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Lille , Centre Universitaire La Forêt

Droit 3
Mlle Halliez

DROIT
Des sociétés
Tableau comparatif
Société de fait
Création de la société
Cour de cassation
chambre civile 1
Audience publique du mercredi 20 janvier 2010

LA COUR DE CASSATION, PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE, a rendu l'arrêt suivant :

Sur le moyen unique, pris en sa première branche :

Vu l'article 1832 du code civil ;

Attendu que l'existence d'une société créée de fait entre concubins, qui exige la réunion des
éléments caractérisant tout contrat de société, nécessite l'existence d'apports, l'intention de
collaborer sur un pied d'égalité à la réalisation d'un projet commun et l'intention de participer
aux bénéfices ou aux économies ainsi qu'aux pertes éventuelles pouvant en résulter ; que ces
éléments cumulatifs doivent être établis séparément et ne peuvent se déduire les uns des
autres ;

Attendu que M. X... et Mme Y... ont vécu en concubinage et ont eu ensemble un enfant né en
1977 ; que le 13 novembre 1990, M. X... a acquis un terrain situé à Schoelcher ; qu'ils ont, en
qualité de co-emprunteurs, souscrit un emprunt pour financer la construction d'un pavillon sur
ce terrain ; que M X... a vendu ce bien en 1999 ; que le 12 octobre 1999, Mme Y..., invoquant
l'existence d'une société créée de fait, a assigné M. X... en paiement de la moitié du produit de
la vente du pavillon ;

Attendu que pour dire qu'il a existé une société de fait entre M. X... et Mme Y... et que celle-
ci devait supporter la moitié des charges et recevoir la moitié des produits de la vente de la
maison, l'arrêt retient que la construction a été financée par un emprunt de 756 000 francs
souscrit par les concubins en qualité de co-emprunteurs, remboursé à concurrence de 4 379,
64 francs par mois par Mme Y... et 4 500 francs par mois par M. X... ; que ceux-ci, en prenant
la décision d'effectuer un emprunt pour financer un projet commun de construction d'une
maison ont témoigné d'une affectio societatis, leur but étant de partager une vie de famille
stable puisqu'ils avaient un enfant commun ; qu'il n'est pas contesté que Mme Y... a assuré
l'entretien et les charges de l'immeuble ainsi que les impôts et taxes et que ces éléments
établissent la volonté des concubins de participer aux bénéfices et avantages tirés de la
jouissance du bien et aux pertes ;

Qu'en se déterminant ainsi alors que l'intention de s'associer en vue d'une entreprise commune
ne peut se déduire de la participation financière à la réalisation d'un projet immobilier et est
distincte de la mise en commun d'intérêts inhérents au concubinage, la cour d'appel n'a pas
donné de base légale à sa décision ;

PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres branches du moyen :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt rendu entre les parties le 16 août
2007 et rectifié le 25 janvier 2008, par la cour d'appel de Fort de France ; remet en
conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour
être fait droit, les renvoie devant les renvoie devant la cour d'appel de Fort-de-France,
autrement composée ;

Condamne Mme Y... aux dépens ;

Vu l'article 700 du code de procédure civile, rejette la demande de M. X... ;

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera
transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt cassé ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, première chambre civile, et prononcé par le
président en son audience publique du vingt janvier deux mille dix.

Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 8 juillet 2003

Attendu, selon l'arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 7 mai 1999), que MM. Alphonse et Albert
X... étaient associés au sein de la société X... frères, société créée de fait qui exploitait une
entreprise dans laquelle travaillait également M. Norbert X... , fils de M. Albert X... ; que ce
dernier est décédé en 1985 ; que la Société nouvelle des établissements Vazzone (la société
SNEV), faisant valoir qu'elle avait ultérieurement contracté avec la société X... par
l'intermédiaire de M. Norbert X... agissant en qualité d'associé, a demandé en justice que MM.
Alphonse et Norbert X... soient condamnés à lui payer le montant des créances dont elle était
titulaire ;

Sur le premier moyen :

Attendu que M. Norbert X... fait grief à l'arrêt de l'avoir condamné solidairement avec M.
Alphonse X... alors, selon le moyen que le juge est tenu de répondre aux conclusions des
parties, qu'en l'espèce, M. Norbert X... avait fait valoir que trois décisions devenues
définitives dont deux arrêts de la cour d'appel de Rennes avaient rejeté des actions similaires
d'autres créanciers de la société X... contre lui après avoir retenu qu'il n'était qu'un simple
salarié de cette société, qu'en ne s'expliquant pas sur le moyen tiré de l'identité de situations
entre ces instances, et qu'en ne recherchant pas si M. Norbert X... pouvait être salarié à l'égard
de certains fournisseurs et associé à l'égard de la société SNEV, l'arrêt attaqué a violé l'article
455 du nouveau Code de procédure civile ;

Mais attendu qu'ayant retenu, par une décision motivée, que M. Norbert X... avait contracté
avec la société SNEV en qualité d'associé de la société X... frères, la cour d'appel a ainsi
répondu, en les écartant, aux conclusions prétendument délaissées ; que le moyen n'est pas
fondé ;

Et sur le second moyen :


Attendu que M. Norbert X... fait encore le même grief à l'arrêt alors, selon le moyen, que le
contrat de société se caractérise par l'affectio societatis, par des apports et par la participation
aux bénéfices et aux pertes, qu'en l'espèce, l'affectio societatis n'a nullement été recherchée ni
a fortiori caractérisée par les juges du fond, en l'état surtout d'une société qui a toujours porté
la dénomination de X... frères même après le décès d'Albert X..., qui a été dissoute et a cessé
d'exister par la seule volonté d'Alphonse X..., tous éléments incompatibles avec le jus
fraternitatis et l'esprit d'égalité devant régner entre les associés, que l'existence d'apports n'a
nullement été établie, M. Norbert X... n'ayant jamais fait d'apports personnels et n'ayant été
que le porteur de parts recueillies dans la succession de son père Albert, que le droit de
participer aux bénéfices et de contribuer aux pertes ne pouvait se déduire de la perception
d'une part des bénéfices, qu'il tenait du chef de ses auteurs, et qui du reste, peut être un mode
de rémunération du travail salarié, qu'enfin son immixtion dans la gestion de la société ne
pouvait résulter ni de ses fonctions qu'il exerçait comme directeur commercial salarié, ni de la
rédaction de factures à son nom par la société SNEV, qui ne pouvait se constituer de preuves
à elle-même, qu'en retenant la qualification d'associé, en l'état de ces éléments, l'arrêt attaqué
a violé l'article 1832 du Code civil ;

Mais attendu que si l'existence d'une société créée de fait exige la réunion des éléments
constitutifs de toute société, l'apparence d'une telle société s'apprécie globalement,
indépendamment de la révélation de ces divers éléments ; qu'en l'espèce, ayant constaté que la
société créée de fait X... frères avait continué à fonctionner après le décès d'Albert X... et que
M. Norbert X... avait, en qualité d'associé et de gérant de cette société, contracté avec la
société SNEV et accepté des lettres de change émises par cette dernière, ce dont il résulte que
M. Norbert X... avait, vis-à-vis des tiers et spécialement de la société SNEV, agi en qualité
d'associé d'une société de fait apparente, la cour d'appel a pu statuer comme elle a fait sans
encourir les griefs du moyen ; que celui-ci n'est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne M. Norbert X... aux dépens ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de Cassation, Chambre commerciale, financière et économique,
et prononcé par le président en son audience publique du huit juillet deux mille trois.

Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 21 février 2012

Sur le moyen unique :

Attendu, selon l'arrêt attaqué (Montpellier, 5 octobre 2010) et les productions, que par contrat
de sous-licence du 20 janvier 2005, la société Focus Europe a autorisé la société Dolce Vita à
ouvrir un magasin "Guess by Marciano" ; que le 1er février 2005, les sociétés Guess Italia et
Dolce Vita ont conclu un autre contrat en vue de la fourniture de marchandises destinées à ce
magasin, conformément à l'accord de sous-licence préalablement conclu ; que la société Dolce
Vita a été immatriculée au registre du commerce et des sociétés le 21 février 2005 ; que se
plaignant d'un refus de vente des produits de marque "Guess Jean's", et invoquant l'ouverture
dans la même agglomération d'une nouvelle boutique "Guess Jean's" au mépris de son droit
contractuel de priorité, la société Dolce Vita a assigné la société One, titulaire d'un bail
commercial sur cette boutique, ainsi que les sociétés Guess France, Guess Italia, Focus
Europe, Guess Europe et Guess Sud (les sociétés du groupe Guess), en exécution et
interdiction sous astreinte ; que devant la cour d'appel, la société Dolce Vita a sollicité le
prononcé de la résiliation de ces conventions et la condamnation de la société One et des
sociétés du groupe Guess au paiement de dommages-intérêts ; que ces dernières ont soulevé
reconventionnellement la nullité des deux conventions;

Attendu que la société Dolce Vita fait grief à l'arrêt d'avoir déclaré nulles les conventions des
20 janvier et 1er février 2005 et de l'avoir déboutée de ses demandes de résiliation et de
dommages-intérêts, alors, selon le moyen :

1°/ que la ou les personnes qui ont agi au nom d'une société en formation avant qu'elle n'ait
acquis la jouissance de la personnalité juridique ou morale sont tenues solidairement et
indéfiniment responsables des actes ainsi accomplis, à moins que la société, après avoir été
régulièrement constituée et immatriculée, ne reprenne les engagements souscrits, auquel cas
ces engagements sont alors réputés avoir été souscrits dès l'origine par la société ; qu'il
s'ensuit que le défaut de reprise régulière, par la société, des actes accomplis pour son compte
avant son immatriculation n'entraîne pas la nullité desdits actes, qui demeurent valables entre
leurs signataires ; qu'en déduisant du défaut de reprise régulière des contrats conclus pour le
compte de la société Dolce Vita avant son immatriculation, leur nullité, la cour viole, par
fausse application, l'article 1108 du code civil, ensemble, par fausse application, l'article 1843
du code civil et les articles L. 210-6 et R. 210-5 du code de commerce ;

2°/ que la nullité d'un contrat pour défaut de capacité ou de pouvoir a le caractère d'une nullité
relative et ne peut donc être utilement invoquée que par la personne protégée ; qu'il s'ensuit
que seule la société Dolce Vita elle-même eût pu éventuellement se prévaloir, le cas échéant,
de la nullité des actes accomplie en son nom et pour son compte par une personne dépourvue
de pouvoir pour ce faire ; qu'en statuant comme elle fait, motif pris notamment qu'il n'était pas
établi que le signataire des contrats litigieux avait la capacité de contracter au nom et pour le
compte de la société en formation, la cour violé l'article 1108 du code civil, ensemble l'article
31 du code de procédure civile ;

3°/ que la preuve des actes juridiques est libre en matière commerciale ; que dès lors, en ne
recherchant pas, comme elle y était invitée, si abstraction faite des vices susceptibles
d'affecter les contrats initiaux, les actes d'exécution intervenus après l'immatriculation de la
société Dolce Vita ne suffisaient pas en eux-mêmes à établir que les sociétés du groupe Guess
et la société Dolce Vita s'étaient mutuellement reconnues comme cocontractantes, le cas
échéant à la faveur d'une substitution de la société Dolce Vita au signataire initial, et si n'était
pas de la sorte rapportée tant la preuve des obligations contractuelles dont l'inexécution était
invoquée par la société Dolce Vita que celle de leur validité, la cour prive son arrêt de base
légale au regard des articles 1134 du code civil et L. 110-3 du code de commerce ;

Mais attendu, en premier lieu, qu'après avoir constaté que les deux conventions n'avaient pas
été souscrites au nom d'une société en formation, mais par la société Dolce Vita elle-même,
l'arrêt relève qu'elles ont été conclues à une date à laquelle cette dernière n'était pas encore
immatriculée au registre du commerce et des sociétés et n'avait donc pas la personnalité
juridique lui permettant de contracter ; que de ces constatations et appréciations, la cour
d'appel a exactement déduit que les deux conventions étaient nulles pour avoir été conclues
par une société dépourvue de la personnalité morale ;

Attendu, en second lieu, que la nullité affectant les actes conclus par une société dépourvue
d'existence juridique a le caractère de nullité absolue ; qu'il en résulte que les sociétés du
groupe Guess pouvaient se prévaloir de la nullité des conventions litigieuses et que celles-ci
n'étant pas susceptibles de confirmation ou de ratification, leur irrégularité ne pouvait être
couverte par des actes d'exécution intervenus postérieurement à l'immatriculation de la société
Dolce Vita ; que par ce motif de pur droit, suggéré par la défense, substitué à ceux critiqués,
l'arrêt se trouve légalement justifié ;

D'où il suit que le moyen, qui ne peut être accueilli en ses deux dernières branches, n'est pas
fondé pour le surplus ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne la société Dolce Vita aux dépens ;

Vu l'article 700 du code de procédure civile, rejette sa demande, la condamne à payer à la


société One et aux sociétés du groupe Guess la somme globale de 2 500 euros ;

Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 17 juin 2008

Sur le moyen unique :

Vu l'article L. 210-6 du code de commerce, l'article 26, alinéa 3, du décret du 23 mars 1967,
devenu l'article R. 210-5, alinéa 3, du code de commerce, ensemble l'article 6 du décret du 3
juillet 1978 ;

Attendu, selon le premier de ces textes, que les personnes qui ont agi au nom d'une société en
formation avant qu'elle ait acquis la personnalité morale sont tenues solidairement et
indéfiniment responsables des actes ainsi accomplis, à moins que la société ne reprenne les
engagements souscrits ; qu'il résulte des deux autres textes que la reprise de tels engagements
ne peut résulter que soit de la signature par les associés des statuts auxquels sont annexés un
état des actes accomplis pour le compte de la société, soit d'un mandat donné par les associés
avant l'immatriculation de la société à l'un ou plusieurs des associés ou au gérant non associé,
et déterminant dans leur nature, ainsi que dans leurs modalités, les engagements à prendre,
soit encore, après l'immatriculation, d'une décision prise à la majorité des associés ;
Attendu, selon le jugement attaqué, rendu en dernier ressort, que les 22 et 24 janvier 2005,
Mme X... a passé commande auprès de la société Sièges HP de travaux de fabrication et de
réfection de meubles pour le compte de la société à responsabilité limitée Nouvelle aux anges
en cours de formation (la société) ; que cette société a été immatriculée au registre du
commerce et des sociétés le 10 février 2005 ; qu'après la livraison des meubles, intervenue le
18 février 2005, la société a refusé de payer une partie de la somme facturée en alléguant un
défaut de conformité de certains travaux à la prestation commandée ; que la société Sièges HP
a assigné la société en paiement d'une certaine somme représentant le solde du prix des
travaux commandés ;

Attendu que pour accueillir cette demande, le jugement retient que la réception de la livraison
et le paiement partiel du prix valent explicitement reprise de l'engagement souscrit avant
l'immatriculation de la société en formation et que cette reprise d'engagement est confirmée
par le fait que la société justifie la rétention du solde de la facture par l'existence de malfaçons
;

Attendu qu'en statuant ainsi, la cour d'appel a violé les textes


susvisés ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, le jugement rendu le 22 janvier 2007,
entre les parties, par le tribunal de commerce de Limoges ; remet, en conséquence, la cause et
les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit jugement et, pour être fait droit, les
renvoie devant le tribunal de commerce de Brive-la-Gaillarde ;

Condamne la société Sièges HP aux dépens ;

Vu l'article 700 du code de procédure civile, condamne la société Sièges HP à payer à la


société Nouvelle aux anges la somme de 1 500 euros ;

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera
transmis pour être transcrit en marge ou à la suite du jugement cassé ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre commerciale, financière et économique, et
prononcé par le président en son audience publique du dix-sept juin deux mille huit.

Cour de cassation
chambre commerciale
Audience publique du mardi 1 juillet 2008

Sur le premier moyen, pris en sa première branche :

Vu l'article 26 du décret du 23 mars 1967, devenu l'article R. 210-5 du code de commerce ;


Attendu que l'engagement pris par un associé pour le compte d'une société à responsabilité
limitée en formation peut être ratifié par un mandat donné par les associés avant
l'immatriculation de la société, laquelle emporte reprise de ces engagements par ladite
société ;

Attendu, selon l'arrêt attaqué, que les associés fondateurs de la société à responsabilité limitée
VMB fixations (la société), MM. X... et Y..., ont conclu le 22 décembre 1999 avec M. Z... un
bail commercial pour le compte de cette société en formation ; que les statuts signés le 7 mars
2000 entre les deux associés donnaient mandat à M. X... de conclure au nom et pour le
compte de la société un bail commercial ; que la société a été immatriculée au registre du
commerce et des sociétés le 3 avril 2000 ; qu'elle a été mise en liquidation judiciaire le 7
novembre 2002 ; que le liquidateur judiciaire a notifié à M. Z... la résiliation du bail le 22
avril 2003 ; que M. Z..., qui a déclaré sa créance au titre des loyers et avances sur charges
impayés, de frais de remise en état des locaux et de dommages-intérêts, a assigné M. Y... en
paiement d'une somme représentant le montant de cette créance sur le fondement de l'article
L. 210-6 du code de commerce, en l'absence de l'accomplissement de l'une des formalités de
reprise du contrat de bail ;

Attendu que pour accueillir cette demande, l'arrêt retient qu'il est constant que le bail avait
déjà été signé le 22 décembre 1999 au moment du mandat donné dans les statuts signés le 7
mars 2000 de telle sorte que le mandat n'a aucun sens ;

Attendu qu'en statuant ainsi, peu important que les associés aient ratifié l'engagement portant
sur le bail commercial par le mandat donné postérieurement à l'un ou plusieurs d'entre eux, la
cour d'appel a violé le texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs :

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 14 septembre 2006, entre
les parties, par la cour d'appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans
l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour
d'appel de Paris, autrement composée ;

Condamne M. Z... aux dépens ;

Vu l'article 700 du code de procédure civile, rejette sa demande ;

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera
transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt cassé ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre commerciale, financière et économique, et
prononcé par le président en son audience publique du premier juillet deux mille huit.
Cour de cassation
chambre civile 3
Audience publique du mercredi 7 décembre 2011

Sur le moyen unique :

Vu l'article L. 210-6 du code de commerce ;

Attendu que les sociétés commerciales jouissent de la personnalité morale à dater de leur
immatriculation au registre du commerce et des sociétés; que les personnes qui ont agi au nom
d'une société en formation avant qu'elle ait acquis la jouissance de la personnalité morale sont
tenues solidairement et indéfiniment responsables des actes ainsi accomplis, à moins que la
société, après avoir été régulièrement constituée et immatriculée, ne reprenne les engagements
souscrits ; que ces engagements sont alors réputés avoir été souscrits dès l'origine par la
société ;

Attendu, selon l'arrêt attaqué (Bordeaux, 14 septembre 2010) que Mme X..., propriétaire de
locaux donnés à bail commercial à M. Y... puis, à la suite de la cession du fonds de commerce
intervenue le 26 septembre 2006 à Mmes Z... et A..., a délivré un congé avec refus de
renouvellement le 4 octobre 2006 à la société Blouniz venant aux droits de Mmes Z... et A... ;
que pour s'opposer au paiement d'une indemnité d'éviction, la bailleresse a visé notamment le
défaut d'immatriculation de la société Blouniz ; que la société locataire a assigné la bailleresse
en contestation de ce congé, sollicitant à titre subsidiaire le paiement d'une indemnité
d'éviction ;

Attendu que pour valider le congé et le refus de paiement d'une indemnité d'éviction, l'arrêt
retient qu'à la date du congé, la société Blouniz n'était pas encore immatriculée et que si
l'immatriculation permet à la société de reprendre à son compte dès l'origine les actes passés
en son nom, elle ne peut avoir pour effet de priver le bailleur d'un droit acquis dès la
notification du congé ;

Qu'en statuant ainsi, alors que du fait de la reprise des engagements pris en son nom, la
société Blouniz était réputée avoir, à la date de la cession du fonds de commerce, et donc à la
date de la délivrance du congé, la personnalité morale conférée par l'immatriculation, la cour
d'appel a violé le texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 14 septembre 2010, entre
les parties, par la cour d'appel de Bordeaux ; remet, en conséquence, la cause et les parties
dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la
cour d'appel de Bordeaux, autrement composée ;
Condamne Mme X... aux dépens ;

Vu l'article 700 du code de procédure civile, condamne Mme X... à payer à la société Blouniz
la somme de 2 500 euros ;
Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera
transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l'arrêt cassé ;

Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, troisième chambre civile, et prononcé par le
président en son audience publique du sept décembre deux mille onze.

Cas pratique
Enoncé

RICHARD, SYLVAIN et NICOLAS, diplômés en 2007 d’une grande école de commerce, ont
décidé de créer une SARL, dénommée RSN, dont l’objet est le négoce de véhicules de collection.
Les statuts sont signés le 2 décembre 2009, et la société est immatriculée quelques jours après, le
8 décembre 2009.
La société déploie son activité dans des locaux à LYON, suivant bail commercial signé par
RICHARD avec OLIVIER, propriétaire des murs, début septembre 2009.
Les associés reconnaissent avoir privilégié le développement commercial de leur entreprise et
avoir tardé à constituer la société, tout en ayant déposé les fonds correspondant à leur apport en
capital fin août 2009, l’activité ayant réellement débuté mi-septembre 2009.
La fin de l’année est difficile, la société connaît des difficultés de trésorerie en raison du très
faible volume d’activité. Le loyer du mois de novembre a été payé avec retard, et celui du mois de
décembre risque de ne pouvoir être assuré. Dans ce contexte, le bailleur, OLIVIER, a fait assigner
RICHARD en paiement le 15 décembre 2009.
Par ailleurs, la Société RSN a conclu, le 9 décembre 2009, un important contrat de partenariat
avec les établissements GT LYON, pour effectuer sur leurs véhicules des modifications
mécaniques permettant d’améliorer la performance des moteurs. Ce contrat a été négocié par
RICHARD avec PIERRE, représentant les établissements GT LYON. SYLVAIN ayant réalisé
l’ensemble des prestations, sous le contrôle de HENRI, directeur des établissements GT LYON,
RICHARD adresse la facture à GT LYON. HENRI et PIERRE répondent qu’ils doivent s’adresser à
JACQUES, seul propriétaire des établissements GT LYON, en signalant qu’ils sont simplement des
amis de JACQUES et qu’ils l’ont aidé à titre bénévole. Inquiet, RICHARD consulte le Registre du
commerce et constate que GT LYON est une entreprise individuelle et que son propriétaire
JACQUES est soumis à une procédure de liquidation judiciaire.

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