. 1 è r e espèce, D. 1976. 397, note Lindon, Som. Jur.
1976. IV, 50  ; Som jur. 1976, II. 18503, note Penneau.)
Le président du tribunal, s'il est convaincu du bien
fondé de l'erreur, rend une ordonnance rectificative . Ces
ordonnances sont des actes juridictionnel s qui ont même
valeur qu'un jugement . Au vu de l'ordonnance, l'officier
de l'état Civil va rectifier l'acte.
Si c'est un jugement supplétif qui doit être rectifié,
c'est le tribunal ayant rendu le jugement qui sera
compétent pour le rectifier.

B- La fonction des actes de l'état civil

L'état civil des personnes physiques 119


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

D'une manière générale, les actes de l'état Civil


concourent à l'identification des personnes physiques.
Ce sont des instruments d'identification. En raison de ce
but, deux effets spécifiques leur sont attribués :
- ce sont des éléments de publicité
- ce sont des moyens de preuve.

1- Les actes de l'état Civil, éléments de publicité.


S'agissant des registres même de l'état Civil,
l'article 20 de la loi pose en principe que les registres ne
peuvent être communiqués au public. Seuls peuvent en
avoir communication, les magistrats chargés de
surveiller la tenue de l'état Civil et les agents des
administrations publiques expressément autorisés par
une disposition légale ou réglementaire.
La publicité sera assurée par l'intermédiaire des
copies et extraits d'actes d'état Civil conformément à
l'article 31 de la loi qui dispose :
« Toute personne peut se faire délivrer par les
dépositaires des registres de l'état Civil, des copies des
actes qui y sont inscrits … Il peut aussi être délivré de
simples extraits … ». L'article 52 précise que pour les
actes de naissance les copies qui sont délivrées
conformes aux registres sont réservées à l'intéressé et à
ses proches (conjoint, ascendant, descendant). Les
autres personnes ne peuvent obtenir que des extraits de
naissance ne contenant que des énonciations
sommaires, notamment (pas d'indication sur les parents).
Les personnes autres que l'intéressé ne peut
obtenir de copie qu'avec l'autorisation du procureur de la
République.

2- La force probante des actes d'état Civil.


La force probante d'un acte, c'est l'autorité qui lui
est attaché en tant qu'instrument de preuve. Deux règles
régissent la matière des actes d'état Civil.

- La 1 è r e règle consiste à ne pas faire de distinction


suivant les actes. Les copies et extraits ont la même

L'état civil des personnes physiques 120


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

force probante que les registres s'ils ont été


régulièrement délivrés et sont conformes aux registres.
Le livret de famille a la même force probante qu'un
extrait ou une copie d'acte.

- La seconde règle est que les actes d'état Civil


établis par les officiers d'état Civil font foi jusqu'à la
procédure pénale d'inscription de faux (difficile à faire et
coûteuse). Mais cette procédure n'est nécessaire que
pour contester les énonciations constatées par l'officier
d'état Civil : ce sera le cas du mariage.
S'agissant des indications reposant sur les simples
déclarations des parties (naissance, décès), il est
possible de faire la preuve contraire de ce qui est
indiqué dans l'acte d'état Civil.

L'état civil des personnes physiques 121


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Titre II
Les attributs des personnes physiques

S'interroger sur les attributs des personnes


physiques consistent à rechercher, dans un premier
temps, quels sont les droits de ces personnes. Mais il
faut aussi rechercher si ces droits ne comportent pas de
limites, à savoir l'incapacité.

Les attributs des personnes physiques 122


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Sous-titre I
Les composantes des droits des personnes
physiques

Toute personne, quelle qu'elle soit, possède un


certain nombre de droits. Ce sont des attributs de sa
personnalité juridique ; ce sont des conséquences qui
découlent de la reconnaissance par la loi, de sa
personnalité juridique.
Pour étudier ces droits, il faut distinguer les droits
extrapatrimoniaux des droits patrimoniaux.

Les composantes des droits des personnes physiques 123


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Chapitre 1 
Les droits extra-patrimoniaux
Les droits extra-patrimoniaux sont attribués à toute
personne physique. Ils sont inhérents à la personnalité
juridique des personnes physiques. L'on peut dire
globalement que les droits extra-patrimoniaux ne sont
pas liés à la notion d'argent.
Ce sont des droits qui ne sont pas directement
évaluables en argent, d'où leur nom de droits extra-
patrimoniaux, c'est-à-dire qu'ils ne font pas partie du
patrimoine d'une personne.

Section 1 - Les différents droits extrapatrimoniaux


Ces droits sont multiples. L'on trouve dans cette
catégorie aussi bien le droit à l'image, le droit au respect
de la vie privée que le droit d'aller et venir, le droit de
travailler, etc.
Pour étudier ces différents droits, il faut les classer.
La classification principale consiste à opposer ces droits
selon qu'ils sont exercés par l'individu dans ses rapports
avec la collectivité (rapport de droit public) ou selon
qu'ils sont exercés dans ses rapports avec d'autres
particuliers (rapport de droit privé). Cela revient à dire
que les droits extra-patrimoniaux peuvent être soit des
droits publics et politiques, soit des droits privés ou
droits de la personnalité.

Paragraphe 1 - Les droits publics et politiques de la


personne physique.
On peut parler indifféremment des droits de
l' Homme ou des droits politiques de l'individu.

A- La consécration juridique des droits de l'homme.

Les droits extra-patrimoniaux 124


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Les droits de l’homme sont généralement définis comme les


droits que la loi reconnaît à tout être humain, en tant qu’Homme.
Pour se limiter au droit ivoirien, il faut dire que les
droits de l' Homme sont à nouveau consacrés par le
préambule de la constitution ivoirienne du 1 e r août 2000.
En effet, dans ce préambule, la Côte d’Ivoire « proclame
son adhésion aux droits et libertés tels que définis dans
la déclaration des droits de l'homme de 1789 et dans la
déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 ».
Le préambule de la constitution ivoirienne renvoie
donc à deux sources fondamentales, à deux textes qui
ont ainsi dans l'ordre juridique ivoirien, une valeur
constitutionnelle ou pas constitutionnelle, suivant la
valeur qu'on attribue au préambule.
Ces deux textes précités énumèrent les différents
droits de l'homme.

B- Le contenu juridique des droits de l'homme.


Il y a quatre idées principales : On a la liberté,
l'égalité, et plus accessoirement la sûreté et la propriété.

 Droit fondamental , la liberté est la possibilité


reconnue à un individu d'agir comme il lui plaît.
La liberté se définit essentiellement par ses limites :
elle s'arrête devant la liberté d'autrui.
Sans faire un panorama exhaustif on a trois grandes
catégories de libertés :
- liberté physique
- liberté morale
- liberté professionnelle.

 La liberté physique  : ce sont les libertés


individuelles. On a la liberté de se nourrir, d'aller et
venir où l'on veut. La liberté de faire ou de ne pas faire
selon notre gré.

 La liberté morale  : c'est la liberté de pensée et son


corollaire la liberté d'association, c'est-à-dire la

Les droits extra-patrimoniaux 125


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

possibilité de se regrouper, également la liberté du mode


de vie.

 La liberté professionnelle se traduit par le principe


de libre concurrence, du commerce et de l'industrie, ou
du travail au sens large.
Dans la déclaration de 1789, on parlait de liberté de
travail alors que dans la déclaration de 1948, on parle
plutôt de droit au travail.
Cela signifie qu'en 1789, l'Etat vous laissait la
liberté de travailler ou pas. Alors qu'en 1948, l'Etat a
l’obligation de vous donner du travail.

 L'égalité apparaît en principe comme le corollaire


de la liberté. Elle n'a pas d'objet précis. Elle signifie que
la loi doit être la même pour tous.

 Le droit à la sûreté signifie que la protection


physique des individus doit être garantie.

 Le droit de propriété : c'est le droit de posséder en


propre ce qu'on veut.

C- Les conséquences civiles des droits de l'homme.


Généralement, on n'envisage les droits de l' Homme
que dans les rapports de l'individu avec l'Etat. Pourtant
ces droits de l' Homme ont des conséquences en droit
privé et en droit civil en particulier.
On constate que non seulement les textes de droit
civil, mais la jurisprudence consacrent, dans une
certaine mesure, les droits de l' Homme.
S'agissant des textes, l'on trouve un certain nombre
d'articles qui consacrent soit le principe de liberté ou
d'égalité ou de la propriété.
Par exemple , la liberté du travail est consacrée par
l'article 1780 du code civil qui prévoit qu'un individu ne
peut pas s'engager à vie envers son employeur. Il peut
rompre à tout moment son contrat de travail.

Les droits extra-patrimoniaux 126


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- L'article 8 du code civil consacre le principe


d'égalité devant la loi puisqu'il dit que tout ivoirien jouit
des droits civils.

- L'article 544 du code civil définit le droit de


propriété qui est le droit de disposer d'une chose de la
manière la plus absolue.

Par ailleurs, la jurisprudence annule, dans les


rapports entre particuliers, les actes juridiques qui
portent atteinte à ces grands principes (Exemple :
contrat de travail des Hôtesses d'Air France qui ne
devaient pas se marier, contrat supprimé par la
jurisprudence).

Paragraphe 2 - Les droits privés de la personne physique


ou droits privés de la personnalité.

Ces droits privés de la personnalité ont pour but la


protection de l'individualité de la personne. Ce sont des
droits difficiles à caractériser car le code civil n'en parle
pas. Il s'agit d'une construction doctrinale qui remonte
au début du 20 e siècle et qui a été consacrée par la
jurisprudence.
En droit ivoirien, il n'existe toujours pas de texte sur
les droits de la personnalité. Mais en France, depuis la
loi du 17 août 1970 relative à la protection de la vie
privée, il existe un texte sur cette question contenu dans
le nouvel article 9 du code civil, non applicable en Côte
d'Ivoire. Malgré l'absence de textes, les droits privés de
la personnalité existent tout de même.
Quels sont ces droits privés de la personnalité ?
La délimitation varie suivant les auteurs. On peut
cependant retenir que ce sont  :
- d'une part, tous les droits qui ont trait à la
protection de l'intégrité physique d'un individu, de son
vivant ou après sa mort.
- d'autre part, tous les droits qui ont trait à la
protection de la personnalité civile, c'est-à-dire à la

Les droits extra-patrimoniaux 127


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

protection des éléments d'identification de la personne


(nom, état civil etc.)
- Il y a par ailleurs les droits qui ont pour but la
protection de la personnalité morale de l'individu ; on a
parlé aussi de droit à l'intégrité morale.
- Enfin on y inclut les droits qui ont pour objectif la
protection de l'intégrité de la personnalité intellectuelle
c'est-à-dire le droit sur les œuvres de l'esprit.
On n'examinera ici que les deux derniers aspects :
- droit à l'intégrité morale
- droit sur les œuvres de l'esprit.

A- Les droits à l'intégrité morale.


Tout individu possède des droits à la protection de
sa personnalité morale. Généralement, l'on distingue 3
catégories dans le droit à l'intégrité morale :
- le droit à l'honneur
- le droit au respect de la vie privée
- le droit à l'image.

1- Le droit à l'honneur
Le droit reconnaît à tout individu, comme un droit de
la personnalité, le droit de faire respecter son honneur.
Nous pouvons exercer ce droit à l'honneur chaque fois
qu'une autre personne porte atteinte à notre honneur.
Quelles sont les atteintes à l'honneur ?
Les atteintes à l'honneur peuvent revêtir deux
formes :
- La diffamation
- L'injure.
 Il y a diffamation lorsque le tiers nous impute un
fait.
 Il y a injure en cas d'outrage, de mépris à notre
égard.
Pour être sanctionnée, l'atteinte à l'honneur doit
être intentionnelle.
Quant aux sanctions, elles sont de deux sortes :

Les droits extra-patrimoniaux 128


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- IL y a les sanctions civiles qui consistent soit en


l'attribution de dommages et intérêts à la victime, soit en
des mesures propres à faire cesser l'atteinte (par voie de
presse).

- Sur le plan pénal , le code pénal ivoirien prévoit en


particulier une infraction sur les injures dans le décret du
31 juillet 1969 relatif aux contraventions.

2- Le droit au respect de la vie privée.


La protection du droit au respect de la vie privée a
été élaborée par une jurisprudence au début de ce
siècle. Cette jurisprudence a été consacrée en 1970, en
France. Cette jurisprudence transposée en Côte d'Ivoire,
car le droit au respect de la vie privée est un droit
fondamental de la personnalité.

a- L'existence du droit.
S'agissant des bénéficiaires, il n'y a pas de
difficultés. Tout individu a droit au respect de sa vie
privée. La solution est logique puisqu'il s'agit d'un droit
fondamental de la personnalité.

Cependant, en pratique dans la jurisprudence, on


constate que deux catégories de personnes sont
amenées à faire respecter ce droit :
-d'une part, ce sont les artistes et
-d'autre part, les hommes politiques.
Cela s'explique car étant des personnes publiques,
la population est généralement intéressée par leur vie
privée.
L'objet du droit, c'est en général le respect de la vie
privée. Mais ce respect de la vie privée s'accompagne de
droits accessoires.

 S'agissant du respect de la vie privée , il faut


faire deux remarques :

Les droits extra-patrimoniaux 129


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

-Lorsque l'on emploie l'expression droit au respect,


cela ne signifie pas qu'on doit être entouré d'égard et de
considération.
Droit au respect signifie que tout individu a le droit
de tenir les tiers en dehors de sa vie privée ;
inversement les tiers ont l'obligation de non-immixtion
dans la vie privée des autres individus

La vie privée s'oppose à la vie publique et à l'aspect


public de la vie professionnelle. Cela englobe
essentiellement la vie familiale, la vie amoureuse, les
relations de famille, etc.

Mais, pour les personnes publiques tels les artistes


et les hommes politiques, la frontière entre ce qui relève
de la vie privée et de la vie publique n'est pas toujours
facile à déterminer. Il s'agit d'une question de fait qu'il
revient au magistrat d'apprécier.

A côté du droit au respect de la vie privée


proprement dit, on a des droits accessoires qui
protègent le secret de la vie privée . Ainsi, tout individu a
droit au secret de sa correspondance  ; tout individu a
également droit au respect de son domicile  ; c'est le
principe de l'inviolabilité du domicile, c'est-à-dire qu'il
est interdit de pénétrer dans le domicile d'une personne
sans l'autorisation de celle- ci parce qu'il s'y déroule sa
vie privée.

Ces deux droits accessoires jouent quelle que soit


la personne. Mais certaines professions sont soumises à
des règles particulières qui pèsent sur tous ceux qui,
dans leur profession, ont l'occasion de connaître la vie
privée des autres.
Cette obligation au secret professionnel pèse
essentiellement sur les médecins, les avocats, les
ministres du culte (prêtres, pasteurs, etc.)

b- Les sanctions du droit.

Les droits extra-patrimoniaux 130


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Elles sont soit d'ordre pénal, soit d'ordre civil.


 Il y a sanction pénale dans les cas où la loi pénale
édicte une infraction. En droit pénal ivoirien, trois textes
ont pour but le respect de la vie privée :
- L'article 383 du code pénal sanctionne la
révélation du secret professionnel
- L'article 384 du même code sanctionne les
violations de domicile.
- L'article 385 sanctionne les violations de
correspondance.

 Des sanctions civiles sont applicables si les


conditions de l'action en responsabilité de l'article 1382
du code civil sont réunies.
Ces conditions sont au nombre de deux :
- il faut une faute
- il faut ensuite prouver le préjudice subi.

Ces conditions étant remplies, la personne dont la


vie privée n'a pas été respectée pourra obtenir des
dommages et intérêts. Cette sanction d'attribution de
dommages et intérêts peut être jumelée avec une
sanction consistant en la suspension et destruction des
articles incriminés.

3- Le droit à l'image.
Le droit à l'image est le droit reconnu à toute
personne d'interdire aux tiers la reproduction et la
publication de son image . C'est un droit de la
personnalité, il appartient à tout individu.

- Il arrive parfois que le droit à l'image se confonde


avec le droit au respect de la vie privée. C'est le cas
notamment lorsqu'un journaliste photographie un homme
public jouant chez lui avec ses enfants.
Il y a alors atteinte au droit à l'image (prise de
photo et divulgation).
Il y a également atteinte au droit au respect de la
vie privée.

Les droits extra-patrimoniaux 131


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- Mais souvent le droit à l'image se distingue


nettement du droit au respect de la vie privée.
Cette situation est particulièrement illustrée par un
jugement du 19 janvier 1976 RID 197/1-2, page 34 : Il
s'agissait d'une danseuse photographiée dans un
cabaret.
Elle aurait donné son consentement pour la prise de
la photo mais non pas sa divulgation.

Cependant, le droit de s’opposer à la reproduction


de son image comportera des limites qui procèdent soit
du droit à l’information (Paris 23 févr. 1967, D. 1967, 450
note Foulon Piganiol), soit du lieu où la photographie a
été prise (Paris, 26 mars 1965, sem. Jur. 1965. II.14
305, 20 déc. 1976, D. 1978 373 note Agostini.)
Hormis ces cas, la reproduction des traits d’une
personne sans son consentement est en elle- même
fautive en ce qu’elle constitue la violation d’un droit
subjectif.
La notion d’image est étendue à la voix qui est
considérée comme l’un des attributs de la personnalité.
La violation du droit à l'image est assortie de
sanctions civiles consistant en l'attribution de dommages
intérêts et accessoirement en saisie des clichés et
destruction.

Ces sanctions sont fondées sur l'article 1382 du


code civil : La victime doit apporter la preuve d'une faute
de l'auteur de l'atteinte et la preuve du préjudice qu'elle
a subi.

- Par exemple , il n'y aura pas de faute si la


personne photographiée a donné son consentement à la
fois pour la prise de la photo et pour sa divulgation.
Cependant, il y aura faute si l'on donne son
consentement pour la prise de la photo, mais sans
autoriser sa divulgation commerciale.

- Il n'y aura pas de préjudice si la personne n'est


pas identifiable sur la photo.

Les droits extra-patrimoniaux 132


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

En plus des droits qu'une personne a de protéger


son intégrité morale (droit à l'honneur, au respect de la
vie privée, droit à l'image), les personnes physiques ont
également des droits sur les œuvres de l'esprit.

B- Les droits sur les œuvres de l'esprit.


Tout auteur d'une œuvre littéraire ou artistique
possède un certains nombres de droits sur cette œuvre.
On a des droits patrimoniaux (le profit qui résulte de
la diffusion de l'œuvre), mais tout auteur a aussi un droit
moral sur son œuvre. Or ce droit moral sur les œuvres
de l'esprit est un droit privé de la personnalité car il
s'explique par la protection qui est due à la personnalité
de tout individu.
Le droit ivoirien reconnaît ce droit moral de l'auteur.
Il est consacré par la loi du 28 juillet 1978 portant
protection des œuvres de l'esprit modifiée en 1997.
L'article 22 de ladite loi affirme le droit exclusif de
l'auteur de divulguer ou non son œuvre.
Les atteintes à ces droits connaissent des sanctions
spécifiques à la matière. Ces sanctions consistent en
saisies assorties de sanction pénale.
Après avoir vu la composition des droits
extrapatrimoniaux ou droits de la personnalité, il
convient à présent de s'interroger sur leur régime
juridique.

Section 2 - Le régime juridique des droits de la


personnalité.
Les droits de la personnalité ont certains caractères
(Paragraphe I) et la violation de ces droits est assortie
de certaines sanctions (Paragraphe II).

Paragraphe 1 - Les caractères


Il faut retenir deux points communs  ; les droits de la
personnalité sont  :

Les droits extra-patrimoniaux 133


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

 des droits attachés à la personne c'est-à-dire


qu'ils naissent et disparaissent avec la personne, et ne
sont pas transmis aux héritiers du patrimoine. (à titre
comparatif   : Civ. 1ère 14 déc. 1999   ; Bull. Civ. I, n°345   ;
D. 2000. 372 note Beignier   ; Civ. 2e 8 juillet 2004 ; Bull.
Civ. II. n° 390 ; R.P. 205 ; D. 2004 ; R. 2088   ; Civ. 2e 20
nov. 2003 ; Bull. Civ. II, n°354.). Cependant, il y a deux
exceptions : pour l'atteinte à l'honneur et pour le droit sur
les œuvres de l'esprit ; les héritiers ont le droit de
protéger l'honneur de leurs ascendants. Ils recueillent
également le droit moral sur les œuvres de l'esprit de
leurs auteurs.

 des droits extra-patrimoniaux , c'est-à-dire qu'ils


sont hors du commerce juridique . Cela comporte trois
conséquences  :
- ces droits sont imprescriptibles c'est-à-dire qu'ils
ne s'éteignent ni ne s'acquièrent par l'écoulement du
temps.
- Ces droits ne peuvent pas faire l'objet de
contrat.
- Ces droits ne peuvent pas être saisis par les
créanciers.
Le principe selon lequel ces droits ne peuvent pas
faire l’objet de contrat n’est pas d’application absolue.
En effet, certaines conventions relatives à l’intégrité
physique sont valables.
Les conventions qui portent sur une atteinte légère
et non définitive au corps.
Les conventions conclues conformément aux règles
de l’art médical pour la santé de l’intéressé lui- même.
Les conventions conclues dans un but socialement
utile (exemple  : le don de sang).
Les caractères attachés aux droits de la
personnalité n'ont d'intérêt que si la lésion, la violation
de ces droits est sanctionnée. Qu'en est-il des
sanctions  ?

Les droits extra-patrimoniaux 134


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Paragraphe 2 - Les sanctions

Ces droits peuvent être sanctionnés pénalement


lorsqu'un texte pénal le prévoit. Mais surtout le non
respect de ces droits peut être sanctionnée sur le terrain
du droit civil.
La sanction principale est la réparation du dommage
causé par la lésion du droit.
La sanction accessoire, c'est la cessation de
l'atteinte portée au droit.
Ces sanctions civiles sont fondées sur l'article 1382
du code civil qui édicte le régime général de la
responsabilité civile.
Après l'étude des droits extra- patrimoniaux, voyons
maintenant l'autre composante des droits des personnes
physiques, c'est-à-dire les droits patrimoniaux.

Les droits extra-patrimoniaux 135


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Chapitre 2 
Les droits patrimoniaux

A la différence des droits extra-patrimoniaux, les


droits patrimoniaux ont une valeur pécuniaire. Ce sont
des droits qui sont directement évaluables en argent.
Les droits patrimoniaux regroupent deux grandes
catégories de droits :
- les droits réels, d'une part
- les droits personnels, d’autre part.

Mais, tous les droits patrimoniaux forment un


ensemble que l'on appelle le patrimoine. Avant donc
d'étudier le patrimoine synthèse des droits patrimoniaux,
analysons d'abord les différents droits patrimoniaux.

Section 1 - L'analyse des différents droits


patrimoniaux
Les systèmes juridiques fondés sur le code civil
connaissent une distinction fondamentale entre les droits
réels d'une part et les droits personnels d'autre part.

Paragraphe 1 - La définition du droit réel et du droit


personnel
A- Le droit réel
Le droit réel est le pouvoir juridique reconnu à une
personne directement sur une chose. Exemple : le droit
de propriété.
Les droits réels sont divers, ce qui conduit à les
classer. L'on fait une distinction entre les droits réels
principaux et les droits réels accessoires.

Les droits patrimoniaux 136


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

1- Les droits réels principaux


Les droits réels principaux sont les droits réels que
l'on peut qualifier de 1 e r degré car ils portent directement
sur la matérialité de la chose. On y trouve :
- le droit de propriété
- et les droits réels démembrés de la propriété,
c'est-à-dire l'usufruit.

 Le droit de propriété suppose trois attributions :


l'usus (user), le fructus (profiter), l'abusus (disposer).

 Les droits réels démembrés portent sur un ou deux


des attributs caractéristiques du droit de propriété.

Dans le droit d'usufruit, une personne a l'usus et le


fructus, et une autre personne à l'abusus : on dit qu'elle
a la nue-propriété.

2- Les droits réels accessoires


Ce sont ceux qui portent sur la valeur de la chose.
Ils sont qualifiés de second degré car ils garantissent
une créance.
- Lorsqu'ils portent sur des immeubles, l'on parle
d'hypothèque : l'hypothèque est un droit réel qui porte
sur une chose mais garantie une créance.
- Lorsqu'ils portent sur un meuble, on parle de
gage.

Schéma
Droit réel
Droit
personnel

Droits réels
principaux Droits réels
accessoires
(Hypothèques - gage)
Droits de propriété
Droits démembrés
(Usufruit - nue propriété)

Les droits patrimoniaux 137


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

B- Le droit personnel
On parle indifféremment de droit personnel ou de
droit de créance. Le droit de créance est le pouvoir
juridique qu'a une personne d'exiger d'une autre
personne un service consistant à donner, à faire ou à ne
pas faire quelque chose.

Du côté actif, on parle de droit de créance, du côté


passif (personne débitrice), on parle d'obligation.
A la différence du droit réel, le droit personnel est
homogène. Cela signifie que quelque soit les créances,
elles sont toutes réductibles au même dénominateur,
c'est-à-dire qu'elles sont toujours évaluables en argent.
Après avoir défini ce que sont les droits réels et les
droits personnels, il convient de les comparer afin de les
mieux cerner dans leur spécificité respective.

Paragraphe 2 - La comparaison entre le droit réel et le


droit personnel
De prime abord, il y a des différences
fondamentales entre ces deux catégories de droit (A).
Mais ces différences sont atténuées par l'existence de
catégories intermédiaires (B):

A- Les différences
Elles se constatent au niveau de la structure du
droit , mais elles existent également au niveau de la mise
en œuvre du droit.

 En ce qui concerne la structure même du droit , la


différence fondamentale vient du fait que le droit
personnel met en présence deux personnes (le
créancier, le débiteur), alors que dans le droit réel, une
seule personne, le titulaire du droit est en cause.

Ils s’en dégagent trois conséquences :

Les droits patrimoniaux 138


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- Le titulaire d'un droit réel peut abandonner


unilatéralement son droit.
Au contraire, le titulaire d'un droit personnel a
toujours besoin de l'accord du débiteur pour renoncer à
sa créance.
- Le droit personnel n'a d'effet que dans les
relations entre les deux personnes impliquées : c'est ce
qu'on appelle le principe de l'effet relatif.
Au contraire, le droit réel est opposable à tous
(exemple : droit de propriété sur une maison).
- Pour qu'il y ait droit réel, il faut une chose déjà
existante et individualisée.
Au contraire, le droit personnel existe dès qu'il y a
relation juridique entre deux personnes.

Qu'en est-il de leur mise en œuvre ?

 En ce qui concerne la mise en œuvre du droit , l'on


constate que le droit réel est doté de deux attributs qui
n'appartiennent pas au droit de créance.
Ces deux attributs fondamentaux qui caractérisent
le droit réel sont :
- Le droit de suite
- Le droit de préférence.

 Le droit de suite est la faculté pour le titulaire du


droit réel d'exercer son droit en quelques mains que la
chose se trouve.

 Le droit de préférence est le pouvoir d'exclure de


la chose tous ceux qui ne peuvent se prévaloir d'un droit
de créance privilégié.

Si l'on peut noter des différences entre les droits


réels et les droits personnels, il faut cependant
reconnaître que des rapprochements entre ces deux
droits peuvent être faits.

Les droits patrimoniaux 139


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

B- Les rapprochements entre les deux droits.


La différence entre ces deux droits tend à
s'atténuer.
En effet, certains droits personnels sont de plus en
plus empreints de réalité : tel le droit au bail.
Le droit au bail est un droit personnel ; il résulte
d'un contrat de bail qui unit le propriétaire de la chose
louée au locataire. Les législations plus récentes tendent
à accorder au locataire des prérogatives de plus en plus
nombreuses.

Exemple : en matière de baux commerciaux, le


locataire a droit automatiquement au renouvellement de
son bail. Si le propriétaire de l'immeuble le vend, le
nouveau propriétaire est obligé de maintenir le contrat
de bail conclu par le précédent propriétaire.
Ainsi, bien qu'étant un droit personnel, le droit au
bail confère à son titulaire des prérogatives qui
s'exercent sur la chose.
Inversement, l'exercice du droit réel peut aboutir à
des obligations.

Exemple : la jurisprudence sur l'exercice abusif du


droit de propriété.
Celui qui abuse de son droit réel peut être
condamné à des dommages intérêts envers les victimes
de l'exercice de ce droit. Le lien entre le propriétaire et
la victime est un lien personnel. C'est une obligation.
En définitive, si les droits réels se distinguent
théoriquement des droits personnels, en pratique, on
assiste de plus en plus à un rapprochement entre ces
deux droits. D'ailleurs, le patrimoine d'une personne
n'est-il pas constitué par la synthèse de ces deux
droits ?

Les droits patrimoniaux 140


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Section 2 - La synthèse des droits patrimoniaux :


le patrimoine
Le patrimoine est l'ensemble des biens et
obligations d'une personne, envisagé comme formant un
tout : c'est ce qu'on appelle une universalité de droits.
Le mot "patrimoine" n'est pratiquement pas utilisé
dans le code civil. On y fait allusion à l'article 2092 du
code civil.
Cet article suggère que les biens d'une personne
forment un tout et que cet ensemble répond également
des dettes de la personne. C'est à partir de ce texte que
la doctrine a élaboré la théorie du patrimoine qui définit
la composition du patrimoine (Paragraphe 1) et
détermine les caractères de celui- ci (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 - La composition du patrimoine.

Tout patrimoine est nécessairement composé de


deux éléments : un actif et un passif.

- L'actif comprend tous les biens de la personne :


les biens corporels c'est-à-dire les choses matérielles,
mais aussi les biens incorporels c'est-à-dire les droits
patrimoniaux de la personne, c'est-à-dire les droits
évaluables en argent.
- Le passif comprend toutes les dettes,
généralement toutes les charges d'une personne.
Mais le patrimoine reste distinct des éléments qui le
composent : c'est une universalité, une enveloppe.

Il en résulte plusieurs conséquences :

1) Le patrimoine demeure toujours malgré le


changement des éléments qui le composent.

2) Les deux éléments (actif-passif) sont liés, en ce


sens que l'actif du patrimoine répond nécessairement du
passif. Le passif est indissociable de l'actif.

Les droits patrimoniaux 141


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

3) Toute transmission du patrimoine s'entend de la


transmission à la fois des biens et des dettes, de l'actif
et du passif. L'importance du patrimoine ainsi défini dans
sa composition conduit à reconnaître au patrimoine des
caractères spécifiques (Paragraphe 2).

Paragraphe 2 - Les caractères du patrimoine


 Le caractère principal du patrimoine est le lien
avec la personnalité   :

-
Le patrimoine est une émanation de la
personnalité. Il en résulte que seules les
personnes ont un patrimoine.
Mais il peut s'agir de personne physique ou morale
(nous verrons plus tard ce qu'est une personne morale)

- Toute personne a un patrimoine, même si ce


patrimoine est vide.

En plus du caractère principal (lien avec la


personnalité), le patrimoine présente deux caractères
dérivés : l'incessibilité et l'indivisibilité du patrimoine.

 Le patrimoine est incessible ; cela signifie que le


patrimoine d'une personne vivante est intransmissible.
Le patrimoine d'une personne physique ne peut être
transmis qu'à sa mort. La transmission est alors
organisée par la loi. Elle relève du droit des
successions.
Les héritiers vont alors recueillir non seulement les
éléments actifs du patrimoine, mais aussi les éléments
passifs de celui- ci.

 Le second caractère dérivé du patrimoine, c'est


son indivisilité . Le patrimoine est indivisible, c'est-à-dire
qu'une même personne ne peut avoir qu'un seul
patrimoine. Ce qui veut dire qu’on ne peut pas avoir
deux patrimoines.

Les droits patrimoniaux 142


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

S'il apparaît en définitive que des droits tant extra-


patrimoniaux que patrimoniaux sont attribués aux
personnes physiques, et cela à cause de la personnalité
juridique qui leur ait reconnue, force est de constater
que ces droits des personnes physiques rencontrent des
limites . Ce qui nous conduit au sous-titre II.

Les droits patrimoniaux 143


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Sous-titre II
Les limites aux droits des personnes
physiques : Les incapacités

En étudiant les droits des personnes physiques,


nous avons constaté que ces droits étaient liés à la
personnalité juridique.
Mais, la personnalité juridique n'est pas suffisante.
En effet, une personne, bien qu'ayant la personnalité
juridique, peut être déclarée inapte à acquérir ou à
exercer ces droits. Il faut donc en plus de la personnalité
juridique, la capacité juridique qui est un élément
fondamental du droit des personnes.

La capacité juridique se définit comme l'aptitude à


détenir des droits ou des obligations, et à les exercer.
En principe, la capacité juridique est la règle , et les
incapacités sont les exceptions . Mais avant d'étudier la
situation exceptionnelle où des personnes physiques
sont déclarées incapables, nous allons consacrer une
section préliminaire aux généralités sur les incapables.

Section préliminaire - Généralités sur les incapables


Les incapacités sont diverses. Aussi convient- il
d'abord de les classifier et rechercher leurs fondements
avant de s'interroger sur les remèdes éventuels à ces
incapacités.

Paragraphe 1 - Classification et fondements des


incapacités
Le droit des incapacités repose sur une distinction
fondamentale  : incapacité de jouissance et incapacité
d'exercice .
Les limites aux droits des personnes physiques : Les incapacités
144
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Cette première distinction peut recouvrir une


seconde distinction entre les incapacités au niveau
général qui concernent tous les actes et les incapacités
spéciales qui ne visent que certains actes déterminés.
Quant aux fondements des incapacités ils sont
divers : Tantôt les incapacités apparaissent comme des
mesures de protection de l'incapable , tantôt il s'agit de
mesures de défense envers l'auteur de l'acte .

A- Les incapacités de jouissance.


Il y a incapacité de jouissance lorsqu'un individu est
privé d'un droit. Autrefois, il existait des incapacités
générales de jouissance. C'était le cas des esclaves et
des morts civiles. Ces incapacités générales de
jouissance conduisaient à refuser la personnalité
juridique à l'individu puisque ces personnes incapables
étaient privées de tous les droits. Ces incapacités
générales de jouissance ont disparu. Il ne subsiste
aujourd'hui que des incapacités spéciales de jouissance,
c'est-à-dire que les individus sont privés de certains
droits seulement.

Le fondement de ces incapacités spéciales de


jouissance varie selon les cas :
- Il peut agir de mesures de sanctions. Exemple :
l'article 66 du code pénal ivoirien permet au juge de
priver un condamné de certains droits (refus à des
emplois de la fonction publique, port d'arme, ouverture
d'école, etc.).

- Il peut s'agir d'une mesure de défiance qui a pour


but de protéger un individu face à l'autre. Exemple : en
droit ivoirien, le tuteur d'un enfant est privé du droit
d'acquérir les biens de son pupille (cf. article 90 alinéa 3
de la loi du 3 août 1970 sur la minorité).

- Les incapacités de jouissance peuvent être des


mesures de protection de l'incapable lui-même .
Exemple : le mineur est privé du droit de faire des

Les limites aux droits des personnes physiques : Les incapacités


145
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

donations (cf. article 8 de la loi de 1964 sur les


libéralités).
A côté des incapacités de jouissance, il existe des
incapacités d'exercice (B).

B- Les incapacités d'exercice.


Il y a incapacité d'exercice lorsqu'un individu est
titulaire d'un droit, mais que la loi pose des restrictions à
l'exercice par lui, dudit droit.
Les incapacités d'exercice, ce sont des incapacités
générales .
Elles frappent l'ensemble des droits. Ces
incapacités d'exercice générales concernent
essentiellement deux catégories de personnes :
- les mineurs
- les majeurs dont les facultés mentales sont
altérés.
Ces incapacités ont toutes le même fondement : ce
sont des mesures de protection de l'incapable.
Mais n'existe-t-il pas des remèdes aux incapacités
(PARAGRAPHE II).

Paragraphe 2 - Les remèdes aux incapacités


Lorsqu'une personne est incapable, on peut
intervenir à deux niveaux :

- de manière préventive par l'organisation de la


protection de l'incapable

- a posteriori par des mesures répressives, par


des sanctions lorsque l'incapable aura agi seul.

A- Les mesures préventives


L'incapable, par définition, ne peut agir seul ; il faut
donc mettre en place des mécanismes permettant de le
remplacer.
En droit positif actuel, l'organisation de ces
mécanismes repose sur deux séries de distinctions :

Les limites aux droits des personnes physiques : Les incapacités


146
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

-Le choix entre un mécanisme de représentation ou


un mécanisme d'assistance.

- La détermination des actes que l'incapable peut-


être amené à faire.

1- La protection de l'incapable suppose donc un choix


entre un mécanisme de représentation et un mécanisme
d'assistance.
- Dans la représentation, l'incapable ne peut agir
seul ; il agit au travers d'un représentant qui seul est
habilité à faire accomplir des actes en son nom.
Ce mécanisme de la représentation est celui choisi
pour les mineurs en droit positif actuel : le mineur sera
représenté soit par le parent titulaire de la puissance
paternelle, soit par le tuteur.

Ce système de la représentation est celui également


choisi pour les majeurs interdits judiciaires qui sont
représentés par un tuteur.
- Dans l'assistance, l'incapable peut agir lui-
même, mais il a besoin de l'autorisation d'une personne
qui l'assiste. Ce système de l'assistance est celui choisi
pour certains majeurs dont les facultés mentales ne
sont que faiblement atteintes.

Exemple : les faibles d'esprit.

Quel que soit le système de protection choisi, ce


système repose sur une distinction entre les différents
actes juridiques.

2- Il y a en effet une échelle des actes juridiques


On en distingue trois catégories :
- les actes conservatoires
- les actes d'administration
- les actes de disposition.

Les limites aux droits des personnes physiques : Les incapacités


147
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

* Les actes conservatoires sont des actes


nécessaires et urgents qui tendent à empêcher les biens
de sortir du patrimoine de l'incapable. Ces actes ont un
régime particulier. On permet à l'incapable de les faire
seul.

* Les actes de disposition sont considérés comme


particulièrement graves et nécessitent donc un
formalisme plus important.
Il s'agit des aliénations ou des transferts de droits
réels :
Exemple : la vente d'un immeuble est un acte de
disposition.

* A mi-chemin entre les actes conservatoires et les


actes de disposition, on a les actes d'administration .
Ce sont des actes qui ne rentrent ni dans la
catégorie des actes conservatoires, ni dans la catégorie
des actes de disposition. Ce sont des actes de pure
gestion du patrimoine, qui ne portent pas atteinte à
l’intégrité et à la consistance du patrimoine.
Exemple : vente ou achat de mobilier pour une
chambre.

B- Les mesures répressives


Lorsque l'incapable a passé un contrat juridique en
dehors des normes légales, on a comme sanction la
nullité de l'acte.

- Lorsque l'incapacité est une mesure de sanction


ou de défiance , la nullité est absolue ; la nullité est dite
absolue lorsqu'elle peut être invoquée par tout intéressé
pendant 30 ans.

- Au contraire, si l'incapacité est une mesure de


protection de l'incapable , la nullité est relative, c'est-à-
dire que seul l'incapable ou son représentant peuvent
invoquer cette nullité pendant un laps de temps réduit
qui varie suivant les incapacités. (5 ans pour le mineur,
10 ans pour le majeur).
Les limites aux droits des personnes physiques : Les incapacités
148
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

De plus, cette nullité relative obéit à des règles


particulières qui ont pour but de renforcer la protection
de l'incapable.
En ce qui concerne les conditions de l'annulation,
on peut exiger en plus de l'incapacité, l'existence d'une
lésion.
On a des règles spéciales sur les effets de
l'annulation : En principe, l'annulation a un caractère
rétroactif, c'est-à-dire que l'on remet les choses en état
comme si de rien n'était.
Mais, on déroge parfois à cette règle. L'incapable
est dispensé de restituer tout ce qu'il a reçu.

Après les généralités sur les incapables, exposons


à présent la situation exceptionnelle des personnes
physiques déclarées incapables à savoir les mineurs
(Chapitre 1) et certains majeurs (Chapitre 2).

Les limites aux droits des personnes physiques : Les incapacités


149
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Chapitre 1 
L'incapacité du mineur

En droit ivoirien, le statut de la minorité résulte


d'une loi du 3 août 1970. Dans cette loi, la majorité est
fixée à l'âge de 21 ans. (Article 1)
Il en résulte que tous les individus n'ayant pas
atteint cet âge sont considérés comme des mineurs. Les
mineurs sont, en raison de leur âge, placés dans une
situation particulière : ils sont incapables au sens
juridique du terme.

Pour étudier cette incapacité, il convient de voir  :


-L’organisation de la protection du mineur (Section
1)
-La condition juridique du mineur (Section 2).

- Dans la majorité des situations, le mineur a au


moins l'un de ses deux parents. Dans ce cas, sa
protection juridique repose sur deux institutions qui se
combinent. Il s'agit de la puissance paternelle et de
l'administration légale.

- Dans les cas plus rares où le mineur n'a plus de


parents, ou lorsque ceux-ci sont dans l'impossibilité
d'exercer leurs droits, la protection du mineur repose sur
un système beaucoup plus compliqué qui est celui de la
tutelle.

Section 1- L’organisation de la protection du mineur

Sous-section 1- Le système normal : La puissance


paternelle et l'administration légale

La puissance paternelle est un ensemble de


pouvoirs conférés aux parents, précisément au père en

L'incapacité du mineur 150


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

tant que chef de famille, sur la personne et les biens des


enfants mineurs.
La puissance paternelle repose sur un double
fondement :
- Elle répond aux besoins de protection du mineur.
- Par ailleurs, les parents ont une vocation
naturelle à exercer cette protection.
La puissance paternelle, en tant qu'institution, est
fort ancienne  : elle existait en droit romain.
Le législateur ivoirien l'a réglementé en détail dans
la loi du 3 août 1970 relative à la minorité.
Signalons que le législateur français a quant à lui
remplacé dans la loi du 4 juin 1970, la puissance
paternelle par l'autorité parentale qui appartient aux
deux parents, au couple.

Paragraphe 1 - L'attribution de la puissance paternelle


La loi ivoirienne de 1970 pose des règles normales
d'attribution ; ces règles sont susceptibles
d'aménagements.

A- Les règles normales d'attribution


La puissance paternelle est un rapport de droit
entre les parents et les enfants. Dans ce rapport de
droit, les enfants sont les sujets passifs et les parents
les sujets actifs.

1- Les enfants soumis à la puissance paternelle


Ne sont soumis à la puissance paternelle que les
enfants mineurs non émancipés.
Il faut donc deux conditions :

Il faut en premier lieu que l'enfant soit mineur. En


droit positif, la puissance paternelle est un état
temporaire. Il est lié au besoin de protection de l'enfant
qui cesse lorsque l'enfant a 21 ans. au delà de cet âge,
la puissance paternelle disparaît. L'enfant n'a plus alors
envers ses parents qu'un devoir moral d'honneur et de

L'incapacité du mineur 151


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

respect que rappelle l'article 2 de la loi. Le caractère


temporaire de la puissance paternelle n'a pas toujours
été admis : En droit romain, la puissance paternelle était
un état permanent.

Deuxième condition : il ne faut pas que le mineur ait


été émancipé. En effet, l'émancipation est une cessation
anticipée de la puissance paternelle. En droit ivoirien,
cette émancipation est réglée par les articles 113 et
suivants de la loi.

Il existe en droit ivoirien deux sortes d'émancipation :

- L'émancipation légale qui résulte du mariage. Il


s'agit d'une émancipation de plein droit du fait du
mariage (cf. article 116 de la loi sur la minorité).

- L'émancipation expresse qui n'est possible qu'à


l'âge de 18 ans. Elle résulte d'une déclaration anticipée
de majorité qui émane des titulaires de la puissance
paternelle. La déclaration d'émancipation est un acte
solennel en ce sens qu'une intervention du juge de
tutelle est toujours nécessaire. Ce juge de tutelle
enregistre la déclaration commune des deux parents si
les deux parents sont les titulaires de la puissance
paternelle. En cas de désaccord entre les deux parents,
le juge de tutelle intervient. C'est alors lui qui prononce
l'émancipation s'il l'estime nécessaire.
Si l'enfant est placé sous un régime de tutelle, le
juge des tutelles enregistre l'autorisation du conseil de
famille pour procéder à l'émancipation (cf. article 117 à
122 de la loi).

2- Les parents titulaires de la puissance paternelle


La détermination du titulaire de la puissance
paternelle varie suivant divers critères, notamment en
fonction de la filiation de l'enfant:

 Dans la famille type, les deux parents sont vivants,


unis et capables, sur le plan juridique . Dans cette

L'incapacité du mineur 152


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

hypothèse type, la puissance paternelle appartient aux


deux parents : le principe est posé par l'article 5 de la loi
sur la minorité.
Mais dans l'exercice de cette puissance paternelle,
la prépondérance du père est considérable,
incontestable.
En effet, aux termes de l'article 6 de la loi précitée,
la puissance paternelle est exercée durant le mariage
par le père. C'est une conséquence de la qualité de chef
de famille.
Mais comme la puissance paternelle appartient aux
deux parents, la mère a également des droits ; ce sont
des droits virtuels qui parfois sont effectifs. Ces droits
sont virtuels parce que le père doit la consulter avant
toute décision.
Si la mère conteste la façon dont le père exerce la
puissance paternelle, elle dispose de deux actions :

- Elle peut saisir le juge des tutelles qui est toujours


compétent pour contrôler l'exercice de la puissance
paternelle.

- Elle peut évoquer le mauvais exercice de la


puissance paternelle et sa mise à l'écart comme
constituant des injures graves cause de divorce dans le
cas d'une procédure en divorce.
Il arrive parfois que les droits de la mère soient
effectifs, en ce sens que son consentement est
nécessaire dans certaines conditions. Notamment,
l'article 7 de la loi sur l'adoption dispose que les deux
parents doivent consentir à l'adoption.

Dans les situations de crise, on fait une distinction


entre la situation de l'enfant légitime et la situation de
l'enfant naturel.

- Pour les enfants légitimes , il se peut en 1 e r lieu ,


que du vivant des deux parents mariés, il y ait transfert
de la puissance paternelle du père à la mère : ce sera le
cas si le père est dans l'impossibilité de manifester sa

L'incapacité du mineur 153


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

volonté ou si pour une raison quelconque, il a été déchu


de la puissance paternelle.
Toujours s'agissant des enfants légitimes, il se
peut, en second lieu , que du vivant des deux parents,
ceux-ci se séparent : En cas de divorce ou de séparation
de corps, l'exercice de la puissance paternelle est
transférée au parent qui a la garde des enfants.
Par conséquent, si c'est la mère qui a la garde des
enfants, c'est elle qui exerce la puissance paternelle.
Cependant, en cas de divorce ou de séparation de corps,
l'autre parent conserve le droit de surveillance et un
devoir de participer à l'entretien des enfants : Ce sont
les droits de visite et les pensions alimentaires.

- Enfin, s'agissant des enfants légitimes, il y a


transfert de la puissance paternelle du père à la mère en
cas de décès du père. La jurisprudence est très stricte
quant au transfert de la puissance paternelle du père à
la mère (cf. CAA 21 janvier 1972 RID 1974/1-2 page 20).

Pour les enfants nés hors mariage (enfants


naturels), l'article 9 de la loi prévoit que la puissance
paternelle appartient, en principe, à celui des deux
parents qui a reconnu en premier l'enfant. Ce principe
connaît deux tempéraments :

- Le père conserve la priorité pour l'exercice de la


puissance paternelle s'il reconnaît l'enfant dans l'année
de sa naissance.

- Il en va de même si le père reconnaît l'enfant dans


l'année de la reconnaissance par la mère.
Ces règles d'attribution de la puissance paternelle
peuvent toujours être modifiées par le juge des tutelles,
qui peut confier la puissance paternelle à l'autre parent
dans l'intérêt de l'enfant.

B- Les modifications des règles légales d'attribution


Dans le code civil rien n'avait été prévu pour les
hypothèses où les enfants subissaient des mauvais

L'incapacité du mineur 154


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

traitements. Au 19 e siècle, des lois ont été votées,


mettant en place un service d'assistance à l'enfance.
L'idée de sanction qui caractérisait les premiers
textes a été progressivement remplacée par le souci de
protéger l'enfant.
Dans la loi de 1970 sur la minorité, le législateur
ivoirien a repris les grands principes qui animaient la
législation française antérieure : On retrouve en
particulier, les aménagements légaux à la puissance
paternelle (1°) et les sanctions de déchéance à la
puissance paternelle (2°). Mais la loi ivoirienne de 1970
édicte également une réglementation spécifique à la
Côte d'Ivoire.

1- Les aménagements de la puissance paternelle


L'on peut parler d'aménagement de la puissance
paternelle chaque fois que le législateur modifie les
règles d'attribution, mais une modification non justifiée
par une idée de sanction contre les parents.
Des aménagements sont nécessaires pour la
protection de l'enfant.
La loi de 1970 prévoit deux emménagements :
- l'assistance éducative
- la délégation de la puissance paternelle

a- L’assistance éducative
Les mesures d'assistance éducative sont
relativement récentes. Elles sont apparues en droit
français en 1935. Elles ont été généralisées en 1958 et
intégrées aux articles 375 à 382 du code civil.
Ces textes qui étaient applicables en Côte d'Ivoire
jusqu'en 1970 ont été abrogés et remplacés par les
articles 10 à 12 de la loi sur la minorité.
Les mesures d'assistance éducatives sont des
mesures ordonnées par le juge de tutelle, qui ne mettent
pas fin à la puissance paternelle, mais qui contrôlent les
modalités d'exercice de la puissance paternelle.

L'incapacité du mineur 155


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Les cas donnant lieu à des mesures d'assistance


éducative sont prévus par l'article 10 de la loi sur la
minorité.
Ces mesures sont justifiées soit par le
comportement de l'enfant soit par l'attitude des parents.
 S'agissant du comportement de l'enfant , il y aura
assistance éducative si celui- ci est d'une inconduite et
d'une indiscipline telles qu'il donne à ses parents des
motifs graves de mécontentent.

 S'agissant de l'attitude des parents , il y aura


assistance éducative lorsque la sécurité, la santé, la
moralité ou l'éducation de l'enfant seront compromises
en raison de l'immoralité ou de l'incapacité des parents.

S'il y a lieu à assistance éducative, c'est le juge des


tutelles qui ordonne les mesures appropriées. La loi est
relativement vague sur les mesures que droit prendre le
juge. La loi se contente d'énumérer quelques exemples
de mesures que le juge peut prescrire : notamment, le
juge peut ordonner le placement du mineur, c'est-à-dire
que le mineur est confié à une personne autre que celle
qui exerçait la puissance paternelle : soit le parent qui
n'avait pas la garde de l'enfant, soit un autre membre de
la famille ou un particulier quelconque, voire même un
établissement spécialisé dans l'aide sociale à l'enfance.
L'assistance éducative ne supprime pas la
puissance paternelle dans la mesure où l'article 12 de la
loi prévoit que les parents sont obligés de continuer à
entretenir l'enfant.

b- La délégation de la puissance paternelle

La délégation de la puissance paternelle est une


institution plus ancienne que la précédente. Elle a été
mise en place en 1889. Elle a été reprise dans son
principe par la loi ivoirienne dans les articles 13 à 19.
La délégation de la puissance paternelle est tout
simplement un transfert de la puissance paternelle. La
loi ivoirienne prévoit deux cas de délégation :

L'incapacité du mineur 156


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- la délégation volontaire
- et la délégation judiciaire.

*La délégation volontaire est prévue aux articles 13


à 15 de la loi sur la minorité. Dans la délégation
volontaire, le titulaire de la puissance paternelle décide
de transférer volontairement et temporairement ses
droits et obligations à une autre personne physique.
Cette autre personne peut être n'importe quel particulier,
pourvu qu'il jouisse de ses droits civils.
La délégation volontaire suppose une déclaration
conjointe des personnes intéressées, devant le juge des
tutelles.
La délégation volontaire peut être totale ou
partielle. Le juge des tutelles a par ailleurs le pouvoir de
modifier l'étendue de la délégation volontaire en fonction
des intérêts de l'enfant.

*La délégation judiciaire est régie par les articles 16


et 17 de la loi sur la minorité. Elle joue pour les enfants
abandonnés qui sont recueillis soit par des particuliers,
soit par des établissements spécialisés. La personne qui
a recueilli l'enfant doit avertir le juge des tutelles dans
un délai de 8 jours. A l'expiration d'un délai de 3 mois, si
personne n'a réclamé l'enfant, celle qui a recueilli
l'enfant peut demander au juge l'exercice total ou partiel
des droits attachés à la puissance paternelle.

Dans les deux cas, la délégation a toujours un


caractère provisoire, et le titulaire de la puissance
paternelle peut toujours demander au juge de tutelles, la
restitution de ses droits.
Le juge a plein pouvoir ; il apprécie la demande en
fonction des intérêts de l'enfant. Il peut se contenter
d'accorder un droit de visite au titulaire de la puissance
paternelle.
Le juge des tutelles est la personne qui contrôle la
situation. Les mesures sont d'avantage dictées par l'idée
de protection de l'enfant que par celle de sanction.

L'incapacité du mineur 157


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

2- La déchéance et le retrait partiel des droits de la


puissance paternelle
La déchéance et le retrait des droits de puissance
paternelle sont de véritables sanctions qui frappent les
parents indignes. Cette procédure de déchéance est
réglementée par les articles 20 à 26 de la loi sur la
minorité.

La loi ivoirienne prévoit deux formes de déchéance :


- la déchéance de plein droit
- et la déchéance facultative.

*La déchéance dite de plein droit est celle qui


accompagne nécessairement certaines condamnations
pénales. Elle a un caractère automatique.
Par exemple, des parents condamnés pour
proxénétisme sur leur enfant ou pour des crimes commis
sur leur enfant sont déchus automatiquement de leur
puissance paternelle.
Cette déchéance de plein droit est une déchéance
totale, c'est-à-dire qu'elle vise tous les attributs de la
puissance parentale, et elle concerne tous les enfants de
la personne déchue.

*La déchéance facultative est celle qui est


prononcée à la suite d'une action en justice particulière
initiée soit par le ministère public, soit par un membre de
la famille.
Cette déchéance facultative accompagne certaines
condamnations pénales qui sont énumérées par la loi à
l'article 21 alinéa 1 e r à 6.
La déchéance facultative peut également intervenir
en dehors de toute condamnation pénale, lorsque les
parents compromettent la santé, la sécurité ou la
moralité de leurs enfants (article 21 alinéa 7).
A la différence de la déchéance de plein droit, la
déchéance facultative peut être globale ou partielle. Elle
peut viser tous les attributs de la puissance paternelle
ou ne concerner que certains d'entre eux.

L'incapacité du mineur 158


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

De la même manière, elle peut viser un seul enfant


ou tous les enfants de la personne déchue.
C'est le jugement qui précise la portée de la
déchéance.

Aussi bien dans la déchéance de plein droit que


dans la déchéance facultative, le parent déchu de ses
droits de puissance paternelle peut se les voir restituer ;
la sanction n'est donc pas définitive (voir article 24 à 26
de la loi).

- Si la déchéance était justifiée par le fait que le


parent avait été condamné pénalement, la déchéance ne
prendra fin que si le parent concerné est réhabilité sur le
plan pénal.
- Si la déchéance n'était pas justifiée par une
condamnation pénale, le parent déchu, à l'expiration d'un
délai d'un an à compter de la condamnation, pourra
intenter une action en restitution de ses droits.

Paragraphe 2 - Les attributs de la puissance paternelle


Ces attributs sont énumérés par l'article 4 de la loi
de 1970 ; ils sont de deux ordres :
- les uns concernent la personne même de l'enfant
- les autres sont relatifs au patrimoine de l'enfant.

A- Les attributs relatifs à la personne de l'enfant


Ces attributs sont relativement nombreux mais ils
présentent tous les mêmes traits caractéristiques :
- ils sont conçus dans l'intérêt de l'enfant
- ils sont dominés par un rapport d'autorité. Le
titulaire de la puissance paternelle a un devoir de
commandement et l'enfant a un devoir de respect.
Le titulaire de la puissance paternelle a des droits
particuliers sur l'enfant tels que :

- le droit de consentir au mariage du mineur.


- Le droit de consentir à son adoption ou à son
émancipation.

L'incapacité du mineur 159


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- Le droit de faire prendre des mesures


d'assistance éducative.
Le titulaire de la puissance paternelle a également
des droits généraux sur l'enfant dont deux essentiels :
- La garde et la surveillance de l'enfant.
- L'entretien et l'éducation de l'enfant.

1- La garde et la surveillance de l'enfant


Ces attributs de la puissance paternelle sont avant
tout un droit  :
- C'est au premier chef le droit de retenir l'enfant
chez soi ; c'est le droit de fixer sa résidence. En cas de
violation de ces droits, le titulaire de la puissance
paternelle pourra recouvrir à la force publique pour faire
réintégrer le domicile familial au mineur. Il peut
également agir contre les tiers qui porteraient atteinte à
ces droits.
- C'est aussi le droit de surveiller les relations et la
correspondance du mineur.
S’agissant des relations et même de la
correspondance de l’enfant spécialement avec les
grands-parents la loi du 4 juin 1970 en France admet
sans équivoque le droit aux grands-parents d’entretenir
des relations avec l’enfant. Avant cette loi, la
jurisprudence française se fondant sur une interprétation
extensive de l’article 371 qui est l’équivalent de l’article
2 de la loi ivoirienne avait admis que les grands parents
ont le droit de recevoir leurs petits-enfants et de
correspondre avec eux, même contre le gré des père et
mère. (C.A. Paris 8 avr. 1965 Sem. Jur. 1966 II.14566).
Il ne fait aucun doute que le juge ivoirien se
prononce en ce sens quand on sait la place qu’occupe la
famille au sens large dans nos sociétés.
En ce qui concerne les relations de l’enfant avec les
tiers, la jurisprudence française dans un premier temps a
refusé le droit de visite et de correspondance à toute
autre personne et interdit à qui que ce soit de gérer
l’exercice de la puissance paternelle (Civ. 1 è r e Sect. Civ.

L'incapacité du mineur 160


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

27 mars 1961. D. 1961, 521) avant d’opérer dans un


second temps un revirement par un arrêt de la Cour de
cassation en date du 29 mars 1966.
En effet, dans cet arrêt, elle a décidé qu’en
l’absence de motifs tirés de l’intérêt de l’enfant ou de
l’exercice normal des droits de la puissance paternelle,
le droit de visite ne pouvait être refusé dans les cas où il
était valablement justifié. (Civ. 1 è r e red. Civ. 29 mars
1966. D. 1966. 369  ; Rev. Trim. Dr. Civ. 1966. 789.)
Mais ces attributs de la puissance paternelle sont
également une obligation. Le titulaire de la puissance
paternelle qui n'assume pas ces obligations encourt des
sanctions :
- Sur le plan pénal, les articles 363 à 365 du code
pénal édictent le délit d’abandon qui aura pour
conséquence le risque de perte de la puissance
paternelle.
- Au plan civil, il pèse sur le titulaire de la
puissance paternelle l'obligation de réparer les
dommages qui pourraient être causés par le mineur à un
tiers (voir article 1384 alinéa 4 codes civils).

2- L'entretien et l'éducation de l'enfant


Le titulaire de la puissance paternelle doit pourvoir
à l'entretien de l'enfant et à son éducation. L’entretien
de l'enfant signifie que l'enfant doit être habillé, nourri.
L'éducation revient non seulement à lui assurer
l'instruction scolaire, mais aussi l'éducation morale et
éventuellement religieuse.
Si les parents sont séparés, l'exécution de cette
obligation peut prendre des formes particulières,
notamment la forme de pension alimentaire.
Si l'enfant est confié à un établissement, le titulaire
de la puissance paternelle devra rembourser les frais
causés par l'entretien de l'enfant.

B- Les attributs relatifs aux biens de l'enfant


La puissance paternelle comporte deux droits sur le
patrimoine de l'enfant :

L'incapacité du mineur 161


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- Le droit d'administrer les biens de l'enfant.


- Le droit de disposer des revenus de l'enfant.

Dans la loi ivoirienne, ces deux droits sont


envisagés de manière globale dans les articles 38 à 47
de la loi de 1970 sous le vocable d'administration légale.
En France, on parle d'administration légale seulement
pour le droit d'administrer les biens ; le second droit
c'est le droit de jouissance.

1- Le droit d'administrer les biens de l'enfant


Ce droit correspond à l'administration légale stricto
sensu. Le droit ivoirien connaît deux formes
d'administration légale :
- L'administration légale pure et simple, d'une
part,
- L'administration légale sous contrôle judiciaire,
d'autre part.

A côté des règles particulières à chacune des


formes d'administration légale, il existe des règles
communes aux deux formes d'administration.

a- Les règles communes aux deux formes d'administration


légale

Ces règles sont relatives à l'ouverture et à la fin de


l'administration légale, aux organes et au fonctionnement
de l'administration légale.

 - L'ouverture et la fin de l'administration


légale.
- Pour qu'il y ait lieu à administration légale, il faut,
sur le plan pratique, que le mineur ait des biens
personnels exigeant d'être administrés.
- Sur le plan juridique, il y a administration légale
dès lors que l'un des deux parents vivants est en état
d'exercer la puissance paternelle.

L'incapacité du mineur 162


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

L'administration légale prend fin quand cesse


l'incapacité c'est-à-dire à la majorité de l'enfant ou par
son émancipation. Elle prend également fin avant cette
date si le juge des tutelles décide de lui substituer la
tutelle (voir article 48 loi de 1970).

 - Les organes de l'administration légale


L'organisation de l'administration légale repose sur
plusieurs organes  ; il y a :

- l'organe actif qu'est l'administrateur légal c'est-à-


dire le titulaire de la puissance paternelle.

- le deuxième organe important est le juge des


tutelles qui a une fonction générale de surveillance et
d'autorisation.

- il y a parfois des organes épisodiques c'est-à-dire


les administrateurs ad hoc qui interviennent pour des
missions particulières en cas de divergence d'intérêts
entre l'administrateur légal et le mineur.

 - Le fonctionnement de l'administration légale


Le fonctionnement de l'administration légale repose
sur un système de représentation du mineur. C'est-à-dire
que l'administrateur légal agit à la place du mineur. Cet
administrateur légal a des pouvoirs divers : il peut agir
seul pour les actes d'administration sur les biens du
mineur ; mais il a besoin d'autorisation pour les actes de
dispositions sur lesdits biens.
En tant que mandataire, l'administrateur légal
engage sa responsabilité. Il est comptable des biens du
mineur c'est-à-dire qu'il doit dresser un inventaire de ces
biens et rendre compte de sa gestion.

L'incapacité du mineur 163


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

b- Les règles particulières à chacune des deux formes


d'administration
 - L'administration légale pure et simple
L'on a recours à l'administration légale pure et
simple dans deux séries de cas :
- Il y a administration légale pure et simple pour les
enfants légitimes ou adoptifs qui ont leurs deux parents
vivants, non séparés et ayant tous les droits de
puissance paternelle (voir article 40 de la loi de 1970).

- Il y a administration légale pure et simple pour les


enfants naturels dont la filiation est établie à l'égard des
deux parents vivants et non engagés dans les liens d'un
mariage (article 41 de la loi de 1970).

Pour faire fonctionner l'administration légale pure et


simple, on peut faire intervenir le second parent quant
tous les deux ont la pleine capacité juridique.
Ainsi, l'administrateur légal c'est-à-dire le titulaire
de la puissance paternelle passe seul les actes
d'administration.
Mais pour les actes de disposition, il faut l'avis du
conjoint ou de l'autre parent (selon que l'enfant est
légitime ou naturel).
Le juge des tutelles intervient en cas de désaccord
entre les deux parents. Il intervient également pour les
actes de disposition les plus graves qui sont la vente ou
l'apport en société d'un immeuble ou d'un fonds de
commerce. Il intervient également pour les emprunts et
les partages amiables.

 - L'administration légale sous contrôle


judiciaire.
Elle est utilisée lorsque l'enfant n'est surveillé que
par un seul parent vivant ou si les parents sont séparés
ou divorcés ou si un parent est déchu de la puissance
paternelle.
Dans tous ces cas, l'administrateur légal ne peut
consulter l'autre parent. C'est donc le juge des tutelles

L'incapacité du mineur 164


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

qui dans tous ces cas, donne l'autorisation de faire des


actes de disposition.
Le second droit du titulaire de la puissance
paternelle portant sur les biens de l’enfant est celui de
disposer des revenus de l’enfant.

2- Le droit de disposer des revenus de l'enfant.


L'article 44 de la loi de 1970 autorise
l'administrateur légal a percevoir les revenus des biens
de l'enfant et à en disposer. En retour de ce droit de
disposer des revenus du mineur, l'administrateur légal a
la charge de nourrir, entretenir et éduquer le mineur. Il
doit par ailleurs effectuer toutes les dépenses
nécessaires pour l'entretien et la conservation du
patrimoine du mineur. En plus du système normal du
mineur que nous venons de voir, il existe un système de
protection exceptionnelle constitué par la tutelle.

Sous-section 2 - Le système exceptionnel : La tutelle


C'est un système de protection de l'enfant.
Exceptionnellement, l'on y a recours lorsque les parents
ne sont pas en mesure d'assurer la puissance paternelle
et l'administration légale.
Nous étudierons donc l’organisation de la tutelle
(PARAGRAPHE I) et son fonctionnement (PARAGRAPHE
II)

Paragraphe 1 - L'organisation de la tutelle.


Comment s’ouvre et prend fin la tutelle  ?

A- Ouverture et fin de la tutelle.


1- Les cas d'ouverture.
Les cas d'ouverture de la tutelle sont énumérés par
les articles 48 et 49 de la loi de 1970 sur la minorité.
Ces textes font une distinction entre deux séries de
cas : il y a en premier lieu, l'ouverture de plein droit de

L'incapacité du mineur 165


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

la tutelle et en second lieu, l'ouverture facultative de la


tutelle sur décision du juge.

a- L’ouverture de plein droit de la tutelle.

Les cas d'ouverture de plein droit de la tutelle sont


énumérés par l'article 48. L'idée générale est qu'il y a
lieu à tutelle dans le cas d'impossibilité de mettre en
place le système normal.
- S'agissant des enfants légitimes , il y a lieu à
tutelle lorsque les deux parents sont décédés, ou
lorsqu'ils sont tous les deux hors d'état de manifester
leur volonté, ou s'ils sont tous les deux déchus de la
puissance paternelle, ou condamnés pour abandon de
famille.
- S'agissant des enfants naturels , la tutelle s'ouvre
de plein droit lorsque leur filiation est inconnue des deux
côtés, ou d'un seul côté mais uniquement par l'effet d'un
jugement.
b- L’ouverture facultative de la tutelle

Elle est prévue par l'article 49 qui dispose que le


juge des tutelles peut, à tout moment, substituer la
tutelle à l'administration légale s'il apparaît que le
système normal ne protège pas l'enfant.

2- La fin de la tutelle.
La tutelle est une situation temporaire. Elle prend
fin de manière absolue à la majorité de l'enfant ou
éventuellement à son émancipation.
Voyons à présent les organes de la tutelle.

B- Les organes de la tutelle.


La tutelle est une combinaison d'organes étatiques
et d'organes familiaux.

1- Les organes étatiques

L'incapacité du mineur 166


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Le centre de ces organes est le juge des tutelles et


au second degré, le tribunal de 1 è r e instance dont il
dépend. Les fonctions du juge des tutelles sont assurées
par un magistrat. Sa mission est définie par l'article 52
de la loi : le juge a un pouvoir de surveillance générale
sur le fonctionnement de la tutelle.
Cela lui donne le pouvoir de convoquer les autres
organes de la tutelle, de leur faire des observations, et
même des injonctions.

2- Les organes familiaux


En droit ivoirien, il y en a deux :
- le tuteur
- le conseil de famille
a- Le tuteur
La loi ivoirienne sur la minorité prévoit un système
plus simple que le système français dont il s'est inspiré.
Le droit ivoirien ne connaît que le tuteur seul. Il
ignore le tuteur ad hoc.
Deux questions méritent d’être posées :
- Comment devient- on tuteur ?
- Quels sont les caractères de cette charge ?

 - La dévolution de la charge tutélaire.


L'on devient tuteur de différentes manières :

- La 1 è r e manière est prévue par l'article 56 de la


loi : c'est la tutelle testamentaire . La désignation du
tuteur est faite soit par testament, soit par déclaration
spéciale devant un notaire ou devant le juge des tutelles.
Cela est possible lorsque le dernier mourant des pères
et mère choisit pour son ou ses enfants mineurs un
tuteur testamentaire.

- La 2 e manière est la tutelle dative prévue par


l'article 58 de la loi : en l'absence de tutelle
testamentaire, c'est le conseil de famille qui désigne le
tuteur.

L'incapacité du mineur 167


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- Il peut aussi y avoir une tutelle d'Etat : l'article 60


prévoit que si la tutelle reste vacante, le juge des
tutelles la défère à l'Etat qui l'exerce par l'intermédiaire
d'un administrateur.

 - Les caractères de la charge tutélaire.


- Le 1 e r caractère est prévu par l'article 53 de la loi
qui dispose que la tutelle est une charge personnelle.
Ce caractère est confirmé par l'article 54 qui précise que
la charge des tuteurs est intransmissible .
- Le 2 e caractère est prévue par l'article 55 : la
tutelle est en principe obligatoire : La tutelle est une
charge publique. Celui qui est désigné comme tuteur ne
peut pas, en principe, refuser d'exercer cette fonction.
Cependant, la loi prévoit quelques dispenses aux articles
62 et 63.

- La tutelle est une charge qui est soumise à des


conditions de recrutement : Pour être tuteur, il faut en
premier lieu ne pas être incapable. Il ne faut pas avoir
été exclu ou destitué des charges tutélaires (cas de
condamnation pénale, inconduite notoire, négligence,
inaptitude dans les fonctions).
Enfin, il ne faut pas avoir été récusé. Un tuteur peut
être récusé s'il apparaît que ses intérêts sont en conflit
avec ceux de l'enfant.
- La charge tutélaire est une responsabilité : le
tuteur peut être invité à s'expliquer sur sa gestion devant
le juge des tutelles, et éventuellement devant le conseil
de famille. A la fin de la tutelle, le tuteur doit, dans un
délai de trois mois, procéder à la réédition des comptes.
Si l'ex-mineur n'est pas satisfait, il peut engager
une action contre son tuteur.
Le second organe familial est le conseil

L'incapacité du mineur 168


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

b- Le conseil de famille.

Quelle est sa composition, son rôle et comment


fonctionne- t-il  ?

 - Composition
La composition du conseil de famille est prévue par
les articles 68 et 70 de la loi. Il comprend 4 à 6 membres
non compris le juge des tutelles et le tuteur. Ces
membres sont désignés par le juge des tutelles. Ils sont
choisis parmi les parents et alliés du mineur, ou parmi
des personnes s'intéressant à l'enfant.
Le juge des tutelles doit, dans le choix des
membres du conseil, respecter, si possible, l'égalité
dans la représentation de chacune des lignes de la
famille du mineur.

 - Rôle du conseil de famille.


Ce rôle est double :
- Le conseil de famille joue un rôle dans
l'organisation de la tutelle: c'est lui qui, éventuellement,
nomme le tuteur et statue sur les causes de dispense ou
d'exclusion.
- Le conseil joue un rôle dans l'administration du
patrimoine du mineur : il peut exercer une censure sur la
gestion du patrimoine du mineur ; il peut exercer une
censure sur la gestion du tuteur.

 - Fonctionnement du conseil de famille.


Il fonctionne sous forme de réunions convoquées
par le juge des tutelles. Le conseil de famille est présidé
par le juge des tutelles qui participe au vote lors des
délibérations. Les délibérations sont les décisions votées
par le conseil de famille. Elles sont exécutées sans
aucune forme de procédure. Elles sont assimilées à des
jugements car le recours contre ces décisions est porté
devant la cour d'appel.

L'incapacité du mineur 169


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

En doctrine, cela a conduit à s'interroger sur la


nature juridique du conseil de famille. On en a déduit
une double nature  :

-dans certains cas, on peut le comparer au conseil


d'administration d'une société.
-dans d'autres cas, on peut le comparer à une
véritable juridiction collégiale.

L’interrogation sur la nature juridique du conseil de


famille se trouve justifiée par le fonctionnement de la
tutelle.

Paragraphe 2 – Le fonctionnement de la tutelle

Ce fonctionnement est régi par les articles 88 et


suivant de la loi. Les pouvoirs accordés aux organes de
la tutelle sont de deux ordres :
- Les uns concernent la personne même du mineur
- Les autres sont relatifs aux biens du mineur.

A- Tutelle et personne du mineur.


Les pouvoirs sur la personne du mineur se
répartissent entre le tuteur et le conseil de famille.

 Le tuteur a les principaux droits sur la personne du


mineur :

- Il a en premier lieu un droit général de garde et


d'autorité sur le mineur.

- Il a en second lieu des droits spéciaux comme le


droit de consentir au mariage du mineur (article 8 de la
loi sur le mariage), ou le droit de consentir à l'adoption
du mineur (article 7 de la loi sur l'adoption).

 Le conseil de famille a, indépendamment du


tuteur, également certains droits sur la personne du
mineur notamment :

L'incapacité du mineur 170


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- le droit de consentir à l'émancipation du mineur


(article 120 loi sur la minorité).

- le contrôle indirect sur l'éducation du mineur par


l'intermédiaire du vote du budget.

B- Tutelle et biens du mineur.


Le système de la tutelle est fondé sur le principe de
la représentation.
- Le mineur n'accomplit pas lui- même les actes
juridiques. C'est le tuteur qui a vocation à accomplir tous
les actes concernant le patrimoine du mineur.
Ce principe de la représentation est affirmé par
l'article 90 de la loi.
- Le tuteur doit agir dans ses fonctions comme un
bon père de famille. Cela implique que sa responsabilité
peut être engagée s'il commet une faute dans sa gestion.

Le tuteur ne dispose pas de la plénitude de


pouvoirs  ; on retrouve en ce domaine l'échelle des actes
juridiques :

- En premier lieu, certains actes sont obligatoires


pour le tuteur ; en particulier, lors de l'ouverture de la
tutelle, il doit procéder à un inventaire des biens du
mineur et déposer les fonds et titres du mineur auprès
d'un établissement bancaire (article 92 et 93 de la loi).

- En deuxième lieu, pendant le fonctionnement de la


tutelle, le tuteur peut accomplir seuls les actes
conservatoires, les actes d'administration et certains
actes qui sont spécifiés par la loi, tels que l'acceptation
de donations.

- Pour les autres actes qui sont considérés comme


plus graves, en particulier pour les actes de disposition,
la loi établit une échelle en multipliant les formalités en
fonction de la gravité des actes :

L'incapacité du mineur 171


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

+ Ainsi, en application de l'article 105, les actes de


disposition qui portent sur une valeur inférieure à 250
000 FCFA et la vente des valeurs mobilières, peuvent
être accomplis avec l'autorisation du juge des tutelles .

 Pour les actes de disposition dont la valeur est


supérieure à 250 000 FCFA et qui portent en particulier
sur des immeubles, fonds de commerce, et meubles
précieux, le tuteur a besoin de l'autorisation du conseil
de famille .
Ces actes sont détaillés par les articles 95, 96 et 97
alinéa 3 de la loi.

 Pour certains actes, l'autorisation du conseil de


famille n'est pas suffisante, il faut en plus des formalités
particulières ; c'est le cas en particulier des ventes
d'immeubles et de fonds de commerce qui doivent avoir
lieu judiciairement, sauf si le conseil de famille autorise
une vente amiable .

 Les actes les plus dangereux sont interdits au


tuteur.

Par exemple  : le tuteur n'a pas le droit d'acheter


les biens du mineur  ; il n'a pas le droit de céder les
créances du mineur.

Section 2 - La condition juridique du mineur.


La condition juridique du mineur varie selon qu'il est
émancipé ou non.

Paragraphe 1 - La situation du mineur non émancipé.

Elle ne présente un intérêt que dans l'hypothèse où


le mineur a agi en dehors du système de protection.
Deux cas sont à examiner : soit le mineur a passé seul
un acte juridique, soit il est à l'origine d'un dommage,
d'un fait juridique.

L'incapacité du mineur 172


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

A- Le mineur et les actes juridiques.


Dans ce domaine, il y a un principe assorti de
dérogations et de tempéraments.

1- Le principe.
Il est posé par l'article 27 de la loi : «  le mineur non
émancipé est incapable de contracter. C'est son
représentant qui doit agir à sa place   ».
Si le mineur a conclu seul l'acte, celui- ci est en
principe nul.
Mais la nullité n'est pas automatique. L'on fait, sur
le fondement de l'article 33, la distinction entre deux
catégories d'actes :

- Pour les actes les plus graves, c'est-à-dire les


actes subordonnés à l'autorisation du conseil de famille,
la nullité est encourue du seul fait de l'incapacité du
mineur.

- En revanche, pour les actes moins graves , c'est-à-


dire ceux que le tuteur peut engager seul, la nullité n'est
encourue que si l'acte est jugé lésionnaire (mauvaise
affaire). C'est au mineur, en réalité son représentant,
d'apporter la preuve de l'existence de la lésion.

Dans les deux cas, dès lors que la nullité est


encourue, cette nullité est dite relative de protection.
C'est ce qui résulte de l'article 34 de la loi. Cette nullité
relative implique que seul le mineur ou son représentant
peut contester l'acte. Cette action en nullité doit être
intentée dans un délai de 5 ans.

La nullité a pour conséquence la disparition


rétroactive de l'acte annulé c'est-à-dire que l'on fait
comme si l'acte n'a jamais existé ; on remet les choses
en l'état antérieur. Cependant, dans l'hypothèse où le
mineur devait restituer une somme d'argent, il ne restitue
que ce qu'il a conservé (article 37 de la loi de 1970).

L'incapacité du mineur 173


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

2- Les dérogations et tempéraments à l'article 27 de la loi


Certains actes accomplis par le mineur sont
considérés comme valables. La validité résulte soit d'un
texte express, soit de la coutume.
La loi elle- même permet au mineur d'accomplir
certains actes malgré son incapacité.
Par exemple   : l'article 30 de la loi de 1970 permet
au mineur de faire des actes conservatoires.
De même l'article 31 alinéa 2 permet au mineur, à
partir de l'âge de 18 ans, de conclure seul un contrat de
travail.
A côté de ces dérogations légales, il existe des
tempéraments coutumiers permettant au mineur de
passer des actes : En droit français, la jurisprudence a
toujours admis qu'il existe une règle coutumière selon
laquelle le mineur pourrait accomplir seul les actes de la
vie courante. (Cass. 1ère 4 nov. 1970 Sem. Jur. 1971. II.
16631   ; D. 1971 J. 186   ; Sem. Jur. 1971, II. 16.631; Rev.
trim. Dr. civ. 1971. 413. (  validité de la location d’une
automobile par un mineur titulaire du permis de conduire
et disposant de fonds nécessaire au dépôt de garantie.
(Civ. 1ère 9 mai 1972 Gaz. Pal.1972. 2. 871  nullité de
l’achat d’une automobile par un mineur sans
l’autorisation de ses parents)
Ce tempérament doit-il être admis en droit ivoirien ?
Bien que la loi sur la minorité ne fait pas allusion à cette
catégorie d'acte, on peut répondre par l'affirmative ne
serait-ce que pour des considérations d'ordre pratique.

B- Les faits juridiques.


Ce sont des événements indépendants de la volonté
de leur auteur et qui ont des conséquences sur le plan
juridique.
Par exemple   : le délit, c'est-à-dire le fait qui cause
un dommage à autrui, engage la responsabilité civile de
l'auteur de ce fait.

L'incapacité du mineur 174


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Il peut arriver qu’un mineur soit à l'origine de faits


juridiques. Malgré son incapacité, le mineur engage- t-il
sa responsabilité ?
L'article 32 (loi de 1970) pose un principe selon
lequel le mineur engage son patrimoine par ses délits,
ses quasi- délits et son enrichissement sans cause.
L'article 32 de la loi sur la minorité vise-t-il tous les
mineurs (enfant, adolescent), ou concerne-t-il
uniquement les mineurs ayant atteint l'âge de raison ?
Pour engager la responsabilité civile d'une
personne (article 1382 et 1383 du code civil), il faut
qu'elle ait commis une faute. Or, traditionnellement, il
est admis que la faute comporte deux éléments :

-Un élément matériel, c'est-à-dire le fait


objectivement illicite.

-Un élément intentionnel, c'est-à-dire la conscience


de causer le dommage.

La conséquence pratique est que seuls les individus


doués de raison peuvent engager leur responsabilité ;
par conséquent, les très jeunes enfants ne peuvent pas
engager leur responsabilité.
En droit ivoirien, le problème est de savoir si ces
anciens principes construits à partir de textes encore
applicables en Côte d'Ivoire (article 1382 - 1383 du code
civil), ont été ou non infirmés par l'article 32 de la loi de
1970 sur la minorité.

Deux thèses peuvent être défendues :


- L'article 32 ne remet pas en cause les solutions
antérieures ; il ne concerne que les mineurs ayant
conscience de leurs actes.
- L'article 32 ne fait pas de distinction entre les
différentes catégories de mineur. Or, un principe
d'interprétation veut que l'on ne distingue pas là où la loi
ne distingue pas. Par conséquent, tous les mineurs quel
que soit leur âge sont soumis à l'application de l'article
32 de la loi de 1970.

L'incapacité du mineur 175


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Paragraphe 2 - La situation du mineur émancipé

Sa situation est beaucoup plus simple puisqu'en


principe, le mineur émancipé est pleinement capable
pour les actes de la vie civile. Ce principe résulte de
l'article 113 de la loi sur la minorité qui dispose que le
mineur peut conclure seul, comme un majeur, tous les
actes juridiques ; il engage par là même sa
responsabilité civile.
Mais le principe contenu dans l'article 113 de la loi
sur la minorité connaît deux exceptions légales :

- La première exception , prévue par l'article 114 de


la loi précitée, consiste pour le mineur émancipé voulant
faire du commerce a obtenir une autorisation spéciale
émanant du titulaire de la puissance paternelle. Cette
autorisation est inscrite au registre du commerce.

- La deuxième exception légale est contenue dans


l'article 115 de la loi : pour se marier ou se donner en
adoption, le mineur, même émancipé, a besoin de la
même autorisation que les autres mineurs.
Certaines personnes physiques, bien que n’étant
plus mineures, voient cependant leurs droits limités: il
s’agit des majeurs incapables auxquels nous
consacrerons le chapitre II.

L'incapacité du mineur 176


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Chapitre 2 
Les incapacités des majeurs

Pour les majeurs, la règle est la capacité juridique.


L'incapacité n'est qu'une exception. S'agissant des
incapacités d'exercice, elles ne frappent que les majeurs
présentant des déficiences mentales plus ou moins
accentuées. Mais tous les majeurs présentant des
déficiences mentales ne sont pas placés sous un régime
de protection.
Pour rendre compte de la situation des majeurs
incapables, il faut donc faire la distinction suivant que le
majeur a été placé ou non sous un régime de protection.

Section 1 - Les majeurs n'ayant pas fait l'objet de


mesures de protection
Ce sont les majeurs qui présentent momentanément
des déficiences mentales. L'altération de leur faculté
mentale est un peu brève pour qu'il soit nécessaire de
mettre en place un système de protection. Dans ce cas,
la protection est occasionnelle et diffère selon qu'il s'agit
de faits ou d'actes juridiques.

Paragraphe 1 – Les faits juridiques

Le problème est de savoir si un majeur qui n'a pas


conscience de ses actes peut engager sa responsabilité
civile.

 En droit ivoirien , la solution est celle qui a été


dégagée par la jurisprudence à partir des articles 1382
et 1383 du code civil. La faute civile nécessite deux
éléments :
- un élément objectif
- un élément intentionnel.

Les incapacités des majeurs 177


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Il en résulte que le dément n'ayant pas conscience


de ses actes ne peut commettre de faute au sens de
l'article 1382 et suivant du code civil. Par conséquent,
les aliénés ne sont pas responsables en droit ivoirien.

 En droit français , depuis la réforme de 1968,


l'article 489-2 du code civil pose le principe de la
responsabilité des déments : " celui qui a causé un
dommage à autrui alors qu'il était sous l'empire d'un
trouble mental, n'en est pas moins obligé à
réparation ".
Qu’en est-il des actes juridiques  ?

Paragraphe 2 - Les actes juridiques

Il faut supposer qu'un majeur n'ayant pas toutes ses


facultés mentales conclut un contrat. Cet acte est-il
valable ?
Le principe est celui de la nullité de l'acte. En effet,
pour conclure un contrat, l'article 1108 du code civil
exige que l'on donne son consentement ; or, une
personne ayant perdu conscience ne peut valablement
donner un tel consentement. On admet que cette nullité
est une nullité relative de protection . Par conséquent,
seul le dément ou aliéné pourra attaquer l'acte, et cela
dans le délai de 10 ans posé par l'article 1304 du code
civil (rédaction avant réforme de 1968).
Mais, si le principe est celui de la nullité de l'acte,
encore faut-il apporter la preuve de l'état d'inconscience
au moment de la conclusion de l'acte :

- Si l'individu concerné est toujours vivant , l'article


503 du code civil admet que l'on peut, par tous moyens,
apporter la preuve de la démence ou de la perte de
conscience au moment de la conclusion de l'acte.

- En revanche, si l'acte est attaqué après le décès


de l'individu concerné , l'article 504 du code civil pose le
principe qu'il n'est plus possible de contester l'acte sauf

Les incapacités des majeurs 178


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

si la preuve de la démence résulte de la seule lecture de


l'acte et si une procédure avait été commencée pour
placer le majeur sous un régime de protection.
Section 2 - Les majeurs ayant fait l'objet de
mesures de protection
A la différence des mineurs, la situation des
majeurs incapables n'a pas été réglementée en droit
ivoirien. Par conséquent, ce sont les textes du code civil
dans sa rédaction originale de 1804 qui régissent la
matière (article 488 à 515 du code civil).
Le droit ivoirien diffère dorénavant du droit français
puisque cet ancien système a été abandonné en France
lors de la réforme de 1968 relative aux incapables
majeurs.
En droit ivoirien, il existe toujours trois systèmes de
protection des majeurs incapables :

- Deux sont prévus par le code civil, il s'agit de


l'interdiction judiciaire et du conseil judiciaire.

- Le troisième système qui est le régime de


l'internement a été l'objet de la loi de 1838.

Paragraphe 1 - Le régime de l'interdiction judiciaire.

Ce régime est réglementé dans les articles 489 à


512 du code civil. En droit français, cet ancien régime
est remplacé par un régime de tutelle.

A- Les conditions de l'interdiction judiciaire

Il y a des conditions de fond et des conditions de


procédure.
En ce qui concerne les conditions de fond, peuvent
être déclarés interdits judiciaires, les majeurs en état
habituel d'imbécillité, de fureur ou de démence.
Les conditions de procédure sont primordiales :
l'interdiction doit être prononcée par jugement.

Les incapacités des majeurs 179


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

L'action est introduite par les parents du majeur ou


par le conjoint ou éventuellement par le procureur de la
république.
Avant de prononcer l'interdiction, le tribunal
demande l'avis d'un conseil de famille composé par le
juge parmi les membres de la famille non compris ceux
qui auront demandé l'interdiction.

B- Les effets de l'interdiction.


Deux effets :
- l'incapacité de l'interdit
- mise en place d'un régime de protection

1- L’incapacité de l'interdit
L'interdit est un incapable ; par conséquent, aux
termes de l'article 502 du code civil, tous les actes
passés par cet incapable sont nuls. Cette nullité a un
caractère automatique, mais c'est aussi sur le plan
procédural une nullité relative : seul l'interdit ou son
représentant peuvent intenter l'action en nullité et cela
dans le délai de 10 ans (article 1304 du code civil) (voir
c.cass 22 décembre 1960 D 1960, 257).

2- Le régime de protection : la tutelle


L'interdiction a pour effet de mettre en place un
régime de protection de l'interdit. Ce régime de
protection est celui de la tutelle. L'article 509 du code
civil précise que les lois sur la tutelle du mineur
s'applique aux interdits. C'est un système de
représentation ; c'est le tuteur qui agit au nom de
l'interdit. Comme pour la tutelle du mineur, le tuteur a
besoin de l'autorisation du conseil de famille pour les
actes les plus graves et pour les actes de disposition. Il
est désigné par le conseil de famille qui est lui- même
réuni et composé du juge des tutelles. Il s'agit d'une
tutelle dative sauf dans l'hypothèse où c'est une femme
mariée qui est interdite, dans ce cas, le mari est de plein
droit le tuteur. Cette tutelle est une charge lourde ; c'est
la raison pour laquelle si le tuteur n'est pas un membre

Les incapacités des majeurs 180


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

de la famille, il peut demander à être déchargé de cette


fonction au bout d'un délai de 10 ans.
Même en France, ce système a peu fonctionné. Très
vite, on a préféré pour le dément (ou fou), utiliser
l'internement prévu par la loi de 1838.

Paragraphe 2 – L'internement
Cette mesure est prévue par la loi du 30 juin 1838
qui vise en général les aliénés mentaux.

A- La procédure
A la différence de l'interdiction qui est judiciaire,
l'internement est purement administratif ; elle est dirigée
par le Préfet. Deux formes sont prévues  ; le placement
de l'individu dans un asile d'aliénés peut avoir lieu soit
d'office soit être volontaire.

1- Le placement d'office ou administratif.


Le placement d'office ou administratif est possible
lorsque l'aliéné est dangereux et qu'il compromet par ses
actions l'ordre public ou la sécurité des personnes.
Dans une telle hypothèse, le Préfet peut décider
d'interner l'individu. Sa décision doit être motivée et doit
s'appuyer sur un certificat médical.

2- Le placement volontaire
Le placement est volontaire lorsque l'internement
est fait à la demande de la famille ; c'est le seul possible
pour les aliénés inoffensif.
Le membre de la famille qui veut faire procéder à
l'internement doit faire une demande écrite et signée,
accompagnée d'un certificat médical constatant l'état de
santé mental de l'intéressé.

B- La situation juridique des internés.


L'internement comporte deux conséquences en droit
civil  :

Les incapacités des majeurs 181


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- l'une sur la personne de l'interné


- l'autre relative aux biens de l'interné.

1- Le principe de l'incapacité de l'interné.


L'interné est un incapable. Par conséquent, tous les
actes passés par lui sont nuls. Cette nullité est relative.

2- La gestion des biens de l'interné


Les biens de l'incapable sont gérés par un
administrateur provisoire.

Paragraphe 3 – Le conseil judiciaire.

Ce système est prévu par les articles 513 et 514 du


code civil. Il concerne deux catégories de personnes :
- les prodigues, d'une part
- les faibles d'esprit, d'autre part.
Le prodigue est une personne qui a tendance à faire
des dépenses qui compromettent son patrimoine.
Le faible d'esprit est une personne dépourvue
d'intelligence.
La procédure du conseil judiciaire est calquée sur
celle de l'interdiction.
La procédure du conseil judiciaire est introduite par
un membre de la famille.
C'est le tribunal qui nomme le conseil judiciaire. Ce
conseil judiciaire est un individu qui va aider et assister
le prodigue ou le faible d'esprit, dans la gestion de son
patrimoine.
A la différence de l'interdiction, le conseil judiciaire
est une procédure d'assistance. La personne qui est
assistée par le conseil judiciaire peut accomplir seule la
majorité des actes sauf les actes les plus graves pour
lesquels elle a besoin de l'autorisation du conseil
judiciaire (article 513 du code civil). Le conseil judiciaire
intervient pour les actions en justice, les transactions,
les emprunts et constitutions et pour le transfert de
droits réels sur les immeubles. Si l'assisté a agi seul, la
sanction est comme toujours la nullité relative de l'acte.

Les incapacités des majeurs 182


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Rappelons que si toute personne humaine,


personne physique, est aujourd’hui sujet de droit car il
existe un autre type de personnes n’ayant pas de réalité
physique que l’on appelle les personnes morales qu’il
convient à présent d’étudier dans la seconde partie de
ce livre premier.

Les incapacités des majeurs 183


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Deuxième Partie
Les personnes morales
Les personnes physiques ne sont pas les seuls
membres de la société. Au lieu d'agir isolement, les
individus s'unissent volontiers et constituent une
multitude de groupes et de groupements.
Le droit considère certains de ces groupes ou
groupements comme formant une unité distincte ; il les
assimile à des individus. Mais, on les appelle des
personnes morales pour les distinguer des personnes
physiques.
Ces personnes morales ont la personnalité juridique
; elles peuvent acquérir des biens, conclure des
contrats, ester en justice etc.
Ce sont des sujets de droit qui ont un patrimoine
propre et distinct de ceux des individus qui les
composent.
Ces personnes morales possèdent des attributs
extra-patrimoniaux  : elles ont un nom, un domicile, une
nationalité.
Comme les personnes physiques, elles naissent,
elles vivent et elles meurent.
La notion juridique de personne morale remonte au
moyen âge. Mais sous l'ancien droit, cette notion était
peu développée.
Elle intéressait à l'époque le droit public et le droit
commercial. Ce non développement de la notion
s'explique par le fait que dans le code civil, on ne traite
que des personnes physiques.
De nos jours, deux constatations s'imposent
s'agissant des personnes morales :

Les personnes morales 184


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

1°) On assiste à une multiplication des formes de


personnes morales: on a des sociétés d'Etat ou des
sociétés privées, des sociétés commerciales ou civiles,
des syndicats, associations, des ordres professionnels,
des partis politiques etc.

2°) L'importance globale des personnes morales. En


raison de leur nombre, de leur dynamisme, les
personnes morales dominent toute la vie politique,
économique et sociale.

Au regard du droit privé, la question est celle de la


situation juridique de ces groupes. Il faut répondre à
deux questions :
- Quels sont les groupements reconnus comme
des personnes morales?
- En quoi consiste la personnalité civile pour ces
groupements ?

Les personnes morales 185


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Chapitre 1
La reconnaissance de la personnalité civile

En ce domaine, la loi joue un rôle de plus en plus


important puisqu'elle reconnaît expressément la
personnalité civile à certains groupements et au
contraire, la refuse à d'autres.
Il faut aussi se demander si dans le silence de la
loi, il peut y avoir des personnes morales.

Section 1 - La reconnaissance de la personnalité


civile par la loi
La loi joue un double rôle :

- Elle procède à la création pure et simple de la


personne morale.
- Elle reconnaît à un groupement constitué par des
particuliers, la personnalité civile.

Ce double rôle correspond à la division du droit


public et du droit privé.

Paragraphe 1 - Les personnes morales instituées par la


loi.
La création d'une personne morale par la loi répond
à un intérêt public ; l'origine étatique est donc la marque
spécifique des personnes morales publiques. Mais, elle
s'étend également à des organismes à mi-chemin entre
le droit public et le droit privé.

A- Les personnes morales publiques.


Elles relèvent du droit public.
Au niveau international, la notion de base est
constituée par l'Etat. L'Etat est la première personne

La reconnaissance de la personnalité civile


186
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

morale au regard du droit public. L'Etat est sujet de


droit.
Mais en dehors des Etats, il y a des personnes
morales qui sont créées par les traités inter étatiques :
Les premières sont des organisations internationales ;
on trouve aussi des sociétés internationales créées par
des traités qui leur confèrent la personnalité juridique.
Exemple : Air Afrique créé par le traité de Yaoundé
en 1961 était une personne morale publique.

Au niveau national, ces personnes morales ont soit


une base territoriale, soit une base fonctionnelle.

*Celles qui ont une base territoriale sont notamment


les circonscriptions territoriales qui ont la personnalité
juridique.
Exemple : région, commune district.

*Quant à celles qui ont une base fonctionnelle, ce


sont les établissements publics qui sont des services
publics érigés en entités autonomes dotées d'un budget
et d'un patrimoine propre
Exemple : université, RTI, office national des
télécommunications etc.

B- Les personnes morales mixtes


Ce sont des groupements officiels créés par la loi,
mais dont le régime combine des aspects de droit public
et des aspects de droit privé. Il existe deux catégories
de personnes morales mixtes :

1- Les organismes publics du secteur économique


En Côte d'Ivoire, ce sont les sociétés d'Etat d'une
part, et les sociétés d'économie mixtes d'autre part.
Elles fonctionnent sur le modèle des sociétés
privées, mais dans lesquelles le capital appartient soit
exclusivement à l'Etat, soit pour moitié à l'Etat.
Elles ont été organisées par deux lois du 23 mars et
31 juillet 1962.

La reconnaissance de la personnalité civile


187
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

2- Les groupements obligatoires du secteur


professionnel
Dans certaines professions, la loi impose aux
particuliers de se regrouper au sein d'une personne
morale.
En droit ivoirien, on peut citer deux exemples :

- la chambre de commerce, la chambre d'industrie


et d'agriculture, instituées par décret sont des personnes
morales mixtes.

- Les ordres professionnels qui sont des


groupements obligatoires destinées à représenter les
intérêts de certaines personnes sont des personnes
morales mixtes : Exemple : ordre professionnel des
avocats, créé par une loi de 1959 ; ordre des médecins
créé par une loi de 1960 etc.

Paragraphe 2 - Les personnes morales instituées par la


volonté de l'homme
Des particuliers se regroupent. Ils ne peuvent par
conséquent donner naissance qu'à des personnes
privées. Mais, le pouvoir créateur des particuliers doit
s'insérer dans les moules offerts par la loi.
Les personnes morales de droit privé sont de deux
sortes :
- Soit, il s'agit de groupement d'individus,
- Soit, il s'agit de groupements de biens.

A- Les groupements d'individus


Ces groupements constituent la catégorie la plus
importante des personnes morales de droit privé.
Certaines personnes morales de droit privé ont un
but lucratif (exemple : société), d'autres n'ont pas de but
La reconnaissance de la personnalité civile
188
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

lucratif en droit ivoirien (exemple : syndicats,


associations).

1- Les personnes morales à but lucratif.


Le type par excellence est la société. L’article 1832
du code civil définit la société comme une personne
morale dont les membres mettent quelque chose en
commun en vue de partager les bénéfices qui pourraient
en résulter. Avec l’OHADA, voir l’article 4 de l’Acte
Uniforme portant Droit des Sociétés commerciales et
groupement d’intérêt Economique.
Toute société a trois éléments constitutifs :
- les apports provenant des associés
- le partage des bénéfices ou des pertes
- l'intérêt commun ou affectio societatis.

On oppose les sociétés commerciales aux sociétés


civiles  :

- les sociétés commerciales ont pour objet une


activité commerciale au sens de l'article 632 du code de
commerce.
Mais ces sociétés commerciales se répartissent en
deux catégories :
- les sociétés de personnes
- et les sociétés de capitaux.

Dans les sociétés de personnes , la considération de


la personne des associés est fondamentale. Cela produit
des conséquences sur le régime juridique de la société ;
en particulier, les associés sont tenus du passif social.
Le code de commerce propose deux formes de
sociétés de personnes: la forme la plus répandue est la
société en nom collectif (SNC).
L'autre forme qui a pratiquement disparu est la
société en commandite simple.

La reconnaissance de la personnalité civile


189
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Dans les sociétés de capitaux , la personne de


l'associé importe peu ; les associés ne sont pas tenus du
passif social. Le droit ivoirien connaît deux types de
sociétés de capitaux :

- La société en commandite par action prévue par


le code de commerce qui, en pratique, a disparu au
profit des sociétés par action régie en droit ivoirien
par la vieille loi française de juillet 1867 par le
traité OHADA.

- On trouve aussi la SARL (société à responsabilité


limitée) qui est réglementée en droit ivoirien par une loi
de 1925 et par le traité OHADA.

Toutes ces sociétés présentent un trait commun :


elles ont toutes une personnalité juridique reconnue par
la loi.

Les sociétés civiles sont régies par les articles 1832


et suivant du code civil. On fait une distinction entre les
sociétés civiles à statut particulier et les sociétés
soumises au droit commun.
Les sociétés civiles à statut particulier résultent de
textes spéciaux ; elles se sont développées surtout dans
le domaine professionnel (société civile professionnelle).
Le code civil n'avait pas prévu leur personnalité
morale ; c'est la jurisprudence qui avait admis cette
personnalité morale dans deux arrêts de principe de la
c.cass :
- 23-2-1891, S1892, I, 72
- 2-03-1893, S, I, 497
En droit, la différence entre les sociétés
commerciales et les sociétés civiles est importante : en
particulier, seules les sociétés commerciales peuvent
faire l'objet d'une procédure de faillite.

2- Les personnes morales sans but lucratif.

La reconnaissance de la personnalité civile


190
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Le type de base de ces personnes morales est


l'association. En droit ivoirien, les associations sont
régies par une loi du 21 septembre 1960.
L'association est définie comme une convention par
laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en
commun, d'une façon permanente, leur connaissance et
leurs activités, dans un but non lucratif.
L'association se caractérise par sa qualité
désintéressée. Mais peu importe que son objet soit
social, scientifique, culturel, sportif etc.
Le droit ivoirien prévoit deux formes d'associations :
- les associations déclarées
- et les associations reconnues d'utilité publique

Pour avoir la personnalité morale, les membres


fondateurs de l'association doivent déclarer celle-ci à la
préfecture et rendre public cette création par l'insertion
de la déclaration au journal officiel.
L'association déclarée obtient la petite capacité
juridique c'est-à-dire qu'elle a une personnalité morale
réduite ; elle ne peut pas recevoir de don et ne peut
acquérir des immeubles que pour l'accomplissement de
sa mission.
Pour avoir la grande capacité juridique,
l'association doit être reconnue d'utilité publique. Cette
reconnaissance résulte d'un décret pris en conseil des
ministres sur rapport du ministre de l'intérieur.
Dans la loi ivoirienne, on ne trouve pas de
dispositions sur les congrégations religieuses qui, en
droit français, sont des types particuliers d'associations
obéissant à un régime restrictif.
En droit ivoirien, elles sont en pratique soumises au
régime des associations.

Les syndicats sont régis par les articles 51 et


suivants du code du travail. Ils ont pour objet l'étude et
la défense des intérêts économiques, industriels,
commerciaux, agricoles et artisanaux des membres d'une
même profession.

La reconnaissance de la personnalité civile


191
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Le droit ivoirien reconnaît la liberté de constitution


des syndicats. Il suffit de déposer les statuts au siège de
la mairie compétente.
Les syndicats ont la personnalité civile (article 52.1
du code du travail).

B- Les groupements de biens


Il existe une seule forme de groupement de biens
en droit privé : Ce sont les fondations.
La fondation consiste en une affectation, à
perpétuité, d'une masse de biens, à une œuvre d'intérêt
général. Pour le fondateur, la fondation s'analyse comme
une libéralité puisqu'elle consiste en un don.
Si ce don est fait à une personne morale qui existe
déjà, il n'y a pas création de personne morale nouvelle.
Il n'y a fondation que si l'on crée pour recevoir des
biens.
En droit civil, la période intermédiaire entre le
décès du fondateur et la mise en place d'une nouvelle
personne morale soulève des difficultés. En effet, on ne
peut pas faire de legs à une personne qui n'existe pas.

Section 2 - La reconnaissance de la personnalité


civile en dehors de la loi.
Existe-t-il des personnes morales en dehors des
catégories reconnues par la loi ?
La réponse à cette question a suscité une
controverse doctrinale sur la nature de la personnalité
morale.

Paragraphe 1 - La controverse doctrinale.

Plusieurs thèses ont été soutenues quant à la


nature de la personnalité morale. Parmi ces thèses, l'on
peu isoler la thèse dite négative de la personnalité
morale. Certains auteurs ont purement et simplement nié
la notion de personnalité morale comme constituant une
catégorie juridique autonome.

La reconnaissance de la personnalité civile


192
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Planiol considérait que la personne morale


recouvrait en réalité la notion de propriété collective. Il
suffisait de dire que les biens d'un groupement
appartiennent collectivement aux membres du
groupement, sans qu'il soit besoin de faire appel à la
notion de personne morale.
L'explication de Planiol est contestable. Elle ne
correspond nullement au droit positif, et elle occulte les
attributs extra-patrimoniaux de la personne morale.
Si on laisse de côté cette théorie négative, les
auteurs se partagent entre deux grandes tendances :
-certains soutiennent la thèse dite de la fiction
-d'autres, au contraire, soutiennent la thèse dite de
la réalité.
A- La thèse de la fiction de la personnalité morale.
Les tenants de cette thèse partent de l'opposition
naturelle entre personnes physiques et personnes
morales.
Les personnes morales sont des créations
artificielles qui n'ont ni corps ni âmes : ce sont des
entités abstraites.
Partant de cette constatation, les auteurs en
déduisent que la personnalité civile est un bienfait de la
loi, un cadeau du législateur. Dès lors, il ne peut y avoir
de personnes morales en dehors des catégories
reconnues par la loi. Par ailleurs, lorsque la loi reconnaît
une personne morale, elle détermine les effets de cette
personnalité morale. Cette thèse a été développée par
les auteurs du 19 e siècle.

B- Les thèses de la réalité de la personne morale.


Pour les partisans de cette théorie, les personnes
morales sont des réalités ; mais l'on peut concevoir la
réalité de la personne morale de différentes manières.
On peut opposer les thèses de la réalité dite organique
aux thèses de la réalité dite technique .

*La thèse de la réalité organique a été défendue


avec succès par les auteurs allemands. Selon ces
auteurs, les personnes morales ont une réalité sociale
La reconnaissance de la personnalité civile
193
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

comparable à la réalité biologique des personnes


physiques.
- Certains auteurs assimilent purement et
simplement les personnes morales à des êtres vivants :
La personne morale naît, vit et disparaît comme une
personne physique ; elle a, comme une personne
physique, un nom, un domicile, une nationalité.
- D'autres auteurs insistent sur la volonté collective
de la personne morale. Ils considèrent que l'essence de
la personnalité civile est moins dans le corps que dans
la volonté.
Cette thèse pousse trop loin l'assimilation aux
personnes physiques. Aussi, en France, les auteurs ont
préféré la thèse de la réalité technique.
*La thèse de la réalité technique est la plus répandue.
Elle considère que ce qui fait la personnalité juridique,
ce n'est ni le corps, ni la volonté, mais l'aptitude à être
titulaire de droit, il faut se reporter à la notion de droit
subjectif et se poser la question suivante :

Quand un droit est-il accordé à une personne ?

La réponse est qu'on reconnaît un droit subjectif


lorsqu'on estime que sont en cause des intérêts
socialement dignes d'être protégés ; or, l'on considère
qu'il y a deux sortes d'intérêts dignes d'être protégés :
des intérêts individuels et des intérêts collectifs.

Pour protéger les intérêts individuels, l'on doit


reconnaître la personnalité civile aux personnes
physiques.
De même, pour défendre les intérêts collectifs, l'on
doit reconnaître la personnalité civile aux personnes
morales.
Pour les tenants de cette thèse, la personne morale
est organisée autour de la défense d'intérêts collectifs. Il
y a personne morale si deux éléments sont réunis :

La reconnaissance de la personnalité civile


194
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- il faut, d’une part, que le groupement défende des


intérêts communs distincts des intérêts individuels de
ses membres,
- il faut, d'autre part, que le groupement puisse
exprimer ses intérêts communs, qu'il soit pourvu d'une
faculté d'expression collective.

Deux conséquences pratiques découlent de cette


analyse  :
- Tout d'abord, la personnalité morale peut exister
en dehors de la loi, à condition que les deux éléments
précédemment exposés existent.
- Ensuite, l'on doit reconnaître en la personne
morale, les droits nécessaires pour satisfaire
l'intérêt collectif dont elle a la charge.

Qu’en est-il du droit positif  ?

Paragraphe 2 - La solution du droit positif

Le droit positif consacre la thèse de la réalité. Mais


il admet certaines limites à cette thèse.

A- La consécration des thèses de la réalité.


Cette consécration est l'œuvre de la jurisprudence.
La jurisprudence civile a reconnu la personnalité civile à
des groupements auxquels la loi ne l'avait pas
expressément accordée.
Cette jurisprudence est intervenue pour trois types
de groupements:
- les sociétés civiles
- les syndicats
- les comités d'établissement (surtout).

Les premières décisions sont intervenues à propos


de sociétés civiles.
Dans le code civil, il n'y a pas de dispositions
reconnaissant la personnalité civile aux sociétés civiles.
Dans deux arrêts du siècle dernier, la jurisprudence
a reconnu la personnalité juridique des sociétés civiles
La reconnaissance de la personnalité civile
195
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

(chambre des requêtes de la C cass 23 février 1891,


Sirey I, 72 et … 2 mars 1892, S., I., 497).

Mais ces décisions n'étaient pas déterminantes,


dans la mesure où la Cour de Cassation a considéré que
la personnalité morale résultait de l'esprit de l'ensemble
des dispositions du code civil.
Le second mouvement jurisprudentiel est intervenu
à propos des syndicats. La loi française de 1884 sur les
syndicats reconnaissait la personnalité morale des
syndicats ; mais elle n'avait pas pris partie sur le droit
d'agir en justice des syndicats. Les chambres réunies de
la Cour de Cassation, dans un arrêt du 05 avril 1913 (D
1914, I, 65), ont admis le droit des syndicats d'agir en
justice. Implicitement, c'était la consécration de la thèse
de la réalité.
En droit ivoirien, cette jurisprudence n'a plus
d'utilité ; l'article 52.1 du code de travail accorde aux
syndicats, le droit d'agir en justice.

Le troisième mouvement jurisprudentiel est


intervenu à propos des comités d'établissement qui, en
droit français, sont des organes représentatifs des
travailleurs installés dans les grandes entreprises qui ont
leurs unités de production réparties dans différents
endroits.
Ces comités d'établissement n'existent pas en droit
ivoirien.
En droit français, l'ordonnance de 1945 créant les
comités d'établissements ne parlait pas de la
personnalité juridique de ces comités.

Le problème s'est posé de savoir si un comité


d'établissement pouvait agir en justice. La cour de
cassation a répondu par l'affirmative dans un arrêt de
principe du 28 novembre 1954 (D 1954 I, 217). Dans cet
arrêt, la cour de cassation a affirmé que la personnalité
civile n'était pas une création de la loi ; la personnalité
civile appartient à tout groupement, pourvu d'une

La reconnaissance de la personnalité civile


196
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

possibilité d'expression collective pour la défense


d'intérêts licites dignes d'être protégés.
Cet arrêt marquait la consécration expresse, par la
jurisprudence, de la thèse de la réalité technique.

B- Les limites de la thèse de la réalité


Ces limites apparaissent en rapport avec les
personnes physiques, mais également en raison de
l'intervention du législateur.
Mais cette thèse comporte des limites.

1- Par rapport aux personnes physiques.


Même si l'on consacre la thèse de la réalité, on
constate d'une part le particularisme de la personnalité
morale, et d'autre part la persistance des personnes
physiques dans la personne morale.

Sur le plan pratique, le particularisme de la


personnalité des personnes morales demeure en toutes
circonstances.
La personnalité morale n'ayant pas d'humanité, ses
attributs extra-patrimoniaux prennent un sens
particulier :
Par exemple   : le nom de la personne morale n'est
pas la traduction d'un rapport de famille ; la personne
morale choisit son nom ; elle peut le modifier, elle peut
en disposer. Son domicile qui est le siège social est un
domicile d'élection.
Certaines personnes morales (les sociétés)
échappent à la règle de l'unité du domicile.

Même dans les personnes morales, les personnes


physiques continuent à jouer un rôle important.
L'autonomie de la personnalité juridique des personnes
morales n'est pas totale.
- La nationalité de la société illustre fort bien cet
aspect. En période trouble, la tendance est de
déterminer la nationalité de la personne morale en
fonction de la nationalité de ses dirigeants.

La reconnaissance de la personnalité civile


197
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- En matière de faillite, la personne morale n'est


pas la seule touchée par la faillite ; on étend la faillite
aux dirigeants.

2- Par rapport au législateur.


Le législateur intervient de plus en plus
fréquemment pour décider quels sont les groupements
qui ont la personnalité morale et ceux qui ne l'ont pas.

L’inexistence juridique des personnes morales étant


aujourd’hui incontestable à quel régime ces personnes
morales sont elles soumises  ?

La reconnaissance de la personnalité civile


198
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Chapitre 2
Le régime juridique des personnes morales

Il peut être dégagé pour les personnes morales


reconnues par la loi, car celles- ci obéissent à des règles
communes et spécifiées par les textes.
On se demandera comment se créent et
disparaissent les personnes morales (Section I) et
comment elles s’organisent et fonctionnent (Section II)

Section 1 - Création et disparition des personnes


morales

Paragraphe 1 - La constitution des personnes morales.


La création d'une personne morale implique une
activité juridique complexe faite d'une série d'actes qui
peuvent se succéder pendant un laps de temps assez
long.
Les personnes physiques qui s'occupent de sa
création sont appelées les fondateurs.
Ces fondateurs doivent suivre au moins deux séries
de règles : l'acte initial de constitution et des formalités
supplémentaires.

A- L'acte initial de constitution.


Dans la création de toute personne morale, il y a un
acte initial de constitution. Cela s'explique par le fait que
les personnes morales de droit privé émanent de la
volonté : les sociétés, les associations émanent de
contrats.

B- Les formalités supplémentaires


Des formalités supplémentaires doivent être
observées dans la majorité des cas pour donner vie à la
personne morale.

Le régime juridique des personnes morales 199


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

La formalité la plus courante est la publicité légale.


Par exemple   : Pour les associations, les fondateurs
doivent déclarer l'association et faire une publicité au
journal officiel.
Pour les syndicats, les fondateurs doivent déposer
le statut au lieu de sa circonscription administrative.
On peut exiger en plus une décision étatique. C'est
le cas des associations reconnues d'utilité publique, dont
l'accès à la personnalité juridique est subordonné à un
décret.

Paragraphe 2 - La disparition des personnes morales.

Les personnes morales ont une vocation théorique à


durer indéfiniment.
Exemple : l'Etat.
Cette perpétuité n'est acceptable que si des
adaptations peuvent avoir lieu. Ainsi, on admet des
transformations au sein de la personne morale. On peut
aussi modifier les personnes morales.
Par exemple : Modification sans changer la forme ni
l'objet social de la société.

A- Les causes de la disparition.


Juridiquement, la disparition d'une personne morale
prend la forme d'une dissolution pouvant être volontaire
ou imposée.

*La dissolution peut être en premier lieu volontaire :


- Les membres d'une personne morale peuvent
décider, à la majorité, de mettre fin à la personne morale
;
Cependant, en matière de société, on admet qu'un
seul membre puisse demander la dissolution de la
société, si la société a été conclue pour une durée
illim itée, et que la demande de l'associé n'est pas faite
de mauvaise foi (article 1869 du code civil).

*La dissolution peut être imposée par les faits :

Le régime juridique des personnes morales 200


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- Par exemple, les sociétés disparaissent de plein


droit à l'arrivée du terme ou si un délai a été prévu par
les statuts, ou si l'objet social a été accompli ;
- Dans les sociétés de personnes, le décès d'un
associé entraîne la disparition de la personne morale.

*La disparition peut être imposée par les pouvoirs


publics :
Une personne morale peut être dissoute par les
juges : c'est la dissolution judiciaire; Par exemple, en
matière de société, l'article 1871 du code civil permet au
juge de dissoudre une société pour justes motifs;

*La dissolution peut être administrative .


Par exemple, une association contraire à l'ordre
public peut être dissoute par l'autorité administrative
(article 5 de la loi de 1960 sur les associations).

B- Les conséquences de la disparition.


Deux conséquences sur:
-la personnalité juridique
-la dévolution des biens
 La dissolution de la personne morale met
normalement fin à l'existence de celle- ci, car elle n'a
plus la personnalité juridique.
Mais, pour faciliter les opérations de liquidation,
l'on admet exceptionnellement que la personnalité
juridique survit pour les besoins de liquidation.

 La dévolution des biens d'une personne morale n'a


pas de rapport avec la succession d'une personne
juridique. Cette répartition des biens varie selon que la
personne morale avait ou non un but lucratif.

- Si la personne morale avait un but lucratif, les


biens restants sont répartis entre les différents membres
proportionnellement à leurs apports.

- En revanche, dans les groupements à but non


lucratif, le partage des biens entre les anciens membres

Le régime juridique des personnes morales 201


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

est interdit (article 23 de la loi de 1960 pour les


associations).
Ce sont les anciens membres qui doivent décider de
la répartition des biens qui sont en général attribués à
un groupement similaire poursuivant des fins identiques.

Section 2 - Organisation et fonctionnement des


personnes morales

Paragraphe 1 - Les principes d'organisation.

L'organisation interne des personnes morales varie


selon le type de personne morale. Par exemple, une
société n'est pas organisée de la même façon qu'une
association.
Mais, on retrouve deux principes d'organisation :
- le principe d'autonomie
- le principe de division du travail

A- Le principe d'autonomie.
L'organisation d'une personne morale est régie par
un document descriptif qui indique les principales
caractéristiques et les modalités de fonctionnement de la
personne morale.
Ce document s'appelle, suivant les cas, soit des
statuts en matière de société, soit le règlement pour les
associations.
Ce document présente toujours les mêmes
caractéristiques  :

- En premier lieu, il est l'œuvre des membres du


groupement qui doivent se conformer aux dispositions
générales de la loi.
Par exemple : En matière de société, la loi de 1867
ou le traité OHADA fixe les grandes bases de
l'organisation de la société anonyme ; les statuts d'une
SA ne pourront pas contenir de dispositions contraire à
la loi de 1867 ou au traité OHADA.

Le régime juridique des personnes morales 202


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

En d'autres termes, dans ce document descriptif,


les membres du groupement viennent compléter la loi.
- Si ce document est régulièrement élaboré, il
présente trois caractéristiques :
* C'est un acte général : il concerne aussi bien les
rapports entre les membres du groupement que les
rapports avec les tiers.
Il concerne la gestion courante du groupement et la
prise des décisions.

* C'est un acte stable  : il est toujours difficile de le


modifier. Pour aménager ses clauses, il faut au minimum
qu'une majorité renforcée des membres se prononce ou
que la décision soit prise à l'unanimité.

* C'est un acte obligatoire qui s'impose aux


membres du groupement aussi longtemps que ses
membres font partie du groupement.

B- Le principe de division du travail.


L'organisation de toute personne morale est fondée
sur une dissociation entre les organes délibérants, d'une
part et les organes exécutifs, d'autre part.

1- L’organe délibérant.
*C'est normalement une assemblée composée de
tous les membres du groupement.
*Tout membre d'une personne morale de droit privé
fait nécessairement partie de l'assemblée délibérante.
*Tout membre a le droit de participer aux
assemblées, ce qui suppose qu'il ait été au préalable
régulièrement convoqué et informé des questions dont
allait débattre l'assemblé.
*Tout membre a le droit de voter personnellement à
l'assemblée.
*L'assemblée a un pouvoir de décision, sauf cas
exceptionnel. Les décisions sont généralement prises à
la majorité.

Le régime juridique des personnes morales 203


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Le principe majoritaire implique qu'aucun membre


de la personne morale n'a de pouvoir de décision
autonome.
Un membre ne peut pas prendre une initiative au
nom du groupement; inversement, il ne peut pas
s'opposer à une décision régulièrement adoptée par
l'assemblée.
Cet organe délibérant ne siège pas en permanence.
Par conséquent, ses actions peuvent être complétées
par un second organe : l'organe exécutif.

2- L’organe exécutif.
Il varie suivant les personnes morales. On parle du
bureau d'une association, des gérants de sociétés de
personnes, ou encore des administrateurs et du
président d'une S.A. (Société anonyme).
Cet organe est un organe permanent qui a deux
fonctions.
- Il met en œuvre les décisions de l'organe
délibérant, c'est-à-dire qu'il gère la personne morale.
- Il représente la personne morale dans les rapports
avec les tiers.
Il est non seulement un organe permanent, il est
aussi indispensable. Par conséquent, si l'organe est
dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, il doit être
remplacé sans retard.

Paragraphe 2 - Le fonctionnement des personnes


morales.
Les personnes morales bénéficient de la
personnalité juridique pour pouvoir fonctionner.
Comme une personne physique, la personne morale
est un sujet de droit, donc autonome.
Cette personnalité juridique lui permet d'avoir les
moyens de son autonomie. Mais cette personnalité
juridique comporte une limite contenue dans le principe
de spécialité.

Le régime juridique des personnes morales 204


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

A- Les moyens de l'autonomie : La personnalité civile


des personnes morales.
Attribuer la personnalité juridique à la personne
morale implique que la personne morale est titulaire de
droits et qu'elle peut exercer ces droits.

1- L'aptitude à être titulaire de droit.


Comme une personne physique, une personne
morale est à la fois titulaire de droits patrimoniaux et
extra-patrimoniaux.

a- Le patrimoine de la personne morale.

Toute personne morale a un patrimoine propre,


distinct de celui de ses membres. C'est la principale
caractéristique d'une personne morale ; cela permet de
la distinguer d'institutions comme la copropriété ou
l'indivision, qui sont des ensembles de biens qui
appartiennent collectivement à plusieurs personnes.
La structure du patrimoine de la personne morale
obéit aux mêmes règles que le patrimoine d'une
personne physique. Par conséquent, le patrimoine aura
deux composantes : un actif et un passif.
Par exemple , l'actif d'une association sera
constitué par les cotisations versées par ses membres ;
quant au passif, ce sera l'ensemble des dettes du
groupement.
Comme tout patrimoine, c'est une universalité,
c'est-à-dire l'actif répond du passif.
Ce patrimoine est en principe distinct de ceux des
membres :
- La non confusion du patrimoine avec ceux des
membres explique qu'au niveau du passif les membres
du groupement ne répondent pas des dettes du
groupement.
Cette règle de non-confusion connaît cependant des
exceptions.

Le régime juridique des personnes morales 205


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Par exemple , dans les sociétés de personnes, les


associés sont tenus du passif social ;

- La règle de non confusion joue également au


niveau de l'actif : ainsi, dans les groupements à but non
lucratif, lors de la liquidation, l'actif ne peut jamais être
réparti entre les membres.
De même dans les groupements à but lucratifs
comme les sociétés, la règle de non confusion joue sur
l'actif. Mais ici, les associés ont des droits sur le
patrimoine de la société, droits qui sont représentés
soient par des parts sociales soient par des actions.
Mais il n'y a pas à proprement parlé confusion ; en effet,
les membres de la société ne sont en aucun cas
propriétaires des biens de la société ; ils sont
simplement titulaires d'un droit de créance contre la
société.

b- Les attributs extra-patrimoniaux de la personne morale


Ce sont les éléments d'identification du
groupement. Comme les personnes physiques, les
personnes morales ont un nom, un domicile, une
nationalité.
*Le nom
La personne morale a un nom, et le port de ce nom
est obligatoire.
Ce nom, suivant les personnes morales a une
appellation particulière.
Par exemple : -Pour les associations on parle de
titre
-Pour les syndicats d'étiquette.

Le choix de ce nom est fait librement par les


fondateurs de la personne morale. Ce nom doit
apparaître dans l'acte constitutif de la personne morale
et est soumis à la même publicité que l'ensemble des
autres éléments de l'acte constitutif.

Le régime juridique des personnes morales 206


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Ce nom bénéficie d'une protection contre les


utilisations abusives. Lorsqu'il s'agit du nom de sociétés,
l'action est fondée sur la théorie de la concurrence
déloyale.

*Le domicile.

Toutes les personnes morales ont un domicile


dénommé siège social.
Ce domicile est toujours un domicile volontaire en
ce sens qu'il est librement choisi par les fondateurs. De
même que le nom, il doit figurer dans l'acte constitutif de
la personne morale, et est soumis à la publicité.
En principe, la règle de l'unité du domicile joue
également pour les personnes morales, mais on admet
une atténuation à cette règle notamment en matière de
compétence juridictionnelle. Ainsi, en va-t-il en matière
de tribunal territorialement compétent, lorsqu'une
personne morale a des établissements dans l'ensemble
du pays.
Dans une telle hypothèse, si cette personne morale
est défendeur dans un procès, l'on devrait saisir
normalement le tribunal du siège social. Mais l'on devine
les inconvénients lorsque le litige concerne l'activité d'un
établissement décentralisé.
Aussi, une juridiction admet une dérogation à la
règle de l'unité du domicile : c'est la jurisprudence dite
des gares principales qui admet que le litige peut être
porté devant le tribunal dont relève l'établissement
secondaire de la personne morale.

*La nationalité

Les personnes morales ont une nationalité. Mais


pour les personnes morales, l'on ne peut pas recourir
aux mêmes critères d'attribution de la nationalité ; on ne
peut pas utiliser le lien de filiation.
En pratique, l'on détermine deux critères :

Le régime juridique des personnes morales 207


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- Le critère dit du siège social c'est-à-dire qu'une


personne morale a la nationalité du pays dans lequel elle
a son siège social.
Ce critère comporte un inconvénient en pratique,
lorsque les personnes physiques qui dirigent la personne
morale sont de nationalité étrangère. Pour cela, on
utilise, à titre exceptionnel, un second critère celui du
contrôle.

- Le critère du contrôle signifie que pour déterminer


la nationalité d'une personne morale, on recherche la
nationalité des personnes physiques qui s'abritent
derrière la personne morale. Ce critère est toujours
utilisé en matière d'association : aux termes de l'article
28 de la loi de 1960 relative aux associations, une
association est considérée comme étrangère, si ses
dirigeants sont étrangers ou si plus de la moitié de ses
membres sont étrangers.
La nationalité, contrairement au nom et au domicile,
ne figure jamais dans les statuts. C'est l'autorité étatique
dont relève la personne morale qui détermine cette
nationalité.
2- L’aptitude à exercer les droits.
Les personnes morales ont une capacité
d'exercice :
- Elles ont par conséquent la capacité de faire tous
les actes juridiques ; elles peuvent conclure des
contrats, etc.
Dans les actes juridiques, elles sont représentées
par une personne physique qui agira en leur nom.

- Cette capacité d'exercice prend un aspect


particulier à propos du droit d'agir en justice des
personnes morales. L'article 1 du code de procédure
civil, administratif et commercial ivoirien affirme le droit
des personnes morales d'agir en justice. Ce droit ne
soulève pas de difficultés particulières si la personne
morale intente une action pour défendre ses intérêts
personnels.

Le régime juridique des personnes morales 208


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Il y a difficulté quand des personnes morales


intentent une action en justice pour défendre des intérêts
collectifs qu'elles prétendent représenter.
Pour les syndicats, les difficultés sont résolues par
des textes puisque l'art 52.1 du code de travail leur
permet de défendre les intérêts collectifs de la
profession qu'ils représentent.
En revanche, pour les associations, il n'y a pas de
textes et la tendance est de refuser ces actions aux
associations.

B- Les limites de l'autonomie des personnes


morales : Le principe de spécialité
La personnalité juridique n'est attribuée à la
personne morale que parce que cette personne
centralise un intérêt commun.
Cette personne morale a un objet. La personnalité
juridique ne lui est accordée que pour la réalisation de
cet objet. En d'autres termes, la personnalité juridique
des personnes morales est spécialisée : c'est le principe
de spécialité des personnes morales.
Ce principe revêt une importance considérable pour
les personnes morales de droit public en particulier : Les
établissements publics ne peuvent pas agir en dehors de
l'objet pour lequel ils sont destinés.
En revanche, pour les personnes morales de droit
privé, ce principe revêt moins d'importance, surtout pour
les sociétés, car dans les statuts, les fondateurs
essaient de définir l'objet de la personne morale de la
manière la plus large possible afin de ne pas être gênés
par le principe de la spécialité.

Le régime juridique des personnes morales 209


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Le régime juridique des personnes morales 210


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

DRO T
CIV L I
TOME II 

Droit de la Famille

Par

COULIBALY CLIMANLO Jérôme

Edition 2020

Le régime juridique des personnes morales 211


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

Le pictogramme qui figure ci-contre mérite une


explication. Son objet est d’alerter le lecteur sur la
menace que représente pour l’avenir de l’écrit,
particulièrement dans le domaine de l’édition technique et
universitaire, le développement massif du photocopillage.
La loi n°2016 -555 du 26 juillet 2016 relative au droit
d’auteur et aux droits voisins, abrogeant la loi n° 96-564 du
25 juillet 1996 relative à la protection des œuvres de l’esprit
et aux droits des auteurs, des articles-interprètes et des
producteurs de phonogrammes et vidéogrammes interdit en
effet expressément la photocopie à usage collectif sans
autorisation des ayants droit. Or, cette pratique s’est
généralisée dans les établissements d’enseignement
supérieur, provoquant une baisse brutale des achats de
livres et de revues, au point que la possibilité même pour
les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire
éditer correctement est aujourd’hui menacée.
Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle
ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur,
de son éditeur (Les éditions abc).

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relative au droit d’auteur et aux droits voisins.
Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce
soit constituerait une contrefaçon sanctionnée par les articles 129,
138,144 et 146 La loi n°2016 -555 du 26 juillet 2016 relative au droit d’auteur et
aux droits voisins.

Le régime juridique des personnes morales 212


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

© Les éditions abc, 2020

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Le régime juridique des personnes morales 213


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit des
personnes

- La dissertation et le commentaire en bref - La méthode de la culture pour affronter les épreuves


de philosophie au BAC

Le régime juridique des personnes morales 214


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit de la famille
Table des matières

INTRODUCTION.......................................................................................9
PREMIÈRE PARTIE- L'ALLIANCE.......................................................11
TITRE I - LE MARIAGE..........................................................................13
CHAPITRE 1 LES PRÉLIMINAIRES DU MARIAGE............................14
SECTION 1 - LE COURTAGE MATRIMONIAL.......................................................14
Paragraphe 1 - La déformation du courtage matrimonial......................15
Paragraphe 2 - Le sort réserve au courtage matrimonial......................15
SECTION 2 – LES FIANÇAILLES.........................................................................16
Paragraphe 1 - La nature juridique des fiançailles..................................17
CHAPITRE 2 - LE MARIAGE CIVIL.......................................................25
SECTION 1 - LES CONDITIONS DE FORMATION DU MARIAGE............................25
Sous-section 1 - Les conditions de fond...................................................25
Paragraphe 1 - Les conditions biologiques..............................................25
Paragraphe 2 - Les conditions psychologiques.......................................28
Paragraphe 3 - Les conditions de moralité :............................................35
Les prohibitions ou empêchements.......................................................35
Sous-section 2 - Les conditions de forme et de preuve........................49
SECTION 2 - LES SANCTIONS DES CONDITIONS DE FORMATION DU MARIAGE.55
Paragraphe 2 - Les nullités du mariage....................................................56
CHAPITRE 3 - LES EFFETS DU MARIAGE.........................................61
SECTION 1- LES RAPPORTS PERSONNELS ENTRE ÉPOUX...............................61
Paragraphe 1 - Les rapports d’égalité entre époux................................61
Paragraphe 2 - Les rapports de réciprocité.............................................67
SECTION 2 - LES RAPPORTS PÉCUNIAIRES ENTRE ÉPOUX...............................71
Paragraphe 1 - Le devoir de secours........................................................71
Paragraphe 2 - Le régime matrimonial.....................................................72
TITRE II - LES ATTEINTES AU LIEN MATRIMONIAL........................79
CHAPITRE 1 - LE DIVORCE..................................................................80
SECTION 1 - LE DIVORCE POUR FAUTE............................................................81
Sous-section 1 - Les conditions du prononce du divorce pour faute...81
Paragraphe 1 - Les causes du divorce.....................................................81
Paragraphe 2 - La procédure du divorce..................................................85
Sous-section 2 - Les effets du divorce.....................................................90
Paragraphe 1 - Les effets du divorce entre époux..................................90

Table des matières 215


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit de la famille
SECTION 2 - LE DIVORCE PAR CONSENTEMENT MUTUEL.................................95
Paragraphe 1  - Les conditions du divorce par consentement mutuel. 95
Paragraphe 2  - Les effets du divorce par consentement mutuel.........99
CHAPITRE 2 - LA SÉPARATION DE CORPS....................................102
SECTION 1- LA PROCÉDURE DE LA SÉPARATION DE CORPS..........................102
Paragraphe 1- Le principe........................................................................102
Paragraphe 2- Les conséquences...........................................................102
SECTION 2 – LES EFFETS DE LA SÉPARATION DE CORPS..............................103
A- La rupture de la vie commune.............................................................103
SECTION 3 - LA CESSATION DE LA SÉPARATION DE CORPS...........................105
Paragraphe 1 - La réconciliation..............................................................105
Paragraphe 2 - La conversion de la séparation de corps en divorce 106
TITRE III - LE CONCUBINAGE OU UNION LIBRE............................108
CHAPITRE 1 - DÉFINITION.................................................................109
SECTION 1 - LE CONCUBINAGE CLASSIQUE....................................................109
Paragraphe 1 : Les éléments entrant dans la définition du
concubinage................................................................................................109
Paragraphe 2 - La politique législative....................................................110
SECTION 2 - LE CONCUBINAGE SPÉCIFIQUE EN CÔTE D'IVOIRE.....................111
Paragraphe 1 : La nouvelle forme de concubinage..............................112
Paragraphe 2 : Critique de la nouvelle qualification donnée à ces
unions coutumières antérieures a 1964..................................................112
CHAPITRE 2 - LES EFFETS DU CONCUBINAGE.............................114
SECTION 1 - DANS LES RAPPORTS ENTRE CONCUBINS.................................114
Paragraphe 1 - Pendant le cours du concubinage................................114
Paragraphe 2 - A la dissolution du concubinage...................................115
SECTION 2 : DANS LES RAPPORTS DES CONCUBINS AVEC LES TIERS...........118
Paragraphe 1 : Au moment de la constitution de l'union.....................118
Paragraphe 2 - La rupture du concubinage imputable à un tiers.......118
SECTION 3 - DANS LES RAPPORTS DES CONCUBINS AVEC LEURS ENFANTS 120

Table des matières 216


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit de la famille
DEUXIÈME PARTIE - LA PARENTÉ...................................................121
INTRODUCTION...................................................................................122
TITRE I - LA FILIATION BIOLOGIQUE...............................................123
CHAPITRE 1 - LA FILIATION LÉGITIME............................................124
SECTION 1- LA PRÉSOMPTION DE PATERNITÉ................................................124
Paragraphe 1 - Les conditions d'existence de la présomption de
paternité.......................................................................................................125
Paragraphe 2 - Les restrictions à l'existence de la présomption de
paternité.......................................................................................................127
SECTION 2 - LA PREUVE DE LA FILIATION LÉGITIME.......................................131
Paragraphe 1 - Les preuves non contentieuses de la filiation
légitime.........................................................................................................131
Paragraphe 2 - Les preuves contentieuses...........................................135
CHAPITRE 2 - LA FILIATION NATURELLE.......................................142
SECTION 1 - L’ÉTABLISSEMENT DE LA FILIATION NATURELLE SIMPLE............142
Paragraphe 1 - Les modes extrajudiciaires d'établissement de la
filiation naturelle simple.............................................................................142
Paragraphe 2-Les modes judiciaires de l’établissement de la filiation
naturelle: la recherche judiciaire de la filiation naturelle.......................154
SECTION 2 - L’ÉTABLISSEMENT DE LA FILIATION ADULTÉRINE OU
INCESTUEUSE..................................................................................................163
Paragraphe 1  - La reconnaissance conditionnelle des enfants
adultérins ou incestueux............................................................................163
Paragraphe 2  : Prohibition de la recherche de paternité adultérine ou
incestueuse.................................................................................................167
SECTION 3 - LA LÉGITIMATION.......................................................................168
Paragraphe 1  - La constatation régulière de la filiation.......................169
TITRE II - LA FILIATION ADOPTIVE..................................................171
SECTION 1 - L’ADOPTION SIMPLE...................................................................172
Paragraphe 1  - Les conditions de l’adoption simple............................172
Paragraphe 2  - Les effets de l’adoption simple.....................................174
SECTION 2 - L’ADOPTION PLÉNIÈRE...............................................................175

Table des matières 217


Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit de la
famille

Introduction 
Les personnes humaines sont
naturellement groupées en famille.
Biologiquement, les liens de sang
réunissent les personnes descendantes
les unes des autres ou d’auteur commun.
Ce phénomène naturel a reçu depuis
longtemps une organisation juridique  : il
existe, en effet, un droit de la famille qui
apparaît surtout dans les périodes de
crises, notamment lorsque les époux ou
les parents sont en désaccord, ou que
l’éducation des enfants soulève des
problèmes.
Mais, le droit de la famille ne se
borne pas seulement à constater le fait
des liens de sang ou de la communauté de
vie ; il lui arrive de créer d’autres rapports
essentiellement juridiques et résultant
d’actes également juridiques, comme le
mariage ou l’adoption.
Cependant, nous constatons que la
conception de la famille a varié dans le
temps.

A- La conception de la famille dans les sociétés


traditionnelles
Les sociétés traditionnelles africaines
connaissaient un certain type de famille  :
la famille élargie. Elle était composée des
personnes qui descendaient d’un ancêtre
commun, connu et nommé. Et, entre ces
personnes, il existait des liens de
solidarité définis et sanctionnés par la
coutume. Ce type de famille s’appelle le
lignage .

Introduction 218
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit de la
famille

La composition de ce lignage et la
relation juridique liant les membres entre
eux dépendent du système de filiation  : on
parlait de matrilignage selon que le
système de filiation adopté était
matrilinéaire, ou de patrilignage selon
qu’il était patrilinéaire.

B- La conception de la famille en droit moderne


La loi n° 64-375 du 7 octobre 1964
relative au mariage a institué un nouveau
type de famille conjugale que celle que
l’on retrouve en Europe et qui est fondée
essentiellement sur le mariage civil.
L’avènement de cette loi a donc mis fin,
en droit, à l’existence de  la famille
lignagère.
Quelle est alors la composition de ce nouveau type
de famille  ?
Les éléments qui entrent dans la
composition de cette famille sont, d’une
part, la parenté et d’autre part l’alliance,
étant entendu que les effets de l’alliance
ne sont pas forcément les mêmes que
ceux de la parenté.
Donc, l’étude du droit de la famille va
se faire en deux parties. La première
partie sera consacrée à l’alliance, la
deuxième partie aura trait à la parenté.

Introduction 219
Pr. Coulibaly Climanlo Jérôme Droit de la
famille

Première partie

L'alliance

L’alliance unit une personne aux membres de la


famille de son conjoint. Elle est un rapport individuel
découlant du mariage.

Mais s’il est vrai que la base de la famille reste le


mariage (Titre I), la tolérance de l’union libre (ou
concubinage) (Titre II), et l’établissement du divorce
(Titre III) en ont rendu les données plus fragiles.

Trois titres  :

o Titre I : Le mariage

o Titre II  : Les atteintes au lien


matrimonial

o Titre III  : Le concubinage ou union libre

L'alliance 220
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Titre I

Le mariage

C’est une institution universelle qui a à peu près


toujours existé dans l’histoire des communautés
humaines. C’est une institution variable selon le temps
et diverse selon les lieux. C’est ainsi que la société
traditionnelle ivoirienne pratiquait le mariage coutumier
qui est désormais  prohibé par la loi de 1964. Cette loi de
1964 n’institue que le mariage devant l’officier de l’état
civil. Mais, qu’il s’agisse des sociétés traditionnelles ou
modernes, la conclusion du mariage est précédée d’un
certain nombre de préliminaires (Chapitre I).
Par ailleurs, la formation du lien matrimonial
suppose la réunion d’un certain nombre d’exigences
(Chapitre II)  et une fois conclu, le mariage produit une
série d’effets (chapitre III).

Le mariage
13
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Chapitre 1

Les préliminaires du mariage

La conclusion du mariage est précédée d’un certain


nombre de préliminaires dont les conséquences
juridiques font difficulté  ; en raison de l'antinomie qui les
domine. On parle d’antinomie parce que ces
préliminaires sont des actes nécessaires et utiles, mais
qu’ils ne doivent pas porter atteinte à la liberté du
mariage.

Ces actes préparatoires au mariage sont plus ou


moins nécessaires car l’on ne passe pas l’état de célibat
à celui de mariage sans étapes intermédiaires qui
permettent de se trouver et de se connaître.
Mais le consentement au mariage doit être libre  ; ce
qui parait impliquer l’inefficacité absolue de tous les
actes qui ont précédés la célébration du mariage.
Pour résoudre cette antinomie, on serait tout
d’abord tenté de se référer au droit commun des contrats
pour déterminer la valeur de ces actes préparatoires.
En effet, le droit commun reconnaît une certaine
valeur juridique aux préliminaires contractuels; mais le
mariage n’est pas un contrat comme les autres et les
préliminaires au mariage ne doivent pas voir leurs effets
juridiques assimilés à ceux des préliminaires à un
contrat ordinaire.
On pourrait donc partir de l’idée que l’existence de
fait des préliminaires (exemple: les fiançailles) est
incontestable. Dès lors, de ce qui existe en fait de
manière durable, le droit ne peut pas ne pas tirer des
conséquences.

Section 1 - Le courtage matrimonial


En droit commun, le courtage est une opération par
laquelle, moyennement rémunération, un intermédiaire

Les préliminaires du mariage 14


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

met en relation deux personnes en vue de la conclusion


d’un contrat.
En droit commun, cette opération est parfaitement
valable, encore qu’elle soit vue avec une certaine
suspicion, puisque les tribunaux réduisent la
rémunération du courtier lorsqu’elle leur paraît
excessive.

Paragraphe 1 - La déformation du courtage matrimonial

Il faut dire que tous les cas où le mariage se fait sur


présentation ne sont pas des cas de courtage.
C’est ainsi qu’il n’y a pas courtage en cas
d’intervention officieuse d’une personne bien
intentionnée. Le courtage est une profession rémunérée
où un professionnel trouve un conjoint à celui qui l’a
vraiment cherché  : il parvient à une sorte de mariage de
raison.
C’est ainsi qu’en Côte d’Ivoire des cabinets de
courtage matrimonial viennent de voir le jour. Exemple  :
les harmonies.

Paragraphe 2 - Le sort réserve au courtage matrimonial.

S’il y a des courtiers honnêtes qui permettent à


ceux qui s’ignoraient d’avoir le bonheur de se rencontrer,
il y a des courtiers malhonnêtes. L’intervention de cette
dernière catégorie est souvent suspecte car, parfois,  elle
dissimule des actes immoraux et parfois, elle peut
altérer les libertés matrimoniales.
En outre, certains courtiers se font payer d’avance,
ce qui multiplie les risques de fraudes et d’escroquerie.
Aussi, le juridique déclare certains courtages nuls et
d’autres licites.
o Le courtage est nul si l’intermédiaire pèse sur
la volonté d’un candidat pour l’amener au mariage.
o Le courtage est licite s’il se borne à rapprocher
des candidats au mariage sans influencer leurs volontés.
Dans ce cas, le courtier ne peut percevoir de
rémunération que proportionnellement à sa peine.

Les préliminaires du mariage 15


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Section 2 – Les fiançailles


Le mariage n’est pas seulement un échange de
consentement qui s’accomplit le jour de la célébration  ; il
est aussi l’aboutissement de volontés antérieures  : ce
sont les fiançailles. Sociologiquement, on a souvent
recours aux fiançailles. Près de la moitié des mariages
sont précédés par des fiançailles. Le fiancé peut offrir
une bague à la fiancée.
Le contenu des fiançailles est assez différent  :

o Il est tantôt un pur accord, célébré en famille,


sur le mariage futur, puis annoncé au public  : les
fiançailles sont alors un temps de réflexion. Type de
fiançailles rares en Côte d’ Ivoire.
o Tantôt les fiançailles constituent un pré-
mariage. Les fiancés vivent ensemble  ; et un enfant peut
naître  ; il s’agit alors d’une sorte de mariage à l’essai
avec consommation. Ce type de fiançailles est très
fréquent.
Le législateur a, semble-t-il, voulu laisser sous
l’empire des mœurs, toute cette période des accords
préalables, afin de mieux sauvegarder jusqu’au bout, la
liberté de chacun. D’où cette attitude de double du droit
ivoirien  :
o D’une part, il refuse de voir dans les
fiançailles, un contrat juridiquement obligatoire.
o D’autre part, il accepte d’en faire découler des
conséquences juridiques, mais comme d’un fait et non
d’un contrat. L’attitude du législateur ivoirien peut se
traduire par cette phrase  : «  les fiançailles sont un
engagement qui n’engage pas, mais dont la violation
entraîne la responsabilité de l’auteur reconnu fautif  ».
Dès lors, l’on doit s’interroger sur la nature juridique des
fiançailles (Paragraphe I) avant d’en cerner les effets
(Paragraphe II).

Les préliminaires du mariage 16


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Paragraphe 1 - La nature juridique des fiançailles

A- L’existence d’une controverse doctrinale


Une controverse doctrinale oppose les auteurs sur
la nature juridique des fiançailles.

o Les uns les rattachent au contrat, les autres


s’y refusent.
Cette controverse semble surtout avoir pour intérêt
de déterminer qui, de l’auteur de la rupture ou du fiancé
délaissé a la charge de la preuve.
En effet, si l’on estime que les fiançailles sont un
contrat, la charge de la preuve pèse sur l’auteur de la
rupture ; c’est donc à lui de démontrer, pour échapper à
toute responsabilité, son absence de faute; c’est-à-dire
que la rupture est justifiée. En revanche, si les
fiançailles ne constituent pas un contrat, les fiancés sont
entre eux comme des tiers  ; la charge de la preuve pèse
alors sur le fiancé délaissé  ; c’est à lui de démontrer la
faute de l’auteur de la rupture pour obtenir réparation du
dommage qu’il éprouve.

B- La position jurisprudentielle
Les tribunaux ivoiriens, suivant en cela la justice
française, soulignent que les fiançailles ne sont pas un
contrat, parce que le contrat, dans son essence, est
obligatoire pour les parties. Or, les fiançailles doivent
laisser entièrement la liberté matrimoniale.
C’est aussi la position du droit canonique.
En effet, même solennisé, les fiançailles ne
constituent pas un contrat  ; elle demeure un simple fait
juridique qui ne met pas à la charge des fiancés une
obligation de contracter mariage. Les fiancés peuvent
donc renoncer librement à leur projet de mariage .Est-ce
pour autant que la rupture des fiançailles ne produira
aucun effet juridique  ?

Les préliminaires du mariage 17


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Paragraphe 2 - Les effets des fiançailles


La jurisprudence décide que les fiançailles ne
constituent pas un contrat  ; il en résulte que tous les
effets qui en découlent ont un caractère extra
contractuel, qu’il s’agisse des effets de la rupture entre
les fiancés (A) ou des conséquences de la rupture à
l’égard des tiers (B) (les tiers responsables de la rupture
ou les enfants nés au cours des fiançailles).

A- Les conséquences de la rupture entre les fiancés


Deux problèmes  : - Le problème de la responsabilité
- Le sort des cadeaux

1- Le problème de la responsabilité
Le principe visé est celui de la liberté de rupture.
Mais exceptionnellement la responsabilité de l’auteur de
la rupture peut être mise en œuvre.

a- La liberté de rupture
Les fiançailles constituant un simple fait juridique,
chacun des fiancés est libre de rompre unilatéralement
les fiançailles. Cette liberté de rupture a en principe pour
conséquence une absence de responsabilité. Elle a été à
maintes reprises affirmée par la jurisprudence française
(Cassation, 30 mai 1838 S. 1938, I, 492 ) et
particulièrement par deux arrêts ivoiriens ( Cour Suprême
Abidjan, 4 avril 1969 RID 1970/2,30  ; Cour d’Appel
d’Abidjan, 16 juin 1972 RID 1974/1-2, 18).
Cependant, dans certaines circonstances, cette
liberté de rupture peut être sanctionnée par le droit.

b- La mise en œuvre de la responsabilité de l'auteur de la


rupture.
Le principe est la liberté de rupture qui a une
absence de réparation. Mais dans certaines
circonstances exceptionnelles, l’auteur de la rupture va
engager sa responsabilité à l’égard de la victime. Les
fiançailles étant un simple fait juridique, la responsabilité

Les préliminaires du mariage 18


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

sera de nature délictuelle et non contractuelle  dont le


fondement est l’article 1382 c. civ.).
Pour mettre en œuvre la responsabilité délictuelle
de l’auteur de la rupture, la victime doit apporter une
double preuve  :
o Il doit d’abord prouver l’existence des
fiançailles.
o Ensuite établir les conditions de mise en
œuvre de l’articles 1382  c. civ. A savoir une faute, un
préjudice, un lien de causalité.

 – La preuve des fiançailles

Les fiançailles étant un fait juridique, il y a donc


liberté de preuve (preuve par tous moyens)  ; cette liberté
de preuve n’a pas toujours été adoptée par la
jurisprudence française. Autrefois, la jurisprudence
française exigeait la preuve par écrit. ( Cassation civile 2
déc. 1907 DP 1908 I, 201  ; cassation civile 3 déc. 1924
DP 1925 I, 124).
Cette solution était contradictoire avec la nature
juridique des fiançailles qui sont un simple fait juridique.
Mais depuis un certain temps (1971), la
jurisprudence française a changé de position. Elle admet
aujourd’hui que la preuve peut se faire par tous moyens
(cassation civile, 26 mai 1971 D.S, 501 , qui admet
comme preuve la production d’une photographie des
fiancés)
Cette solution de la preuve par tous moyens est
également celle de la jurisprudence ivoirienne ( voir arrêt
Cour Suprême du 4 avril 1969 et Cour d’Appel d’Abidjan
16 juin précité )
Par conséquent, la preuve peut être faite par écrit
s’il existe des correspondances, elle peut
éventuellement être faite par témoignage ou même par
aveu. En définitive, la preuve des fiançailles est
appréciée souverainement par les juges du fond.
Mais cette preuve des fiançailles ne suffit pas  ; il
faut en plus que les conditions de mise en œuvre de
l’article 1382 c. civ. soient remplies

Les préliminaires du mariage 19


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

 - Les conditions de mise en œuvre de la


responsabilité délictuelle de l'auteur de la
rupture
 L’existence d’une faute

Il faut rappeler que le principe en la matière, c’est


la liberté de rupture des fiançailles. Par conséquent, la
rupture des fiançailles n’est pas en soi une faute.

Toutefois, la jurisprudence considère que la rupture


des fiançailles devient fautive lorsque la rupture a lieu
sans motifs.
La faute peut résulter, soit de l’absence de motifs
(ou motifs illégitimes), soit des circonstances de la
rupture.
-La faute résulte de l’absence de motifs ou de
motifs illégitimes lorsque, par exemple, la rupture est
fondée sur des considérations de fortune ( Amiens, 2
mars 1979, GP 1980 som.182 )
-Autres exemples de motifs illégitimes dans l’arrêt
de la cour suprême de Côte d’Ivoire du 4 avril
1969/RID / 70 / 1-2, 30  : la Cour Suprême a considéré la
rupture comme étant abusive dès lors que le moindre
grief sérieux ne peut être trouvé pour justifier la dite
rupture.
-La faute peut également résulter des circonstances
de la rupture. La jurisprudence considère comme fautif,
le fait de rompre brutalement. Ex  : disparition du fiancé
le matin du mariage ( Cassation, requête 23 juin 1938 GP
38 II 586 – Paris 3 décembre 1976 D 78 339 )
Plus on se rapproche de la date prévue pour
le mariage, plus les tribunaux ont tendance à admettre la
faute en cas de rupture.
C’est à la victime d’apporter la preuve que la
rupture est fautive. Elle aura également à prouver le
dommage ou le préjudice subi.

 La preuve du dommage   ; deuxième condition


de mise de la responsabilité délictuelle

Le préjudice subi peut être matériel ou moral.

Les préliminaires du mariage 20


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

-Exemple de préjudice matériel  : frais engagés en


vue de la célébration du mariage. Exemple  : achat d’un
mobilier ( Lyon 5 février 1913 GP 1913, I, 473 ) ; abandon
par la fiancée éconduite de sa profession antérieure ( civ.
2 è m e ,2 juillet 1970, Bull civ. 1970, II   ; n°225 p 178   ; RTD
civ. 1971, 830 .).

-Préjudice moral  : chagrin éprouvé par la


fiancée abandonné.

 Troisième condition   : lien de causalité, ne


pose aucun problème en matière de rupture
des fiançailles

La mise en œuvre de l’art 1382 c. civ. aura pour


sanction, le versement de dommages intérêts par
l’auteur de la rupture au fiancé abandonné.
En aucun cas, la réparation ne peut se faire en
nature,  c’est-à-dire l’auteur de la rupture ne sera pas
contraint de se marier.

2- Le sort des cadeaux.

La jurisprudence distingue entre les petits cadeaux


et les cadeaux importants.
-On entend par petits cadeaux, les cadeaux offerts
par galanterie ou par affection qui sont généralement
des présents d’usage d’une valeur modique. Ces
présents d’usage caractérisés par leur valeur modique
ne font pas l’objet de restitution quelles que soient les
circonstances de la rupture. Chacun des fiancés peut
conserver les présents d’usage. La détermination de la
valeur modique des présents d’usage est le fait du juge
en cas de litige. Il détermine cette valeur eu égard au
train de vie et habitudes du fiancé donateur ( Paris 3
décembre 1976 GP 1977, I, Som 133 .)

-On entend par cadeaux plus importants les


cadeaux de valeur faits par un fiancé en vue du mariage.
Ces cadeaux de valeur doivent en principe être restitués.
Puisque les cadeaux sont faits en vue du mariage, il est
normal qu’au cas où le mariage n’a pas lieu, il y ait

Les préliminaires du mariage 21


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

restitution. Le fondement de cette restitution en droit


ivoirien est l’art. 45 de la loi n° 64-380 du 7 octobre
1964 relative aux donations (droit français article 1088 c.
civ.).
L’article 45 dispose  : «  la donation entre vifs ne
pourra être révoquée que pour cause d’inexécution des
conditions sous lesquelles elle aura été faite  ».
(Application par la Cour d’Appel d’Abidjan 16 Juin 1972
RID 1974 / 1-2, 18)  ; en l’espèce, restitution par la
fiancée des sommes dépensées pour sa scolarité par
son fiancé; ces dépenses avaient été effectuées en vue
du mariage. La restitution ordonnée par les juges sur le
fondement de l’art 45 de la loi relative aux donations. La
loi ivoirienne ne fait pas de distinction entre petite
donation et donation importante.
Par ailleurs, la jurisprudence ivoirienne ne s’est pas
encore prononcée dans le sens d’une telle distinction.
La rupture des fiançailles ne produit pas seulement
des effets entre les fiancés  ; elle est susceptible de
produire des conséquences à l’égard des tiers.

B- Les conséquences de la rupture à l'égard des tiers

Deux cas :- sort des enfants issus des fiançailles


- sort du tiers à l’origine de la rupture
Exemple  : tiers qui a provoqué la mort d’un des
fiancés ou tiers qui a incité à la rupture.

1- Sort des enfants nés des fiançailles.

Ce problème est fréquent, car les fiançailles ne sont


plus comme autrefois une période de chasteté. La
question est réglée par l’article 26 alinéa 2 de la loi
relative à la filiation  : les fiançailles constituent un cas
d’ouverture de l’action en recherche de paternité
naturelle  : condition permettant à une mère non mariée
d’intenter une action en recherche de paternité contre
celui avec lequel elle a été fiancée.

2- Responsabilité du tiers à l'origine de la rupture des


fiançailles.

Les préliminaires du mariage 22


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

-Tiers ayant incité à la rupture


-Tiers ayant provoqué les décès du fiancé.
a- Tiers ayant incité à la rupture.
Le tiers qui incite un des fiancés à la rupture
n’engage pas, en principe, sa responsabilité délictuelle
(simple avis – conseil), sauf si ce tiers a commis un acte
vraiment déloyal (ex  : calomnie, diffamation du fiancé
ayant incité l’autre à la rupture). Dans ce cas, le tiers
engage sa responsabilité sur le fondement de l’article
1382 c.civ. (faute, préjudice, lien de causalité) ( Alger, 9
avril 1895, 596, 2,79   ; Paris 26 juin 1894, 594, II 264 ).
La solution est tout autre pour le tiers qui provoque,
par son fait, le décès accidentel d’un fiancé.

b-Tiers ayant causé le décès accidentel d'un fiancé.

Remarques préalables . Le fiancé décédé est la


victime directe  ; le fiancé survivant est la victime
indirecte encore appelée victime par ricochet. Le
problème qui se pose est de savoir si la victime indirecte
peut demander réparation du préjudice qu’elle a subi du
fait du décès de son fiancé  ?
La position de la jurisprudence face à ce problème
n’a pas toujours été la même  :

-Dans un premier temps, la jurisprudence


(jurisprudence française) avait refusé de dédommager le
fiancé survivant, aux motifs que les fiançailles sont un
simple fait juridique qui ne crée pas un lien de droit
entre les fiancés. Par conséquent, le fiancé survivant ne
peut pas justifier d’un intérêt légitime lui permettant
d’ester en justice.
-Ensuite, dans un deuxième temps la jurisprudence
a changé d’attitude. Elle a finalement admis la réparation
du préjudice subi par le fiancé survivant du fait du décès
de l’autre (Cassation criminelle, 5 janvier 1956 D.
1956, 216   ; Nîmes 20 avril 1961, GP 1961 II, 102   ;
criminelle, 16 décembre 1954, JCP 55 n° 8505   ; Cour
d’Appel de Lyon 26 mai 1966, GP 66, II, 228 ).

Les préliminaires du mariage 23


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

-La réparation peut être également due en cas


d’accident non mortel lorsqu’il en résulte un préjudice
grave pour le fiancé  ; tel est le cas lorsque le fiancé aura
à supporter les conséquences de l’infirmité ou de
l’invalidité de l’autre.
Si les fiançailles peuvent prendre fin par le décès,
engageant ainsi le responsabilité de l’auteur de
l’accident, les fiancés peuvent également avoir une fin
heureuse  : elles peuvent aboutir au mariage. D’où le
Chapitre II intitulé «  le mariage civil  ».

Les préliminaires du mariage 24


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Chapitre 2

Le mariage civil
La formation du lien matrimonial suppose la réunion
d’un certain nombre de conditions qui sont inscrites dans
la loi 64-375 du 7 octobre 1964 relative au mariage.
Cette loi a été modifiée par la loi n°83-800 du 2 août
1983 et par celle du 25 Janvier 2013 .
Les mêmes lois indiquent qu’en l’absence de ces
conditions, le mariage ne peut être valable. Il convient
donc d’étudier ces conditions de formation (Section 1)
avant de voir les sanctions de ces conditions de
formation (section 2).

Section 1 - Les conditions de formation du


mariage
Pour pouvoir contracter un mariage valable, un
certain nombre de conditions de fond et de forme doivent
être remplies.

Sous-section 1 - Les conditions de fond.

Elles visent les éléments essentiels du mariage,


c’est-à-dire ceux sans lesquels l’idée de mariage serait
inconcevable. Ce sont les éléments biologiques,
psychologiques et les éléments de moralité.

Paragraphe 1 - Les conditions biologiques

Le mariage repose sur des conditions naturelles


évidentes  : il entraîne des relations charnelles entre
époux.
Si la loi ne tient pas compte de l’état de santé des
futurs époux, elle retient cependant deux conditions qui
sont relatives au sexe et à l’âge.

Le mariage civil 25
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

A- La différence de sexe
Le mariage suppose, par définition, une différence
de sexe. Mais, cette condition n’est pas expressément
énoncée par la loi  ; elle procède par allusion.
En effet, l’article 1 de la loi relative au mariage
dispose  : « l’homme avant 20 ans révolus, la femme
avant 18 ans révolus…  »
Par conséquent, si les deux conjoints ont
incontestablement les mêmes sexes, il n’y a pas une
apparence du mariage  ; le mariage doit être tenu pour
inexistant.
Cependant, cette position est critiquable car, selon
un auteur, l’essentiel est l’union des cœurs et des
consciences et non celle des corps. D’ailleurs le
législateur n’admet-il pas le mariage des vieillards ou
des personnes handicapées qui ne peuvent donner lieu
ni à une union sexuelle ni à la procréation  ?

Mais, en Côte d’Ivoire tout comme en France, le


mariage est l’union d’un homme et d’une femme.
(Bordeaux 19 avril 2005. D. 2005. 1687 note Agostini =
confirmation de l’annulation du mariage contracté par
deux personnes de même sexe.)
Ce principe doit être maintenu et salué et ne doit
faire l’objet d’aucune exception, car le mariage qui est
une institution ne peut être contraire à la mentalité du
peuple auquel on l’applique.
En France, la Cour européenne des droits de
l’Homme a estimé que le fait que le droit national
retienne aux fins de mariage le sexe enregistré à la
naissance constitue une limitation portant atteinte à la
substance même du droit de se marier. CEDH 11 juill.
2002. Goodwin. D. 2003. 2032. note Chavent. Leclère.

Le mariage civil 26
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

B- L'âge
La loi ivoirienne fixe une condition d’âge
minimum au mariage, rompant ainsi avec les règles
coutumières.

En effet, dans les sociétés traditionnelles, il n’y


avait pas d’âge minimum pour contracter le mariage.
L’union pouvait être contractée à tout moment, mais
elle sera effective à la puberté de la jeune fille.
Le législateur colonial a, par le décret Mandel du 15
juin 1939, voulu supprimer le prétendu mariage des
indigènes en fixant l’âge à 14 ans révolus pour la femme
et à 16 ans pour l’homme.
Le législateur ivoirien, comme certains de ses
homologues africains, par soucis de protéger la jeune
fille, a exigé un âge minimal un peu plus élevé que celui
édicté par le législateur colonial. Et ceci, pour permettre
aux futurs époux de s’instruire jusqu’à un certain âge,
sans être gênés par le mariage.
C’est ainsi que l’article 1 précité a décidé 20 ans
pour l’homme et 18 ans pour la femme avant de
contracter un mariage.
Si la loi fixe un âge minimum, il n’y a pas d’âge
maximum pour le mariage. La loi sous-entend donc la
prohibition du mariage des enfants.
Cette règle est surtout fondée sur des
considérations d’ordre physique, c’est-à-dire la nécessité
de la puberté, mais aussi sur des nécessités d’ordre
social  ; c’est-à-dire qu’une aptitude à avoir un foyer
suppose une certaine expérience et un minimum de
maturité. Cette loi est également fondée sur des
nécessités d’ordre individuel  : il faut avoir un éveil
psychologique pour donner un consentement éclairé.
A la condition d’âge fixée par l’article 1, des
atténuations ont été prévues  : cet âge peut être
exceptionnellement abaissé, en cas de motifs graves,
par une dispense du procureur de la République. En
pratique, les motifs graves se ramènent au cas de
grossesse de la femme qui a démontré ainsi sa puberté.
En fait, l’on constate que dans les milieux urbains,
le mariage se contracte à un âge plus tardif, à cause de

Le mariage civil 27
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

la durée des études  ; il en va différemment dans les


milieux ruraux.

Paragraphe 2 - Les conditions psychologiques

L’article 3 alinéa 1 de la loi sur le mariage exige la


volonté des futurs époux pour la formation du mariage
et, implicitement, il en écarte la volonté des familles.

A- La nécessité du consentement personnel des


futurs époux
Cette exigence est posée par l’article 3 alinéa 1  :
« chacun des futurs époux doit consentir
personnellement au mariage  ».

Cette exigence résulte aussi de l’article 4 qui


dispose  : « l’homme et la femme majeurs consentent
seuls à leur mariage   ».
Cette nécessité du consentement personnel des
futurs époux découle de la conception du mariage
admise en droit moderne.
En effet, le législateur de 1964 a voulu réagir contre
les pratiques coutumières qui faisaient intervenir le
consentement des époux après celui des parents. Ce
sont d’abord les deux lignages qui arrangeaient le
mariage et les deux jeunes gens n’avaient plus qu’à
ratifier l’accord conclu.
Désormais, les futurs époux doivent eux-mêmes
consentir à leur union. D’où l’intérêt de s’assurer de
l’existence du consentement et de son intégrité.

1- L'existence du consentement

Pour exister réellement, la volonté doit être


consciente, sérieuse et libre.

a- Volonté consciente

Le mariage civil 28
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

C’est le problème posé par le mariage de l’aliéné. Il


est admis que l’aliéné peut se marier dans un intervalle
de lucidité, et ceci, parce que l’on considère que c’est la
capacité de fait qui importe pour le mariage et non la
capacité de droit. En revanche, une personne qui n’est ni
internée ni interdite serait cependant incapable de se
marier si sa volonté se trouvait abolie au moment de la
célébration. Tel est le cas d’un moribond dans
l’hypothèse d’un mariage in extremis. (le mariage in
extremis est l’union que contracte un moribond à la
veille de sa mort)

b- Volonté sérieuse

Cette exigence conduit à l’inefficacité du mariage


simulé c’est-à-dire du mariage fictif. Le terme de
mariage simulé a été employé pour désigner l’acte de
ceux qui échangent leurs consentements devant l’officier
de l’état civil, en vue d’atteindre un but particulier, sans
avoir l’intention vraiment de fonder un foyer.
Il en est ainsi lorsque la femme se marie à un
étranger ou vice versa, dans le seul désir d’acquérir la
nationalité de ce dernier, en vue de franchir une
frontière  ; ou que l’un des époux se marie pour échapper
à des dangers politiques ou à une situation juridique
pénible.
Dans ces hypothèses, la position de la
jurisprudence est assez nuancée  :

-Si le mariage a été simulé en vue d’atteindre un


but totalement étranger à l’institution du mariage, il n’y a
pas de volonté sérieuse  ; le mariage est nul parce qu’il
recouvre une fraude à la loi.

-Mais si le mariage a été simulé en vue d’atteindre


un des buts du mariage, par exemple le mariage légal
qui a été conclu uniquement
pour légitimer un enfant, les époux entendant divorcer
ensuite, dans une telle hypothèse, la jurisprudence
considère qu’il y a bien eu volonté de se marier. La
simulation n’avait pour but que de limiter les effets du

Le mariage civil 29
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

mariage. Or le mariage est une institution d’ordre public


dont on ne peut limiter, par accord, les effets. Un tel
mariage est donc valable et ouvre tous les effets qui
s’attachent à un mariage.

c- Volonté libre

Il arrive parfois que dans un acte juridique, soit


stipulé une clause restreignant la liberté matrimoniale  ; il
s’agit soit des clauses de célibat qui interdisent le
mariage, soit des clauses de viduité interdisant le
remariage après le décès du conjoint, soit des clauses
de maintien de l’indissolubilité c’est-à-dire des clauses
interdisant le remariage après divorce.
Par exemple, une libéralité ou un contrat de travail
dont le maintien est subordonné au célibat du gratifié ou
du travailleur.
Ces clauses ne visent qu’indirectement à interdire
le mariage. Elles exercent une pression sur la personne
en l’obligeant à choisir entre le mariage qu’elle envisage
et l’avantage que l’acte lui avait conféré. Ces clauses ne
sont ni toujours nulles ni toujours valables.

*La condition de célibat est en principe valable en


matière de libéralité, à moins qu’elle n’ait été dictée par
des intentions répréhensibles  : Par exemple, la jalousie
posthume : ainsi a été déclarée non écrite, la clause
subordonnant la libéralité a ce que la gratifiée ne
légitime pas ses enfants adultérins en épousant leur
père.

* Lorsqu’elle est stipulée dans un contrat de travail,


la condition de célibat est en principe nulle  ; a moins
qu’il n’existe des raisons graves de la légitimer.
La question s’est posée il y a quelques années, à
l’égard des hôtesses de l’air. Le règlement d’air France
prévoyait alors qu’une hôtesse de l’air doit démissionner
ou faire son service à terre si elle se marie.
La cour d’appel de Paris a jugé que cette clause
devait être tenue pour non écrite parce qu’illicite,
contraire à la loi, et ceci pour deux raisons  :

Le mariage civil 30
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

*D’une part, parce que cette clause serait une


incitation au concubinage.

*D’autre part, parce que cette clause n’est pas


justifiée par les nécessités du service  : le mariage ne
retirera pas à une femme le charme et le dévouement
(voir C Cassation Chambre Sociale, 7 février 1968 D 68,
428   ; RTD civ. 1968, 557 ).

2- L'intégrité du consentement

L’article 3 alinéa 2 de la loi relative au mariage


dispose que le consentement n’est pas valable, s’il a été
extorqué par la violence ou s’il n’a été donné que par
suite d’une erreur sur l’identité physique ou civile de la
personne.
C’est l’application, au droit du mariage, de la
théorie générale des vices du consentement élaborée en
matière contractuelle.
Dans le mariage comme pour tout autre acte
juridique, un consentement n’est valable que s’il a été
librement donné, en toute connaissance de cause.
Cependant, l’intégrité du consentement est sanctionnée
de manière un peu particulière en matière de mariage.
L’importance sociale du mariage invite à admettre autant
que possible la validité de celui- ci, d’où la politique
restrictive des nullités de mariage.
Contrairement au droit commun, le droit du mariage
ne retient que deux vices du consentement  :
- La violence
- L’erreur

a- La violence

Elle est assez rare en matière de mariage. En effet,


la célébration a lieu devant l’officier de l’état civil  ; ceci
empêche l'accomplissement de violence lors de
l’échange des consentements. Mais la violence n’est pas
pour autant inexistante en matière de mariage  : il y a 2
types de violences  :
-la violence physique

Le mariage civil 31
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

-la violence morale

*La violence physique est aujourd’hui la plus


exceptionnelle. C’est par exemple l’hypothèse dans
laquelle les parents de la jeune fille exerceraient leur
force ou utiliseraient leur revolver pour contraindre au
mariage le séducteur de leur fille.

*Mais la violence peut être morale. Elle est, du


reste, plus facilement imaginable. Mais, elle doit
consister en des moyens injustes et entraîner la crainte
d’un mal considérable. La crainte réverentielle de
l’autorité des parents n’est pas considérée comme un
vice du consentement. La loi ne permet pas qu’un enfant
se plaigne d’avoir cédé à la volonté de ses parents.

b- L'erreur.

D’après l’article 3 alinéa 2, l’erreur retenue comme


vice du consentement en matière de mariage est l’erreur
sur l’identité physique ou civile de la personne.
*L’erreur sur l’identité physique est une hypothèse
d’école. C’est le cas de substitution de personne au
moment de la cérémonie  : Exemple, je croyais épouser
Akissi et j’épouse Adjoua.

*En revanche, l’erreur sur l’identité civile mérite que


l’on s’y attarde  : C’est l’erreur sur l’état de la personne.
C’est l’erreur commise sur la filiation, que l’on appelle
encore l’erreur sur l’origine  : Ex  : je croyais avoir épousé
la fille du roi de l’Indénié alors que j’ai épousé celle d’un
quelconque agriculteur.
Il en est de même lorsqu’il y a usurpation d’un état
civil.
C’est aussi le cas de l’erreur sur la situation de
famille  : Ex : une jeune fille ayant épousé un divorcé
croyant qu’il était célibataire.
Pour que l’identité civile soit une cause de nullité, il
faut qu’elle ait été déterminante du consentement  ;
c’est-à-dire que si cette erreur n’avait pas été commune,
le mariage n’eut pas été conclu.

Le mariage civil 32
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

En définitive, pour qu’il y ait nullité du mariage, il


faut qu’il y ait erreur sur l’identité physique ou civile du
conjoint, c’est-à-dire les erreurs dans les personnes ou
sur les qualités essentielles de la personne. Tels sont
les deux types d’erreurs qu’a également retenu le droit
français en son article 180 du Code Civil.
En ce qui concerne l’erreur sur les qualités
essentielles de la personne, il y a eu une évolution
jurisprudentielle  : la cour de cassation, dans l’arrêt
BERTRAND rendu par les chambres réunies le 24 avril
1862, D. 1862, I, 153, avait refusée de la retenir.
Une jeune fille avait épousé le domestique de son
père et elle avait découvert qu’il avait été antérieurement
condamné aux travaux forcés pour crime qu’il n’avait pas
commis, mais auquel il avait assisté. L’erreur commise
par l’épouse sur l’honnêteté de son conjoint n’a pas été
retenue par la cour de cassation parce qu’il ne s’agit
que d’une erreur sur une qualité de la personne.
Puis, la jurisprudence française a évolué et s’est
orientée vers la reconnaissance de l’erreur sur les
qualités déterminantes comme cause de nullité du
mariage .Mais en Côte d’Ivoire seule l’erreur sur
l’identité physique est retenue.

B- L'absence d'intervention des familles.

Dans les sociétés traditionnelles, le mariage était


l’accord de deux familles  ; mais le législateur de 1964
s’étant inspiré des principes individualistes du droit
français, a abouti aux principes de l’absence
d’intervention des familles au mariage des majeurs ainsi
qu’à celui de l’absence du droit d’opposition.

1- L'absence d'intervention ou mariage des majeurs

Ceci résulte de l’article 4 de la loi relative au


mariage. En aucun cas, les parents ne peuvent conclure
le mariage sans la volonté des enfants, et toute

Le mariage civil 33
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

personne âgée de 21 ans (majeur) peut se marier sans le


consentement, et même contre la volonté de ses parents.
En revanche, un enfant mineur, quoi qu’ayant atteint
l’âge de la puberté, ne peut se marier sans le
consentement de ses parents. Cela signifie que les
mineurs doivent non seulement consentir au mariage,
mais encore, ils doivent obtenir l’autorisation de leurs
parents.
Certes, les mineurs sont émancipés par le mariage  ;
mais cette émancipation n’intervient qu’après le mariage.
Si le mineur a été émancipé par réclamation de ses
parents avant le mariage, il doit malgré tout obtenir le
consentement de ses parents avant de se marier.
Selon l’article 5 de la loi relative au mariage , c’est
celui des pères ou mères qui exerce la puissance
paternelle qui doit consentir au mariage.

Ce consentement peut être donné oralement


pendant la cérémonie du mariage ou avant la cérémonie,
devant l’officier de l’état civil.
Dans le cas où il y a tutelle, l’article 8 de la loi
relative au mariage indique que c’est le tuteur qui
consent au mariage. Si le tuteur refuse, ou s’il n’a pas
encore été désigné, le mineur doit demander par
requête, son consentement au président du tribunal.

2- L'absence du droit d'opposition

Si les parents ne peuvent intervenir directement au


mariage de leur enfant, le droit ivoirien ne leur reconnaît
pas non plus la possibilité d’intervenir indirectement par
l’institution d’opposition au mariage.
L’opposition est un acte juridique par lequel une
personne fait connaître à l’officier de l’état civil qu’il
existe une cause de nullité concernant l’union projetée,
et lui défend en conséquence de célébrer cette union.
Les futurs époux peuvent demander la mainlevée
judiciaire de l’opposition en saisissant le tribunal. Celui-
ci examinera la valeur des motifs de l’opposition et
pourra autoriser la célébration.
En droit français, certains membres de la famille et
le procureur de la république ont ce droit d’opposition.

Le mariage civil 34
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

En droit ivoirien, seul le procureur de la république a ce


droit.

Paragraphe 3 - Les conditions de moralité :


Les prohibitions ou empêchements

La loi édicte un certain nombre de prohibitions et


d’empêchements fondés sur des considérations de
moralité ou d’utilité sociale  :
- Prohibition des mariages coutumiers
- De la polygamie
- De la dot
- De l’inceste
- Empêchement relative au délai de viduité

A- La prohibition des mariages coutumiers

*Avant l’avènement de la loi 64-375 du 7 octobre


1964 relative au mariage , deux sortes d’union étaient
célébrés en Côte d’Ivoire.
- L’une, la plus courante, respectait les règles
coutumières  : le mariage coutumier.
- L’autre, célébré selon les règles du Code Civil
Français  : le mariage de droit écrit.
Le citoyen de statut local (indigène) se mariait
conformément à sa coutume. Le citoyen de statut civil
faisait célébrer son mariage par un officier de l’état civil.

*Avec la loi n°64-375 du 7 octobre 1964 , seul le


mariage civil est reconnu. En effet, l’article 18 de la loi
précité dispose  : « le mariage est obligatoirement
célébré par un officier de l’état civil  ».
Cette consécration exclusive du mariage moderne
pose le problème du sort des mariages coutumiers.
Le législateur a tenté de régler ce problème dans
deux lois  : loi n°64- 381 et n°64-375 du 7 octobre 1964
relatives aux dispositions diverses applicables aux
matières régies par les lois sur le mariage.
Ces deux lois font une distinction dans la
prohibition  ; elles distinguent, d’une part les mariages
coutumiers antérieurs à la loi de 1964 relative au

Le mariage civil 35
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

mariage et d’autre part, les mariages coutumiers


postérieurs à la loi de 1964.
Voyons le sort réservé à chacune de ces
catégories  :

1- Le sort des mariages coutumiers antérieurs à la loi de


1964.

La question est réglée par les articles 10 et 11 de la


loi 64-381 du 7 octobre 1964 relative au mariage. Ces
deux articles reconnaissent la validité des mariages
coutumiers antérieurs à 1964 mais sous certaines
conditions.
Examinons donc la validité desdits mariages au
regard de chacun des textes sus énoncés.

a- La validité des mariages coutumiers antérieurs à 1964


au regard de l'article 10.

Selon les dispositions de l’article 10, les mariages


coutumiers antérieurs à 1964 auront les mêmes effets
que le mariage civil moderne sous certaines conditions
(). Seulement l’article 10 ne précise pas le sort des
mariages coutumiers antérieurs à 1964 qui n’auraient
pas respectés ces conditions d’où le problème du sort de
ces mariages ( ).

 - Les conditions posées pour l'article 10.

Les mariages coutumiers antérieurs à 1964 auront


les mêmes effets que le mariage civil moderne sous 2
conditions  :
-soit parce qu’ils auront été régulièrement déclarés
à l’état Civil

-soit parce qu’ils auront été constatés par


jugements transcrits sur les registres de l’Etat civil.
Ces 2 conditions sont alternatives et que l’une d’elle
suffit.

Le mariage civil 36
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

*En quoi consiste la procédure de la déclaration  ?


Elle consiste dans le fait, pour les époux
coutumiers, de déclarer leur mariage coutumier à
l’officier d’état civil, en présence de deux témoins
majeurs (procédure analogue à la déclaration des
naissances)
A la suite de cette déclaration, l’officier d’état civil
devra leur dresser un acte de mariage.
[La procédure de déclaration devra être utilisée
avant le 15 juillet 1971 ( JORCI 1971, P 1106 ). Ce décret
du 15 juillet 1971 prévoit qu’il sera mis fin à la possibilité
de déclarer les mariages coutumiers antérieurs à 1964
six années après la mise en vigueur de ce décret, soit en
1977].

*En quoi consiste la constatation du mariage


coutumier par jugement transcrit sur les registres de
l’état civil  ?
Il s’agit ici d’une procédure judiciaire. Les époux
coutumiers doivent faire constater l’existence de leur
mariage coutumier antérieur à 1964 par le juge.
Nécessité de fournir la preuve de la célébration de ce
mariage (preuve par témoignages, versement de la
dot…)
Si le juge est convaincu, il rend un jugement
constatant le mariage coutumier antérieur à 64. C’est ce
jugement qui sera transcrit sur les registres de l’état
civil. Il aura la valeur d’un acte de mariage. (Procédure
analogue à celle du jugement supplétif de naissance qui
vaut cet acte de naissance)
(Pour application de l’article 10  : cf. cour suprême
arrêt n°5 du 29 mai 1970 RID 1971/2, 35  ; cour suprême
arrêt n°22 du 18 avril 1969 RID 70/2, 21, cassation de
l’arrêt de la Cour d'Appel d'Abidjan parce que celle- ci
n’avait pas vérifié si les conditions d’application de
l’article 10 existaient en l’espèce)
Reste un problème  : quel est le sort des mariages
coutumiers qui n‘ont pas été déclarés ou constatés  ?

β- Le sort des mariages coutumiers antérieurs à


64 non déclarés ou non constatés.

Le mariage civil 37
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Le sort de tels mariages n’est pas expressément


prévu par l’article 10  : rappelle des dispositions de
l’article 10  : "les mariages coutumiers antérieurs à 1964,
auront les mêmes effets que le mariage
civil moderne s’ils ont été régulièrement déclarés à
l’état civil ou ont été constatés par jugement transcrit sur
le registre de l’état civil".
Les juges ivoiriens face à ce problème ont du se
prononcer. Mais la position de la jurisprudence ayant
évolué dans le temps, il faut distinguer deux périodes  :
-La position de la jurisprudence antérieure à 1976
-La position de la jurisprudence depuis 1976

 La position de la jurisprudence antérieure à


1976

-L’absence de déclaration ou de constatation


(condition d’application de l’article 10) ne doit pas
affecter la réalité ou l’existence du mariage coutumier
antérieur à 1964. Un tel mariage demeure valable s’il a
été conclu conformément à la coutume qui régit chacun
des époux.
-Quelle est alors l’incidence des formalités prévues
par l’article 10 (déclaration ou constatation)  ? Selon
cette première position de la jurisprudence, les
conditions posées par l’article 10 ont uniquement un rôle
probatoire  : c’est pour donner date certaine à ces
mariages  ; en d’autres termes, ce sont de simples
modalités de preuve du mariage coutumier antérieur à
64 ; ce ne sont donc pas des conditions de validité de
ces mariages.
(Plusieurs décisions en ce sens  : Cour d’Appel
d’Abidjan Chambre civile, arrêt n° 368 du 24 octobre
1969 RID 1970/4, 26   ; Cour Suprême  : arrêt n°9 du 26
mars 1971 RID /4, 37   ; Cour d’Appel d’Abidjan Chambre.
Correctionnelle, arrêt n°480 du 7 avril 1975 RID 1977 /
3-4, 122 obs.: veaux-fournerie (P)   ; Cour d’Appel
d’Abidjan, Chambre civile et Commerciale 18 février
1972, RID 74/1-2, 22) . Par conséquent, avant 1976, les
mariages coutumiers antérieurs à 1964 étaient
considérés comme valables même s’ils n’avaient pas fait

Le mariage civil 38
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

l’objet de déclaration ou de constatation. Cependant en


1976, il y aura un revirement de la jurisprudence.

 La position de la jurisprudence depuis à 1976

En l’absence de déclaration ou de constatation, le


mariage coutumier célébré entre les époux coutumiers
antérieurement à 1964 sera disqualifié par la
jurisprudence en union libre ou concubinage.
Il en résulte donc que les conditions posées par
l’article 10 constituent bel et bien des conditions de
validité du mariage coutumier antérieur à 1964. (e n ce
sens, deux arrêts Cour d’Appel d’Abidjan, Chambre civile
et commerciale 26 mars 1976 et 30 avril 1976 RID
1978/3-4, P9 ).
Cette position a été réaffirmée par la même cour
d’Appel d’Abidjan, le 10 mars 1978 (RID 1978/3-4, 12) .
Cette position reprise par une juridiction du fond
(Tribunal de Première Instance de Daloa, 26 février
1982, RID 82-83, P 44 ).

Dans sa grande majorité, la doctrine ivoirienne ne


partage pas cette position de la jurisprudence. Voir   :

-OBLE (J), thèse   : Succession en Côte d’Ivoire   :


Tradition ou modernisme, P 199 et S

-Temple (H), RID 82-83, P.44


Il me semble en effet que cette disqualification du
mariage coutumier en union libre ne prend pas en
compte notre réalité sociologique. Les époux coutumiers
antérieurs à 1964, généralement analphabètes, ignorent
le plus souvent les dispositions légales de 1964. Même
si un adage dit que «  nul n’est censé ignorer la loi  », cet
adage ne devrait pas être appliqué avec autant de
rigueur dans de telles circonstances.
Imaginez le désarroi d’une épouse coutumière qui
réclame un droit de veuve, et qui apprend qu’elle n’est
qu’une concubine. Or les concubines et les veuves n’ont
pas les mêmes droits successoraux.
La déclaration ou la constatation n’est pas la seule
condition de validité du mariage coutumier arrêté

Le mariage civil 39
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

antérieur à 64. il faut en plus que ce mariage coutumier


ait été valablement conclu conformément à la coutume
applicable. Telle est la condition posée par l’article 11
de la loi 64-381 du 7 octobre 1964.

b- La validité des mariages coutumiers antérieurs à 1964


au regard de l'article 11.

*Le mariage coutumier antérieur à 64 aura les


mêmes effets que le mariage civil moderne, à condition
que ce mariage coutumier ait été valablement conclu
(article 11, solution implicite ). La validité au fond de ces
mariages coutumiers doit s’apprécier conformément aux
coutumes en vigueur à l’époque de leur célébration.
Le juge saisi du problème de la validité du mariage
coutumier antérieur à 64 doit vérifier si la coutume
applicable à ce mariage a été correctement observée.
Cette solution est conforme à l’article 2 du code civil  :
« la loi ne dispose que pour l’avenir, elle ne rétroagit
point  ».
(En ce sens, voir Cour Suprême 28 juin 1968 RID
1969/2, 15). Dans l’action en divorce, la demanderesse à
l’action invoque l’inexistence du mariage   : Cassation de
l’arrêt pour violation des dispositions de l’article 11 );
dans le même sens  ; Cour d’Appel d’Abidjan 18 février
1972 RID 1974/1-2, 22 et suivantes.
Les faits  : mariage célébré par procuration entre
deux personnes selon la coutume Abbey .
En 1968, action en divorce intentée pour la femme.
Le mari invoque la nullité du mariage pour défaut de
consentement d’où le problème de la validité du mariage
coutumier.
Si les mariages coutumiers antérieurs à 1964
peuvent être reconnus valables sous certaines
conditions, il n’en va pas de même pour les mariages
coutumiers postérieurs à 1964.

2- Le sort des mariages coutumiers postérieurs à 1964.

La prohibition légale des mariages coutumiers


concerne principalement les mariages coutumiers

Le mariage civil 40
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

célébrés après la mise en vigueur de la de 1964 relative


au mariage. Cette prohibition résulte implicitement de
deux articles de la loi 64-375 du 7 octobre 1964 relative
au mariage  : articles 18 et 19.

-Article 18 : «  le mariage est obligatoirement


célébré par un officier de l’état civil  ».

-Article 19 : « seul le mariage célébré par un


officier de l’état civil à des effets légaux  ».
Or, le mariage coutumier est par défaut un mariage
célébré selon les règles coutumières. Il n’y a donc pas
d’intervention de l’officier d’état civil.
Par conséquent, il résulte de la combinaison des
articles 18 et 19 de la loi relative au mariage, que le
mariage coutumier célébré après 1964 n’a aucun effet
légal  : il ne vaut donc que comme concubinage ou union
libre. Il faut cependant signaler une ineffectivité de ces
textes. En réalité, le mariage civil est le fait d’une
certaine catégorie sociale (cadres, agents de maîtrise,
etc.…).
Dans la pratique, on constate une survivance des
mariages coutumiers même dans le milieu des
intellectuels.
Cette résistance de la coutume se manifeste
également à propos de la prohibition d’une autre
institution traditionnelle  : le mariage polygame.

B- La prohibition des mariages polygamiques.

•La polygamie est une institution de droit coutumier


qui permet à un individu de se marier et de vivre avec
plusieurs épouses à la fois. (contraire  : polyandrie)
-On a tendance à justifier cette institution
traditionnelle par l’existence d’une plus grande
proportion de femmes que d’hommes. Mais cette
affirmation est démentie sur le plan scientifique et
démographique.
-Une des véritables raisons réside dans l’économ ie
traditionnelles  : la femme constituait une main d’œuvre

Le mariage civil 41
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

pour l’exploitation du domaine agricole  ; avoir plusieurs


femmes augmentait la main d’œuvre.
- L’autre raison est d’ordre eugénique  : dans
certaines ethnies, l’homme ne doit plus avoir de rapports
sexuels avec sa femme dès qu’elles est enceinte ou
allaite. Par conséquent pour assouvir ses ardeurs
sexuelles, l’homme devrait conclure un nouveau
mariage.

•Avec l’évolution des mœurs, le législateur de 1964


tourne le dos à la tradition. Il va prohiber le mariage
polygamique.

La Côte d’Ivoire a été le 1 e r pays d’Afrique noire à


avoir aboli la polygamie alors qu’elle est maintenue dans
de nombreux pays africains (Sénégal, Cameroun, Tchad,
Mali etc…).
S’agissant de cette abolition de la polygamie, le
législateur de 1964 fait une distinction entre deux
situations  : il distingue les mariages polygamiques
célébrés avant la loi de 1964 de ceux postérieurs à
1964.

1- Les mariages polygamiques antérieurs à 1964.

Ils sont soumis aux dispositions des articles 10 et


11 de la loi 64-381 relatives au mariage (dispositions
transitoires).
Il résulte de ces articles que les unions
polygamiques antérieures à 1964 qui auront été
régulièrement déclarées à l’état civil ou constatées par
jugement auront les mêmes effets qu’un mariage civil
moderne ( article 10).
Toutefois, la validité de ces mariages ne sera
admise que s’ils ont été valablement conclus c'est-à-dire
conformément à la coutume applicable aux époux ( article
11 loi 64-381 ).
(La preuve que ces unions polygamiques de 1964
sont valables, c’est que l’article 15 de la loi précitée
précise le mode de liquidation du régime matrimonial des
unions polygamiques antérieures à 1964  : la moitié de la

Le mariage civil 42
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

communauté revient au mari, l’autre moitié est repartie


par parts égales entre les coépouses).
Les mariages polygamiques antérieurs à 64 pouvant
être reconnus sous certaines conditions, ils ne sont, par
conséquent, pas totalement visés par la prohibition.
Qu’en est-il des mariages polygamiques postérieurs
à 1964  ?

2- Le sort des mariages polygamiques postérieurs à 1964.

Ce sont les mariages polygamiques postérieurs à


1964 qui sont essentiellement concernés par la
prohibition des mariages coutumiers édictée par le
législateur de 1964. Ces mariages n’ont aucune valeur
juridique. Ils constituent, sur le plan de l’analyse
juridique, de simples concubinages et non des mariages.
Cette affirmation est fondée sur les dispositions
implicites de l’article 2 de la loi 64-375 relative au
mariage. Selon cet article  : «  nul ne peut contracter un
nouveau mariage avant la dissolution du précédent  »,
par conséquent, il est interdit à un homme d’avoir deux
ou plusieurs femmes et vice versa.
S’il existe un premier mariage non encore dissous,
le second est nul. L’article 31 de la loi 64-375 sur le
mariage prévoit que cette nullité est absolue.
En plus de la sanction civile que constitue la nullité,
la polygamie constitue une infraction pénale  : l’article
390 du code pénal ivoirien prévoit une peine
d’emprisonnement de 6 mois à 3 ans plus une amende
de 50.000 à 500.000 FCFA.

Mais dans la pratique, l’interdiction de la polygamie


est soit contournée, soit carrément violée.
-Elle est contournée par le fait d’entretenir une ou
plusieurs maîtresses en dehors du domicile conjugal
(concubinage adultérin)
-Elle est violée par certains individus qui continuent
de contracter plusieurs unions légales en même temps,
et cela apparaît au grand jours lorsqu’il y a des actions
en divorce.
Cela est possible en raison de l’absence de mention
du premier mariage sur l’acte de naissance des époux.

Le mariage civil 43
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

On assiste également à une autre situation où il y a


une union légale plus d’autres unions coutumières, les
différentes épouses (légales plus coutumières) vivant au
domicile conjugal.

En dehors de la polygamie, la prohibition vise aussi


une autre institution  : la dot.

C- La prohibition de la dot

Pour mieux comprendre les raisons de la


prohibition, il faut d’abord définir la dot.

1- Définition de la dot

Le terme dot, donné à une des institutions les plus


originales et instituée au centre de la famille
traditionnelle, n’a aucun rapport avec l’institution
européenne désignée par le même mot.

-La dot européenne vise les donations en faveur ou


en vue du mariage qui sont faits aux deux futurs époux
ou l’un deux.
Elle peut être l’œuvre de l’un des futurs époux ou
d’un tiers.

-La dot en Afrique désigne les biens et les


avantages matériels que la famille du jeune homme
procure au chef de la famille de la jeune fille. Le
bénéficiaire n’en fait pas une propriété privée. Il l’utilise
dans l’intérêt de tout le groupe.
A l’origine, la dot n’avait pas un caractère
économique. Elle apparaissait comme une compensation
de la perte subie par la famille de la jeune fille. Elle était
un symbole de l’union  ; donc la garantie de la stabilité de
l’union.
Cependant, l’influence économique résultant de la
colonisation a altéré la nature de la dot, à tel point que
certains auteurs l’ont définie comme le prix d’achat de la
femme. On comprend donc aisément l’hostilité du
législateur ivoirien face à cette pratique.

Le mariage civil 44
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

2- L'hostilité du législateur ivoirien face à la dot.

Le législateur ivoirien, comme le législateur


colonial, s’est déclaré hostile à la dote. En effet, le
législateur colonial avait, dans le décret Jacquinot du
14 septembre 1951, marqué sa désapprobation pour la
dot. Il déclarait ( art 2 et 3 du décret ) que la fille majeure
de 21 ans et la femme divorcée pouvaient librement se
marier sans que quiconque peut prétendre à retirer un
avantage matériel à l’occasion des fiançailles ou du
mariage.
Puis, le législateur ivoirien a emboîté le pas au
législateur colonial. En effet, après avoir défini la dot
dans l’article 20 (Article 20  : «  avantages matériels
conditionnant la réalisation du mariage traditionnel»), de
la loi n°64-381 relative aux dispositions diverses, il
affirme dans l’article 21 que quiconque aura sollicité ou
agréé des dots ou promesses de dot s’expose à un
emprisonnement de 6 mois à deux (02) ans et à une
amende double de la valeur des promesses agréées ou
des choses reçues ou demandées.
L’article 22 sanctionne les méfaits des
intermédiaires.
Néanmoins, l’article 23 indique que les dots
versées à l’occasion des mariages contractés
antérieurement à 1964 ne pourront donner lieu à
répétition. Il n’en sera ainsi qu’en cas de divorce
prononcé aux torts et aux griefs de l’époux. En matière
de la dot comme en matière de la polygamie, la Côte
d’Ivoire a opté pour le radicalisme  ; quant aux autres
pays africains, ils ont choisi de réglementer la dot
(exemple de la Guinée où la dot reste une condition de
validité du mariage, mais le législateur a fixé un montant
maximum de la dot.
Dans tous les cas, il n’existe pas en Côte d’Ivoire
de jurisprudence condamnant une personne pour avoir
versé ou reçu une dot. Et pourtant, les populations
continuent, comme par le passé, à faire des gestes à
l’égard de leur future belle famille. (Voir Frat Mat 15
novembre 1984 p 10). C’est donc une disposition qui
demeure théorique. (Voir cependant Abidjan, Chambre
Correctionnelle, 19 avril 1969, RID 70/2, 57 où il est fait

Le mariage civil 45
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

une fausse application de l’article 21 de la loi 64-381 du


7 Octobre 1964).

D- La prohibition de l'inceste

Elle est fondée sur deux raisons  :


-une raison d’ordre physiologique, à savoir que les
enfants nés d’unions consanguines présentent de graves
tares : ce fondement justifie les empêchements tirés de
la parenté mais aussi les empêchements tirés de
l’alliance.
-Une raison d’ordre moral  : il faut éviter que la
perspective d’un mariage possible vienne susciter des
passions entre nombres de la même famille.

1- Les empêchements tirés de la parenté.

Il faut distinguer selon que la parenté est en ligne


directe ou en ligne collatérale.

a- En ligne directe.

Selon l’article 10 de la loi relative au mariage, le


mariage est prohibé entre tous les ascendants et
descendants. Ainsi donc, ne peuvent se marier un père
et sa fille, un grand père et sa petite fille etc…
Cet empêchement s’applique facilement lorsque la
parenté est naturelle et biologique (pour apposition à la
parenté adoptive), et si la filiation est établie.
Il y a lieu à hésitation lorsque la filiation naturelle
ou biologique n’a pas été établie.
Quant à la parenté adoptive, nous verrons (plus
tard) qu’il existe deux sortes d’adoption  : l’adoption
plénière qui est assimilée à une filiation légitime et
l’adoption simple.
L’adoption plénière crée les mêmes empêchements
à mariage que la parenté légitime ( article 28 loi relative
à l’adoption )

Le mariage civil 46
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

-En ce qui concerne l’adoption simple, l’article 17


de la loi sur l’adoption énonce les diverses hypothèses
dans lesquelles le mariage est prohibé  :
*Le mariage est prohibé entre l’adoptant, l’adopté
et ses descendants.
*Le mariage est prohibé entre les enfants adoptifs
du même individu.
*Le mariage est prohibé entre l’adopté et les
enfants de l’adoptant.

b- En ligne collatérale

Selon l’article 11 (loi sur mariage), le mariage est


prohibé entre frères et sœurs  ; il l’est également entre
oncle et nièce, tante et neveu.
Au delà, le mariage est possible sans limitation.

c- Les limites de l'interdiction

Il est exact que le mariage est radicalement interdit


sans aucune possibilité de dispense, lorsqu’il s’agit de la
parenté par le sang, en ligne directe, entre père et fille…
et en ligne collatérale entre frères et sœurs.
Mais, il est un cas où le mariage interdit, en
principe, reste cependant possible avec des dispenses.
En effet, l’article 12 alinéa 1 de la loi relative au mariage
précise que le Procureur de la République peut lever,
pour des causes graves les prohibitions entre oncles et
nièces, tantes et neveux.

2- Les empêchements tirés de l'alliance


a- Le principe de l'interdiction
-Le mariage est prohibé en ligne directe entre beau
père et belle fille, entre belle mère et gendre, entre une
marâtre et son beau fils ( art 10 )
-En ligne collatérale, le mariage est prohibé entre
beau frère et belle sœur lorsque le mariage qui
produisait l’alliance a été dissout par le divorce ( article
11). Cela signifie qu’une telle union peut être possible

Le mariage civil 47
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

lorsque le mariage qui produisait l’alliance a été dissout


par décès.

b- Les limites de l'interdiction

Le mariage interdit peut être possible. Selon


l’article 12, le Procureur de République peut, pour des
causes graves, lever la prohibitions entre alliés en ligne
directe (Ex beau père et belle fille) lorsque la personne
qui a créé  l’alliance est décédée.(si le fils qui a épousé
la femme vient à décéder, le père, s’il y a des causes
graves, peut épouser sa belle fille). De même, en ligne
collatérale, le mariage entre beau frère et belle sœur
peut être possible.
Qu’il s’agisse de la parenté ou de l’alliance, tout
mariage contracté en violation d’un de ses
empêchements est nul, de nullité absolue, même si
l’empêchement est de ceux qui peuvent être levés au
moyen d’une dispense.

E- Le délai de viduité
1- Le principe

Cet empêchement concerne la femme mariée. Elle


ne peut contracter un nouveau mariage qu’après
l’expiration du délai de 300 jours après la dissolution
du précédent mariage, que ce soit par décès ou par
divorce. Cet empêchement s’explique par le désir
d’éviter tout conflit de paternité, d’éviter toute hésitation
sur le mari auquel on attribuerait l’enfant qui naîtrait au
début du deuxième mariage. On pourrait en effet se
demander si cet enfant doit être rattaché au premier ou
au deuxième mariage, si le mariage avait eu lieu
immédiatement après la dissolution du premier ( article 9
alinéa 1 ).
Le point de départ du délai de 300 jours est fixé,
soit au jour du décès du mari, soit au jour où le jugement
de divorce est définitif.

2- Les assouplissements au principe

Le mariage civil 48
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Ces règles peuvent être assouplies soit par


modification du point de départ du délai, soit par
modification du délai lui-même.
- D’une part, le point de départ peut être rapporté  ;
le tribunal peut autoriser le remariage s’il résulte des
circonstances que la femme n’avait pas cohabité depuis
300 jours avec le mari  : c’est l’hypothèse de la
séparation de fait ( article 9 alinéa 2 ).
- D’autre part, le délai peut être supprimé si la
femme a accouché pendant la durée de ces 300 jours.
Dans ce cas, l’enfant appartient au premier mari.
Dans ces hypothèses, le risque de confusion a
disparu.

Sous-section 2 - Les conditions de forme et de preuve

Les règles de preuve sont sous la dépendance des


règles de forme.

Paragraphe 1 - Les règles de forme

Il y en a deux types  :
-Certaines ont trait aux formalités préparatoires au
mariage.
-D’autres à la célébration du mariage.

A- Les formalités préparatoires au mariage

Leur objectif est de permettre à l’officier de l’état


civil de vérifier si les conditions de fond requises pour le
mariage sont remplies  ; d’où l’intérêt de la production
des pièces. Mais ces formalités ont aussi pour but
d’informer les futurs époux sur le choix du régime
matrimonial.

1- La production des pièces

L’officier d’Etat civil doit être à même de vérifier si


les conditions requises pour le mariage sont réunies.

Le mariage civil 49
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

C’est ainsi que l’article 21 exige la production d’un


extrait d’acte de naissance des futurs époux datant de
moins de trois mois. Ceci, pour vérifier si les futurs
époux remplissent les conditions d’âge et de célibat. Cet
extrait doit être suffisamment complet pour que l’officier
de l’état civil y trouve les renseignements qui lui sont
utiles. Malheureusement, les services de l’état civil sont
défaillants et l’officier de l’état civil ne peut pas toujours
apprécier.

2- La remise des actes accordants des dispenses

Il s’agit des futurs époux mineurs (Art 21 et 22 de la


loi sur le mariage).

3- La transmission de toutes autres pièces qui pourraient


être demandées aux futurs époux.

C’est le cas des futurs époux ayant été déjà mariés


(acte de décès ou jugement de divorce)  ; C’est, par
exemple, pour les militaires, l’approbation du supérieur.
Toutes ces pièces doivent être réunies dix (10) jours
avant la date fixée.
En plus de ces pièces, en droit français, la loi
impose la publication du futur mariage par affichage,
ceci pour susciter les oppositions au mariage.

4- L'information quant au choix de régime matrimonial.

Depuis la mise en vigueur de la loi du 2 août 1983,


l’article 23 de cette loi a institué l’information des futurs
époux quant au choix de leur régime matrimonial.
En effet, une telle disposition ne s’imposait pas en
1964 parce qu’il n’y avait alors qu’un seul régime  : le
régime de la communauté réduit aux acquêts.
Dès lors que la loi du 2 août 1983 a institué un
deuxième régime, celui de la séparation des biens, il
était nécessaire d’informer les deux époux sur l’avantage
et les inconvénients des deux régimes.

Le mariage civil 50
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

C’est pourquoi l’officier de l’état civil doit les


prévenir. Si les époux refusent la séparation, ils sont
mariés sous le régime de la communauté.

B- Les formalités de célébration

Trois types de formalités  :


o La présence des époux
o La présence de l’officier d’état civil
o La publicité de la célébration

1- La présence des époux

Les futurs époux doivent être présents, ce qui est


une manière d’assurer la liberté du consentement
conjugal. Il en résulte que le mariage par procuration est
impossible. La célébration a lieu devant deux témoins
majeurs qui peuvent être des parents ou amis des futurs
époux (article 27 ).
La présence des témoins certifie l’identité des futurs
époux et donne en même temps une solennité au
mariage.

2- La présence de l'officier de l'état civil

Cette présence est la marque du caractère laïc du


mariage.

a- Caractère laïc du mariage

Trois dispositions de la loi affirment de façon


rigoureuse le caractère laïc du mariage civil.
- Selon l’article 18, le mariage est obligatoirement
célébré par un officier de l’état civil .
- L’article 19 ajoute que seul le mariage célébré par
un officier de l’état civil a des effets légaux .

Pour éviter la confusion avec les mariages religieux


et donc affirmer le caractère laïc du mariage, le
législateur ivoirien précise dans l’article 20 qu’ aucun

Le mariage civil 51
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

ministre de l’office religieux ne peut célébrer un mariage


sans que les époux ne soient mariés civilement . Il
affirme ainsi l’antériorité du mariage civil par rapport au
mariage religieux.

b- La compétence de l'officier de l'état civil.

L’officier de l’état civil devant lequel le mariage est


célébré doit être compétent, << c’est-à-dire que le
mariage doit être célébré dans la circonscription où il
exerce ses fonctions et où l’un des époux a une attache
territoriale ( article 24).
Lorsque le mariage est contracté en pays étranger
entre ivoirien, ou entre un ivoirien et un étranger, il peut
être célébré par les agents diplomatiques ou les consuls
de Côte d’Ivoire, et cela conformément à la loi ivoirienne
(article 30).

c- Le rôle de l'officier de l'état civil.

L’officier de l’état civil lit le projet de mariage ainsi


que les textes de la loi relatifs aux effets du mariage.
Il interpelle les futurs époux, et s’ils sont mineurs,
leurs ascendants présents, pour le choix de leur régime
matrimonial. Les époux doivent préciser s’ils optent pour
le régime de la séparation ou non. Et s’ils répondent par
la négative, ils seront mariés sous le régime de la
communauté. De ce fait, le régime de la communauté est
le régime de droit commun, la séparation des biens étant
le régime d’exception.
Au cas où les époux sont mineurs, la question du
régime matrimonial est posée aux ascendants ( article 27
nouveau alinéa 2 ).
L’officier de l’état civil reçoit ensuite le
consentement des époux, et éventuellement, le
consentement des parents ou du tuteur.

3- La publicité de la célébration.

Selon l’article 24, le mariage est célébré


publiquement au siège de la circonscription.

Le mariage civil 52
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

En effet, la cérémonie doit avoir lieu dans un local


accessible au public, dont les portes doivent être
ouvertes.
Cependant, en cas d’empêchement le Procureur de
la République ou le juge du tribunal du domicile de l’un
des époux, peut autoriser l’officier de l’état civil à se
transporter au domicile ou à la résidence de l’un des
époux. S’il y a péril imminent de mort, l’officier de l’état
civil peut se rendre sans autorisation au domicile du
mourant pour célébrer le mariage.
Après les règles de forme, il nous faut à présent
étudier les règles de preuves.

Paragraphe 2 - Les règles de preuve

Le problème que pose la preuve du mariage est


celui de savoir comment se prouve la qualité d’époux.
Ce problème apparaît dans deux hypothèses  :
-Selon qu’il s’agit de preuve non contentieuse ou
-Selon qu’il s’agit de preuve contentieuse
On n’examinera ici que la preuve contentieuse.

A- Le principe

Selon l’article 45 «  nul ne peut réclamer le titre


d’époux et les effets civils du mariage s’il ne représente
un acte de célébration….   »
En effet, la preuve préconstituée est la plus seine.
Au moment de la célébration du mariage, l’officier de
l’état civil a dressé un acte  : c’est l’acte officiel du
mariage. La copie ou l’extrait de cet acte est remis aux
époux comme preuve du mariage. Aucun autre moyen de
preuve ne peut le remplacer ni y faire échec.
Même la possession d’état d’époux qui est la preuve
naturelle la plus spontanée, celle qui résulte de
l’apparence, ne peut dispenser les prétendus époux qui
l’invoquent, de présenter l’acte de célébration du
mariage.
En effet, la possession d’état d’époux s’établit par
la réunion d’un certain nombre de faits  :
- D’abord, le fait de porter le nom de l’époux

Le mariage civil 53
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

-Ensuite, le fait d’en avoir la réputation c’est-à-dire


d’être reconnu comme tel par la famille et dans la
société. ( l’article 47 ). Il apparaît en définitive que la
preuve qui est la plus proche de la réalité de la vie (la
possession d’état) est celle qui est la moins sûre, et la
preuve qui est la plus administrative est celle qui paraît
avoir le plus de véracité.

B- Les exceptions

Cependant, l’article 45 a prévu des exceptions au


principe  : il s’agit des hypothèses de perte ou de
destruction totale ou partielle des registres.
Dans ces conditions, la preuve est libre, la
possession d’état est alors admise
-Lorsque la possession d’état de mariage confirme
un acte de mariage qui a une irrégularité (par exemple
les époux n’ont pas signé l’acte), nul ne peut se prévaloir
des irrégularités de cet acte (article 48)
-Lorsque les enfants ignorent la date et le lieu de
la célébration du mariage de leurs parents et que ceux-
ci sont décédés, les enfants peuvent, pour prouver le
mariage de leurs parents, démontrer la possession d’état
d’enfants légitime.

Section 2 - Les sanctions des conditions de


formation du mariage
En droit commun, l’absence d’une condition de fond
ou de forme d’un acte juridique entraîne sa nullité.
Il faut pour cela que cette irrégularité ne soit pas
légère .Ces règles sont particulièrement écartées en
matière de mariage, en raison de l’importance sociale
du mariage. Il faut en effet éviter de détruire le mariage
toutes les fois que cela n’est pas indispensable.
Ainsi, lorsqu’elles interviennent, les sanctions des
conditions du mariage sont de deux types  :
-Les unes sont préventives, c’est le système des
oppositions
-Les autres interviennent à posteriori, c’est le
mécanisme des nullités

Le mariage civil 54
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Paragraphe 1 - Les oppositions au mariage.

L’officier de l’état civil ne doit pas célébrer les


mariages auxquels manquent des conditions légales.
C’est pourquoi il doit examiner les pièces qui lui ont été
fournies. Mais cet examen est parfois insuffisant pour
connaître la parfaite régularité du mariage. La loi invite
donc les tiers qui ont eu connaissance d’un
empêchement, d’avertir l’officier de l’état civil, par le
biais du procureur de la république.

A- La nature et le fondement des oppositions


L’opposition est une sanction préventive car elle fait
défense à l’officier de l’état civil de célébrer le mariage
lorsqu’un fait susceptible de constituer un empêchement
est porté à sa connaissance ( article 13 de la loi relative
au mariage ). Par exemple, lorsque le conjoint d’une
précédente union non dissoute déclare à l’officier d’état
civil le danger de la bigamie.
L’opposition se déroule en deux temps  : tout
d’abord l’officier de l’état civil prend connaissance de
l’empêchement  ; il prononce alors un sursis à célébrer et
il avise le ministère public dans les 48 heures.
Le ministère public examine le dossier puis prend
une décision. Il va soit demander que la célébration du
mariage ait lieu, soit au contraire, former opposition.
En Côte d’Ivoire, seul le procureur de la République
peut former opposition au mariage (Cf. art. 13 de la loi
sur le mariage).

B- Les effets de l'opposition

L’opposition empêche la célébration du mariage


pendant un an. Au bout d’une année, le mariage devient
possible sauf si l’opposition est renouvelée  ; la
célébration devient alors impossible tant qu’il n’y a pas eu
mainlevée de cette opposition.
La mainlevée de l’opposition est demandée par les
futurs époux au tribunal du lieu du mariage projeté. Le
tribunal doit statuer dans les dix (10) jours de sa saisine,

Le mariage civil 55
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

et la Cour d’Appel dans le délai d’un mois après l’appel


(art. 15 ).
La mainlevée empêche toute autre opposition,
même pour une autre cause (art. 16). Cette mainlevée est
communiquée à l’officier de l’état civil qui pourra alors
célébrer le mariage.

Paragraphe 2 - Les nullités du mariage

La nullité ne joue que si les mesures préventives


prises par la loi n'ont pu empêcher la célébration du
mariage régulier.
Mais, est-ce à dire que tout mariage irrégulier sera
toujours nul? En matière de mariage, la loi a limité
l'application de la nullité dans ses causes et dans ses
effets.
A- Les causes de la nullité.

L'application de la nullité est limitée dans ses


causes par la distinction entre nullités absolues et
nullités relatives, et par le régime particulier fait pour
ces nullités.

1- Les nullités absolues


a- Les hypothèses d'annulation.
Les causes de nullité absolue sont énumérées dans
l'article 31 de la loi sur le mariage.
- C'est tout d'abord l’impuberté, c'est-à-dire que les
futurs époux n'ont pas atteint l'âge légal et n'ont obtenu
aucune dispense.
- Il y a ensuite la bigamie, l'inceste, l'absence de
consentement personnel des époux,
- et enfin, l'incompétence de l'officier de l'état civil.

b- La mise en œuvre de la nullité

Les personnes habilitées à mettre en œuvre la


nullité sont: les époux, le ministère public et toute
personne ayant un intérêt. En cas d'incompétence de

Le mariage civil 56
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

l'officier de l'état civil, l'action n'est plus possible si les


époux ont la possession d'état de gens mariés.
L'action en nullité absolue est imprescriptible
(voir Cour Suprême 29 juin 1971; RID 72-73/3-4, p.69 )

2- Les nullités relatives.

Elles sont prévues par l'art. 35 de la loi relative au


mariage. Il y a deux cas de nullité relaté: les vices du
consentement d'une part, et l'absence de consentement
du représentant du mineur, d'autre part.

L'action en nullité appartient dans les deux cas à


celui que la loi protège: c'est l'époux dont le
consentement est vicié d'une part et l'époux mineur et
son représentant d'autre part.
L'action en nullité relative se prescrit par 30 ans
(art. 37). Cependant, il peut y avoir confirmation du
mariage, ce qui empêche l'action en nullité.
En cas de vice du consentement, cette
confirmation peut être expresse ou tacite s'il y a
cohabitation pendant six (06) mois après la fin de la
violence ou la découverte du vice (art 38).
En cas de défaut d'autorisation du mariage des
mineurs, il y aura impossibilité d'agir en nullité en cas
d'approbation expresse ou tacite du représentant légal.
L'écoulement d'un délai d'un an sans réclamation
vaut consentement tacite de la part de ceux dont le
consentement était nécessaire. Quant aux époux, ils ne
peuvent plus agir en nullité lorsqu'ils ont atteint l'âge de
22 ans révolus. (Article 38.  2).

B- Les effets de la nullité.

La nullité a pour effet la disparition rétroactive de


l'acte irrégulier. Ainsi, la rétroactivité de la nullité devrait
avoir pour conséquence que les conjoints d'un mariage
nul n'auraient jamais été des époux mais des concubins.
Deuxième conséquence, il n'y aurait pas de régime
matrimonial entre ces prétendus époux et la communauté

Le mariage civil 57
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

d'intérêts qui a pu exister entre eux devrait être liquidée


comme une société de fait.
Troisième conséquence, les enfants issus de cette
union ne devraient pas être légitimes, ils devraient être
soumis au régime des enfants naturels.
Mais le droit commun de la nullité est difficilement
applicable aux nullités du mariage pour deux raisons:
*Tout d'abord parce que le mariage est une sorte de
contrat successif et dans la théorie des actes juridiques,
cela suffit déjà à modifier les effets produits par la nullité
en droit commun.
*Ensuite, le mariage est un acte exceptionnellement
grave. Particulièrement lorsque les enfants sont issus de
cette union. Ainsi, la loi a-t-elle, depuis longtemps,
apporté des tempéraments à la rétroactivité de la nullité
du mariage, tant à l'égard des enfants qu'à l'égard des
époux.
1- A l’ égard des époux.

Entre époux, la rétroactivité de la nullité est écartée


lorsque les époux avaient cru en la validité du mariage.
Le mariage ne vaut pas en réalité, il vaut en croyance
comme mariage putatif. Cela signifie qu'il est dissout
pour l'avenir mais maintenu pour le passé.

a- Les conditions du mariage putatif.

Le fondement qui justifie l'octroi de ce bénéfice est


la bonne foi du conjoint victime d'une erreur sur la validé
du mariage. En effet, l'article 42 de la loi relative au
mariage précise que la décision prononçant la nullité
doit également statuer sur la bonne foi de l'un ou l'autre
des époux . La bonne foi est présumée. La bonne foi est
l'ignorance du vice qui empêchait le mariage. C'est celui
qui veut écarter les effets du mariage putatif qui doit
établir la mauvaise foi, en prouvant que le conjoint
intéressé avait eu connaissance du vice affectant le
mariage.

b- Les effets du mariage putatif.

Le mariage civil 58
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Le mariage putatif est un tempérament aux effets de


la nullité. Il assure un maintien du mariage pour le
passé. Le mariage putatif produit les effets d'un mariage
dissout sans rétroactivité, si bien que le régime juridique
du mariage putatif se réalisera en deux temps.

*D'abord, pour l'avenir, le mariage disparaît; les


intéressés n'ayant plus la qualité de gens mariés, ne
peuvent s'en prévaloir; par exemple, si l'un d'eux décède
postérieurement au jugement d'annulation, le conjoint
survivant n'a aucun droit de succession.

*Ensuite, pour le passé, le mariage est retenu, mais


dans des mesures différentes selon les cas, car
intervient ici la notion de bonne foi.
*Si les deux époux sont de mauvaise foi, selon
l'article 43, le mariage est réputé n'avoir jamais existé,
tant dans les rapports des époux entre eux que dans leur
rapport avec les tiers. Ce qui signifie, a contrario, que si
les deux époux sont de bonne foi, tous les effets
patrimoniaux produits par le mariage annulé sont acquis.
Si l'un des époux est décédé avant le jugement de
nullité; le conjoint suivant peut obtenir un droit de
succession et, éventuellement, la communauté, selon le
régime matrimonial.

*Si l'un des époux est de mauvaise foi, l'article 44


précise que le mariage est nul et réputé n'avoir jamais
existé à son égard (de l'époux de mauvaise foi). Ainsi
donc, le conjoint de mauvaise foi ne peut invoquer le
bénéfice du mariage putatif. Il y a donc inégalité entre
les époux. C'est ainsi que l'époux de bonne foi peut
recueillir la succession de son conjoint avant la nullité.
L'époux de mauvaise foi ne pouvant demander le
bénéfice du mariage putatif, la communauté d'intérêts
entre les conjoints est liquidé comme une société de fait.

2- A l’ égard des enfants.

L'application de la rétroactivité de la nullité telle


que l'entend le droit commun des actes juridiques aurait
du avoir sur les enfants des conséquences

Le mariage civil 59
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

particulièrement vigoureuses. Puisqu'il n'y a jamais eu


de mariage, la filiation est illégitime; mais cette solution
rigoureuse a été écartée et selon les articles 43 alinéa 2
et 44 alinéa 3, même si aucun des époux n'est de bonne
foi, ou si l'un seulement est de bonne foi, les enfants
restent légitimes.
A l'égard des enfants, la nullité produit les mêmes
effets que le divorce.

3- A l’égard des tiers

Les époux de bonne foi peuvent se prévaloir contre


les tiers (ayants cause particuliers et créanciers) de la
non-rétroactivité.
Les ayants cause universels (héritiers) des époux
de bonne foi peuvent invoquer, comme leur auteur, la
non-rétroactivité.
Les tiers peuvent se prévaloir contre les époux, de
bonne ou de mauvaise foi, du caractère putatif du
mariage par application de la théorie de l’apparence.
Après avoir vu les conditions de forme du mariage
et les sanctions qui frappent la violation de ces
conditions, il nous faut nous interroger sur les effets du
mariage.

Le mariage civil 60
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Chapitre 3
Les effets du mariage
Le mariage produit une série d'effets juridiques.
Selon l'article 50 de la loi relative au mariage, le mariage
crée la famille légitime. En conséquence, le mariage est
la principale source de la légitimité des enfants.
En outre, entre époux, le mariage établit des
rapports complexes  : ceux-ci peuvent d'ailleurs être
distingués selon qu'ils concernent principalement les
rapports personnels ou qu'ils sont relatifs aux rapports
pécuniaires entre époux.
Il faut préciser que ces effets sont attachés non
seulement aux mariages contractés après 1964 devant
l'officier d'état civil, mais aussi aux mariages coutumiers
célébrés avant 1964 et déclarés.

Section 1- Les rapports personnels entre époux


Le mariage ne fait plus naître des prérogatives
maritales, des rapports de hiérarchie mais a laissé place
au contraire à l’égalité des époux (&1). Le mariage a
toujours fait naître entre époux des droits et des devoirs
réciproques, des rapports de réciprocité (&2).

Paragraphe 1 - Les rapports d’égalité entre époux

Malgré la réforme de 1983 qui a essayé de combler


le fossé entre les époux, il existait encore entre le mari
et la femme une inégalité : le mari était le chef de
famille, la femme occupait la seconde position dans la
famille jusqu’à l’équilibre des rapports extrapatrimoniaux
par la réforme du 25 janvier 2013.
Les mœurs ont profondément changé aujourd’hui ,
pour aboutir à la loi n° 2013- 33 du 25 janvier 2013
portant abrogation de l’article 53 et modifiant les articles
58,59,60 et 67 de la loi n° 64 -375 du 7 octobre 1964
relative au mariage, telle que modifiée par la loi n°83-
800 du 2 août 1983 qui a eu pour effet de :

Les effets du mariage 61


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

- reconnaître à la femme mariée une pleine capacité


juridique;
- substituer la qualité de "chef de famille" à l'égalité
entre époux par la gestion conjointe de la famille dans
l’intérêt du ménage et des enfants, l'article 58 établi par
la loi n°64-375 du 7 octobre 1964 modifiée par la loi
n°83-800 du 2 août 1983 disposant : "Le mari est le chef
de famille. Il exerce cette fonction dans l'intérêt commun
du ménage et des enfants   …La femme remplace le mari
dans sa fonction de chef s’il est hors d’état de
manifester sa volonté en raison de son incapacité, de
son absence, de son éloignement ou de tout autre
cause" .

Cette mutation se prolonge par la substitution de sa


possible opposition à l'exercice d'une profession séparée
par sa femme et du possible recours de celle- ci contre
un mauvais choix du lieu de résidence du ménage.
Ainsi, la nouvelle loi, entrée en vigueur le 09 mars
2013 place les conjoints sur un pied d’égalité dans la
mesure où les époux ont, dorénavant, les mêmes droits
et les mêmes obligations. Ils agissent au même titre. Par
conséquent, on ne pourrait plus étudier les effets
personnels des époux sous l’angle des droits du mari,
d’une part et ceux de la femme, d’autre part. D’où, il
serait intéressant de traiter des différents aspects de
l’exercice des droits des époux dans la gestion conjointe
de la famille à l’épreuve de la réforme intervenue le 25
janvier 2013.

A- Les droits des époux dans la direction matérielle


et morale de la famille.

La loi du 25 janvier précitée abrogeant l’article 53 et


modifiant les articles 58,59,60 et 67 de la loi n°64-375
du 7 octobre 1964 relative au mariage, telle que modifiée
par la loi n° 83-800 du 2 août 1983 modifie les relations
conjugales dans le sens d'une complète égalité des deux
conjoints et d'une direction collégiale de la famille.
Désormais, l'article 58 est, ainsi, rédigé :

Les effets du mariage 62


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

"La famille est gérée conjointement par les époux


dans l’intérêt du ménage et des enfants. Les époux
assurent ensemble la direction morale et matérielle de la
famille. Ils pourvoient à l'éducation des enfants et
préparent leur avenir" .
Que doit – on entendre par gestion conjointe  ?
La gestion conjointe doit s’entendre de la détention
en titre par les deux époux des droits afférents à cette
gestion. Ainsi, le consentement de chacun des époux est
nécessaire relativement aux différents actes
d’administration et de disposition du couple.

En découlent des nouveaux principes :

- L'article 60 :

"La résidence de la famille est au lieu qu'ils


choisissent d'un commun accord" .

- L'article 67  :
"Chaque époux peut librement exercer une
profession..." .

B- Le choix du domicile conjugal.

L’article 60 nouveau dispose  : « le domicile de la


famille est choisi d’un commun accord par les époux »
Ce pouvoir discrétionnaire reconnu au mari prend
fin, en principe, avec cette nouvelle disposition.
Toutefois, il faut noter que la question de la protection
de l’intérêt de la famille est toujours assurée par
l’intervention du juge par l’époux le plus diligent.

C- L’exercice d’une profession par chacun des


époux.

- Sous la loi du 7 octobre 1964 relative au mariage,


un droit d'opposition à l'exercice d'une profession par la
femme était reconnu au mari. Ce pouvoir découlait de sa
qualité de chef de famille. Et la femme qui ne voulait pas
se soumettre aux vœux de son mari pouvait saisir le

Les effets du mariage 63


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

tribunal. Celui- ci vérifiait si l'opposition du mari était


justifiée par l'intérêt de la famille. Dans l'affirmative, le
tribunal maintenait l'interdiction à cette femme d'exercer
une profession. Dans la négative, le tribunal pouvait
demander la mainlevée de cette interdiction.
- Depuis la loi du 2 août 1983, le mari n'a plus ce
droit de veto. En effet, l'article 67 nouveau dispose :
« La femme peut exercer une profession séparée de
celle de son mari, à moins qu'il ne soit judiciairement
établi que l'exercice de cette profession est contraire à
l'intérêt de la famille ».
Il appartient donc désormais au mari qui ne veut
pas voir sa femme exercer une profession séparée, de
saisir le tribunal. Autrement dit, seul le tribunal peut
interdire à la femme d'exercer une profession si celle- ci
est contraire à l'intérêt de la famille.
Aujourd’hui, avec la loi de réforme, c’est un droit ou
une liberté qui offerte à chacun des époux d’exercer la
profession de son choix. Le mari, en raison du principe
d’égalité qui le lie à son épouse, ne peut, en principe,
interférer dans la profession quant au choix qu’elle a à
faire, excepté le tribunal à condition que l’exercice de
cette profession ne soit contraire à l’intérêt de la famille.
Ainsi, le respect de l’intérêt de la famille est la
condition sine qua non de l’exercice d’une profession par
l’un et l’autre des époux.
Il est à noter une nette amélioration du statut de la
femme qui se traduit par sa prise en compte dans les
décisions concernant le ménage.
Au regard de l’article 58, la femme n’est plus une
simple aide du mari dans la gestion du ménage et
n’attendra plus que le mari soit absent, empêché ou dans
l’incapacité de manifester sa volonté pour le remplacer.
La gestion conjointe du ménage est source
d’équilibre entre les époux dans la gestion du ménage.
Par rapport à l’article 60, l’équilibre est établi dans
le choix du domicile conjugal qui est l’affaire des deux
époux avec le choix concerté du domicile.
Au regard de l’article 59, la reforme  entraîne une
suppression de la dépendance de la femme par rapport
au mari dans les charges du ménage. Il s’agit désormais

Les effets du mariage 64


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

d’une obligation conjointe des époux. Il y a une égalité


de traitement.
Par rapport à l’article 67, la possibilité est donnée à
la femme d’apprécier la profession du mari dans l’intérêt
de la famille
Mais qu'elles sont les fonctions réelles de la
femme ? Autrement dit, chacun des époux exerce-t-il des
fonctions dans le ménage  ? Mieux, le mari peut il exercer
des fonctions domestiques  ? A vrai dire, malgré l’égalité
entre l’homme et la femme, il serait moralement
inacceptable que des fonctions domestiques soient
dévolues au mari. Mais cela n’est pas à exclure selon les
couples. D’où l’examen des fonctions traditionnelles de
la femme mariée.

D- Le mandat domestique ou le droit de représentation

Il s’agit des fonctions normales qui lui sont


reconnues dans tout ménage, même en présence d'une
épouse capable d'agir. Les fonctions exceptionnelles qui
ne lui étaient reconnues dans les situations
pathologiques, lorsque le mari est hors d'état de
manifester sa volonté sont désuètes puisqu’elle
l’exercice de plein droit.
C'est essentiellement le pouvoir domestique de la
femme mariée. Cela suppose une répartition des
fonctions dans le couple. Ainsi, le mari a la direction
générale, la femme a un secteur de pouvoirs qui lui est
propre : c'est le pouvoir domestique, c'est-à-dire le
pouvoir de faire tous les actes d'administration
ménagère, achat de denrées, de vêtements, etc. ( article
65 de la loi relative au mariage ).
Cependant, au regard de la nouvelle loi du 25
janvier 2013, notamment les amendements des articles
58 et 59, cet article 65 aurait dû être révisé dans la
simple mesure où les époux gèrent dorénavant la famille
de façon conjointe. L’homme ou le mari n’est plus le chef
de famille. Il partage cette fonction avec la femme. Par
conséquent, l’idée d’une représentation du mari par la
femme, tel que l’indique l’article 65 précité n’a plus sa
raison d’être. L’un représente l’autre et inversement.

Les effets du mariage 65


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

En outre, les pouvoirs de la femme mariée se sont


vu augmenter par le nouvel article 59 alinéa 1 qui
dispose que les époux contribuent aux charges du
ménage à proportion de leurs facultés respectives.
Partant de cette règle, l’obligation d’assumer les charges
du ménage ne pèse plus à titre principal sur le mari. Les
obligations du ménage pèsent conjointement sur le mari
et la femme au prorata de leurs facultés respectives. Ce
qui voudrait dire que chacun des époux est responsable
personnellement envers les tiers des dettes contractées
dans l’intérêt du ménage en fonction de ses moyens
sans forcément un effet de représentation.
Ainsi, la femme ne peut, en principe, compter sur le
mari principalement pour les besoins du ménage. Les
actes qu'elle accomplit dans le cadre de son pouvoir
domestique engagent les deux envers les tiers.
Par exemple, les tiers peuvent se faire payer sur
les biens des deux époux. Si les époux sont mariés sous
le régime de la communauté des biens, les tiers peuvent
se faire payer sur les biens communs et sur les biens
propres.
C’est ce que transparaît clairement au regard de
l'article 84 §1 nouveau lorsqu’il dispose que les dettes
contractées par chacun des époux peuvent être
poursuivies sur les biens communs et sur les biens
propres tant de l'un que de l'autre, si elles portent sur
les besoins et charges du ménage. L'article 86 nouveau
indique que sont considérées comme dettes solidaires de
deux époux, celles contractées dans l'intérêt du ménage.
Ainsi, en droit ivoirien, malgré la représentation, la
femme se trouve engagée lorsqu'elle contracte des
dettes dans l'intérêt du ménage, ce qui est anormal eu
égard aux règles du mandat. Par conséquent, la règle de
la représentation de l’article 65 doit être amendée, voire
abrogée. Désormais, la femme n’agit plus en vertu d’un
mandat domestique. Ni la femme et a fortiori le mari,
n’est représentant ou le mandataire de l’autre. Chacun
agit en son nom et pour son compte. A la limite, on
pourrait retenir que le mandat domestique est
réciproque.

E- L’exercice de la puissance paternelle.

Les effets du mariage 66


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

La cogestion de la famille conjugale pose, en


principe, la question de l’exercice de la puissance
paternelle sur les enfants mineurs. Le législateur, lors de
cette réforme, devrait régler le problème. Mais dans le
silence de la loi, on pourrait dire que l’exercice de la
puissance paternelle ne revient plus à la femme de façon
exceptionnelle, tel que le prévoit l’article 6 de la loi
relative à la minorité. Cet exercice de la puissance
paternelle doit s’entendre d’un exercice conjoint à la
manière de la gestion conjointe de la famille. Ainsi ni le
mari ni la femme n’exerce, à titre principal, la puissance
paternelle.

Paragraphe 2 - Les rapports de réciprocité.

Selon l'article 51, " les époux s'obligent à la


communauté de vie, ils se doivent mutuellement fidélité,
secours et assistance ".
Si le devoir de secours fait partie de l'ordre des
rapports pécuniaires, en revanche les devoirs de
cohabitation, de fidélité et d'assistance relèvent bien de
l'ordre des rapports personnels. Aussi, nous verrons le
devoir de cohabitation, puis le devoir de fidélité et enfin
le devoir d'assistance.

A- Le devoir de cohabitation

La cohabitation implique non seulement une


communauté d'habitation et de vie, mais aussi des
relations sexuelles : le principe c'est la cohabitation
stricte. Mais cette obligation n'est pas absolue, elle
connaît des exceptions (2).
1- Le principe

L'article 60 alinéa 1 montre bien l'obligation qui


incombe aux époux de vivre ensemble. Malgré le droit
reconnu au mari de choisir la résidence de la famille,
l'obligation de cohabitation n'en est pas moins
réciproque. Elle pèse tant sur le mari que sur la femme.

2- L’Exception

Les effets du mariage 67


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Cependant, cette obligation n'est pas absolue : une


impossibilité physique et même morale peut en justifier
l'inaccomplissement. En effet, selon l'article 60 alinéa 2,
la femme peut, par exception, être autorisée à avoir pour
elle et ses enfants, une autre résidence fixée par le juge.
Si par sa faute, le mari rendait la vie commune
intolérable à sa femme, celle- ci est en droit de s'y
refuser ; c'est par exemple le cas pour la femme qui ne
trouverait pas au domicile conjugal le traitement et les
égards auxquels elle a droit.
En dehors de ces faits justificatifs, rien ne peut
dispenser un époux du devoir de cohabitation, même par
accord express ou tacite de l'autre. D'où la nullité des
pactes de séparation amicale, du moins en ce sens que
chacun des conjoints peut à tout moment, malgré la
convention, exiger la reprise de la vie commune.

3- L'exécution de l'obligation de cohabitation

La difficulté, c'est d'assurer l'exécution d'une


obligation qui est si personnelle. Le conjoint qui s'y
dérobe pourrait-il être contraint par la force publique, ou
doit-on utiliser un autre moyen de pression ?

a- Le recours à la force publique.

Le recours à la force publique est-il nécessaire pour


faire ouvrir les portes du domicile à la femme lorsque
son mari ne veut pas la recevoir ?
Le recours à la force publique a été admis par les
tribunaux ivoiriens ( voir Cour d'Appel d'Abidjan 3 mai
1968 RID 1969/2, p 41 .).
Cette jurisprudence peut sembler dangereuse car
elle pourrait déboucher sur des excès. En effet, les
rapports entre époux relèvent de l'intimité et il est par
conséquent peu souhaitable que la force publique
intervienne dans ce domaine.

b- Les moyens indirects de pression.

Les effets du mariage 68


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Par exemple, l'époux récalcitrant pourra être


condamné à des astreintes, c'est-à-dire à payer une forte
somme par jour de retard dans l'exécution de son
obligation.
L'article 59 alinéa 3 précise que le mari peut
suspendre l'obligation d'assumer les charges du mariage
à titre principal si la femme abandonne, sans justes
motifs, la maison conjugale et qu'elle refuse d'y
retourner. En d'autres termes, le législateur ivoirien
incite le mari à couper les vivres à la femme
récalcitrante.
Mais, en dernier ressort, l'époux peut recourir au
divorce; en effet, il y a injure grave à ne pas accepter la
vie commune ( article 1 de la loi relative au divorce ).
Enfin, la violation du devoir de cohabitation peut
être sanctionnée pénalement par le délit d'abandon de
famille.
Qu'en est-il du devoir de fidélité ?

B- Le devoir de fidélité

Il est prescrit par l'article 51, et sa violation, soit


matérielle, soit morale est juridiquement sanctionnée.

1- L'infidélité matérielle.

Elle est constituée par toute relation sexuelle avec


un autre individu que le conjoint. C'est l'adultère
sanctionnée à la fois par la loi civile qui en fait une
cause de divorce ( art 1 §1 de la loi sur le divorce ), et par
la loi pénale qui le frappe de peine pénale. L'adultère est
réprimé comme délit pénal ( art. 381 du Code Pénal ). La
loi pénale est moins sévère pour l'adultère de l'homme
que pour celui de la femme.
La notion pénale de l'adultère est différente de la
notion civile. C'est ainsi que la femme convaincue
d'adultère peut se voir infliger une peine
d'emprisonnement de six mois à un an, de même que son
complice (amant).
Est frappé de la même peine, le mari qui, dans la
maison conjugale commet un adultère, ou en dehors de

Les effets du mariage 69


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

la maison conjugale, a des relations habituelles avec une


autre femme.
L'adultère de la femme apparaît plus dangereux
pour l'ordre social car il risque de rattacher au mari les
enfants qui ne sont pas les siens.
En tant que délit civil, l'adultère peut motiver soit
une demande de dommages et intérêts pour la réparation
du préjudice moral subi, soit une demande de divorce ou
de séparation de corps. Il n'y a pas de ce point de vue à
distinguer entre l'adultère du mari et celui de la femme.
Tout fait d'adultère du mari est cause de divorce.

2- L'infidélité morale.

L'infidélité n'est pas forcément matérielle. Elle peut


être simplement morale, c'est-à-dire que par exemple,
l’épouse n'est pas allé jusqu'aux relations sexuelles,
mais s'est borné à des intrigues amoureuses avec une
autre personne que son époux.

C- Le devoir d'assistance

Il existe entre époux un devoir d'aide et de soin.


- Un devoir d'aide dans le travail ; en conséquence,
la femme ne pourrait prétendre à une indemnité du mari
pour le travail qu'elle a pu fournir à son profit, dans
l'accomplissement des tâches ménagères. De même, elle
ne peut pas être considérée comme liée à l'autre par un
contrat de travail quand elle l'aide dans l'exercice de sa
fonction.
Cependant le droit ivoirien permet sur le plan fiscal
de rémunérer le conjoint.

- Un devoir de soin pèse sur les époux. Lorsque l'un


des époux est malade ou infirme, l'autre a l'obligation
de lui donner les soins que nécessite son état.

D'une façon générale, le devoir d'assistance est


celui d'apporter au conjoint l'appui de son affection et de
son dévouement dans les difficultés de la vie. C'est
pourquoi le droit ivoirien répugne à admettre le divorce
pour cause de maladie mentale ou incurable.

Les effets du mariage 70


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Mais, l'accomplissement du devoir d'assistance


suppose une communauté de vie. En cas de séparation,
l'assistance ne revêt qu'une forme pécuniaire ; elle
consiste à subvenir au traitement du conjoint malade.
Si au niveau des devoirs, il apparaît des rapports de
réciprocité, au niveau des droits, on constate des
rapports pécuniaires.

Section 2 - Les rapports pécuniaires entre époux


Le fait primordial des rapports du mariage dans
l'ordre pécuniaire est le devoir de secours. A ce devoir, il
faut ajouter les droits et obligations qui découlent du
régime matrimonial.

Paragraphe 1 - Le devoir de secours.

Le devoir de secours prévu par l'article 51 pèse


virtuellement sur chacun des époux au profit de l'autre;
mais, il pèse effectivement sur celui qui a des
ressources suffisantes au profit de celui qui est dans le
besoin.
Le devoir de secours, c'est l'obligation réciproque
pour les conjoints de se fournir les ressources
nécessaires à la vie. Le devoir de secours n'est autre
chose que l'obligation alimentaire entre époux.
La mesure de l'obligation dépend des besoins du
créancier et des moyens du débiteur.
En principe, lorsque les époux vivent ensemble,
leurs patrimoines sont le plus souvent réunis sous
l'administration de l'un d'eux, le mari.
Dans cette situation, le devoir de secours
s'accomplit jour après jour par l'effet de la cohabitation
et du régime matrimonial.
Cependant, l'exécution du devoir de secours peut
être distinct ; il en est ainsi quand il n'y a plus en fait ou
en droit, communauté de vie conjugale, quand le mariage
est relâché ou dissout.
- En cas de séparation de fait ( ou de résidence
séparée ), une pension alimentaire va devenir nécessaire,
en principe, pour assurer l'entretien de la femme.

Les effets du mariage 71


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

- En cas de divorce ou de séparation de corps, le


devoir de secours subsiste, et il peut y avoir lieu à une
pension alimentaire, dans des conditions différentes
selon qu'il s'agit de divorce ou de séparation de corps ;
car, on tient compte de la responsabilité que l'un des
époux a pu encourir dans le divorce ou la séparation de
corps.
- En cas de décès de l'un des époux, le devoir de
secours survit au mariage qui a été dissout par la mort.
Des droits et obligations des époux peuvent
également découler de leur régime matrimonial.

Paragraphe 2 - Le régime matrimonial

(Voir Mme Oble : le régime matrimonial des


ivoiriens : Premières réflexions sur la loi n°83-800 du 2
août 1983 relative au mariage, RID 1984-85/1-2-3-4/
page 50).
Le régime matrimonial est constitué par l'ensemble
des règles relatives aux rapports pécuniaires existant
entre époux, ou s'établissant entre les époux et un tiers.
Si du point de vue de leur rapport personnel, tous
les époux sont soumis aux mêmes règles, il n'en est pas
de même en ce qui concerne leurs biens, car il existe
deux régimes matrimoniaux.
Bien que ces deux régimes se distinguent par
l'existence de règles particulières, on note cependant
des règles qui leur sont communes.

A- Les règles communes aux deux régimes.


1- Le choix du régime matrimonial

Selon l'article 69 nouveau, " le mariage a pour effet


de créer entre les époux une communauté de biens, à
moins que ceux-ci ne déclarent opter pour le régime de
la séparation des biens ".
Ainsi, l'innovation apportée par la loi du 2 août 1983
réside dans la possibilité qui est reconnue aux époux de
choisir leur régime matrimonial. Et puisqu’ils peuvent
choisir leur régime, la loi leur reconnaît la possibilité
d'en changer si le régime choisi ne leur convenait plus.

Les effets du mariage 72


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

a- La possibilité de choisir le régime.

Le législateur a retenu deux régimes : la


communauté de biens réduite aux acquêts et la
séparation des biens.
D'après l'article 27 nouveau, seuls les futurs époux
majeurs peuvent eux-mêmes opter pour leur régime.
Quant aux mineurs, ce sont leurs ascendants qui doivent
opter à leur place. Cela est anormal étant donné que les
intérêts des uns et des autres peuvent être divergents.
Quelles que soient les personnes qui vont exercer
l'option, celle- ci doit avoir lieu le jour de la célébration
du mariage.
Depuis la loi nouvelle d'août 1983, les ivoiriens qui
désirent se marier peuvent user de cette faculté.
Quant à ceux qui s'étaient mariés avant 1983,
c'est-à-dire sous le régime de la communauté des biens,
ils peuvent après 1983, changer de régime et opter pour
la séparation des biens.
Malgré le retard enregistré pour l'application de
cette loi, les statistiques recueillies auprès des mariés
d'Abidjan montrent que très peu de couples optent pour
la séparation des biens.

b- La possibilité de changer de régime.

Elle résulte de l'article 74 nouveau. Le changement


de régime matrimonial ne peut intervenir qu'après deux
années d'application du régime choisi, car il faut éviter
que la première difficulté rencontrée par les époux ne
soit une occasion de changer de régime. Le changement
doit être total. L'article 74 nouveau exige une requête
conjointe des époux. Cette exigence est justifiée et
conforme à l'article 70 qui énonce que l'option doit
résulter d'une déclaration commune des époux.
Les effets attachés au changement de régime
diffèrent selon qu'il s'agit des rapports entre les époux
ou des rapports avec les tiers.
- Dans les rapports entre époux, l'article 113
indique que le changement de régime prend effet au jour
du jugement.

Les effets du mariage 73


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

- Quant aux tiers, il faut qu'une mention soit faite en


marge de l'acte de mariage et un avis inséré dans le
quotidien Fraternité matin.

2- Le statut matrimonial de base.


Deux aspects sont à relever  :
a- La contribution des époux aux charges du ménage

Les charges du ménage comprennent les obligations


relatives à l'entretien du ménage et à l'éducation des
enfants. Le montant de la contribution des époux est fixé
par les textes.
L'article 53 énonce que les époux contribuent aux
charges du ménage en proportion de leurs facultés
respectives. Mais l'article 59 précise que les charges du
mariage incombe au mari à titre principal, en tant que
chef de famille.
En pratique, lorsque c'est seulement le mari qui
travaille, la question de la participation ne se pose plus.
Tant que l'entente règne entre les époux, la femme
contribue à courir les charges du ménage par des
prestations en nature. Mais le législateur ivoirien n'a pas
tenu compte de cet état de fait contrairement au
législateur français qui a prévu dans l'article 214 alinéa
3 du code civil que la femme peut contribuer aux charges
du ménage par son activité au foyer.
L'article 53 alinéa 2 et l'article 59 alinéa prévoient
que l'époux défaillant peut être contraint en justice à
exécuter son obligation. C'est-à-dire que l'on va recourir
aux mesures prévues pour sanctionner la violation de
l'obligation alimentaire. C'est, par exemple, la saisie
arrêt sur le salaire. Et cela se produit en pratique quand
les époux sont séparés de fait.
b- Le compte en banque des époux.

L'article 66 nouveau reconnaît à la femme le


pouvoir de se faire ouvrir un compte en son nom et sans
le consentement de son mari. La banque n'a plus à
demander de justification relative à la situation de
famille et au régime matrimonial.

Les effets du mariage 74


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Le fonctionnement du compte a été réglé de


manière à reconnaître à la femme une réelle
indépendance. L'article 66 alinéa 2 établit une
présomption de pouvoir. L'époux déposant est réputé à
l'égard du dépositaire (banque) avoir la libre disposition
des fonds en dépôt.

B- Les règles particulières à chaque régime


1- Le régime de la communauté réduite aux acquêts.
a- La composition de la communauté.

La communauté est composée d'éléments actifs et


passifs.

 Eléments actifs : -Tous les biens acquis à titre


onéreux par les époux (c'est-à-dire achetés),
- Les biens provenant des libéralités faites aux deux
époux.
- L'article 76 nouveau y ajoute les revenus des
biens propres.
Sont propres les biens acquis par les époux avant le
mariage, ou pendant le mariage par donation ou
succession. Il faut y ajouter les vêtements et les linges
des époux.
Pour faire la preuve du caractère propre ou commun
des biens, la loi recourt à une présomption. C'est l'article
77 nouveau qui édicte la présomption de communauté.
Selon cet article 77 " tout bien est présumé commun si on
ne prouve qu'il est propre à l'un des époux ". Par cette
disposition, la loi présume que la propriété commune est
le fait du travail commun.

 Les éléments passifs


- Le passif commun est constitué par les dettes
relatives à l'entretien du ménage et à l'éducation des
enfants. Constitue également un passif commun les
dettes provenant de deux époux agissant ensemble et de
concert.

Les effets du mariage 75


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

- Le passif propre : entrent dans cette catégorie, les


dettes dont un des époux est tenu au jour de la
célébration du mariage ou celles dont se trouvent
affectées les successions et libéralités qui lui échoient.
Ces dettes doivent être payées sur les biens
propres de l'époux qui en est tenu.

b- L'administration des biens dans le régime de la


communauté.

En principe, le mari reste administrateur de la


communauté. Et selon l'article 81 alinéa 1 le mari exerce
seul tous les actes d'administration ou de disposition sur
les biens communs. Cependant, relativement aux actes
de disposition, la loi pose des limites : le mari ne peut
seul disposer des biens communs entre vifs à titre
gratuit ; il ne peut non plus aliéner ou grever de droits
réels les immeubles ou exploitations dépendants de la
communauté ; il lui faut le concours de sa femme ( article
81 alinéa 3).
La femme a le pouvoir d'administrer ses biens
réservés ; il s'agit des biens qu'elle acquiert à l'aide de
ses gains et salaires ; l'article 80 lui reconnaît les
mêmes droits que le mari et la femme exerce alors seuls
tous les actes d'administration ; mais elle aura besoin du
concours de son mari pour disposer de ces biens à titre
gratuit ou pour les aliéner.
La loi a prévu des sanctions en cas de
méconnaissance des règles de gestion. L'article 89
prévoit une responsabilité pour mauvaise gestion.
L'article 82 prévoit une action en nullité en cas de
dépassement de pouvoir.

- En ce qui concerne les biens propres, c'est


l'indépendance de chaque époux dans la gestion de ses
biens propres ( article 83). Ainsi, la femme aussi bien
que le mari peut aliéner les biens et immeubles qui lui
appartiennent en propriété.

c- La dissolution de la communauté.

Les effets du mariage 76


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Les causes de dissolution sont énumérées dans


l'article 95 : il y a le divorce, la séparation de corps, le
changement de régime matrimonial, le décès. A cette
liste il faut ajouter l'annulation du mariage.
L'effet de la dissolution de la communauté est de
faire naître une indivision post-communautaire.
Les biens communs se trouvant placés dans
l'indivision consacrée par le principe de la proportion, les
deux époux doivent consentir à l'acte pour qu'il soit
valable.

2- Le régime de la séparation.

Justifié par l'article 69 nouveau, il était celui qui


s'appliquait dans les sociétés traditionnelles. Il donne
plus de liberté aux époux, et il convient à des époux
exerçant des professions libérales.
Il comporte cependant des inconvénients. Par
exemple, il n'associe pas les deux époux au bénéfice
des économies qui peuvent être réalisées au cours du
mariage. En outre, la séparation de biens personnels des
époux qui est l'essence même du régime de la
séparation des biens est rarement réalisée en fait. C'est
d'ailleurs ce qui explique que très peu de couples
choisissent en Côte d'Ivoire la séparation des biens.

a- La séparation des patrimoines.

Il n'y a aucune masse de biens communs. Chaque


époux conserve en propre tous ses biens actifs et
passifs. Par conséquent aucun des époux n'est associé à
la prospérité de l'autre.
Lors de la dissolution, il n'y a en principe rien à
partager ; mais seulement des biens propres à
reprendre.
En dehors des dettes du ménage, les dettes sont
personnelles à chaque époux ( article 103 alinéa 2 ). En
vertu de cet article, chacun des époux conserve
l'administration, la jouissance et la libre disposition de
ses biens personnels.

Les effets du mariage 77


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

b- L'interférence des règles à caractère communautaire

Il s’agit, d'une part, de règles relatives à


l'obligation des dettes du ménage qui s'appliquent aussi
aux époux séparés de biens. D'autre part, s'appliquent
également à eux, les règles relatives à l'indivision,
lorsque les époux ont acquis des biens ensemble.
La violation des obligations résultant du ménage ou
encore le mauvais fonctionnement des régimes
matrimonial peut créer entre les époux des mésententes
au point de porter des atteintes au lien matrimonial.

Les effets du mariage 78


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Titre II

Les atteintes au lien matrimonial

Il peut avoir soit dissolution du mariage, soit simple


relâchement du lien matrimonial.

L'article 115 de la loi relative au mariage indique


deux causes de dissolution du lien matrimonial :
-la mort de l'un des époux
-et le divorce.
Si la mort comme preuve de la dissolution du
mariage ne pose pas de problème juridique particulier, il
en va différemment du divorce. Il convient d'ajouter à
l'étude du divorce celle de la séparation de corps que
l'on peut envisager comme un diminutif du divorce, mais
qui se borne à relâcher le lien matrimonial sans le
détruire.

Les atteintes au lien matrimonial 79


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Chapitre 1
Le divorce
C'est la loi n°64-376 du 7 août 1964 relative au
divorce et à la séparation de corps, modifiée par la loi
n°83-801 du 2 août 1983 qui règlent la question, puis par
la loi n°98-748 du 23 décembre 1998.
En admettant le divorce, le droit ivoirien, a par là
même, rejeté le principe de l'indissolubilité du mariage.
Quelles doivent alors être les modalités du divorce?

Une question préalable se pose : Faut-il freiner le


divorce en le rendant difficile, lent, onéreux ou faut-il
laisser chaque époux libre de divorcer ?

Des dispositions relatives au divorce, il ressort que


le législateur ivoirien a opté pour la première solution,
c'est-à-dire ne pas laisser les époux libres de divorcer.
C'est ainsi que la loi ivoirienne n'admet que le divorce
judiciaire pour cause déterminée.
En effet, il existe deux conceptions législatives du
divorce : d'un côté, le divorce sanction et de l'autre le
divorce faillite ou divorce remède.
- Le divorce faillite désigne le divorce dont la cause
est indépendante de toute considération de faute ; il
suppose l'échec ou la faillite du mariage. Cette
conception a été retenue en droit français, a été
introduite en droit ivoirien depuis le 23 Décembre 1998.
- A côté du divorce faillite il y a le divorce -
sanction. Dans cette conception, le juge ne peut
prononcer le divorce que s'il relève à la charge de l'un
ou de deux époux, une faute résultant de la
méconnaissance des obligations du mariage.
Le divorce apparaît alors comme la sanction de
cette faute. Seule cette conception du divorce sanction
était admise en droit positif ivoirien.
Mais, par une loi n°98- 748 du 23 décembre1998 , le
divorce par consentement mutuel a fait son entrée dans
le droit ivoirien.

Le divorce 80
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Nous étudierons tout d’abord le divorce pour faute


(Section 1), avant d’examiner le divorce par
consentement mutuel (Section 2),

Section 1 - Le divorce pour faute

Sous-section 1 - Les conditions du prononce du divorce


pour faute

Elles sont relatives aux causes et à la procédure du


divorce.

Paragraphe 1 - Les causes du divorce

(Voir Laurent : quelques réflexions sur les


causes du divorce, D 1949, chron. 61 ).

Le prononcé du divorce suppose des conditions


positives, des causes du divorce que la loi a pris soin de
déterminer. Cependant, ces causes ne peuvent entraîner
le divorce que si elles revêtent des caractères
spécifiques.

A- La détermination des causes du divorce

Le divorce reposant sur la conception du divorce


sanction suppose une faute. Le divorce ne peut donc
être admis que là où il existe un époux coupable et un
époux innocent. Ce divorce est prononcé aux torts et
griefs de l'un des deux époux au moins. Dans la logique
de cette conception du divorce sanction, on ne saurait
admettre de prononcer le divorce pour cause d'aliénation
mentale, par exemple.
Les causes du divorce sont énoncées par l'article 1
de la loi relative au divorce. Certaines sont déterminées,
d'autres ne le sont pas.

1- Les causes déterminées du divorce

Le divorce 81
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Il s'agit de l'adultère, de la condamnation à des faits


d'un caractère pénal, des excès et sévices, de l'abandon
de famille ou du domicile conjugal.

a- L'adultère.

L'article 1 e r §1 de la loi relative au divorce indique


que le divorce peut être prononcé pour cause d'adultère
de l'autre.
L'adultère est le manquement au devoir de fidélité ;
l'adultère connaît aussi une sanction pénale.
L'adultère n'est pas en droit ivoirien une cause
péremptoire du divorce. Une cause du divorce est dite
péremptoire lorsque les faits étant prouvés, le tribunal
n'a pas le pouvoir d'appréciation pour refuser, par
exemple, de prononcer le divorce.
En droit ivoirien, il n'y a que des causes facultatives
de divorce. Ce qui revient à dire en l'espèce que
l'adultère peut cesser d'être fautif quand il a des
excuses. Par exemple l'excuse de connivence, l'excuse
de réciprocité : l'adultère de l'un excuse l'adultère de
l'autre.
Si un adultère est nécessaire, un adultère est
suffisant pour prononcer le divorce.

b- La condamnation du conjoint pour des faits portant


atteintes à l'honneur et à la considération

Il s'agit d'une condamnation pénale définitive et


postérieure au mariage. La loi précise que les faits qui
ont justifié la condamnation doivent porter atteinte à
l'honneur et à la considération.

c- Les excès, sévices et injures

Les excès comme cause de divorce n'ont pas une


grande importance pratique. Ils sont le plus souvent
confondus avec les sévices qui sont les voies de faits,
les mauvais traitements matériels infligés par un conjoint
à l'autre ; l’appréciation tient compte du milieu social.

Le divorce 82
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

d- L'abandon de famille ou du domicile conjugal

Le législateur ivoirien montre, par là, le grand


intérêt qu'il attache à la cohabitation et à la famille. En
effet, l'article 59 alinéa 3 de la loi relative au mariage
fait de l'abandon du domicile par la femme, une cause de
suspension du devoir d'entretien de l'époux.
L'article 387 §1 du code pénal punit d'une peine
d'emprisonnement de trois (3) mois à un (1) an, et d'une
amende de 30 000 à 300 000 F, le père ou la mère qui
abandonne pendant plus de deux mois la résidence
familiale, et se soustrait aux obligations d'ordre moral ou
matériel résultant de l'exercice de la puissance
paternelle.

2- Les causes indéterminées

Il s'agit de l'injure. Elle a une importance, en


pratique, car elle représente plus de la moitié des cas de
divorce.
L'injure, c'est le fait contraire au droit, le
manquement au droit qui présente par ailleurs un
caractère outrageant, blessant. C'est, par exemple, les
faits d'ivrognerie, de conduite scandaleuse, le fait pour
une femme de recevoir son amant au domicile conjugal,
etc. Peu importe la date des faits allégués.
Normalement, l'injure doit consister dans un fait
postérieur à la célébration du mariage. Et pourtant, dans
la pratique du divorce, on traite comme cause de divorce
des faits antérieurs au divorce.
Ainsi, par exemple, une maladie vénérienne dont un
époux était atteint avant le mariage.
La jurisprudence retient aussi comme injure des
voies de faits commises sur les enfants, les mauvais
traitements à l'encontre des parents du conjoint etc.
Une seule injure peut être suffisante pour entraîner
le divorce pourvu qu'elle reflète un caractère outrageant
d'une certaine gravité. Cette gravité s'apprécie eu égard
à la condition et au milieu social des époux.

Le divorce 83
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

B- Les caractères spécifiques de ces causes

Pour que ces différents faits puissent justifier le


divorce, il faut que le comportement soit fautif et qu'il
rende intolérable le maintien du lien conjugal.

1- Le caractère fautif du comportement

En commettant les différents actes visés par l'article


1, l'époux doit en même temps commettre une faute,
c'est-à-dire un acte constitué de deux éléments :
- Tout d'abord un élément matériel: le comportement
doit être contraire au droit.
- Puis un élément intentionnel constitué par la
conscience et la volonté de commettre l'acte visé par
l'article 1 e r .
Il faut donc qu'il y ait conscience et volonté pour
commettre par exemple un adultère.
Ainsi, il y a des cas où l'élément intentionnel
disparaît et où on ne peut donc pas demander le divorce
en se fondant sur ce fait. C'est notamment le cas du viol
où l'épouse est contrainte de commettre l'acte
constituant une cause de divorce, sans sa volonté. De
même si l'époux était en état de démence au moment de
l'acte, il n'y a pas conscience de l'acte incriminé.
En outre, le comportement ne doit pas être
excusable. Si le principe selon lequel l'adultère de l'un
des époux pourrait excuser l'adultère de l'autre n'est pas
toujours admis, en revanche, l'abandon du domicile
conjugal est toujours excusable s'il a été provoqué par
des sévices.

2- La nécessité d'un comportement rendant intolérable le


maintien du lien conjugal

Les faits doivent rendre insupportable le lien


conjugal. Cette gravité de la faute s'apprécie
sommairement par les juges du fond.

Le divorce 84
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Paragraphe 2 - La procédure du divorce

Le divorce est une institution essentiellement


judiciaire qui prend la forme d'un procès et contient un
aspect contentieux.
En droit ivoirien, malgré l’introduction du divorce
par consentement mutuel, la loi a maintenu au divorce
pour faute, une procédure compliquée afin de
décourager les demandes.
C'est ainsi que le jugement de divorce n'intervient
qu'après que la tentative de conciliation ait échoué.

A- La tentative de conciliation
1- La requête initiale au divorce

L'époux demandeur va présenter une requête au


président du tribunal ou au juge de section. Le tribunal
territorialement compétent est celui de la résidence de la
famille (article 2 de la loi sur le divorce ).
L'époux qui a pris l'initiative du divorce présentera
sa requête lui-même par écrit ou verbalement.

Depuis la loi du 2 août 1983, la requête en divorce


peut être recevable même si les deux époux ne résident
pas en Côte d'Ivoire.
Le juge fera les observations qu'il juge convenables
au demandeur pour essayer de le dissuader d'entamer la
procédure de divorce. S'il n'y parvient pas, il fixe une
date de tentative de réconciliation et commet un huissier
pour notifier la citation au défendeur.

2- L'audience de conciliation.

Pour la réconciliation, les deux époux vont


comparaître devant le juge, en dehors de la présence de
leurs avocats.
Ils vont s'expliquer séparément, puis ensemble. Si
la réconciliation intervient, l'instance en divorce s'arrête.
Dans le cas contraire, il y a deux possibilités : ou bien le
juge prend une décision d'ajournement ou bien il
constate la non conciliation des époux.

Le divorce 85
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

a- La décision d'ajournement.
Dans ce cas, le juge renvoie les époux à une
nouvelle tentative de conciliation fixée à une date
ultérieure. Mais cette date ne doit pas excéder 6 mois.
Au cours de cette tentative de conciliation, le juge va
essayer de dissuader les époux d'en arriver au divorce.
S'il n'y parvient pas, il peut ordonner un second et
dernier ajournement, sans que l'ensemble des
ajournements puissent dépasser un an.

b- La constatation de la non conciliation des époux

Dans ce cas, il peut statuer immédiatement sur


l'instance en divorce; il peut rendre une ordonnance de
non conciliation et fixer une date d'audience. Dans ce
dernier cas, il y a une période transitoire entre la
tentative de conciliation et le jugement de divorce. Le
juge va devoir prendre un certain nombre de mesures
provisoires visant à organiser la vie des époux durant
cette période.
Il attribuera la garde des enfants à l'un des époux; il
diligentera une enquête sociale destinée à établir les
conditions morales et sociales dans lesquelles les
enfants pourront être élevés.
Il fixera la pension alimentaire destinée à l'entretien
et à l'éducation des enfants, ainsi que la pension
alimentaire exigible entre époux.

B- Le jugement de divorce

Il faut distinguer les règles de procédure des règles


de preuve.

1- Les règles de procédure

Le procès en divorce suit les règles de la procédure


civile mais avec quelques particularités :

- Tout d'abord, les débats se déroulent en chambre


du conseil; cependant, le jugement est rendu en audience
publique.

Le divorce 86
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

- Le ministère public doit avoir communication du


dossier, et il est censé donner son avis à l'audience.
- Aux termes de l'article 5 alinéa 2 de la loi sur le
divorce  : « l'époux contre lequel est présentée une
demande en divorce peut former une demande
reconventionnelle en séparation de corps ; de même,
l'époux contre lequel est présentée une demande en
séparation de corps peut former une demande
reconventionnelle en divorce ».
L'article 5 alinéa 4 prévoit que si une demande en
divorce et une demande en séparation de corps sont
simultanément accueillies, le juge doit prononcer à
l'égard des deux conjoints le divorce aux torts partagés.
Les voies de recours sont suspensibles. En effet,
lorsque le jugement prononçant le divorce est frappé
d'appel dans le délai de 15 jours, ou lorsque l'arrêt
prononçant le divorce a fait l'objet d'un pourvoi en
cassation, ce jugement ou cet arrêt ne peuvent être
exécutés, et les époux ne sont pas encore divorcés.
Ils ne le sont que lorsque aucune voie de recours ne
sera plus possible. Néanmoins, les mesures provisoires
ou les condamnations pécuniaires sont exécutoires. Une
fois devenu définitif, le jugement (ou l'arrêt) doit être
transcrit en marge des actes de naissance et de mariage
des anciens époux. La décision judiciaire doit être
également publiée dans un journal d'annonces légales.

2- Les règles de preuve

La preuve de la cause du divorce peut se faire par


tous moyens ; par exemple par des lettres missives.
Depuis la loi du 2 août 1983, même l'aveu est
admis. En effet, la loi de 1964 avait exclu l'aveu en tant
que preuve de la cause du divorce, car l'admettre ce
serait aboutir indirectement au divorce par consentement
mutuel. Mais depuis la loi du 2 août 1983 l'aveu est
admis ; il résulte de l'article 10 alinéa 1 ; c'est dire que
le législateur permet, mais sans le dire expressément, le
divorce par consentement mutuel.
Quant au témoignage, alors qu'en général le
témoignage des parents ou alliés des parties est écarté

Le divorce 87
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

de plein droit, le témoignage des parents est admis dans


le procès du divorce.
En effet, il est fréquent que les faits n'aient eu
d'autres témoins que ceux-ci. Cependant, les enfants
des époux ne sont pas admis à déposer ; il y aurait là
quelque chose de contraire au devoir d'honneur et de
respect des parents.
Depuis la loi du 2 août 1983, la loi fait obligation
aux époux de se communiquer, ou de communiquer au
juge et aux experts, tout renseignement ou document
utile pour fixer la pension et liquider le régime
matrimonial ( article 10 alinéa 4 ).

Le dernier alinéa de l'article 10 énonce que le juge


peut faire procéder à toute recherche utile auprès des
débiteurs ou de ceux qui détiennent des valeurs pour le
compte des époux sans que le secret professionnel
puisse être opposé.
Ces mesures ont pour but de liquider la
communauté.

3- Les solutions du jugement

Trois types de décisions peuvent être rendues par


le tribunal  :

- Tout d'abord, il peut estimer que la demande n'est


pas fondée et rendre un jugement de débouter. Ou bien,
- Il peut estimer qu'une des demandes, principale
ou reconventionnelle, est fondée, et il prononcera le
divorce aux torts de l'un des époux,
- Enfin, il peut estimer que les deux demandes sont
fondées, et il prononcera le divorce aux torts réciproques
des deux époux.

C- L'Extinction de l'action en divorce

Elle résulte de deux causes : d'abord, le décès de


l'un des époux, ou la réconciliation des époux.

Le divorce 88
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

1- La réconciliation des époux (article 9)

Pour qu'il y ait réconciliation, il faut un élément


matériel et un élément psychologique. Cela revient à dire
qu'on se réconcilie de corps et d'âme.
Tout d'abord, il faut un élément matériel, c'est-à-
dire la reprise de la vie commune  ; mais la reprise de la
vie commune même prolongée ne suffit pas ; il faut en
plus que s'ajoute un élément intentionnel, c'est-à-dire
une manifestation de volonté expresse ou tacite de la
part des conjoints.
La réconciliation est une fin de non recevoir, c'est-
à-dire qu'elle fait obstacle à l'action en divorce si celle- ci
n'a pas été introduite et elle l'éteint si elle avait été déjà
intentée.
Toutefois, la réconciliation n'a d'effet que sur les
faits antérieurs. Il est possible de former une demande
en divorce fondée sur des griefs nouveaux, postérieurs à
la réconciliation, ou sur des griefs anciens découverts
après la réconciliation.
L'article 9 in fine précise que lorsque le tribunal
rejette définitivement la demande en divorce, le juge
peut statuer sur la contribution aux charges du mariage,
sur la résidence de la famille et la garde des enfants
mineurs.

2- Le décès de l'un des époux en cours de procédure.

L’action en divorce s’éteint également si le décès


de l’un des époux survient avant que le jugement ou
l’arrêt prononçant le divorce ne soit devenu définitif.
Cette action ne peut être reprise par les héritiers.

Sous-section 2 - Les effets du divorce

Le jugement du divorce entraîne la dissolution du


lien matrimonial pour l’avenir, ce qui le différencie de la
nullité dans laquelle le mariage est dissout avec
rétroactivité.
Pour l’avenir, la qualité d’époux cesse. Chacun est
libéré du lien du mariage .Chacun retrouve son
indépendance.

Le divorce 89
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Le prononcé du divorce a non seulement des effets


entre anciens époux, mais aussi à l’égard des enfants.

Paragraphe 1 - Les effets du divorce entre époux

Il faut, comme pour le mariage, distinguer les effets


dans les rapports personnels d’une part, et les effets
dans les rapports pécuniaires de l’autre.

A- Les effets dans les rapports personnels

- L'effet essentiel, c'est la dissolution du lien


matrimonial. De ce fait, si les époux souhaitaient la
reprise de la vie commune, il faudrait une nouvelle
célébration du mariage. ( article 23 ).
- Pour se remarier avec un autre homme, la femme
doit observer le délai de 300 jours appelé délai de
viduité (article 9 de la loi sur le mariage ).
- Les devoirs de fidélité et d'assistance
disparaissent.
- Quant au devoir de cohabitation, il avait disparu
au moment de l'échec de la tentative de conciliation.
- En principe, la femme reprend l'usage de son nom.
(article 24 alinéa 1 loi sur divorce ). Cependant l'alinéa 2
de l'article 24 apporte des dérogations à ce principe : la
femme pourra conserver l'usage du nom de son ancien
mari soit avec l'accord de celui-ci ou avec l'accord du
juge si elle justifie qu'un intérêt particulier pour elle ou
pour ses enfants s'y rattache .

B- Les effets dans les rapports pécuniaires

Sur le plan des rapports pécuniaires, les effets


découlant du divorce tiennent tantôt compte de
l'attribution du profit et des torts du divorce, et tantôt ils
n'en tiennent pas compte.

1- Effets ne tenant pas compte de l'innocence ou de la


culpabilité des époux

Le divorce 90
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

La dissolution du régime matrimonial n'est pas faite


en fonction de l'innocence ou de la culpabilité des
époux. En effet, la dissolution du mariage entraîne la
dissolution de la communauté conjugale ; il faudra
procéder à la liquidation et au partage de la
communauté.
La dissolution du mariage entraîne l'extinction de la
vocation successorale, à l'égard des deux époux, car
cette vocation successorale était conditionnée par la
qualité d'époux, laquelle a disparu avec le divorce.

2- Les effets tenant compte de l'innocence ou de la


culpabilité des époux
a- La pension alimentaire

La loi attache parfois des conséquences à la qualité


d'ex-époux. Surtout, quelque chose demeure du devoir
de secours : c'est la pension alimentaire. Toutefois, ne
pourra y prétendre que le conjoint innocent, c'est-à-dire
celui qui a obtenu le divorce. Quant au conjoint coupable,
il va subir les déchéances.
La pension alimentaire reconnue au conjoint
innocent par l'article 27 de la loi relative au divorce
constitue une sorte de récompense. La charge de cette
pension est une pénalité à l'encontre du coupable.

Quelle est alors la nature juridique de cette pension


alimentaire ?
[Voir article de Esmeil : le double visage et la
nature de la pension alimentaire après divorce D.1953,
chronique 573 ]
La pension alimentaire a une double nature : elle
est à la fois alimentaire et indemnitaire. La pension
après divorce a un caractère indemnitaire parce qu'elle
est réservée à l'époux qui a obtenu le divorce ; elle
permet de réparer le préjudice subi par l'époux innocent
du fait de la disparition de l'obligation de secours. En
conséquence, si le divorce a été prononcé aux torts
réciproques des deux époux, aucun d'eux ne peut
prétendre à la pension ( voir 4 avril 1976 RID 76/1-2, 38 ).
La charge de l'obligation alimentaire se transmet en

Le divorce 91
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

principe aux héritiers du conjoint coupable après sa


mort.
La pension après divorce a aussi un caractère
alimentaire, car pour qu'elle soit allouée, il faut que
l'époux innocent soit dans le besoin et que l'époux
coupable ait des ressources.
Le conjoint qui ne verse pas la pension pendant
deux mois encourt les peines d'abandon de famille.

La pension alimentaire est variable. Elle peut être


relevée ou supprimée par changement de jugement.
Comme toute créance alimentaire, le droit à la
pension alimentaire est d'ordre public; l'époux créancier
ne peut y renoncer purement et simplement.
La pension alimentaire a un caractère forfaitaire et
selon l'article 27 de la loi relative au divorce, la pension
ne pourra excéder le quart (1/4) des revenus de l'époux
qui est tenu à verser cette pension.

Il en découle, du point de vue indemnitaire, que la


pension alimentaire ne couvre pas nécessairement tout
le préjudice subi. Du point de vue alimentaire, elle n'est
pas nécessairement suffisante pour assurer un bon
entretien. Pour le législateur, le droit à une pension ne
doit pas être une occasion de se faire des rentes et un
encouragement au divorce.

b- La perte par l'époux coupable des avantages faits par


l'autre époux

L'article 19 de la loi sur le divorce dispose que


l'époux qui aura obtenu le divorce conserve les
avantages faits par l'autre époux. Il en résulte a
contrario, que l'époux coupable perd les avantages qu'il
a eu de l'époux innocent.
La déchéance de l'époux coupable est encourue de
plein droit sans qu'il soit besoin de recourir à une
décision de justice. Parce qu'il s'agit d'une peine privée,
celle- ci ne rejaillit pas sur les tiers. C'est ainsi que si

Le divorce 92
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

l'époux coupable a disposé des biens, les tiers


acquéreurs de bonne foi ne seront pas inquiétés.

c- L'allocation de dommages intérêts

L'article 20 de la loi relative au divorce prévoit que


des dommages et intérêts pourront être alloués au
conjoint innocent pour le préjudice moral ou matériel
qu'il subit.
L'objectif poursuivi par le législateur est de
combattre le divorce par une sanction moralisatrice.
Exemple de préjudice moral : c’est la déconsidération
qui, dans l'état des mœurs, s'attache toujours à la
situation de divorcé.
Dans l'ordre pécuniaire, un conjoint pourra se faire
indemniser de ce qu'il a perdu, par le divorce, sa part
dans les ressources communes, dans les bénéfices d'un
commerce lucratif. Lorsque le divorce est prononcé aux
torts réciproques des deux époux, tous deux sont
responsables et aucun d'eux n'a droit ni à la pension
alimentaire ni aux dommages intérêts.

Paragraphe 2 - Les effets du divorce à l'égard des enfants

En droit, les enfants issus du mariage ne doivent


pas avoir à souffrir du divorce de leur parent.
Cependant, le divorce faisant disparaître la communauté
familiale apporte des modifications dans les rapports des
pères et mères avec leur milieu familial.
A- L'attribution de la garde

Puisqu'il n'y a plus de communauté, il faut que


l'enfant vive auprès de l'un de ses parents. L'époux
innocent aura la garde des enfants. Si la garde est
confiée à la mère, il s'opère, au moins pour partie, un
transfert de la puissance paternelle qui, auparavant,
était exercée par le père seul. Mais ce principe n'est pas
absolu, car le juge peut confier la garde à l'autre époux
malgré sa culpabilité, ou même à un tiers. Le seul critère
de choix est l'intérêt de l'enfant. Le juge apprécie cet

Le divorce 93
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

intérêt de façon discrétionnaire, mais en s'éclairant au


besoin par les résultats de l'enquête sociale.
Non seulement le droit de garde est toujours
judiciaire mais encore, il est provisoire, c'est-à-dire
susceptible d'être modifié à la demande d'un intéressé
ou si les circonstances ne sont plus les mêmes.

B- Le droit de surveillance et de visite.

L'époux à qui la garde des enfants n'est pas confiée


détient des prérogatives résultant de la puissance
paternelle. C'est ainsi qu'il a un droit de surveillance sur
la manière dont les enfants sont élevés ; il a aussi un
droit de visite, c'est-à-dire le droit de les recevoir chez
lui avec une certaine périodicité fixée par le juge.

C- L'obligation alimentaire

Les anciens époux restent tenus de contribuer à


l'entretien des enfants. Le plus souvent, celui qui a la
garde contribue en nature à l'entretien des enfants ;
celui qui n'a pas la garde sera condamné à payer une
pension alimentaire destinée aux enfants ( à ne pas
confondre avec celle destinée à l'époux qui a obtenu le
divorce ).

Section 2 - Le divorce par consentement mutuel


Le divorce par consentement mutuel intervient
lorsque les époux sont d’accord sur le principe du
divorce.
Il y a donc une volonté commune des époux de
mettre fin à leur union sans avoir à s’accuser
éventuellement de faute réciproque. On pourrait dire
qu’il s’agit d’un divorce entre gens «  civilisés  ».
Mais, pendant longtemps, le législateur ivoirien a
semblé se méfier de ce type de divorce susceptible de
fragiliser le mariage par des ruptures épidermiques.
Cependant, les critiques de la doctrine et l’évolution
des mœurs et mentalités ont fini par briser la résistance
du législateur ivoirien qui, par la loi N° 98-748 du 23

Le divorce 94
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

décembre 1998 a introduit, dans notre législation, le


divorce par consentement mutuel.
Même si ce type de divorce n’a plus pour fondement
la faute, son prononcé est cependant soumis à certaines
conditions pour pouvoir produire les effets escomptés.

Paragraphe 1 - Les conditions du divorce par


consentement mutuel

La loi 98-748 du 23/12/1998 a posé des conditions


de fond et prévu une procédure particulière.

A- Les conditions de fond


Deux conditions sont exigées  :
-L’existence d’une volonté commune des époux
-Le mariage doit avoir duré un certain temps

1- L’existence d’une volonté commune des époux quant à


la rupture du lien matrimonial

Cette condition signifie que les époux ont, tous les


deux, la même volonté de mettre fin à leur mariage.
C’est pourquoi, la loi exige que les époux formulent
la requête conjointement. Ainsi, la demande unilatérale
d’un conjoint acceptée par l’autre ne constitue pas un
divorce par consentement mutuel.
Le consentement de chacun des époux doit être
exempt de tout vice (violence, erreur, dol etc…). Le Juge
doit s’attacher à vérifier le caractère libre et volontaire
du consentement.
Le principe même de ce divorce est que les parties
n’ont pas à faire connaître au Juge les raisons de leur
décision ( article 12 alinéa 1nouveau ).
Le Juge n’a ici, qu’un rôle de contrôle et
d’homologation.

2- La durée minimum du mariage

La loi N° 98-748 du 23 décembre 1998 n’autorise le


prononcé du divorce par consentement mutuel que

Le divorce 95
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

lorsque le mariage concerné a duré au moins deux


années.
Cette exigence vise à éviter les décisions
épidermiques de divorce des nouveaux mariés dès les
premières difficultés.
Ce souci du législateur ivoirien va apparaître dans
les conditions de forme relative au divorce par
consentement mutuel.

B- Les conditions de forme

Elles concernent la procédure du divorce et la


décision du Juge.

1- La procédure de divorce
Contrairement à toute attente de simplicité et de
rapidité de la procédure du divorce par consentement
mutuel, l’article 12 nouveau prévoit plusieurs étapes.

a- La requête conjointe aux fins de divorce

La procédure de divorce par consentement mutuel


est introduite par une requête conjointe des deux époux.
Cette requête conjointe doit être faite obligatoirement
par écrit et signée des deux époux.
Elle est présentée au Tribunal compétent soit par
l’un ou les deux époux, ou par leur (s) Avocat (s).

Le Tribunal territorialement compétent est, soit le


Tribunal du lieu où se trouve la résidence familiale, soit
celui du lieu de résidence de l’époux avec lequel
habituent les enfants mineurs.
C’est au Président du Tribunal ou de la Section de
Tribunal que revient la compétence d’attribution.
La requête conjointe doit obligatoirement être
accompagnée, sous peine d’irrecevabilité, d’un projet de
convention réglant les conséquences du divorce.

b- Le projet de convention réglant les conséquences du


divorce

Le divorce 96
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Dans le divorce par consentement mutuel, l’accord


des parties doit se faire, non seulement sur le principe
du divorce, mais également sur ses conséquences.
C’est pourquoi les époux doivent obligatoirement
accompagner leur requête conjointe d’un projet de
convention réglant les conséquences de leur divorce à
venir. Le défaut d’un tel projet rend leur requête
irrecevable.

2- L’instance du divorce

Le Président du Tribunal ou de la section de


tribunal va procéder à l’examen de la requête avant de
rendre sa décision.

a- Examen de la requête

Le Juge va examiner non seulement la requête


conjointe, mais également le contenu de projet de
convention réglant les conséquences du divorce.
Le Juge examine la requête éventuellement avec
chacun des époux et leur (s) avocat (s) mais sans
pouvoir interpeller les parties sur leurs motivations.

Par ailleurs, face au projet présenté, le Juge ne


peut pas de lui-même opérer des modifications. S’il
estime que la convention proposée ne préserve pas
suffisamment les intérêts des enfants ou de l’un des
époux, il ne peut que les inviter à faire des
modifications. Si ceux-ci refusent, alors la demande en
divorce sera rejetée.
Au cours de cette phase d’examen de la requête,
qui à lieu en chambre de conseil, si les époux
parviennent à une réconciliation ou renoncent à leur
projet, leur action commune en divorce sera éteinte.
Mais, si les époux, après cette première réunion
avec le Juge, persistent à aller au divorce, celui- ci leur
accordera néanmoins un délai de réflexion de trois mois.
Après l’expiration des trois mois, les époux devront
confirmer leur requête conjointe de divorcer.

Le divorce 97
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Dans le cas contraire, le Juge prononcera la


radiation de leur requête.

Si les époux persistent dans leur volonté de


divorcer en confirmant leur requête conjointe après les
trois mois de réflexion, le Juge accorde encore aux
époux, un délai d’un mois.
Après ce délai d’un mois supplémentaire, le Juge
compétent va statuer et rendre sa décision.

b- La décision du jugement

Deux hypothèses doivent être envisagées  : le Juge


peut ou non prononcer le divorce.

-Le Juge peut refuser de prononcer le divorce s’il


estime, par exemple, que la convention relative aux
conséquences du divorce ne préserve pas suffisamment
les intérêts des enfants ou de l’un des époux, ou que
cette convention est contraire à des dispositions légales
d’ordre public.
Un tel jugement de refus du divorce est susceptible
d’appel dans les trente jours, à compter de sa
notification aux parties.

-Le Juge peut prononcer le divorce par


consentement mutuel. Il homologue par la même
décision la convention réglant les conséquences du
divorce.

Est-il possible de remettre en cause cette


convention lorsqu’elle a été homologuée par le Juge
sans remettre en cause le divorce  ?
Dans la mesure où le Juge a homologué la
convention, on conçoit mal qu’elle puisse être annulée
postérieurement. Il semble exister un principe
d’indivisibilité entre le prononcé du divorce et
l’homologation de la convention.
Quels sont les effets d’un tel divorce par
consentement mutuel  ?

Le divorce 98
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Paragraphe 2 - Les effets du divorce par consentement


mutuel

Deux catégories d’effets vont résulter du divorce par


consentement mutuel  : Il y a d’une part, les effets prévus
par la loi du 23 décembre 1998 relative au divorce et à
la séparation de corps qui s’impose de facto aux ex-
époux, et d’autre part, les effets que les parties elles-
mêmes ont prévu dans la convention homologuée par le
Juge.

A- Les effets légaux du divorce par consentement


mutuel

Ils sont prévus par l’article 27 bis de la loi


précitée.

1-La dissolution du mariage

Le divorce par consentement mutuel dissout le


mariage au même titre que le divorce pour faute.
2- La fin de l’usage du nom du mari

La femme reprend l’usage de son nom. Cependant,


elle pourra conserver l’usage du nom du mari, soit avec
l’accord de celui- ci, soit avec l’autorisation du Juge si
elle justifie qu’un intérêt particulier s’y attache pour elle-
même ou pour les enfants ( article 24 nouveau ).

3- Le respect du délai de viduité

En principe, par le divorce, les époux redeviennent


célibataires et chaque époux pourra donc se remarier
librement. La seule limite à la liberté du remariage est le
respect du délai de viduité pour les femmes ( article 25,
loi précitée ).

Cependant, ce délai de viduité prend fin en cas


d’accouchement survenu après la décision autorisant la
résidence séparée, ou, à défaut, après la décision
définitive du divorce ( article 25).

Le divorce 99
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

4-La perte de la nationalité

Aux termes de l’article 27 bis nouveau alinéa 2 , la


femme qui a acquis la nationalité ivoirienne par le
mariage perd celle- ci en cas de divorce par
consentement mutuel intervenu avant l’expiration de la
dixième année de mariage.
Ce délai de dix ans est manifestement excessif.
A côté de ces effets légaux, il existe des effets
propres à chaque cas de divorce par consentement
mutuel prévus dans le projet de convention de divorce
homologué par le Juge.

B- Les effets conventionnels du divorce par


consentement mutuel

La convention exigée des époux avant le prononcé


du divorce a pour objet de permettre aux parties de
régler elles-mêmes les effets de leur divorce, hormis
ceux régis par l’article 27 de la loi précitée.
Il s’agira notamment de régler le problème relatif à
l’usage du nom de l’ex-mari par la femme.
De même, les ex-époux vont régler entre eux la
dissolution du régime matrimonial, les donations et
avantages matrimoniaux, le sort du logement de la
famille lorsque celui- ci appartient aux deux époux, ou
lorsque le logement était en location.
Les ex-époux auront également à aménager
l’avenir, notamment en envisageant les prestations
compensatoires et autres indemnités (dommages -
intérêts).

Le divorce 100
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Chapitre 2
La séparation de corps
C'est un relâchement du lien matrimonial ; c'est un
diminutif du divorce. La séparation de corps a les mêmes
causes que le divorce. L'option entre les deux voies
appartient au conjoint demandeur. Cependant, la
séparation de corps se distingue du divorce à trois
points de vue :
- en ce qui concerne la procédure
- en ce qui concerne les effets
- en ce qui concerne la cessation de la séparation
de corps.

Section 1- La procédure de la séparation de


corps

Paragraphe 1- Le principe

La procédure de la séparation de corps est en


principe identique à celle du divorce.
Il arrive qu'une action en divorce et une action en
séparation de corps soit exercées simultanément. Le
principe fondamental ici est que le prononcé du divorce
peut toujours aboutir au prononcé de la séparation de
corps. La procédure de séparation de corps ne peut pas
forcément aboutir au prononcé du divorce.

Paragraphe 2- Les conséquences

Il est toujours possible de transformer une demande


en divorce en une demande de séparation de corps, et
ceci, à tout moment de la procédure, par simple
modification. Cette faculté appartient au conjoint
demandeur du divorce. Le juge saisi d'une demande en
divorce ne pourra y substituer la séparation de corps
sous prétexte qu'il percevait une réconciliation.

La séparation de corps 101


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

-Par ailleurs, l'époux demandeur ne pourra


transformer une demande de séparation de corps en
demande en divorce qu'à la condition de recommencer
toute la procédure.
- Sur une demande principale en divorce, le
défendeur peut former une demande reconventionnelle
en séparation de corps ( article 8 alinéa 2 ).
Si les deux demandes sont admises le juge
prononce le divorce aux torts réciproques.
- L'époux contre lequel est formé une demande en
séparation de corps peut faire une demande
reconventionnelle en divorce.

Section 2 – Les effets de la séparation de corps


Ce sont les mêmes effets que le divorce sauf en ce
qui concerne les rapports personnels entre époux et la
pension alimentaire.

Paragraphe 1- L'atténuation du lien matrimonial

Alors que le divorce dissout le mariage, la


séparation de corps se contente de rompre la vie
commune, mais en maintenant le lien matrimonial.

A- La rupture de la vie commune.

Parce qu'il y a relâchement du lien matrimonial, les


époux ne sont plus tenus au devoir de cohabitation ni au
devoir d'assistance. Il n'y a plus de domicile conjugal. La
femme acquiert une pleine indépendance. Elle a droit à
un domicile propre.
La séparation de corps entraîne la séparation de
biens.

B- Maintien du devoir de fidélité

Puisque le lien matrimonial survit, les époux


séparés de corps demeurent des époux ; par conséquent
le devoir de fidélité survit ( article 28 alinéa 1 ).

La séparation de corps 102


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

L'adultère reste juridiquement possible ; il y a pour


chacun d'eux, interdiction de se remarier sous peine de
bigamie.
Le lien du mariage subsistant, la femme devrait
logiquement conserver l'usage du nom du mari.
Cependant, l'article 29 permet au tribunal de prendre une
décision adaptée aux circonstances : Il peut donc
interdire à la femme de porter le nom du mari ; ou il peut
autoriser la femme à ne plus le porter.

Paragraphe 2 - Le particularisme de la pension alimentaire


après la séparation de corps

La pension alimentaire après séparation de corps


présente trois particularités relatives au fondement de la
pension, au bénéficiaire et au montant de la pension.

A- Son fondement

Alors que la pension alimentaire après divorce est à


la fois indemnitaire et alimentaire, la pension après
séparation de corps est purement alimentaire. C'est le
prix et la simple exécution du devoir de secours. Elle ne
dépend donc que des besoins et des revenus respectifs
des époux et non des torts.

B- Le bénéficiaire

Même l'époux coupable peut obtenir une pension


alimentaire après séparation de corps.

C- Son montant

Elle n'est pas limitée au quart (1/4) des revenus de


son débiteur comme en matière de divorce. Selon
l'article 30, la pension alimentaire est fixée d'après les
règles qui concernent le montant des aliments. Ainsi, son
montant sera fixé par le juge en fonction du double
critère des besoins et des ressources.

La séparation de corps 103


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Tous les autres effets de la séparation de corps


sont identiques à ceux du divorce, c'est ainsi par
exemple que l'époux innocent pourra demander
séparation de corps. Quant aux enfants, leur sort sera
réglé de la même façon que s'il y avait divorce.

Section 3 - La cessation de la séparation de


corps
Il s'agit, soit d'un événement qui ressert le lien
conjugal relâché, c'est la réconciliation des époux ; soit
d'un événement qui consomme la rupture, c'est la
conversion de la séparation de corps en divorce.

Paragraphe 1 - La réconciliation

A- Les conditions

La réconciliation suppose un élément matériel, la


reprise de la vie commune, mais aussi un élément
psychologique qui est le consentement des deux époux
qui doivent déclarer conjointement au juge leur
réconciliation. Le juge établira un procès verbal qui sera
mentionné en marge des actes de naissance et de
mariage et fera l'objet d'une publication. En effet, la
réconciliation ne sera opposable aux tiers qu'à partir de
cette publication ( article 33 ).
L'exigence de la déclaration conjointe a pour
conséquence que la réconciliation ne saurait être
unilatérale, c'est-à-dire consister dans le fait uniquement
de reprendre une vie commune.

B- Les effets de la réconciliation

Selon l'article 31, les effets de la réconciliation


mettent fin à la séparation de corps ; il y a de nouveau
cohabitation, et le mari redevient chef de famille, et les
époux peuvent continuer de vivre sous le régime de la
communauté de biens.

La séparation de corps 104


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Paragraphe 2 - La conversion de la séparation de corps


en divorce

L'un des époux séparés de corps peut toujours


demander le divorce en invoquant un fait nouveau. Par
exemple la violation du devoir de fidélité qui pèse
toujours sur les époux séparés de corps. Mais, le cas le
plus fréquent où la séparation de corps se termine en
divorce est celui de la conversion. Le législateur n'a pas
voulu que la séparation de corps dure indéfiniment.

A- Les conditions de la conversion

Selon l'article 34 alinéa 1, la séparation de corps


est convertie en divorce trois ans après que le jugement
ayant prononcé la séparation de corps soit devenu
définitif. Il n'y a pas d'autres conditions de fond et le
juge n'a aucun pouvoir d'appréciation ; il doit prononcer
le divorce.
L'alinéa 2 de l'article 34 précise que la conversion
peut intervenir à tout moment si la demande est
présentée conjointement par les deux époux.
La procédure est plus simple puisqu'il n'y a pas de
phase de réconciliation. On passe directement au
jugement.

B- Les effets de la conversion

Le jugement de conversion ne fait que consolider la


décision antérieure qui prononça la séparation de corps,
en la transformant en divorce. La cause du divorce sera
celle qui a servi de fondement au jugement de séparation
de corps.
Les dépens de l'instance en conversion seront
supportés par l'époux coupable même si c'est lui qui a
pris l'initiative de la conversion. C'est au point de vue de
la pension alimentaire qu'il y a changement. Elle ne sera
plus seulement alimentaire mais elle sera aussi
indemnitaire. Les dommages et intérêts résultant de la
dissolution du lien matrimonial pourront être réclamés.

La séparation de corps 105


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Le tribunal pourra modifier les mesures relatives aux


enfants.
La séparation de corps ne peut être admise en cas
de polygamie du mari (art.16 Loi 64-381 du 7 Octobre
1962 relative aux dispositions diverses).

La séparation de corps 106


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Titre III
Le concubinage ou union libre

Le concubinage ou union libre 107


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Chapitre 1
Définition
Il y a en droit ivoirien deux types de concubinage.
L'un répond à la définition classique du concubinage,
l'autre est spécifique au droit ivoirien.

Section 1 - Le concubinage classique

Paragraphe 1 : Les éléments entrant dans la définition


du concubinage

Le concubinage comporte des éléments objectifs et


subjectifs qu'il faut exposer.

A- Les éléments objectifs

Dans une première approximation, l'union libre


apparaît comme une relation hors mariage. Cette relation
doit être charnelle. Mais cette définition est insuffisante
parce que les relations hors mariage sont d'une grande
variété, selon qu'elles sont passagères ou permanentes,
secrètes ou publiques.
Des relations isolées ou furtives ne suffisent pas
pour qu'on puisse parler de concubinage. Pour qu'il y ait
concubinage, il faut qu'il y ait une stabilité prolongée des
relations ; il peut arriver aussi qu'il y ait communauté de
vie qui se traduit par une communauté d'habitation; mais
cet élément n'est pas exigé.

B- Les éléments subjectifs

C'est de la volonté des concubins, et d'eux seuls,


que dépend non seulement la constitution du
concubinage mais aussi son maintien. Le concubinage
ne vit que si les volontés des concubins sont
constamment renouvelées. Dès l'instant où cesse
l'accord, l'union disparaît.

Définition 108
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Le législateur ivoirien s’est montré sensible à cette


volonté des concubins.

Paragraphe 2 - La politique législative.

La position du droit ivoirien face à ce type de


concubinage s'explique par les raisons qui ont conduit
l'homme et la femme à choisir ce type d'union.

A- Les motifs du concubinage

Les raisons pour lesquelles les concubins ont refusé


de se marier varient avec chaque individu ; on peut
cependant essayer de classer les motifs du concubinage.

Il en existe à peu près cinq types :

- IL y a, en premier lieu le concubinage adultérin ;


c'est le plus fréquent ( maîtresse). Le mariage n'est plus
possible parce que l'un des concubins est marié à un
tiers.
- Le deuxième type, c'est celui où le mariage n'a
pas eu lieu parce que les concubins ont voulu conserver
leur liberté ; il s'agit alors d'une union vraiment précaire,
une union totalement libre.
- Le troisième type, c'est l'hypothèse où le mariage
n'a pas eu lieu parce que les concubins n'ont pas voulu
se marier pour des raisons sociales et éducatives.
- En quatre lieux, c'est la cohabitation juvénile qui
est en pleine expansion, et se transforme insensiblement
en mariage à l'essai généralement à la survenance d'un
enfant.
- Enfin, le mariage n'a pas eu lieu par hostilité aux
institutions bourgeoises que le mariage représente. Et
c'est dans cette catégorie qu'il faut placer aujourd'hui
tous ceux qui se contentent des unions coutumières.

B- L'attitude du droit ivoirien

Définition 109
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Y a-t-il fait illicite dans le concubinage ? Ce qui doit


être recherché au regard du droit pénal et du droit civil.

1- Le droit pénal.

Le silence du droit pénal suffit à résoudre le


problème. Il est de principe qu'il ne peut y avoir de peine
sans loi ; le seul fait des relations sexuelles hors
mariage, s'il ne se complique pas de circonstances
pénalement définies, ne constitue pas une infraction
pénale.

2- Le droit civil

Le droit civil n'a pas non plus traité comme


constitutif de faute, le seul fait du commerce sexuel hors
mariage. A moins que ne s'y ajoutent des circonstances
particulières, telles que la séduction ou qu'un scandale
en résulte.
Donc, le concubinage est une situation immorale,
mais, il ne tombe pas sous le coup de la loi. C'est la
raison pour laquelle le législateur y est hostile. Pour lui,
le meilleur moyen de décourager l'union libre, c'est de
l'ignorer. C'est pourquoi, le législateur ivoirien ne le
considère que dans les rapports des concubins avec
leurs enfants. C'est ainsi qu'il se préoccupe de la
filiation hors mariage, mais ignore l'union libre elle-
même. Cette idée peut être traduite par cette phrase: «
Puisque les concubins se passent de la loi, la loi se
désintéresse d'eux ».

Section 2 - Le concubinage spécifique en côte


d'ivoire
A côté du concubinage classique est né en Côte
d'Ivoire, une nouvelle forme de concubinage. C'est une
création prétorienne qui ne fait pas l'unanimité.

Paragraphe 1 : La nouvelle forme de concubinage.

Une série d'arrêts rendus par la chambre civile et


commerciale de la Cour d'Appel d'Abidjan ont méconnu

Définition 110
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

toute validité aux unions coutumières contractées avant


1964, dès lors qu'elles ne sont pas déclarées,
conformément à l'article 10 de la loi de 64.
Ceci a eu pour conséquence de donner une nouvelle
qualification à ces unions. En effet, la Cour d'Appel
d'Abidjan a dans son arrêt du 26 mars 1976 ( RID 1978
n°3-4, p.9 ) qualifié pour la première fois les mariages
coutumiers non déclarés d'union libre.
Statuant dans le même sens, cette même chambre
a, dans son arrêt du 20 avril 1976 décidé : « considérant
qu'il résulte des éléments du dossier que l'union ayant
existé entre A et B est une union libre puisqu'elle n'a
pas été régularisée conformément à la loi du 7 octobre
1964 ».
Il ressort de ces décisions, que dès lors qu'une
union coutumière antérieure à 1964 n'a pas fait l'objet
d'une déclaration elle devient une union libre.

Paragraphe 2 : Critique de la nouvelle qualification


donnée à ces unions coutumières
antérieures a 1964

Deux raisons militent en faveur du rejet de cette


qualification.

A- La remise en cause, par cette solution, des


principes de droit unanimement admis

Qualifier les unions coutumières de concubinage,


tout simplement parce qu'elles n'ont pas fait l'objet d'une
déclaration, n'est-ce pas faire rétroagir la loi nouvelle ?
Or, il est de principe que la loi nouvelle est
d'application immédiate et ne peut donc régir des
situations antérieures à sa promulgation, à moins que le
législateur l'ait précisé. Ce qui n'est pas le cas en
l'espèce.
La cour suprême a, dans ses arrêts du 28
septembre 1968 ( RID 69 /2, 15 ) et du 26 novembre 1971
(RID 1971/4, 37 ), affirmé la validité des unions
antérieures à 1964. Elle a soutenu que la déclaration est
une condition de preuve et non de validité.

Définition 111
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

B- L'impossibilité d'assimiler le mariage coutumier au


concubinage

Des raisons sociologiques empêchent l'assimilation


du mariage coutumier au concubinage.

-Tout d'abord, le mariage coutumier connaît une


certaine célébration : ce sont les différents rites
pratiqués et qui rendent cette union légale, solennelle.
C'est par exemple l'offrande de boissons par les parents
du jeune homme et leur acceptation par ceux de la jeune
fille. Il y a en plus le versement de la dot.
- En second lieu, le mariage coutumier est différent
du concubinage par sa motivation ; les époux coutumiers
ont la croyance qu'ils sont unis par le mariage ; ils se
sont soumis à des règles impératives et leur entourage
les considère comme des personnes mariées.
Or, tel n'est pas le cas pour les concubins, qui par
définition refusent le mariage. Dès lors, il est inexact
d'assimiler le mariage coutumier au concubinage.
Surtout eu égard à ses effets.

Définition 112
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Chapitre 2
Les effets du concubinage
Le concubinage entraîne des effets différents selon
qu'il s'agit des rapports entre concubins, avec les tiers,
avec les enfants.

Section 1 - Dans les rapports entre concubins


Si pendant le cours du concubinage le droit se
désintéresse des concubins, il en va différemment à la
dissolution de l'union libre.

Paragraphe 1 - Pendant le cours du concubinage


Il faut distinguer les rapports personnels des
rapports pécuniaires.

A- Les rapports personnels.

Les concubins dans leur rapport personnel ne sont


pas soumis à des règles juridiques car le propre de
l'union libre, c'est d'être libre. Donc, pas d'obligation
d'assistance, de cohabitation, ou de fidélité.
Dès lors, une convention par laquelle les concubins
entendraient faire naître des droits et obligations sera
illicite, donc nulle.

B- Les rapports pécuniaires

Y a-t-il entre concubins l'équivalent d'un régime


matrimonial ?
Tout d'abord, il n'existe pas d'obligation alimentaire
ni de devoir de secours entre concubins. Si un amant
remet de l'argent à sa maîtresse, c'est sans engagement
pour l'avenir. Toutefois, si la concubine a fait des achats
à crédit pour les besoins du concubinage, les taux
permettent aux fournisseurs de s'attaquer à l'amant. On

Les effets du concubinage 113


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

considère qu'elle a agi sur la base d'un mandat


domestique tacite. Cette position de la jurisprudence est
une déduction de la théorie de l'apparence : le concubin
est en faute pour avoir laissé croire aux tiers que sa
maîtresse était son épouse ; il doit réparer le dommage
causé par cette apparence trompeuse, et la meilleure
façon de réparer est de payer comme s'il y avait
mariage. C'est pourquoi, cette jurisprudence ne
s'applique pas à tout le monde, mais aux concubins qui
vivent maritalement.
Lorsque la vie commune s'est prolongée pendant un
certain temps, les concubins ont été forcément entraîné
à mêler leurs intérêts pécuniaires. A la fin du
concubinage, il faudra nécessairement liquider cette
situation.

Paragraphe 2 - A la dissolution du concubinage

Le concubinage n'apparaît, aux regards du droit,


qu'au moment où il disparaît.
A l'opposé du mariage, le concubinage peut toujours
et sans contrôle, être interrompu.
A ce principe de la liberté de la rupture, la
jurisprudence a apporté des palliatifs ( qui tiennent
compte de ce que ) le concubinage contient une union
coutumière.

A- La rupture
1- Le principe

Parce qu'il n'y a aucun engagement entre les


concubins, la rupture du concubinage, même si elle est
faite sans juste motif, ne fait naître aucun droit au
concubin délaissé, et quel que soit le préjudice subi .
Ainsi, le concubinage rompu, il ne déroule aucune
prestation compensatoire dont bénéficie l'époux divorcé.
Cependant, la jurisprudence a apporté plusieurs
palliatifs à ce principe.

Les effets du concubinage 114


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

2- Les palliatifs

Une indemnité peut être accordée en cas de


rupture, si une faute peut être établie à la charge de
l'auteur de la rupture. Le plus souvent, la faute relevée
résulte beaucoup plus des circonstances ayant entouré
la liaison que la rupture elle- même.
Ainsi, la faute a pour objet l'établissement de la
liaison, et le préjudice tient à la rupture. Ainsi, une
promesse dolosive de mariage pourrait justifier l'octroi
d'indemnité en cas de rupture du concubinage qu'elle
aurait suscité.
Les tribunaux ivoiriens admettent l'existence d'une
situation dolosive quand le concubinage renferme un
mariage coutumier.
C'est ce qui ressort de l'arrêt de la chambre civile
de la Cour d'Appel d'Abidjan du 30 avril 1976.
Un époux coutumier ( conclusion ) avait demandé des
dommages et intérêts pour rupture de l'union imputable à
sa campagne. La Cour d'Appel d'Abidjan rejette la
demande estimant que le caractère abusif de la rupture
n'était pas prouvé. Selon la Cour d'Appel d'Abidjan, la
rupture serait abusive en l'espèce, si au moment de la
conclusion de l'union, sa compagne avait exercé sur lui
une contrainte. Or, les usages matrimoniaux traditionnels
ont montré que c'est plutôt l'homme qui a exercé une
contrainte sur la femme par l'intermédiaire des parents de
celle- ci pour l'amener à accepter l'union.
Cette décision laisse à penser qu'il serait
relativement facile à une épouse coutumière délaissée
d'obtenir réparation du préjudice résultant de la rupture
du concubinage renfermant un mariage coutumier.
C'est le même souci qui a animé la cour suprême
dans son arrêt du 18 avril 1969 ( RID 69/2, 16 ). En
l'espèce, il s'agit d'un mariage coutumier qui a été
célébré entre une femme de statut local et un français en
1954. La femme est abandonnée avec un enfant né des
œuvres de ce français. Elle demande alors réparation
pour la rupture de l'union. La cour suprême, en cassant
l'arrêt de la Cour d'Appel d'Abidjan qui avait rejeté la
demande de la dame, la Cour Suprême a conclu que la
rupture de cette union, sans juste motif, engageait la

Les effets du concubinage 115


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

responsabilité de son auteur. La Cour Suprême


considère que ce concubinage n'est pas le résultat d'un
libre consentement ; il en est ainsi, notamment,
lorsqu'une jeune fille a été donnée en mariage par son
père conformément à la coutume à un homme de statut
dit de droit commun auquel cette forme de mariage était
interdite.

B- Les effets de la rupture.

Il s'agit de la question des libéralités entre


concubins et de la liquidation des rapports pécuniaires
entre concubins.

1- Les libéralités entre concubins

Comme le concubinage n'existe pas au regard du


droit, les libéralités entre concubins sont appréciées par
les tribunaux d'après l'intention qui les anime.
- Elles sont nulles si elles ont pour but d'obtenir
l'établissement ou la continuation des relations hors
mariage ; elles sont nulles parce que la cause est
immorale.
- Mais, ces libéralités sont valables si au contraire
elles ont pour but de réparer le préjudice causé par la
rupture du concubinage.

2- La liquidation des rapports pécuniaires entre concubins

La liquidation des rapports entre époux se fait au


moyen du régime matrimonial ; or, en cas d'union libre, il
n'y a pas de régime matrimonial. Mais, lorsque la vie
commune a duré un certain temps et que les concubins
ont obtenu des biens, la jurisprudence admet l'existence
d'une société de fait.
Par exemple, l'exploitation d'un fonds de commerce.
Or, l'existence d'une société de fait ne découle pas
automatiquement du fait du concubinage. Si la preuve de
cette société n'a pas été faite par écrit, encore faut-il
que soient établis les éléments essentiels d'une société ;
par exemple les apports et une intention de mettre les
biens en société et le désir de partager des bénéfices.

Les effets du concubinage 116


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

L'appréciation de ces éléments appartient au juge


du fond. En outre, la jurisprudence admet que la
concubine qui a travaillé dans l'intérêt commun de
l'exploitation, quelle soit agricole ou commerciale, en
étant subordonnée à son concubin, a parfois le droit de
réclamer une rémunération fondée sur l'enrichissement
sans cause qu'elle apporte à son concubin.

Section 2 : Dans les rapports des concubins


avec les tiers
Le faux ménage a des rapports avec les tiers.
Certains apparaissent lors de l'union et d'autres au
moment de la rupture de l'union.

Paragraphe 1 : Au moment de la constitution de l'union

La constitution de l'union libre n'entraîne pas, en


droit, la perte d'avantage; notamment lorsqu'elle a lieu
après le divorce. Ainsi, le bénéficiaire d'une pension
alimentaire après divorce la conserve tant qu'il n'est pas
remarié.
En ce qui concerne le concubinage, puisqu'il
n'entraîne pas l'obligation du devoir de secours, il est
admis en droit ivoirien que la pension alimentaire du
concubin déjà divorcé est maintenue.
Cette solution a été abandonnée en France depuis
la loi du 11 juillet 1975, car on considère que c'est une
prime à l'union libre. La femme divorcée pour ne pas
perdre sa pension alimentaire préférera vivre en
concubinage plutôt que de se remarier.

Paragraphe 2 - La rupture du concubinage imputable


à un tiers

La question s'est posée de savoir si un concubin


pouvait réclamer des dommages intérêts à la suite d'un
accident mortel survenu au concubin. La concubine peut
effectivement subir deux sortes de préjudices :

Les effets du concubinage 117


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

- Tout d'abord, un préjudice matériel car son amant


la faisant vivre et elle perd avec lui cette source de
survivre ;
- Et aussi un préjudice moral d'affection.
Face à ces préjudices, la position de la
jurisprudence a varié selon le type de concubinage, à
savoir, le concubinage classique ou concubinage
renfermant une union coutumière.

A- Dans le concubinage classique.

Les tribunaux ivoiriens considèrent que pour


réclamer réparation, il faut se prévaloir d'un intérêt
légitime, juridiquement protégé. Ainsi, les tribunaux
considèrent que l'accident mortel du concubin n'ouvre
pas de droit à la concubine, car l'intérêt qu'elle allègue
n'est pas légitime, et le préjudice qu'elle atteste n'est
pas fondé en raison de la précarité de l'union libre.
En droit français, la position retenue est différente.
Après deux revirements de jurisprudence, l'un en
1937 ( chambre civile, Cour de cassation 27/02/1937, S
1937, 1, 321 ) et l'autre en 1970 ( chambre mixte cass
27/2/1970, D 1970, 201 ), la chambre mixte de la Cour de
Cassation a accueilli l'action de la concubine dans un
cas ou le concubinage offrait des garanties de stabilité,
ne présentant pas de caractère délicieux, au motif que
l'existence d'un lien de droit entre la victime d'un
accident de la circulation et le demandeur à réparation
n'est pas une condition de l'indemnisation. La chambre
civile a, par la suite admis le droit à l'indemnité par suite
de concubinage adultérin .Aujourd’hui en Côte d’Ivoire le
Code CIMA semble aller dans ce sens.

B- Le concubinage renfermant une union coutumière.

Devant les difficultés rencontrées par les concubins


pour établir la preuve d'un intérêt légitime juridiquement
protégé, la chambre civile de la Cour d'Appel d'Abidjan
a, en ce qui concerne le concubinage renfermant un
mariage coutumier, admis l'action en réparation. C'est
dans l'arrêt du 10 mars 1978 ( RID 78/3-4, 12 ) que la
chambre civile a admis le droit à réparation de la

Les effets du concubinage 118


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

concubine. En l'espèce, il s'agissait de plusieurs veuves


coutumières qui ont saisi la juridiction civile pour obtenir
réparation du préjudice civil résultant du décès
accidentel de leur ex-époux coutumier. La Cour d'Appel
d'Abidjan a accordé uniquement la réparation du
préjudice moral. Mais plus tard, dans un arrêt du 26
février 1981, la chambre civile de la Cour d'Appel
d'Abidjan a franchi un pas de plus puisqu'elle a admis la
réparation non seulement du préjudice moral mais aussi
du préjudice matériel.

Section 3 - Dans les rapports des concubins


avec leurs enfants
Le droit ne considère le concubinage que dans les
rapports des concubins avec leurs enfants. Les enfants
des concubins sont des enfants naturels. On leur
applique donc les dispositions relatives à la minorité. (Se
référer aux développements relatifs à la minorité).

Les effets du concubinage 119


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Deuxième partie

La parenté

La parenté 120
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Introduction
La parenté se détermine par ligne et par degré.
 La ligne est une série de parents; la ligne peut
être directe ou collatérale.
- La ligne directe est formée de personnes
descendant les unes des autres. Exemple grand-père,
père, fils, petits fils, etc. c'est la ligne paternelle.
- La ligne collatérale est formée de personnes
descendant d'un même auteur. Exemple : deux frères ou
un frère et une sœur, ou deux sœurs.
Les collatéraux peuvent se rattacher à la ligne
paternelle ; ils sont dits consanguins. S'ils se rattachent
à la ligne maternelle, ils sont dit utérins.
Quand ils sont à la fois consanguins et utérins, ils
sont dits germains. Exemples des frères de même père
et même mère.

 Le degré de parenté est un intervalle qui


sépare deux générations
Les degrés servent à déterminer la proximité de la
parenté ; c'est ainsi que le père et le fils sont parentés
au 1 e r degré ; le grand père et le petit fils sont parentés
au 2 e degré.
La parenté admise en droit moderne trouve
naturellement son fondement dans la consanguinité
c'est-à-dire communauté de sang et la naissance.
Ce qui va nous conduire à voir à présent
l'établissement d'une parenté biologique ( Titre I).
Cependant, à côté de cette parenté biologique, la loi a
institué une parenté sociale, en dehors de tout lien de
sang : c'est la parenté juridique : l'adoption ( Titre II ).

La parenté 121
Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Titre I

La filiation biologique

La filiation ne résulte pas du seul fait de la


naissance ; il faut en plus de la naissance un élément
juridique qui puisse permettre l'établissement de cette
relation sociale. Cet élément juridique peut être le
mariage ou une reconnaissance; la filiation étant légitime
dans un cas et naturel dans l'autre.

La différence entre filiation légitime et naturelle ne


porte que sur l'établissement du lien de filiation. En
effet, conformément à l'article 29 de la loi relative à la
paternité et à la filiation, les enfants nés hors mariage
dont la filiation est légalement établie ont les mêmes
droits que les enfants légitimes.

La filiation biologique 122


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Chapitre 1

La filiation légitime
La filiation maternelle est une chose relativement
facile à établir ; la difficulté est plutôt de savoir qui est le
père. Pour faciliter cette preuve, le droit a cherché à
analyser les relations sexuelles dans une institution qui
est le mariage, et en a déduit la filiation paternelle :
c’est la présomption de paternité.
La filiation légitime est la filiation normale parce
qu'elle est régulière : la plupart des gens sont légitimes.
Aussi, le législateur de 1964 a, pour favoriser cette
légitimité et la rendre stable, rendu difficile la
contestation de la présomption de paternité dont le mari
est investie.
Les problèmes de filiation concernent toujours d'une
part, l'existence de la filiation et, d'autre part, la preuve
de celle- ci.
(Voir loi 64-377 du 7 octobre 1964 modifiée par la
loi 83-799 du 2 août 1983) .

Section 1- La présomption de paternité


La filiation légitime suppose que la mère soit une
femme mariée et que son mari soit bien le père de
l'enfant.
Si la femme est mariée, il suffit de se reporter à ses
actes d'état civil pour le savoir. En revanche, que le mari
soit bien le père de l'enfant, on n'a aucune certitude.
Cependant, comme le mariage crée un devoir de
cohabitation et de fidélité, il est vraisemblable que le
mari est effectivement le père de l'enfant de sa femme.
D'où la présomption de paternité qui est à la fois une
charge et un droit pour le mari.
Elle est une charge car, dans la plupart des cas, il
ne peut rejeter les enfants qui bénéficient de cette
présomption.

La filiation légitime 123


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Mais, c'est aussi un droit parce qu'il peut opposer la


présomption de paternité à la mère et au véritable père
de l'enfant.
Puisqu'il y a présomption de paternité, la paternité
se déduit automatiquement de la maternité.
La filiation est indivisible. Le seul moyen de rompre
l'indivisibilité de la filiation légitime est de porter atteinte
à la présomption de paternité soit en prouvant que les
conditions d'existence de la présomption ne sont pas
remplies, soit en combattant la présomption de paternité
par la procédure de désaveu.

Paragraphe 1 - Les conditions d'existence


de la présomption de paternité

En principe, la légitimité d'un enfant suppose le


mariage de ses parents au moment de sa conception.
Mais la loi a étendu le bénéfice de la légitimité aux
enfants conçus avant le mariage et nés après le mariage.

A- La conception pendant le mariage

Aux termes de l'article 1 e r de la loi relative à la


paternité et à la filiation, l'enfant conçu pendant le
mariage a pour père le mari de la mère. Par conséquent,
la légitimité fondée sur la conception pendant le mariage
est pour ainsi dire un principe incontesté. Le seul
problème soulevé par ce fondement de la légitimité est
celui de la preuve de la date de la conception. La loi
favorise cette preuve en posant une présomption de
durée de la gestation. La loi situe la conception entre
180 e et le 300 e jour précédent la naissance : c'est ce que
l'on appelle la période légale de conception .

1- La période légale de conception

La date de la conception est déterminée à partir de


la naissance qui est un fait connu. La loi présume que la
conception est située dans une période antérieure à la
naissance dite période légale de conception. Ce principe
pose un problème difficile à résoudre.

La filiation légitime 124


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

En effet, la conception s'accomplit en un instant


précis, mais cet instant est difficile à déterminer, car les
intéressés eux-mêmes peuvent ne pas en avoir
conscience.
Aussi, tous les systèmes juridiques établissent une
période pendant laquelle la conception a pu se produire.
On établit universellement, que la grossesse la plus
longue ne peut durer plus de dix (10) mois et la moins
longue ne peut durer moins de 6 moins.
Les législateurs ont donc décidé que la conception
se situe entre le 180 e et le 300 e jour précédents la
naissance.

2- Les conséquences

Il en résulte que ne sont pas conçus pendant le


mariage, les enfants nés plus de 300 jours après la
dissolution du mariage par divorce ou par jugement de
nullité : ils ne peuvent être couvert par la présomption.
De même les enfants nés plus de 300 jours après
les dernières nouvelles de l'absent ne bénéficient pas de
la présomption de paternité. La présomption de paternité
est aussi écartée lorsque l'obligation de cohabiter a
disparu.
Par conséquent, ne sont pas légitimes les enfants
nés plus de 300 jours après l'ordonnance ayant autorisé
la femme à résider séparément pour cas de divorce ou
de séparation de corps.

B- Conception avant le mariage, naissance après le


mariage
Lorsque l'enfant est né dans les 180 premiers jours
du mariage, sa conception est certainement antérieure
au mariage. Et pourtant, cet enfant est considéré comme
légitime.
En effet, l'article 4 de la loi relative à la paternité et
à la filiation prévoit que l'enfant né dans les 180 jours du
mariage ne pourra être désavoué par le mari que dans
certains cas . L'article précité parle de désaveu à propos
des enfants nés dans les 180 jours du mariage. C'est
dire que ces enfants bénéficient de la présomption de

La filiation légitime 125


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

paternité. Par cette disposition, le législateur prend en


compte les enfants nés pendant les fiançailles et le
mariage va conférer la légitimité à un enfant à naître.
En droit français, l'article 314 du code civil français
pose clairement le principe. Cet article 314 dispose que
l'enfant né avant le 180 e jour du mariage est légitime et
réputé l'avoir été dès sa conception.

Paragraphe 2 - Les restrictions à l'existence


de la présomption de paternité

Il y a des enfants qui, bien que conçus pendant le


mariage, ne sont pas couverts par la présomption de
paternité, ou n'en sont couverts que de façon précaire :
il s'agit des enfants conçus pendant l'absence du mari,
ou pendant une période où les époux étaient dispensés
du devoir de cohabitation.

A- L'enfant conçu pendant l'absence du mari (article


3 §1)

Aux termes de l'article 3 §1 de la loi relative à la


paternité et filiation, la présomption de paternité ne
s'applique pas à « l'enfant né plus de 300 jours après la
date des dernières nouvelles telle qu'elle résulte du
jugement constatant la présomption d'absence ».
Certes, l'absence ne dissout pas le mariage.
Cependant, on ne peut démontrer qu'il subsiste puisque
l'existence de l'un des époux ne peut, par définition, être
prouvée. Et faute de pouvoir établir la présence du mari
au moment de la conception, l'enfant ne peut se
prévaloir de la présomption de paternité qui en dépend.

La filiation légitime 126


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

B- L'enfant conçu pendant une période où les époux


étaient dispenses du devoir de cohabitation (article
3 §2)
Cette dispense peut résulter, soit d'une séparation
de corps, ou d'une séparation de résidence. Malgré le
devoir de fidélité, la suppression du devoir de
cohabitation conduit à admettre difficilement que l'enfant
soit issu des œuvres du mari. En conséquence, la
présomption de paternité, quoiqu'elle existe, se trouve
entachée de précarité.

Paragraphe 3 - Le désaveu de paternité.

C'est une procédure réservée au seul mari de la


mère. Elle est destinée à lui permettre d'écarter la
présomption de paternité. Et si la présomption de
paternité n'est pas irréfragable, l'action en désaveu est
une voie rigoureusement réglementée. Elle n'est ouverte
que dans les cas énumérés par la loi et doit obéir à des
conditions strictes de procédure.

A- Le désaveu des enfants conçus dans le mariage

Il n'est possible que dans deux cas :

1-En cas d'impossibilité physique de cohabiter (article 1


loi relative à la paternité et filiation)

Le mari peut désavouer l'enfant en prouvant qu'il


était dans l'impossibilité physique de cohabiter avec sa
femme.
Cette impossibilité physique de cohabiter doit
résulter soit de l'éloignement du mari, soit de son
impuissance accidentelle.
Cette impossibilité doit se prolongée pendant toute
la durée de la période légale de conception ( 180 et 300 e
jour ). Le mari ne peut désavouer l'enfant en alléguant
son impuissance naturelle ( article 2 de la loi ). Il ne peut
non plus désavouer l'enfant pour cause d'adultère… Sauf
si la naissance de cet enfant lui a été cachée.

La filiation légitime 127


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

2- En cas de recel de naissance

On entend par recel de naissance, la dissimulation


à l'égard du mari du fait de l'accouchement ou même
auparavant du fait de la grossesse. Peu importe la durée
de la dissimulation, peu importe son succès ; il peut
s'agir d'une dissimulation matériel ou juridique
(instructions données par la mère pour faire inscrire
l'enfant à l'état civil sous un faux nom).
La loi considère que lorsque la femme a cherché à
dissimuler au mari la naissance de l'enfant, il y a là
comme un aveu implicite d'adultère. C'est pourquoi la loi
permet au mari de démontrer librement sa non paternité,
alors même que l'article 2 précise que le mari ne peut
désavouer l'enfant pour cause d'adultère.
Le mari a une double preuve à faire : il doit prouver
le recel de naissance ou de grossesse. Cette preuve
étant apportée, le mari peut désavouer l'enfant en
apportant la preuve, par tous les moyens, qu'il n'est pas
le père. Par exemple, l'inimitié entre époux ; la
ressemblance de l'enfant avec un tiers, le résultat
négatif d'une analyse sanguine.
De ces deux sortes de désaveu, sortiront
légalement constatées, des filiations adultérines.

B- Le désaveu des enfants conçus avant le mariage.

Les enfants conçus avant mariage peuvent toujours


être désavoués en apportant les preuves, soit de
l'impossibilité physique de cohabiter, soit de recel de
naissance ou de grossesse. En plus, le mari peut les
désavouer par simple dénégation. C'est-à-dire que le
mari décline sa paternité présumée sans avoir à prouver
le bien fondé de ce rejet. Le tribunal n'a aucun pouvoir
d'appréciation. Toutefois, le désaveu par dénégation est
impossible ( et le désaveu de droit commun reste le seul
possible ) dans trois cas : ( cf. article 4 )
- Si le mari a eu connaissance de la grossesse
avant le mariage ( article 4 §1 ),

La filiation légitime 128


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

- S'il a reconnu expressément ou tacitement sa


paternité après la naissance ( article 4 §2 ).
L'article 4 §2 cite seulement le fait d'avoir déclaré
l'enfant à l'état civil ; mais ce n'est, semble-t-il, qu'un
exemple d'aveu tacite qui n'exclut pas les autres.
- Si l'enfant n'est pas déclaré viable ( article 4 §3 ).

C- La procédure de désaveu
1- Les parties
- Le mari intentera l'action dans les deux mois (Art
5) prévus par la loi s'il décède dans ce délai, ces
héritiers pourront contester la légitimité de l'enfant
(article 6) dans le délai imparti.
- L'action est dirigée contre la mère de l'enfant et,
à défaut, contre un tuteur ad hoc, désigné à la requête
du mari ou de ses héritiers, par le tribunal ( article 7).

2- Le délai
Le mari a deux mois pour faire sa réclamation. Le
point de départ de ce délai varie selon les hypothèses :
- L'action doit être intentée dans les deux mois de
la naissance si le mari se trouve sur les lieux au moment
de la naissance.
- S'il était absent pendant la naissance, le délai de
deux mois commence à courir après son retour.
- Si on lui avait caché la naissance, le délai de deux
mois commence à courir après la découverte de la
fraude.
Quant aux héritiers, ils auront deux mois pour
contester la légitimité de l'enfant, à compter du moment
où l'enfant aura pris possession des biens du défunt, ou
de l'époque où les héritiers seraient troublés par l'enfant
dans cette possession ( article 6).
Lorsqu'un tuteur ad hoc doit être désigné, la
requête en désignation doit se faire dans le même délai,
et l'action intentée dans le mois suivant cette
désignation ( article 7 alinéa 2 ).

La filiation légitime 129


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Section 2 - La preuve de la filiation légitime


Une personne peut avoir souvent à se prévaloir de
la filiation parce que la filiation est un élément de son
identité. En outre, il y a aussi beaucoup d'événements où
la filiation est la condition d’existence d'un droit. Par
exemple, la faculté de recueillir une succession ou la
condition d’exercice, d'un droit; d'où l'intérêt de prouver
sa filiation qui peut être contentieuse ou non
contentieuse.

Paragraphe 1 - Les preuves non contentieuses de la


filiation légitime.

Il s'agit de démontrer une filiation qui est établie :


c'est ce qu'on appelle aussi souvent une preuve
extrajudiciaire .
Cette preuve doit être facile parce que la filiation
légitime est une situation normale. Mais, elle ne doit pas
être trop facile à cause des fausses attributions. Par
exemple, pour empêcher que des époux qui ne peuvent
avoir un enfant, s'attribuent un enfant qui n'est pas le
leur ; et inversement, qu'un enfant ne s'attribue à des
parents qui ne sont pas les siens : il y a alors deux
modes de preuves :
- l'acte de naissance
- la possession d'état qui apparaît à l'état isolé et à
l'état complet.

A- La preuve isolée

- La preuve normale de la filiation légitime est l'acte


de naissance qui joue un rôle comparable à celui de
l'acte de mariage.
- La preuve subsidiaire est la possession d'état.
Mais l'un et l'autre dépendent intimement de
l'indivisibilité de la filiation légitime. Puisque l'enfant
légitime est invisiblement lié à sa mère et au mari de
celle- ci, ceci confère à l'acte de naissance une fonction
probatoire étendue par la possession d'état.

La filiation légitime 130


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

1- L'acte de naissance

C'est un mode de preuve ayant une certaine


valeur probante.

a- C'est un mode de preuve

Selon l'article 8 de la loi relative à la paternité


et filiation, la filiation des enfants nés dans le
mariage se prouve par les actes de naissance
inscrits sur les registres d'état civil. Il en résulte que
même un acte notarié par lequel deux époux
reconnaissent, affirment qu'un enfant est le leur,
seront absolument dénué d'effet parce qu'il n'y a
pas reconnaissance de l'enfant légitime.
Par acte de naissance, il faut entendre au sens
de l'article 8 précité les déclarations de naissance
reçues par l'officier ou l'agent de l'état civil et
inscrites dans le registre de l'année en cours.
Pour prouver donc la filiation légitime, l'acte de
naissance doit établir la filiation maternelle; il n'est
même pas indispensable d'indiquer le nom du mari.
Cependant, lorsqu'une femme déclare accoucher
sous son nom de jeune fille, c'est que probablement
le mari n'est pas le père de l'enfant.

b- Valeur probante

L'acte de naissance établit directement la


maternité; la paternité étant établie indirectement
par l'effet de la présomption pater is est.
Mais cette preuve est fragile lorsqu'elle n'est
pas complétée par la possession d'état. La preuve
de la maternité suppose que soient démontrés deux
éléments:
- d'abord, que la mère a accouché de tel
enfant,
- que l'enfant qui invoque l'acte de naissance
est identique à celui que l'acte désigne.

La filiation légitime 131


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

2- La possession d'état

L'article 9 de la loi n°64-377 du 7 octobre 1964


relative à la paternité et à la filiation modifiée par la loi
n°83-755 du 2 Août 1983 énonce qu'à défaut de titre
(acte de naissance ), la possession constante de l'état
d'enfant né dans le mariage suffit.

a- Caractère subsidiaire de la possession d'état

L'article 9 dispose « qu'à défaut de ce titre, la


possession constante de l'état d'enfant né dans le
mariage suffit ».
L'article 9 vise les hypothèses où les registres ont
été détruits ou qu'ils ne sont pas tenus. L'article 9 vise
aussi tous les cas où pour une raison quelconque,
l'enfant est dans l'impossibilité de produire un acte de
naissance prouvant sa filiation légitime.
La loi vise également les cas où la naissance n'a
pas été déclarée, ou elle a été déclarée mais sans qu'il
sache où, ou bien sans indication de la mère.
Dans tous ces cas, la possession d'état est admise.

b- Les éléments de la possession d'état

Ils sont prévus par l'article 10 : " La possession


d'état s'établit par une réunion suffisante de faits qui
indiquent le rapport de filiation et de parenté entre un
individu et la famille à laquelle il prétend appartenir ".
Parmi ces faits, la loi en retient trois
essentiellement : il s'agit du nomen - du tractatus et la
fama.
- Le nomen, signifie que l'individu doit avoir toujours
porté le nom du père auquel il prétend être rattaché.
- Le tractatus, c'est qu'il faut que l'enfant ait été
traité comme un enfant légitime par le prétendu père et
qu'il ait pourvu en cette qualité à son éducation,à son
entretien et à son établissement.
- La forma, c'est-à-dire qu'il doit être considéré
comme enfant légitime par l'entourage et par la famille.

La filiation légitime 132


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Cette possession d'état doit être indivisible, c'est-à-


dire qu'il ne suffit pas que l'enfant ait été traité comme
tel par son père puis par sa mère ; il doit avoir été ainsi
traité et par son père et par sa mère, car la filiation
légitime est indivisible.

3- Valeur probante de la possession d'état

La possession d'état suffit si elle est constante


c'est-à-dire ininterrompue. Elle prouve à la fois la
filiation et le titre ; elle prouve à la fois l'accouchement
et l'identité, la filiation paternelle et la filiation
maternelle.
Avec qu'elle force la possession d'état prouve-t-elle
la filiation ? En d'autres termes cette preuve est-elle
irréfragable ou non ?
C'est une présomption qui n'est pas irréfragable
(elle est donc simple ) dès lors qu'elle est isolée du titre.

B- Les combinaisons du titre (acte de naissance) et


de la possession d'état

Deux hypothèses sont à considérer selon que le


titre et la possession d'état concordent ou se
contredisent.

1- Titre et possession d'état conformes

Le principe est que lorsque l'enfant a une


possession d'état conforme au titre, la preuve de la
légitimité est faite de manière irréfragable, c'est-à-dire
que la filiation est inattaquable.
L'article 11 alinéa 1 affirme : " nul ne peut réclamer
un état contraire à celui que lui donnent son titre de
naissance et la possession d'état conforme à ce titre ".
En d'autres termes, l'enfant ne peut plus rechercher une
autre filiation. Et selon l'alinéa 2 de l'article 11, l'enfant
est protégé contre toute contestation de l'état qu'il
possède.

La filiation légitime 133


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Par l'effet de cette règle, la majorité des gens sont


en paix, car la situation normale d'une personne est
d'avoir un acte de naissance et une possession d'état qui
lui est conforme. Mais, en droit français, par souci de
faire triompher la vérité biologique qui est un des objets
essentiels de la réforme de 1972, l'article 321-1 permet
de contester l'état de l'enfant lorsqu'il y a une
supposition de substitution d'enfants.

2- Titre et possession d'état en conflit

Le titre contredit la possession d'état lorsqu'il


indique une autre filiation que celle que l'enfant
possède. C'est une hypothèse anormale et rare. Le titre
sera proféré et ceci est conforme à une maxime du droit
selon laquelle on fait foi au titre.

Paragraphe 2 - Les preuves contentieuses


La loi a voulu raréfier le contentieux de la filiation
légitime afin que ne soient pas trop souvent troublés la
paix et l'honneur des familles. D'où la détermination
d'une part, des principes généraux devant gouverner le
contentieux de la filiation légitime, et d'autre part la
détermination des diverses sortes d'actions relatives à la
filiation légitime.

A- Les principes généraux de preuve


1- La première base de la légitimité : la maternité

- Si la maternité d'une femme mariée est établie,


elle entraîne la légitimité de l'enfant lorsque la
présomption pater is est s'applique.
- Si la maternité n'est pas établie, l'enfant n'a alors
aucun rapport avec le mariage.
La maternité se déduit d'un fait : la mère prétendue
a effectivement accouché d'un enfant.
L'enfant dont elle a accouché est celui là dont on
veut établir la filiation.

La filiation légitime 134


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

2- La deuxième base de la légitimité : le rattachement de


l'enfant au mari de la femme

La paternité légitime ne peut jamais être


directement recherchée. En effet, elle est établie de
plein droit après que la maternité d'une femme mariée ait
été établie.

B- Les actions d'état relatives à la filiation légitime


Les actions en réclamation et en contestation d'état
ont ceci de commun : c'est là toujours la preuve de la
filiation qui fait la matière du procès. Mais ces actions
sont différentes quant à l'admission et à l'administration
de cette preuve.

1- L'action en réclamation d'enfant légitime

Il s'agit de l'action exercée par un enfant qui n'a,


pour établir son état, ni titre ni possession d'état, et qui
veut démontrer qu'il est l'enfant d'une femme mariée.
En d'autres termes, l'action en réclamation d'état
est une action par laquelle l'enfant réclame
l'établissement de la filiation légitime à l'égard d'un
couple marié qu'il prétend être ses parents.

a- Les parties à l'action.


 Le demandeur

Le demandeur est normalement l'enfant. A son


égard, l'action est imprescriptible ( article 16) ; il peut
donc l'exercer tant qu'il est en vie. Cette action peut se
transmettre aux héritiers de l'enfant. Ils pourront
continuer l'action introduite par leur auteur ( article 18).
Mais ils peuvent eux-mêmes aussi intenter l'action si
l'enfant est décédé mineur ou dans les cinq ans de sa
majorité ( article 17).
L'action en réclamation d'état a un caractère
personnel. Elle n'est transmise aux héritiers qu'autant
que l'on peut présumer que l'enfant n'avait pas renoncé

La filiation légitime 135


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

à l'exercer : soit qu'il ait déjà introduit la demande, soit


que la mort l'ait surpris mineur ou peu de temps après sa
majorité.

Relativement aux héritiers, l'action change de


nature ; ce n'est plus une action d'état mais une action
pécuniaire tendant à consolider leurs droits
successoraux ou même à les étendre.

 Défendeurs.

Père et mère prétendus ou leurs héritiers (car


l'action est parfaitement transmissibles).

b- Les modes de preuve


 -Les preuves du demandeur

Puisqu'il s'agit d'un fait matériel, l'enfant doit


prouver la maternité et l'identité. La preuve de la filiation
peut se faire par témoins ( article 12 alinéa 1 ).
Cependant la preuve par témoins n'est admise que
si le demandeur avait des adminicules préalables ou des
preuves d'appui, c'est-à-dire soit un commencement de
preuve par écrit, soit des indices ou présomptions
(article 12 alinéa 2 ). Mais que faut-il attendre par
commencement de preuves par écrit ? L'article 13
précise ce qu'il faut entendre par commencement de
preuves par écrit. En droit commun, l'article 1347 du
code civil exige que l'écrit rendant vraisemblable le fait
allégué émane de celui à qui on l'oppose. Mais, dans le
cadre de l'article 13 de la loi relative à la paternité et à
la filiation, la liste des personnes de qui peut émaner
l'écrit y est étendue.
Il n'est pas nécessaire que l'écrit provienne de
celui- là même qui est le défendeur à l'action. Il peut
émaner de toute personne engagée dans la contestation
et qui y aurait intérêt, si elle était vivante.

La filiation légitime 136


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

La forme de l'écrit est indifférente. Ce peut être des


titres de familles, des registres et papiers domestiques,
des lettres missives etc.

 Qu’en est-il des présomptions ou indices ?

Les présomptions sont des faits susceptibles de


rendre la filiation vraisemblable. Les présomptions dont
les indices ne sont qu'une variété sont mises sur la
même lignée que les témoignages.
Par indices, il faut entendre par exemple : la
ressemblance physique de l'enfant avec sa mère
prétendue ou même les subsides envoyés à ses parents
nourriciers par celle- ci. L'article 12 alinéa 2 précise : «
Les présomptions ou indices doivent être assez graves
».
Ce sont les juges du fond qui sont souverains dans
l'appréciation de la gravité.
Le commencement de preuve par écrit comme les
indices autorisent les témoignages. Par conséquent, ils
ne sont pas eux-mêmes démonstratifs de la maternité
alléguée. Ils donnent seulement une certaine
vraisemblance à la maternité que le demandeur prétend
avoir.

 - Les preuves du défendeur ?

Ces preuves sont absolument libres. Selon l'article


14 « La preuve contraire pourra se faire par tous moyens
propres à établir que le réclamant n'est pas l'enfant de
la mère qu'il prétend avoir, ou la maternité prouvée, qu'il
n'est pas l'enfant du mari de la mère ».
Deux conséquences découlent de cette disposition :
- La preuve de la non maternité peut se faire par
tous moyens.
- Et lorsque la maternité a été prouvée, le mari de la
mère peut combattre la présomption de paternité au
moyen d'un désaveu.
Cet article 14 crée un désaveu défensif qui vient se
greffer sur l'action en réclamation d'état. A l'appui de

La filiation légitime 137


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

son désaveu défensif, le mari doit rapporter la preuve de


tous les faits propres à justifier qu'il n'est pas le père.
Cette preuve peut être apportée par voie
d'exception si le mari est intervenu dans l'action en
réclamation d'état.
Mais, cette preuve peut être apportée par voie
d'action dans le cas contraire, c'est-à-dire si le procès
en réclamation d'état s'est déroulé en son absence.
Le désaveu peut aussi être exercé avant que
l'action en réclamation soit intentée. Il s'agit alors d'un
désaveu préventif. Le mari peut faire un désaveu
préventif contre un enfant dont la filiation maternelle
n'est pas établie, mais qui pourrait exercer l'action en
réclamation d'état. Ce désaveu pourra être exercé tant
que l’action en filiation maternelle n'est pas exercée. Le
mari va devoir prouver, à la suite de ce désaveu
préventif, qu'il n'est pas le père de l'enfant.
Le désaveu préventif a été prévu pour éviter le
dépérissement des preuves. L'action en réclamation
d'état est imprescriptible à l'égard de l'enfant. Par
conséquent, l'enfant pourra l'exercer à une époque où le
mari serait décédé ou même à une époque où les
preuves de la non paternité auraient disparu.

2- L'action en revendication d'enfant Légitime.

Ici, ce sont les deux époux qui réclament un enfant


comme étant le leur.
Cette action n'a pas été expressément prévue par la
loi de 1964 relatives à la paternité et filiation. Mais elle
est admise par la jurisprudence ( notamment arrêt Albano
DARG du 6 mai 1941 JCP 1942 II, 1819 ou RTD code
civil 1940-41, 57 ).
Cette action en revendication a le mérite d'éviter
que des parents légitimes ne soient privés, par des
moyens plus ou moins frauduleux de leur paternité ou de
leur maternité.
Cependant, cette action risquerait aussi de
consacrer des légitimités fictives et de pures
complaisances, et de conduire à de difficiles conflits de
filiation. C'est pourquoi les règles de l'action en

La filiation légitime 138


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

revendication d'enfant légitime sont identiques à celles


de l'action en réclamation d'état.
Les parents pourront donc prouver la maternité par
des témoignages et adminicules. L'enfant peut prouver la
non maternité par tous moyens. Mais l'enfant ne peut
pas, une fois la filiation maternelle établie, contester la
paternité du mari de la mère.
Que se passera-t-il lorsque l'enfant est déjà reconnu par
un tiers ?
La cour de cassation française, dans l'arrêt
Mouchotte du 14 mars 1961 JCP 1961, II, n° 12 125, a
admis que la revendication d'enfant légitime est possible
malgré la reconnaissance antérieure d'un tiers.
L'établissement de la maternité légitime ayant pour effet
de faire tomber la filiation naturelle contraire.
Une loi française du 3 janvier 1972 a consacré le
principe de l'action en revendication d'enfant légitime
dans l'article 328 ainsi libellé: " Les époux, séparément
ou conjointement, peuvent, en rapportant la preuve
prévue à l'article 323, réclamer un enfant comme étant le
leur… ".
Mais la loi française du 3 janvier 1972 a condamné
la jurisprudence qui admettait l'action en revendication
même au cas de filiation contraire antérieurement
établie. En effet, la loi exige que dans une telle
hypothèse, les demandeurs démontrent préalablement
l'inexactitude de cette filiation en prouvant notamment
qu'il y a eu reconnaissance mensongère.
Quid en Côte d'Ivoire ? Préférence personnelle pour
position jurisprudentielle française.
3- L'action en contestation d'état

Cette action est intentée par un tiers et dirigée


contre l'enfant. En effet, lorsque la filiation de l'enfant
n'est pas irréfragablement établie (par un titre et une
possession d'état conforme ), tout intéressé qui a un
intérêt pécuniaire ou moral peut contester la filiation
légitime. C'est ainsi qu'elle sera normalement formée par
un membre de la famille qui veut écarter d'une
succession l'enfant dont il conteste la filiation.

La filiation légitime 139


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Cette action pourrait aussi bien être intentée par la


mère prétendue qui conteste la maternité que lui attribue
un acte de naissance. De même elle peut, par exemple,
émaner d'un grand parent qui entend interdire
l'usurpation du nom de famille.
La contestation de la filiation légitime porte
uniquement sur la maternité, car les critiques de la
présomption de paternité sont le monopole du mari.
La preuve de la non maternité peut se faire par tous
moyens.
L'action en contestation d'état se distingue de
l'action en désaveu. En effet, elle s'attaque au fait de la
maternité, n'atteignant la paternité que par contre coup.
Tandis que le désaveu dénie la paternité en laissant la
maternité intacte. L'action en contestation d'état se
distingue de la contestation de légitimité dans laquelle
on prétend que l'enfant réclamé comme légitime n'a pas
réellement cette qualité et il est enfant naturel. Ainsi, on
soutient que ses père et mère n'ont jamais été mariés,
ou qu'il est né avant le mariage et que les conditions de
la légitimité ne sont pas remplies.
L'action en contestation d'état doit être
préalablement exercée lorsque l'enfant bénéficie d'une
filiation déjà établie et que l'on veut établir une autre
filiation.

La filiation légitime 140


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Chapitre 2

La filiation naturelle
La filiation naturelle, c'est la filiation hors mariage,
celle issue de parents non mariés ; ce qui s'oppose à la
filiation légitime.
En droit ivoirien, les enfants naturels ont les mêmes
droits que les enfants légitimes, mais à condition qu'ils
aient leur filiation légalement établie. C'est donc au
niveau de l'établissement de la filiation naturelle que des
difficultés apparaissent. En effet, le seul fait de la
parenté n'est pas pris en considération par la loi ; et le
mode d'établissement de la filiation varie selon qu'il
s'agit d'un enfant naturel simple, d'un enfant adultérin ou
d'un enfant incestueux.
D'où le risque d'avoir des enfants naturels sans
filiation établie : ce sont des apartés.

Section 1 - L’établissement de la filiation


naturelle simple.
La loi relative à la filiation et à la paternité a prévu
deux modes d'établissement de la filiation naturelle
simple : l'un est judiciaire et l'autre extrajudiciaire.

Paragraphe 1 - Les modes extrajudiciaires


d'établissement de la filiation naturelle simple.
La filiation naturelle simple s’établit, soit au moyen
de l'acte de naissance, soit par la reconnaissance.

A- L'acte de naissance
L'admission de l'acte de naissance comme mode
d'établissement de la filiation naturelle n'est pas
générale. Le législateur ivoirien l'a admis pour la filiation
maternelle. Cependant certaines dispositions de la loi

La filiation naturelle 141


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

permettent d'affirmer qu'il peut, sous certaines


conditions, être reconnu comme mode de preuve de la
filiation paternelle.

1- La filiation maternelle.
a- La solution ivoirienne.
- Selon l'article 19 alinéa 1, la filiation des enfants
nés hors mariage résulte, à l'égard de la mère, du seul
fait de la naissance.
- L'alinéa 2 poursuit : " Toutefois, dans le cas où
l'acte de naissance ne porte pas l'indication du nom de
la mère, elle doit être établie par une reconnaissance ou
un jugement ".
La combinaison de ces deux dispositions permet de
dire que le législateur ivoirien attribue à l'acte de
naissance un rôle probatoire dans la filiation naturelle. Il
s'est pour cela inspiré du droit traditionnel, lequel établit
la filiation de l'enfant né hors mariage, du seul fait de
l'accouchement.
Ceci explique donc que le législateur moderne
ivoirien ait fait de l'acte de naissance un mode de preuve
de la filiation maternelle. ( Et cela, contrairement au droit
français qui n'a pas voulu faire de l'acte de naissance
une preuve de la filiation maternelle).

b- Le bien fondé de cette solution.

Cette solution est non seulement conforme aux


droits traditionnels, mais elle reflète la mentalité de la
population et la pratique instaurée en la matière. En
effet, pour les populations ivoiriennes, il n'est pas
nécessaire pour une mère de reconnaître son enfant : La
filiation est de plein droit établie, sauf si la mère
abandonne son enfant.
Si l'accouchement a eu lieu dans une maternité
l'indication du nom de la mère sur l'acte de naissance
traduit, la plupart du temps, la vérité biologique. En
effet, dans ce cas, les sages femmes exigent
systématiquement la pièce d'identité de la femme en
couche, et se fondent sur ces pièces pour faire la

La filiation naturelle 142


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

déclaration de naissance. Ainsi, ne pas donner force


probante à l'acte de naissance qui porte indication du
nom de la mère serait contraire à l'intérêt de l'enfant qui
n'aurait pas de filiation établie.

Qu’en est-il de la filiation paternelle

2- La filiation paternelle

L'acte de naissance n'est pas admis en tant que tel


comme mode de preuve de la filiation paternelle. Il
existe plusieurs textes en ce sens.

a- L'article 19 alinéa 3 de la loi relative à la paternité et


filiation

Selon l'article 19 alinéa 3 « à l'égard du père, la


preuve de la filiation ne peut résulter que d'une
reconnaissance ou d'un jugement». Ainsi, aux regards de
ce texte, les deux modes d'établissement de la filiation
paternelle sont la reconnaissance et le jugement; l'acte
de naissance en tant que mode de preuve semble ainsi
rejeté ; il n'est donc pas, à lui tout seul, susceptible de
prouver la paternité naturelle.

(A cet égard, il faut remarquer que même en


matière de filiation légitime, l'acte de naissance n'est
pas, à lui tout seul, suffisant pour établir la paternité ;
c'est la conjonction de l'acte de naissance et de la
présomption pater is est qui permet de démontrer la
paternité légitime ). Cependant la loi semble nuancer
cette solution à travers l'article 47 de la loi relative à
l'état civil.

b- L'article 47 de la loi relative à l'état civil

L'article 47 précité dispose : " Dans un acte de


naissance, lorsque les parents ne sont pas légalement
mariés, la déclaration indiquant le nom du père, ne vaut
comme reconnaissance, que si elle émane du père lui

La filiation naturelle 143


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

même ou de son fondé de pouvoir, par procuration


authentique et spéciale ".
Cette disposition semble vouloir admettre l'acte de
naissance comme mode de preuve de la filiation
paternelle, mais à une condition, lorsque la déclaration
est faite par le père lui-même ou par son fondé de
pouvoir.
Y a-t-il opposition entre l'article 19 et l'article 47 ?

Certains auteurs l'ont pensé, mais d'autres l'ont


nié.

- Ainsi, pour M. Sarrassoro Hyacinthe, ces deux


dispositions sont contradictoires. Il s'est donc demandé
laquelle de ces deux dispositions doit être préférée. Pour
cet auteur, l'article 19 alinéa 3 de la loi relative à la
paternité et filiation doit primer sur l'article 47 (loi
relative à l’état civil) parce que la première est une loi
spécialement consacrée à la filiation tandis que la
seconde (article 47 ) est une loi relative à l'état civil. En
d'autres termes, l'article 19 abrogerait l'article 47.
S'il est de principe qu'une loi spéciale déroge à la
loi générale, c'est à la condition que cette dernière soit
antérieure à la loi spéciale. Or, dans notre cas, la loi
relative à l'état civil et celle relative à la paternité et à la
filiation sont de la même date.

- Pour Mme OBLE, il s'agit d'un faux problème, car


la contradiction entre ces deux textes n'est qu'apparente.
Selon cet auteur, l'article 47 dispose que la déclaration
indiquant le nom du père ne vaut comme reconnaissance
que si elle émane du père lui-même. Cela veut dire que
l'acte de naissance est en même temps un acte de
reconnaissance lorsque celui-ci a été faite au moment de
la déclaration de la naissance ou lorsqu'il a été constaté
par un acte.
L'acte de naissance peut être ainsi l'instrumentum
d'une reconnaissance paternelle.
Ainsi donc, de l'article 47, il ressort que l'acte de
naissance est en lui- même insuffisant pour établir la
filiation paternelle naturelle.

La filiation naturelle 144


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Mais, il en est autrement si l'acte de naissance


renferme une reconnaissance de l'homme ; c'est-à-dire si
la reconnaissance résulte de la déclaration de naissance
qui est faite par le père lui- même ou par une personne
qu'il a mandatée à cet effet.
En définitive qu'elle solution retenir ?
L’article 20 alinéa 2 de la loi relative à la paternité
et filiation répond à la question.

c- L'article 20 alinéa 2.

C'est dans le sens de la solution préconisée par le


Professeur OBLE que le législateur est intervenu en août
1983 à travers l'article 20 alinéa 2.
L'article 20 alinéa 2 est ainsi libellé :"… Toutefois
l'acte de naissance portant l'indication du père vaut
reconnaissance lorsqu'il est corroboré par la possession
d'état ". Cela signifie, qu'en principe, seul la
reconnaissance volontaire ou un jugement établissant la
filiation naturelle paternelle a valeur probante de
paternité.
Cependant l'acte de naissance peut recouvrer une
valeur probante de la paternité si ces indications sont
corroborées par la possession d'état.
Ainsi, pour tous les pères célibataires qui ne se
sont pas désintéressés de leurs enfants, la filiation est
établie s'il y a un acte de naissance bien qu'il n'y ait pas
d'acte de reconnaissance.
En définitive, c'est essentiellement en tant
qu'élément de reconnaissance volontaire que l'acte de
naissance se voit attribuer une valeur probante de la
filiation naturelle paternelle.

B- La reconnaissance.

Pour que la filiation naturelle puisse produire les


effets familiaux, elle doit avoir été volontairement
acceptée par son auteur : c'est la reconnaissance .
La reconnaissance est un acte libre et volontaire qui
a pour objet la preuve d'une filiation naturelle. Dans son

La filiation naturelle 145


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

objet, la reconnaissance est l'aveu d'un fait ( la maternité


ou la paternité ) par son auteur.
Dans sa source, la reconnaissance est un acte
juridique : la libre acceptation d'un enfant dans le sein
d'une famille. C'est pourquoi, elle n'est pas obligatoire.
La reconnaissance volontaire est, dans la
conception de la loi de 1964, le moyen normal d'établir la
filiation naturelle à l'égard du père. C'est ce qui ressort
de l'article 19 alinéa 3.
Relativement à la mère, la reconnaissance est un
mode subsidiaire d'établissement de la filiation ainsi
l’article 19 alinéa 2 dispose : « Toutefois, dans le cas où
l’acte de naissance ne porte pas l’indication du nom de
la mère, elle doit être établie par une reconnaissance ou
un jugement » .
Dans tous les cas, il convient de rechercher, d'une
part les éléments de l'acte de reconnaissance, d'autre
part les effets de la reconnaissance, et enfin les
hypothèses dans lesquelles la reconnaissance peut être
attaquée.

1- Les éléments de l'acte de reconnaissance

La reconnaissance implique essentiellement une


manifestation de volonté. Elle n'est possible que pour
certains enfants et elle est soumise à des conditions de
forme.

a- La volonté

- L'acte de reconnaissance est un acte de volonté. Il


en résulte qu'un vice de consentement est de nature à
entraîner son annulation.
- Puisqu'il s'agit d'un acte de volonté libre, la
reconnaissance peut être opposée à son auteur et le
refus de reconnaître un enfant ne peut motiver une
condamnation à des dommages intérêts au profit de
l'enfant.
- En outre, la reconnaissance ne peut émaner que
de la volonté de l'auteur de l'enfant  ; En conséquence,
seul le père ou la mère peuvent reconnaître un enfant

La filiation naturelle 146


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

naturel. Ni le tuteur ( enfant mineur ou incapable majeur )


ni les héritiers ne peuvent le faire.
La filiation naturelle étant divisible, chacun des
parents ne peut reconnaître que la filiation de l'enfant à
son propre égard, c'est-à-dire de son côté. La
reconnaissance est un acte unilatéral. En conséquence,
la volonté de l'auteur de la reconnaissance suffit. La
volonté de l'enfant ne devrait pas jouer. Cependant
l'article 28 alinéa 3 indique : « Lorsque l'enfant a plus de
21 ans, son consentement est nécessaire lorsque la
reconnaissance est le fait du père   ».
Enfin, la loi n'exige aucune condition de capacité ;
le mineur peut librement reconnaître seul son enfant
naturel.
De même un interdit peut le faire dans un intervalle
de lucidité.

b- Les enfants susceptibles d'être reconnus.

Tout enfant naturel peut être reconnu, réserve faite


des obstacles pouvant résulter du caractère incestueux
ou adultérin de la filiation ou de la constatation
antérieure d'une filiation contraire. Par ailleurs, un
enfant naturel peut être reconnu dès l'instant qu'il est
conçu. Mais, dans ce cas, si la reconnaissance émane
du père, elle doit indiquer la mère, ce qui est la seule
manière d'identifier l'enfant. De même la reconnaissance
est encore possible après le décès de l'enfant né vivant
et viable. Et sa principale utilité est alors d'assurer à
l'auteur de l'enfant des droits successoraux de l'enfant
décédé.

c- Les formes de la reconnaissance

Selon l'article 20 alinéa 1, « la reconnaissance est


faite par acte authentique lorsqu'elle ne l'a pas été dans
l'acte de naissance ». La loi soumet la reconnaissance à
l'exigence de l'authenticité, en raison de la gravité de cet
acte volontaire. La reconnaissance peut se faire par un
acte de l'état civil.
- Par acte de l'état civil

La filiation naturelle 147


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

La reconnaissance est normalement faite par acte


de l'état civil. Il n'est pas nécessaire qu'elle soit faite par
acte séparé. Ainsi, lorsqu'elle est faite lors de la
déclaration de l'enfant, elle pourrait être contenue dans
l'acte de naissance de l'enfant ( article 19 alinéa 3 et
article 47 ).
Mais la reconnaissance peut avoir été faite par acte
distinct, notamment si elle est faite au moment où les
parents légitiment l'enfant en se mariant ( article 30).

β- Par acte notarié

La reconnaissance peut être faite par acte notarié,


c'est-à-dire, soit par un acte spécial dressé par le
notaire à cette fin, soit accessoirement, par un autre
acte tel qu'un testament authentique. Il suffit que dans
cet acte, l'intéressé soit qualifié d'enfant naturel par le
signataire pour qu'il y ait reconnaissance. L'intérêt de ce
mode de reconnaissance tient à ce que les minutes des
notaires n'étant pas publiées, la reconnaissance ne sera
pas reportée sur l'acte de l'état civil et les tiers n'en
auront aucune connaissance.

δ- L'acte judiciaire

Il s'agit de la déclaration d'un homme ou d'une


femme, devant le juge, qui reconnaît sa paternité ou sa
maternité. Généralement, elle intervient lors d'un
interrogatoire ou d'une comparution personnelle devant
le juge. L'interprétation stricte de l'article 20 alinéa 1
permet d'affirmer que les reconnaissances par acte
sous-seing privé sont nulles. Cette nullité peut être
invoquée par tout intéressé.
Néanmoins, un tel acte n'est pas dépourvu de tout
effet car, selon l'article 26 §3 de la loi relative à la
paternité et à la filiation, il peut être le fondement d'une
action en recherche de la paternité et de la filiation, ou
selon l'article 28 alinéa 2, il peut servir de
commencement de preuve par écrit dans l'action en
recherche de maternité naturelle.

La filiation naturelle 148


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Enfin, cet acte sous seing privé pourra servir de


base à une obligation de nourrir et élever l'enfant,
lorsque la loi n'admet pas la recherche de paternité
(article 27).

2- Les effets de la reconnaissance.

L'effet essentiel de la reconnaissance et


l'établissement de la filiation naturelle de celui qui en
fait l'objet. Les caractères de cet effet doivent être
précisés à trois points de vue :

a- Caractère individuel et absolu de la reconnaissance.

- La reconnaissance a un effet individuel, car elle


constate la filiation qui est un lien personnel entre
l’auteur de la reconnaissance et l’enfant. La
reconnaissance de la mère n’établit que la filiation
maternelle, et celle du père la filiation paternelle.
Un des parents ne peut donc reconnaître l’enfant
au nom de l’autre, à moins qu’il n’ait reçu un
mandat.

- La reconnaissance a un effet absolu, car ce lien


individuel est établi à l’égard de tous. On dit que
la reconnaissance existe erga omnes c'est-à-dire
opposable à tous. L’enfant peut donc se prévaloir
de sa qualité envers tous.

b- Caractère déclaratif et rétroactif de la reconnaissance

- Caractère déclaratif  : La reconnaissance ne


constitue pas un état nouveau. C’est un acte
déclaratif d’un état préexistant. En effet, ce lien de
parenté que la reconnaissance établit avait une
existence antérieure à elle, et c’est en cela que la
reconnaissance apparaît comme une preuve.

- Caractère rétroactif  : Cela signifie que les effets


de la filiation remontent au jour de la naissance,

La filiation naturelle 149


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

quelque soit la date de la reconnaissance  ; ainsi,


l’enfant aura droit, par exemple, à toutes les
successions qui se sont ouvertes depuis sa
naissance, quand bien même elles sont
antérieures à sa reconnaissance.

c- Caractère irrévocable de la reconnaissance

Celui qui a reconnu l’enfant ne peut revenir sur


cette reconnaissance et faire cesser les effets de sa
reconnaissance par un acte contraire. Cependant, quand
la reconnaissance est contenue dans un testament qui
est un acte essentiellement révocable, il faut admettre
que la révocation du testament entraînera la révocation
de la reconnaissance.
Mais, que la reconnaissance soit irrévocable ne
signifie pas qu’elle ne puisse être remise en question.
En effet, la reconnaissance peut être attaquée.

3- Les moyens d’attaquer la reconnaissance

Deux voies sont possibles  :


-soit la voie de la contestation
-soit la voie de la nullité

a- La contestation

La reconnaissance peut être contestée pour


inexactitude.
En effet, la reconnaissance d’un enfant naturel
peut être inspiré par la passion momentanée pour la
mère ou par un désir de chantage ou même un sentiment
de vengeance.
Dans tous les cas, il s’agira de reconnaissance
manifestement contraire à la réalité des faits.

La contestation de la reconnaissance pose trois


problèmes  :
-celui de l’attribution de l’action en contestation
-celui du régime de l’action

La filiation naturelle 150


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

-celui des effets de l’action

- L’attribution de l’action

Selon l’article 25 « toute reconnaissance de


même que toute réclamation de la part de l’enfant pourra
être contestée par tous ceux qui y auraient intérêt  ».

L’intérêt qui peut justifier cette action peut être


moral ou pécuniaire.
Quelles sont alors les personnes qui peuvent agir  ?
- L’enfant  ; il a intérêt à rejeter la reconnaissance
inexacte.
- L’autre présent  ; il a également un intérêt à rejeter
les rapports que la reconnaissance implique
implicitement mais nécessairement.
- Les tiers ; le tiers qui prétend être père ou mère
de cet enfant a également un intérêt à contester la
reconnaissance.
- De même peuvent agir ceux qui défendent la
famille légitime contre l’enfant intrus.
- Enfin, l’auteur de la reconnaissance peut contester
sa reconnaissance propre et cela, pour des
problèmes de reconnaissance et de légitimation de
complaisance.

Il s’agit d’autoriser le parent prétendu à apporter


la preuve en justice que le rapport de filiation reconnu
par lui n’existe pas en réalité.
Le législateur ivoirien a préféré faire courir ce risque à
l’enfant plutôt que de laisser se perpétuer des liens de
filiation contre la réalité des faits.

β- Le régime de l’action

La filiation naturelle 151


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

S’agissant de la preuve de la contestation, elle est


libre. Il appartient donc au juge du fond (1er et 2ème
degré) d’apprécier souverainement les preuves fournies.

- Les effets de l’action en contestation


Lorsque l’action en contestation aboutit, elle
entraîne l’anéantissement rétroactif du lien de filiation.
En outre, l’auteur de la reconnaissance
mensongère peut voir sa responsabilité engagée sur la
base de l’article 1382 du Code Civil.

b- La nullité

Il faut appliquer le droit commun des nullités, c'est-


à-dire faire la distinction entre nullité absolue et nullité
relative.

- La nullité absolue

- Est nulle, d’une nullité absolue, la reconnaissance


faite par acte sous seing privé, car l’article 20
alinéa 1 exige un acte authentique.
- Egalement, la reconnaissance d’un enfant
adultérin à naître auquel s’applique la présomption
Pater is est et qui n’a pas été désavoué ( article
21) ; l’action en contestation de reconnaissance
est imprescriptible et fait donc courir un risque à
l’enfant. Mais le législateur ivoirien a préféré faire
courir ce risque à l’enfant plutôt que de laisser se
perpétuer un lien de parenté contraire à la réalité
des faits ; on se rappellera que par ailleurs, la
preuve est libre.
- Est également nulle, de nullité absolue, la
reconnaissance d’un enfant adultérin apatre en
dehors d’une instance en divorce ou séparation de
corps et sans le consentement de l’épouse tel que
le prescrivent les articles 22 et 23 (loi sur la
paternité et filiation).

La filiation naturelle 152


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

- Enfin, est nulle, la reconnaissance d’un enfant


incestueux en dehors du cas de légitimation
(article 24).

β- La nullité relative

Elle peut être prononcé pour vice de consentement


et, en particulier, pour dol ou violence.
Il y aura dol, par exemple, si la maîtresse d’un
homme use de manœuvres, ruses ou de chantage, pour
déterminer l’amant à reconnaître l’enfant.

Paragraphe 2 - Les modes judiciaires de l’établissement


de la filiation naturelle : la recherche
judiciaire de la filiation naturelle

L’enfant naturel qui n’a pas été reconnu


volontairement, peut intenter une action en justice contre
son prétendu père ou sa prétendue mère pour demander
que sa filiation soit constatée par jugement ( article 26 à
28).
Les actions en recherche de paternité et de
maternité sont deux actions distinctes, car une action
peut être intentée sans l’autre. Cependant, la
constatation de la maternité est un préalable utile à la
recherche de la paternité.
En effet, dans trois cas sur cinq, la constatation de
la maternité va créer une présomption contre le prétendu
père à partir des rapports de fait qu’il a entretenu avec
la mère. Les deux actions n’ont pas, en pratique, la
même importance. Les actions en recherche de maternité
sont beaucoup plus rares, et pour cause  ! La plupart des
mères reconnaissent spontanément leurs enfants.

A- La recherche de la maternité naturelle (Art. 19 al. 3)

Dans les régimes juridiques qui estiment que l’acte


de naissance établit la maternité naturelle, le problème
de la recherche de la maternité naturelle n’a pas
d’intérêt. Tel est le cas du droit ivoirien. C’est d’ailleurs

La filiation naturelle 153


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

ce qui explique que les rédacteurs du projet de loi en


1964 avaient oublié de prévoir, dans le texte initial
(paternité et filiation), l’action en recherche de maternité
naturelle. L’alinéa 2 de l’article 19 a été ajouté pendant
les discussions parlementaires du projet.
C’est donc cet article qui pose le principe de la
recherche judiciaire de la maternité.
Dans quelles hypothèses cette action peut-elle être
exercée  ?
- Il s’agit souvent de l’enfant abandonné dès sa
naissance par sa mère et sans acte de naissance
- C’est également le cas d’un enfant abandonné
avec un acte de naissance mais cet acte est muet,
sans nom de la mère.
- Il s’agit aussi des enfants qui ont été élevés par
leur mère, sans déclaration de naissance.
- La loi a renfermé l’action en recherche de
maternité dans des conditions de preuve  ; et son
exercice a fait l’objet de dispositions particulières
de la loi.

1- Les conditions de preuves

L’article 28 alinéa 1 indique, d’une part, les faits à


prouver et, d’autre part, les modes de preuve qui sont
admis.

a- Les faits à prouver

L’article 28 alinéa 1 dispose  : « l’enfant qui


réclame sa mère est tenu de prouver qu’il est
identiquement le même que l’enfant dont elle est
accouchée  ».
L’enfant doit donc prouver l’accouchement de la
femme et l’identité de cet enfant avec celui dont cette
femme est accouchée  ; ce sont là les deux éléments
constitutifs de la maternité.

b- Les modes de preuve

La filiation naturelle 154


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Il convient de distinguer suivant que l’enfant se


prévaut de la possession d’état ou, au contraire, en est
dépourvue.

- Preuve par la possession d’état

Cette preuve est admise par l’article 28 alinéa 2


selon lequel la maternité naturelle devra être
judiciairement déclarée si le demandeur (l’enfant) établit,
à l’égard de la mère prétendue, une possession d’état
constante d’enfant naturel.
C’est du reste, la preuve la plus efficace parce
qu’elle porte à la fois sur l’accouchement et sur
l’identité. Il faudrait pour cela que soient réunis les trois
éléments constitutifs de la possession d’état.

β- Preuve par défaut de la possession d’état

L’article 28 admet le recours au témoignage.


L’enfant devra alors faire la preuve de l’accouchement et
celle de l’identité par témoins. Ces témoignages doivent
s’appuyer sur des adminicules, c'est-à-dire sur des
présomptions ou indices graves, ou des commencements
de preuves par écrit desquels résultent les titres de
famille.

2- L’exercice de l’action
a- Le titulaire de l’action

L’action peut être intentée par l’enfant sans


limitation de délai  ; cependant, l’article 28 est muet sur
la question de savoir si une telle action peut être
intentée par les héritiers  !

b- Les fins de non-recevoir

La filiation naturelle 155


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

La demande se heurterait à une fin de non recevoir


si elle tendait à établir une filiation incestueuse au cas
où celle- ci ne peut pas l’être ( art. 24), ou encore si une
autre filiation maternelle contraire était antérieurement
établie et n’avait pas été préalablement contestée ( art.
31).

B- La recherche de la paternité naturelle

La loi ne l’autorise que dans certains cas. Elle


prévoit diverses fins de non recevoir opposable à
l’action, et soumet celle- ci à des conditions de
procédure.

1- Les cas dans lesquels la recherche de paternité


naturelle est permise

La loi a retenu cinq cas dans lesquels elle estime la


paternité assez vraisemblable pour être utilement
recherchée. Cette liste prévue à l’article 26 est
limitative.

a- Cas d’enlèvement ou de viol (article 26, paragraphe 1)

L’enlèvement suppose un rapt avec violence


physique ou contrainte morale, suivie de séquestration.
Quant au viol, son auteur est puni de
l’emprisonnement de 5 à 20 ans ( article 354 Code
Pénal ) ; et si la victime est mineure, l’auteur de
l’infraction encourt une peine d’emprisonnement à vie.
Ces deux situations (enlèvement et viol) peuvent
être invoquées sans qu’il soit nécessaire qu’elles aient
été préalablement constatées ni sanctionnées par une
juridiction répressive.
En revanche, ces faits doivent avoir été commis à
l’époque de la conception, car c’est à ce titre qu’ils
apparaissent comme rendant la paternité possible.

La filiation naturelle 156


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

b- Cas de séduction, abus d’autorité, promesse de


mariage ou de fiançailles (article 26 paragraphe 2)

La séduction est l’action exercée sur les sentiments


d’une femme pour l’amener à se donner. Cependant, elle
n’est un cas d’ouverture de la recherche de paternité que
si elle est dolosive, c'est-à-dire si cette séduction a été
obtenue par des manœuvres frauduleuses.

L’article 26 paragraphe 2 donne les exemples en


parlant d’abus d’autorité, de fiançailles  ; cette liste n’est
pas limitative puisque la jurisprudence ivoirienne a
admis le fait, pour un homme, d’amener une fille à se
donner à lui en dehors de tout abus d’autorité ou de
fiançailles  ; c’est par exemple le fait d’abuser du jeune
âge ou de la naïveté de la mère  ; et les hypothèses qui
ressortent le plus souvent sont les rapports employeurs -
employées, instituteurs élèves.
La loi n’impose aucun rapport de coïncidence dans
le temps entre la séduction et la conception de l’enfant
qui recherche sa paternité.

c- Cas d’aveu non équivoque de paternité (article 26,


paragraphe 3)

Il s’agit d’un diminutif de la reconnaissance


volontaire. Il s’agit d’une reconnaissance imparfaite et
qui, en raison de cette imperfection, est soumise à une
vérification judiciaire. Cette reconnaissance est
imparfaite pour deux raisons  :
- une raison de forme  ; lorsqu’elle est faite par acte
sous seing privé  ; de même la reconnaissance constituée
par l’aveu est imparfaite.

- Des raisons de fond  ; l’aveu n’est pas expresse


mais implicite  ; c’est ainsi que des conseils d’avortement
donnés à la mère ont été interprétés comme aveu non
équivoque dans la recherche de paternité.

La filiation naturelle 157


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

d- Cas du concubinage notoire (article 26, paragraphe 4)

L’article 26 paragraphe 4 prévoit encore comme


cas de recherche de paternité naturelle, celui où le père
prétendu et la mère ont vécu ensemble, pendant la
période légale de conception, en état de concubinage.
Cet article s’inspire de la présomption Pater is est, en
déduisant du concubinage une présomption de paternité.
Ces relations doivent être stables et continues  ; il
n’est pas nécessaire qu’il y ait cohabitation. Mais
l’article 26 paragraphe 4 exige que le concubinage soit
notoire, c'est-à-dire que les relations aient une certaine
publicité.
Les intéressés doivent avoir été connus comme
amants et maîtresses dans un cercle plus ou moins
étendu.

e- Cas de l’entretien et de l’éducation de l’enfant en qualité


de père (article 26, paragraphe 5)

Ce cas d’ouverture a donné lieu à une discussion


doctrinale. Pour les uns (Marty et Renaud), c’est un aveu
tacite de paternité, pour les autres (Carbonnier), il y a
possession d’état entre l’enfant et le défenseur  ; en fait,
le véritable problème c’est l’interprétation de
l’expression légale «  en qualité de père  » ; la
participation à l’entretien et à l’éducation et même à
l’établissement de l’enfant ne signifie pas
nécessairement qu’on en est le père, surtout en Afrique  !
On peut par philanthropie ou par sympathie pour la
mère ou par pitié pour l’enfant, accepter de l’entretenir.
On ne peut alors affirmer que l’éducation et l’entretien
de l’enfant est le fait du père que s’il est personnel,
régulier et public, étant entendu que l’entretien peut
prendre diverses formes.
Le père prétendu peut nourrir l’enfant chez lui,
verser les subsides à la mère et il n’est pas nécessaire
de déterminer les besoins de l’enfant.

2- Les fins de non recevoir

La filiation naturelle 158


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

La loi a voulu éviter les actions abusives. Elle


permet au défendeur, le prétendu père, d’arrêter une
action manifestement abusive sans qu’elle soit examinée
au fond. Elle empêche aussi qu’une femme exerce une
action pour faire chanter un homme. L’article 26,
paragraphe 6, alinéa 1 et 2 détermine les fins de non
recevoir et les conditions d’exercice de ces actions.

a- L’énumération des fins de non recevoir

Les fins de non recevoir sont fondées sur


l’impossibilité ou le doute de la paternité du défendeur
ou sur la nature de la filiation.

- L’impossibilité de paternité

Il y a deux cas prévus par l’article 26, alinéa 5. Il


s’agit de l’impossibilité physique de la paternité et
l’analyse comparative des sangs.

 L’impossibilité physique
On a déjà rencontré cette notion  ; il s’agit, en fait,
de l’impossibilité pour le prétendu père d’avoir des
relations sexuelles avec la mère. Cette impossibilité peut
être due à l’éloignement pendant la période légale de
conception, ou à un accident quelconque pouvant
entraîner l’impuissance sexuelle.

 L’analyse comparative des sangs


Le résultat négatif de cette analyse a-t-il pour le
juge un caractère obligatoire?
En principe, les juges ne peuvent refuser l’expertise
demandée. Cette mesure peut également être ordonnée
d’office par le juge. Si une partie refuse de se prêter à
l’analyse, le juge en tire les conséquences contraires
(contre cette partie), car l’analyse des sangs est une
preuve négative certaine de non paternité, comme il
ressort de l’arrêt rendu par la Cour d’Appel d’Abidjan en
date du 7/11/1969 ( RID 1970, N° 4 page 25 ).
β- Le doute sur la paternité

La filiation naturelle 159


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Ici, comme ailleurs, le doute profite au défendeur. Si


la paternité du défendeur est a priori douteuse, l’action
en recherche de paternité est irrecevable. Et ce doute
intervient dans deux cas  :

Lorsqu’il y a eu commerce de la mère avec un autre


individu
-Ou une inconduite notoire de la mère

 Commerce de la mère avec un autre individu


Le fait que la mère ait eu, avec un autre amant
identifié, pendant un moment quelconque de la période
légale de conception, des relations, suffit à rendre
irrecevable l’action en recherche de paternité.
On appelle parfois cette fin de non- recevoir,
l’exception de la pluralité d’amants.

 Inconduite notoire de la mère


Le fait que la mère a eu une inconduite notoire
pendant la période légale de conception, sans qu’il soit
nécessaire d’identifier les amants avec lesquels elle a eu
des relations, va créer également un doute sur la
paternité.

- Les caractères adultérins ou incestueux de la filiation


(article 27)

L’action en recherche de paternité est irrecevable si


elle tend à établir une paternité adultérine ou
incestueuse  ; il s’agit des enfants adultérins a patre.
Le législateur a ainsi voulu éviter les scandales
pouvant perturber la paix des familles.

b- Les conditions d’exercice de l’action

Il s’agit de déterminer les conditions d’attribution de


l’action et les délais dans lesquels cette action peut être
intentés.
- Attribution de l’action

La filiation naturelle 160


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Selon l’article 26 paragraphe 5, alinéa 5 «  l’action


doit être exercée par l’enfant  » ; ainsi, les héritiers ne
sont pas habilité à le faire. L’action n’existe qu’à l’égard
de l’enfant. Et comme l’enfant est, en principe, mineur,
l’action sera intentée par la mère même mineure. Ceci
parce qu’elle est la seule personne qui est bien placée
pour savoir avec qui elle a eu des relations intimes,
lesquelles relations ont donné naissance à l’enfant. Si la
mère ne peut le fait parce que décédée, absente,
interdite, l’action sera intentée par le tuteur de l’enfant.
Le défenseur à l’action est le prétendu père.

β- Délai de l’action

S’agissant des délais pendant lesquels cette action


peut être exercée, avant la loi du 2 août 1983 , une
distinction était faite selon que l’action est introduite
pendant la minorité ou la majorité de l’enfant.
-Si l’action est intentée pendant la minorité de
l’enfant, donc par la mère, celle- ci dispose de deux
ans pour agir à compter de l’accouchement. Ce délai
de deux ans ne commençait à courir, dans le cas de
concubinage, qu’à partir du moment où le
concubinage a pris fin, ou que le versement
d’aliments a cessé.
-Si l’action n’a pas été intentée pendant la minorité
de l’enfant, celui- ci peut l’exercer pendant l’année qui
suivra sa majorité.
La brièveté des délais s’explique par les motifs
d’ordre public, de rattachement à l’honneur des familles
et aussi, à la difficulté de prouver des faits trop anciens.
Pourtant, la loi du 02 août 1983 , en abrogeant les
alinéas 4 et 5 de l’article 26 , semble dénoncer cette
brièveté des délais.
Si ces alinéas 4 et 5 sont abrogés, la loi du 02
août 1983 n’a cependant pas fixé de nouveaux délais  ;
peut-on en conclure que l’action peut être exercée
pendant tout le temps, auquel cas l’enfant pourra à tout
moment rechercher sa paternité  ?
On serait tenté de répondre par l’affirmative si on
établit un parallèle avec l’action en contestation de

La filiation naturelle 161


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

reconnaissance. Et pourtant le maintien du dernier alinéa


invite à la prudence  : «  Si l’action n’a pas été … l’enfant
pourra le faire dans sa majorité  ».
Depuis 1983, la détermination de l’âge de l’enfant
est encore plus importante.
Puisqu’il est mineur, l’action pourra être intentée
sans limitation de délai. Et quand il sera majeur, il n’aura
plus qu’une année pour agir.

Section 2 - L’établissement de la filiation adultérine ou


incestueuse

Les enfants adultérins et incestueux présentent


certaines particularités. Ils sont issus de personnes non
mariées entre elles, mais leur naissance est en outre
affectée d’éléments contraires à la loi (illicéité), d’une
immoralité supplémentaire en ce qu’ils sont le fruit, soit
d’un adultère, soit d’un inceste. Cette origine
spécialement fautive a conduit le législateur ivoirien à
admettre, d’une part la reconnaissance conditionnelle de
ces enfants et, d’autre part, à prohiber cette recherche
de paternité.

Paragraphe 1 - La reconnaissance conditionnelle


des enfants adultérins ou incestueux

Les conditions posées par la loi sont différentes


selon qu’il s’agit des enfants adultérins ou incestueux.

A- Les conditions de la reconnaissance des enfants


adultérins

Ces conditions ne seront pas les mêmes selon qu’il


s’agit d’établir la filiation adultérine a patre ou a matre.

1- Filiation adultérine a matre

La filiation naturelle 162


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Pour que la reconnaissance d’un enfant adultérin a


matre soit possible, il faut, au préalable, faire tomber la
présomption de paternité dont bénéfice cet enfant, et qui
fait de lui un enfant légitime. Aussi, la condition posée
par l’article 21, c’est que cet enfant soit désavoué par le
mari de la mère, et le mari est le seul à exercer cette
action en désaveu.

a- Il faut tout d’abord que le mari veuille désavouer cet


enfant

En effet, la présomption de paternité n’est pas


seulement une charge pour le mari, c’est un droit .Et
c’est ainsi qu’il peut s’en prévaloir contre le véritable
père. Si le mari veut, par exemple, se venger du
complice de l’adultère de sa femme, il peut refuser de
désavouer cet enfant, qui sera légitime.

b- Lorsque le mari veut désavouer cet enfant, il faut qu’il


puisse absolument invoquer un des cas de désaveu
limitativement énumérées par les articles 1 et 2 de la loi
relative à la paternité et à la filiation .
S’il n’y parvient pas, l’enfant lui sera rattaché .Ce
sera un enfant légitime  ; c’est en cela que la
présomption de paternité est une charge pour le mari.
En définitive, l’enfant adultérin à matre ne pourra
faire l’objet d’une reconnaissance par son père que si le
mari de sa mère l’a désavoué.

2- Filiation adultérine a patre

Pour que la reconnaissance d’un enfant adultérin a


patre soit possible, l’article 22 pose deux conditions  :

a- Il faut qu’il obtienne le consentement de son épouse

La filiation naturelle 163


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Le principe du consentement de l’épouse est fondé


sur le fait que déjà l’adultère du mari l’offensait et qu’il
ne faut pas, de surcroît, lui imposer la présence de cet
enfant qui est le fruit de cet adultère. Par ailleurs, cet
enfant reconnu aura les mêmes droits que les enfants
légitimes. Aussi, la loi s’est-elle préoccupée de la forme
dans laquelle ce consentement doit être donné et en a
fixé les effets dans l’article 23 alinéa 1  : « le
consentement de l’épouse peut être donné oralement
lors de la déclaration de reconnaissance faite par le
père, ou même ce consentement peut être reçu
séparément par un officier d’état civil ou un notaire  ».
En outre, l’alinéa 2 de l’article 23 indique que
l’action de reconnaissance qui n’indiquerait pas le
consentement de l’épouse ou dans quelles circonstances
ce consentement a été donné sera frappé de nullité.
Mais, la loi va plus loin  ; elle a considéré le cas où
les époux ne s’entendraient plus.

b- Quand les époux ne s’entendent pas, le mari


adultérin peut se passer du consentement de sa femme
pour reconnaître son enfant adultérin s’il existe un
jugement de divorce ou de séparation de corps, ce qui
est assez compréhensible  ; mais ce qui l’est moins, c’est
lorsque la loi permet au mari de se passer de ce
consentement lorsqu’il y simple demande en divorce.
Dans tous les cas, la reconnaissance des enfants
adultérins a généralement pour objet de conférer à des
enfants présumés légitimes la qualité d’enfants naturels.

Qu’en est-il des enfants incestueux  ?

B- Les conditions de la reconnaissance des enfants


incestueux

Deux conditions doivent être remplies pour que la


reconnaissance d’un enfant incestueux puisse se faire  :
- Existence de l’inceste
- Possibilité du mariage des auteurs de l’enfant
incestueux et l’autorisation légale de ce mariage

La filiation naturelle 164


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

1- Existence de l’inceste

L’enfant incestueux est celui qui est issu de


personnes entre lesquelles il existe un lien de parenté
ou d’alliance.
L’existence de lien de parenté ou d’alliance crée un
empêchement au mariage.
Les articles 10 et 11 de la loi relative au mariage
prohibent le mariage entre tous les ascendants et les
descendants en ligne directe, mais aussi en ligne
collatérale. Ainsi, le mariage est prohibé entre oncle et
nièce, etc. de même, lorsque le mariage qui produisait
l’alliance a été dissous par divorce.
L’existence de l’inceste est un fait juridique et il
peut, à ce titre, se prouver par tous moyens, notamment
par la production des pièces d’état civil des concernés.
Cependant, cette loi a prévu des cas dans lesquels
le mariage prohibé devient possible.

2- Possibilité du mariage incestueux

L’article 24 de la loi relative au mariage énonce  :


« L’enfant né d’un commerce incestueux ne peut être
reconnu, hormis toute fois en vue de sa légitimation, si
le mariage de ses auteurs a été autorisé  ».

a- Le mariage autorisé

Cela n’est possible qu’en cas d’inceste relatif. En


effet, l’article 12 de la loi relative au mariage permet au
Procureur de la République de lever, pour des raisons
graves, les prohibitions entre alliées en ligne directe
lorsque la personne qui a créé l’alliance est décédée. Il
peut en être ainsi pour l’oncle et la nièce.
Si donc le Procureur de la République autorise ce
mariage pour cause grave, ceci aura pour conséquence
que cet enfant incestueux sera légitimé.

b- Le mariage non autorisé

La filiation naturelle 165


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Il en est ainsi pour les proches parents. On parle


alors de l’inceste absolue. Et selon l’article 24 , cette
reconnaissance semble interdite. Cependant, on admet
que la filiation maternelle peut être toujours établie par
l’acte de naissance ( article 19, alinéa 1 ).
En effet, tant qu’il n’existe qu’une seule
reconnaissance et que la filiation n’est établie qu’à
l’égard d’un seul parent, l’inceste n’apparaît pas.
La première reconnaissance a donc une validité
apparente et ne doit être annulée que si une deuxième
reconnaissance intervient.

Paragraphe 2 : Prohibition de la recherche de paternité


adultérine ou incestueuse

A- Le cas des enfants adultérins


-Lorsqu’il s’agit d’établir la filiation adultérine a
patre, l’article 27, alinéa 1 est catégorique  : «  un
enfant ne sera jamais admis à la recherche de la
paternité…  » ; l’action est impossible.
-Quant à l’enfant naturel adultérin a matre, l’action
en recherche de paternité naturelle n’est pas recevable
sauf en cas de désaveu du mari de la mère ( article 21).

Par ailleurs, selon l’article 31 « Lorsqu’une filiation


est établie par un acte ou par un jugement, nulle filiation
contraire ne pourra être postérieurement reconnue sans
qu’un jugement établisse, préalablement, l’inexactitude
de la première  ».

B- Le cas des enfants incestueux

Selon l’article 27 , les enfants incestueux ne sont


pas admis à la recherche de la paternité. La loi ne fait
aucune distinction selon que le mariage des parents est
autorisé ou non.

C- Le palliate à l’impossibilité de recherche de


paternité : la reconnaissance de l’action alimentaire

La filiation naturelle 166


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

L’article 27, alinéa 2 permet cependant aux enfants


adultérins a patre et incestueux de réclamer des
aliments en dehors de l’établissement de tout lien de
filiation.

En droit français, tous les amants d’une femme


peuvent être condamnés à verser des subsides à l’enfant
sans que cela ait pour effet d’établir un lien de filiation.
Ceci résulte de l’article 342-8 du Code Civil.
En droit ivoirien, pour bénéficier de cette action, il
faut être enfant adultérin ou enfant incestueux, et cette
action peut être exercée pendant la minorité de l’enfant,
par la mère ou le tuteur ou par l’enfant lui- même lorsqu’il
sera majeur.
Et l’action alimentaire n’est pas une action d’état, et
le lien de filiation, même s’il a été prouvé, ne peut-être
juridiquement établi. L’enfant n’aura donc pas ni droit de
succession, ni tout autre droit dans la famille.
Le seul but de l’action sera d’attribuer une pension
alimentaire proportionnelle aux besoins de l’enfant et
aux ressources de l’auteur. Cette pension restera due
jusqu’à la disparition de l’existence de besoin.

Section 3 - La légitimation

C’est une institution par l’effet de laquelle un enfant


naturel acquiert les droits d’un enfant légitime.
La légitimation transforme la qualité juridique de la
filiation qui, de naturelle, devient légitime.
La légitimation procède du mariage et requiert que
les deux parents de l’enfant naturels se soient mariés
après sa naissance. C’est ce qu’affirme l’article 30 de la
loi relative à la paternité et à la filiation  : « L’enfant
né hors mariage est légitimé de plein droit par le
mariage subséquent de ses pères et mères  ».
Il en ressort que pour qu’il y ait légitimation, il faut
que deux conditions soient réunies  :
- la constatation régulière de la filiation
- le mariage des parents

La filiation naturelle 167


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Paragraphe 1 - La constatation régulière de la filiation

La légitimation intéressera les enfants nés avant le


mariage puisque même s’ils ont été conçus avant le
mariage mais nés dans le mariage, ils seront légitimés.
Tous les enfants naturels peuvent être légitimés,
pourvu que n’apparaisse pas un risque de conflit de
paternité :
La légitimation suppose d’abord que la double
filiation de l’enfant soit établie  ; la filiation doit être
établie avant le mariage ou, au plus tard, au moment de
la célébration du mariage. Elle peut l’être par une
reconnaissance volontaire ou par une décision de justice
et, pour la mère, par l’indication de son nom sur l’acte de
naissance.

Paragraphe 2 - Le mariage des parents

Le mariage des parents est la condition essentielle


de la légitimation. En effet, celle- ci résulte
automatiquement du mariage, et sans aucune formalité,
dès l’instant que la filiation est établie.
Il faut, et il suffit que le mariage soit valable.
Et si mariage est nécessaire, même un mariage
annulé produirait effet quant à la légitimation puisqu’il
vaut toujours pour les enfants même s’il n’est pas
putatif.
Lorsque ces deux conditions sont remplies, la
légitimation est établie sans autres formalités.
Mais, si la filiation naturelle n’était pas établie avant
le mariage et ne l’a pas été au moment du mariage, le
mariage n’a donc pu opérer la légitimation.
Et le droit ivoirien n’a pas admis de légitimation
postérieure au mariage. Ainsi, ceux qui avaient omis de
reconnaître l’enfant par ignorance ou par négligence, ne
peuvent plus régulariser la situation par la suite. Donc
l’enfant reste enfant naturel.
La légitimation fait acquérir la légitimité  :
L’enfant qui en bénéficie obtient le statut d’enfant
légitime

La filiation naturelle 168


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

On peut s’interroger, en droit ivoirien, sur l’intérêt


de la légitimation, car l’enfant naturel à les mêmes droits
que l’enfant légitime.

La filiation naturelle 169


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille

Titre II

La filiation adoptive
L’adoption est un acte juridique créant, entre deux
personnes qui ne sont pas nécessairement parents par le
sang, un lien juridique de filiation.
La conception de l’adoption a évolué en droit
ivoirien. Il est possible de prévoir deux types
d’adoption  :
-une adoption dite simple, où les liens de parentés
entre l’adopté et sa famille d’origine existe  ;
-et une adoption dite plénière, où l’assimilation à un
enfant légitime est totale, les liens de l’adopté avec sa
famille d’origine étant rompue.
-En droit ivoirien, sous la loi de 1964 , seule
l’adoption simple était retenue, mais, depuis la loi du 2
août 1983 , l’adoption plénière a été modifiée et
complétée par la loi N° 83-802 du 2 août 1983 .
Il résulte du nouvel article 3 que l’adoption est soit
simple, soit plénière.

La filiation adoptive 170


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille
Section 1 - L’adoption simple

Paragraphe 1 - Les conditions de l’adoption simple

A- Les conditions de fond


Les conditions de fond de l’adoption simple relèvent
de la volonté d’imiter les filiations normales  ; la famille
formée par l’adopté et l’adoptant doit ressembler à une
famille normale.

1- Les conditions requises chez l’adoptant

L’adoption ne peut être faite que par une seule


personne ou par un couple (article 5 nouveau).

a- Le cas de l’adoption individuelle

L’adoptant doit être âgé de plus de 30 ans. S’il est


marié, il doit l’être depuis plus de 5 ans et obtenir le
consentement de son conjoint (article 2 nouveau).

b- Le cas de l’adoption par deux époux

L’adoption peut être faite par deux époux, et il suffit


que l’un d’eux soit âgé de plus de 30 ans  ; l’adoption
peut être faite même si ce couple a des enfants  ; ceci
est une innovation de la loi de 1983.

2- Les conditions requises chez l’adopté

-Il faut que l’adopté ait 15 ans de moins que


l’adoptant. En effet, la loi a voulu que l’écart d’âge entre
l’adoptant et l’adopté soit suffisant pour rendre
vraisemblable l’existence d’une filiation.
-Si l’adopté a plus de 16 ans, il faut obtenir son
consentement (article 6).
-En outre, il faut le consentement de la famille de
l’adopté. Si l’adopté a encore ses père et mère, ceux-ci
doivent consentir à l’adoption par acte authentique,
devant le président du tribunal, ou devant un notaire.

La filiation adoptive 171


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille
Mais si le père et la mère sont tous deux décédés,
c’est le Tribunal qui autorisera l’adoption, après avis du
tuteur et du ministère public.
Mais, le Tribunal peut autoriser aussi, une adoption en
dépit de l’opposition de l’un des parents si celui- ci a
abandonné l’enfant.
-L’article 1 énonce que l’adoption ne peut avoir lieu
que s’il y a de justes motifs et si elle présente des
avantages pour l’adopté.
Le Tribunal reste donc le seul à autoriser ou non
l’adoption (article 11. alinéa 2).

B- La procédure de l’adoption

A l’origine de l’adoption, il y a un accord de volontés


entre l’adoptant et les parents de l’adopté, et
éventuellement l’adopté lui-même. Mais, il faut, en outre,
que cet accord de volontés soit homologué par le
Tribunal qui prononce seul l’adoption. Ainsi, donc
l’adoptant saisit le Tribunal par une requête à laquelle
sont joints les consentements.
Dans le cas où l’adoptant est marié ou a des
descendants, le tribunal peut vérifier si l’adoption n’est
pas de nature à compromettre la vie familiale (article 11
alinéa 3).
Lorsque le tribunal prononce l’adoption, il statue
également sur les noms et prénoms de l’adopté.
Le jugement d’adoption est prononcé en audience
publique et est susceptible d’appel  ; mais seuls les
arrêts refusant l’adoption sont susceptibles de pourvoir
en cassation.
Dans le mois de la date à laquelle la décision
prononçant l’adoption est passée en force de chose
jugée, mention sera faite en marge de l’acte de
naissance de l’adopté.
A l’égard de l’adoptant, de l’adopté et des parents
de l’adopté, l’adoption prend effet au jour où le jugement
est devenu définitif.
A l’égard des tiers, la sanction prend effet le jour de
la transcription sur le registre de l’état civil.

La filiation adoptive 172


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille
L’adoption simple est susceptible de révocation
(article 25), s’il est justifié de motifs graves, par décision
du tribunal.
La demande en révocation n’est recevable que si
l’adopté est âgé de plus de 13 ans.

Paragraphe 2 - Les effets de l’adoption simple

Les effets de l’adoption simple sont doubles.


-d’une part, l’adopté entre dans la famille de
l’adoptant
-d’autre part, il maintient des relations avec sa
famille d’origine

A- L’entrée de l’adopte dans sa nouvelle famille


1- Les conséquences de ce principe

-L’adoptant devient le seul titulaire, à l’égard de


l’adopté, de tous les droits de la puissance paternelle.
-Quant à l’existence du lien de parenté, un lien de
filiation est établi entre adoptant et adopté, et le lien de
parenté s’étend aux descendants de l’adopté.
-C’est également l’entrée de l’adopté dans sa
nouvelle famille qui explique l’interdiction en mariage. En
effet, le mariage est interdit entre l’adoptant et le
conjoint de l’adopté, entre enfants adoptifs du même
individu, entre l’adopté et ses descendants.
-L’article 18 énonce que l’adopté doit des aliments à
l’adoptant s’il est dans le besoin et, réciproquement.
-Enfin, selon l’article 18, l’adopté et ses
descendants ont, sur la succession de l’adoptant, les
mêmes droits qu’aurait un enfant par le sang de
l’adoptant.

2- L’absence de lien de parenté entre l’adopté et les


parents de l’adoptant

Elle résulte de l’article 17 qui ne crée aucune


prohibition de mariage entre l’adopté et les parents de
l’adoptant, excepté le cas des descendants de
l’adoptant.

La filiation adoptive 173


Pr. CLIMANLO Jérôme Droit de la famille
L’article 19 précise aussi que l’adopté et ses
descendants n’ont aucun droit de succession sur les
biens des parents de l’adoptant.
Cela est compensé par le maintien du lien de
parenté de l’adopté avec sa famille d’origine.

B- Le maintien du lien de parenté entre l’adopte et sa


famille d’origine
1- Les conséquences successorales

L’adopté et ses descendants conservent leurs droits


héréditaires dans leur famille d’origine. Réciproquement,
la famille d’origine conserve des droits héréditaires dans
la succession de l’adopté mais viendra en concours avec
la famille d’adoption.
Si l’adopté meurt sans descendants, une moitié de
sa succession revient à sa famille d’adoption, et l’autre
moitié à sa famille d’origine.

2- Les conséquences sur l’obligation alimentaire

L’obligation alimentaire subsiste entre l’adopté et


ses père et mère (d’origine), mais cette obligation
devient subsidiaire.

Section 2 - L’adoption plénière


Elle a été introduite en droit ivoirien par la réforme
du 2 août 1983. Ces conditions sont plus strictes et ses
effets plus étendus.

Paragraphe 1 - Les conditions propres à l’adoption plénière

Outre les conditions de l’adoption simple, il y a des


conditions supplémentaires pour l’adoption plénière.

A- Les conditions de fond

L’adopté doit avoir moins de 15 ans (article 27) et


avoir été accueilli au foyer de l’adoptant depuis au moins
6 mois.

La filiation adoptive 174


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Cependant, l’enfant qui a plus de 15 ans peut aussi
faire l’objet d’une adoption plénière s’il a été accueilli
avant d’avoir atteint cet âge par des personnes qui ne
remplissaient pas les conditions légales pour l’adopter,
ou s’il a fait l’objet d’une adoption simple avant
d’atteindre cet âge.
Cette limite d’âge imposée pour l’adoption plénière
s’explique par la volonté du législateur de faciliter
l’intégration de l’enfant dans sa famille adoptive où, plus
il est jeune, plus il s’intégrera facilement.

B- Les conditions de forme

La transcription du jugement à l’état civil fait


disparaître toute trace de l’ancienne filiation.
En effet, selon l’article 13 alinéa 6, l’acte originaire
de l’adopter revêtu de la mention adoption est considéré
comme nul.

Paragraphe 2 - Les effets de l’adoption plénière

Il y a substitution de la nouvelle filiation à


l’ancienne, contrairement à l’adoption simple.
En conséquence, l’adopté cesse d’appartenir à sa
famille par le sang  ; il n’a plus qu’une seule famille, sa
famille adoptive.
Cependant, la prohibition édictée par les articles 11
et 12 de la loi relative au mariage subsiste.
L’adoption plénière est irrévocable.

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