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Jacques Joël A ndela

Cameroun,
le temps de la diplomatie
scientifique
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Cameroun,
le temps de la diplomatie
scientifique
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Jaques Joël ANDELA

Cameroun,
le temps de la diplomatie
scientifique

Avant-propos de Thomas FOZEIN KWANKE


Licence accordée à Emmanuel SIRWE sirweemmanuel@yahoo.fr - ip:154.70.108.197

© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08325-4
EAN : 9782343083254
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Au regretté Dr Yves Alexandre Chouala,


modèle du diplomate scientifique.
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Du fond du cœur, je remercie celles et ceux qui, de près ou


de loin, ont contribué à l’enrichissement et à l’aboutissement
heureux du présent ouvrage.

Je pense d’abord au Dr Fozein Kwanke Thomas qui a bien


voulu en rédiger l’avant-propos, ainsi qu’à notre cher
« Ambassadeur du Saint-Esprit », M. Bekono Nkoa Georges
qui, en relisant la première mouture du texte, a permis d’en
peaufiner la forme et le fond.

J’ai ensuite à l’esprit mes charmants amis et collègues qui


ont bien voulu sacrifier de leur temps, soit pour quelques
échanges sur le sujet, soit pour la relecture du texte soumis à
leur appréciation ou pour d’autres facilités qu’ils ont daigné
m’accorder, en particulier Ntienjom Léger, Endezoumou
Patrick-Fleurial, Pilo Selangaï Carine, Mengue Moli Jacques
Bertrand, Dr Nzeugang Alexis, Kouma Jean Cottin, Ngah
Hélène Florence, Ndo Onambélé Dominique, ainsi que celles
et ceux malheureusement que les carences de ma mémoire ne
permettent pas de citer. Une part précieuse de chacun d’entre
vous est intimement liée à cette réflexion qui, je l’espère,
pourra servir de matériau à l’édification d’une diplomatie
scientifique ambitieuse et prospère pour notre pays.

Une gratitude spéciale à Aman III Djou Jean Jaurès, ami et


collègue, dont la disponibilité sans faille tout au long de la
maturation de ce projet, ainsi que les observations et la
documentation mise à ma disposition ont inspiré et façonné
d’importants développements ici repris.
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ABRÉVIATIONS

AAA : Association des auditeurs et anciens auditeurs de


l’académie de droit international de La Haye.
BAD : Banque africaine de développement.
CAE : Conseiller des affaires étrangères.
CAPREJES : Centre africain pour la promotion de la
recherche chez les jeunes dans le domaine des sciences
sociales.
CEMAC : Communauté économique et monétaire de
l’Afrique centrale.
CCNUCC : Convention-cadre des nations unies sur les
changements climatiques.
DSCE : Document de stratégie pour la croissance et
l’emploi.
EMIA : École militaire interarmées.
ENAM : École nationale d’administration et de
magistrature.
ENSP : École nationale supérieure polytechnique.
GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur
l’évolution du climat.
IRIC : Institut des relations internationales du Cameroun.
MINESUP : Ministère de l’enseignement supérieur.
MIRESI : Ministère de la recherche scientifique et de
l’innovation.
MINREX : Ministère des relations extérieures.

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OIF : Organisation internationale de la francophonie.


ONG : Organisation non gouvernementale.
PK : Protocole de Kyoto.
SAE : Secrétaire des affaires étrangères.
SBI : Subsidiary Body for Implementation (Organe subsidiaire
de mise en œuvre de la CCNUCC).
SBSTA : Subsidiary Body for Scientfic and Technological
Advice (Organe subsidiaire de conseil scientifique et
technologique de la CCNUCC).
SCA : Société camerounaise des agrégés.

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AVANT-PROPOS

L’une des caractéristiques les plus marquantes des


relations internationales contemporaines est probablement
l’extrême diversification des champs d’intervention de la
diplomatie des États, qui n’est plus principalement confinée
aux préoccupations de « paix et guerre entre les nations ».
Consécutive au phénomène de la mondialisation, cette
évolution procède également de l’accroissement des défis
planétaires de tous ordres (écologiques, sécuritaires,
énergétiques, sanitaires, et alimentaires entre autres) qui
sollicitent une mobilisation tous azimuts de la science et de la
technologie pour y apporter des réponses appropriées. Dans
nombre de domaines, l’avis des experts conditionne désormais
la décision politique. Parallèlement, les avantages compétitifs
directs ou induits de la maîtrise des savoirs en termes
économiques, de puissance, de rayonnement ou d’influence
font de la science une des composantes majeures de la
politique étrangère des États dont la mise en œuvre appelle le
déploiement d’une « diplomatie scientifique ». Né des
réflexions développées en Amérique du Nord, ce concept
nouveau est au centre de la réorientation des relations
internationales des grands pays industrialisés ainsi que de
nombre de pays émergents.
Dans ce contexte, l’ouvrage de Monsieur ANDELA
Jacques Joël intitulé Cameroun : le temps de la diplomatie
scientifique vient à point nommé rappeler que ce nouvel outil
au service de l’action diplomatique n’est pas réservé aux seuls
pays en compétition pour occuper les premières places dans la
production, la promotion et l’application des savoirs au niveau
mondial. Selon ce jeune collègue, qui m’a fait l’honneur de
m’en confier la rédaction de l’avant-propos, revisité, le

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concept peut être implémenté avec succès dans les pays


pauvres en tenant compte de leur situation particulière. Dans
cette perspective, la diplomatie scientifique ne serait plus
simplement la mise en œuvre des objectifs de la politique
étrangère à travers le développement de la science et de la
technologie, mais également l’utilisation dans le domaine de
la diplomatie des méthodes et des acquis de la science. En
d’autres termes, diplomatie scientifique et gouvernance
scientifique de la diplomatie sont intimement liées. C’est le fil
d’Ariane de la réflexion suscitée par Monsieur ANDELA. Si,
dans la présente livraison, il a centré sa réflexion autour du
diplomate, acteur du terrain, il y a lieu d’espérer qu’il nous
gratifiera, dans un futur proche, d’une seconde livraison qui
insistera davantage sur une approche scientifique de la
gouvernance de la diplomatie camerounaise dans son
ensemble.
Quoi qu’il en soit, l’approche d’analyse de l’auteur, que l’on
peut aisément comprendre, puisqu’il est en même temps
diplomate de carrière et chercheur sur les questions
internationales, consiste à rendre compte d’un concept
théorique tout en proposant les voies de son application
pratique dans le contexte qui est le sien. L’ouvrage de
Monsieur ANDELA, que j’ai donc pris du plaisir à lire, est le
fruit d’un effort de conciliation entre la réalité vécue du
diplomate qu’il est avec la part de projection et d’imagination
à laquelle son statut de chercheur l’incline tout aussi bien.
C’est le regard intérieur de quelqu’un qui, au-delà de savoir
de quoi il parle, a également la capacité de prendre le recul
nécessaire pour analyser objectivement les faits qui se
présentent à lui. En cela, Monsieur ANDELA fait partie de
cette nouvelle génération des diplomates qui ont à cœur de
faire bouger les lignes au sein de la diplomatie camerounaise
non pas seulement par le traitement assidu des dossiers
professionnels qui leur sont confiés au quotidien, mais
également par la production intellectuelle sur les questions

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d’intérêt qui méritent attention, réflexion et appropriation : le


présent ouvrage en est l’éloquent témoignage.
Sans vouloir prendre la parole à la place de son auteur, sa
lecture attentive permet d’appréhender la diplomatie
scientifique comme un nouvel outil de l’action diplomatique
dont pourrait se servir notre pays non seulement pour
améliorer les performances professionnelles de son personnel,
mais également pour atteindre un certain nombre d’objectifs
de politique étrangère. C’est un ouvrage original et méritoire
qui s’inscrit en rupture avec la pratique habituelle dans le
métier de la diplomatie au moins à un double titre.
Tout d’abord, Monsieur ANDELA ouvre la réflexion sur
des questions parfois débattues dans des officines, mais peu
évoquées sur la place publique. Il se démarque quelque peu de
la « réserve » habituelle des diplomates qui ne parlent pas
beaucoup de leur métier quand bien même ils auraient des
choses à dire. Mais, en prenant la parole, il se situe davantage
dans une posture constructive que polémique. C’est sans
doute ce qui explique l’approche démonstrative privilégiée
par l’auteur. Ainsi, après avoir mis en exergue les dividendes
que le Cameroun pourrait tirer de la mise en œuvre d’une
diplomatie scientifique, il n’est pas avare de propositions dont
le but est de permettre à celle-ci de produire le maximum de
ses effets escomptés. C’est dans cette perspective qu’il suggère
la création d’un poste de conseiller scientifique au sein du
ministère des Relations extérieures, l’entrée en fonction
effective du comité interministériel de coordination des
relations internationales pour la coordination de la diplomatie
scientifique au niveau gouvernemental, l’élaboration et
l’adoption d’une stratégie nationale de diplomatie scientifique,
une plus grande ouverture du ministère des Relations
extérieures aux acteurs de la recherche, ainsi que la
spécialisation des diplomates camerounais afin de renforcer
leurs connaissances scientifiques dans un certain nombre de
domaines d’intérêt pour la communauté nationale et
internationale.

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Ensuite, l’initiative de Monsieur ANDELA tranche


nettement avec la pratique courante dans le métier qui
consiste pour beaucoup de diplomates, au crépuscule de leur
parcours professionnel, à retracer dans des mémoires des faits
de carrière. Iconoclaste et donc en rupture de ban avec cette
tradition rétrospective, l’auteur, jeune diplomate en début de
carrière au ministère des Relations extérieures, parle de la
diplomatie non pas au passé, mais bien au présent et encore
mieux au futur. Il privilégie une démarche prospective
reposant sur une vision futuriste de la diplomatie
camerounaise, dans la mesure où il énonce les cimes vers
lesquelles il pense que celle-ci pourrait et devrait tendre dans
un monde où aucun secteur d’activité n’échappe plus à la
compétition. Monsieur ANDELA fait donc déjà lui-même de
la diplomatie scientifique puisqu’à travers son œuvre, il
atteste ipso facto que les diplomates camerounais possèdent
d’importantes ressources intellectuelles dont une meilleure
capitalisation pourrait servir les intérêts de leur pays.
En somme, l’ouvrage de Monsieur ANDELA, adressé à
tous les publics (diplomates et non diplomates), vise à faire
émerger un autre regard sur le diplomate qui se démarque de
toutes sortes de préjugés et caricatures souvent attachés à ce
corps. Le diplomate n’est plus uniquement un homme des
réceptions et des dîners d’État offerts à de hautes
personnalités étrangères, il est aussi un homme de dossiers à
même de débattre des questions scientifiques et techniques
avec les experts de tous ordres. Et comme l’auteur lui-même
le relève dans l’un de ses passages, « les changements en cours
inaugurent une ère nouvelle où les diplomates seront des scientifiques
et les scientifiques des diplomates ». Dans un contexte où le
diplomate perd chaque jour le contrôle dans la conduite des
affaires internationales de l’État, une telle déclaration
constitue un appel à l’endroit des diplomates et de ceux qui
organisent leur métier, pour que la formation initiale et
continue des personnels de la diplomatie camerounaise soit en
phase avec les standards internationaux les plus compétitifs.

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Dans la perspective de la renaissance de la diplomatie


camerounaise, les pistes que Monsieur ANDELA a
généreusement tracées constituent, à n'en point douter, une
utile contribution.

Thomas FOZEIN KWANKE


Ministre Plénipotentiaire Hors Echelle

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INTRODUCTION

UN MONDE NOUVEAU, DE NOUVEAUX OUTILS


POUR L’ACTION DIPLOMATIQUE

« Sachons remiser les concepts et les idées adaptés au


XXe siècle et démodés au XXIe siècle. N’ayons pas peur
des idées nouvelles. N’ayons pas peur des initiatives.
N’ayons pas peur de remettre en cause un certain nombre
de certitudes qui valaient pour le siècle précédent, mais
qui sont dépassées pour le siècle d’aujourd’hui ».
Nicolas Sarkozy, président de la République
française (2007-2012). Discours d’ouverture de la
XIXe Conférence des ambassadeurs, 31 août 2011.
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Diplomatie scientifique. Voilà un concept peu courant dans


le champ littéraire africain, pas plus que dans les officines où
se dessinent les grandes orientations de la politique extérieure
de bon nombre d’États du continent noir. Pourtant, depuis la
fin de la guerre froide, la diplomatie scientifique a fait du
chemin et, même si le concept est récent, sa pratique n’est pas
si nouvelle dans la mise en œuvre de la politique étrangère
des États1 ; elle est simplement mieux élaborée qu’au moment
de ses premières applications, son impact devient de plus en
plus perceptible et, plus que jamais, il y a lieu de s’attendre à
ce que son importance continue de s’accroître dans les
relations internationales à venir 2 . Aussi, le moins que l’on
puisse dire c’est que la diplomatie scientifique rencontre de
plus en plus de succès, en témoignent l’intérêt et la place que
lui accordent un certain nombre de pays développés ou
émergents, au rang desquels les États-Unis (naturellement,
est-on tenté de dire, s’agissant de l’hyper puissance), la
Grande-Bretagne, la France, le Japon et l’Afrique du Sud.
L’intérêt croissant pour cet outil d’intervention de l’État sur
la scène internationale est le reflet d’une réalité que l’on ne
saurait occulter de nos jours : la science – on parlera ici du
savoir, là-bas de la connaissance, ailleurs de la recherche – est
au cœur de l’évolution et de la transformation des sociétés
modernes. Après la révolution scientifique des 18e et 19e
siècles qui, de manière décisive, a transfiguré l’Europe, et en
dépit du discrédit dont elle a fait l’objet au 20e siècle pour le
rôle qu’on lui attribue dans la perpétration des tueries de
masses durant les deux guerres mondiales (l’un des cas les

1 The Royal Society/American Association for the Advancement of


Science, New frontiers in science diplomacy. Navigating the changing balance
of power, London, January 2010, pp. 1-4.
2 Robert D. Hormats, “Science Diplomacy and Twenty-First Century

Statecraft”, Science & Diplomacy, Vol. 1, N°1, March 2012, disponible sur
http://www.sciencediplomacy.org/perspective/2012/science-
diplomacy-and-twenty-first-century-statecraft .

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plus emblématiques étant l’usage de l’arme atomique), l’on


assiste, depuis le début du 21e siècle, à un renouveau de la
science dans les politiques publiques.
En effet, la science est désormais considérée comme le
principal support pour le progrès des sociétés modernes. Plus
que par le passé, il est admis que la croissance économique
d’un pays dépend étroitement de ses capacités scientifiques et
technologiques. Dans le contexte de l’émergence des
économies du savoir, la Banque mondiale considère même que
la croissance économique constitue moins un processus
d’accumulation des capitaux que d’accumulation des savoirs3.
Bref, « la science c’est ce qui permet à un pays de peser dans le jeu
des nations »4, d’où l’intérêt qu’un grand nombre de pays lui
accordent ces dernières années, y compris à l’échelle de leur
action internationale, à travers l’élaboration et la mise en
œuvre d’une diplomatie scientifique.
Le concept de diplomatie scientifique est plus connu dans
la littérature anglo-saxonne, sous la formule de « science
diplomacy ». Développée aux États-Unis et popularisée à
travers les recherches produites par le Centre pour la
diplomatie scientifique 5 , la diplomatie scientifique renvoie,
selon Vaughan Turekian, à « l’utilisation et l’application de la
coopération scientifique pour aider à établir des liens et renforcer les
relations entre les sociétés, notamment dans les domaines où il
pourrait ne pas y avoir d’autres moyens d’approche au niveau

3 The International Bank for Reconstruction and development/The


World Bank, Constructing Knowledge Societies: New Challenges for Tertiary
Education, Washington, 2002, p. 8.
4 Jean-Marc Ela, L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir, Paris,

L’Harmattan, 2006, p. 185.


5 Le Centre pour la diplomatie scientifique (Center for Science Diplomacy)

est un laboratoire de recherche créé en 2008 aux États-Unis par


l’Association américaine pour l’avancement de la science (American
Association for the Advancement of Science) dans le but de mener des
recherches sur les relations entre la science, la coopération scientifique et
la politique étrangère.

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officiel » 6 . Pour intéressante qu’elle puisse paraître, cette


définition demeure toutefois fortement marquée par la
géographie de son enfantement ; elle reflète davantage la
vision et les réalités d’un pays, les États-Unis, à un moment
où divers instruments de politique étrangère sont mobilisés
pour se rapprocher des gouvernements avec lesquels les
relations diplomatiques sont tendues, voire rompues depuis
plusieurs années7. C’est pourquoi, pour nous autres Africains,
elle ne saurait emporter sans réserve notre adhésion, car
l’Afrique a ses propres problèmes ; elle a ses défis auxquels la
priorité doit être accordée.
Dans cette perspective, une diplomatie scientifique pour le
Cameroun suppose, de prime abord, la mise en place d’un
appareil diplomatique dont le fonctionnement répond aux
exigences de rationalité scientifique dans les domaines
notamment de la planification, de la gouvernance, du
processus décisionnel et du financement de l’action
diplomatique. C’est dire, à l’entame de la présente réflexion,
qu’une diplomatie scientifique pour un pays en
développement comme le nôtre ne saurait se concevoir
indépendamment de l’environnement global de l’activité
diplomatique dans son ensemble, dont l’infrastructure et la
superstructure de base doivent être assurées afin de permettre
à ses acteurs et opérateurs d’accomplir efficacement les tâches

6 Tiré de Ministère des affaires étrangères/Direction générale de la

mondialisation, du développement et des partenariats, Une diplomatie


scientifique pour la France, 2013, p. 2. Il convient à ce titre de préciser que
Vaughan Turekian, ancien directeur du Centre pour la diplomatie
scientifique, est actuellement le conseiller scientifique et technologique du
département d’État américain.
7 Dans ce sens, l’une des premières mesures phares de politique étrangère

du président Barack Obama, formulée dans son discours du Caire du 4 juin


2009, a été de nommer des émissaires scientifiques (science envoys) chargés
de renouer les fils du dialogue avec les élites musulmanes du Moyen-
Orient, d’Afrique et d’Asie du Sud-est, à un moment où les États-Unis
n’avaient pas bonne presse dans ces parties du monde.

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multiples et multiformes que le politique pourrait leur


assigner.
Ensuite, et c’est cette dimension de l’analyse qui sera ici
privilégiée, une diplomatie scientifique pour le Cameroun
devrait être conçue dans le sens de la capitalisation des vertus
de la science, grâce à l’action de l’appareil diplomatique, à
l’effet de relever les défis propres au pays, à savoir la paix et
la sécurité, la compétitivité économique, l’intégration et la
solidarité régionales, le reclassement international de
l’Afrique, dans l’optique de faire de notre continent un
véritable acteur – et non plus simplement un objet – de
l’histoire mondiale en train de se faire.
Mais, que les choses soient claires : la prise en compte des
questions scientifiques dans le champ de la diplomatie n’est
pas chose totalement nouvelle. Parler de diplomatie
scientifique n’est pas faire œuvre révolutionnaire. Si l’on se
réfère en effet aux fonctions des agents diplomatiques telles
qu’elles découlent de l’article 3 de la convention de Vienne sur
les relations diplomatiques, celles-ci consistent, entre autres,
à « promouvoir les relations amicales et développer les relations
économiques, culturelles et scientifiques entre l’État accréditant et
l’État accréditaire ». Qu’est-ce qui peut donc expliquer ce
renouveau de la science en diplomatie, au point de faire naître
le concept de diplomatie scientifique ?
Pour ma part, c’est qu’à travers ce nouveau concept, il
s’agit non seulement de reconnaître la fonction stratégique du
savoir dans les sociétés modernes, mais surtout sa capacité à
constituer, pour les États qui font le choix de le valoriser à
l’échelle internationale, un moyen d’atteindre un certain
nombre de leurs objectifs politiques. Or, pour certaines
personnes consultées durant la préparation du présent
ouvrage, parler de diplomatie scientifique au Cameroun relève
encore de l’abstrait ; il s’agit là d’une chose lointaine qui
appartient à l’ordre de la chimère. Pour d’autres, la diplomatie
scientifique serait en réalité quelque chose de complexe,

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difficile d’accès et, pour le dire simplement, un luxe qui pour


le moment ne sied qu’aux pays les plus nantis. C’est pour
tenter de les convaincre tous du contraire que je me suis alors
posé ces deux questions directrices : qu’est-ce qu’une
diplomatie scientifique peut bien apporter de plus ou de mieux
à l’action extérieure du Cameroun telle qu’elle est
actuellement conduite ? Comment pourrait-on mettre sur
pied une véritable diplomatie scientifique au Cameroun afin
de permettre à notre pays d’en tirer un maximum de profit ?
Il me semble, avant même de répondre à ces questions, que
la politique extérieure du Cameroun n’étant pas fondée sur les
ressources du « hard power » que sont principalement les
capacités militaires et économiques, le « soft power », dont les
principaux leviers relèvent de l’intellectuel, du culturel et
même du sportif, se présente comme l’un des meilleurs
instruments de l’action diplomatique dont dispose notre pays
pour influencer l’environnement international dans le sens de
ses intérêts8. Dans ce triple domaine (intellectuel, culturel et
sportif), nous avons du potentiel !
Qui plus est, dans un contexte international où les rapports
de force matériels cèdent de plus en plus le pas aux rapports
d’influence, où le recours à la menace et à l’intimidation est
disqualifié par le droit international (article 2, paragraphe 4
de la Charte des Nations unies), il appartient aux États comme
le Cameroun, convertis à un tel idéal9, de définir des stratégies
nouvelles et bien plus subtiles pour faire prévaloir leurs
intérêts dans les relations internationales. C’est dans cette

8 Il ne s’agit pas ici d’opposer « hard power » et « soft power », car ce sont
deux facteurs de puissance qui interfèrent l’un avec l’autre, se soutiennent
et se renforcent mutuellement. C’est dans ce sens que Joseph Nye, le
géniteur de ces deux concepts, écrivait lui-même que “soft power matters
and can have hard results”. Cf. Joseph S. Nye Jr, The Paradox of American
Power. Why the World’s Only Superpower Can’t Go It Alone, Oxford, Oxford
University Press, 2002, p. 72.
9 Cf. Narcisse Mouelle Kombi, La politique étrangère du Cameroun, Paris,

L’Harmattan, 1996, pp. 58-65.

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perspective que s’inscrit la diplomatie scientifique, en tant


qu’outil d’influence sur la scène mondiale. Pour une puissance
relative comme le Cameroun, elle permet de minimiser les
logiques de confrontation directe et d’aller à la conquête des
cœurs et des esprits, afin de produire un « effet ‘David contre
Goliath’ »10.
Ces considérations liminaires ouvrent le champ de
l’analyse sur les enjeux d’une diplomatie scientifique pour un
pays exprimant un fort besoin de développement comme le
Cameroun, ainsi que les défis à relever pour lui permettre de
produire tous ses effets. Les lignes qui suivent seront dédiées
à mettre en lumière, dans un premier temps, ce que gagnerait
le Cameroun à s’investir davantage sur le terrain de la
diplomatie scientifique et, dans un second temps, ce que notre
pays pourrait faire pour mieux capitaliser ce nouvel outil au
service de l’action diplomatique.

10François-Bernard Huyghe, « Anthologie des textes sur l’influence », p.


15, disponible sur le site de l’auteur :
www.huyghe.fr/dyndoc_actu/490e0ab99be72.pdf

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PREMIÈRE PARTIE

UNE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE


POUR LE CAMEROUN, POUR QUOI FAIRE ?

“Science diplomacy and science and technology


cooperation (…) is one of our most effective ways of
influencing and assisting other nations and creating real
bridges between the United States and counterparts”.
Hillary Clinton, secrétaire d’État américain
(2009-2013). Discours à l’occasion du
lancement de la Quadriennal Diplomacy and
Development Review, 10 juillet 2009.
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Contrairement à la diplomatie économique, la diplomatie


scientifique ne fait pas encore partie des outils formels de
l’action extérieure du Cameroun11. Même si, dans les faits, un
certain nombre d’actions menées à l’échelle internationale
peuvent être inscrites dans le registre de la diplomatie
scientifique, il n’existe, en l’état actuel, aucun document
officiel, aucune étude qui puisse permettre d’en déterminer les
objectifs poursuivis, encore moins les leviers majeurs sur
lesquels elle pourrait s’appuyer. Ce ne sont pourtant pas les
signaux dans ce sens qui ont fait défaut12. Ainsi, devant ce gap
persistant, l’appel en faveur d’une diplomatie scientifique pour
le Cameroun n’est pas uniquement un plaidoyer pro domo du
diplomate que je suis en faveur d’un nouveau gadget politico-
scientifique, mais il s’agit surtout de rendre compte, de
manière objective, des dividendes que notre pays pourrait
tirer en s’engageant résolument sur cette voie.
Dans cette perspective, la diplomatie scientifique doit être
appréhendée comme une manière de faire la diplomatie qui

11 Lors de la 5e édition du Salon international de l’entreprise, de la PME

et du partenariat de Yaoundé (PROMOTE 2014), le ministère des


Relations extérieures a produit un document inédit, intitulé La diplomatie
économique en mouvement, que l’on peut considérer comme l’un des premiers
documents officiels de synthèse sur la diplomatie économique du
Cameroun. Par la suite, la feuille de route de ce ministère pour l’exercice
2015 se fixe comme objectif sectoriel : « Asseoir une diplomatie économique
soutenable et consolider la paix, la sécurité et l’intégrité territoriale ».
12 Dans son ouvrage-programme, le président Paul Biya affirmait en effet

que « l’action internationale du Cameroun vise essentiellement, d’une part, à


renforcer les capacités scientifiques et technologiques de la nation en privilégiant
une importation nette et croissante du savoir et du savoir-faire des pays amis et,
d’autre part, à conjuguer nos efforts avec ceux des autres nations engagées dans
la recherche d’un nouvel ordre mondial de l’information, en vue d’accroître nos
capacités de résistance aux pressions idéologiques que véhiculent les principales
agences de presse et les autres vecteurs de communication des idées dans le monde
d’aujourd’hui ». Cf. Paul Biya, Pour le libéralisme communautaire,
Lausanne/Paris, Éditions Pierre-Marcel Favre, 1986, pp. 25-26.

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vise la transformation du diplomate, à l’effet de le doter


d’outils appropriés afin, lui-même à son tour, de transformer
l’environnement dans lequel il se déploie. Dans ce sens, elle
poursuit alors au moins deux objectifs. D’abord, au sein de
l’appareil diplomatique, la diplomatie scientifique concourt au
renforcement du savoir-faire des diplomates camerounais
dans un environnement international de plus en plus
complexe, ceci afin de leur permettre de mieux répondre aux
exigences sans cesse renouvelées de leur métier. En ce sens,
elle apparaît comme un facteur de performance diplomatique.
Ensuite, hors de l’appareil diplomatique, la diplomatie
scientifique sert à façonner l’environnement international
dans le sens des intérêts du Cameroun. Dans ce cas, elle
constitue un outil d’influence diplomatique.

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CHAPITRE 1

UNE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE


POUR RENFORCER LE SAVOIR-FAIRE
DES DIPLOMATES CAMEROUNAIS DANS UN
ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL DE PLUS EN
PLUS COMPLEXE
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Le monde du 21e siècle, sur plusieurs de ses aspects, est


bien différent de celui des siècles précédents. Qu’il s’agisse des
institutions en charge de la gouvernance mondiale, des sujets
à l’ordre du jour, des acteurs et de leurs modes d’intervention,
des enjeux qui structurent la vie internationale, l’on assiste à
une profonde reconfiguration du système mondial 13 . Si un
concept peut aujourd’hui expliquer et en même temps
résumer certaines de ces transformations, je pense bien que
c’est celui de mondialisation. La mondialisation a contracté le
temps et l’espace. En élargissant le champ des possibilités des
acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux (société
civile, entreprises multinationales, médias, organisations
religieuses et criminelles, migrants), elle bouleverse les
équilibres jusque-là établis.
Sur le terrain de la diplomatie, la mondialisation interpelle
les diplomates des pays en développement comme le nôtre, à
travers un double mouvement d’essence dialectique, qui pose
la question de la raison d’être et du devenir de ces acteurs dans
les relations internationales. D’abord, par le transfert d’un
grand nombre de problèmes de la sphère locale à la sphère
globale (la globalisation des problèmes), le diplomate se
retrouve désormais à la manœuvre d’une série de
préoccupations qui, pendant longtemps, lui étaient étrangères
ou tout au moins lointaines. Ensuite, avec la montée en
puissance des sciences et technologies dans pratiquement tous
les secteurs de la vie humaine, y compris au niveau
international, n’est-on pas en train de se diriger vers un
« gouvernement des experts » où le diplomate, s’il ne rentre
dans le rang, risque de perdre de sa superbe ?

13Cf. Bertrand Badie et Marie-Claude Smouts, Le retournement du monde.


Sociologie de la scène internationale, Paris, Presses de Sciences Po, Dalloz, 3e
édition, 1999.

31
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I. Du local au global : le diplomate au centre de


l’échiquier
L’un des traits majeurs de la mondialisation est sans doute
d’avoir sorti de la pénombre certains sujets qui, autrefois,
étaient couverts du voile de la distance et parfois de
l’indifférence. Ainsi, grâce à la mobilisation de certains
entrepreneurs politiques appartenant à la société civile, aux
cercles scientifiques et aux médias ou même des opinions
publiques, des questions qui autrefois constituaient des enjeux
périphériques se sont immiscées dans le dialogue des États.
On pense notamment aux guerres civiles et aux récentes
crises politiques à l’intérieur d’un certain nombre de pays
(printemps arabe, Burkina Faso, Burundi) dont les incidences
se sont fait ressentir bien loin de leur épicentre. On pense
également à l’apparition d’épidémies dans certains pays (cas
d’Ebola au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée) qui
menaçaient de se propager dans le reste du monde ou enfin à
des catastrophes naturelles et climatiques survenues dans
certains pays (cas du tsunami en Indonésie en 2004, des
séismes à Haïti en 2010 et au Népal en 2015), qui ont suscité
l’émoi et la mobilisation de la communauté internationale.
Toutes ces questions, et bien d’autres encore, font désormais
l’objet de discussions lors des grandes rencontres
internationales et interpellent directement les diplomates de
tous les pays.
Or, confronté à de tels développements, le diplomate
classique, formé à la « vieille école », s’il veut survivre dans
des enceintes elles-mêmes de plus en plus investies par
d’autres acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux,
se doit d’être mieux outillé afin de tenir langue avec ses
nouveaux interlocuteurs. En effet, comment entrer en
pourparlers avec des acteurs suffisamment aguerris et tirer
son épingle du jeu, si l’on n’a pas une bonne connaissance des
questions en discussion, ou si l’on ne perçoit pas distinctement
leur incidence réelle ou potentielle sur le pays dont on a la
charge de défendre les intérêts ? Cela voudrait simplement

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dire que le diplomate moderne, celui du 21e siècle, devrait


pouvoir aller au-delà de la maîtrise des sujets traditionnels des
relations internationales (la fameuse dialectique paix et
guerre entre les nations) pour s’approprier les nouveaux
enjeux locaux de portée globale14 ; il doit apprendre à vivre
avec son temps 15 . Si une épidémie d’Ebola déclenchée au
Liberia, dont un cas a été dépisté au Nigeria, peut provoquer
le renvoi d’une activité internationale programmée au
Cameroun depuis plusieurs mois par une institution
néerlandaise16, cela confirme bien la thèse de « l’effacement des
frontières »17 dont l’un des effets est de gommer la séparation
entre home politics et foreign affairs et, ce faisant, suggère la
nécessité d’une action à l’échelle internationale pour résorber
ce type de menace.
C’est donc ici tout l’intérêt de la diplomatie scientifique,
dans la mesure où elle postule la nécessité d’une mise à jour
permanente des connaissances du diplomate, à l’effet de lui
permettre de faire des incursions heureuses dans des matières
qui, en d’autres temps, ne relevaient pas de son ‘pré-carré’
traditionnel. La diplomatie scientifique place la connaissance
scientifique au cœur du travail quotidien de l’acteur
diplomatique. En effet, devant les turbulences de la politique
mondiale, dont certaines prennent racine à l’intérieur des

14 Il convient de relever au passage que le transfert de ces questions au


niveau global constitue plutôt une opportunité pour les pays en
développement, qui n’ont pas toujours les moyens adéquats pour les
traiter à l’échelle nationale : « à problème global, réponse globale ».
15 Yvan Bazouni, Le métier de diplomate, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 141.
16 Le Programme extérieur de l’académie de droit international de La

Haye, l’un des programmes phares de cette institution dans le domaine du


renforcement des capacités en droit international des fonctionnaires et
chercheurs d’une région donnée, qui devait se tenir au Cameroun en
novembre 2014, a dû être reporté, sur le motif de la menace de la maladie
à virus Ebola, alors même qu’aucun cas n’avait été détecté au Cameroun.
17 Marie-Christine Kessler, « La politique étrangère comme politique

publique », Frédéric Charillon (dir.), Politique étrangère. Nouveaux regards,


Paris, Presses de Sciences Po, 2002, p. 182.

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États souverains, le diplomate doit pouvoir comprendre,


décrypter, analyser, expliquer, prévoir, anticiper, surprendre,
innover, bref être à l’avant-garde des événements pour ne plus
les subir, mais davantage les orienter, les provoquer ou, tout
au moins, les influencer. C’est pourquoi il doit posséder
d’excellentes connaissances, y compris dans le domaine de
l’informatique, afin d’aller au contact du flux d’informations
stratégiques qui circulent désormais sur la toile et dont
l’absence de contrôle peut provoquer la déstabilisation des
pouvoirs en place (on parle alors de « révolution 2.0 »), ainsi
que dans le domaine de l’intelligence économique, afin de
servir de tour de garde devant les menaces et opportunités
économiques qu’offre la scène mondiale (voir encadré n°1).
Mais surtout, il doit avoir une grande capacité d’analyse des
faits nationaux de portée internationale. Tout cela afin d’être
l’ouvrier dont le maître est fier, parce que parfait outil d’aide
à la décision.

Encadré n°1
Au confluent de la diplomatie scientifique
et de la diplomatie économique :
l’intelligence économique

L’intelligence économique est aujourd’hui à la mode,


surtout dans les grands pays industrialisés. Le concept
renvoie, de façon simplifiée, à un ensemble d’activités
coordonnées de collecte, de traitement et de diffusion
d’informations utiles, en vue de leur exploitation par les
acteurs économiques. Bien évidemment, depuis la naissance
de la diplomatie, les questions économiques prennent place
dans l’activité des représentants du souverain. Elles sont
même pour une grande part à l’origine et à la structuration
de la diplomatie à partir du Moyen Âge. Dès lors, ce qui est
déterminant en matière d’intelligence économique tient non

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à l’accumulation de masses importantes d’informations dans


le domaine économique, mais davantage à la quête de
l’information utile qui, au moment idoine, sera mise à la
disposition du bon destinataire. Il s’agit donc de l’utilisation
stratégique de l’information économique dans l’optique, soit
d’attirer des investisseurs étrangers sur le territoire national
dans les secteurs où le besoin se fait le plus sentir, soit alors
de favoriser l’insertion des entreprises nationales sur un
marché international où la compétition fait rage.
Toutefois, si l’intelligence économique est un outil au
service de l’économie, sa mobilisation efficace et efficiente
exige de solides aptitudes dans le champ de l’analyse. Elle se
présente ainsi comme un savoir et un savoir-faire nouveau
dont devraient se doter les diplomates pour mettre en œuvre
la diplomatie économique. C’est pourquoi la diplomatie
économique se fera avec la diplomatie scientifique ou ne se
fera pas. L’intelligence économique sert donc de pont entre
ces deux outils de l’action diplomatique. Elle peut se décliner
en trois grandes séquences.
L’intelligence économique suppose d’abord un travail de
veille informationnelle. Celui-ci consiste à rechercher,
recueillir et accéder, à partir de diverses sources, à
l’information pertinente et utile à notre économie. Or,
« s’informer coûte. Certes de l’argent (…) Mais cela coûte surtout
du temps et de l’effort de cerveau humain » 18 . Il s’agit par
exemple, dans le flot d’informations auxquelles on accède, de
sollicitations dont on fait l’objet ou de signaux que l’on
perçoit, d’identifier ce qu’il y a de meilleur pour son pays. Qui
plus est, au-delà de l’accès à l’information, l’exercice de veille
implique également un travail de tri, de traitement, de
synthèse, de sélection et de mémorisation.
L’intelligence économique implique ensuite un travail de
protection et de sécurisation du patrimoine informationnel
18 François-Bernard Huyghe, « Qu’est-ce que s’informer ? », disponible

sur le site de l’auteur : www.huyghe.fr/dyndoc_actu493a8e539a957.pdf

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disponible, notamment contre les tentatives de piratage


intérieur et extérieur. Il s’agit alors de s’assurer d’être le seul
ou tout au moins d’être parmi les privilégiés qui possèdent
des informations précieuses dans tel ou tel domaine. Ici, la
diplomatie scientifique peut servir à recueillir les expériences
et bonnes pratiques en vigueur dans d’autres pays et les
mettre à la disposition des acteurs locaux, souvent fébriles
devant des partenaires internationaux beaucoup plus
aguerris.
Enfin, l’intelligence économique implique un travail
d’influence sur l’environnement proche ou lointain, afin de le
rendre favorable aux intérêts économiques du Cameroun. Il
faut en effet savoir que « les régulations internationales ne sont
jamais innocentes, elles déterminent des marchés, fixent des modes
de gouvernance, permettent à leurs auteurs de devancer la
concurrence, ou de la freiner, ou d’exporter leurs contraintes »19.
Dès lors, celui qui fixe les règles du jeu est en réalité celui qui
a la maîtrise du jeu. C’est pourquoi la diplomatie économique
du Cameroun ne doit pas se limiter au travail de lobbying et
d’accompagnement des opérateurs camerounais qui veulent
s’implanter à l’étranger ou des opérateurs étrangers qui
veulent s’implanter au Cameroun ; elle doit aussi contribuer
à façonner l’environnement économique régional et
international, dans l’optique de le rendre plus favorable aux
intérêts économiques de notre pays. Cela pourrait par
exemple se faire, soit à travers un accroissement des accords
de promotion et de protection réciproque des investissements
avec les partenaires bilatéraux du Cameroun, soit à travers
une amélioration des cadres juridiques plurilatéraux et
multilatéraux existants (CEMAC, OHADA et OMC
notamment). C’est là une tâche hautement délicate, sans

19 Claude Revel, Développer une influence normative internationale et

stratégique pour la France, Rapport remis à Nicole Bricq, Ministre du


commerce extérieur, Bercy, 31 janvier 2013, p. 7, disponible sur :
http://proxy-
pubminefi.diffusion.finances.gouv.fr/pub/document/18/14133.pdf

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doute difficile, qui s’inscrit sur le long terme, et ne s’exerce


pas uniquement dans les enceintes officielles dédiées aux
négociations internationales.

En revanche, un diplomate qui ignore ou minimise l’impact


d’une crise dans un État voisin ou même lointain, quelle qu’en
soit la nature (politique, économique, humanitaire, sanitaire,
alimentaire, etc.) et qui finalement, par un effet spill-over,
s’étend jusqu’à son propre pays sans que des mesures
préventives ou curatives, pourtant prévisibles, aient été
prises, aura complètement manqué sa tâche ! On a tous
observé dans un passé pas très lointain comment Madame
Michèle Alliot-Marie, alors ministre des Affaires étrangères
de France, a dû démissionner quelques semaines après ce
qu’on a appelé la « révolution de Jasmin » qui a entraîné la
chute, début 2011, de l’ancien président tunisien Ben Ali. Elle
a dû tirer les conséquences du reproche fait à la machine
diplomatique française à la tête de laquelle elle se trouvait, qui
n’a pas su prendre la pleine mesure du mécontentement de la
population tunisienne. Ce fut le cas également d’Alexis Léger,
secrétaire général du Quai d’Orsay il y a un peu plus
longtemps, démis de ses fonctions pour avoir sous-estimé la
menace hitlérienne20.
Mais, pour éviter de succomber au « manque de
perspicacité », pour faire des recommandations pertinentes et
efficientes, encore faut-il avoir les ressources intellectuelles et
matérielles nécessaires, car la volonté à elle seule ne suffit pas.
Suggérer au décideur ultime des actions, comme les
diplomates ont l’habitude de le faire au terme de leurs notes,
rapports et projets de lettres, ne signifie pas forcément que
celles-ci seront appropriées à la menace identifiée ou à
l’opportunité repérée. Vouloir, malheureusement, ce n’est pas

20Cf. Samy Cohen, « L’art de gérer les turbulences mondiales », Samy


Cohen (dir.), Les diplomates. Négocier dans un monde chaotique, Paris,
Editions Autrement, 2002, p. 6.

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pouvoir. Peut-être aussi parce que les enseignements


dispensés durant la formation du jeune diplomate ne suffisent
pas à le rendre apte à faire face aux contraintes et aux
évolutions permanentes de son métier. Entre le moment où
un enseignement sur les enjeux stratégiques contemporains a
été dispensé et celui où le futur diplomate prend service au
ministère ou est affecté à un poste diplomatique à l’étranger,
certains sujets ont perdu en importance ou en visibilité, tandis
que d’autres ont émergé sur l’agenda national et international.
Il peut même arriver que les priorités politiques et
diplomatiques de son propre gouvernement aient changé
entre-temps. C’est dire finalement que devant les exigences
du monde d’aujourd’hui, on ne naît plus diplomate, on devient
diplomate21. D’où l’importance de la formation continue, mais
aussi du facteur temps dans la maturation du diplomate22.
Bien évidemment, le diplomate, même le plus accompli, ne
saurait avoir la prétention de maîtriser parfaitement tous les
sujets émergents, en plus des questions intemporelles qui,
elles, demeurent. Il ne s’agit pas non plus pour lui de marcher
sur les plates-bandes des universitaires, chercheurs et autres
think-tankers qui, pour une grande part, élaborent au quotidien
des concepts nouveaux, forgent des modèles et courants de
pensée inédits. Il est surtout question pour le diplomate de
comprendre ces concepts, courants de pensée, y compris dans
leur dynamique et application contemporaine, ainsi que les
enjeux qui structurent le milieu international dans lequel il
est appelé à se mouvoir, afin de pouvoir en faire un usage

21 C’est à juste titre qu’un auteur pouvait alors déclarer que « les titres de
noblesse qui constituaient pendant longtemps l’annuaire diplomatique sont
progressivement concurrencés par les titres universitaires ». Cf. Meredith
Kingston de Leusse, Diplomate. Une sociologie des ambassadeurs, Paris,
L’Harmattan, 1998, p. 63.
22 Marc Loriol, Françoise Piotet et David Delfolie, Le travail diplomatique.

Un métier et un art, Laboratoire Georges Friedmann, Rapport de recherche


pour le ministère des Affaires étrangères et européennes (MAEE),
décembre 2008, p. 122.

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destiné à nourrir l’action, la « bonne action », c’est-à-dire celle


qui sert les intérêts de son pays23.
À travers le plaidoyer pour une diplomatie scientifique, il
s’agit de relever l’importance d’une mise à jour permanente
des connaissances des diplomates camerounais, afin qu’ils ne
soient pas en retard sur leur temps : un diplomate déconnecté,
ce serait tout simplement catastrophique pour son pays. Mais
la diplomatie scientifique doit également permettre au
diplomate de ne pas se retrouver hors jeu dans le cercle des
négociations internationales où le scientifique et le technicien
deviennent des acteurs de plus en plus incontournables.

II. La revanche du scientifique sur le diplomate : vers


une diplomatie sans diplomates ?
Nous sommes à une époque particulière de l’histoire
humaine où la science et la technologie sont en train de
prendre le pouvoir. Alvin Toffler l’avait en quelque sorte
prédit, lorsqu’il pensait que de tous les nouveaux pouvoirs, la
science en est de la plus haute qualité. Pour le sociologue et
futurologue américain en effet, « dans la lutte pour le pouvoir à
l’échelle mondiale, telle qu’elle se déroulera bientôt au sein de toutes
les institutions humaines, la maîtrise du savoir sera l’élément

23 D’un autre côté, il n’est pas interdit au diplomate de contribuer à


l’élaboration de nouveaux concepts et courants de pensée. L’histoire nous
enseigne en effet qu’un certain nombre de diplomates ont contribué à
l’émergence de grands concepts qui ont structuré les relations
internationales. C’est le cas du diplomate, politologue et historien
américain Georges Kennan dont les idées, l’une des plus connues étant la
politique du « containment » (mesures pour endiguer l’expansionnisme
soviétique), eurent une forte influence sur la politique des États-Unis
envers l’Union soviétique au sortir de la Seconde Guerre mondiale. C’est
le cas également du diplomate français Philippe Moreau Defarges,
ministre plénipotentiaire, auteur d’une douzaine d’ouvrages sur des
thématiques comme la mondialisation, la gouvernance, la construction
européenne, le droit d’ingérence.

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décisif »24. Au quotidien, on observe ainsi comment la majorité


des questions, même celles qui semblaient les plus triviales,
font désormais l’objet d’un traitement scientifique. Cela est
sans doute dû au fait que le monde d’aujourd’hui doit faire face
à des défis d’un genre nouveau dont une grande part exige une
expertise scientifique pour être mieux appréhendés. C’est le
cas de la protection de notre environnement face à la
multiplication des catastrophes naturelles et industrielles, des
questions relatives à la sécurité alimentaire pour surmonter le
problème de la faim dans le monde, de l’accès aux nouvelles
formes d’énergie pour faire face à la crise énergétique
mondiale, de la préservation de la santé humaine devant
l’apparition de formes nouvelles et variées d’épidémies, de la
maîtrise des TIC pour dompter la révolution numérique, etc.
La prise en compte de toutes ces questions au niveau
international se fait, soit par la création d’une organisation
internationale ou de programmes pour servir de cadre
d’échanges entre hommes politiques et experts au niveau
international, soit par l’adoption de conventions
internationales instituant des organes de suivi.
Or, le constat qui se dégage est qu’en marge des organes
politiques, où les membres représentent leurs gouvernements
respectifs, il se trouve de plus en plus d’organes scientifiques
dont le rôle est d’accompagner, si ce n’est d’inspirer et
d’orienter les décisions qui sont prises au niveau politique et
diplomatique. Ainsi en est-il par exemple de la question du
changement climatique qui, en l’état actuel, est juridiquement
encadrée par deux accords internationaux, à savoir la
Convention-cadre des Nations unies sur les changements
climatiques (CCNUCC) et le Protocole de Kyoto (PK). Ces
deux textes ont institué, en marge des organes politiques (la
conférence des parties, pour ce qui est de la CCNUCC et la
conférence des parties siégeant comme réunion des parties,
pour ce qui est du PK) et administratifs (le secrétariat exécutif
24Alvin Toffler, Les nouveaux pouvoirs. Savoir, richesse et violence à la veille
du XXIe siècle, Paris, Fayard, 1991, p. 39.

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de la CCNUCC et du PK), des organes d’experts, de caractère


scientifique et technique, à savoir l’Organe subsidiaire de
conseil scientifique et technologique (SBSTA), l’Organe de
mise en œuvre (SBI) et le Groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)25. Ces
organes d’experts jouent un rôle décisif dans la construction
du régime international du climat. C’est que la science du
climat détermine, pour une grande part, le droit et les
politiques climatiques internationales. En effet, « les différents
rapports du GIEC ont indéniablement rythmé les négociations
internationales du régime climatique (…) Chaque rapport du GIEC
a imprimé des coups d’accélération au processus diplomatique »26.
On pourrait alors en conclure que le scientifique tient le
politique et le diplomate en l’état ; en tout état de cause,
l’homme politique et le diplomate ne peuvent s’engager sans
s’en référer à l’avis du scientifique et de l’expert, dont il leur
est difficile de se démarquer totalement. Des exemples comme
ceux-là peuvent être multipliés dans bien d’autres
organisations et négociations internationales.
Ainsi, sur tous ces terrains, la diplomatie scientifique
interpelle le diplomate camerounais, s’il ne veut pas se
retrouver hors-jeu dans les débats dont la complexité peut
parfois sembler déroutante. En effet, dans ces différentes
enceintes, la figure classique du diplomate rusé et
manipulateur tend de plus en plus à disparaître, pour céder la
place au scientifique, au technicien et à l’expert : il faut
pouvoir argumenter, soutenir des positions sur la base de
données scientifiques, parfois chiffrées. Bref, il faut avoir une
bonne maîtrise du dossier technique. Devant ces exigences

25 Il faut peut-être nuancer le caractère exclusivement scientifique et

technique de ces organes, dans la mesure où ils sont composés de


représentants gouvernementaux, même si ceux-ci doivent être des experts
dans le domaine des changements climatiques.
26 Sandrine Maljean-Dubois et Matthieu Wemaëre, La diplomatie

climatique. Les enjeux d’un régime international du climat, Paris, Pedone,


2010, p. 35.

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nouvelles, la confession du Comte de Saint Aulaire selon


laquelle « la diplomatie des diplomates n’existe plus » 27 prend
tout son sens. Elle confirme bien que le métier de diplomate
n’est pas statique ; il évolue et est appelé à s’adapter à son
temps. Désormais, lorsqu’il prendra part aux rencontres
internationales, « ce n’est plus alors de son titre de ‘ministre
plénipotentiaire’ que le diplomate devra exciper, mais bien de ses
connaissances linguistiques, de ses talents de communicateur, de sa
capacité à défendre une cause et à négocier un dossier » 28 . En
d’autres termes, le défi à relever se précise jour après jour : le
diplomate devra devenir un scientifique… sinon le
scientifique deviendra diplomate. Car la nature a horreur du
vide.
L’une des réponses, à l’échelle nationale, de la montée en
puissance des questions scientifiques et techniques au niveau
international est l’éclatement des compétences extérieures de
l’État, qui ne sont plus le monopole du ministère en charge
des affaires étrangères. En effet, chacune des administrations
gouvernementales possède aujourd’hui une division ou une
cellule de coopération en général chargée de l’élaboration et
de la mise en œuvre des stratégies de coopération
internationale dans le secteur concerné. Ainsi, le ministère de
l’Environnement assure la coordination et le suivi des
interventions au Cameroun des organismes de coopération
régionale ou internationale en matière d’environnement et de
la nature ; le ministère de la Recherche scientifique et de
l’Innovation est chargé de la coopération internationale en
matière de recherche scientifique et d’innovation, tandis que
le ministère des Postes et Télécommunications assure la
liaison entre le Gouvernement et l’Union postale universelle
ainsi qu’avec l’Union internationale des télécommunications,
pour ne citer que ces exemples.

27 Tiré du rapport de stage de Jean Cottin Kouma, Les nouvelles pratiques


du métier de diplomate, Paris, École nationale d’administration, 2014, p. 12.
28 Raoul Delcorde, « L’évolution du métier de diplomate », AFRI, Vol. X,

2009, p. 7.

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Ces solutions alternatives ne doivent pour autant pas


constituer une échappatoire pour le diplomate, dans la mesure
où l’entrée des fonctionnaires d’autres administrations dans le
champ diplomatique ne le dédouane pas de la nécessité de
rester au parfum des grandes tendances mondiales. C’est
d’ailleurs pourquoi, dans le contexte du Cameroun, avec
l’adoption du décret n°2011/408 du 09 décembre 2011
portant organisation du gouvernement, les activités
internationales de toutes ces administrations doivent être
menées « en liaison avec le ministère des Relations extérieures ».
Cela veut tout simplement dire que si le diplomate ne peut
plus, à lui seul, faire tout ce qui aujourd’hui relève des affaires
du dehors, il doit au moins en être informé et, au besoin,
émettre son opinion sur certaines options qui pourraient être
prises. Cette opinion ne sera porteuse que pour autant qu’elle
sera intéressante. L’administration technique concernée, dans
ses activités à caractère international, sera d’autant plus
encline à associer les agents du ministère des Relations
extérieures qu’elle appréciera la qualité et la pertinence des
analyses qu’il produit et des avis qu’il lui suggère. Or, qu’il
s’agisse des questions comme le changement climatique, la
sécurité alimentaire, les énergies nouvelles ou traditionnelles,
la propriété intellectuelle, les questions de santé ou de
télécommunications, ce n’est pas à « l’école des
ambassadeurs »29, comme une imagerie populaire a longtemps
considéré l’Institut des relations internationales du
Cameroun (IRIC), qu’il faut prioritairement aller les chercher.
Dès lors, dans les débats nationaux et internationaux qui s’y
rapportent, le diplomate sera-t-il convié pour inaugurer les
chrysanthèmes, faire le protocole, pendant que les
scientifiques, techniciens et autres « experts » de tous ordres
façonneraient le nouvel ordre mondial, ou alors le diplomate
prendra-t-il une part active aux discussions, parce qu’il aura
une valeur ajoutée certaine à y apporter ?

29 J. Jusserand, L’école des ambassadeurs, Paris, Plon, 1934.

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La diplomatie scientifique incline à faire le choix de la


seconde option, à condition pour le diplomate de s’approprier
ces questions qui, il faut pourtant l’admettre, ne lui sont pas
toujours familières. La présence du diplomate dans ces
enceintes sera d’autant plus avantageuse que « pour mener une
négociation sur un thème horizontal, il convient d’anticiper les
positions des États ou des acteurs de la société civile, de détecter les
alliances, les divisions chez les autres acteurs de la négociation,
d’évaluer les possibilités de compromis » 30 , toutes choses qui
rentrent dans le champ de ses tâches quotidiennes. En effet,
c’est lui qui possède la vision la plus large des relations du
Cameroun avec les autres acteurs de la communauté
internationale, qui ne sont plus exclusivement des États
souverains ; c’est le diplomate qui connaît le mieux ceux avec
lesquels les amitiés sont poussées avec son État ou ceux à qui
des promesses de soutiens croisés ou réciproques ont été
faites. Par ailleurs, c’est le diplomate qui est le mieux au fait
des grands enjeux internationaux qui peuvent avoir des
incidences ou être impactés par les négociations en cours sur
un certain nombre de questions spécifiques. Bref, c’est lui qui
possède le mieux la vision transversale qui doit permettre
d’optimiser les intérêts immédiats de l’État qui sont en cause
dans la négociation, sans toutefois compromettre ses intérêts
de moyen et long terme31.
C’est dire que la montée en puissance des préoccupations
scientifiques et technologiques sur l’agenda international ne
sonne pas le glas du diplomate. Loin s’en faut, car les États en
ont encore besoin et, je pense, en auront toujours besoin. À ce
titre, je partage pleinement l’opinion de Dominique Moïsi
pour qui « il serait vain et dangereux de considérer que n’importe

30 Raoul Delcorde, op. cit., p. 5.


31 Par exemple, une négociation internationale sur les télécommunications
ne pose pas uniquement des problèmes d’ordre technologique, car son
issue aura des incidences sur la souveraineté des États, sur la sécurité des
personnes et des biens, les droits de l’Homme, le commerce international,
etc.

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qui peut faire de la diplomatie » 32 . Il y a une catégorie de


personnes qui est précisément formée pour ce métier. Cela dit,
les changements que nous observons dans le monde ne
devraient pas laisser les diplomates et ceux qui sont en charge
d’organiser leur métier insensibles. Nous ne pouvons pas
continuer de nous comporter comme si de rien n’était. Pour
ma part, les changements en cours inaugurent une ère
nouvelle où les diplomates seront des scientifiques et les
scientifiques des diplomates 33 . C’est cette perspective
renouvelée de la vie internationale que se propose de
capitaliser la diplomatie scientifique : il s’agit de remodeler la
figure du diplomate camerounais dans l’optique de lui
permettre de répondre aux exigences de la diplomatie
d’aujourd’hui et, en particulier, de contribuer efficacement à
l’atteinte des objectifs politiques définis par l’appareil
gouvernemental.

32 Dominique Moïsi, « La politique étrangère à l’épreuve de la


mondialisation », Politique étrangère, 3-4/2000, p. 628.
33 Il est pourtant surprenant de noter que, dans le contexte du Cameroun,

alors que les scientifiques se sont déjà mis à l’étude de la diplomatie et des
relations internationales pour mieux s’insérer dans un monde globalisé (en
témoigne le nombre d’élèves qui s’inscrivent à l’Institut des relations
internationales du Cameroun chaque année, toutes filières confondues),
peu de diplomates suivent des formations diplômantes dans les
établissements qui dispensent des enseignements dans des domaines
scientifiques, techniques et technologiques. Cela pourrait porter à penser
que les scientifiques s’adaptent plus rapidement au nouveau contexte
international par rapport aux diplomates.

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CHAPITRE 2

UNE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE


POUR INFLUENCER L’ENVIRONNEMENT
INTERNATIONAL DANS LE SENS DES INTÉRÊTS
DU CAMEROUN
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L’influence n’est pas simplement un concept à la mode.


C’est une véritable ressource que les grands pays n’hésitent
pas à étudier et, le cas échéant, à mobiliser dans le cadre de
leur politique étrangère34. Bien que tous les auteurs qui ont
examiné le concept dans le champ des relations
internationales ne s’accordent pas sur son contenu, une
tendance générale émerge pour considérer l’influence comme
un moyen dont dispose un État pour susciter chez les autres
États, sans qu’il soit besoin de les contraindre ou de les
menacer, des comportements qui concourent à la réalisation
de ses propres intérêts. L’influence apparaît alors comme un
pouvoir d’attraction et de séduction, le pouvoir d’un État A de
faire faire à l’État B ce que ce dernier n’aurait pas fait sans
l’action subtile de A. Pour reprendre les termes de Jean-
Michel Boucheron et Jacques Myard, avec l’influence, « il
s’agit de créer à court ou long terme un climat favorable conduisant
votre interlocuteur à adopter naturellement votre position »35. En
deux mots, l’influence c’est du « soft power ».
Ces précisions nécessaires étant faites, le présent chapitre
vise à montrer comment la diplomatie scientifique peut être
mobilisée comme outil d’influence du Cameroun sur la scène
internationale. Sur cette lancée, il s’agit pour les diplomates
camerounais non seulement d’utiliser le potentiel scientifique
dont dispose notre pays, mais également de capitaliser celui
d’autres partenaires extérieurs, à l’effet de favoriser la mise en
œuvre des politiques gouvernementales. Comment cela peut-
il être possible ? Deux principaux moyens d’action pourraient
être mobilisés ou tout au moins mieux valorisés : il s’agit,

34 La France par exemple a placé sa 21e Conférence des ambassadeurs en

2013 sur le thème « La France, puissance d’influence ».


35 Jean-Michel Boucheron et Jacques Myard, Les vecteurs privés d’influence

dans les relations internationales, Rapport d’information déposé par la


Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française,
2011, p. 34.

49
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d’une part, de la diplomatie publique et, d’autre part, de la


coopération scientifique.

I. Diplomatie publique et influence du Cameroun sur


la scène internationale
Même si le concept de diplomatie publique n’est pas très
présent dans le jargon officiel au Cameroun (personnellement,
je ne l’ai jamais rencontré dans le cadre professionnel depuis
que j’ai pris service), sa pratique fait l’objet d’une part
importante de l’activité générale des diplomates camerounais
en poste à la Centrale comme dans les services extérieurs du
ministère des Relations extérieures. Celle-ci va des
conférences de presse délivrées aux hommes de médias, aux
visites qu’ils effectuent dans certaines entreprises, en passant
par les entretiens avec les opérateurs économiques, les élus
locaux, les acteurs de la société civile, les étudiants, dans les
cadres les plus divers (audiences, colloques, foires, etc.). Or,
c’est cela même la diplomatie publique : porter le message de
son État non plus seulement aux agents publics de l’État
accréditant ou accréditaire, mais à l’ensemble des forces vives
du pays visé.
Certes, l’exercice, dans son essence, n’est pas totalement
nouveau dans les relations internationales, puisque les États-
Unis l’avaient fortement mobilisé au sortir de la Seconde
Guerre mondiale durant leur duel avec l’Union soviétique.
Mais, compte tenu du contexte de l’époque, qui était celui de
la guerre froide, la diplomatie publique était alors davantage
perçue comme de la propagande et non pas vraiment du
travail diplomatique. Aujourd’hui en revanche, même si les
fonctions assignées à la diplomatie publique ne sont pas
forcément nouvelles pour le diplomate, de nombreux
analystes et praticiens concèdent qu’elle constitue désormais
une nouvelle forme de pratique diplomatique 36 . Elle offre

36
Christian Lequesne, « La diplomatie publique : un objet nouveau ? »,
Mondes, Les cahiers du Quai d’Orsay, N°11, 2013, p. 9.

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d’énormes possibilités d’influence dans les relations


internationales que le Cameroun pourrait mieux capitaliser.
En effet, en tant qu’agents publics, les diplomates sont au
fait des politiques publiques de leur pays qu’ils concourent eux
aussi à mettre en œuvre à partir du lieu où ils exercent. Les
colloques, les conférences, les foires-expositions, les dîners et
autres rencontres et manifestations auxquels ils prennent part
ou qu’ils organisent dans leurs pays d’accréditation, les
audiences qu’ils accordent ou sollicitent auprès de certaines
personnalités de leurs pays d’accueil, sont autant de cadres
pour montrer comment le potentiel scientifique dont dispose
le Cameroun peut être mis au service des pays dans lesquels
ils se trouvent. Mais ce que l’on ne dit pas c’est qu’en servant
les intérêts de ces pays, cela sert également, sinon davantage,
les intérêts du Cameroun : c’est cela même la diplomatie
d’influence. Il s’agit par exemple pour les diplomates de
montrer comment le Cameroun dispose d’un modèle
d’enseignement supérieur et de recherche scientifique qui
peut inspirer ou être exporté dans d’autres pays qui veulent
faire de la recherche un facteur de développement. Ils peuvent
également montrer comment le paysage et la qualité de
l’enseignement supérieur et de la recherche au Cameroun font
de nos étudiants, enseignants et chercheurs des produits
hautement compétitifs sur le marché international de l’emploi
et des distinctions scientifiques. Ils pourraient enfin montrer
comment le Cameroun dispose d’une expertise dans des
domaines scientifiques les plus divers qu’il est prêt à mettre à
la disposition des pays et organisations qui en font la
demande, à l’effet de leur permettre de relever certains défis
politiques, économiques, sociaux et culturels auxquels ils sont
confrontés37.

37 Toutefois, pour qu’un tel discours prospère, il faudra également que

l’enseignement supérieur et la recherche au Cameroun renvoient une


image de succès, car on ne peut pas rayonner si l’on n’a pas de fards ! C’est
pourquoi ce secteur devra relever le double défi de la qualité et de la
pertinence. Une attention devrait donc être davantage accordée à la place

51
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Ce discours ne sera pas alors adressé uniquement aux


officiels des pays d’accueil. Avec la diplomatie publique, il est
même plutôt accentué sur les personnes directement
intéressées : il s’agit notamment des étudiants, des
enseignants et des chercheurs, des chefs d’entreprise, des élus
locaux, des parlementaires, des responsables de grands
programmes de recherche, des membres de la société civile
locale, des ministres autres que ceux en charge des affaires
étrangères (éducation et recherche notamment), bref de
toutes les personnes qui à un moment donné peuvent avoir
besoin d’accéder à certaines connaissances pour améliorer
leurs compétences personnelles ou alors qui peuvent
influencer, à court, moyen ou long terme les politiques
publiques de leur pays. Cela pourrait ainsi se faire par exemple
à travers des conférences délivrées sur des campus
universitaires, lors de la participation à des colloques
organisés par des centres de recherche des pays
d’accréditation, ou encore à l’occasion de « Journées portes
ouvertes sur le Cameroun » organisées par nos ambassades,
au cours desquelles le potentiel scientifique du Cameroun
serait également mis en valeur comme l’un des atouts
essentiels de notre pays.
L’objectif à court terme est assurément d’attirer au
Cameroun des étudiants, enseignants, chercheurs étrangers
ou toute personne en quête de savoirs, et aussi d’exporter
l’expertise camerounaise à l’international, dans d’autres pays
ou au sein d’organisations internationales, qu’elles soient
gouvernementales ou non. Sur le moyen et le long terme, cela

des universités et centres de recherche camerounais dans les classements


africains et mondiaux, au taux d’insertion professionnelle des diplômés de
nos universités, au taux des chercheurs camerounais lors de l’attribution
des distinctions scientifiques au niveau international, aux appels d’offres
internationaux en matière d’expertise, etc. En outre, de nos universités et
centres de recherche devraient aussi émerger des écoles de pensée, des
théories et des paradigmes, à partir des revues scientifiques, des ouvrages
individuels ou collectifs, des colloques et conférences sur des questions
d’intérêt national, régional et international.

52
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assure des rentrées financières à notre économie et garantit le


rayonnement de notre pays sur la scène internationale en tant
que pôle de production de savoirs utiles au relèvement d’un
certain nombre de défis de notre monde.
Mais, mieux encore, en formant des étudiants étrangers au
Cameroun, ce sont de nouveaux ambassadeurs que notre pays
accrédite une fois que ces personnes rentreront dans leurs
nations respectives. Avec ses universités, grandes écoles et
instituts de formation (voir encadré n°2) qui concourent à la
formation de centaines d’élites de la sous-région d’Afrique
centrale et même de l’ensemble du continent, ainsi que ses
centres de recherche (voir encadré n°3), ce sont là
d’importants leviers que possède notre pays au service d’une
diplomatie d’influence. En effet, « les étudiants sont souvent les
ambassadeurs à vie des pays dans lesquels ils ont étudié en raison des
amitiés qu’ils ont pu y nouer et du réseau relationnel qu’ils y ont
tissé »38. Qui, mieux qu’eux, pour aller vanter les vertus de leur
pays formateur une fois qu’ils sont de retour chez eux ?
C’est pourquoi la France par exemple estime que la
formation des élites étrangères doit être considérée comme
une priorité de sa politique d’influence 39 . Dans cette
perspective, un outil essentiel de la stratégie d’attractivité des
établissements d’enseignement supérieur français est Campus
France : « les Espaces Campus France assurent, sous l’égide des
ambassades françaises à l’étranger en lien avec les établissements
d’enseignement supérieur français, la promotion des formations
supérieures auprès d’étudiants étrangers, notamment dans le cadre

38 Jean-Michel Boucheron et Jacques Myard, op. cit., p. 56.


39 Alain Juppé et Louis Schweitzer (dir.), Livre blanc sur la politique
étrangère et européenne de la France 2008-2020. La France et l’Europe dans le
monde, p. 58. C’est dans ce registre par exemple que s’inscrivent les
formations offertes par l’ENA de Paris aux fonctionnaires d’un certain
nombre de pays.

53
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de salons de l’éducation » 40 . En outre, « la promotion de la


recherche française à l’international et de ses intérêts doit figurer
parmi les principales missions de la diplomatie française, au même
titre que la défense des autres intérêts de la Nation »41.
C’est de la même façon que les États-Unis ont fait des élites
intellectuelles africaines une cible privilégiée de leur
diplomatie scientifique. Ainsi, en articulant de façon efficiente
leurs politiques scientifique et migratoire, ils parviennent de
plus en plus à réduire la mainmise de la France sur ce
continent historiquement sous son emprise 42 . C’est dans le
même sens, il y a de cela près d’un siècle, que Robert Lansing,
secrétaire d’État américain, faisait observer ceci au président
de l’époque, Woodrow Wilson : « Nous devons abandonner
l’idée d’installer un citoyen américain à la présidence mexicaine, car
cela nous conduirait immanquablement à une nouvelle guerre. La
solution requiert davantage de temps. Nous devons ouvrir les portes
de nos universités à de jeunes Mexicains ambitieux et leur enseigner
notre mode de vie, nos valeurs ainsi que le respect de notre
ascendance politique (…) Au bout de quelques années, ces jeunes gens
occuperont des postes importants, à commencer par la présidence.
Sans que les États-Unis aient eu à dépenser un seul centime ou à
tirer un seul coup de feu, ils feront alors ce que nous désirons, et ils
le feront mieux et de façon plus enthousiaste que nous ne l’aurions
fait nous-mêmes »43. Voilà qui était dit. C’était en 1924.

40 Ministère des affaires étrangères et européennes/Direction générale de


la mondialisation, du développement et des partenariats, L’accueil en
France des étudiants étrangers, 2010, p. 2.
41 Ministère des affaires étrangères/Direction générale de la
mondialisation, du développement et des partenariats, Une diplomatie
scientifique pour la France., op.cit., p. 4.
42 Jean-Philippe Dedieu, « Les élites africaines, enjeu de la diplomatie

scientifique des Etats-Unis », Politique étrangère, N°1, 2003, p. 131.


43 Tiré de Franck Gaudichaud, « De Santiago à Caracas, la main noire de

Washington », Le Monde diplomatique, N°735, juin 2015, p. 18.

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Encadré n°2
Le paysage de l’enseignement supérieur au Cameroun

Conformément à la stratégie sectorielle de l’enseignement


supérieur au Cameroun, l’université a reçu la triple mission
d’enseignement, de recherche et d’appui au développement.
Elle offre au système productif des compétences dans
différents domaines comme l’ingénierie polytechnique,
scientifique et numérique, l’ingénierie minière extractive,
l’ingénierie agricole, pastorale, halieutique, sylvicole et
environnementale, l’ingénierie économique et des affaires,
l’ingénierie juridique, politique et administrative, l’ingénierie
diplomatique et consulaire, la formation médicale,
l’ingénierie communicationnelle, l’ingénierie culturelle,
touristique et sportive, l’ingénierie pédagogique et
didactique. Pour cela, le pays se dote progressivement de
structures d’enseignement supérieur, ouvertes aux
apprenants étrangers, en vue de remplir ces différentes
missions. Celles-ci peuvent être réparties en quatre grands
groupes : les universités du secteur public, les grandes écoles
et instituts universitaires, les institutions de l’enseignement
supérieur privé et les autres établissements de
l’enseignement supérieur.
Les universités du secteur public
Le Cameroun compte à ce jour huit universités d’État qui
se répartissent sur l’ensemble du territoire national. Il s’agit
de l’université de Bamenda, de l’université de Buea, de
l’université de Dschang, de l’université de Douala, de
l’université de Maroua, de l’université de Ngaoundéré, de
l’université de Yaoundé I et de l’université de Yaoundé II.
Ces universités recouvrent 63 établissements qui dispensent
des enseignements théoriques et professionnels dans les
domaines les plus divers allant des sciences exactes et de la
nature aux sciences humaines et sociales. En effet, depuis le

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passage du Cameroun au système Licence-Master-Doctorat


(système LMD) en 2007, un effort de professionnalisation des
enseignements est fait pour assurer la convergence entre
l’offre de formation et la demande du marché de l’emploi.
En outre, ces universités disposent pour la plupart d’entre
elles de centres de recherche dont les missions fondamentales
concernent la promotion de la recherche, la fourniture d’une
expertise dans leur domaine de compétence, le
développement de la coopération internationale,
l’organisation d’enseignements de niveau doctoral, de
séminaires et conférences à l’intention du grand public, y
compris des fonctionnaires des administrations nationales et
internationales.
Les grandes écoles et instituts universitaires
Les grandes écoles et instituts universitaires dans le
paysage de l’enseignement supérieur au Cameroun sont
prioritairement tournés vers la professionnalisation de leurs
enseignements. Leur nombre est en croissance permanente
et couvre plusieurs domaines. On peut citer, sans être
exhaustif, l’École nationale d’administration et de
magistrature (ENAM), l’Institut des relations
internationales du Cameroun (IRIC), les Écoles normales
supérieures (ENS) de Yaoundé, Maroua et Bambili, l’Institut
national de la jeunesse et des sports (INJS), l’École nationale
supérieure polytechnique de Yaoundé et celle de Bamenda,
l’École nationale supérieure des postes et
télécommunications (ENSPT), l’École nationale supérieure
de travaux publics (ENSTP), l’École supérieure des sciences
et techniques de l’information et de la communication
(ESSTIC), l’École supérieure des sciences économiques et
commerciales (ESSEC), l’École normale supérieure de
l’enseignement technique (ENSET) de Douala, les Facultés
de médecine et de sciences biomédicales (FMSB) de Yaoundé
et de Douala, la Faculté d’agronomie et de sciences agricoles
(FASA) de Dschang, la Faculté de génie industriel (FGI) de

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Douala, les Instituts universitaires technologiques (IUT) de


Bandjoun, de Douala et de Ngaoundéré, l’École nationale
supérieure d’agro-industrie (ENSAI) de Ngaoundéré, l’École
de géologie et d’exploitation minière (EGEM) de
Ngaoundéré, l’Institut de formation et de recherche
démographiques (IFORD), l’Institut sous régional de
statistique et d’économie appliquée (ISSEA).
Les institutions de l’enseignement supérieur privé
L’enseignement supérieur privé est en plein essor au
Cameroun et constitue un précieux appui au secteur public.
Il est composé des Institutions privées d’enseignement
supérieur (IPES) et des institutions non universitaires de
l’enseignement supérieur.
Les IPES comprennent les établissements privés
d’enseignement supérieur, laïcs ou confessionnels, et les
universités privées. Le dispositif légal et incitatif relatif aux
IPES est certainement l’un des plus efficaces du pays. En
effet, la loi d’orientation de l’enseignement supérieur et les
textes subséquents relatifs à l’organisation et au
fonctionnement des IPES ont favorisé un accroissement
exponentiel du nombre d’IPES dont le nombre, actuellement
de 163, recouvre un total de 213 établissements. Ceux-ci
couvrent l’ensemble des dix régions du Cameroun et on peut
citer, de manière non exhaustive, l’Université catholique
d’Afrique centrale, l’Université protestante d’Afrique
centrale, l’École des hautes études commerciales, l’École
internationale des sciences de gestion et d’ingénierie
pétrolière, l’Institut supérieur de technologie appliquée et de
gestion, PK FOKAM Higher Institute, l’Université
adventiste Cosendaï, l’Institut universitaire de la Côte,
l’Institut universitaire du golfe de Guinée, etc.
Bien que n’ayant pas le statut légal d’institutions
universitaires, les institutions non universitaires de
l’enseignement supérieur font partie du paysage des
formations supérieures au Cameroun dans la mesure où elles

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offrent des formations post baccalauréat ou post GCE


Advanced Level. Au Cameroun, ces établissements sont
généralement placés sous la tutelle des ministères techniques
autres que le ministère de l’Enseignement supérieur. Il s’agit
notamment de l’Institut africain d’informatique, des Écoles
d’infirmiers diplômés d’État d’Ayos, de Bertoua, Douala, de
Garoua, de Ngaoundéré, de Nkongsamba, de Sa’a, de
Yaoundé, du Centre régional d’agriculture d’Ebolowa, du
Centre régional des postes et télécommunications de Buea,
etc.
Les institutions transnationales de l’enseignement
supérieur
Ce sont des institutions à caractère supranational parmi
lesquelles on peut citer l’Université panafricaine, l’Université
inter-États Cameroun-Congo, deux Universités virtuelles de
l’Union africaine, l’Institut africain des sciences
mathématiques, l’Institut de la francophonie pour la
gouvernance universitaire, l’Institut de la gouvernance
numérique universitaire, une zone franche universitaire et
deux pôles d’excellence technologique pour l’Afrique
centrale, deux campus délocalisés de l’Institut international
de l’eau et de l’environnement et l’Institut pour la promotion
des sciences, de la créativité, de l’innovation et des
technologies.

Source : Ministère de l’enseignement supérieur/Division


des études, de la prospective et des statistiques,
L’enseignement supérieur au Cameroun : cartographie 2014 des
institutions, décembre 2014.

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Encadré n°3
Les instituts et centres de recherche au Cameroun

Un regard d’ensemble des instituts et centres de recherche


au Cameroun permet de faire deux grands constats. Tout
d’abord, les instituts et centres de recherche camerounais
couvrent pratiquement tous les domaines de recherche,
même si une forte tendance peut être observée s’agissant des
sciences appliquées. Il s’agit notamment de l’agriculture, de
la médecine, des mines et des hydrocarbures, même si des
développements récents peuvent être observés s’agissant de
celles qui interviennent dans le domaine des sciences
humaines et sociales (SHS) comme le droit, la science
politique, l’économie ou les sciences de l’éducation.
Ensuite, bien que les instituts et centres de recherche au
Cameroun prennent différentes formes juridiques, on observe
une forte affiliation gouvernementale dans la mesure où la
plupart d’entre eux sont rattachés, soit à une administration
gouvernementale, soit à une université publique, tandis que
les instituts et centres de recherche privés tentent encore de
se frayer un chemin. Suivant leur affiliation, citons ces
quelques instituts et centres de recherche.
Instituts et centres de recherche affiliés à une
administration gouvernementale
Parmi les instituts et centres de recherche rattachés à une
administration gouvernementale, on cite : l’Institut
panafricain pour le développement (IPD), le Centre d’études
et d’expérimentation du machinisme agricole (CENEEMA),
l’Institut de recherche agricole pour le développement
(IRAD), l’Institut de recherche géologique et minière
(IRGM), l’Institut de recherche des plantes médicinales
(IRPM), l’Institut national de cartographie (INC), l’Institut
national de la statistique (INS), le Centre hospitalier de
recherche et d’application en chirurgie endoscopique et de

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reproduction humaine (CHRACERH), le Centre Pasteur du


Cameroun (CPC), la Mission de promotion des matériaux
locaux (MIPROMALO), le Centre national de l’éducation
(CNE).
Instituts et centres de recherche affiliés à des
universités publiques
La plupart des universités publiques au Cameroun sont
désormais dotées d’instituts et de centres de recherche,
conformément à leur triple mission d’enseignement, de
recherche et d’appui au développement. Pour ne prendre que
l’exemple de l’université de Yaoundé II, spécialisée dans le
domaine des sciences juridiques, politiques et économiques,
celle-ci compte à elle seule une dizaine de centres de
recherche dont le Centre d’études et de recherches
constitutionnelles, administratives et financières (CERCAF),
le Centre de recherches et d’études politiques et stratégiques
(CREPS), le Centre d’études et de recherche en dynamiques
administratives et politiques (CERDAP), le Centre d’études
et de recherche en droit international et communautaire
(CEDIC), le Centre d’études et de recherche en droit,
économie et politique du sport (CERDEPS), le Centre
d’études et de recherche en droit du travail, de la sécurité
sociale et des affaires (CDTSA), le Centre d’études et de
recherche en économie et gestion (CEREG).
Instituts et centres de recherche privés
Dans ce registre, ces instituts et centres de recherche
prennent des formes juridiques variées. Il s’agit
d’associations, d’ONG, de fondations, etc. C’est le cas de
l’Institut pour la recherche, le développement socio-
économique et la communication (IRESCO), l’Institut de
finance et de stratégie (IFS), le Centre d’études stratégiques
et des innovations (CESI), la Fondation Paul Ango Ela de
géopolitique en Afrique centrale (FPAE) et, dans le domaine
de la recherche médicinale, le Centre international de
référence Chantal Biya (CIRCB).

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Sur un tout autre plan, le placement des experts


camerounais à de hauts postes de responsabilité au sein des
organisations internationales et dans des grands programmes
de recherche au niveau régional ou international n’est pas
seulement un facteur de prestige national, mais aussi de très
grande influence au service des politiques camerounaises.
Même si le principe dans la fonction publique internationale
est que les fonctionnaires internationaux ne représentent pas
leur gouvernement, dont ils ne reçoivent au demeurant
aucune instruction, leur seule présence, ainsi que leurs
initiatives personnelles peuvent servir les intérêts de leur
pays d’origine. En effet, grâce à leur position de pouvoir ou
d’influence, ils ont la possibilité de faire inscrire sur l’agenda
des organisations auxquelles ils appartiennent des sujets
d’intérêt pour le pays dont ils sont originaires. Par exemple,
la présence d’un Camerounais à la tête d’une institution
comme la Banque africaine de développement (BAD) pourrait
contribuer à orienter certains des financements prioritaires de
cette organisation vers les projets de développement du
Cameroun ou de l’Afrique centrale. De même, la présence d’un
Camerounais comme directeur de cabinet du secrétaire
général de l’Organisation internationale de la francophonie
(OIF), comme c’est actuellement le cas, constitue une
opportunité pour le Cameroun de bénéficier davantage de
projets de cette organisation, dont la politique se tourne de
plus en plus vers les questions économiques et de
développement. C’est donc aussi à cela que doit servir la
diplomatie scientifique : mener des campagnes et du lobbying
pour le placement de l’expertise scientifique camerounaise à
l’international. Nous obtiendrons assurément un retour sur
investissement, à court, moyen ou long terme. Dans ce
registre aussi, l’expérience française peut servir de source
d’inspiration, puisque pour la France, qui dispose d’un
document stratégique dans ce domaine, la promotion de son
expertise à l’international est une priorité, compte tenu du

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triple enjeu qu’elle présente en termes économiques, de


solidarité et d’influence44.
Pour toutes ces raisons, on voit bien que les agents
diplomatiques sont des acteurs essentiels d’une diplomatie
scientifique. Compte tenu au demeurant de la part de plus en
plus croissante de la diplomatie publique dans l’activité
générale des diplomates camerounais en poste à l’étranger, il
me semble même nécessaire, s’ils veulent s’arrimer aux
exigences de « l’ambassade du futur »45, de renforcer davantage
leurs capacités en ce domaine46. Cela passe par exemple par
une plus grande utilisation des services qu’offre le numérique
(sites internet, blogs et réseaux sociaux) pour aller à la
rencontre des publics les plus divers, là où ils se trouvent, et
accroître les capacités d’interaction avec ceux-ci. Un travail
d’évaluation pourrait également être fait, non seulement pour
améliorer les rendements de notre diplomatie publique et
justifier son bien-fondé auprès des décideurs politiques, mais
surtout pour mesurer sa contribution réelle à l’influence du
Cameroun sur la scène internationale47.
Toutefois, les diplomates de carrière ne seront assurément
pas les seuls acteurs à agir sur le terrain de la diplomatie
publique dans l’optique de gagner les cœurs et les esprits de
leurs interlocuteurs. Certes une telle affirmation peut sembler
quelque peu provocatrice pour les partisans du « tout-État »,
dans un pays où l’action diplomatique est encore fortement
gouvernementale et fait partie des domaines dits de

44 Ministère des affaires étrangères et européennes/Direction générale de


la mondialisation, du développement et des partenariats, La promotion de
l'expertise française à l'international, 2011, p. 3.
45 Anne Witkowsky (dir.), The Embassy of the Future, Center for Strategic

and International Studies, 2007.


46 Sur la question, cf. John Hemery, « Les diplomates d’aujourd’hui sont-

ils formés à la diplomatie publique ? », Mondes, Les cahiers du Quai d’Orsay,


n°11, 2013, pp. 13-18.
47 Pierre Pahlavi, « Diplomatie publique : le défi de l’évaluation », Mondes,

Les Cahiers du Quai d'Orsay, N°11, 2013, pp. 28-29.

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« souveraineté ». Pour les gardiens du temple en effet, c’est


aux agents diplomatiques, au premier rang desquels les chefs
de mission diplomatique du Cameroun à l’étranger, qu’il
revient d’exercer la diplomatie publique. Deux arguments
d’évidence militent en faveur de cette thèse. D’une part, c’est
à eux que la convention de Vienne sur les relations
diplomatiques du 18 avril 1961 a confié les missions de
représenter leur pays à l’étranger, de négocier pour son
compte, de l’informer de tous les événements qui se déroulent
dans l’État accréditaire et, surtout, de « promouvoir les relations
amicales et développer les relations économiques, culturelles et
scientifiques entre l’État accréditant et l’État accréditaire » (article
3). D’autre part, dans l’exercice de ses fonctions, le chef de
mission diplomatique est dépositaire de l’autorité de l’État
dans son pays d’accréditation, où il représente le chef de
l’État, le Gouvernement et chacun des ministres 48 . Il jouit
donc de la légalité et de la légitimité nécessaires pour prendre
la parole au nom du Cameroun, quel que soit son
interlocuteur, et son message ne devrait souffrir d’aucune
contestation quant à son authenticité ou sa crédibilité49.
Mais l’une des particularités de la diplomatie publique,
c’est précisément qu’elle élargit le spectre des acteurs qui
interviennent sur le terrain diplomatique. En effet, avec la
diplomatie publique, le diplomate – et de façon plus large,
l’agent public – n’a plus le monopole de la défense de l’intérêt
national. C’est d’ailleurs l’un des traits essentiels qui la
distinguent de la pratique diplomatique traditionnelle, car il
s’agit de mobiliser également les acteurs privés à l’effet de

48 Article 2 du décret n°87/1198 du 07 septembre 1987 organisant les


services extérieurs permanents du ministère des Affaires étrangères
(appellation ancienne du ministère des Relations extérieures du
Cameroun).
49 À cela, il faut ajouter que les diplomates disposent très souvent d’un

carnet d’adresses fourni dans le pays où ils exercent et savent donc quels
sont les interlocuteurs les plus appropriés à qui ils peuvent présenter les
opportunités et le potentiel du Cameroun, en l’occurrence dans le domaine
scientifique.

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promouvoir l’intérêt national 50 . On pense notamment aux


organisations non gouvernementales (ONG), aux universités
et centres de recherche, aux associations scientifiques, aux
médias, aux entreprises, aux élites intellectuelles, y compris
de la diaspora. Dès lors, pour un pays comme le Cameroun, la
question qui se pose est celle de savoir si l’implication des
acteurs privés dans la mise en œuvre de la diplomatie publique
peut avoir des avantages, comparée à une situation de
monopole étatique, pour la promotion des intérêts du
Cameroun à l’étranger.
Pour ma part, une raison fondamentale milite en faveur de
l’ouverture de la diplomatie publique camerounaise à ces
nouveaux acteurs des relations internationales. C’est que le
message des gouvernements perd de plus en plus de crédit
auprès des opinions publiques. Non pas forcément à cause de
la personnalité de ceux qui exercent le pouvoir à un moment
donné, mais simplement parce que les opinions publiques sont
de plus en plus suspicieuses à l’égard des discours de pouvoir
qui, selon elles, relèvent pour l’essentiel de la démagogie et du
clientélisme. Les théories du complot sont aussi passées par là
et ne laissent plus personne indifférent. Qui, sincèrement,
croit encore à la version officielle ?51
Or, en raison de leur indépendance réelle ou supposée vis-
à-vis des politiques, de leur expertise qui parfois va au-delà de
celle des gouvernements dans certains domaines, de
l’importance de leurs ressources financières et de leur
réputation nationale ou internationale, les acteurs non
gouvernementaux peuvent dans certaines circonstances
mieux porter le message du Cameroun à l’étranger, sans être
suspectés de collusion avec les pouvoirs en place. Par
exemple, un article rédigé par un intellectuel camerounais de

50Carnes Lord, « Diplomatie publique et soft power », Politique américaine,


2005/3, n°3, p. 61.
51 Julien Brygo, « Qui croit à la version officielle ? », Le Monde

diplomatique, n°735, juin 2015, p. 18.

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réputation mondiale sur la qualité du système universitaire


camerounais, dont lui-même serait le produit, peut avoir plus
d’impact auprès de l’opinion publique internationale, je crois,
qu’une conférence délivrée sur le même sujet par un de nos
ambassadeurs en poste dans un pays étranger 52 . En effet,
autant les populations africaines sont de plus en plus
méfiantes à l’égard des messages « bienveillants » que leur
servent les anciennes puissances coloniales, autant les
opinions publiques (africaines et non africaines) n’accordent
plus de blanc-seing aux messages qui sont produits par les
pouvoirs en place en Afrique. Il se pourrait pourtant, pour
reprendre l’exemple susmentionné, que l’article rédigé par cet
intellectuel camerounais ait été inspiré, voire même financé
par le Gouvernement.
C’est pourquoi, pour ce qui est du Cameroun en particulier,
la diplomatie publique gagnerait à s’associer les services des
acteurs privés afin de porter « certains messages » auprès de
« certains publics ». L’un des grands défis à relever ici ne
devrait donc pas être celui de réduire au silence tous ceux qui
veulent ou peuvent porter la voix du Cameroun très haut et
très loin, tout simplement parce qu’ils ne partageraient pas les
convictions politiques ou idéologiques du pouvoir en place,
mais plutôt de trouver des voies et moyens pour canaliser
cette ferveur participative vers une fin convergente : l’intérêt
national. Car ne pas partager les mêmes convictions
politiques ou idéologiques qu’un pouvoir en place à un
moment donné ne signifie pas agir contre les intérêts de son
pays. L’intérêt national est au-dessus des clivages politiques,
idéologiques et partisans. En revanche, la pensée unique me

52 Sur le rôle des scientifiques en diplomatie, cf. Audra Wolfe, “When

Scientists Do What Diplomats Can’t. The scientific world’s quiet


influence over foreign policy”, The Atlantic, September 26, 2015,
disponible sur
http://www.theatlantic.com/science/archive/2015/09/science-
diplomacy/407455/

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semble plus désastreuse pour le progrès d’un pays qu’une


pensée plurielle. Il est en effet de plus en plus admis que
“in order for a state to have its voice heard, and to have
influence on events outside its direct control, it must work
through organisations and networks that are separate
from, independent of, and even culturally suspicious
toward government itself”53.
Pour ces raisons, je pense que le Cameroun devrait plutôt
développer une politique d’appui et d’accompagnement des
« vecteurs privés d’influence » dans un certain nombre de pays
et de domaines d’intérêt national. Les États-Unis, la France,
la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Chine et toutes les autres
grandes puissances le font lorsqu’ils financent par exemple
des organisations qui exercent dans nos pays (Peace Corps,
Instituts français, AFD, British Council, GIZ, Instituts
Goethe, Instituts Confucius, etc.) et dont certaines peuvent
avoir un lien plus ou moins étroit avec l’appareil d’État54. Les
projets que ces organismes développent ou financent au
Cameroun s’inscrivent, certes dans le cadre de la solidarité
internationale, comme leurs initiateurs l’affirment
solennellement, mais également dans une logique d’influence.
Et tout cela, c’est toujours de la diplomatie : la diplomatie
publique. Nous aussi, nous pourrions en faire de même, bien
sûr avec nos moyens.
Il faut d’ailleurs ajouter à cela qu’avec un réseau
diplomatique restreint, ces acteurs privés peuvent constituer
de parfaits appuis pour assurer la présence continue du
Cameroun, à moindre coût, dans des pays où nous n’avons pas
de mission diplomatique ou consulaire en pied. La diaspora

53 Mark Leonard, Catherine Stead and Conrad Smewing, Public Diplomacy,

The Foreign Policy Center, London, 2002, p. 55.


54 Cf. Patou Ibrahim, Effets comparés de la mise en œuvre d’une diplomatie

publique : le cas de la France et de la Chine au Cameroun, Mémoire de Master,


Yaoundé, Institut des Relations Internationales du Cameroun, 2015, pp.
38-60.

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camerounaise peut être d’une grande utilité à cette fin : elle


est partout, elle est dynamique, elle s’organise et s’implique
de plus en plus dans les pays d’accueil et un grand nombre de
ses membres jouissent d’une notoriété qui peut servir les
intérêts du Cameroun. Son rôle ne se limiterait plus alors
simplement à celui de pourvoyeur de fonds et d’expertise pour
le développement du Cameroun, mais se définirait également
comme vecteur de l’influence du Cameroun dans les pays où
celle-ci réside. Par exemple en favorisant l’établissement de
réseaux, alliances et partenariats avec un certain nombre
d’acteurs locaux ou même en servant de précurseurs d’une
coopération scientifique beaucoup plus formelle.

II. Coopération scientifique et influence du Cameroun


sur la scène internationale
La science dépasse les frontières. De tout temps en effet,
les scientifiques ont voyagé pour accéder à de nouvelles
connaissances ou pour diffuser celles qu’ils possédaient à
d’autres cités. Toutefois, si la plupart de ces mouvements
étaient le fait d’initiatives personnelles, aujourd’hui la
coopération scientifique s’inscrit de plus en plus dans un cadre
diplomatique et répond à des objectifs politiques. En Europe
par exemple, la mise en place de grands programmes
scientifiques à l’échelle continentale était liée au désir, entre
autres, de dominer les antagonismes historiques55.
De même, en Afrique, la coopération scientifique fait
désormais partie des priorités des politiques de
développement définies à l’échelle continentale.
Conformément à l’article 51 du traité instituant la
Communauté économique africaine du 3 juin 1991, les États
membres conviennent de renforcer leurs capacités
scientifiques, d’appliquer la science et la technologie pour le

55Joël Feltesse, « La gestion internationale des grands programmes de


recherche scientifique. L’exemple de la physique des particules », AFRI,
Vol. V, 2004, p. 969.

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développement d’un certain nombre de secteurs, de réduire


leur dépendance, de coopérer et de renforcer leurs institutions
de recherche scientifique56. Dans le cadre de la Communauté
économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC),
l’enseignement et la recherche font partie des huit politiques
sectorielles pour lesquelles des actions communes sont
programmées.
La coopération scientifique découle donc de la prise de
conscience de l’incapacité d’un seul pays et d’un seul
chercheur, encore moins ceux de nos pays en développement,
à pouvoir adresser individuellement les difficultés de notre
temps. En effet, « le modèle du scientifique isolé dans son
laboratoire est devenu archaïque. La recherche ne peut plus se faire
à la manière de Galilée, de Newton ou de Pasteur qui incarnent
l’image du scientifique solitaire. À l’ère des communications, la
science doit devenir une activité collective. Ce défi s’inscrit dans la
relation Nord/Sud où l’idée de partenariat scientifique est au centre
des nouveaux enjeux de la coopération internationale »57. Sur cette
lancée, l’UNESCO estime que les pays africains devront
également capitaliser les opportunités de la coopération Sud-
Sud 58 . C’est pourquoi la diplomatie scientifique doit
également servir à l’établissement de toutes les formes de
partenariat, dans le domaine scientifique, qui peuvent
permettre de relever les défis auxquels les politiques
publiques du Cameroun sont confrontées.
Dans un premier temps, la coopération scientifique
s’inscrit dans le cadre formel des accords de coopération.

56 Par la Déclaration d’Addis-Abeba sur la science, la technologie et la


recherche scientifique pour le développement (2007), les chefs d’État et de
gouvernement de l’Union africaine s’engagent à renforcer la coopération
dans le domaine des sciences et de la technologie et à soutenir la création
de centres nationaux et régionaux d’excellence.
57 Jean-Marc Ela, L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir, op. cit.,

p. 353.
58 UNESCO, Rapport de l’UNESCO sur la science 2010. Etat des lieux de la

science dans le monde, Résumé exécutif, Éditions UNESCO, 2012, p. 38.

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Ceux-ci prennent des formes de plus en plus variées59 et ne se


limitent plus aux rapports d’État à État 60 . S’agissant des
objectifs recherchés, il s’agit de promouvoir un échange des
savoirs entre les parties prenantes, une sorte de rencontre du
donner et du recevoir d’où tout le monde sort gagnant. Dans
cette perspective, il se dégage d’une lecture transversale des
accords de coopération scientifique conclus par le Cameroun
ou des institutions camerounaises que ceux-ci visent à
développer le potentiel et l’attractivité scientifiques du
Cameroun dans un certain nombre de domaines où le besoin
se fait ressentir. Cela passe par la mise en œuvre d’un certain
nombre d’activités : mobilité des étudiants, participation des
enseignants et des chercheurs à des programmes communs
d’enseignement et de recherche, poursuite des thèses en
‘cotutelle’, organisation conjointe des cours, séminaires,
colloques et congrès, ainsi que d’autres manifestations
scientifiques, publication en commun de livres et d’autres
documents scientifiques et didactiques, création d’unités et de
laboratoires mixtes internationaux, stages de formation,
transfert de compétences et de technologie, partage des
résultats des recherches conjointes, financement et appui au
financement de certains projets de recherche.
Telles sont les activités qui, sur le court terme, doivent
contribuer à renforcer le potentiel et l’attractivité
scientifiques du Cameroun, ainsi que l’exportation de nos
savoirs vers l’extérieur. Mais, sur le long terme, admettons
qu’elles peuvent permettre d’atteindre d’autres résultats bien
au-delà de ceux escomptés. Par exemple, les stages de
formation et de recherche, ainsi que le transfert de
59Accords en forme simplifiée qui entrent en vigueur dès leur signature,
ou accords en forme solennelle qui exigent un formalisme plus complexe
impliquant une habilitation parlementaire.
60 En marge des accords purement interétatiques, se développent

également une multitude d’accords entre les États et les organisations


internationales, entre les États et divers organismes privés ou
indépendants (universités, associations, ONG, entreprises) ou même entre
des universités nationales et étrangères.

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compétences et de technologie peuvent également contribuer


au renforcement de la compétitivité de l’économie
camerounaise. Elles peuvent permettre le développement
d’aptitudes nouvelles dans les différents secteurs de
production de l’économie camerounaise, notamment
l’agriculture, dans un contexte où celle-ci sollicite de plus en
plus les services du secteur de la recherche pour sa
modernisation en vue d’atteindre les objectifs fixés dans le
Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE).
Ces activités, dans le domaine de la coopération scientifique,
peuvent en outre permettre d’améliorer le plateau technique
de nos services sanitaires, limitant ainsi les évacuations de
malades vers les hôpitaux étrangers à des coûts parfois
prohibitifs.
Sur un tout autre plan, la mobilité des étudiants,
enseignants et chercheurs, la mise en place de programmes
communs d’enseignements, d’unités et de laboratoires mixtes,
surtout dans un cadre régional ou sous-régional, concourent
par la même occasion à l’intégration des peuples et des
économies de la région concernée et au développement de
solidarités transnationales. C’est à dessein que le professeur
Jean Emmanuel Pondi soutenait alors que si l’Afrique veut
parvenir à l’intégration continentale, un des défis qu’elle
devrait relever est celui de la création de centres d’excellence
sous-régionaux pour faciliter le brassage des élites africaines,
les amener à appréhender la similitude de leurs problèmes et,
ainsi, à envisager des solutions convergentes et
complémentaires 61 . Cela est d’autant plus facilité par
l’application au sein de la CEMAC du principe du traitement
national aux ressortissants des États membres pour l’accès
aux institutions universitaires et grandes écoles
camerounaises, ainsi que par l’adoption du système LMD qui

61Jean Emmanuel Pondi, « L’intégration régionale en Afrique : aspects


politiques et économiques », Conférences académiques 2000-2003,
ENAM/CRD et Coopération française, 2003, p. 59.

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favorise la mobilité des étudiants. Une telle réglementation


pourrait être étendue à l’échelle continentale.
Enfin, le fait pour des enseignants camerounais d’aller
dispenser des cours dans des universités occidentales et autres
institutions scientifiques de renommée internationale ou de
produire des recherches avec leurs homologues expatriés
participe à la réhabilitation de la science camerounaise aux
yeux du monde. Par exemple, un enseignant camerounais qui
dispense un cours de droit international à l’Académie de droit
international de La Haye, qui délivre une conférence sur les
sciences économiques à Harvard ou Shanghai, qui dirige les
thèses de doctorat de jeunes étudiants à Panthéon-Sorbonne,
ce n’est plus seulement de la coopération scientifique qu’il
s’agit, c’est aussi de la « décolonisation scientifique », car cela
permet non seulement de relever le défi de la « crise du
regard »62 dont souffre encore notre continent sur la bourse
mondiale de la connaissance, mais également d’apporter un
cinglant démenti aux thèses hégéliennes selon lesquelles le
nègre ne pense ni ne raisonne.
C’est pourquoi, lors des négociations internationales, ces
différents objectifs ne devraient pas être perdus de vue, si l’on
veut vraiment inscrire les accords qui en résultent dans le
registre de la diplomatie scientifique. Disons même qu’ils
doivent être les objectifs prioritaires à atteindre – même si
cela n’est jamais dit ouvertement63 – car la science en elle-
même ne serait pas d’une grande utilité si elle ne servait pas à
résoudre des problèmes concrets. C’est pourquoi dans le
libellé de nos accords de coopération scientifique, des
dispositions bien pensées, mais subtiles, devraient être
introduites dans le sens de contribuer aussi à la réalisation des
objectifs susmentionnés (compétitivité de notre économie et

62 Jean-Marc Ela, Restituer l’histoire aux sociétés africaines. Promouvoir les


Sciences Sociales en Afrique Noire, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 17.
63 Peut-être parce que, comme le relevait Voltaire, « souhaiter la grandeur

de sa patrie c’est souhaiter du mal de ses voisins ».

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de nos services de santé, intégration régionale et sous-


régionale, solidarité transnationale, affirmation de la science
camerounaise sur la scène mondiale). Tout cela devra être fait
en cohérence avec le document Cameroun Vision 2035 et le
DSCE, les deux documents de référence pour l’émergence du
Cameroun.
Dans un second temps, la coopération scientifique peut
également se développer dans des cadres plus ou moins
institutionnalisés, à travers des groupes de travail,
associations, réseaux et alliances de nature très différente où
des échanges d’expériences et d’expertises entre les individus
qui y prennent part peuvent servir au relèvement de certains
défis propres à notre pays. C’est le cas par exemple, au niveau
diplomatique, des cercles des ambassadeurs, où le corps
diplomatique accrédité dans un pays se retrouve souvent pour
discuter des questions de toute sorte, y compris de la
coopération scientifique.
C’est le cas également, dans un registre purement
scientifique, d’un certain nombre d’organisations et
associations internationales dont les activités couvrent les
domaines scientifiques les plus divers. On citera l’Académie
africaine des sciences, créée en 1985, dont les activités
concernent des sujets de la plus haute importance pour le
Cameroun tels que l’accès à l’eau, aux énergies renouvelables,
à la sécurité alimentaire et le changement climatique. La
présence au Cameroun de l’un de ses bureaux sous-régionaux
pourrait constituer un atout pour notre pays à l’effet de
bénéficier davantage de ses programmes. On citera également
une organisation comme l’Association des auditeurs et
anciens auditeurs de l’académie de droit international de La
Haye (AAA), dont l’actuel secrétaire général est de nationalité
camerounaise. Mise en place en 1923 dans le but de maintenir
les relations intellectuelles et amicales entre ses membres, elle
constitue également une opportunité pour le Cameroun
d’entretenir un faisceau de liens avec des personnalités ayant
pris part à ses programmes et qui, aujourd’hui, exercent de

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hautes responsabilités dans leurs pays respectifs dans des


secteurs comme la diplomatie, la défense, la magistrature, le
barreau, l’enseignement supérieur, l’entreprise et même dans
la fonction publique internationale. Et des réseaux
scientifiques de ce type, en Afrique et dans le monde, peuvent
être énumérés à l’infini où des intelligences camerounaises ont
pu s’infiltrer…
On peut enfin ranger dans ce registre les associations et
réseaux d’anciens étudiants de certaines grandes écoles
nationales, notamment l’École nationale d’administration et
de magistrature (ENAM), l’Institut des relations
internationales du Cameroun (IRIC), l’École militaire
interarmées (EMIA) ou l’École nationale supérieure
polytechnique (ENSP), pour ne citer que ces cas
emblématiques qui, chaque année, reçoivent de nombreux
candidats étrangers. C’est le lieu donc de se féliciter d’une
récente décision du ministre des Relations extérieures
d’impulser la création d’une association des anciens étudiants
de l’IRIC. Ce pourrait être un puissant vecteur d’influence du
Cameroun hors de ses frontières, compte notamment tenu de
la proportion d’étrangers formés dans cette grande école dont
un nombre significatif occupe à présent de hauts postes de
responsabilité dans leurs pays respectifs et dans la fonction
publique internationale64. Ils peuvent constituer des sortes de
points de contact entre leurs nations, les organisations dans
lesquelles ils exercent et le Cameroun, surtout dans les
contextes où la communication est rendue difficile en raison

64 Entre 1972 et 2010, l’IRIC a formé près de 650 étudiants et

fonctionnaires étrangers provenant des continents africain, américain et


européen, dans les filières : Stage diplomatique, Diplomatie, Contentieux
International, Banque-Monnaie-Finance Internationales, Communication
et Action Publique Internationales, Marketing International, Intégration
Régionale et Management des Institutions Communautaires. Dans leurs
pays respectifs, ceux-ci occupent ou ont occupé des postes prestigieux de
ministres, y compris de ministres des Affaires étrangères, secrétaires
généraux de ministères, ambassadeurs ou ont été/sont de hauts
responsables dans la fonction publique internationale.

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de rapports bilatéraux difficiles ou de tensions


internationales65.
Toutes les tentatives de capitaliser ces initiatives ne
pourraient cependant produire le maximum d’effets
escomptés que si elles sont fécondées dans le cadre d’une
architecture nationale de diplomatie scientifique bien
construite.

65 S’adressant aux anciens élèves étrangers de l’ENA à l’occasion de son


discours lors du 60e anniversaire de l’ouverture internationale de l’ENA,
le 16 octobre 2009, M. François Fillon, alors Premier ministre français,
leur disait : « Grâce à vous, la France est mieux connue et mieux comprise dans
le monde ».

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DEUXIÈME PARTIE

UNE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE


POUR LE CAMEROUN, COMMENT FAIRE ?

« L’Afrique doit jouer sa nouvelle carte : les cerveaux ».


Abdoulaye Wade, Un destin pour l’Afrique,
Neuilly-sur-Seine, Éditions Michel Lafon,
2005, p. 223.
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Au-delà des objectifs mis en lumière dans les


développements qui précèdent, une diplomatie scientifique
digne de ce nom repose sur une architecture institutionnelle
en charge de coordonner aussi bien son élaboration que sa
mise en œuvre. Sur ce point, Vaughan Turekian pense que
trois étapes sont nécessaires pour la construction d’une
architecture nationale de diplomatie scientifique :
l’élaboration d’une stratégie nationale de diplomatie
scientifique, la mise en place de mécanismes pour favoriser la
concertation entre les milieux scientifiques et ceux qui sont
en charge de l’action extérieure de l’État et, enfin, le
renforcement des capacités scientifiques des administrations
en charge des questions internationales 66 . Les lignes qui
suivent tenteront de montrer comment le Cameroun peut
tirer profit de ces orientations afin de se doter d’une
diplomatie scientifique performante.
Toutefois, avant cela, un préalable essentiel doit être
rappelé. Je voudrais tout simplement signaler à l’entame de
cette seconde partie qu’au commencement de la diplomatie
scientifique est la réhabilitation de la recherche scientifique
elle-même : il n’y a pas de diplomatie scientifique sans un
esprit scientifique à la base de la société, sans avoir relevé le
défi fondamental de l’urgence des chercheurs et des
penseurs 67 . L’objectif ici n’est pas de faire une évaluation,
encore moins le procès des politiques publiques de la
recherche scientifique au Cameroun, mais simplement de
souligner à double trait qu’une diplomatie scientifique, si elle
se veut ambitieuse et efficace, doit nécessairement s’appuyer

66 Vaughan C. Turekian, “Building a National Science Diplomacy System”,

Science & Diplomacy, Vol. 1, n°4, December 2012, disponible sur


http://www.sciencediplomacy.org/files/building_a_national_science_di
plomacy_system_science__diplomacy.pdf
67 Maurice Kamto, L’urgence de la pensée. Réflexions sur une précondition du

développement en Afrique, Yaoundé, Éditions Mandara, 1993, p. 116.

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sur un solide socle scientifique au niveau national. Or, en ce


domaine, bien que de nombreux efforts aient été entrepris,
beaucoup de choses peuvent encore être faites 68 . C’est
pourquoi la première tâche pour construire une diplomatie
scientifique pour le Cameroun consiste à améliorer les
politiques publiques afin de faire émerger un cadre national
incitatif pour la recherche scientifique. C’est ce cadre qui
servira alors de support à la mise en place d’une architecture
nationale de diplomatie scientifique. À cela il faut ajouter,
dans un souci de performance, la nécessaire réforme du profil
du diplomate camerounais pour mettre celui-ci en phase avec
les exigences de la diplomatie du 21e siècle.

68Je m’en tiendrais juste à la nécessité d’une mise à jour du statut du


chercheur camerounais, encore régi par le décret n°80/275 du 18 juillet
1980 portant statut des chercheurs.

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CHAPITRE 3

LA MISE EN PLACE D’UNE ARCHITECTURE


NATIONALE DE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE
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Dans la mesure où la diplomatie scientifique implique une


diversité d’acteurs, elle doit être le résultat d’une œuvre
coordonnée, si on veut lui garantir cohérence et efficacité.
C’est cette coordination, couplée à un ensemble d’objectifs de
politique étrangère, qui permet en effet de passer simplement
de la coopération scientifique à la diplomatie scientifique. Or,
dans le cas du Cameroun, on assiste encore à l’intervention
d’une multitude d’acteurs très dispersés dont la nécessaire
coordination des actions constitue un immense défi à relever.

I. La diversité des acteurs


Les acteurs d’une diplomatie scientifique ne sont pas en
nombre limité. On l’a vu pour ce qui de la diplomatie publique,
lorsqu’on convenait qu’elle ne peut être mise en œuvre
uniquement par les agents publics, en l’occurrence les
diplomates. Cela ne saurait être vrai là-bas sans être le cas ici.
Dès lors, une tentative d’énumération de toutes les personnes
qui peuvent intervenir en ce domaine serait peine perdue, d’où
il relève de l’évidence de dire que les acteurs de la diplomatie
scientifique proviennent de secteurs d’activités variés.
Toutefois, dans un effort de systématisation, on les
regroupera en deux grands groupes : les acteurs
gouvernementaux et les autres acteurs.
Les acteurs gouvernementaux de la diplomatie
scientifique du Cameroun
Toutes les administrations camerounaises sont désormais
dotées de services en charge de la coopération internationale
et participent donc, d’une façon ou d’une autre, à la diplomatie
scientifique du Cameroun puisqu’il s’agit d’aller chercher à
l’extérieur des partenaires et des savoirs nouveaux pour
accompagner les politiques nationales. Néanmoins, trois
administrations en particulier symbolisent le mieux le projet
de diplomatie scientifique du Cameroun, en raison de leurs

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attributions spécifiques. Il s’agit du ministère des Relations


extérieures (MINREX), du ministère de l’Enseignement
supérieur (MINESUP) et du ministère de la Recherche
scientifique et de l’Innovation (MINRESI)69.
Le MINREX est l’administration gouvernementale en
charge de la mise en œuvre de la politique des relations
extérieures du Cameroun. Même s’il n’a pas formellement
reçu le mandat de faire de la diplomatie scientifique, il ressort
aussi bien de ses missions statutaires que de son organisation
qu’il a un rôle fondamental à jouer dans ce domaine70.
S’agissant d’abord de ses missions, le MINREX est chargé,
entre autres, des relations avec les États étrangers, les
organisations internationales et les autres sujets de la
communauté internationale ; du suivi de la coopération en
relation avec les départements ministériels et les
administrations concernés sous réserve des dispositions
prévues par des textes particuliers. En outre, il rassemble et
diffuse auprès des départements ministériels et des missions
diplomatiques du Cameroun des informations relatives aux
États étrangers et aux organisations internationales qui
pourraient faciliter l’action des services publics ; il concourt à
l’information des gouvernements étrangers, de leur opinion
publique, ainsi que des organisations internationales et des
missions diplomatiques du Cameroun en ce qui concerne le
développement politique, économique, social et culturel du
Cameroun en liaison avec le ministère de la Communication.
Il est le conseiller juridique du gouvernement en matière de
coopération avec les États étrangers, les organisations
internationales et les autres sujets de la communauté

69 Comme administrations de première importance dans le domaine de la

diplomatie scientifique, on aurait aussi pu citer celles qui sont en charge


des questions agricoles, de l’eau et de l’énergie, de l’environnement et des
forêts, des mines, du développement technologique et des
télécommunications, de la santé, des transports et des travaux publics.
70 Cf. décret n°2013/112 du 22 avril 2013 portant organisation du

ministère des Relations extérieures.

82
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internationale71. Au regard de l’importance de ces missions


qui font du MINREX l’interlocuteur attitré du Cameroun
avec ses partenaires extérieurs, une diplomatie scientifique,
puisqu’elle suppose d’entrer en contact avec des partenaires
extérieurs, ne saurait être envisagée sans faire recours à ses
services.
Du point de vue de son fonctionnement, plusieurs organes
du Ministère peuvent également intervenir dans l’élaboration
et la mise en œuvre de la diplomatie scientifique du
Cameroun. D’abord, à la Centrale, il y a les directions
régionales qui couvrent l’ensemble de la planète (Afrique,
Amérique et Caraïbe, Asie, Europe et Océanie) et les
directions multilatérales, qui ciblent un certain nombre
d’organisations intergouvernementales (Commonwealth,
Francophonie, système des Nations unies), qui sont en charge
du suivi de la coopération internationale du Cameroun, y
compris dans le domaine scientifique 72 . À côté de ces
directions régionales et multilatérales, il y a la direction des
affaires juridiques et des engagements internationaux de
l’État, dont la vocation transversale lui confère un rôle
fondamental lorsque la diplomatie scientifique emprunte la
voie des accords de coopération, puisque c’est elle qui est en
charge de la négociation et de la mise en forme définitive des
accords et traités liant le Cameroun, ainsi que des avis
juridiques sur les questions de droit international. La
direction des Camerounais à l’étranger, des étrangers au
Cameroun, des questions migratoires et des réfugiés est
chargée du suivi et de l’élaboration des politiques et stratégies
en vue de la participation des Camerounais de l’étranger au
développement politique, économique et social du pays, en
collaboration avec les autres administrations concernées. On

71 Article 8 (31) du décret n°2011/408 du 09 décembre 2011 portant

organisation du gouvernement.
72 En effet, ces différentes directions sont dotées de services en charge du

suivi de la coopération scientifique et technique dans leurs ressorts de


compétence respectifs.

83
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pense alors au rôle de la diaspora dans le renforcement du


potentiel scientifique du Cameroun, ainsi que pour l’influence
et le rayonnement international du Cameroun. La direction de
la communication, de la documentation et des archives
diplomatiques, en plus de toutes les tâches en rapport avec la
communication du département avec l’extérieur, y compris
par la voie des médias ou de diverses formes de publication,
est chargée d’acquérir le nécessaire pour le renforcement des
capacités scientifiques du personnel dans ses différents
domaines d’action (abonnement à des revues spécialisées et
diverses autres publications, acquisition d’ouvrages et gestion
de la bibliothèque du département). Le centre d’analyses
stratégiques, de prospective et de crise, rattaché au secrétariat
général, enfin, est chargé des études et analyses sur
l’évolution des questions nationales et internationales
susceptibles d’avoir une incidence sur la politique étrangère
du Cameroun. C’est précisément le cas de la diplomatie
scientifique, qui pourrait constituer un de ses champs de
réflexion, compte tenu de l’importance qu’un grand nombre
de pays lui accordent aujourd’hui dans leurs relations
internationales. Dans la réalisation de ces études, il pourrait
s’associer les services des milieux académiques et des centres
de recherche, comme ses attributions le lui permettent.
Ensuite, au niveau des services extérieurs, les ambassades
camerounaises sont dotées de conseillers et attachés culturels
qui, sous le contrôle du chef de mission diplomatique, sont
chargés de prospecter les opportunités de coopération au
niveau culturel et scientifique avec les pays et organisations
internationales d’accréditation. Procédant par la diplomatie
publique et la coopération scientifique, ils permettent ainsi de
marquer la présence scientifique du Cameroun hors de nos
frontières.
Il ressort, au regard des développements qui précèdent,
qu’un pan important des activités du MINREX touche, soit
directement, soit indirectement aux aspects de la diplomatie
scientifique, même si aucun organe du ministère n’est chargé

84
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d’en centraliser l’élaboration et la mise en œuvre. Ainsi, à


défaut d’une révision du décret qui organise ce département
ministériel, son chef pourrait par exemple charger un de ses
conseillers techniques de suivre les activités de la diplomatie
scientifique afin de préserver la cohérence de l’action du
ministère dans ce domaine. Il pourrait bien s’agir d’un
diplomate de haut rang, mais également d’un universitaire ou
d’un chercheur à la réputation établie ou même d’un haut
fonctionnaire provenant d’une administration en charge de
questions scientifiques, à condition que ces derniers soient en
mesure de mettre en valeur leur potentiel scientifique en
phase avec les objectifs politiques et diplomatiques du
Cameroun73.
En ce qui concerne le MINESUP, il est responsable de
l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique du
gouvernement en matière d’enseignement supérieur. À ce
titre, il est chargé de l’organisation, du fonctionnement et du
contrôle pédagogique de l’enseignement supérieur et de la
garantie de la qualité de l’enseignement supérieur au
Cameroun. Ce ministère est essentiel dans l’architecture de la
diplomatie scientifique du Cameroun dans la mesure où il est
le service public chargé de réguler les modes d’accès et de
diffusion des connaissances de pointe. Pour cela, il est chargé
de la coopération universitaire internationale, en liaison avec
le MINREX et les administrations concernées. Ce volet de
l’activité du MINESUP renforce au demeurant son
importance dans le champ de la diplomatie scientifique,
d’autant plus que la coopération universitaire dont il est
question doit servir les intérêts du Cameroun, conformément
à la loi d’orientation de l’enseignement supérieur de 2001.

73 Sur les différentes options retenues par les États-Unis pour renforcer le

potentiel scientifique du département d’État, cf. Committee on Science and


Technology Capabilities at the Department of State/National Research
Council of the National Academies, Diplomacy for the 21st Century.
Embedding a Culture of Science and Technology throughout the Department of
State, Washington D.C., The National Academies Press, 2015, pp. 75-80.

85
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Pour ce faire, le Ministère a été pourvu d’une division de la


recherche et de la coopération universitaires. Cette dernière a
pour missions, entre autres, l’élaboration et la mise en œuvre
des stratégies de coopération dans le domaine, l’initiation et
le suivi des accords de coopération en matière de recherche
universitaire, la représentation du ministère dans les
instances de coopération, la publication des notes de
conjoncture sur la coopération, le suivi des contributions et
participations du ministère aux instances bilatérales et
multilatérales de coopération universitaire. C’est ce ministère
qui exerce la tutelle sur les pôles de production et de diffusion
de la connaissance que sont les universités74.
Le MINRESI, enfin, est responsable de l’élaboration et de
la mise en œuvre de la politique du gouvernement en matière
de recherche scientifique et d’innovation. À ce titre, il est
chargé de l’animation, de la coordination et du contrôle des
activités de recherche scientifique en vue de la promotion du
développement économique, social et culturel. Dans le champ
de la diplomatie scientifique, où il est donc naturellement
interpellé, il est chargé de la coopération internationale en
matière de recherche scientifique et d’innovation, en liaison
avec le MINREX, le MINESUP et les administrations
concernées. Il est doté pour cela d’une division de la
coopération scientifique et technique qui a pour mission de
préparer et de suivre les accords et conventions avec les
partenaires nationaux et internationaux ; d’entretenir les
relations avec les chercheurs camerounais de l’étranger ; de
coordonner les offres de formation émanant des partenaires et
organismes internationaux. Il exerce la tutelle sur un certain
nombre d’instituts de recherche75.

74 Sur l’organisation et les missions complètes du MINESUP, cf. décret

n°2012/433 du 1er octobre 2012 portant organisation du ministère de


l’Enseignement supérieur.
75 Sur l’organisation et les missions complètes du MINRESI, cf. décret

n°2012/393 du 14 septembre 2012 portant organisation du ministère de


la Recherche scientifique et de l’Innovation.

86
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À ces administrations publiques s’ajoutent d’autres acteurs


plus ou moins autonomes vis-à-vis de l’appareil
gouvernemental, qui interviennent également dans
l’architecture de la diplomatie scientifique du Cameroun.
Les autres acteurs de la diplomatie scientifique du
Cameroun
La diplomatie scientifique n’est pas uniquement une affaire
gouvernementale. C’est précisément un domaine où les
acteurs gouvernementaux puisent des bénéfices à partir de
ressources sur lesquelles ils ont un contrôle limité. En effet,
ni le MINREX ni le MINESUP ni le MINRESI ne produisent
directement le savoir, mais jouent plutôt un rôle de
facilitateur, de régulateur ou d’accompagnateur afin de
permettre, soit le renforcement du potentiel de production
scientifique du Cameroun, y compris des institutions sous leur
tutelle, soit alors son exportation hors de nos frontières, pour
des fins diverses. Compte tenu de ce fait, ils doivent donc
travailler de concert avec les véritables producteurs du savoir
avec lesquels, au niveau institutionnel, ils entretiennent déjà
des rapports plus ou moins étroits. Il s’agit principalement des
universités, des centres de recherche et associations à
caractère scientifique, mais aussi d’un certain nombre
d’individus qui jouissent d’une réputation incontestable dans
le domaine scientifique : les élites intellectuelles.
S’agissant des universités, le paysage de l’enseignement
supérieur au Cameroun fait désormais de la place aussi bien
aux universités d’État qu’aux institutions privées de
l’enseignement supérieur, même si les premières ont encore à
leur actif le plus gros des effectifs d’étudiants. Depuis deux
décennies environ, les unes comme les autres étendent le
champ de leurs activités au-delà des frontières nationales.
Toutefois, en l’absence d’une étude de fond, il est difficile à ce
jour d’avoir une idée précise de leurs activités dans le domaine
de la coopération scientifique, tellement les initiatives sont
nombreuses et multiformes. En effet, la volonté de l’université

87
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camerounaise de s’ouvrir sur l’extérieur se traduit par


plusieurs initiatives dont notamment l’institution des postes
de vice-recteur en charge de la coopération. Mais le paramètre
le plus visible et peut-être le plus objectif de la diplomatie
scientifique que mènent les universités camerounaises, à mon
sens, est la conclusion de plus en plus courante d’accords de
coopération scientifique, principalement avec des universités
étrangères, mais également avec des institutions
gouvernementales comme des ambassades établies au
Cameroun (États-Unis, Turquie), des organismes de
développement étrangers à l’instar de l’Institut de recherche
pour le développement (IRD), le Centre de coopération
internationale en recherche agronomique pour le
développement (CIRAD) ou même des institutions
internationales comme l’université des Nations unies76. Entre
2009 et 2015, l’université de Yaoundé I en particulier a signé
une centaine d’accords de coopération scientifique avec des
partenaires étrangers pour le compte des facultés, grandes
écoles et instituts qui lui sont rattachés.
Les universités sont donc des acteurs de grande
importance dans l’architecture de la diplomatie scientifique du
Cameroun : ce sont les incubateurs d’où devraient émerger les
savants et les savoirs à partir desquels la diplomatie
scientifique camerounaise aurait fière allure dans la
compétition internationale des idées. C’est pourquoi les
réformes sans cesse entreprises dans ce secteur depuis les
années 70, en passant par celles de 1993 et des années 2000
doivent être poursuivies à l’effet de permettre à notre
université de produire des savoirs dont notre société et notre
76 L’université des Nations unies est un organisme autonome des Nations
unies, basé à Tokyo au Japon, dont la mission est de contribuer, par la
recherche et le renforcement des capacités, à résoudre les problèmes
mondiaux urgents auxquels l’ONU, ses peuples et États membres
accordent une attention particulière. Elle coordonne actuellement les
activités d’une douzaine de centres et programmes de recherche à travers
le monde, dont l’Institut pour les ressources naturelles en Afrique de
l’Université des Nations unies (UNU/INRA), basé à Accra au Ghana.

88
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monde ont besoin et de jouer effectivement son rôle dans


l’atteinte des objectifs stratégiques arrêtés par le
Gouvernement. Sur cette lancée, afin de développer un
potentiel local d’innovation permettant de répondre au défi de
la compétition mondiale des idées, je pense que nos
universités devraient accorder davantage d’intérêt aux
savoirs endogènes, en termes d’enseignement et de recherche,
sur lesquels nous autres Africains possédons encore un
avantage comparatif par rapport aux autres sociétés.
À côté des universités et parfois au sein de celles-ci
prospèrent des instituts et centres de recherche qui également
jouent un rôle important dans la production des savoirs.
Érigés sous d’autres cieux en véritables réservoirs et
laboratoires d’idées (think tanks), ils font partie de ce que
François-Bernard Huyghe nomme les « organisations
matérialisées d’influence »77 en raison des idées et des solutions
qu’ils produisent pour inspirer les gouvernements en place.
Qu’ils soient publics ou privés, ces centres de recherche
couvrent aujourd’hui de nombreux domaines de recherche qui
peuvent contribuer au développement du pays. De ce point de
vue, ils constituent des pôles supplémentaires de production
des savoirs savants et des savoirs pratiques pour la diplomatie
scientifique du Cameroun, compte tenu de leur ouverture
croissante à des sujets d’intérêt pour notre pays.
De même, en raison de leur capacité scientifique, de leur
indépendance à l’égard des intérêts politiques et
commerciaux, les associations scientifiques constituent
également des acteurs clés d’une diplomatie scientifique 78 .

77 François-Bernard Huyghe, « Réseaux et machines d’influence », p. 107,


disponible sur le site de l’auteur :
http://www.huyghe.fr/dyndoc_actu/4fb919a309ae5.pdf
78 Mohamed Hassan et al., “Academies of Science as Key Instruments of

Science Diplomacy”, Science & Diplomacy, Vol. 4, n°1, March 2015,


disponible sur
http://www.sciencediplomacy.org/perspective/2015/academies-science-
key-instruments-science-diplomacy

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Dans notre pays, certaines de ces associations peuvent jouer


un rôle déterminant dans ce domaine : c’est le cas de
l’Académie des sciences du Cameroun, membre de l’Académie
africaine des sciences, ou encore de la Société camerounaise
des agrégés (SCA). C’est le cas aussi d’associations moins
connues, mais tout aussi investies dans le domaine de la
valorisation de la recherche scientifique au-delà des frontières
nationales, comme le Centre africain pour la promotion de la
recherche chez les jeunes dans le domaine des sciences
sociales (CAPREJES).
Enfin, il existe une catégorie d’individus qui peuvent tout
aussi bien rentrer dans l’architecture de la diplomatie
scientifique du Cameroun. Il s’agit d’une certaine élite
intellectuelle, résidant au Cameroun ou faisant partie de la
diaspora et qui, en raison de sa réputation établie dans
différents domaines scientifiques, concourt au rayonnement
du Cameroun sur la scène mondiale. Cette réputation découle
pour une grande part de sa capacité à briller dans le débat
scientifique, notamment à travers des idées, des propositions
et des découvertes à la fois rigoureuses et innovantes, mais
également par les succès qu’elle remporte dans un certain
nombre de compétitions scientifiques internationales.
Devant ce foisonnement d’acteurs aux compétences,
obédiences et préférences diverses, la coordination de leurs
interventions est l’un des grands défis à surmonter si l’on veut
préserver la cohérence et la convergence de l’action publique
camerounaise dans le domaine de la diplomatie scientifique.

II. La nécessaire coordination des actions


La coordination des actions suppose l’existence d’un
organe faîtier ayant le pouvoir de servir de cadre de
concertation, de tracer des orientations générales et de
trancher les éventuelles divergences de vues entre les
différents acteurs intervenant dans le domaine de la
diplomatie scientifique. Or, la question de la coordination de

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l’action internationale du Cameroun n’est pas nouvelle. Le


problème se pose en effet dans pratiquement tous les
domaines de l’action internationale du Cameroun et le
soulever en matière de diplomatie scientifique ne relève pas
d’un fait inédit.
A priori, au regard des pouvoirs du président de la
République, « véritable hégémon diplomatique »79, qu’assiste un
comité interministériel de coordination des relations
internationales, le problème ne devrait pas se poser. Tel n’est
pourtant pas le cas à l’observation des faits. C’est pourquoi,
devant la multiplication et la diversification des acteurs dans
le champ de la diplomatie scientifique du Cameroun, il est
urgent de remettre sur la table la question de la coordination
de l’action extérieure du Cameroun. Et, pour le diplomate que
je suis, ce n’est pas me faire hara-kiri que d’admettre que le
MINREX n’est pas en posture de remplir ce rôle : ni ses
attributions 80 ni ses ressources humaines et matérielles
actuelles ne le mettent en capacité de le faire ! De la même
façon, le Premier ministre, qui assume la mission de
coordonner l’action gouvernementale, ne dispose pas, dans
ses services actuels, d’une structure en charge des questions
se rapportant à la politique extérieure du Cameroun81.
Ainsi, en remettant la question de la coordination des
relations internationales du Cameroun au goût du jour,
l’objectif n’est pas d’éroder les prérogatives du président de la
République, dans la mesure où celui-ci conserverait son rôle
79 Yves Alexandre Chouala, La politique extérieure du Cameroun. Doctrine,

acteurs, processus et dynamiques régionales, Paris, Karthala, 2014, p. 73.


80 Il est même anecdotique de constater qu’aux termes du décret

n°2011/408 du 09 décembre 2011 portant organisation du gouvernement,


le MINREX est la seule administration qui n’a pas reçu le pouvoir
d’élaborer la politique du gouvernement dans son domaine de compétence.
Il n’est en charge que de sa mise en œuvre. Pour ma part, il s’agit d’une
application excessive de la théorie du « domaine réservé » qui ne
correspond plus à la diplomatie d’aujourd’hui.
81 Cf. décret n°92/088 du 04 mai 1992 portant organisation des services

du premier ministre.

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constitutionnel d’impulsion en la matière, mais il s’agit de


relever la nécessité d’un dispositif stratégique pour traduire
en programmes, projets et plans les grandes options
présidentielles, et surtout d’en garantir le suivi-évaluation
nécessaire que ne peut exercer le chef de l’État au quotidien
depuis Etoudi. Pour cela, deux initiatives importantes
pourraient être entreprises. Il s’agit, d’abord, de l’entrée en
fonction et l’actualisation du comité interministériel de
coordination des relations internationales susmentionné et,
ensuite, de l’élaboration d’une stratégie nationale de
diplomatie scientifique.
L’entrée en fonction et l’actualisation du comité
interministériel de coordination des relations
internationales
La création du comité interministériel de coordination des
relations internationales, par décret n°78-26 du 16 janvier
1978 était une excellente idée, compte dûment tenu du
caractère transversal de l’activité internationale du
Cameroun. Le problème est que celui-ci n’est jamais entré en
fonction. La coordination est restée à l’échelle présidentielle,
sans une structure opérationnelle pour l’accompagner dans
cette tâche. Il serait utile aujourd’hui que cet organisme passe
effectivement à l’action, non sans que ses missions et sa
composition aient été mises à jour au regard des réalités
nationales et internationales actuelles.
Du point de vue de ses missions, le comité interministériel
de coordination des relations internationales est chargé de
déterminer les objectifs conjoncturels du Cameroun dans le
domaine international, de coordonner les actions des divers
départements ministériels en vue d’atteindre ces objectifs et
de procéder périodiquement à l’évaluation des relations
extérieures du Cameroun 82 . Or, aujourd’hui, les relations
internationales du Cameroun ne doivent plus être envisagées

82 Article premier du décret n°78-26 du 16 janvier 1978 portant création

du comité interministériel de coordination des relations internationales.

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dans une perspective uniquement conjoncturelle. Si le


MINREX par exemple a été doté d’un centre d’analyses
stratégiques, de prospective et de crise, c’est que la nécessité
d’envisager l’action internationale du Cameroun dans une
perspective structurelle s’impose. C’est pourquoi le comité
interministériel devra intégrer cette donne nouvelle qui
incline à penser les relations internationales sur le moyen et
le long terme. L’influence, dont la diplomatie scientifique est
l’un des outils opérationnels, fait partie de ces objectifs de
moyen et de long terme sur lesquels un grand nombre de pays
s’intéressent aujourd’hui ; il appartient au Cameroun de ne pas
manquer ce rendez-vous.
Il en va de même des fonctions de coordination et
d’évaluation qui sont tout aussi essentielles. La fonction de
coordination sert à créer un cadre de concertation et
d’échanges de vues entre les responsables de différentes
administrations afin précisément de favoriser l’émergence
d’une vision commune de l’action internationale du
Cameroun. Mais surtout, l’institution d’un organe de
coordination a l’avantage de dissiper les conflits de
compétences ou d’intérêts qui peuvent naître entre les
administrations dans la mise en œuvre de leurs attributions
respectives. En effet, le pouvoir de coordination confère en
même temps à son détenteur celui de lever tous les blocages
qui peuvent naître de la mise en œuvre de leurs compétences
respectives par les acteurs placés sous son autorité. Il est
particulièrement important dans le contexte où plusieurs
acteurs interviennent dans des domaines qui se chevauchent.
C’est le cas des relations internationales où toutes les
administrations camerounaises y ont désormais des
attributions.
S’agissant enfin de la fonction d’évaluation, celle-ci
intervient a posteriori et permet d’examiner si les objectifs
déterminés en amont ont été atteints et, dans le cas contraire,
par un effet de rétroaction, de procéder aux ajustements
nécessaires afin d’améliorer les actions programmées dans le

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futur. L’évaluation est une activité déterminante pour


l’efficacité des politiques publiques et la politique étrangère en
constitue naturellement une83.
En ce qui concerne la composition du comité, le décret de
1978 prévoit que celui-ci est présidé par le secrétaire général
de la présidence de la République et est composé de neuf
membres permanents que sont : le représentant des services
du premier ministre, le ministre des Affaires étrangères, le
ministre des Forces armées, le ministre de l’Économie et du
plan, le ministre de l’Information et de la Culture, le délégué
général à la Sûreté nationale, le directeur général du centre
national de documentation, le directeur de la sécurité
présidentielle, le chargé de mission qui suit les questions
diplomatiques à la présidence de la République. En outre,
d’autres membres du gouvernement et des délégués généraux
peuvent être invités à participer en tant que de besoin aux
travaux du comité 84 . Ces dispositions, à l’évidence, sont
aujourd’hui obsolètes, compte tenu de la réorganisation de
l’architecture gouvernementale et du réajustement des
attributions de bon nombre d’administrations camerounaises.
Cela étant, je voudrais surtout m’appesantir sur deux aspects
particuliers.
Tout d’abord, la séparation entre membres permanents et
ceux que j’appellerai « membres ad hoc » me semble
appropriée. En effet, même si toutes les administrations sont
aujourd’hui interpellées par les questions internationales, il ne
s’agit pas ici de créer un conseil des ministres ou de cabinet
bis qui serait spécialisé dans les questions internationales. Le
comité interministériel remplit davantage une fonction
stratégique, car il s’agit de formuler les options prioritaires de
l’action internationale du Cameroun auxquelles l’ensemble du
gouvernement devrait alors se conformer. C’est pourquoi il
doit être centré autour des acteurs majeurs de la politique

83 Marie-Christine Kessler, op. cit., pp. 167-192.


84 Article 2 du décret.

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extérieure. Toutefois, suivant les questions à l’ordre du jour,


le texte laisse opportunément la possibilité d’ouvrir les
discussions aux administrations directement concernées.
C’est dans ce sens que, dans le cas de l’inscription à l’ordre du
jour d’un point sur la diplomatie scientifique du Cameroun
que je me permets d’appeler de mes vœux dans un futur
proche, la participation des administrations en charge de
l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de
l’agriculture, des mines, de la santé, des télécommunications
serait sans doute bénéfique pour avoir une vue beaucoup plus
exhaustive des enjeux et défis actuels de la science dans les
relations internationales.
Ensuite, contrairement à ce qui est prévu par le texte, le
comité interministériel devrait également s’ouvrir aux
acteurs non gouvernementaux, compte tenu de leur
importance dans les relations internationales
contemporaines. Ils jouissent d’une expertise qui parfois va
au-delà de celle des acteurs gouvernementaux, leur
implantation sur le terrain et leur indépendance leur
confèrent souvent une influence supérieure à celle de ces
derniers. En particulier, dans le domaine de la diplomatie
scientifique, les acteurs non gouvernementaux que sont les
universités, les centres de recherche et les élites intellectuelles
sont les premiers producteurs des savoirs scientifiques que les
pouvoirs publics se donnent la mission de capitaliser. N’ayons
pas peur d’admettre que ces acteurs produisent des analyses
et des publications dans des champs scientifiques les plus
divers qui inspirent, voire concurrencent souvent les versions
officielles. Qui plus est, ils interviennent sur le terrain, à
l’université, dans les médias, lors de conférences et les effets
de leurs propos et propositions sont perceptibles auprès de
l’opinion publique. Il serait alors paradoxal que des décisions
stratégiques soient prises en ce domaine en leur absence. C’est
pourquoi je pense qu’en fonction des points à l’ordre du jour,
la participation aux réunions du comité interministériel
pourrait être étendue aux membres de la société civile, au

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secteur privé, aux universitaires et aux chercheurs dont les


savoirs et les expériences peuvent contribuer à enrichir les
débats et à inspirer les décisions.
En définitive, la mise en place d’une architecture de
diplomatie scientifique au Cameroun ne nécessite pas la
création d’une structure autonome spécifiquement dédiée à la
fonction de coordination. La question des moyens financiers,
de la prolifération institutionnelle et surtout de son urgence
en l’état actuel pourrait légitimement se poser. C’est
pourquoi, bien qu’ayant un champ d’action plus large, le
comité interministériel de coordination des relations
internationales pourrait aisément remplir cette tâche, à
charge pour lui non seulement d’accorder certains points à
l’ordre du jour de ses travaux à la question de la diplomatie
scientifique, mais surtout d’adopter une stratégie nationale de
diplomatie scientifique qui servirait alors de boussole pour
tous les acteurs qui interviennent dans ce domaine au
Cameroun.
L’élaboration d’une stratégie nationale de diplomatie
scientifique
Parce que la diplomatie scientifique est une diplomatie
d’influence s’inscrivant sur le moyen et le long terme, elle
devrait s’appuyer sur un document stratégique servant de
cadre de référence à tous les acteurs qui interviennent dans le
processus de sa mise en œuvre. C’est pourquoi je suggère
l’élaboration d’une stratégie nationale de diplomatie
scientifique qui serait adoptée par le comité interministériel
de coordination des relations internationales. Ce document,
qui pourrait couvrir une période de vingt ans, s’inspirerait
aussi bien des documents stratégiques d’ensemble que sont
Cameroun Vision 2035 et le DSCE, mais aussi des politiques
sectorielles des relations extérieures, de l’enseignement
supérieur, de la recherche scientifique et des autres secteurs
d’activités en rapport avec les besoins scientifiques. Les lignes

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qui suivent visent à donner quelques indications sur le


contenu potentiel d’un tel document.
Dans un premier temps, la stratégie pourrait fixer les
objectifs d’ensemble de la diplomatie scientifique du
Cameroun à court, moyen et long termes. Bien évidemment,
certains de ces objectifs seraient explicites tandis que d’autres
seraient implicites et relèveraient alors de ce qu’on nomme
généralement dans le jargon diplomatique « l’agenda caché »,
afin d’éviter de susciter la réticence de certains potentiels
partenaires avec lesquels on pourrait être en concurrence. Ces
objectifs seront également assortis d’activités, ainsi que des
résultats quantitatifs et qualitatifs recherchés, en fonction des
ambitions du pays, afin de faciliter le nécessaire travail
d’évaluation en aval (voir tableau n°1).

Tableau n°1 : Quelques indications au sujet d’une


stratégie de diplomatie scientifique pour le Cameroun.

Objectifs Activités Résultats


À court terme (1 à 5 - Identifier les secteurs
ans après l’adoption nationaux prioritaires
de la stratégie) : où le besoin de
- Accroître le potentiel renforcement des
et l’attractivité capacités scientifiques
scientifiques du s’exprime ;
Cameroun ; - Identifier les
- Influencer l’agenda partenaires potentiels
des grands d’une diplomatie
programmes de scientifique du
recherche Cameroun, en fonction
internationaux et des de nos objectifs
organisations politiques prioritaires ; Les indicateurs
internationales dans - Identifier les secteurs quantitatifs et
le sens des intérêts du scientifiques où le qualitatifs des
Cameroun ; Cameroun dispose résultats seront
- Renforcer d’avantages tributaires des
l’intégration sous- comparatifs dans la ambitions du
régionale et sous-région et au gouvernement et des
régionale ; niveau continental ; moyens mis en jeu

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- Susciter des - Conclure des accords


solidarités de coopération
transnationales en scientifique dans les
faveur des intérêts du secteurs prioritaires
Cameroun pour le Cameroun ;
À moyen et long - Former les
terme (5 à 20 ans fonctionnaires
après l’adoption de la camerounais, y compris
stratégie) : les diplomates, à la
- Améliorer la diplomatie scientifique ;
compétitivité de - Instituer
l’économie systématiquement des
camerounaise ; réseaux d’anciens
- Répandre la étudiants des
cosmovision du universités et grandes
Cameroun sur la écoles camerounaises
scène régionale et incluant les nationaux
internationale ; et étrangers ;
- Assurer le - Constituer une base de
rayonnement du données de
Cameroun sur la l’intelligentsia
scène régionale et camerounaise au sein
internationale de la diaspora ;
- Placer l’expertise
camerounaise dans les
programmes de
recherche
internationaux et au
sein des organisations
internationales
d’importance avérée
Source : L’auteur.
Dans un deuxième temps, la stratégie devrait clarifier les
rôles respectifs des acteurs, dans le respect de leurs
attributions statutaires telles qu’elles découlent notamment
du décret organisant le Gouvernement et des missions
respectives qu’ils se sont assignées. Le comité interministériel
de coordination des relations internationales, qui s’est vu
confier la mission, entre autres, de coordonner les actions des
différents ministères qui interviennent dans le domaine des
relations internationales du Cameroun, sera placé au centre

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de l’échiquier. La stratégie intégrera en outre les acteurs non


gouvernementaux dont l’activité s’inscrit déjà dans le champ
de la diplomatie scientifique. Elle formulera des orientations
sur le rôle que peuvent jouer ces derniers, ainsi que les
attentes du gouvernement, afin de contribuer à une plus
grande efficacité de la diplomatie scientifique du Cameroun.
Tout ceci vise à garantir la convergence des vues, à éviter les
chevauchements de compétences et les conflits d’intérêts qui
peuvent surgir en l’absence d’une vision d’ensemble. Il s’agit
donc de régler la question des inévitables interactions entre
tous ces acteurs.
Dans un troisième temps, la stratégie doit pouvoir
identifier les moyens qui peuvent être mobilisés pour la mise
en œuvre efficiente d’une diplomatie scientifique. Il s’agit
d’abord de la ressource humaine, qui doit être mieux formée
pour répondre aux exigences d’une diplomatie scientifique.
On pense ensuite aux moyens matériels, en particulier les
outils intellectuels et numériques qui sont indispensables à
l’efficacité d’une diplomatie scientifique. On se réfère enfin
aux moyens financiers nécessaires à l’élaboration et la mise en
œuvre de la stratégie.

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CHAPITRE 4

L’IMPÉRATIF D’UNE RÉFORME DU PROFIL


DU DIPLOMATE : QUEL DIPLOMATE
CAMEROUNAIS POUR LE 21e SIÈCLE ?
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Au-delà de la construction d’une architecture nationale,


une diplomatie scientifique performante et ambitieuse
suggère en outre la réforme du profil du diplomate
camerounais. Il s’agit d’une nécessité, si l’on veut mettre en
harmonie la figure du diplomate camerounais avec les
exigences d’un environnement international rebelle à toute
forme d’immobilisme. Pour cela, l’on ne devrait pas craindre
les réformes. Je pense d’ailleurs qu’elles sont à la base des
systèmes qui veulent émerger85. C’est conscient de cela que le
chef de l’État camerounais, sans doute, pouvait déclarer lors
de sa communication spéciale en conseil des ministres, le 9
décembre 2014, que « l’esprit de réforme doit devenir une
constante du comportement des membres du Gouvernement et de
l’Administration ». Quelle meilleure impulsion pourrions-nous
alors attendre au-delà de celle du président de la République,
par ailleurs chef de la diplomatie camerounaise ?
C’est donc animé de la lettre et de l’esprit du propos
présidentiel que je suggère la réforme du profil du diplomate
camerounais – parmi bien d’autres réformes – que l’on
pourrait par exemple examiner à l’occasion des états généraux
de la diplomatie camerounaise. Des états généraux de la
diplomatie, notre pays en a impérativement besoin. Ceux-ci
ne se limiteraient pas à de simples discussions sur la révision
de la structure ou des compétences du ministère en charge des
affaires extérieures, encore moins sur le statut des personnels
de la diplomatie ou de l’application du principe de rotation
dans la diplomatie. Il s’agirait en revanche, lors de ce moment
fort de notre histoire diplomatique, de définir une vision
prospective et de long terme du diplomate et de la diplomatie
camerounaise pour le siècle commençant et, par la même voie,
de tracer les sillons nécessaires pour donner vie et corps aux
résolutions qui en sortiraient. Ce serait repenser ce qui fait
85Robert Evola, Comprendre le phénomène de l’émergence, Éditions
Publibook, Paris, 2013, pp. 207-209.

103
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l’identité même du diplomate camerounais, afin de le rendre


plus apte à accomplir avec succès les tâches actuelles de la
diplomatie d’un pays en quête d’émergence et d’affirmation
dans un monde en transformation. Du point de vue de la
diplomatie scientifique, cette grand-messe pourrait interroger
l’ouverture du MINREX aux acteurs de la recherche ainsi que
le renforcement de la spécialisation dans la formation des
diplomates camerounais.

I. Ouvrir le ministère des Relations extérieures aux


acteurs de la recherche
La diplomatie scientifique répond, entre autres, au besoin
de renforcer le potentiel scientifique des acteurs en charge des
relations extérieures du Cameroun, à l’effet de leur permettre
de mieux servir les intérêts de leur pays. En s’engageant sur
cette voie, des mesures pourraient être envisagées dès le
recrutement des personnels du MINREX, l’administration
publique prioritairement en charge de la mise en œuvre des
relations extérieures du Cameroun. Une précision d’entrée :
par recrutement, il faut entendre tous les modes par lesquels
des personnes, à un moment donné de leur carrière
professionnelle, sont appelées à mettre leur savoir et leur
savoir-faire au service du MINREX, qu’il s’agisse des
diplomates de carrière ou des agents provenant d’autres
secteurs d’activités.
En ce qui concerne les diplomates de carrière, leur
recrutement au MINREX est (encore) régi par le décret
n°75/773 du 18 décembre 1975 portant statut particulier du
corps des fonctionnaires de la diplomatie, auquel il faut
ajouter les conditions particulières qui, dans la pratique, sont
posées par le MINESUP dans le cadre du communiqué
portant ouverture du concours d’entrée à la filière Diplomatie
de l’IRIC 86 . D’une lecture attentive de ces différents

86 En effet, l’IRIC est un établissement de l’université de Yaoundé II, placé

sous la tutelle académique du MINESUP. C’est donc le chef de ce

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documents au fil du temps, il ressort que le recrutement des


diplomates camerounais se fait, soit au grade de Secrétaire des
Affaires étrangères (SAE), soit au grade de Conseiller des
affaires étrangères (CAE).
Le recrutement des SAE au sein du MINREX est ouvert
aux candidats titulaires au moins d’un diplôme de licence
universitaire, toutes filières confondues. Mais, dans la
pratique, les admis sont pour la majorité titulaires d’un
diplôme de droit, de science politique et d’histoire. Cela
s’explique en grande partie par la nature des épreuves
proposées, qui exigent d’excellentes connaissances en
relations internationales, en droit international, ainsi qu’une
bonne culture historique. Ce qu’il est intéressant en revanche
de relever, c’est qu’en ouvrant le recrutement direct au grade
de CAE au sein du MINREX aux candidats titulaires d’un
doctorat d’État en droit, sciences économiques ou d’un Ph. D
en droit, en sciences économiques ou en relations
internationales, il y a là une volonté politique de valoriser le
potentiel intellectuel d’un certain nombre de hauts diplômés
qui font le choix de servir la diplomatie camerounaise.
Or, dans les faits, en dehors de cet avancement en grade
dont ils bénéficient, il n’y a pas comme une véritable politique
mise en place pour capitaliser ledit potentiel au niveau
professionnel : ils suivent le même parcours professionnel que
leurs collègues de grade inférieur et se voient confier les
mêmes tâches que ces derniers. L’on pourrait alors se poser la
question de savoir ce que gagne l’État à leur accorder un
grade élevé, pur prestige individuel, si en retour la nation ne
tire pas tout le profit possible des connaissances dont
disposent ces personnes. Cela pourrait être perçu comme une
occasion manquée pour notre diplomatie dans la mesure où,
pour ma part, les diplomates qui accèdent au département
avec un diplôme de niveau doctorat devraient être plus

département ministériel qui ouvre le concours de recrutement des futurs


diplomates.

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responsabilisés, notamment par une affectation à de meilleurs


postes de travail et à des tâches beaucoup plus stratégiques
permettant de mieux exploiter les savoirs qu’ils possèdent. Je
pense dès lors que la diplomatie camerounaise, y compris pour
les besoins de la diplomatie scientifique, gagnerait à offrir de
meilleures perspectives de carrière à ceux qui accèdent au
MINREX avec de hauts diplômes comme un doctorat ou un
Ph. D. Ce qui pourrait susciter, je crois, un plus grand
engouement des personnes titulaires de tels diplômes à
présenter le concours de l’IRIC, renforçant ainsi le potentiel
intellectuel de la diplomatie camerounaise87.
S’agissant des personnels non diplomates souvent appelés
à servir au MINREX, on note, pour ce qui est des agents de
conception (catégorie A de la fonction publique), qu’il s’agit
de fonctionnaires d’autres administrations publiques, relevant
pour l’essentiel des corps de l’administration générale, des
régies financières ou des enseignements secondaires, qui sont
mis à la disposition du département88. Or, en dehors de ceux-
ci, le MINREX pourrait s’ouvrir davantage à d’autres acteurs,
en particulier les universitaires et les chercheurs spécialisés
sur un certain nombre de questions scientifiques d’intérêt
pour notre pays, afin d’appuyer le personnel diplomatique en
place pour les besoins de la diplomatie scientifique.
Évidemment, loin de moi l’idée de laisser croire que les
personnels du corps de la diplomatie non titulaires d’un
doctorat ou d’un Ph. D sont moins compétents que les
architectes de la pensée que sont les universitaires et les

87 Bien évidemment, un dispositif pourrait être prévu pour éviter que, dans
les faits, l’entrée dans le corps de la diplomatie soit exclusivement réservée
aux titulaires d’un doctorat, par exemple à travers l’institution d’un
système de quota ou alors par l’organisation des concours spéciaux.
88 En dehors de ces derniers, le personnel du ministère dispose également

des attachés des affaires étrangères (fonctionnaires du corps de la


diplomatie relevant de la catégorie B), des fonctionnaires de catégorie B
provenant d’autres administrations, des cadres contractuels, des agents
contractuels et des agents décisionnaires.

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chercheurs. La proposition que je formule doit être


appréhendée autrement. En effet, en raison de l’application
actuelle de la théorie du domaine réservé dans le champ de la
diplomatie camerounaise, dont l’un des effets pervers est de
paralyser le sens de l’initiative et de l’inventivité de son
personnel, la présence d’une autre catégorie d’acteurs, dont la
liberté d’esprit les autorise à penser l’impensable, pourrait
constituer un atout pour une administration qui ne doit plus
simplement réagir aux tressaillements du monde
d’aujourd’hui, mais aussi les anticiper, voire même les
provoquer. Dès lors, la présence au sein du MINREX
d’universitaires et de chercheurs spécialisés dans les savoirs
les plus divers peut permettre à cette administration de mieux
concilier les exigences, contraintes et réalités de la diplomatie
d’un pays en développement comme le Cameroun avec la part
d’« interrogation renouvelée sur le sens, remise en question
permanente, appel constant au dépassement, tension vers l’avenir »89
qui est le propre d’une pensée libérée et foisonnante. Par
exemple, grâce à un certain nombre d’outils et de méthodes
d’analyse que certains d’entre eux maîtrisent bien, ces
universitaires et chercheurs pourraient aider la diplomatie
camerounaise à mieux se projeter sur le futur, à travers
l’élaboration de différents scénarios du monde à court, moyen
ou long terme.
C’est dire finalement que la construction d’une diplomatie
scientifique pour le Cameroun passera aussi par la nécessité
au sein du MINREX de personnels qui, bien qu’étant astreints
au respect du pouvoir hiérarchique ou pas, selon leur mode de
recrutement 90 , sont par essence portés à émettre des idées
neuves et inédites, qui parfois peuvent être bouleversantes,
voire provocatrices pour leur employeur, mais dont la seule

89 Maurice Kamto, op. cit., p. 15.


90 En effet, leur degré de subordination dépend de leur mode de
recrutement, soit en tant que personnels permanents (rapport
employeur/employé), soit en tant que prestataires de services (rapport
client/prestataire).

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finalité est de doter notre pays d’outils qui lui permettent de


maîtriser le cours de son destin. Cet effort d’ouverture du
ministère devra s’accompagner d’un renforcement de la
spécialisation de la ressource humaine disponible.

II. Renforcer la spécialisation des diplomates


camerounais
Dans un monde où la nouveauté fait chambre commune
avec le quotidien, où le paradigme de la complexité devient la
grille de lecture des événements que nous servent chaque jour
les médias et les réseaux sociaux, vouloir tout connaître, tout
maîtriser et tout expliquer serait pure prétention. On a vu
plus haut comment des thématiques nouvelles comme le
changement climatique, la sécurité alimentaire et
énergétique, la révolution numérique, le nucléaire et bien
d’autres sujets encore ont émergé dans l’ordre du jour
international et qu’il serait vain pour un diplomate de tenter
de tous les maîtriser dans les moindres détails. Que l’on me
comprenne bien : les diplomates doivent, certes, avoir une vue
d’ensemble des différents sujets qui rythment la vie
internationale, mais, lorsqu’arrive le temps de la concertation
ou de la négociation, ils se doivent d’apporter une valeur
ajoutée sur le cours des débats, s’ils veulent pouvoir les
influencer. C’est donc dire qu’en même temps que le diplomate
doit être quelqu’un de polyvalent, il est important pour lui de
développer également des aptitudes spécialisées s’il veut
conserver du crédit auprès de ses interlocuteurs 91 . C’est
pourquoi je pense que la spécialisation est la meilleure
approche si l’on veut répondre à l’exigence de performance
des diplomates camerounais dans un monde toujours plus
compétitif. Ce besoin de spécialisation peut se matérialiser,
d’une part à travers la formation initiale des futurs diplomates
admis à l’IRIC et, d’autre part par la mise en place d’un solide

91 Yvan Bazouni, op. cit., p. 109.

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système de formation continue destiné à ceux qui ont déjà pris


service.
Au niveau de la formation initiale
S’agissant de la formation initiale des diplomates
camerounais, un survol des enseignements qu’ils reçoivent
durant leur cursus académique, depuis pratiquement une
quinzaine d’années (soit depuis le vingt et unième siècle),
permet de relever une relative uniformité dans leur contenu,
alors même que leurs destinataires, non seulement possèdent
un background intellectuel différent, mais en plus, une fois en
poste, seront affectés à des tâches différentes. Certes, en 2009,
des cycles de spécialisation avaient été ouverts, à savoir la
« spécialisation classique », la « spécialisation en Banque-
Monnaie-Finance Internationales », la « spécialisation en
Contentieux International », la « spécialisation en
Communication et Action Publique Internationales » et,
enfin, la « spécialisation en Marketing International ». Mais,
aujourd’hui, ces spécialisations ont de nouveau été
abandonnées et il faut rappeler que ceux des diplomates qui
en ont bénéficié, une fois qu’ils ont pris service au sein du
ministère, ont été affectés à des tâches qui n’en tenaient pas
particulièrement compte. C’est peut-être aussi parce qu’il n’y
a pas une rigoureuse adéquation entre la structuration
organique, fonctionnelle et opérationnelle du MINREX d’une
part et la formation dispensée aux futurs diplomates à l’IRIC
d’autre part. C’est pourquoi, en suggérant la restauration de
la spécialisation à l’IRIC, celle-ci devrait aller de pair avec
l’organigramme et les missions du ministère, ceci afin de
garantir que les produits ainsi formés répondront aux besoins
précis et aux attentes formulées par leur futur employeur.
Cela dit, je voudrais sans prétention aucune me risquer à
quelques propositions de fond visant à la spécialisation des
diplomates camerounais durant leur formation initiale, non
pas seulement pour les besoins de la diplomatie scientifique,
mais surtout pour leur permettre d’être le plus compétitif

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possible devant les défis auxquels les diplomaties de tous les


pays font actuellement face (paix et sécurité, compétitivité
économique, écologie, humanitaire, questions culturelles et
sportives, révolution technologique et numérique, etc.). Le
tableau ci-dessous (tableau n°2) rend compte de quelques
propositions dans ce sens.
Tableau n°2 : Quelques propositions pour un
renouvellement de la formation initiale des diplomates
camerounais.

Objectif d’ensemble de la formation : doter le futur diplomate


d’outils théoriques, pratiques et spécialisés lui permettant d’être
plus compétitif dans un monde en transformation
Durée de la formation : deux années, dont quatre semestres articulés
chacun autour d’un module
Module 1 : Module 2 : Art Module 3 : Module 4 :
Relations et métier Connaissances Connaissances
internationales diplomatiques spécialisées pratiques
Objectif Objectif Objectif spécifique : Objectif
spécifique : spécifique : doter chaque diplomate spécifique :
renseigner le de connaissances
préparer le futur doter chaque
futur diplomate diplomate aux approfondies sur des diplomate
sur les contraintes et questions actuelles qui d’outils lui
mutations de la exigences interpellent la permettant de
scène mondiale, pratiques de diplomatie mieux
les acteurs, l’art et du camerounaise. Trois communiquer
facteurs et métier spécialisations au choix en milieu
enjeux qui diplomatiques. pourraient être professionnel
structurent proposées ici : (1) et d’apporter
lesdites Thématiques à Globalisation et des solutions
mutations. examiner : économie concrètes à
politique internationale ; (2) des problèmes
Thématiques à étrangère du Droit et contentieux de la
examiner : Cameroun ; international ; (3) diplomatie
histoire des histoire Politique, stratégie et camerounaise.
relations diplomatique du sécurité internationale.
internationales ; Cameroun ; Thématiques
théorie des éthique, Spécialisation 1, à examiner :
relations déontologie et thématiques à langues
internationales ; carrière examiner : économie (anglais ou

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sociologie des diplomatique ; internationale ; français +


relations communication commerce et allemand ou
internationales ; diplomatique ; investissements arabe ou
droit des protocole et internationaux ; chinois ou
relations cérémonial coopération au espagnol) ;
internationales ; diplomatiques ; développement ; informatique ;
organisations techniques de intelligence connaissance
internationales ; négociation ; économique ; géo- du Cameroun ;
géopolitique et différentes économie. stage
géostratégie ; formes de professionnel
grands rédaction en Spécialisation 2, (au MINREX
problèmes milieu thématiques à et dans les
internationaux diplomatique ; examiner : droit missions
contemporains défis actuels de international diplomatiques
(mondialisation, la diplomatie approfondi ; du Cameroun
terrorisme, camerounaise contentieux à l’étranger) ;
prolifération (avec un accent international ; défense rédaction d’un
nucléaire, sur la de l’État devant les mémoire sur
changement diplomatie juridictions nationales une
climatique, etc.), économique, la et internationales ; thématique
nouvelles diplomatie politique juridique interpellant la
formes de culturelle, la extérieure du diplomatie
diplomatie diplomatie Cameroun. camerounaise,
(diplomatie sportive, la Spécialisation 3, arrêtée de
publique, diplomatie thématiques à concert avec
diplomatie scientifique, examiner : l’IRIC et le
numérique, etc.) l’intégration géopolitique du MINREX
régionale et le Cameroun ; politique
panafricanisme, étrangère des
la gestion de la puissances
diaspora) occidentales, des
puissances émergentes
et des puissances
africaines ; gestion des
conflits, des crises et
des situations
d’urgence (nucléaire,
sanitaire, humanitaire,
etc.) ; opérations de
maintien de la paix
Source : L’auteur.

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Au niveau de la formation continue


En ce qui concerne la formation continue, droit du
fonctionnaire découlant du statut général de la fonction
publique et aménagé par le décret n°2000/697/PM du 13
septembre 2000 fixant le régime de la formation permanente
des fonctionnaires, elle résulte de la reconnaissance de
l’impossibilité de fournir au diplomate, pendant qu’il est
encore sur les bancs de l’école, toutes les clés de lecture d’une
réalité internationale sans cesse changeante. C’est pourquoi
celle-ci fait partie de la carrière du diplomate, comme de tout
fonctionnaire, afin de garantir un renforcement, voire une
mise à jour de ses connaissances en fonction des besoins précis
de son métier.
La formation continue des diplomates est une activité de
longue date au sein du MINREX. Avec le récent décret
n°2013/112 du 22 avril 2013 portant organisation du
département, sa gestion a été confiée au service de la
formation et des stages. Ainsi, celui-ci a la charge d’analyser
les besoins en formation des différentes catégories de
personnels du département, la planification de l’offre de
formation aux différentes catégories de personnels du
ministère, ainsi que le développement des relations avec des
partenaires nationaux et étrangers qui peuvent contribuer au
perfectionnement des diplomates camerounais.
Devant ces responsabilités, à l’initiative du service de la
formation et des stages, le Ministère a mis sur pied un
système de formation de son personnel répondant à une
double catégorisation : les formations statutaires et les
formations sur mesure92.
Les formations statutaires sont celles que proposent des
États étrangers, des institutions nationales ou

92Ces formations prennent des appellations variées, notamment des cours,


séminaires, journées d’échanges pédagogiques, stages de formation, de
recyclage ou de perfectionnement, selon les cas.

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internationales, suivant un agenda et des modalités qui leur


sont propres. Elles couvrent tous les domaines des relations
internationales, s’étendent sur des durées variables (de
quelques jours à plusieurs années) et peuvent donner lieu à
l’obtention d’un diplôme de cycle supérieur (Master ou Ph. D
notamment) ou d’un simple certificat de formation. Certaines
de ces formations sont thématiques ou adressées à des
catégories de personnes précises ; d’autres sont prises en
charge financièrement (totalement ou partiellement) par leurs
organisateurs ou entièrement à la charge des postulants.
Pendant longtemps, le département a encouragé et
soutenu ceux de ses personnels qui étaient admis à ce type de
formation. Par exemple, des diplomates camerounais ont
bénéficié des formations les plus diverses offertes notamment
par certains États étrangers, des institutions
intergouvernementales ou non gouvernementales. Or, l’un
des grands inconvénients de ces formations est qu’elles ne
correspondaient pas toujours aux besoins prioritaires du
ministère ou alors ne bénéficiaient pas aux bons destinataires.
C’est ainsi qu’un agent en service à la direction du protocole
pouvait aller suivre une formation en droit international, au
grand désarroi des agents de la direction en charge des
affaires juridiques, tandis qu’un personnel en service aux
affaires africaines pouvait être retenu pour une formation sur
le système des Nations unies alors même qu’il existe une
direction en charge des affaires onusiennes…
Depuis le conseil de cabinet du 27 juin 2013, présidé par le
Premier ministre, chef du gouvernement, des instructions
fermes en vue de la rationalisation et la diminution du nombre
des stages ont été données au MINREX. En application
desdites instructions, « seuls seront dorénavant pris en compte, les
missions et stages à l’utilité directement avérée dans le cadre de la
mise en œuvre des actions prioritaires inscrites sur la feuille de route

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du Département »93. Désormais, l'essentiel des formations dont


bénéficient les personnels du ministère provient des offres que
d'autres États ou institutions internationales mettent à la
disposition du Cameroun, quand bien même ces formations ne
portent pas sur des domaines prioritaires de notre action
diplomatique, du moment où elles sont entièrement prises en
charge par ces pays et institutions.
Pour ma part, dans l’optique de mieux capitaliser les
formations statutaires, le département ne devrait plus se
contenter d’attendre les offres qui viennent d’États étrangers
ou d’institutions internationales. Celui-ci pourrait, sous la
conduite du service de la formation et des stages, prendre
l’initiative de sélectionner et de supporter le coût financier
d’un nombre circonscrit de formations spécialisées qu’offrent
certaines institutions internationales dans des domaines où le
besoin se manifeste au sein du ministère (voir par exemple
tableau n°3). En plus de s’inscrire dans le respect de la
rationalisation des stages à l’étranger prescrite par le chef du
gouvernement, ce mode de fonctionnement aura l’avantage de
cibler les formations prioritaires pour le Ministère et de
renforcer la spécialisation des personnels dans leurs tâches
professionnelles respectives94.
En outre, pour les jeunes diplomates qui y prennent part,
c’est une excellente occasion pour eux de renforcer leurs
capacités, de se familiariser avec le milieu international, leur
futur lieu de travail, et de commencer à se faire un carnet
d’adresses qui, sans doute, leur sera d’une grande utilité pour
la suite de leur carrière. Quel bonheur de retrouver, lors d’une

93 Note de service n°0004/DIPL/SG/CS du 25 juillet 2013 du ministre


des Relations extérieures.
94 Une trentaine de cadres du ministère pourraient ainsi être sélectionnés

chaque année pour des formations sur des questions spécialisées offertes
par ces pays et institutions. En particulier, dans le domaine du droit
international, deux cadres de la direction en charge des affaires juridiques
pourraient être systématiquement proposés, chaque année, pour les cours
d’été de l’Académie de droit international de La Haye.

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conférence internationale ou d’une négociation, un


homologue étranger avec lequel on a sympathisé quelques
années auparavant à l’occasion d’un stage de formation ! Cela
facilite toujours la discussion et peut contribuer à décanter
bien des situations a priori compliquées.

Tableau n°3 : Quelques institutions internationales de


formation pour diplomates.
Institution Mission Programmes de formation
École nationale Former de hauts ƒ Formation continue ;
d'administration fonctionnaires ƒ Masters ;
(ENA) de français ou ƒ Cycles internationaux ;
France étrangers et les ƒ Formations sur mesure,
préparer à leurs conçues pour offrir des
responsabilités réponses adaptées à chaque
futures étape de la carrière
Institut des Former et renforcer ƒ Gestion des produits
Nations unies les capacités des chimiques et déchets ;
pour la personnes dans le ƒ Changements climatiques ;
formation et la monde ƒ Programme de gouvernance
recherche environnementale ;
(UNITAR) ƒ Finances publiques et
commerce ;
ƒ Programme de diplomatie
multilatérale ;
ƒ Paix et prévention des
conflits ;
ƒ Programme de maintien de la
paix ;
ƒ Programme opérationnel pour
les applications satellites de
l’UNITAR (UNOSAT) ;
ƒ Innovation sur les systèmes de
connaissance
Académie Proposer une ƒ Master of Advanced
diplomatique de formation post- International Studies;
Vienne universitaire ƒ Master of Science in
préparant les Environmental Technology &
diplômés des International Affairs.
universités et

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universités de
sciences appliquées
à des carrières
internationales
dans le domaine de
l’administration
publique et de
l’économie, ainsi
qu’à des fonctions
de direction dans
les organisations
internationales et
l’Union européenne
Global The Global ƒ Young Diplomats Forum;
Diplomatic Diplomatic Forum ƒ Conflict Resolution in the
Forum exists to provide a African Continent;
direct channel of ƒ Preventing Sexual Violence
interaction amongst against Women in Conflict and
diplomatic War Zones;
stakeholders. It ƒ International Cooperation for
aims to present a Global Energy Security;
continuous channel ƒ Sports and Public Diplomacy;
of exchange of ideas ƒ Building Diplomatic Capacity
and knowledge and for the Least Developed
to promote building Countries.
bridges for
understanding and
cooperation.
Académie de Enseigner, faire de ƒ Cours d’été en droit
droit la recherche et international public et privé ;
international de examiner de ƒ Centre d’études et de
La Haye manière scientifique recherche ;
et approfondie les ƒ Programme extérieur ;
aspects juridiques ƒ Cours de perfectionnement ;
des rapports ƒ Programmes sur demande,
internationaux répondant à des besoins
exprimés par des
gouvernements eux-mêmes et
de leur propre initiative
Institut des Proposer des ƒ Relations internationales ;
relations formations sur les ƒ Défense, sécurité et gestion des
internationales thématiques crises ;
et stratégiques géopolitiques et ƒ Géo-économie et intelligence
(IRIS) stratégiques stratégique ;

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ƒ Responsable de programmes
internationaux ;
ƒ Action humanitaire : enjeux
stratégiques et gestion de
projet ;
ƒ Formations professionnelles
sur mesure
Source : L’auteur.
Les formations sur mesure ou formations à la carte, en
revanche, sont celles que le Ministère prend lui-même
l’initiative d’organiser, en fonction de besoins professionnels
clairement identifiés. Elles sont alors taillées à la mesure
d’une catégorie de personnels selon leurs besoins actuels ou
futurs. Pour la réalisation de ces formations, le Ministère
sollicite très souvent les services de certains de ses seniors
dont l’expérience sur les questions examinées est avérée, ou
alors les services de l’IRIC, dont les missions, en plus de
l’enseignement et la recherche, s’étendent à la formation
spécialisée et au recyclage.
La première catégorie de formations à la carte organisées
par le MINREX est généralement adressée aux jeunes
diplomates qui prennent service au sein du département. Sur
ce point, il faut reconnaître que depuis un certain nombre
d’années, le Ministère met un point d’honneur sur la
formation de cette catégorie de personnels, afin de favoriser
son insertion aisée dans un corps qui va avec des exigences
particulières. L’observation que l’on peut faire, toutefois, est
que ces formations s’attardent davantage sur les aspects
pratiques du métier de diplomate, et accordent peu d’intérêt
aux aspects techniques et spécialisés, alors même qu’avec les
transformations actuelles de la scène mondiale, les diplomates
sont appelés à intervenir sur des questions chaque jour plus
complexes. C’est pourquoi les formations à la carte offertes
aux jeunes diplomates ne doivent pas se limiter à les initier

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aux arcanes de l’art et du métier diplomatiques 95 , mais un


effort devrait également être fait pour renforcer leur potentiel
sur les questions scientifiques et techniques qui, à
l’observation, occupent une grande part de leur quotidien
professionnel. Par exemple, les notes de conjoncture qu’il leur
est demandé d’adresser à la hiérarchie, sur les sujets
d’actualité, auront autant de profondeur et de pertinence
qu’ils auront non seulement une bonne maîtrise de la
rédaction administrative et diplomatique, mais surtout un
grand sens de l’analyse, une excellente capacité de synthèse,
ainsi qu’une aptitude éprouvée à mettre en perspective des
faits apparemment lointains ou anodins avec la situation
nationale.
La seconde catégorie de formations à la carte est souvent
adressée à des personnels plus diversifiés du ministère, tant
par leur ancienneté que par leurs tâches professionnelles.
Dans ce registre aussi, des formations pourraient être
envisagées dans des domaines spécialisés et d’actualité comme
la gestion des situations d’urgence (conflits armés,
catastrophes naturelles, industrielles et humanitaires,
terrorisme, épidémies, etc.), le changement climatique, la
sécurité alimentaire et énergétique, le genre, la propriété
intellectuelle, Internet et les réseaux sociaux, autant de
problématiques aujourd’hui omniprésentes sur l’agenda
international. Ces thématiques n’étant pas exhaustives, la
possibilité devrait être ouverte aux responsables du ministère

95 À titre personnel, je puis me réjouir, depuis ma prise de service, d’avoir

pris part à trois formations initiées par le département : (1) la première


session des journées d’échanges pédagogiques organisées par le Ministère,
du 27 au 29 juin 2011, à l’intention des personnels diplomates et assimilés
sur le thème « Ethique et déontologie en milieu diplomatique » ; (2) la session
de perfectionnement en anglais au Centre pilote de Yaoundé démarrée le
5 septembre 2011 ; (3) le cycle de stage et de formation continue et
spécialisée sur le thème « La rédaction administrative et diplomatique », à
l’intention des secrétaires des affaires étrangères en début de carrière,
tenue à l’Institut des relations internationales du Cameroun du 5 au 10
juillet 2012.

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et chefs de mission diplomatique du Cameroun en poste à


l’étranger, qui sont au contact direct de leur personnel et de
la réalité internationale, de solliciter d’autres formations qui
correspondent le mieux aux difficultés auxquelles ils font face
au quotidien.
Mais la meilleure formation spécialisée du diplomate, je
crois, est celle qu’il acquiert sur le terrain, lorsqu’il effectue
des missions à l’étranger ou qu’il se retrouve en poste dans
une mission diplomatique, consulaire ou dans une
représentation permanente de son État auprès d’une
organisation internationale. En effet, en diplomatie, l’adage
selon lequel « pierre qui roule n’amasse pas mousse » n’a pas
droit de cité. Bien au contraire, c’est confronté chaque jour à
des situations différentes et parfois plus complexes les unes
que les autres que le diplomate développe l’expérience et les
connaissances nécessaires à l’exercice des tâches qui lui sont
confiées. Si donc l’un des objectifs de la diplomatie scientifique
est de renforcer le savoir-faire des diplomates camerounais
dans un monde de plus en plus complexe, cet objectif ne
pourrait être atteint que par une meilleure politique dans la
gestion des missions à l’étranger ainsi que le respect des
principes et textes relatifs à la rotation des personnels
diplomatiques à la Centrale comme dans les postes
diplomatiques, consulaires et les représentations permanentes
du Cameroun à l’étranger. Comment s’étonner par exemple
que cinq années après avoir pris service, un diplomate ait
encore quelques difficultés à rédiger un rapport de mission si,
après tout ce temps, il n’a jamais effectué une mission à
l’étranger pour le compte de son pays ? Ou encore qu’après
plus de dix années de service, un diplomate n’ait jamais servi
dans une mission diplomatique de son pays à l’étranger ?
Il faudra pourtant bien se rendre à la réalité : la diplomatie
ne répond plus seulement à l’exigence d’un savoir-être, cette

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fameuse « morale aristocratique »96 attachée au métier et qui se


décline en termes de codes, croyances et attitudes propres à la
diplomatie. Le « bon diplomate » n’est pas seulement le gars
courtois qui sait se tenir à table, qui sait faire le protocole et
qui noue bien sa cravate. Certes, il doit pouvoir le faire, cela
va sans dire. Mais, devant les tressaillements du monde
d’aujourd’hui, l’exercice de notre métier requiert
nécessairement des hommes de dossiers, de véritables
technocrates au savoir-faire éprouvé, savoir-faire qu’ils ne
peuvent accumuler et affiner que s’ils sont associés aux tâches
quotidiennes du ministère. C’est en forgeant qu’on devient
forgeron. L’adage vaut aussi, sinon bien plus, en diplomatie.
En somme, parce que le monde évolue, se transforme et se
complexifie jour après jour, un réexamen permanent et, le cas
échéant, une réforme du profil du diplomate camerounais
devraient eux aussi constituer un exercice régulier des
pouvoirs publics afin de le mettre en harmonie avec les
contraintes et exigences du 21e siècle. Dans cette perspective,
la formation, aussi bien initiale que continue, ainsi que la
responsabilisation des fonctionnaires de la diplomatie
apparaissent comme les principaux leviers qui pourraient être
actionnés à cette fin. La formation serait alors davantage
centrée sur un renforcement des compétences spécialisées des
diplomates camerounais, dans différents domaines, afin de
leur permettre d’être plus présents et plus compétitifs sur les
terrains toujours plus nombreux où ils sont désormais
interpellés. Cet objectif pourrait également être atteint en
associant aux personnels de ce ministère des universitaires,
chercheurs et autres experts dont la réputation est reconnue
dans un certain nombre de domaines scientifiques. Le 21e
siècle inaugure une ère de très grande compétition dans tous
les secteurs : la diplomatie pourrait aider le Cameroun à
répondre avec brio à ce défi. À condition qu’on s’en donne les
moyens.
96 M. de Saint Martin, L’espace de la noblesse, Paris, Éditions Métailié, 1993,
p. 185.

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EN GUISE DE CONCLUSION :

TO BE OR NOT TO BE ?

« N’avez-vous jamais lu ce que déclare l’Ecriture ?


‘La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée est
devenue la pierre principale’ ».
Évangile selon Matthieu 21 : 42.
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Parce qu’elle va de pair avec de profondes réformes, la


diplomatie scientifique, on l’aura certainement constaté au fil
des développements, n’est pas un défi facile à relever ; loin de
là. L’objectif de la présente étude, puissè-je m’en réjouir,
n’était pas, en tout cas, de démontrer le contraire. Nous
admettrons tout de même que son élaboration et sa mise en
œuvre ne sont pas hors de portée non plus. La diplomatie
scientifique n’est ni le monopole ni le domaine réservé de
quelque pays puissant ou développé que ce soit. Ce qu’il
convient à mon sens de retenir de cette brève aventure, peut-
être instructive pour certains, sans doute rêverie osée pour
d’autres, c’est que, comme beaucoup d’autres pays, le
Cameroun a intérêt à s’engager résolument sur la voie d’une
diplomatie scientifique. En plus de permettre au diplomate
camerounais de se réapproprier un espace qui de plus en plus
tend à lui échapper, elle constitue pour ce dernier un précieux
outil pour avoir prise sur une scène internationale où les
sujets à l’ordre du jour se complexifient jour après jour. Par
ailleurs, en investissant sur la diplomatie scientifique,
l’homme d’État récolterait des dividendes qui vont bien au-
delà de ce segment de l’action extérieure, puisque tous les
autres, autant qu’ils sont (diplomatie économique, diplomatie
écologique, diplomatie culturelle, diplomatie sportive et
autres) en bénéficieraient.
Bien évidemment, loin de moi l’idée de surestimer la
puissance transformatrice de la diplomatie scientifique dans
les relations internationales afin d’en justifier le bien-fondé. Il
ne s’agit pas non plus, dans une tentative de comparaison
entre les meilleurs outils d’influence internationale du
Cameroun, de conclure à la prééminence de la diplomatie
scientifique sur tous les autres. Pour ma part, ce sont tous des
outils complémentaires de notre action extérieure qui, en se
soutenant et se renforçant mutuellement, appellent à des

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études plus approfondies afin de mieux capitaliser les


bénéfices que notre pays pourrait en tirer.
Dès lors, en initiant la présente réflexion, le défi principal
que je souhaitais relever, lequel n’a certainement rien de
comparable aux douze travaux d’Hercule, était de montrer
que dans un monde où la science joue un rôle de plus en plus
important dans le progrès des nations, l’élaboration et la mise
en œuvre d’une diplomatie scientifique, à côté des autres
outils de notre action diplomatique, constituent un moyen
supplémentaire à la disposition des diplomates camerounais
pour apporter leur contribution à l’atteinte des objectifs
arrêtés par le Gouvernement. La diplomatie scientifique
constitue un outil à la disposition de notre pays qui, à travers
un appareil diplomatique mieux adapté à son temps, pourrait
aider notre gouvernement dans la quête des objectifs
politiques qu’il s’est fixés : la paix et la sécurité, la
compétitivité économique, la sécurité alimentaire et
énergétique, l’amélioration des conditions d’accès à la santé
des populations, le rayonnement international, bref
l’émergence.
En définitive, à l’ère de la mondialisation et du triomphe
des économies et sociétés du savoir, la « renaissance de la
diplomatie camerounaise » que le président de la République
entrevoyait dans son discours de fin d’année 2010 se fera
nécessairement par une meilleure prise en compte de la
diplomatie scientifique dans notre action extérieure ou ne se
fera pas. C’est pourquoi, en déposant à présent mon stylo, je
voudrais laisser le mot de la fin à notre illustre aîné dans le
métier, ambassadeur du Cameroun au Japon, dont les propos
éveillent nos résonances les plus profondes : « nous devons
avoir le courage de dire, dans l’intérêt de notre pays, que la
diplomatie de présence, de participation et de développement passée
n’est plus adaptée au tumultueux présent. La situation
internationale, les relations internationales post 9/11 ont produit
un monde nouveau, aux enjeux nouveaux. Comme il s’agit d’un

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monde que le Cameroun n’a ni pensé ni impulsé, sa diplomatie


devrait agir de façon différente »97.

97 Pierre Ndzengue, Au service d’un idéal et du Cameroun (1978-2007), Tome

I, Yaoundé, Éditions Proximité, 2015, pp. 157-158.

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TABLE DES MATIÈRES

ABRÉVIATIONS ...................................................................................... 9
AVANT-PROPOS ................................................................................... 11
INTRODUCTION UN MONDE NOUVEAU, DE NOUVEAUX
OUTILS POUR L’ACTION DIPLOMATIQUE ........................... 17
PREMIÈRE PARTIE UNE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE
POUR LE CAMEROUN, POUR QUOI FAIRE ? ......................... 25
CHAPITRE 1 UNE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE POUR
RENFORCER LE SAVOIR-FAIRE DES DIPLOMATES
CAMEROUNAIS DANS UN ENVIRONNEMENT
INTERNATIONAL DE PLUS EN PLUS COMPLEXE ............ 29
I. Du local au global : le diplomate au centre de l’échiquier ...... 32
II. La revanche du scientifique sur le diplomate : vers une
diplomatie sans diplomates ? ............................................................ 39
CHAPITRE 2 UNE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE POUR
INFLUENCER L’ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL
DANS LE SENS DES INTÉRÊTS DU CAMEROUN ................ 47
I. Diplomatie publique et influence du Cameroun sur la scène
internationale ........................................................................................ 50
II. Coopération scientifique et influence du Cameroun sur la
scène internationale............................................................................. 67
DEUXIÈME PARTIE UNE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE
POUR LE CAMEROUN, COMMENT FAIRE ? .......................... 75
CHAPITRE 3 LA MISE EN PLACE D’UNE ARCHITECTURE
NATIONALE DE DIPLOMATIE SCIENTIFIQUE ................... 79
I. La diversité des acteurs .................................................................. 81
II. La nécessaire coordination des actions ..................................... 90

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CHAPITRE 4 L’IMPÉRATIF D’UNE RÉFORME DU PROFIL


DU DIPLOMATE : QUEL DIPLOMATE CAMEROUNAIS
POUR LE 21e SIÈCLE ?..................................................................... 101
I. Ouvrir le ministère des Relations extérieures aux acteurs de
la recherche ........................................................................................ 104
II. Renforcer la spécialisation des diplomates camerounais ... 108
EN GUISE DE CONCLUSION : TO BE OR NOT TO BE ? .. 121
BIBLIOGRAPHIE ............................................................................... 127

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Le Cameroun
aux éditions L’Harmattan

Dernières parutions

défaitisme (Le) des jeunes camerounais


Ngayou Tchoupe Gaël
Le défaitisme et l’inertie qui caractérisent depuis peu la jeunesse camerounaise
sont les principaux défauts que l’auteur reproche à ses jeunes compatriotes. Mais
eux qui ne trouvent plus de gêne à tout mettre sur la tête du gouvernement et à se
définir comme les victimes sont aussi les principaux acteurs du changement qui
fera de leur pays une nation comme ils en rêvent. Pour l’auteur, les jeunes doivent
être auteurs d’une révolution qui leur permettra de prendre en main la gestion
de la cité.
(Coll. Harmattan Cameroun, 27.00 euros, 268 p.)
ISBN : 978-2-343-04848-2, ISBN EBOOK : 978-2-336-36745-3

Cameroun, les orphelins de la République


ou la trahison des héritiers
Ngono Antoine Marie
Ce livre est une diatribe contre les élites dirigeantes du Cameroun, dont l’action
égoïste a conduit, non pas à l’émergence d’un pays auquel la nature a tout
donné, mais à celle d’une classe sans cesse croissante de laissés-pour-compte, les
orphelins de la République, qu’il faut considérer comme une véritable bombe à
retardement.
(Coll. Émergences africaines, 33.00 euros, 318 p.)
ISBN : 978-2-343-04468-2, ISBN EBOOK : 978-2-336-36803-0

géopolitique (La) de l’eau au Cameroun


Ebogo Frank - Préface de Joseph Vincent Ntuda Ebode
La problématique actuelle des changements climatiques a précipité l’insertion et
l’inscription de l’eau dans l’agenda politique national et international des États.
En tant que deuxième province hydrologique et aquifère du continent africain,
le Cameroun est au cœur des batailles de positionnement entre les différents
acteurs intervenant dans son champ hydropolitique. Il est question dans ce livre
de déconstruire les modèles figés qui ont été faits sur l’eau pour parvenir à une
reconstruction des différents modes de gestion de l’eau.
(Coll. Émergences africaines, 46.00 euros, 466 p.)
ISBN : 978-2-343-04783-6, ISBN EBOOK : 978-2-336-36777-4
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Festivals de danse traditionnelle africaine


et développement
Kamga Sofo Dominique
Préface de Pierre Fonkoua
L’Afrique est le continent par excellence des danses ancestrales. On remarque
aujourd’hui dans le paysage culturel camerounais une effervescence et un
déploiement extraordinaire des festivals de danse patrimoniale en son sein. N’y
a-t-il pas, au-delà de cette mobilisation des foules, de sérieux mobiles qui sous-
tendent l’agglutination humaine ainsi observée autour des festivals ? Si oui, de
quelle nature sont-ils ? Peuvent-ils être d’ordre politique, économique ou tout
simplement culturel ?
(Coll. Études africaines, 14.00 euros, 128 p.)
ISBN : 978-2-343-03843-8, ISBN EBOOK : 978-2-336-36605-0

collectivités (Les ) territoriales décentralisées (CTD)


au Cameroun
Pour un développement de convergence rapide et efficace
Babagnak Gabin
Préface de Désiré Avom
Cet ouvrage indique l’ultime prix à payer pour un développement endogène,
rapide, efficace et durable au Cameroun. Il s’attaque aux causes fondamentales
de son sous-développement et apporte des solutions étayées par un ensemble de
prédispositions et de valeurs éthiques et morales telles que le culte du travail,
la méritocratie, la spécialisation, la division du travail, la mutualisation, la
coopération, le partage des efforts, des risques et des bénéfices engendrés.
(Coll. Harmattan Cameroun, 14.50 euros, 138 p.)
ISBN : 978-2-343-04144-5, ISBN EBOOK : 978-2-336-36717-0

Lexique de 30 000 mots duala-français


Ekotele ya 30 000 la biala ba duala frensi
Ebele Ekuala
Préface d’E. Ewombè Moundo
La langue duala est principalement parlée par les Sawa, qui constituent la
communauté ethnique autochtone de la plaine côtière du Cameroun. D’après
certains patriarches, tout Camerounais dont l’ancêtre patrilinéaire résidait sur le
territoire allant de Campo à Mamfé, avant la signature du traité de 1884, peut
se prévaloir Sawa. Ces communautés tribales revêtiraient aujourd’hui près de 6
millions d’âmes.
(Coll. Harmattan Cameroun, 25.00 euros, 236 p.)
ISBN : 978-2-343-03496-6, ISBN EBOOK : 978-2-336-36724-8

Proverbes bàsàa du Cameroun


Màngèn ma bàsàa ba Kamèrûn
Prix Kadima 2013 - Livre entièrement en bàsàa
Association pour les cultures vivantes et la précieuse nature - CUVIPREN
Préface de Henri Marcel Bot ba Njock
Les proverbes bàsàa présentés dans ce livre exaltent des valeurs, mais peuvent
aussi servir à l’éclosion et à l’élaboration d’idées généreuses dans les domaines
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les plus divers, en même temps qu’ils modèlent le comportement de l’individu.


La langue maternelle, premier réceptacle de la culture, doit être l’objet de la plus
grande attention de la part des populations africaines dont les identités culturelles
sont insidieusement et gravement menacées.
(Coédition OIF, 12.00 euros, 96 p.)
ISBN : 978-2-343-05410-0, ISBN EBOOK : 978-2-336-36802-3

Theatre production and Aristic Directing : Lessons


from Bubbles Theatre Troupe
Tanyi-Tang Anne
«Tested on Bubbles Theatre Troupe in theatre practice and theory, this book
vividly portrays Anne Tanyi-Tang’s invaluable insight into the responsabilities of
a theatre producer and artistic director. It will serve as a reference book on theatre
production processes». Patrick Tata
(Coll. Harmattan Cameroun, 15.50 euros, 152 p.)
ISBN : 978-2-343-04315-9, ISBN EBOOK : 978-2-336-36496-4

contrôle (Le) de gestion des sociétés d’assurance


Le cas de la CIMA
Fotso Jean-Marie
Préface de Roger Jean-Raoul Dossou-Yovo
À travers cet ouvrage, l’objectif de l’auteur est de participer au débat sur
l’amélioration du management des entreprises, dans le cadre de la mondialisation
des services en cours depuis la fin du XXe siècle. Il s’intéresse particulièrement aux
entreprises d’assurance qui évoluent dans un secteur d’activité très réglementé, du
fait de leur sensibilité sur les plans économique et social.
(Coll. Harmattan Cameroun, 39.00 euros, 396 p.)
ISBN : 978-2-343-04838-3, ISBN EBOOK : 978-2-336-36403-2

espace (L’) d’une vie


Entre la naissance et la mort, les contingences de la trajectoire humaine
Ndjitoyap Ndam Elie Claude
Cet ouvrage aborde les fondements spirituels et temporels du vécu. L’auteur y
énonce des idées provenant d’une quête inlassable des «profondeurs» de l’homme
et aborde des questions essentielles qui ont vocation à régir les idées et le
comportement social. Il fait «reliance» entre la vie et la mort par une appropriation
pensée du temps, s’intéresse aux enjeux de la création et de la procréation ou
encore à la problématique de l’euthanasie.
(Coll. Harmattan Cameroun, 16.00 euros, 156 p.)
ISBN : 978-2-343-04785-0, ISBN EBOOK : 978-2-336-36363-9

Bamiléké (Les) de l’Ouest-Cameroun


Vaillance et dynamisme
Tiani François Kéou
Préface de Paul-Gérard Pougoue
Les Bamiléké sont un peuple qui vit à l’ouest du Cameroun, connus pour leur
dynamisme. Ce livre présente un point de vue nouveau sur leur dynamisme, objet
de nombreuses controverses ; pour cela, il s’efforce de le relire sous l’angle d’un
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contexte d’insécurité, à partir de la «Préférence sociale pour la vaillance» (PSV).


Il se veut être un instrument de développement durable de cette société, ainsi que
de la promotion du tourisme culturel à l’ouest du Cameroun.
(Coll. Harmattan Cameroun, 18.00 euros, 172 p.)
ISBN : 978-2-343-04563-4, ISBN EBOOK : 978-2-336-36139-0

Sucreries de canne en Afrique subsaharienne


Procédés et métiers
Kapseu César, Ahmed Ali, Mingo Ghogomu Paul, Mbofung Carl,
Ndong Essengue Guy Martial
Préface de Louis Yinda ; Postface de Paul Heni Amvam Zollo
Cet ouvrage dresse un état complet des connaissances sur la sucrerie de canne et
ses métiers, un processus qui permet de produire du sucre à partir de la canne
mais également de produire de l’énergie sous forme de cogénération à partir de
la bagasse. Il traite de tous les aspects fondamentaux des opérations unitaires,
technologiques et des métiers. Une large place y est consacrée au génie des
procédés.
(Coll. Harmattan Cameroun, 27.00 euros, 264 p.)
ISBN : 978-2-343-04564-1, ISBN EBOOK : 978-2-336-36080-5

médecine (La) chez les Peuls du Cameroun


septentrional (1754-2013)
Mengue Me Ndongo Jean Paulin
Préface de Hamadou Adama
Voici mis au jour plusieurs aspects de la société peule d’hier et d’aujourd’hui.
Cette société jouissant d’un grand équilibre ne peut être réduite aux activités
pastorales. Elle regorge de connaissances endogènes autant dans ce domaine que
dans ceux de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle ou historique.
(Coll. Harmattan Cameroun, 47.00 euros, 480 p.)
ISBN : 978-2-343-02680-0, ISBN EBOOK : 978-2-336-35735-5

essais (Les) de Mongo Beti : développement


et indépendance véritable de l’Afrique noire
francophone
Esquisse d’analyse de contenu
Owono-Kouma Auguste
Préface de Lucien Ayissi
Cette étude s’intéresse à la principale condition du développement en Afrique
noire francophone selon Mongo Beti : bouter la France dehors, mais aussi à ses
propositions en vue de la sortie du sous-continent francophone de l’impasse
dans laquelle l’a installé l’ancienne puissance coloniale. Le rapport de la tutelle
française au sous-développement durable en Afrique noire francophone est, en
effet, l’un des thèmes dominants des essais de Mongo Beti.
(Coll. Harmattan Cameroun, 22.00 euros, 212 p.)
ISBN : 978-2-343-03876-6, ISBN EBOOK : 978-2-336-35779-9
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L’HARMATTAN ITALIA
Via Degli Artisti 15; 10124 Torino
harmattan.italia@gmail.com

L’HARMATTAN HONGRIE
Könyvesbolt ; Kossuth L. u. 14-16
1053 Budapest

L’HARMATTAN KINSHASA L’HARMATTAN CONGO


185, avenue Nyangwe 67, av. E. P. Lumumba
Commune de Lingwala Bât. – Congo Pharmacie (Bib. Nat.)
Kinshasa, R.D. Congo BP2874 Brazzaville
(00243) 998697603 ou (00243) 999229662 harmattan.congo@yahoo.fr

L’HARMATTAN GUINÉE L’HARMATTAN MALI


Almamya Rue KA 028, en face Rue 73, Porte 536, Niamakoro,
du restaurant Le Cèdre Cité Unicef, Bamako
OKB agency BP 3470 Conakry Tél. 00 (223) 20205724 / +(223) 76378082
(00224) 657 20 85 08 / 664 28 91 96 poudiougopaul@yahoo.fr
harmattanguinee@yahoo.fr pp.harmattan@gmail.com

L’HARMATTAN CAMEROUN
BP 11486
Face à la SNI, immeuble Don Bosco
Yaoundé
(00237) 99 76 61 66
harmattancam@yahoo.fr

L’HARMATTAN CÔTE D’IVOIRE


Résidence Karl / cité des arts
Abidjan-Cocody 03 BP 1588 Abidjan 03
(00225) 05 77 87 31
etien_nda@yahoo.fr

L’HARMATTAN BURKINA
Penou Achille Some
Ouagadougou
(+226) 70 26 88 27

L’HARMATTAN
L’H ARMATTAN SÉNÉGAL
SÉNÉGAL
10 VDN en face Mermoz, après le pont de Fann
« Villa Rose », rue de Diourbel X G, Point E
BP 45034 Dakar Fann
33BP825
45034
98 58Dakar
/ 33 FANN
860 9858
(00221) 33 825 98 58
senharmattan@gmail.com / 77 242 25 08
/ senlibraire@gmail.com
www.harmattansenegal.com

L’HARMATTAN BÉNIN
ISOR-BENIN
01 BP 359 COTONOU-RP
Quartier Gbèdjromèdé,
Rue Agbélenco, Lot 1247 I
Tél : 00 229 21 32 53 79
christian_dablaka123@yahoo.fr
Licence accordée à Emmanuel SIRWE sirweemmanuel@yahoo.fr - ip:154.70.108.197

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N° d’Imprimeur : 125214 - Dépôt légal : janvier 2016 - Imprimé en France
Licence accordée à Emmanuel SIRWE

Cameroun,
le temps de la diplomatie
scientifique
La politique extérieure du Cameroun n’étant pas fondée sur les
ressources du hard power, que sont principalement les capaci-
tés militaires et économiques, le soft power, dont les principaux
leviers relèvent de l’intellectuel, du culturel et même du sportif,
se présente comme l’un des meilleurs instruments de l’action
diplomatique dont dispose notre pays pour influencer l’envi-
ronnement international dans le sens de ses intérêts. (…) Qui
plus est, dans un contexte international où les rapports de force
matériels cèdent de plus en plus le pas aux rapports d’influence,
où le recours à la menace et à l’intimidation est disqualifié par
le droit international (article 2, paragraphe 4 de la Charte des
Nations Unies), il appartient aux États comme le Cameroun,
convertis à un tel idéal, de définir des stratégies nouvelles et bien
plus subtiles pour faire prévaloir leurs intérêts dans les relations
internationales.
C’est dans cette perspective que s’inscrit la diplomatie scien-
tifique, en tant qu’outil d’influence sur la scène mondiale.
Pour une puissance relative comme le Cameroun, elle permet
de minimiser les logiques de confrontation directe et d’aller à
la conquête des cœurs et des esprits, afin de produire un effet
« David contre Goliath ».

Jacques Joël Andela est titulaire d’un DESS en relations


internationales, option contentieux international, d’un master
en relations internationales, option diplomatie et est chercheur
sur les questions internationales. Il exerce actuellement comme
diplomate au ministère des Relations extérieures du Cameroun.

Photographie de couverture de l’auteur : vue extérieure


de la salle de cours de l’Académie de droit international
de La Haye, Pays-Bas, 2013.

16 €
ISBN : 978-2-343-08325-4

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